Enjeux du sol et de l'agronomie 2050
Enjeux du sol et de l'agronomie 2050
Introduction
−des déplacements de fonds financiers sur les marchés agricoles à buts spéculatifs
La synthèse des projections de spécialistes sur l'équilibre alimentaire mondial à venir est
claire :il faudra doubler la production alimentaire mondiale d'ici 2050. Et pour produire plus,
deux leviers existent :
−l’augmentation des surfaces . Selon la FAO, il y a 1,5 milliard de terres cultivées à l’échelle
mondiale, et 4 milliards de cultivables. Avec plus ou moins de potentiel néanmoins, car celles
cultivées aujourd’hui sont les meilleures et les plus accessibles."Il est certes possible
d’augmenter le nombre de terres cultivées, mais cela se fera souvent au détriment des forêts
ou des pâtures, des surfaces importantes pour le stockage du carbone et la biodiversité",
explique Bruno Dorin, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (Cirad).
-L'augmentation des rendements est l'autre voie. la FAO est aujourd'hui engagée à
renforcer la production alimentaire dans 79 pays en fournissant semences de qualité,
fertilisants, outils et intrants agricoles. Jusqu’à doubler la production, même si ce sera
difficile, ayant moins d'eau disponible pour l'irrigation et des coûts d’engrais suivant ceux
du pétrole. Et l'agriculture à haut rendement induit des désordres environnementaux (ex
pollution par les nitrates, de l'érosion des sols, des effets négatifs de certains produits
phytosanitaires...) ; elle doit changer !
Donc on peut formuler le problème actuel ainsi : La production agricole mondiale doit
doubler d’ici 2050, mais pas n’importe comment ! (Michel GRIFFON, auteur de 'Nourrir
la planete)
L'objectif est donc d'aller vers une intensification écologique de l’agriculture. Elle vise à
concilier les vertus productives de la révolution verte avec le respect de l'environnement et la
gestion durable des ressources naturelles : eau, fertilité des sols et biodiversité. Finie
l’agriculture intensive en molécules chimiques et en énergie ? Place à l’agriculture intensive
en terme de rendements mais aussi intensive en fonctionnalités écologiques et en
connaissances scientifiques nouvelles destinées à optimiser le fonctionnement écologique des
agrosystèmes. (écosystèmes cultivés) ?
Vous, étudiants en BTSA amélioration des plantes et semences pourrez exercer dans votre vie
professionnelle cet objectif à plusieurs niveaux :
−lesplantes cultivées, avec des variétés répondant à ces objectifs (variétés adaptées à des
modes de productions à faibles niveaux d'intrants : résistances aux maladies, résistance à la
sécheresse, à la salinité, capacité à mieux prélever les éléments minéraux dans le sol...)
Maintenant que nous avons définit la couverture pédologique, il est plus simple de définir le
sol…comme simplement une ‘représentation’ d’un échantillon vertical de la couverture
pédologique…
-A 'court terme', pour comprendre l'effet des interventions culturales de l'homme sur le sol
- Sur le long terme, à travers des fouilles archéologiques ...
4. Comment se forme le sol ?
Le sol est donc la couche de terre plus ou moins épaisse qui recouvre les roches et au sein de
laquelle, les plantes plongent leurs racines pour se nourrir. Sols et plantes sont intimement
liés ; celles-ci ont eu et ont encore un rôle crucial dans la formation des sols…
Ces végétaux, de même que certaines formes de vie microscopique, comme les
cyanobactéries, sont avant ainsi des récepteurs de photons. Ces derniers sont la source
primaire d’énergie qui, captée par cette chlorophylle, orientée par le bagage génétique de la
plante réceptrice, fabriquent des molécules complexes. Parmi celles-ci, les sucres, celluloses,
protéines et polyphénols sont la base de toute la vie, en particulier du stockage énergétique
nécessaire à la formation du sol , à sa durabilité et à sa fertilité.
