CPGE : OKBA IBN NAFEA
Prof : [Link]
CLASSE :PSI
Exemple de dissertation entièrement rédigée
L’homme a toujours pu vaincre les obstacles par lesquels la nature jalonne son existence. C’est
ainsi que l’histoire humaine peut se lire comme l’histoire des victoires de l’homme sur les défis de
l’univers, allant de la simple adaptation à l’extrême domination. Dans ce sens, Luc Ferry avance, dans
Le Nouvel ordre écologique, que « L'homme est par excellence l'être d'anti-nature, le seul qui soit
capable de ne pas être de part en part déterminé par les conditions naturelles qui lui sont faites à sa
naissance » Luc Ferry avance ici l’idée que l’homme engage un rapport d’antagonisme face à la nature
en cherchant à se révolter contre ses principes. La nature est à prendre d’abord au sens d’univers.
Ainsi, Luc Ferry semble vouloir nous dire que l’etre humain refuse de s’accommoder aux lois de
l’univers, en voulant dominer la nature. En outre, la nature est à prendre aussi au sens de nature
humaine. Par-là, l’on peut comprendre que l’homme lutte aussi contre ce qui est naturel en lui. Luc
Ferry semble dire ici que l’homme rejette son état de nature pour adhérer pleinement à l’état de
culture. Par ailleurs, la notion d’anti-nature nous amène à dire avec Luc Ferry que l’homme s’inscrit
dans une logique de dépassement et de progrès, cherchant toujours à aller au-delà de ce qui est naturel,
et donc de ce qui va de soi. La citation en question soulève donc l’idée que l’homme se veut l’opposé
radical de la nature. Certes l’homme est un être anti-nature. Néanmoins, il demeure dépendant de ses
ressources. Aussi il demeure fragile devant ses mouvements, en l’occurrence la catastrophe. De ce fait,
l’homme n’arrivera pas à se détacher complétement de sa nature humaine. Ces constatations se lisent
parfaitement à la lumière de Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, Le Mur invisible de
Marlen Hoshofer et de La Connaissance de la vie de Georges Canguilhem. Les trois œuvres
illustrent le rapport d’antagonisme qui lie l’homme à la nature tout en plaidant en faveur d’un vivre-
ensemble en mesure de prolonger la survie humaine. Ainsi, En quoi le rapport d’antagonisme
qu’engage l’homme avec la nature révèle-t-il les limites de son pouvoir ? Si l’homme est un être
supérieur à la nature, étant capable de la dominer, il n’en demeure pas moins que la nature
parvienne souvent à afficher les limites du pouvoir humain. Par conséquent, la recherche du
juste milieu s’impose comme alternative à la lutte caractérisant le rapport entre l’homme et la
nature.
Conformément au propos de Luc Ferry, l’homme est un être anti-nature en ce sens qu’il prend
l’univers comme une terre à conquérir ou une proie à s’en emparer. Cela se manifeste dans sa
recherche primordiale à dominer la nature et à la détruire au courant de ses expériences.
Comme l’être humain est supérieur aux autres créatures, cette supériorité l’érige en un ennemi
permanent de la nature. D’où l’antagonisme dont parle Luc Ferry. En effet, la nature humaine tire vers
la domination ; domination sur les membres de la société mais aussi domination du milieu naturel. La
recherche de la domination se laisse voir quand l’homme se présente comme le possesseur de la terre.
Némo est ainsi un des personnages qui semblent posséder le monde. Dans Vingt mille lieues sous les
mers, Le professeur Aronnaxe dit à propos de Némo : « Il la considérait comme étant sienne, et
s'attribuait sur elle les mêmes droits qu'avaient les premiers hommes aux premiers jours du monde ».
