FICHE PEDAGOGIQUE DE L’ENSEIGNEMENT
Informations générales
La procédure pénale est un enseignement fondamental de la deuxième année de
licence en droit (droit public et droit privé). Programmé au semestre 4 du cycle de
licence en droit (deuxième année, premier semestre), il fait suite à l’enseignement
général d’introduction au droit processuel / introduction à la justice et à ses métiers
/ Justice et ses institutions, dispensé au semestre 2 du cycle de licence (première
année, deuxième semestre) et à l’enseignement de Droit pénal général dispensé au
semestre 3 de la deuxième année de licence (deuxième année, premier semestre).
La procédure pénale est un enseignement obligatoire à travaux dirigés dont la charge
horaire de l’enseignement (100h) est répartie en 45h de Cours Magistral (CM), 25h de
Travaux Dirigés (TD) et 40h de Travaux Personnels de l’Etudiant (TPE). S’agissant de
l’évaluation, elle comprend deux phases. Une évaluation sous forme de contrôle
continu / devoir harmonisé / galop d’essai comptant pour 30% de la note finale et
un Ecrit Terminal (ET) comptant pour les 70% restant. Le devoir harmonisé/contrôle
continu/galop d’essai est organisé en une seule session. Par contre, l’Ecrit Terminal
(ET) est organisé en deux sessions (une session normal et une session de rattrapage).
Quant au sujet de l’évaluation, la forme de l’épreuve varie. Pour le contrôle continu /
devoir harmonisé / galop d’essai, le sujet est nécessairement une dissertation
juridique d’une durée d’une heure et demi (01h30) à deux heures (02h). Pour l’Ecrit
Terminal (ET), le sujet est soit un cas pratique soit un commentaire de décision de
justice portant généralement sur le commentaire de la décision de la juridiction
suprême. La durée de l’Ecrit Terminal est de généralement de trois heures (03h).
Langue de l’enseignement
Au titre de l’année académique 2019-2020, l’enseignement sera dispensé en français.
Objectifs de l’enseignement
Objectif majeur : L’objectif majeur de l’enseignement de procédure pénale est
permettre à l’étudiant de saisir les concepts fondamentaux de la matière, l’esprit des
règles qui la gouvernent et la philosophie d’ensemble de la discipline. Sur la base de
ces connaissances, il lui sera possible de déterminer non seulement les
caractéristiques de la procédure pénale en tant que type de matière
contentieuse/procédurale ou processuelle mais, également, de pouvoir procéder à
des comparaisons entre la procédure pénale et les autres types de procédure tels que
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la procédure civile ou encore le contentieux administratif (enseignés en troisième
année de licence).
Deux questions essentielles doivent guider l’apprentissage au regard de cet objectif
majeur:
- Qu’est ce qu’une procédure pénale ?
- Comment est organisée la procédure pénale camerounaise, autour de quels
organes, de quelles institutions et de quels principes ?
Objectifs spécifiques : les objectifs spécifiques de l’enseignement de procédure
pénale sont :
- acquérir une vue d’ensemble et systématique du Code de procédure pénale à
travers la maitrise des six livres qui le composent ;
- connaitre et maitriser techniquement les sources de la procédure pénale
camerounaise ;
- connaitre et maitriser les principes de procédure pénale codifiés et ceux non
codifiés ;
- connaitre et maitriser la compétence du juge pénal, la preuve pénale et
l’audience pénale ;
- comprendre que la liberté individuelle figure parmi les droits fondamentaux
les plus menacés par la procédure pénale ;
- connaitre et maitriser les différentes phases de la procédure pénale (phase
préparatoire du procès avec ses deux séquences, enquête et information
judiciaire, et la phase décisoire composée de la condamnation et des voies de
recours) ;
- connaitre et maitriser que la procédure pénale est exclusivement composée de
deux types d’action une action publique (nécessaire) et une action civile
(éventuelle) ;
- connaitre et maitriser les maximes les plus importantes de la procédure pénale
et savoir les utiliser dans un raisonnement structuré.
