Complexes
Complexes
22 novembre 2021
Les mathématiques onsistent à prouver des hoses évidentes par des moyens omplexes.
George Polya
Pour e nouveau gros hapitre, nous allons revenir sur une notion que la plupart d'entre vous
ont déjà abordée en Maths Expertes l'an dernier, elle de nombres omplexes. Ces derniers forment
un outil fondamental en mathématiques, à la fois d'un point de vue théorique et d'un point de vue
pratique (notamment en géometrie, omme on le verra un peu plus loin), et se trouve de e fait à
la roisée entre plusieurs grands domaines des mathématiques, notamment pour nous l'algèbre, la
trigonométrie et la géométrie plane. Mais avant de ommen er les expli ations, une petite question :
pourquoi avoir inventé de toutes piè es es nombres omplexes ? Les diérents ensembles de
nombres sont apparus historiquement de façon relativement naturelle pour résoudre des problèmes
on rets : les entiers naturels servent tout simplement à ompter, les entiers relatifs deviennent
né essaires dès qu'on veut quantier de façon un peu abstraite des é hanges ommer iaux, et les
rationnels apparaissent dès qu'on her he à diviser en plusieurs parts une quantité entière. Enn,
les réels permettent de graduer une droite et sont don utiles pour se repérer (ils apparaissent par
ailleurs assez rapidement dans des problèmes de géometrie : diagonale d'un arré ou périmètre d'un
er le). Les omplexes, eux, ont été d'abord introduits pour permettre de résoudre des équations, les
autres appli ations n'apparaissant qu'ensuite. En eet, on sait bien par exemple que tout nombre
positif possède une ra ine arrée réelle (autrement dit, l'équation x2 = a admet une, et même deux,
solutions réelles si a > 0), mais qu'en est-il pour les nombres négatifs, et notamment pour −1 ?
L'ensemble des nombres omplexes possède l'étonnante propriété que toute équation polynomiale y
admet (au moins) une solution, e qui le rend susant pour à peu près toutes les appli ations
algébriques que vous pourrez y faire à votre niveau.
1
• résolution de problèmes géométriques à l'aide des nombres omplexes (interprétation d'angles
et de distan es à l'aide de modules et d'arguments, notamment), onnaissan e des isométries
et similitudes du plan.
1.1 Dénitions.
Dénition 1. L'ensemble des nombres omplexes, usuellement noté C, est onstitué de tous les
nombres de la forme a + ib, où a et b sont deux réels quel onques. Il est muni des deux opérations
élémentaires suivantes :
• la somme de de deux nombres omplexes z = a + ib et z ′ = c + id est égale à z + z ′ =
(a + c) + (b + d)i.
• le produit de es mêmes nombres omplexes est déni par zz ′ = ac − bd + (bc + ad)i.
Remarque 1. Autrement dit, le nombre i, qui n'est a priori qu'une simple notation abstraite
apparaissant dans la dénition des nombres omplexes, se omporte du point de vue des opérations
omme s'il s'agissait d'un nombre normal qu'on multiplie par le réel b, et qui vérie i2 = −1
quand on développe un produit à l'aide des règles de al ul usuelles sur R. Nous allons d'ailleurs
rappeler immédiatement les prin ipales propriétés de es opérations élémentaires, qui vont natu-
rellement s'étendre au al ul algébrique dans C et qui sont fondamentales pour pouvoir al uler
naturellement ave es nouveaux nombres et es nouvelles opérations.
Démonstration.
• Les propriétés de l'addition dé oulent immédiatement de elles de l'addition sur les réels.
L'opposé de z = a + ib sera bien sûr le nombre −z = −a + i(−b).
• En posant z = a + ib, z ′ = c + di et z ′′ = e + f i trois nombres omplexes, on a zz ′ =
(a + ib)(c + id) = (ac − bd) + i(ad + bc) = (c + id)(a + ib), don le produit est bien ommutatif.