Car cette source d’énergie alimente un cortège d’êtres vivants (mycètes, animaux, protistes,
bactéries), à l’origine de réactions et de matières organiques qui vont avoir un rôle crucial
dans les processus de pédogenèse (Pédogenèse = l'ensemble des processus et des facteurs
responsables de la formation d'un sol à partir de la roche-mère)
Ceci a été vrai il y a des milliards d’années dans l’eau, il y a 400 millions d’années lors de la
‘conquête des terres immergées , et encore aujourd’hui sous nos pieds ! (cf. documents 2 et 3)
Document 3
Auteur(s) : Alain Ruellan
Date : 20 mai 1992
Lieu : France, près de Montpellier
Climat : Méditerranéen subhumide
Altération des roches par les racines
Sous forêt méditerranéenne, la roche calcaire est désagrégée et dissoute par un système
radiculaire dense (horizon C).
Document 2 On reconnaît un horizon A organo-minéral sur un horizon C d'altération à structure lithologique
(au sein duquel on observe l'altération de la roche par les racines).
Auteur(s) : Alain Ruellan Le sol est peu différencié.
Date : 25 mai 1992 Dénomination WRB : Leptosol
Lieu : France, Région du Languedoc-Roussillon, près de Montpellier
Formation du sol : altération Hauteur de la coupe : 100cm
Climat : méditerranéen subhumide
Désagrégation d'une roche calcaire par le développement et l'action des
racines.
Le sol est peu différencié.
Dénomination WRB : Leptosol
Hauteur de la coupe : 150 cm.
'Regards sur le sol' p.13
Les végétaux ont donc eu et ont encore un rôle fondamental dans la genèse des sols ; voyons
maintenant de manière plus précise les différents 'ingrédients' nécessaires à leurs formation
4.2 Les cinq ‘ingrédients’ de la formation des sols
Les sols résultent de l'action conjuguée de l'activité des êtres vivants et de différents facteurs
d'altération.
Ils vont former le sol à partir d'un matériau parental, le plus souvent d’une roche appelée
roche-mère, qui s 'altérant, se désagrège et contribue à former la composante minérale du sol.
La composante organique est quant à elle constituée par ces m^mes êtres vivants.
La formation d’un sol ne se déroule pas à échelle humaine mais demande du temps : c’est
ainsi qu’ « il faut plus d’un siècle […] pour élaborer un sol d’épaisseur égale à la largeur
d’une feuille de format A4 !». Le sol formé est un système dynamique qui va continuer à
évoluer sans cesse sous l’effet des différents facteurs d'altération et des organismes vivants ;
avec un acteur majeur, nouveau, 'gestionnaire du sol' : l'homme...
4.2.1 les organismes vivants :
Plantes, animaux qui vivent dans ou sur le sol (y compris les humains). Contrairement à ce
que l'on pourrait croire, il y a foule dans le sol. Ainsi, sous la semelle d'un randonneur, vivent
environ 7 millions d'invertébrés, soit autant d'habitants qu'en Suisse. Parmi les êtres vivants
dans le sol, on trouve notamment, une armée de microorganismes qui décomposent les résidus
végétaux et animaux, recyclés sous forme de matières organiques
Les être vivants vont être un’ ingrédient’ très important dans les processus de formation du
sol :
- les racines vont jouer un rôle mécanique primordial (fissuration, altération mécanique), mais
aussi en modifiant chimiquement le sol très proche de leur racines (rhyzosphere), en
modifiant le pH .
- les êtres vivants vont par leur activité enrichir le sol en matière organique, et la mélanger de
manière très fine aux matières minérales issues de l’altération. Les molécules organiques
formées vont être réactives et pouvoir entraîner des modifications des minéraux (notamment
des acides organiques...).
- Ils vont aussi respirer, chargeant l’eau du sol en CO 2, formant de l’acide carbonique,
entraînant une baisse de pH de l’eau, augmentant ses possibilités d’altération par hydrolyse
acide : H2O + CO2 ↔ H2CO3 ↔ HCO3- + H+↔ CO32- + 2H+
4.2.2 la roche-'mère'
Affleurant en surface, elle s'altère par l’action des êtres vivants mais aussi au contact de l'eau,
du vent ou de la neige et fournit les éléments minéraux durs et les sels minéraux dissous dans
l'eau.
