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Comprendre la dérivabilité des fonctions

Le chapitre 18 traite de la dérivabilité des fonctions, en définissant le taux d'accroissement et le nombre dérivé. Il établit que la dérivabilité en un point implique la continuité, et présente les conditions pour qu'une fonction soit dérivable à gauche et à droite. De plus, il aborde les opérations sur les dérivées et les résultats concernant les fonctions composées.

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Comprendre la dérivabilité des fonctions

Le chapitre 18 traite de la dérivabilité des fonctions, en définissant le taux d'accroissement et le nombre dérivé. Il établit que la dérivabilité en un point implique la continuité, et présente les conditions pour qu'une fonction soit dérivable à gauche et à droite. De plus, il aborde les opérations sur les dérivées et les résultats concernant les fonctions composées.

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Chapitre 18

Dérivabilité

I Nombre dérivé et fonction dérivée


Les résultats de cette partie restent valable si l’on suppose que f est à valeurs dans C (au lieu de R).

I.1 Dérivabilité en un point


Définition I.1. Soient f : I → R et a ∈ I. On définit le taux d’accroissement de f en a, noté τa ou
τa,f , comme la fonction : 
 I \ {a} → R
τa,f : f (x) − f (a)
 x 7→
x−a
On dit alors que f est dérivable en a si lim τa,f (x) existe, et est finie.
x→a
On note cette limite f ′ (a), et on l’appelle le nombre dérivé de f en a.
f (a + h) − f (a)
Remarque I.2. De manière équivalente, cela revient à dire que lim existe et est fini, ce
h→0 h
qui peut faciliter les calculs.
Définition I.3. Avec les mêmes notations, on dit que f est dérivable sur I si f est dérivable en tout
a ∈ I.
df
On note alors f ′ (ou Df , ou ) la fonction a 7→ f ′ (a), qui est définie sur I, et qu’on appelle fonction
dx
dérivée de f .
Proposition I.4. Si f : I → R et a ∈ I avec f dérivable en a, alors f est continue en a.
Démonstration. On a pour x ∈ I \ {a} :
f (x) − f (a)
f (x) − f (a) = · (x − a) → 0
x − a | {z } x→a
| {z } → 0
→ f ′ (a) x→a
x→a

ce qui donne bien la continuité en a.


Remarque I.5. On n’a pas une équivalence, puisqu’il existe des fonctions continues non dérivables (par
exemple x 7→ |x| en 0).
Proposition I.6. Si f : I → R et a ∈ I, alors f est dérivable en a si, et seulement si, il existe une fonction
ε définie sur I − a = {x − a | x ∈ I} et l ∈ R tels que :
∀x ∈ I, f (x) = f (a) + l · (x − a) + (x − a) · ε(x − a) et ε(h) → 0.
h→0

Et sous ces conditions on a l = f (a).

249
250 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ

Démonstration. Notons déjà qu’une telle fonction ε, si elle existe, est définie par :

 I −a → R

ε: 0 si h = 0 c’est-à-dire x = a
 h = (x − a) 7→ f (x)−f (a)
x−a
− l si h ̸= 0 c’est-à-dire x ̸= a

pour un certain l ∈ R à déterminer. Reste à faire le lien entre limite de ε et dérivabilité de f en a :


— si ε tend vers 0 en 0 : alors lim f (x)−f
x−a
(a)
−l = 0, donc lim f (x)−f
x−a
(a)
= l, c’est-à-dire que f est dérivable
x→a x→a
en a avec f ′ (a) = l ;
— si f est dérivable en a : alors lim f (x)−f
x−a
(a)
= f ′ (a), donc l = f ′ (a) convient.
x→a

Remarque I.7. On préfèrera travailler avec h → 0 plutôt que x → a en général, et donc on écrira plutôt :

f (a + h) = f (a) + f ′ (a)h + hε(h) avec ε(h) → 0.


h→0

Corollaire I.8. Avec les mêmes notations, si f est dérivable en a, alors la tangente Ta (f ) à la courbe de f
en le point d’abscisse a a pour équation :

Ta (f ) : y = f (a) + (x − a)f ′ (a).

Démonstration. Si M0 (a, f (a)) et M (x, f (x)) pour x ∈ I, alors la droite (M0 M ) est la droite passant par
M0 de pente τa,f (x). En faisant tendre x vers a, la droite (M0 M ) tend bien vers la droite passant par M0
de pente f ′ (a).

1
Cf M0

−2 −1 0 1 2 3

−1 M

Ta (f )
−2

−3

Remarque I.9. Si lim τa,f (x) = ±∞, alors la courbe de f admet une tangente verticale au point d’abscisse
x→a
a.
I. NOMBRE DÉRIVÉ ET FONCTION DÉRIVÉE 251

Exemple I.10. Si f : x 7→ x, alors pour x > 0 :
√ √
x− 0 1
τ0,f (x) = = √ → +∞
x−0 x x→0

et on retrouve que la représentation graphique de f possède une tangente verticale en 0 (ce qu’on avait
déjà vu comme cas particulier des fonctions x 7→ xα pour α ∈]0; 1[).

I.2 Dérivabilité à gauche et à droite



Définition I.11. Soit f : I → R et a ∈ I. On dit que f est :
f (x) − f (a)
1. dérivable à gauche en a si lim− existe et est finie ; on note alors fg′ (a) cette limite,
x→a x−a
appelée dérivée à gauche de f en a ;
f (x) − f (a)
2. dérivable à droite en a si lim+ existe et est finie ; on note alors fd′ (a) cette limite,
x→a x−a
appelée dérivée à droite de f en a.

Proposition I.12. Soit f : I → R, et a ∈ I. Alors f est dérivable en a si, et seulement si, f est dérivable
à gauche et à droite en a avec fg′ (a) = fd′ (a).

Démonstration. Découle de la limite du taux d’accroissement et du résultat sur les limites à gauche et à
droite.

Remarque I.13. Comme les limites de taux d’accroissement considérées sont toujours privées de a, la
valeur en a du taux n’a pas de sens. En particulier, une fonction peut être dérivable à droite et dérivable
à gauche sans être dérivable.

