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Divisions Quaternaires en Afrique de l'Ouest

Ce document présente une étude des grandes divisions du Quaternaire en Afrique de l'Ouest, basée sur des recherches pédologiques et géomorphologiques. Il souligne les relations complexes entre la pédogenèse et la morphogenèse, tout en critiquant les méthodes de datation et d'interprétation des sols et des paysages. L'auteur conclut que la compréhension des climats anciens et des processus de formation des sols nécessite des études plus approfondies et nuancées.

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Divisions Quaternaires en Afrique de l'Ouest

Ce document présente une étude des grandes divisions du Quaternaire en Afrique de l'Ouest, basée sur des recherches pédologiques et géomorphologiques. Il souligne les relations complexes entre la pédogenèse et la morphogenèse, tout en critiquant les méthodes de datation et d'interprétation des sols et des paysages. L'auteur conclut que la compréhension des climats anciens et des processus de formation des sols nécessite des études plus approfondies et nuancées.

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RepUBLIQUE FeDeRALE DU CAMEROUN M.

GAVAUD

LES GRANDES DIVISIONS DU QUATERNAIRE

DE REGIONS OUEST-AFRICAINES ETAILIES

SUR DES BASES PEDOLOGIQUES

OFFICE DE lA RECHERCHE SOEflTIFIQUE ET TECHNIQUE [Link]

CENTRE ORSTON DE YAOUNDE


IW'O 1·
OFFICE DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE REPUBLIQUE FEDERALE DU CAMEROUN
ET TECHNIQUE OUTRE-MER
-:-=-=-=-=-=-:

C E N T R E ORS TOM

D E

y A 0 UND E

LES GRANDES DIVISIONS DU QUATERNAIRE DE PEGIONS

OUEST-AFRICAINES ETABLIES SUR DES BASES PEDOLOGIQUES

par

M. G A V A U D

(Note présentée au Congrès International de Géologie


Africaine - IBANDAN,1970).

P. 183

DECEMBRE 1970
RES UME

Des études pédo1ogiques et péo1ogiques nenées èu bassin èu


Tchad à celui du Sénégal en ~i1ieu soudanien et sahelien aboutis-
sent à des histoires parallèles des sols et des for~es topogra-
phiques, avec toutefois plus de différences pour ces dernières.
La nature le plus souvent statique et extensive de ces travaux
irep1ique des hypothèses simplificatrices quant aux relations
entre la pédoQénèse et la morphogénèse~ Le dérou1ereent du Quater-
naire est alors conçu comme une péjoration climatique constante
vers l'aridité variée par des pseudo-cycles pluviométriques, di-
visée en quatre périodes par le type ~e pédogénèse, chacune cor-
respondant à un nombre petit mais variable de modelés éta~és.

S TI M MAR Y

Pedo1orica1 and reo1ocica1 studies 1ed from Chad to Senera1


basin under sudanese and sahe1ian conditions abut to para11e1
histories of soi1s and topographie forms, the latter being
however more different. Thse extensive and static kind of works
imp1y simp1ifying hypothesis between morpho~enetic and pedcpenetic
relations. Thus the Quaternary succession concept is thou~ht as
a continuons c1imatic degradation towards arièity, with rainfa11
pseudo-cycles, divided into four periods accordinr to pedo1opica1
precess, each of them corresponding te some stepped landforms.
l - INTENTION

L'objet de cette note est de présenter un bilan critique de


la chronologie relative des sols obtenue par les études de reconnais-
sance pédologiques, géologiques et géomorphologiques à un moment où
ces dernières sont progressivement remplacées par des études plus ap-
profondies. Seuls les travaux portant sur des territoires dont l'au-
teur avait une expérience directe ont été utilisés. A ce titre l'au-
teur doit beaucoup aux chercheurs et prospecteurs des Universités et
des Instituts spécialisés locaux: Universités de Samaru et de" llikar,
B.R.G.M., O.R.S.T.O.M., D.O.S.

2. SITUATION

En Afrique de l'Ouest les paysages quaternaires les plus co~­


trastés s'observent à l'intérieur des domaines climatiques sahélien~
et soudanais, entre le Sahara au nord et la zone humide à Sols Fer-
rallitiques au sud. Là des sols dunaires fossilisent des cuirasses
ferrugineuses alors que des altérites kaoliniques épaisses de plusi-
eurs dizaines de mètres voisinent avec des argiles gonflantes pel-
[Link] les bassins du Tchad et celui du Sénégal de nombreux
travaux ont servi de base à des reconstitutions de l'histoire des
modelés et des sols. La plupart de ces études sont de nature stati-
que et extensive de sorte qu'elles ne permettent pas une approche
directe de la genèse des sols ni des modelés. La validité de leurs
conclusions repose en grande partie sur des hypothèses qui s'ef-
forcent de suppléer à cette insuffisance dans le domaine de la dy-
namique des paysages. Ces pré-supposées sont des déductions empiri-
ques tirées des caractères les plus constants de la géographie des
sols et des modelés. Il est donc indispensable de les examiner une
à une avant de passer à la description des p~ysages.

3. LES REGLES USUELLES DE L'INTERPRETATION DE LA GEOGRAPHIE DES


SOLS.

3•l • Utilisation du degré d'évolution des sols comme repère


de datation relative.

Dans la région étudiée l'histoire des sols s'étend à


tout le Quaternaire sans en déborder beaucoup. Les datations du
Quaternaire récent par le radio-Carbone sont peu nombreuses et
f:ig.1_CROOUIS DE SITUAT!ON

i-O°
I-~~--+-------t-----

'-"--+------1 ... ,
, ..

daprès .carte d' Afr;qü(> - C [Link]. 1951.

Sols des Oéseds


1 1

. .. .
c=rn
.., .. .~
Zonli! soudano-sahélÎenne: sols ferrl;g:Mux, Solonetz .Vertisols li!tc
Il . ~\uces régionales cdies ".

1 1 tehelle : 1/25 000000


- 2 -

d'interprétation difficilé. La matière organique fossile est rare;


elle appartient généralement à d'anciens sols mal drainés malaisé-
ment rattachabl~au reste de la séquence. De même l'âge des dépôts
carbonatés est souvent dans un rapport indéterminé avec celui du
profil. Les datations du Quaternaire ancien par des radio-éléments
lourds restent exceptionnelles. On tente de remédier à l'insuffi-
sance quantitative et qualitative des datations radiométriques en
admettant que les successions de sols les plus vieilles sont celles
où dominent les sols les plus différenciés. L'ordre de différen-
ciation décroissant établi par les tous premiers travaux pédoloei-
ques est le suivant: Sols Ferrallitiques, Sols Ferrugineux et sols
connexes (Ferrisols, Sols Fersialitiques), Sols Halomorphes Lessi-
vés et Vertisols, Sols Hydromorphes et Salins, Sols Peu Evolués.
Cette succession est en mêree temps parallèle au degré d'altération
du matériau de sol, les sols les plus évolués étant kaoliniques et
ferrugineux, parfois alumineux, les sols juvéniles contenant des
argiles gonflantes ferrifères, des carbonates et autres sels.

