LES POLITIQUES AGRICOLES
À TRAVERS LE MONDE
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Espagne 2019
Contexte agricole et relations internationales
PRINCIPALES DONNÉES ESPAGNE FRANCE
Superficie km2 - 2017 505 940 549 087 *
Population Mhab 2017 et évolution 2017/16 46,6 + 0,2 % 67,1 + 0,4 %
Indice de développement humain (IDH) 2015
0,884 0,897
27e rang mondial 21e rang mondial
PIB Md€ - 2017 1 160 2 285
Taux de croissance du PIB % annuel - 2017/16 3,1 1,8
PIB / habitant € - 2017 24 917 34 050
Part de l’agriculture dans le PIB % - 2017 ** 2,6 1,5
Surface arable Mha - 2015 12,4 18,5
Surface forestière Mha - 2015 18,4 17
Balance commerciale tous secteurs Md€ - 2017 + 31 - 25
Balance commerciale agroalimentaire Md€ - 2017 Exports : 49,1 Exports : 61,1
Imports : 36,7 Imports : 55,4
Solde : 12,4 Solde : + 5,7
(source Douanes Espagne) (source Douanes France)
Exportations agroalimentaires Md€ - 2017 Espagne vers France : 7,3 France vers Espagne : 5
(y c. agricoles) vers l’autre pays variation 2017/16 : + 5,6 % variation 2017/16 : + 4,3 %
(source Douanes France) (source Douanes France)
Source Banque mondiale
* 549 087 km2 pour la métropole (Corse comprise), la surface Outre-Mer est de 89 242 km2 pour les seuls DOM (Source IGN 2015) et d’environ
113 000 km2 au total.
** L’indicateur de la Banque mondiale inclut la valeur ajoutée de l’agriculture, de l’exploitation forestière, de la chasse et de la pêche.
Ce qu’il faut retenir
+ Deuxième pays européen par sa surface agricole utile, de 2008. Réalisant plus de 12 Md€ d’excédent commercial,
l’Espagne se situe parmi les premiers par la diversité et le le secteur agricole et agroalimentaire est devenu l’une des
volume de ses productions, notamment végétales (fruits et principales forces du commerce extérieur espagnol.
légumes, huile d’olive, vin), malgré un contexte naturel, cli-
matique, territorial et structurel peu favorable. Ses filières + Dans le secteur agricole et agroalimentaire, l’Espagne et
porcines et bovin viande sont également très compétitives. la France sont des partenaires commerciaux essentiels :
la France est le 1er client de l’Espagne et l’Espagne notre
+ L’Espagne transforme des produits emblématiques de 1er fournisseur. Cinquième client de la France, l’Espagne
son terroir et à forte identité régionale, comme le jambon. est dépendante en céréales, produits laitiers et animaux
Premier secteur industriel, l’agroalimentaire est atomisé, vivants français. Toutefois, le fort dynamisme des expor-
mais joue un rôle clé dans l’économie espagnole. tations espagnoles vers la France creuse le déficit commer-
cial français, à plus de 2,2 Md€ en 2017.
+ Le modèle agricole et agroalimentaire espagnol affiche
un dynamisme ininterrompu depuis plus de dix ans, pour- + Les relations bilatérales avec l’Espagne sont nourries et
suivant son développement grâce aux conquêtes à l’expor- régulières sur les questions agricoles, sur lesquelles les
tation, au cœur de la stratégie des filières suite à la crise visions des deux pays sont le plus souvent convergentes.
Bien qu’ayant chuté de près de 30 % en 10 ans, le nombre
Production agricole, agroalimentaire, d’exploitations reste élevé : 935 000 exploitations, soit le
forestière et de la pêche double de la France, sur une SAU d’une taille comparable à la
nôtre. Depuis 2006, la SAU moyenne par exploitation a aug-
menté de 20 %, atteignant 25 ha. Mais les structures agricoles
L’Espagne est un pays de longue tradition agricole. Son entrée sont duales : d’un côté, environ 200 000 exploitations spécia-
dans l’Union européenne en 1986 a conduit à la modernisa- lisées, très intégrées et dédiées à l’export, et de l’autre, plus
tion profonde du secteur, même si la productivité de son de 700 000 exploitations de très petite taille, menées par des
agriculture reste encore globalement plus faible que dans agriculteurs pluriactifs ou des retraités. De surcroît, ces struc-
d’autres pays de l’Union. tures présentent de grandes variations régionales.
