Modèles de systèmes dynamiques et écologie
Modèles de systèmes dynamiques et écologie
3 septembre 2017
2
Table des matières
5 Le système de Lotka-Volterra 19
5.1 Un exemple en écologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
5.1.1 Le modèle proie-prédateur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
5.1.2 Présence de solutions périodiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
5.1.3 Comment lire ce comportement directement sur l’équation ? . . . . . . . . . . . . . 20
5.1.4 Que s’est-il passé dans l’adriatique ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
5.2 Une théorie du cycle économique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
5.2.1 Introduction des variables pertinentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
5.2.2 Construction du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
5.2.3 Les cycles économiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
3
4 TABLE DES MATIÈRES
Dans ce chapitre on se propose de découvrir sur un exemple très simple qui modélise une situation
concrête, les notions d’équation différentielle, de solutions et de conditions initiales. On verra aussi que,
même s’il est possible dans ce cas simple de calculer explicitement l’ensemble des solutions, on pourrait
néanmoins étudier l’équation et ses solutions même si l’on ne pouvait pas les calculer.
Figure 1.1 – Effectifs observés et effectifs théoriques de la population d’éléphants dans le parc Kruger.
Pour décider de l’attitude à adopter pour gérer au mieux les populations de ce parc, les responsables
eurent recours à un modèle mathématique appelé modèle logistique.
Le tableau suivant indique les effectifs observés y(t) ainsi que les effectifs théoriques y(t) calculés en
suivant ce modèle (et arrondis à l’entier le plus proche).
5
6 CHAPITRE 1. LE MODÈLE DE CROISSANCE LOGISTIQUE
t 1905 1923 1930 1939 1945 1950 1960 1970 1980 1990 2000
y(t) 10 13 29 450 980 3010 5800 6500 7400 7200 7310
y(t) 10 146 402 1346 2623 3994 6271 7186 7428 7484 7496
Cela permit de déterminer la valeur d’une taille limite, ici K = 7500, qui représente la taille de la
population en deça de laquelle il convient de rester si l’on veut préserver la cohabitation harmonieuse de
la population avec son écosystème. Le parc mit alors en place un programme d’abattage controlé destiné
à limiter la surpopulation en maintenant le nombre d’éléphants approximativement égal à cette valeur.
t 1905 1923 1930 1939 1945 1950 1960 1970 1980 1990 2000
10e0,15(t−1905) 10 149 425 1640 4034 8541 38276 171542 768799 3445519 15441745
La taille de la population dépasserait alors les 15 millions dès la fin de la période considérée et cela
ne s’arrêterait pas là. Une telle croissance exponentielle n’est donc pas adaptée aux effectifs observés
ici, à l’exception peut-être de la période située avant 1940. En effet, pour l’équation (1.2), le taux de
′
croissance yy(t)(t)
reste constant (égal à r) au cours du temps et ceci ne tient pas compte des limitations
environnementales qui, de fait, ralentissent la croissance lorsqu’on s’approche de la capacité biotique K.
D’où l’idée de remplacer ce taux constant r par un taux variable r(1 − y(t) K ) qui dépend de la taille de la
y
population. On voit en effet que le coefficient 1 − K reste proche de 1 lorsque la taille de la population
est très petite, ce qui explique le début de croissance exonentielle, puis il diminue jusqu’à tendre vers
0 lorsque la taille de la population augmente et tend vers la capacité biotique. En fait ce coefficient
représente la part de la capacité biotique encore disponible à chaque instant t. Plus cette part s’amenuise
et plus la croissance se ralentit.
d’où, en intégrant,
y(t)
ln y(t) − ln(1 − ) = rt + C ste
K
soit encore en prenant l’exponentielle
y(t) ste
y(t)
= ert eC
1− K
y(0)K
Il est facile de vérifier que la constante d’intégration vaut ici C ste = ln K−y(0) . D’où, après simplifica-
tions, la solution
y(0)K
y(t) = . (1.3)
y(0) + e−rt (K − y(0))
Pour savoir qu’elle est l’allure du graphe de cette solution (en réalité il y a autant de solutions que
de choix de valeurs initiale y(0)), on pourrait calculer sa dérivée (ce qui serait légèrement fastidieux...)
mais il est bien plus simple d’utiliser l’équation différentielle : en effet, l’équation différentielle donne la
dérivée y ′ comme une fonction de y, puisque y ′ = ry(1 − y/K). On voit donc, sans calcul, que
— y ′ s’annule lorsque y = 0 et y = K
— y ′ > 0 lorsque y est compris entre 0 et K
— y ′ < 0 sinon.
Il en résulte que, aussi longtemps que la population reste inférieure à sa capacité biotique K, elle
ne cesse de croı̂tre (puisque y ′ > 0). Et on calcule facilement la limite, quand t tend vers l’infini, de
l’expression trouvée pour la solution y(t), qui vaut précisément K. A l’inverse, si y(t) est supérieure à
cette capacité, y(t) décroı̂t (puisque y ′ < 0) et on vérifie facilement qu’elle tend également vers K.