De même (zz ′ )z ′′ = ((ac−bd)+i(ad+bc))(e+if ) = ace−bde−adf −bcf +i(acf −bdf +ade+bce)
et z(z ′ z ′′ ) = (a + ib)((ce − df ) + i(cf + de)) = ace − adf − bcf − bde + i(acf + ade + bce − bdf ).
Les deux résultats étant les mêmes, le produit est bien asso iatif.
2
a − ib
• L'inverse du nombre z = a + ib est le omplexe . En eet, (a − ib)(a + ib) = a2 − b2 .
a 2 + b2
• La distributivité est à nouveau un al ul sans di ulté : z(z ′ +z ′′ ) = (a+ib)(c+e+i(d+f )) =
a(c+e)−b(d+f )+i(a(d+f )+b(c+e)) = ac−bd+i(ad+bc)+ae−bf +i(af +be) = zz ′ +zz ′′ .
Remarque 2. Comme nous l'avons déjà fait pour 0 et 1, on identie en pratique l'ensemble R des
nombres réels à un sous-ensemble de C en onsidérant (et en notant) omme un réel a le nombre
omplexe a + 0i. Les opérations dénies plus haut prolongent alors la somme et le produit sur les
réels. On pourrait résumer tout le théorème en une seule phrase : C est un orps ommutatif
mais on attendra le pro hain hapitre pour avoir le droit de faire ça.
Dénition 2. Soit z = a + ib un nombre omplexe. Le réel a est appelé partie réelle de z , et noté
Re(z). Le réel b est appelé partie imaginaire de z , et noté Im(z).
Dénition 3. Un nombre omplexe de partie réelle nulle est appelé imaginaire pur, et on note iR
l'ensemble des nombres imaginaires purs.
Dénition 4. À tout nombre omplexe z = a + ib, on peut asso ier le point M du plan (muni d'un
repère orthonormé) de oordonnées (a, b). Le point M est appelé image du nombre omplexe z , et le
nombre z axe du point M . L'ensemble des points du plan muni de ette identi ation est souvent
désigné sous la dénomination de plan omplexe .
1.2 Conjugaison.
On peut dénir sur les nombres omplexes une autre opération qui sera la première pour laquelle
nous aurons une interprétation géométrique simple :
Dénition 5. Soit z = a + ib un nombre omplexe, on appelle onjugué de z , et on note z , le
nombre a − ib.
3
Proposition 3. Soit z un nombre omplexe et M son image dans un repère orthonormal
du plan. Alors l'image de z est le symétrique de M par rapport à l'axe réel (axe des
abs isses dans le plan omplexe).
Démonstration. C'est une onséquen e immédiate du fait que le symétrique de M (a, b) par rapport
à l'axe des abs isses est M ′ (a, −b).
Remarque 3. Le symétrique de M par rapport à l'axe imaginaire (axe des ordonnées) a pour axe
−z . Le symétrique de M par rapport à l'origine du repère a pour axe −z .
M’’(−z) M(z)
2
0
−4 −3 −2 −1 0 1 2 3 4
−1
−2
M’’’(−z) M’(z)
−3
1.3 Module.
√
Dénition
√ 6. Le module d'un nombre omplexe z = a + ib, noté |z|, est le réel positif zz =
a 2 + b2 .
Remarque 4. Pour un nombre réel, le module oin ide ave la valeur absolue, e qui explique que la
notation soit la même (on peut d'ailleurs en donner une dénition ommune à l'aide de la notion de
distan e que nous allons rappeler i-dessous).
√ √
Démonstration. En eet, |zz ′ | = zz ′ zz ′ = zzz ′ z ′ = |z|.|z ′ |. Le quotient se fait de la même façon.
Le fait que |z| = |z| dé oule immédiatement de la dénition.
Remarque 5. Si M est l'image de z dans un repère orthonormé d'origine O, le module de z représente
tout simplement la distan e OM . Plus généralement, la distan e dans le plan omplexe entre les
images M et M ′ des nombres omplexes z et z ′ peut se al uler de la façon suivante : M M ′ = |z −z ′ |.
4
Proposition 5. Soit z un nombre omplexe, alors | Re(z)| 6 |z| et | Im(z)| 6 |z|.
