dispositions préliminaires », Titre 2. « Des mandats de justice », Titre 3.
« De
l’arrestation », Titre 4. « Des notifications ». Le livre II, « De la constatation et de la
poursuite des infractions », est composé de quatre titres. Titre 1. « De l’action
publique et de l’action civile », Titre 2. « De la police judiciaire et des autorités
chargées des enquêtes de police judiciaire », Titre 3. « Du ministère public », Titre 4.
« De l’information judiciaire ». Le Livre III. « Des juridictions de jugement », est
composé de trois titres. Titre 1. « Du tribunal de première instance », Titre 2. « Du
tribunal de grande instance », Titre 3. « Des jugements de défaut ». Le Livre IV,
« Des voies de recours » est composé de quatre titres. Titre 1. « De l’opposition »,
Titre 2. « De l’appel », Titre 3. « Du pourvoi en cassation », Titre 4. « De la révision du
procès pénal ». Le Livre V, « De l’exécution des décisions de justice » est composé
de quatre titres. Titre 1. « Des dispositions générales », Titre 2. « De l’incarcération »,
Titre 3. « Des condamnations pécuniaires », Titre 4. « Du casier judiciaire ». Le Livre
VI, « Des procédures particulières » est composé de dix sept titres. Titre 1. « De
l’habéas corpus », Titre 2. « De l’audition des membres du Gouvernement et des
représentations diplomatiques », Titre 3. « De la récusation », Titre 4. Du règlement
de juges », Titre 5. Du renvoi d’une juridiction à l’autre », Titre 6. « Des amendes
forfaitaires », Titre 7. « Du jugement des contraventions », Titre 8. « Des infractions
commises à l’audience », Titre 9. « De la reconstitution de pièces », Titre 10. « Du
privilège de juridiction », Titre 11. « De l’extradition », Titre 12. « De la
réhabilitation », Titre 13. « De la libération conditionnelle », Titre 14. « Des crimes
commis à l’étranger », Titre 15. « De la poursuite et du jugement des mineures »,
Titre 16. « Des frais de justice », Titre 17. « Des dispositions diverses et finales ».
• Les sources positives de la procédure pénale
Les sources positives de la procédure pénale sont composées de textes juridiques
nationaux et supranationaux.
Parmi les textes nationaux, on note principalement :
- la constitution ;
- la loi n°2005/007 du 27 juillet 2005 portant code de procédure pénale ;
- la loi n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire et ses
modifications et ses modifications de 2011 ;
- la loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le
fonctionnement de la Cour Suprême ;
- la loi n°2017/014 du 12 juillet modifiant et complétant certaines dispositions
de la loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le
fonctionnement de la Cour suprême ;
- la loi n°2017/012 du 12 juillet 2017 portant Code de justice militaire ;
- la loi n°2011/028 du 14 décembre 2011 portant création d’un tribunal criminel
spécial telle que modifiée et complétée par la loi n°2012/011 du 16 juillet 2012.
Parmi les textes internationaux, il n’est pas possible de procéder à une énumération.
Toutefois, mention peut être faite des principaux textes suivants :
- la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 (Il
convient de préciser que ce texte, bien que servant de source d’interprétation
13
ou d’application des principes de la procédure pénale, il ne constitue pas un
instrument juridique contraignant)
- Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adopté et ouvert à la
signature, à la ratification et à l'adhésion par l'Assemblée générale dans sa
résolution 2200 A (XXI) du 16 décembre 1966, entré en vigueur: le 23 mars
1976. S’agissant de la matière de la procédure pénale, il s’agit
spécifiquement de l’article 14 du Pacte. (Ce texte a été ratifié par le
Cameroun le 27 juin 1984)
- Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, adoptée le 27 juin 1981 à
Nairobi (Kenya) lors de la 18e Conférence de l'Organisation de l'Unité Africaine
et entrée en vigueur le 21 octobre 1986 (La charte a été ratifiée par le Cameroun
en 1989). S’agissant de la matière de la procédure pénale, l’article 7 de la
Charte peut être cité.
4- Modèles de procédure pénale et caractéristiques de la procédure pénale
camerounaise
Avant de présenter rapidement quelques traits caractéristiques de la procédure pénale
camerounaise, il convient d’indiquer qu’il existe deux modèles théoriques de procédure
pénale.
