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Comprendre le Droit International Public

Le droit international public, né pour réguler les relations entre États après les guerres, englobe diverses branches comme le droit international humanitaire et le droit de l'environnement. Deux courants doctrinaux principaux, le volontarisme et l'objectivisme, offrent des perspectives différentes sur la nature et l'application du droit international. La pratique internationale confirme que le droit international est principalement interétatique, tout en reconnaissant le rôle croissant des organisations internationales et des individus dans ce domaine.

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Comprendre le Droit International Public

Le droit international public, né pour réguler les relations entre États après les guerres, englobe diverses branches comme le droit international humanitaire et le droit de l'environnement. Deux courants doctrinaux principaux, le volontarisme et l'objectivisme, offrent des perspectives différentes sur la nature et l'application du droit international. La pratique internationale confirme que le droit international est principalement interétatique, tout en reconnaissant le rôle croissant des organisations internationales et des individus dans ce domaine.

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DROIT INTERNATIONAL PUBLIC

INTRODUCTION
Le droit international public, souvent appelé droit des genres, est né pour
répondre au besoin des États à la fin des guerres, pour rétablir les relations
commerciales et les relations diplomatiques. Depuis le XVe siècle il s’est
développé à partir de l’Europe occidentale avant de recouvrir une dimension
universelle. Ce droit comprend aujourd’hui de nombreuses branches comme le
droit international de l’environnement, le droit des organisations
internationales, le droit international humanitaire etc. Ce droit est
essentiellement alimenté par la pratique des États, des organisations
internationales, des juridictions internationales et par l’apport de la doctrine.
Le droit international public est défini comme l’ensemble des règles qui
régissent et ordonnent les rapports entre les membres de la société
internationale. Cette définition amène à identifier trois questions :

✓ Qui sont ces membres de la société internationale ?

✓ Quel est le fondement du caractère obligatoire du DIP ?

✓ Quels sont les rapports entre le droit interne et le DIP ?


À ces trois questions, il y a deux grandes réponses : celle de la doctrine et
celle de la pratique internationale.

I : LES POSITIONS DOCTRINALES


Deux grands courants doctrinaux sont identifiés :

✓ Le volontarisme

✓ L’objectivisme

A : LE VOLONTARISME
C’est une doctrine défendue par des auteurs allemands comme LABAND,
JELLINEK ; par des auteurs italiens comme ANZILOTTI et CAVAGLIERI et
soviétiques comme GRÉGORY TUNKIN. Selon ces auteurs, le droit international
est le fruit de la volonté des États. Le volontarisme donne trois réponses aux
questions soulevées.
a : LE DIP EST UN DROIT INTERÉTATIQUE
Selon les volontaristes, seuls les États sont membres de la société
internationale. Ici on développe la théorie de l’infallibilité de l’État. Pour ces
auteurs, l’État peut tout faire. Il est capable de donner son consentement et de
retirer son consentement. Seul l’État est important car tous les autres acteurs
sont sur le territoire de l’État.
Cette réponse est confirmée par la cour permanente de justice
internationale dans l’affaire du Lotus qui avait opposé la France et la Turquie et
qui a été tranchée dans un arrêt du 07 septembre 1927. Pour la cour, « le DIP
procède de la volonté des États… ».

b : LE DIP REPOSE SUR LA VOLONTÉ DES ÉTATS


Pour les volontaristes, le fondement du caractère obligatoire du DIP est
que le DIP est créé par les États pour les États. Toutefois, quatre variantes
existent sur ce point.

✓ La théorie de l'autolimitation

✓ La théorie de la volonté collective

✓ La conception soviétique

✓ Le positivisme juridique

1 : LA THÉORIE DE L’AUTOLIMITATION
Elle est développée par deux auteurs allemands du XIXe siècle, IHERING
et JELLINEK. Pour ces auteurs, l’État a une volonté commandante, une volonté
puissante. Il peut donner son consentement ou refuser son consentement. Il
peut surtout accepter volontairement de se soumettre au DIP en faisant des
traités avec les autres États. Dans ce cas, il s’autolimite.

2 : LA THÉORIE DE LA VOLONTÉ COLLECIVE OU VEREINBARUNG


Pour les auteurs allemands, le droit international est le fruit de la volonté
collective, de l’union des volontés des États. C’est une rencontre des volontés.

3 : LA CONCEPTION SOVIÉTIQUE
Elle est défendue par GRÉGORY TUNKIN. Selon ces auteurs, la volonté
d’un État capitaliste n’est pas la même que la volonté d’un État socialiste. Il
doit y avoir un droit pour les États capitalistes et un droit pour les États
socialistes.
Cependant, une rencontre de volonté peut se faire dans les domaines
objectifs comme la science, la technologie et le commerce. Dans ces domaines,
il peut y avoir un DIP commun des États capitalistes et socialistes.

4 : LA DOCTRINE POSITIVISTE
Elle est développée par le juriste genevois EMÉRIC VATTEL. Selon ces
auteurs, il faut distinguer le droit posé ou lege lata et le droit supposé. Le droit
posé est celui qui est en vigueur et appliqué par les États alors que le droit
supposé est un droit prospectif. Or le DIP est marqué par la volonté des États
qui ont créé le droit international et qui ont accepté de se soumettre à lui.

c : LES RAPPORTS ENTRE LE DROIT INTERNE ET LE DIP SELON LES


VOLONTARISTES
Pour ce courant doctrinal, les rapports peuvent être dominés soit par :

✓ Le monisme

✓ Le dualisme

✓ LE MONISME
Selon les volontaristes, le monisme signifie que les deux droits
appartiennent au même ordre juridique. Toutefois, l’un des deux droits peut
être en position supérieure. Si c’est le DIP, on parle de monisme à primauté du
DIP. Et si c’est le droit interne, on parle de monisme à primauté du droit interne.
✓ LE DUALISME
Pour les auteurs dualistes comme l’allemand HEINRICH TRIEPEL, les deux
droits sont séparés car il y a quatre sortes de différences : une différence :
• de sources
• d'organes
• de natures
• de sujets
D’abord les différences de sources. Les sources en droit interne sont la
Constitution, la loi et le règlement alors qu'en droit international, on distingue
les sources conventionnelles et les sources non conventionnelles.
Une différence d’organes. Selon l’auteur, en droit interne, on distingue les
organes exécutif, législatif et judiciaire. En droit international, il y a une carence
institutionnelle car il n’existe pas de gouvernement mondial ni de parlement
mondial ni de justice mondiale.
Une différence de natures. Selon l’auteur, Le DIP est un droit de
coordination entre les volontés des États tous souverains alors que le droit
interne est un droit de subordination entre les gouvernants et les gouvernés.
Une différence de sujets. En DIP, les sujets sont l’État, l’organisation
internationale et quelque fois l’individu. En droit interne, les sujets sont les
personnes morales et l’individu.
Toutefois, malgré ces différences il existe deux techniques de
rapprochement.
- Le renvoi
- La réception
Le renvoi c’est lorsque l’un des deux droits fait appel à l’autre pour le
compléter. Pour appliquer certains traités internationaux, il faut des mesures
complémentaires en droit interne.
La réception c’est lorsqu’on peut incorporer une règle de droit
international en droit interne. C’est aussi le cas de la ratification et d’autres
types d’actes juridiques.