L’examen du graphe de la fonction f (y) = ry(1 − y/K), qui représente la dérivée de y, renseigne
aussi sur le taux de croissance maximal d’une population soumise à une croissance logistique. En effet,
la maximum de f est atteint pour y = 12 K, ce qui signifie que c’est lorsque la taille de la population est
égale à la moitié de sa capacité biotique que sa croissance est la plus forte.
ModŁle de logistique
2.5
1.5
0.5
0 5 10 15 20
x
Figure 1.3 – Quatres solutions d’une dynamique logistique : elles sont croissantes si la taille de la
population est inférieure à sa capacité biotique et décroissantes si elle est supérieure. La capacité biotique
est un équilibre de la dynamique (tout comme la solution nulle). Chaque vecteur représenté au point de
coordonnées (t, y) la direction tangente à la dynamique : sa pente est donnée par la valeur de f(y) en ce
point.
8 CHAPITRE 1. LE MODÈLE DE CROISSANCE LOGISTIQUE
Equations différentielles en
dimension 1
Pour modéliser une quantité qui évolue au cours du temps il est naturel de postuler une relation entre
cette quantité et sa dérivée : on obtient alors une équation différentielle. C’est l’exemple le plus simple
de système dynamique.
dy(t)
= f (t, y(t))
dt
pour une fonction f particulière. Cette relation est une équation différentielle du premier ordre 1 et la
résolution d’une telle équation consiste à trouver toutes les fonctions y(t) inconnues qui satisfont cette
équation. Voici deux exemples, le modèle exponentiel et le modèle logistique(déja rencontré au chapitre
précédent.
Exemple : Le modèle exponentiel, très rudimentaire, a été proposé pour représenter la croissance d’une
population par Thomas Malthus en 1798. Il suppose que la population possède un taux de reproduction r
constant, simple différence du taux de natalité et du taux de mortalité (la population est supposée isolée
c’est-à-dire qu’aucune migration n’est envisagée). Si y(t) désigne la taille de la population à l’instant t et
y ′ (t) sa dérivée, la formule y ′ (t) = ry(t) signifie que le taux de croissance y(t+δt)−y(t)
δt entre les instants t
et t + δt est proportionnel à y(t) et surtout que le coefficient de proportionnalité r ne varie pas au cours
du temps. On peut résoudre cette équation : sa solution est donnée par y(t) = y(0)ert où y(0) désigne
la taille de la population à l’instant t = 0 qu’on appelle condition initiale. Ce modèle correspond donc à
une croissance exponentielle de la population lorsque r > 0 d’où son nom de modèle exponentiel souvent
utilisé à la place de modèle malthusien. Notons qu’il peut s’agir aussi d’une décroissance exponentielle si
r est négatif.
A noter que l’équation différentielle y ′ (t) = ry(t) est définie par la fonction f (y) = ry qui est une
fonction linéaire. L’ensemble de ses solutions s’écrit {y(t) = y(0)ert , y(0) ∈ R} et comporte donc une
infinité de solutions différentes, autant que de valeurs possibles pour la condition initiale y(0).
Exemple : L’idée du modèle logistique, introduit par Verhulst en 1836, est la suivante. Si la population
pouvait croı̂tre indéfiniment, sans rencontrer aucune limitation de ressource ou d’espace, elle aurait une
croissance exponentielle. Mais une croissance exponentielle n’est pas adaptée aux populations que l’on
observe le plus souvent à l’exception peut-être d’une période initiale où la taille de la population est
encore petite, car elle ne tient pas compte des limitations environnementales qui, de fait, ralentissent la
croissance lorsqu’on s’approche de la taille normale de la population qu’on appelle sa capacité biotique
K. D’où l’idée de remplacer le taux constant r par un taux variable r(1 − y(t)
K ) qui dépend de la taille de
1. Les équations différentielles du 2e ordre font intervenir non seulement la fonction y et sa dérivée y ′ mais aussi sa
dérivée seconde y ′′ et les équations d’ordre n font intervenir les dérivées de la fonction jusqu’à l’ordre n.
9
10 CHAPITRE 2. EQUATIONS DIFFÉRENTIELLES EN DIMENSION 1
y
la population. Ce coefficient 1 − K reste proche de 1 lorsque la taille de la population est très petite, ce
qui explique le début de croissance exonentielle, puis il diminue jusqu’à tendre vers 0 lorsque la taille de
la population augmente et tend vers la capacité biotique. L’équation logistique est y ′ (t) = ry(t)(1 − y(t) K ).
En fait le coefficient r(1 − y/K)représente la part de la capacité biotique encore disponible à chaque
instant t. Plus cette part s’amenuise et plus la croissance se ralentit.