La roche-mère constitue le substrat du sol. On étend le concept de roche-mère à tout matériel
lithologique dont les caractères physico-chimiques seront transmis au sol qui le surmonte et
qui se forme à ses dépends. (Remarque : Le sol peut également se développer à partir de
matériaux parentaux apportés par le vent, cas des limons et sables éoliens et l'eau : marais,
terrasses alluviales...)
[Link] La nature de la roche-mère
Il en existe 3 grands types : ignées, sédimentaires et métamorphiques, qui correspondent à 3
grands modes de formation qui peuvent être cycliques :
-Les roches ignées, aussi appelées magmatiques, sont issues de matériaux en fusion
provenant de l’intérieur de la Terre (magma). On distingues les roches ignées
plutoniques (ou intrusives) qui se refroidissent très lentement avant d’atteindre la surface
et les roches ignées volcaniques (ou extrusives) se forment lorsqu’un volcan est en
éruption. Le magma est alors expulsé hors de la terre et les coulées de lave se refroidissent
brutalement une fois à la surface de la terre. Ce sont des roches riches en silice (silicatées)
Ces réactions en présence d’eau sont donc prépondérantes pour expliquer la formation des
sols ; elles ont lieu de manière plus ou moins intense selon les latitudes.
4.2.4 La topographie qui joue sur l'exposition à l'érosion, l'écoulement de l'eau, le type et la
taille de la végétation, etc.
4.2.5 Le temps. Selon les conditions, il faut compter plusieurs siècles voire plusieurs milliers
d'années pour qu'un sol se forme, en particulier pour que sa partie minérale se mette en place.
De ce fait, cette portion minérale est une ressource non renouvelable. Il suffit de quelques
jours pour que l'érosion la fasse disparaître.
L’ensemble des processus de formation et d’évolution des sols est regroupé sous le terme
pédogenèse.
Dans un premier temps nous allons décrire les processus de départ de la formation d'un sol
( altération de la roche, acquisition d'une structure pédologique) et quelques processus
fondamentaux (décarbonatation, lixiviation)
En fonction des variations des 5 ‘ingrédients’ nécessaires à la formation des sols, plusieurs
processus d'évolution, aboutissent à des types de sols différents, avec des horizons
caractéristiques. Nous en décrirons 3, qui ont lieu sous nos climats tempérés : brunification,
lessivage et podzolisation.
La première étape est le fractionnement physique des roches cohérentes, ce qui multiplie
les surfaces de contact roche - eau - atmosphère. Ces processus d'altération sont très liés
aux conditions climatiques, puisque sous la dépendance à la fois de la pluviométrie (les
eaux dissolvent, transportent et évacuent les éléments) et des températures qui favorisent
les réactions chimiques sous l'action de l'eau et des solutés, et conditionnent l'activité
biologique. On peut distinguer 2 altérations selon que la roche est calcaire ou non :
• sur les formations calcaires.
Une roche calcaire est une roche sédimentaire carbonatée contenant au moins 50% de CaC03.
La dissolution des formations calcaires est un processus normal sous nos climats à possibilité
de drainage important. Cette dissolution libère des impuretés (argiles, mineraux silicatés...)
contenues dans les calcaires, des ions carbonates (CO32-, HCO3-), et des ions calcium (Ca2+)
transportés par les eaux. Les impuretés fourniront des matériaux silicates à la pédogenèse, à
condition de ne pas être évacués par l'érosion. La vitesse de ce processus est sous l'influence
de la pluviométrie, de la topographie (érosion), du couvert végétal (qui apporte des acides
organiques : acide citrique, oxalique...) et de la nature de la roche calcaire (taux d'impuretés,
dureté).
Cette altération, ménagée sous nos climats, de certains minéraux de ces roches (minéraux ferro-
magnésiens, feldspaths) conduit à dissocier les grains les uns des autres sans affecter la
structure de la roche. Il se forme une altérité (arène5 à structure lithologique conservée) dans
laquelle pourront se développer différents processus pédogénétiques.
L'horizon qui a perdu sa roche d'origine acquiert une nouvelle organisation due à
l'activité de la faune du sol (vers de terre qui amènent la MO de la surface vers les
galeries profondes). Les agrégats sont en général petits, poreux et présentent des
facettes courbes simples (structures grenues) ou associées (structures grumeleuses).
