ISSN 1392-1517. KAUlOTYRA. 2006.
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LE LEXIQUE DU FRANÇAIS QUÉBECOIS ET CANADIEN
Nijolè Regina Teiberienè
Romanl! kalbl! katedra
Uzsienio kalbl! institutas
Universiteto g. 5, LT- 01513 Vilnius
Tel. : + 370 5 2687275
Le français est la langue maternelle d'environ 7 millions de francophones qui vivent au Canada
et parmi eux de près de six millions de Québécois. Dans une grande partie (95% d'origine
française), ils sont les descendants de colons français qui se sont établis en Nouvelle-France au
l6e - 17e siècle. Parallèlement il s'est produit un métissage avec les Amérindiens ( population
autochtone).
Selon le « Dictionnaire historique du français québécois» (Boulanger 1992, 12), les
Québécois, ainsi que les Canadiens francophones en général, parlent une variété de français qui
présente de nombreuses caractéristiques par rapport à celle de France. Les premiers colons
avaient apporté avec eux divers usages du français qui se sont fondus en une variété commune
dont un grand nombre des traits d'origine se sont conservés jusqu'à nos jours. Il ne faut pas
oublier l'influence des langues amérindiennes et, surtout, des diverses variétés d'anglais, selon
les groupes d'immigrants qui arrivaient dès le 18' siècle, ainsi que des créations lexicales et
grammaticales pendant l'évolution de la langue, depuis le milieu du 20e siècle (Poirier 1998,
38). Un gros pourcentage d'immigrants venaient d'Ile-de France; c'est donc leur langue - en
outre la langue de l'administration - qui a unifié l'expression des colons de toutes les provinces
françaises. Les canadiens ont tout fait pour préserver cette langue née en France, mais élevée
sur un autre continent dans des conditions parfois très difficiles. Selon C. Poirier et J .C
.Boulanger, le français québécois ou canadien n'est pas un simple parler populaire, comme
l'affinnent plusieurs linguistes: le tenne renvoie à la langue de toute une société. Le français de
Québec est une variété géolinguistique de français; d'autre part, le français québécois compor-
te divers registres de langue, comme le français de France (Poirier 1998, 39).
Le développement de la conscience linguistique au Québec est caractérisé par l'affronte-
ment de deux camps ou deux thèses fondamentales. Les partisans de la première thèse pensent
que la nonne de langue doit se rapprocher le plus possible de la nonne de France ou d'un
français idéal, partagé par tous les francophones qu'ils ont nommé « le français international»
(Laurendeau 1990, 83). Selon J.-C. Boulanger et C. Poirier, les partisans du « français interna-
tional » et de la nonne de France oublient que tout usage du français est le fruit d'un réglage,
mais aussi d'un écart par rapport au passé (Boulanger 1992, 13 ; Poirier 1998, 40). La seconde
de ces thèses procède d'un « québécois standard» et d'une nonne québécoise» qui est, selon
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P. Laurendeau ( 1990, 83), « le français des couches élitaires du Québec, légitimé comme
stricte variante géolinguistique ». Donc, l'orientation puriste insiste sur le français de Québec
aussi fidèle que possible au français européen standard. Les partisans de l'autre tendance, par
contre considèrent le français québécois comme un système langagier autonome et indépen-
dant. Ils ne regardent plus le français standard de France comme un modèle. Coupé de sa
source le français canadien et québécois fait son chemin depuis longtemps. Cette petite étude
est consacrée à l'analyse de son vocabulaire.
