Comprendre la dérivabilité des fonctions
Comprendre la dérivabilité des fonctions
Dérivabilité
249
250 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ
Démonstration. Notons déjà qu’une telle fonction ε, si elle existe, est définie par :
I −a → R
ε: 0 si h = 0 c’est-à-dire x = a
h = (x − a) 7→ f (x)−f (a)
x−a
− l si h ̸= 0 c’est-à-dire x ̸= a
Remarque I.7. On préfèrera travailler avec h → 0 plutôt que x → a en général, et donc on écrira plutôt :
Corollaire I.8. Avec les mêmes notations, si f est dérivable en a, alors la tangente Ta (f ) à la courbe de f
en le point d’abscisse a a pour équation :
Démonstration. Si M0 (a, f (a)) et M (x, f (x)) pour x ∈ I, alors la droite (M0 M ) est la droite passant par
M0 de pente τa,f (x). En faisant tendre x vers a, la droite (M0 M ) tend bien vers la droite passant par M0
de pente f ′ (a).
1
Cf M0
−2 −1 0 1 2 3
−1 M
Ta (f )
−2
−3
Remarque I.9. Si lim τa,f (x) = ±∞, alors la courbe de f admet une tangente verticale au point d’abscisse
x→a
a.
I. NOMBRE DÉRIVÉ ET FONCTION DÉRIVÉE 251
√
Exemple I.10. Si f : x 7→ x, alors pour x > 0 :
√ √
x− 0 1
τ0,f (x) = = √ → +∞
x−0 x x→0
et on retrouve que la représentation graphique de f possède une tangente verticale en 0 (ce qu’on avait
déjà vu comme cas particulier des fonctions x 7→ xα pour α ∈]0; 1[).
Démonstration. Découle de la limite du taux d’accroissement et du résultat sur les limites à gauche et à
droite.
Remarque I.13. Comme les limites de taux d’accroissement considérées sont toujours privées de a, la
valeur en a du taux n’a pas de sens. En particulier, une fonction peut être dérivable à droite et dérivable
à gauche sans être dérivable.
Exemple I.14. Reprenons f : x 7→ |x| et regardons sa dérivabilité en 0. On a déjà vu que f n’est pas
dérivable en 0, mais on peut voir que :
|x| − 0
— si x > 0 : τ0,f (x) = = 1, donc f est dérivable à droite en 0 avec fd′ (0) = 1 ;
x−0
|x| − 0
— si x < 0 : τ0,f (x) = = −1, donc f est dérivable à gauche en 0 avec fg′ (0) = −1.
x−0
ce qui montre que f est dérivable à gauche et à droite en 0, sans y être dérivable comme fg′ (0) ̸= fd′ (0).
4
|x|
3
−5 −4 −3 −2 −1 0 1 2 3 4 5
252 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ
1 g ′ (a)
= − h + hε(h)
g(a) g(a)2
avec ε(h) → 0 par opérations sur les limites ;
h→0
4. le dernier cas découle de 3 et 4.
Remarque I.16. On peut aussi montrer tous les résultats précédents par des taux d’accroissements. Par
exemple, pour le produit :
f (a + h)g(a + h) − f (a)g(a) f (a + h) (g(a + h) − g(a)) + (f (a + h) − f (a))g(a)
=
h h
g(a + h) − g(a) f (a + h) − f (a)
= f (a + h) · + g(a)
′
h
′
h
→ f (a)g (a) + f (a)g(a)
h→0
On verra au prochain chapitre comment manipuler plus facilement encore les “fonctions ε”, ce qui légitimera
davantage leur utilisation.
I. NOMBRE DÉRIVÉ ET FONCTION DÉRIVÉE 253
Corollaire I.17. Pour I ⊂ R, l’ensemble D(I, R) est un sous-anneau de C(I, R), qui est stable par combi-
naison linéaire.
dont le premier facteur tend vers g ′ (f (a)) par limite d’une composée, et le second vers f ′ (a), ce qui donne
le résultat voulu.
