Couverture des réunions
Conseil de sécurité
9861E SÉANCE – MATIN & APRÈS-MIDI
CS/15998
18 février 2025
Conseil de sécurité: la pratique du multilatéralisme et la réforme de la
gouvernance mondiale, au menu d’un débat public au niveau ministériel
Le Conseil de sécurité a tenu, aujourd’hui, un débat public au niveau ministériel sur le thème
« Maintien de la paix et de la sécurité internationales: pratiquer le multilatéralisme, réformer et
améliorer la gouvernance mondiale ». La Chine en avait fait l’événement phare de sa présidence
en février et c’est en toute logique que son chef de la diplomatie, M. Wang Yi, a présidé aux
échanges, plaidant pour une représentation plus juste et équitable des pays en développement
dans les structures de gouvernance, à commencer par le Conseil de sécurité. Une position
appuyée par l’ensemble des pays du Sud et par le Secrétaire général de l’ONU lui-même, pour
qui le Pacte pour l’avenir donne l’élan nécessaire à ces réformes.
Établissant d’emblée un lien entre la création de l’ONU, voilà 80 ans, et « la prévention d’une
troisième guerre mondiale », M. António Guterres a reconnu que « huit décennies, c’est long »,
l’Organisation ayant aujourd’hui besoin d’une « refonte » de son « logiciel » en matière de
coopération internationale, mais aussi de représentation, d’aide apportée aux pays en
développement et d’opérations de maintien de la paix.
Alors que le monde est en butte à la multiplication des conflits, au creusement des inégalités, à la
montée de la pauvreté, à la persistance du terrorisme et de l’extrémisme violent, à une impunité
croissante et à l’essor périlleux de technologies émergentes, le Pacte pour l’avenir permet, selon
lui, d’envisager un rétablissement de la confiance dans le multilatéralisme, notamment au travers
des solutions concrètes qu’il propose pour renforcer les mécanismes de paix.
Re;éter la réalité du monde d’aujourd’hui
Outre son appel à s’attaquer aux causes profondes des conflits, à relancer les objectifs de
développement durable (ODD) et à réformer l’architecture financière mondiale afin de représenter
de manière plus équitable les besoins des pays en développement, le Pacte reconnaît également
que le Conseil de sécurité doit « refléter le monde d’aujourd’hui, et non celui d’il y a 80 ans », a
souligné le Chef de l’ONU, exprimant le souhait d’un Conseil élargi et plus représentatif des
réalités géopolitiques de notre temps.
« Les structures de gouvernance mondiale sont inadéquates », a abondé le Ministre des affaires
étrangères de la Chine, aux yeux duquel il est inacceptable qu’une poignée de pays s’en arrogent
le monopole alors que les pays du Sud occupent une place croissante sur la scène
internationale. « Il faut accroître la représentation des pays en développement dans ces
structures et rectifier l’injustice de l’histoire », a martelé M. Wang en insistant sur le droit qu’ont
tous les États de participer aux prises de décisions sur un pied d’égalité. Cela suppose de
respecter leur souveraineté et le principe de non-ingérence, de se conformer au droit international
et de rejeter le « deux poids, deux mesures », a-t-il souligné, avant d’appeler à transformer le
Pacte pour l’avenir en « actions concrètes », singulièrement au Moyen-Orient, où la solution des
deux États doit être « préservée ».
Sur la même ligne, le Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères du Pakistan a fait
valoir qu’aucun pays ne doit se considérer comme supérieur aux autres. Prônant une politique de
« tolérance zéro » contre ceux qui « abusent de la Charte des Nations Unies », il a appelé de ses
vœux un Conseil de sécurité plus démocratique et équitable, au sein duquel les pays en
développement seraient dûment représentés. Il a cependant averti qu’accroître le nombre des
sièges permanents ne règlerait en rien la paralysie actuelle de cet organe.
