Performance sociale et actifs financiers
Performance sociale et actifs financiers
Homayoon SHALCHIAN
Université du Québec à Montréal
Case postale 8888, succursale centre-ville
Tel: (514) 792-9288
shalchh@[Link]
Résumé
Nous présentons le modèle d’un marché d’actifs financiers sur lequel il existe deux titres
risqués et deux catégories d’investisseurs. La première catégorie regroupe les investisseurs
dont le comportement est celui traditionnellement modélisé dans la théorie financière. Quant
à la seconde catégorie, elle regroupe les investisseurs dits socialement responsables qui
considèrent la performance sociale de l’entreprise émettrice des titres comme un composant
de leur fonction d’utilité et par conséquent, une information pertinente concernant leur utilité
espérée.
Nos résultats démontrent que les préférences hétérogènes des deux catégories d’investisseurs
et les anticipations qui en découlent pourraient avoir un impact sur les prix ainsi que sur les
taux de rendement exigés par les investisseurs. Ils démontrent également que la performance
sociale perçue par les investisseurs socialement responsables pourrait avoir un impact à la
hausse sur l’utilité espérée de ces investisseurs. Finalement, nous constatons qu’en absence
des investisseurs non socialement responsables, il existerait un coût de renonciation relié à
l’utilité additionnelle que procure la performance sociale tandis que la présence de ces
investisseurs sur le marché ferait en sorte que le coût de renonciation diminue
considérablement et pourrait même devenir négatif.
2
Introduction
La responsabilité sociale et le rôle de l’entreprise dans la société ont été sujets des
débats et de sources de divergence des idées pendant la dernière décennie, dans les
pays développés. Les questions telles que la protection de l’environnement et les
conditions du travail des employés ont été au centre des discussions, mais plus
particulièrement depuis 2001, les pratiques irresponsables des dirigeants de certaines
entreprises comme Enron et World Com ont incité davantage les chercheurs de porter
attention sur ce sujet qui semble avoir un impact profond sur le bien être des
actionnaires et celui de la société. La sensibilité des communautés envers les
questions éthiques ont de plus en plus incité les investisseurs et les dirigeants des
fonds de prendre des décisions de placement basées sur la performance sociale des
entreprises au lieu de l’économie pure.
De nombreuses études ont été effectuées afin d’établir un lien entre la performance
sociale de la firme et la performance financière des détenteurs de titres (Michell, Agle
et Wood, 1995 ; Harrisson et Freeman, 1999 ; Mc Williams et Seigel, 2001).
Certaines preuves anecdotes suggèrent que le respect de la responsabilité sociale,
malgré les coûts qu’il engendre, pourrait améliorer la performance financière des
3
Bien qu’elle soit complexe, la performance sociale pourrait fournir une information
importante à propos des « croyances » de la firme. Par exemple, si la firme tente
activement de protéger l’environnement, elle signale sa préoccupation pour le bien-
être de la société. De même, les firmes qui accordent des bénéfices exemplaires à
leurs employés, signalent leurs volontés d’améliorer les conditions de vie de ses
travailleurs. Ainsi, les activités socialement responsables des firmes signalent « la
philosophie de l’entreprise » aux intervenants sociaux tels que les consommateurs,
travailleurs ainsi qu’aux investisseurs.
Dans ce cas, il serait raisonnable de conclure que ces signaux pourraient être utilisés
par les individus qui cherchent à former une impression à propos de la firme et sa
direction. Ces évaluations individuelles dépendent, en grande partie des
circonstances. Les individus peuvent décider de travailler ou pas pour une firme, de
n’acheter ou pas ses produits et les services. De même, ils peuvent utiliser ce signal
dans leurs décisions d’investissement. Par conséquent, les actionnaires peuvent être
4
un groupe parmi d’autres intervenant sociaux que les dirigeants des entreprises
devraient prendre en considération dans leur processus de la prise de décision (Nanda,
Schneeweis et Eneroth, 1996 ; Maignan et Farrell, 2000) car, tout comme les autres
intervenants sociaux, les actionnaires peuvent revendiquer la « légitimité sociale » de
l’entreprise.
