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Culte

Le document explore le culte dans la mouvance évangélique, mettant en avant ses caractéristiques telles que la prédominance orale, l'incarnation liturgique, la subjectivité et la proximité de Dieu. Il aborde également la méthode de réflexion sur le culte, suggérant une approche de corrélation entre l'Écriture, l'Église, l'expérience et l'Esprit Saint. Enfin, il examine le culte dans la tradition protestante, soulignant la diversité des pratiques cultuelles et l'importance de la participation active des fidèles.

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Le document explore le culte dans la mouvance évangélique, mettant en avant ses caractéristiques telles que la prédominance orale, l'incarnation liturgique, la subjectivité et la proximité de Dieu. Il aborde également la méthode de réflexion sur le culte, suggérant une approche de corrélation entre l'Écriture, l'Église, l'expérience et l'Esprit Saint. Enfin, il examine le culte dans la tradition protestante, soulignant la diversité des pratiques cultuelles et l'importance de la participation active des fidèles.

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Serge Carrel Morges, le 16 janvier 2010

Le culte, une réflexion évangélique


SOMMAIRE
1. Le culte dans la mouvance évangélique
1.1. Prédominance orale
1.2. Incarnation liturgique
1.3. Subjectivité
1.4. Dieu proche

2. Méthode de réflexion sur le culte

3. Le culte dans la tradition protestante


3.1. La tradition luthérienne
3.2. La tradition réformée
3.3. La tradition anabaptiste
3.4. La tradition puritaine
3.5. La tradition quaker

4. Le culte de l'Eglise primitive


4.1. Le lieu et le jour du culte
4.2. Les divers éléments du culte

5. Perspectives
5.1. Valorisation d'un christianisme holistique
5.2. Valorisation de la prédication
5.3. Valorisation de la réalité du dimanche-sabbat
5.4. Le culte comme lieu d’un projet

1. LE CULTE DANS LA MOUVANCE EVANGELIQUE

Vivre un temps de culte dans la mouvance évangélique peut prendre toutes sortes de visages
et abriter toutes sortes de thèmes... Néanmoins, il existe des constantes que nous
développerons sous quatre rubriques.

1.1. Prédominance orale


A la surprise de bon nombre de ses confrères ou consoeurs d'autres dénominations
chrétiennes, le pasteur ou les anciens d'une Eglise évangélique n'ont pas de livre de liturgie.
Le culte n'est pas pour autant dépourvu de structure; celle-ci, souple, intervient plutôt pour
baliser la vie cultuelle et permettre à un individu, à un groupe, de trouver dans des moments
divers, occasion à expression.

Pour la plupart des Eglises réformées, un référent écrit forge, modèle la rencontre dominicale.
Les formules employées sont élaborées par des spécialistes et dotées d'une grande richesse de
vocabulaire. Le culte évangélique, lui, est modelé par un style oral, le temps réservé à la

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louange marqué par la prise de parole spontanée des participants. Tout chrétien établi prêtre,
évêque, pape... selon la fameuse formule de Luther, a la possibilité, en des mots et des
tournures personnelles, de s'exprimer devant le Seigneur, de dire sa joie de lui appartenir ou la
détresse qui l'habite, tout cela publiquement et à haute voix.

L'oralité de ce type de louange est encore accentuée par les chants qui viennent l'agrémenter.
Bien loin d'être des cantiques solennels, ces chants sont assimilables à des refrains à la mode
qui seraient sur toutes les lèvres. Simples de facture, faciles à mémoriser, ils font partie et
renforcent le patrimoine oral de chaque communauté.

1.2. Incarnation liturgique


Les évangéliques sont souvent perçus comme des conservateurs au niveau théologique. Au
niveau liturgique en tout cas, ils ne le sont pas. Le fond de leur foi essaie de rester identique,
mais la forme de leur pratique religieuse peut connaître des chambardements assez
extraordinaires en peu de temps.

De nombreuses Eglises ont fait de leur rassemblement hebdomadaire de véritables ghettos


culturels. On y chante des chants que personne ne comprend ou des psaumes à la mélodie et
au rythme d'un autre âge... Ces productions musicales, aussi belles soient-elles, n'en sont pas
moins le patrimoine culturel d'une infime minorité. Elles font partie de la richesse cultuelle
chrétienne, mais font office de repoussoir pour bon nombre de nos contemporains. A
l'Evangile-barrage, on ajoute encore une culture-barrage.

Le culte évangélique, très attentif au le fond, est au bénéfice d'une grande liberté quant à la
forme. La façon dont les temps de louange ont évolué durant ces 20 dernières années dans les
Eglises évangéliques rend compte de ce non-attachement à une forme traditionnelle. On a
investi la culture des méga-concerts - être debout, taper des mains, chanter... - pour en faire le
cadre d'une louange que l'on adresse à Dieu. Au point que dans certaines églises très en phase
avec cette culture, on a pu entendre des gens extérieurs à la communauté s'extasier à l'issue du
culte: « Je me croyais dans une disco! » Cette incarnation liturgique, le monde évangélique ne
l'a pas découverte avec l'apparition des méga-concerts. L'Armée du salut ne faisait rien d'autre
au début du siècle lorsqu'avec ses fanfares elle entonnait des cantiques qui avaient tout des
rengaines en vogue à l'époque.

1.3. Subjectivité
Il en est de nombreux services dominicaux comme de splendides bâtisses que des visiteurs
parcourent avec un guide compétent. On est là d'abord pour entrer dans un monde existant,
qui invite à la contemplation et à la méditation. Dans le culte évangélique, et tout
spécialement dans le temps de louange, il en va tout autrement. Le visiteur se voit plutôt doté
d'une truelle, de briques et de ciment pour édifier ce monument appelé « louange au
Seigneur ».
A la différence de nombreuses rencontres chrétiennes marquées par la prise en charge quasi
totale de l'individu - par une forte objectivité, un déjà-là intouchable - le culte évangélique
valorise le pôle subjectif: un individu avec son vécu, sa culture, son intelligence de la foi...
toute son épaisseur se dit et s'exprime devant Dieu.
Cette mise en avant de la subjectivité entraîne un type de culte qui prend souvent la forme
d'un « happening », d'un événement fort où surgit la nouveauté, l'imprévu... Une prière ou une
expression de louange chargée d'émotion, une parole d'exhortation ou une prophétie pourront

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marquer une communauté, l'orienter, sous l'impulsion de l'Esprit, vers une compréhension
nouvelle de ce qu'est sa mission.

1.4. Dieu proche


Le culte évangélique laisse souvent transparaître une grande familiarité avec le Dieu de
l'Univers. A certains, elle paraîtra irrespectueuse au vu de la grandeur du Tout-Puissant. C'est
que la théologie et la spiritualité évangéliques valorisent la proximité de Dieu. « Le Règne de
Dieu est devenu proche » (Mc 1,14), c'est par ces mots que Jésus commença sa proclamation.
Cette proximité ne s'est pas donnée uniquement il y a deux mille ans, elle s'expérimente
aujourd'hui encore au sein du peuple chrétien. Dieu en Jésus-Christ a montré son visage, et ce
visage aimant du Père permet au croyant de s'approcher confiant du Tout-Puissant. Il est celui
qui écoute, qui reçoit avec plaisir la louange de ses enfants, qui compatit à leurs détresses...
Le temps de culte est donc aussi un temps où, par l'Esprit, Dieu visite son peuple. En fait, il
est un moment de communion intense entre le croyant et son Dieu, qui a son apogée dans la
sainte cène.