La moitié (25 Mha) de la surface totale du pays est utilisée Depuis son entrée dans l’UE, l’Espagne a développé des
à des fins agricoles, ce qui place l’Espagne au rang de deu- filières très compétitives et tournées vers l’exportation :
xième plus grand pays agricole de l’UE en termes de SAU, avec une production de près de 50 Md€ (10 % de la produc-
juste après la France. Les producteurs sont confrontés à de tion UE), l’Espagne est aujourd’hui la 4e puissance agricole
nombreuses contraintes : altitude (plus de 60 % des terres européenne. Ses produits phares sont les fruits et légumes,
sont situés au-dessus de 600 m), pentes, faible potentiel l’huile d’olive, les olives de table, le vin et la viande de porc.
agronomique des sols et faible pluviosité (pays le plus aride L’Espagne produit également pour son marché intérieur des
d’Europe). La nécessité d’irriguer la plupart des parcelles céréales, du lait, des viandes, des betteraves à sucre et des
conduit à une augmentation des coûts de production et rend produits caractéristiques des agricultures du Sud comme le
la question de la gestion des ressources en eau particulière- coton et le riz.
ment aiguë. Seulement 17 % des surfaces cultivées sont irri-
guées, mais celles-ci assurent 65 % de la production agricole Deuxième producteur de fruits et légumes de l’UE derrière
finale du pays. Ces contraintes ont façonné une mosaïque l’Italie, l’Espagne a une production très diversifiée, dont 60 %
de paysages agricoles et favorisé l’introduction de cultures sont orientés vers l’export, ce qui en fait le leader européen
très diversifiées (y compris tropicales, telles que l’avocat et de l’export de ce secteur. L’Espagne produit en moyenne
la mangue), à forte identité régionale. Elles ont également 27 Mt de fruits et légumes par an, dont 54 % de légumes,
conduit l’État à s’impliquer dans la gestion des risques clima- 38 % de fruits et 8 % de pommes de terre. En 2017, la valeur
tiques par des mécanismes assurantiels d’envergure. Plus de de la production s’est élevée à 18,5 Md€, soit 9% de plus
la moitié de cette SAU est composée de pâturages. qu’en 2015.
2 / MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DE L’ALIMENTATION - LES POLITIQUES AGRICOLES À TRAVERS LE MONDE : L’ESPAGNE
La surface en oliviers est considérable (2,7 Mha, plus de 10 % Le cheptel bovin espagnol comprend 6,7 millions de têtes,
de la SAU) et ne connaît aucune véritable concurrence en dont 825 000 vaches laitières. La production laitière est duale,
Europe, ou dans le monde : l’Espagne est le 1er producteur entre petites exploitations herbagères (moins de 40 vaches),
mondial d’huile d’olive (1,25 Mt en 2017/2018, loin devant faiblement intégrées et à fort coût de collecte (corniche can-
l’Italie et la Grèce). Avec une moyenne de 550 000 t sur les tabrique), et grands élevages industriels (plus de 200 vaches),
5 dernières campagnes, l’Espagne est également le 1er pro- très dépendantes du coût de l’aliment (Andalousie, Valence,
ducteur d’olives de table au monde (loin devant l’Egypte, la Catalogne). Depuis la fin des quotas en 2015, la collecte espa-
Turquie, l’Algérie et la Grèce). L’Andalousie concentre les gnole de lait de vache a augmenté, pour s’établir à un peu
trois-quarts de la production d’huile d’olive et plus de 80 % de plus de 7 Mt (+17 % par rapport à 2010). Toutefois, le lait de
la production d’olives de table du pays. vache espagnol ne représente que 5 % de la production de
l’UE. Structurellement déficitaire, l’Espagne continue d’impor-
La vigne occupe 953 607 ha (2017) : c’est la première super- ter 3 Mt de lait et produits laitiers. En revanche, la collecte
ficie viticole du monde (près de 30 % du vignoble euro- espagnole de lait de brebis (plus de 500 000 t) et de lait de
péen). Sur la campagne 2018/2019, la production de vin et chèvre (près de 500 000 t) est plus importante (respective-
moût sans concentré a dépassé 49 Mhl, plaçant l’Espagne au ment 15 % et 20 % de la production européenne).
