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Cours 5

Le document traite des groupes quotients, définissant un sous-groupe distingué H d'un groupe G et la loi de groupe sur G/H induite par la projection canonique. Il présente des propriétés des sous-groupes normaux, des exemples de groupes quotients, et établit un théorème sur l'existence d'une loi de groupe sur G/H lorsque H est distingué. Enfin, il aborde la notion de groupe simple et la propriété universelle des groupes quotients.

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Le document traite des groupes quotients, définissant un sous-groupe distingué H d'un groupe G et la loi de groupe sur G/H induite par la projection canonique. Il présente des propriétés des sous-groupes normaux, des exemples de groupes quotients, et établit un théorème sur l'existence d'une loi de groupe sur G/H lorsque H est distingué. Enfin, il aborde la notion de groupe simple et la propriété universelle des groupes quotients.

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6.

GROUPES QUOTIENTS 35

6. Groupes quotients

Soient G un groupe et H un sous-groupe de G. Comme sur tout ensemble, il


existe en général une quantité de lois de groupes sur G/H, mais ces dernières n’ont
en général aucun lien avec la structure du groupe G. Une bien meilleure question est
la suivante : existe-t-il une loi de groupe sur G/H telle que la projection canonique
π : G → G/H, g 7→ gH, est un morphisme de groupes ?
Observons d’abord que si une telle loi ? existe, alors elle est unique. En effet,
elle satisfait, (gH) ? (g 0 H) = π(g) ? π(g 0 ) = π(gg 0 ) = gg 0 H pour tout g, g 0 ∈ G. En
outre, le neutre de ? doit être l’image du neutre de G par π, c’est donc π(1) = H.
En particulier, le noyau du morphisme π est
π −1 (H) = {g ∈ G, gH = H} = H.
Il se trouve que les noyau des morphismes de groupes ne sont pas des sous-groupes
quelconques : ce sont des sous-groupes distingués.

Proposition-Définition 6.1. Un sous-groupe H du groupe G est dit distingué,


ou normal, si l’une des propriétés équivalentes suivantes est satisfaite :
(i) gHg −1 ⊂ H pour tout g ∈ G,
(ii) gHg −1 = H pour tout g ∈ G,
(iii) gH = Hg pour tout g ∈ G.

Démonstration — L’équivalence (ii) ⇔ (iii) est évidente, ainsi que (ii) ⇒ (i).
Supposons (i). Soit g ∈ G. On a gHg −1 ⊂ H par (i), ainsi que g −1 Hg ⊂ H encore
par (i) appliquée à g −1 , ce qui équivaut à H ⊂ gHg −1 , et au final gHg −1 = H. 

On note en général H / G pour dire « H est un sous-groupe distingué du groupe


G ». Les sous-groupes évidents {1} et G sont trivialement distingués. Ajoutons que
pour g ∈ G fixé, et pour un sous-groupe H ⊂ G infini, il est possible d’avoir une
inclusion stricte gHg −1 ( H (voir l’Exercice 2.30). Si G est abélien, noter que tous
ses sous-groupes sont (trivialement) distingués. La réciproque est fausse :
Exemple 6.2. (Le groupe H8 ) Considérons les éléments
h i h i h i
i 0 0 −1 0 −i
I = 0 −i , J = 1 0 et K := IJ = −i 0

de GL2 (C). On a clairement I 2 = −1, J 2 = −1 et JIJ −1 = −I , i.e. IJ = −JI , puis


I 2 = J 2 = K 2 = −1, IJ = K, JK = I, KI = J et JI = −K, KJ = −I, IK = −J.
Ainsi H8 := hI, Ji = {±1, ±I ± J, ±K} est un sous-groupe de GL2 (C) d’ordre 8,
appelé groupe des quaternions d’ordre 8. Les relations ci-dessus montrent que ses
sous-groupes sont 1, h−1i, hIi, hJi, hKi et H8 , et qu’ils sont tous distingués. 8

Toutefois, nous verrons par la suite que les sous-groupes d’un groupe non abélien
sont en général rarement distingués. Indiquons quelques moyens de construire des
sous-groupes distingués.

8. Comme nous le verrons au Chapitre 2, le sous-R-espace vectoriel H de M2 (C) engendré par


H8 est un sous-anneau à division (non commutatif), dont le groupe multiplicatif contient H8 . Cela
montre aussi que le Théorème 5.1 ne s’étend pas aux corps gauches (car H8 n’est pas cyclique).
36 2. GÉNÉRALITÉS SUR LES GROUPES

Exemple 6.3. Si f : G → G0 est un morphisme de groupes, on a ker f / G. En


effet, si f (h) = 1 et g ∈ G alors f (ghg −1 ) = f (g)f (h)f (g)−1 = f (g)f (g)−1 = 1 et
donc ghg −1 ∈ ker f .