Si Némo prend ici la mer comme étant « sienne » le personnage du Mur Invisible se présente
comme le propriétaire de la vallée : « J'ai bien dit « ma vallée ». Le nouveau propriétaire, s'il en
existe un, ne s'est pas encore présenté ». Ainsi la possession de la terre traduit la volonté humaine de
dominer la nature. En témoigne à ce stade le propos de Canguilhem dans La
CPGE : OKBA IBN NAFEA
Prof : [Link]
CLASSE :PSI
connaissance de la vie : « Il n'est pas étonnant que l'insatiable passion de connaître, armée du
fer, se soit efforcée de se frayer un chemin jusqu'aux secrets de la nature et ait appliqué une violence
licite à ces victimes de la philosophie naturelle, qu'il est permis de se procurer à bon compte, les
chiens ». Le philosophe évoque ici le fait que le désir de connaitre propre à l’homme s’est érigé en un
désir de dominer. La lutte que menait l’homme à l’égard de la nature se voit donc à travers la
recherche de la domination mais aussi à travers la destruction de la terre.
Être anti-nature, c’est ne pas se soucier de préserver la nature au courant de ses expériences.
Ainsi, l’homme est aussi un prédateur de la nature quand il se livre à des actions destructrices,
engendrant des ravages sur la terre. Parmi ces actions destructrices on peut citer l’expérience de la
pêche. Dans Vingt mille lieues sous les mers « les baleiniers anglais et américains, dans leur rage de
destruction, massacrant les adultes et les femelles pleines, là où existait l'animation de la vie, avaient
laissé après eux le silence de la mort ». Au lieu d’utiliser les ressources naturelles dans une
perspectives de survie et de durabilité, l’homme s’empare de la nature d’une manière destructrice.
C’est cette image de l’homme prédateur que s’assigne l’héroïne du Mur invisible : « [E]n marchant je
redevins cette créature qui seule n'avait pas sa place ici, une créature humaine aux pensées confuses
qui brisait les rameaux sous ses lourdes chaussures et se livrait à la sanglante occupation de chasser
». Les deux exemples révèlent ce que la nature humaine a de destructeur. C’est ce que formule
Canguilhem dans La Connaissance de la vie : « Descartes fait pour l'animal ce qu'Aristote avait fait
pour l'esclave, il le dévalorise afin de justifier l'homme de l'utiliser comme instrument ».
Instrumentaliser l’animal, c’est exploiter la nature dans une visée de destruction et de domination.
Se confirme ici le propos de Luc Ferry : l’homme est un être anti-nature, s’opposant à l’ordre
naturel, par son aspiration à dominer et à détruire l’univers. Or, dans ce rapport d’antagonisme, la
nature a aussi sa part. En effet, la nature finit souvent par mettre l’homme à sa juste place et
montre les limites de son pouvoir.
La nature montre à l’homme ce qu’il a de fragile et de faible ; d’où le mythe de l’éternel
retour. Ce mythe révèle que l’homme ne pourra pas dépasser la nature, étant donné que celle-ci
demeure là où l’homme est éphémère. En effet, le pouvoir humain affiche ses limites quand la nature
devient dangereuse.
Dans le rapport de lutte qui enchaine l’homme à la nature, l’homme n’a pas toujours le
privilège de la supériorité et peut en sortir vaincu. En effet, la nature affiche les lacunes du pouvoir
humain quand elle s’assigne l’allure du danger. Celui-ci apparait par exemple pendant la
catastrophe. Les œuvres au programme font place à la catastrophe. Les personnages de Jules Verne
sont sans cesse exposés aux mouvements incontrôlés de l’océan. La fin du roman évoque le motif du
maelstrom. Celui-ci a mis fin à l’une des créations humaines les plus développés : le Nautilus. Dans la
même perspective, la narratrice du Mur Invisible relate ses angoisses et ses crises pendant l’hiver
prolongé ou pendant les orages. Elle déclare : « Par moments, j'avais l'impression que la nature ne
constituait pour ses créatures qu'un immense piège ». La nature est ainsi une marâtre qui menace et
entrave le pouvoir humain. En ce qui concerne Canguilhem, le philosophe met en analogie la situation
de l’homme dans la nature et la situation du vivant dans le laboratoire : « La situation du vivant
commandé du dehors par le milieu, c'est ce que Goldstein tient pour le type même de la situation
catastrophique. C'est la situation du vivant en laboratoire. » Le point commun entre les deux
CPGE : OKBA IBN NAFEA
Prof : [Link]
CLASSE :PSI
situations est le fait que l’homme obéit à un déterminisme mené par la nature. Ainsi, il est évident que
le pouvoir humain affiche ses limites devant une nature qui se veut aussi bien dangereuse que
mystérieuse.