• Les modèles théoriques de procédure pénale
Notons cette affirmation de René GARRAUD, extrait de Traité de l’instruction
criminelle, Paris, 1907, « La science criminelle connaît deux types extrêmes de procédure :
la procédure accusatoire où le juge se borne à arbitrer le combat que se livrent l’accusateur et
le défendeur ; la procédure inquisitoire où le juge remplit un rôle actif principalement orienté
vers la recherche de la vérité. Depuis des siècles elle s’efforce de bâtir un système mixte, qui
vise à permettre la recherche de la vérité dans le respect des droits de l’accusateur et du
défendeur ».
On distingue globalement, deux modèles théoriques de procédure pénale se
rapprochant très souvent de deux traditions juridiques distinctes : le modèle de
procédure pénale accusatoire souvent rapproché de la tradition juridique common law
et le modèle de procédure pénale inquisitoire souvent rapproché de la tradition
juridique romano germanique.
Le modèle accusatoire privilégie le rôle des parties. Le procès y est conçu comme un
affrontement contradictoire, public et largement oral entre l’accusation et la défense.
Si chacune des parties se trouve à égalité avec son adversaire, la recherche de la
preuve est libre. Le pouvoir du juge consiste en conséquence à arbitrer, davantage
qu’à instruire : il s’agit, d’une part, de veiller à la loyauté du procès et, d’autre part,
de départager les plaideurs en fonction de leurs prétentions, arguments et preuves.
Au sein du système accusatoire, il existe une faible différence procédurale et
institutionnelle entre la justice civile et la justice pénale : dans les deux cas, il s’agit
pour le juge d’arbitrer entre des intérêts contradictoires.
14
Le modèle inquisitoire accentue au contraire la différence entre justice pénale et
justice civile. Il privilégie, pour la première, la position de surplomb d’un juge
représentant l’intérêt général et chargé de diriger l’enquête afin de faire triompher la
vérité. Dans ce système, le juge est un magistrat professionnel doté de pouvoirs
importants destinés à lui permettre de diligenter lui-même les investigations à charge
et à décharge. Les parties ne sont donc pas directement obligées d’assurer l’enquête
au soutien de leurs prétentions. Ce modèle appuie sa légitimité sur l’idée que la
justice répressive ne se limite pas à arbitrer un litige entre des plaideurs mais qu’elle
intéresse la société même. En conséquence, la procédure inquisitoire est
généralement écrite, souvent secrète et plutôt non contradictoire : le juge étant lui-
même chargé de produire une vérité judiciaire, la place laissée aux parties y est
naturellement réduite.
À travers leurs différences, ces deux modèles judiciaires fondent deux conceptions
très opposées du rôle de la justice répressive. Le modèle accusatoire propose ainsi
une définition procédurale de la justice, qui considère comme juste ce qui a été
contradictoirement débattu et tranché. À l’inverse, le système inquisitoire propage
une vision plus substantielle de la justice, qui se réfère à un idéal et présuppose
l’intervention d’un tiers pour faire triompher le juste. À la conception neutre de la
justice portée par l’accusatoire s’oppose donc le nécessaire engagement actif pour la
justice que promeut l’inquisitoire. En somme, la justice inquisitoire est sans doute
plus efficace, mais parfois plus discrétionnaire qu’une justice accusatoire davantage
respectueuse des droits des parties.
• Caractérisation du modèle camerounais de procédure pénale
Il est généralement admis que la caractéristique de la procédure pénale camerounaise
est d’être une procédure pénale mixte ; à la fois accusatoire et inquisitoire. Cette
considération devrait être relativisée dans la mesure où aucun système ou régime de
procédure pénale d’un Etat n’est absolument ni accusatoire, ni inquisitoire. Tous les
systèmes positifs de procédure pénale résultent toujours d’une combinaison des
deux modèles théoriques. Il est devient même de plus en plus difficile de déterminer,
rigoureusement, la proportion dominante entre l’accusatoire et l’inquisitoire dans un
système national.
S’agissant de la procédure pénale camerounaise, son caractère mixte est souvent
présenté comme résultant de l’application du modèle inquisitoire dans la phase
préparatoire du procès (enquête de police et information judiciaire) et de
l’introduction du modèle accusatoire dans la phase décisoire du procès (audience et
jugement).
