COURS DE DROIT PÉNAL SPÉCIAL (DPS)
PREMIÈRE PARTIE : LES INFRACTIONS CONTRE LES PERSONNES
TITRE II – LES ATTEINTES INVOLONTAIRES A LA VIE ET A L’INTEGRITE ET
LES INFRACTIONS DE MISE EN DANGER DE LA PERSONNE
CHAPITRE I : LES ATTEINTES INVOLONTAIRES A LA VIE ET A L’INTEGRITE
PHYSIQUE OU PSYCHIQUE
Les infractions dont il est question ici sont l’homicide et les coups et
blessures involontaires. Comme en responsabilité civile délictuelle, elles
requièrent la démonstration des éléments de la trilogie «
faute/dommage/lien de causalité ».
En outre, il s’agit d’infractions de résultat, c’est-à-dire que la sanction va
dépendre du préjudice subi par la victime.
Délit d’application très fréquente, il représente une part importante du
contentieux en matière d’accidents routiers ou de la circulation, accidents
de travail dans les entreprises ou à l’occasion de l’exercice d’un sport, de
la médecine etc.
SECTION I – LES ELEMENTS CONSTITUTIFS COMMUNS
L'élément matériel pourra être un acte de commission (de celui qui aura
créé ou contribué à créer la situation ayant permis la réalisation du
dommage) ou d'omission (de celui qui aura négligé de prendre les
mesures nécessaires pour que le dommage ne se réalise pas).
A/ La Faute
Elle peut être une maladresse, imprudence, inattention, négligence ou
inobservation des règlements.
* La faute de commission : c’est un acte positif. Elle consiste pour l’agent
à n’avoir pas apporté à ses actes toute la prudence et la circonspection
nécessaires. L’acte matériel accompli est la cause directe et immédiate du
dommage. Ex : l’automobiliste qui perd le contrôle de son véhicule.
* La faute d’omission : c’est l’inertie. Celui qui néglige de prendre les
mesures nécessaires pour que le dommage ne se produise pas. Ex :
l'entrepreneur qui oublie de mettre des barrières autour d'un chantier.
B/ Le Résultat (Le Dommage)
La sanction dépend de la gravité de l'atteinte :
* Homicide involontaire (décès de la victime).
* Blessures involontaires entraînant une incapacité totale de travail (ITT).
C/ Le Lien de Causalité
Il doit être certain. La jurisprudence retient souvent la théorie de
l'équivalence des conditions : toute faute ayant contribué au dommage
engage la responsabilité de son auteur.
SECTION II – RÉGIME DES POURSUITES ET RÉPRESSION
* Conflit de qualifications : La jurisprudence admet le cumul. Par exemple,
un automobiliste peut être poursuivi à la fois pour délit de fuite et pour
non-assistance à personne en péril (Rennes 20/12/1948).
* Action civile : La victime peut demander réparation du dommage moral
ou matériel devant les juridictions répressives (Art. 2 et 3 CPP).
* Peines applicables : Emprisonnement de 3 mois à 5 ans et amende de
50.000 à 500.000 F. La peine est doublée si le coupable avait une
obligation professionnelle ou contractuelle de sécurité.
CHAPITRE II : LES ATTEINTES À L’INTÉGRITÉ PSYCHIQUE
SECTION I – LA VIOLATION DE DOMICILE
La tranquillité des personnes est assurée par le droit fondamental de
l’inviolabilité du domicile.
* Par un particulier : Art. 449 CP (Titre II - Personnes).
* Par un agent public : Art. 257 CP (Abus d'autorité).
A/ La constitution du délit
* La condition préalable (Le domicile) : C'est le lieu où une personne,
qu'elle y soit présente ou non, a le droit de se dire chez elle, quels que
soient le titre juridique de l'occupation et l'affectation du lieu
(appartement, chambre d'hôtel, tente, cabinet de médecin, etc.).
* L'élément matériel : L'introduction ou le maintien dans le domicile
d'autrui à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte.
* L'élément moral : L'intention coupable (savoir que l'on entre contre le
gré de l'occupant).
SECTION II – LE HARCÈLEMENT SEXUEL
Le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou
comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa
dignité, soit créent une situation intimidante, hostile ou offensante.
