L’IPHONE, UN PRODUIT MONDIALISÉ
Classe(s) : T S | Thème(s) : La mondialisation en fonctionnement
T
> En vous appuyant sur le cas du produit mondialisé étudié dans l’année, vous présenterez la mondialisation en
fonctionnement.
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Les termes du sujet
Terme Définition
Produit mondialisé Produit élaboré dont les étapes de fabrication, d’assemblage, d’acheminement, de distribution et de
consommation reflètent l’intégration des acteurs économiques mondiaux et révèlent la complexité
des liens économiques qui unissent différentes parties du monde. C’est un produit qui fait l’objet
d’une distribution massive sur les marchés mondiaux.
Mondialisation Mise en relation des différentes parties du monde par des flux. La mondialisation est
inséparable du capitalisme qui l’a mise en place.
La problématique
En quoi l’exemple d’un produit mondialisé rend-il compte du fonctionnement de la mondialisation, de ses acteurs, de ses flux,
de ses réseaux?
Utilisez les mots clés
Évitez les pièges
• Étudiez le produit mondialisé en faisant bien le lien avec les dynamiques de la mondialisation.
• De même, étudiez le fonctionnement de la mondialisation en faisant bien référence au produit mondialisé.
CORRIGÉ
Les titres en couleurs servent à guider la lecture et ne doivent en aucun cas figurer sur la copie.
Introduction
[Accroche] Qui n’a pas regardé, l’œil halluciné, ces hordes de geeks se ruer dans les rayons d’un Apple Store pour arracher
la dernière version de l’iPhone, le produit phare de la célèbre marque à la pomme, Apple? Qui ne les a vus, sur une chaîne
de télévision, brandir, essoufflés mais comblés, la précieuse boîte dont la possession signe leur entrée dans le club très fermé des
gens in, ceux qui ont «le dernier iPhone» ?
[Problématique] Enfin, pas si fermé que cela, ce club. C’est d’ailleurs là tout le paradoxe: comment donner l’impression à un
client d’entrer dans un cercle très privé alors qu’il a été vendu 75millions d’iPhone6 en trois mois? C’est simple: il faut le
vendre cher et partout dans le monde. Exemple emblématique de ces produits mondialisés qui accompagnent les pérégrinations
urbaines d’une humanité connectée, l’iPhone peut rendre compte, à lui seul, de l’ensemble des logiques de la mondialisation.
[Annonce du plan] L’iPhone est en effet un produitmade in world dont la production suit les stratégies des firmes
mondialisées. Mais c’est aussi un produit qui, loin d’être universel, laisse transparaître les logiques sélectives,
uniformisatrices ou contestables d’une mondialisation «sauvage».
de télévision, brandir, essoufflés mais comblés, la précieuse boîte dont la possession signe leur entrée dans le club très fermé des
gens in, ceux qui ont «le dernier iPhone» ?
[Problématique] Enfin, pas si fermé que cela, ce club. C’est d’ailleurs là tout le paradoxe: comment donner l’impression à un
client d’entrer dans un cercle très privé alors qu’il a été vendu 75millions d’iPhone6 en trois mois? C’est simple: il faut le
vendre cher et partout dans le monde. Exemple emblématique de ces produits mondialisés qui accompagnent les pérégrinations
urbaines d’une humanité connectée, l’iPhone peut rendre compte, à lui seul, de l’ensemble des logiques de la mondialisation.
[Annonce du plan] L’iPhone est en effet un produitmade in world dont la production suit les stratégies des firmes
mondialisées. Mais c’est aussi un produit qui, loin d’être universel, laisse transparaître les logiques sélectives,
uniformisatrices ou contestables d’une mondialisation «sauvage».
I. L’iPhone, made in world
1. Une firme globale, Apple
Info
Le NASDAQ est la bourse des valeurs technologiques de NewYork.
• Lancée en1976 dans leur garage par Steve Jobs et Steve Wozniak, Apple est aujourd’hui une firme transnationale
(FTN) d’une ampleur particulière. Cotée au NASDAQ, sa capitalisation boursière atteint 730milliards de
dollars: c’est la première au monde.
Conseil
Veillez à donner de temps à temps à votre étude de cas une portée générale.
