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Notes de Cours Edc

Le cours d'Éducation à la Citoyenneté vise à former la conscience citoyenne des étudiants congolais en les engageant dans le développement de leur nation. Les objectifs incluent la connaissance des valeurs citoyennes, des droits et devoirs des citoyens, ainsi que des notions de conflits. La méthode d'enseignement combine exposés magistraux et travaux pratiques, avec une évaluation basée sur des travaux dirigés, une interrogation et un examen final.

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Notes de Cours Edc

Le cours d'Éducation à la Citoyenneté vise à former la conscience citoyenne des étudiants congolais en les engageant dans le développement de leur nation. Les objectifs incluent la connaissance des valeurs citoyennes, des droits et devoirs des citoyens, ainsi que des notions de conflits. La méthode d'enseignement combine exposés magistraux et travaux pratiques, avec une évaluation basée sur des travaux dirigés, une interrogation et un examen final.

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UNIVERSITE OFFICIELLE DE BUKAVU

ECOLE DES MINES

EDUCATION A LA CITOYENNETE
2025-2026
En première année préparatoire
ii

0. INTRODUCTION – CONTRAT PEDAGOGIQUE


Ce cours d’Education à la Citoyenneté a pour objet l’analyse de la citoyenneté en
tant pratique sociale susceptible de faire participer les membres de la communauté
nationale congolaise au développement de la nation et au progrès de l’humanité
DISPENSE : BAKANGA NTUALI PACIFIQUE toute entière.
Doctorant en Relations Internationales La dimension normative de ce cours tient au fait qu’il vise la formation de la
conscience citoyenne, civique et politique des étudiants, l’inculcation de la morale
civique et politique ainsi que des droits et libertés publics de l’homme en tant que
citoyen congolais et du monde. Et sa dimension positive se rapporte au fait que les
citoyens sont appelés à participer au processus de développement de l’Etat.
0.2. Objectif général

Courier électronique : bakangantuali@[Link]/ Le cours d’Education à la Citoyenneté a pour objectif général d’associer l’étudiant
bakangantuali@[Link] à la connaissance des valeurs citoyennes, au patriotisme pour les susciter à
l’engager dans la construction de leur Etat. Ils doivent intérioriser les
Tél : +243 970 324 099 responsabilités qui sont les leurs face à la destinée de leur pays et de l’humanité
toute en entière en tant futur ingénieurs.

0.3. Objectifs spécifiques

- Fixer les concepts opératoires, notamment les notions telles que l’Etat,
Organisation internationale, Organisation non Gouvernementale, Parti
Mots clés : Citoyenneté, Etat, Nation, Culture politique, Parti politique, Société civile,
Politique, obligation, idéologie, valeur, patriotisme, conflit, paix
- Connaitre les valeurs et les symboles de la république (patriotisme,
loyauté, nationalisme)

- Connaitre les droits et les devoirs du citoyen

- Connaitre les notions de conflits


A la fin de ce cours, l’apprenant sera capable de :
- Définir l’Etat, l’Organisation internationale, le traité, la citoyenneté, le citoyen
, la nation, la société civile, la culture politique, nation, patriotisme, etc.
ANNEE ACADEMIQUE 2025/2026
- Comprendre les droits et les obligations d’un citoyen,
iii

- connaitre les causes, les catégories et les modes de résolution des conflits. l’auditoire et sort le premier. Tout étudiant retardateur attend le temps de la
pause pour intégrer la séance.
0.4. Méthode utilisée
Conformément aux coutumes universitaires en RDC, la langue d’enseignement
Le cours est rendu en présentiel par l’enseignant sous forme d’exposés magistraux. reste le français. Ainsi, tous les travaux seront rédigés en français et dans un langage
Tous les étudiants-es sont invités-ées à participer avec des commentaires et des de niveau académique voire soutenu. Les erreurs de forme seront pénalisées de 10%
questions. à 25% à la discrétion de l’enseignant pour tout travail. Les travaux en groupe seront
présentés (exposés) par les étudiants les après-midi (travaux dirigés) ou à partir de
- Heure et horaire des cours : 30 heures dont 15 heures théoriques et 15 48 heures après dépôt (travaux pratiques à domicile).
pratiques.
Les jours de cours et l’auditoire seront à préciser par le bureau de l’Ecole ou 0.5. Les approches de l’étude
l’apparitorat central.
- Détails de la livraison du cours : explications, prises des notes, Les questions les plus importantes à ce niveau sont de savoir « qu’est-ce que
projections (si nécessaire), questions et travaux continus, travaux l’éducation à la citoyenneté ?» C’est qui un citoyen ? c’est quoi une cité ? comment
pratiques et lectures obligatoires. est-elle organisée ? Quels sont les droits et les obligations d’un citoyen?

Les notes et les ouvrages (obligatoires et facultatifs) seront donnés aux étudiants [Link] obligatoire
pour lecture journalière et les explications seront données sur base des lectures
- Constitution de la République
préalables. Les textes listés dans les ouvrages obligatoires feront objet des toutes
les évaluations. Les étudiants sont autorisés à poser des questions relatives au cours [Link] d’évaluation du travail de session
en l’auditoire et peuvent aussi contacter l’enseignant pour toute autre préoccupation
pendant les heures des pauses à son bureau, au bureau du domaine, au bureau de la Les éléments d’évaluation du cours sont les suivant : Travaux dirigés - Un travail
filière ou au pool des enseignants. dirigé par jour d’enseignement magistral ou pour chapitre enseigné. 10 points
(12,5%)). Interrogation-Une interrogation générale sera organisée à la fin du cours.
À la clôture des séances magistrales, des travaux pratiques individuels et en groupe
10 points (25 %). Examen - Un examen général sera organisé à la session du
seront donnés.
premier semestre sur 20 points (50%).
Pour chaque séance de cours une liste des présences sera dressée et seuls les
étudiants ayant assisté à ¾ (trois quart) des séances magistrales seront admis aux NB : l’interrogation et l’examen seront écrits et à notes fermées. Chacun durera deux
évaluations. En cas d’absence, une lettre justificative, présentées dans les 48 heures heures et portera sur des questions de plusieurs catégories notamment des questions
(jour ouvrable) après, doit être déposée à la filière avec copie à l’enseignant, de mémorisation, des questions de réflexion, des questions à choix multiples, des
accompagnée d’une preuve justificative, faute de quoi aucun rattrapage ne sera interprétations d’images ainsi que des questions d’association.
accordé. La note de passation pour ce cours est de 50%, néanmoins, il est préférable
que chacun fournisse d’efforts pour atteindre le minimum 70% parce qu’il s’agit
d’un cours de base. Pour raison de discipline, l’enseignant entre le dernier en
iv

- Travaux pratiques - Copier textuellement un ou plusieurs passages provenant d'un ouvrage sous format
papier ou électronique sans mettre ces passages entre guillemets et sans en
D’une longueur de 2000 à 3000 mots (excluant les notes de bas de page et la mentionner la source ;
bibliographie) le travail pratique individuel ou en groupe portera sur une étude de - Résumer l'idée originale d'un auteur en l'exprimant dans ses propres mots
cas et vise à réaliser une étude d’un fait international ou internationalisé. Le cas (paraphraser) sans en mentionner la source ;
choisi peut être contemporain ou historique. Le travail doit clairement identifier la - Traduire partiellement ou totalement un texte sans en mentionner la provenance ;
question de recherche, l’argument ainsi que les étapes de l’argumentaire.
- Remettre un travail copié d'un autre étudiant (avec ou sans l'accord de cet autre
- Format : Times New Roman, police 12 ; interligne 1,5 étudiant) ;

- Référencement : présentation des citations et de la bibliographie - Remettre un travail téléchargé d'un site d'achat ou d'échange de travaux
académiques.
- Sujet : explication de la pertinence du sujet et son développement suffisant
L’usage des logiciels d’intelligence artificielle à mauvais escient sera, pour ce
- Argument : argument claire, structuré et concis
cours, tenu pour plagiat et aura les mêmes conséquences que ce dernier.
- Dépôt : entre 7 et 14 jours. Document en dure entre les mains de l’enseignant et en
version électronique sur l’adresse bakangantuali@[Link] ou 0.10. Le Vade Mecum du gestionnaire d’une institution d’enseignement
bakangantuali@[Link] supérieur et universitaire, 4ème édition, 2020 : Chapitre III Des étudiants.
- Pénalité pour retard (2 points par jour)
Article 12 : L'étudiant s'engage, de par son inscription, à suivre l'ensemble du
- Note final du travail (10 points) 12,5% Une séance de présentation des travaux sera programme d'études auquel il est inscrit.
organisée 48 heures après dépôt. Pour cette séance chaque étudiant sera en tenue Article 13 : L'étudiant est tenu d'assister régulièrement aux cours, séminaires,
de ville (costume – cravate pour les hommes et pagne pour les femmes). exercices pratiques et laboratoires, visites guidées, pratiques professionnelles et
L’enseignant désignera séance tenante l’un des candidats pour présenter la synthèse stages et toutes autres activités prévues dans son programme de formation. Il
du travail ; après quoi des questions seront posées à chacun des présentateurs sur participera aux interrogations et toutes formes d'évaluation. Toute absence doit être
base desquelles les cotes individuelles seront attribuées. La cotation se fera sur trois justifiée. Lorsque, pour des raisons d'études ou de recherche, ou pour des raisons
rubriques notamment (le fond et la forme ; la présentation individuelle ; et la tenue). personnelles, l'étudiant désire s'absenter de l'Établissement pour une durée
dépassant cinq jours, les congés et les vacances académiques non compris, il est
- Un accent particulier sur le plagiat tenu d'obtenir au préalable une autorisation écrite du Doyen/Chef de Section ou de
l'autorité mandatée à cet effet.
Tout étudiant est tenu de respecter les règles relatives à la protection du droit
d'auteur. Constitue notamment du plagiat le fait de: Article 14 : Pendant les activités éducatives, l'étudiant respectera le bon ordre et la
discipline. Il exécutera toutes les tâches qui lui sont proposées dans le cadre de sa
formation. Envers les professeurs et assistants chargés de sa formation ainsi
v

qu'envers le personnel administratif de sa Faculté/Section, il fera montre de


courtoisie et de respect.

Article 15 : L'étudiant qui désire se présenter aux examens de fin d'année est tenu
de prendre une inscription aux examens selon les modalités définies par le
règlement intérieur de l 'Établissement. 0.11. PLAN DU COURS
Article 16 : L'étudiant qui n'a pas assisté régulièrement aux cours, séminaires, - INTRODUCTION : CONTRAT PEDAGOGIQUE
exercices pratiques et laboratoires, visites guidées, pratiques professionnelles et
Fixe l’objet du cours, les objectifs, la discipline du cours, le mode d’évaluation ainsi
stages ou toutes autres activités prévues dans son programme de formation, ne
que les informations sur le plagiat, le règlement université et le harcèlement.
pourra prendre part aux examens.

Article 17 : L'étudiant est tenu de se présenter à l'heure et à l'endroit d'examen tels


que fixés par le jury d'examens. - CHAPITRE PREMIER : CLARIFICATION CONCEPTUELLE –ETAT,
ORGANISATION INTERNATIONALE, CITOYENNETE, CITOYEN
Article 18 : L'étudiant qui, pour des raisons de santé ou autres, ne peut participer Permet aux apprenants de découvrir le sens intrinsèque des concepts opératoires du
à l'ensemble des épreuves de la session à laquelle il est inscrit, est obligé d'informer cours, leurs définitions, leurs sources, leurs applications (opérationnalisations) sur
par écrit le président du jury avant la date fixée pour le début des examens. les réalités sociales de leur pays.
Article 19 : L'étudiant qui interrompt la présentation des examens doit fournir par
écrit la justification de la raison évoquée et ceci avant la date des examens non
- CHAPITRE DEUXIEME : LA CULTURE POLITIQUE, LA SOCIETE
présentés. En cas de maladie, il présentera une attestation médicale.
POLITIQUE LA SOCIETE POLITIQUE ET LA DEMOCRATIE
Article 20 : L’étudiant qui s’est absenté à une ou plusieurs parties de l’épreuve sans Pour comprendre les différentes cultures politiques, le sens et les composantes de la
raison jugée suffisante ou sans avoir prévenu au préalable par écrit le jury est société politique et société civile ; ainsi que la démocratie.
assimilé aux non admissibles dans la même filière d’études.
- CHAPITRE TROISIEME : NOTION SUR LES CONFLITS
0.11. De la prévention du harcèlement et de la violence sexuelle Vivant dans un environnement totalement touché par les conflits armées depuis
plusieurs décennies, l’apprenant va apprendre des notions sur les conflits et leurs
L'Université ne tolère aucune forme de violence à caractère sexuel. La violence modes de résolution.
sexuelle désigne tout acte de nature sexuelle commis sans consentement. Il est donc
demandé aux étudiants de dénoncer toute forme de violence et l’université vous
Fait à Bukavu, le 1 décembre 2025
garantit toute confidentialité liée aux renseignements et des sanctions appropriées à
l’encontre de l’auteur (des auteurs).
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CHAPITRE PREMIER : CLARIFICATION CONCEPTUELLE – 1.1.Définition


CITOYENNETE, CITOYEN, ETAT, ORGANISATION
Le dictionnaire Le Grand Robert définit l’État comme un groupement humain fixé
INTERNATIONALE
sur un territoire déterminé, soumis à une même autorité et pouvant être considéré
comme une personne morale3.
Dans ce chapitre nous allons expliquer les concepts opératoires du cours : Etat (1),
Organisation internationale (2), Citoyenneté – Citoyen (3). Nous avons choisi cet Max Webber dans sa célèbre définition de l’État selon laquelle :
enchainement d’autant plus qu’il nous a semblé plus aisé de présenter l’espace, le « l’État est une entreprise publique à caractère institutionnelle dont la direction
lien qui rattache l’humain à cet espace, enfin l’humain qui y est rattacher, ses droits administrative revendique avec succès, dans l’application des règlements, le
et obligations. monopole de la contrainte physique légitime sur un espace territorial déterminé4
» martèle sur la capacité de l’État ou du moins de l’institution qui l’incarne par
1. L’ETAT excellence (le gouvernement) à jouir du monopole de contrainte physique légitime
L’expression « État » vient étymologiquement du latin « status » qui signifie « qu’est la souveraineté interne et le caractère institutionnel qui lui confère la capacité
stable, constant, durable » et désigne une organisation socio-politique ayant d’intervenir sur la scène internationale comme acteur privilégié et égale aux autres
vocation à se maintenir dans le temps et au sommet du quel s’exerce un pouvoir États.
souverain et indépendant qui s’impose sur un territoire déterminé. C’est une forme
En droit international, l’État est l’élément juridique principal. Les États sont les
d’organisation qui est à la fois nouvelle et ancienne. Nouvelle parce que l’actuel
sujets « primaires » du droit international : ils sont à la fois les créateurs et les
statut de l’État est récent étant un point de chute d’une succession d’évènements
destinataires des normes et des obligations de droit international, ils sont libres de
socio-politique (guerres, conquêtes, etc.). Kissinger 1 considère dans ses ouvrages
conclure des traités et peuvent contribuer à l’évolution du droit international
que l’État moderne a vu le jour avec la conclusion des traités de Westphalie de
coutumier5.
16482.
Techniquement, pour qu’un État puisse exister, il faut qu’il y ait une population
donnée, sur un territoire défini, représentée par des instances politiques effectives,
c’est-à-dire exerçant une autorité souveraine sur le territoire et capables d’entrer en
contact avec d’autres États. D’aucuns estiment qu’un État existe à partir du moment
où il est reconnu par d’autres États, dans un rapport d’égalité entre États 6. Cela n’est