Cette rigle n'est valable en toute rigueur que pour des,


séquences et non pour des profils isolés relictuels, ces derniers
ayant pu appartenir à des séquences différentes diversement déter-
minées par des facteurs locaux :

- des Sols Ferrallitiques peuvent se former en tête de


séquences à Sols Ferrugineux dans de bonnes conditions
de drainage sur des matériaux déjà très altérés.
- le cuirassement affecte une grande variété de sols et
se forme plus vite où affluent les solutions, en des
sites où la plupart des coupes naturelles seront ul-
térieurement entaillées.
- des Vertisols et autres sols à argiles gonflantes peu-
vent s'associer à des Sols Ferrugineux bien différen-
ciés, particulièrement dans des régions mal drainées
comme la bordure de la cuvette tchadienne au Cameroun.

Elle est cependant très largement utilisée, implicitement ou expli-


citement, pour la corrélation à de grandes distances des témoins
pédologiques et morpholoeiques, notamment des cuirasses.

3.2 - Utilisation de l'étagement des modelés comme repère de


datation relative.

La disposition éta8ée des modelés est constante et ne


s'atténue sans disparaître jamais que dans les cuvettes subsidentes
- 3 -

(Tchad, Sénégal) ou vers les régions humides méridionales. Le dé-


terminisme supposé de cette disposition, qu'il soit tectonique ,
eustatique ou climatique, est toujours tel qu'il permette de consi-
dérer les niveaux les plus élevés comme les plus anciens. Cette
règle est en général compatible avec la première, les sols les plus
élevés étant aussi les plus différenciés. Les massifs montagneux
font toutefois exception car l'excès èe l'érosion y donne au ma-
tériau des caractères de grossièreté, de richesse en minéraux al-
térables qui limite la pédogenèse à un petit nombre de sols, peu
ou moyennement différenciés, pour ne pas parler des montinsules les
plus vénérables où n'existent que des Sols Minéraux ou Régoliques.
C'est ainsi que sur deux modelés successifs on peut retrouver des
sols voisins ou encore observer les plus jeunes sur la forme amont.
De façon générale il n'est pas recommandé de traduire en termes de
chronologie des ressemblances de la couverture superficielle établies
pour des modelés trop différents.

C'est à une difficulté de même nature que l'on se heurte


lorsqu'on veut étendre une chronologie relative fondée sur l'outil-
lage lithique, le matériel emballant ce dernier ayant souvent une
texture inhabituellement grossière (cailloutis) ou étant situé de
façon exceptionnelle.

3.3 - Le principe de l'alternance des périodes de pédogénèse


et d'érosion.

Il attribue l'étagement à des phases successives de fa-


çonnement érosif du modelé alternant avec des phases de stabilité
topographique, d'altération, de pédogénèse. On a de bonnes raisons
d'estimer, sur la foi d'observations déjà anciennes et d'études
récentes de dynamique des sols, que cette règle schématise à l'excès
une réalité plus nuancéa

- les héritages ronpent parfois la liaison entre un modelé


et une altération déterminée. Plusieurs formes peuvent être creusées
dans la même altérite.

- la pédogénèse et l'érosion ne sont pas dissociées ~ais

au contraire fortement et génétiquement associées dans des sols


aussi répandus que les Sols Ferrugineux.
- 4 -

- à l'exception d'épisodes désertiques indiscutables,


l'absence de sols pendant les périodes de morphogénèse, ou encore
l'existence de périodes pendant lesquelles l'érosion est indépen-
dante de la couverture pédologique est moins un fait dûment cons-
taté qu'une fiction méthodologique. Une transformation continue
et parallèle des sols est plus vraisemblable. Malheureusement les
études qui permettraient de définir les étapes de la formation des
paysages ne font que commencer de sorte que cette dernière hypothè-
se ne peut être exploitée.

3.4 - Les sols et les modelés utilisés comme des repères cli-
matiques • Le cycle climatique et les climats localement
inactuels.

Le principe de zonalité appliqué aux séquences de sols et


à certains sols bien drainés permet de les considérer comme des
témoins climatiques. n'autre part l'aspect sédiMentologique de
parties de la couverture superficielles (dunes et cailloutis), la
forme des pentes (linéaires ou concaves) suggèrent des cli~ats rela-
tivement secs et agressifs pour les phases morphogénétiques. La
conséquence en est que la traduction climatique du principe de l'al-
ternance de la morphologénèse et de la pédogénèse est le cycle ou
psuedo-cycle climatique pendant lequel une phase plus humide suc-
cède à une phase plus aride, schématiquement un Pluvial à un Aride.

Une autre conséquence logique de la méconnaissAnce des


étapes de la pédogénèse est cette opinion que la plupart des carac-
tères pédologiques ont été acquis pendant la phase pluvieuse con-
temporaine de la stabilisation du modelé et qu'ils n'ont été que
médiocrement modifiés par les phases pluvieuses ultérieure~. Le
facteur temps et le cumul possible des pédor,énèses sont ainsi m1-
norisés. Cette hypothèse en implique nécessairement une autre dans
le cas fréquent on)'intensité de la pédogénèse décroit vers les
modelés inférieurs, à savoir la diminution des précipitations d'une
phase pluvieuse à l'autre et par suite l'inactualité locale des
climats correspondant aux phases pédogénétiques anciennes. On remar-
quera que cette deuxième hypothèse peut apparaître comme moins né-
cessaire, par une confusion entre les déterminisMes du matériau et
du climat, dans les massifs accidentés on les pédogénèses se res-
semblent davantage.
- 5 -

L'inactua1ité climatique est cependant plus certaine en ce


qui concerne les phases morphogénétiques dont les sédiments ne se
forment plus localement: dunes, cailloutis.