B : L’OBJECTIVISME
C’est une doctrine qui ne forme pas le DIP sur le consentement de l’État
mais sur des éléments objectifs comme :

✓ Le droit naturel

✓ La norme fondamentale

✓ Les nécessités sociales


a : LA THÉORIE DU DROIT NATUREL
Elle est défendue au XVIe siècle par deux théologiens espagnols,
FRANCISCO SUAREZ et FRANCISCO VICTORIA et au XVIIe siècle par l’hollandais
HUGO DE GROTT dit GROTIUS.
Pour les deux espagnols, on distingue le droit naturel et le droit
international. Le droit naturel est un droit antérieur et supérieur au DIP. Il est
d’origine divine et doit obéir aux lois de Dieu. Alors que le DIP est un droit
volontaire créé par les humains.
Pour GROTIUS, le droit naturel n’est pas de Dieu. Il dérive de la raison
humaine.
Toutefois pour tous ces auteurs, le droit naturel est supérieur au DIP et
en cas de contrariété, le DIP est annulable.

b : LA THÉORIE NORMATIVISTE
Elle est défendue par HANS KELSEN. Selon ces auteurs, les normes
juridiques peuvent être enfermé dans un système pyramidal des normes. Ce
système est régi par la loi de la normativité ou principe de la hiérarchie des
normes. Chaque norme inférieure pour être valable, doit respecter la norme qui
est immédiatement supérieure.
Selon KELSEN, au sommet de la pyramide, il y a une norme fondamentale
ou GRUNDNORM. Cependant, l’auteur dit que c’est une norme hypothétique,
une norme supposée car le droit n’est pas une science exacte, qui demande une
vérification et une démonstration.
Ses deux disciples VICTOR KUNZ et ALFRED VON VERDROSS propose de
placer le principe « pacta sunt servanta » ( l’accord lie les parties ).

C : LA THÉORIE SOCIOLOGIQUE
Elle est développée par les auteurs français notamment LÉON DUGUIT,
GEORGES SCELLE. Pour ces auteurs, les États n’existent pas puisque ce sont des
personnes morales, ce sont des groupes sociaux composés d’individus. En vertu
de la maxime « ubi societas ubi jus », chaque société est obligée de créer des
règles de droit. Ce sont des nécessités sociales. Par conséquent, la société
internationale ayant besoin du droit a créé le DIP.
II : LA PRATIQUE INTERNATIONALE
Elle donne pratiquement raison aux deux courants doctrinaux.

A : LE DIP EST PRINCIPALEMENT INTERÉTATIQUE


Mais il y a d’autres sujets de DIP comme les organisations internationales
et dans une moindre mesure les individus. Le DIP est avant tout le droit des États
comme l’affirme la cour permanente de justice internationale dans l’affaire
LOTUS, 07 septembre 1927. Le DIP est essentiellement un droit de coordination
des volontés des États tous souverains.
Toutefois, il faut compter parmi les membres de la société internationale,
les Organisations Internationales ( OI ) depuis l’avis consultatif de la cour
internationale de justice du 11 avril 1949 dans l’affaire de LA RÉPARATION DES
DOMMAGES SUBIS AU SERVICE DES NATIONS-UNIES.
Il faut aussi ajouter les individus qui, dans certaines matières comme les
droits de l’homme et le droit international humanitaire ont des droits et des
obligations au plan international. Exemple : le statut de la cour pénale
internationale du 17 juillet 1998.

B : LA FORCE OBLIGATOIRE DU DIP SELON LA PRATIQUE


Il y a d’abord l’importance de la volonté étatique mais il existe désormais
des règles objectives comme le jus cogens, les normes erga omnes et le droit
coutumier.

C : LES RAPPORTS ENTRE LE DIP ET LE DROIT INTERNE


La pratique internationale confirme la consécration du monisme à
primauté du droit international. C’est d’abord le cas de l’article 27 de la
convention de Vienne sur le droit des traités du 23 mai 1969 « une partie ne
peut invoquer les dispositions de son droit interne comme justifiant la non
exécution d’un traité ». Auparavant, la jurisprudence a reconnu ce principe dans
l’affaire du TRAITEMENT DES NATIONAUX POLONAIS, avais consultatif de la
CPJI, 04 février 1932. En effet pour le DIP, « les lois nationales sont de simples
faits » comme l’a affirmé la CPJI en 1926 dans l’affaire de CERTAINS INTÉRÊTS
ALLEMANDS EN HAUTE SILÉSIE POLONAIS.
PREMIÈRE PARTIE : LES SOURCES DU
DROIT INTERNATIONAL PUBLIC
Dans les sciences juridiques, on distingue les sources et la norme. La
source est le lieu de jaillissement d’une norme et la norme est le produit d’une
source. En droit international, on distingue les sources matérielles et les sources
formelles. Les sources matérielles sont les causes profondes de formation des
règles juridiques. Les sources formelles sont les procédés d’élaboration des
règles juridiques c’est-à-dire la procédure de fabrication de la règle de droit.
En DIP, les sources formelles sont de deux ordres : les sources reposant
sur l’accord de volonté ou les sources conventionnelles et les sources ne
reposant pas sur le consentement ou les sources non conventionnelles. La
plupart de ces sources sont énumérées dans l’article 38 du statut de la cour
internationale de justice à savoir les conventions, la coutume international, les
principes généraux du droit, dans une mesure la jurisprudence, la doctrine.
Mais cette liste doit être complétée avec les actes unilatéraux des États et des
organisations internationales.

CHAPITRE PREMIER : LA SOURCE


CONVENTIONNELLE : LE TRAITÉ
INTERNATIONAL
Le traité est l’un des instruments les plus importants dans les relations
internationales pour mettre en forme les engagements des sujets de droit
international.
On examinera d’abord les généralités sur le traité ( Section première ) et
ensuite les conditions de validation ou d’application du traité ( Section II ).

SECTION PREMIÈRE : GÉNÉRALITÉS SUR LE TRAITÉ


On va étudier d’abord les notions générales ( Paragraphe premier )
ensuite la procédure de la conclusion ( Paragraphe II ).
PARAGRAPHE PREMIER : LES NOTIONS GÉNÉRALES DU TRAITÉ
Il s’agit d’abord de la définition ( A ) ensuite de la terminologie ( B ) et
enfin de la classification des traités ( C ).

A : DÉFINITION
On distingue la définition du traité au sens large ( lato sensu ) et la
définition au sens strict ( stricto sensu ).

1 : DÉFINITION AU SENS LARGE


Le traité est alors défini comme un accord conclu entre sujets de DIP,
accord soumis au DIP et destiné à produire des effets de droit. Cette définition
doctrinale exclue le recours à tout droit interne et exclue également les ONG,
les sociétés multinationales et les individus qui n’ont pas la capacité juridique
à conclure un traité.
Cette définition est à rapprocher de celle de l’article 2, paragraphe I, a )
de la Convention de Vienne sur le droit des traités du 23 mai 1969
« l’expression « traité » s’entend d’un accord international conclu par écrit
entre États et régi par le droit international, qu’il soit consigné dans un
instrument unique ou dans deux ou plusieurs instruments connexes, et quelle
que soit sa dénomination particulière ».