Cette structure construite est typique des horizons A organo-minéraux.
4.3.3 Dissolution du CaCO3 dans un sol calcaire = décarbonatation
C'est un processus très actif sous nos climats tempérés humides. Il s'agit d'une dissolution
des carbonatesde calcium (calcaire) par l'eau enrichie en gaz caronique suivant la réaction
suivante :
Il débute en affectant les horizons supérieurs et progresse vers la profondeur au cours des
siècles. Petit à petit apparaît un gradient des teneurs en CaC03, avec des teneurs plus
faibles en surface. Il dissout préférentiellement les particules les plus fines (<50 um) car
ce sont les plus réactives. Les horizons décarbonatés ne font plus (ou peu) effervesence à
l'HCl.
Lixiviation : il s'agit d'un processus de soustraction de matière par dissolution, aux dépens
du solum, des éléments solubles qui y sont contenus. Ces éléments solubles sont
principalement les alcalins et alcalino-terreux. Cette lixiviation est responsable de la
désaturation du complexe adsorbant et donc responsable de l'acidification du profil.
Attention à ne pas confondre avec le lessivage et la chéluviation...
C'est un phénomène normal sous nos climats. Il débute dès qu'il y a libération
d'éléments solubles par altération chimique dans des conditions suffisamment
drainantes. Elle se poursuit par l'entraînement des anions (notamment les nitrates,
NO3-) et des cations échangeables du complexe d'échange qui sont remplacés peu à
peu par les ions H+ et / ou par des ions Al3+, libérés par l'altération des
silicates,soluble si il y a acidification.
Remarque : les protons attaquent les minéraux argileux qui libèrent de l'Alet du Fe.
Au fur et à mesure que le pH diminue, l'Ai devient de plus en plus soluble et se
substitue progressivement aux cations Ca2+, Mg2+, K+, Na+ sur les sites d'échanges.
Ce processus conduit à la désaturation progressive du complexe adsorbant et~à
l'acidification naturelle du sol.(il est cependant plus ou moins compensé ou retardé
par la "remontée biologique" (racine...) des éléments (et par les remontées capillaires
en climat méditerranéen durant la saison sècheJ.)
4.3.5 Brunification
(Chauliac) Le processus de brunification s’observe sur tous matériaux, bien drainés, calcaires
ou non mais libérant une quantité importante d’argile et d’oxydes de fer libres.
L’horizon (B) brun, coloré par les oxydes de fer étroitement liés aux argiles, prend un
développement croissant.
Sur matériau calcaire, la fourniture d’argiles est assurée principalement par héritage à partir
de la roche mère.
Sur matériel silicaté (riche en silice : ex. granite, basalte ; voir document ci-dessous), la
brunification résulte d’une altération par hydrolyse acide limitée.
Les brunisols occupent une situation intermédiaire dans l’évolution des sols tempérés entre les
sols peu évolués, sols bruns calciques par exemple, et les types plus différenciés.
Ils ne présentent ni horizon E ni horizon BT, ce qui les distinguent des luvisols . Ils sont
caractérisés par la présence de l’horizon S (structural) appelé également horizon (B)
d’altération, l’horizon cambique de la terminologie américaine. Il n’est pas possible de
distinguer d’indice apparent de lessivage parce que l’entraînement de l’argile est ralentie par
un facteur écologique (acidité ou faible perméabilité du matériau), et surtout lorsque la
libération d’argiles issues du matériel lithologique par l’altération, compense les pertes par
lessivage.
Suite à une évolution régressive des conditions pédoclimatiques (notamment liées aux
diverses activités anthropiques), le processus du lessivage peut se substituer à la brunification.
Le lessivage est un processus d'entraînement mécanique par les eaux de gravité,des particules
fines dispersées (en général les argiles et les hydroxydes de fer libres qui leurs sont liés)
depuis des horizons supérieurs (qualifiés d'éluviaux)
vers des horizons plus profonds appelés BT. Les conditions optimales de lessivage ont été
définies en climat tempéré, sur des limons bien structurés à humus de type mull (oligomull,
amphimull, dysmull). La présence, dans l'horizon A, d'agrégats argilo-humiques, n'empêche
pas la dispersion, à certaines périodes de l'année (sous l'effet de l'impluvium) d'argiles fines
dont la migration, dans le sol, est facilitée par la présence de macroporosité. Les horizons
nouvellement formés se distinguent nettement par leur texture, ainsi que par leur couleur.
