TABLE DE MATIERES
INTRODUCTION..........................................................................................................2
PARTIE I : CADRE CONCEPTUEL ET JURIDIQUE DE LA MOBILITÉ
ADMINISTRATIVE DANS LA FONCTION PUBLIQUE GABONAISE..................5
I.1. Définition et notions clés de la mobilité administrative...................................5
I.2. Les différentes formes de mobilité administrative............................................7
II. LA MOBILITÉ ADMINISTRATIVE COMME NÉCESSITÉ
FONCTIONNELLE DANS L’ADMINISTRATION PUBLIQUE GABONAISE
...............................................................................................................................11
II.1. La mobilité administrative comme outil d’équilibre des effectifs.................12
II.2. La mobilité administrative et la gestion des carrières...................................14
PARTIE III : LES DÉFIS, LIMITES ET PERSPECTIVES DE LA MOBILITÉ
ADMINISTRATIVE DANS L’ADMINISTRATION PUBLIQUE GABONAISE.....17
III.1. Les défis administratifs et organisationnels de la mobilité..........................17
III.2. Les défis humains et sociaux de la mobilité administrative.........................20
III.3. Les défis juridiques et éthiques de la mobilité administrative.....................23
III.4. Perspectives et pistes d’amélioration de la mobilité administrative au
Gabon....................................................................................................................26
CONCLUSION GÉNERALE...............................................................................32
i
INTRODUCTION
L’administration publique gabonaise constitue un pilier essentiel de l’État, assurant la
mise en œuvre des politiques publiques, la continuité de l’action administrative et la
fourniture des services publics aux citoyens. Pour remplir efficacement ces missions,
l’État s’appuie sur des agents publics répartis dans différents ministères, directions,
services déconcentrés et collectivités territoriales. Dans ce cadre, la gestion
administrative du personnel représente un enjeu majeur, car elle conditionne à la fois
l’efficacité des services, l’équité entre les agents et la performance globale de
l’administration. Parmi les mécanismes clés de cette gestion figure la mobilité
administrative, qui occupe une place stratégique mais demeure complexe à maîtriser.
La mobilité administrative désigne l’ensemble des mouvements professionnels des
agents publics au sein de l’administration, tels que les mutations, affectations,
détachements ou mises à disposition. Elle permet à l’administration d’ajuster ses
ressources humaines aux besoins des services, de corriger les déséquilibres en
personnel et de valoriser les compétences disponibles. Dans un pays comme le Gabon,
marqué par une concentration des administrations dans les grands centres urbains et
par un déficit de personnel dans certaines zones déconcentrées, la mobilité
administrative apparaît comme une nécessité fonctionnelle incontournable.
En effet, la mobilité administrative répond à plusieurs objectifs essentiels. Elle
favorise une meilleure répartition des agents sur l’ensemble du territoire national,
limite la surcharge de certains services et contribue à combler les manques en
ressources humaines ailleurs. Elle permet également aux agents d’acquérir de
nouvelles compétences, de diversifier leurs expériences professionnelles et de
renforcer leur polyvalence. À ce titre, la mobilité constitue un outil de gestion
moderne, indispensable à toute administration soucieuse d’efficacité, de continuité du
service public et de bonne gouvernance.
1
Toutefois, malgré ses avantages théoriques, la mise en œuvre de la mobilité
administrative dans l’administration publique gabonaise soulève d’importants défis de
gestion. Les procédures sont souvent perçues comme longues, complexes et parfois
peu transparentes. Les décisions de mutation ou d’affectation peuvent être influencées
par des considérations subjectives, au détriment des critères de compétence et des
besoins réels des services. Cette situation peut générer un sentiment d’injustice chez
les agents, entraîner une démotivation professionnelle et affecter négativement le
climat de travail.
Par ailleurs, la mobilité administrative comporte des implications sociales et humaines
non négligeables. Les mutations impliquent fréquemment des changements de lieu de
résidence susceptibles d’avoir un impact sur la vie familiale et sociale des agents.
L’insuffisance de mesures d’accompagnement ou d’incitations rend certaines
mobilités difficiles à accepter, notamment lorsqu’elles concernent des zones éloignées
ou peu attractives. Ainsi, au lieu d’être perçue comme une opportunité de progression
professionnelle, la mobilité est parfois vécue comme une contrainte.
Dès lors, la mobilité administrative dans l’administration publique gabonaise se
présente comme une réalité ambivalente : elle est à la fois une nécessité
fonctionnelle, indispensable au bon fonctionnement des services publics, et un défi
majeur de gestion, en raison des limites organisationnelles, juridiques et humaines
qui entravent son efficacité. Cette situation soulève plusieurs interrogations :
comment concilier les besoins de l’administration avec les attentes des agents
publics ? Quels sont les principaux obstacles à une mobilité équitable et efficace ?
Quelles améliorations peuvent être envisagées pour en faire un véritable levier de
modernisation de la gestion administrative du personnel ?
Afin de répondre à ces interrogations, notre exposé s’articulera autour de trois axes
principaux. Dans une première partie, nous présenterons la notion de mobilité
administrative, ses formes et son cadre juridique dans l’administration publique
2
gabonaise. La deuxième partie sera consacrée à l’analyse de la mobilité
administrative comme nécessité fonctionnelle pour l’organisation et la performance
des services publics. Enfin, la troisième partie portera sur les défis, limites et
perspectives d’amélioration de la mobilité administrative dans le contexte gabonais.
3
PARTIE I : CADRE CONCEPTUEL ET JURIDIQUE DE LA MOBILITÉ
ADMINISTRATIVE DANS LA FONCTION PUBLIQUE GABONAISE
La mobilité administrative constitue un élément fondamental de la gestion des
ressources humaines dans la fonction publique. Avant d’en analyser les enjeux
pratiques et les difficultés, il est indispensable d’en clarifier les fondements
conceptuels et juridiques. Cette première partie vise à définir précisément la notion de
mobilité administrative, à en présenter les différentes formes et à examiner le cadre
réglementaire qui encadre sa mise en œuvre dans l’administration publique gabonaise.
Cette approche permet de mieux comprendre les règles qui gouvernent les
déplacements des agents publics et les objectifs poursuivis par l’État à travers ces
mécanismes.
