Problèmatique :
Ici, la friche industrielle n’est pas une plaie à effac- Le paysage industriel devient une plateforme de renouveau
Certaines villes ne s’effondrent pas. Partout en Tunisie, de nombreuses villes connaissent cette
er, mais un territoire à écouter et avec lequel collaborer. écologique et social, où l’architecture agit à la fois comme un pont et
pause. Nées de programmes industriels ambitieux, ces villes se
un catalyseur, reconnectant les personnes, les lieux et les possibilités.
Elles se taisent, conservant les souvenirs en leur sein jusqu’à ce trouvent aujourd’hui confrontées à de nouveaux horizons sociaux et
L’architecture n’intervient pas pour imposer une
qu’un nouveau rythme les anime à nouveau. Les villes ne nais- environnementaux. Leurs vestiges industriels, souvent perçus
forme, mais pour interpréter et prolonger la vie, en Ainsi, la question centrale de cette recherche se pose :
sent pas uniquement de la pierre ; elles se forment au fil des gestes comme des problèmes, sont en réalité des ressources spatiales,
s’appuyant sur ce qui s’est passé plutôt qu’en le remplaçant.
quotidiens : le travail des mains, la cadence des machines, les des structures déjà ancrées dans le tissu urbain, qui n’attendent
Cela fait écho à l’importance croissante accordée à la De quelle manière la reconversion architecturale des
échanges entre les habitants et les lieux. Lorsque ce rythme qu’une réactivation. Les recherches sur la réutilisation adaptative
réutilisation durable au niveau international – une hangars industriels abandonnés à Menzel Bourguiba
s’estompe, la ville ne disparaît pas, mais son pouls faiblit, laissant confirment que de tels lieux peuvent générer des bénéfices sociaux,
pratique qui valorise les structures existantes tout en peut-elle relancer la vie urbaine, en valorisant les structures
des espaces ni pleinement vivants ni totalement perdus, suspendus économiques et environnementaux lorsqu’ils sont repensés avec soin.
répondant aux nouveaux besoins et aux impératifs écologiques. existantes, en mobilisant la mémoire collective et en intégrant les
entre mémoire et possibilité. Ces conditions ont été abordées dans le
dimensions écologiques et sociales, afin de construire un
domaine de la réhabilitation, où les structures abandonnées sont Menzel Bourguiba est l’une de ces villes.
Dans ce projet, la reconversion devient un acte de continuité futur durable, habité et profondément lié à l’identité de la ville ?
perçues non comme des vides, mais comme porteuses d’histoire et Elle s’est développée au rythme de l’industrie et du port,
créative. Les hangars existants sont préservés et réactivés, les
de potentiel. façonnant à la fois sa logique spatiale et le quotidien de ses
vestiges industriels sont repensés comme matière première, et une
habitants. Lorsque ces rythmes se sont ralentis, la ville a
nouvelle vie est insufflée grâce à des programmes soigneusement
Les villes industrielles expriment ce silence avec une intensité perdu bien plus que de l’activité : elle a perdu un cadre
conçus qui invitent les gens à réinvestir ces espaces comme des lieux de
particulière. Bâties autour de la production et de l’efficacité, elles d’appartenance collective. Aujourd’hui, de vastes hangars et des
rencontre, de création et d’engagement citoyen au
prospéraient autrefois au rythme du travail et du mouvement. volumes industriels subsistent – monuments du processus et du
quotidien. La mémoire, d’une trace statique, devient un fil
Lorsque l’industrie se retire, elle laisse derrière elle bien plus que des travail – silencieux mais chargés d’une mémoire spatiale puissante.
conducteur vivant reliant les usages passés aux significations
bâtiments vides. Elle laisse des fragments de vie collective, des lieux
f u t u r e s .
où les identités convergeaient – ce que les critiques du patrimoine Ces structures ne sont pas des vides inertes. Leur échelle,
industriel appellent une forme de « paysage urbain délabré », des leurs matériaux et leurs surfaces patinées conservent les
À travers ce processus, la friche passe de l’ab-
paysages façonnés par les mutations économiques et l’abandon, traces de l’activité et de l’engagement humain. Dans le
sence à la présence, du silence au rythme.
attendant d’être réinventés. langage de la théorie architecturale, il s’agit de la
matérialité de la mémoire, un héritage que la réutilisation
adaptative embrasse en naviguant entre préservation et
transformation.
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