3.5 - L'estimation des climats anciens

Bien que l'estimation des climats soit compromise par


l'hypothèse de leur inactua1ité locale on s'y essaie toujours ~n

admettant, sur la foi de la spécificité et de la disposition zonale


des sols intertropicaux, que dans le passé ce sont des climats aux
caractères actuels qui se déplacèrent en latitude. En fait des
caractères pédo10giques ou sédimento10giques, de phase sèche ou de
phase humide, ne s'expliquent guère dans le contexte climatique de
l'Afrique de l'Ouest: importantes accumulations de calcaire au
Quaternaire moyen et récent dans les bassins du lac Tchad, du Niger,
du Sénégal, vastes épandages de cailloutis à de grandes distances
des reliefs. Il semble que des températures plus basses que de nos
jours et des concentrations pluviales extrêmes aient été nécessaires
pour produire ces phénomènes. L'hypothèse de types climatiques
différents trouve un support dans les théories qui font dépendre
les climats de la combinaison de paramètres astronomiques, combi-
naisons uniques ou très longuement cycliques. Par exemple, selon
E. BERNARD (1959), les paramètres actuels indiquent une période
"interglaciaire" avec un "disp1uvia1" plutôt localisé à l'hémisphère
sud et peu acce~tué aux latitudes septentrionales, soit une situa-
tion où les contrastes pluviométriques sont relativement faibles
dans la zone intertropicale nord, avec cette conséquence que cer-
tains types de climat peuvent ne plus exister de nos jours.

L'estimation des pluviosités correspondant aux phases de


formation des sols est donc peu fondée dans sa démarche et imprécise.
dans ses résultats. Généralement on ne peut rien dire de plus que
tel processus corrélé avec un fait sédimento10gique ou hydrologique
impliquant des précipitations plus élevées a disparu depuis telle
période de temps. On a voulu aller parfois plus loin en utilisant
cette observation remarquable que les sols méridionaux sont à la
fois moins divers et plus différenciés que dans la zone soudano-
sahélienne. On a pu en conclure que les pluviosités des régions
humides avaient peu varié, qu'en conséquence leur volume actuel
pouvait être du même ordre de grandeur que lors de la formation
- 6 -

des sols ferrallitiques, ferrisoliques ou ferrugineux indurés ne


formant plus que des reliques dans la zone sahélienne et soudanien-
ne. En fait cette disposition des sols est due à ce que leur degré
de différenciation croît d'abord très vite avec la pluviosité puis
se stabilise au niveau ferrallitique alors même que les précipita-
tions sont encore multipliées par un facteur supérieur à 2. Le gra-
dient climatique latitudinal n'ayant pas évidemment chanBé de sens
et d'autre part les sols différenciés se prêtant très peu à une réor-
ganisation dans un milieu climatique différent il est normal que les
sols ferrallitiques aient fini par envahir tout le paysage aux la-
titudes où les minima pluviométriques n'étaient pas assez prononcés
pour les déblayer. Telle est la signification de la limite septen-
trionale des sols ferrallitiques.

Des évaluations moins douteuses portent sur les minima des


amplitudes pluviométriques de cycles établies par comparaison des
répartitions actuelles et passées de lacs phréatiques (p.. FAURE,
1966) et de dunes vives. Elles varient de 400 mm à 900 mm.

Les quelques résultats d'analyses polliniques connus sont


difficiles à utiliser dans ce but parce que relatifs à des milieuy
à pédoclimat plus humide que dans l'environnement immédiat. Par
exemple une population pollinique fortement graminéenne sur al-."-
vions n'implique pas nécessairement un climat "steppique" car il
existe des prairies induites par un engorgement excessif du sol.

3.6 - Les divisions du Quaternaire

Les givisions habituelles fondées sur des critères morpho-


génétique, chaque épisode coincidant avec la durée d'élaboration
des formes liées à un cycle clireatique ou à chacune de ses parties,
parfois à une industrie lithique, conviennent mal à une histoire
des sols. El~es en dissimulent la simplicité sous un foisonnement
d'épisodes divers tout en faisant ·me interprétation des moins cer-
taines des relations entre la morphogenèse et la pédogenèse ainsi
que des climats anciens. Nous allons ci-dessous dégager de travaux
récents les caractères constants de la succession chronologique des
sols qui pourraient servir de base à une histoire pédologique
mieux fondée du Quaternaire.
- 7 -

La corrélation avec la chronologie générale du Quaternaire


extratropical ne sera pas abordée car elle est largement prématurée.
Pour le Quaternaire récent nous suivrons l'opinion commune qui cor-
rèle les arides avec les glaciaires et inversement (J. TRICART.
1956), considérant les modifications climatiques comme un balance-
ment latitudinal des centres d'action athmosphérique.

- ETUDES REGIONALES

4.a - ETUDES PEDOLOGIQUES EXTENSIVES

4.1 - Le Niger méridional (H. GAVAUD, 1967)

L'acquis pré-Quaternaire est considérable et consiste en


roches et matériaux très évolués : grés kaoliniques et arkosiques
du continental intercalaire et hamadien, puissante altérite kaoli-
nique Paléocène, grés kaoliniques et ferrugineux Néogènes (Conti-
nental Terminal) en dérivant. Le début du Quaternaire est conven-
tionnellement défini par un cuirassereent très étendu scellant une
pénéplaine s'étendant du bassin Mio-Pliocène à ses bordures du so-
cle et du Crétacé continental. Bien que ferrugineux il se distingue
des cuirassements plus tardifs par son épaisseur considérable (la m)
par son invariance latitudinale et topographique, par sa micro-
structure évocatrice d'une altération des quartz, d'une trame de
type ferrallitique, d'une ferritisation dissociée des mouvements de
l'argile. Ces caractères sont attribués à un pédoclimat plus hu-
mide qu'aucun de ceux qui suivront.

Le Quaternaire proprement dit est conçu comme une succes-


sion de périodes pédologiques caractérisées chacune par le même de-
gré d'évolution des sols prépondérants et comprenant un ou plusieurs
"cycles" climatiques définis par autant de modelés étaft,és. La
diminution ~e l'évolution des sols est attribuée à une baisse con-
tinue des pluviosités pédogénétiques au cours du temps. L'appari-
tion de phases franchement désertiques à la fin du Quaternaire tra-
duirait cette péjoration climatique au niveau des fluctuations sèches.

Une première période pédogénétique à laissé des cuirasses


actuellement perchées, restes de glacis et de détression (M.1)étagés
au-dessous des plateaux de l'ancienne pénéplaine. Ce sont des hori-
zons B indurés de séquences à Sols Ferrugineux Lessivés, très loca-
lement Faiblement Ferrallitiques en des sites élevés sur grés de
- 8 -

l'extrême sud du Nirer. Le cuirassement est deux à trois fois noins


épais que sur la pénéplaine mais est encore peu sensible au gradient
latitudinal entre 250 mm et 900 mm de pluies actuels, ce qui indi-
que une pluviosité ancienne encore très forte. Les structures indi-
quent des translocations associées des argiles kaoliniques et des
hydroxydes de fer, ainsi qu'une forte hétérogénéité du squelette
minéral. Cette dernière s'exprime macroscopiquement par des hori-
zons graveleux s'achevant en terrasses à galets à la base des gla-
cis et versants. Sur le socle cet ensemble se subdivise en deux
modelés successifs étagés (M.I a et [Link]) alors que sur les grés
il paraît unique.