I.1. Définition et notions clés de la mobilité administrative
Pour bien comprendre les enjeux de la gestion des carrières au sein de l'appareil
étatique, il est essentiel de cerner avec précision les contours théoriques de la mobilité
administrative. Cette notion, centrale dans la fonction publique, repose sur des
mécanismes juridiques et organisationnels spécifiques. Afin d'en saisir toute la portée,
nous aborderons d'abord sa définition conceptuelle avant de distinguer ses deux
principales formes d'application.
I.1.1. Définition de la mobilité administrative
La mobilité administrative désigne l’ensemble des mouvements professionnels
effectués par un agent public au cours de sa carrière, au sein d’une même
administration ou entre différentes administrations. Elle implique un changement de
poste, de service, de ministère, de localité ou parfois de statut, tout en maintenant le
lien juridique entre l’agent et l’État.
4
Dans la fonction publique gabonaise, la mobilité administrative s’inscrit dans une
logique de gestion des effectifs et d’adaptation des ressources humaines aux besoins
des services publics. Elle ne doit pas être confondue avec une sanction disciplinaire,
même si elle est parfois perçue comme telle par les agents lorsqu’elle est mal
expliquée ou imposée sans concertation.
I.1.2. Distinction entre mobilité interne et mobilité externe
La mobilité administrative constitue un mécanisme essentiel de gestion des ressources
humaines au sein de la fonction publique. Elle peut être subdivisée en deux grandes
catégories principales, à savoir la mobilité interne et la mobilité externe, chacune
répondant à des logiques et à des finalités spécifiques.
La mobilité interne désigne l’ensemble des mouvements professionnels effectués à
l’intérieur d’un même ministère ou d’une même administration. Elle se traduit
généralement par un changement de poste, de fonction ou de service, sans
modification de l’appartenance institutionnelle de l’agent. Ce type de mobilité permet
de valoriser les compétences existantes, d’améliorer l’adaptation des agents aux
besoins évolutifs de l’administration et de favoriser leur épanouissement
professionnel, tout en assurant une meilleure répartition des ressources humaines.
En revanche, la mobilité externe correspond à un déplacement de l’agent vers une
autre administration, un autre ministère, une institution publique distincte ou
toute autre structure administrative. Elle offre la possibilité d’un élargissement
des expériences professionnelles, d’une diversification des compétences et d’un
enrichissement des pratiques administratives grâce au transfert de savoir-faire entre
institutions. Cette forme de mobilité contribue également à renforcer la coopération
interinstitutionnelle et à répondre aux besoins spécifiques en compétences dans
certaines administrations.
5
Bien que distinctes dans leur mise en œuvre, la mobilité interne et la mobilité externe
poursuivent des objectifs complémentaires. Elles visent notamment à optimiser
l’utilisation des compétences disponibles, à promouvoir la motivation et la
performance des agents publics, ainsi qu’à garantir la continuité et la qualité du
service public dans un contexte administratif en constante évolution.
Tableau 1 : Typologie générale de la mobilité administrative
Type de mobilité Définition Exemple dans
l’administration gabonaise
Mobilité interne Changement de poste dans Agent muté d’une direction à
le même ministère une autre
Mobilité externe Changement de ministère Agent transféré d’un
ou d’institution ministère à un autre
Mobilité géographique Changement de localité Mutation de Libreville vers
l’intérieur du pays
Mobilité fonctionnelle Changement de fonctions Passage d’un poste
administratif à un poste
technique
I.2. Les différentes formes de mobilité administrative
La mobilité administrative se décline sous plusieurs formes, chacune répondant à des
finalités précises et offrant des modalités distinctes de gestion des parcours
professionnels des agents publics. Les sections suivantes examineront les principales
formes de mobilité au sein de la fonction publique, en mettant en lumière leurs
caractéristiques, leurs objectifs et les enjeux qu’elles soulèvent
I.2.1. La mutation administrative
La mutation administrative constitue la forme la plus fréquente et la plus visible de
mobilité au sein de la fonction publique. Elle consiste en l’affectation d’un agent
6
public à un autre service, une autre direction ou une autre localité géographique,
sans que cela n’entraîne de modification de son grade, de son statut juridique ni de
ses droits acquis. Elle s’inscrit ainsi dans une logique de continuité de la carrière
administrative de l’agent.
Dans le contexte de la fonction publique gabonaise, la mutation représente un outil
privilégié de gestion des ressources humaines. Elle est principalement mise en œuvre
afin de répondre aux besoins urgents en personnel, notamment dans les services
confrontés à un déficit d’effectifs, de rééquilibrer la répartition des agents entre les
différentes structures administratives, et d’assurer la continuité et le bon
fonctionnement du service public sur l’ensemble du territoire national.
Toutefois, bien que la mutation poursuive des objectifs légitimes d’intérêt général, sa
mise en application peut parfois être à l’origine de tensions et d’incompréhensions
au sein de l’administration. Ces difficultés surviennent notamment lorsque les
décisions de mutation sont prises sans justification claire, sans communication
préalable ou sans prise en compte de la situation personnelle, familiale et sociale de
l’agent concerné. Dès lors, une gestion transparente, équitable et concertée des
mutations apparaît indispensable afin de préserver la motivation des agents et de
garantir l’efficacité de l’action administrative.
I.2.2. Le détachement et la mise à disposition
Le détachement est une forme particulière de mobilité administrative qui permet à un
agent public d’exercer ses fonctions à titre temporaire au sein d’une autre
administration ou d’un organisme public, différent de celui auquel il appartient
initialement. Durant cette période, l’agent conserve son corps d’origine, son grade
ainsi que ses droits statutaires, ce qui garantit la continuité de sa carrière
administrative. Le détachement répond généralement à des besoins spécifiques en
compétences et permet à l’administration d’accueil de bénéficier de l’expertise de
l’agent sans procéder à un recrutement définitif.
7
La mise à disposition, quant à elle, se distingue du détachement par le maintien du
lien financier avec l’administration d’origine. En effet, l’agent mis à disposition
continue d’être rémunéré par son administration d’origine, tout en exerçant ses
fonctions au sein d’une autre structure administrative ou publique. Ce mécanisme
facilite la collaboration entre institutions, tout en assurant une gestion souple et
rationnelle des effectifs.
Ces deux formes de mobilité administrative présentent des avantages significatifs tant
pour l’administration que pour les agents concernés. Elles favorisent notamment le
transfert et le partage des compétences entre services, renforcent la coopération
interadministrative, et contribuent à l’enrichissement professionnel des agents
publics grâce à l’acquisition de nouvelles expériences, de pratiques diversifiées et de
compétences élargies. À ce titre, le détachement et la mise à disposition constituent
des outils stratégiques de modernisation et d’optimisation de l’action administrative.