Dans cette étude, nous considérons la performance sociale comme une information
pertinente au sujet de la valeur de la firme, qui peut être reçue et interpréter
correctement par les investisseurs. Nous développons le modèle à partir des agents
représentatifs qui désirent substituer leurs consommations à travers le temps
(Cochrane 2001), dans une économie qui contient deux titres risqués. Certains agents
dits « socialement responsables » prennent en considération la performance sociale de
l’entreprise comme un signal de la valeur future de la firme, et d’autres ignorent
entièrement cette information dans leur processus de la prise de décision.
Nous allons également utiliser dans cette étude, la théorie économique sur les biens
durables. D’un point de vue conceptuel, les titres financiers et les biens durables
montrent des caractéristiques communs (Grossman et Laroque, 1990 ; Atkeson et
Ogaki, 1993). Les deux types de produit sont acquis par les agents à un moment
donné tandis que les utilités des acquéreurs seraient procurées à travers le temps. La
littérature économique nous démontre que la présence de la durabilité dans
l’économie aura un impact sur l’élasticité de la substitution inter-temporelle (Epstein
et Zin, 1989 ; Grossman et Laroque, 1990 ; Hindy et Huang, 1993). Les demandes
des biens durables et les titres financiers sont plus sensibles aux variations du taux
d’intérêt et le caractère durable des deux types de produit entraîne une volatilité plus
grande de la consommation (Ogaki et Reinhart, 1998).
Nous considérons les agents représentatifs ayant des aversions envers le risque et des
niveaux de richesse égaux. Ces agents, désirant stabiliser leurs consommations à
travers le temps, considèrent que les performances sociales des entreprises émettrices
des titres pourraient avoir un impact sur leur utilité future (Jones et Murell, 2001). La
1
Dans la théorie économique, l’agent substitue l’utilité sous forme de service par l’utilité sous forme
de statut. Le prix additionnel que l’agent économique accorde au statut constitue le coût de
renonciation que l’agent accepte afin d’obtenir cette utilité.
2
Dans la littérature, l’utilité additionnelle pourrait prendre la forme d’un futur « bien-être sociale » tel
qu’un meilleur environnement. Nous considérons que l’investisseur socialement responsable investit
davantage dans un titre lorsqu’il anticipe une utilité additionnelle sans nécessairement connaître la
nature de cette utilité. L’investisseur pourrait anticiper une utilité additionnelle sous forme d’un bien-
être social ou sous forme d’une meilleure combinaison rendement/risque.
6
I. Le Modèle
Le modèle se développe à partir de deux investisseurs représentatifs. Le premier étant
« socialement responsable », considère la performance sociale de l’entreprise
émettrice du titre comme un signal concernant son utilité future. Il peut obtenir ce
signal des analystes, des courtiers ou des consultants et croit que ce signal contient de
l’information pertinente. Cet investisseur choisit les titres en se basant sur cette
information tout comme les informations traditionnelles telles que les profits et les
divers ratios comptables. Ainsi, une bonne performance sociale de l’entreprise
émettrice du titre incite l’investisseur socialement responsable d’anticiper une utilité
future additionnelle et par conséquent, d’accorder une valeur future additionnelle
positive à ce titre. À l’inverse, une mauvaise performance sociale de l’entreprise
émettrice incite l’investisseur socialement responsable d’anticiper une baisse de
l’utilité et accorder une valeur moins élevée à ce titre.