La seconde période a laissé des modelés encore fonction-


nels sur leurs parties versantes et établis au niveau du vieux front
d'altération Paléocène sur le socle. Dans les sols, dont au moins
une partie des processus de formation est encore actuelle, la fer-
ritisation ne dépasse pas en moyenne le stade concrétions. Le gra-
dient latitudinal, pour la première fois très sensible, et vrai-
semblablement deux "cycles" font se succèder du sud au nord deux
paysages distincts entre lesquels toutefois peuvent exister des
liaisons génétiques emp~chant une séparation trop tranchée. Il 2X"'

te partout, mais inégalement développée selon le substrat ct le


type de pédogénèse, une nappe ou horizon graveleux à la base du
solum. Elle s'épaissit en bas de pente en une minime terrasse. Au
sud les pentes (M.2) portent des restes de séquences à Sols Ferru-
gineux Lessivés à concrétions, localement cuirasses. Ce paysage
s'amenuise vers le nord en se restreignant aux sommets d'interflu-
ves puis disparaît. Il est alors [Link]é par les "glacis nus" dont
les caractères expriment mieux un changement profond de 10 pEdogê-
nèse attribué à une réduction de la pluviosité. L'agressivité ré-
duite des agents de l'altération s'y exprime par une dépendance
réelle et multiple des sols à l'égard de la roche-mère et du maté-
riau :
- séquences à Sols Bruns Eutrophes et Vertisols, ou à Sols
Fersiallitiques et Vertisols, sur matériaux à smectites
calciques, hérités d'argilites ou produits par l'altéra-
tion de roches basiques.
- séquences à Sols Ferrugineux Lessivés à concrétions et à
Sols Halomorphes lessivés ou planiques (1) ou séquences à
Sols Ealomorphes et Vertisols sur matériaux smectitiques
sodiques issus de roches plagioclasique calco-alcalines
et alcalines.

------------------------------------------------------------------
(1) cette séquence n'a été découverte qu'à la suite de travaux
spéciaux de G. BOCQUIER (1967) en République du Tchad.
- 9 -

- séquences à Sols Ferrugineux Lessivés, Sols Hydromorphes


lessivés, Vertisols sur matériaux à hydromicas hérités
de shales.

- séquences à Sols Ferrugineux Lessivés à Taches et Con-


crétions Sols Hydromorphes lessivés, sur argiles kQO-
liniques héritées d'argilites ou de vieilles altérites.

Une trosième période se caractérisera moins par l'atté-


nuation de la pédogenèse des bas-modelés (M.2-3) que par la mise
en place de matériaux particuliers. Elle débute par une désertifi-
cation prononcée qui tronque les sols et fossilise leurs resteE
par des dunes dites anciennes (E.1) qui atteignent l'isohyète
actuel de 875 mm. Les horizons graveleux sont repris en dépots
fluviatiles mineurs, les "graviers sous berges" (J. VOGT s 1959),
puis remaniés en "reg". Des dépôts de tarissements nommés "rembali
supérieur" (J. VOGT, 1960), recouvrent les graviers de sables ar-
gileux très fins, plus rarement d'argiles. La phase pédogénétique
suivante reconstitue les sols des bas-modelés (M.3) au dessus des
"reg" et forme des Sols Ferrugineux Peu Lessivés sur les dunes
et remblais sableux, au moins jusqu'à la limite actuelle du désert
où leurs restes ont été retrouvés (R. BOULET, 1966). Des dépôts
carbonatés de nappe ou source se déposent aux pieds de versants
calcaires ou en bordure de la cuvette tchadienne. La pédogénèse
est interrompue par une récurrence désertique qui met cn place
un second remblais dit inférieur, et un second ergs dit récent (E.2)~

remaniant le premier jusqu'à l'isohyète actuel de 650 mm. Elle re-


prend ensuite en donnant des Sols Ferrugineux Peu Lessivés moins
différenciés que les précédents et quantité de Vertisols, de Sols
Halomorphes et Hydromorphes sur les dépôts argileux qui colmatent
alors les lits majeurs et de nombreuses dépressions endoréiques.

La quatrième période, subactuelle et actuelle, est carac-


térisée par

- la dispnrition du mécanisme de rubéfaction des sables,


nu moins jusqu'à l'isohyète actuel de 650 mm.

- par la permanence de processus rapides tels que les


manifestations de l'hydromorphie, de l'halomorphie, de
la formation d'argiles noires, l'appauvrisse~ent des
épipédons.

par une différenciation des épipédons des sols anciens


conforme à ln pluviosité actuelle et produisant les
"Faciès Subarides" (Bruns) au nord.

- par une érosion hydrique généralisée et par de minires


atteintes éoliennes manifestant des déséquilibres édapho-
climatiques hérités de fluctuations pluviométriques mi-
neures et accentuées par les défrichements.
- 10 -

La cuvette tchadienne se singularise par l'absence de


sols très différenciés. Elle est bordêe sur le socle et sur les
grès par une auréole cuirassée assimilée à M.2 ; sa cote de base
ne varie guère sur 300 km entre 400 et 420 m, indice d'un niveau
phréatique ancien, sinon lacustre, à ce niveau; elle est lar8e-
ment entaillêe par des glacis nus (M.3). A l'exception d'ilôts
assimilables par leur matériel et par leurs sols au remblai supé-
rieur la cuvette proprement dite est recouverte par des sables
éolisés (formation du Manga-Kanem) d'origine fluviatile (P1RARD
F., 1965) à Sols Ferrugineux Peu Lessivés juvéniles analogues à
ceux des dunes récentes (E.2). En aval cette formation a été fos-
silisée par des dépôts fluvio-lacustres ne portant que les sols
jeunes de la quatrième période pédogénétique : Sols Bruns sur les
sables, Vertisols, Sols Halomorphes et Hydromorphes sur les al-
luvions imperméables. La structure topographique complexe de cet
ensemble témoigne de fluctuations pluviométriques nombreuses mais
sans incidence sur le type de pédogénèse. Nous citerons: un cor-
dont périlacustre éolisé à 320 m (limite de transgression), un
palier lacustre vers 300 m, un second cordon vers 287 m, le r~vage

actuel étant à 282 m.