L’équation différentielle logistique, y ′ (t) = ry(t)(1 − y(t) y
K ) est définie par la fonction f (y) = ry(1 − K )
y(0)K
qui est un polynôme de degré deux. L’ensemble de ses solutions s’écrit {y(t) = y(0)+(K−y(0))e−rt , y(0) ∈
R}. Il y en a aussi une infinité.
Par exemple, on peut vérifier que y ∗ (t) = te2t est une solution de l’équation y ′ = 2y + e2t et en déduire
que la solution générale de cette équation s’écrit y(t) = y(0)e2t + te2t .
Au dela des équations linéaires, il n’y a qu’un petit nombre d’autres équations différentielles qui
peuvent être résolues explicitement. Le plus souvent, les équations différentielles que l’on est amené à
utiliser ne peuvent pas être résolues explicitement. On a alors recours au calcul approché, nous verrons
comment plus loin, ou bien à l’étude qualitative des solutions, principalement centrée sur l’étude des
équilibres de l’équation et de leur stabilité.
dy(t)
= f (y(t)), (2.1)
dt
on appelle équilibre ou état stationnaire une valeur constante y ∗ de la quantité y telle que si y(0) = y ∗
alors y(t) = y ∗ pour tout t (la quantité reste à l’équilibre). Un équilibre est donc une solution constante
de l’équation différentielle. Une telle solution a nécessairement une dérivée nulle, c’est-à-dire que l’on a
f (y ∗ ) = 0 ; en d’autres termes y ∗ est aussi un zéro de la fonction f .
Ainsi dans le modèle exponentiel où f (y) = ry, il y a un seul équilibre y ∗ = 0 et dans le modèle
y
logistique où f (y) = ry(1 − K ), il y en a deux, y ∗ = 0 et y ∗ = K.
Dans un modèle de type (2.1), il y a autant d’équilibres différents qu’il y a de zéros différents de
la fonction f . On peut donc visualiser les différents équilibres de l’équation en traçant le graphe de la
fonction f . Les équilibres sont les abscisses des points d’intersection du graphe avec l’axe horizontal (qui
est ici l’axe des y). Et ce graphe permet en outre de visualiser, sur son axe horizontal, un schéma de la
dynamique : il suffit de mettre une flèche dans le sens des y croissants sur les segments de l’axe où f > 0
2.3. ETUDE QUALITATIVE DANS LE CAS AUTONOME 11
(c’est-à-dire où le graphe de f est au dessus de l’axe) et une flèche dans le sens des y décroissants sur les
segments de l’axe où f < 0. Parfois ce schéma de la dynamique est suffisant et peut remplacer à lui seul
une résolution de l’équation (qui, de toute façon, est bien souvent impossible).
Définition : On dit qu’un équilibre y ∗ pour lequelle on a f ′ (y ∗ ) < 0 est un équilibre stable car dans ce cas
l’évolution de toute solution dont la condition initiale est proche de l’équilibre y ∗ est de s’en rapprocher.
De façon analogue, on dit qu’un équilibre y ∗ pour lequelle on a f ′ (y ∗ ) > 0 est un équilibre instable car
dans ce cas l’évolution de toute solution dont la condition initiale est proche de l’équilibre y ∗ est de s’en
éloigner.
On peut vérifier en appliquant ce critère que l’unique équilibre du modèle exponentiel est stable
lorsque r < 0 (extinction) et instable lorque r > 0 (explosion) et de même, si l’on suppose r > 0, on peut
vérifier que l’équilibre y ∗ = K(> 0) du modèle logistique est un équilibre stable (capacité biotique) alors
que y ∗ = 0 est un équilibre instable.
Lorsque f ′ (y ∗ ) = 0, on ne peut pas savoir à partir de f ′ si l’équilibre est stable, instable ou ni l’un ni
l’autre.
La condition f ′ (y ∗ ) < 0 (resp. f ′ (y ∗ ) > 0) est donc un critère de stabilité (resp. d’instabilité) qui se
révèle très opérationnel puisqu’il se calcule facilement. Pour rendre ce critère intuitif, on se reportera à
nouveau au schéma de la dynamique obtenu à partir du graphe de f . On y voit que lorsque f ′ (y ∗ ) < 0
le graphe de f passe au point y ∗ de valeurs positives à des valeurs négatives et donc que la population
croı̂t tant qu’elle est plus petite que y ∗ (puisque f ′ (y) > 0) et décroit tant qu’elle est plus grande. Elle
tend donc dans tous les cas à se rapprocher de l’équilibre. On fait le même raisonnement, inversé cette
fois, dans le cas où f ′ (y ∗ ) > 0.
y
Figure 2.1 – Graphe de la fonction f (y) = ry(1 − K ) dans le plan (y, y ′ ) et esquisse des solutions de
l’équation différentielle y ′ (t) = ry(t)(1− y(t)
K ) dans le plan (t, y). Sur l’axe des y, les points représentent les
équilibres et les flèches indiquent le sens de variation des solutions (croissantes si y ′ > 0 et décroissantes
si y ′ < 0).