7
Nous supposons qu’il existe deux grands groupes d’investisseurs sur le marché. Les
investisseurs du type S sont socialement responsables et considèrent la performance
sociale de l’entreprise émettrice comme un composant de leur fonction d’utilité et par
conséquent, un signal concernant leur utilité finale. Ils prennent leurs décisions en se
basant sur cette information tout comme les informations traditionnelles. Le
deuxième groupe d’investisseurs (le groupe Z) est non socialement responsable. Ces
derniers prennent leurs décisions en se basant uniquement sur les informations
8
traditionnelles telles que les profits et les ratios comptables. η s etη z représentent
Il existe également deux titres risqués dans l’économie (i et j). Nous supposons que
les offres des deux titres i et j sont inélastiques et par conséquent, les quantités des
deux titres sur marché sont fixes et inchangeables, normalisées à une unité. Nous
supposons également que les deux titres ont le même flux monétaire
futur ( xti+1 = xtj+1 ) , le même niveau du risque (σ i2 = σ 2j ) et par conséquent, le même
taux de rendement exigé (rti = rt j ) . Ainsi, au début de la période visée, les deux titres
étant perçus par les deux types d’investisseurs comme des substituts parfaits, auraient
le même prix d’équilibre ( Pt i = Pt j ) .
Par conséquent, au début de la période, les deux types d’agents maximisent des
fonctions d’utilité identiques
U = −e −2γ [(1+θ ) x ] (1)
Où γ représente le coefficient d’aversion absolu envers le risque et θ x la valeur future
en terme monétaire que l’investisseur socialement responsable accorde à l’utilité que
la performance sociale de l’entreprise lui procure. Dans cette étude, nous supposons
que cette valeur est exogène et connue d’avance. Par conséquent, il n’existe que trois
valeurs possibles pour θ , une valeur positive si l’entreprise émettrice du titre est
perçue comme socialement performante, négative si sa performance sociale est
considérée comme médiocre (si la firme est considérée comme socialement
irresponsable), et nulle s’il n’existe aucune perception au sujet de la performance
sociale.
∑ (x t − x)2
t σ x2 = t =1
(3)
T −1
Par conséquent, au début de la période (au temps t), les deux types d’investisseurs
choisissent l’un des deux titres de façon aléatoire afin de maximiser
[ ]
E (U ) = c0 + λit t xti+1 − Pt i (1 + rti ) − γ (λit ) 2 .( t σ x2 ) (4)
xtj+1 − ptj (1 + rt j )
λtj , s = λtj , z = t
(6)
2γ .t σ 2 ( xtj+1 )
Sous nos hypothèses concernant la distribution des rendements et les proportions des
investisseurs, les quantités optimales demandées par les investisseurs seront
proportionnelles au flux monétaire anticipé et elles seront inversement
proportionnelles au coefficient d’aversion envers le risque ainsi qu’à la variance
anticipée du flux monétaire. Puisque dans les équations (5) et (6) les variables
10
explicatives sont identiques, les demandes individuelles de chacun des titres seront
identiques.
Il en sera de même pour les demandes agrégées des deux titres. Étant donné
l’utilisation d’un modèle statique, les demandes agrégées seront3
(η s + η z ) i
Qti = .λt (7)
2
(η s + η z ) j
Qt j = .λt (8)
2
pti =
1
(1 + rti )
[t x t +1 − 2γ ( t σ ( xt +1 ))
i 2 i
] (9)
ptj =
1
(1 + rt )
j
[
t xt +1 − 2γ ( t σ ( x t +1 ))
j 2 j
] (10)
Les équations (9) et (10) expriment les prix d’équilibre des titres i et j au début de la
période comme des fonctions des paramètres technologique (rti ) et comportemental
suivante de xti+1 et xtj+1 . Nous établissons cet équilibre en supposant que les
Les prix d’équilibre nous permettent ainsi de dériver les taux de rendement exigés sur
les deux titres
3
Dans un modèle statique, basé sur la moyenne-variance, la demande agrégée serait la somme
arithmétique des demandes individuelles. Dans ce modèle, les agents ayant les richesses initiales et les
coefficients d’aversion envers le risque identiques, la demande agrégée sera le produit de la demande
individuelle et le nombre d’investisseurs.