4.2 - Le Tchad (J. PIAS, 1968)

L'héritage pré-Quaternaire réunit les restes démantelés


d'une cuirasse bauxitique (Oligocène ?), des grés continentaux
l''lio-Pliocènes. Une "première surface fcrrallitique" se situe à la
fin du Pliocène; il n'en reste que des lambeaux de sols rouges
kaoliniques profonds qui seraient présents jusqu'en zone sahé-
lienne. L'histoire' du Quaternaire est conçue comme une succession
de Pluviaux et d'Arides se manifestant par des transgressions et
par des régressions lacustres, par la cumulation de pédogénèses
de Pluvial (ferrallitiques, ferrugineuses) et d'aride (Vertisols
des [Link] exondées).

Sur les bordures cristallines du socle (2) s'établit très


tôt une "surface cuirassée 8énérale" ultérieurement déformée par
des mouvements tectoniques. Sa base, établie vers la cote 400 m,
est toutefois identique à l'auréole cuirassée péri-tchadienne du
Niger (1.2). Des glacis à séquences de Sols Ferrugineux - Solonetz-
Vertisols lui succède. Ils sont identiques aux glacis nus Nigériens
(M. 3) •

(2) - la bordure gréseuse est hors du domaine étudié ; une "deuxi-


ème surface ferrallitique "aux sols assez bien conservés y succède
à la "surface cuirassée générale".
- II -

Dans la cuvette l'auteur retace les mises en place successives de

- "formations anciennes remaniées" étalées, au nord du dixième


parallèle, dans le premier delta du Chari, lors d'une première
transgression postérieure à la "surface cuirassée générale".
Elles évolueront en Sols Ferrugineux Lessivés à Peu Lessivés.

- un premier erg qui atteint le dixième parallèle ; il donnera des


Sols Ferrugineux Peu Lessivés et correspond à l'~rg ancien du
Niger (E.I).
- une "série fluvio-lacustre ll ancienne formée d'argiles kaoliniques
et montmorillonitiques déposées lors d'une seconde transgression.
Elle produira après émersion des Vertisols à nodules calcaires
associés à des Sols Halomorphes.

- un deuxième erg s'étend jusqu'au douzième parallèle seulement;


il évoluera en Sols "Brun-Rouge", identiques aux Sols Ferrugineux
Peu Lessivés peu différenciés à Faciès Subaride de l'erg récent
du Niger (E.2).

- "séries récentes" argileuses (montmorillonite et kaolinite) et


sableuses déposées lors d'une troisième transgression dont la
limite est le cordon sableux de 320 ~, daté de 5.400 BP (J.L.
SCHNEIDER, 1967). Elles produiront les Vertisols, l~s Sols Hy-
dromorphes et Halomorphes, les Sols Peu Evolués qui au Ni8er
caractérisent la quatrième période de pédogenèse.

une "série argileuse subactuelle à récente" correspondant à une


quatrième transgression, à 310 m puis à 287 m, cette dernière
cote soulignée par un second cordon sableux ; une "série flu-
viatile subactuelle" correspondant au troisième delta du Chari,
des dépôts de bourrelets complètent cet ensemble pédologiquemcnt
semblable au précédent.

des dépôts argileux actuels de polders à Sols Salins et Hydro-


morphes (cote 282 ~).

4.3 - La cuvette tchadienne et sa bordure au Cameroun et e~_lIiR~~i?

(R.A. PULLAN, 1964 - G. SIEFFERMANN, M. VALLERIE, 1964)

L'héritage pédologiqu~ pré-Quaternaire n'a pas été observé. La


cuirasse de la fin du Pliocène est connue en Nigéria par des galets
inclus dans la cuirasse ferrugineuse périphérique située approximative-
ment vers 400 m. Cette dernière est l'unique niveau induré au Cameroun
où quelques Vertisols y complètent la séquence à Sols Ferrugineux Les-
sivés cuirassés. En Nigéria elle a été précédée de sols à affinités
ferrallitiques (plaine de WAWA, BAWDEN et al. 1968).

Le même schéma de Pluviaux et d'Arides est appliqué à l'histoire


de la cuvette. En Nigéria on fait appel à des transgressions et à
des régressions liées à la pluviosité alors qu'au Cameroun une partie
des régressions est attribuée à l'abaissement du seuil Bénoué-Logone
jusqu'à 320 m (G. SIEFFERMANN, 1967).
- 12 -

Un remblai de sables fins argileux corrélé avec les sables


de la "première transgression" représente les dépôts superficiels les
plus anciens. Au Cameroun il porte les traces d'un retrait du lac par
paliers entre les cotes 400 m et 320 m. Il a évolué en Sols Ferruei-
neux Peu Lessivés à Lessivés, parfois concrétionn6s ou à carbon~tes

en profondeur, en Sols Ha10morphes Lessivés, en sols vertiques, di-


versement combinés. En Nigéria il contient de fortes concentrations
de carbonate de calcium phréatique (Série Jiggi1in, R.A. PULLAN,I962).

Les dunes longitudinales sud-ouest à Sols Ferrugineux Peu Lessivés


qui l'oblitèrent prolongent celles du "premier erg" du Tché'!.d qui a ici
manifestement atteint le centre de la dépression lors de la rérression.
Vers la latitude I2°N les Sols Ferrugineux peu différenciés du l'se-
cond erg" s'y substituent au nord d'une limite linéaire orientée vers
l'ouest-sud ouest (M. GAVAUD, 1968).

Les alluvions fluvio-1acustres prolongent celles du Niger et du


Tchad avec les mêmes sols sur argiles et sables argileux (Vertiso1s,
Sols Halomorphes) et sables (sols bruns). Les Vertiso1s équivalents
de la "série fluvio-lacustre ancienne" du Tchad ennoient la base des
glacis périphériques, nus ou cuirassés, particulièrement au Cameroun.
En Nigéria ils n'ont pas été séparés des sols similaires des "séries
récentes et subactuel1es" qui forment de 1arge& f1ats ou des cônes
d'épandage de1taiques. Les cordons lacustres à sols bruns sont égale-
ment présents. En Nigéria ils sont localement reliés par une forma-
tion intermédiaire de petites dunes transversales nord-sud dont le
développement paraît du à ce que le remblai ancien de sables argileux
n'a pas été colmaté d'argiles. Cette disposition permet èe préssentir
une forte régression postérieure au lac de 320 m suivie d'une trans-
gression vers 290-300 m puis d'une régression jusqu'à 287 m; corré1a-
bles avec la troisième régression pour la première et à la quatrième
transgression pour les deux épisodes suivants.

4.4 - Les abords des massifs du Nord-Cameroun (J. HERVIEU,I969)

Les sols s'y forment sur des matériaux d'accumulation arénacés


n'ayant rien hérités des altérites argileuses kao1iniques anciennes.
Morphogénèse et pédogénèse alternent en un cycle d'essence purement
climatique dont les étapes sont les suivantes :

-altération et pérlogénèse de climat humide "isop1uvia1".


