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Pluralité linguistique au Maroc : diglossie et bilinguisme

Le Maroc est un laboratoire sociolinguistique où coexistent l'arabe, l'amazigh et le français, illustrant une pluralité linguistique essentielle à son identité nationale. La diglossie et le bilinguisme révèlent les dynamiques sociales marocaines, avec des variations linguistiques et des structures hiérarchiques qui engendrent une insécurité linguistique. La gestion de cette diversité repose sur des principes politiques d'aménagement linguistique, entre territorialité et personnalité, tout en étant influencée par le marché linguistique.

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Pluralité linguistique au Maroc : diglossie et bilinguisme

Le Maroc est un laboratoire sociolinguistique où coexistent l'arabe, l'amazigh et le français, illustrant une pluralité linguistique essentielle à son identité nationale. La diglossie et le bilinguisme révèlent les dynamiques sociales marocaines, avec des variations linguistiques et des structures hiérarchiques qui engendrent une insécurité linguistique. La gestion de cette diversité repose sur des principes politiques d'aménagement linguistique, entre territorialité et personnalité, tout en étant influencée par le marché linguistique.

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Le Maroc est souvent décrit comme un véritable laboratoire sociolinguistique, une

mosaïque où s'entremêlent traditions séculaires et aspirations à la modernité. La


sociolinguistique, contrairement au structuralisme ou au générativisme qui étudient la langue
comme une structure homogène, prend pour objet d'analyse le locuteur et considère la
communauté linguistique comme intrinsèquement hétérogène. Au Maroc, cette
hétérogénéité n’est pas une anomalie, mais le socle de l'identité nationale, se manifestant par
la coexistence de l’arabe (standard et dialectal), de l’amazigh (dans ses variétés régionales) et
de langues étrangères comme le français.
Dès lors, nous pouvons nous demander : en quoi la diglossie et le bilinguisme, loin d'être de
simples superpositions de codes, sont-ils les révélateurs de la pluralité et des dynamiques
sociales marocaines ? Pour y répondre, nous analyserons d'abord les formes de variations et
les structures diglossiques, puis nous étudierons la gestion politique de cette diversité à travers
les principes d'aménagement et le concept de marché linguistique.
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I. Variations et diglossies : Les structures de la pluralité
La pluralité marocaine s'exprime d'abord par la variation linguistique. On distingue la
variation intralinguistique, qui désigne les différences au sein d'un même groupe (ex: les
accents régionaux de la darija), et la variation interlinguistique, issue du contact entre
variétés non apparentées comme l’arabe et l’amazigh. Un exemple frappant au Maroc est
celui du zézaiement dans la plaine du Tadla, souvent perçu par les locuteurs urbains comme
un marqueur de ruralité ou un trait « rustre », déclenchant parfois la moquerie.
Cette pluralité est structurée par la diglossie. Selon Charles Ferguson (1959), la diglossie
classique décrit la coexistence d'une variété haute (H), prestigieuse et officielle (l’arabe
standard), et d'une variété basse (L), réservée à la vie quotidienne (la darija). Au Maroc, ces
deux variétés fonctionnent en « complémentarité fonctionnelle » pour couvrir tout l’espace de
communication. Cependant, Joshua Fishman (1971) a étendu ce concept aux langues non
apparentées, ce qui permet d'inclure le français dans l'analyse de la société marocaine.
On parle même de diglossie enchâssée lorsque la darija sert de langue véhiculaire entre
arabophones et amazighophones, alors que l'amazigh reste vernaculaire. Cette hiérarchisation
engendre une insécurité linguistique : le locuteur, conscient de l'écart entre sa pratique réelle
et la norme prestigieuse, craint d'être dévalorisé. Saïd Bennis souligne que certains locuteurs
ruraux tentent d'imiter le parler de Rabat (lecte de l'élite) pour éviter le stigmate de « crubiya
» (rustres).
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II. Politique linguistique et aménagement : La gestion du plurilinguisme
La transition de la simple pluralité (état naturel) au pluralisme linguistique (gestion
organisée) relève de la politique linguistique. L'aménagement peut être in vitro (planification
officielle par l'État, comme la Constitution de 2011) ou in vivo (pratiques réelles des locuteurs
dans la rue). Pour gérer cette diversité, deux principes majeurs s'affrontent :
1. Le principe de territorialité : L'individu se conforme à la langue de sa province ou de sa
région (modèle suisse). Au Maroc, cela pourrait passer par une "régionalisation linguistique"
où les variétés locales seraient utilisées dans les institutions régionales.
2. Le principe de personnalité : L'État s'adapte à la langue de l'individu (modèle canadien).
C'est ce qui est visé lorsque le citoyen peut choisir d'être servi en arabe ou en amazigh partout
sur le territoire.
L'école marocaine est le terrain privilégié de cet aménagement. Elle peut viser un bilinguisme
de maintien (perpétuer la langue du foyer) ou un bilinguisme de transfert (vers la langue
officielle). Un échec de maturation de la langue maternelle au profit d'une langue étrangère
mal maîtrisée peut mener à un bilinguisme négatif, voire à un « bilinguisme sauvage » où
une minorité élitaire monopolise le code prestigieux (français).
Enfin, le marché linguistique, concept cher à Pierre Bourdieu, explique que chaque
échange est une évaluation sociale où le locuteur cherche un « profit symbolique ». Au
Maroc, le choix d'un technolecte (langue de métier) ou d'un sociolecte (marqueur de classe)
dépend de l'anticipation du prix que le récepteur accordera au discours.
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Conclusion
En conclusion, la diglossie et le bilinguisme ne sont pas de simples faits de langage, mais
les piliers structurants de la pluralité marocaine. La diglossie hiérarchise les usages entre
le sacré et le quotidien, tandis que le bilinguisme assure le lien entre les différentes
composantes de l'identité nationale. La société marocaine gère sa diversité entre
l'aménagement institutionnel (in vitro) et la vitalité des pratiques sociales (in vivo).
Ouverture : À l'heure de la mondialisation, l'émergence de l'anglais comme "urgence" dans le
marché linguistique marocain viendra-t-elle bousculer l'équilibre fragile entre l'arabe, l'amazigh et
le français, ou favorisera-t-elle une nouvelle forme de territorialisation identitaire ?

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