11
rti =
1
[
i t t +1
pt
]
x i − 2γ (t σ 2 ( xti+1 )) − 1 (11)
rt j =
1
pt
[
j t t +1
]
x j − 2γ (t σ 2 ( xtj+1 )) − 1 (12)
Sous l’hypothèse de la substitution parfaite des deux titres, les rendements espérés
des deux titres au début de la période seront identiques
E ( Rti ) =( t xti+1 / pti ) − 1 (13)
traduit par l’addition d’un montant strictement positif au flux monétaire anticipé en
accordant une valeur positive à θ . Cette anticipation entraînerait une hausse de la
demande et du prix du titre i. Les investisseurs du type S actualisent ainsi l’utilité
totale anticipée du titre i qui sera composée de l’utilité existante sans la perception de
la performance sociale, plus l’utilité additionnelle perçue après la perception afin
d’accorder un prix additionnel au titre i. Cela se fait par une demande additionnelle
des investisseurs socialement responsables pour le titre i, ce qui se traduit
simultanément par une baisse de leurs demandes pour le titre j.
Toute chose étant égale par ailleurs, ces fluctuations des prix font en sorte que le
rendement espéré du titre i sera moins élevé que celui estimé dans le premier état
stationnaire, et celui du titre j sera plus élevé. Dans ce cas, les investisseurs Z étant
préoccupés uniquement par leur rendement en terme monétaire, anticipent un
rendement espéré plus élevé sur le titre j. Cette anticipation incite les investisseurs du
type Z de réagir de façon simultanée et investir davantage dans le titre j. Cette
substitution étant l’inverse de celle des investisseurs S établit un nouvel équilibre en
faisant hausser le prix du titre j et en diminuant simultanément celui du titre i.
[ ]
E (U ) = c0 + λit (1 + θ ).t xti+1 − pti (1 + rti ) − γ (λit ) 2 .(1 + θ ) 2 .t σ 2 ( xti+1 ) (15)
13
L’équation (16) nous démontre qu’une valeur positive de θ entraînerait, à la fois, une
augmentation du flux monétaire anticipé ainsi que de la variance de ce dernier. Par
conséquent, la condition nécessaire et suffisante pour que la demande additionnelle
de l’investisseur socialement responsable soit positive est que l’augmentation du flux
monétaire anticipé due à la perception de la performance sociale soit supérieure à
l’augmentation du risque perçu par cet investisseur :
Nous pouvons constater qu’il est impossible que θ soit supérieur à 2γ (θ 2 + 2θ ) . Par
conséquent, l’inégalité (17) n’est valable que si le flux monétaire anticipé soit
supérieur à sa variance et cela avec un écart suffisamment élevé. En simplifiant (17),
nous obtenons le ratio rendement/risque minimum au-delà duquel l’investisseur
socialement responsable considère la performance sociale comme un signal positif :
xti+1
t
〉 1 (18)
2γ .(θ + 2).σ 2 ( xti+1 )
Cette inégalité nous indique que l’investisseur socialement responsable doit percevoir
un rapport rendement/risque relativement élevé avant de considérer la performance
sociale comme un signal positif. Dans le cas contraire, la performance sociale
pourrait l’inciter de diminuer sa demande pour le titre i. L’inégalité (17) nous montre
aussi que le coefficient d’aversion envers le risque amplifie également le risque
additionnel perçu par l’investisseur S et que si cet investisseur possède une tolérance
14
Les équations (18) et (19) nous démontrent que la performance sociale perçue par
l’entreprise i pourrait créer une demande additionnelle positive de la part des
investisseurs S pour le titre i. Nous pouvons également constater que l’ampleur de
cette demande additionnelle dépend à la fois de la valeur (en terme monétaire) que les
investisseurs du type S accordent à la performance sociale de l’entreprise, du risque
perçu qu’entraînerait la performance sociale ainsi que de la proportion d’investisseurs
socialement responsables présents sur le marché.