2 : DÉFINITION AU SENS ÉTROIT


Le traité est alors défini selon la procédure suivie pour sa conclusion.
Cette procédure peut être longue, alors on parle de traité en forme solennelle.
Cette procédure peut être abrégée, alors on parle de traité en forme simplifiée.
Le traité en forme solennelle comporte des phases comme la négociation,
la signature, la ratification, la publication, l’enregistrement et l’entrée en
vigueur alors que le traité en forme simplifiée ne comporte que deux phases : la
négociation et la signature.
Dans sa substance, le traité est à la fois le negocium et l'instrumentum. Le
negocium étant le contenu et l’instrumentum étant le contenant.
Généralement, le traité a une forme écrite c’est-à-dire qu’il est composé
d’un document ou de plusieurs documents comme l’a rappelé la cour
permanente de justice internationale dans l’affaire AMBATIELOS, 01 juillet
1952.
Rarement, le traité peut revêtir une forme verbale. Toutefois, l’accord
verbal n’est valable que s’il est confirmée par un écrit ( CPJI, 05 avril 1933,
affaire DU STATUT JURIDIQUE DU GROËNLAND ORIENTAL ).

B : TERMINOLOGIE
En droit international, il y a peu de formalisme dans l’appellation du
traité. En d’autres termes les États sont libres d’adopter la terminologie qui leur
convient. C’est ce que rappelle la cour internationale de justice dans l’affaire du
SUD OUEST AFRICAIN-EXCEPTIONS PRÉLIMINAIRES, 21 décembre 1962 : la
terminologie n’est pas un élément déterminant quant au caractère obligatoire
d’un traité ou accord international. Cette affirmation est confirmée par la même
cour dans son arrêt du 01 juillet 1994 dans l’affaire opposant deux États arabes
BAHREÏN ET QATAR.
Il en résulte que de nombreux termes sont synonymes à l’expression
traité comme les termes suivants : statut, convention, accord, pacte, charte etc.
On signalera que certaines expressions ne sont plus utilisées comme
modus vivendi, échange de lettre, échange de note, procès verbal. Le Vatican
ou sain siège utilise l’expression concordat.

C : CLASSIFICATIONS DES TRAITÉS


Il s’agit d’une opération intellectuelle en vue de clarifier, d’ordonner, de
classifier les différentes sortes de traités. Deux critères sont utilisés donnant
naissance aux classifications matérielles et aux classifications formelles.

1 : LES CLASSIFICATIONS MATÉRIELLES


Elles mettent l’accent sur des distinctions relatives au contenu du traité,
à sa matière.

a : LA DISTINCTION ENTRE LES TRAITÉS-LOIS ET LES TRAITÉS-CONTRATS


Elle a été développée au XIXe siècle par des auteurs allemands qui, voyant
la ressemblance de certains traités avec des lois ou des contrats ont distingué
les traités-lois et les traités-contrats.
Les traités-lois contiennent des dispositions à caractère général et
impersonnel alors que les traités-contrats contiennent des dispositions avec
contrepartie et réciprocité.
Cette distinction a perdu de sa pertinence avec l’apparition des traités
mixtes contenant à la fois des stipulations conventionnelles et contractuelles.

b : LA DISTINCTION ENTRE LES TRAITÉS CONSTITUTIFS ET LES TRAITÉS


NORMATIFS
Les traités constitutifs sont des traités créant des organisations
internationales alors que les traités normatifs prescrivent, autorisent ou
interdisent sans créer une organisation internationale.

c : LA DISTINCTION ENTRE LES TRAITÉS GÉNÉRAUX ET LES TRAITÉS


SPÉCIAUX
Les traités généraux portent sur plusieurs matières alors que les traités
spéciaux portent sur un seul objet.
2 : LES CLASSIFICATIONS FORMELLES
Elles reposent sur 3 critères à savoir la qualité, la quantité et la procédure.

a : D’APRÈS LA QUALITÉ DES PARTIES


On distingue les traités entre États, les traités entre États et organisations
internationales et les traités entre organisations internationales.

b : D’APRÈS LA QUANTITÉ OU LE NOMBRE DE PARTIES


On distingue les traités bilatéraux et les traités multilatéraux.

c : D’APRÈS LA FORME OU LA PROCÉDURE


On distingue le traité en forme solennelle et le traité en forme simplifiée.

PARAGRAPHE II : LA CONCLUSION D’UN TRAITÉ INTERNATIONAL


C’est une opération par laquelle un sujet de DIP contracte un
engagement international avec un autre ou d'autres sujets de DIP. On distingue
une procédure générale et une procédure spéciale pour les traités
multilatéraux.

A : LA PROCÉDURE GÉNÉRALE
Elle comporte les phases suivantes : la négociation, la signature et la ratification
1 : LA NÉGOCIATION
C’est une discussion, des pourparlers, des dialogues entre les États dans
le but d’arriver à un terrain d’entente. En DIP, il y a le principe général de la
négociation de bonne foi, c’est-à-dire que les parties doivent tout faire pour
arriver à une solution négociée.
Selon l’article 7 de la convention de Vienne de 1969, les autorités
compétentes pour négocier au nom de l’État sont :

✓ Le chef de l’État

✓ Le chef du gouvernement

✓ Le ministre des affaires étrangères ou tout autre ministre

✓ Les chefs de missions diplomatiques

✓ Les chefs de missions permanentes


Cette énumération est confirmée par la CIJ dans l’affaire BOSNIE
HERZÉGOVINE c/ YOUGOSLAVIE, 11 juillet 1996.
Toute autre personne, pour négocier au nom de l’État, doit détenir un
document appelé les « pleins pouvoirs » et signé par la plus haute autorité de
l’État ( CIJ, 21 juillet 1991, affaire du PASSAGE PAR LE GRAND BELT ).
La négociation peut emprunter deux voies :

✓ Soit la voie diplomatique par contact direct entre les représentants des
États.

✓ Soit la voie de la conférence internationale où les États sont


représentés par des délégués.
La négociation permet de fixer le texte du traité. À la fin, le texte est
adopté par les négociateurs. Ce texte a la forme suivante : un préambule ( qui
n’a pas une valeur juridique ) et un dispositif, et quelque fois des annexes.

2 : LA SIGNATURE
C’est le fait d’apposer un signe calligraphique au bas du texte du traité.
Généralement, les autorités qui peuvent négocier ont également le droit de
signer. Mais il y a trois formes de signature :
✓ La signature avec autorisation : c’est lorsque le signataire a
l’autorisation de signer.