La langue française au Canada, y compris au Québec, a reçu en héritage un grand nombre
de fonnes archaïques ainsi que dialectiques et les a conservées dans leur pureté originelle. En
plus, en se heurtant à l'une influence forte de l'anglais, le français absorbe beaucoup de fonnes
anglaises, surtout au niveau du vocabulaire (emprunts, calques). Les différences entre faits
linguistiques québécois et français sautent « aux oreilles» de manière plus ou moins nette
suivant les cas. N'importe quel francophone qui arrive au Québec perçoit assez rapidement non
seulement la prononciation qui diffère sensiblement de celle d'un Français, mais aussi l'usage
différent des mots simples tels que « bonjour» au lieu d'« au revoir» ou « bienvenue» de
l'anglais « we\come » que nous adresse un Québécois en réponse à nos remerciements au lieu
de «je vous en prie», etc. Ou bien: l'emploi différent des mots « breuvage» pour « bois-
son», « tabagie» (mot algonquin) pour « bureau de tabac» etc. Les déviations de sens n'ont
pas suivi un parcours identique de part et d'autre de l'Atlantique.
Les particularités principales par lesquelles le vocabulaire du français québécois se distingue
de celui du français standard ce sont les mots d'origine amérindienne, les archaïsmes et les
provincialismes, les anglicismes, les canadianismes et québécismes, les sacres et les mots de
joual (le québécois populaire). Comme les emprunts à l'anglais y sont très nombreux, ils de-
manderaient une étude à part, ainsi que les sacres. Pour expliquer la signification des mots nous
nous sommes fondés sur le « Dictionnaire de la langue québécoise» de L. Bergeron (1980);
« Dictionnaire des canadianismes» de G. Dulong (1999); « Le français du Canada» de
V. Barbeau (1970), « Savoureuses expressions québécoises» de M. Béliveau et S. Granger
(2000) etc. Les exemples cités sont aussi empruntés aux mêmes auteurs.
Les mots d'origine amérindienne. Les colons français débarqués en Nouvelle France
alignèrent souvent leur comportement sur les habitudes de ceux qui habitaient le territoire avant
eux et empruntèrent à eux beaucoup de mots. Néanmoins l'amérindien a laissé peu de traces en
français québécois: à peine une quarantaine des tennes (Lavoie 1995, 373). Outre les modes
de déplacement sur l'eau ou dans la neige, tels que toboggan ou tabagane: traîneau pour
glisser chez les Algonquins, les Canadiens Français empruntèrent aux Amérindiens des mots
pour désigner des réalités régionales, des vêtements et de la nourriture, tels que mocassin,
totem, pichou : espèce de mocassin; machinaw : étoffe à larges carreaux dont on fait des
chemises ou des vestes, et par extension, ces vêtements ou bien macoucham : ragoût de gibier
et de poisson; sagamité : plat de maïs; ou bien encore, les mots du domaine de la vie de
l'esprit - manitou: les pouvoirs du bien et du mal. D'un emploi assez rare aujourd'hui, les
mots amérindiens se retrouvent aussi dans le domaine de la flore et de la faune. Par ex., mas-
couabina: sorbier indigène ou connier et a/oca : variété d'airelle; les gros animaux sauvages
que l'on chasse pour la viande et le cuir, comme le wapiti ou le caribou: renne du Canada qui
vit en troupeau et gratte la neige avec ses pattes pour se nourrir (les Micmacs appellent ce
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comportement « kalibou li), ou bien le carcajou: blaireau; les petits animaux à fourrure com-
me le pécan: cousin éloigné de la martre européenne; des oiseaux tels que caca oui : canard
sauvage; les poissons comme l'achigan, le capian, la ouananiche: saumon d'eau douce, ou
bien ce curieux petit animal qui n'est ni un crapaud ni une petite grenouille et dont le nom est
une jolie onomatopée: le ouaouaron. La toponymie canadielUle (surtout québécoise) est rem-
plie de noms propres qui sont la transcription phonétique des noms que les Amérindiens avaient
donnés aux différents lieux. Les noms de lieux amérindiens les plus courants sont: le nom du
pays lui-même le Canada (village), l'Ontario (grand lac), le Manitoba (prairie, eau), la Saskat-
chewan (courant rapide), le Québec (détroit), Hochelaga (digue de castors), Gaspé (bout de la
terre), Chicoutimi, Natashquan, Métabetchouan, Matapédia, Rimouski etc. C'est donc au
contact de la géographie que le français québécois s'est principalement teinté d'indigénisme.