A l’analyse, il s’agit d’une représentation très rapide des règles de la procédure
pénale camerounaise. Même s’il peut être observé que la phase préparatoire semble à
dominante inquisitoire et la phase décisoire à dominante accusatoire, il convient de
15
relever que le mouvement de protection des droits fondamentaux dès la phase
d’enquête et surtout l’action des instruments normatifs internationaux tout comme
l’apport des juridictions supranationales de protection des droits de l’homme invite à
relativiser cette considération. De même, la présence d’un conseil dans la phase
d’enquête de police relative le caractère inquisitoire de cette phase de même que le
rôle reconnu au juge dans l’administration et l’appréciation des éléments de preuve
relative le caractère accusatoire souvent affirmé.
Evoquer le caractère mixte de la procédure pénale camerounaise ne suffit pas à
caractériser cette procédure pénale.
Pour présenter les caractéristiques de la procédure pénale camerounaise, il convient
d’analyser les règles composant cette procédure, tant dans leur contenu, que dans
leur esprit et leur philosophie. Toutefois, toutes les spécificités d’une procédure
pénale ne concourent pas à déterminer le modèle de procédure pénale de l’Etat. A
titre d’exemple, la règle de l’article 510 du Code de procédure pénale aux termes de
laquelle la Cour suprême devient une juridiction de plein droit en matière pénale est
une règle spécifique qui pour autant ne participe à la détermination du modèle de
justice pénale. Les caractéristiques ci-dessous peuvent être soulignées (sans
prétention à l’exhaustivité) :
- La procédure pénale camerounaise résulte de l’unification des sources
anglaises et des sources françaises, une sorte de codification systématisation.
Cet état des choses donne à la procédure pénale camerounaise d’être une
procédure plus que mixte ; elle est hybride. Le seul modèle proche du modèle
camerounais ou s’inscrivant dans la même logique est le modèle de procédure
pénale mis en œuvre devant la Cour pénale international et prévu par le Statut
de Rome de 1998 portant création de cette Cour (trait caractéristique ni
inquisitoire, ni accusatoire);
- La procédure pénale camerounaise institue de façon spécifique le juge
d’instruction, dont la l’organisation en fait une sorte de pré jugement ou de
mise en état des affaires pénales. Cependant, il convient de relever que le juge
d’instruction n’est pas saisi de façon systématique de sorte que l’information
judiciaire présente d’importantes spécificités dans la procédure pénale
camerounaise (trait caractéristique du modèle inquisitoire);
- La procédure pénale camerounaise n’institué pas un juge spécifique dans la
phase policière du procès, c’est-à-dire dans la phase d’enquête. Il en résulte un
contrôle juridictionnel partiel des phases de la procédure pénale (trait
caractéristique du modèle inquisitoire);
16
- La procédure pénale camerounaise attribue la compétence au juge pénal sur
l’action civile quoique le lien entre l’action publique et l’action civile a
quasiment été rompu (trait caractéristique du modèle inquisitoire) ;
- La procédure pénale camerounaise est exclusivement organisée autour des
magistrats professionnels. La technique du juré n’est prévue dans aucune des
phases (trait caractéristique du modèle inquisitoire) ;
- La procédure pénale camerounaise n’impartit pas de délai au juge pour
connaitre d’une affaire et rendre sa décision. Cette carence relative la notion
de délai raisonnable en matière de justice pénale (trait caractéristique du
modèle inquisitoire) ;
- La procédure pénale camerounaise est marquée par l’oralité, la publicité et la
contradiction des débats dans la phase de jugement (trait caractéristique du
modèle accusatoire) ;
- Dans la procédure pénale camerounaise, il y a une inégale répartition des
pouvoirs et des fonctions entre l’accusation et la défense dans la recherche et
la collecte des preuves. Cette inégalité relativise la règle de l’égalité des armes
dans la procédure pénale (trait caractéristique du modèle inquisitoire) ;
- Dans la procédure pénale camerounaise, il n’existe pas à proprement parlé un
acte d’accusation. La diversité des modes d’introduction de l’instance pénale
et la pluralité d’acteurs dans la phase préparatoire du procès trouble l’effort
d’identification de l’acte d’accusation (trait caractéristique du modèle
inquisitoire) ;
- Le législateur n’a pas imposé un standard de preuve au juge pénal pour sa
décision. La règle de l’intime conviction demeure admise de façon
contradictoire avec la règle de la discussion des preuves à l’audience (trait
caractéristique du modèle inquisitoire).