✓ La signature ad referendum : c’est lorsque le signataire n’a pas


l’autorisation de signer mais à signer quand-même. Dans ce cas, sa signature
n’est valable que si elle est confirmée.
✓ Le paraphe : c’est une signature abrégée avec les initiales des nom et
prénom du signataire. Il est prévu lorsque les chefs d’État envisagent de faire
une cérémonie officielle de signature.
La signature est un acte d’authentification du traité qui fixe le traité ne
varietur ( sans possibilité de changement ).
Enfin la signature fixe la date et le lieu du traité.
En cas de traité en forme simplifiée, la signature est l’étape définitive et
ouvre la voie à l’application du traité.

3 : LA RATIFICATION
La ratification est une formalité qui est prévue pour les traités en forme
solennelle, formalité qui intervient après la signature et qui donne le
consentement définitif de l’État.
Trois formes de ratification sont possibles :
✓ La ratification par l’exécutif : elle est souvent pratiquée dans les pays à
régime de dictature ou à régime militaire.

✓ La ratification par le législatif : elle est pratiquée par les régimes


conventionnels ou d’assemblées ( c’est le cas de la Suisse ).

✓ La ratification par l’exécutif et le législatif : elle est pratiquée par la


France et les pays francophones d’Afrique, les USA et la Grande Bretagne etc.
Ici le parlement vote une loi autorisant la ratification par le chef de l'État.
La ratification est un acte unilatéral de l’État et qui est écrit. En cas de
traité bilatéral, les instruments de ratification font l’objet d’un échange. En cas
de traité multilatéral, les États signataires choisissent une autorité qui sera le
dépositaire et les États lui envoient leurs ratifications ( exemple du Sénégal sur
le traité OHADA ).
B : LA PROCÉDURE SPÉCIALE POUR LES TRAITÉS MULTILATÉRAUX
Certaines formalités comme la négociation, la signature et la ratification
sont également prévues. Pour les traités multilatéraux, généralement ils sont
élaborés dans le cadre d’une conférence internationale ou dans le cadre d’une
organisation internationale.
Certaines spécificités des traités multilatéraux doivent être signalés : ce
sont les cas de :

✓ L’adhésion ou l’accession

✓ L’acceptation

✓ L’approbation
L’adhésion est une procédure par laquelle un État qui n’a pas participé à
la négociation veut devenir partie au traité.
Quant l’acceptation et l’approbation, ce sont des termes utilisés dans
certaines Constitutions qui visent certaines formalités permettant d’avoir le
consentement de l’État sans passer par la procédure parlementaire.
Mais l’originalité des traités multilatéraux, c’est la réserve. On l’a défini
comme une déclaration unilatérale d’un État qui veut écarter, exclure
l’application d’une ou de plusieurs dispositions du traité. Cette déclaration est
un acte unilatéral, un acte écrit de l’État qui doit être notifié aux autres États
parties.
La réserve qui est prévue aux articles 19 à 23 de la convention de Vienne
sur le droit des traités de 1969 ne peut se faire qu’à deux moments :

✓ Au moment de la signature

✓ Au moment de la ratification
Le problème des réserves est d’introduire une discrimination entre les
États parties c’est-à-dire entre les États réservataires et les États qui n’ont pas
fait de réserve et qui n’auront pas à appliqué le traité de la même façon. C’est
pourquoi, beaucoup de traités ne prévoient pas de réserves notamment les
traités en matière de droit de la personne humaine.
Mais l’avantage des réserves est la liberté qui est laissée à l’État de
moduler son consentement pour tenir compte de certaines spécificités
culturelles, religieuses ou politiques.
La réserve est un acte volontaire qui peut être contré par une objection à
la réserve. Cette objection doit être aussi un acte unilatéral écrit et notifié.
Comme la réserve, l’objection doit être confirmée ou retirée.
Trois hypothèses existent dans les traités :

✓ L’interdiction totale de réserve

✓ L’interdiction partielle de réserve

✓ L’autorisation partielle de réserve


En cas de silence sur les réserves, un État peut quand-même faire une
réserve à condition qu’elle soit compatible avec l’objet et le but du traité ( CIJ,
avis consultatif du 28 mai 1951, affaire des RÉSERVES À LA CONVENTION POUR
LA PRÉVENTION ET LA RÉPRESSION DU CRIME DE GÉNOCIDE ).
Le traité, une fois ratifiée, doit faire l’objet de deux autres formalités :

✓ La publication

✓ L’enregistrement
L’enregistrement est un procédé technique visant à archiver et à donner
un numéro de série au traité.
Quant à la publication, elle vise à porter à la connaissance des États mais
aussi des particuliers, le texte du traité.
Selon l’article 102 de la charte de l’ONU : « Tout traité ou accord
international conclu par un membre des Nations-Unies, après l’entrée en
vigueur de la présente charte, sera le plus tôt possible enregistré au secrétariat
général et publié par lui ».

SECTION II : LA VALIDITÉ ET L'APPLICATION DES TRAITÉS


Deux problèmes peuvent survenir : celui de la validité et celui de
l’application du traité.
PARAGRAPHE PREMIER : LES CONDITIONS DE VALIDITÉ DU TRAITÉ
On distingue les conditions de validé sur le plan international et les
conditions de validité sur le plan national.

A : SUR LE PLAN INTERNATIONAL


Le DIP distingue les conditions de validité du consentement et les
conditions de validité de l’objet du traité.

1 : LES CONDITIONS DE VALIDITÉ DU CONSENTEMENT


Pour qu’un traité soit valable, il faut que la forme du consentement soit
valable. Sinon on applique la théorie des ratifications imparfaites. Si c’est le
fond du consentement, on applique la théorie des vices du consentement.

a : LA THÉORIE DES RATIFICATIONS IMPARFAITES


Cette théorie vise à discuter de la question suivante : un traité mal ratifié
est-il valable ?
Pendant longtemps, la controverse doctrinale était fondée sur deux
positions :
✓ Celle des auteurs considérant qu’un traité mal ratifié reste quand-
même valable

✓ Celle des auteurs considérant qu’un traité mal ratifié n’a aucune valeur
juridique
Aujourd’hui, la question est tranchée par l’article 46 de la convention de
Vienne sur le droit des traités à savoir qu’un État ne peut invoquer le non
respect de son droit interne pour ne pas appliquer le traité. Autrement dit, un
traité même mal ratifié s’applique quand-même sur le plan international.

b : LA THÉORIE DES VICES DU CONSENTEMENT


Cette théorie qui existe en droit interne a été transposée en DIP. Dans
certaines conditions, l’erreur, le dol, la corruption et la contrainte sont
considérés comme des irrégularités pouvant entraîner la nullité du traité.

✓ L’erreur est une fausse appréciation de la réalité qui amène une partie
au traité à se tromper. On distingue l’erreur de droit et l’erreur de fait.
L’erreur de droit est une ignorance du contenu des textes juridiques et
de l’étendue des droits et des obligations de l’État. En vertu de l’adage « nul
n’est censé ignorer la loi », l’erreur de droit n’est pas acceptable en DIP.
En revanche, on retient l’erreur de fait c’est-à-dire l’erreur essentielle ou
substantielle. C’est-à-dire une erreur d’une importance particulière. En effet, il
n’y a pas d’erreur lorsqu’une partie peut éviter l’erreur ou si elle y a contribué
par sa propre conduite selon la CIJ dans l’affaire du TEMPLE PRÉAH-VIHÉAR
ayant opposée la Thaïlande et le Cambodge en 1961 et en 1962 ( article 48 de
la convention de Vienne sur le droit des traités ).
✓ Le dol est une erreur provoquée par des manœuvres dolosives d’un
des cocontractants. Il est prévu à l’article 49 de la convention de Vienne sur le
droit des traités de 1969.