1
Henry Kissinger est un ancien secrétaire d’Etat américain sous Richard Nixon, il Ier.
3
est professeur à Harvard et spécialiste des relations internationales. Il est connu Le Grand Robert, dictionnaire virtuel,
pour la pertinence scientifique et la profondeur analytique de ses écrits. 4
Max Weber cité par Maindo Monga Ngonga, cours d’introduction à la science
2
Le traité de Westphalie marque la fin de la période des guerres des Religions dite politique, Bukavu, UOB, FSSPA,
guerre des 30 ans. Les armées ultérieures en Europe sont principalement menées à G1 RI, 2010, inédit
des fins politiques. La réorganisation de l’Europe centrale élaborée par ces traités 5
Département fédéral des affaires étrangère DFAE, ABC du droit international
subsiste globalement jusqu’aux conquêts révolutionnaires françaises et celles de public in [Link] consulté le 26 juillet 2022
Napoléon 6
Article 2 de la Charte de l’ONU de 1945
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cependant une condition sine qua non pour son existence d’autant plus que s’il permanentes, etc. la nécessité de créer des liens sociaux harmonieux et de mettre en
réunit les trois éléments essentiels et indispensables à son existence (territoire, commun leurs intérêts les poussa à renoncer à leurs indépendances individuelles, et
population et gouvernement), il s’oppose déjà comme tel à ses sujets. à faire un pacte social appelé contrat social dans lesquels celles-ci sont résorbés pour
l’intérêt de tous. C’est ce contrat social qui est d’après Rousseau le fondement de
L’analyse étymologique de la notion d’Etat révèle que nombreuses expressions ont l’Etat.
été utilisées depuis l’Antiquité pour désigner l’organisation politique de la société. Quelles que soient les oppositions entre les conceptions (spéculatives ou autres), sur
C’est notamment l’expression grecque « Koinonia politika » et les expressions le fondement de l’Etat, ce dernier apparaît de nos jours comme une réalité sociale
latines « res publica » et « civitas ». évidente, la forme d’organisation politique de la société la plus avancée,
Quant au terme Etat, il provient de l’expression latine « statut », de « stare » qui perfectionnée prisée. Comme souligné plus, les tentatives de définitions de l’Etat
signifie se mettre débout. Ce sens étymologique semble n’est pas l’accorder avec la sont toujours insatisfaisantes. Plus proche de la réalité, nous allons nous contenter
signification actuelle de l’Etat. Il faut attendre le 16e siècle pour voir préciser de sa définition éclectique généralement admise : l’Etat est une collectivité qui se
l’usage actuel du terme Etat issu de l’Italie en « stato » tel qu’utilise par Nicolas compose d’un territoire et d’une population soumis à un pouvoir politique organisé.
Marchiavel dans son ouvrage Le prince lorsqu’il écrit « toutes les dominations qui
ont eu ou ont autorité sur les hommes sont des Etats et sont des Républiques ou 1.2. FORMATION DE L’ETAT / SENS JURIDIQUE
principautés ». La définition ci-dessus nous permet d’identifier les trois conditions nécessaires à la
Du point de vue historique, deux courants de pensée s’opposent sur la porttée de formation d’un Etat. Il s’agit d’une population, d’un territoire et d’un gouvernement.
l’Etat : le courant de la conception extensive et celui de la conception restrictive. La doctrine juridique actuelle ajoute une quatrième condition à savoir la
Pour les tenants de la conception extensive de la notion d’Etat, toute organisation reconnaissance.
du pouvoir peut être qualifiée d’Etat ; tandis que les tenants de la conception
restrictive estiment que l’Etat, n’est qu’une des formes particulières d’agencement 1.2.1. La population
ou d’organisation du pouvoir c’est cette deuxième conception qui nous intéresse C’est l’élément sociologique dans la formation d’un Etat. Cette dimension humaine
dans le cadre de ce cours. de l’Etat n’entend pas un ensemble d’individus entretenant des rapports passagers
Historiquement l’Etat est considéré comme la résultante d’un contrat entre les mais plutôt une communauté ou une collectivité ayant des rapports constants,
hommes dont il demeure impossible de dater ; ce qui donne un caractère mythique durables et historiquement et culturellement déterminés. D’où l’idée de la nation.
à ces présupposés théoriques. Il s’agit ici de la théorie du Léviathan de Thomas
Hobbes (1751) et de la théorie du contrat social de J.J. Rousseau (1762). C’est dans ce sens que l’on parle de l’Etat-Nation. La population est constituée par
En effet, pout T. Hobbes les hommes vivaient dans un état de nature c'est-à-dire une des personnes sur lesquelles l’Etat exerce sa compétence ou son autorité.
société sans règles et en luttes permanentes où les plus forts écrasent les plus faibles.
Pour mettre fin à cette situation, ils conclurent un pacte ou un contrat social à l’issue 1.2.2. Le territoire
duquel chacun doit limiter sa liberté et accepter de confier la plus grande liberté, C’est l’assise spatiale sur laquelle se trouve la population. Cette assise territoriale
souveraineté à un tiers qui les représente tous, le « Léviathan » c'est-à-dire l’Etat doit être précisément déterminée dans ses limites géographiques. C’est l’idée de
quant à Rousseau, il part également de l’idée de l’état de nature. frontière. La notion de territorialité suppose aussi bien la surface terrestre, le sous-
Les individus étaient indépendants les uns des autres avec toutes les conséquences sol et l’espace aérien surplombant la portion terrestre défini le territoire est d’une
possibles : domination des uns et marginalisation des autres, tensions sociales
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grande importance au sens géographique et au sens vital dans la mesure où il doit - La fonction de faire la loi
regorger des ressources nécessaires au maintien de l’Etat. - La fonction d’exécuter la loi
- La fonction de juger
1.2.3. Le gouvernement ou le pouvoir De ces trois fonctions découlent les trois types de pouvoirs de l’Etat à savoir :
C’est l’appareil gouvernemental appelé à assurer la maîtrise du pouvoir de - Le pouvoir législatif
commandement sur la population et l’espace considéré. Ce pouvoir doit être - Le pouvoir exécutif
manifesté tant à l’égard de la population, l’effectivité du pouvoir, qu’à celui d’autres
- Le pouvoir judiciaire
puissances extérieures, l’indépendance ou la souveraineté.
Cette trilogie de fonctions de l’Etat nous paraît réductionniste car tout le social ne
se résume pas en la loi. Ainsi, les onctions de l’Etat vont au-delà des simples faits
1.2.4. La reconnaissance
de faire et d’exécuter la loi ainsi que de juger. Il est admis à ce jour que l’Etat ne
Selon Paul Reuter, la reconnaissance est l’acte par lequel un Etat admet que
possède pas seulement les fonctions politiques à finalité économique mais
l’existence d’un Etat ou d’un gouvernement lui est opposable, c'est-à-dire va
également des fonctions sociales (santé, l’éducation, le logement, l’emploi, etc.), les
produire toutes les conséquences que le droit international attache à son existence
fonctions idéologiques et les fonctions culturelles. Il recherche constamment
(Paul Reuter, Institution internationale, Paris, PUF, 1979, p.156).
l’intérêt général.
Il s’agit d’une condition subjective qui consiste en un acte unilatéral ou collectif par
lequel un ou plusieurs Etats attestent l’existence d’un nouvel Etat en acceptant de
1.3.1. POURSUITE DE L’INTERÊT NATIIONAL
nouer des rapports d’égal avec l’entité souveraineté reconnue. Soulignons qu’un
L’intérêt national peut-être défini de façon objective et subjective. Objectivement il
Etat n’est pas obligé de reconnaître un nouvel Etat, tout comme il peut subordonner
s’agit des propositions définitionnelles théories proposées par les différentes écoles,
cette reconnaissance au respect de certaines conditions. Il existe deux conceptions
les différents paradigmes. Subjectivement, cela dépend d’un Etat à l’autre, d’un
déclaratives. La première fait de la reconnaissance une condition qui parachève la
leader politique à l’autre. Dans le cadre de ce cours, seuls
formation d’un Etat, et la seconde la considère comme une obligation d’entretenir
quatre éléments extraits dans la littérature seront évoqués comme faisant partie
des rapports avec le nouvel Etat issu de la volonté d’un peuple. Une fois constitué,
intégrante d’un tout.
l’Etat doit assurer certaines fonctions à l’intérieur de la société.
- La servie : c’est le noyau dur de l’intérêt national. Il s’agit d’éviter la
dislocation de l’Etat, l’invasion, la domination extérieure ou
1.3. LES FONCTIONS DE L’ETAT
l’effondrement de ses structures fondamentales. Elle justifie parfois des
L’Etat est formé pour assurer un certain nombre de missions dont la société a besoin
mesures exceptionnelles.
pour se manifester et s’épanouir. Ces missions sont innombrables au regard de la
- Sécurité : elle recouvre la protection contre les menaces, qu’elles soient
complexité sociale auquel l’Etat doit faire face en tant que puissance publique,
militaires, terroristes, sanitaires, climatiques ou cybernétiques. Elle
pouvoir suprême.
concerne aussi bien la sécurité des institutions que celles des citoyens.
L’Etat comme pouvoir écrasant, l’Etat-gendarme a cédé la place à l’Etat pourvoyeur
du bien-être social interventionniste, l’Etat médiateur, l’Etat-solidarité. Cependant, - Prospérité : elle implique le développement économique durable, l’accès
le providentialisme de l’Etat est également en crise et a cédé à l’Etat solidarité. aux ressources, le commerce, la stabilité macroéconomique et le bien-être
L’Etat-gendarme : remplit des fonctions de police, de justice, diplomatie, de défense social. Un Etat vise la prospérité pour maintenir la légitimité interne et le
financière classiquement, l’on attribue trois fonctions à l’Etat : poids sur scène internationale.
Page|4

- Identité : elle renvoie à la préservation des valeurs, de la culture, de la suit « les provinces et les entités territoriales décentralisées de la RDC sont dotées
langue, de la mémoire collective et des institutions d’un pays. Défendre de la personnalité juridique et sont gérées par les organes locaux. Ces entités
l’identité, c’est protéger ce qui fonde la nation en tant que communauté territoriales décentralisées sont la ville, la commune, le secteur et la chefferie. Elles
historique et politique distincte. jouissent de la libre administration et de l’autonomie de gestion de leurs ressources
économiques, humaines, financières et techniques, (…) ».
1.3.2. Formes de l’Etat En clair, il s’agit d’un mode de gestion décentralisé. En effet, la décentralisation est
La forme de l’Etat suppose la constance du pouvoir dont l’Etat est titulaire. Il s’agit un mouvement qui va d’une structure mono-centrique vers une forme polycentrique
dans une certaine mesure dont le pouvoir est réparti entre les différentes entités du pouvoir politique (D. Olowu). Elle a quatre dimensions à savoir :
appelées à représenter l’Etat au niveau institutions centrales comme un niveau des - La dimension politique : elle implique le pluralisme institutionnel,
institutions à la base. l’ouverture de l’espace politique à l’expression et l’exercice des libertés
Du point de vie du droit constitutionnel, l’on distingue trois formes de l’Etat : civiles et politiques, la compétition politique à travers les élections libres
- L’Etat unitaire et transparentes. La décentralisation implique verticalement, renforcement
- L’Etat fédéral des gouvernements locaux et horizontalement, séparation des pouvoir et «
- La confédération. accountability » de l’exécutif pour ses actions et inactions devant l’organe
Un Etat unitaire est caractérisé par un seul centre d’impulsion politique et délibérant et les judiciaires.
gouvernementale. Un Etat unitaire peut être soit centralisé soit décentralisé. Quant - La dimension administrative : mise sur pied d’une administration gérée
à l’Etat fédéral, il est caractérisé par un partage considérable des compétences localement (recrutement, carrière, salaire, pouvoir disciplinaire)
(pouvoir) entre le centre (gouvernement fédéral) et les entités de base (Etat fédérés). - La dimension économique : réduction de la prépondérance de l’Etat dans
La fédération repose sur les principes de superposition, d’autonomie et de
le secteur économique, stimulation du pluralisme économique par les
participation. Enfin, la considération résulte d’une alliance d’Etat souverains. Elle
dérégulations, la privatisation, l’appui au secteur privé avec comme
est fondée sur la coopération dans de domaine précis entre les Etats membres qui
objectif l’accroissement de la production, la compétitivité, la
n’allièrent pas leur souveraineté au profit de la confédération. L’acte constitutif se
diversification et la solvabilité fiscale.
trouve dans un traité, et les décisions sont prises à l’unanimité et par voie
référendaire. Ex : confédération helvétique (fin en 1848), confédération germanique - La dimension financière : transfert des ressources financières du pouvoir
(1815-1866). central aux entités décentralisées. Ce transfert peut se faire directement ou
La constitution de la république démocratique du Congo votée à 84% au référendum à travers la reconnaissance d’un pouvoir d’imposition ou de taxation pour
populaire du 18 décembre 2005 consacre explicitement la forme unitaire. A ce permettre d’alimenter le budget local.
propos l’art 1er de cette constitution dispose : « la République Démocratique du Les formes de l’Etat ne sont pas à confondre avec les régimes politiques,
Congo est dans ses frontières du 30 juin 1960, un Etat de droit, indépendant, généralement reconnus à 3 : le régime présidentiel, le régime semi-présidentiel et le
souverain, une et indivisible, social, démocratique et laïc ». régime parlementaire.
Cependant, dans le fonctionnement de l’Etat, cette constitution intègre 2. LA NATION
implicitement quelques éléments de la fédération car elle consacre la répartition Le terme nation vient du verne latin « natio » qui signifie naissance. Ce vocable
constitutionnelle des compétences entre le pouvoir central et les provinces ainsi que signifie étymologiquement l’ensemble d’individus nés dans un même lien. Dans
la libre administration de ces dernières. A ce sujet, elle dispose à son article 3 ce qui Nations et nationalismes ; Ernest Gellner souligne que la formation des nations
Page|5

modernes requiert la constitution d’un espace culturellement homogène. Selon lui, Il existe des nations sans Etats, des peuples dispersés entre plusieurs Etats et qui
le nationalisme est essentiellement un principe politique qui affirme que l’unité revendiquent leur autonomie. C’est le cas du peuple Kurde qui est dispersé entre la
politique et l’unité nationale doivent être congruentes. Turquie, l’Iran et la Syrie. De cette notion découle entre autres celle nationalité
La nation n’est pas une réalité concrète mais une idée différente de formations entendue comme le fait d’appartenir à un pays et d’avoir des droits et des
sociales comme les tribus, les clans, les cités, les villages, etc. entant qu’idée, elle ablégations. Elle est aussi un lien politique et juridique entre un individu et un Etat
ne se révèle que par les sentiments et les attitudes qu’elle suscite. déterminé. Chaque Etat définit les conditions d’acquisition et de perte de la
La nation résulte de la conscience de l’unité suite à une histoire commune et à la nationalité. Pour le cas de la RDC, la constitution de la 1ère république (et celles
volonté de vivre ensemble et partager des intérêts. qui l’ont précédée) précise concurremment avec une autres nationalité. Elle est soit
La notion assure deux fonctions : d’origine, soit d’acquisition individuelle (art.10).
- La fonction d’intégration : elle prouve au groupe la cohésion spirituelle Ainsi conçue, l’Etat-nation est le gérant des libertés individuelles et le rempart
grâce à laquelle il résiste à l’effet des rivalités d’intérêts (solidarité, indispensable contre les règlements imposés. En conséquence, les considérations
consensus social) faites sur l’Etat s’appliquent ici mutatis mutandis.
- Une fonction disciplinaire : respect du pouvoir investi, consolidation de
3. LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES
l’agencement du groupe en sacralisant le pouvoir.
Dès le point de départ, l’organisation internationale semble échapper à toute
2.1. L’ETAT – NATION tentative de définition7. Les juristes ont proposé de nombreuses définitions 8, mais,
en vérité, il n’existe pas de définition universellement acceptée d’une organisation
Il est difficile de concevoir l’Etat en dehors d’un groupe humain qui accepte de vivre internationale. La notion d’organisation internationale, selon la Convention de
ensemble. De même, les collectivités humaines adoptent l’Etat comme une forme Vienne sur le droit des traités de 1969, signifie tout simplement « Organisation
d’organisation politique la plus perfectionnée, prisée. L’expression Etat-nation intergouvernementale ».
signifie, à en croire Charles Debbasch et Jean – Marie Pontier qu’il y a eu rencontre,
Gérald Fitzmaurice dans le cadre des travaux de la Commission de droit
et quasiment fusion, entre un mouvement, une tendance, savoir l’affirmation du
international sur le droit des traités, a proposé comme définition d’une Organisation
sentiment national, et une forme de pouvoir, l’Etat.
internationale comme étant : « une association d’Etats constituée par traité, dotée
On désigne par l’expression l’Etat-nation l’idée selon laquelle à un Etat correspond
d’une constitution et d’organes communs et possédant une personnalité juridique
une nation c'est-à-dire un groupe humain qui possède une unité culturelle,
distincte de celle des Etats membres »9.
linguistique et historique à conscience de cette unité. Cette idée s’est concrétisée à
partir du XVIIIème siècle lorsque des peuples opprimés au sein des Etats Pour leur part, Serge Sur et Jean Combacau la définissent une OI comme : « un
multinationaux se sont rebellés pour obtenir leur indépendance. groupement à vocation permanente, essentiellement composé d’États, constitué par