Proposition I.19. Soit f : I → J bijective et continue. On pose a ∈ I tel que f est dérivable en a, et on
note b = f (a) ∈ J. Alors f −1 est dérivable en b si, et seulement si, f ′ (a) ̸= 0, et dans ce cas on a :
1 1
(f −1 )′ (b) = = .
f ′ (a) f ′ (f −1 (b))
Comme f est continue, alors f −1 aussi donc : lim f −1 (y) = f −1 (b) = a. Et donc par composition de
y→b
limites :
f (f −1 (y)) − f (f −1 (b))
lim = f ′ (f −1 (b)) = f ′ (a)
y→b f −1 (y) − f −1 (b)
puis en passant à l’inverse :
f −1 (y) − f −1 (b) 1 1
lim = ′ = ′ −1 .
y→b y−b f (a) f (f (b))
Remarque I.20. Et on retrouve au passage le fait que la tangente à la courbe de f en a est la symétrique
de la tangente à la courbe de f −1 en b.
Démonstration. Les inclusions viennent du fait qu’une fonction dérivable est continue. Le fait qu’elles
soient strictes vient du fait qu’il existe des fonctions dérivables de dérivée non continue, ou continue non
dérivable.
1 f
3. si g ne s’annule pas sur I, alors et sont de classe C n sur I ;
g g
4. si f : I → R et g : J → R sont composables, alors g ◦ f est de classe C n sur I ;
5. si f : I → J est bijective, et que f ′ ne s’annule pas sur I, alors f −1 est de classe C n sur J.
Remarques I.23.
1. Les énoncés restent valable en remplaçant “de classe C n ” par ”n-fois dérivable” ou “infiniment déri-
vable”.
2. On prendra bien garde aux hypothèses très faibles (non annulation de g et non annulation de f ′ ),
pour les points 3 et5.
Corollaire I.24. Pour I ⊂ R, les ensembles Dn (I, R), C n (I, R) et C ∞ (I, R) (pour n ∈ N) sont des sous-
anneaux de C(I, R), qui sont stable par combinaison linéaire.
Corollaire I.25. L’ensemble des fonctions polynomiales est un sous-anneau de C ∞ (R, R) stable par combi-
naisons linéaires.
Remarques II.2.
1. Pour éviter toute ambiguı̈té, on parlera de maximum ou de maximum global dans le premier cas.
2. On parlera plus généralement d’extremums (locaux ou globaux) dans les deux premiers cas.
3. Des extremums seront qualifiés de stricts si on considère précédemment des inégalités strictes pour
x ̸= a.
Proposition II.3. Si f admet un maximum (resp. minimum) strict, celui-ci est unique.
Démonstration. Supposons par l’absurde que f admette un maximum strict en a et b, avec a ̸= b. Alors
f (a) > f (b) et f (b) > f (a), d’où la contradiction.
Proposition II.4. Si f : I → R et a ∈ I tel que I est un voisinage de I et que f soit dérivable en a. Alors
on a les implications :
Remarque II.5. Le fait que a soit intérieur est indispensable pour pouvoir travailler avec les dérivées à
gauche et à droites. Le résultat devient faux sinon : par exemple, la restriction de la fonction x 7→ x à
[0; 1] admet un minimum en 0 et un maximum en 1, mais pas de point critique.
En revanche, il donne une information importante sur la localisation des extrema : si f est dérivable sur
[a, b] ne possède pas de point critique, alors ses extrema sont en a ou b (en fait a et b).
De même, il faut imposer la dérivabilité en a : par exemple, la fonction x 7→ |x| admet un minimum en 0,
qui n’est pas un point critique.
Remarque II.6. Les réciproques des implications précédentes sont fausses. Par exemple, la fonction x 7→ x3
admet un point critique en 0, mais n’y admet pas d’extremum (local ou global), puisque pour tout x > 0
on a x3 > 0 = 03 et pour tout x < 0 on a x3 < 0.
