L’héritage du silence
Je rime pour draper ma douleur de velours,
Étouffer ce désir défendu, revenu en retour.
Tant de poèmes offerts à des femmes désirées,
Mais jamais ne s’efface cette flétrissure :
Ce rapt de l’innocence que je voudrais noyer
Dans les eaux de Léthé, funeste sépulture.
Des éclats de joie embrasaient mon cœur,
Pendant que la pudeur de mon âme murmurait sa candeur.
Toi, nymphe noire aux tentations ténébreuses,
Vins souiller ma couche de ta luxure insidieuse.
À mon cœur d’enfant tu susurrais en silence,
Cachant ta malice derrière un masque d’innocence.
Tu venais chaque nuit briser sans repentance
Les rires égarés de ma tendre enfance.
Mon cœur meurtri s’inondait de larmes,
Mon linceul hurlait le spectre du crime.
Ma langue saignait de ses aveux tus,
Quand l’aube se levait sur mon être perdu.
Les années s’écoulèrent pour l’ange au sexe noir,
L’orphelin du sein maternel luttant contre son désespoir,
Marionnettiste du passé, prisonnier du sort,
Cherchant dans les amours la douceur du réconfort.
Mais jamais de bonheur pour apaiser mes blessures ;
Je me tus, pèlerin errant dans ma souillure.
Mais alors je te revis par sérendipité,
Je t’avouai le désir de mon être enamouré.
Honteuse de tes actes, tu t’étais enfuie,
Vivante âme inconsciente dans un bonheur infini.
L’opulence t’enveloppait, aux côtés de ton mari et de ta fille,
Et moi, j’errais sans un rayon de soleil.
Tu t’écroulas à mes pieds, réclamant le pardon,
Toi, la pécheresse altière, implorant ma raison.
Mais moi — moi, je t’ai désirée,
Dans ce silence moisi que tu m’avais légué.
J’ai voulu ton corps, ton souffle sur ma détresse,
Pour panser les plaies de mon être en ivresse.
Mais au lieu de m’offrir ton corps pour pallier tes torts,
Tu choisis lâchement de te donner la mort,
Pensant ainsi fuir ma vengeance —
Qui, hélas, incombera à ton engeance.