7
J.-M., Arbour, Droit international public, 3e édition, Cowansville, Yvon Blais A/CS : 4/16 para. 38-60. Dans ce rapport, l’auteur récence l’ensemble des
Inc., 1997, p. 617. définitions proposées par la doctrine.
8 9
El Erian, G. Abdullah, « Les relations entre les États et les organisations Ann. CDI, 1956-II, p. 106
internationales », premier rapport à la Commission du droit international, Doc.
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eux sur la base d’une convention, généralement multilatérale, doté d’organes Quelles que soient leurs formes, il existe des organes formels chargés de canaliser
propres, et disposant de compétences d’attribution »10. les relations entre les Etats. Il s’agit essentiellement du chef de l’Etat, du
Sur le plan doctrinal, comme l’estime le Michel Virally, en dépit du fait qu’il gouvernement et du parlement.
n’existe pas de définition générale pour une organisation internationale, il y a des
éléments essentiels qui reviennent toujours dans toute proposition définitionnelle 4. CITOYENNETE
de celle-ci ; et même quand ces éléments ne sont pas tous réunis, on voit les auteurs Le Grand Dictionnaire encyclopédique (1982) définit la citoyenneté comme « la
y revenir dans leurs explications subséquentes. L’on s’accorde donc généralement qualité de la personne disposant dans une communauté donnée, de l’ensemble
sur les éléments qui conduisent à la construction suivante : des droits civiques ». Gérard Cornu va dans le même sens en définissant le citoyen
comme étant « le membre d’une cité ou d’un groupement politique » et au sens
« Une organisation internationale est une association d’Etats créée précis « une personne qui, dans un Etat Démocratique participe à l’exercice de la
par traité, pour un ou plusieurs objectifs d’intérêt commun, dotée souveraineté, soit dans la démocratie indirecte par l’élection des représentants, soit
d’une constitution et d’organes communs, et possédant une dans la démocratie directe par l’assistance à l’assemblée du peuple ».
personnalité juridique distincte de celle de ses membres, dotée d’une
mission spéciale ou spécifique et ayant une vocation permanente ». Dans les démocraties, ensemble des droits et devoirs des citoyens qui, en tant que
- Les organisations non gouvernementales membre de la communauté politique, sont habilités à participer aux affaires
publiques : vote, éligibilité, accès à l’administration, possibilité de s’exprimer
Selon le dictionnaire des relations internationales, les ONG « sont organisations publiquement, auxquels peuvent s’ajouter des droits plus spécifiques (ex. : droit de
composées d'individus qui se regroupent volontairement associations pour porter les armes). La notion de citoyenneté, en combinant les droits et les devoirs,
poursuivre des objectifs communs. (Elles) ne distribuent pas de profit à leurs lie participation et assujettissement. Elle suppose l’allégeance à une communauté
membres. Celles qui interviennent dans le fonctionnement des relations politique. Restreinte à la cité dans l’Antiquité, la citoyenneté s’inscrit, à l’époque
internationales, ONG « organisations internationales non gouvernementales », moderne, dans l’espace plus lare de l’Etat-nation. Aujourd’hui, elle peut même être
leurs activités dans plusieurs pays et remplissent des d'intérêt général »11. On peut pensée en référence à des ensembles politiques supranationaux (ex. : la citoyenneté
tout d'abord noter que la dénomination « ONG » se veut négative. C'est la raison européenne).
pour laquelle certains ont proposé le terme d'« Organisations, de solidarité
internationale» ou d'« Organisations des sociétés civiles ». A la suite de des auteurs, La citoyenneté a pu être conçue de manière restrictive. A Athènes, les citoyens sont
nous conserverons néanmoins ici la dénomination d'ONG consacrée par les textes tous les hommes « libres » qui, à l’inverse des esclaves, des métèques et des
fondateurs des Nations - ainsi que par l'usage. femmes, sont habilités à participer aux fonctions publiques. Dans la France de la
Révolution 1789, une distinction est introduite entre les citoyens « actifs » (admis
Il existe néanmoins des organisations non gouvernementales auxquelles les Etats à voter) et les citoyens « passifs » (dépendants, femmes, mineurs, indigents,
ont conféré un caractère particulier qu’elles deviennent comme hybride. C’est le domestiques, citoyens faiblement imposés,…). La conception moderne du citoyen,
cas du Comité International de la Croix Rouge. conçu comme un individu libre et éclaire, capable de se forger une opinion, a pu

10
Jean Combacau et Serge Sur, Droit international public, Paris, Lextenso, 11ème 11
M.-CI. Smouts, D. Battistella, P. Vennesson, Dictionnaire des relations
édition, p. 713 internationales, Op. Cit., p. 374.
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également permettre de justifier des restrictions au droit de vote (suffrages respect et la protection en conformité avec certains textes de portée
censitaires et capacitaires). Mais celle a aussi poussé les Républicains, dans la universelle.
France de la fin du XIXème siècle, à faire de l’éducation au sein de l’école laïque un
des grands enjeux de la définition de la citoyenneté. Jean Leca donne trois dimensions12 de la citoyenneté moderne : elle est tout d’abord
un « statut juridique », qui confère des droits et des obligations vis-à-vis de la
Avec la démocratisation, les droits civiques se sont élargis à l’ensemble des hommes collectivité politique et composé de trois éléments : civil, politique et social.
adultes et aux femmes, à l’exception des personnes privées de leurs droits civiques. - L’élément civil c’est-à-dire les droits nécessaires à la liberté individuelle,
Pour T. Marshall, depuis le XVIII siècle, trois vagues de droits politiques liés au à la justice,
suffrage universel ; les droits sociaux liés à l’Etat providence. Les conceptions de la - L’élément politique : le droit de participer à l’exercice du pouvoir
citoyenneté varient toutefois selon les expériences politiques. De ce fait, la notion politique désignateur ou comme décideur,
de citoyen reste assez floue : elle peut aussi bien désigner l’individu envisagé dans
- L’élément social : degré de solidarité.
son rapport à l’Etat dans des régimes autoritaires, que l’individu doté de droits
civiques imprescriptibles dans la démocratie. Elle est aussi un ensemble de rôles sociaux spécifiques : elle traduit ce que l’on
appelle une « compétence politique ». Celle-ci repose d’une part sur l’intelligibilité
Formellement, tout citoyen majeur a un droit égal à exercer sa citoyenneté, quelle de l’Etat, c’est-à-dire la compréhension par le citoyen du rôle régulateur de l’Etat
que soit sa richesse, sa religion, sa naissance ou tout autre critère de statut social. et de ce que cela signifie pour lui en termes de droits, mais aussi en termes
Les inégalités de participation dans les démocraties occidentales montrent d’obligation sociales. Elle suppose d’autre part un intérêt pour les affaires
cependant l’écart entre les droits formels et l’exercice effectif de la citoyenne. Des publiques et comporte une dimension civique qui définit un ensemble de qualités
travaux en sociologie politique ont ainsi pour montrer qu’il existe une corrélation morales jugées nécessaires à l’existence du « bon » citoyen.
entre la détention de ressources sociales, économiques et culturelles d’une part, et La citoyenneté apparait comme le résultat d’un processus historique qui établit
la capacité à participer de manière active à la vie politique d’autre part. progressivement les conditions d’appartenance à une communauté politique et
transcendant les différences de toute nature. Tout citoyen dispose des mêmes droits,
La notion de citoyenneté étant liée à l’exercice de la démocratie, ce qui amène accompli les mêmes devoirs, quelle que soit sa situation particulière.
l’auteur à distinguer les droits :
5. CITOYENNETE, NATIONALITE ET IDENTITE
- Droits civils : droits de participer à l’exercice et au gouvernement de son
La notion de citoyenneté est liée à celle de nationalité. La nationalité est le lien
pays
juridique qui rattache un citoyen à son Etat. Ces deux notions sont voisines et
- Droits de l’homme : l’ensemble des facultés et prérogatives considérées
prêtent souvent à confusion. Cette confusion provient du contenu même à donner à
comme appartenant naturellement à tout être humain dont le droit public
ces deux notions. Les deux termes visent le statut de l’individu dans ses rapports
notamment le droit constitutionnel qui s’attache à imposer à l’Etat le
avec l’Etat. Ils sont parfois utilisés de façons synonymes, mais ne définissent pas

12
Selon Jean Leca, la citoyenneté c’est tout d’abord le statut « statut juridique »
est composé de trois éléments : civil, politique et social (degrés de solidarité). Lire
à ce sujet, D. Alcaud et L. Bouvet (sd), [Link]., p. 24.
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nécessairement les mêmes rapports avec l’Etat13. C’est par exemple M. Gonidec qui En raison d’une attribution de la nationalité combinant filiation et droit du sol, il est
avait écrit : « La citoyenneté est conçue comme l’aptitude de jouir des droits quasiment impossible de rester étranger tout en résidant de manière durable en
politiques et civiques. En fait, il y a coïncidence entre la notion de nationalité et France au-delà de deux générations. Un immigré peut acquérir la nationalité
celle de citoyenneté »14. Et Leben, donnant l’exemple de la France sous l’emprise française par naturalisation ou par déclaration de nationalité (en cas de mariage avec
de l’article 3 de la Constitution de 1958, relève que : « Les nationaux sont donc aussi un/e Français/e). Certes, à ce premier échelon l’Etat se garde un pouvoir
les citoyens et les citoyens sont les nationaux ».15 discrétionnaire relativement important. Mais déjà la première génération issue de
l’immigration née en France bénéficie d’un droit plus conséquent à l’intégration
Selon Nyamoya, la nationalité relève du droit international public alors que la
nationale et dès la deuxième génération née en France l’appartenance à la nation
citoyenneté cadre avec le droit public interne. En ce sens, la nationalité engendre
française ne se pose plus, elle s’acquiert de plein droit dès la naissance. En vertu du
des relations interétatiques tandis que la citoyenneté permet de distinguer les
double droit du sol, est français à la naissance, toute personne née en France d’au
nationaux des étrangers dans un Etat car, elle accorde à certains la pleine jouissance
moins un parent né en France (sans qu’il soit nécessairement français lui-même).
des droits politiques à savoir le droit de vote, le droit d’être éligible et le droit
d’exercer les fonctions politiques.
Les réformes successives ont surtout concerné les dispositions à l’égard de la
Quand on dit « je suis française », « je suis algérien », ou « je suis allemand », je première génération née en France. La manifestation de volonté que devaient
suis turque » de quoi parle-t-on ? Des droits et devoirs en tant que citoyen, de exprimer les jeunes étrangers nés en France, selon la réforme de 1993, allait dans le
l’appartenance nationale ou de sa culture de référence ? Chaque notion prise en soi sens d’une plus importante considération des choix individuels. Elle était peut-être
semble évidente, en revanche dans leur articulation elles se révèlent compliquées : inopportune dans un contexte politique déjà marqué par des inégalités dans les
faut-il avoir la nationalité pour être citoyen, peut-on avoir la nationalité française et sphères économiques et résidentielles, mais elle ne s’est pas soldée par une
se dire algérien, la nationalité allemande et se dire turc, quels sont les devoirs diminution du nombre d’intégration à la nationalité dans ces année-là. Par ailleurs,
citoyens des étrangers dans un pays d’immigration, peut-on être citoyen alors qu’on notons que ce sont moins les modes d’attributions de la nationalité qui ont été
n’a pas le droit de vote ? modifiés qu’une définition territoriale de la France. Toute disposition concernant
La nationalité définit l’appartenance objective d’un individu à un Etat et une nation les personnes nées dans les anciennes colonies avant l’indépendance de celles-ci a
et ceci d’autant plus qu’elle la matérialise par le(s) passeport(s), la carte pour été abrogée.
citoyen. La réglementation concernant l’attribution ou l’acquisition de la nationalité
est l’instrument juridique qui régit l’inclusion à et l’exclusion de la communauté Une législation qui attribue la nationalité largement en raison de la naissance dans
politique. le pays, par effet logique, ne se préoccupe pas de la nationalité d’origine de ces
Le code de la nationalité française est l’instrument juridique pour faire concrètement nouveaux Français. En France, ils sont uniquement français, à eux de gérer leurs
exister le projet politique du citoyen français. Conformément à l’idéologie éventuelles appartenances à d’autres Etats. D’une manière générale, l’Etat français
d’ouverture de la citoyenneté héritée de la Révolution de 1789, il doit donc aisément n’oblige pas à renoncer à la nationalité d’origine (sauf convention internationale ou
permettre de devenir français autant à la naissance qu’au cours de la vie. bilatérale particulière), ce qui signifie concrètement que ceux qui l’acquièrent ne
sont pas obligés de choisir entre leur nationalité d’origine et la nationalité française.

13
Avis juridique du conseiller juridique de l’O.N.U. AJ. NU 1980, p. 209. 15
C. Leben, « Nationalité et citoyenneté en droit constitutionnel », Controverses,
14
P-F. Gonidec, « Note sur la nationalité et les citoyennetés dans la communauté », Le post-colonialisme et le modernisme, Paris, Editions de l’éclat, n°11, juin 2009,
Annuaire Français de Droit International, Vol. 5, n°5, 1959, pp.748-749. p.154.
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6. CITOYEN - Le droit l’information : toute personne a droit d’informer, d’être informer


Un citoyen c’est une personne reconnue légalement comme membre d’un Etat, , d’avoir ses opinions et les communiquer sans aucune entrave par la presse
disposant de droits civils, politiques, économiques et sociaux, mais aussi tenue à des écrite, audio-visuelle ou tout autre support, public ou privé, sous réserve
devoirs envers cet Etats. Il participe à la vie publique (vote, expression, du respect de la loi, des droits d’autrui, de l’ordre public et de bonnes
engagement), bénéficie de la protection de la loi, et contribue à la société par son mœurs.
travail, ses impôts et respect des règles. Etre citoyen, c’est appartenir à une - La liberté de manifestation : le droit de réunion et de manifestation est
communauté politique organisée, avec une identité juridique et une responsabilité reconnu aux citoyens. Ces derniers sont autorisés à se réunir pacifiquement
civique. en respectant la loi, l’ordre public, la sûreté publique, la moralité publique
6.2. Droits du citoyen et des droits ou libertés d’autrui. Les manifestations anarchiques sont
Les droits du citoyen sont nombreux et peuvent être group » selon leur nature. La interdites. Les réunions publiques en des lieux fermés sont soumises à une
constitution de la RDC définit les droits du citoyen à son titre II. On peut retenir les autorisation préalable avec indication du lieu et de l’heure, à moins qu’il
suivants : ne s’agisse des réunions religieuses, des spectacles théâtraux et
cinématographiques ou de la simple ouverture de café ou restaurant. Le
6.1. LES DROITS CIVILS ET POLITIQUES QUI LIENT UN CITOYEN A droit à la libre circulation : toute personne a le droit de circuler ou
SON ETAT d’instaurer sa résidence partout en République Démocratique du Congo
Le droit au vote : le vote constitue un moyen d’expression de la population en ce - Le droit à la vie : le droit à la vie est le droit à l’existence. La vie constitue
qui concerne le choix des dirigeants. Ainsi, nul ne peut être exclu de ce processus le premier droit de l’homme. Personne ne peut attenter à la vie de son
sauf dans les cas définis par la loi semblable. Ainsi, le meurtre, l’assassinat et l’avortement sont des
- Le droit à la liberté individuelle violations du droit à la vie.
- Le droit à la l d’expression : les citoyens ont le droit d’exprimer leurs
opinions sur le fonctionnement de l’Etat. Celles-ci ne peuvent être 6.1.1. Les Droits Economiques Et Sociaux
muselées par le pouvoir politique. Le droit à la propriété individuelle ou collective : toute personne a le droit de
- Le droit à une égale protection des lois : la loi s’applique de manière posséder seul ou en communauté, des biens mobiliers ou immobiliers.
impersonnelle à tous les citoyens sans considération de fortune, de tribu, L’expropriation ne peut intervenir que pour cause d’utilité publique et moyennant
de religion, de rang social. Dans leur mission de dire le droit, les cours et une indemnité équitable. Dès lors, le vol porte atteinte au droit de propriété.
tribunaux sont tenus au respect de l’égalité de tous les citoyens devant la - Le droit à l’initiative privée : tout citoyen a le droit à l’initiative pour
loi. autant que celle-ci ne porte pas atteinte à la loi
- Le droit à la représentation équitable de la femme au sein des - Le droit à l’emploi : l’emploi doit être garantie à tous les citoyens en âge
institutions nationales, provinciales et locales : la femme doit jouir de de travaille. C’est par un travail choisi ou accepté que tout citoyen gagne
mêmes droits civils et politiques, économiques et sociaux, culturels, sa vie. Le congolais a le droit d’exercer une profession dont la finalité est
collectifs que l’homme. Sa représentation au sein des institutions politiques individuelle (gagner sa vie) et collective (contribuer au développement du
et administratives doit être significative. pays). Quelques soient les secteurs d’activité (publique ou privée)
- Le droit à la liberté de pensée de conscience et de religion l’employé a droit à une rémunération équitable. En effet, la rémunération
due à un travailleur doit être régulière et satisfaisante.
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- Le droit à la santé et à la sécurité alimentaire : l’accès aux soins - Le droit à un environnement sain et propice : chaque citoyen congolais
médicaux de qualité et aux soins de santé primaire ainsi qu’à la nourriture a le droit de vivre dans un environnement sain et propice ; dans un milieu
nécessaire pour le développement de la santé. physique sain et salubre
- Le droit à la protection sociale - Le droit de jouir des riches nationales : le congolais a le droit de jouir de
- Le droit à l’éducation scolaire : les parents ont le droit d’assurer la toutes les richesses de la nature et de toutes ressources naturelles
scolarisation de leurs enfants. L’Etat à l’obligation de mettre à la renouvelables
disposition de tous les congolais un enseignement national de qualité. - Le droit au développement : le peuple congolais a le droit à son
- La liberté d’association et la liberté syndicale : le syndicat permet aux développement économique, social et culturel dans le respect strict de sa
travailleurs de défendre leurs intérêts. liberté et de son identité
- Le droit au grève : en cas de litige avec l’employeur, les travailleurs - Le droit de jouir des patrimoines communs de l’humanité : le
peuvent entre en grèbe. Il s’agit d’un arrêt de prestation des services dans patrimoine commun de l’humanité est composé d’une part de l’ensemble
le strict respect des dispositions légales qui règlementent l’exercice de la de biens dont aucun Etat n’est propriétaires et d’autre part, de biens
grève. Toutefois, ce droit n’est pas reconnu aux membres des forces quoiqu’appartenant géographiquement à un Etat donné sont cependant
combattantes et des forces de l’ordre versés sur la liste des biens du patrimoine mondial dressé à l’UNESCO
- Le droit au mariage : chacun a le droit de se marier avec le conjoint de départ leur rôle dans l’équilibre de la vie de l’humanité. On peut citer à
son choix de sexe opposé et de fonder une famille. titre d’exemple la lune et les corps célestes, la zone internationale des fonds
- Le droit d’accès à l’eau potable et à l’énergie électrique. marins, l’ai, certains parcs, aires protégés, etc.