Une représentation équitable des pays du Sud
Sans une réforme prévoyant une représentation équitable des pays du Sud, et notamment
africains, la performance et la légitimité du Conseil s’en trouveront remises en cause, a soutenu à
son tour la Vice-Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale de la Sierra
Leone. Mais il importe aussi de remédier à l’exclusion de l’Afrique par les banques de
développement multilatérales, « conséquence et héritage du colonialisme », a-t-elle ajouté, avant
de réclamer, à l’instar de l’Union africaine, des réparations pour les peuples d’ascendance
africaine.
Même son de cloche de la part de la Secrétaire d’État en charge des affaires africaines auprès du
Ministre des affaires étrangères de l’Algérie, qui a estimé que la réforme des institutions
multilatérales « ne peut plus attendre ». Cela passera par une réparation de « l’injustice
historique faite à l’Afrique » au sein du Conseil de sécurité, mais aussi par un raffermissement du
rôle et des prérogatives de l’Assemblée générale, a-t-elle appuyé, jugeant crucial de restaurer
l’équilibre entre les organes de l’ONU. Cela vaut aussi pour la Cour internationale de Justice
(CIJ), a poursuivi la responsable gouvernementale en exhortant l’organe judiciaire onusien à
rendre justice au peuple palestinien, et notamment aux Gazaouites menacés de déplacements
forcés.
Observant pour sa part un « déplacement des centres de pouvoir vers le Sud », la Fédération de
Russie s’est elle aussi prononcée pour une adaptation des institutions de gouvernance mondiale
aux « réalités modernes ». Favorable à une augmentation de la représentation des États
africains, asiatiques et latino-américains au sein du Conseil, dans le cadre d’une réforme de
l’organe, elle a estimé que la domination qu’y exercent les pays occidentaux, « en tant que
gardiens des métropoles coloniales », devrait être « reléguée aux oubliettes ».
La délégation russe a d’autre part constaté que la méfiance croissante à l’égard du système
financier international favorise l’intensification des liens régionaux et la formation de mécanismes
économiques multilatéraux « alternatifs à ceux contrôlés et utilisés par l’Occident pour ses
propres intérêts égoïstes ». Selon elle, les organisations interrégionales et leurs partenaires ont
le potentiel de devenir les principales institutions de régulation d’un ordre mondial multipolaire,
conformément au « concept de grand partenariat eurasien proposé par le Président Vladimir
Putin ».
Défense du système multilatéral avec l’ONU en son cœur
Face à cette vision d’un nouvel ordre multilatéral, la plupart des pays occidentaux ont opposé la
volonté de réformer et d’améliorer le système actuel, avec l’ONU en son cœur. La Grèce a insisté
sur la nécessité de « revenir aux fondamentaux » de la Charte des Nations Unies, tout en
appelant à préserver les droits et libertés fondamentaux, la démocratie et l’état de droit « dans un
monde de plus en plus autoritaire, dangereux et contesté, où la dignité humaine est
progressivement mise à mal et où la guerre se répand à grande échelle ». Le Danemark a dit
soutenir fermement ce système et tout ce que les États Membres ont accompli depuis 1945,
« aussi imparfait soit-il ».
Pour le Royaume-Uni, l’ONU doit défendre la Charte des Nations Unies dans le dossier ukrainien,
« meilleur gage d’un maintien efficace de la paix et de la sécurité internationales » et redoubler
d’efforts pour trouver de nouvelles solutions aux défis émergents. Le premier pas dans cette
direction est de réussir les prochaines réunions internationales de ce quatre-vingtième
anniversaire, notamment le sommet Beijing+30 en mars, la Conférence sur les océans en juin, le
Forum sur le suivi du financement du développement en juillet, le Sommet mondial pour le
développement social et la COP30 en novembre. « Leur réussite sera un progrès essentiel et
assurera la réputation de l’ONU comme notre maison multilatérale », a argué la délégation.