Démonstration. C'est évident en utilisant la remarque pré édente, puisque Re(z) et Im(z) repré-
sentent les distan es de O aux projetés orthogonaux de M sur les axes du √ repère. C'est d'ailleurs
tout aussi évident à partir de la dénition du module sous sa forme |z| = a2 + b2 .
i=1
n = 1 ( 'est évident !) et pour n = 2 omme on vient de le prouver. Supposons alors l'inégalité vériée
n+1 n
pour une somme de n nombres omplexes et é rivons zi = |a + zn+1 | en posant a = zi .
X X
i=1 i=1
On applique alors su essivement l'hypothèse de ré urren e au rang 2 (d'où la né essité de faire une
n+1 n n+1
ré urren e forte) puis au rang n pour obtenir |zi |.
X X X
zi 6 |a| + |zn+1 | 6 |zi | + |zn+1 | =
i=1 i=1 i=1
5
er le, qu'on peut développer entièrement pour la mettre sous la forme a2 + b2 − 2a − 2b − 2 = 0.
On doit bien entendu être apable de déterminer rapidement les ara téristiques du er le à partir
de n'importe laquelle de es diérentes équations.
2 Complexes et trigonométrie.
Proposition 7. En notant eiθ le nombre omplexe cos(θ) + i sin(θ) (où θ ∈ R), tout
élément de U peut s'é rire sous la forme eiθ , l'angle θ étant unique module 2π .
Démonstration. Comme |z| = 1, le point M (a, b) image de z dans le plan omplexe appartient au
er le trigonométrique. On peut don é rire ses oordonnées sous la forme a = cos(θ) et b = sin(θ),
où θ est un angle déni à 2π près, et z = a + ib = eiθ .
Remarque 8. La notation exponentielle omplexe est à première vue totalement arbitraire, et semble
n'avoir au un rapport ave les exponentielles de nombres réels. Les régles de al ul rappelées dans
la propriété i-dessous suraient à justier ette notation puisque e sont les mêmes que elles des
exponentielles réelles, mais le lien est en fait plus profond : il existe de meilleures dénitions de
la fon tion exponentielle qui sont ohérentes ave toutes les formes que nous avons vues jusqu'i i,
réelle ou omplexe (par exemple à base de séries entières que vous étudierez l'an pro hain).
eiθ
• ∀(θ, θ ′ ) ∈ R2 , ei(θ−θ ) = iθ′
′
e
• ∀θ ∈ R, ∀n ∈ Z, (eiθ )n = einθ
1
• ∀θ ∈ R, eiθ = iθ = e−iθ
e
Démonstration. La première propriété dé oule imédiatement des formules d'addition pour le cos et le
sin : eiθ eiθ = cos(θ) cos(θ ′ )−sin(θ) sin(θ ′ )+i(cos(θ) sin(θ ′ )+sin(θ) cos(θ ′ )) = cos(θ+θ ′ )+i sin(θ+θ ′ ).
′
La troisième propriété dé oule bien sûr de ette première formule par ré urren e (pour les entiers
n positifs) et en ombinant ave la formule de l'inverse pour les entiers négatifs. Cet inverse est
évident à obtenir via la première formule : eiθ × e−iθ = ei0 = 1. On en déduit d'ailleurs tout aussi
6
lassiquement la deuxième formule de la proposition. Enn, le al ul du onjugué est immédiat si on
se rappelle que le osinus est une fon tion paire, et le sinus une fon tion impaire.
Proposition 9. Tout nombre omplexe non nul z peut s'é rire sous la forme z = reiθ ,
où r = |z| ∈ R+ , et θ est un réel unique à 2π près. Cette é riture est appelée forme
exponentielle du nombre omplexe z .
Démonstration. C'est une appli ation immédiate de la propriété similaire du paragraphe pré edent
z z
sur les nombres omplexes de module 1 : z = |z| , et le omplexe ayant pour module 1, il peut
|z| |z|
s'é rire sous la forme eiθ .
Dénition 8. Le réel θ est appelé argument du nombre omplexe z , et noté arg(z) (il n'est pas
unique). L'unique valeur de θ appartenant à l'intervalle ] − π, π] est l'argument prin ipal de z ,
souvent noté Arg(z).