Contenu de l’enseignement
La procédure pénale, entant que discipline juridique, est extrêmement vaste et
recouvre à la fois une dimension nationale et une dimension internationale.
Toutefois, il ne faut pas confondre la dimension internationale de la procédure
pénale telle que l’extradition ou encore l’étude des juridictions pénales
internationales avec les sources internationales de la procédure pénale. Ainsi,
l’enseignement de procédure pénale de la deuxième année de licence se limite
principalement à la dimension nationale de la procédure pénale avec, bien entendu,
la prise en compte des sources internationales de la matière. La dimension
internationale fait généralement l’objet d’une partie de l’enseignement de droit pénal
international dispensé en première année de Master.
Dans cet ordre d’idées, l’enseignement est consacré à l’étude de la procédure pénale
telle qu’elle a été harmonisée à la faveur de l’entrée en vigueur de la loi n°2005/007
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du 27 juillet 2005 portant code de procédure pénale. A cet effet, le déroulement
général du procès pénal, allant de la découverte d’une infraction au jugement
définitif, est étudié de manière approfondie. Pour ce faire, l’enseignement est divisé
en deux grandes parties. Une première partie est consacrée à l’organisation de la
procédure pénale qui comprend l’organisation normative, l’organisation
institutionnelle et l’organisation processuelle. La seconde partie est consacrée à la
dynamique du procès pénal et elle comprend la présentation de la phase
préparatoire, la sentencia et la phase dite post sentencia. Les thèmes suivants sont
abordés entre autres : les principes fondamentaux de la procédure pénale,
l'organisation des juridictions répressives, les actions nées de l’infraction, la police
judiciaire, l’enquête de police, l’information judiciaire, le jugement pénal, les voies de
recours.
Références pour l’enseignement
Les principaux textes juridiques
- Loi n°96/06 du 18 janvier 1996 Portant révision de la Constitution du 02 juin 1972 ;
modifiée et complétée par la loi n°2008/001 du 14 avril 2008 ;
- La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, adoptée le 01 juin 1981 et
entrée en vigueur le 21 octobre 1986, ratifiée par le Cameroun le 20 juin 1989 et date
de dépôt des instruments internationaux de ratification, le 18 septembre 1989 ;
- Loi n°2005/007 du 27 juillet 2005 portant Code de procédure pénale ;
- Loi n°2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code pénal ;
- Loi n° 2017/012 du 12 juillet 2017 portant code de justice militaire ;
- Loi n°2006/015 du 29 décembre 2006, portant organisation judiciaire ;
- Loi n°2011/028 du 14 décembre 2011 portant création d’un tribunal criminel spécial
telle que modifiée et complétée par la Loi n°2012/011 du 16 juillet 2012.
Références bibliographiques
Quelques auteurs français
• Bouloc B., Procédure pénale, Paris, Dalloz, 26ème éd., coll. « Précis », 2017.
• Buisson J., Guinchard S., Procédure pénale, Paris, Lexisnexis, 12ème ed., coll.
« Manuel », 2019.
• Deportes F., Lazerges-Cousquer L., Traité de procédure pénale, Paris, Cujas, 4ème
éd., coll. « Corpus droit privé », 2015.
• Bonfils Ph., Vergès E., Catelan N., Travaux dirigés de droit pénal et de
procédure pénale, 4ème éd., Paris, Lexisnexis, coll. « Objectif droit », 2018.
• Dreyer E., Mouysset O., Procédure pénale, Cours, Thèmes de travaux dirigés, Paris,
LGDJ, coll. « Cours », 2019.
• Merle R., Vitu A., Traité de droit criminel, t. 2. Paris, Cujas, « Procédure
pénale », 2000.
• Pradel J., Procédure pénale, Paris, Cujas, 20ème éd., coll. « Référence », 2019.