Exemple I.14. Reprenons f : x 7→ |x| et regardons sa dérivabilité en 0. On a déjà vu que f n’est pas
dérivable en 0, mais on peut voir que :
|x| − 0
— si x > 0 : τ0,f (x) = = 1, donc f est dérivable à droite en 0 avec fd′ (0) = 1 ;
x−0
|x| − 0
— si x < 0 : τ0,f (x) = = −1, donc f est dérivable à gauche en 0 avec fg′ (0) = −1.
x−0
ce qui montre que f est dérivable à gauche et à droite en 0, sans y être dérivable comme fg′ (0) ̸= fd′ (0).

4
|x|
3

−5 −4 −3 −2 −1 0 1 2 3 4 5
252 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ

I.3 Opérations sur les dérivées


Proposition I.15. Si f, g : I → R sont dérivables en a ∈ I, alors :
1. pour tous λ, µ ∈ R : (λf + µg) est dérivable en a, avec (λf + µg)′ (a) = λf ′ (a) + µg ′ (a) ;
2. f g est dérivable en a avec (f g)′ (a) = f ′ (a)g(a) + f (a)g ′ (a) ;
 ′
1 1 −g ′ (a)
3. si g(a) ̸= 0, alors est dérivable en a, avec (a) = ;
g g (g(a))2
 ′
f f f ′ (a)g(a) − f (a)g ′ (a)
4. si g(a) ̸= 0, alors est dérivable en a, avec (a) = .
g g (g(a))2
Démonstration. Notons ε1 , ε2 fonctions tendant vers 0 en 0 telles que :
f (a + h) = f (a) + f ′ (a)h + hε1 (h)

∀h ∈ I − a,
g(a + h) = g(a) + g ′ (a)h + hε2 (h)
Et ainsi les dérivabilités et dérivées découlent des calculs suivants, pour h ∈ I − a :
1. λf (a + h) + µg(a + h) = (λf (a) + µg(a)) + (λf ′ (a) + µg ′ (a)) · h + h · (λε1 (h) + µε2 (h))
avec (λε1 (h) + µε2 (h)) → 0 ;
h→0
2.
f (a + h)g(a + h) = (f (a) + f ′ (a)h + hε1 (h)) (g(a + h) = g(a) + g ′ (a)h + hε2 (h))
= f (a)g(a) + (f ′ (a)g(a) + f (a)g ′ (a))h
+h (ε1 (h)g(a) + ε2 (h)f (a) + ε1 (h)g ′ (a)h + ε2 (h)f ′ (a)h + ε1 (h)ε2 (h)h)
| {z }
=ε(h)

avec ε(h) → 0 par opérations sur les limites ;


h→0
3.
1 1
= ′
g(a + h) g(a) + g (a)h + hε2 (h)
1 1
= g ′ (a)
g(a) 1 + h + h εg(a)
2 (h)
 g(a) 
ε2 g ′ (a)2 g ′ (a)ε2
1  ′
g (a) − g(a)
+ h g(a)2
+ h g(a)2
= 1− h+h· g ′ (a) ε (h)

g(a) g(a) 1 + g(a) h + h g(a) 2

1 g ′ (a)
= − h + hε(h)
g(a) g(a)2
avec ε(h) → 0 par opérations sur les limites ;
h→0
4. le dernier cas découle de 3 et 4.

Remarque I.16. On peut aussi montrer tous les résultats précédents par des taux d’accroissements. Par
exemple, pour le produit :
f (a + h)g(a + h) − f (a)g(a) f (a + h) (g(a + h) − g(a)) + (f (a + h) − f (a))g(a)
=
h h
g(a + h) − g(a) f (a + h) − f (a)
= f (a + h) · + g(a)

h

h
→ f (a)g (a) + f (a)g(a)
h→0

On verra au prochain chapitre comment manipuler plus facilement encore les “fonctions ε”, ce qui légitimera
davantage leur utilisation.
I. NOMBRE DÉRIVÉ ET FONCTION DÉRIVÉE 253

Corollaire I.17. Pour I ⊂ R, l’ensemble D(I, R) est un sous-anneau de C(I, R), qui est stable par combi-
naison linéaire.

Proposition I.18. Si f : I → J et g : J → R, et a ∈ I tel que f est dérivable en a et g est dérivable en


f (a), alors g ◦ f est dérivable en a avec :

(g ◦ f )′ (a) = f ′ (a) · g ′ (f (a)) .

Démonstration. Montrons le par les taux d’accroissement. Pour x ∈ I \ {a}, on a :

g ◦ f (x) − g ◦ f (a) g(f (x)) − g(f (a)) f (x) − f (a)


= ·
x−a f (x) − f (a) x−a

dont le premier facteur tend vers g ′ (f (a)) par limite d’une composée, et le second vers f ′ (a), ce qui donne
le résultat voulu.

Proposition I.19. Soit f : I → J bijective et continue. On pose a ∈ I tel que f est dérivable en a, et on
note b = f (a) ∈ J. Alors f −1 est dérivable en b si, et seulement si, f ′ (a) ̸= 0, et dans ce cas on a :

1 1
(f −1 )′ (b) = = .
f ′ (a) f ′ (f −1 (b))

Démonstration. Montrons les deux implications.


Supposons que f −1 est dérivable en b. Avec les mêmes notations, comme f ◦ f −1 = idJ , alors par dérivée
1
d’une composée il vient que (f −1 )′ (b) · f ′ (a) = 1, et donc f ′ (a) ̸= 0 et (f −1 )′ (b) = ′ .
f (a)
Réciproquement, si f ′ (a) ̸= 0, alors pour tout y ∈ J \ {b} on a :

f −1 (y) − f −1 (b) f −1 (y) − f −1 (b)


= .
y−b f (f −1 (y)) − f (f −1 (b))

Comme f est continue, alors f −1 aussi donc : lim f −1 (y) = f −1 (b) = a. Et donc par composition de
y→b
limites :
f (f −1 (y)) − f (f −1 (b))
lim = f ′ (f −1 (b)) = f ′ (a)
y→b f −1 (y) − f −1 (b)
puis en passant à l’inverse :

f −1 (y) − f −1 (b) 1 1
lim = ′ = ′ −1 .
y→b y−b f (a) f (f (b))

Remarque I.20. Et on retrouve au passage le fait que la tangente à la courbe de f en a est la symétrique
de la tangente à la courbe de f −1 en b.