Remarque 9. Le nombre omplexe 0 est don le seul à ne pas posséder d'argument.
Démonstration. C'est en fait une simple redite des propriétés vues au paragraphe pré édent. Si
z = reiθ et z ′ = r ′ eiθ , on a les formes exponentielles suivantes : −z = r(−eiθ ) = r(− cos(θ) −
′
′ i(θ+θ ′ )
i sin(θ)) = r(cos(θ + π) + i sin(θ + π)) = rei(θ+π) ; z = reiθ = re−iθ ; zz ′ = rr ′ eiθ eiθ =rr e , et de
′
7
Démonstration. C'est en fait une simple redite pour le as de eiθ des formules z + z = 2 Re(z) et
z − z = 2i Im(z)
n
Démonstration. Cette formule est tout bêtement équivalente à einθ = eiθ .
Plus que les formules elles-mêmes, e sont quelques al uls lassiques les utilisant qu'il faut onnaitre :
Exemple 1 : Expression de cos(nθ) et sin(nθ) en fon tion de cos(θ) et sin(θ).
On a vu dans le hapitre de trigonométrie des formules de dupli ation et de tripli ation du osinus.
Les formules de Moivre et d'Euler permettent plus généralement de al uler cos(nθ) omme un
polynome en cos(θ) (et de même pour le sinus, au détail près qu'un fa teur cos(θ ) restera présent
si n est un entier pair) via la formule du binome de Newton (que nous énon erons enn dans le
pro hain hapitre de ours onsa ré au dénombrement ; en attendant, on peut toujours al uler les
oe ients de e genre de développement en se servant du triangle de Pas al). Par exemple :
cos(5θ) = Re(ei5θ )
= Re((cos(θ) + i sin(θ))5 )
= Re(cos5 (θ) + 5i cos4 (θ) sin(θ) − 10 cos3 (θ) sin2 (θ) − 10i cos2 (θ) sin3 (θ)
+5 cos(θ) sin4 (θ) + i sin5 (θ))
= cos5 (θ) − 10 cos3 (θ)(1 − cos2 (θ)) + 5 cos(θ)(1 − cos2 (θ))2
= 16 cos5 (θ) − 20 cos3 (θ) + 5 cos(θ)
8
n n
!
X X
cos(kθ) = Re eikθ
k=0 k=0 !
1 − ei(n+1)θ
= Re
1 − eiθ
(n+1)θ (n+1)θ (n+1)θ
!
ei 2 (e−i 2 − ei 2 )
= Re θ θ θ
ei 2 (e−i 2 − ei 2 ) !
nθ
ei 2 × (−2i sin( (n+1)θ
2 ))
= Re
−2i sin( 2θ )
(n+1)θ
cos( nθ
2 ) sin( 2 )
=
sin( θ2 )
Remarquons pour nir que 'est exa tement le même al ul qui permet de retrouver rapidement
les formules de transformations somme-produit trigonométriques que vous avez oublié pendant les
i(p+q) i(p−q) i(q−p)
va an es : par
exemple
cos(p) + cos(q)
ip + eiq ) = Re(e 2 (e 2
= Re(e + e 2 ))
p−q i(p+q) p−q p+q
= Re 2 cos e 2 = 2 cos cos . On peut naturellement retrouver les
2 2 2
autres formules de la même façon.
Proposition 13. ′La fon tion exponentielle omplexe est 2iπ-périodique, et vérie la pro-
priété ez+z = ez ez .
′
Démonstration. La périodi ité dé oule simplement du fait que e2iπ = 1, et l'équation fon tionnelle
est issue de elle vériée par les deux exponentielles déjà dénies pré édemment.
9
Exer i e : Résoudre dans C l'équation ez = 1 + i.