Pour caractériser le modèle de procédure pénale camerounais, il convient d’analyser
chacun de ces traits caractéristiques et en dégager les conséquences normatives du
point de vue de l’application des principes directeurs, de l’organisation des
institutions et de la conduite du procès. Tout cela sans perdre de vue que
d’importantes caractéristiques de la procédure pénale découlent de la pratique des
acteurs, de leur culture juridique et de l’environnement sociopolitique de certaines
affaires. En clair, la caractérisation d’un modèle de procédure pénale ne doit
minimiser la distinction la procédure pénale in books et la procédure pénale in
action, distinction entre droit statique de la procédure et droit vivant de la
procédure pénale.
Voilà en très essentiel, et en grandes lignes, les éléments de base pour une
introduction à l’étude de la procédure pénale camerounaise. Cette étude, comme le
17
plan du cours l’indique, portera sur l’organisation de la matière (première partie) et
sur la dynamique du procès pénal (deuxième partie).
18
PREMIERE PARTIE
L’ORGANISATION DE LA PROCEDURE PENALE
L’objectif de cette première partie du cours est de présenter, d’analyser et d’expliquer
les normes qui gouvernent la procédure pénale, les institutions qui composent la
justice pénale et les actions en justice en matière pénale, c’est-à-dire, les actions en
justice nées de la commission d’une infraction.
Dans l’ensemble, cette partie tend à répondre à la question de savoir comment est
organisée la procédure pénale au regard des dispositions du Code de procédure
pénale. Cette interrogation se décline en trois sous interrogations :
- Quelles sont les principes d’organisation de la justice pénale au Cameroun ?
(Titre 1)
- Quelles sont les institutions composant la justice pénale au Cameroun ? (Titre
2)
- Quelles sont les actions en justice nées de la commission de l’infraction au
Cameroun ? (Titre 3)
Il est généralement admis que la partie consacrée à l’étude de l’organisation de la
procédure pénale relève de l’étude statique de la procédure pénale et renvoie, d’une
certaine manière, à l’étude « du droit de la procédure pénale ». Elle se distingue, de
ce point de vue, de la seconde partie du cours portant sur « le droit du procès
pénal ». Cette première partie s’organise en six leçons regroupées, deux à deux, en
trois titres en fonction de leur objet.
19
TITRE 1 :
Les principes d’organisation de la procédure pénale
(Etude des principes directeurs de la justice pénale au Cameroun)
Le présent titre vise à apporter des réponses à la question de savoir quels sont les
principes qui gouvernent de la procédure pénale camerounaise. Dans ce sens, il porte
sur l’étude des principes d’ensemble de la justice pénale, ceux qui déterminent la
philosophie de base de la matière.
L’intérêt de l’étude de ce titre repose sur l’idée générale selon laquelle la procédure
pénale est organisée autour de deux catégories de règles : les principes directeurs qui
traversent toute la matière, gouvernent toutes institutions, commandent et orientent
l’interprétation et l’application de toutes les autres règles, d’une part, et, les règles
matérielles qui portent sur tel ou tel aspect de la matière sans avoir une incidence sur
l’ensemble de la justice pénale, d’autre part. Cette dualité normative de la procédure
pénale détermine une hiérarchisation substantielle des règles de la procédure
pénale (hiérarchisation des règles) à ne pas confondre avec la hiérarchisation
formelle (hiérarchisation des sources de la procédure pénale). Compte tenu de leur
importance, seules les règles de la première catégorie, les principes directeurs, seront
étudiées ici.
Notons cet extrait de BONFILS H. Traité élémentaire d’organisation judiciaire de
compétence et de procédure, 3ème éd. refondue par L. BEAUCHET, LGDJ, Paris,
1901, préface de la 2ème édition, p. VII, « La procédure peut et doit être envisagée comme
science et comme art. Comme science, elle a pour objet les principes généraux du droit, les
règles fondamentales qui sont les assises d’un Code, les bases des dispositions légales et qui
fournissent la raison justificative des injonctions de la loi positive. Ces principes constituent
l’essence même de la procédure, sa substance intime et profonde. Néanmoins, le législateur les
a presque toujours passés sous silence, tout en adoptant leurs conséquences et leurs
déductions. Ils se manifestent implicitement dans les textes de la loi écrite, comme certains
gisements métalliques se traduisent à l’œil du géologue par la coloration extérieure du sol.