- creusement de c1i1"1at moins humide de type "disp1uvia1".
- 13 -

- épandages et accumulations des arênes en "glacis-terrasses"


sous un climat sahélien de type actuel.

La répétition de cette alternance a produit quatre niveaux, ou groupe-


ments de niveaux, étagés

les hauts glacis et terrasses à cuirasses ferrugineuses ln


ferritisation porte sur une altération arénacée kaolinique a
traces d'illite et parfois des smectites ainsi que sur des
cailloutis. L'existence de galets aménagés dans ces derniers
leur assigne un âge qui remonte "au maximum au Quaternaire
ancien".
- les glacis d'accumulation à cailloutis et arênes remaniées du
"Douroumien", phase semi-aride datée (?) de 15.000 à 18.000 BP
par des paléosols vertiques enterrés. Le "Peskeborien" est la
période humide "isopluviale" suivante qui a formé des sols
rouges "fersiallitiques", c'est à dire intermédiaires entre
les Sols Ferrugineux et les Sols Bruns Eutrophes : profil ABC,
solum rouge et kaolinique, base hydromorphe, smectitique, par-
fois ferritisée et à nodules calcaires.
- les glacis d'accumulation "Bossoumienst:, près de dix fois
moins épais. La pédogénèse, datée de 10.100 BP par un sol mal
drainé n'y a produit que des Sols Peu Evolues à faciès Ferru-
gineux ou Hydromorphes.
- les basses terrasses de + 2m, à poteries et industrie lithique
très évoluée.
- actuellement l'alluvionnement est peu important. Les Ilgalets
sont rares ou absents, sauf à proximité des hauts reliefs".
Les horizons de surface des sols anciens sont fortement re-
maniés, l'hydromorphie secondaire associée au lessivage du
fer et accessoirement de l'argile est très répandu.

Un des intérêt de cette étude est de présenter un tableau de la


pédogénèse sur des aires d'accumulation grossière qui ailleurs ne sont
connues que ponctuellement. Du cuirassement aux Sols Peu Evolués et
aux remaniements actuels le sens de son déroulement est le même que
sur les a~res d'érosion. La pédogénèse "fersiallitique" est l'équiva-
lent de celle qui sur certains bas-glacis (M.3) produit des Sols Fer-
rugineux rouges à horizons profonds smectitiques et carbonatés. Son
extension aux massifs du Cameroun doit davantage au site et au matériau
(cf. 3.2) qu'à un climat particulier. Les corrélations les plus vrai-
semblables sont

- hauts-glacis équivalents des cuirasses hautes et basses du


du Niger (M.I-2).
pédogénèse Peskéborienne équivalente de celle du remblai supé-
rieur, postérieure au premier erg (E.I), en admettant que les
dates précitées se rapportent à la pédogénèse et non à la mise
en place du glacis Douroumien.
- pédogénèse Boussoumienne équivalente de celle du remblai infé-
rieur, postérieure au second erg.
- 14 -

4.5 - Haute Volta (R. BOULET, 1968 - B. KALOGA; 1969).

L'acquis liminaire consiste en restes de deux surfaces


d'aplanissement cuirassées bauxitiques puis ferrugineuses et en un
manteau d'altération kaolinique épais. Plusieurs cycles érosion-pédo-
génèse partagent le Quaternaire, décrits selon une terminologie mise
au point au Sénégal (cf. infra 4.8)

- "glacis supérieur" cuirassé et découpé actuellement en buttes-


témoins; il est l'équivalent probable du modelé H.I du Niger.

- "glacis moyen" cuirassé, formant encore les sommets d'inter-


fluves fonctionnels; l'équivalent en serait M.2.

"bas glacis" fonctionnels et rarement cuirassés où, sur des


matériaux kaoliniques hérités, se différencient des séquences
à Sols Ferrugineux Lessivés souvent remaniés. sur des altéri-
tes smectitiques se forment des séquences Sols Bruns-Vertisols
ou Solonetz-Vertisols ou Sols Ferrugineux-Vertisols selon le
type de roche-mère. Les glacis nus du Niger (M.3) en sont
l'équivalent.

- les deux ergs (E.I, E.?-) prolongeant ceux du Niger ont été dé-
crits ainsi que les formations alluviales associées ([Link],
1968) •

4.b - ETUDES GEOMORPHOLOGIQUES ET SEDIMENTOLOGIQUES

4.6 - Les Bas-Pays du Tchad (M. et S. SERVANT. 1967, 1970)

Cette étude précise a posé de précieux jalons dans le Quater-


naire récent, encore que le matériel étudié ne puisse être que con-
jecturalement rattaché aux pédogénèses de milieu exondé. Les auteurs
ont reconnu dans les dépôts des dépressions interdunaires de ce fond
de la cuvette tchadienne, actuellement sous climat sahélo-saharien :

- la Série des S~~lias

= à la base des sables éoliens S.I attribués à une phase


aride ancienne.
= des marnes et des calcaires attribués à des interstades
lacustres datés provisoirement de 22.000 à 40.000 BP.
= des-sables éoliens S.2 attribués à une phase aride
récente.
- la Série de Labdé, à diatomites, argiles et calcaires mises
en place lors de deux extensions lacustres
= une période lacustre datée de 12.000 à II.000 BP dont la
flore indique des variations de température suffisantes
pour faire apparaître des diatomées d'eaux tempérées.
= une transgression fluctuante débutant de 9.000 à [Link] DP,
culminant vers 5.400 BP (lac de 320 m ?). Elle correspond
à un "changement climatique majeur", à une élévation des
températures, à une extension vers le nord de la mousson
soudanaise.
- 15 -

des dépôts terminaux indiquant un assèchement des lacs sa-


hariens vers 7.000 BP et 3.500 BP et une permanence de la
0 0
sédimentation lacustre aux basses latitudes (13 et 14 N)
jusqu'à la période actuelle. Là des fluctuations positives
mineures sont datées de 2.400 BP et de 1.700 BP.

Pendant ces quarante derniers millnénaires les apports solubles ct


détritiques ne changent pas. La composition des argiles (smectites,
interstratifiés, kaolinite) est celle des sols des glacis à Verti-
sols et Solonetz (M.3) periphériques. On attribue à la silice biolo-
gique une alimentation sereblable ou par lessivage des massifs dunai-
res.