256 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ
1 x3
−3 −2 −1 0 1 2 3
−1
−2
−3
En revanche, ce résultat est utile pour sa contraposée : il permet de chercher les extremums d’une fonction
en regardant ses points critiques puis en les étudiant de manière plus poussée.
4 Cf
−3 −2 −1 c1 0 1 2 c2 3 4
−1
Démonstration. Comme f est continue sur le segment [a, b], alors elle y est bornée et atteint ses bornes :
— si f est constante : alors f ′ = 0 sur ]a, b[, donc tout élément de ]a, b[ convient ;
— si f n’est pas constante : alors soit son minimum soit son maximum n’est pas atteint en a et b. Il
est donc atteint en x ∈]a, b[, qui est un extremum, donc un point critique.
Remarque II.8. Comme le TVI, le résultat est faux si l’on travaille sur C au lieu de R. On peut reprendre
7 eit sur [0; 2π] : elle est dérivable, avec f (0) = 1 = f (2π),
le même contre-exemple, avec la fonction f : t →
′ it
mais f : t 7→ ie ne s’annule jamais.
Corollaire II.9. Si P ∈ R[X] de degré n ≥ 2 est scindé simple, alors P ′ aussi. De plus, si on note
a1 < · · · < an les racines de P et b1 < · · · < bn−1 celles de P ′ , alors :
Démonstration. On applique le théorème de Rolle à P sur chaque intervalle de la forme [ai ; ai+1 ] ce qui
assure l’existence d’une racine bi ∈]ai ; ai+1 [ pour P ′ .
◦
Corollaire II.10. Si f est continue sur un intervalle I et dérivable sur I, telle que f ′ ne s’annule pas, alors
f réalise une bijection continue strictement monotone de I sur f (I).
Démonstration. Par propriété des fonctions continues, il suffit de voir que f est injective. Par l’absurde,
◦
si x, y ∈ I vérifient f (x) = f (y) et x < y, alors par théorème de Rolle il existe c ∈]x, y[⊂ I tel que
f ′ (c) = f (y)−f
y−x
(x)
= 0, d’où la contradiction.
Donc f est injective, donc bijective sur f (I), et sa continuité entraı̂ne sa stricte monotonie.
Théorème II.11 (Égalité des accroissements finis). Si f : [a, b] → R continue sur [a, b] et dérivable sur
]a, b[, alors il existe c ∈]a, b[ tel que :
f (b) − f (a)
f ′ (c) = .
b−a
258 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ
4 Cf (b, f (b))
1
(a, f (a))
−3 −2 −1 c1 0 1 2 c2 3 4
−1
f (b) − f (a)
g(x) = f (x) − (x − a) − f (a)
b−a
Démonstration. Soient x, y ∈ I. Le cas x = y est clair (car les deux membres de l’inégalité à prouver son
nuls). Supposons donc x ̸= y. Quitte à échanger x et y, on peut supposer que x < y, et ainsi [x, y] ⊂ I.
II. PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES FONCTIONS DÉRIVABLES 259
— si f est à valeurs dans R : alors par égalité des accroissements finis, il existe c ∈]x, y[ tel que :
f ′ (c)(y − x) = f (y) − f (x). Comme |f ′ (c)| ≤ M , alors en prenant la valeur absolue on déduit que :
|f (y) − f (x)| ≤ M |y − x|
— si f (y) − f (x) ∈ / R : on pose θ ∈ R tel que eiθ (f (y) − f (x)) ∈ R. Et on applique le résultat
précédent à g : t 7→ eiθ f (t), puisque la fonction g est dérivable sur I, avec pour tout t ∈ I :
|g ′ (t)| = |eiθ | · |f ′ (t)| = |f ′ (t)| ≤ M , et g(y) − g(x) ∈ R. On a donc :
|g(y) − g(x)| ≤ M |y − x|
et le résultat découle du fait que |g(y) − g(x)| = |eiθ (f (y) − f (x)) | = |f (y) − f (x)|.