I.4 Dérivées d’ordre supérieur


Proposition-Définition I.21. Pour I ⊂ R et n ∈ N, on note Dn (I, R) l’ensemble des fonctions n-fois
dérivables sur I, et C n (I, R) l’ensemble des fonctions de classe C n sur I. On note C∞ (I, R) l’ensemble des
fonctions infiniment dérivables sur I, aussi appelées fonctions de classe C ∞ .
Pour tout n ∈ N, on a les inclusions strictes :

C ∞ ⊊ C n+1 (I, R) ⊊ Dn+1 (I, R) ⊊ C n (I, R) ⊊ Dn (I, R).


254 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ

Démonstration. Les inclusions viennent du fait qu’une fonction dérivable est continue. Le fait qu’elles
soient strictes vient du fait qu’il existe des fonctions dérivables de dérivée non continue, ou continue non
dérivable.

Proposition I.22. Soit n ∈ N∗ et f, g de classe C n sur I :


1. si λ, µ ∈ R, alors λf + µg est de classe C n sur I, avec : (λf + µg)(n) = λf (n) + µg (n) ;
2. f g est de classe C n sur I, avec :
n  
(n)
X n
(f g) = f (k) g (n−k) (Formule de Leibniz);
k=0
k

1 f
3. si g ne s’annule pas sur I, alors et sont de classe C n sur I ;
g g
4. si f : I → R et g : J → R sont composables, alors g ◦ f est de classe C n sur I ;
5. si f : I → J est bijective, et que f ′ ne s’annule pas sur I, alors f −1 est de classe C n sur J.

Remarques I.23.
1. Les énoncés restent valable en remplaçant “de classe C n ” par ”n-fois dérivable” ou “infiniment déri-
vable”.
2. On prendra bien garde aux hypothèses très faibles (non annulation de g et non annulation de f ′ ),
pour les points 3 et5.

Démonstration. 1. par récurrence, par linéarité de la dérivation ;


2. par récurrence, en utilisant le triangle de Pascal (à la manière de la démonstration du binôme) ;
3. par dérivée d’un produit, il suffit de la montrer pour f = 1, ce que l’on fait par récurrence.
1 g′
Pour l’hérédité : supposons que g est de classe C n+1 et que g ne s’annule pas. Alors ( )′ = − 2 est
g g
1 1
le produit des fonctions −g ′ (qui est de classe C n ) et des fonctions et (qui sont de classe C n par
g g
hypothèse de récurrence). Et le résultat découle de celui sur les produits.
Les deux derniers résultats se montrent par récurrence de la même manière que le quotient.

Corollaire I.24. Pour I ⊂ R, les ensembles Dn (I, R), C n (I, R) et C ∞ (I, R) (pour n ∈ N) sont des sous-
anneaux de C(I, R), qui sont stable par combinaison linéaire.

Corollaire I.25. L’ensemble des fonctions polynomiales est un sous-anneau de C ∞ (R, R) stable par combi-
naisons linéaires.

Démonstration. Découle du fait que x 7→ x est C ∞

II Propriétés générales des fonctions dérivables


II.1 Extremum d’une fonction dérivable
Définition II.1. Soient f : I → R et a ∈ I. On dit que f admet :
1. un maximum (resp. un minimum) en a si pour tout x ∈ I : f (x) ≤ f (a) (resp. f (x) ≥ f (a)) ;
2. un maximum local (resp. minimum local) en a s’il existe η > 0 tel que pour tout x ∈ I :
|x − a| < η ⇒ f (x) ≤ f (a) (resp. f (x) ≥ f (a)) ;
3. un point critique en a si f est dérivable en a et que f ′ (a) = 0.
II. PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES FONCTIONS DÉRIVABLES 255

Remarques II.2.

1. Pour éviter toute ambiguı̈té, on parlera de maximum ou de maximum global dans le premier cas.

2. On parlera plus généralement d’extremums (locaux ou globaux) dans les deux premiers cas.

3. Des extremums seront qualifiés de stricts si on considère précédemment des inégalités strictes pour
x ̸= a.

Proposition II.3. Si f admet un maximum (resp. minimum) strict, celui-ci est unique.

Démonstration. Supposons par l’absurde que f admette un maximum strict en a et b, avec a ̸= b. Alors
f (a) > f (b) et f (b) > f (a), d’où la contradiction.

Proposition II.4. Si f : I → R et a ∈ I tel que I est un voisinage de I et que f soit dérivable en a. Alors
on a les implications :

f a un extremum global en a ⇒ f a un extremum local en a ⇒ f a un point critique en a.

Démonstration. La première implication est claire, du fait des définitions.


Supposons donc que f possède un maximum (local) en a. Notons η > 0 tel que : ∀x ∈ I, |a − x| < η ⇒
f (x) ≤ f (a).
Comme a est intérieur à I, alors, quitte à réduire η, on peut supposer que ]a − η; a + η[⊂ I. Et ainsi :
f (x) − f (a)
— si x ∈]a − η; a[ : ≥ 0, puis en passant à la limite pour x tendant vers a : f ′ (a) = fg′ (a) ≥
x−a
0;
f (x) − f (a)
— si x ∈]a; a + η[ : ≤ 0, puis en passant à la limite pour x tendant vers a : f ′ (a) = fd′ (a) ≤
x−a
0;
et donc f ′ (a) = 0, donc f a un point critique en a.
Le cas où f possède un minimum en a se traite de même.

Remarque II.5. Le fait que a soit intérieur est indispensable pour pouvoir travailler avec les dérivées à
gauche et à droites. Le résultat devient faux sinon : par exemple, la restriction de la fonction x 7→ x à
[0; 1] admet un minimum en 0 et un maximum en 1, mais pas de point critique.
En revanche, il donne une information importante sur la localisation des extrema : si f est dérivable sur
[a, b] ne possède pas de point critique, alors ses extrema sont en a ou b (en fait a et b).
De même, il faut imposer la dérivabilité en a : par exemple, la fonction x 7→ |x| admet un minimum en 0,
qui n’est pas un point critique.