La figure ci dessus montre que pour une équation différentielle telle que (2.1), la détermination des
équilibres et du sens de variation des solutions suffit bien souvent pour tracer l’esquisse des solutions
de l’équation. C’est ce qu’on appelle l’étude qualitative. Notons que cette esquisse en dit souvent plus
sur le comportement des solutions que l’expression explicite de la solution générale (lorsqu’elle peut être
calculée) car son l’expression, éventuellement compliquée, se révèle souvent bien peu parlante.
12 CHAPITRE 2. EQUATIONS DIFFÉRENTIELLES EN DIMENSION 1
Chapitre 3
Avant de présenter quelques méthodes numériques permettant de calculer des solutions approchées des
équations différentielles, précisons l’importante notion de champs de vecteurs associé à une telle équation.
–1 0 1 2 3 4 5
Nous allons voir maintenant que l’idée de la plus simple des méthodes numériques de calcul de solutions
approchées, appelée la méthode d’Euler, est construite sur la notion de champs de vecteurs.
13
14 CHAPITRE 3. SOLUTIONS NUMÉRIQUES APPROCHÉES
1901. C’est la méthode de Runge-Kutta du 4e ordre qui est la plus utilisée aujourd’hui mais il y en a bien
d’autres comme la méthode prédicteur-correcteur d’Adams qui est le choix par défaut de Scilab.
Toutes ces méthodes fournissent une suite de points (tn , yn ) issue du point donné (t0 , y0 ), qu’on peut
aussi voir comme une fonction linéaire par morceaux en reliant les points entre eux par des segments et
qui fournit une approximation de la solution exacte y(t) (solution dont on s’est assuré de l’existence et
de l’unicité). Cette approximation ne fournit pas la solution exacte et elle comporte donc une erreur ;
l’analyse numérique est la branche des mathématiques qui étudie les méthodes de calcul approché comme
celles d’Euler ou de Runge-Kutta, pour tenter de les améliorer mais surtout pour en prévoir et en maitriser
les erreurs.
Cette formule est ce que l’on appelle un algorithme : elle permet de calculer, étant donné la condition
initiale (t0 , y0 ), la suite des points (ti , yi ) de proche en proche jusqu’au point (t = tn = t0 + nh, yn ), la
quantité yn étant la valeur approchée cherchée de la solution exacte y(t).
L’idée géométrique de la méthode d’Euler est très simple. Partons du point initial (t0 , y0 ) dans le plan
(t, y). La solution issue de ce point n’est pas connue mais le champs de vecteurs se déduit immédiatement
de l’équation différentielle ; en d’autres termes, on connait la tangente à la solution en ce point. On prend
alors simplement comme approximation de la solution jusqu’à l’instant suivant t1 = t0 + h sa tangente en
ce point. Si h n’est pas trop grand, l’erreur ne le sera pas trop non plus. Cette tangente a pour équation
y = f (t0 , y0 )t + C ste
h2 ′′
y(t1 ) = y(t0 ) + hy ′ (t0 ) + y (t0 ) + o(h2 ),
2
on voit que les deux premiers terme de ce développement sont précisément la valeur choisie pour y1 . On
a donc
h2
y(t1 ) = y1 + y ′′ (t0 ) + o(h2 ).
2
On voit donc que l’erreur commise sur un seul pas, y(t1 ) − y1 , est une quantité qui tend vers 0 lorsque h
tend vers 0 comme h2 . En d’autres termes, si l’on divise par dix le pas d’intégration h l’erreur est alors
divisée par cent (si h est assez petit).
Mais comme on fait des erreurs du même ordre à chaque pas, on peut montrer par un calcul semblable
que l’erreur globale, celle qui sera commise un fois parvenue au point t, est une erreur d’ordre h et non
plus d’ordre h2 : c’est intuitif si l’on observe que s’il y a n pas et si t − t0 = 1 par exemple, on accumulera
n = 1/h erreurs de taille de l’ordre de grandeur de h2 .
Finalement, on montre que l’erreur à l’instant t vaut yn − y(t0 + nh) = o(h). C’est pourquoi on dit
que la méthode d’Euler est une méthode d’ordre 1.
3.2. SOLUTIONS NUMÉRIQUES APPROCHÉES 15
Si l’on attache son attention aux graphes des solutions, représentés dans un plan (t, y), le théorème
précédent affirme que par tout point (t0 , y0 ) passe une unique courbe (t, y(t)) qui est le graphe d’une
solution de l’équation différentielle et qui est définie sur un intervalle I qui contient l’instant intial t0 . Le
graphe d’une solution s’appelle aussi une trajectoire de l’équation différentielle.