Exemple 6.4. Plus généralement, si f : G → G0 est un morphisme de groupes


on vérifie immédiatement que si H 0 / G0 alors f −1 (H 0 ) / G, et si f est surjective, que
l’on a aussi H / G alors f (H) / G0 .
Exemple 6.5. Un sous-groupe H d’indice ` 2 dans G est nécessairement distingué.
/ H on a à la fois G = H Hg et G = H gH (car x 7→ x−1 est
`
En effet, pour g ∈
une bijection des classes à droites sur les classes à gauche), donc Hg = gH = G r H.
Exemple 6.6. (Normalisateur) Si H est un sous-groupe d’un groupe G, le
normalisateur de H dans G est le sous-groupe de G défini par NG (H) = {g ∈
G | gHg −1 = H}. C’est manifestement le plus grand sous-groupe de G dans lequel
H est distingué. En particulier, on a H / G ⇐⇒ NG (H) = G.

Le théorème principal concernant les groupes quotients est le suivant.


Théorème 6.7. Soit H un sous-groupe d’un groupe G.
(i) Il existe au plus une loi de groupe sur G/H telle que la projection canonique
G → G/H est un morphisme de groupes.
(ii) Une telle loi existe si, et seulement si, on a H / G, auquel cas elle coïncide
avec la loi sur G/H induite par • sur P(G).

Démonstration — Le (i) a déjà été démontré, ainsi que le fait que si la loi existe
on a H / G. Supposons donc H / G. Pour g, g 0 ∈ H on a
(gH)(g 0 H) = g(Hg 0 )H = g(g 0 H)H = gg 0 HH = gg 0 H
(associativité de • sur P(G), propriété (iii) des sous-groupes distingués et Lemme
4.1). Cela montre que G/H est stable par •, et donc que • est une loi associative
sur G/H (car sur P(G)), et aussi que la projection canonique π : G → G/H vérifie
π(g)π(g 0 ) = π(gg 0 ) pour tout g, g 0 ∈ G. Le fait que (G/H, •) est un groupe se déduit
alors formellement du fait que G est un groupe et que π est surjective. On peut
le vérifier directement : l’élément H est un neutre car on a H(gH) = gHH = gH
pour tout g ∈ G, et pour tout g ∈ G on a (gH)(g −1 H) = gg −1 H = H et de même
(g −1 H)(gH) = H, donc gH est inversible d’inverse g −1 H. 

Proposition-Définition 6.8. Si H est un sous-groupe distingué de G, le


groupe quotient G/H est la donnée de l’ensemble G/H muni de son unique loi
de groupe telle que la projection canonique π : G → G/H est un morphisme de
groupes.

Le neutre de G/H est H, l’inverse de l’élément gH, pour g ∈ G, est g −1 H =


Hg −1 = (gH)−1 , et pour tout g, g 0 ∈ G on a (gH)(g 0 H) = gg 0 H = (gH) • (g 0 H). On
a aussi déjà dit que le noyau du morphisme π : G → G/H est H. En particulier, on
a démontré que tout sous-groupe distingué est le noyau d’un morphisme.
6. GROUPES QUOTIENTS 37

Remarque 6.9. (i) Pour de nombreuses questions, il n’est pas nécessaire de


savoir que la loi de groupe quotient ? sur G/H est induite par la multiplication
des parties dans P(G), mais simplement qu’elle satisfait (gH) ? (g 0 H) = gg 0 H
pour tout g, g 0 ∈ G.
(ii) Pour montrer l’existence de ? nous aurions aussi pu nous passer de • et
remarquer que comme H est distingué dans G, si a, a0 , b, b0 ∈ G sont tels que
aH = a0 H et bH = b0 H, alors on a aussi abH = a0 b0 H : on peut « multiplier les
congruences modulo H ». Cela montre qu’il y a un sens à poser sans ambiguité
aH ? bH := abH, i.e. que l’application G × G → G/H, (a, b) 7→ abH passe
au quotient G/H × G/H → G/H, (aH, bH) 7→ abH. C’est l’approche suivie
traditionnellement pour définir l’addition sur Z/nZ !

Exemple 6.10. (Retour sur Z/nZ) Le groupe additif Z/nZ est (comme on s’en
doutait !) le groupe quotient de Z par son sous-groupe nZ. En effet, la loi d’addition
sur Z/nZ satisfait k + k 0 = k + k 0 pour tout k, k 0 ∈ Z, mais cela signifie exactement
que la projection canonique Z 7→ Z/nZ, k 7→ k, est un morphisme de groupes.