2. METHODE DE REFLEXION SUR LE CULTE


Une fois posées quelques-unes des caractéristiques du culte évangélique, il importe de
s'interroger sur la méthode propre à aborder adéquatement une réflexion sur ce sujet. Ne
soyons pas naïfs! Les enjeux sont tels que souvent même les spécialistes du Nouveau
Testament ne font que mettre en valeur les aspects de la pratique cultuelle de l'Eglise
primitive qui, comme par hasard, sont au centre de leur propre pratique dénominationelle. Ce
terrain-là est un terrain miné! Que l'on soit spécialisé en théologie pratique ou en Nouveau
Testament, lorsqu'on aborde un tel sujet, on ne fait souvent que de se transformer en
idéologue du parti!

En bon évangélique, lorsqu'on traite d'un thème comme celui-ci, la logique veut que l'on se
tourne vers la Bible et que l'on énonce à partir de l'Ecriture ce que devrait être le culte dans
l'Eglise aujourd'hui. Cette façon de procéder a pour nom « méthode déductive» : on déduit
d'un donné premier ce qu'il faut faire dans l'aujourd'hui de la communauté. Une telle
démarche est pertinente, mais elle présente plusieurs défauts. Elle fait de l'Ecriture une sorte
de recueil liturgique, ce qu'elle n'est pas et ne cherche pas à être. La Bible relate la révélation
de Dieu en Jésus-Christ, elle ne prescrit pas la façon dont il faudra célébrer Dieu pour
l'éternité (de notre temps!), à Lavigny ou à Soweto. Une telle démarche laisse aussi entendre
que le fait de reproduire des comportements originels serait un gage de fidélité et de vérité. La
source d'un comportement cultuel n'est pas toujours préférable à ses développements
subséquents. Par ailleurs une telle méthode ne fait aucun cas du vécu donné, concret, des
participants à un culte. Au nom d'une vision du culte originaire, on en vient à nier et la réalité
et les personnes réelles avec leurs souhaits présents et leurs points d'interrogation. Cette
attitude confine à un idéalisme tout à fait puriste.

Dans le même temps, se faire l'apôtre d'une démarche inductive, partir des participants au
culte, de ce qu'ils sont, de ce qu'ils vivent et élaborer une rencontre cultuelle, c'est là
également une démarche qui présente bien des insuffisances. Une telle tentative est souvent
éminemment dépendantes de l'air du temps, des idéologies ou courants de pensées à la mode.
Elle peut être le pur produit d'un individu, d'opinions personnelles qui n'ont pas grand-chose à
voir avec l'Evangile.

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Vous l'aurez compris, ces deux méthodes prises séparément me paraissent inadéquates. Mettre
en avant une méthode de corrélation me paraît plus pertinent. On pourrait l'illustrer en ayant
recours à un quadrilatère dont les sommets seraient occupés par l'Ecriture, l'Eglise,
l'expérience et l'Esprit Saint. Les trois premiers éléments seraient en interaction mutuelle,
avec une priorité à la relation entre les deux premiers E. Ainsi comprise, une démarche de
réflexion autour du culte apparaît plus à même tout à la fois d'intégrer l'expérience de
l'Eglise, la norme biblique et le vécu individuel, tout cela travaillé par l'Esprit Saint. Une telle
méthode de corrélation ne fait pas que relier entre eux le donné biblique, l'expérience
individuelle et celle de l'Eglise. Elle inscrit aussi une tension entre ces différents éléments,
tension dans laquelle les trois premiers sont appelés à se féconder l'un l'autre.

Schéma
Ecriture Expérience

Eglise Esprit

Nous avons dans notre première partie déjà développé ce qui constituait une partie du pôle
expérience. Nous allons maintenant travailler le pôle Eglise et les traditions cultuelles que
celle-ci véhicule au sein du protestantisme principalement. Nous travaillerons ensuite le pôle
Ecriture pour déboucher sur une série d'impulsions pour aujourd'hui.

3. LE CULTE DANS LA TRADITION PROTESTANTE


Parler du culte aujourd'hui ne va pas sans un détour conséquent par la tradition protestante qui
renferme une grande richesse de façons de célébrer le Seigneur. Prendre conscience de ce
patrimoine permet tout à la fois de réaliser dans quelle tradition particulière s'inscrit le culte
des Eglises de la FREE, de qui nous sommes les héritiers et ce que nous pouvons emprunter à
d'autres pour enrichir nos propres cultes.

3.1. Les éléments du culte à prendre en compte


Contrairement à ce que l'on croit souvent, ce ne sont pas les livres de liturgie qui livrent les
indications les plus intéressantes pour cerner de près le culte d'une Eglise. Il importe bien
plutôt d'examiner les éléments suivants:

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1) Les gens rassemblés: les personnes qui forment une communauté cultuelle sont le premier
document liturgique de toute Eglise. En effet, les gens qui forment une communauté quaker
ne sont pas les mêmes que ceux qui constituent des communautés pentecôtistes. Voilà l'une
des caractéristiques fondamentales du culte protestant: il prend des formes différentes, tout
comme les gens sont différents. Bien loin de prescrire un seul type de culte en un même
langage (tendance catholique), les protestants ont reconnu - bon an mal an - que les réalités
historiques forgeaient différents types de personnes qui devaient trouver leurs propres
manières de célébrer le culte. A des gens qui changent et évoluent correspondent des types de
culte qui changent et évoluent aussi. Voilà pourquoi il est toujours avisé de s'interroger sur ce
qui change dans une société lorsqu'une nouvelle façon de célébrer Dieu se manifeste. Des
changements sociaux profonds ont toujours une incidence sur le culte en régime protestant.

Le rôle des participants au culte est important pour percevoir en quoi consiste le culte d'une
Eglise. Il importe de distinguer entre une participation passive et une participation active.
Sont passifs ceux qui ne font que regarder et écouter ce qui se passe, sont actifs ceux qui font
eux-mêmes les choses. On peut dire qu'au fil des siècles la liturgie protestante tend à valoriser
de plus en plus la participation active des fidèles. Au Moyen-Age, participer équivalait à
regarder, à la Réforme à entendre et à voir, aujourd'hui nombre d'Eglises offrent non
seulement à voir et à entendre mais demandent une participation directe - orale par exemple -
de ceux qui viennent au culte.

2) La piété: la façon dont les participants au culte sont en relation avec Dieu et les uns avec
les autres est aussi un élément important du culte. On pourra parler de piété ou de spiritualité
pour rendre compte de cet « équipement » foncièrement subjectif que les participants au culte
amènent avec eux et qui donne la couleur de ce qu'ils y vivent. Ainsi certaines communautés
auront marqué leurs membres d'une piété pénitentielle (le tragique du péché), d'autres d'une
piété triomphante (la victoire de la résurrection). Il est évident que différents types de piété
peuvent coexister dans la même communauté.

3) Le temps: il n'y a pas de culte en dehors du temps. La période de l'histoire dans le cadre de
laquelle se déroule le culte lui donne une couleur particulière. Les différents cycles - année
liturgique, vie personnelle - dans lesquels s'inscrit le culte donnent aussi une couleur
particulière à ce rassemblement.

4) Le lieu: l'espace dans lequel se déroule un culte en dit long sur les valeurs auxquelles
s'attachent les participants à la rencontre. L'architecture liturgique (la chaire, la table de la
cène, le baptistère...) témoigne de la façon dont un culte se déroule: la chaire domine-t-elle la
table de la cène? Les gens sont-ils assis dans une sorte de tunnel en face de ce qui se passe ou
sont-ils autour des officiants? Y a-t-il une quelconque dimension artistique dans l'édifice qui
accueille le culte?