4.1.1 Unicité
Ce théorème garantissant l’unicité de la solution correspondant à une condition initiale y0 donnée,
on peut donc de parler de la solution de condition initiale y0 . Autrement dit, à deux conditions ini-
tiales différentes correspondent forcément deux solutions différentes pour toutes les valeurs antérieures et
postérieures de t. Géométriquement, cela signifie que deux trajectoires partant de deux points initiaux
différents ne peuvent ni se couper ni même se toucher.
17
18 CHAPITRE 4. EXISTENCE ET UNICITÉ DES SOLUTIONS
Le système de Lotka-Volterra
Jusqu’à présent nous avons étudié les équations différentielles en dimention 1 qui fournissent des
modèles dynamiques pour une quantité y(t) évoluant au cours du temps. Ce chapitre aborde le cas de
la dimension 2, c’est-à-dire des modèles dynamiques pour deux quantités (x(t), y(t)) qui évoluent en
interagissant l’une avec l’autre au cours du temps. Pour cela nous allons étudier successivement deux
exemples, le premier qui vient de l’écologie, le modèle de Lotka Volterra, a donné son nom à ce type de
système différentiel et un second qui vient de l’économie et s’appelle le modèle de Goodwin.
où les quatre constantes α1 , α2 , β1 et β2 sont respectivement le taux de croissance des proies, le taux de
(dé)croissance (naturelle) des prédateurs et les coefficients d’interaction entre les deux populations.
19
20 CHAPITRE 5. LE SYSTÈME DE LOTKA-VOLTERRA
ce qui permet de calculer des solutions avec Scilab. Si l’on trace les trajectoires dans le plan et aussi les
graphes des solutions en fonction du temps, on observe comme sur la figure ci-dessous que les trajectoires
sont fermées et que leurs deux composantes x(t) et y(t) sont périodiques.
Figure 5.1 – A gauche le graphe des effectifs des proies x(t) (en trait plein) et celui des prédateurs y(t)
(en pointillés), dans le cas où x(0) = 0.5 et y(0) = 0.3. A droite plusieurs trajectoires du système (5.1)
représentées dans le plan de phase (la trajectoire en gras est issue du point de coordonnées (0.5, 0.3) et
correspond aux deux graphes de gauche).
Il est intéressant de noter que les oscillations de la taille des deux populations ne sont pas dues à des
variations de leur environnement mais à leur interaction. En effet, en suivant ces évolutions sur la partie
gauche de la figure à partir de l’instant t = 0, on observe que la diminution du nombre de proies entraine,
avec un petit décalage dans le temps, une diminution du nombre de prédateurs qui en viennent à manquer
de nourriture, diminution qui, à son tour, rendra possible une nouvelle augmentation du nombre de proies
profitant de l’absence de prédateurs. Mais cette augmentation va permettre à son tour un redémarrage de
la croissance des prédateurs et ainsi de suite.
de diminuer α2 pour les mêmes raisons. Par ailleurs, les coefficients d’interactions β1 et β2 n’ont pas été
modifiés par l’arrêt de la pêche. L’équilibre (qui est aussi le point autour duquel les oscillations se font)
a donc été déplacé durant la période de guerre, la valeur d’équilibre des proies ayant diminué (avec α2 )
et celle des prédateurs ayant au contraire augmenté.
L
x :=
N
et la part des salaires dans le revenu national, noté z,
wL
z=
Y
où w représente le salaire moyen et donc wL le salaire total.
N ′ = nN (5.5)
— L’accroissement du capital (épargne) est égal au solde “revenus moins salaires” qui est ainsi supposé
entièrement réinvesti :
K ′ = Y − wL. (5.6)
1. Goodwin R.M. A growth cycle, in C.F. Feinstein ed. Socialism, capitalism and economic growth, Cambridge University
Press, 1967
22 CHAPITRE 5. LE SYSTÈME DE LOTKA-VOLTERRA
— Le taux d’accroissement du salaire moyen est une fonction croissante du taux d’emploi : c’est la loi
de Phillips 2 . Pour simplifier, on suppose ici que cette fonction croissante est simplement affine :
w′
= ax − b, a > 0 et b > 0 constantes. (5.7)
w
On déduit facilement 3 de ces cinq relations les deux équations différentielles qui gouvernent la dyna-
′
mique de z et de x. Tout d’abord on calcule, à partir de la définition de z, le rapport zz :
z′ w′ L′ Y′
= + − . (5.8)
z w L Y
Donc, de (5.7) et (5.4) on déduit une première équation
z′
= ax − b − µ. (5.9)
z
x′
Puis on calcule, à partir de la définition de x, le rapport x :
x′ L′ N′
= − . (5.10)
x L N
Donc, de (5.5), (5.3) et (5.4) on déduit :
x′ K′
= −µ + − n.