I.2.3. L’affectation et le redéploiement
L’affectation désigne la première assignation d’un agent public à un poste
déterminé à l’issue de son recrutement, de sa formation ou de sa titularisation, mais
également toute nouvelle assignation consécutive à un changement de fonctions ou
de service. Elle constitue une étape essentielle de la carrière administrative, dans la
mesure où elle permet de positionner l’agent en fonction des besoins de
l’administration, de son profil professionnel et de ses compétences spécifiques.
L’affectation vise ainsi à assurer une adéquation optimale entre les missions confiées
et les capacités de l’agent, contribuant à l’efficacité du service public.
Le redéploiement, quant à lui, s’inscrit dans une logique de gestion stratégique et
rationnelle des ressources humaines. Il a pour objectif principal de corriger les
déséquilibres en personnel observés entre les différentes administrations, services ou
zones géographiques. Cette forme de mobilité est particulièrement mobilisée pour
renforcer les zones sous-dotées, notamment à l’intérieur du pays, afin de garantir une
8
répartition plus équitable des agents publics et d’assurer l’égalité d’accès des usagers
aux services publics. Le redéploiement apparaît ainsi comme un instrument essentiel
d’aménagement administratif du territoire et d’optimisation de la performance de
l’administration.
Conclusion partielle
Cette première partie a permis d’établir les fondements conceptuels, juridiques et
organisationnels de la mobilité administrative au sein de la fonction publique
gabonaise. À travers l’analyse de ses définitions, de ses différentes formes et de ses
mécanismes d’application, il ressort que la mobilité administrative constitue un outil
essentiel de gestion des ressources humaines, légalement encadré et structuré autour
de principes visant à garantir l’efficacité et la continuité du service public.
L’étude a également mis en évidence la diversité des modalités de mobilité
administrative, telles que la mutation, le détachement, la mise à disposition,
l’affectation et le redéploiement, chacune répondant à des objectifs spécifiques et
complémentaires. Si ces mécanismes permettent une meilleure organisation des
services publics et une adaptation des effectifs aux besoins réels de l’administration,
leur mise en œuvre requiert néanmoins une gestion rigoureuse, équitable et
transparente. En effet, une application arbitraire ou insuffisamment expliquée de la
mobilité peut engendrer des incompréhensions, des tensions sociales, voire une
démotivation des agents publics.
Ainsi, ces éléments théoriques et analytiques constituent le socle indispensable à
l’examen de la mobilité administrative en tant que nécessité fonctionnelle au sein de
l’administration gabonaise. Ils ouvrent la voie à la deuxième partie de ce travail, qui
sera consacrée à l’analyse des enjeux pratiques, des limites et des perspectives de la
mobilité administrative dans l’optimisation du fonctionnement de l’appareil
administratif.
9
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II. LA MOBILITÉ ADMINISTRATIVE COMME NÉCESSITÉ
FONCTIONNELLE DANS L’ADMINISTRATION PUBLIQUE GABONAISE
Dans un contexte administratif et institutionnel marqué par des contraintes
budgétaires croissantes, des déséquilibres territoriaux persistants et une exigence
accrue de performance et de qualité des services publics, l’administration publique
gabonaise se trouve confrontée à de nombreux défis en matière de gestion des
ressources humaines. Face à ces enjeux, il devient impératif pour l’État d’optimiser
l’utilisation de son capital humain afin de répondre efficacement aux attentes des
usagers et d’assurer le bon fonctionnement des services publics.
Dans cette perspective, la mobilité administrative s’impose comme un levier
stratégique et fonctionnel de modernisation de l’administration. Elle permet non
seulement une meilleure répartition des agents publics en fonction des besoins réels
des services, mais aussi une adaptation continue de l’administration aux évolutions
institutionnelles, sociales et territoriales. En favorisant la flexibilité des effectifs et la
valorisation des compétences, la mobilité administrative contribue à renforcer
l’efficacité de l’action publique et à garantir la continuité du service public, principe
fondamental de l’administration.
Cette partie se propose ainsi d’analyser les fondements, les enjeux et les
justifications de la mobilité administrative en tant que nécessité fonctionnelle au
sein de l’administration publique gabonaise. Elle mettra en lumière les raisons pour
lesquelles la mobilité constitue un instrument incontournable pour améliorer la
performance administrative, réduire les inégalités dans l’accès aux services publics et
assurer une gestion plus rationnelle et équitable des ressources humaines de l’État.
11
II.1. La mobilité administrative comme outil d’équilibre des effectifs
Dans le cadre de la gestion stratégique des ressources humaines au sein de la fonction
publique gabonaise, la mobilité administrative se présente comme un instrument
incontournable pour assurer non seulement l’efficacité des services publics, mais aussi
l’équité dans l’accès aux prestations de l’État sur l’ensemble du territoire national. En
effet, la répartition des agents publics n’est jamais neutre : elle reflète et influence
directement la capacité de l’administration à répondre aux besoins des populations, à
maintenir une présence institutionnelle continue et à garantir la cohésion sociale.
Avant d’examiner les mécanismes concrets par lesquels la mobilité administrative
opère, il convient de mettre en lumière l’un des déséquilibres majeurs qui
caractérisent la fonction publique gabonaise : la concentration excessive des effectifs
dans les grands centres urbains, au détriment des provinces et zones rurales. C’est
dans ce contexte de disparités territoriales que la mobilité administrative prend toute
son importance, offrant des solutions de rééquilibrage et permettant à l’État de remplir
pleinement sa mission de service public, partout et pour tous.
II.1.1. Inégale répartition des agents publics sur le territoire
La répartition des agents publics sur l’ensemble du territoire gabonais demeure
marquée par de profonds déséquilibres géographiques. En effet, une part
significative des effectifs de la fonction publique est concentrée dans les grands
centres urbains, notamment Libreville et Port-Gentil, qui regroupent l’essentiel des
administrations centrales et des infrastructures publiques. À l’inverse, plusieurs
provinces ainsi que de nombreuses zones rurales et enclavées font face à un déficit
notable en personnel administratif, ce qui entrave le bon fonctionnement des
services publics locaux.