Dans la mesure où les sables S.2 sont homologues du remaniement


dunaire postérieur à 22.000 BP au Kanem (SERVANT, 1970, p.67) ils
sont assimilables par continuité pédologique et topographique à l'erg
récent du Niger (E.2). L'identification recurrente de S.I et de E.I
est plus hasardeuse.

4.7 - Le Nord du Niger (H. FAURE, 1962).

Le modelé de la bordure septentrionale de la cuvette tchadien-


ne, actuellement sous climat sahêlo-saharien, est attribué à ln com-
binaison de cycles climatiques pédogénèse-érosion et d'un basculement
vers le Centre du bassin. Ce façonnement, imprimé dans les grès
continentaux Cretacés et Miocènes ainsi que dans l'altérite Paléo-
cène, réunit

- deux creusements successifs de 150 m puis de 100 m encadrant


la mise en place et la ferritisation de hautes terrasses con-
glomératiques. L'ensemble, reunissant plusieurs cycles, cor-
respond aux glacis cuirassés méridionaux (M.I-2) ainsi qu'aux
glacis nus (M.3) pour le dernier creusement.
un aride prolon8é pendant lequel les "dunes anciennes" corré-
lées avec la masse sableuse de l'erg mort du Niger (E.I + E.2)
envahissent le paysage à la faveur d'une descente de 400 Km
(en fait 800 Km) du d~sert vers le sud.
- la grande période lacustre à diatomées, humide, datée de
21.000 BP à [Link] BP, avec un maximum vers 9.000 BP. Ces lacs
phréati4ùes, nombreux à la cote 400 m, sont frangés d'indus-
tries Atériennes et correspondent à une remontée de 400 Km
vers le nord des isohyètes actuels (cf. 3.5). Au fort de leur
extension (7.000 BP à 12.000 BP) ces lacs sont caractéristi-
ques du début de i'Holocène saharien (H. FAURE, 1969) et con-
temporains de la transgression techadienne de Labdé (cf. 4.6),
- une récurrence aride très brève (2.000 ans) a dunes locales
et éboulis précède un Néolithique ancien humide pendant le-
quel les isohyètes actuels seraient remontés de 500 km vers
le nord. Posterieurement à 5.100 BP, date qui est aussi celle
du début de la régression du lac Tchad de son rivage de 320 m,
un assèchement progressif et fluctuant mène au désert ~ctuel.
- 16 -
4.8 - Le bassin du Sénégal (P. MICHEL, 1959-1970)

Deux surfaces (Crétacé, Eocène) précèdent les aplanissements


de la fin du Pliocène sur roches tendres produisant le "relief in-
termédiaire" dont la cuirasse est identique à celle des hauts pla-
teaux du Niger. Le modelé Quaternaire est surtout l'effet de cycles
climatiques, compliqué localement par les incidences des variations
du niveau marin et d'un basculement vers l'aval du bassin. L'altéra-
tion est moins héritée qu'acquise à chaque période humide, hyperther-
mique. Creusements et épandages grossiers sont l'effet de phases sè-
ches plus brèves,hypothermiques, contemporaines des ré?ressions ~a­

rines glaciaires. Ils produisirent:

- un "très haut glacis cuirassé ([Link] ?), rarement observé~ cor-


rélé avec la cuirasse sous basaltes du Cap Vert vieille de
plus de 1.000.000 années.
un "haut glacis" et SA terrasse ([Link] ?) à cuirasses ferru-
gineuses réputées contemporaines de la transgression Tafarir-
tienne de Mauritanie (P. ELOUARD, 1959).
- un "glacis l'loyen" et So!'. terrasse (M.2 ?) à cuirasses ferru-
gineuses corrélées avec la transgression Aoujienne, recouverts
de calcaires lacustres au centre subsident du bassin~ contenant
de l'industrie de l'Acheuléen moyen. Un erg est soupçonné dans
le Sahara mauritanien.
- un "bas glacis" et sa terrasse à sols non cuirassés identiques
à ceux du bas-modelé (1.3) du Niger, corrélés avec la trans-
gression Inchirienne (35.000 à 31.000 BP), fossilisés par des
dunes aplanies portant les mêmes Sols Ferrugineux Peu Lessivés
que l'erg ancien (E.I) du Niger. Cependant cet erg est ici im-
médiatement postérieur au creusement et sa pédogénèse est con-
temporaine de celle du bas glacis~ "lors d'un humide de
10.000 ans" vers 40.000 BP.
- des dépôts d'une grande période aride : dunes longitudinales
"Ogoliennes" corrélées avec l'ensemble de l'erg mort sud-saha-
rien (P. MICHEL, 1970, p.28), ce qui ne concorde pas avec la
pédogénèse;"ainsi que des graviers sous berges couverts des
sables argileux d'un premier remblai. Le maximum de cette
phase aride est esti~é âgé de 20.000 BP à 15.000 BP.
- des dépôts et sols de la période humide contemporaine de la
phase lacustre Holocène du Sahara méridional (11.600 BP à
7.300 DP). ; les sols rouges des dunes Ogoliennes attribués
à·cette période sont les mêmes que ceux de l'erg récent (E.2)
du Niger.
- un deuxième remblai sableux attribué à une récurrence sèche
(7.000 BP), des levées fluviatiles contemporaines de la trans-
gression Nouakchottienne et de son clir:at très humide (5.500
BP), des cordons littoraux éolisés vers 4.000 BP, re~aniés
vers 1.800 BP, le tout avec les mêmes sols peu différenciés
(Bruns, Hydromorphes, Salins) que ceux de la quatriène pé--
riode de pédogénèse du Niger.
Fi, 2
CORRÉLATION PÉOOLOGIQUE DES FORMES ET ACCUMULATIONS

PÉOOGÉNÈSE NIGER BASSIN TCHADIEN MASSIFS TCHAD BASSIN OU


DU
..,-_._- ..- -_
.... _ . - HAUTE - VOL TA SUD 2t OUEST NORD d E~T CAMEROUN SÉNÉGAL
PERIODES PROCESSUS

-CUIRASSE PLIOCÈNE
..
" .. '.
CUIRASSE ? CUIRASSE? . . ilel i. f Ifltflrmétliairv
Cuirasse s ...~ M.1a 1
Surfact ferrallillque Crtusemenl
0 Hauts glacis Tr~s haut glacis
Siallitisation
..
Sols de WAWA
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:1:1--_.- - - - - - - - - - -
de 150m· il cuirasses
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Cuirassemtnl ~ M. 1b Surfact CUlr- Haules ttr- Haut glacis
fer ru gineu)( rassh gén~rale rasSts conglo
Aureole cu'lr assée de mt.r~hques