Qui ne s’est pas assimilé ces principes générateurs ne saura jamais la procédure, n’en aura
pas pénétré l’esprit, n’en aura pas acquis l’intuition, sa mémoire lui permit-elle de répéter
sans broncher les articles d’un Code ou les formules d’un vade mecum. Le praticien qui ne
possède pas ces règles fondamentales est fatalement voué à une inintelligente routine, qui le
laisse impuissant ou maladroit devant des faits, des hypothèses non expressément visées par le
texte légal »
Appréhension des principes directeurs (en procédure pénale). Il peut être admis
que les principes directeurs constituent des garanties visant à soumettre le procès à
un idéal de justice en faisant entrer l’équité dans la justice (pénale). Considérant leur
objet, leur finalité et leur portée sur la procédure pénale, les principes directeurs sont
à la fois, des principes généraux, des principes fondamentaux, des principes
substantiels, des principes cardinaux de la justice pénale.
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• Les principes directeurs sont des principes généraux de la procédure pénale
en ce qu’ils traversent l’ensemble de la procédure pénale de la constatation de
l’infraction au jugement définitif de l’auteur.
• Les principes directeurs sont des principes fondamentaux de la procédure
pénale en ce qu’ils trouvent leur fondement aussi bien dans la constitution que
dans les instruments internationaux ratifiés par le Cameroun.
• Les principes directeurs sont des principes substantiels de la procédure
pénale en qu’ils régissent les points essentiels de la justice pénale tels que les
droits des parties, les contraintes des autorités des fonctions répressives, le
régime général de la preuve pénale.
• Les principes directeurs sont des principes cardinaux de la procédure pénale
en ce qu’ils constituent les garanties procédurales de l’individu poursuivi de
et de la bonne administration de la justice pénale.
Considérant ces quatre aspects, les principes directeurs relèvent de ce que le
Professeur Adolphe MINKOA SHE appelle la prééminence du droit en ce que, d’un
point de vue normatif tout au moins, ces principes permettent de soumettre un
régime positif de procédure pénale aux standards internationaux.
Notons cette opinion exprimée dans les rapports de la Commission française de
mise en état des affaires pénales présentées en 1989 et 1990 en vue de la réforme de
la procédure pénale, commission présidée par la juriste française Mireille
DELMAS-MARTY, « ces principes sont présentés (...) de manière à montrer tout à la fois
les contraintes qui en résultent, les solutions qu’ils suggèrent et les choix qu’ils laissent
ouverts. Ils doivent être au cœur de toute réforme de la procédure pénale, car ils sont
l’expression des limites que l’Etat de droit s’impose dans l’exercice de son pouvoir de
coercition ». « La commission (...) estime non seulement utile, mais aussi nécessaire,
d’inscrire les dix principes fondamentaux en tête du Code de procédure pénale. Elle tient à
rappeler qu’elle y voit, d’abord, l’avantage de rendre plus visibles à tous, aux justiciables
comme aux professionnels du droit, les lignes force d’une procédure pénale dont les règles
techniques ne sont que le reflet plus ou moins intelligible. L’avantage est aussi, d’un point de
vue juridique, de permettre un allégement des formalités de procédure, une clarification du
régime des nullités et d’inciter à une démarche plus déontologique que formaliste en
définissant l’esprit de notre procédure pénale ».
Malgré ces développements, il convient de relever qu’en procédure pénale, les
principes directeurs sont une catégorie doctrinale utilisée par les auteurs pour
désigner certaines règles processuelles. Il n’existe presque pas de législation énonçant
formellement les principes directeurs.