12
Cette concentration excessive des agents dans les principales villes a pour
conséquence une inégalité dans l’accès aux services publics, au détriment des
populations vivant à l’intérieur du pays. Elle contribue également à affaiblir la
capacité de l’État à exercer pleinement ses missions régaliennes sur l’ensemble du
territoire national.
Dans ce contexte, la mobilité administrative apparaît comme un instrument
fondamental de rééquilibrage territorial. Elle permet, d’une part, de corriger les
déséquilibres existants en redéployant les agents vers les zones sous-dotées, et,
d’autre part, d’assurer une présence effective et continue de l’État dans toutes les
régions du pays. En favorisant une meilleure répartition des ressources humaines, la
mobilité administrative contribue ainsi à garantir le principe d’égalité d’accès au
service public, en offrant à l’ensemble des citoyens, indépendamment de leur
localisation géographique, des services administratifs de qualité comparable.
II.1.1. Inégale répartition des agents publics sur le territoire
La répartition des agents publics sur l’ensemble du territoire gabonais demeure
marquée par de profonds déséquilibres géographiques. En effet, une part
significative des effectifs de la fonction publique est concentrée dans les grands
centres urbains, notamment Libreville et Port-Gentil, qui regroupent l’essentiel des
administrations centrales et des infrastructures publiques. À l’inverse, plusieurs
provinces ainsi que de nombreuses zones rurales et enclavées font face à un déficit
notable en personnel administratif, ce qui entrave le bon fonctionnement des
services publics locaux.
Cette concentration excessive des agents dans les principales villes a pour
conséquence une inégalité dans l’accès aux services publics, au détriment des
populations vivant à l’intérieur du pays. Elle contribue également à affaiblir la
capacité de l’État à exercer pleinement ses missions régaliennes sur l’ensemble du
territoire national.
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Dans ce contexte, la mobilité administrative apparaît comme un instrument
fondamental de rééquilibrage territorial. Elle permet, d’une part, de corriger les
déséquilibres existants en redéployant les agents vers les zones sous-dotées, et,
d’autre part, d’assurer une présence effective et continue de l’État dans toutes les
régions du pays. En favorisant une meilleure répartition des ressources humaines, la
mobilité administrative contribue ainsi à garantir le principe d’égalité d’accès au
service public, en offrant à l’ensemble des citoyens, indépendamment de leur
localisation géographique, des services administratifs de qualité comparable.
Tableau 2 : Apports fonctionnels de la mobilité administrative
Objectifs Effets attendus
Rééquilibrage des effectifs Meilleure couverture territoriale
Continuité du service public Réduction des dysfonctionnements
Adaptation aux besoins Réactivité administrative accrue
Valorisation des compétences Amélioration des performances
II.2. La mobilité administrative et la gestion des carrières
Au-delà de sa fonction de régulation des effectifs, la mobilité administrative joue un
rôle stratégique dans la construction et l’enrichissement des parcours professionnels.
Elle offre aux agents l’opportunité d’explorer différents postes, de s’exposer à des
contextes administratifs variés et de renforcer leurs compétences techniques et
organisationnelles. L’étude du développement des compétences à travers la mobilité
permet ainsi de comprendre comment cette pratique contribue à l’amélioration
continue du capital humain au sein de la fonction publique.
II.2.1. Développement des compétences professionnelles
La mobilité administrative constitue un levier essentiel de développement des
compétences professionnelles des agents publics. En permettant aux agents
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d’occuper successivement différents postes, d’intégrer des services variés ou
d’exercer leurs fonctions dans des contextes administratifs distincts, la mobilité
favorise l’acquisition de nouvelles expériences professionnelles et l’enrichissement
des parcours de carrière.
À travers ces changements, les agents publics ont l’opportunité d’élargir et de
diversifier leurs compétences, tant sur le plan technique que sur le plan
organisationnel et relationnel. Ils développent ainsi une plus grande capacité
d’adaptation, une meilleure maîtrise des procédures administratives et une
compréhension approfondie des exigences propres à chaque service. Cette
polyvalence contribue à renforcer leur efficacité et leur professionnalisme dans
l’exercice de leurs missions.
Par ailleurs, la mobilité administrative permet aux agents de mieux appréhender le
fonctionnement global de l’administration publique, en dépassant une vision
cloisonnée ou limitée à un seul service. Cette connaissance transversale favorise une
meilleure coordination entre les structures administratives, améliore la qualité du
travail collaboratif et participe à la construction d’une administration plus performante
et plus cohérente. En ce sens, le développement des compétences individuelles par la
mobilité bénéficie non seulement aux agents, mais également à l’ensemble de
l’appareil administratif.
II.2.2. Mobilité et motivation des agents
La mobilité administrative constitue également un levier important de motivation et
de valorisation professionnelle au sein de la fonction publique. Lorsqu’elle est
planifiée et mise en œuvre de manière transparente et équitable, elle permet aux
agents de se sentir reconnus pour leurs compétences et leur engagement, et
contribue à renforcer leur implication dans leurs missions.
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Tout d’abord, la mobilité favorise le renforcement de la motivation des agents. En
offrant la possibilité de découvrir de nouveaux postes, d’acquérir de nouvelles
responsabilités ou d’évoluer dans différents services, elle stimule l’intérêt
professionnel et prévient la routine ou la stagnation. Cette dynamique motive les
agents à améliorer leurs performances et à s’investir davantage dans l’exécution des
missions qui leur sont confiées.
Ensuite, la mobilité constitue un instrument privilégié de promotion interne, en
permettant aux agents de progresser dans leur carrière sans nécessairement quitter
l’administration. Elle valorise l’expérience accumulée, la polyvalence et la capacité
d’adaptation des agents, ouvrant ainsi des perspectives d’évolution hiérarchique et
fonctionnelle.
Enfin, en reconnaissant le mérite et l’engagement professionnel à travers des
affectations, des détachements ou des mutations stratégiques, la mobilité
administrative contribue à valoriser les compétences individuelles et à instaurer une
culture de performance au sein de l’administration. Cette valorisation renforce non
seulement la motivation individuelle, mais participe également à la construction d’un
environnement de travail plus dynamique et équitable.
En somme, une mobilité bien gérée apparaît comme un outil stratégique de
fidélisation, de valorisation et d’optimisation des ressources humaines, bénéfique
tant pour les agents que pour l’efficacité globale de l’administration publique
gabonaise.