Du côté des investisseurs du type Z, on pourra observer les mêmes variations dans le
sens inverse et cela de façon simultanée car, l’augmentation de la demande du titre i
entraînerait une hausse du prix (baisse du rendement espéré) de ce titre.
15
pti , s =
1
(1 + rti )
[ (
. (1 + θ ) t xti+1 − 2γ t σ 2 ( xti+1 ) + (θ 2 + 2θ ).t σ 2 ( xti+1 ) )] (22)
pti , s − pti =
1
(1 + rti )
[ ( )
. θ .t xti+1 − 2γ . θ 2 + 2θ .σ 2 ( xti+1 ) ] (23)
rti , s =
1
pti , s
[x
t
i
t +1 ]
− 2γ ( t σ 2 ( xti+1 )) − 1 (24)
taux de rendement exigé sur ce titre, ce qui est suggéré dans la littérature de façon
informelle. La performance sociale de l’entreprise pourrait être ainsi une source de la
confiance de l’investisseur. Cela pourrait entraîner la perception d’un rapport
rendement/risque supérieur par les investisseurs et ultimement une réduction du coût
du capital de l’entreprise (Agle et Caldwell, 1999).
Tel que nous venons de démontrer, cette réaction des investisseurs socialement
responsables entraînerait une hausse du prix du marché du titre i qui serait la
moyenne pondérée des anticipations des deux types d’investisseurs :
~
Pt i =
1
(1 + rt )
i
[
. t xti+1 − 2γ .t σ 2 ( xti+1 ) ]
(26)
+
1
(
.(η S / 2). θ .t xti+1 − 2γ (θ 2 + 2θ ) .t σ 2 ( xti+1 ) )
(1 + rt )
i
~
Pt j =
1
(1 + rt )
j
[
. t xtj+1 − 2γ .t σ 2 ( xtj+1 ) ]
(27)
−
1
(
.(η S / 2). θ .t xti+1 − 2γ (θ 2 + 2θ ).t σ 2 ( xti+1 ) )
(1 + rt )
j
Ces variations des prix des deux titres font en sorte que les rendements anticipés sur
les deux titres seraient respectivement
( ~
E ( Rti ) = t xti+1 Pt i − 1 ) (29)
)=( x )−1
~
E ( Rt j t
j
t +1 Pt j (30)
Les équations (26) et (27) nous démontrent que suite à la réaction des investisseurs du
type S, le prix du titre i sera supérieur à celui du titre j. Par conséquent, les équations
(29) et (30) nous conduisent à conclure que toute chose étant égale par ailleurs :
~ ~
Pt i 〉 Pt j ⇔ E ( Rti )〈 E ( Rt j ) (31)
À ce stade-ci, nous pouvons interpréter la réaction des investisseurs socialement
responsables comme une substitution de leur part de l’utilité sous forme de
« service » par une utilité sous forme de « statut » tout comme dans le cas des biens
durables multi-caractères. Ces investisseurs, seraient prêts à renoncer à une partie de
leur utilité en terme monétaire (le rendement espéré) afin d’obtenir l’utilité engendrée
par la performance sociale. En d’autres termes, si les investisseurs socialement
responsables considèrent les deux types d’utilité comme des substituts parfaits, le prix
additionnel serait le coût de renonciation que les investisseurs du type S seraient prêts
à accepter pour obtenir une utilité sous forme de « statut ».
