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Procédures collectives OHADA : cadre international

Le document traite des procédures collectives internationales en droit OHADA, soulignant l'importance d'un cadre juridique unifié pour gérer l'insolvabilité transfrontalière. Il présente les principes d'unité et d'universalité des procédures, ainsi que la nécessité de coopération entre les États membres pour assurer une gestion efficace. Malgré ses avancées, le système fait face à des limites, notamment en matière de pratiques judiciaires hétérogènes et d'interactions avec des États tiers.

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Procédures collectives OHADA : cadre international

Le document traite des procédures collectives internationales en droit OHADA, soulignant l'importance d'un cadre juridique unifié pour gérer l'insolvabilité transfrontalière. Il présente les principes d'unité et d'universalité des procédures, ainsi que la nécessité de coopération entre les États membres pour assurer une gestion efficace. Malgré ses avancées, le système fait face à des limites, notamment en matière de pratiques judiciaires hétérogènes et d'interactions avec des États tiers.

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Les procédures collectives internationales en droit OHADA

Introduction

L’internationalisation croissante des échanges commerciaux constitue l’un des traits majeurs de
l’économie contemporaine. En Afrique, et plus particulièrement dans l’espace OHADA, les entreprises
exercent de plus en plus leurs activités au-delà des frontières nationales, soit par l’implantation de
filiales, d’établissements secondaires, soit par la détention d’actifs ou de créances dans plusieurs États
membres. Cette dynamique économique, bien que porteuse de croissance, n’est pas exempte de
risques. Parmi ceux-ci figure la défaillance des entreprises, phénomène inévitable dans un contexte de
concurrence accrue et de fragilité des structures économiques.

Lorsque la défaillance concerne une entreprise opérant dans plusieurs États, l’insolvabilité prend une
dimension particulière : elle devient transfrontalière. Se pose alors la délicate question de la gestion des
procédures collectives dans un espace composé de plusieurs souverainetés étatiques. Chaque État
entend protéger ses créanciers, ses travailleurs et son ordre économique, ce qui peut conduire à une
fragmentation des procédures et à une insécurité juridique préjudiciable à l’efficacité du règlement de
l’insolvabilité.

C’est précisément pour répondre à ces difficultés que l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du
Droit des Affaires (OHADA) a mis en place un cadre juridique commun, notamment à travers l’Acte
uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du passif (AUPCAP), révisé en
2015. Ce texte ambitionne d’offrir une réponse adaptée aux situations d’insolvabilité comportant un
élément d’extranéité.

Les procédures collectives internationales peuvent ainsi être définies comme l’ensemble des
mécanismes juridiques applicables à une situation d’insolvabilité impliquant plusieurs États, en raison de
la localisation du siège social, des établissements, des actifs ou des créanciers dans différents pays.

Dès lors, une problématique centrale se dégage :

Comment le droit OHADA parvient-il à concilier la souveraineté des États membres avec la nécessité
d’une gestion unifiée, efficace et sécurisée de l’insolvabilité transfrontalière ?
Pour répondre à cette interrogation, il convient d’analyser, d’une part, la mise en place par l’OHADA
d’un cadre juridique unifié pour l’insolvabilité transfrontalière (I), et d’autre part, les mécanismes de
coopération instaurés ainsi que les limites pratiques et géographiques de ce système (II).

I. Un cadre juridique unifié pour l’insolvabilité transfrontalière

Le droit OHADA adopte une approche originale en matière de procédures collectives internationales. Il
ne se rattache ni exclusivement à la théorie de l’universalité, ni strictement à celle de la territorialité,
mais opère une synthèse pragmatique entre ces deux conceptions.

A. Le principe de l’unité et de l’universalité de la procédure

Le principe fondamental posé par le droit OHADA est celui de l’unité de la procédure collective. Selon
cette logique, une seule procédure principale doit régir l’ensemble de la situation d’insolvabilité du
débiteur, même lorsque celui-ci exerce ses activités dans plusieurs États membres.

1. La compétence juridictionnelle unique

L’AUPCAP attribue compétence au tribunal du siège social ou du principal établissement du débiteur


pour ouvrir la procédure collective principale. Ce critère vise à identifier le centre de direction effective
de l’entreprise, là où sont prises les décisions essentielles. Cette solution permet d’éviter la
multiplication de procédures concurrentes, souvent source de conflits de compétence et de décisions
contradictoires.

2. La reconnaissance automatique des décisions


L’un des apports majeurs du droit OHADA réside dans la reconnaissance de plein droit des décisions
d’ouverture des procédures collectives dans tous les États membres. Contrairement au droit
international privé classique, aucune procédure d’exequatur n’est requise.