x K
K′ Y (1−z)
Mais comme, en appliquant (5.6) et (5.3), K = Y /v , on obtient une deuxième équation :
x′
= v(1 − z) − (µ + n). (5.11)
x
Finalement la dynamique du vecteur (x, z) est donc régie par le système différentiel suivant :
′
x = (v − (µ + n))x − vxz
(5.12)
z ′ = −(b + µ)z + axz
2. Phillips A.W. The relationship between unemployment and the rate of change of money wage rates in the United
Kingdom 1861-1957, Economica, vol 25, 1958
′ ′ ′ ′ ′ ′
3. Si γ = αβ alors γγ = αα + ββ , et de manière similaire si γ = α
β
alors γγ = αα − ββ . Ceci se démontre très facilement
γ′
en calculant la dérivée γ
de log(γ).
Chapitre 6
L’étude de l’exemple du système de Lotka Voterra montre qu’une bonne connaissance des équilibres
fournit des renseignements précieux sur le comportements des trajectoires proches. C’est ce que nous
allons voir, d’abord dans le cas des systèmes différentiels linéaires puis, dans le prochain chapitre, dans
le cas général des systèmes différentiels non nécessairement linéaires de dimension 2.
où f et g sont deux fonctions que l’on supposera lisses (c’est-à-dire continûment dérivables).
On appelle solution du système (6.1) un vecteur (x(t), y(t)) dont les deux coordonnées sont des
fonctions du temps qui vérifient le système différentiel, c’est-à-dire telles que l’on a x′ (t) = f (x(t), y(t))
et aussi y ′ (t) = g(x(t), y(t)). On appelle condition initiale la valeur de la solution à l’instant initial (que
l’on choisit souvent égal à 0), c’est-à-dire le vecteur (x(0), y(0)).
Par exemple pour le système différentiel suivant, appelé oscillateur harmonique,
′
x = −y
(6.2)
y′ = x
on peut vérifier facilement que, pour toutes les valeurs de r ≥ 0 et θ ∈ [0, 2π[, le vecteur (x(t), y(t)) =
(r cos(t − θ), r sin(t − θ)) est une solution du système et aussi que, parmi toutes ces solutions, celle qui
correspond à r = 2 et θ = 0, (x(t), y(t)) = (2 cos t, 2 sin t), est la solution du système de condition initiale
(2, 0).
Comme pour les équations différentielles, on peut rarement calculer les solutions exactes d’un système
différentiel. Mais, comme pour les équations différentielles, on peut montrer que pour assurer l’existence
et l’unicité des solutions du système de deux équations différentielles (6.1), étant donnée une condition
initiale (x(0), y(0)), il suffit que les fonctions f et g qui définissent l’équation soient de classe C ∞ . On peut
donc, à défaut de savoir calculer des solutions exactes, chercher à décrire le comportement des solutions
soit par une étude qualitative, soit en calculant des solutions approchées (ou, mieux encore, lorsque c’est
possible, en combinant les deux approches).
23
24 CHAPITRE 6. NOEUDS, COLS, FOYERS ET CENTRES
p
A noter que plus sa longueur kV k = x′ (t)2 + y ′ (t)2 est grande et plus la courbe est parcourue rapidement
par la dynamique associée au système.
Bien qu’on ne connaisse pas en général les trajectoires, on connait néanmoins leurs vecteurs tangent
V (x, y) en tout point puisqu’il est donné par le système différentiel V (x, y) = (f (x, y), g(x, y)). Au
système différentiel correspond donc un champs de vecteurs dans le plan. Et les courbes paramétrées
t 7→ (x(t), y(t)) qui sont solutions du système différentiel sont les courbes tangentes en chacun de leurs
points au vecteur de coordonnées (f (x, y), g(x, y)).
λ<0<µ Col
α=0 Centre
Un système différentiel (6.1) est dit linéaire lorsque les deux fonctions f et g sont des fonctions linéaires
de x et de y. Il s’écrit alors sous forme matricielle de la façon suivante :
′
x a b x x
= = A
y′ c d y y
où A est une matrice réelle 2 × 2. On supposera que A est non dégénérée, c’est-à-dire que 0 n’est pas
une valeur propre. On notera λ et µ les deux valeurs propres de A lorsqu’elles sont réelles et on notera
α ± iω ces deux valeurs propres de A lorsqu’elles sont complexes. On sait qu’il existe une base de R2 dans
laquelle l’application linéaire associée à A a pour matrice l’une des suivantes :
λ 0 λ 1 α ω
0 µ 0 λ −ω α
En notant U et V les coordonnées dans cette base, il est aisé de résoudre le système en U et V : dans
le premier cas on a (U, V ) = (eλt U0 , eµt V0 ), dans le second (U, V ) = eλt (U0 + tV0 , V0 ) et enfin dans le
troisième
U cos ωt sin ωt U0
= eλt .