5) La prière: comment le pasteur ou les fidèles s'adressent-ils à Dieu? Ont-ils recours à des
prières écrites ou s'expriment-ils spontanément? La langue utilisée est-elle celle de tous les
jours ou est-ce une langue qui n'a son lieu que durant le culte dominical? La forme de la prière
et la (ou les) personne(s) qui prie(nt) témoignent de la compréhension qu'a d'elle-même une
communauté chrétienne.

6) La prédication: pour la plupart des protestants, la prédication occupe la plus grande part
du culte, près d'un tiers au niveau du temps passé ensemble. Dans tous les instituts ou

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facultés, on enseigne l'homilétique alors qu'on ne travaille que rarement sur la façon de
célébrer un culte. La prédication en milieu protestant peut prendre un grand nombre de
formes. Il peut s'agir d'une prédication exposition, d'une prédication d'évangélisation, d'une
prédication thématique, d'une prédication actualisante... Le type majoritaire de prédications
entendues dans un culte donnera des indications intéressantes sur ce que vit une communauté
et sur ce que les gens en attendent.

7) La musique: enfin pour bon nombre de communautés protestantes la musique est une
dimension importante du culte. A-t-on recours à des chants d'assemblée ou est-on à l'écoute
d'un choeur tout particulièrement qualifié? Quels sont les instruments qui ont voix au
chapitre? Par ailleurs les cantiques les plus fréquemment chantés indiquent tout à la fois quel
type de piété prévaut dans la communauté et quelles sont les affirmations théologiques
centrales qui marquent une assemblée.

Tous ces éléments permettent de rendre compte de façon pertinente de la richesse de la


tradition cultuelle protestante. Voici sur un tableau une représentation de ces différents
courants et de leur positionnement sur une échelle qui part de l’oralité et avance vers la
scripturalité.

Oralité Scripturalité
XVIe Anabaptiste Réformé Anglican Luthérien
XVIIe Quaker Puritain
XVIIIe Méthodiste
XIXe Réveil
Xxe Pentecôtisme

3.2. Les différentes traditions protestantes


3.2.1. La tradition luthérienne
Martin Luther (1483-1546) a posé les fondements du culte protestant dans son traité de 1520
intitulé: « De la captivité babylonienne de l'Eglise ». Cet écrit est une attaque en règle contre
tout le système sacramentel du Moyen Age et contre la vision de l'Eglise qui en découle. Il
s'agit d'une véritable révolution qui fait passer le centre de la vie de l'Eglise, de la piété
sacramentelle à une piété centrée sur l'écoute de la parole. La prédication à partir du texte
biblique devient un des éléments-clefs du culte luthérien et protestant. Il faudra enseigner et
enseigner encore en quoi consiste la foi pour permettre aux chrétiens d'accéder à la maturité.
Les chrétiens ne sont plus simplement présents dans le culte en face de professionnels du
sacré, ils ont à jouer un rôle de prêtres. Le chant en allemand devient alors le moyen de
concrétiser cette redécouverte du sacerdoce universel des croyants.

C'est une des caractéristiques du culte luthérien que d'avoir poussé très loin la musique dans le
culte. On peut même dire que la liturgie devint intrinsèquement musicale. En 1523, Luther
utilisait déjà des hymnes en allemand. Il en écrivit deux douzaines cette année-là et près d'une

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quarantaine l'année suivante. Et tout au long du XVIe, la production hymnologique a été tout
à fait extraordinaire au point de constituer 5 gros volumes de cantiques. Les successeurs de
Luther ont poursuivi dans les voies de leur maître. Avec des compositeurs comme Michael
Praetorius (1571-1621), Heinrich Schütz (1585-1672), on peut véritablement affirmer que la
tradition du culte luthérien est avant tout une tradition musicale. Le Piétisme (1650-1800)
renforcera encore cette tendance avec des gens aussi célèbres que Paul Gerhardt (1607-1676)
et bien sûr Jean-Sebastien Bach (1685-1750).

Les hymnes luthériens ont été un moyen important - quasi stratégique - pour refaçonner la
piété des chrétiens et pour lui donner une autre tournure que l'orientation pénitentielle de la
piété du Moyen Age. Luther n'a pas attaqué de front la piété pénitentielle de son temps, mais
il a opéré un glissement qui réorientait cette piété. L'hymnologie luthérienne a prêté attention
non à la misère du pécheur, mais à la grandeur de Dieu et à la joie qui découle du salut par la
foi seule.

3.2.2. La tradition réformée


C'est avec un débat autour de la cène que Luther avait instauré le culte protestant, et c'est avec
un débat sur le même sujet à Marbourg que Zwingli se séparera de Luther et instaurera le
culte réformé. Sans conteste, le culte réformé dès Zwingli sera le plus cérébral de toute la
tradition occidentale. La prédication est centrale à la démarche de réforme qu'entreprend le
Zurichois. En 1525, il constitue une sorte de forum quotidien dans lequel il expose l'Ancien
Testament en lecture continue. Pendant cette période - il meurt en 1531 -, il arrivera à Zwingli
de prêcher jusqu'à quatorze fois par semaine. Le culte réformé verra disparaître toute image
qui pouvait distraire l'attention des auditeurs de la parole. La musique est aussi abandonnée,
tout comme le chant d'ailleurs en 1523. A Zurich, ce n'est qu'en 1598 que le chant sera
réintroduit dans les cultes. Et il faudra attendre le XIXe pour voir des orgues réapparaître dans
bien des Eglises de ce canton.

A Genève où le centre de la « Réforme réformée» se déplace à la mort de Zwingli, l'accent


mis sur l'enseignement demeure. Pour Calvin, il importe de saisir chaque occasion pour
enseigner. Le ton du service est donc verbeux et, que ce soit la prière ou certaines transitions
dans le culte, tout a pour but d'instruire. Voilà qui devient l'une des caractéristiques du culte
réformé et qui contribue à lui donner le caractère cérébral qu'on lui connaît.

La perception qu'a Calvin de l'humanité est centrale pour la compréhension de ce qu'il entend
par culte. "Tout l'homme est accablé (du péché) comme d'un déluge depuis la tête jusqu'aux
pieds, en sorte qu'il n'y a nulle partie de lui exempte de péché, et ainsi que tout ce qui en
procède est à bon droit condamné et imputé à péché" (IRC II, 1.9). La liturgie que Calvin
publie en 1542 reflète cette conscience très vive du péché et une piété très intériorisée. Les
exigences morales y sont vivement soulignées et la confession des péchés tout au début du
culte rappelle aux participants qu'ils ne sont capables d'aucun bien. On y trouve aussi les 10
commandements sous forme de chant, ce qui ne fait que renforcer cet accent de la liturgie de
Calvin sur la pénitence et la profonde indignité de l'homme devant Dieu.

Du point de vue musical, à Genève on chantait les psaumes traduits et adaptés en français par
Clément Marot. Le chant d'assemblée était la seule musique admise lors du service. Du point
de vue architectural - et là Calvin était en plein accord avec les orientations qu'il donnait au
culte en général - on édifia des chaires proéminentes dans les lieux de culte.

7
La prière en public devait être extrêmement didactique. Le pasteur lisait les prières à haute
voix, afin que tous puissent entendre. La prédication basée sur une lecture continue de
l'Ecriture avait pour but d'expliquer le texte biblique et d'en fournir une application pour la vie
quotidienne des auditeurs.

La plupart du temps, la tradition réformée a fait la joie des lettrés. Jusqu'à aujourd'hui, elle a
promu un type cérébral de christianisme.