• Pradel J., Varinard A., Les grands arrêts de la procédure pénale, Dalloz, 9ème éd.,
2016.
• Rassat M.-L., Procédure pénale, Paris, Ellipses, 2017.
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• Verny E., Procédure pénale, Paris, Dalloz, 7ème éd., coll. « cours », 2020.
Quelques auteurs camerounais
• ANOUKAHA F. (dir.), Les grandes décisions de la jurisprudence pénale
camerounaise, Cameroun, 2018.
• KEUBOU Ph., Précis de procédure pénale camerounaise, PUA, 2010.
• MINKOA SHE A., Droits de l’homme et droit pénal au Cameroun, Paris,
Economica, coll. « La vie du droit en Afrique », 1999.
• NGONO S., Le procès pénal camerounais au regard des exigences de la charte
africaine des droits de l’homme et des peuples, Paris, l’Harmattan, coll. « Logiques
juridiques », 2002.
• SPENER YAWAGA, La police judiciaire au Cameroun, PUA, 2009.
• TCHAKOUA J.-M. (dir.), Les tendances de la nouvelle procédure pénale
camerounaise, PUA, 2007.
PLAN DU COURS
Introduction générale
- Définition de la procédure pénale
- Evolution des sources de la procédure pénale
- Approche théorique des modèles de procédure pénale
- Présentation du Code de procédure pénale (Caractérisation de la procédure
pénale camerounaise)
PREMIERE PARTIE : L’ORGANISATION DE LA PROCEDURE PENALE
L’objectif de cette partie est double. Faire comprendre à l’étudiant d’une part que la
procédure pénale renvoie à un ensemble de normes, d’organes, d’institutions et
d’actions composant le système de justice pénale, d’une part, et lui faire noter qu’il
peut y avoir procédure pénale sans procès pénal, d’autre part. Cette partie comprend
trois titres : les normes fondamentales de la procédure pénale, les organes et les
actions nées de l’infraction.
TITRE I : L’organisation normative de la procédure pénale (l’étude des principes
d’encadrement de la procédure pénale)
• Chapitre 1 : Les principes directeurs de la procédure pénale
• Section 1. Les principes portés par la présomption d’innocence
• Section 2. Les principes dégagés des droits de la défense
• Chapitre 2 : Les principes d’encadrement de la preuve pénale
• Section 1. Le principe de la liberté de la preuve pénale
• Section 2. Le principe de la loyauté de la preuve pénale
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TITRE II : L’organisation institutionnelle de la procédure pénale (l’étude des
institutions des fonctions répressives)
• Chapitre 1 : Les institutions non juridictionnelles
• Section 1. La police judiciaire
• Section 2. Le ministère public
• Chapitre 2 : Les institutions juridictionnelles
• Section 1. Les juridictions de droit commun (juridictions exerçant une
compétence pénale)
• Section 2 : Les juridictions répressives spécialisées (juridictions de compétence
pénale)
TITRE III : L’organisation processuelle de la procédure pénale (l’étude des actions nées
de la commission de l’infraction)
• Chapitre I : L’action publique
• Section 1. Les sujets de l’action publique
• Section 2. Le régime de l’action publique
• Chapitre II : L’action civile
• Section 1. Les sujets de l’action civile
• Section 2. Le régime de l’action civile
SECONDE PARTIE : LA DYNAMIQUE DU PROCES PENAL
L’objectif de cette partie est également double. Présenter à l’étudiant les différentes
phases du procès pénal et indiquer que l’une des spécificités du procès pénal est que le
débat judiciaire, entendu comme, la phase de jugement du procès n’est pas
systématique. Elle est éventuelle dans la mesure où il y a une phase préparatoire au
cours de laquelle d’autres organes apprécient l’opportunité, de la possibilité et de la
nécessité de la tenue de la phase de jugement. La seconde partie comprend trois titres :
la constitution du dossier de procédure, l’examen du dossier de procédure et le
réexamen du dossier de procédure.
