Introduction
La petite enfance, en particulier la période allant de la naissance à l'âge de cinq ans, constitue une
fenêtre d'opportunité biologique unique, souvent qualifiée de "mille premiers jours". C'est durant cette
phase que se jouent la croissance physique et le développement cognitif de l'individu. Pourtant, pour
des millions d'enfants, cette période est compromise par un fléau persistant : la malnutrition.
1. Contexte global et continental
À l’échelle mondiale, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que la malnutrition est associée
à environ 45 % des décès chez les enfants de moins de cinq ans. En Afrique, malgré les efforts de
développement, le continent reste durement touché par une double charge nutritionnelle où les
carences alimentaires sévères côtoient une insécurité alimentaire chronique exacerbée par les
changements climatiques.
2. Le contexte national : Le Tchad
Le Tchad se classe parmi les pays les plus vulnérables au monde en matière de nutrition. Selon les
dernières analyses de l'IPC (Cadre Intégré de Classification de la Sécurité Alimentaire) pour la période
2024-2025, près de 1,4 million d'enfants tchadiens souffrent de malnutrition aiguë. Le pays dépasse
régulièrement le seuil d'alerte de l'OMS avec une prévalence nationale de la Malnutrition Aiguë Globale
(MAG) oscillant autour de 10,9 %.
3. Étude de cas : La province du Mayo-Kebbi Est et l’Hôpital de Bongor
Au cœur de cette crise, la province du Mayo-Kebbi Est présente un paradoxe frappant. Bien que située
dans une zone soudanienne à potentiel agricole (riziculture, pêche, élevage), elle fait face à une
insécurité nutritionnelle croissante. En septembre 2024, des inondations massives ont dévasté les
moyens de subsistance autour de Bongor, entraînant des déplacements de populations et une
dégradation immédiate de l’état de santé des plus jeunes.
L'Hôpital de Bongor, structure de référence de la zone, se retrouve en première ligne. Il reçoit
quotidiennement des enfants présentant des complications médicales graves liées à la malnutrition
aiguë sévère (MAS), telles que les infections respiratoires, les diarrhées d'origine hydrique et les
œdèmes nutritionnels.
4. ProblématiqueMalgré les interventions humanitaires et les programmes nationaux, pourquoi la
malnutrition reste-t-elle une pathologie dominante au sein de l'Hôpital de Bongor ? Quels sont les
enjeux réels — qu'ils soient sanitaires, socio-économiques ou culturels — qui freinent l'amélioration de
l'état nutritionnel des enfants de 0 à 5 ans dans cette localité ?
5. Objectifs de la recherche
L'objectif général de ce mémoire est d'analyser les enjeux et les déterminants de la malnutrition
infantile à l'Hôpital de Bongor. Plus spécifiquement, il s'agira de :
Dresser le profil épidémiologique des enfants de 0 à 5 ans malnutris reçus à l'hôpital.
Identifier les facteurs contributifs (pratiques de sevrage, hygiène de l'eau, impact des inondations).
Évaluer les défis de la prise en charge médicale et nutritionnelle au sein de l'institution.
6. Annonce du plan
Pour répondre à ces interrogations, notre travail s'articulera autour de trois axes. La première partie
traitera des généralités sur la malnutrition et du cadre géographique de Bongor. La deuxième partie
présentera la méthodologie et les résultats de notre enquête au sein de l'hôpital. Enfin, la troisième
partie sera consacrée à la discussion des résultats et à la proposition de recommandations pour
améliorer la santé infantile dans le Mayo-Kebbi Est.