Donnons une application aux carrés de (Z/pZ)× . Soit p premier impair. Écrivons
(Z/pZ)× = Cp Np où Cp est l’ensemble des carrés. On a vu que Cp est un sous-
`
groupe d’indice 2. Ainsi, le groupe quotient (Z/pZ)× /Cp = {Cp , Np } a deux éléments,
et il est de neutre Cp . Il est donc isomorphe à Z/2Z (ou à {±1}) et on a
(8) Cp Cp = Cp , Cp Np = Np et Np Np = Cp .
Cette dernière égalité dit par exemple que le produit de deux non-carrés est un
carré ! Suivant Legendre, pour x ∈ Z/pZ on pose ( xp ) = 1 si x est un carré non
nul, ( p0 ) = 0, et ( xp ) = −1 si x n’est pas un carré. En particulier, x 7→ ( xp ) n’est
rien d’autre que la composée des morphismes naturels (Z/pZ)× → (Z/pZ)× /Cp
et (Z/pZ)× /Cp ' {±1}. Le fait que c’est un morphisme, ou les égalités (8), se
reformulent en :
Corollaire 6.11. (Multiplicativité du symbole de Legendre) Pour p premier
impair et x, y ∈ (Z/pZ)× on a ( xy
p
) = ( xp )( yp ).

Cette multiplicativité ramène l’étude de ( pq ), avec q ∈ Z, aux cas q = −1 et q


premier. On a déjà vu ( −1
p−1

p
) =(−1) 2 (Exemple 5.8). Le cas q premier est l’objet de
la fameuse loi de réciprocité quadratique (conjecturée par Euler, formulée ainsi par
Legendre, et démontrée par Gauss), pour laquelle nous renvoyons aux exercices.
Remarque 6.12. Le symbole de Legendre définit donc un morphisme de groupes
(Z/pZ)× → {±1}, x 7→ ( xp ). On peut y penser comme un analogue du morphisme
signe : R× → {±1}, x 7→ |x|
x
. Plus généralement, pour tout sous-groupe H d’indice 2
d’un groupe G (automatiquement distingué par l’Exemple 6.5), il existe un unique
morphisme H : G → {±1} de noyau H.

Le théorème d’existence des groupes quotients est le point de départ de la straté-


gie de dévissage pour étudier les groupes : étant donné G, on cherche un sous-groupe
distingué nontrivial H ( G (ou ce qui revient au même, un morphisme non trivial
G → G0 ) et on commence par étudier H et G/H, qui sont d’ordre plus petit. Les
groupes G pour pour lesquels cette stratégie échoue sont dit simples.
38 2. GÉNÉRALITÉS SUR LES GROUPES

Définition 6.13. Un groupe G est dit simple si on a G 6= 1 et si les seuls


sous-groupes distingués de G sont {1} et G.
Exemple 6.14. Les groupes abéliens simples sont les Z/pZ avec p premier. En
effet, tout sous-groupe d’un groupe abélien est distingué, donc un groupe abélien
simple est monogène. Il est cyclique car 2Z est un sous-groupe distingué strict de Z.
On conclut car les sous-groupes de Z/nZ sont en bijection avec les diviseurs de n.
Exemple 6.15. Si H et K sont deux groupes, alors H 0 = H × {1} est un sous-
groupe distingué de H ×K, et on a H 0 ' H et (H ×K)/H 0 ' K (utiliser par exemple
le Théorème 6.17 ci-dessous). En revanche, il n’est pas du tout vrai en général que
pour H / G, on a G ' H × (G/H). Par exemple le groupe abélien G = Z/4Z n’est
pas isomorphe à Z/2Z × Z/2Z alors qu’il quotient un sous-groupe H d’ordre 2, à
savoir h2i, et donc H ' G/H ' Z/2Z. Pire, ce n’est pas parce que H et G/H sont
abéliens que G l’est : voir l’Exercice 2.27.

Dégageons maintenant quelques propriétés générales des groupes quotients. Sup-


posons H / G et soit f : G/H → G0 un morphisme de groupes. La composée
g = f ◦ π : G → G0 , où π : G → G/H est la projection canonique, est un morphisme
de groupes vérifiant g(H) = f (π(H)) = f (H) = {1}. Réciproquement :
Proposition 6.16. (Propriété universelle des groupes quotients) Soient H un
sous-groupe distingué du groupe G et f : G → G0 un morphisme de groupes vérifiant
H ⊂ ker f . Alors il existe un unique morphisme de groupes f : G/H → G0 envoyant
gH sur f (g) pour tout g ∈ G.