L'horizon E est généralement décoloré, voir blanc dans les cas où le processus de lessivage est
relativement ancien (on parlera d'horizon E albique Ea). La texture est dépourvue d'argiles,
les limons et les sables dominent. L'horizon BT, plus tassé, est plus coloré (présence
d'argiles), la texture est plus fine, il est souvent possible d'y réaliser le test du «boudin», voir
«l'anneau» dans les cas les plus évolués. Le dépôt (au niveau du front d'humectation) d'argiles
fines dans les pores contribue à diminuer la porosité globale de l'horizon qui peut donc
présenter des caractères rédoxiques voir réductiques. Le lessivage n'est possible qu'en
présence d'une faible concentration d'ions floculants Ça2" ou Al^, car ils empêchent (dans des
conditions pédoclimatiques normales) toute dispersion d'argiles. Le lessivage domine dans les
sols à acidité modérée (pH compris entre 5,5 et 6,5) dans les quels les éléments alcalins ne
sont pas trop nombreux. L'effet floculant des ions floculants est par ailleurs annihilé par la
présence d'une petite quantité de matière organique (humus acide) plus ou moins soluble. Celle-ci
forme, par ailleurs, des pellicules hydrophiles protectrices à la surface des argiles qui facilitent leur dispersion.
On définit un «indice d'entraînement». Celui-ci ne peut se calculer qu'à partir d'analyses de sols
réalisées en laboratoire. On parlera de lessivage lorsque :IE = (%argile Bt)/(%argile E) IE est entre 1,4 et 4
4.3.7 Podzolisation
La podzolisation est le processus pédogénétique final de l'évolution régressive des sols (on
introduira la notion de paraclimax pédologique) sous climat tempéré et matériaux parentaux
sableux. La podzolisation apparaît sous l'influence d'une litière acidifiante, d'un humus évolué
de type moder ou mor. Ces derniers (sous climat humide) produisent des quantités
importantes de précurseurs organiques tannants (solubles). Ces composés aromatiques
complexants, en percolant en profondeur dans le sol, sur un squelette minéral dominé par les
sables (donc pauvres en fer et en argiles), provoquent l'altération des minéraux argileux par
complexolyse (dispersion puis destruction irréversible) dont les produits s'associent aux ions
Fe^ et Al^ libres pour donner des complexes appelés chélates.
Chélates : ce sont des complexes organiques associés à des cations séquestrés de Ferou
d'Aluminium. Ces formes migrent en profondeur où elles précipitent sous une forme amorphe
en formant un petit horizon induré.
L'horizon E, dans lequel ne subsistent que les quartz les plus fins, prend une coloration
«cendreuse» (podzol = sol cendreux en russe). Cet horizon peut lui aussi présenter, dans
certains cas, des propriétés albiques (Ea).
Les éléments entraînés précipitent dans les horizons sous-jacents sous la forme amorphe
(horizon dit spodique) en BPh (de couleur noire) puis BPs (de couleur ocre rouille). En milieu
bien drainé, l'aluminium, plus mobile que le fer, est entraîné à un niveau inférieur ; en milieu
réductique, c'est l'inverse : le fer fortement mobilisé est alors entraîné latéralement par des
nappes temporaires, seul l'aluminium migre verticalement.
Auteur(s) : Alain Ruellan
Date : 12 octobre 1988
Lieu : France, Fontainebleau
Climat : Tempéré
Podzol
Les horizons sont :
- O = litière organique
- A = organo-minéral
- E = lessivé : appauvri en argile, fer, aluminium
- Bh = accumulation de matière organique et d'hydroxydes de fer et d'aluminium
- Bp = accumulation d'hydroxydes de fer et d'aluminium
- C = roche (grés) altéré
Le sol est très différencié podzolique, sur grés.
Dénomination WRB : Podzol
Hauteur de la coupe : 300 cm.