18
Pt i* =
1
(1 + rt )
i
[
t x t +1 − 2γ .t σ ( xt +1 )
i 2 i
]
(32)
+
1
(1 + rti )
[
.((η S − η Z ) / 2). θ .t xti+1 − 2γ (θ 2 + 2θ ).t σ 2 ( xti+1 ) ]
Pt j* =
1
(1 + rt )
j
[
t xt +1 − 2γ .t σ ( x t +1 )
j 2 j
]
(33)
+
1
(1 + rt )
j
[
.((η Z − η S ) / 2). θ .t xtj+1 − 2γ (θ 2 + 2θ ).t σ 2 ( xtj+1 ) ]
Dans les équations (32) et (33), les premiers termes représentent les prix respectifs
des titres i et j, s’il n’existe aucune perception au sujet de la performance sociale et
les deuxièmes termes représentent les variations des deux prix suite aux réactions
simultanées des deux catégories d’investisseurs. Encore une fois, si les conditions
posées en (17) sont satisfaites, les signes des variations des prix dépendent de l’écart
19
entre les proportions des deux catégories d’investisseurs. Les investisseurs du type S
semblent avoir une proportion moins élevée que les investisseurs du type Z :
( η S 〈η Z ). Cela signifie que le deuxième terme de l’équation (32) serait négatif. Cela
nous indiquent qu’à l’équilibre final, le prix du titre i se situerait à un niveau inférieur
par rapport à celui de l’équilibre initial estimé en (9). De même cette inégalité des
proportions des deux catégories d’investisseurs signifie que le deuxième terme de
l’équation (33) serait strictement positif. Par conséquent, le prix d’équilibre du titre j
serait supérieur à celui estimé en (10).
E ( Rt j* )=( xt
j
t +1 Pt j* )−1 (35)
Pt i* 〈 Pt j* ⇔ E ( Rti* )〉 E ( Rt j* ) (36)
[ ]
Et (U i ) = c0 + λit t xti+1 + θ .t xti+1 − Pt i* (1 + rti ) − γ (λit ) 2 (1 + θ ) 2 .t σ 2 ( xti+1 ) (37)
et
[ ]
Et (U j ) = c0 + λtj t xtj+1 − Pt j* (1 + rt j ) − γ (λtj ) 2 .t σ 2 ( xtj+1 ) (38)
Les équations (37) et (38) nous montrent que suite aux réactions des deux catégories
d’investisseurs, pour une quantité donnée, le titre i procure une utilité espérée
supérieure à celle du titre j à ses détenteurs.
Nous pouvons également remarquer qu’en présence des investisseurs non socialement
responsables, le coût de renonciation relié à l’obtention de l’utilité sous forme de
statut serait moins élevé et pourrait même devenir négatif. Si le marché n’est
composé que des investisseurs du type S, la hausse du prix du titre i (la baisse du
rendement espéré) ferait en sorte que l’utilité additionnelle procurée par la
performance sociale serait accompagnée d’une perte d’utilité en terme de rendement.
En d’autres terme, en absence des investisseurs du type Z, l’impact de la réaction des
21
IV. Conclusion
Nous avons démontré que la performance sociale d’une entreprise pourrait entraîner
une hausse de l’utilité espérée que le titre d’une entreprise socialement responsable
pourrait procurer à ses détenteurs. Dans la littérature, les détenteurs des titres
socialement responsables seraient les seuls à obtenir cette utilité additionnelle. Cela
serait vrai si l’utilité additionnelle était sous forme d’un rendement espéré
additionnel. En réalité, cette utilité pourrait prendre plusieurs formes. Elle peut se
présenter sous forme d’un moyen d’éviter certaines pertes éventuelles telles que les
conventions collectives sévères et les poursuites judiciaires (Ruf, Muralidhar, Brown,
Janney et Paul, (2001), mais également sous forme d’un bien être social comme un
meilleur environnement ou une plus grande satisfaction des consommateurs (Roman
et Haybour, 1999 ; Moore, 2001). Dans le premier cas, l’utilité engendrée par la
performance sociale serait procurée par l’ensemble des investisseurs présents sur le
marché et dans le deuxième cas, elle sera distribuée entre tous les individus.