V − sin ωt cos ωt V0
Il est dès lors facile d’en déduire le comportement des solutions. La figure 6.1 indique ce comportement,
selon les valeurs respectives de λ, µ et α, ainsi que les noms donnés par Poincaré à ces divers cas.
La classificiation de Poincaré permet de distinguer, pour les systèmes différentiels linéaires, leur nature,
selon qu’ils présente un noeud, un col, un foyer ou un centre ainsi que leur stabilité. On va voir à présent
qu’elle va aussi permettre de prédire le comportement local des trajectoires (et donc des solutions) de
tout système différentiel non linéaire, c’est-à-dire le comportement au voisinage des équilibres. En effet,
au voisinage de chaque équilibre, le système est localement linéaire. La nature d’un équilibre d’un système
non linéaire sera simplement la nature de son linéarisé au voisinage de cet équilibre.
c’est-à-dire un zéro commun de∗ f et g. Soit ε > 0 un très petit paramètre. Effectuer le changement de
∗ y−y
variables X := x−x ε , Y := ε revient à regarder à la loupe au voisinage de l’équilibre (x∗ , y ∗ ). En effet,
∗ ∗
lorsque x − x et y − y sont très petits, de l’ordre de ε, X et Y sont alors des grandeurs appréciables
et donc les dessins obtenus dans le plan (X, Y ) correspondent à l’image de points (x, y) très proches de
l’équilibre. Après calculs, on constate que le sytème obtenu sous la loupe peut s’écrire sous la forme
′
X = aX + bY + o1 (ε)
(7.2)
Y ′ = cX + dY + o2 (ε)
où o1 (ε) et o2 (ε) sont des expressions qui contiennent ε en facteur et qui donc tendent vers 0 avec ε. Si l’on
néglige ces termes, le système différentiel devient linéaire (cela signifie que quand on regarde à la loupe
un système différentiel au voisinage d’un de ses équilibres, on voit un système différentiel pratiquement
linéaire), c’est-à-dire qu’il peut s’écrire sous la forme
′
X a b X X
= = A
Y′ c d Y Y
La matrice A s’appelle la matrice jacobienne du système initial. On peut calculer facilement cette matrice
A à partir des dérivées partielles de f et g calculées au point d’équilibre (x∗ , y ∗ ). En effet on a
!
∂f ∗ ∗ ∂f ∗ ∗
∗ ∗ ∂x (x , y ) ∂y (x , y )
A = A(x , y ) = ∂g ∗ ∗ ∂g ∗ ∗
∂x (x , y ) ∂y (x , y )
On a vu que les équilibres d’une dynamique linéaire sont principalement de 4 types, noeuds, cols,
foyers et centres, les noeuds et les foyers se divisant eux-même en deux catégories selon qu’ils sont stables
ou instables. Par extension, on dit qu’un équilibre d’un système non linéaire est un noeud, un col, un foyer
ou un centre selon le type de son linéarisé. Le type de l’équilibre s’appelle sa nature. La connaissance de la
nature des équilibres d’une dynamique apporte souvent des renseignement précieux sur le comportement
des trajectoires au voisinage des points d’équilibre.
27
28 CHAPITRE 7. LINÉARISÉ D’UN SYSTÈME DIFFÉRENTIEL NON LINÉAIRE
coexistence des deux especes coexistence improbable: extinction de l’une des deux especes
2 1
0.8
1.5
0.6
y y
1
0.4
0.5
0.2
7.2 Exemples
A titre d’exemples, considérons les deux systèmes différentiels suivants :
′
x = (2 − x − 2y/3)x
(7.3)
y ′ = (2 − 2x/3 − y)y
′
x = (1 − x − 2y)x
(7.4)
y ′ = (1 − 2x − y)y
dont la figure ci-dessus représente les champs de vecteurs associé. Ces deux exemples présentent chacun 3
équilibres situés sur les axes de coordonnées, (0, 0), (0, 2), (2, 0) et un quatrième équilibre de coordonnées
( 56 , 65 ) dans le premier exemple et de coordonnées ( 13 , 13 ) dans le second. On détermine la nature de ces
équilibres en linéarisant le système au voisinage de chacun de ces équilibres et en calculant, dans chaque
cas, les valeurs propres de la matrice jacobienne A trouvée. On peut ensuite controler en vérifiant si la
nature trouvée est compatible avec ce que l’on peut voir sur la figure. On établit ainsi que le quatrième
équilibre est un noeud stable dans le premier système et un col dans le second.
Ce système (7.5) présente deux équilibres, l’origine (qui n’a guère d’intérêt dans ce modèle) et l’équilibre
(α1 /β1 , α2 /β2 ) autour duquel tournent les autres trajectoires. Un examen du linéarisé du système montre
que le premier est un col (deux valeurs propres réelles de signe opposé) et le second un centre (deux
valeurs propres imaginaires pures).