3.2.3 La tradition anabaptiste


La question des sacrements a non seulement divisé les luthériens et les réformés (cène), mais
elle a également opéré une fracture entre réformés et anabaptistes (rebaptiseurs). Autour de
1525 de violents débats sévissent à Zurich sur le thème du baptême. Partisans du baptême des
nourrissons et partisans du baptême d'adultes s'affrontent. C'est Zwingli qui l'emporte. Les
anabaptistes sont sauvagement chassés de Zurich. La tradition anabaptiste est la première
réalisation au sein du protestantisme d'un type de culte « Eglise libre » dont on peut définir
deux caractéristiques. La première: un certain biblicisme dans la réforme du culte avec un
refus de toute tradition humaine qui viendrait diluer la pureté originelle. La seconde: l'ordre
du culte est laissé à la discrétion de la communauté locale.

Des milliers de personnes furent martyrisées à cause de leur participation au culte anabaptiste.
Voilà qui laisse des traces dans la piété. L'habitude de vivre marginalisés a donné à ces gens
une spiritualité humble qui manifestait une insatisfaction marquée à l'égard de la religion
officielle. En plus de son côté humble, cette piété est aussi marquée par la souffrance de
l'Eglise. On y parle du sang des martyrs, souvent le leur. L'hymnologie n'est pas restée en
rade. Elle a d'une part joué un rôle décisif dans la piété anabaptiste et elle a aussi intégré cette
dimension de souffrance et de martyre pour les croyants. Non seulement leurs cantiques ont
permis de garder en mémoire les souffrances de leurs ancêtres dans la foi, eux qui ont donné
leur vie pour le Christ, mais ces chants anticipent les souffrances que tout chrétien
authentique aura à endurer à cause de sa foi. En rappelant les souffrances du Christ et en
développant le thème de l'union avec le Christ dans ses souffrances, les anabaptistes ont
trouvé là encouragement à affronter un monde qui ne leur reconnaissait pas le droit d'exister.
En 1560 déjà paraît le premier recueil anabaptiste (« Ausbund »), il est le plus ancien recueil
protestant encore en service, chez les « Old Order Amish » (les amishs du vieil ordre)
notamment. Voici la traduction d'un chant tiré de ce recueil:

Celui qui suit Christ dans sa vie


Doit mépriser les insultes et les oppositions du monde
Et porter sa croix chaque jour,
Parce que cela seulement conduit au trône.
Christ est le seul chemin…

Renonçant à tout, ils choisissent la croix.


En l’intégrant dans leur vie, il considèrent tout comme une perte :
Et leur maison et les enfants et leur conjoint.
Laissant de côté le gain et oubliant la peine,
C’est ainsi qu’ils entrent dans la vie.

Il n'y a dans le culte anabaptiste aucune observance de l'année liturgique et chaque


communauté peut organiser son culte comme elle l'entend. Elément curieux : c'est peut-être

8
l'une des traditions cultuelles protestantes qui a tenu avec le plus de ténacité à de nombreux
éléments de sa propre tradition. Elle demeure encore très proche des cultes du XVIe que les
anabaptistes pouvaient célébrer ensemble.

3.4. La tradition puritaine


Parler des puritains et les situer historiquement n'est pas chose aisée. Au milieu du XVIe, les
Puritains sont cette frange de l'Eglise d'Angleterre qui tient à réformer le culte anglican et à le
rapprocher de la pratique calvinienne. Au XVIIe, bon nombre de puritains rompent avec
l'Eglise d'Angleterre et fondent le mouvement baptiste qui constituera une partie importante
de cette mouvance.

Ce qui frappe dans leur façon de percevoir le culte, c'est qu'ils établissent la Bible comme
critère liturgique suprême. Aucune invention humaine n'est tolérée dans le culte, parce qu'elle
ne serait qu'auto-affirmation de l'homme contre la volonté de Dieu. Les puritains constituent
pour une grande part la « middle class » anglaise, lettrée, qui fait de la Bible la seule vraie
autorité. Dieu a tout dit dans sa Parole sur la façon dont il fallait lui rendre un culte.

La gestion de la vie cultuelle s'opère au plus bas niveau d'autorité: la communauté locale. Il y
a là un souci d'être en phase avec le vécu quotidien des participants au culte. Les ingrédients
d'un service normal sont une demi-heure de prière, une heure de prédication et un temps de
discussion ou de commentaire par les auditeurs de ce que le prédicateur a développé. On peut
affirmer sans détour que la force des puritains résidait dans la qualité de leurs prédications.
Elles devaient être bibliques et en prise avec la réalité quotidienne des auditeurs. Les
exigences à l'égard du prédicateur étaient importantes. Ils devaient bien connaître l'Ecriture et
les langues originales, tout comme les problèmes de vie que devait affronter son auditoire.

Du point de vue hymnologique, les puritains chantent les Psaumes, ils sont en cela les dignes
disciples de Calvin. Et comme lui, ils condamnent la musique dans le culte. D'une part ce n'est
pas biblique et d'autre part ce n'est pas édifiant. Il y avait aussi chez eux un refus net des
chants de composition humaine. Bien qu'aux débuts du mouvement puritain les prières aient
été écrites, de plus en plus de réticences s'élèveront pour qu'on renonce à ces prières rédigées
à l'avance.

3.5. La tradition quaker


Du point de vue de la spiritualité cultuelle, ce sont les représentants de la Société religieuse
des amis, les quakers, qui ont opéré la plus profonde rupture avec le Moyen Age. Apparus au
XVIIe siècle, les quakers sont au bénéfice de deux ruptures au niveau théologique et ecclésial,
celle de l'Eglise anglicane et celle des puritains. Tout en trouvant leur origine dans la
mouvance puritaine, ils s'en démarquent radicalement. Chez eux pas de clergé, pas de livre de
chant ou de prière, pas de sacrements extérieurs et visibles, pas de prédication, pas de choeur,
pas d'orgues et virtuellement aucun cérémonial. Le culte quaker est le plus ascétique de toute
la tradition occidentale. Il est basé non sur des éléments extérieurs, mais sur l'intériorité et sur
les ressources qui lui sont propres. On peut tout de même rattacher ce mouvement à une
certaine forme de piété du Moyen Age, car la mystique médiévale a donné des mots aux
quakers pour exprimer leur expérience.

L'origine de ce mouvement remonte à 1646, période où un cordonnier, George Fox, fit


l'expérience de la « lumière intérieure ». Cette expérience fit de lui un véritable missionnaire

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qui sillonna l'Europe et l'Amérique du Nord pour y répandre son expérience. Avec des figures
de proue comme le théologien Robert Barclay et le fondateur de la Pennsylvanie William
Penn (1644-1718), la Société des amis connut un développement certain. Au coeur du culte
quaker, il y a la réalité de cette lumière intérieure, accessible à tous. Le but de tout culte est
donc l'attente commune de Dieu dans le silence et la tranquillité. Voici quelques formules qui
rendent compte de leur expérience du culte, on y parle de "se recentrer", de "trouver son
propre centre intérieur", d'"attendre Dieu"... Il s'agit là d'idées fort simples qui exigent une
discipline forte pour arriver à opérer ce recentrement en soi-même. Dans un culte quaker, ce
n'est que sous l'impulsion de l'Esprit que l'on peut parler. Ce message s'adresse au groupe
rassemblé et il contribue à l'édification de la communauté. Le culte quaker résiste à certains
penchants, humains trop humains. Il scie à la base tous les désirs de valorisation personnelle
et encourage de nombreuses attitudes comme : l'humilité, la pondération, la faiblesse... Les
amis croient que leur culte est totalement dépendant de l'activité divine au point que George
Fox raillait les prédicateurs payés pour prêcher des sermons: si le culte est conduit par Dieu, il
est présomptueux pour des êtres humains de préparer des sermons, au lieu de laisser Dieu dire
ce qu'il a à dire.