✓ La corruption du représentant de l’État est prévue à l’article 50 de la


convention de Vienne. Selon la commission du droit international, il ne doit pas
s’agir de simple faveurs, de simples cadeaux mais d’actes visant à peser
lourdement sur la volonté du représentant.

✓ En revanche la contrainte est un vice d’une particulière gravité du fait


qu’on exerce la violence soit sur l’État, soit sur le représentant de l’État.
La contrainte exercée sur l'État ( article 52 de la convention de Vienne )
est totalement interdite par l’article 2, paragraphe 2 de la charte de l’ONU sauf
en cas :
• de légitime défense individuelle ou collective ( article 51 charte des
Nations-Unies )
• d’actions coercitives décidées par le conseil de sécurité de l’ONU en
vertu du chapitre VII ( article 39 à 51 de la charte des Nations-Unies ).
La contrainte sur le représentant de l’État ( article 51 de la convention de
Vienne ) est aussi sanctionnée par la nullité absolue. Exemple : en 1526,
FRANÇOIS Ier , emprisonné par l’empereur d’Espagne CHARLE QUINT accepte
de signer le traité de Madrid, c’est dans la Bourgogne. Après sa libération, le
traité sera nul. En 1939, HITLER emprisonne le président et le ministre des
affaires étrangères de la Tchécoslovaquie et les oblige à céder deux régions à
l’Allemagne. Après la deuxième guerre mondiale, le traité sera nul.
En cas d’erreur, de dol, de corruption, il y a vice du consentement
sanctionné par la nullité relative. Seul l’État victime peut demander cette
nullité ; celle-ci peut être prescrite au-delà d’un certain délai ( 30 ans en vertu
de la coutume ) et elle peut être confirmée ( un État qui ne demande pas la
nullité a accepté le vice ).
En revanche, la contrainte est un vice du consentement sanctionné par la
nullité absolue. Dans ce cas, tous les États peuvent demander la nullité ( actio
popularis ). Il y a imprescriptibilité ( à tout moment on peut demander la nullité
) et impossibilité de confirmer ( c’est nul, c’est nul ).
Dans le cas des deux nullités, il y a une procédure prévue à l’article 65 de
la convention de Vienne. Tout État qui rencontre un de ces vices doit notifier
cette prétention aux autres États contractants. S’il n’y a pas d’objection au bout
de trois ( 3 ) mois, l’État concerné fait une déclaration de nullité. En cas
d’objection, les parties peuvent recourir à la CIJ qui va trancher le différend.

2 : LES CONDITIONS DE VALIDITÉ RELATIVES À L’OBJET DU TRAITÉ


Un traité doit avoir un objet licite conforme aux principes et valeurs du
DIP. En cas de contrariété, on peut aussi exercer des actions en nullité. Trois ( 3
) situations existent.

a : CONTRARIÉTÉ ENTRE DEUX TRAITÉS


Lorsqu’il y a contrariété entre un traité antérieur et un traité postérieur
portant sur le même objet, le traité le plus récent l’emporte ( lex posterior
priori derogant ).
Lorsque les deux traités ayant le même objet sont constitués d’un traité
général et d’un traité spécial, le traité spécial l’emporte ( lex specialia
generalivus derogant ).
Toutefois, tous ces traités sont valides. Il s’agit simplement d’un
problème de priorité d’application ( article 30 de la convention de Vienne )

b : CONTRARIÉTÉ ENTRE UN TRAITÉ ET LA COUTUME INTERNATIONAL


En cas de contrariété, il est plus facile de recourir au traité plutôt qu’à la
coutume international. Mais le traité et la coutume ont la même valeur
juridique obligatoire.
c : CONTRARIÉTÉ AVEC UNE NORME IMPÉRATIVE DU DROIT
INTERNATIONAL GÉNÉRAL OU JUS COGENS
La convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités a introduit dans
le DIP la notion du jus cogens. Il s’agit d’une norme qui est définit par l’article
53 comme une norme reconnue par la communauté internationale dans son
ensemble en tant que norme à laquelle aucune dérogation n’est permise et qui
ne peut être modifiée que par une autre norme du jus cogens. La conséquence
est la suivante : Tout traité en contrariété avec une norme du jus cogens est
nul.
L’article 64 de la convention de Vienne va plus loin. En cas de survenance
d’une nouvelle norme du jus cogens, tout traité antérieur contraire devient nul
et prend fin.
Enfin l’article 71 sanctionne cette contrariété de nullité ad initio c’est-à-
dire avec effet rétroactif.

B : SUR LE PLAN INTERNE


Sur le plan interne, c’est généralement la Constitution de l’État qui
détermine les conditions de validité du traité. La doctrine identifie plusieurs
systèmes juridiques dont cinq ( 5 ) sont les plus pratiqués.
1 : Le premier système est celui de la Constitution des Pays-Bas de 1983
qui prescrit la supériorité des traités sur la Constitution.
2 : Le deuxième système est celui de la loi fondamentale allemande de
1949 révisée en 1990. Son article 25 consacre la supériorité des traités sur les
lois fédérales allemandes.
3 : Le troisième système est celui de la Constitution italienne de 1947
dont l’article11 dispose de manière vague que l’ordre juridique italien se
conforme aux règles du droit public international.
4 : Le quatrième système est celui des Constitutions de la Belgique et du
Luxembourg qui datent de la fin du XIXe siècle et qui sont muettes sur les
conditions de validité des traités sur le plan interne.
5 : Le cinquième système est celui des pays francophones d’Afrique qui à
l’instar de la Constitution française de 1958 ( article 53 à 55 ) privilégie la
supériorité des traités sur les lois à condition que ces traités soient publiés,
ratifiés et qu’il y ait la réciprocité. Au Sénégal, ce sont les articles 95 à 98 de la
Constitution de 2001.

PARAGRAPHE II : L’APPLICATION DES TRAITÉS


Trois ( 3 ) problèmes peuvent survenir lorsqu’on parle d’application du
traité :

✓ L’entrée en vigueur

✓ L’interprétation

✓ L’application proprement dite

A : L’ENTRÉE EN VIGUEUR DU TRAITÉ


Ici on utilise la summa divisio ( division principale ) traditionnelle.

1 : POUR LES TRAITÉS BILATÉRAUX


Trois ( 3 ) hypothèses sont possibles :
• Un traité bilatéral peut entrer en vigueur à la date de la signature.
• Un traité bilatéral peut entrer en vigueur à la date d’échange des
instruments de ratification.
• Un traité bilatéral peut entrer en vigueur à l’expiration d’un délai après
la signature ou après la ratification.