niveau de 2e producteur européen, derrière l’Italie et devant
la France. Plus de 33 % de la production est sous appellation La même dualité se retrouve dans le secteur de la viande
(telles que Rioja ou Ribera del Duero) et 8 % sous IGP. Fleuron bovine, où des élevages extensifs de races rustiques
historique du vignoble andalou, les vins de Xérès sont dédiés coexistent avec des ateliers d’engraissement de broutards
à l’exportation. importés de France. Bénéficiant à la fois d’une excellente
compétitivité-prix (grâce à des coûts de production maîtrisés),
Les céréales occupent environ un quart de la SAU (6 Mha), d’une logistique portuaire rénovée (Tarragone, Carthagène)
mais perdent du terrain au profit de l’amandier. 390 000 et de frais d’approche réduits, ces ateliers permettent à la
exploitations produisent une moyenne de 22 Mt de céréales, production bovine espagnole de croître de manière specta-
essentiellement de l’orge mais aussi du blé et du maïs. La culaire depuis 2014 (abattages 641 000 tec).
surface moyenne est de 16 ha/exploitation. Les récoltes
restent fortement dépendantes des conditions climatiques Par ailleurs, l’Espagne détient le deuxième plus grand cheptel
qui rendent la question de l’irrigation déterminante. Si le d’ovins-caprins d’Europe (20 % du cheptel européen), derrière
rendement moyen a augmenté ces dernières années (4 t/ha le Royaume-Uni.
en 2018), la production céréalière ne permet pas d’atteindre
l’autosuffisance (notamment pour l’alimentation animale) et Enfin, avec plus de 45 millions de poules pondeuses (dont
le pays a recours aux importations, essentiellement d’origine 93 % sont élevées en cage), l’Espagne est quasiment autosuf-
européenne. Dès lors, l’Espagne valorise toutes les technolo- fisante en volaille et œufs.
gies favorisant la productivité : c’est l’unique pays européen
avec une culture notable de maïs génétiquement modifié La reprise économique s’est confirmée dès 2015 pour l’in-
(115 000 ha, soit 35 % de la sole espagnole de maïs). dustrie agroalimentaire espagnole dont la production, les
exportations et l’emploi sont particulièrement dynamiques. Le
L’Espagne est également le champion européen de l’agricul- secteur de l’industrie de l’alimentation, des boissons et du tabac
ture biologique, dont la surface ne cesse de progresser : plus compte plus de 29 000 entreprises et 500 000 actifs (21 % des
de 2 Mha, soit plus de 8 % de la SAU du pays. Les produits emplois industriels, 3 % des actifs du pays). Réalisant 108 Md€
biologiques (essentiellement des fruits et légumes), sont qua- de chiffre d’affaires, l’industrie agroalimentaire est le premier
si-exclusivement destinés à l’exportation. secteur industriel de l’économie espagnole (23 % du PIB indus-
triel, 11 % du PIB national en 2017, contre 8 % en 2011), devant
La production de viande connaît un dynamisme ininter- l’automobile. Elle se caractérise par une concentration forte
rompu depuis 2010 (+7 à 9 % par an). Elle représente plus avec 96 % de PME et 0,2 % des entreprises générant plus de
du tiers de la valeur de la production agricole finale. Le la moitié du chiffre d’affaires. Seules 50 IAA ont plus de 500
secteur porcin domine, avec plus de 30 Mtêtes (1er cheptel salariés. Bien que l’Espagne soit un producteur agricole impor-
européen). Second producteur européen (et 4e mondial) de tant, aucune entreprise espagnole ne figure parmi les 50 plus
viande de porc, l’Espagne pourrait devenir le premier si son grandes entreprises agroalimentaires du monde.