Dans le même ordre d’idées, la France a appelé à poursuivre l’agenda international en matière de
climat et de biodiversité, avant d’inviter les États Membres à se « remettre en ordre de bataille
pour traduire en actes l’Accord de Paris ». Tout en réaffirmant sa foi dans la « méthode ONU » et
dans le Pacte pour l’avenir destiné à revitaliser le multilatéralisme, elle a défendu le principe d’une
réforme du Conseil de sécurité prévoyant l’octroi à l’Afrique de deux sièges permanents dotés du
droit de veto. Elle a cependant rappelé qu’elle porte depuis 2015, avec le Mexique, une initiative
d’encadrement du veto en cas d’atrocités de masse à laquelle 106 États ont déjà apporté leur
soutien.
De son côté, la République de Corée a reconnu qu’il est souvent difficile d’éviter l’impasse sur des
questions mettant en opposition des membres permanents. Il existe néanmoins d’autres
domaines que le Conseil peut explorer pour remplir son mandat et renforcer sa position
institutionnelle, a-t-elle assuré, considérant par exemple que l’évolution rapide de l’intelligence
artificielle doit faire l’objet d’une attention accrue de l’organe, cette technologie pouvant être
exploitée par des acteurs irresponsables comme la République populaire démocratique de Corée
(RPDC).
Position discordante des États-Unis
L’unanimité occidentale quant au rôle de l’ONU dans le cadre d’un multilatéralisme revitalisé a été
rompue par les États-Unis, qui ont regretté que l’Organisation se soit éloignée de ses missions
principales depuis sa création au sortir de la Seconde Guerre mondiale. À l’appui de ce
réquisitoire, ils ont cité un « biais profondément anti-israélien qui ne fait que croître depuis
l’attaque brutale lancée par le Hamas le 7 octobre 2023 », un Conseil des droits de l’homme qui
« protège des auteurs de violations graves » et un Conseil de sécurité paralysé par la Chine et la
Fédération de Russie, « deux fauteurs de troubles qui disposent du droit de veto ».
Dénonçant par ailleurs l’instrumentalisation des juridictions internationales à des fins politiques,
dont la CIJ, « manipulée par l’Afrique du Sud pour accuser abusivement Israël de génocide », la
délégation américaine a confirmé que son pays est en train de réexaminer la nature de l’appui
qu’il apporte à l’ONU: « Nous essaierons de voir si les mesures prises au sein de cette
organisation sont dans l’intérêt des États-Unis et si des réformes sont possibles ». Dans cet
esprit, les États-Unis comptent passer en revue les activités d’entités onusiennes telles que
l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), qui, selon
eux, « cultive de longue date l’antisémitisme ».
Interventions des États et organisations non membres
L’inquiétude devant les menaces pesant sur le multilatéralisme et certains développements
géopolitiques récents ont marqué les interventions des nombreuses délégations à avoir pris la
parole après les membres du Conseil. Afin de remédier aux défis, elles ont appelé de leurs vœux
une réforme de l’organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales, ainsi
qu’une opérationnalisation du Pacte pour l’avenir récemment adopté.
À l’approche du quatre-vingtième anniversaire de la création de l’ONU, la Pologne a dit craindre
que certains États cherchent en effet à renverser l’ordre international, à rétablir des sphères
d’influence et à ressusciter d’anciens empires. Face à une conjoncture mondiale qu’il a qualifiée
de « dangereuse », le Vice-Ministre des affaires étrangères de l’Arabie saoudite a aussi jugé
impératif de promouvoir la capacité de l’ordre international à préserver la paix et la sécurité
internationales.
De son côté, le Ministre des affaires étrangères de l’Ouganda a cité Kofi Annan, qui dénonçait « la
tendance de certains Américains à traiter l’ONU comme un multilatéralisme à la carte où on prend
ce qui nous arrange et rejette ce qui nous déplaît ». « Quand vous vous retirez de l’Accord de
Paris ou de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), vous condamnez le multilatéralisme »,
a déclaré le Ministre ougandais.