TITRE I : La constitution du dossier de procédure (la phase préparatoire du procès
pénal/l’avant procès pénal)
• Chapitre 1. L’enquête de police (l’élaboration du dossier de procédure)
• Section 1. L’ouverture de l’enquête
• Section 2. La conduite de l’enquête
• Chapitre 2. L’information judiciaire (La mise en état du dossier de procédure)
• Section 1. L’ouverture de l’information judiciaire
• Section 2. La conduite de l’information judiciaire
TITRE II : L’examen du dossier de procédure (la sentencia/le débat judiciaire pénal)
• Chapitre 1. L’audience pénale
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• Section 1. Les séquences de l’audience pénale
• Section 2. L’administration de la preuve à l’audience pénale
• Chapitre 2. Le jugement pénal (la décision du juge pénal)
• Section 1. L’articulation du jugement pénal
• Section 2. La motivation du jugement pénal
TITRE III : Le réexamen du dossier de procédure (la post sentencia/les voies de recours
en matière pénale)
• Chapitre 1. Les voies de recours ordinaires
• Section 1. L’opposition
• Section 2. L’appel
• Section 3. La cassation
• Chapitre 2. Les voies de recours extraordinaires
• Section 1. Le recours dans l’intérêt de la loi
• Section 2. La révision du procès pénal
Thèmes retenus pour les travaux dirigés
Première fiche. Fiche méthodologique. Méthodologie des exercices (dissertation
juridique, commentaire de décision ou de texte, étude de cas)
Deuxième fiche. La compétence en matière pénale
Thème 1. Les titres de compétence pénale
Thème 2. Les dérogations aux règles de compétence
Troisième fiche. Les juridictions répressives
Thème 1. Les juridictions répressives spécialisées
Thème 2. La juridiction pénale pour mineur
Thème 3. La section spécialisée de la Cour Suprême statuant sur les décisions du
TCS
Thème 4. La section pénale de la Cour Suprême
Quatrième fiche. Le jugement pénal
Thème1. La structure du jugement pénal
Thème 2. La motivation du jugement pénal
Thème 3. Les moyens de cassation en matière pénale
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NOTES DE COURS
Introduction générale
Les points de l’introduction
- Définition de la procédure pénale
- Trois grandes idées pour comprendre la procédure pénale
- Les sources de la procédure pénale
- Approche théorique des modèles de procédure pénale
- Caractérisation de la procédure pénale camerounaise
1. Définition de la procédure pénale (Qu’est ce que la procédure
pénale ?)
• Idée fondamentale sur la définition de la procédure pénale.
Lorsqu’une infraction est commise, quelle qu’elle soit, (meurtre, vol, escroquerie,
diffamation, terrorisme, etc.), la sanction n’est pénale n’est prononcée qu’à l’issue
d’un temps plus ou moins long, selon la difficulté de l’affaire et pendant lequel,
l’infraction va être constatée, l’auteur va être recherché, les preuves vont être
rassemblées, la juridiction va être saisie, le procès va être organisé, le cas échéant et la
décision de condamnation, de relaxe ou d’acquittement va être prononcée.
Il résulte de cette idée fondamentale que, dans un Etat de droit, la réaction de la
société n’est pas instinctive, arbitraire et aveugle ; elle est réfléchie, organisée et
s’inscrit dans un processus judiciaire. L’auteur de l’infraction ne subit la peine que
lorsqu’il a été condamné par l’autorité judiciaire. Il ne peut être condamné qu’après
avoir été jugé par les juridictions instituées à cet effet. Entre l’infraction commise et la
peine prononcée, se situe en effet un procès, le procès pénal, intenté au nom de la
société dont l’ordre a été troublé (par le représentant de la société appelé le Ministère
public). Celui-ci porte l’accusation de la société devant un juge qui doit statuer dans
le strict respect des droits du mis en cause.