Ainsi, un jugement rendu au Cameroun, au Sénégal ou en RDC produit automatiquement ses effets dans
l’ensemble de l’espace OHADA.

Cette reconnaissance automatique constitue un progrès considérable en matière de sécurité juridique.


Elle renforce la confiance entre les systèmes judiciaires des États membres et favorise une gestion
rapide et cohérente de l’insolvabilité.

B. La dualité des procédures : procédures principales et procédures secondaires

Toutefois, le principe d’universalité connaît des tempéraments nécessaires à la protection des intérêts
locaux. C’est dans cette optique que le droit OHADA admet la possibilité d’ouvrir des procédures
secondaires, également appelées procédures territoriales.

1. Les conditions d’ouverture des procédures secondaires

Lorsqu’un débiteur dispose d’un établissement dans un autre État membre que celui du siège social, une
procédure collective peut être ouverte dans cet État. Cette procédure secondaire est justifiée par la
nécessité de protéger les créanciers locaux, notamment les salariés et les partenaires économiques
nationaux.

2. La portée limitée des procédures secondaires

Les procédures secondaires sont strictement limitées aux biens situés sur le territoire de l’État concerné.
Elles ne remettent pas en cause l’existence de la procédure principale, laquelle conserve une vocation
générale.

En outre, le syndic de la procédure secondaire doit agir en coordination avec le syndic de la procédure
principale, afin d’éviter toute contradiction dans la gestion du patrimoine du débiteur.

II. Les mécanismes de coopération et l’efficacité du système

Au-delà des règles de compétence et de reconnaissance, l’efficacité des procédures collectives


internationales repose sur la coopération concrète entre les acteurs judiciaires et administratifs.

A. La coopération entre les syndics et les juridictions

La révision de l’AUPCAP a renforcé les obligations de coopération, s’inspirant largement des standards
internationaux en matière d’insolvabilité transfrontalière.

1. L’échange d’informations

Les syndics désignés dans les différents États membres ont l’obligation de s’échanger toutes les
informations utiles relatives :

• à l’état du passif,

• à l’identification des créanciers,

• à la localisation et à la valeur des actifs.

Cette circulation de l’information permet d’assurer une vision globale de la situation financière du
débiteur et de prévenir les fraudes ou dissimulations d’actifs.

2. La coordination des solutions de redressement ou de liquidation

Lorsqu’un plan de redressement est envisagé dans le cadre de la procédure principale, celui-ci doit être
coordonné avec les mesures prises dans les procédures secondaires. L’objectif est d’assurer la
cohérence économique de l’ensemble du processus, dans l’intérêt collectif des créanciers.
B. Les limites du système OHADA

Malgré ses avancées, le système OHADA présente certaines limites qu’il convient de souligner.

1. Les difficultés au sein même de l’espace OHADA

Bien que les textes soient unifiés, les pratiques judiciaires demeurent parfois hétérogènes d’un État à
l’autre. Les délais de traitement, le niveau de formation des acteurs judiciaires et les contraintes
administratives peuvent ralentir l’exécution effective des décisions.

Par ailleurs, le transfert des fonds issus de la réalisation des actifs entre États membres peut se heurter à
des obstacles bancaires et réglementaires.

2. Les limites face aux États tiers

Le droit OHADA ne s’applique qu’entre ses États membres. Lorsque le débiteur possède des actifs ou des
créanciers dans des États tiers, tels que la France, la Chine ou les États-Unis, il faut recourir aux règles
classiques de droit international privé.

Cette situation entraîne une complexité accrue, une insécurité juridique et parfois une inégalité de
traitement entre les créanciers.

Conclusion

En définitive, le droit OHADA des procédures collectives internationales constitue un véritable modèle
d’intégration juridique régionale. En instaurant un système fondé sur la reconnaissance automatique
des décisions, la coordination des procédures et la coopération entre les acteurs, l’OHADA a
profondément modernisé la gestion de l’insolvabilité transfrontalière en Afrique.
Toutefois, l’efficacité réelle de ce dispositif dépend largement de sa mise en œuvre pratique. L’avenir du
système repose notamment sur le renforcement de la formation des juges, des syndics et des auxiliaires
de justice, ainsi que sur l’amélioration des mécanismes de coopération administrative et financière.

À terme, l’enjeu est de faire de l’universalité des procédures collectives non plus seulement un principe
juridique, mais une réalité opérationnelle fluide et efficace, capable de soutenir durablement
l’attractivité économique de l’espace OHADA.

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