6.1.2. Les Droits Culturels 6.2. DEVOIRS DU CITOYEN


- Le droit à la création intellectuelle et artisanale Outre les droits, les citoyens ont des devoirs à accomplir dans l’exercice de leur
- Le droit à la recherche scientifique et technologique citoyenneté. On peut en énumérer les suivants :
- Le devoir de connaître la loi : « nul n’est censé ignorer la loi »
- Le droit d’auteur et de propriété intellectuelle : toute personne a droit
- Le devoir de défendre le pays et son intégrité territorial face à une menace ou
de bénéficier des intérêts moraux et matériels découlant de toute
agression extérieure ;
production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l’auteur.
- Le devoir de sauvegarder l’unité du pays ;
- Le devoir de remplir loyalement ses obligations vis-à-vis de l’Etat ;
6.1.3. Le S Droits Collectifs
- Le devoir de payer les impôts et taxes : tout citoyen doit s’acquitter de ses
- Le droit à la protection à l’extérieur du pays
impôts et taxes. Le civisme fiscal est une qualité du citoyen qui permet à l’Etat
- Le droit à la paix et à la sécurité : le peuple congolais a droit à la paix et
d’avoir les moyens de développer le pays ;
à la sécurité sur le plan national et sur le plan international. En vertu du
- Le devoir de solidarité ;
principe de solidarité et de relations amicales, tous les autres peuples et
- Le devoir de travailler : tout citoyen a le devoir d’exécuter son travail, avec
tous les Etats doivent aider le peuple congolais à jouir de son droit à la
compétence dans les conditions normales en toute probité morale et honnêteté
paix. Par conséquent, la propagande en faveur de la guerre est également
intellectuelle.
interdite
- Le devoir de protéger la propriété, les biens et intérêts publics, etc.
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- Les Etats membres se sont engagés à assurer en coopération avec


6.3. DROITS DE L’HOMME l’organisation des Nations Unies le respect universel et effectif des droits
Il est admis actuellement que les droits de l’homme constituent l’une des plus de l’homme et des libertés fondamentales
grandes avancées réalisées au plan international après la seconde guerre mondiale. - Une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute
Ils forment dès lors un corpus des normes internationales dans le comportement des importance pour remplir pleinement cet engagement.
Etats. Néanmoins, en dépit de l’idéal de la justice internationale il s’observe Ayant ratifié ce texte, la RDC doit se soumettre à ses prescriptions c'est-à-dire
couramment des discriminerions criantes dans la jouissance des droits humains tel respecter ses principes dont voici quelques uns :
que garantie par les instruments juridiques internationaux. Les grandes puissances Tous les êtres humains naissent libres et égaux. Ils sont doués de raison et de
économico-militaires s’en servent pour avancer des jugements parfois erronés à conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité (Art.
l’endroit des pays sous équipés afin de les maintenir sans cesse dans la dépendance Tout individu a droit à la vie, à la liberté de sa personne (Art. 3) Nul ne sera soumis
et l’exploitation. La question de l’égalité devant le droit international et celle de à la torture ni à des traitements cruels, inhumains ou dégradants Nul ne peut être
l’indépendance effective des Etats africains restent posées. arbitrairement arrêté, détenu ou exilé (Art. 3) Toute personne a le droit de circuler
Les droits de l’homme ainsi théoriquement conçus ont pour texte fondamental la librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat (Art. 13)
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme adoptée le 10/12/1948 par Lire déclaration universelle des droits de l’homme.
l’Assemblée Générale des Nations Unies. Cet instrument juridique international
incarne le code moral, le consensus politique et juridique sur le respect des droits de
la personne humaine. Il s’est fondé sur les considérations suivantes :
- La reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille
humaine et de leurs droits égaux et inalliable constitue le fondement de la
liberté, de la justice et de paix dans le monde
La méconnaissance et le prix de droits de l’homme ont conduit à des actes
de barbaries qui révoltent la conscience de l’humanité et l’avènement d’un
monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de
la peur et de la misère, a été proclamée comme la plus haute aspiration de
l’homme
- Il essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de
droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours à la
révolte contre la tyrannie et l’oppression ;
- Il est essentiel d’encourager le développement des relations entre nations ;
- Dans la charte, des peuples de Nations Unies ont proclamé à nouveau leur
foi dans les droits fondamentaux de l’homme dans la dignité et la valeur de
la personne humaine, dans l’égalité des droits de l’homme et femme, et
qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et d’instaurer
des meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande ;
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CHAPITRE DEUXIEME : LA CULTURE POLITIQUE, LA SOCIETE sentir, apprises et partagées par une pluralité de personnes et propres à un ensemble
POLITIQUE LA SOCIETE POLITIQUE, ELECTION social. C’est le mode de vie dans une société.
Les relations qui se dégagent entre ces trois notions nous obligent à les examiner
successivement dans trois sections différentes. Considérée sous cet angle anthropologique ou sociologique, la culture s’oppose à la
nature. Elle est un produit de l’homme. Elle se comporte comme un système (elle
1. LA CULTURE est composée par un ensemble d’éléments cohérents et interdépendants). Elle est
une propriété collective et non individuelle. Elle est acquise et non pas innée et
D’après le vocabulaire pratique des sciences sociales d’Alain Birou, le terme dépend d’une société à une autre c'est-à-dire relative.
français « culture » dérive du vocable latin « cultura » lequel signifie le soin des La thèse du relativisme culturel, estiment Jean Etienne et compagnons, conduit à
végétaux, puis le soin de l’esprit. accorder un même degré de dignité à toutes les cultures. Toute attitude qui considère
Dans la même lancée, le dictionnaire de sociologie de Jean Etienne et compagnons sa culture comme étant supérieure par rapport à d’autres est qualifié
situe l’origine étymologique du mot culture dans le verbe latin « colere » qui d’anthropocentrisme.
désignait le fait de cultiver la terre, et ce jusqu’au 15ème siècle. En tant que système, toute culture est ouverte à d’autres cultures desquelles elle tire
certains éléments et en rejette d’autres. C’est le phénomène de contact culturel ou
Le même dictionnaire précise à l’instar d’Alain Birou, que par dérivation, on d’acculturation. C’est ce qui justifie notamment le caractère dynamique de la
évoquera ensuite la culture du corps (la culture physique) ou de l’esprit. culture.
Ainsi donc, vue sous l’angle étymologique, le mot culture a d’abord désigné le René König distingue deux types de culture :
travail de la terre avant de signifier ensuite par extension et analogie, le progrès - La culture matérielle
intellectuel d’une personne, l’idéal de la vie intellectuelle.
- La culture immatérielle
1.2. Acception actuelle
La culture matérielle comprend l’équipement technologique propre à une société
Deux sens se dégagent de l’acception actuelle du mot culture.
donnée. La culture non matérielle ou immatérielle comprend les normes et tous les
Le sens courant : la culture évoque la connaissance des œuvres de l’esprit :
types de conceptions (rationnelles ou non) qui déterminent également l’activité
littérature, musique, peinture, théâtre, poésie, l’art, etc. ce sens courant est chargé
humaine : les théories scientifiques, les convictions religieuses, les mythes, les
d’une connotation ethnocentriste car il peut insinuer une répartition, une évaluation
légendes et les idéologies.
ou un jugement (ex : telle personne est cultivé par rapport à l’autre ou alors telle
La répartition de la société en plusieurs domaines ou secteurs fonctionnels permet
société est cultivée par rapport à d’autres).
de distinguer la culture politique, la culture économique, la culture esthétique, la
culture religieuse, la culture juridique, etc. de cette dernière classification, c’est la
Sens anthropologique ou sociologie : L’anthropologie Tylor (1871) définit la culture politique relevant de la culture immatérielle qui intéresse le présent cours.
culture comme « un ensemble complexe qui comprend les connaissances, les
croyances, l’art, le droit, la morale, les coutumes et toutes les autres aptitudes et 1.3. La Culture Politique
habitudes qu’acquiert l’homme en tant que membre d’une société ». Selon Guy
Rocher, elle est un ensemble supposé cohérent des manières d’agir, de penser, de Pour Denys Cuche dans La notion de culture dans les sciences sociales, la culture
politique figure parmi les cas récents et significatifs d’application du concept de
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culture à un champ particulier. L’auteur considère qu’il y a usage abusif du terme - Aspect évaluatif : les jugements de valeur portés sur les phénomènes
utilisé à tout propos et souvent préféré à « idéologie » (car moins discrédité), il est politiques.
devenu comme un « tic du langage ». Bertrand Badie dans culture et politique
s’oppose aux postulats de « l’existence d’une culture sectorisée, autonome, 1.4. Types De Culture Politique
juxtaposable, aux dires même d’Almond et de Verba, à une culture économique ou Almond et Verba dans The civic culture, distinguent trois types de culture politique
à une culture religieuse, culture permettant d’isoler les orientations spécifiquement : la culture politique paroissiale, la culture politique de sujétion et la culture politique
politiques des individus. Le même auteur souligne également que cette construction de participation.
a priori du concept de culture politique constitue déjà en sou une régression par En effet, la culture politique paroissiale est une culture de type « traditionnel-clérical
rapport aux acquis de la théorie sociologique. Elle vient tout d’abord nier la » caractérisé essentiellement par le localisme. Celui-ci se traduit par de vifs
principale priorité du concept de culture qui est par définition globalisante : structure sentiments d’appartenance et d’attachement à une entité politique locale telle que le
de compréhension, le code culturel a précisément pour objet de concevoir les village, le clan, l’ethnie, la région et par une attitude fondée sur l’obligation de
rapports qui unissent entre elles les différentes fonctions sociales, d’appréhender le fidélité et d’obéissance aux seuls détenteurs du pouvoir politique local.
politique dans la situation qui lui est propre.
D’après Maurice Duverger la culture politique est l’ensemble systématisé des La culture politique paroissiale est un type de culture politique opposé à la culture
aspects politiques de la culture. La culture politique, d’après le même auteur est politique nationale proprement dite parce que le faible degré, sinon le manque
irréductible à la culture civique, laquelle est la culture politique jugée par rapport d’intégration nationale qui caractérise ledit type l’éloigne de la culture de sujétion
aux valeurs démocratiques. La culture politique suppose un ensemble des et de celle de participation lesquelles constituent l’une et l’autre les deux formes
connaissances relatives à l’organisation politique de la société pour réguler les d’une culture politique véritablement nationale, dans la mesure où, au lieu d’être
comportements et déterminer les attitudes sur le jugement de ladite organisation orientés vers des sous-systèmes politiques locaux, les connaissances, les affections
pour en forger des habitudes. La culture politique est dès lors la combinaison de et les jugements de valeur le sont plutôt vers le système politique national tout entier.
croyances politiques (les postulats au sujet du comportement humain et du processus
politique) ; attitudes politiques (prédispositions acquises par les personnes qui leur La culture politique de sujétion se traduit par des sentiments d’allégeance des
indiquent comment relier les événements, les personnalités et les institutions) ; citoyens envers le système politique national dont les membres attendent
valeurs politiques (les normes ou critères d’après lesquels on juge ce qui est passivement des services de la part de l’entité politique nationale par crainte des
important, souhaitable et approprié) ; traditions politiques (ces coutumes deviennent exactions de la part de cette dernière. Elle est caractérisée par une attitude
légitimes parce qu’on les pratique depuis longtemps). d’assujettissement, c'est-à-dire de soumission ou de résignation des citoyens à
Gabriel Almond retient trois aspects de la culture politique savoir : un aspect l’autorité nationale en contrepartie des services escomptés ou par crainte
cognitif, un aspect affectif et un aspect évaluatif. d’éventuelles exactions.
- Aspect cognitif : des connaissances sur le système politique ; c’est la
connaissance des textes légaux de l’organisation politique et sociale du Il s’observe la soumission et la passivité des citoyens qui s’expliquent par le fait
pays, etc. qu’ils estiment incapables d’infléchir les décisions politiques dans le sens de leurs
- Aspect affectif ; l’attachement personnel aux leaders et aux institutions et intérêts et se croient dans l’impossibilité de modifier sensiblement les processus du
même aux valeurs de la nation système. Elle est de ce fait une culture d’attentisme et de passivité.
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Quant à la culture politique de participation, elle est caractérisée par un degré Etats modernes aspirent inconditionnellement à la démocratie comme un idéal de
d’engagement politique relativement élevée lequel se reflète dans une participation culture politique et un mode de gestion inévitable.
active des citoyens à la vue civique. Ici, le citoyen se montre politiquement actif en
participant plus ou moins activement à la vie civique, convaincu qu’il est capable [Link] SOCIETE POLITIQUE
d’infléchir la marche du système politique par des moyens divers tels que les La définition de la société politique ne rejoint pas celle de la société entendue par
élections, les manifestations, les pétitions, l’organisation de groupes de pression, Jean Jacques Marquet comme un groupe de personnes dont l’ensemble organisé des
etc. activités suffit à assurer dans chacune d’entre elles les satisfactions des besoins
En plus de cette classification, Almond et Verba dégage une congruence, c'est-à- matériels et psychologiques, et qui se considère comme formant une société aux
dire une correspondance entre chaque type de culture politique à un type de structure limites bien définies. Au sens large, la société politique désigne toute forme
politique déterminée, cette dernière se traduisant dans des structures réelles d’organisation allant des clans aux empires dont l’Etat n’est qu’une espèce parmi
(institution diverses et leurs interactions). Il en ressort les correspondances suivantes tant d’autres. Guy Michaud et Edmond Marc désignent la société politique comme
: non seulement des entités politiques de grande envergure telle que l’Etat-Nation
Une culture politique paroissiale et une structure politique traditionnelle centralisée mais aussi celles infra étatique de moindre dimension consistant en des groupes
Ex : l’organisation du Bwami dans un système politique traditionnel africain élémentaires de type familial, clanique ou tribal au sein desquelles, l’individu vit sa
Une culture politique de sujétion et une structure politique autoritaire et centralisée première expérience de la vie politique à travers les rapports de pouvoir et de
Ex : le système politique du Zaïre entre 1964-1990 subordination qui ne manquent pas de s’y instaurer.
Une culture politique de participation et une structure politique démocratique
Ex : le système politique français. Prise dans son sens restreint, la société politique se ramène à l’Etat tel qu’en pense
Cependant, constatent les deux auteurs, toute culture politique concrète est en réalité Antonio Gramsi. Selon lui, la société politique est l’appareil coercitif de l’Etat
hétérogène, mixte. Elle se présente comme un « Cocktail » de trois types de culture destiné à confronter les masses au type de production à un moment donné. Dès lors,
politique dans la mesure où on y trouve des éléments de culture paroissiale, des la société politique ou l’Etat repose sur la fonction coercitive. Tous les organes qui
éléments de culture de sujétion et des éléments de culture de participation, les concourent à l’accomplissement de cette fonction coercitive font partie de la société
propositions respectives de ces éléments étant variables. Cette hétérogénéité est politique. L’on peut citer entre autres le gouvernement, le parlement, les Cours et
justiciable du fait que la culture précédente n’est jamais totalement remplacée par Tribunaux, la Police, l’Armée, etc. toutefois, sans autant disposer d’une fore
une nouvelle. Il y a des survivances. Ainsi que les disent Almond et Verba, la culture coercitive propre, les partis politiques se retrouvent dans la société politique départ
civique idéale, c'est-à-dire celle qui concourt au bon fonctionnement de la leur mission primordiale de conquérir le pouvoir.
démocratie est une culture mixte équilibrant harmonieusement les trois
composantes. Selon eux, la culture civique équilibrée est un facteur de 3. LA SOCIETE CIVILE
développement de la démocratie considérée comme une garantie des institutions Le premier usage du terme « société civile » remonte à la « politique » d’Aristote
démocratiques. (350 Av.J.C), « Koinona politikè » synonyme de « polis » signifiant Etat ou cité.
Bien qu’elle soit reprochée de monolithique, la trilogie conceptuelle d’Almond et C’est son usage latin « societa civilis » traduit en français « société civile » qui lui
Verba permettent de situer une société donnée à étape de culture politique selon la confère l’entendement actuel en tant que franche de la société différente du pouvoir
prépondérance des éléments caractéristiques d’un type de culture politique. Les politique. L’on doit la formalisation théorique de cette notion à Montesquieu
(société civile/société politique), Karl Marx (société politique/société civile avec un
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déterminisme économique), Rousseau (contrat social), Hegel (société civile/société idéologique de tout système social, avant d’asseoir politiquement sa domination.
politique), Gramsci (fonction idéologique de la société civile), etc. Une véritable société civile ne peut émerger que dans un Etat démocratique, régimes
Trois grands moments ont marqué l’évolution de la notion de société civile par autoritaires lui étant un frein car assimilée à ses institutions ou organes.
rapport à la société politique. La société civile a plusieurs acteurs qui contribuent à la manipulation idéologique
1er moment (16ème siècle) : opposition entre société civile et société politique de la société. Il s’agit notamment des groupes savants, les confessions religieuses,
2ème moment : des masses médias, des écoles, des organisations syndicales, etc.
- (18e siècle) : la société civile est considérée à la fois comme un mécanisme Comme l’a fait remarquer Antonio Gramsci, la fonction de coercition remplie par
pour limiter les abus des politiques (Montesquieu) et un moyen d’entraide la société politique (Etat) et celle d’hégémonie exercée par la société civile
pour éviter l’exploitation de l’homme à travers le contrat social interfèrent dans le fonctionnement concret de la société. Ceci s’exprime par le fait
(Rousseau). que l’Etat donne une orientation philosophique et idéologique à l’ensemble sociétal
- (19e siècle) : L’expression de la liberté d’association pour limiter les abus d’une part, et autorise la création des organisations de la société civile dont il
du pouvoir (Tocqueville) et défense des intérêts individuels et matériels contrôle par la suite le fonctionnement au nom de garant de la sécurité publique et
(infrastructure) ; déterminisme de la société civile sur la société politique de l’intérêt général d’autre part. Ainsi donc, l’Etat est à la fois la société politique et
(superstructure) : Marx et Engels (courant utopiste). la société civile, et devient à juste titre une « hégémonie cuirassée de coercition ».
Les relations qui se dégagent entre ces trois notions nous obligent à les examiner
- 20e siècle) : la société civile devient une nécessité pour éviter les dangers successivement dans trois sections différentes.
de l’individualisme. D’où, l’importance des corporations (Durkheim)
3ème moment : (20ème siècle) : l’Etat est à la fois la société politique 4. NOTION D’IDEOLOGIE ET DE VALEUR
(coercitive) et la société civile (hégémonie) : Gramsci. Le mot idéologie est un terme ambivalent. Il a un sens positif et un sens péjoratif.
D’après Khilnani sans Société civile, une résurgence, trois conditions favorisent le L’évolution sémantique de ce terme est passée de l’acception étymologique à
développement de la société civile : l’acception actuelle en passant par le sens péjoratif.
- Le partage d’une conception commune des enjeux de la politique, de ce 4.1. Acception étymologique
pourquoi les individus entrent en compétition ; Le terme idéologie dérive de deux mots grecs « eidos » et « logos » qui signifient
- Le soi individualiste (contradiction entre l’individu et la communauté) ; respectivement « idée » et « discours ou science ».
Crée en 1798 par Antoine Destutt Trancy (1754-1836) dans son ouvrage Projet
- La dispersion institutionnalisée du pouvoir.
d’élément d’idéologie, le mot idéologie signifie l’étude des idées. Paul Foulquié
note que le créateur du mot idéologie lui attribuait le sens de science des idées au
La société civile est définie par Antonio Gramsci comme l’ensemble des organismes
sens général, c'est-à-dire les états de conscience. Dans le même ordre d’idées,
vulgairement dites privés qui correspondent à la fonction d’hégémonie c'est-à-dire
Thomas Suavet précise que ce terme signifie pour son auteur la science ayant pour
de direction idéologique que le groupe dominant exerce dans toute société. Elle
objet l’étude des idées, de leur caractère, de leurs lois, de leur rapport avec les signes
constitue la base, le contenu éthique de l’Etat, et comprend l’organisation matérielle
qui les représentent et surtout de leur origine.
destinée à maintenir, à défendre et à développer le front théorique et idéologique de
la classe dominante. La société civile repose son hégémonie sur la direction
intellectuelle et morale de la société et plus particulièrement sur l’imprégnation
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4.2. Sens péjoratif dans le besoin de justifier des entreprises destinées à satisfaire des aspirations
- D’une part, l’idéologie est conçue comme un système de pensées plus rationnelles intéressées et qui est surtout exploité pour la propagande.
que réelles, c'est-à-dire coupées de la pratique et l’expérience vécue. L’exemple de Quoique situé dans l’instance de la superstructure, l’idéologie est en réalité
Napoléon et son administration qui l’ont utilisé pour tourner en dérision les l’expression des faits sociaux, particulièrement des faits économiques, politiques,
intellectuels qu’il avait suspectés de se recruter dans l’opposer en est une juridiques, etc. elle présente un système de valeurs, de croyances, d’ides qui influent
illustration. Elle devient à ce titre une arme de combat politique pour disqualifier, sur le comportement des membres de la société. Elle est entre autres caractérisée par
discréditer les idées de l’adversaire. une cohérence interne sans pourtant répondre nécessairement à l’exigence de
- D’autre part, Karl Marx et Engels ont accentué la connotation péjorative et même l’objectivité scientifique.
polémique de ce terme en qualifiant l’idéologie de « conscience fausse ». En tant que conception du monde, l’idéologie concerne toutes les activités de
L’idéologie est de ce fait considérée comme synonyme d’erreur, de mensonge, de l’homme. Elle s’intéresse à toutes les dimensions de la société que la tradition
mystification ou de non scientifique, de propagande partisane. Elle est un instrument marxiste qualifie de « régions idéologiques » ou « idéologies régionales ».
utilisé par la classe dominante pour perpétuer sa domination dont elle masque les
intérêts particuliers en les présentant comme les intérêts de tous les membres de la 4.4. Classement typologique des idéologies
société. Le sociologue canadien Guy Rocher fait une classification des idéologies selon
quatre critères dont trois intéresse ce cours : le groupe social auquel l’idéologie
4.3. Acception actuelle s’adresse, les moyens d’action qu’elle propose et son contenu.
Il existe plusieurs définitions scientifiques admises du terme idéologie. Nous allons
en relever quelques-unes sans prétendre à leur sélection épistémologique. 4.4.1. Typologie fondée sur le groupe auquel l’idéologie s’adresse
La définition générale que donne Nicos Hajinicalaou à ce terme, l’entend comme L’on distingue :
« un ensemble à cohérence relative de représentations, valeurs, croyances, lesquelles - L’idéologie destinée à un ou des groupes particuliers à l’intérieur d’une
sous-entendent les activités économiques, politiques, religieuses, morales, société globale : une classe sociale, une profession, une catégorie sociale,
esthétiques, philosophiques auxquelles participent les membres d’une société etc. Exemple : le syndicalisme adressé à la masse laborieuse.
historiquement déterminée ». - L’idéologie adressée à une société globale Exemple : le mobutisme
Pour Raymond Aron dans Trois essais sur l’âge industriel, l’idéologie est un - L’idéologie adressée à la collectivité internationale ou supranationale
système global d’interprétation du monde historico-politique. Quant à J.W. Lapierre Exemple : le libéralisme, la démocratie.
dans Les idéologies dans le monde actuel, elle est un ensemble de représentations
collectives pour lequel s’affirme une hiérarchie de valeurs. 4.4.2. Typologie fondée sur les moyens d’action
Simon Breton l’entend comme un ensemble de représentation en même temps que A partir de ce critère l’on distingue :
comme volonté, c'est-à-dire à la fois comme système représentative et vouloir en - L’idéologie réformiste : qui propose un plan progressif de transformation
vue de l’action. d’une situation donnée. *
Dans le même sens, Paul Foulquié la considère comme un système plus ou moins - L’idéologie révolutionnaire qui, contrairement à celle réformiste, prône le
cohérent d’idées, d’opinions ou de dogmes, qu’un groupe social ou un parti recours à des moyens violents et non légaux dans la transformation sociale.
présentant comme une exigence de la raison, mais dont le ressort effectif se trouve Exemple : l’agitation, la subvention, la guerre, etc.
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4.4.3. Typologie fondée sur le contenu f. Un discours manichéen