L’idée fondamentale de définition de la procédure pénale est celle de la
soumission de toutes les phases et de toutes les séquences de la réaction
sociale face à la commission d’un crime au contrôle et à l’appréciation d’un
juge.
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• Deux considérations complémentaires pour définir la procédure pénale
La doctrine classique considère que la procédure pénale est l’ensemble des formes
qui constituent la justice pénale et règlent son action. Le but de la loi pénale est de
donner une sanction au droit; le but de la procédure est d’en assurer la complète
manifestation. Pour la doctrine contemporaine, la procédure pénale évoque
immédiatement, ne serait-ce que par l’étymologie, le procès pénal, c'est-à-dire la
manière d’organiser le processus de réaction sociale à un trouble susceptible de
constituer une infraction.
Classique et contemporain évoquent l’idée d’un ensemble de formes et celle d’une
manière d’organiser le processus. Ce qui signifie que la procédure pénale renvoie,
d’une part à un ensemble de formes de la justice pénale, et d’autre part, à une
manière d’organiser le processus de la justice pénale. Ces deux approches sont
complémentaires. L’idée d’un ensemble de formes de la justice pénale désigne la
dimension statique, l’organisation de la justice pénale, le formaliste caractéristique de
la justice pénale. L’idée de la manière d’organiser le processus de la justice pénale
désigne la dimension dynamique de la justice pénale. C’est également le sens
étymologique du terme procédure, du latin procedere qui signifie littéralement, aller
de l’avant.
• Proposition de définition opératoire
« La procédure pénale peut être définie à la fois comme le cadre normatif et
institutionnel composant la réaction sociale en cas de commission d’une infraction
et l’ensemble des formalités à accomplir à tous les stades de la mise en œuvre de
cette réaction sociale dès la commission de l’infraction jusqu’au prononcé de la
condamnation, le cas échéant. Dans ce sens, on dit que la procédure pénale est la
mise en œuvre du droit pénal de fond par l’application des règles procédurales ».
C’est dans ce sens, qu’il convient de comprendre l’article 1er du code de procédure
pénale. Sans définir la procédure pénale (il n’existe pas de définition légale de la
matière), ce texte en fixe, de manière relativement exhaustive, le contenu ou l’objet de
la procédure pénale. Le texte dispose en effet que, la loi de 2005 portant Code de
procédure pénale, « édicte les règles concernant notamment : a) La constatation des
infractions à la loi pénale ; b) La recherche de leurs auteurs ; c) L'administration de la preuve ;
d) Les attributions des organes de poursuite ; e) L'organisation, la composition et la
compétence des juridictions répressives ; f) Le prononcé de la culpabilité ou de la non
culpabilité ; g) L'application de la sanction pénale ; h) Les voies de recours ; i) Les droits des
parties; j) Les modalités d'exécution des peines ».
2- Trois grandes idées pour comprendre la procédure pénale
Pour comprendre la procédure pénale, en tant que discipline juridique, c’est-à-dire
ses concepts fondamentaux, l’esprit et la philosophie des règles qui gouvernent la
matière, trois grandes idées doivent être prises en compte.
• Première idée
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La procédure pénale est un élément essentiel d’évaluation et d’appréciation de l’Etat
de droit. Il y a un lien entre la procédure pénale ou plus précisément le régime de
procédure pénale et l’évolution politique de l’Etat. Le choix des règles de procédure
pénale est tributaire de la conception et de l’exercice du pouvoir dans l’Etat. Il n’est
pas exagéré de considérer que, plus que d’autres disciplines juridiques, la procédure
pénale est entre pouvoir et droit, entre droit et politique.
La grande idée est celle du rapport justice pénale et Etat de droit.
Notons cette affirmation de René GARRAUD (1849-1930), Traité théorique et
pratique du droit pénal français, Paris, 3e éd., Paris, Sirey, 1913-1935, 6 vol ;
« Si le droit pénal reflète les idées qui donnent à un état social sa physionomie et son
caractère, (…) l’organisation des juridictions se constitue et se modèle sur
l’organisation du pouvoir politique ».