Il s'agit en fait simplement de mettre le nombre sous forme exponentielle
√ puis d'identier module
2 iπ
et argument des deux membres. On al ule très fa ilement 1 + i = e 4 , et notre équation peut
√ 2
2 iπ
don se mettre, en posant z = x + iy , sous la forme ex eiy = e 4 , e qui implique simplement
√ ! 2
2 1 π
x = ln = − ln(2), et y ≡ [2π]. Les solutions de l'équation sont don données par S =
2 2 4
1 π
− ln(2) + i + 2ikπ | k ∈ Z .
2 4
3 Équations omplexes.
Théorème 3. Pour résoudre une équation du se ond degré à oe ients omplexes (E) :
az 2 + bz + c = 0, où a ∈ C∗ et (b, c) ∈ C2 , on ommen e par al uler son dis riminant
∆ = b2 − 4ac puis :
b
• si ∆ = 0, l'équation (E) admet une unique solution z0 = − .
2a
−b + δ −b − δ
• si ∆ 6= 0, l'équation (E) admet deux solutions z1 = et z2 = , où δ
2a 2a
est un nombre omplexe vériant δ = ∆.
2
Démonstration. La preuve est la même quedans le as réel : en divisant l'équation par a puis en
b 2 ∆
mettant sous forme anonique, on obtient z + = 2
. Si ∆ est nul, il n'y a qu'une seule
2a 4a
−b b δ b δ
solution égale à . Sinon, on a z + = ou z + = − , e qui donne les deux solutions
2a 2a 2a 2a 2a
annon ées.
Méthode : Pour obtenir une ra ine arrée d'un nombre omplexe ( e qui est né essaire i i pour
déterminer δ à partir de ∆), on her he tout simplement la valeur de la ra ine arrée sous forme
algébrique :en posant δ = a+ib, on al ule δ2 = a2 −b2 +2iab, et l'égalité δ2 = ∆ se traduit don par
a2 − b2 = Re(∆) (1)
le système . Pour simplier la résolution de e système, on ajoutera
2ab = Im(∆) (2)
systématiquement l' équation aux modules |δ|2 = |∆|, qui s'é rira sous la forme a2 + b2 = |∆| (3).
On ee tue alors les ombinaisons d'équations (1) + (3) et (3) − (1) pour obtenir les valeurs de a2
et b2 et don , au signe près, elles de a et b. L'équation (2) sert alors simplement à bien hoisir les
signes des deux in onnues (deux possibilités ohérentes, e qui est normal puisque deux valeurs de δ
sont possibles, opposées l'une de l'autre).
Exemple : On veut résoudre l'équation z 2 − iz − i − 1 = 0. On al ule don le dis riminant
∆= (−i)2 − 4(−i − 1) = −1 + 4i + 4 = 3 + 4i. Cher hons don δ = a + ib vériant δ2 = 3 + 4i.
Comme δ2 = a2 − b2 + 2iab, on obtient les deux √onditions a2 − b2 = 3 et 2ab = 4. On ajoute la
ondition sur le module |δ|2 = a2 + b2 = |∆| = 32 + 42 = 5. En additionant et soustrayant la
première et la dernière équation, on a 2a2 = 8, soit a = ±2, et 2b2 = 2, soit b = ±1. Comme par
ailleurs 2ab > 0, a et b doivent être de même signe, e qui laisse les possibilités δ1 = 2+i et δ2 = −2−i.
i+2+i i−2−i
Les solutions de l'équation initiale sont don z1 = = 1 + i, et z2 = = −1.
2 2
10
Proposition 14. Soient z1 et z2 les deux solutions de l'équation az 2 + bz + c = 0, alors
b c
z1 + z2 = − et z1 z2 = .
a a
Démonstration. On peut s'en sortir dire tement ave les formules donnant les solutions : z1 + z2 =
−b − δ −b + δ −2b b −b − δ −b + δ b2 − δ 2 4ac c
+ = − , et z1 z2 = = 2
= 2 = .
2a 2a 2a a 2a 2a 4a 4a a
Terminons e paragraphe en itant, sans le démontrer, un théorème extrêmement fondamental sur
les équations omplexes :
Théorème 4. D'Alembert-Gauss.
Toute équation polynomiale admet au moins une solution dans C.