Démonstration. Si f est C 1 , alors |f ′ | est continue sur le segment [a, b] donc est majorée sur [a, b] par un
réel M , qui vérifie les hypothèses du théorème précédent.
Remarque II.15. En fait, on peut même démontrer plus rapidement le cas C 1 , car on a alors :
Z y
∀x, y ∈ [a, b], f (y) − f (x) = f ′ (t)dt
x
où le ± devant les intégrales permet de prendre en compte que x < y ou y < x.
Exemple II.16. Avec la fonction sin, on a |sin′ | = |cos| ≤ 1 sur R. Et donc pour tous x, y ∈ R : |sin(x) −
sin(y)| ≤ |x − y|.
Avec y = 0, on retrouve l’inégalité classique : ∀x ∈ R, |sin(x)| ≤ |x|.
Définition II.17 (Fonctions Lipschitzienne). Si I ⊂ R et k ∈ R+ , une fonction f : I → C est dite
k-lipschitzienne si :
∀x, y ∈ I, |f (y) − f (x)| ≤ k · |y − x|.
Plus généralement, on dira que f est lipschitzienne s’il existe k ≥ 0 tel que f est k-lipschitzienne.
Remarque II.18. Une fonction k-lipschitzienne se voit graphiquement : tous les taux d’accroissements sont
entre −k et k. Et donc si on se place au point A(a, f (a)), le cône délimité par les deux droites passant par
A de pente ±k contient tous les points du graphe de f .
260 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ
2
A Cf
1
−3 −2 −1 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
−1
−2
−3
|x − a| ≤ η ⇒ |f (x) − f (a)| ≤ k · η = ε
ce qui assure bien la continuité de f en a ∈ I. Comme ceci est valable pour tout a ∈ I, on déduit que f
est continue sur I.
Remarque II.20. La réciproque est fausse. On peut par exemple considérer :
— la fonction f : x 7→ x2√sur R : pour tout k ∈ R+ , on a f (k + 1) − f (0) = (k + 1)2 > k · |(k + 1 − 0) ;
— √la fonction f : x 7→ x √ sur [0; 1] : si elle était k-lipschitzienne, on aurait pour tout x ∈]0; 1] :
x ≤ kx, et donc 1 ≤ k x, ce qui devient faut en prenant x = 1/2 (si k ≤ 1) ou x = k14 (si k > 1).
Proposition II.21. Si f est dérivable sur un intervalle I, et que |f ′ | est majorée par M , alors f est M -
lipschitzienne.
En particulier, si f est C 1 sur le segment [a, b], alors f est k-lipschitzienne avec k = max |f ′ (x)|.
x∈[a,b]
Démonstration. Si f est constante, alors sa dérivée est nulle (car tous ses taux d’accroissement, donc leurs
limites, sont nuls).
Réciproquement, si f ′ est nulle, alors par inégalité des accroissements finis, comme |f ′ | = 0 ≤ 0, on a :
∀x ∈ I, |f (x) − f (y)| ≤ 0 · |x − y| = 0
Remarques II.29.
1. La réciproque est fausse : par exemple, la fonction x 7→ x + sin(x) est dérivable sur R avec f ′ : x 7→
1 − cos(x), qui est bien positive ou nulle, et s’annule en tous les éléments de 2πZ.
Mais elle est strictement croissante car, sur chaque segment, f ′ n’a qu’un nombre fini de points
d’annulations, donc on peut appliquer le théorème précédent.
◦
2. On a en fait l’équivalence qu’une fonction f continue sur un intervalle I et dérivable sur I est
strictement croissante si, et seulement si :
( ◦
f ′ > 0 sur I
◦ .