D~but dt III M,2 400m ftrritisfts Moyen glacis


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sim atisation '" <.J.)unts
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Ferritisation Sols ferrugineux Glacis nus C reusemenl Alhration


dccroissante lessivts,
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i- Il sols bruns M.3
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III dts sabllts"~---em-b-la-i~in-f-'


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Argiles noirt!,._C;..o_l;.;.m=at...;a;,;,;IQL'e:..-_ _..=::....._ _. - -==""'II-+E=ol:.:i.:;lZn;,;.s~
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Sols ferrugineux iArgHes Sols hrrugi - Lacustre Sols hydro- PhasC! l acustrC!
Peu difflirenciés Ilcltn- neul( de 10.000 morprns cl Saharienne
les peu diffcrencits diatomites ferrugineuX Sols hr, pllU dil.
Rllmblai

Hydromorphie Lac a nOm Transgr. Levles


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Reprislls tolierones 1· Cordon Q 1holocime Ttrrasse de NouaktchodiltnnllS
Vertisols . Solondz. Series subac t ulllcs ~ IASShhl - + 2 m ?
Halomorphle Sols bruns 3° Delta ..... mc:nt des
Ilacs saha
IV riltnS
1

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Cordons ~olisés
1
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sabllS hydromorphes. 50(s 1

1
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,
Sols peu (volue!> POLDERS I 't de-
1S UI Il
.
;pots au sud Remaniements
- J.7 -

Le parallèlisme de la succession des sols et des modelés du Sénégal


jusqu'au Niger ne peut que refléter celui de l'évolution des climats.
En dépit des apparences la validité climatique des formes et leur
corrélation restent cependant conjecturales car la part des contrales
tectonniques, lithologiques, latitudinaux, historiques est inégale-
ment déterminée et appréciée. Ainsi au Sénégal même le nombre des
"glacis" d'une suite Quaternaire jugée complète varie de l (placis
"polygénique") à 5, au Niger de 2 à 4 ; au Tchad il se réduirait à
2. Des études récentes (A. LEVEQUE, 1969 - P. BRABANT, 1970) montrent
qu'au sud de la région étudiée ce nombre tend vers 2. 1nverse~ent

les ergs paraissent se reultiplier en direction du Sahara, passant de


un au Cameroun à trois ou plus en Mauritanie.

5 - CONCLUSIONS; LES PERIODES DE PEDOGENESE

L'unité de la zone soudanienne et sahélienne est moins dans le


détail des successions que dans leur sens, davantage dans les sols
que dans les modelés, dans leur nature que dans leur nombre. Alors
que l'identité zonale des climats a assuré celle des sols, la multi-
dépendance des ruptures d'équilibre à l'égard des fluctuation clima-
tiques, de la dynamique prop~8 des chaînes de sols, des mouvements
tectonniques et eustatiques a entrainé la variabilité du nombre des
formes à sols homologues. Il est ainsi plus simple d'un point de
vue pédologique de faire de frandes périodes de pédogénèse les sub-
divisions de base de l'histoire du Quaternaire. L'interprétation de
cette dernière est actuellement fortement limitée et orientée par les
hypothèses tenant à la nature statique et extensive de la plupart des
études. En particulier l'hypothèse d'une évolution parallèle des sols
et des modelés est népligée et la durée des pédogénèses est minorisée.
Dans leur état actuel ces travaux résument l'histoire du Quaternaire
à une tendance longue et continue vers l'aridité variée par des fluc-
tuations pseudo-cycliques, à une réduction d'intensité de l'altlra-
tion modifiée par des ruptures d'équilibre entre la pédogénèse et l~

morphogénèse. Aux terrains kaoliniques, ferritisés, dont le squelet-


te se concentrait périodiquement en cailloutis fluviatiles ont suc-
cédé des argiles gonflantes parfois carbonatées et salées interstra-
tifiées de sables successivement rubéfiés puis simple~ent brunis,
ce1à en quatre étapes

- pendant une première période, très longue, la kaolinite et les


hydromicBs sont stables ou produits par l'altération. Le lessivage et
la ferritisation sont très intenses et produisent des horizons B
- 18 -

cuirassés, actuelleroent r€partis en un ou deux étages perchés. La


pluviosité des phases pédogénétiques était assez forte pour que le
gradient latitudinal ne soit guère sensible.

- pendant la seconde période les minéraux arfileux précédents


ne sont qu'hérités ou localisés aux têtes de s~quence dont la base
est envahie par des argiles gonflantes. La ferritisation est affai-
blie et cantonnée à ces têtes de séquences ou aux chaînes méridiona-
les du moàelé moyen (M.2) qui assurent la transition avec la prc-
rrière périoèe. Au Séné~al le début de cette période serait indiqué
par l'Acheul€en moyen de la "moyenne terrasse".

- les phases humides de la troisième période le sont plus que


de nos jours mais les phases sèches sont franchement désertiques, la
première invasion saharienne étant plus vieille que 40.000 BP. La
pédogénèse est de même nature que dans la seconde période mais est
atténuée La ferritisation n'est guère sensible que par la rubéfac-
tion des sables éoliens et fluviatiles.

- la quatrième et dernière période commence avec le d{but de


l'assèchement des lacs sahariens Holocènes, entre 5.000 BP et 4.000
BP. Elle est trop sèche ou courte pour avoir produit autre chose que
des sols à évolution rapide ou faible. Elle est marquée dans sa par-
tie moyenne par une r€currence sèche notée aussi bien au Tchad par le
retrait du lac de 287 ID qu'au Sénégal par le remaniement éolien des
cordons littoraux. Elle est ensuite marquée par une forte érosion
superficielle rythmée par des fluctuations pluviométriques médiocres
et précipitée par l'action de l'hcrnme.

Chacune de ces p€riodes étant liée à des conditions de milieu


voisines ou périodiquement répétées, elle peut être associée à une
formation stratigraphique dont les membres seront des unités-sols ou
des unités-roches selon le degré de transformation du matériau.
Schématiquement nous avons

- première formation

• unités-roches cailloutis
a unités-sols altérites kaoliniques, cuirasses ferru-
gineuses.
- seconde formation
= unités-roches cailloutis
= unités-sols cuirasses (rares), horizons concr~t~cn'­
nés (abondants),altérites smectitiques
et sols en dérivant, calcair~s.
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- I9 -

- troisième formation

• unités-roches graviers, reR, sables fluviatiles et


éoliens, argiles alluviales.
= unités-sols sols simplement rubéfiés, sols complexes
sur altérites smectitiques, calcaires.

- quatrième formation

• unités-roches: sables fluviatiles et éoliens (rares),


alluvions fluviatiles (fréquentes).

= unités-sols sols simplement brunis, sols hydro-


rnorphes, sels solubles.
- 20 -

6 - REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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