rythme d’abattage poursuit sa croissance. Tous les modèles
d’élevage sont utilisés : des porcs « blancs » en ultra-intensif Avec une surface boisée de 18 Mha (plus de 35 % du ter-
intégré (Catalogne, Aragon) aux races rustiques type « ibérico » ritoire espagnol), l’Espagne est le second plus grand pays
en extensif (Estrémadure, Andalousie), nourris à l’herbe et forestier d’Europe après la Suède. La forêt espagnole est
aux glands de chênes verts pour la production de jambons à caractérisée par une extrême diversité en raison de la grande
haute valeur ajoutée. variété des écosystèmes du pays, répartis sur quatre régions
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biogéographiques (atlantique, pyrénéen, méditerranéen, fortes contraintes naturelles, défense d’une agriculture euro-
macaronésique dans les Îles Canaries). Elle est constituée péenne ambitieuse dotée d’un budget européen conséquent,
en majorité de feuillus méditerranéens, dont le chêne vert préservation d’un modèle alimentaire de qualité, indications
et le chêne liège. Si l’Espagne est le second producteur mon- géographiques, etc.
dial de liège (après le Portugal), le taux de valorisation de L’Espagne est attachée à la PAC, non seulement pour des
ses ressources ligneuses (40 %) est, en revanche, l’un des
raisons politiques (souveraineté alimentaire), économiques
plus bas de l’UE. Près de la moitié des surfaces boisées se
(poursuivre la modernisation des exploitations pour exporter
situe en Andalousie, Castille-la-Manche et Castille-et-León.
davantage et contribuer à la croissance du pays) et sociales
Cependant, il s’agit, dans ces trois régions, essentiellement
(emplois en milieu rural), mais aussi pour l’aménagement
de « dehesa » (forêt méditerranéenne valorisée pour le pas-
toralisme). C’est au Nord du pays, notamment en Galice, du territoire (maintien de l’exploitation des terres) et la lutte
que se trouvent les peuplements les plus productifs (euca- contre le déclin démographique de ses espaces ruraux (qui
lyptus et pin maritime, destinés à l’industrie). Environ 80 % constituent 84 % du territoire espagnol, mais où ne vivent que
de la forêt espagnole est privée. La forêt publique appartient 16 % de sa population).
essentiellement aux collectivités locales, la forêt de l’État ne
représentant que 5 % de la superficie forestière totale. La Pour la PAC après 2020, l’Espagne soutient le nouveau
majeure partie (11,2 Mha) de la forêt espagnole est protégée. modèle de mise en œuvre proposé par la Commission, car
La biomasse a augmenté de plus de 30 % au cours des der- elle souhaite une PAC plus flexible, qui puisse s’adapter aux
nières années, aggravant le risque de grands feux de forêts. spécificités du pays (nombre important de petits produc-
Les problèmes sanitaires (nématodes du pin notamment), les
teurs, complexité du fonctionnement décentralisé dans 17
incendies récurrents (6 000 à 11 000 départs de feux, 50 000 à
Communautés autonomes ayant des compétences propres
120 000 ha détruits chaque année) et l’érosion édaphique
en politique agricole, etc.). Elle souhaite également une PAC
frappent durement la forêt espagnole, et accélèrent le phé-
plus juste et équilibrée, favorisant le renouvellement des
nomène de désertification.
générations, et plus simple. La convergence interne et l’intro-
Avec près de 8 000 km de côtes, l’Espagne, premier pays duction d’un paiement redistributif constituent des défis de
producteur de produits de la mer en Europe, possède une taille pour l’Espagne, dans un contexte de tensions territo-
activité de pêche très ancienne. Soutenue par une consom- riales persistantes (crise catalane).