'Regards sur le sol' p.6-7 et 143
Hauteur de la coupe : 70 cm
Les flux d'eau et de matière sont très souvent verticaux. Il en résulte une différenciation
des sols en couches horizontales plus ou moins tranchées appelées horizon, dont nous
décrirons plus loin une nomenclature.
On peut ainsi décrire :
Un horizon marqué par une forte présence de matières organiques issues de la
décomposition des racines, feuilles et tiges, généralement de teinte plus foncée, quelle que
soit la roche d'origine.(A)
Un horizon souvent appauvri par le passage de l'eau de pluie chargée d'acidité et de
complexants issus de la décomposition de la matière organique sus-jacente. Il est de couleur
plus claire.(E)
Un horizon plus sombre, mieux structuré, qui constitue le point d'arrivée des substances en
mouvement. Il s'agit d'un horizon d'accumulation.(B)
Un horizon correspondant à la partie altérée de la roche mise en place. Cette « altérité » est
typique de la roche mère et des conditions d'altération.(C)
- Enfin le sol repose sur la roche-mère non altérée (D ou R)
On décrit ainsi un profil pédologique si l'on privilégie des processus d'évolution des sols et
un profil cultural si l'on privilégie l'observation du profil racinaire d'une culture. En réalité il
est souvent opportun de coupler les deux.
En raison du relief , il existe aussi des circulations latérales qui peuvent être considérables.
Elles donnent lieu à une différenciation latérale des sols. Prenons l'exemple d'un sol
lessivé en pente : l'erosion et le colluvionnement laissent apparaître une série de profils
différents.
5.3 Variabilité dans le temps : chronoséquence
Les sols évoluant selon les climats, il est possible de trouver sur un espace restreint
des sols ayant touvé des climats différents. Un exemple est donné par l'évolution
des sols sur roche volcanique de l'ile de la Reunion. Selon l'altitude, le régime des
pluies change de manière très importante en quelques kilomètres :
5.5 Geoséquence
Ex granite/calcaire à Crussol
5.6 Bioassociations
Aujourd'hui il existe, de part le monde, plusieurs types de classification des sols (FAO-
UNESCO, US Soil Taxonomy, DBG, WRB, classification CPCS, etc...). Dans un souci
d'harmonisation des pratiques et d'une meilleure compréhension des pédologues entres eux,
une rénovation des méthodes de classification a été entreprise à l'échelle internationale depuis
1992.
En France, en 1967, la Commission Pour la Classification des Sols (CPCS), sous l'impulsion
de Philippe DUCHAUFOUR, établie une classification dont la clé de détermination tient
compte du processus pédogénétique dominant dans le profil (décarbonatation, brunification,
lessivage, podzolisation, mélanisation, vertisolisation, ferrallitisation, engorgement, etc...). Par
ailleurs, les sols sont classés en deux grandes classes selon leur degré d'évolution
(potentiel ?) : peu évolués et évolués. Cette classification qui a été enseignée jusqu'à ces
dernières années est encore la plus largement utilisée sur le terrain. A deux reprises, en 1992
puis en 1995, sous l'impulsion de l'INRA et de l'AFES (Association Française pour l'Etude du
Sol), la méthode de classifications des sols a été rénovée pour être harmonisée au moins à
l'échelle européenne. Ainsi est né le Référentiel Pédologique (RP) et le Grand Ensemble de
Références (GER). Cette nouvelle systématique s'appuie sur la reconnaissance in situ (sur le
profil) d'horizons de référence (HR) dont la succession permet de rattacher un solum à une
Référence (voir illustration ?1). Pour information, on recense aujourd'hui 70 horizons de
référence et plus de 102 références de sols qu'il, vous faudraconnaître en plus de l'ancienne
méthode CPCS... De manière pragmatique, la reconnaissance de ces horizons se fait selon :
- les caractères morphologiques (texture, structure, couleur),
- des données analytiques (pH, S/T, CEC, densité),
- signification (ou logique) pédogénétique.