Remarque II.6. Les réciproques des implications précédentes sont fausses. Par exemple, la fonction x 7→ x3
admet un point critique en 0, mais n’y admet pas d’extremum (local ou global), puisque pour tout x > 0
on a x3 > 0 = 03 et pour tout x < 0 on a x3 < 0.
256 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ

1 x3

−3 −2 −1 0 1 2 3

−1

−2

−3

En revanche, ce résultat est utile pour sa contraposée : il permet de chercher les extremums d’une fonction
en regardant ses points critiques puis en les étudiant de manière plus poussée.

II.2 Les théorèmes de Rolle et des accroissements finis

Théorème II.7 (Théorème de Rolle). Soit f : [a, b] → R fonction :

1. continue sur [a; b] ;

2. dérivable sur ]a; b[ ;

3. telle que f (a) = f (b).

Alors il existe c ∈]a; b[ tel que f ′ (c) = 0.


II. PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES FONCTIONS DÉRIVABLES 257

4 Cf

(a, f (a)) 2 (b, f (b))

−3 −2 −1 c1 0 1 2 c2 3 4

−1

Démonstration. Comme f est continue sur le segment [a, b], alors elle y est bornée et atteint ses bornes :
— si f est constante : alors f ′ = 0 sur ]a, b[, donc tout élément de ]a, b[ convient ;
— si f n’est pas constante : alors soit son minimum soit son maximum n’est pas atteint en a et b. Il
est donc atteint en x ∈]a, b[, qui est un extremum, donc un point critique.

Remarque II.8. Comme le TVI, le résultat est faux si l’on travaille sur C au lieu de R. On peut reprendre
7 eit sur [0; 2π] : elle est dérivable, avec f (0) = 1 = f (2π),
le même contre-exemple, avec la fonction f : t →
′ it
mais f : t 7→ ie ne s’annule jamais.

Corollaire II.9. Si P ∈ R[X] de degré n ≥ 2 est scindé simple, alors P ′ aussi. De plus, si on note
a1 < · · · < an les racines de P et b1 < · · · < bn−1 celles de P ′ , alors :

a1 < b1 < a2 < b2 < · · · < an−1 < bn−1 < an .

Démonstration. On applique le théorème de Rolle à P sur chaque intervalle de la forme [ai ; ai+1 ] ce qui
assure l’existence d’une racine bi ∈]ai ; ai+1 [ pour P ′ .

Corollaire II.10. Si f est continue sur un intervalle I et dérivable sur I, telle que f ′ ne s’annule pas, alors
f réalise une bijection continue strictement monotone de I sur f (I).

Démonstration. Par propriété des fonctions continues, il suffit de voir que f est injective. Par l’absurde,

si x, y ∈ I vérifient f (x) = f (y) et x < y, alors par théorème de Rolle il existe c ∈]x, y[⊂ I tel que
f ′ (c) = f (y)−f
y−x
(x)
= 0, d’où la contradiction.
Donc f est injective, donc bijective sur f (I), et sa continuité entraı̂ne sa stricte monotonie.

Théorème II.11 (Égalité des accroissements finis). Si f : [a, b] → R continue sur [a, b] et dérivable sur
]a, b[, alors il existe c ∈]a, b[ tel que :
f (b) − f (a)
f ′ (c) = .
b−a
258 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ

4 Cf (b, f (b))

1
(a, f (a))

−3 −2 −1 c1 0 1 2 c2 3 4

−1

Démonstration. On considère la fonction g définie sur I par :

f (b) − f (a)
g(x) = f (x) − (x − a) − f (a)
b−a

c’est-à-dire que g diffère de f d’une fonction affine et vérifie g(a) = g(b) = 0.


Alors g vérifie toutes les hypothèses du théorème de Rolle, et donc il existe c ∈]a, b[ tel que g ′ (c) = 0. Mais
la dérivée de g est donnée par :
f (b) − f (a)
g ′ : x 7→ f ′ (x) −
b−a
f (b) − f (a)
et donc il existe c ∈]a, b[ tel que f ′ (c) = .
b−a
Remarques II.12.
1. Pour pouvoir la manipuler plus facilement, on écrit parfois la dernière égalité : (b − a)f ′ (c) =
f (b) − f (a).
2. Pour mettre en évidence à quel point c est proche de a ou b, on peut aussi écrire qu’il existe θ ∈]0; 1[
f (b) − f (a)
tel que : f ′ (a + θ(b − a)) = .
b−a

II.3 Inégalité des accroissements finis et fonctions lipschitziennes


Théorème II.13 (Inégalité des accroissements finis). Soit f : I → C dérivable sur l’intervalle I. On suppose
qu’il existe M ∈ R tel que : ∀t ∈ I, |f ′ (t)| ≤ M . Alors :

∀x, y ∈ I, |f (x) − f (y)| ≤ M |x − y|.

Démonstration. Soient x, y ∈ I. Le cas x = y est clair (car les deux membres de l’inégalité à prouver son
nuls). Supposons donc x ̸= y. Quitte à échanger x et y, on peut supposer que x < y, et ainsi [x, y] ⊂ I.
II. PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES FONCTIONS DÉRIVABLES 259

— si f est à valeurs dans R : alors par égalité des accroissements finis, il existe c ∈]x, y[ tel que :
f ′ (c)(y − x) = f (y) − f (x). Comme |f ′ (c)| ≤ M , alors en prenant la valeur absolue on déduit que :

|f (y) − f (x)| = |f ′ (c)| · |y − x| ≤ M |y − x|

ce qui est l’inégalité à prouver.