Tous ces noms de lieu étranges rappellent les premiers habitants du pays. Leur présence se
retrouve aussi dans les métaphores inspirées de leurs mœurs, de leurs habitudes, par ex., le
mystère de la naissance s'explique par la visite des sauvages et une mère sur le point d'accou-
cher attend les sauvages. Donc, les dialectes des peuplades indigènes indiens n'ont que très
superficiellement marqué le français du Canada et du Québec. Et comme le dit V. Barbeau
(1970, 161), plutôt qu'au cœur de la langue c'est à sa périphérie qu'on les rencontre. Donc, les
amérindianismes constituent l'aspect novateur du français canadien et québécois.
Archaïsmes et provincialismes (dialectalismes). La Conquête du Canada par les Anglais
au 18e siècle a rompu pour longtemps presque tous les liens entre la colonie et la France. A
partir de ce moment, le français va évoluer indépendamment au Québec et en France. Alors se
produisent deux phénomènes qui contribuent à éloigner les variétés linguistiques. D'une part,
apparaissent dans l'une et l'autre les transformations différentes, surtout phonétiques et lexica-
les. D'autre part, certaines formes à l'origine commune ne disparaissent que dans une seule
variété. Ainsi, l'isolement des Canadiens a fixé des mots et des constructions qui sont disparus
en France et qui apparaissent désuètes ou provinciales à des locuteurs Français. Ces deux types
de particularités font appel à l'éloignement du français québécois par rapport au français de
France, que ce soit dans le temps (archaïsmes), ou dans l'espace (provincialismes). Le Québec
a donc gardé de son long isolement plusieurs mots qui ont totalement disparu de France ou ne
se sont conservés dans son usage que dans certaines régions bien précises.
Archaïsmes. Selon T. Lavoie ( 1995,372), tout parler transplanté (début 17e siècle) loin de
sa source d'origine et d'enrichissement et, en plus, dominé un siècle et demi plus tard (1763)
par une autre langue (anglais) garde plus longtemps les sens anciens et il ne peut plus suivre le
même renouvellement lexical. Mentionnons quelques exemples: déjeuner, n. m., : petit déjeu-
ner ; dîner, n. m., : déjeuner, c.à.d. le repas de midi; souper, n. m., le dîner, c.à.d. le repas
de soir; à cette heure, [Link]., : maintenant (se trouve chez Montaigne, Balsac). Ex., Asteure-
cite, je ne suis pas vaillant; s'écarter: s'égarer, se perdre; couverte, n. f., couverture;
barrer/débarrer une porte: « fermer/ouvrir une porte à clé». C'est une allusion au mode de
fermeture simple qui consistait à mettre une barre transversale sur l'ouverture. Ex. : barrer
quelqu'un: enfermer à clé. Cette expression s'emploie encore très fréquemment en Anjou
avec le même sens qu'au Québec. A cause que, loc. conj. : parce que; menterie, n.f., : men-
songe; tête d'oreiller, n.f., : taie d'oreiller; s'assir, v. intr., : s'asseoir, etc. Ces sens étaient
courants en français de jadis et étaient consignés dans les dictionnaires, mais aujourd'hui, soit
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ils en ont disparu, soit on les conserve en les marquant comme vieillis. D'autre part, il arrive
souvent qu'on conserve en français québécois un sens générique archaïsant alors qu'en français
on l'a remplacé entre-temps par un terme plus spécifique: bouteil/e: biberon ( 1ge siécle);
balance: pèse-personne (20e s.) ; calotte: casquette (Ige s.) ; garde-robe: placard (18e s.) ;
jaquette: chemise de nuit (Ige s.) ; poële électrique: cuisinière électrique (Ige s.) ; froc:
blouson (1922); carosse: landau (20e s.); cadran: réveil-matin (I7e s.) (Lavoie 1995,372).