Notre modèle suggère que la forme structurelle de la prime du risque pourrait être
différente de celle qui est suggérée par le CAPM à un seul facteur et que l’estimation
de cette prime pourrait exiger un modèle à deux bêtas, ce qui collabore avec les
résultats obtenus par Detemple et Giannokos (1996). En effet, notre modèle suggère
un deuxième facteur qui pourrait expliquer les fluctuations de la prime du risque
systématique des actifs financiers.
22
De plus, nous avons supposé que chaque investisseur désire détenir un seul titre et
que la perception de la performance sociale les incite de substituer un titre par l’autre.
En réalité, les investisseurs possèdent généralement un portefeuille composé de
plusieurs titres afin de bénéficier des avantages de la diversification. Par conséquent,
une amélioration possible à apporter à ce modèle serait de développer le modèle à
partir des investisseurs étant contraints de conserver des portefeuilles diversifiés et
qui, en cas de l’existence d’une performance sociale perçue, ne feraient que modifier
la composition de leurs portefeuilles en conséquence.
Références :
Annexe A
1. Les fonctions de demande (en absence de la performance sociale)
Les investisseurs maximisent une fonction d’utilité identique :
U = −e −2γ [(1+θ ) x ] (éq 1)
En absence de la perception au sujet de la performance sociale, la valeur de θ serait
nulle. L’utilité espérée sera:
[
E (U ) = E − e − ( 2γ ) x ]
25
Dans un premier temps, on néglige le signe négatif en multipliant le côté droit par –1
et on pose l’égalité sous forme logarithmique :
[
log E (U ) = log e − ( 2γ ) x ]
La propriété des logarithmes :
log Et ( X ) = Et [log( X )] + 1 / 2.σ 2 [log( X )]
En utilisant cette propriété dans la fonction d’utilité
log E (U ) = −2γ .Et [x ] + 1 / 2.(2γ ) 2 .σ x2
ηs +ηz
Qti = .λit (éq 7)
2
Il en est de même pour la demande agrégée du titre j
η s +η z
Qt j = .λtj (éq 8)
2
pti , s = pti , z =
1
(1 + rti )
[
. t xti+1 − 2γ .t σ 2 ( xti+1 ) ]
Le prix d’équilibre sera la moyenne pondérée des deux prix :
pti = η S . pti , s + (1 − η S ). pti , z où pti , s = pti , z
pti =
1
(1 + rt )
i
[
t x t +1 − 2γ ( t σ ( xt +1 ))
i 2 i
] (éq 9)
ptj =
1
(1 + rt )
j
[
t xt +1 − 2γ ( t σ ( x t +1 ))
j 2 j
] (éq 10)
rti =
1
[x i − 2γ (t σ 2 ( xti+1 )) − 1
i t t +1
pt
] (éq 11)
rt j =
1
pt
[x j − 2γ (t σ 2 ( xtj+1 )) − 1
j t t +1
] (éq 12)
xtj+1 − ptj
E ( Rt j ) = t
j
= ( t xtj+1 ptj ) − 1 (éq 14)
pt
Annexe B
1. Les fonctions de demande :
Suite à la perception de la performance sociale, le flux monétaire espéré sera
(1 + θ ).xti+1 = xti+1 + θ .xti+1