• Apple est implantée depuis l’origine à Cupertino, en Californie, au cœur de la Silicon Valley, le premier technopôle
du monde. C’est là que sont conçus les iPhones, dont les derniers modèles, les 6 et 6Plus, ont permis à la société de
récolter 18milliards de dollars au premier trimestre 2015. Appple se révèle ainsi être une firme extraordinairement
profitable: deux caractéristiques qu’elle partage, quoiqu’à des degrés divers, avec les autres FTN de la planète.
2. La stratégie des avantages comparatifs
• Si la conception des iPhones se fait en Californie, de même que l’élaboration de la stratégie de l’entreprise ainsi que
la réalisation des activités à plus forte valeur ajoutée, comme le logiciel (software), le marketing ou la publicité, la
production de l’objet matériel (hardware) est éclatée à travers le monde: l’iPhone est fabriqué à 90% hors des États-
Unis.
• La firme fait jouer les avantages comparatifs de chaque zone de la planète: le processeur A8 est produit en Corée du
Sud, les composants semi-conducteurs en Allemagne ou à Taïwan, les composants mémoire au Japon et en Corée
du Sud, l’écran haute définition à Taïwan et en Corée du Sud, les métaux rares viennent essentiellement
d’Afrique et d’Asie, l’acier de Russie.
3. La nouvelle division internationale des processus productifs
• La division internationale du travail (DIT) permet donc de produire dans des lieux différents et éloignés les uns
des autres les composants qui seront ensuite assemblés en Chine par le sous-traitant principal d’Apple, le
Taïwanais Foxconn. Dans le Henan, au sud de Zhengzhou, se trouve « Apple City», l’immense zone industrielle
dédiée aux activités d’assemblage des produits Apple. 300000 ouvriers y travaillent.
Info
La DIPP est l’intervention simultanée de plusieurs pays dans un même processus productif, le faible coût du transport
maritime par conteneurs permettant l’assemblage final dans un lieu d’où le produit sera réexporté, souvent la Chine. La
DIPP est un terme plus technique et précis que la DIT.
• La division internationale des processus productifs (DIPP) s’applique pour l’iPhone comme pour les autres
produits de la mondialisation. Des firmes comme Apple profitent ainsi des faibles salaires –mais de moins en
moins faibles à présent– chinois, du coût très réduit du transport maritime et de l’efficacité des chaînes logistiques
actuelles. Au final, la part de la valeur ajoutée par le travail chinois est inférieure à 4% de la valeur finale de
l’iPhone, alors qu’Apple en empoche près de 60%.
[Transition] La division internationale des processus productifs rend bien compte des logiques mondialisées qui président à la
production de l’iPhone. Mais produit mondialisé ne veut pas dire produit universel, ni universellement accepté.
maritime par conteneurs permettant l’assemblage final dans un lieu d’où le produit sera réexporté, souvent la Chine. La
DIPP est un terme plus technique et précis que la DIT.
• La division internationale des processus productifs (DIPP) s’applique pour l’iPhone comme pour les autres
produits de la mondialisation. Des firmes comme Apple profitent ainsi des faibles salaires –mais de moins en
moins faibles à présent– chinois, du coût très réduit du transport maritime et de l’efficacité des chaînes logistiques
actuelles. Au final, la part de la valeur ajoutée par le travail chinois est inférieure à 4% de la valeur finale de
l’iPhone, alors qu’Apple en empoche près de 60%.
[Transition] La division internationale des processus productifs rend bien compte des logiques mondialisées qui président à la
production de l’iPhone. Mais produit mondialisé ne veut pas dire produit universel, ni universellement accepté.
II. L’iPhone, produit mondialisé, produit global?
1. La distribution sélective d’un produit mondialisé
• La commercialisation de l’iPhone n’est en effet aucunement universelle. Elle reflète les inégalités, les hiérarchies
introduites entre les territoires par les dynamiques de mondialisation. Les Apple Stores sont encore, pour l’essentiel,
concentrés dans les pays du Nord, autrement dit à destination des populations à fort revenu: avec un iPhone6Plus
dont le prix est supérieur à 1000 dollars l’unité, on peut comprendre la logique de cette implantation.
Conseil
Vous pouvez largement développer cette idée de l’appareil technologique bling bling en décrivant les luxueuses déclinaisons de la
récente Apple Watch. Cela montrera que vous savez relier l’actualité publicitaire à une réflexion géographique.