4. LE CULTE DANS L’EGLISE PRIMITIVE


« Déduire les normes pour le culte à partir de l'Ecriture, voilà une démarche vouée à l'échec
parce que la Bible n'a pas été écrite premièrement pour cela » (James White, « Protestant
Worship »). Même si cette affirmation contient sa part de vérité, il n'en demeure pas moins
que le Nouveau Testament renferme des orientations qu'il importe de mettre en valeur et qui
ne nous laissent pas dans le flou le plus total. Si les sources sont rares, la vie de la
communauté chrétienne transparaît tout de même au travers des Actes des Apôtres (2, 42 et
46; 5, 42), de la Première épître de Paul aux Corinthiens (14, 11, 20ss...). On peut ajouter
à cela les salutations et les doxologies (louanges) des épîtres du Nouveau Testament comme
l'Apocalypse d'ailleurs. Ce dernier texte a pour cadre de référence le culte chrétien et renferme
toute une série d'allusions dignes d'intérêt pour la compréhension du vécu cultuel de la
première église (1,4 jusqu'à 22, 20). Pour percevoir ce qu'a été le culte de l'Eglise primitive on
ne saurait négliger non plus les sources extra-canoniques antérieures à l'an 150. La Didachê,
la première Apologie de Justin Martyr (Apologie I, 67). La lettre de Pline le Jeune à
l'empereur Trajan...

4.1. Le lieu et le jour du culte


En conformité avec l'usage juif, les premiers chrétiens se retrouvaient au Temple pour louer le
Seigneur. C'est en tout cas ce qu'affirme la première partie des Actes. Un lieu propre à la
communauté chrétienne sert aussi de lieu de rassemblement: la chambre haute (Ac 1,13). Il
s'agit peut-être de l'endroit où le Ressuscité est apparu à ses disciples le dimanche de Pâques.
Les premiers chrétiens n'ont pas attendu la construction d'un édifice ad hoc pour se retrouver,
ils ont eu recours aux maisons particulières qui étaient mises à leur disposition par des
chrétiens: Aquilas et Priscille à Ephèse et à Rome (1 Co 16, 19/Ro 16,5), Philémon à Colosses
(Philémon 2)...

En ce qui concerne le jour de leur rencontre, il est dit des premiers chrétiens qu'ils se
retrouvaient quotidiennement (Ac 2,46). Pour sûr le sabbat était observé, cependant assez
rapidement une rupture s'est opérée avec le judaïsme et le premier jour de la semaine - le jour
de la résurrection de Jésus - est devenu le jour J pour leurs retrouvailles. En rompant
consciemment avec le sabbat juif, les chrétiens ont tenu à marquer la nouveauté intervenue en

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Jésus-Christ. Dorénavant, c'est le dimanche, le jour du Seigneur. C'est ainsi que la surprise de
Pâques était rappelée non pas une fois l'an mais chaque semaine.

4.2. Les divers éléments du culte


Considérer le Nouveau Testament avec le désir d'y percevoir ce qui a trait au culte, pousse à
s'extasier devant la variété et la richesse de la vie cultuelle. Cette diversité s'articule autour de
ce qu'on a appelé les quatre persévérances: l'enseignement ou prédication, la communion
fraternelle, la fraction du pain et la prière (Ac 2,42).

4.2.1. L'enseignement ou prédication. Le Nouveau Testament connaît plusieurs verbes pour


dire « prêcher ». Il y a kèrussein (annoncer), évangelizein (proclamer la bonne nouvelle),
didaskein (enseigner), maturein (témoigner).

Le verbe kèrussein (annoncer) a tout de l'annonce publique, de la proclamation de la part d'un


héraut qui a reçu un mandat venu d'ailleurs. Le verbe évangelizein (évangéliser) souligne le
contenu joyeux de la Bonne Nouvelle et met en avant l'idée que la personne porteuse de cette
nouvelle est mandatée par quelqu'un pour la proclamer. Si kèrussein et évangelizein ont un
rapport plus direct avec la prédication missionnaire, didaskein (enseigner) vise plutôt
l'édification de la communauté déjà rassemblée et s'attache plus particulièrement au contenu
de la proclamation. Pour ce qui est de marturein (témoigner), on trouve là un renvoi à la
confession de Jésus devant Pilate, tout comme à celle de Timothée en présence de nombreux
témoins. Est soulignée ici la relation forte qui existe entre la proclamation et son
proclamateur. On est établi ainsi témoin de quelque chose d'autre, de quelque chose
d'étranger, pourtant il s'agit de son propre témoignage. Il n'y a donc pas séparation entre le
ministère et la personne. Le verbe grec homilein ne signifie pas dans le Nouveau Testament
« prêcher » publiquement, mais se parler en toute confiance, s'entretenir de quelque chose
(voir les disciples d'Emmaüs en Lc 24, 14-15). Ce n'est que tardivement que ce verbe viendra
caractériser en théologie pratique la science de la prédication, l'homilétique.

A côté de la proclamation publique (kérygma), il y avait dans le christianisme primitif le


rassemblement formé des chrétiens dans les maisons. C'est dans ce cercle restreint que naît à
proprement parler la prédication devant la communauté. Le premier récit extra-canonique à ce
sujet nous vient de Justin Martyr (I Ap 67). Après la lecture d'un texte, le président adresse
une courte exhortation à la communauté rassemblée. Cette exhortation devint ensuite
l'homélie dans laquelle la communauté est mise en garde de ne pas tomber dans de fausses
doctrines. La première homélie qui nous soit parvenue est celle de la Deuxième lettre de
Clément de Rome.

La prédication a donc un double but: fonder et édifier la communauté. Il y a là une distinction


importante entre la nécessité d'une prédication qui vise l'extérieur - qui soit missionnaire - et
une prédication de construction de la communauté pour les gens qui sont déjà en route à la
suite du Christ. Gommer l'un des deux aspects de la prédication ou en laisser de côté un au
profit de l'autre revient à amputer l' Eglise de la possibilité de croissance numérique ou
qualitative.

4.2.2. La communion fraternelle. Il n'y a pas de culte sans individus rassemblés. Parler du
culte en soi indépendamment de l'esprit qui rassemble ces gens n'a pas de sens. C'est ainsi que
ce qui frappe l'attention dans la vie des Eglises primitives, c'est leur sens communautaire.

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Sans tomber dans une idéalisation béate, il faut convenir que la qualité de leur communion
avait d'énormes incidences sur leurs rassemblements communautaires.

Les premiers chrétiens ont conscience d'être liés entre eux, parce qu'ils sont ensemble liés au
Christ. Ils sont un peuple eschatologique, parce qu'appelés à hériter du Royaume et leur
communion est un avant-goût de la communion du Royaume déjà déployé dans l'histoire.
Ainsi il est inconcevable d'être un croyant isolé. Etre chrétien signifie partager avec d'autres
croyants la vie du monde qui vient, être un croyant en communion.