Dialectalismes ou provincialismes. Le français québécois a conservé plusieurs mots qui
n'ont existé que dans les parlers de l'ouest et du centre du domaine d'oïl de France (80% des
premiers colons provenaient de ces régions). Ainsi, catin a gardé son premier sens de poupée (
attesté en France encore au 17e siècle). Son deuxième sens: (( pansement au doigt ». On
emploie même le verbe catiner pour (( jouer à la poupée ». Bienvenir - accueillir favorable-
ment. Ex. : Nous sommes heureux de vous bienvenir à Montréal. Abrier: couvrir les person-
nes, les fleurs, les légumes ou une lampe, un feu. (A le même sens en Normandie): S'abrier:
se couvrir, se vêtir. Ex.: S'abrier chaudement ou Abrie-toi ben). Place, n.f., : sol de la
maison; beurrée, n.f., : tartine. Allable, adj., : praticable, carrossable Ex., Au printemps les
chemins sont pas allables). Se dit aussi du temps Ex., Un temps pas allable.
Toutefois la plupart des linguistes reconnaissent que la distinction entre archaïsmes et dia-
lectalismes n'est pas toujours facile à établir et certains mots relèvent à la fois de l'une ou de
l'autre catégorie. C'est le cas, entre autres, de bavasser au sens de (( parler beaucoup et sans
réflexion» et catin au sens de (( femme aimée », (Ex., Je suis allé à la fote avec ma catin) et
qu'on retrouve attestés dans les dictionnaires du 17' siècle et dans de nombreux parlers.
Certains linguistes les nomment (( archaïsmes-dialectalismes (Lavoie 1995,371). Par ex., Ca-
valier, n.m., : amoureux, prétendant. Ex., : Son cavalier va la voir tous les dimanches. Chaud,
-e, adj., ivre, gris. Ex. : Faites-y pas attention, il est chaud ;( dialecte angevin). Chaud,
adv., : cher. Ex. Ça lui a coûté chaud. Comprenable, adj. : compréhensible. Ex. Il est pas
comprenable quand il parle en termes.. Dret, -ette, adj. : droit. Ex. : Se tenir le corps dret
(Forme vieillie chez Littré). Etrange, n.m., : étranger, adj., - nouveau. Ex.: Rien d'étrange
aujourd'hui? Fraîche, n.f.,: le frais. Ex.: prendre la fraîche. Gazette, n.f.,: journal. Ex.:
C'est écrit dans la gazette. (Employé par Molière). Courant dans certains titres de journaux.
Jongler, v. intr., : songer, réfléchir. Ex. : As-tu bien jonglé avant de te décider? Malcommode,
adj., : incommode, indocile, bête. Ex. On est ben incommode à son âge. En France se dit des
choses. Marier, v. tr. : épouser. Ex. : J'ai marié mafemme à Québec (Courant en Normandie).
Méchallt, adj., : mauvais. Se dit du temps, des chemins, des mets etc. Ex.: Y la méchant
deouâr (II fait mauvais dehors). Mouiller, v. impers. ou tr. : pleuvoir. Ex. : Y mouille tous les
jours. Mouver, v. tr. ou intr : mouvoir, déplacer. Ex. : Mouve ta chaise que je passe. Parlement,
n. m., : pourparler, entretien, langage. Ex. : Elle a un beau parlement. Piger, v. tr. ou intr., :
prendre, trouver. Ex. : Ousse que t'as pigé d'affaire-là? En France s'emploie dans la langue
populaire au sens de (( comprendre ». Se réparer, v. pron. (ou se repârer) : se parer; se mettre
au beau (en parlant du temps). Ex. : Le temps se répare. Se toiletter, s'entoil/eter, v. pron., :
s'endimancher, se parer. Ex. : S'entoiletter pour la messe. Tremper, v. tr. : servir (la soupe) ;
verser, prendre (de l'eau). Travail/ant. -e ,n. ou adj. Ex. : Safemme est ben travail/alite. Tuer,
v. tr. : rejeter; éteindre. Tuer( une lampe, une chandelle). Ex. :Tue la lampe avant de monler.
Valeureux. -euse, adj., : bien portant, vigoureux. Ex., 1/ est encore valeureux pour son âge.