Conclusion partielle
Cette deuxième partie a montré que la mobilité administrative est une nécessité
fonctionnelle incontournable pour l’administration publique gabonaise. Elle contribue
à l’équilibre des effectifs, à la continuité du service public et à la valorisation des
carrières. Toutefois, ces avantages restent largement conditionnés par la qualité de la
16
gestion administrative. Lorsque la mobilité est mal encadrée, elle peut produire des
effets inverses, ce qui conduit à examiner les défis et limites de ce mécanisme dans la
troisième partie.
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PARTIE III : LES DÉFIS, LIMITES ET PERSPECTIVES DE LA MOBILITÉ
ADMINISTRATIVE DANS L’ADMINISTRATION PUBLIQUE GABONAISE
Si la mobilité administrative constitue un levier indispensable au bon fonctionnement
de l’administration publique gabonaise, sa mise en œuvre effective se heurte à de
nombreuses difficultés. Ces obstacles, d’ordre organisationnel, juridique, humain et
matériel, limitent l’efficacité du système de mobilité et en altèrent parfois les objectifs
initiaux. Cette troisième partie vise à analyser en profondeur les principaux défis liés à
la mobilité administrative au Gabon, avant de proposer des pistes d’amélioration
susceptibles de renforcer son efficacité, son équité et son acceptabilité par les agents
publics.
III.1. Les défis administratifs et organisationnels de la mobilité
Dans le cadre de la fonction publique gabonaise, la mobilité administrative ne se
limite pas à un simple déplacement d’agents : elle implique une série d’opérations
institutionnelles et réglementaires qui conditionnent sa réussite. Avant d’aborder les
aspects humains ou territoriaux de la mobilité, il est nécessaire de considérer les défis
administratifs et organisationnels qui entravent son efficacité. Parmi ceux-ci, la
lenteur des procédures et la complexité bureaucratique constituent des obstacles
majeurs, retardant la prise de fonction des agents et affectant la continuité et la qualité
du service public.
III.1.1. Lenteurs administratives et complexité des procédures
L’un des principaux défis auxquels est confrontée la mobilité administrative dans la
fonction publique gabonaise réside dans la lourdeur et la complexité des
procédures administratives. En effet, les décisions relatives à la mutation, à
l’affectation, au détachement ou à la mise à disposition des agents doivent
généralement traverser plusieurs niveaux hiérarchiques, impliquant la saisie de
différents services, la validation par plusieurs autorités et la consultation de textes
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réglementaires spécifiques. Cette multiplicité d’étapes allonge considérablement les
délais de traitement, parfois au détriment de l’efficacité du service public.
Ces lenteurs administratives ont des conséquences concrètes sur le fonctionnement
des services et sur la situation des agents concernés :
elles peuvent générer des retards dans la prise de fonction, ce qui retarde la
mise en œuvre des missions essentielles des services publics ;
elles entraînent souvent des périodes d’inactivité administrative pour les
agents, qui se retrouvent dans l’attente de la régularisation de leur situation ;
elles provoquent des dysfonctionnements opérationnels dans les services
concernés, notamment en termes de continuité et de qualité du service public.
Dans certains cas extrêmes, un agent muté peut attendre plusieurs mois avant que sa
situation administrative et financière ne soit régularisée, ce qui affecte non
seulement sa capacité à remplir ses nouvelles missions, mais également sa motivation
et son engagement professionnel. Cette situation illustre l’importance d’une
rationalisation et d’une simplification des procédures administratives, afin de
rendre la mobilité plus efficace et mieux adaptée aux besoins de l’administration et
des agents.
III.1.2. Insuffisance de planification stratégique des mobilités
Un autre défi majeur de la mobilité administrative dans la fonction publique
gabonaise réside dans l’insuffisance de planification stratégique. En effet, dans de
nombreuses administrations, la gestion des mutations, affectations, détachements ou
redéploiements est souvent ponctuelle et réactive, répondant davantage à des
urgences immédiates qu’à une réflexion globale sur l’optimisation des ressources
humaines à moyen ou long terme.
Cette absence de vision stratégique entraîne plusieurs conséquences problématiques :
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des décisions prises dans l’urgence, qui ne tiennent pas toujours compte de la
disponibilité réelle des agents, de leurs compétences ou de leurs contraintes
personnelles ;
une mauvaise anticipation des besoins en personnel, qui peut se traduire par
des déséquilibres persistants entre services ou zones géographiques et par une
surcharge de travail pour certaines structures ;
une incohérence dans les affectations, où les agents sont déplacés sans
logique globale, ce qui peut nuire à la continuité des services et à l’efficacité
administrative.
En conséquence, la mobilité perd une partie de son potentiel fonctionnel et
stratégique. Plutôt que de constituer un outil planifié de gestion optimale des
ressources humaines, elle devient un mécanisme ponctuel, susceptible de générer
frustration et démotivation chez les agents. Une meilleure planification prospective
et coordonnée des mobilités apparaît donc indispensable pour renforcer l’efficacité
des services, anticiper les besoins futurs et garantir une utilisation rationnelle et
équitable des compétences au sein de l’administration publique gabonaise.
Tableau 3 : Difficultés organisationnelles liées à la mobilité administrative
Problèmes identifiés Conséquences
Procédures longues Retards administratifs
Manque de coordination Désorganisation des services
Absence de planification Mobilités inefficaces
Faible suivi des agents Insatisfaction professionnelle
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III.2. Les défis humains et sociaux de la mobilité administrative
Au-delà des défis strictement organisationnels et administratifs, la mobilité
administrative a des conséquences profondes sur la dimension humaine des agents
publics. Chaque mutation, détachement ou redéploiement implique un
bouleversement potentiel de la vie personnelle et familiale, en particulier lorsque les
affectations nécessitent des déplacements vers des zones éloignées ou insuffisamment
équipées. Il devient alors crucial d’examiner de manière approfondie ces impacts
sociaux, afin de comprendre comment la mobilité peut influencer la stabilité familiale,
les conditions de vie et le bien-être général des agents, éléments essentiels pour
assurer leur engagement et leur performance au service de l’administration
III.2.1. Impact de la mobilité sur la vie personnelle et familiale
La mobilité administrative implique fréquemment un changement de localité, qui
peut conduire les agents à s’installer dans des zones éloignées, rurales ou
insuffisamment équipées en infrastructures sociales telles que le logement, les
établissements scolaires et les structures de santé. Ces déplacements ont des
répercussions directes sur la vie personnelle et familiale des agents publics.