On connaît la façon dont ce sens de la communion se manifeste dans la communauté de


Jérusalem. La conscience d'avoir part aux bienfaits de l'ère messianique conduit à un véritable
partage des biens. Le « communisme chrétien » est l'expression du lien profond de
communion qui unit la communauté primitive. Il se perpétuera entre autres au travers de
gestes de solidarité comme la collecte en faveur de la communauté de Jérusalem... Un tel sens
communautaire donne à la vie cultuelle une force et une richesse dont nous n'avons que peu la
perception.

4.2.3. La fraction du pain.


Voir le polycop du FSE de décembre

4.2.4. La prière. Les prières dans les communautés du Nouveau Testament étaient en partie
en tout cas librement inspirées par la situation concrète de l'Eglise. Mais le « Notre Père »
s'assure aussi très vite une place dans le culte, comme le montre un texte de la Didachê. Pour
sa part, la Première épître de Clément (chap. 59-61) nous relate une prière qui pouvait avoir
un cadre cultuel dans l'Eglise de Rome autour de la fin du Ier siècle.

Un mot « Maranatha » semble avoir accompagné les cultes des premières communautés
chrétiennes. « Viens, Seigneur!» , cet appel en araméen dont on rencontre une traduction
grecque dans l'Apocalypse (22.20) devait être prononcée au moment de la cène. C'est en tout
cas ce que nous révèle la Didachê (10, 6). Cette prière doit avoir exercé un rôle d'importance
dans le culte primitif, puisque Paul la cite en araméen dans une épître écrite en grec (1 Co
16,22) et puisqu'elle s'est conservée sous cette forme jusqu'au temps de la rédaction de la
Didachê. On peut d'ailleurs voir dans cette prière l'un des éléments spécifiques du culte
chrétien, car bon nombre de prières rappelaient souvent celles entendues à la synagogue. Le «
Maranatha » est spécifique, car il évoque de façon directe la résurrection du Christ que l'on
fêtait chaque dimanche. Comme c'était ce jour-là que Jésus était apparu aux disciples pendant
leur repas, on demande au Christ de réapparaître au moment de la cène, comme en réponse
à sa promesse d'être au milieu des siens lorsque ceux-ci invoquent son nom (Mt 18,20). Cette
prière est donc un rappel de l'apparition de Jésus le jour de la résurrection, elle est aussi un
appel pour aujourd'hui, comme également une évocation et une supplication de sa venue en
gloire.
Outre ces quatre éléments constitutifs, des cultes de l'église primitive, on peut encore ajouter
quelques éléments que nous dévoilent les épîtres pauliniennes. Dans 1 Co, à côté de
l'enseignement, l'apôtre Paul mentionne les psaumes, les révélations, le parler en langues et
son interprétation (14, 26). A côté de la prédication, une place était donc faite à des
interventions spontanées de personnes poussées par l'Esprit. Paul adopte une attitude médiane.
Face à ces manifestations: d'un côté il redoute leur disparition, conscient qu'il est de la
vulnérabilité d'une telle parole, de l'autre il invite à l'examen et à retenir ce qui est bon (1 Th
5, 19).

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Le parler en langues, Paul l'autorise dans le culte comme une forme particulière de la prière, à
condition qu'il y ait quelqu'un qui interprète et qui, ainsi, contribue à l'édification de l'Eglise
(1 Co 14). A côté d'éléments invariants, le culte de la communauté primitive accueillait des
manifestations absolument libres et imprévisibles de l'Esprit.

Dans ces rassemblements, il y avait également de la place pour une partie semble-t-il chantée.
Les psaumes et les hymnes (1 Co 14,26; Col 3, 16; Ep 5, 19) interprété dans le cadre
communautaire relève la continuité du rassemblement chrétien avec celui du monde juif.
L'Apocalypse semble renfermer toute une série d'hymnes, traces de la plus ancienne
hymnologie chrétienne (Ap 5, 9; 5, 12...19, 1-2; 19, 6).

Des formules de confession de foi étaient également récitées dans les cultes de l'Eglise
primitive. « Jésus Christ est Seigneur », cette formule est typique de celles que l'on devait y
rencontrer. Christologiques, elles soulignent en même temps la seigneurie de Jésus (Ph 2, 11).
La Didachê mentionne également l'existence d'une confession des péchés énoncée dans le
cadre du culte (14,1).

Des formules de bénédiction au style stéréotypé et solennel ainsi que des doxologie (Rm 1,
25; 9, 5...) viennent renforcer l'idée d'une présence d'éléments stables et intégrés au culte de
l'Eglise primitive. A noter pour terminer, le recours au langage corporel, pour - notamment
dans le cadre de la cène - attester la bonne communion fraternelle au sein de la communauté.
La pratique du saint baiser (!) rend compte dans ce corps à corps de l'affection d'une
communauté qui se veut pacifiée par la présence de son Seigneur: le Christ ressuscité (1 Co
16,20…).

Le but des rencontres des premiers chrétiens est d'édifier une communauté digne de son
Seigneur. Cette communauté est non seulement appelée à se découvrir elle-même corps de
Christ, mais elle est appelée à être corps de Christ pour d'autres. La communauté rassemblée
est donc la visibilité, la représentation de Christ en ce monde (1 Tm 3, 15).

5. PERSPECTIVES
Le parcours que nous avons réalisé - vous l'aurez j'espère compris - se voulait ouverture à une
richesse que nous soupçonnons fort peu, souvent empêtrés dans des habitudes que nous
sacralisons. Etre ouvert à différentes formes de culte est fondamental, car, pour rencontrer la
diversité des gens dans une Eglise, il est de prime importance de varier l'offre des cultes tout
comme leurs styles. Trop souvent des membres de nos Eglises tiennent à une forme
particulière de culte. Ils font tout pour la justifier comme seule et unique et ce avec tous les
arguments possibles. Pour construire une véritable communauté chrétienne, ouverte à d'autres
types de spiritualité, il faut prendre conscience de la richesse cultuelle de notre tradition.

5.1 Valorisation d'un christianisme holistique


Face à un christianisme occidental, souvent marqué par un intellectualisme désincarné, il est
de notre responsabilité de valoriser la pluralité des cultures dans l'expression et le vécu de la
foi. Jésus, lorqu'il s'est adressé aux foules de Palestine, n'a pas touché que l'intellect. Il s'est
adressé à l'entier de la personne. Il a fait jouer l'imaginaire au travers des nombreuses
narrations qu'il a racontées, il a touché les corps afin d'inscrire dans le corps à corps de ses
rencontres la réalité de la libération qu'il apportait... En un mot comme en cent, il a reconnu

13
à la totalité de l'homme une valeur pour entrer en relation avec Dieu.

Souvent cette polyphonie dans la proclamation de l'Evangile n'est pas présente dans nos
Eglises. On se contente de rester cloîtré dans le mode de communication que nous a inculqué
l'école. L'apport essentiel de la mouvance pentecôtiste ne réside pas comme on le dit souvent
d'abord dans une redécouverte de la réalité de l'Esprit. A mon avis, face à un christianisme
occidental en mal de corps, le pentecôtisme a redonné au christianisme occidental une
certaine consistance au vécu de la foi: les gestes, les sentiments, le corps, toutes ces réalités
peuvent être traversées par l'Esprit Saint et devenir des moyens que Dieu utilise pour
communiquer sa grâce.

Pratiquement, nos cultes peuvent devenir « holistiques », si nous valorisons le témoignage


personnel raconté, la prière régulière pour les fatigués et chargés de la communauté, la
pertinence du visuel pour proclamer l'Evangile, la danse... L'Evangile est un message qui
s'adresse à l'homme total ou il n'est pas.