— si f est à valeurs complexes :
— si f (y) − f (x) ∈ R : alors la fonction Re(f ) est à valeurs réelles et vérifie Re(f )(y) − Re(f )(x) =
Re (f (y) − f (x)) = f (y) − f (x). Par dérivée complexe, on a : (Re(f ))′ = Re(f ′ ), donc pour tout
t∈I :
| (Re(f ))′ (t)| = |Re(f ′ (t))| ≤ |f ′ (t)| ≤ M
donc en appliquant le résultat précédent à Re(f ), on a :

|f (y) − f (x)| ≤ M |y − x|

— si f (y) − f (x) ∈ / R : on pose θ ∈ R tel que eiθ (f (y) − f (x)) ∈ R. Et on applique le résultat
précédent à g : t 7→ eiθ f (t), puisque la fonction g est dérivable sur I, avec pour tout t ∈ I :
|g ′ (t)| = |eiθ | · |f ′ (t)| = |f ′ (t)| ≤ M , et g(y) − g(x) ∈ R. On a donc :

|g(y) − g(x)| ≤ M |y − x|

et le résultat découle du fait que |g(y) − g(x)| = |eiθ (f (y) − f (x)) | = |f (y) − f (x)|.

Corollaire II.14. Si f : [a, b] → C est de classe C 1 , alors il existe M ∈ R tel que :

∀x, y ∈ [a, b], |f (x) − f (y)| ≤ M |x − y|.

Démonstration. Si f est C 1 , alors |f ′ | est continue sur le segment [a, b] donc est majorée sur [a, b] par un
réel M , qui vérifie les hypothèses du théorème précédent.
Remarque II.15. En fait, on peut même démontrer plus rapidement le cas C 1 , car on a alors :
Z y
∀x, y ∈ [a, b], f (y) − f (x) = f ′ (t)dt
x

et par “inégalité triangulaire” (version intégrale), on déduit que :


Z y Z y Z y
′ ′
|f (y) − f (x)| = f (t)dt ≤ ± |f (t)|dt ≤ ± M dt = M |y − x|
x x x

où le ± devant les intégrales permet de prendre en compte que x < y ou y < x.
Exemple II.16. Avec la fonction sin, on a |sin′ | = |cos| ≤ 1 sur R. Et donc pour tous x, y ∈ R : |sin(x) −
sin(y)| ≤ |x − y|.
Avec y = 0, on retrouve l’inégalité classique : ∀x ∈ R, |sin(x)| ≤ |x|.
Définition II.17 (Fonctions Lipschitzienne). Si I ⊂ R et k ∈ R+ , une fonction f : I → C est dite
k-lipschitzienne si :
∀x, y ∈ I, |f (y) − f (x)| ≤ k · |y − x|.
Plus généralement, on dira que f est lipschitzienne s’il existe k ≥ 0 tel que f est k-lipschitzienne.
Remarque II.18. Une fonction k-lipschitzienne se voit graphiquement : tous les taux d’accroissements sont
entre −k et k. Et donc si on se place au point A(a, f (a)), le cône délimité par les deux droites passant par
A de pente ±k contient tous les points du graphe de f .
260 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ

2
A Cf
1

−3 −2 −1 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
−1

−2

−3

Proposition II.19. Une fonction lipschitzienne est continue.


Démonstration. On applique la définition de la continuité.
Soit f : I → C une fonction k-lipschitzienne, pour k ∈ R+ . Si k = 0 alors f est constante (donc continue).
Sinon, considérons a ∈ I et ε > 0. En posant η = kε > 0, on a pour tout x ∈ I :

|x − a| ≤ η ⇒ |f (x) − f (a)| ≤ k · η = ε

ce qui assure bien la continuité de f en a ∈ I. Comme ceci est valable pour tout a ∈ I, on déduit que f
est continue sur I.
Remarque II.20. La réciproque est fausse. On peut par exemple considérer :
— la fonction f : x 7→ x2√sur R : pour tout k ∈ R+ , on a f (k + 1) − f (0) = (k + 1)2 > k · |(k + 1 − 0) ;
— √la fonction f : x 7→ x √ sur [0; 1] : si elle était k-lipschitzienne, on aurait pour tout x ∈]0; 1] :
x ≤ kx, et donc 1 ≤ k x, ce qui devient faut en prenant x = 1/2 (si k ≤ 1) ou x = k14 (si k > 1).
Proposition II.21. Si f est dérivable sur un intervalle I, et que |f ′ | est majorée par M , alors f est M -
lipschitzienne.
En particulier, si f est C 1 sur le segment [a, b], alors f est k-lipschitzienne avec k = max |f ′ (x)|.
x∈[a,b]

Démonstration. Découle de l’inégalité des accroissements finis et de son corollaire.


Remarque II.22. Une fonction lipschitzienne n’étant pas nécessairement dérivable, cela donne un cadre
plus large d’application de l’inégalité des accroissements finis. Par exemple la fonction x 7→ |x| n’est pas
dérivable en 0, mais est 1-lipschitzienne, puisque l’inégalité triangulaire donne :

∀x, y ∈ R, ||x| − |y|| ≤ 1 · |x − y|.

II.4 Monotonie et dérivée


Proposition II.23. Soient I intervalle et f : I → C dérivable. Alors f est constante sur I si, et seulement
si, pour tout x ∈ I : f ′ (x) = 0.
II. PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES FONCTIONS DÉRIVABLES 261

Démonstration. Si f est constante, alors sa dérivée est nulle (car tous ses taux d’accroissement, donc leurs
limites, sont nuls).
Réciproquement, si f ′ est nulle, alors par inégalité des accroissements finis, comme |f ′ | = 0 ≤ 0, on a :

∀x ∈ I, |f (x) − f (y)| ≤ 0 · |x − y| = 0

et donc f est constante.


Remarque II.24. Le résultat devient faux si on n’est pas sur un intervalle. Par exemple x 7→ Arctan(x) +
Arctan x1 est bien de dérivée nulle sur R∗ , mais n’est pas constante comme :
   π
1 2
si x > 0
Arctan(x) + Arctan = π .
x − 2
si x < 0

Proposition II.25. Soit I un intervalle de R, et f : I → R continue sur I et dérivable sur I. Alors f est

croissante (resp. décroissante) si, et seulement si, pour tout x ∈ I : f ′ (x) ≥ 0 (resp. f ′ (x) ≤ 0).
Démonstration. Montrons le ◦cas de la croissance.
Si f est croissante : soit x ∈ I et y ∈ I \ {x}. Alors :
f (x) − f (y)
≥0
x−y
et donc en passant à la limite pour y → x : f ′ (x) ≥ 0.