{x ∈ I | f ′ (x) = 0} ne contient pas d’intervalle non trivial
f (x) − f (a)
Alors : lim+ = l.
x→a x−a
Sous ces conditions, la fonction f est dérivable en a si, et seulement si, l ∈ R et dans ce cas f ′ (a) = l et
f ′ est continue en a.
Démonstration. Soit x ∈]a, b]. Par théorème des accroissements finis, comme f est dérivable sur ]a, x[, il
f (x) − f (a)
existe cx (qui dépend de x) tel que : f ′ (cx ) = .
x−a
Par théorème d’encadrement, comme cx ∈]a, x[, on a : lim+ cx = a. Et donc par composition :
x→a
f (x) − f (a)
lim+ = lim+ f ′ (cx ) = l
x→a x−a x→a
Corollaire II.31. Si f est continue sur I et dérivable sur I \ {a} telle que lim f ′ (x) = l ∈ R, alors f
x→a
x ̸= a
est dérivable en a avec f ′ (a) = l.
1
donc φ est dérivable en 0, avec φ′ (0) = .
2
II. PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES FONCTIONS DÉRIVABLES 263
2
Cφ
0 1 2 3 4
φ(x) − φ(1) 1
On peut en déduire que : tend vers en 0, c’est-à-dire que :
x 2
√
x
√
e −1− x 1
lim+ =
x→0 x 2
√
et en faisant le changement de variable X = x on déduit que :
ex − 1 − x 1
lim+ 2
= .
x→0 x 2
Corollaire II.33 (Théorème de prolongement C 1 ). Si f est de classe C 1 sur I \{a} telle que f et f ′ possèdent
des limites finies en a, alors le prolongement par continuité de f en a définit une fonction de classe C 1 sur
I.
Démonstration. Découle directement du résultat précédent en constatant que le prolongement par conti-
nuité a bien un sens et fournit une fonction continue sur I et dérivable sur I \ {a}.
La dérivabilité et le caractère C 1 en a sont assurés par le résultat précédent.
Corollaire II.34 (Théorème de prolongement C k ). Si k ∈ N∗ et f de classe C k sur I \ {a} telles que les
quantités lim f (i) (x) existent et sont finies pour tout i ∈ J0; kK. Alors le prolongement par continuité de f
x→a
en a définit une fonction de classe C k sur I.
III Convexité
Définition III.1. Si I est un intervalle, la fonction f : I → R est dite convexe sur I si :
Remarque III.2. Notons que l’inégalité précédente a bien un sens. Comme I est un intervalle, alors I est
un convexe de R, donc pour tout a, b ∈ I et tout t ∈ [0, 1] on a bien que ta + (1 − t)b ∈ I.
Remarque III.3. Cela veut dire que toutes les cordes de f sont au-dessus de sa courbe
3 Cf
t · f (a) + (1 − t) · f (b)
2
f (a) f (b)
1 f (t · a + (1 − t) · b)
a b
−1 0 1 2 3 4 5 6 7 8
Proposition III.4. Si f est définie sur un intervalle I, alors f est convexe si, et seulement si, pour tout
a ∈ I, la fonction :
I \ {a} → R
τa : f (x) − f (a)
x 7→
x−a
est croissante.
Démonstration. Supposons que f est convexe. Fixons a ∈ I et posons x, y ∈ I \ {a} tels que x < y :
— si x < y < a : on écrit y = tx + (1 − t)a avec t ∈]0; 1[. On a ainsi : y − a = t(x − a). Et donc :
— si x < a < y : on écrit de même a = tx + (1 − t)y pour t ∈]0; 1[, et ainsi t(a − x) = (1 − t)(y − a).