Les États-Unis ont également été pris pour cible par le Venezuela et la Ministre des affaires
étrangères de la Bolivie, qui a dénoncé l’utilisation du veto par ce pays garantissant l’impunité
d’Israël face au génocide en Palestine. Même son de cloche du côté du Vice-Ministre des affaires
étrangères de Cuba, qui a indiqué que les États-Unis, en se retirant de certains organismes
internationaux, méprisent leurs activités importantes. « Devant cette situation difficile, il faut
réaffirmer le rôle de l’ONU en tant que principal rempart contre les menaces et les tentatives de
saper la coopération et le dialogue internationaux. »
L’Union européenne a de son côté fermement condamné la guerre d’agression russe. « Notre
monde est entré dans une nouvelle période de turbulences et de changements », a reconnu
l’Ukraine, en regrettant que l’ONU n’ait pas réussi à stopper la guerre d’agression de la Russie.
Au-delà de cette situation, nous sommes confrontés aux tentatives de saper la crédibilité et
l’efficacité des principales institutions multilatérales « de l’intérieur », a continué ce pays.
« Nulle part elles ne sont plus évidentes que dans cette salle, où un État qui mène des guerres
d’agression bénéficie du privilège d’un siège permanent et d’un droit de veto ». Le dépeçage du
multilatéralisme fait planer la menace de nouvelles rivalités, de barrières aux idées et aux
produits, d’érosion des acquis fondamentaux, l’histoire le démontre, a déclaré de son côté la
Suisse. Elle a rappelé qu’aucun pays, aussi grand soit-il, n’est en mesure d’affronter seul les
défis d’un monde de plus en plus interconnecté. La Suède a estimé que les attaques actuelles
contre l’égalité de genre sont très préoccupantes.
L’intervention de la Hongrie a, en revanche, nettement tranché avec la tonalité inquiète des autres
délégations. Son Ministre des affaires étrangères s’est en effet félicité du changement radical
opéré depuis l’élection de M. Donald Trump à la tête des États-Unis. « L’Occident a un nouveau
leader, animé de bon sens, « antiwoke » et qui défend la liberté ». Il a rappelé que son pays
défend la chrétienté, lutte contre l’immigration et pourfend ces idéologies « woke » et libérales qui
ont empoisonné les relations internationales.
Il a indiqué que le « camp de la paix » a été élu aux États-Unis et s’est félicité de l’ouverture de
pourparlers entre ce pays et la Russie. De bonnes relations russo-américaines ne peuvent être
que positives en vue de l’instauration de la paix en Ukraine, a dit le Ministre hongrois, en
rappelant la position constante de son pays en faveur d’un tel rapprochement. Il a par ailleurs
invité l’ONU à s’adapter à cette nouvelle réalité.
Demandes insistantes pour une réforme du Conseil
Les délégations ont unanimement réclamé une réforme du Conseil de sécurité, afin de le rendre
responsable, transparent, représentatif et inclusif. Un usage restrictif et responsable du veto doit
empêcher que des atrocités ne soient commises sous couvert de blocages au Conseil, a déclaré
la Suisse, appuyée par Singapour ou encore l’Indonésie. « La règle selon laquelle une partie à un
différend s’abstient de voter doit être réaffirmée et suivie dès aujourd’hui », a continué la Suisse,
tandis que la Bolivie a demandé que les États qui violent les droits humains et le droit international
soient suspendus du Conseil.
« L’élargissement de l’organe et l’utilisation arbitraire du droit de veto par ses membres
permanents sont les questions les plus urgentes à traiter », a déclaré l’Arabie saoudite, en jugeant
que la crise de confiance que connaît l’ONU nécessite une réévaluation de l’action multilatérale
pour en accroître l’efficacité. Le Japon a estimé que cette réforme, plus urgente que jamais, doit
être réalisée maintenant. Ce pays a dit attendre la présentation par le Groupe des États africains
d’un modèle consolidé de réforme et espéré que les négociations commenceront rapidement.