Réciproquement, si f ′ ≥ 0 sur I, alors considérons x, y ∈ I avec x < y. Par égalité des accroissements

finis, il existe c ∈]x, y[⊂ I tel que f (y) − f (x) = f ′ (x)(y − x) ≥ 0. Et donc f (x) ≤ f (y). Donc f est
croissante.

Proposition II.26. Soient I un intervalle et f : I → R continue sur I et dérivable sur I telle que :

∀x ∈ I, f ′ (x) > 0. Alors f est strictement croissante sur I.

Démonstration. En reprenant la preuve précédente, si x, y ∈ I vérifient x < y, alors il existe c ∈ I tel que :
f (y) − f (x) = f ′ (c)(y − x) > 0, ce qui donne la strictement monotonie.
Remarques II.27.
1. On a bien sûr le résultat analogue pour les fonctions dérivables.

2. On peut faire mieux avec le théorème de Rolle : si f ′ ne s’annule pas sur I alors f est strictement
monotone, et le résultat précédent donne le sens de variations de f .
3. La réciproque est fausse : on peut reprendre x 7→ x3 qui est strictement croissante mais dont la
dérivée s’annule en 0.

Corollaire II.28. Si I est un intervalle, f continue sur I et dérivable sur I telle que f ′ ≥ 0, ne s’annulant
qu’en un nombre fini de réels, alors f est strictement croissante sur I.
Démonstration. Soient x, y ∈ I avec x < y. Notons a1 , . . . , an les éventuels réels de ]x, y[ en lesquels f ′
s’annule, de sorte que x < a1 < · · · < an < y.
Par la proposition précédente, f ′ ne s’annulant sur aucun des intervalles ]x, a1 [, ]ai , ai+1 [, ]an , y[, alors on
déduit que f est strictement croissante sur chacun des intervalles larges associés. Et donc :

f (x) < f (a1 ) < · · · < f (an ) < f (y)

donc f (x) < f (y). Donc f est strictement croissante.


262 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ

Remarques II.29.
1. La réciproque est fausse : par exemple, la fonction x 7→ x + sin(x) est dérivable sur R avec f ′ : x 7→
1 − cos(x), qui est bien positive ou nulle, et s’annule en tous les éléments de 2πZ.
Mais elle est strictement croissante car, sur chaque segment, f ′ n’a qu’un nombre fini de points
d’annulations, donc on peut appliquer le théorème précédent.

2. On a en fait l’équivalence qu’une fonction f continue sur un intervalle I et dérivable sur I est
strictement croissante si, et seulement si :
( ◦
f ′ > 0 sur I
◦ .
{x ∈ I | f ′ (x) = 0} ne contient pas d’intervalle non trivial

II.5 Théorèmes de prolongement


Théorème II.30 (Théorème de la limite de la dérivée). Soit f : [a, b] → R fonction :
1. continue sur [a, b] ;
2. dérivable sur ]a, b] ;
3. telle que lim+ f ′ (x) = l ∈ R.
x→a

f (x) − f (a)
Alors : lim+ = l.
x→a x−a
Sous ces conditions, la fonction f est dérivable en a si, et seulement si, l ∈ R et dans ce cas f ′ (a) = l et
f ′ est continue en a.

Démonstration. Soit x ∈]a, b]. Par théorème des accroissements finis, comme f est dérivable sur ]a, x[, il
f (x) − f (a)
existe cx (qui dépend de x) tel que : f ′ (cx ) = .
x−a
Par théorème d’encadrement, comme cx ∈]a, x[, on a : lim+ cx = a. Et donc par composition :
x→a

f (x) − f (a)
lim+ = lim+ f ′ (cx ) = l
x→a x−a x→a

ce qui donne bien le résultat précédent.

Corollaire II.31. Si f est continue sur I et dérivable sur I \ {a} telle que lim f ′ (x) = l ∈ R, alors f
x→a
x ̸= a
est dérivable en a avec f ′ (a) = l.

Démonstration. On applique le cas précédent en regardant la dérivabilité à gauche et à droite en a.



x

Exemple II.32. Regardons la fonction φ définie sur R+ par : ∀x ∈ R+ , φ(x) = e − x. Alors φ est
continue sur R+ et dérivable sur R∗+ avec :

1 √ 1 e x−1 1
∀x ∈ R∗+ , φ′ (x) = √ e x − √ = √ →
2 x 2 x 2 x x→0 2

1
donc φ est dérivable en 0, avec φ′ (0) = .
2
II. PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES FONCTIONS DÉRIVABLES 263

2

0 1 2 3 4

φ(x) − φ(1) 1
On peut en déduire que : tend vers en 0, c’est-à-dire que :
x 2

x

e −1− x 1
lim+ =
x→0 x 2

et en faisant le changement de variable X = x on déduit que :

ex − 1 − x 1
lim+ 2
= .
x→0 x 2

Corollaire II.33 (Théorème de prolongement C 1 ). Si f est de classe C 1 sur I \{a} telle que f et f ′ possèdent
des limites finies en a, alors le prolongement par continuité de f en a définit une fonction de classe C 1 sur
I.

Démonstration. Découle directement du résultat précédent en constatant que le prolongement par conti-
nuité a bien un sens et fournit une fonction continue sur I et dérivable sur I \ {a}.
La dérivabilité et le caractère C 1 en a sont assurés par le résultat précédent.

Corollaire II.34 (Théorème de prolongement C k ). Si k ∈ N∗ et f de classe C k sur I \ {a} telles que les
quantités lim f (i) (x) existent et sont finies pour tout i ∈ J0; kK. Alors le prolongement par continuité de f
x→a
en a définit une fonction de classe C k sur I.

Démonstration. Par récurrence.


Les cas k = 0 et k = 1 ont déjà été traités.
Supposons f de classe C k+1 vérifie les hypothèses précédentes, pour k ∈ N∗ . Alors :
— par le cas k = 1 : on déduit que le prolongement f˜ de f est C 1 sur I ;
— f˜′ coı̈ncide avec f ′ sur I \ {a} et vérifie donc toutes les hypothèses du théorème au rang k, donc est
de classe C k sur I (en tant que seul prolongement continu de f ′ ) ;
— donc f˜ est de classe C k+1 sur I.
264 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ

III Convexité
Définition III.1. Si I est un intervalle, la fonction f : I → R est dite convexe sur I si :

∀a, b ∈ I, ∀t ∈ [0; 1], f (ta + (1 − t)b) ≤ tf (a) + (1 − t)f (b).