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Donc, les archaïsmes et dialectalismes constituent l'aspect conservateur du français québécois
et canadien. Dans les dictionnaires les amérindianismes, les archaïsmes, les régionalismes (pro-
vincialismes) sont très souvent marqués comme canadianismes ou québécismes.
Canadianismes et québécismes. Le canadianisme (1888, de canadien), c'est un fait de
langue (mot, tournure) propre au français parlé au Canada (par ex., le canadianisme débarbou-
illette équivaut à « gant de toilette» (Petit Robert 1998, 243). De même « le québécisme»
(1970, de Québec) est un fait de langue propre au français de Québec. Par ex., le québécisme
Quétaine ou Kétaine, adj. et n., (1970) est « un synonyme de cucu-la-praline, de pepsi, de
niais, de risible. (Petit Robert 1998, 1579). Les québécismes font la majeure partie des canadia-
nismes.
Le français de la Nouvelle France, au premier stade de son histoire, éloigné et isolé de la
mère-patrie a acquis une individualité étonnante. Grâce à sa solitude il parvient à se différencier
assez tôt des dialectes et des patois divers dont il est issu, tout en demeurant une langue
provinciale. Contrairement au langage rustique de la France, il déborde les frontières linguisti-
ques au fur et à mesure qu'il s'habitue et qu'il s'incorpore au nouveau continent (Barbeau
1970, 159). Pour traduire ce que l'environnement nouveau lui présente de spécifique et d'inédit,
le français apporté a dû s'élargir, s'imprégner de couleur locale. Pour nommer les phénomènes
nouveaux de la géographie, la faune, la flore, les réalités du Canada et du Québec il lui fallut
fabriquer de nombreuses désignations nouvelles. Les unes sont originales, les autres renou-
velées du fond ancien. Ainsi, pareil à tous les pays francophones, le Canada possède des
expressions, des tournures, des mots qui lui sont personnels, exclusifs. On les a appelés les
québécismes ou bien les canadianismes. Parmi les canadianismes il yen a qui sont à rejeter et
il est possible de filtrer ceux qui, en regard du français moderne, ne présentent aucune anomalie
de sens et de structure.
V. Barbeau (Barbeau 1970, 176) ne soutient pas l'idée que le français canadien a enrichi la
langue française pratiquée en France. Les termes d'origine canadienne agréés en France sont
en nombre infiniment petit dans le français courant. Pour l'illustrer, il note seulement: patinoi-
re, partisannerie, malcommode, parcage, prenage, partiellement, magasiner et magasinage.
D'autre part, il Y a des mots, tels que « canadienne », qui désigne, en France, une sorte de long
canot, une veste doublée de mouton etc. Alors qu'aucune de ses significations n'est connue au
Canada où il signifie « habitant du Canada d'origine française par opposition à l'Anglais ».
C'est la façon dont on étend le sens de certaines désignations. Le vocabulaire de l'hiver: on ne
pourrait pas imaginer le Canada ou le Québec sans les bancs de neige (congère, sous le modèle
de « banc de glace » usité en France), les bordées (rafale de neige), la gelure (frimas; ex. : Les
vitres sont couvertes de gelure), la neigeaille (neige légère), la poudrerie (tourbillon de neige,
ce que les Français appellent: « blizzard» ; la croûte (couche de glace sur la neige) et le verbe
croûter (glacer, ex. : La pluie a cmûté la neige), large semelle qui sert à marcher sur la neige;
cité aussi par Petit Robert français: les claques (caoutchoucs, ex. : Sortir avec pas de claqu-
es). Ajoutons encore les 28 mots employés surtout par les scientifiques pour nommer les
différentes étapes de l'eau en train de passer de l'état liquide à l'état solide, tels que le frasil
(fragments de glace flottant à la surface de l'eau); les glaces, (gel, ex. : Ilfaudra attendre les
glaces pour traverser de l'autre bord), la glace pourrie (glace rendue poreuse par le dégel) etc.