5.2. Valorisation de la prédication


Les prédicateurs du dimanche sont placés aujourd'hui devant de rudes défis. Tous les soirs, les
membres des Eglises enclenchent leur poste de télévision ou de radio, ou surfent sur le net...
et les voilà en contact direct avec les plus grands communicateurs de nos sociétés. Le
dimanche matin, le prédicateur est jaugé à l'aune de ces grands communicateurs que sont les
animateurs radio ou tv. Voilà une donnée dont la personne qui prêche doit tenir compte. Il y
va d'un défi: donner des prédications qui tiennent la route, tant au niveau du fond (travail
biblique et exégèse de la communauté) qu'au niveau de la forme (manière de communiquer,
manière d'être du prédicateur).

Les prédicateurs doivent consentir à des efforts. Ils doivent accepter d'entrer dans un
apprentissage dont ils ne verront jamais le bout! La prédication est un cas extrême de
l'apprentissage: on ne maîtrise jamais l'art de la prédication. Il y a deux conditions à
l'apprentissage de la prédication. La première a trait à la personne même du prédicateur. Il
s'est souvent tellement investi dans son prêche qu'il est tout à fait incapable de recevoir la
moindre remarque. Il acceptera volontiers les éloges, mais aura beaucoup de difficultés à
entendre ce qui ne va pas. L'art de prêcher est un art de mourir à soi-même. Le prédicateur qui
n'est pas prêt à mourir à lui-même n'apprendra jamais à prêcher. La seconde condition pour
qu'il y ait apprentissage est le passage à un stade adulte de la communauté qui écoute les
prédicateurs. Nos Eglises, face à la prédication, sont complètement muette. Elles n'expriment
quelque chose que lorsque vraiment le prédicateur a dépassé les bornes. Il faut que nos
communautés guérissent de leur mutisme. Tout comme les communautés puritaines, elles
doivent devenir un authentique partenaire de dialogue pour le prédicateur. Celui-ci y trouvera
un bénéfice extraordinaire pour son apprentissage de l'art de prêcher. Son travail sera aussi
beaucoup plus valorisé. Quel gâchis quand on pense au temps investi dans une prédication...
Quel gâchis que l'on n’essaie pas plus de valoriser l'effort consenti! Le prédicateur trouvera
donc dans des discussions de la prédication un avantage important. La communauté ne sera
pas en reste, car en discutant une prédication elle sera au bénéfice d'une véritable formation
biblique et théologique (voir le canevas d'évaluation d'un sermon en fin de document).

5.3. Valorisation de la réalité du dimanche-sabbat

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Le Suisse de ce début de XXIe siècle est un individu qui a la bougeotte. En dehors de son
labeur quotidien, il cumule les activités annexes au point de perpétuer le rythme élevé de sa
semaine de labeur jusque dans les week-ends. A côté de son sport favori et de son activité
culturelle préférée (musique, télévision, apprentissage d'une langue étrangère...), notre Suisse
des années 2010, s'il est chrétien, est chaudement invité à participer à quelques activités
ecclésiales, au nombre desquelles le culte occupe sûrement la première place.

Souvent ce cumul d'activités ne fait que se juxtaposer et suscite l'overdose: « Vivement les
prochaines vacances qu'on puisse débrayer! » Les activités s'enchaînent avec une telle rapidité
qu'il apparaît tout à fait impossible de nouer la gerbe de notre vécu. Notre temps est à ce point
morcelé que toute unité disparaît, tout projet de vie, tout fil conducteur à notre existence qui
s'écoule inexorablement.

Côté loisirs, l'offre pour les week-ends est souvent si alléchante qu'il apparaît bien dérisoire
d'aller s'asseoir en rangs d'oignions dans un lieu de culte. La peur du vide et la nécessité
impérieuse d'occuper constamment son temps donne l'impression que tout recueillement ou
tout silence devant Dieu n'est que gaspillage d'une denrée ô combien précieuse, parce que non
renouvelable! Notre vie, pour être affublée du label épanoui, doit donc se transformer en
véritable course effrénée, car il faut avoir tout vu, tout fait, si l'on veut véritablement exister.

5.3.1. Le sabbat dans l'Ancien Testament. Dans l'Ancien Testament, il existe une pratique
en totale rupture avec la frénésie qui habite notre siècle, c'est le sabbat. Ancrée tant au début
de l'histoire du monde (Ge 2, 3) qu'à la constitution du peuple de Dieu (Ex 20, 9ss), la réalité
du sabbat apparaît constamment comme une pratique fondamentale de la piété hébraïque;
parmi les commandements du Décalogue - c'est le quatrième -, celui qui porte sur
l'observance du sabbat est le plus souvent rappelé dans les textes de l'Ancien Testament. A en
juger par la radicalité du châtiment qu'encourt le transgresseur du sabbat - la peine de mort -,
on comprend mieux le rôle que cette architecture du temps (6 jours + 1 jour) a joué dans la
constitution de l'identité du peuple juif.

Dans l'Ancien Testament, le sabbat est l'occasion de se rappeler, de faire mémoire de l'oeuvre
de Dieu. C'est en tout cas ce que met en avant Deutéronome 5,15 où le jour chômé est
l'occasion de repenser à l'histoire passée et de reprendre conscience de ce que furent les actes
libérateurs de Dieu dans l'histoire des hommes. Ce faisant nous redécouvrons le Dieu de
Jésus-Christ comme le sauveur et le libérateur de l'esclavage du péché et de l'esclavage d'un
labeur perpétuel. Dieu vient au devant de nous comme le grand libérateur: libérateur dans
l'histoire des hommes et dans mon histoire personnelle, lui qui me donne de goûter au
réconfort du jour chômé. Le sabbat est donc un véritable cadeau de Dieu.

Observer le sabbat, c'est aussi fêter la création. Que l'on prenne des textes comme Ex 20,11 ou
Ex 31,17, chômer un jour par semaine trouve son fondement dans le repos du Créateur au
septième jour. Ce jour-là, Dieu s'est reposé, a fêté et s'est réjoui de ce qu'il avait créé. C'est
une raison suffisante pour que l'homme en fasse autant, pour que, après six jours de labeur, il
prenne de la distance par rapport à ce qu'il a fait et se réjouisse de l'ouvrage accompli. Le jour
chômé est donc une invitation à entrer dans la joie de Dieu face à sa création, une véritable
fête où éclate notre bonheur et notre joie de vivre.

Le sabbat est également un jour de repos, une journée où il est donné de reprendre haleine et
de penser à autre chose qu'à son travail quotidien. Le jour du sabbat, « tu ne feras aucun
ouvrage, ni toi, ni ton fils... » (Ex 20, 10). Non seulement chaque Israélite est invité pour lui-

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même à ne pas travailler, mais il a aussi pour mission de ne confier aucun travail tant à son
fils ou à sa fille qu'au fils de sa servante ou à l'émigré. A ce jour de repos, les animaux sont
également associés: le boeuf et l'âne doivent ce jour-là reprendre haleine. Le sabbat est là pour
décharger tout être vivant épuisé et pour lui permettre de recouvrer un état de fraîcheur
certain. Le but social du commandement est ainsi pleinement révélé; on pourrait même dire
qu'au travers de cette interruption dans la succession des jours Dieu « humanise » la vie de
notre monde. Le sabbat n'est pas qu'une simple concession accordée à la fatigue de tous les
êtres vivants, il est aussi une occasion de se réjouir, une occasion pour l'homme de percevoir
ce qu'est la vraie vie. Tout en étant une source de repos, le sabbat est donc également une
source de vitalité, de renouveau et de joie dans le Seigneur (Es 58,14).