L’Ouganda a par ailleurs rappelé la demande de l’Afrique de deux membres permanents et de
deux nouveaux membres non permanents. Les négociations doivent commencer dès que
possible, afin que les régions sous-représentées et les principaux contributeurs à la paix et à la
sécurité internationales aient enfin un siège permanent à la table du Conseil, a déclaré
l’Allemagne, appuyée par l’Afrique du Sud.
Singapour ou encore la Thaïlande ont souhaité une coopération plus étroite du Conseil avec
l’Assemblée générale et le Conseil économique et social, tandis que l’Éthiopie a demandé une
réforme de l’architecture financière internationale. « La réforme de la gouvernance mondiale ne
sera jamais possible sans une réforme réelle et urgente de l’architecture financière internationale,
qui est devenue un obstacle au développement économique global et à la réduction du fossé
entre Nord et Sud », a déclaré l’Égypte, au nom du Groupe des États africains.
Ce pays, également favorable à une réforme du Conseil, a espéré que la prochaine Conférence
internationale sur le financement du développement en Espagne permettra de concrétiser
certaines des réformes attendues. De son côté, la Suède a appelé à préserver l’intégrité de la
Cour internationale de Justice et de la Cour pénale internationale, tandis que le Brésil et la
Thaïlande ont souligné l’importance des organisations régionales. « Les groupes comme le G20
et les BRICS peuvent aussi aider dans des domaines thématiques clefs », a déclaré le délégué
brésilien.
Concrétisation du Pacte pour l’avenir
Les délégations, à l’instar de la Suède et de l’Allemagne, ont été nombreuses à demander que le
Pacte pour l’avenir, adopté par l’Assemblée générale en septembre dernier, soit traduit dans les
faits. S’agissant de la réforme tant attendue du Conseil de sécurité, ce Pacte prévoit des
engagements, a déclaré l’Allemagne. Singapour ou encore le Kazakhstan ont appelé à une
opérationnalisation des éléments clefs du Pacte pour l’avenir, y compris un engagement
renouvelé en faveur du désarmement et de la lutte contre la criminalité organisée. « Il est capital
d’appliquer ce Pacte », a déclaré la Slovaquie, tandis que l’Union européenne a indiqué qu’une
telle application permettra une revitalisation de l’ONU.
Enfin, des pays ont fait preuve d’un certain optimisme, à l’instar de la Roumanie qui a estimé que
l’ONU n’est en rien « démodée ». Ce pays a souligné deux récentes réalisations clefs du
multilatéralisme, à savoir l’Accord « BBNJ » (sur la protection de la haute mer et de la biodiversité
marine) et le lancement des négociations en vue d’une convention sur la prévention et la
répression des crimes contre l’humanité. La Roumanie, comme l’Ukraine, a par ailleurs
mentionné la présentation à l’Assemblée générale le 24 février prochain d’un projet de résolution
sur la promotion d’une paix juste et durable en Ukraine sur la base du respect du droit
international.
MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES (S/2025/78)
Déclaration luminaire
M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a commencé par rappeler que cette
année marque le quatre-vingtième anniversaire de l’Organisation, fruit de l’engagement pris à
l’échelle mondiale de préserver les générations futures du fléau de la guerre. « Huit décennies
plus tard, on peut établir un lien direct entre la création de l’Organisation des Nations Unies et la
prévention d’une troisième guerre mondiale », a-t-il affirmé, observant que l’ONU reste un lieu de
rencontre unique en son genre et indispensable à la promotion de la paix, du développement
durable et des droits humains. « Mais huit décennies, c’est long », a concédé M. Guterres, avant
de plaider pour une refonte du « logiciel » de la coopération internationale, mais aussi de la
représentation, de l’aide apportée aux pays en développement et des opérations de paix de
l’ONU.