La langue de Québec est concrète. Ses origines maritimes et agricoles se reflètent souvent
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dans de savoureuses expressions. Ainsi, on dit au Canada embarquer, débarquer d'un autobus,
d'un train (formation semblable au verbe arrive/; venant de rive, qui a totalement perdu sa
connotation fluviale) ou bien se(dé)greyer ou se(dé)grei/ler pour s 'habiller ou se déshabiller (de
gréer un navire) ; amarrer, v. tr. ou intr. : attacher Ex. : Amarrer ses souliers, un paquet etc ..
attacher un cheval; arrêter, cesser Ex. : C'est assez parler, amarre-là). Les mots à l'origine
agricole: broche à foin, adj. ou n. m. ou f. : rafistoleur Ex. : Regarde ce broche à foin-là .f) ;
amanchures, n. f; pl. ou amanchage, n. m. (de la broche à foin) : situation bizarre ou fâcheuse
Ex. : Quel amanchage !), ouvrage mal fait, objet de; les clôtures de broche piquante - clôtures
en fil de fer barbelé; être sur la clôture ou à cheval sur la clôture - être indécis. On ne peut pas
imaginer la forêt de Québec sans son sucre du pays (sucre d'érables), ses érables blancs (érab-
les à sucre), ses cabanes à sucre (bâtiment où l'on fabrique le sirop et le sucre d'érable); ses
sapinages (sapinière, branches de sapin) ; ses corneilles (oiseau de proie semblable à l'éper-
vier) et ses pins rouges (pins résineux). Et une quantité de mots du vocabulaire quotidien, tels
que: Brunante, n. f. : tombée de la nuit. Ex. : Sefaire prendre par la brunante; barre du jour,
n. f., : aube, aurore; Catalogne, n. f., : Crêpes au lard; Musique à bouche, n. f., ou ruine-
babines, n. m. : harmonica; Ruine-cl/lottes, n. m., : glissoire; Lite, n. m., : lit; Pochette,
n. f., : lampe, ampoule. Ex. : Change la pochette, elle est brûlée; Pogner, v. tr., : prendre,
saisir. Ex. : Pogne la pelote; Porte de cour, n. f., : porte cochère; Peignure, n. f., : coiffure;
Pardessus, n. m. pl. : bottes d'hiver; Partir sur une balloune : aller faire la Ïete et boire beau-
coup Ex. :je suis parti sur une balloune avec mon copain; Traîne sauvage ou traîne, n. f., :
voiture d'hiver, traîneau, Bicycle, bicique, n. m., : vélo, bicyclette Ex. : T'as vu mon nouveau
bicycle ?) ; Balayeuse, n. f., : aspirateur Bas - culottes: bas collants; Bébelles, n. f. pl., :
jouets. Ex. : le Père Noël va t'apporter des bébelles .. Parcage, n. m., : stationnement des
automobiles. Ex. : Espace de parcage. Nous avons vu que la plupart des mots cités sont les
québécismes sémantiques. Les québécismes de forme sont beaucoup plus rares. Donc, le sens
du concret est une des particularités et une des qualités du français québécois. Selon F. Tétu de
Labsade (Labsade 1989, 95) ce sens du concret pousse les locutiers du Québec à inventer très
vite des termes nouveaux pour ne pas avoir à adopter les mots imposés par l'anglais. La
majeure partie de canadianismes et des québécismes analysés ci-dessus ne sont pas glosés
dans les dictionnaires français. (Robert, Larousse), omis quelques-uns tels que « le portage»
ainsi que (portager ou faire du portage) qui est accepté par l'Académie et qui signifie en
français moderne: « transport à dos d'homme» et marqué comme mot spécial et courant au
Canada: « l'action de transporter à dos d'homme son canot et son équipement d'un cours
d'eau à l'autre». Le plus souvent le sens des mêmes mots diffère sensiblement en France et au
Canada (au Québec), par ex., le voyageur au Québec c'est « un coureur de bois» ou « un
aventurier». Nous avons pu nous persuader que l'usage et la signification d'un mot ne sont
pas nécessairement les mêmes d'un pays à l'autre. Un Français qui se rend au Québec (au
Canada) pour la première fois sera parfois dérouté par une expression qui ne lui est pas familiè-
re. Il s'agit pourtant souvent des mêmes mots mais employés de façon différente. Très souvent
ils font partie de la langue populaire (joual). Il y a beaucoup de mots et d'expressions utilisés au
Québec, mais pas en France. C'est pourquoi V. Barbeau (Barbeau 1970, 177) a raison en disant
que les Canadiens Français et les Québécois ne parviendront jamais à synchroniser leur parler
avec celui des Français. Le français québécois restera toujours une variante géolinguistique de
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la langue franlj:aise ainsi que le franlj:ais de Belgique ou de Suisse. Done, la nOIme soeiale du
fran.;ais quėbėeois ou eanadien, malgrė les polėmiques est eneore en voie de eonstitution (Bou-
langer 1992, 13). Nous partageons aussi I'avis de la plupart des linguistes quėbėeois (V.