A/ La matérialité
* Actes répétés : SMS, cadeaux déplacés, gestes suggérés, comportement
d'obsédé sexuel.
* Faveur sexuelle : Notion large incluant les contacts physiques ou
l'exposition à la nudité pour assouvir un fantasme.
B/ La répression
* Peines : Emprisonnement de 1 à 3 ans et amende de 360 000 à 100 000
000 F.
* Sévérité : Exclusion des circonstances atténuantes et du sursis (Art. 418
al. 3 CP). La tentative est punissable.
DEUXIÈME PARTIE : LES INFRACTIONS CONTRE LES BIENS
TITRE I – LES APPROPRIATIONS FRAUDULEUSES
CHAPITRE I : LE VOL (Art. 457 CP)
"Quiconque soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas
commet un vol."
SECTION I – L’INCRIMINATION
1. L'élément matériel
* L'acte (La soustraction) : C'est l'appréhension matérielle de la chose à
l'insu ou contre le gré du propriétaire. La jurisprudence admet la
soustraction "juridique" (ex: client qui emporte un objet en refusant de le
payer).
* L'objet : Une chose mobilière (meuble) appartenant à autrui. On ne peut
voler un immeuble.
2. L'élément moral
La fraude (animus furandi) : la volonté de s'approprier la chose d'autrui. Le
mobile important peu, même si c'est pour un usage momentané.
CHAPITRE II : L’ESCROQUERIE (Art. 470 CP)
L'escroquerie consiste à se faire remettre des fonds ou des biens par
l'usage de faux noms, de fausses qualités ou de manœuvres frauduleuses.
SECTION I – L’INCRIMINATION
1. L'élément matériel
* Les moyens : Mensonge renforcé par un fait extérieur (mise en scène,
intervention d'un tiers).
* La remise : Elle doit être le résultat des manœuvres. Sans remise, il n'y
a que tentative.
2. L'élément moral : Agir intentionnellement pour tromper.
SECTION II – LA REPRESSION
* Peines : 1 à 5 ans d’emprisonnement et 300.000 à 3.000.000 F
d’amende.
* Spécificités : L'immunité familiale est applicable. La prescription court à
partir du jour de la remise.
TITRE II – LES DÉTOURNEMENTS
CHAPITRE I : L’ABUS DE CONFIANCE (Art. 467 CP)
C'est le détournement, la dissipation ou la destruction, au préjudice
d’autrui, de biens qui ont été remis à charge de les rendre ou d'en faire un
usage déterminé.
SECTION I – LES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS
* Condition préalable : Une remise volontaire du bien (contrairement au
vol).
* Élément matériel : Le détournement (l'acte par lequel le détenteur
précaire se comporte comme le propriétaire).
* Élément moral : La conscience de causer un préjudice.
SECTION II – LA REPRESSION
* Peines : 1 à 5 ans d'emprisonnement et 300.000 à 3.000.000 F
d'amende.
* Circonstances aggravantes : Peines doublées si l'auteur est officier
public, mandataire ou si l'abus est commis par appel au public.
* Immunité familiale : Applicable.
TITRE III – L'INFRACTION DE CONSÉQUENCE
CHAPITRE I : LE RECEL DE CHOSE (Art. 477 CP)
Le recel est le fait de dissimuler, détenir ou transmettre une chose en
sachant qu'elle provient d'un crime ou d'un délit.
SECTION I – LES ELEMENTS CONSTITUTIFS
* L'infraction d'origine : Le bien doit obligatoirement provenir d'un crime
ou délit préalable.
* L'élément matériel : La détention, la transmission ou le fait de bénéficier
du produit de l'infraction.
* L'élément moral : La connaissance de l'origine frauduleuse au moment
où l'on entre en possession du bien.
SECTION II – LA REPRESSION
* Peines : 1 à 5 ans d’emprisonnement et 300.000 à 3.000.000 F
d’amende.
* Aggravations : Si l'infraction d'origine est un crime, le receleur encourt
la peine du crime. L'amende peut monter à la moitié de la valeur des
biens.
* Notes : La tentative n'est pas réprimée pour le recel.