On dira que la fonction f est concave si −f est convexe.

Remarque III.2. Notons que l’inégalité précédente a bien un sens. Comme I est un intervalle, alors I est
un convexe de R, donc pour tout a, b ∈ I et tout t ∈ [0, 1] on a bien que ta + (1 − t)b ∈ I.

Remarque III.3. Cela veut dire que toutes les cordes de f sont au-dessus de sa courbe

3 Cf

t · f (a) + (1 − t) · f (b)
2
f (a) f (b)

1 f (t · a + (1 − t) · b)

a b
−1 0 1 2 3 4 5 6 7 8

Proposition III.4. Si f est définie sur un intervalle I, alors f est convexe si, et seulement si, pour tout
a ∈ I, la fonction : 
 I \ {a} → R
τa : f (x) − f (a)
 x 7→
x−a
est croissante.

Démonstration. Supposons que f est convexe. Fixons a ∈ I et posons x, y ∈ I \ {a} tels que x < y :
— si x < y < a : on écrit y = tx + (1 − t)a avec t ∈]0; 1[. On a ainsi : y − a = t(x − a). Et donc :

f convexe ⇒ f (y) ≤ tf (x) + (1 − t)f (a)


⇒ f (y) − f (a) ≤ t (f (x) − f (a))
f (y) − f (a) f (x) − f (a) f (x) − f (a)
⇒ ≥t· =
y−a y−a x−a

— si x < a < y : on écrit de même a = tx + (1 − t)y pour t ∈]0; 1[, et ainsi t(a − x) = (1 − t)(y − a).
Et donc :

f convexe ⇒ f (a) ≤ tf (x) + (1 − t)f (y)


⇒ t (f (a) − f (x)) ≤ (1 − t) (f (y) − f (a))
f (x) − f (a) f (a) − f (x) 1 − t f (y) − f (a) f (y) − f (a)
⇒ = ≤ · =
x−a a−x t a−x y−a
III. CONVEXITÉ 265

— si a < x < y : on écrit de même x = at + (1 − t)y pour t ∈]0; 1[, et ainsi x − a = (1 − t)(y − a). Et
donc :

f convexe ⇒ f (x) ≤ tf (a) + (1 − t)f (y)


⇒ f (x) − f (a) ≤ (1 − t) (f (y) − f (a))
f (x) − f (a) f (y) − f (a) f (y) − f (a)
⇒ ≤ (1 − t) · =
x−a x−a y−a

Réciproquement, si toutes les fonctions τa sont croissantes : considérons a, b ∈ I et t ∈ [0; 1].


Montrons que f (at + (1 − t)b) ≤ tf (a) + (1 − t)f (b).
Les cas t = 0, t = 1 ou a = b sont immédiats (l’inégalité est alors une égalité). Supposons donc
a < b et t ∈]0; 1[.
Quitte à échanger a et b et t par 1 − t, on peut supposer que a < b. Et ainsi : a < ta + (1 − t)b < b.
On a donc :

f (ta + (1 − t)b) − f (a) f (b) − f (a)


τa est croissante ⇒ ≤
ta + (1 − t)b − a b−a
f (ta + (1 − t)b) − f (a) f (b) − f (a)
⇒ ≤
(1 − t)(b − a) b−a
⇒ f (ta + (1 − t)b) ≤ (1 − t) (f (b) − f (a)) + f (a)
⇒ f (ta + (1 − t)b) ≤ tf (a) + (1 − t)f (b)

ce qui prouve la convexité de f .

Corollaire III.5. Une fonction f définie sur l’intervalle I est convexe si, et seulement si, elle vérifie l’une
des trois assertions suivantes :

f (y) − f (x) f (z) − f (x)


1. pour tous x, y, z ∈ I avec x < y < z : ≤ ;
y−x z−x

f (z) − f (x) f (z) − f (y)


2. pour tous x, y, z ∈ I avec x < y < z : ≤ ;
z−x z−y

f (y) − f (x) f (z) − f (y)


3. pour tous x, y, z ∈ I avec x < y < z : ≤ .
y−x z−y

Remarque III.6. Ce résultat se comprend bien en terme de pentes. En combinant les trois inégalités
précédentes, il vient que les pentes croissent de la manière suivante :

f (y) − f (x) f (z) − f (x) f (z) − f (y)


≤ ≤ .
y−x z−x z−y
266 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ

7 Cf

6 (z, f (z))

3
(y, f (y))
2

1
(x, f (x))

−3 −2 −1 0 1 2 3 4 5 6 7
−1

Corollaire III.7 (Convexité des fonctions dérivables). Une fonction f dérivable sur un intervalle I est
convexe si, et seulement si, sa dérivée est croissante.
En particulier, une fonction deux fois dérivable est convexe si, et seulement si, sa dérivée seconde est
positive ou nulle.

Démonstration. On utilise la caractérisation précédente.


Si f est convexe : soient a, b ∈ I avec a < b. Alors pour tout x ∈]a, b[ on a :

f (a) − f (x) f (a) − f (b) f (b) − f (x)


≤ ≤
a−x a−b b−x
puis en faisant tendre x vers a (dans le membre de gauche) et vers b (dans le membre de droite), on déduit
que :
f (b) − f (a)
f ′ (a) ≤ ≤ f ′ (b)
b−a
ce qui assure bien que f ′ est croissante.
Si f ′ est croissante. Considérons a < x < b. Alors par égalité des accroissements finis :
f (x) − f (a)
— il existe c ∈]a, x[ tel que : f ′ (c) = ;
x−a
f (b) − f (x)
— il existe d ∈]x, b[ tel que : f ′ (d) = .
b−x
f (x) − f (a) f (b) − f (x)
et par croissance de f ′ on déduit que : ≤ . Donc f est bien convexe.
x−a b−x
Remarque III.8. Ce résultat permet de savoir rapidement identifier une fonction convexe. Les autres
propriétés s’utilisent dans un second temps pour exploiter la convexité.