Remarque 12. Ce théorème porte également le nom pompeux de théorème fondamental de l'algèbre.
Il peut être pré isé, le nombre de ra ines d'un polynome de degré n étant toujours égal à n si on les
ompte ave multipli ité. Nous yreviendrons dans un hapitre ultérieur spé iquement onsa ré aux
polynmes.
Remarque 13. Cette équation admet (presque, le seul as parti ulier étant z = 0) toujours plusieurs
√ 1
solutions, qu'il est hors de question de noter sous la forme n a ou même a n . En eet, ontrairement
à e qui se passe dans R, il n'existe au un ordre naturel sur C, et don au une façon évidente
de distinguer l'une de es solutions pour l'identier de façon unique à l'aide de es notations. En
parti ulier, omme nous l'avons d'ailleurs déjà fait dans le paragraphe pré édent on ernant les
équations du se ond degré, on ne parlera jamais de la ra ine arrée d'un nombre omplexe, mais
bien d'une ra ine arrée, les deux valeurs possibles jouant systématiquement un rle inter hangeable.
Dénition 11. On appelle ra ines n-èmes de l'unité les ra ines n-èmes du nombre a = 1. On
note Un l'ensemble des ra ines n-èmes de l'unité.
Démonstration. En eet, soit z = reiθ un nombre omplexe (non nul) mis sous forme exponentielle.
En séparant module et argument, l'équation z n = 1 se traduit par les deux onditions rn = 1 et
nθ ≡ 0[2π]. Or, r étant désormais
un réel positif ( 'est un module !), la seule possibilité est r = 1,
2π
et on a par ailleurs θ ≡ 0 , e qui donne bien, les n valeurs annon ées (si on ontinue à faire
n
augmenter la valeur de k on retombe sur les mêmes valeurs puisque l'argument aura augmenté de
2π entre la valeur orrespondant à k = 0 et elle orrespondant à k = n).
11
Proposition 15. Les images dans le plan omplexe des ra ines n-èmes de l'unité y forment
un polygone régulier à n tés ins rit dans le er le trigonométrique (voire i-dessous
l'illustration pour n = 3 et n = 8).
i i
1 1
Proposition 16. La somme de toutes les ra ines n-èmes de l'unité est toujours nulle.
2π
Démonstration. Il s'agit d'un simple al ul de somme géométrique : en posant ω = ei n , il s'agit
n−1 n−1
2ikπ 1 − ωn
de al uler = 0 puisque par dénition ω n = 1. En fait, on vient de
X X
e n = ωk =
1−ω
k=0 k=0
démontrer que le polygone régulier évoqué dans la propriété pré édente est entré en 0.
Proposition 17. Soit a = reiθ un nombre omplexe mis sous forme exponentielle. Ses
√ i(θ+2kπ)
ra ines n-èmes sont les nombres de la forme n re n , ave k ∈ {0, . . . , n − 1}.
Démonstration. C'est exa tement le même al ul que pour les ra ines de l'unité : en posant z =
r ′ eiθ , l'équation z n = a se traduit, en séparant module et argument, par les onditions r ′n = r et
′
12
Exemple : On her he à déterminer
√ les√ra ines ubiques
√ de πa = 2+2i. Commençons par é rire a sous
forme exponentielle : |a| = 4 + 4 = 2 2, don a = 2 2ei 4 . En notant z = reiθ , l'équation z 3 = a
√ π √
se ramène à r 3 e3iθ = a, 'est-à-dire aux deux onditions r 3 = 2 2 et 3θ ≡ [2π], soit r = 2, et
4
√ iπ √ i( π + 2π ) √ i 3π
π 2π
θ≡ . Autrement dit, les trois ra ines ubiques sont z1 = 2e 12 , z2 = 2e 12 3 = 2e 4 ,
12 3
√ π 4π √ 17π
et z3 = 2ei( 12 + 3 ) = 2ei 12 (seule la deuxième de es trois ra ines ubiques peut s'é rire aisément
sous forme algébrique).