Ce critère permet de distinguer : Il divise le monde en deux : le bon et le mauvais, le progressiste et le partisan du
- L’idéologie réactionnaire : elle propose des solutions qui constituent un statu quo, etc. il exprime une certaine intolérance à l’endroit des « autres ».
retour au passé; g. Un discours dissimulateur
- L’idéologie conservatrice : elle suggère le maintien du statu quo ou de Il cache sa vraie identité ou sa visée. Il prétend parler au nom de la vérité. Il défend
l’état stationnaire de l’ordre existant. des intérêts particuliers des groupes ou individus faisant apparaître l’universalité, la
générosité, etc.
4.4.4. Caractéristiques du discours idéologiques
Considérée à juste titre comme un système d’interprétation plus ou moins 4.4.5. Quelques idéologies
systémique de la réalité sociale, l’idéologie s’exprime dans un discours précis. De tous les temps, il a existé des systèmes de pensées, des visions du monde ou des
Ce discours idéologique présente les caractéristiques suivantes. « idéologies » qui orientent les comportements des individus et des sociétés. La
plupart des idéologies actuellement reconnues ont une origine occidentale et même
a. Un discours collectif asiatique (pour ce dernier cas, c’est surtout les idéologies religieuses). S’agissant
L’idéologie est un discours collectif, sans auteur précis. Personne ne revendique être des idéologies économiques, politiques et sociales, nous pouvons relever quatre
l’auteur exclusif d’un discours idéologique. dimensions idéologiques à forte influence à savoir ; le libéralisme, le socialisme,
l’impérialisme et le racisme.
b. Un discours cohérent
Le discours idéologique possède une cohérence interne forte. Il présente une (a) Le libéralisme
certaine systématisation dans la représentation de la réalité sociale qu’il prétend Le libéralisme prône la liberté et la dignité humaine. La liberté est l’essence de
expliquer. Il dégage systématiquement des principes. l’homme. Sans elle, ce dernier perd sa dignité. Il s’agit d’une mise en évidence de
valeur de la liberté de l’homme pour son plein épanouissement. Cette idéologie
c. Un discours rationnel libérale a eu entre autres comme théoriciens John Lock, Montesquieu, Rousseau, A.
Le discours idéologique appelle à la raison pour développer des arguments capables Smith, Malthus, …
de convaincre. C’est ce qui le rapproche plus ou moins de la science et l’éloigne des
autres modes de connaissance comme le mythe, la religion. Il existe plusieurs formes de libéralisme : le libéralisme économique, le libéralisme
politique, le libéralisme religieux, etc. le libéralisme s’est d’abord manifesté sous la
d. Un discours partisan forme économique. En effet, sous l’angle économique, le libéralisme prône la libre
Le discours idéologique ne recherche pas la vérité scientifique par des méthodes entreprise (la propriété privée), rejette l’intervention de l’Etat, et encourage la
rigoureuses. Vilfredo Pareto dit que le discours idéologique n’est pas vrai mais utile. concurrence, l’initiative privée. Sur le plan politique, le libéralisme s’insurge contre
Il est un discours contre, et par-delà un discours partisan. l’absolutisme. Il combat les abus du pouvoir public à l’endroit de l’individu ou des
citoyens.
e. Un discours simplificateur Il s’agit ici de l’idéologie de l’Etat libéral. F.B. Benoît estime que l’opinion libérale
Il retient les faits qui l’arrangent en excluant tout ce qui peut contredire ses pour la liberté de chacun, donc, d’une part, le respect de la diversité des aptitudes
représentations, ses valeurs. de tous, assortie d’une identique considération pour tous (la démocratie libérale). Il
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prône la démocratie dans le domaine de la pensée. Le libéralisme encourage la libre - L’affirmation de l’existence de races - L’impossibilité pour un individu de se
pensée dans les domaines variés tels que l’art, la littérature, etc. sur le plan social, différentier du groupe ethnique auquel il appartient - La hiérarchie entre races
le libéralisme s’insurge contre la conception naturaliste de la pauvreté, et la supérieures et à ses inférieures.
solidarité nationale, l’Etat-providence. Il fait accroître l’égalité des chances entre En marge de ce qui précède, il convient de faire remarquer qu’en Afrique les
tous les individus en recourant à l’aide sociale. idéologies n’ont pas connu un essor considérable. Elles ont été souvent atrophiées
Le courant néo-libéral est venu corriger quelques limites du libéralisme en insistant par les grandes idéologies occidentales, surtout qu’elles se présentaient contre
notamment sur les principes du pluralisme, la garantie des libertés et droits courants idéologiques à celles-ci. Parmi les idéologies nous pouvons épingler le
fondamentaux, de l’intervention de l’Etat en économie, etc. panafricanisme avec Kwame Nkrumah, le socialisme africain de Julius Nyerere
Cependant, quelques critiques ont été adressées au libéralisme. Il s’agit notamment avec l’UJAMA en Tanzanie, le MAUMAU et tant autres tendances nationalistes
de l’isolement de l’individu (individualisation), le caractère théorique du principe africaines du début des indépendances africaines menées entre autres par Patrice
de l’égalité (marxiste), la confusion entre liberté et libéralisme, etc. en définitive, le Emery Lumumba au Congo, Kwame Nkrumah au Ghana (unité africaine).
libéralisme ne doit pas être confondu avec l’anarchisme qui écartent les normes Lire à ce sujet :
sociétales, l’existence même de l’Etat. - Nyerere, Socialisme, démocratie et unité africaine, Paris, Présences africaines - G.
Charlion, Mythes révolutionnaires du tiers monde, Paris, Seuil, 1979 - Yves Benoît,
(b) Le socialisme Les idéologies des indépendances africaines, Maspero, 1972.
Il prône l’établissement d’une société plus juste et plus égalitaire, l’établissement de
l’égalité entre les différents groupes. Il est une réaction contre le capitalisme. Ainsi, 5. VALEUR
il refuse la « loi du marché » qui accentue es inégalités. L’Etat est considéré comme La notion de valeur est une thématique théoriquement riche au regard de sa position
un instrument pour des changements d’utilité pour tous et non un moyen dans les études des sociétés traditionnelles et modernes. Cette notion est développée
d’oppression de l’individu. Lassalle note à ce sujet que c’est « l’Etat qui a pour notamment par des sociologues classiques. Emile Durkheim, Talcott Parsons, Marx
fonction de parfaire le développement de la liberté, le développement du genre Weber, etc.
humain dans la liberté ». Le mot « valeur » est polysémique. Etymologiquement, il vient du verbe latin «
(c) L’impérialisme valère » qui signifie le fait d’être vigoureux. Il est de ce fait synonyme de vertu
Du latin « imperium » qui signifie le commandement, l’ordre mais surtout le guerrière (à l’instar de Roland par exempe), courage, vaillance tel qu’exprime dans
pouvoir, la domination, l’idéologie impérialiste tend à établir la suprématie d’un le Cid de Corneille, « valeur n’attend pas le nombre des années ».
groupe ou d’un Etat sur les autres, à faire entrer ces derniers dans la dépendance
politique et culturelle. L’idée sous-jacente est l’expansionnisme et la conquête. En économie politique, la valeur signifie, la capacité d’une chose à être utilisée ou
C’est cette idéologie qui a justifié la colonisation des groupes humains par des échangée. C’est en ce sens, précise Le lexique de philosophie de Josiane Schiffres,
nations dites fortes. que « l’on distingue la valeur d’usage (utilité) et la valeur d’échange (capacité à être
échangée contre d’autres objets ou de la monnaie ». dans la même discipline la
(d) Le racisme valeur sert à désigner « le prix d’un produit ou d’un service ».
C’est une idéologie fondée sur le mépris ou la haine à l’égard de groupes différents.
Elle tire ses racines dans les considérations biologiques bien qu’à l’heure actuelle Le sociologue français Serge Albouy définit les valeus « comme des idéaux
elle s’étend sur les pratiques sociales. Le racisme repose sur trois thèses : hiérarchisés parfois contradictoires que les sociétés se donnent ». Quant au
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sociologue canadien Guy Rocher, il entend par valeur une manière d’être ou d’agir 5.2. Classification Des Valeurs Selon Nature De Leur Fonctionnement
qu’une personne ou une collectivité auxquelles celles est attribuée. Le dictionnaire Institutionnel
d’économie et des sciences sociales publié sous la direction de Claude Danièle L’on distingue notamment les valeurs économiques (ex la monnaie), les valeurs
Echaudemaison et ses collaborateurs définit sociologiquement les valeurs comme politiques (ex : la bonne gouvernance, le nationalisme, le patriotisme, etc.), les
de « choses considérées comme aimables et désirables, comme des idéaux plus ou valeurs juridiques (ex : la justice), les valeurs éthiques ou morales (ex : le respect de
moins formalisés orientant les actions et les comportements d’une société ou d’un la vie), etc.
groupe social ».
Pris dans son sens moral, le terme de valeur désigne, selon le Lexique des sciences 5.2.1. Le Nationalisme Et Le Patriotisme Comme Valeur Politique
sociales d’Arlette et Roger Mucchielli « un idéal (une vertu, une vérité, un bien)
s’imposant à la conduite et au Moi, comme à respecter ou à devoir-faire ». D’après R. Girardet, le nationalisme est un souci prioritaire de conserver
l’indépendance, de maintenir l’intégrité de la souveraineté et d’affirmer la grandeur
En définitive, nous pouvons retenir que les valeurs sont des idéaux collectifs qui d’un Etat-nation.
définissent dans toute société les critères du désirable (beau versus laid, juste versus Sans entrer dans la discussion scientifique sur le caractère purement idéologique ou
injuste, acceptable versus inacceptable, correcte versus incorrect, admissible versus non du nationalisme, celui-ci se conçoit comme un sentiment d’appartenance à une
inadmissible, etc.). Les valeurs ne fonctionnent pas isolement. Elles forment des nation et l’adhésion à celle-ci. Le nationalise a une connotation positive et négative.
systèmes de valeurs et constituent à juste titre une certaine vision du monde. C’est surtout en occident où elle est négativement perçue car il prône « l’exclusion
».
5.1. Classement typologique des valeurs Par contre, dans les pays du tiers monde, sa connotation positive a prévalu dans la
Il y a plusieurs modèles de classification des valeurs selon les critères retenus par mesure où, le nationalisme a apparu comme une idéologie de mobilisation et de lutte
les auteurs. Dans ce cas précis trois critères vont permettre de dégager quelques contre le colonialisme et le néocolonialisme. Le nationalisme se cristallise autour de
types de valeurs : le degré de généralité et de particularité de leur portée, les types certains thèmes comme la souveraineté, l’unité, le patriotisme, etc.
de valeur fonctionnent associatif et la nature de leur fonctionnement institutionnel.
Attributs, des qualifiés, ou des vertus, tels que le bien, le beau, l’honorable, le juste, Quant au patriotisme, il se conçoit comme l’amour de la patrie, le désir et la volonté
le pur le savoureux s’opposent-elles des antivaleurs ou des valeurs négatives qui de se dévouer pour la défense surtout en cas d’attaque extérieure. Dans son article
sont défauts correspondants aux vertus précisée. Il s’agit de défauts tels que le titré Quel patriotisme au-delà des nationalismes ? Réflexion sur les fondements
mauvais, le laid, le vil, l’injuste, l’impur, le répugnant, etc. motivationnels d’une citoyenneté européenne, Jean-Marc Ferry pose le problème du
En participant de processus sociaux dissociatifs ou disjonctifs tels que la patriotisme comme soutien du nationalisme. Il distingue trois formes de patriotisme
concurrence, la compétition et l’émulation, les valeurs dissociatives qui leur à savoir : le patriotisme géographique, le patriotisme historique et le patriotisme
correspondent participent du même coup des idéologies révolutionnaires et juridique.
contribuent du dynamisme de la société. A ce titre, elles constituent autant des
acteurs de changement, et partant, de développement. Elles s’opposent ainsi aux Le patriotisme géographique est la forme ancienne et la plus naturelle. Elle dépasse
valeurs associatives favorables à la reproduction de l’ordre social. le cadre de la famille, du clan ou de la tribu. Il est l’attachement d’un peuple à son
territoire résultant de l’investissement physique et moral d’une partia pour un
populus. Dans le contexte historique de son émergence, il s’explique
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psychologiquement par la situation stabilisée, licite, d’une existence reconnue Les conséquences sociales des valeurs sociales sont notamment :
politiquement. Cette situation constitue elle-même une forme d’assurance contre la a) Les manières de penser et de se comporter dans la société sont indiquées par les
guerre perpétuelle. Surtout, elle permet à l’identité du peuple de se former sur les valeurs. Elles forment une sorte de calque de conduite socialement admise qui
catégories élémentaires et essentielles du dedans et du dehors : dedans est le même permet à chacun de discerner toujours les « meilleures manières » d’agir et de penser
Alter ego, dehors est l’autre, l’étranger, le non-moi. ; b) Les valeurs sont des indicateurs pour le choix et l’accomplissement des rôles
sociaux. Elles créent de l’intérêt et procurent de l’encouragement, ce qui fait
Quant au patriotisme historique, il se relie au sentiment national tel qu’il se trouve comprendre que les attentes et les exigences des divers rôles sont inspirées par des
notamment fondé par Ernest Renan. En effet, ce dernier rejette toute conception objectifs qui se valent la peine.
physicaliste (le sang, la race, le territoire) c’est à dire fondement matériel d’une Les sociétés modernes traversent actuellement ce qu’il convient d’appeler une «
communauté des intérêts y compris les critères culturels comme la langue ou la crise de valeurs ». il ‘agit d’une remise en question permanente des valeurs
religion. Il affirme le fondement exclusivement spirituel, presque mythique. existantes. C’est dans ce sens précis que les conflits des valeurs deviennent un
facteur de changement social à en croire René König. Dans la même lancée, M.
La nation est une âme, un principe spirituel, lequel transcende le particularisme du Weber accorde un rôle important aux valeurs dans le changement social, et partant
territoire, de la race ou de la langue. C’est plutôt l’élément de l’histoire et de la dans l’évolution des sociétés. (Lire : l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme).
mémoire commune mais aussi de la volonté et du projet communs. Histoire et Les valeurs sont un critère distinctif des sociétés. Les sociétés se distinguent selon
volonté ou mieux l’héritage et projet communs sont en effet, les deux éléments les valeurs fondamentales particulières.
communautaires qui, avec la signification spirituelle accentuée, voir mythique,
défissent le patriotisme historique. Enfin, le patriotisme juridique introduit par 6. NORME
Claude Nicolas signifie, d’abord, l’attachement porté aux règles formelles de l’Etat Soulignons de prime à bord qu’il existe un rapport évident entre les valeurs et les
de droit. normes. C’est pour cette raison que notre analyse du concept de norme va se limiter
Le patriotisme constitutionnel se définit par l’attachement aux principes de l’Etat de à sa définition et à sa typologie étant entendu que celle-ci présente les mêmes
droit et de la démocratie. Pour Habermas, toute identité collective, y compris caractéristiques que la valeur.
l’identité post-nationale, est beaucoup plus concrète que l’ensemble des principes
moraux juridiques et politiques autour duquel elle se cristallise. 6.1. Définition de la notion de norme
En somme, le patriotisme constitutionnel se distingue du patriotisme juridique Le dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française de Paul Robert fait
(Nicolas) et du patriotisme historique (Renan) en qu’il procède d’un rapport dériver le mot français « norme » du vocable latin « norma », lequel signifie «
d’autocritique du peuple à son historique. équerre », « règle ».
A partir de 1960, l’expression « mettre à norme » signifia, d’après le même
5.2.2. Fonctions des valeurs dictionnaire « règle ».
Il existe une gamme de fonctions de valeurs. J. Fichter estime que les fonctions des
valeurs dépendent des buts que chaque société leur assigne. Quels que soient les Quoique devenu courant dans l’analyse sociologique, le concept de norme n’est pas
buts, les valeurs contribuent à l’intégration de l’individu, à la société. Elles aussi d’un vieil usage. C’est vers la fin du 19e siècle et plus particulièrement vers
permettent la cohésion sociale. Elles tracent pour tout membre de la société, une les années 1930 que les travaux Talcott Parsons que cette notion va se développer.
ligne de conduite, un corps des devoirs à respecter.
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Le lexique des sciences sociales d’Arlette et Roger Mucchuielli donne deux Cette typologie permet de distinguer entre : normes sacrées éthiques, esthétiques et
acceptions principales au terme de norme pris dans son sens courant. économiques. Les sociétés humaines sont ainsi régies par une multitude de normes
à telle enseigne qu’il est impossible d’en dénombrer. La morale, la coutume et la loi
1) La règle, le principe auquel on doit se référer pour juger ou pour agir se distinguent à leur tour par la nature de leurs sanctions et leur caractère particulier.
En effet, la morale, coutume et la loi imposent des sanctions (au niveau de la
2) La mesure de normalité dans le sens de la moyenne générale conscience individuelle) tandis que la coutume et la loi imposent des sanctions
Suivant le premier de ces deux sens, la norme est d’après le vocabulaire pratique matérielles bien que la première ait le caractère oral et souvent limité et la seconde
des sciences sociales d’Alain Birou, « une loi ou un principe qui soit diriger ou le caractère écrit, général et impersonnel.
orienter une conduite ».
Dans le jargon scientifique, la norme signifie : « idéal, règle, but ou modèle, principe
régulateur de l’action ou de la pensée ». 6.3. Fonction des normes
Les normes ont pour fonction la régulation sociale c'est-à-dire l’orientation
Quant à Serge Albouy, il appelle normes « les règles de conduite collectives qui, normative de l’action humaine. Elles répandent ainsi au besoin de stabilité et
sans que nous en prenions constamment conscience, inspirent notre action ». d’harmonie au sein de la société en se présentant comme une obligation qui impose
Ainsi, conçues, les normes sont des modèles de conduites qui orientent les des comportements individuels et collectifs.
comportements des individus en société.
6.4. Rapport entre les valeurs et les normes
Il ressort de définitions ci-dessus (surtout de celles qui mettent en exergue le Il existe un lien étroit entre les valeurs et les normes. Ce lien est notamment donné
caractère conatif des normes) que la norme a un caractère obligatoire. Elle prescrit par la définition de norme proposée par Henri Mendras. Pour ce dernier, une norme
les comportements à suivre dans la société en référence aux valeurs partagées par sociale est la loi, la règle ou le principe destinée à orienter les comportements en
les membres de celle-ci. second avec les valeurs. Les normes ont donc pour soubassement les valeurs qui
La norme contient à la fois une dimension prescriptive (ce qui doit être fait) et une leur servent de référence et ce dernières sont stabilisées et protégées par les normes
dimension évaluative (ce qu’il convient de faire). Son effectivité est fondée sur la grâce à leur caractère contraignant. Les normes comme les valeurs orientent les
situation dont la nature permet de distinguer aussi les types des normes. comportements des acteurs dans la société.