Cette même idée se retrouve dans cet extrait du puissant ouvrage du Professeur
Adolphe MINKOA SHE, Droits de l’homme et droit pénal au Cameroun, p. 162,
paragraphe 341, « Le type de procédure adoptée dans une société déterminée est (comme du
reste toute la politique criminelle) (…) répond à des données sociales et à des choix d’ordre
philosophique et politique »
• Deuxième idée
Toute procédure pénale est à la recherche du difficile équilibre entre protection de la
société et garantie des libertés individuelles. La procédure pénale doit garantir d’un
ôté, les intérêts de la société, qui ne peut tolérer de laisser se développer le crime
dans un Etat de droit, au préjudice de la collectivité et au-delà de la victime directe
de l’infraction. De l’autre côté, la procédure pénale doit garantir les intérêts de la
personne poursuivie et, même, de l’individu mis en cause, dont l’honneur et la
liberté sont en cause.
La grande idée est que la procédure pénale doit concilier des intérêts largement
opposés, contradictoires. Plus que toute autre procédure, c’est une procédure
d’équilibre, d’harmonie.
Notons la phrase de Faustin Hélie, en 1866, Chapitre préliminaire, Traité de
l’instruction criminelle, (2e éd. Paris 1866, T. I, p.3), « Deux intérêts également
puissants, également sacrés, veulent être à la fois protégés: l’intérêt général de la société, qui
veut la juste et prompte répression des délits; l’intérêt des accusés, qui est bien aussi un
intérêt social et qui exige une complète garantie des droits de la cité et des droits de la défense.
De là l’un des problèmes les plus difficiles que la législation ait à résoudre. Il s’agit de
concilier les garanties nécessaires à la conservation de l’ordre dans la société et les garanties
que réclame en même temps la liberté civile; il faut que l’accusation ait les moyens de
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rechercher et de convaincre; que la défense ait les moyens de se justifier; il faut que cette lutte
solennelle, qui s’engage entre l’accusé et la puissance publique, ne subisse aucune autre
influence que celle de la justice; il faut enfin que l’un et l’autre trouvent dans les institutions
judiciaires une protection également efficace, des garanties également fortes ».
Notons également cette opinion du Conseil Constitutionnel français dans sa
décision du 16 juillet 1996 (Déc.96-377 DC, 16 juill.1996, §16, Perquisitions de nuit,
D. 1997, 69 note B. MERARZOT), « La recherche des auteurs d’infraction est nécessaire à
la sauvegarde de principe et droits de valeur constitutionnel ; il appartient au législateur
d’assurer la conciliation entre cet objectif de valeur constitutionnelle et l’exercice des libertés
publiques constitutionnellement garanties, au nombre desquelles figurent la liberté
individuelle (…) ».
• Troisième idée.
Sur un tout autre plan, il est généralement admis que la procédure pénale est la
procédure des honnêtes citoyens et que le droit pénal est le droit des délinquants.
Prenons une illustration : un meurtre a été commis par un individu dans un
immeuble d’habitation. Si des poursuites ont lieu, il importe d’en connaître les
circonstances, d’en déterminer l’auteur et la victime, d’en rassembler les éléments de
preuve et, le cas échéant, d’engager un procès afin de juger le coupable et de lui
appliquer les sanctions abstraitement prévues par le code pénal. Ainsi, tous les
occupants de l’immeuble feront l’objet de l’application des règles de procédure
pénale, notamment l’interrogatoire de la police dans le cadre de l’enquête judiciaire
ouverte. Il est même possible que certains occupants de l’immeuble, parce que
présents dans l’immeuble au moment des faits fassent l’objet des mesures privatives
de liberté telles que la garde à vue. Il est même encore possible que certains
occupants de l’immeuble ayant eu des antécédents avec la victime et présents dans
l’immeuble au moment des faits fassent l’objet de procès pénal. Par conséquent, ils
devront trouver un avocat pour leur défense et autres. Pourtant, le meurtre n’aura
même pas été commis par un occupant de l’immeuble.