Remarque 15. Les propriétés des ra ines n-èmes de l'unité se généralisent à toutes les ra ines n-
èmes. En parti ulier, les ra ines n-ème d'un nombre omplexe quel onque ont des images formant
toujours un polgone régulier entré en 0 dans le √
plan omplexe (mais inss rit, non plus dans le er le
trigonométrique, mais dans un er le de rayon n r, où r est le module du nombre omplexe dont on
a al ulé les ra ines).
zA + zB
Proposition 19. Le milieu I du segment [AB] a pour axe omplexe zI . Le =
2
z + zB + zC
entre de gravité G du triangle ABC a pour axe omplexe zG = A .
3
Proposition 20. Soient ~u et ~v deux ve teurs du plan, alors ~u.~v = Re(z~u z~v ) et det(~u, ~v ) =
Im(z~u z~v ).
Démonstration. Si ~u = (a, b) et ~v = (a′ , b′ ), alors z~u = a + ib et z~v = a′ + ib′ , don Re(z~u z~v ) =
aa′ + bb′ = ~u.~v . De même, Im(z~u z~v ) = ab′ − a′ b = det(~u, ~v ).
Remarque 16. En parti ulier, deux ve teurs ~u et ~v sont orthogonaux si et seulement si z~u z~v ∈ iR, ou
z z
plus simplement si ~u ∈ R. Ils sont olinéaires si et seulement si ~u ∈ R. Ces propriétés orrespondent
z~v z~v
exa tement à elles annon ées lors de la dénition de l'argument d'un nombre omplexe : trois points
zC − zA
A, B et C sont alignés si et seulement si ∈ R, et le triangle ABC est re tangle en A si et
zB − zA
z − zA
seulement si C ∈ iR.
zB − zA
13
4.3 Transformations du plan.
Une transformation du plan est tout simplement une appli ation bije tive dénie sur l'ensemble
des points du plan, ayant la plupart du temps une interprétation géométrique simple. Dans le adre
de e hapitre, nous verrons de telles appli ations sous la forme de fon tions f : C → C (on iden-
tiera don un point ave son axe omplexe quand on parlera de es transformations). Vous avez
déjà étudié depuis plusieurs années de telles transformations géométriques : translations, rotations,
symétries font partie de ette atégorie. Le but de ette dernière partie de hapitre est de lassier
rigoureusement es transformations, en ommençant par dénir des atégories de transformations
selon les ara téristiques géométriques qu'elles onservent.
Dénition 14. Une isométrie du plan est une transformation du plan qui onserve les distan es :
quels que soient les points M et N du plan, en notant M ′ et N ′ leurs images par la transformation,
on aura toujours M ′ N ′ = M N .
Une similitude du plan de rapport k ∈ R+∗ est une transformation du plan qui multiplie toutes
les distan es par le même réel k. Ave les mêmes notations que i-dessus, on aura don toujours
M ′N ′ = k × M N .
Une simitude (ou une isométrie) est dire te si elle onserve de plus les angles orientés, indire te si
elle transforme un angle orienté en angle opposé.
Remarque 17. Il est sous-entendu dans la dernière partie de la dénition qu'une similitude onserve
né essairement les angles au signe près, propriété que nous ne démontrerons pas, mais qui est bien
sûr vraie.
Exemples : parmi les hoses que vous avez déjà étudiées, toutes les translations et les rotations
sont des isométries dire tes. Les réexions (symétries par rapport à des droites) sont des isométries
indire tes. La notion de symétrie entrale (par rapport à un point) ne sera pas évoquée puisqu'il
s'agit en fait d'une rotation (d'angle π ). Enn, les homothéties sont des exemples de similitudes
dire tes du plan.
Démonstration.
• En notant M (z) et M ′ (z ′ ) l'image de M par la translation de ve teur ~u, on a par dénition
−−−→′
M M = ~u, don zM ′ − zM = z~u , e qui orrespond bien à la formule annon ée.