Par conséquent, la fonction d’utilité de l’investisseur du type S sera :
U = −e −2γ [(1+θ ) x ] Où θ 〉 0 et connu d’avance
L’utilité espérée de l’investisseur S sera :
[
E (U ) = E − e −2γ [(1+θ ) x ] ]
[
log E (U ) = x + θ .x − γ . (1 + θ 2 + 2θ ).σ 2 ( xti+1 ) ]
Et on développe l’équation (16) comme au début de la première période :
[ ]
E (U ) = c0 + λit (1 + θ ).t xti+1 − pti (1 + rti ) − γ (λit ) 2 .(1 + θ ) 2 .t σ 2 ( xti+1 ) (éq 15)
La dérivée partielle de la fonction d’utilité par rapport à la quantité :
∂E (U )
= t xti+1 + θ .t xti+1 − pti (1 + rti ) − 2γ .λit .(1 + θ ) 2 .t σ 2 ( xti+1 ) = 0
∂λti
Il en est de même pour les variations individuelle et agrégée du titre j qui seront
respectivement
xtj+1 − θ .t xtj+1 − ptj (1 + rt j )
λtj , s = t
(éq 20)
[
2γ t σ 2 ( xtj+1 ) − (θ 2 + 2θ ) t σ 2 ( xtj+1 ) ]
pti , s =
1
(1 + rt )
i
[ (
. (1 + θ ) t xti+1 − 2γ t σ 2 ( xti+1 ) + (θ 2 + 2θ ).t σ 2 ( xti+1 ) )] (éq 22)
Il faut bien noter que l’équation (21) n’estime pas le prix du titre i suite à la réaction
de l’investisseur S, mais le prix que l’investisseur S serait prêt à payer pour détenir le
titre i. En soustrayant (9) de (21), nous obtenons également le prix additionnel que
l’investisseur S serait prêt à payer pour le titre i :
pti , s − pti =
1
(1 + rt )
i
[ ( )
. θ .t xti+1 − 2γ . θ 2 + 2θ .σ 2 ( xti+1 ) ] (éq 23)
rti , s =
1
pti , s
[x
t
i
t +1 ]
− 2γ ( t σ 2 ( xti+1 )) − 1 (éq 24)
pti , s =
1
(1 + rt )
i
[ ]
. ( t xti+1 + θ .t xti+1 − 2γ .(1 + θ ) 2 .t σ 2 ( xti+! ) . (ηs/2)
pti =
1
(1 + rti )
[ ]
. t xti+1 − 2γ .t σ 2 ( xti+1 ) .((1-ηs)/2)
~
E ( Rt j ) = t xtj+1 − Pt j
~
Pt j
= (x
t
j
t +1
~
)
/ Pt j − 1 (éq 30)
Pt i* =
1
(1 + rt )
i
[
t xt +1 − 2γ .t σ ( x t +1 )
i 2 i
]
+ (η S / 2).
1
1 + rt i
[
. θ .xti+1 − 2γ (θ 2 + 2θ ).t σ 2 ( xti+1 ) ]
− (η Z / 2).
1
(1 + rt )
i
[
θ .xti+1 − 2γ (θ 2 + 2θ ).t σ 2 ( xti+1 ) ]
En simplifiant, on intègre le deuxième et le troisième terme :
Pt i* =
1
(1 + rti )
[
t xt +1 − 2γ .t σ ( xt +1 )
i 2 i
]
(éq 32)
+
1
(1 + rt )
i
[
.((η S − η Z ) / 2). θ .xti+1 − 2γ (θ 2 + 2θ ).t σ 2 ( xti+1 ) ]
Il en est de même pour le titre j
Pt j* =
1
(1 + rt )
j
[
t x t +1 − 2γ .t σ ( x t +1 )
j 2 j
]
(éq 33)
+
1
(1 + rt )
j
[
.((η Z − η S ) / 2) θ .xti+1 − 2γ (θ 2 + 2θ ).t σ 2 ( xti+1 ) ]
4. L’utilité
En remplaçant les valeurs estimées dans les fonctions d’utilité :
[ ]
Et (U i ) = c0 + λit t xti+1 + θ .t xti+1 − Pt i* (1 + rti ) − γ (λit ) 2 (1 + θ ) 2 .t σ 2 ( xti+1 ) (éq 37)
et
[ ]
Et (U j ) = c0 + λtj t xtj+1 − Pt j* (1 + rt j ) − γ (λtj ) 2 .t σ 2 ( xtj+1 ) (éq 38)
32
t xti+1 = t xtj+1
λit = λtj