Parmi les principaux impacts, on peut relever :
une instabilité familiale, liée à la nécessité de déménager régulièrement ou de
vivre séparé de ses proches lorsque le conjoint ne peut pas suivre ;
des perturbations dans la scolarité des enfants, qui doivent s’adapter à de
nouveaux établissements, à des programmes différents ou à des conditions
d’enseignement parfois moins favorables ;
une détérioration des conditions de vie de l’agent, notamment en raison de
l’éloignement des infrastructures de base, de la qualité limitée des services
locaux ou de difficultés d’accès aux commodités essentielles.
21
Ces contraintes personnelles et familiales peuvent générer du stress, de la fatigue et
une démotivation chez l’agent, surtout lorsque la mobilité est imposée sans
concertation ni accompagnement. En l’absence de dispositifs de soutien adaptés
(logement, aides financières, accompagnement social, prise en charge de la scolarité
des enfants), la mobilité risque d’être perçue davantage comme une contrainte
administrative que comme une opportunité de développement professionnel.
Ainsi, pour que la mobilité remplisse pleinement sa fonction stratégique, il est
nécessaire de mettre en place des mesures d’accompagnement et
d’accompagnement social, permettant de concilier les objectifs de l’administration
avec le bien-être et la stabilité des agents et de leurs familles.
III.2.2. Perception négative et démotivation des agents
La mobilité administrative, lorsqu’elle est mal planifiée ou insuffisamment
expliquée, peut être perçue par les agents comme injuste ou arbitraire, ce qui a des
répercussions importantes sur leur motivation et leur engagement professionnel.
Cette perception négative peut générer plusieurs conséquences :
un sentiment de frustration, lié à l’impression que les décisions de mobilité
ne prennent pas en compte les compétences, l’ancienneté ou les contraintes
personnelles de l’agent ;
une baisse de motivation, qui peut se traduire par une diminution de la
productivité, une moindre implication dans les missions confiées et un
désengagement progressif vis-à-vis de l’administration ;
une perte de confiance envers l’administration, pouvant entraîner un climat
organisationnel moins favorable et nuire à la cohésion des équipes.
Ces effets sont souvent amplifiés lorsque les critères de mobilité ne sont pas
clairement définis, transparents ou communiqués aux agents. L’absence de
22
procédures claires et d’une communication efficace crée un sentiment d’injustice et
peut renforcer l’idée que la mobilité est un outil de sanction ou une décision arbitraire,
plutôt qu’un mécanisme de gestion et de valorisation des ressources humaines.
Ainsi, pour que la mobilité administrative soit perçue comme une opportunité
professionnelle et un levier de développement, il est essentiel de mettre en place :
des critères transparents et objectifs de mobilité,
une communication claire et préalable avec les agents concernés,
et, si possible, des dispositifs d’accompagnement pour faciliter l’adaptation et
valoriser l’expérience acquise.
Une gestion proactive et équitable de la mobilité contribue non seulement à préserver
la motivation des agents, mais aussi à renforcer l’efficacité et la crédibilité de
l’administration publique gabonaise.
Schéma 2 :
Conséquences humaines de la mobilité mal gérée
Mobilité imposée
Manque d’accompagnement
Démotivation Baisse de performance Conflits administratifs
23
III.3. Les défis juridiques et éthiques de la mobilité administrative
Respect des droits des agents publics
La mise en œuvre de la mobilité administrative dans la fonction publique gabonaise
doit s’inscrire dans le plein respect des droits fondamentaux des agents, afin de
garantir l’équité, la légalité et la légitimité des décisions prises. La mobilité, bien
que nécessaire au bon fonctionnement des services publics, ne peut se concevoir
comme un simple mécanisme organisationnel ; elle doit être encadrée par des
principes garantissant la protection des agents et la transparence des procédures.
Parmi ces droits essentiels, on peut citer :
Le droit à l’information : chaque agent doit être informé des décisions le
concernant, des motifs de la mobilité, des critères appliqués et des procédures
à suivre. Cette information doit être claire, complète et accessible, afin que
l’agent puisse comprendre les enjeux et se préparer à sa nouvelle affectation.
Le droit à la transparence : les décisions de mobilité doivent reposer sur des
critères objectifs, publiés et accessibles à tous les agents, garantissant que
les affectations, mutations ou détachements ne soient ni arbitraires ni
discriminatoires. La transparence permet de prévenir toute suspicion de
favoritisme et de renforcer la confiance des agents dans l’administration.
Le respect de la carrière et du statut : la mobilité ne doit en aucun cas
remettre en cause le grade, l’ancienneté ou les droits acquis des agents. Les
mutations, détachements ou redéploiements doivent respecter les dispositions
légales et réglementaires, afin de préserver la sécurité juridique et la stabilité
professionnelle de chaque agent.
Le non-respect de ces principes peut avoir des conséquences significatives, tant pour
l’administration que pour les agents. Il peut entraîner des recours contentieux, des
24
retards dans la prise de fonction, des tensions au sein des services, et nuire à la
crédibilité et à l’image de l’administration publique.
Ainsi, pour que la mobilité administrative soit réellement un outil efficace et
stratégique de gestion des ressources humaines, elle doit être structurée,
transparente et conforme au cadre légal, garantissant à chaque agent un traitement
juste, équitable et respectueux de ses droits tout au long de sa carrière. Cette approche
permet non seulement de protéger les agents, mais aussi de renforcer la performance,
la motivation et la confiance au sein de l’ensemble de l’administration publique
gabonaise.
III.3.2. Risques de favoritisme et d’iniquité
La mise en œuvre de la mobilité administrative peut parfois être compromise par des
pratiques de favoritisme ou par des décisions influencées par des considérations
personnelles, politiques ou relationnelles. Bien que marginales dans certaines
administrations, ces situations portent gravement atteinte aux principes
fondamentaux de la fonction publique, et menacent la légitimité de la gestion des
ressources humaines.
Parmi les principes essentiels affectés par ces pratiques, on peut citer :
Le mérite, qui doit guider toute décision de mobilité afin de reconnaître et de
valoriser les compétences, l’expérience et l’engagement des agents dans
l’accomplissement de leurs missions ;
L’équité, garantissant un traitement impartial de tous les agents et l’égalité
d’accès aux opportunités professionnelles, indépendamment du statut, de
l’ancienneté ou des relations personnelles de l’agent ;
La neutralité de l’administration, qui implique que les décisions de gestion
des ressources humaines ne soient pas dictées par des préférences ou des
25
pressions externes, mais uniquement par les besoins du service et des critères
objectifs de performance.