• Ave les mêmes notations que pour la translation, on peut ara tériser l'image d'une rotation
−−→ −−→ z ′ − zA
par le fait que AM = AM ′ , et (AM , AM ′ ) = θ . Autrement dit, le nombre omplexe M
zM − zA
a pour module 1 (le numérateur et le dénominateur ont pour module respe tif AM ′ et AM ),
z ′ − zA
et pour argument θ . On peut don é rire M = eiθ , soit zM ′ = eiθ (zM − zA ) + zA .
zM − zA
zM ′ − zA
• Même prin ipe que pour la rotation, on aura ette fois- i = k (le rapport des
zM − zA
modules vaut k, et l'angle est nul), dont on déduit aisément la formule.
• On a déjà vu la ara térisation géométrique de la onjugaison.
14
√ !
2π 1 3
Exemple : La rotation de entre A(i) et d'angle transforme M (z) en M ′ (z ′ ) ave z ′ = − + i
3 2 2
√ ! √
1 3 3 3i
(z − i) + i = − + i z− + .
2 2 2 2
Démonstration. La démonstration est faisable par des moyens élémentaires, mais assez rébarbative,
je vous en fais grâ e.
Méthode : Pour re onnaitre une similitude dire te à partir de son équation z ′ = az + b, on peut
pro éder de la façon suivante :
• Si a = 1, on re onnait immédiatement une translation, dont le ve teur a pour axe b.
• Si a 6= 1, l'appli ation z 7→ az +b admet un unique point xe ω , dont on notera Ω l'image dans
le plan omplexe. En notant k = |a| et θ = arg(a), la transformation est alors la similitude
dire te de entre Ω, de rapport k, et d'angle θ .
Exemple : Considérons l'appli ation f : z 7→ (1 + i)z − 2i. On re her he le point xe de l'appli ation
en résolvant l'équation z = (1 + i)z − 2i, e qui donne iz = 2i, soit z = 2. Comme par ailleurs
√ π
|1 + i| = 2, et arg(1 + i) = , l'appli ation f est don la similitude dire te de entre A(2), de
√ 4
π
rapport 2 et d'angle .
4
Exemple : On peut également dénir une similitude dire te à l'aide de l'image de ertains points.
En eet, si (M, N ) et (M ′ , N ′ ) sont deux ouples de points distin ts du plan, il existe toujours une
unique similitude dire te f telle que f (M ) = M ′ et f (N ) = N ′ .
Considérons par exemple les quatre points du plan (et leurs axes omplexes) A(2 − i), B(−1 + i),
A′ (3 + 7i) et B ′ (5 − 3i), et her hons à déterminer les éléments ara téristiques de la similitude
dire te f vériant f (A) = A′ et f (B) = B ′ . Le théorème de lassi ation des similitudes du plan
nous assure que f a une expression omplexe de la forme f (z) = az + b. Appliquée aux axes des
deux
points dont on onnait l'image, ette équation nous permet d'obtenir le système d'équations
a(2 − i) + b = 3 + 7i
. En soustrayant es deux équations, on déduit immédiatement que
a(−1 + i) + b = 5 − 3i
−2 + 10i (−2 + 10i)(3 + 2i)) −26 + 26i
(3 − 2i)a = −2 + 10i, don a = = 2 2
= = −2 + 2i. On al ule
3 − 2i 3 +2 13
15
ensuite fa ilement b = 3 + 7i − (−2 + 2i)(2 − √
i) = 5 +√i. On pro ède ensuite omme d'habitude :
le rapport de la similitude est égal à |a| = 8 = 2 2 puis, après avoir é rit a sous la forme
√
1 1 3π
a = 2 2 − √ + √ i , on re onnait omme angle de la simitude arg(a) = . Il ne reste plus qu'à
2 2 4
trouver l'axe du entre de la similitude en résolvant l'équation f (z) = z , soit (−2 + 2i)z + 5 + i = z ,
−5 − i (−5 − i)(−3 − 2i) 13 + 13i
e qui implique z = = = = 1 + i. L'appli ation f est don la
−3 + 2i 13 13
√ 3π
similitude dire te de entre C(1 + i), de rapport 2 2 et d'angle .
4
A’
7
2
B
1 C
0
−3 −2 −1 0 1 2 3 4 5 6 7
−1
A
−2
−3
B’
−4
16