• Toutefois, de plus en plus d’Apple Stores s’ouvrent dans les pays émergents, ceux dans lesquels une classe moyenne
avide de consommer se développe et où les nouveaux riches veulent afficher les signes de leur réussite en arborant
l’appareil à la pomme, parfois dans des versions spécifiques (doré, avec des brillants, etc.). C’est le cas en Chine, en
Russie, dans les pays du Golfe, au Brésil ou encore en Afrique du Sud. La Chine, par exemple, est le premier
marché mondial pour le téléphone mobile.
• En revanche, Apple est peu ou pas distribué dans un certain nombre de pays, plutôt pauvres et isolés, qui forment
les angles morts de la mondialisation: les pays les moins avancés (PMA) en sont le meilleur exemple.
2. Un produit agent de l’uniformisation?
• Plus que d’autres produits mondialisés, l’iPhone est connu pour gommer les spécificités locales, régionales ou
nationales. En dehors de quelques concessions récentes au goût prononcé des Asiatiques pour la couleur or, le design
Apple joue d’un marketing indifférencié, qui privilégie l’idée d’une communauté, d’un club select, voire cool. Il s’agit
là d’un marqueur essentiel d’une culture mondialisée, uniformisée, déterritorialisée.
• Il est vrai que le téléphone portable, surtout le smartphone, est devenu un objet dont il est à présent difficile de se
séparer. Certains vont jusqu’à dire qu’il s’agit d’un objet identitaire, c’est-à-dire dans lequel on reconnaît une part
de son identité.
3. Concentrer la valeur, diluer les responsabilités
Conseil
Donnez l’idée générale, puis un exemple tiré de l’étude de cas.
• Or, la firme productrice de cet objet identitaire est loin d’être exempte de tout reproche. L’objectif d’Apple, comme des
autres FTN, est de maximiser le profit, de concentrer la valeur, quitte à diluer les responsabilités, au premier rang
desquelles la responsabilité sociale. Les grandes marques feignent d’ignorer les conditions de travail qui prévalent
souvent chez leurs sous-traitants, et préservent leur image de marque à grand renfort de communication. Foxconn a
ainsi souvent été accusé par différentes organisations non gouvernementales (ONG), notamment chinoises, de « faire
travailler l’homme plus vite que la machine».
• Responsabilité environnementale ensuite: loin des logiques du développement durable, celles de profitabilité conduisent à
créer chez les consommateurs le besoin d’un nouvel appareil, selon la théorie de l’obsolescence programmée. Or, le bilan
écologique de la production de l’iPhone, comme celui de tous les autres produits mondialisés, est fortement négatif:
changements fréquents d’appareils non recyclés, matières premières à l’extraction fortement polluante (terres rares),
multiplication des transports dans le cadre de la DIPP, etc.
Conclusion
ainsi souvent été accusé par différentes organisations non gouvernementales (ONG), notamment chinoises, de « faire
travailler l’homme plus vite que la machine».
• Responsabilité environnementale ensuite: loin des logiques du développement durable, celles de profitabilité conduisent à
créer chez les consommateurs le besoin d’un nouvel appareil, selon la théorie de l’obsolescence programmée. Or, le bilan
écologique de la production de l’iPhone, comme celui de tous les autres produits mondialisés, est fortement négatif:
changements fréquents d’appareils non recyclés, matières premières à l’extraction fortement polluante (terres rares),
multiplication des transports dans le cadre de la DIPP, etc.
Conclusion
[Reprise] L’iPhone est donc le produit mondialisé par excellence, celui qui concentre toutes les logiques de la mondialisation
contemporaines, celui dont les processus de production mettent en œuvre une division internationale du travail extrêmement
efficace. Mais aussi celui qui révèle les critiques le plus souvent portées contre la mondialisation.
[Réponse] Un produit mondialisé n’est pas un produit mondial, simplement distribué partout dans le monde. C’est un
produit qui reflète l’intégration des acteurs économiques mondiaux, l’interdépendance des marchés, mais aussi les inégalités de
la mondialisation.
[Remise en perspective] Un tel produit accompagne les évolutions du monde, car les firmes s’y adaptent et les anticipent. Il
est ainsi question que le lancement mondial du prochain appareil d’Apple se fasse depuis Shanghai…