Lorsque le favoritisme ou l’iniquité interviennent dans les décisions de mobilité,
plusieurs conséquences négatives peuvent se produire : démotivation des agents,
perte de confiance envers l’administration, tensions internes au sein des services,
et parfois même recours contentieux. Ces pratiques compromettent non seulement la
performance des services, mais fragilisent également le principe de transparence et
de justice, qui constitue le fondement de la gestion des carrières dans la fonction
publique.
Pour prévenir ces risques et renforcer la crédibilité de la mobilité administrative, il est
indispensable de mettre en place :
des procédures de mobilité claires, codifiées et transparentes ;
des critères objectifs et vérifiables pour la sélection et l’affectation des
agents ;
des instances de contrôle et de suivi interne, chargées de veiller à
l’application des règles et de sanctionner les pratiques déviantes.
Ainsi, la prévention du favoritisme et de l’iniquité constitue un enjeu majeur pour
garantir une mobilité administrative équitable, valoriser le mérite, renforcer la
motivation des agents et assurer l’efficacité globale de l’administration publique
gabonaise.
26
Tableau 4 : Enjeux éthiques de la mobilité administrative
Enjeux Risques associés
Transparence Suspicion d’arbitraire
Équité Injustice entre agents
Neutralité Favoritisme
Légalité Contentieux administratifs
III.4. Perspectives et pistes d’amélioration de la mobilité administrative au
Gabon
Face aux multiples dysfonctionnements observés dans la gestion de la mobilité
administrative au Gabon, il apparaît indispensable de réfléchir à des perspectives
d’amélioration concrètes et durables. La mobilité, loin d’être uniquement un
mécanisme de déplacement des agents, doit devenir un véritable outil stratégique de
gestion des ressources humaines, au service de l’efficacité administrative, de l’équité
entre les agents et de la modernisation de l’État. À ce titre, plusieurs pistes peuvent
être envisagées, notamment le renforcement de la planification et de la transparence,
la digitalisation des procédures ainsi que la mise en place de mesures
d’accompagnement social adaptées.
III.4.1. Renforcement de la planification et de la transparence
La première piste d’amélioration majeure de la mobilité administrative repose sur la
nécessité de renforcer la planification et la transparence des décisions d’affectation.
En effet, l’absence de règles claires et de programmation rigoureuse alimente un
sentiment d’injustice et d’arbitraire parmi les agents publics, fragilisant ainsi la
légitimité des décisions administratives.
27
III.4.1.1. La définition de critères objectifs et connus de tous
Afin de garantir une mobilité plus équitable et mieux acceptée, il est essentiel que les
décisions d’affectation reposent sur des critères objectifs, clairement définis et
accessibles à l’ensemble des agents.
Ces critères pourraient inclure l’ancienneté dans le poste, les compétences
professionnelles, les besoins réels des services, la situation familiale de l’agent ou
encore son parcours de carrière. Leur formalisation permettrait de limiter les
interventions subjectives, les favoritismes et les soupçons de clientélisme souvent
dénoncés dans l’administration publique gabonaise. En rendant ces critères publics,
l’administration renforcerait la confiance des agents dans le système de mobilité et
favoriserait une meilleure adhésion aux décisions prises.
III.4.1.2. La mise en place d’une planification annuelle ou pluriannuelle
Au-delà des critères, la mobilité administrative doit s’inscrire dans une logique de
planification structurée et anticipée.
La mise en place d’une planification annuelle ou pluriannuelle des mouvements
permettrait d’anticiper les besoins en personnel, d’éviter les décisions improvisées et
de mieux préparer les agents concernés. Une telle planification offrirait également aux
agents une meilleure visibilité sur leur avenir professionnel, réduisant ainsi
l’incertitude et l’angoisse liées aux mutations imprévues. Elle contribuerait à une
meilleure répartition des ressources humaines sur l’ensemble du territoire national, en
tenant compte des réalités locales et des priorités sectorielles.
III.4.1.3. L’amélioration de la communication avec les agents
Enfin, une politique de mobilité efficace ne peut se concevoir sans une
communication claire, régulière et transparente avec les agents publics.
28
L’administration gagnerait à informer les agents en amont des projets de mobilité, des
procédures à suivre et des motivations des décisions prises. Une communication
renforcée permettrait de prévenir les incompréhensions, de réduire les tensions
sociales et de favoriser un dialogue constructif entre l’administration et les agents.
Elle constitue également un levier essentiel de reconnaissance et de respect des
agents, souvent perçus comme de simples exécutants sans réelle considération pour
leur situation personnelle.
III.4.2. Digitalisation de la gestion de la mobilité
Dans un contexte de modernisation de l’action publique, la digitalisation apparaît
comme un levier incontournable pour améliorer la gestion de la mobilité
administrative au Gabon. Les procédures encore largement manuelles et fragmentées
constituent un frein à l’efficacité et à la fiabilité du système actuel.
III.4.2.1. La réduction des délais de traitement
L’un des principaux avantages de la digitalisation réside dans la réduction
significative des délais de traitement des dossiers de mobilité.
La dématérialisation des demandes et des décisions permettrait d’accélérer les
procédures, de limiter les pertes de dossiers et de fluidifier les échanges entre les
différentes administrations concernées. Les agents pourraient suivre l’évolution de
leur dossier en temps réel, ce qui renforcerait la transparence et réduirait les
frustrations liées aux lenteurs administratives.
III.4.2.2. L’amélioration du suivi et de la traçabilité des dossiers
La digitalisation offrirait également une meilleure traçabilité des décisions de
mobilité.
Grâce à un système informatique centralisé, chaque étape du processus pourrait être
enregistrée, consultable et vérifiable. Cela permettrait de responsabiliser les acteurs
29
administratifs, de limiter les erreurs humaines et de faciliter les contrôles internes.
Une telle traçabilité contribuerait à renforcer la crédibilité du système de mobilité et à
prévenir les abus.
III.4.2.3. Une meilleure gestion des carrières et des affectations
Au-delà de la mobilité, la digitalisation favoriserait une gestion plus globale et
cohérente des carrières des agents publics.
Un système informatisé centralisé permettrait de disposer de données fiables sur les
parcours professionnels, les compétences disponibles et les besoins des services. Cette
approche favoriserait une mobilité plus stratégique, alignée sur les objectifs de
performance de l’administration publique et sur le développement professionnel des
agents.