Illustration de l’énoncé des principes directeurs de la procédure pénale dans la
législation pénale française. En effet, c’est à la faveur de l’entrée en vigueur de la loi
n°2000-516 du 15 juin 2000 renforçant la protection de la présomption d’innocence et
les droits des victimes que le législateur français a intégré un article préliminaire au
Code de procédure pénale. Cet article énonce un certain nombre de principes qui
21
peuvent être considérés comme les principes directeurs de la procédure pénale
française. Cet Article préliminaire est ainsi rédigé :
« I) La procédure pénale doit être équitable et contradictoire et préserver l'équilibre des droits
des parties. Elle doit garantir la séparation des autorités chargées de l'action publique et des
autorités de jugement. Les personnes se trouvant dans des conditions semblables et
poursuivies pour les mêmes infractions doivent être jugées selon les mêmes règles.
II) L'autorité judiciaire veille à l'information et à la garantie des droits des victimes au cours
de toute procédure pénale.
III) Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n'a
pas été établie. Les atteintes à sa présomption d'innocence sont prévenues, réparées et
réprimées dans les conditions prévues par la loi.
Elle a le droit d'être informée des charges retenues contre elle et d'être assistée d'un
défenseur.
Les mesures de contrainte dont cette personne peut faire l'objet sont prises sur décision ou
sous le contrôle effectif de l'autorité judiciaire. Elles doivent être strictement limitées aux
nécessités de la procédure, proportionnées à la gravité de l'infraction reprochée et ne pas
porter atteinte à la dignité de la personne.
Il doit être définitivement statué sur l'accusation dont cette personne fait l'objet dans un délai
raisonnable.
Toute personne condamnée a le droit de faire examiner sa condamnation par une autre
juridiction. »
Le législateur camerounais n’a pas fait le même choix que le législateur français.
Ainsi, il n’existe pas un article préliminaire dans le code de procédure déterminant
même de manière indicative les principes directeurs de la procédure pénale.
Les principes directeurs de la procédure pénale camerounaise sont énoncés dans le
code de procédure pénale de façon assez disparate. Certains principes sont énoncés
explicitement, d’autres implicitement et d’autres encore ne sont déterminées que par
un jeu d’interprétation excessive de certaines règles posées par le législateur. C’est
par un effort de systématisation qu’un regroupement est possible. Dans tous les cas,
l’on peut distinguer les principes fondateurs de la justice pénale (leçon 1) et les
principes probatoires en matière pénale (leçon 2).
22
Leçon 1. Les principes fondateurs de la justice pénale
L’objectif de cette leçon première du cours de procédure pénale est d’indiquer qu’à la
différence des autres types de procédure tels que la procédure civile ou la procédure
administrative contentieuse (encore appelée contentieux administratif), la procédure
pénale se fondent sur deux principes qui en fondent l’organisation : le principe de la
présomption d’innocence (Section 1) et le principe des droits de la défense (section
2).
Section 1. Le principe de la présomption d’innocence.
Le principe de la présomption d’innocence s’inscrit dans le rapport procédural entre
l’accusation, la défense et le juge. Ce dernier ne peut condamner si la culpabilité, dont la
démonstration appartient à l’accusation (partie poursuivante) n’est pas rapportée.
Le principe de la présomption d’innocence n’a pas toujours été affirmé en
procédure pénale. Et, même d’un point de vue historique, il apparait que la
présomption d’innocence n’a pas toujours existé comme droit de l’accusé. Le régime
dominant était d’abord celui de la toute puissance des juges à qui la loi abandonnait
le pouvoir de juger. Ensuite, ce fut la toute puissance de l’accusation qui n’avait
aucun devoir de prouver son accusation laissant ainsi la charge à l’accusé de
démontrer qu’il n’était pas l’auteur de l’infraction. En clair, le système des preuves
légales en vigueur à cette époque constatait un véritable déséquilibre entre l’individu
l’accusé et les autorités des fonctions répressives.
C’est au début du XXe siècle avec le mouvement de judiciarisation de toutes
les phases de la procédure pénale et le développement croissant des garanties
procédurales du fait de l’activité des juridictions supranationales que la présomption
d’innocence s’est fixé d’abord comme un principe procédural et aujourd’hui comme
un droit fondamental. Son étude invite à examiner sa consécration normative
(paragraphe 1) et sa portée normative (paragraphe 2).
Paragraphe 1 : La consécration normative de la présomption
d’innocence
Pour affirmer que la présomption d’innocence est un principe fondateur de la
justice pénale, il faut montrer que son fondement est à la fois national (B) et
supranational (A).
23