Section1.
PROCEDURE COLLECTIVE INTERNATIONALE
La mondialisation des échanges économiques a profondément modifié le
cadre traditionnel des activités commerciales. Les entreprises exercent désormais
leurs activités au-delà des frontières nationales, disposent de biens situés dans
plusieurs nationales, disposent de biens situés dans plusieurs états et entretiennent
des relations juridiques avec des créanciers de différentes nationalités. Dans ce
contexte, l’insolvabilité d’un débiteur ne peut plus être appréhendée exclusivement
à l’échelle interne. Elle revêt une dimension internationale qui complexifie le
traitement collectif des difficultés financières.
La procédure collective collective internationale désigne l’ensemble des règles
permettant d’organiser le traitement de l’insolvabilité d’un débiteur dont les
activités, les biens ou les créanciers sont repartis dans plusieurs états.
Dès lors, la procédure collective internationale se situe au carrefour du droit
international privé. Elle confronte deux logiques : celle de l’universalité, et celle de
la territorialité, attachée à la souveraineté des états.
Il convient alors de se demander comment le droit parvient a organiser une
procédure collective efficace dans un contexte international marqué par la pluralité
des ordres juridiques. Pour répondre a cette problématique, il importe d’examiner,
d’une part, les fondements juridiques de la procédure collective internationale et,
d’autres parts, ses mécanismes de mise en œuvre.
§1.Définitions
Procédure collective : est un mécanisme juridique permettant de traiter
les difficultés d’une entreprise en regroupant l’ensemble des créanciers pour un
règlement global de ses dettes.
Dimension internationale : intervient lorsque l’entreprise possède des
biens des créanciers ou des établissements dans plusieurs pays.
§2. Sources du droit international des procédures collectives
Comme sources nous avons :
- Règlement européen n°1346/2000 remplacé par le règlement (UE) 2015/848 :
cadre juridique applicable aux Etats membres de l’UE pour coordonner les
procédures d’insolvabilité.
- Loi-type de la CNUDCI (1997) : instrument de soft law adopté par plusieurs
Etats pour faciliter la reconnaissance des procédures étrangères.
- Convention bilatérales : ex convention franco-belge de 1899 sur la faillite.
- Acte uniforme OHADA sur les procédures collectives : c’est applicable dans
17 états africains, il prévoit la reconnaissance des décisions collectives entre
états parties.
§[Link] directeurs
Parmi les principes directeurs nous avons :
- Le principe d’universalité postule qu’une seule procédure collective devrait
s’appliquer à l’ensemble du patrimoine du débiteur, quelque soit le lieu de
situation des biens. Cette approche favorise l’unité de la procédure et l’égalité
des créanciers. Toutefois, elle se heurte à la souveraineté des états, peu enclins
à reconnaitre automatiquement les effets d’une décision.
- Le principe de territorialité permet à chaque état d’ouvrir une procédure
collective distincte pour les biens situés sur son territoire. S’il respecte la
souveraineté nationale, ce principe entraine une fragmentation de
l’insolvabilité et peut conduire à une inégalité entre créanciers.
- Reconnaissance des décisions étrangères : une décision d’ouverture ou de
clôture rendue dans un état partie peut produire effet dans un autre état partie
(OHADA, UE).
- Compétence principale : déterminée par le centre des intérêts principaux
(COMI) de l’entreprise.
- Procédure secondaires : ouvertes dans les états ou l’entreprise possède des
établissements, pour protéger les créanciers locaux.
- Coopération judiciaire : obligation pour les juridictions et administrateurs de
communiquer et coordonner leurs actions.
§4. Effets et mécanismes
- Gel des produits individuels : les créanciers étrangers ne peuvent agir
isolément contre le débiteur.
- Extension des mesures : saisies, plans de restructuration ou liquidation
peuvent être reconnus à l’étranger.
- Protection des créanciers étrangers : droit à l’information et à la participation
aux procédures.
- Uni formation des règles : favorise la sécurité juridique et la prévisibilité pour
les acteurs économiques internationaux.
§4. Limites et défis
Malgré ces avancées, la procédure collective internationale
demeure imparfaite. Les divergences entre les droits nationaux, les résistances
liées à la souveraineté étatiques et les difficultés de coopération freinent
l’efficacité du système.
Néanmoins, la tendance actuelle est clairement orientée vers harmonisation
progressive du droit de l’insolvabilité internationale, afin de renforcer la
sécurité juridique et de favoriser les investissements transfrontaliers.
- Diversité des législations nationales : certaines règles restent spécifiques (ex.
traitement des suretés, ordre des créanciers).
- Problèmes de souveraineté : certains états hésitent à reconnaitre des décisions
étrangères.
- Coordination pratique : difficultés liées aux différences linguistiques,
culturelles et procédurales.
- Evolution nécessaire : vers une harmonisation accrue, notamment en Afrique
avec l’OHADA et au niveau mondial avec la CNUDCI.
Conclusion
La procédure collective internationale est un outil essentiel pour
gérer l’insolvabilité transfrontalière. Elle repose sur la reconnaissance, utuelle des
décisions, la coopération judiciaire et la protection des créanciers. Malgré des
avancées notables (OHADA,UE,CNUDCI), des défis persistent liés à la diversité
des systèmes juridiques. L’avenir réside dans une harmonisation plus poussée pour
garantir une gestion efficace et équitable des faillites internationales.
La procédure collective internationale constitue une réponse juridique
indispensable à l’internationalisation des activités économiques. En conciliant les
exigences du droit des procédures collectives et celles du droit international privé,
elle vise à assurer un traitement cohérent et équitable de l’insolvabilité
transfrontalière.
Si des instruments juridiques importants ont permis des avancées notables, le
système reste perfectible. L’avenir de la procédure collective internationale repose
sur un renforcement de la coopération entre états et sur une harmonisation accrue
des règles applicables, afin de garantir l’efficacité et la justice du traitement de
l’insolvabilité dans un contexte globalisé.