2 : POUR LES TRAITÉS MULTILATÉRAUX


Quatre ( 4 ) hypothèses sont possibles :
• Un traité multilatéral peut entrer en vigueur après le dépôt de tous les
instruments de ratification.
• Un traité multilatéral peut entrer en vigueur après quelques
ratifications. Exemple : 15 ratifications pour l’Union Africaine généralement.
• Dans les instances financières internationales, les traités entrent en
vigueur après le dépôt de ratification de certains États dits qualifiés. Exemple :
la convention sur la société financière internationale demande pour son entrée
en vigueur, la ratification de 30 gouvernements représentant 75% du capital.
• Un traité multilatéral peut entrer en vigueur après un délai après un
certain nombre de ratification. Exemple : l'article 84 de la convention de Vienne
qui demande pour son entrée en vigueur, la ratification de 35 États puis
l’expiration d’un délai de 30 jours.

B : L’INTERPRÉTATION DES TRAITÉS


Interpréter un traité, c’est clarifier le sens, la porté surtout lorsqu’il est
ambiguë ou obscur. Généralement, l’interprétation peut porter sur un mot, une
phrase, un article ou quelques articles du traité.
La doctrine distingue généralement les règles d’interprétation qui sont
des principes que l’interprète doit utiliser pour clarifier le sens d’une disposition
et les méthodes d’interprétation qui sont des manières d’interpréter le traité.
QUI INTERPRÈTE ?
En droit international, on distingue l’interprétation au plan interne et
l’interprétation au plan international.

✓ Sur le plan interne, on distingue :


• L’interprétation gouvernemental interne qui se fait sur la base de
décret, d’arrêté et de circulaires.
• L’interprétation juridictionnelle interne qui est faite par les cours et
tribunaux nationaux.

✓ Sur le plan international :


• Chaque État a le droit de faire une interprétation du traité. C’est
l’interprétation unilatérale.
• Ensuite les États parties au traité peuvent adopter un second traité dit
traité interprétatif pour clarifier des dispositions du premier traité. On parle
alors d’interprétation authentique.
• Enfin, une organisation internationale ou une juridiction internationale
peut interpréter le traité . Exemple : article 36 du statut de la CIJ qui donne le
pouvoir et d’appliquer les traités à la CIJ.
COMMENT INTERPRÉTER ?
L’interprétation permet de distinguer un certain nombre de règles
d’interprétation et de méthode d’interprétation.
Parmi les règles d’interprétation, on distingue :
✓ La règle de l’acte clair qui est basée sur le principe qu’il n’y a pas à
interpréter lorsqu’un texte est clair. Ce principe a été posé par le professeur
RIVIER.
✓ La seconde règle est quand un texte n’est pas clair, on recours au
contexte du texte c’est-à-dire l’environnement et les circonstances de création
du texte.
✓ Si le texte et le contexte ne sont pas pertinent, on peut utiliser les
travaux préparatoires du texte c’est-à-dire les débats et les positions des États
lors de la conférence de négociation.

✓ Une quatrième règle est celle de l’effet utile qui est basé sur la maxime
latine ut res magis valeat quam pereat ( il faut interpréter à ce que l’effet soit
utile ).
Dans l’application de ces règles diverses méthodes d’interprétation sont
utilisées comme :

✓ La méthode grammaticale : interprétation mot à mot.

✓ La méthode téléologique : du mot grec « teleos »qui signifie le but ; ici


l’interprète donne un sens au texte en fonction de sa finalité, du but poursuivi.

✓ Enfin la méthode contemporaine permet d’interpréter un traité en


tenant compte des circonstances de son adoption mais aussi de l’écoulement
du temps.

C : L’APPLICATION PROPREMENT DITE DES TRAITÉS


Une fois que le traité a été conclu, s’il ne comporte ni vice du
consentement ni ratification imparfaite, si l’objet du traité est licite, le traité
doit être exécuté de bonne foi par les parties. C’est le principe pacta sunt
servanda ( article 26 de la convention de Vienne ). Il en résulte que l’État partie
a un ensemble de droits et d’obligations au traité. Cela signifie que l’État doit
appliqué le traité même s’il y a changement de gouvernement, même si le traité
dans son application devient plus onéreux.
Toutefois un traité peut être suspendu dans son application en cas de
guerre, en cas d’exercice de la légitime défense, des représailles ou pour des
raisons de sécurité.
Il en résulte un principe, celui de l’effet relatif du traité, principe qui
admet des exceptions.

1 : LE PRINCIPE DE L’EFFET RELATIF DU TRAITÉ


C’est un principe qui dérive du droit des contrats. Autrement dit, un traité
ne crée ni droits ni d’obligations à l’égard des États tiers. Il s’applique en
principe uniquement entre les États. Chaque État devra respecter le traité et le
faire respecter par ses autorités exécutives, législatives et juridictionnelles.
Concernant les traités des droits de la personne humaine, les citoyens peuvent
en recevoir des droits mais aussi des obligations. Il doit y’avoir une application
territoriale c’est-à-dire sur le territoire terrestre, maritime voire aérien de
l’État.

2 : L’APPLICATION DU TRAITÉ À DES ÉTATS TIERS


Exceptionnellement, un traité peut créer des droits et des obligations à
l’égard des tiers.

a : LES TRAITÉS CRÉANT DES DROITS À L’ÉGARD DES TIERS


Deux mécanismes sont applicables à ce niveau :

✓ La clause de la nation la plus favorisée

✓ La stipulation pour autrui


La clause de la nation la plus favorisée est une disposition insérée dans un
traité par laquelle un État appelé État promettant, promet à un autre État
appelé État bénéficier que s’il fait un autre traité avec un État tiers, traité
contenant des faveurs plus importantes, ses privilèges seront étendues à l’État
bénéficier. Ce mécanisme est très ancien puisqu’on le retrouve dans un traité
de 1495 entre la Grande Bretagne et le Portugal.
La clause peut avoir deux effets conditionnel ou inconditionnel.
• La clause est conditionnelle lorsqu’elle est subordonnée à des
conditions de réciprocité ou de contrepartie.
• Elle est inconditionnelle lorsque l’application de la clause est
automatique, sans condition.
Il en résulte deux grandes conséquences :
+ Si le premier traité, appelé traité de base, disparaît, la clause n’existe
plus ( CIJ, 27 août 1952, AFFAIRE DES DROITS DES RESSORTISSANTS
AMÉRICAINS AU MAROC )
+ Si second traité, appelé traité catalyseur ou déclencheur, disparaît, la
clause est maintenue mais ne s’applique pas ( CIJ, 22 juillet 1952, AFFAIRE DE
L’ANGLO IRANIAN OIL COMPAGNY ).
La stipulation pour autrui est une clause insérée dans un traité, clause par
laquelle les parties contractantes donnent des droits à un État tiers. Toutefois,
il est admis que si ces parties contractantes veulent plus tard retirer ces
avantages, il faudra le consentement de l’État tiers ( CPJI, 07 juin 1932, AFFAIRE
DE CERTAINES PARCELLES FRONTALIÈRES DU PAYS DE GEX ET DE HAUTE
SAVOIE )

b : LES TRAITÉS CRÉANT DES OBLIGATIONS POUR LES ÉTATS TIERS


Généralement ce sont des traités portant sur des situations juridiques
objectives. Leur effet est l’opposabilité à l’égard de tous c’est-à-dire même pour
les États qui n’ont pas participé au traité. Exemple :