Un horizon de référence n'est jamais à lui seul un critère de classification pertinent. Par
ailleurs, le RP faisant souvent appel à des données analytiques obtenues seulement après
analyse au laboratoire, il n'est pas toujours d'une utilisation facile pour le forestier de terrain
qui a encore du mal à évaluer de manière sensorielle certains paramètres (granulométrie
précise très précise, taux de saturation, concentration en cations et anions, valeur de pH
précise...). Contrairement à une classification, un référentiel est un système souple qui
supprime, ou en tout cas, simplifie la hiérarchie des unités taxonomiques : seuls les types de
sols fondamentaux qui servent de références (GER) sont décrits avec précision. La difficulté
d'appliquer un tel système vient du fait qu'un sol est souvent le résultat d'une conjugaison
deprocessus qu'il convient alors de classer par influences croissantes dans le sol.
6.2.1 Andosol
Auteur(s) : Alain Ruellan
Date : 21 août 1971
Lieu : Australie du Sud
Climat : Méditerranéen subhumide
Andosol
Les traits en rouge symbolisent la limite séparant les horizons A et C
Le sol est de type A / C.
L'horizon A, organo-minéral, est finement structuré.
L'horizon C est du basalte altéré.
Le sol est peu différencié.
Dénomination WRB : Andosol
Hauteur de la coupe : 100 cm
On trouve ce type de sol en [Link] par son origine volcanique, l'andisol est
riche en silicate d'aluminium amorphe (non-cristallisé), l'ion Al3+ combiné avec la
matière organique forme un complexe stable qui bloque son évolution (allophane).
C'est un sol très fertile. De plus le matériau originel est meuble et très poreux, il
présente donc : des conditions favorables à l'enracinement, une bonne réserve
hydrique, et se travaille très bien.
6.2.2 Chernozem
Auteur(s) : Alain Ruellan
Date : 24 août 1971
Lieu : Ukraine
Climat : continental froid
Chernozem
A : horizon organo-minéral, noir, à structure grenue et grumeleuse fine.
Bca : horizon d'accumulation de calcaire, blanc, à structure polyédrique et prismatique.
C : roche-mère (loess) altérée, brun, à structure continue, massive.
Le sol est moyennement différencié.
Dénomination WRB : Chernozem
Hauteur de la coupe : 200 cm
Cette terre noire contient un fort pourcentage d'humus — 3% à 15%, riche en acide
phosphorique, phosphore et ammoniaque. Elle est très épaisse, souvent plus de 1 m, et jusqu'à
6 m en Ukraine. Elle est très fertile et ne nécessite pas d'engrais. Pour cette raison, elle est
souvent considérée comme le meilleur sol pour l'agriculture.
L'horizon de surface (Ah, car riche en humus), est caractérisé par une couleur très noire, une
structure grumeleuse, et une porosité importante (70%). Il contient une grande quantité de
calcium, et son pH est élevé. Il est riche en cations biogènes. Le chernozem a des propriétés
d'isohumisme, c’est-à-dire que l'humus s'incorpore profondément grâce au type de végétation
herbacée, dont le réseau racinaire peut d'enfoncer jusqu'à une profondeur de 2 mètres. La
restitution de la matière organique est faite principalement à partir de la décomposition des
racines. C'est pour cette raison que l'horizon humifère, la « terre noire », peut atteindre 1
mètre de profondeur. La quantité de matière organique, donc de carbone, diminue avec la
profondeur. L'humification de la matière organique est favorisée par le rapport C/N (carbone/
azote) peu élevé. Néanmoins la matière organique est plus humifiée que minéralisée car les
conditions climatiques des zones de terres noires impliquent une activité bactériologique
réduite et un temps de minéralisation important de la matière organique. Cela implique une
évolution de la matière organique en "mull tchernozemique", c’est-à-dire un type de matière
stable qui est peu sujet à la dégradation. Il faut aussi signaler l'homogénéité de l'horizon de
surface, favorisée par un brassage important dû principalement aux rongeurs. Leurs galeries
dans l'horizon inférieur, le Cca, sont après abandon comblées par l'humus de surface et
forment des taches très noires, les "crotovinas". Le brassage des horizons minimise également
la possibilité d'apparition d'un horizon Bt, horizon enrichi par des migrations d'argile.
L'horizon inférieur (Cca, matériau parent modifié, calcique), est caractérisé par la présence de
"poupées de lœss" et de pseudo-mycélium formés par la précipitation du carbone. Mais il n'y
a pas de couche carbonatée indurée.