Quand la nature est dangereuse, elle délimite le pouvoir humain dans ce qu’il a de physique, car
elle menace après tout le corps humain et amène le fantôme de la mort. La nature a encore ceci de
supérieur à l’homme lorsqu’elle concerne le pouvoir de sa pensée. En effet, si l’homme est la seule
créature dotée de la raison et de la pensée, la nature peut montrer les limites de cette faculté
singulative, en l’occurrence quand elle refuse de livrer son mystère, condamnant par là l’homme à une
éternelle ignorance. C’est ce que formule Canguilhem dans La Connaissance de la vie : « Les formes
vivantes étant des totalités dont le sens réside dans leur tendance à se réaliser comme telles au cours de
leur confrontation avec leur milieu, elles peuvent être saisies dans une vision, jamais dans une
division ». Le philosophe montre par là que la pensée humaine ne peut pas saisir la totalité du mystère
de la nature, elle se contente de quelques « versions ». De même, dans les deux romans au programme,
les personnages font preuve de leur incompréhension des éléments de la nature. Ainsi sur les chats,
l’héroïne du Mur invisible nous dit que « Tous les chats font ainsi preuve d'une conduite mystérieuse,
ils nous restent très étrangers et il nous est très difficile de les atteindre ». L’adjectif mystérieuse
revient à maintes reprises dans Vingt mille lieues sous les mers pour rendre compte de l’ignorance des
personnages en matière de l’océan. Ainsi, le professeur Arronaxe, dont le statut lui permet de mieux
connaitre la nature, exprime son ignorance face à la mer : « Assis sur la dunette, Ned Land et moi,
nous causions de choses et d'autres, regardant cette mystérieuse mer dont les profondeurs sont restées
jusqu'ici inaccessibles aux regards de l'homme ». Et l’on comprend par là que la raison qui est le
privilège de l’humain demeure inefficace devant le mystère de la nature.
Certes l’homme est un être anti-nature, comme le confirme Luc Ferry, mais la nature a sa part
dans ce rapport d’antagonisme. Elle délimite le pouvoir humain par son aspect dangereux et menace la
vie humaine. En outre, elle demeure totalement incompréhensible à l’homme et montre par là les
lacunes de sa pensée. De ce fait, le rapport entre l’homme et la nature doit etre envisagé selon une
autre perspective, celle du vivre-ensemble.
Le rapport d’antagonisme que soulève le propos de Luc Ferry tourne mal du côté de l’être
humain, en ce qu’il a de dangereux et de menaçant à sa survie. De ce fait, les œuvres au programme
plaident en faveur d’un autre rapport fondé sur le vivre-ensemble, et adhérant à la perspective
écologique qu’offre le thème de « expériences de la nature ». Le vivre-ensemble se laisse voir à l’idée
que l’homme est avant tout une partie de la nature, un vivant parmi les vivants.
Être anti-nature met l’homme dans une situation de menace. L’histoire humaine montre que à
chaque fois que l’homme voulait dépasser la nature, il en sort avec des défaites. De ce fait, l’homme
doit chercher à entretenir avec la nature un rapport fondé sur le vivre-ensemble. L’homme, on le sait,
est une création de nature, ayant avec les créations de la nature des affinités diverses et variées.