Entant que produit de la conscience collective, les normes naissent, se développent, 7. L’ELECTION
se transforment ou disparaissent. Leur production dépend de l’intérêt matériel ou
symbolique que la société y trouve. A la faveur du développement de la démocratie pluraliste, l’élection s’est
aujourd’hui imposée à la fois comme mode d’expression de l’opinion des individus
6.2. Typologie des normes et des groupes d’individus, comme mode de désignation des dirigeants ou des
Pour ce qui est de la typologie des normes, celle proposée par Roger Pinto et gouvernants par les dirigés ou les gouvernés, comme modalité de changement
Madeleine Grawitz correspond à celle des valeurs auxquelles elles se réfèrent pour politique, comme mode de légitimation des gouvernants et du pouvoir qu’ils
servir de préceptes à la conduite et de règles à l’action. exercent, comme mode aristocratique d’accès au pouvoir politique, comme source
de puissance, et comme forme de participation politique.
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7.1. Définition 7.3. Fonctions

Le terme élection signifie, étymologiquement, l’action d’élire ou de choisir par un Les élections sont un instrument de stabilisation politique et de résolution
vote. L’élection peut, selon la chose choisie, signifier l’expression de l’opinion des pacifique des conflits
individus ou des groupes d’individus. Choisir implique l’existence de plusieurs De manière générale, les élections remplissent une double fonction : l’une
choix ou de plusieurs possibilités/alternatives. Pourquoi participer aux élections ? démocratique, l’autre anti-démocratique.
Le citoyen a l’obligation civique de savoir pourquoi il doit prendre part aux élections Elles ont une fonction démocratique dès lors qu’elles permettent une intégration
et cela pour 6 raisons notamment: sociale et politique d’individus ou de groupes sociaux ou sociopolitiques. Elles
- Le vote est un devoir essentiel du citoyen pour se choisir les dirigeants ; deviennent un instrument de résolution pacifique des conflits dans la mesure où
- Il est l’un des droits fondamentaux du citoyen ; pacifiquement, l’électeur gratifie ou condamne les dirigeants par voie symbolique
- Il est une voie légale de légitimation des dirigeants ; consistant en un dépôt d’un bulletin de vote dans une urne au lieu de recourir à la
- Le vote est la voie raisonnable pour permettre la circulation du pouvoir violence physique.
politique ;
- Il est un outil de sanction positive ou négative des dirigeants ; Ce faisant, les élections deviennent aussi un instrument de résolution des conflits et
- Il contribue à la bonne gouvernance. de stabilisation des systèmes politiques. Beaucoup de politologues comme
l’Américain Martin Seymour Lipset pensent que l’alternance au pouvoir par les
7.2. Types de vote élections permet d’éviter les crises dans la mesure où non seulement les
Il existe trois types de vote ou trois types de déterminants du vote : populations renouvellent leurs dirigeants mais aussi choisissent de nouveaux
programmes de gouvernement. Quant aux Français Raymond Aron et Roger-Gérard
Le vote écologique : vote réalisé sur base d’appartenances communautaires Schwartzenberg, ils posent le choix direct des dirigeants comme première loi de
(ethnique, linguistique, religieuse, clanique, familiale, régionale, raciale, la stabilisation des systèmes politiques car à travers ce choix se noue un contrat
professionnelle, …) de confiance entre dirigeants et dirigés L’alternance au pouvoir permet d’éviter le
vieillissement des élites et la lassitude progressive des gouvernés face aux réponses
Le vote stratégique ou rationnel : c’est le vote effectué en fonction des
conservatrices des dirigeants.
programmes politiques16 ou des projets de société. L’Election doit être faite sur base
d’un projet de société.
La concurrence devient ainsi intéressante car en rendant possible le « vote – sanction
Le vote sur base d’enjeux : Il existe un certain nombre de ressources qui
», elle permet le changement de comportement des dirigeants. Elle légitime ainsi la
influencent les préférences électorales dans beaucoup de pays à faible culture
sanction démocratique et chasse à la périphérie la compétition basée sur le recours
démocratique notamment l’argent, l’effet leader, l’effet médias, le mode de scrutin,
à la force ou la violence.
le contexte politique particulier, …
D’autre part, les élections deviennent anti-démocratiques et source de conflits et
d’instabilité politique à partir du moment où elles viennent amplifier les clivages