III.4.3. Mise en place de mesures d’accompagnement social
Si les réformes organisationnelles et technologiques sont indispensables, elles
demeurent insuffisantes sans une prise en compte réelle de la dimension humaine de
la mobilité administrative. En effet, une mutation peut avoir des conséquences
importantes sur la vie personnelle, familiale et sociale des agents.
III.4.3.1. Les aides au logement
L’une des principales difficultés rencontrées par les agents mutés concerne l’accès au
logement dans leur nouvelle localité d’affectation.
La mise en place d’aides au logement, telles que des logements administratifs ou des
allocations spécifiques, permettrait de réduire l’impact financier et matériel de la
mobilité. Ces mesures contribueraient à rendre les mutations moins contraignantes et
à favoriser une installation rapide et stable des agents.
30
III.4.3.2. Les primes de mobilité
Par ailleurs, l’octroi de primes de mobilité constituerait un levier de motivation et de
reconnaissance pour les agents concernés.
Ces primes permettraient de compenser les frais liés au déménagement, à l’installation
et à l’adaptation à un nouvel environnement. Elles traduiraient également la
reconnaissance institutionnelle des efforts consentis par les agents au service de
l’administration.
III.4.3.3. L’accompagnement familial et social
Enfin, la mobilité administrative doit intégrer un accompagnement familial et social
adapté.
Cela peut inclure l’aide à la scolarisation des enfants, l’accompagnement du conjoint
dans l’accès à l’emploi ou encore un soutien social et psychologique. En tenant
compte de ces dimensions, l’administration favoriserait une mobilité plus humaine,
plus acceptable et donc plus efficace.
Schéma 3 : Vers une mobilité administrative efficace
Planification + Transparence
Digitalisation des procédures
Accompagnement des agents
31
Mobilité équitable et performante
Conclusion partielle
Cette troisième partie a mis en évidence les nombreux défis auxquels est confrontée la
mobilité administrative au sein de l’administration publique gabonaise. Bien
qu’indispensable au bon fonctionnement des services publics et à l’équilibre territorial
des ressources humaines, sa mise en œuvre demeure fragilisée par des insuffisances
organisationnelles, un manque de transparence, des lenteurs administratives et une
prise en compte encore limitée de la dimension sociale. Toutefois, des perspectives
d’amélioration réelles existent. Le renforcement de la planification et de la
transparence, la digitalisation des procédures et la mise en place de mesures
d’accompagnement social constituent des leviers essentiels pour transformer la
mobilité administrative en un véritable outil de modernisation, d’équité et de
performance de l’action publique au Gabon.
32
CONCLUSION GENERALE
La mobilité administrative occupe une place centrale dans la gestion du personnel de
la fonction publique gabonaise. Elle constitue à la fois un instrument stratégique
pour l’État, visant à optimiser l’utilisation des ressources humaines, et un enjeu
majeur pour les agents publics, dont la carrière et la motivation dépendent
directement des décisions de mobilité.
Tout au long de ce mémoire, il a été démontré que la mobilité administrative répond à
une nécessité fonctionnelle, en permettant :
une meilleure répartition des effectifs sur le territoire national,
la continuité et la qualité du service public, même dans les zones sous-
dotées,et la valorisation des compétences professionnelles, grâce à
l’acquisition d’expériences variées et au développement de la polyvalence des
agents.
Cependant, l’analyse a également mis en lumière des défis persistants liés à sa mise
en œuvre. Les lenteurs administratives, la complexité des procédures, l’insuffisance
de planification stratégique et les contraintes humaines (telles que les impacts sur la
vie familiale et la motivation des agents) constituent des obstacles réels. À ces limites
s’ajoutent les risques d’iniquité et de favoritisme, qui fragilisent la confiance des
agents et peuvent compromettre l’efficacité des services. Ces éléments expliquent en
grande partie la perception négative de la mobilité par certains agents et les
dysfonctionnements constatés dans la pratique.
Face à ces constats, il apparaît indispensable de repenser la politique de mobilité
administrative au Gabon. Cette réforme devrait s’appuyer sur plusieurs axes :
la transparence et la codification des procédures, afin de sécuriser les droits
des agents et d’éviter toute décision arbitraire,
33
la planification stratégique à moyen et long terme, pour anticiper les
besoins en personnel et optimiser l’affectation des ressources,
l’accompagnement social et professionnel des agents, notamment en
matière de logement, de scolarité des enfants et d’intégration dans les
nouveaux services,
et l’introduction de mécanismes digitalisés, facilitant la gestion des
mobilités et la traçabilité des décisions.
En définitive, une mobilité administrative bien conçue et correctement appliquée
constitue un levier majeur pour renforcer la performance de l’administration
publique gabonaise, améliorer la motivation et l’engagement des agents, et garantir
une qualité durable du service public au bénéfice des citoyens. La réussite de ce
processus repose sur une alliance entre rigueur administrative, équité,
transparence et prise en compte des besoins humains, qui sont les fondements
d’une fonction publique moderne, efficace et crédible.
34
BIBLIOGRAPHIE
1. Documents officiels
République Gabonaise, Statut général de la fonction publique, textes en
vigueur.
Ministère de la Fonction publique, Textes réglementaires relatifs à la
gestion des carrières et à la mobilité des agents publics.
République Gabonaise, Textes relatifs à l’organisation administrative et
territoriale de l’État.
2. Ouvrages et manuels
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ressources humaines, Paris, L’Harmattan.
CROZIER, M., Le phénomène bureaucratique, Paris, Seuil.
PERETTI, J.-M., Gestion des ressources humaines, Paris, Vuibert.
3. Articles et publications académiques
Articles relatifs à la mobilité administrative, à la gestion des carrières
publiques et à la modernisation de l’administration publique en Afrique.
Publications universitaires sur la réforme administrative et la gouvernance
publique.
4. Sources électroniques
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(Gabon). Consulté sur
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Articles scientifiques
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d’Afrique francophone : l’exemple du Bénin, du Gabon et du Sénégal. Revue
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Scientific Journal, 3(33), 1442.
Ly, A. S. (2025). Nouveau management public en Afrique : enjeux, défis et
perspectives de la gestion des ressources humaines. Research and Analysis
Journal, 8(09), 21-28.
Indjendje Ndala, P. D. (2024). Influence du type de management sur une
fonction publique embrigadée ou libérée : cas du Gabon. International Journal
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ii