mation intérieure dynamique, elle a su se développer – y Pour ce pays dont l’exposition au réchauffement climatique
compris dans les eaux lointaines – et se restructurer (environ augmente chaque année (un quart de la surface totale de
9 000 navires et 33 000 marins) pour devenir l’un des piliers l’Espagne est menacé par la désertification), répondre aux
de l’agroalimentaire espagnol, essentiel pour l’économie du défis du changement climatique est une priorité absolue. Par
pays et l’équilibre social de ses régions littorales, comme ailleurs, la sensibilité politique au verdissement des aides de
la Galice. Les chalutiers, les senneurs, les palangriers et les
la PAC se développe. L’Espagne est également attachée au
fileyeurs pratiquent une pêche industrielle dans les eaux
maintien d’outils de régulation des marchés agricoles.
communautaires et internationales, et une pêche semi-indus-
trielle dans les eaux espagnoles. Ils représentent seulement
Enfin, l’Espagne est très présente dans les échanges inter-
22 % des navires, mais 89 % de la capacité de la flotte espa-
gnole. Par ailleurs, de nombreuses petites pêcheries locales nationaux sur les forêts. Elle a accueilli l’unité de liaison de
subsistent, utilisant de petites embarcations (7 m de long en « Forest Europe », assemblée des ministres en charge de la
moyenne) et différents « arts mineurs » (casiers, dragues, forêt au niveau paneuropéen responsable de l’organisation
filets, lignes, etc.). Cette pêche artisanale côtière concerne de la négociation de l’Accord paneuropéen sur les forêts. La
78 % des navires, mais ne représente que 11 % de la capa- défense des forêts contre les incendies (DFCI) est un sujet de
cité de la flotte espagnole. S’y ajoute un secteur aquacole en préoccupation majeure en Espagne. La valorisation écono-
croissance. Les relations franco-espagnoles en matière de mique des biens et services rendus par la forêt est l’autre axe
pêche sont aujourd’hui apaisées. prioritaire de la politique forestière espagnole.
Politique agricole Échanges commerciaux
La France et l’Espagne partagent, en termes de politique agri- Le secteur agricole et agroalimentaire espagnol affiche un
cole, un grand nombre de positions fondamentales : rôle mul- dynamisme ininterrompu depuis plus de 10 ans, poursui-
tifonctionnel de l’agriculture sur des territoires spécifiques à vant son développement grâce aux conquêtes à l’exportation,
4 / MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DE L’ALIMENTATION - LES POLITIQUES AGRICOLES À TRAVERS LE MONDE : L’ESPAGNE
au cœur de la stratégie des filières suite à la crise de 2008 : agricoles et agroalimentaires vers ce pays ont du mal à
en 2017, les exportations agricoles et agroalimentaires espa- décoller (+3 % seulement depuis 2015), et restent très en deçà
gnoles atteignent 49 Md€ (+7 % par rapport à 2016). Elles de nos achats. La France fournit l’Espagne principalement en
représentent plus de 18 % du total des exportations du pays. matières premières (comme les céréales, 651 M€), jeunes
Face à des importations limitées à 36,7 Md€, l’Espagne enre- bovins (500 000 têtes/an, l’Espagne est notre 2e marché après
gistre un excédent commercial agricole et agroalimentaire l’Italie) et jeunes agneaux (250 000 têtes/an), produits lai-
record de plus de 12 Md€ (+3 %). Le secteur est l’une des prin- tiers (510 M€), légumes (262 M€, dont la moitié de pommes
cipales forces du commerce extérieur espagnol. de terre), et fruits (228 M€, pommes-poires notamment). Nos
exportations sont également constituées de boissons (385 M€,
Le partenaire commercial privilégié de l’Espagne reste l’Union dont 112 M€ de vins, dont les ¾ sont des champagnes), de pro-
européenne, destinataire de 73 % de ses exportations duits gourmets (1er fournisseur, 630 M€), et de produits de la
(36,7 Md€). La France (7,3 Md€), l’Allemagne (5,7 Md€), l’Italie mer (3e fournisseur derrière le Maroc et l’Argentine). La nature
(5,3 Md€), le Portugal (4,5 Md€) et le Royaume-Uni (4 Md€) de ces importations témoigne du changement progressif de
sont ses principaux clients. Toutefois, le pays diversifie ses comportement du consommateur espagnol qui se tourne vers
échanges : hors UE, l’Espagne exporte essentiellement aux des produits de qualité.
