Le postambule, texte plus rhétorique, appelle à la lutte pour l’égalité : « Femme,
réveille-toi ». Malgré la Révolution, les femmes sont toujours méprisées et
dédaignées. Olympe de Gouges propose de sécuriser leur situation juridique : « Le
partage des fortunes entre les hommes et les femmes, et de l’administration publique
». Elle est contre l’insurrection du mariage.
L’égalité entre femmes et hommes est inscrite dans la nature, ce qui lui
confère un caractère inaliénable. Dans l’article 5, elle évoque les lois de la
nature et de la raison, ce qui n’apparaît pas dans la Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen (DDHC). Elle considère que les propriétés sont comme
le « vrai patrimoine de la nature » (article 17) et doivent à ce titre être
partagées entre l’homme et la femme. Ce qui est intéressant, c’est qu’au
XVIIe siècle, on considérait que c’était la nature qui créait des différences,
comme la force physique.
Pour Olympe de Gouges, l’égalité repose sur une nature placée sous une
autorité rationnelle et juste. Elle est soucieuse de l’égalité entre hommes et
femmes, qu’elle nomme dans sa déclaration « l’être suprême ».
La justice : la DDFC est juridique. Olympe de Gouges a une conception
juridique de la justice, qui consiste à répartir les biens, les dignités, les emplois
et les récompenses en fonction de la valeur et du métier de chacun. « Toutes
les citoyennes et tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être
également admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics, selon
leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de
leurs talents » (article 6). Ainsi, les distinctions ne doivent plus reposer sur le
sexe mais sur le mérite et le talent de chacun, homme et femme. La loi doit
s’appliquer avec la même rigueur aux femmes qu’aux hommes : « La femme a
le droit de monter sur l’échafaud ».
Si Olympe de Gouges revendique le droit à l’échafaud, c’est pour réclamer le
droit de monter à la tribune. Elle revendique pour les femmes une liberté
économique et politique. L’article 10 affirme « la liberté d’expression pour les
femmes », et elle souhaite également que les femmes participent à
l’administration, comme mentionné dans l’article 13. Elle demande aussi, dans
l’article 16, que les femmes participent à la rédaction de la Constitution.
La Révolution : nous sommes pendant la Révolution française. Réécrire la
DDHC pendant cet événement est hautement symbolique, car la DDHC fixe
les nouveaux droits hérités du combat des Lumières : égalité, liberté,
propriété, souveraineté de la nation. C’est un texte fondateur. Or, en réécrivant
cette déclaration, Olympe de Gouges fait comprendre que la Révolution est
incomplète. Selon elle, ce texte juridique n’incarne pas l’égalité des droits qu’il
est censé prôner. Pour Olympe de Gouges, c’est une occasion de faire une
révolution dans la Révolution. Elle veut aller au bout du processus
révolutionnaire en accordant aux femmes l’égalité face aux hommes.
Que signifie « Écrire et combattre pour l’égalité » ? Cela évoque aussi l’égalité
politique entre tous les hommes, comme le combat de Martin Luther King pour
l’abolition de l’esclavage. La DDFC est un pastiche de la DDHC de 1789,
c’est-à-dire une version parodique. Olympe de Gouges remplace le terme «
Homme » de la DDHC par « Femme », ce qui constitue un détournement
ironique. Le mot « Homme », avec une majuscule, désigne l’être humain en
tant que valeur universelle, mais Olympe de Gouges restreint ce mot à son
sens masculin.
Ironie grinçante : l’article 4 de la DDFC affirme que « l'exercice des droits
naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme
lui oppose ». Olympe de Gouges détourne la définition de la liberté pour
dénoncer la condition des femmes et la violence des hommes. L’article 9
évoque la présomption d’innocence : « Tout homme étant présumé innocent
jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable… », mais dans sa déclaration,
Olympe de Gouges détourne cela de manière ironique : « Toute femme étant
déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la loi ». Ce détournement
ironique souligne la différence entre les hommes, présumés innocents, et les
femmes, présumées coupables.
Dans sa déclaration, Olympe de Gouges s’exprime de manière énergique et
vigoureuse. « Femme, réveille-toi… reconnais tes droits » : cette apostrophe
et ce tutoiement rappellent le style emphatique des révolutionnaires. Son
texte, court et violent, adopte un ton polémique, insufflant aux femmes la
colère et l’énergie nécessaires pour mener un combat exigeant contre
l’injustice. « Ô femmes, femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? »
Elle emploie des figures de style telles que l’antithèse et le chiasme : « Tout a
été soumis à l’ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis
la Révolution respectable et méprisé ». Olympe de Gouges adopte aussi un
style romanesque, comme en témoigne particulièrement le postambule. Cela
rappelle Manon Lescaut. Dans l’article 11, elle écrit : « Toute citoyenne peut
donc dire librement : je suis la mère d’un enfant qui vous appartient ». Le style
romanesque fait appel aux émotions et renforce l’argumentation par des
exemples et des images visuelles. L’écriture devient ainsi un combat pour
tenter à la fois de convaincre et de persuader.