La grande idée est celle du fondement philosophique de la présomption
d’innocence, principe cardinal de la procédure pénale
3- Les sources de la procédure pénale
Les sources positives de la procédure pénale résultent d’un mouvement de
codification des sources coloniales anglaises et françaises.
• L’évolution des sources de la procédure pénale
Les textes majeurs antérieurs au Code de procédure pénale. (Trois textes peuvent
être évoqués) Avant l’entrée en vigueur du Code de procédure pénale, la procédure
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suivie en matière pénale n’était pas harmonisée ; deux textes hérités du fait colonial
étaient appliqués. Historiquement donc, le Cameroun a connu deux « doits » de
procédure pénale : le droit anglais de la procédure pénale et le droit français de la
procédure pénale. La doctrine a parlé, des sources anglaises de la procédure pénale
et des sources françaises de la procédure pénale. L’article 1er de cette constitution du
1er septembre 1961 disposait, « La République fédérale du Cameroun est formée, à compter
du 1er octobre 1961, du territoire de la République du Cameroun, désormais appelé Cameroun
oriental et du Territoire du Cameroun Méridional anciennement sous tutelle britannique,
désormais appelé Cameroun occidental ».
La procédure pénale dans l’ancien Cameroun oriental était principalement régie par
les dispositions du Code d’instruction criminelle édicté par l’ordonnance française
du 4 février 1938. On parlait du territoire du C.I.C. Cet important texte fut modifié
par la loi n°58/203 du 26 décembre 1958 portant simplification adaptation de la
procédure pénale.
La procédure pénale dans l’ancien Cameroun occidental était principalement régie
par les dispositions de la Criminal Procedure Ordinance, cap 43 des Lois du Nigéria de
1958. On parlait du territoire du C.P.O.
En 1972, l’Ordonnance n°72/4 du 26 août 1972 portant organisation judiciaire a
apporté une modification substantielle à l’application du C.I.C., en supprimant la
fonction du juge d’instruction, magistrat du siège et en confiant la conduite de
l’instruction préparatoire au parquet. De ce point vu, l’entrée en vigueur de cette
ordonnance reste une étape significative dans l’évolution des sources de la procédure
pénale camerounaise.
A ces différents textes généraux, il convient d’ajouter les textes spécifiques régissant
des aspects particuliers de la procédure pénale tels que la justice militaire ou encore
la procédure pénale applicable en cas de commission de l’infraction de
détournement.
L’entrée en vigueur du Code de procédure pénale. Le Code de procédure pénale est
issu de la loi n°2005/007 du 27 juillet 2005 portant Code de procédure pénale. Cet
important texte entré en vigueur le 1er janvier 2007 en application de son article 747
qui différait son entrée en vigueur, « La présente loi, qui entrera en vigueur le premier
jour du treizième mois suivant celui de sa promulgation, sera enregistrée puis publiée au
Journal Officiel en français et en anglais ».
L’exposé des motifs du Code. Principalement, ce Code réalise l’œuvre
d’harmonisation de la procédure pénale sur l’ensemble du territoire national et
d’unification des règles de la procédure pénale au Cameroun. Dans l’exposé des
motifs du Code, le législateur avait pour objectifs principaux : l’harmonisation des
règles de procédure sur l’ensemble du territoire national ; l’adaptation de ces règles
aux exigences de sauvegarde des droits des citoyens à toutes les phases de la
procédure judiciaire ; la célérité dans l’administration de la justice ; l’exécution rapide
des décisions de justice ; le recouvrement des amendes dès le prononcé des décisions
de justice.
Les articulations du Code de procédure pénale. Le Code de procédure pénale (CPP)
est composé de six livres répartis en trente six titres et distribués en 747 articles. Le
Livre I, « Dispositions générales » est composé de quatre titres. Titre I. « Des
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