✓ Les traités de délimitation de frontière

✓ Les traités de nationalité

✓ Les traités de création ou de disparition d’un État

✓ Les traités sur les voies de communication internationale comme les


canaux et les détroits etc.
CHAPITRE II : LA FIN OU L’EXTINCTION
DES TRAITÉS
C’est l’hypothèse dans laquelle le traité disparaît. Les droits et les
obligations issus du traité sont éteints. Cela veut dire que les parties sont
libérées de l’obligation de respecter ce traité. Deux situations peuvent exister :

✓ Soit le traité contient une clause d’extinction

✓ Soit le traité n’en contient pas

SECTION : EN CAS DE CLAUSE D’EXTINCTION


C’est une clause ou disposition ou article insérée dans un traité normatif
ou constitutif qui organise les conditions de l’extinction du traité.
• Ainsi, un traité peut prévoir que si le nombre des parties diminue en
dessous d’un seuil, alors le traité disparaît.
• Certains traités prévoient une durée de vie du traité. À l'arrivée de
l’échéance, le traité prend fin.
Dans d’autres cas, il est prévu un traité d’abrogation c’est-à-dire un
second traité pour mettre fin à un autre traité ( CIJ, 25 septembre 1997,
AFFAIRE DU PROJET GABÇIKOVO-NAGYMAROS ).
Aujourd’hui le DIP a codifié la possibilité d’avoir des clauses d’extinction
avec l’article 54 de la convention de Vienne.
Différentes hypothèses permettent aux États de mettre fin au traités
auxquels ils font partie ( avis consultatif CIJ, 1995, AFFAIRE OMS c/ ÉGYPTE ).
Dans d’autres hypothèses, le traité peut prévoir qu’à l’arrivée de certaines
circonstances particulières, le traité disparaît. Exemple : le pacte de Varsovie
du 11 avril 1955 prévoyait qu’en cas de traité sur la sécurité générale de
l’Europe que le pacte va prendre fin ( ce qui est arrivé en 1990 avec l’éclatement
l’URSS ).

SECTION II : EN L’ABSENCE DE CLAUSE D’EXTINCTION


Certains traités ne contiennent pas de clause d’extinction. Alors la
question est de savoir est-ce qu’on peut mettre fin à ces traités ?
Deux solutions peuvent être adoptées :

✓ La dénonciation ou le retrait

✓ La caducité

PARAGRAPHE I : LA DÉNONCIATION OU LE RETRAIT


Ce sont des hypothèses dans lesquelles un État, volontairement, ne veut
plus faire partie des membres d’une organisation internationale ou des parties
du traité. On dit qu’il dénonce le traité ou qu’il se retire de l’organisation
internationale. La dénonciation ou le retrait se fait par un acte unilatéral de
l’État qui est communiqué aux autres États parties.
Certains traités prévoient déjà les conditions dans lesquelles on peut se
retirer ( clause de retrait ). …Tout État peut se retirer d’un traité que cela soit
prévu ou pas.

PARAGRAPHE II : LA CADUCITÉ DU TRAITÉ


Généralement, la caducité est la situation dans laquelle un traité, à force
de ne pas être appliqué, fini par tomber en désuétude. De manière plus simple,
c’est l’absence de vigueur d’un traité, sa sortie de vigueur lorsque certaines
circonstances interviennent. Trois ( 3 ) hypothèses seront étudiées.

a : LA CADUCITÉ PAR APPLICATION DE LA CLAUSE REBUS SIC


STANTIBUS
À l’origine, tout traité suppose pour son maintien que les choses restent
en l’état, qu’il y'ait un statu quo c’est-à-dire qu’un changement fondamental
des circonstances à l’origine du traité entraîne sa caducité. Aujourd’hui, cette
règle coutumière est codifiée à l’article 62 de la convention de Vienne.

b : LA CADUCITÉ EN CAS DE SURVENANCE D’UNE NOUVELLE NORME DU


JUS COGENS
C’est l’hypothèse de l’article 64 de la convention de Vienne. En cas de
nouvelle norme impérative du droit international général, tout traité antérieur
contraire devenir nul et prend fin.
c : LA CADUCITÉ POUR CAUSE DE GUERRE
On distingue :
✓ Les traités bilatéraux et les traités multilatéraux

✓ Les traités conclus pour s’appliquer en temps de guerre et les traités


conclus pour s’appliquer en temps de paix
Les conséquences sont les suivantes :
• Un traité bilatéral conclu pour être appliqué en temps de paix devient
caduc en temps de guerre.
• Un traité multilatéral conclu en temps de paix pour s’appliquer en
temps de paix devient caduc en temps de guerre.
• Un traité multilatéral conclu en temps de guerre pour s’appliquer en
temps de guerre est maintenu en en temps de guerre.
• Un traité bilatéral ou multilatéral conclu en temps de paix pour
s’appliquer en temps de paix est suspendu en temps de guerre ( article 74 de
la convention de Vienne ).
CHAPITRE III : LES SOURCES NON
CONVENTIONNELLES
Ces sources se traduisent en trois ( 3 ) types de règles :

✓ La coutume international

✓ Les actes unilatéraux

✓ Les principes généraux de droit international

SECTION PREMIÈRE : LA COUTUME INTERNATIONAL


Elle est source et en même temps règle du droit international. Avant
même l’existence des traités internationaux, la coutume existait déjà. C’est une
norme ancienne dont la codification a permis la création de traité international.
Selon l’article 38 du statut de la cour internationale de justice, la cour applique
« la coutume comme preuve d’une pratique générale acceptée comme étant
le droit ».
La coutume a fait l’objet de controverse entre les États du tiers monde et
les États occidentaux. En effet, à leur naissance, malgré leur refus, on a appliqué
la coutume international à ces États nouveaux.
Dans la pratique, trois ( 3 ) types de coutumes internationales existent :

✓ La coutume générale ou universelle ( CIJ, affaire du PLATEAU


CONTINENTALE DE LA MER DU NORD, 20 novembre 1969 ).

✓ La coutume locale ou régionale ( CIJ, affaire du DROIT D’ASILE, 20


novembre 1950 ).
✓ La coutume bilatérale ( CIJ, affaire du DROIT DE PASSAGE SUR LE
TERRITOIRE INDIEN, 12 avril 1960 ).

PARAGRAPHE PREMIER : LA NATURE JURIDIQUE DE LA COUTUME


On examinera d’abord les positions doctrinales, ensuite la théorie des
deux éléments de la coutume et enfin les rapports entre coutume et traité.
A : LES POSITIONS DOCTRINALES
✓ Les auteurs se sont opposés sur la nature de la coutume. Le professeur
René jean DUPUY distingue la coutume sage et la coutume sauvage.
• La coutume sage respecte le processus coutumier à savoir l’élément
matériel puis l’élément psychologique.
• La coutume sauvage inverse le processus coutumier en voulant créer
des coutumes instantanées ou immédiates.