Enfin on peut encore affirmer que le sabbat est une fenêtre ouverte sur l'éternité. Au coeur du
quotidien humain, le sabbat est une occasion donnée à l'homme de goûter au repos et à la
tranquillité de Dieu. Le livre d'Ezéchiel parle même des sabbats comme des signes de la
relation que Dieu entretient avec son peuple (Ez 20,20). « Ainsi le sabbat nous fait entrer
dans le temps de l'éternité, grâce à lui l'éternité pénètre dans mon temps et le rachète » (T.
Glardon, B. André, J. C. Schwab... « Le temps pour vivre, du temps éclaté au temps
réconcilié », PBU, Lausanne, 1991, p. 100.).

5.3.2 Jésus et le sabbat. D'ordinaire, des nombreuses polémiques sur le sabbat où Jésus
s'oppose aux pharisiens, on déduit que l'homme de Nazareth percevait négativement cette
institution de l'Ancien Testament. Sous prétexte que Jésus apporte la liberté, on va même
jusqu'à récuser le sabbat en affirmant qu'il ne revêt plus aucune pertinence dans la nouvelle
alliance. En fait Jésus n'a pas transgressé le sabbat, pas même occasionnellement, mais il l'a
« accompli » (Mt 5,17), il en a donné la pleine mesure, il lui a redonné son sens originel.

Jésus polémique non contre le sabbat en lui-même, mais contre la perversion dont les
pharisiens sont les auteurs: ils ont fait d'un repos-don de Dieu une performance religieuse. Le
jour chômé devient l'occasion d'un développement casuistique énorme qui vient dire si telle
ou telle activité peut être accomplie ou non un jour de sabbat. Jésus conteste cette conscience
stérile et morte qui s'attache frileusement à des lois qui n'ont plus de vie. Au lieu de cela, il
propose de s'ouvrir à la bonté et à l'amour de Dieu, qui déterminent l'application du quatrième
commandement comme de l'ensemble du décalogue.

De par ses guérisons le jour du sabbat, Jésus n'abolit pas le repos sabbatique, mais partage
avec les malades et les estropiés un repos et un réconfort dignes de ce jour exceptionnel. Le
sabbat, c'est un jour de fête et toute la création - même les mal-en-point - peuvent avoir une
part à cette célébration de la bonté et de la beauté du Seigneur.

5.3.3. Vivre le sabbat aujourd'hui. La résurrection est apparue aux yeux des premières
générations de chrétiens comme une intervention de Dieu tellement extraordinaire qu'ils ont
jugé nécessaire de déplacer le jour du Seigneur au premier jour de la semaine. Depuis ce
temps pour les chrétiens et pour les juifs le jour chômé n'est plus le même. En continuité avec
le sabbat de l'Ancien Testament, notre dimanche ("jour du Seigneur" d'après l'étymologie
latine) se doit de revêtir toutes les caractéristiques que nous avons énumérées plus haut. Il est
jour de repos, don de Dieu à toute sa création ; il est jour de fête ; il est jour où chacun peut se
rappeler l'oeuvre de Dieu dans l'histoire des hommes ; il est fenêtre ouverte sur l'éternité.

Nous autres chrétiens, en essayant de donner cette multitude de sens à nos dimanches, nous
proclamons non seulement la seigneurie du Christ sur notre vie, mais encore sur notre temps.

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Il est le maître du temps, l'Alpha et l'Omega... Modeler sa vie à partir de Dieu, c'est essayer
d'entrer dans une spiritualité dominicale, spiritualité qui fait de nos dimanches des jours
qualitativement différents, ouverts à Dieu et aux autres.

Dans cette perspective, le culte intervient comme l'apogée de cette journée mise à part. C'est
un haut lieu de spiritualité. C'est la quintessence de mon dimanche, un temps donné où il est
possible d'ouvrir tout mon être à la venue de Dieu, venue passée, présente et à venir. En un
mot, le culte devient une fenêtre ouverte sur l'éternité.

Dans un temps où le consensus social autour du dimanche paraît s'effilocher, il est urgent que
les chrétiens redécouvrent et incarnent un style de vie sabbatique. Parce que nous avons mal à
la gestion de notre temps, le Seigneur nous demande de le laisser en être le Grand Architecte
et de nous ouvrir à un agencement de nos semaines qui fasse une large place à la réalité du
sabbat.

5.4 Le culte comme lieu d’un projet


De plus en plus en milieu évangélique, le culte dominical est la seule occasion qui rassemble
la communauté. Qu’on appréhende positivement ou non cette évolution, cela mérite
réflexion... et donc un soin tout particulier mis dans l’élaboration de ces temps de rencontre
particuliers.
Souvent dans nos Eglises, nous n’investissons qu’un minimum d’énergie dans les cultes.
L’Eglise locale s’est inscrite dans une manière de faire qu’elle reproduit dimanche après
dimanche, sans trop se poser de questions sur ce qu’elle met en place comme
accompagnement des gens, comme culture, comme manière de dire et de vivre la foi
aujourd’hui. De plus les responsables sont souvent tellement pris par la gestion du quotidien
de la communauté qu’ils ne se posent plus de questions fondamentales en matière de culte. Ils
gèrent et parent au plus pressé.
Voici quelques questions qu’une équipe de direction d’Eglise devrait se poser si elle
souhaitait donner davantage de relief au vécu cultuel de sa communauté :
1. Sommes-nous satisfaits de la manière dont nous préparons les cultes ? Nous contentons-
nous de remplir une grille de culte ou avons-nous élaboré un projet ?
2. Pour parvenir à augmenter la qualité de nos cultes (l’une des douves du tonneau de Ch.
Schwarz), ne vaudrait-il pas la peine de constituer une équipe de confiance qui, dans la durée
et en lien étroit avec l’équipe de direction, planifie et élabore les cultes ?
3. Quelle est la culture qui prévaut dans nos cultes ? Est-elle adaptée au public que nous
souhaitons rejoindre ?
4. Comment élaborons-nous notre programme de prédications ? Mettons-nous en place un
programme ? Comment est-il construit ? Uniquement en fonction d’une lecture continue du
texte biblique ou construisons-nous parfois un programme en fonction des besoins d’un public
donné ? Par exemple, il pourrait être intéressant de décliner le thème « Mieux communiquer
pour mieux vivre » dans la vie individuelle, conjugale, familiale, communautaire... avec une
prédication plus directement biblique sur Jésus communicateur.
A l’heure où nos Eglises peinent à mobiliser au niveau des cultes et à grandir, il est important
de reprendre la réflexion autour des cultes et de faire preuve de créativité pour donner à cette
rencontre centrale de la vie communautaire un élan et une créativité qui feront de lui un
événement auquel les membres de nos Eglises souhaiteront ardemment participer.

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Petite bibliographie des ouvrages utilisés
James F. White, Protestant Worship, Louisville, Westminster/John Knox Press, 1989.
Laurent Gagnebin, Le culte à chœur ouvert, Introduction à la liturgie du culte réformé,
Genève, Labor et Fides, 1992.
Dietrich Bonhoeffer, La Parole et la prédication, Trad. franç. De Henry Mottu, Genève,
Labor et Fides, 1992.
Oscar Cullmann, La foi et le culte de l’Eglise primitive, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé,
1963.
Walter Hollenweger, « Guérissez les malades ! », Hokhma 42, pp. 65ss.
Eberard Kerlen, « Et si on discutait les prédications ? », Hokhma 51, pp. 77ss.
Christian A. Schwarz, Le développement de l’Eglise. Une approche originale et réaliste,
Paris, Empreinte, 1996.

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