L’héroïne du Mur invisible évoque à ce stade l’affinité entre l’homme et l’animal : « Les barrières
entre les hommes et les animaux tombent très facilement. Nous appartenons à la même grande famille
et quand nous sommes solitaires et malheureux, nous acceptons plus volontiers l'amitié de ces cousins
éloignés ». Dans la meme perspective, Aronnaxe établit le rapport entre l’homme et
l’animal : « Véritables colimaçons, nous étions faits à notre coquille, et j'affirme qu'il est facile de
devenir un parfait colimaçon ». Cette appartenance à la nature est en mesure de mettre en place un
CPGE : OKBA IBN NAFEA
Prof : [Link]
CLASSE :PSI
rapport saint entre l’homme et son univers. C’est ce que rappelle Canguilhem dans La Connaissance
de la vie : « Et d'ailleurs, en tant que vivant, l'homme n'échappe pas à la loi générale des vivants. Le
milieu propre de l'homme c'est le monde de sa perception ». Vivant parmi les vivants, l’homme doit
donc traiter la nature avec reconnaissance et appartenance. Ce vivre-ensemble peut être appréhender
dans un rapport sensible qui allie les sens humains aux éléments de la nature.
Le vivre ensemble avec la nature permet la survie et la durabilité au genre humain. Etant un
rapport de paix et de sainteté, le vivre-ensemble avec la nature se manifeste dans l’expérience sensible
qu’entame l’homme avec l’univers à travers ses sens. Les sens remplacent ainsi les outils et les
machines pour garantir à l’homme une expérience enchantante pour son esprit et pour sa sensibilité.
C’est dans ce sens que Canguilhem définit la vie comme « expérience, c'est-à-dire improvisation,
utilisation des occurrences ; elle est tentative dans tous les sens. » Le philosophe invite par là une
plénitude dont la cause est le rapport sensible avec la nature. Ce rapport sensible est en mesure de
créer une familiarité avec l’univers. L’expérience sensorielle de l’héroïne du Mur invisible est
illustrative en ce sens : « J'étais seulement assise, appuyée contre le mur de bois […]et je regardais le
ciel. J'appris à connaître toutes les étoiles, même si je continuais à ignorer leurs noms ; elles me
devinrent très vite familières ». Cette expérience nous fait dire que les sens est un élément
incontournable dans l’apprentissage et la connaissance de la nature. L’expérience du professeur
Aronnaxe dans Vingt mille lieues sous les mers est un exemple dans cette perspective : « Je l'éprouvai
du pied. C'était évidemment un corps dur, impénétrable, et non pas cette substance molle qui forme la
masse des grands mammifères marins ». La construction des hypothèses commence par le toucher. Ce
qui confirme que l’expérience sensible est indispensable à toute tentative de compréhension de la
nature. Au même temps, c’est une expérience qui favorise le vivre-ensemble avec la nature, car elle
n’engage ni lutte ni danger.
En guise de conclusion, le propos de Luc Ferry a le mérite de soulever le rapport
d’antagonisme que mène l’homme à l’égard de la nature depuis toujours. Cet antagonisme se
laisse voir à la domination et à la destruction que fait l’homme à l’égard de l’univers. Or, cet
antagonisme implique aussi l’idée que la nature affiche parfois les limites du pouvoir humain, en
l’occurrence quand elle devient dangereuse ou quand elle demeure indéchiffrable à la pensée
humaine. De ce fait, le rapport entre l’homme est la nature doit être envisagé dans la perspective
du vivre-ensemble. L’homme est en effet un vivant parmi les vivants et son expérience sensible
avec les éléments de la nature lui garantit une fusion et une collision avec son milieu. Par
ailleurs, les œuvres au programme ont ceci d’important qu’elles définissent les contours d’un
rapport saint entre l’homme et la nature. Par-là, elles demeurent toujours d’actualité en
s’inscrivant dans le débat écologique des temps contemporains.