16
Un programme politique se définit au moyen d’un cadre logique qui comprend 6 objectifs spécifiques, les activités ou les actions à entreprendre (à mener) ; les
éléments fondamentaux : la détermination des objectifs généraux, la fixation des stratégies, les ressources humaines et matérielles.
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existants ou participent de l’exclusion d’un ou de groupes ; dérivant vers un militants beaucoup d’objets politiques. La routinisation de la pratique électorale
régime monocratique. Dans ce cas, elles perdent leur fonction intégrative des démystifie petit à petit la politique politicienne et ses « sorciers populistes et
groupes sociaux ou politiques et alimentent la confrontation violente entre ces extrémistes des passions, sentiments et ressentiments », car elle dépassionne le
derniers. Cela est d’autant plus possible que les sociétés politiques sont fortement débat politique en l’ancrant dans la réalité concrète, c’est-à-dire dans la mise
clivées et surtout connaissent un clivage unique superposé comme le clivage de en œuvre des promesses faites.
domination ethnopolitique qui a été à l’origine de « conflits de succession »
(échéances électorales) au Rwanda et au Burundi. . Par ce mécanisme, les élections sont l’occasion de valorisation ou de sacre des
citoyens8, c’est-à-dire des individus qui se dégagent de plus en plus des leurs
Les élections sont un instrument de représentation de la population appartenances passionnelles, sentimentales inspirées par leurs identités ethniques,
Comme partout ailleurs, les élections permettent de mesurer le degré de régionales, etc. Au lieu d’obéir aux autres individus et communautés
représentation de la population à travers les partis. A ce titre, elles sont la jauge du d’appartenance, ces citoyens obéissent à l’Etat, aux institutions et aux lois. Ce
degré de légitimité des élites politiques dirigeantes. Selon Nonna Mayer et Pascal faisant, les élections produisent deux impacts majeurs dans la vie du pays : d’une
Perrineau, il n’y a de démocratie que quand il y a participation du peuple à travers part, elles participent à la formation symbolique de l’esprit civique et du sentiment
des élections. Les élections sont donc un élément fondamental de l’expression de vivre ensemble et donc consolident la Nation ; mais aussi elles légitiment la
démocratique. Beaucoup de contentieux électoraux résultent de ce qu’il manque un politique et l’Etat en imposant aux dirigeants des réponses concrètes des dirigeants
consensus autour des types d’organisations pour mettre en œuvre cette aux demandes des gouvernés.
représentation à travers les élections. Ainsi, les modes de scrutin et l’organisation
des élections deviennent source de contentieux majeurs. Les élections sont un instrument de communication entre gouvernants et
gouvernés
Les élections sont un instrument de responsabilisation des dirigeants
Les élections sont un instrument de contrôle et par conséquent de responsabilisation L’élection constitue une réponse à une ou des pratiques politiques concrètes même
des dirigeants. En effet, à travers les élections, les gouvernés évaluent la mise en si les gouvernants tentent de contrôler le jeu en le portant sur des terrains plus
œuvre des promesses de leurs dirigeants au pouvoir et par la même occasion font un sentimentaux que pragmatiques. En effet, à l’occasion d’une campagne électorale,
choix entre les propositions nouvelles. Les élites politiques sont ainsi gratifiées par les candidats envoient des signaux et des messages en termes d’identités politiques
le renouvellement de mandats ou alors sont sanctionnées par la perte des suffrages. différentes et des projets de gouvernance variés. Les électeurs réagissent à ces
Ce faisant et au fur et à mesure qu’elles sont renouvelées en toute régularité messages en s’en appropriant, en les chahutant ou en les rejetant.
démocratique, les élections deviennent un mécanisme puissant qui permet d’amener
A travers ces moments, il se développe une véritable communication directe et
les dirigeants à ajuster leurs manières de gouverner, à adopter des comportements
même un échange plus ou moins violent entre les acteurs politiques et la société.
de redevabilité et donc de respect des pratiques de bonne gouvernance et de
Des acteurs sont qualifiés ou disqualifiés sur base de la façon dont ils ont rendu
performances socio-économiques.
compte de leurs performances ou ont défendu leurs projets. Dans le même temps,
Les élections sont un instrument de socialisation politique ou d’apprentissage
en participant aux campagnes électorales et au vote, les gouvernés accèdent à des
de la politique
contenus et aux sens des objets de la politique. Bref, l’élection remplit quatre
A travers leur fonction d’encadrement des populations, les partis, en particulier à
fonctions ci-après : le choix des gouvernants et des représentants, le jugement
l’occasion des campagnes électorales, font accéder à la connaissance de leurs
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politique, conférer un surcroit (ou surplus) d’autorité légitime à ceux qui exercent la formation et de l’éducation mais aussi de la sensibilisation des populations par
le pouvoir, réactiver chez les gouvernés le sens de leur appartenance au grand rapport aux contenus. Il est prouvé que plus les électeurs sont peu formés ou
groupe ; c’est (l’Etat-Nation) grâce à l’exercice collectif de cette prérogative sensibilisés, moins ils seront compétents et seront par conséquent portés à voter par
partagée. C’est la fonction pacificatrice de l’élection. sentimentalisme, par émotion, par proximité sociale (ethnie, région, identité
culturelle) que par connaissance des retombées positives concrètes de leurs choix
7.3. Qu’est-ce qu’une élection démocratique ? : Considérations générales sur sur leur vie quotidienne.
les conditions d’une élection démocratique régulière.
La liberté du vote suppose aussi le débat sur l’obligation de voter. Celui-ci doit
être considéré comme un droit de l’électeur en tant que citoyen et non pas comme
Pour remplir ces fonctions, les élections doivent être organisées et se dérouler sous
une fonction publique et par conséquent obligatoire.
certaines conditions. Enfin, pour être libre le vote doit être secret : cela signifie que l’électeur effectue
Par principe, l’élection est d’abord l’expression de droits : le droit de penser et
son choix dans une totale liberté, sans être soumis aux pressions de ceux qui
de croire ; le droit d’expression d’une opinion ; le droit à l’inscription ; le droit
l’entourent en opérant l’enregistrement ou l’observation. C’est pourquoi
de vote, le droit de se faire élire. En tant que droit démocratique, l’élection n’est
l’organisation du bureau de vote doit être faite de sorte que le principe d’un vote en
significative qu’à partir du moment où elle a été libre et sincère.
isoloir soit respecté.
De manière générale, le respect de la liberté et de la sincérité du vote est garanti
La place des modes de scrutin dans l’expression de la liberté de vote fait intervenir
par toute une série de techniques et de procédures légales et politiques qui
un autre débat sur l’exercice plein de ce droit de vote : celui de la participation.
déterminent les systèmes électoraux.
L’élection doit favoriser une pleine participation politique : l’importance des
L’élection doit être libre.
modes de scrutin
L’élection est considérée comme libre à partir du moment où l’électeur a été mis en
Les études sur la participation politique électorale ont pris le parti des approches
mesure d’exprimer son choix sans contraintes extérieures à lui de natures
psychosociologiques qui ont établi que l’électeur pouvait voter sous contraintes des
institutionnelle (par des dispositifs militaires et/ou policiers ; légaux ou
appartenances structurelles (Ecole de Columbia) ou par intérêts et par enjeux
réglementaires) et/ou structurelle (des peurs communautaires ou partisans).
conjoncturels ou contextuels (Ecole de Michigan). Cependant, en intégrant
l’approche constitutionnelle telle que développée par Martin Seymour Lipset, on
La liberté de vote emporte ainsi un débat en rapport avec les modes de scrutins.
s’est rendu compte que l’alternance au pouvoir et la liberté de vote sont garanties
Ainsi, une élection à bulletin unique ou à bulletins multiples ne garantit pas de la
d’abord par un mécanisme institutionnel qui favorise la participation. Dans les
même manière la liberté de vote, de la même manière qu’un vote à mains levées, le
pays à régime politique multipartiste, les gouvernants sont choisis par les gouvernés
mode de scrutin de listes ouvertes ou de listes bloquées à représentation
électeurs selon trois systèmes électoraux principaux : le scrutin majoritaire, le
proportionnelle ou avec panachage ne garantiront pas de la même manière la liberté
système de représentation proportionnelle et le système mixte
d’expression électorale. Plus les listes sont ouvertes, plus le champ d’exercice de la
liberté s’élargit. Le système majoritaire est cette forme de système électoral où est élu celui qui
La liberté de vote suppose ensuite que l’électeur est compétent devant l’objet obtient la majorité des voix. Il peut se présenter soit sous forme de scrutin
politique lui proposé, c’est-à-dire le contenu des projets/programmes de majoritaire à un tour, soit sous celle de scrutin majoritaire à deux tours, soit encore
gouvernement lui offerts par les candidats. Cela renvoie à la question du niveau de
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sous forme de scrutin uninominal, soit encore sous celle de scrutin majoritaire Dans le système du quotient électoral, on divise le total de voix exprimées par le
plurinominal. nombre de candidats à élire. Le chiffre ainsi obtenu est appelé quotient électoral.
Chaque liste a le nombre d’élus correspondant au nombre de fois que le quotient
Le système majoritaire à un tour est la forme de système majoritaire où le vote se
électoral est contenu dans le total de voix qu’elle obtient si on recourt au scrutin de
fait en un tour. Et dans ce cas, est élu celui qui obtient le plus grand nombre de voix,
liste bloqué. Si on recourt au scrutin de liste panaché, la base de calcul est la
quel que soit le total des voix obtenues par les autres candidats.
moyenne de la liste qu’on obtient en divisant le total de voix obtenues par chaque
Le système majoritaire à deux tours est la forme du système majoritaire où celui candidat par le nombre de membres de la liste.
qui est élu obtient la majorité absolue des voix exprimées, c’est-à-dire la majorité
Le système mixte est la forme du système électoral où on recourt à la fois au
des vois plus une au moins. Et lorsqu’aucun candidat n’est élu au premier tour, on
système majoritaire et au système de représentation proportionnelle. Ce système
organise le deuxième tour pour les deux candidats qui ont eu le plus des voix au
fonctionne dans certains pays, notamment en Allemagne et en Afrique du Sud.
premier tour.
Il a donc été remarqué que les modes de scrutin constituent un facteur déterminant
Le système majoritaire uninominal est la forme de système majoritaire où un seul
de la participation électorale.
candidat est élu par circonscription électorale.
Ainsi, si le mode de scrutin majoritaire réduit l’espace d’expression publique à
Le système majoritaire plurinominal est la forme de système majoritaire où peu de partis ou de groupes d’intérêts et par conséquent a tendance à réduire le taux
plusieurs candidats sont élus dans une circonscription électorale. Il est à observer de participation, il a l’avantage de rendre l’alternance claire et légitime, de confier
que dans ce cas, les candidats se regroupent par liste, d’où le scrutin majoritaire le pouvoir à une majorité nette avec un programme visible, et de stabiliser le système
plurinominal est parfois appelé scrutin de liste. Il est à observer, par ailleurs, que le politique que le mode de scrutin proportionnel.
scrutin de liste peut être bloque ou panaché. Il est bloqué lorsque les électeurs votent Quant au mode de scrutin proportionnel, il a l’avantage de favoriser la
pour la liste et non pour les candidats qui figurent sur la liste. Il est panaché, lorsque participation de plusieurs partis politiques et/ou groupes d’intérêts et par conséquent
les électeurs choisissent parmi les candidats qui figurent sur la liste ceux qu’ils d’élever le taux de participation de la population. Mais il dégage cet inconvénient
veulent réellement voter. Les électeurs, forment, dans ce cas, leurs propres listes. qu’il favorise la dispersion des voix, rend la majorité illisible par la dispersion
possible des voix et crée une instabilité gouvernementale par la constitution de
Le système de représentation proportionnelle est la forme de système électoral coalitions incohérentes et non viables à cause de la diversité de projets et d’idées
où les candidats se présentent au choix des électeurs par listes, qui obtiennent différents qu’elles charrient.
chacune le nombre d’élus proportionnel au nombre des voix obtenues. Pour Qu’il s’agisse du mode de scrutin majoritaire ou du mode proportionnel, la
déterminer le nombre d’élus de chaque liste, on utilise le système du quotient du participation dépendra ensuite de la façon dont le scrutin est organisé. Ainsi si le
nombre uniforme, soit celui du quotient électoral. mode est de liste bloquée, l’électeur verra sa liberté de vote limitée à la proposition
lui suggérée par les états-majors des partis. Ce mode ne réduit pas seulement la
Dans le système du quotient du nombre uniforme, la loi électorale fixe d’avance
liberté de vote et donc la participation, il tue la volonté de se battre en politique et
pour l’ensemble du territoire national, le nombre d’élus des voix requises pour
étouffe l’émergence d’un nouveau leadership. Il empêche même l’alternance en
qu’une liste ait un élu. Chaque liste a le nombre d’élus correspondant au nombre de
favorisant la reproduction des candidats – clientèles internes au cercle des élites au
fois que ce nombre ait contenu dans le nombre de voix qu’elle obtient.
pouvoir. Le vieillissement des élites qui en découle provoque une démobilisation
politique par dépolitisation des électeurs en général, des militants en particulier. Par
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contre, les modes de scrutin majoritaire uninominal ou de listes ouvertes avec institutionnelle spéciale et suffisamment indépendants (Commission électorale,
possibilité de panachage (à condition que les populations soient culturellement Cour ou Conseil constitutionnelle, Conseil d’Etat), ou alors quand c’est possible un
capables) favorisent la participation en donnant la vraie place à l’électeur, en rendant ou des comités de liaison interpartis, des commissions consultatives
possible l’émergence des candidats valables et nouveaux, en réduisant le indépendantes ou des organes traditionnels/coutumiers indépendants de
clientélisme politique et la corruption des élites des partis. facilitation et de régulation des conflits.
4.3. L’élection doit être sincère En conclusion à ce chapitre, nous pouvons dire que si donc les élections semblent
L’élection est considérée comme sincère dès lors que les résultats proclamés sont de plus en plus incontournables dans le gouvernement des sociétés politiques
conformes aux choix des électeurs. Cela suppose que des mécanismes transparents modernes, il convient cependant de relativiser leur impact sur la stabilisation des
ont été utilisés pour permettre la restitution fidèle des résultats. sociétés, tant que toutes ces fonctions et conditions ne sont pas remplies. En
Ces mécanismes doivent empêcher que les fraudes permettent d’inverser le résultat effet, comme l’écrit Jean-Pierre Derriennic, dans les démocraties qui fonctionnent
du vote. Des manipulations d’urnes, des incidents provoqués sur les lieux du normalement, « l’élection est une institution fondamentale parce que c’est elle qui
comptage des voix, la corruption des instances chargées de la proclamation des oblige les partis à adopter des programmes modérés, acceptables par le plus grand
résultats, etc. constituent certains de ces mécanismes qui aboutissent au nombre ». Dans ces conditions, « l’élection n’est plus le moment du choix décisif
détournement de la sincérité du vote. Bref, il s’agit de ces votes faits en connaissance entre des options opposées, mais l’aboutissement d’un processus de sélection entre
de causes des effets qu’induiront les choix et les résultats qui détruisent la sincérité des options différentes ». Le même auteur poursuit en disant que « là où les
d’une élection. institutions démocratiques sont stables et le respect des lois solidement établi, la
L’élection doit être transparente polarisation des conflits qui résulte des mécanismes électoraux se fait entre modérés
Pour que l’on qualifie une élection de transparente, il faut que toutes les étapes du et non entre radicaux. Le risque est alors nul que la guerre civile mise en scène
processus conduisant au vote aient été vérifiées et considérées comme conformes à devienne violente ». L’auteur nuance en précisant : « En revanche, ce risque est
la loi par toutes les parties concernées directement par les élections en particulier la tout à fait réel là où les institutions démocratiques sont faibles ou inexistantes ».
Commission électorale et les représentants des partis politiques, des indépendants Jean Baechler illustre cette dimension violente des élections en déportant le débat
et des observateurs. La transparence doit particulièrement concerner l’étape de la sur le terrain des modes de scrutin. Selon lui, l’idée selon laquelle la loi de la
constitution du fichier électoral, le comptage des voix, la sécurisation du transport majorité est la loi suprême des démocraties et doit l’emporter toujours sur toute autre
des urnes contenant les résultats, le respect des délais de proclamation des résultats, loi est une croyance constitutive des démocraties absolues. Elle produit dans les
le traitement des cas de recours ou du contentieux en général. sociétés clivées et dans certains contextes des résultats plus ou moins désastreux et
absolument effrayants comme au Burundi et au Rwanda en 1993 et 1994.
L’existence doit être gérée par des mécanismes efficaces de régulation des
contentieux électoraux 7.4. Election et démocratie représentative
Lorsque les élections ne sont pas libres et/ou sincères, elles deviennent la source
d’un contentieux électoral. Pour éviter une telle situation, la liberté et la sincérité La démocratie représentative est un système politique dans lequel on reconnaît à
doivent être légalement protégées en amont par un cadre légal performant ( lois, un organisme le droit de représenter une nation ou une communauté. La volonté des
décrets, arrêtés) et un cadre institutionnel (commissions ou comités de gestion citoyens s’exprime au travers de leurs représentants élus qui incarnent la volonté
ou d’observation indépendants), en aval par une Administration neutre et une générale, votent la loi et contrôlent éventuellement le gouvernement. La démocratie
Justice indépendante garantie par un organe juridictionnel ou une instance
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participative est une forme de partage et d’exercice du pouvoir, fondée sur le


renforcement de la participation des citoyens à la prise de décision politique.