Et donc :
— si a < x < y : on écrit de même x = at + (1 − t)y pour t ∈]0; 1[, et ainsi x − a = (1 − t)(y − a). Et
donc :
Corollaire III.5. Une fonction f définie sur l’intervalle I est convexe si, et seulement si, elle vérifie l’une
des trois assertions suivantes :
Remarque III.6. Ce résultat se comprend bien en terme de pentes. En combinant les trois inégalités
précédentes, il vient que les pentes croissent de la manière suivante :
7 Cf
6 (z, f (z))
3
(y, f (y))
2
1
(x, f (x))
−3 −2 −1 0 1 2 3 4 5 6 7
−1
Corollaire III.7 (Convexité des fonctions dérivables). Une fonction f dérivable sur un intervalle I est
convexe si, et seulement si, sa dérivée est croissante.
En particulier, une fonction deux fois dérivable est convexe si, et seulement si, sa dérivée seconde est
positive ou nulle.
Exemple III.9. La fonction exp est convexe sur R, comme exp′′ = exp ≥ 0.
Tout polynôme du second degré est convexe ou concave, selon le signe de son coefficient dominant. En
effet, si P = ax2 + bx + c est un tel polynôme, alors P ′′ = 2a est du signe de a.
III. CONVEXITÉ 267
Démonstration. Avec les notations précédentes, une fonction f est convexe si, et seulement si, toutes les
fonctions τa sont croissantes.
Si f est dérivable, alors :
— τa est prolongeable par continuité en a ;
— τa est dérivable sur I \ {a}.
En particulier, elle elle croissante si, et seulement si, elle a une dérivée positive ou nulle. Mais si f est
dérivable sur I, alors τa est dérivable sur I \ {a} avec :
et ainsi f est convexe si, et seulement si, pour tous x, a ∈ I tels que x ̸= a :
Remarque III.11. On a en fait un résultat plus fort : en reprenant les monotonies des taux d’accroisse-
ments, on voit qu’une fonction convexe admet des dérivées à gauche et à droite en tout point intérieur à
son ensemble de définition, et que le graphe d’une fonction convexe (même non dérivable) est au-dessus
de ses demi-tangentes (qui sont alors bien définies.
Exemple III.12. La convexité de exp et la concavité de ln, en prenant leurs tangentes respectives en 0 et
en 1, redonnent les inégalités classiques :
exp(x) ≥ 1 + x et ln(1 + x) ≤ x
1
exp
−3 −1 0
−2 1 2 3 4
−1
y =x+1
−2 ln
y =x−1
−3
268 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ
Si n = 2 : c’est le fait que I est un intervalle (donc convexe) et la définition de la convexité de f avec
λ1 = t, λ2 = 1 − t.
Supposons le résultat acquis au rang n − 1 pour n ≥ 3. Si λ1 = · · · = λn−1 = 0, alors nécessairement
λn = 1, donc on cherche à montrer que :
xn ∈ I et f (xn ) ≤ f (xn )
Et par convexité de f :
n
!
X
f λi xi = f (tx + (1 − t)xn ) ≤ tf (x) + (1 − t)f (xn )
i=1
Pn−1 λi
et par hypothèse de récurrence on a : f (x) ≤ i=1 t
f (xi ). Donc finalement :
n
! n
X X
f λi xi ≤ λi f (xi ).
i=1 i=1
Exemple III.14. On peut appliquer l’inégalité de Jensen pour comparer des moyennes.
Pour n ∈ N∗ et x1 , . . . , xn ∈ R∗+ , on définit leurs moyennes :
x1 + · · · + xn
— arithmétique (appelée plus simplement “moyenne”) : Ma = ;
n
n
— harmonique : Mh = 1 (l’inverse de la moyenne harmonique est la moyenne des in-
x1
+ · · · + x1n
verses) ;
√
— géométrique : Mg = n x1 . . . xn (le logarithme de la moyenne géométrique est la moyenne des
logarithmes) ; r
x21 + · · · + x2n
— quadratique : Mq = (le carré de la moyenne quadratique est la moyenne des carrés).
n
III. CONVEXITÉ 269
x2
ln(x)
1
x