Exemple III.9. La fonction exp est convexe sur R, comme exp′′ = exp ≥ 0.
Tout polynôme du second degré est convexe ou concave, selon le signe de son coefficient dominant. En
effet, si P = ax2 + bx + c est un tel polynôme, alors P ′′ = 2a est du signe de a.
III. CONVEXITÉ 267

Les fonctions affines sont les seules fonctions convexes et concaves.


1
La fonction ln est deux fois dérivable sur R∗+ , de dérivée x 7→ qui est décroissante sur R∗+ (on peut voir
x
′′ 1
aussi que ln : x 7→ − 2 ≤ 0), donc elle est concave.
x
Corollaire III.10. Une fonction dérivable sur un intervalle I est convexe si, et seulement si, elle est au
dessus de ses tangentes.

Démonstration. Avec les notations précédentes, une fonction f est convexe si, et seulement si, toutes les
fonctions τa sont croissantes.
Si f est dérivable, alors :
— τa est prolongeable par continuité en a ;
— τa est dérivable sur I \ {a}.
En particulier, elle elle croissante si, et seulement si, elle a une dérivée positive ou nulle. Mais si f est
dérivable sur I, alors τa est dérivable sur I \ {a} avec :

f ′ (x)(x − a) − (f (x) − f (a)) f ′ (x)(a − x) + f (x) − f (a)


∀x ∈ I \ {a}, τa′ (x) = = −
(x − a)2 (x − a)2

et ainsi f est convexe si, et seulement si, pour tous x, a ∈ I tels que x ̸= a :

f (a) ≥ f ′ (x)(a − x) + f (x)

c’est-à-dire que f est au dessus de ses tangentes.

Remarque III.11. On a en fait un résultat plus fort : en reprenant les monotonies des taux d’accroisse-
ments, on voit qu’une fonction convexe admet des dérivées à gauche et à droite en tout point intérieur à
son ensemble de définition, et que le graphe d’une fonction convexe (même non dérivable) est au-dessus
de ses demi-tangentes (qui sont alors bien définies.

Exemple III.12. La convexité de exp et la concavité de ln, en prenant leurs tangentes respectives en 0 et
en 1, redonnent les inégalités classiques :

exp(x) ≥ 1 + x et ln(1 + x) ≤ x

1
exp

−3 −1 0
−2 1 2 3 4
−1
y =x+1
−2 ln
y =x−1
−3
268 CHAPITRE 18. DÉRIVABILITÉ

Proposition III.13 (Inégalité de Jensen).PSoient f convexe sur un intervalle I, n ∈ N∗ avec n ≥ 2


x1 , . . . , xn ∈ I et λ1 , . . . , λn ∈ R+ tels que ni=1 λi = 1. Alors :
n
! n
X X
f λi xi ≤ λi f (xi ).
i=1 i=1

Démonstration. Montrons par récurrence sur n ≥ 2 que pour de tels x1 , . . . , xn , λ1 , . . . , λn on a :


n n
! n
X X X
λi xi ∈ I et f λi xi ≤ λi f (xi )
i=1 i=1 i=1

Si n = 2 : c’est le fait que I est un intervalle (donc convexe) et la définition de la convexité de f avec
λ1 = t, λ2 = 1 − t.
Supposons le résultat acquis au rang n − 1 pour n ≥ 3. Si λ1 = · · · = λn−1 = 0, alors nécessairement
λn = 1, donc on cherche à montrer que :

xn ∈ I et f (xn ) ≤ f (xn )

ce qui est vrai.


Sinon, posons :
n−1 n−1
X X λi
t= λi > 0, x = xi
i=1 i=1
t
Pn−1 λi
avec x ∈ I par hypothèse de récurrence (comme i=1 t
= 1).
On a alors λn = 1 − t, ce qui assure déjà que :
n−1
X
λi xi = tx + (1 − t)xn ∈ I
i=1

Et par convexité de f :
n
!
X
f λi xi = f (tx + (1 − t)xn ) ≤ tf (x) + (1 − t)f (xn )
i=1
Pn−1 λi
et par hypothèse de récurrence on a : f (x) ≤ i=1 t
f (xi ). Donc finalement :
n
! n
X X
f λi xi ≤ λi f (xi ).
i=1 i=1

Exemple III.14. On peut appliquer l’inégalité de Jensen pour comparer des moyennes.
Pour n ∈ N∗ et x1 , . . . , xn ∈ R∗+ , on définit leurs moyennes :
x1 + · · · + xn
— arithmétique (appelée plus simplement “moyenne”) : Ma = ;
n
n
— harmonique : Mh = 1 (l’inverse de la moyenne harmonique est la moyenne des in-
x1
+ · · · + x1n
verses) ;

— géométrique : Mg = n x1 . . . xn (le logarithme de la moyenne géométrique est la moyenne des
logarithmes) ; r
x21 + · · · + x2n
— quadratique : Mq = (le carré de la moyenne quadratique est la moyenne des carrés).
n
III. CONVEXITÉ 269

On a alors les inégalités :


Mh ≤ Mg ≤ Ma ≤ Mq
avec égalité si, et seulement si, tous les xi sont égaux.
Montrons les trois inégalités :
— par concavité de la fonction ln, on trouve que :
  n  
1 1X 1
ln ≥ ln
Mh n i=1 xi
et donc : n
1X
ln(Mh ) ≤ ln(xi ) = ln(Mg )
n i=1
ce qui donne la première inégalité par croissance de ln ;
— par concavité de la fonction ln, on a de même :
n n
!
1X 1X
ln(Mg ) = ln(xi ) ≤ ln xi = ln(Ma )
n i=1 n i=1
et donc par croissance de ln on a la deuxième inégalité ;
— par convexité de la fonction carré, on a :
n
! n
2 1X 1X 2
Ma = xi ≤ x = Mq2
n i=1 n i=1 i

d’où l’inégalité par croissance de x 7→ x2 sur R+ .


En fait, ces moyenne sont triées dans le même ordre que les fonctions qui leur correspondent au voisinage
de +∞.

x2

ln(x)

1
x

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