Barbeau, 1. Bergeron, M. Bėliveau etc) qu' iI ne faudrait pas eondamner et rejeter tous les
eanadianismes et les quėbėeismes paree qu'ils enriehissent la langue. La vitalitė manifeste de
ees mots nous rassure de la survivanee du fran.;ais au Quėbee.
REFERENCES
Barbeau V. 1970. [Link] Canada, Quėbec.
BėliveauM. Grnnger S. 2000. Savol/reuses expressions ql/ėbėcoises. Quėbec.
Bergeroo L. 19S0. Dictionnaire de la langue quėbėcoise. Montrėal.
Boulanger J.-c., Rey A. 1992. Dictionnaire quėbėcois d 'aujourd 'hui. Montrėal.
Dagenais G. 19S4. Dictionnaire des dijJicultės de la langue franfaise au Canada. Quėbec.
Duloog G. 1999. Dictionnaire des canadianismes. Quėbec.
Lavoie T. 1995. Franfais de France etfranfais du Canada. Quėbec.
Poirier C. 1998. Dictionnaire historique dufranfais quėbėcois. Quėbec.
Tėtu de Labsade F. 19S9. Le Quėbec : un pays, une culture. Quėbec.
KVEBEKO BEI KANADOS PRANCŪZŲ KALBOS LEKSIKA
Nijolė Regioa Teiberieoė
Santrauka
Straipsnyje bandoma apibrėžti Kvebeko ir apskritai Kanados prancūzų kalbos santykj su bendrine prancūzų
kalba. Kvebeko (Kanados) prancūzų kalba yra vienas iš prancūzų kalbos geolingvistinių variaotų ir turi, lyginant
su bendrine prancūzų kalba, nemažai ypatumų ir skirtumų, būdingų tik šiam variantui. Labiausiai jie išryškėja
kalbos leksikoje. Straipsnyje analizuojami ir iliustruojami pavyzdžiais svarbiausieji Kvebeko prancūzų kalbos
leksikos ypatumai, t.y. skoliniai iš Amerikos indėnų tannių, archaizmai bei dialektizmai (provincializmai), likę
iš 16-17 a. prancūzų kalbos ir iš jvairių Prancūzijos provincijų dialektų bei tannių, o taip pat kanadizmai bei
kvebecizmai, t.y. žodžiai, vartojami tik Kanadoje arba Kvebeke. Minėtos leksikos analizė ir pavyzdžiai patvirtina,
kad Kanados ir Kvebeko prancūzų kalbos norma dar tebėra kūrimosi stadijoje, kad ši kalba išsaugojo daugybę
žodžių, kurių jau nebeliko dabartinėje bendrinėje prancūzų kalboje arba jie čia turi kitą prasmę. Taigi Kanados
ir Kvebeko prancūzų kalba egzistuoja bei vystosi toliau ir ryškiai skiriasi nuo dabartinės bendrinės prancūzų
kalbos.
[teikta 2006 m. sa!lSio mėn.
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