✓ Quant au fondement de la coutume, il y a l’opposition entre les


volontaristes et les objectivistes.
• Pour les volontaristes, il y a la théorie de la coutume-pacte ou de la
coutume acte tacite. C’est-à-dire que la coutume est le produit du
consentement tacite des États. Cette théorie est développée par des auteurs
comme ANZILOTTI et TRIPEL.
• Pour les objectivistes, ils défendent la théorie de la coutume conscience
juridique collective autrement dit la coutume naît sans participation volontaire
de l’État, de manière automatique. Elle est le fruit d’une conscience de la
communauté internationale.

B : LA THÉORIE DES DEUX ÉLÉMENTS DE LA COUTUME


La coutume est composée de l’élément matériel et de l’élément
psychologique.

1 : L’ÉLÉMENT MATÉRIEL
On l’appelle « consuetudo ». Ce sont les textes, actes et pratiques des
États et des organisations internationales intervenant dans les relations
internationales. Ces textes sont des précédents qui doivent être régulièrement
répétés dans l’espace et dans le temps.
Ces précédents doivent être des usages obligatoires sinon on parle alors
de courtoisie internationale « comitas gentium ».

2 : L’ÉLÉMENT PCHYCOLOGIQUE
On parle « opinio joris sive necessitatis » ( opinion ou conviction du droit
ou de la nécessité ). L’élément psychologique, c’est le sentiment que les
précédents sont obligatoires et que c’est du droit applicable.
C : LES RAPPORTS ENTRE TRAITÉ ET COUTUME
Les deux normes ont la même valeur juridique obligatoire. En outre, un
traité peut abroger une coutume et une coutume peut abroger un traité.

PARAGRAPHE II : L'APPLICATION DE LA COUTUME INTERNATIONALE


Deux problèmes se posent : l’application de la coutume dans le temps et
dans l’espace.
• Pour l'application de la coutume dans l’espace, une coutume peut être
universelle, régionale ou locale.
• Pour l’application dans le temps, la jurisprudence n’est pas constante
sur la réponse à apporter à la question de savoir combien de temps faut-il pour
avoir une coutume. Dans certains cas, elle a retenu qu’on peut avoir une
coutume en « un bref laps de temps » ; dans d’autres cas, elle a estimé qu’on
peut avoir une coutume en moins de 10 ans.

SECTION II : LES ACTES UNILATÉRAUX


Ce sont des actes juridiques émanant d’une seule partie, sujet de droit
international, qui peut être un État ou une organisation internationale.

PARAGRAPHE PREMIER : LES ACTES UNILATÉRAUX DES ÉTATS


Ce sont des actes qui sont la manifestation de la souveraineté de l’État et
de sa personnalité juridique. En DIP, tout acte ou pratique venant d’un organe
de l’État est un acte unilatéral. Ces actes unilatéraux peuvent émaner des
organes exécutifs, du pouvoir législatif ( les lois ) ou du pouvoir judiciaire ( les
décisions de justice ). Ces actes unilatéraux doivent porter sur une matière
internationale et avoir une portée internationale. Ces actes unilatéraux peuvent
être des actes positifs ou négatifs. Exemple : la nomination d’un diplomate ou
l’expulsion d’un diplomate. Ces actes unilatéraux peuvent être écrits ou
verbaux. Exemple : CIJ, affaire des ESSAIS NUCLÉAIRES, 1974 ). Les actes
unilatéraux peuvent être aussi réactifs ( une protestation ).

PARAGRAPHE II : LES ACTES UNILATÉRAUX DES ORGANISATIONS


INTERNATIONALES
Ici on distingue les organisations internationales de coopération et les
organisations internationales d’intégration.
✓ Dans les organisations internationales de coopération comme l’Union
Africaine ou l’ONU, on distingue les actes auto normateurs et les actes hétéro
normateurs.
• Les actes auto normateurs sont le droit interne de l’organisation à
travers le règlement du personnel, le règlement intérieur, le règlement
financier.
• Pour les actes hétéro normateurs, ce sont des actes qui quittent
l’organisation pour toucher les États membres. Exemple : les résolutions qui
portent sur les opérations de maintien de la paix, sur les droits de l’homme, sur
le terrorisme.
✓ Dans les organisations internationales d’intégration, la nomenclature
communautaire est très diversifiée. On distingue :
• Les règlements communautaires qui sont obligatoires avec deux effets,
un effet direct et un effet immédiat.
• Les directives sont des textes obligatoires quant aux résultats à
atteindre mais chaque État membre est libre de choisir les moyens pour
atteindre ces résultats. En plus la directive impose une obligation de
transposition dans l’ordre juridique interne.
• La Décision communautaire est obligatoire mais uniquement dans un
secteur d’activité des États.
• Les actes additionnels complètent les traités créant les organisations
internationales mais sans les modifier.

SECTION III : LES PRINCIPES GÉNÉRAUX DE DROIT


Ils sont cités à l’article 38 du statut de la CIJ comme « les principes
généraux du droit reconnus par les nations civilisées ». Les PGD précédent
souvent les règles juridiques et peuvent conduire à créer des textes nationaux
ou internationaux. Ils existent dans la plupart des matières juridiques y compris
en DIP.

PARAGRAPHE PREMIER : LA NATURE JURIDIQUE DES PGD


Les PDG ont fait l’objet d’une longue controverse sur leur nature : Est-ce
un principe commun aux différents systèmes juridiques des États ? Est-ce un
principe tiré des traités ou de la coutume ? La réponse est plurielle.
Certains PGD sont communs aux droits internes. Exemple : le principe de
la présomption d’innocence, le principe du droit de la défense etc.
D’autres principes peuvent être d’origine philosophique, religieuse ou
morale mais ont été transposés en DIP.
Certains principes sont comme les appelle Charles de VISSECHER
« transposables ou transportables en DIP ). Aujourd’hui, beaucoup de PDG ont
été codifiés dans les traités internationaux.
En revanche, beaucoup de PGD sont aussi des principes coutumiers.
Exemple : le principe pacta sunt servanda, le principe de la négociation de
bonne foi.
La doctrine et la jurisprudence ont accepté qu’il appartient au juge
internationale de déterminer la nature du PGD.

PARAGRAPHE II : LA VALEUR JURIDIQUE DES PGD


En DIP, les PGD ont une valeur subsidiaire, supplétive ou secondaire. On
dit que les PGD sont les sources primaires du droit c’est-à-dire qu’ils précèdent
l’existence de règle juridique.
Mais les PGD ne peuvent pas déroger à une norme conventionnelle ni à
une règle coutumière ni à une norme du jus cogens. Autrement dit, on applique
le PGD uniquement en l’absence de traité ou de coutume.
Enfin les PGD jouent le rôle de réservoir de normes surtout dans les
nouveaux terrains du DIP comme le droit international de l’environnement, le
droit international humanitaire, le droit international de la santé etc. Toutefois,
les PGD sont très présents dans toutes les branches du DIP.

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