Un moyen de rapprocher le citoyen de la vie politique


Pour faire face à la crise de la représentativité politique, les gouvernants imaginent
des systèmes de participation directe de la population. Budgets participatifs,
conseils de quartier, conseils régionaux de jeunes, référendums d’initiative
populaire, jurys citoyens, sont autant de formes que peut prendre cette démocratie
participative. On cherche de plus en plus à faire participer les citoyens « ordinaires
» à la vie politique autrement que par les élections de représentants et les
référendums d’initiative gouvernementale. Mais toutes les formes de démocratie
participative sont généralement à l’initiative des représentants politiques et/ou des
gouvernements issus de la démocratie représentative classique. La démocratie
participative est parfois vue comme une façon de rapprocher les citoyens de la vie
politique.
Les relations amicales reposent sur sept principes repris par Tabrizi Ben Salah :
- Le principe que les Etats s’abstiennent, dans leur relation internationale, de
recasser à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité
territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre
manière incompatible avec les buts de Nations Unies.
- Le principe que les Etats règlent leurs différends internationaux par
moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationale
ainsi que la justice ne soit pas mise en danger.
- Le principe relatif au devoir de ne pas intervenir dans les affaires relevant
de la compétence nationale d’un Etat, conformément à la charte.
- Le devoir des Etats de coopérer les met avec les autres conformément à la
charte.
- Le principe de l’égalité des droits de peuple et de leur droit de disposer
d’eux même
- Le principe d’égalité souveraine des Etats.
- Le principe que les Etats remplissent de bonne foi, les obligations qu’ils
ont assuré conformément à la charte
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CHAPITRE TROISIEME : NOTION SUR LES CONFLITS Typologie des conflits armés
Le mot conflit vient du latin « conflictus » qui signifie choc. A l’origine (1er siècle Il existe de nombreuses typologies des conflits armés ; selon la catégorisation
av. J.C), il désigne le heurt physique d’un corps contre l’autre « cum » et « fligere définie par l’Uppsala
» : heurter ensemble. Dans son acception contemporaine, le terme « conflit »
remonte plutôt au latin tardif (IVème siècle ap. J.C), lorsqu’il assume la Conflit Data Program (UCDP)20, le département de recherche sur la paix et les
signification du combat entre deux adversaires 17. Son sens devient de plus en plus conflits de l’Université d’Uppsal en Suède. Les conflits sont répartis en trois
abstrait, jusqu’à prendre l’acception contemporaine d’« antagonisme ou opposition grandes catégories.
d’idées ».
a. Les conflits à base étatique
Le dictionnaire de synonymes, nuances et contraires 18 propose quatre principales
acceptions :
Les conflits armés opposant plusieurs parties dont au moins l’une d’elles appartient
au gouvernement d’un État. Parmi ceux-ci :
- Guerre : conflagration, embrasement, lutte armée
- Rivalité : antagonisme, affrontement, bataille, combat, lutte, - Interétatique
tiraillement
- Dispute : désaccord, discorde, heurt Ils mettent aux prises deux gouvernements ou plus. Le conflit entre l’Inde et le
- Litige : différend Pkistan, autour de la question du Cachemire, en est un exemple.
Cette série de mots a pour point commun la notion de choc entre des forces
- Intraétatiques
contraires. Dans un conflit, des forces antagonistes sont en opposition pour obtenir
un droit (conflit international entre pays), opposition qui peut aboutir à une guerre
(déclencher un conflit, un conflit armé). Dans la lutte, il s’agit de deux adversaires Ils opposent un gouvernement et un ou plusieurs groupes non étatiques (exemple :
qui se battent, le plus souvent corps à corps, pour vider une querelle privée ou par groupes rebelles, milices, etc). Le conflit opposant l’armée régulière de la RDC (les
jeu (une lutte à mort, vaincre quelqu’un à la lutte). Bataille s’emploie surtout dans Forces armées de la République démocratique du Congo « FARDC ») aux groupes
le vocabulaire militaire à propos de deux armées qui se battent, se livrent combat armés et à la rebellions M23 à l’est de la République.
(perdre la bataille, champ de bataille).
Combat n’est limité au domaine militaire (des combats de rue, un char de combat) - Intraétatiques avec intervention étrangère
mais s’utilise aussi en sport (combat de boxe, de catch) 19.

17 19
Dictionnaire des synonymes, nuance et contraires, Paris, Le Robert-SEJER,
18
Le Robert SEJER, Dictionnaire des synonymes, des nuances et contraires, Paris, 2005 p. 224
20
2005, p. UCDP cité par Commission Justice et Paix, Comprendre les conflits
internationaux. Cas pratique : le conflit ukrainien, Bruxelles, février 2019, pp
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Ils opposent un gouvernement et un ou plusieurs groupes non étatiques et au moins Ils n’ont pas nécessairement d’ambitions politiques majeures telles que la prise de
une des parties prenantes bénéficie du soutien de troupes appartenant à un pouvoir formel ou la transformation en un État. Certains groupes puissants comme
gouvernement étranger et qui prennent part de façon active au conflit. C’est par le Hezbollah au Liban ou les cartels mexicains assument clairement certaines
exemple, le cas de la « guerre globale » contre le territoire menée par les États-Unis fonctions régaliennes de l’État (sécurité des populations locales et d’un territoire,
en Afghanistan ou en Irak. Autre exemple : les interventions militaires de certains ancrage territorial, etc.) mais ne cherchent pas à s’emparer officiellement du
États dans des conflits internes se déroulant dans des pays frontaliers comme ce fut pouvoir.
le cas en 2011 lorsque des troupes de la RDC, de la Centrafrique et du Soudan du
La frontière entre actions à visée politique et activités criminelles est souvent floue.
Sud sont intervenues en Ouganda pour aider le gouvernement face à l’Armée sur
Le trafic d’armes, le contrôle de mines ou encore la contrebande, par exemple,
Seigneur (LRA).
permettent aux groupes armés de s’autofinancer. Ces activités très lucratives
b. Les conflits non étatiques deviennent parfois une fin en soi, permettant un enrichissement personnel
conséquent.
Ils mettent aux prises plusieurs groupes armés organisés dont aucun n’est une force
gouvernement gouvernementale. En effet, à côté des forces gouvernementales Certains acteurs tels que les sociétés militaires privées n’ont même aucune ambition
(armée nationale officielle), les groupes armés ont des statuts différents. On leur politique. Ces sociétés mercenaires agissent en fonction des desiderata de leur
attribue tout un vocabulaire, utilisé parfois de façon confuse : groupes rebelles, clientèle aussi bien constituée d’entreprises multinationales souhaitant une
milices, paramilitaires, forces loyalistes/ progouvernementales, etc. Même si des protection des terres qu’elles exploitent, que d’ONG désirant une sécurité de
groupes armés non gouvernementaux prennent part à des conflits depuis des siècles, convois humanitaires ou de leur personnel, en passant par des États nécessitant des
leur foisonnement actuel permet de dégager quelques nouvelles caractéristiques formations ou un renforcement numérique de leurs troupes.
majeures.
En Irak, en 2003, par exemple, la majorité des soldats sur le terrain (près de 182
Les nouveaux groupes armés sont flexibles et opportunistes : ils nouent et brisent 000) étaient recrutés par des sociétés militaires privées et n’étaient même pas
des alliances à tout va – changeant même parfois d’allégeance – en fonction de leurs américains. Et des firmes telles que Titan, Blackwater ou encore Triple Canopy
intérêts et leurs objectifs qui, eux-mêmes, sont mouvants. Il n’est donc pas évident
de donner une identité précise à chaque groupe.

De nouveaux groupes naissent ou évoluent en permanence grâce à "l’explosion des


flux d’informations et de capitaux"21. Internet assure à la fois l’information et le
renseignement, mais aussi l’organisation, les transferts financiers, etc.

21
Tenenbaum E., « Des guerres « nouvelles » Petite généalogie des guerres Vidal D, Nouvelles guerres. Comprendre les conflits du XXIème siècle, Paris, La
irrégulières », dans Badie, et Découverte, 2016, p. 66
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assumaient des tâches majeures telles que des activités logistiques liées au service Néanmoins, les États ne sont pas obligés de lui soumettre leurs différends sauf s’ils
d’espionnage ou la sécurité de diplomates américains dans le pays 22. ont ratifié la clause facultative de juridiction obligatoire les contraignant à accepter
la compétence de la Cour. Les États utilisaient peu cette voie judiciaire jusqu’aux
Les États ont de plus en plus souvent recours à ces acteurs privés pour se faire années 1980 ; grâce à l’impartialité de ses décisions, elle est saisie depuis de
épauler ou, parfois même, pour qu’ils se substituent à eux. Les militaires provenant nombreuses affaires.
de ces firmes témoignent d’une grande violence
: combat- tant uniquement pour une rémunération, ils sont en effet, comme le
souligne Alain Deneault, L’arbitrage Selon la définition donnée par la Convention de la Haye de 1907, «
l’arbitrage international a pour objet le règlement des litiges entre États par des
"à l’image d’un nouvel ordre mondial, ultralibéral et ultrapermissif" 23. Par ailleurs,
juges de leur choix sur la base du droit international ». Procédure contractuelle, il
ces firmes ne doivent pas répondre, dans bien des cas, aux obligations du droit
suppose un accord préalable entre États sous forme d’un compromis d’arbitrage,
international.
occasionnel ou permanent. Celui-ci détermine le rôle et la compétence des arbitres
(personnalité unique ou commission mixte). Le recours à l’arbitrage présente des
LE REGLEMENT PACIFIQUE DES DIFFERENDS avantages liés à la souplesse d’utilisation car ce sont les États intéressés qui
choisissent la composition du tribunal arbitral. De même, si le litige porte sur une
règle de droit international, les parties sont libres de préciser dans le compromis les
Obligation faite aux États par la Charte de l’ONU dans son chapitre VI, la résolution
règles applicables en l’espèce. Les juges se prononcent en droit et en équité et leur
pacifique des différends nécessite des procédures offrant aux parties des garanties
décision est définitive et obligatoire. Les parties peuvent décider la confidentialité
d’impartialité et d’équité. Les États ont une liberté de choix quant aux méthodes de
de la sentence. Cette technique de règlement judiciaire est assez souvent utilisée
règlement de situations conflictuelles. Sans méconnaître la portée du règlement
dans des problèmes de délimitation des espaces maritimes (Canal de Beagle,
judiciaire, il faut admettre que la plupart des conflits ne peuvent être prévenus que
plateau continental de la mer d’Iroise et récemment îles de la Mer rouge).
par des moyens politiques.

Le règlement judiciaire
Le règlement politique
Cette forme de règlement de litiges entre États concerne un règlement par des
juridictions permanentes, régies par des textes qui sont de portée générale et sont
établis à l’avance. Les États peuvent recourir à une juridiction (CIJ) ou à l’arbitrage. Cette méthode de règlement, prévue par le chapitre VI de la Charte, fait appel à des
procédés traditionnels et institutionnels. Les procédés traditionnels Depuis le
La Cour internationale de justice Organe juridictionnel des Nations unies siégeant
à la Haye, la CIJ est compétente pour résoudre des litiges d’ordre juridique.

22 23
Deneault A, « La guerre privatisée. Multinationales et mercenariat », dans La guerre civile au Soudan du Sud, aurait fait 380.000 morts selon une étude
Badie B. et Vidal D., Nouvelles guerres. Comprendre les conflits du XXIème siècle, dans Le Monde, publié le 28 septembre 2018 sur
Paris, La Découverte, 2016, p. 166 [Link]
soudandusud-aurait-tue-380-000-morts-selon-une-etude_5361381_3212.html.
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Moyen Âge, la pratique internationale a engendré plusieurs moyens d’ordre doivent d’abord recourir à l’un des procédés traditionnels de règlement des conflits
diplomatique pour empêcher un litige de dégénérer en conflit ouvert. ou, s’il y a lieu, aux mécanismes institués à cet effet dans les textes constitutifs
d’organisations régionales (OTAN, Union Africaine, Ligue arabe...), habilitées à
L’article 33 de la Charte en dresse une énumération non exhaustive : la négociation,
régler les différends mettant en cause la stabilité régionale. En cas d’échec de cette
la médiation, les bons offices, l’enquête et la conciliation. La négociation est la
première tentative, les États en litige doivent saisir le Conseil de sécurité qui peut
procédure la plus simple, elle implique un contact direct ou indirect entre les
recommander le procédé le plus approprié.
parties, soumises au respect des principes de bonne foi et de parole donnée. La
médiation fait intervenir un tiers qui suggère aux parties une solution précise à leur Il peut se proposer en tant que médiateur ou organiser lui-même une commission
différend. La mission de bons offices n’est pas fondamentalement différente de la d’enquête.
précédente puisqu’un tiers propose son intervention en vue de favoriser la
L’avènement des organisations internationales a ainsi permis d’institutionnaliser
discussion entre les protagonistes mais sans suggérer de solution. Créée par la
les procédures classiques de règlement.
Convention de la Haye de 1899, l’enquête internationale permet d’établir la
Ces instances collectives offrent des instruments de dialogue aux parties et dans
matérialité et la véracité des faits à l’origine d’un litige.
l’hypothèse où le différend est porté devant une organisation internationale, la
pression des États membres s’exerce et contraint souvent les antagonistes à justifier
La Commission d’enquête doit comprendre, sous la présidence d’un tiers, des leur position et à accepter la discussion, surtout si les grandes puissances se trouvent
représentants des parties. Elle rédige un rapport établissant les faits sans se directement intéressées à la résolution de ce conflit. Les résultats sont plus
prononcer sur les responsabilités encourues. La conciliation est le procédé le plus aléatoires si une grande puissance est impliquée directement dans un conflit. Si le
réglementé en droit international. Les éléments d’un litige sont transmis à une recours à la force ne peut être évité, les Nations unies ont le pouvoir de rétablir
commission mixte de trois ou cinq membres, présidée par un tiers. Elle a pour but l’ordre troublé. L’ONU demeure théoriquement l’unique cadre de référence légal
de rapprocher les points de vue et de proposer un règlement acceptable par les et légitime des interventions internationales les plus importantes. Hormis
parties. Certains traités internationaux prévoient à l’avance l’existence d’une l’hypothèse de la légitime défense, elle apparaît seule compétente pour décréter des
commission de conciliation, gage d’une plus grande efficacité. actions (sanctions ou interventions) au nom de la justice internationale.

Ces méthodes classiques de règlement présentent la particularité d’être facultatives


et de ne pas lier les États, autrement dit elles n’ont pas de caractère contraignant, à
la différence des procédés de règlement judiciaire.

Les procédés institutionnels

Dans ce cadre, le règlement ne repose plus sur un accord bilatéral mais sur une
décision unilatérale de l’Organisation internationale. La Charte de l’ONU a prévu
un mécanisme souple ; conformément au chapitre VI, les parties à un différend

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