États-Unis (1,9 Md€), en Chine (où les exportations ont bondi
depuis 2005, de 71 M€ à 1,2 Md€) et au Japon (879 M€). Le Le déficit commercial de la France vis-à-vis de l’Espagne dans
maintien de l’embargo russe, la guerre commerciale avec les le secteur agricole et agroalimentaire (qui était de 2,1 Md€ en
États-Unis (tarifs douaniers sur les olives de table noires) et 2016), s’est dégradé à 2,3 Md€ en 2017. Cette détérioration
la perspective du Brexit sont les principaux moteurs de cette résulte du déficit accru des échanges en produits issus de l’in-
recherche de nouveaux débouchés. dustrie agroalimentaire. En effet, les exportations de l’Espagne
ont bondi de 9 % dans ce secteur, bien plus vite que ses impor-
Les exportations agroalimentaires et agricoles espagnoles tations (+ 3,6 %).
sont dominées par les fruits et légumes, avec 7,4 Mt de fruits
(7,4 Md€, essentiellement des agrumes) et 5,1 Mt de légumes Finalement, la France ne semble pas profiter pleinement de la
(5,3 Md€). L’Espagne est ainsi le premier exportateur de fruits croissance de l’Espagne, qui reste notre 5e client (derrière la
et de légumes de l’UE, et se situe dans le top 3 mondial (avec Belgique, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie).
la Chine et les États-Unis). L’Espagne est également un grand
exportateur de viande de porc (2e après l’Allemagne, avec
2,2 Mt et 4,5 Md€), de vin (23 Mhl, soit la moitié de sa produc-
tion annuelle, pour un montant de 2,9 Md€), d’huile d’olive
Accords internationaux
(321 783 t, 1,3 Md€) et de produits de la mer (3,1 Md€). Plus
récemment, le pays est devenu le 1er exportateur européen de
bovins d’engraissement vers les pays tiers. L’Espagne est entrée dans l’Union européenne en 1986. Elle
est membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)
Avec 7,3 Md€ de produits agricoles bruts et transformés ven- depuis le 1er janvier 1995, de l’Organisation pour l’alimentation
dus à la France en 2017, l’Espagne est notre 1er fournisseur et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation internationale de la
(part de marché de 13,2 %). Il s’agit essentiellement de fruits vigne et du vin (OIV, dont le nouveau directeur général, Pau
(1,6 Md€ dont 45,5 % d’agrumes), de légumes (1 Md€) et de Roca, est espagnol). Elle accueille le siège du Conseil oléicole
viandes (900 M€). Les exportations espagnoles vers la France international (COI). L’Espagne a ratifié le Protocole de Kyoto,
augmentent à un rythme soutenu depuis 2014 (+14 %). C’est la Convention sur la diversité biologique (CDB)1, la Convention
le cas notamment des viandes, des boissons, des produits de Washington sur le commerce international des espèces de
laitiers, des œufs et du miel. Parmi les boissons exportées en faune et de flore menacées d’extinction, l’Accord international
France, le vin occupe une place importante en volume (6 Mhl, sur le café de 2001. Elle a également adhéré à l’engagement
dont 5 Mhl de vins en vrac). La France est ainsi, et de loin, international sur les ressources phyto-génétiques de la FAO et
le premier client agricole et agroalimentaire de l’Espagne. à l’Initiative « 4 pour 1000 : les sols pour la sécurité alimentaire
et le climat » lors de la COP21 en décembre 2015.
Toutes provenances confondues, les importations espagnoles
de produits agricoles et agroalimentaires ont connu une forte L’Espagne participe activement au Réseau méditerranéen
hausse en 2017 (près de 8 %). Si la France est le premier four- de santé animale (REMESA) qui regroupe les services vétéri-
nisseur de l’Espagne, avec 5 Md€, nos ventes de produits naires de 15 pays du pourtour méditerranéen. Elle a financé
1. Dans le cadre du protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utili-
sation relatif à la Convention sur la diversité biologique (CDB), l’Espagne est l’un des seuls pays de l’Union européenne à avoir réglementé l’accès à ses
ressources génétiques et le partage des avantages découlant de leur utilisation.
