Au cœur du dispositif institutionnel de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit
des affaires (OHADA), la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) apparaît comme la
pierre angulaire de l’unité et de l’efficacité du droit des affaires africain. Juridiction suprême
de l’espace OHADA, la CCJA se définit comme l’organe chargé d’assurer à la fois
l’interprétation uniforme et l’application correcte des Actes uniformes dans les États parties,
au moyen de deux fonctions essentielles : la fonction consultative, qui consiste à rendre des
avis juridiques à la demande des États ou des institutions communautaires sur l’interprétation
du droit OHADA, et la fonction contentieuse, par laquelle la Cour connaît des recours et
tranche les litiges afin d’unifier la jurisprudence. Historiquement, la CCJA a été instituée par le
Traité de Port-Louis du 17 octobre 1993, révisé en 2008, dans un contexte marqué par
l’insécurité juridique et la dispersion des solutions jurisprudentielles nationales, afin de créer
une juridiction supranationale garante de la cohérence du droit des affaires en Afrique.
L’intérêt théorique de l’étude de ces fonctions réside dans la compréhension du rôle normatif
et juridictionnel de la CCJA au sein de l’ordre juridique OHADA, tandis que son intérêt pratique
se manifeste par la sécurisation des transactions économiques, la prévisibilité des décisions
de justice et le renforcement de la confiance des opérateurs économiques. Dès lors,comment
peu t'on appréhender les fonctions consultatives et contentieuse de la CCJA ? Nous
examinerons dans un premier temp la fonction consultative de la CCJA ( I ) puis dans un
second temps la fonction contentieuse de la CCJA ( II ).
I. La fonction consultative de la CCJA
A. Le fondement de la fonction consultative
La fonction consultative de la CCJA trouve son fondement juridique principal dans le Traité de
l’OHADA, qui confie à la Cour un rôle d’interprétation et d’harmonisation du droit des affaires
dans les États parties.
Cette fonction repose sur la nécessité d’assurer l’unité et la cohérence d’interprétation des
Actes uniformes OHADA, afin d’éviter des divergences jurisprudentielles entre les juridictions
nationales.
Les avis consultatifs peuvent être demandés par les États parties, les juridictions nationales
suprêmes ou les institutions de l’OHADA, ce qui montre que la CCJA agit comme un organe
de référence juridique.
Ainsi, le fondement de cette fonction est à la fois normatif (Traité OHADA) et fonctionnel, car
elle participe directement à la sécurité juridique et à la prévisibilité du droit des affaires.
B. La portée et les limites des avis consultatifs
Les avis consultatifs rendus par la CCJA ont une portée interprétative importante, car ils
éclairent le sens et la portée des Actes uniformes OHADA.
Même s’ils ne sont pas formellement contraignants comme une décision juridictionnelle, ils
exercent une forte autorité morale et juridique sur les juridictions nationales, qui s’y réfèrent
largement dans leurs décisions.
Cependant, cette fonction connaît des limites.
D’une part, les avis consultatifs ne lient pas juridiquement les juges nationaux.
D’autre part, la CCJA ne peut pas, par voie consultative, trancher un litige concret, au risque de
porter atteinte à sa fonction contentieuse et au principe de séparation des fonctions.
Ainsi, la fonction consultative est un outil d’harmonisation, mais elle reste encadrée afin de
préserver l’équilibre institutionnel de l’OHADA.
II. La fonction contentieuse de la CCJA
A. La compétence juridictionnelle de la CCJA
La CCJA exerce une compétence juridictionnelle suprême en matière de droit des affaires
OHADA.
Elle est compétente pour connaître des pourvois en cassation contre les décisions rendues
par les juridictions nationales statuant en dernier ressort, lorsque ces décisions portent sur
l’application ou l’interprétation des Actes uniformes.
Cette compétence permet à la CCJA d’assurer une application uniforme du droit OHADA dans
tous les États membres, en se substituant aux cours suprêmes nationales dans ce domaine
précis.
La CCJA peut également connaître de certains litiges en matière arbitrale, ce qui renforce son
rôle central dans le règlement des différends commerciaux en Afrique.
Ainsi, sa compétence juridictionnelle fait de la CCJA une juridiction supranationale, garante
de la sécurité juridique et de l’intégration économique régionale.
B. Les voies de saisine de la CCJA
La CCJA peut être saisie par plusieurs voies, ce qui garantit son accessibilité et l’effectivité de
sa mission.
La principale voie de saisine est le pourvoi en cassation, introduit par une partie au litige
après épuisement des voies de recours internes, lorsque le droit OHADA est en cause.
Elle peut également être saisie dans le cadre de la procédure arbitrale, soit pour le contrôle
des sentences arbitrales rendues sous l’égide de la CCJA, soit pour statuer sur certaines
contestations liées à l’arbitrage.
Enfin, la CCJA peut être indirectement saisie par les juridictions nationales à travers le
mécanisme consultatif, renforçant ainsi le dialogue entre juges.
Ces différentes voies de saisine traduisent la volonté de l’OHADA de faire de la CCJA un pilier
du règlement des litiges économiques dans l’espace communautaire.