Pour le Chef de l’Organisation, la solidarité mondiale et des solutions globales sont d’autant plus
nécessaires que la crise climatique fait rage, les inégalités se creusent, la pauvreté augmente et
la paix est de plus en plus hors de portée. De surcroît, le terrorisme et l’extrémisme violent
persistent, une culture de l’impunité se répand, la menace d’une guerre nucléaire demeure
présente et l’essor des technologies émergentes telles que l’intelligence artificielle s’accompagne
d’un risque d’affaiblissement, voire de remplacement de la pensée humaine.
Face à ces problèmes mondiaux, le Secrétaire général a mis en avant le Pacte pour l’avenir,
adopté en septembre dernier par les États Membres pour renforcer la gouvernance mondiale et
rétablir la confiance dans le multilatéralisme. Le Pacte, a-t-il rappelé, propose des solutions
concrètes pour renforcer les mécanismes de paix. Il vise à renforcer la coordination avec les
organisations régionales et à garantir la pleine participation des femmes, des jeunes et des
groupes marginalisés aux processus de paix. Il appelle au renforcement de la Commission de
consolidation de la paix afin de mobiliser le soutien politique et financier nécessaire à la mise en
œuvre des stratégies de prévention et de consolidation de la paix pilotées par les pays.
Le Pacte contient également le premier accord multilatéral sur le désarmement nucléaire conclu
depuis plus de 10 ans, a fait observer M. Guterres. Il présente en outre de nouvelles stratégies
visant à mettre fin à l’emploi d’armes chimiques et biologiques, ainsi que des mesures revitalisées
pour prévenir une course aux armements dans l’espace et faire avancer les débats sur les armes
létales autonomes. Il exhorte les États Membres à respecter les engagements qu’ils ont pris en
vertu des principes consacrés par la Charte des Nations Unies. Il réaffirme leur volonté
inébranlable à respecter le droit international et à privilégier le règlement pacifique des différends
par le dialogue, tout en reconnaissant le rôle de l’ONU dans la diplomatie préventive.
« Mais le Pacte va encore plus loin pour la paix », notamment en appelant à s’attaquer aux
causes profondes des conflits, à relancer les objectifs de développement durable (ODD) et à
réformer l’architecture financière mondiale afin de représenter de manière plus équitable les
besoins des pays en développement, a poursuivi M. Guterres. « Le Pacte reconnaît également
que le Conseil de sécurité doit refléter le monde d’aujourd’hui, et non celui d’il y a 80 ans », a-t-il
souligné, exprimant le souhait d’un Conseil élargi et plus représentatif des réalités géopolitiques
d’aujourd’hui. « Nous devons aussi continuer à améliorer ses méthodes de travail afin de le
rendre plus inclusif, plus transparent, plus efficace, plus démocratique et plus responsable », a
ajouté le Chef de l’ONU, pour qui le moment est venu de tirer parti de l’élan donné par le Pacte
pour l’avenir pour faire avancer les négociations intergouvernementales.
Exhortant les membres du Conseil à surmonter « les divisions qui bloquent une action efficace en
faveur de la paix », il a noté que ces mêmes membres ont montré qu’il était possible de trouver un
terrain d’entente sur le déploiement d’opérations de maintien de la paix, l’adoption de résolutions
vitales sur l’aide humanitaire, la reconnaissance des problèmes de sécurité rencontrés par les
femmes et les jeunes ou encore le financement des opérations de soutien à la paix menées par
l’Union africaine (UA) à travers des contributions obligatoires. « Même aux heures les plus
sombres de la guerre froide, la prise de décisions collégiales et le dialogue vif entretenu au
Conseil de sécurité ont permis de préserver un système de sécurité collective, certes imparfait,
mais fonctionnel », a-t-il insisté, invitant les membres de l’organe à « retrouver cet esprit » et à
« bâtir les consensus nécessaires pour instaurer la paix dont tous les peuples ont tant besoin ».
! À l’intention des organes d’information. Document non officiel.