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de nombreuses actions en appui au REMESA via la FAO. Fortes de cette expérience constructive, la France et l’Espagne
L’Espagne héberge également la branche méditerranéenne de ont mis en place, en 2017, un Comité mixte pour le secteur
l’Institut forestier européen de recherche sur la forêt (EFI Med), du vin.
ainsi que la facilité technique de l’Union européenne sur la France et Espagne échangent par ailleurs régulièrement
réduction des émissions de gaz à effets de serre provenant avec le Portugal sur les politiques agricoles qu’ils souhaitent
de la déforestation (EU REDD). mettre en œuvre dans leurs régions ultrapériphériques res-
pectives, notamment en faveur de la filière banane, dans le
cadre d’un Comité mixte créé spécifiquement en 2018.
Véritables forums de discussion et de prévention des diffi-
Relations bilatérales cultés au sein des filières végétales, ces Comités constituent
des plateformes d’échanges efficaces entre producteurs des
deux pays et entre producteurs et administrations, pour faire
Les relations entre la France et l’Espagne sont nourries et émerger des consensus bilatéraux sur les questions de poli-
régulières sur les questions agricoles ; les visions des deux tique européenne et internationale. Ils contribuent à tisser,
pays sont le plus souvent convergentes. année après année, des liens agricoles étroits et de confiance
entre la France et l’Espagne.
Principaux producteurs européens pour de nombreux Partageant également la nécessité de défendre une agricul-
produits agricoles (fruits et légumes, vin, banane, viande ture européenne de qualité, les deux pays défendent les sys-
porcine), les deux pays se trouvent parfois en situation de tèmes d’indications géographiques et de labels.
concurrence, la compétitivité étant plus favorable du côté des
filières françaises pour les céréales, le lait et les pommes de Dans le secteur de l’enseignement agricole technique et
terre, et du côté espagnol pour les fruits et légumes, le vin supérieur, l’Espagne est la seconde destination préférée des
d’entrée de gamme, la viande de porc, les jeunes bovins d’en- élèves et étudiants français (après le Royaume-Uni), avec plus
graissement et les agneaux de lait. de 700 mobilités par an (stages et mobilités académiques).
De nombreux partenariats existent entre établissements de
La France et l’Espagne se coordonnent régulièrement – en l’enseignement supérieur.
associant également l’Italie et le Portugal – au sein d’un Enfin, les relations sur les questions sanitaires sont histori-
« Comité mixte des fruits et légumes », qui a fêté ses quement très intenses. Elles se matérialisent par une ren-
20 ans en 2017. Dans le cadre de ce Comité, 6 « groupes de contre annuelle vétérinaire et phytosanitaire, qui associe les
contacts » spécialisés par produit (fraise, tomate, pêche/ régions espagnoles et les départements français de part et
nectarine, pomme, ail, agrumes), permettent aux profes- d’autre de la frontière pyrénéenne, et aboutissent, en tant
sionnels des quatre pays de se rencontrer et de dialoguer que de besoin, à la signature de protocoles d’accord, qu’il
au moins une fois par an. s’agisse de santé animale ou végétale.
Sources : Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, Ministère espagnol de l’agriculture et de la pêche, de l’alimentation et de l’environne-
ment, Ambassade de France en Espagne, Banque mondiale, FAO, GTA, Business France
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RÉDACTION : Cette collection de fiches est coordonnée par le bureau des exportations et partenariats internationaux (BEPI/DGPE).
Leur rédaction est assurée par les conseillers aux affaires agricoles (CAA), les services des ambassades de France et les services centraux
concernés (DGPE, DGAL, DGER, CEP). Les sources des données sont diverses. En fonction des zones géographiques, des lots de données
homogènes et consolidées ont été privilégiés, ce qui peut conduire à ne pas retenir les données de l'année N-1 mais celles d’une année
antérieure dans le tableau de la première page, les données de l'année N-1 restant mentionnées dans le corps du texte.
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