Bien sûr, la propriété f (gH) = f (g) s’écrit aussi f = f ◦ π avec π : G → G/H


la projection canonique.
Démonstration — L’unicité de f : G/H → G0 vérifiant f (gH) = f (g) est évidente
(car π est surjective). Un tel f est automatiquement un morphisme de groupes :
pour g, g 0 ∈ G on a f (gHg 0 H) = f (gg 0 H) = f (gg 0 ) = f (g)f (g 0 ) = f (gH)f (g 0 H). Il
ne reste qu’à montrer l’existence de f . Soient g, g 0 ∈ G avec g ∼H g 0 . On a g 0 = gh
avec h ∈ H donc f (g 0 ) = f (g)f (h) = f (g) car H ⊂ ker f : l’existence de f découle
de la Proposition 2.1. 

On retiendra : « c’est la même chose de se donner un morphisme G/H → G0


et un morphisme de G → G0 trivial sur H ». De manière plus précise, pour tout
groupe G0 l’application f 7→ f ◦ π est une bijection de Hom(G/H, G0 ) sur {f ∈
Hom(G, G0 ) | f (H) = {1}}. Dans le cas G = Z et H = nZ (Exemple 6.10), on
obtient par exemple que se donner un morphisme Z/nZ → G0 est la même chose
que se donner un morphisme de f : Z → G0 , i.e. f (1) = g ∈ G0 , tel que f (n) = 1,
i.e. avec g n = 1. Un corollaire particulièrement utile est le suivant, appelé parfois
le premier théorème d’isomorphisme.
Théorème 6.17. Si f : G → G0 est un morphisme de groupes, alors f induit

par passage au quotient un isomorphisme de groupes f : G/ ker f → Im f .

Démonstration — Quitte à remplacer G0 par son sous-groupe Im f , on peut suppo-


ser f surjective. La proposition 2.1 appliquée à H = ker f montre que f induit par
passage au quotient un morphisme de groupes f : G/ ker f → G0 , envoyant g ker f
6. GROUPES QUOTIENTS 39

sur f (g) pour tout g ∈ G. Le morphisme f est donc surjectif car f l’est. Son noyau
est l’ensemble des g ker f ∈ G/ ker f tels que f (g) = 1, ce qui force g ∈ ker f et
donc g ker f = ker f . Ainsi, f est également injective : c’est un isomorphisme. 

Exemple 6.18. L’application z 7→ e2πiz définit des morphismes surjectifs R → U


et C → C× , de même noyau Z. Elle induit donc des isomorphismes
R/Z ' U et C/Z ' C× .

Ainsi, tout morphisme de groupes f : G → G0 se décompose naturellement


comme composé de trois morphismes naturels : d’abord la projection canonique
G → G/ ker f , envoyant g sur g ker f (surjective), suivie de l’isomorphisme cano-

nique G/ker f → Im f de l’énoncé, envoyant g ker f sur f (g), et enfin le morphisme
d’inclusion Im f → G0 (injectif). C’est le dévissage canonique d’un morphisme.
Terminons par une étude des sous-groupes et des quotients du groupe quotient G/H.
Proposition 6.19. Soit H un sous-groupe distingué d’un groupe G.
(i) L’application K 7→ K/H induit une bijection croissante entre sous-groupes
K de G contenant H et sous-groupes de G/H.
(ii) Dans cette bijection, on a K/H / G/H ⇔ K / G, auquel cas le morphisme

naturel G/H → G/K induit un isomorphisme (G/H)/(K/H) → G/K.

L’isomorphisme du (ii) est parfois appelé troisième théorème d’isomorphisme.


Démonstration — Appliquons la Proposition 2.10 au morphisme surjectif π : G →
G/H. Le (i) s’en déduit car pour K un sous-groupe de G avec H ⊂ K ⊂ G, on
constate π(K) = K/H. Le premier point du (ii) résulte de l’Exemple 6.4. Pour g ∈ G
on a gHK = gK car HK = K puisque H est inclus dans K. La multiplication à
droite par K induit donc une application ϕ : G/H → G/K, gH 7→ gK, qui est
manifestement surjective et un morphisme de groupes : c’est l’application sous-
entendue dans l’énoncé. On a ker ϕ = {gH | gK = K} = K/H, car pour g ∈ G on
a gK = K ⇔ g ∈ K. On conclut par le Théorème 6.17. 

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