6.2.5 Rendzine
Plusieurs dangers pèsent sur le sol, mettant en péril les fonctions que la pedosphere assure au
sein de la planète ; la plupart sont causés par l'action de l'homme. Un sol peut se degrader de 3
façons :
7.1 L'érosion
L'érosion des sols se développe lorsque les eaux de pluie, ne pouvant plus s'infiltrer dans le
sol, ruissellent sur la parcelle en emportant les particules de terre.
Dans les zones agricoles, le ruissellement*1 lié à de fortes précipitations entraîne le départ de
terre par érosion, de façon insidieuse en emportant les éléments fertiles du sol, ou de façon
spectaculaire en creusant de profondes ravines. Or le sol est une ressource naturelle non
renouvelable à l’échelle de temps historique. La prise en compte de l' érosion des sols dans
une politique environnementale et agricole durable représente donc une priorité car elle revêt
un caractère d’irréversibilité. L'érosion
provoque des dégâts aux terres agricoles mais a aussi des conséquences au-delà du sol lui-
même, puisqu’elle entraîne une dégradation de la qualité des eaux et le déplacement de
sédiments qu’il faut ensuite gérer. Elle est aussi souvent à l’origine de « coulées boueuses »
qui peuvent entraîner des dégâts importants faisant l’objet de demandes d’indemnisations des
particuliers ou des collectivités,au titre des catastrophes naturelles.
Auteur(s) : Alain Ruellan
Date : 6 septembre 1981
Lieu : Brésil, Amazonie, Tocantins
Climat : tropical humide
Amazonie : front pionnier agricole
Destruction de la forêt par le feu. On va semer du riz, du manioc ou du maïs.
'Regards sur le sol' p.23
7.2 Acidification
L'acidification des sols est un phénomène naturel, qui affecte plus particulièrement les
sols sans réserve de CaCO3. Certaines interventions de l'homme accentuent le phénomène
: effet acidifiant de certains engrais, azotés notamment.
La carte de France ci dessous représente les valeurs de pH des sols :
En jaune et turquoise, les sols basiques à réserve importante en CaCO3
En orange, rouge et brun, les sols sensibles à l'acidification.
La mise en culture des sols entraine en général une diminution de teneurs en MO, car le
bilan devient déficitaire entre les entrées et les sorties (car, par rapport aux écosystèmes
naturels, une partie de la biomasse est exportée sous forme de récolte).
Ce sujet est problèmatique tant les matières organiques possèdent des propriétés
intéressantes pour les sols :parmi les principales, citons la rétention en eau, la structuration
du sol par agrégation, la capacité d'échange en minéraux...
La carte de France ci dessous représente les valeurs de MO des sols :
En orange, rouge , les sols sensibles à teneurs plus élevées (>1,8 %).
7.4 Pollutions
Les ETM sont des éléments traces métalliques. On dit 'trace' car ils sont présent, en général,
naturellement à des très faibles teneurs dans les sols. C'est ce que l'on appelle le 'fonds
géochimique naturel'.
Cependant l'activité humaine engendre des flux d'ETM vers les sols qui 'accueillent' donc ces
éléments en les stockant.
Ce premier document est une estimation du flux total d'ETM vers les sols français, toutes
sources confondues (boues de station, engrais, retombées atmosphériques ...)
Les boues sont une des sources principales d'ETM, notamment pour le Cuivre (Cu)et le Zinc
(Zn).
D'autres sources sont importantes : les engrais pour le Cadmium (Cd), les retombées
atmospheriques pour le plomb (Pb).
Dans le sol, les ETM, se trouvent sous différentes formes, avec des mobilités (capacités à
passer sous d'autres formes) plus ou moins importantes.
– Les dioxines
- les COV
– sa capacité à être adsorbé dans le sol (moins un pesticide est adsorbé, plus
il représente un risque de pollution des nappes)
– sa persistance dans le sol (moins il est persistant, plus il dégradé)
7.6 Compactation
La mise en culture des sols engendre très souvent des diminutions de porosité des sols, qui
peuvent résulter de dégradation des structures, tassements, battance.