Mais bien que le système (5.1) ait un équilibre dont le linéarisé est un centre, rien ne permet, à priori,
d’affirmer que ses solutions sont périodiques, c’est-à-dire que l’équilibre (α1 /β1 , α2 /β2 ) est effectivement
7.3. LE CAS OÙ LE LINÉARISÉ EST UN CENTRE : 29
un centre et non un foyer. Pour s’en assurer, on a recours à l’existence d’une intégrale première pour ce
système.
Définition : Soient ((x(t), y(t)) la dynamique de deux espèces comme par exemple les proies et les
prédateurs du système de Lotka Volterra, on dit que la fonction H(x, y) est une intégrale première ou loi
de conservation de cette dynamique lorsque la quantité H(x(t), y(t)) reste constante au cours du temps.
Par exemple si l’on considère la dynamique de l’oscillateur harmonique, dont les solutions sont de
la forme (x(t), y(t)) = (r cos t, r sin t), la fonction H(x, y) = x2 + y 2 est une loi de conservation puisque
H(x(t), y(t)) = r2 .
Dans le cas du système de Lotka-Volterra (5.1), il n’est pas difficile de vérifier que la fonction suivante
est une loi de conservation :
H(x, y) = α1 ln y − β1 y + α2 ln x − β2 x.
Il suffit en effet de calculer le produit scalaire du gradient de H par le champs de vecteur (x′ (t), y ′ (t))
qui est donné par le système différentiel.
L’importance des lois de conservation pour l’étude des systèmes différentiels comme ceux de Lotka-
Volterra est facile à comprendre. Dès que la fonction H est connue, on peut, en utilisant ses dérivées
partielles, tracer ses courbes de niveau et en déduire les trajectoires de la dynamique. Alors qu’une
étude qualitative permet de prévoir l’oscillation des deux populations (car les trajectoires tournent dans
le plan (x, y)), elle ne permet pas de s’assurer que la dynamique est réellement périodique, c’est-à-
dire que les trajectoire se referment effectivement après un tour. Au contraire cette information découle
immédiatement de l’existence de la loi de concervation H.
30 CHAPITRE 7. LINÉARISÉ D’UN SYSTÈME DIFFÉRENTIEL NON LINÉAIRE
Chapitre 8
Dynamiques de populations
structurées en âges
Exemple : Pour commencer examinons un exemple. Il s’agit d’une population de rongeurs ayant un
cycle de reproduction de 3 ans. On ne considère ici que la sous-population formée des individus femelles.
On suppose que chaque femelle donne en moyenne naissance à 6 femelles durant sa deuxième année et à
10 femelles durant sa troisième année. Cependant, seul un rongeur sur deux survit au dela de sa première
année et seul 40% de ceux qui survivent la deuxième année survivront jusqu’à la troisième année.
Si l’on désigne respectivement par j(t), p(t) et a(t) les effectifs à l’instant t des femelles juvéniles,
des femelles préadultes (rongeurs de 1 an) et des femelles adultes (rongeurs de 2 ans), les informations
précédentes peuvent s’écrire :
j(t + 1) = 6p(t) + 10a(t)
p(t + 1) = 0, 5j(t) (8.1)
a(t + 1) = 0, 4p(t)
Ces formules (8.1) permettent, à partir des effectifs initiaux des trois classes, (j0 , p0 , a0 ), de calculer les
effectifs (j1 , p1 , a1 ) à l’instant suivant t = 1, puis, (j2 , p2 , a2 ) à l’instant t = 2 et ainsi de suite. Si l’on
désigne par N (t) = j(t) + p(t) + a(t) l’effectif total de la population à l’instant t (et donc N0 l’effectif
initial), on peut également calculer à partir de (8.1) les termes successifs de la suite (N (t)), ce qui permet
d’apréhender aussi la dynamique de cette population dans son ensemble. Pour avoir une idée du taux de
croissance de chacune des classes, on peut calculer les quotients j(t+1) p(t+1) a(t+1)
j(t) , p(t) et a(t) pour t = 0, 1, 2, ...
mais le résultat est très irrégulier et on voit mal sur ces premiers termes quel taux de croissance on
pourrait retenir pour rendre compte de la dynamique de ces différentes classes d’age. Et si l’on considère
la population dans son ensemble, les quotients NN(t+1) (t) ne sont pas plus réguliers.
Par contre si on laisse le temps augmenter, on constate que ces taux tendent tous vers la même valeur
λ, ici λ = 2, c’est-à-dire qu’après un certain temps, la dynamique considérée consiste simplement en
une multiplication par un facteur 2 des effectifs de chaque classe d’une période à la suivante. Ce facteur
multiplicatif, qui correspond à un taux de croissance asymptotique peut être calculé facilement comme
nous allons le voir.
31
32 CHAPITRE 8. DYNAMIQUES DE POPULATIONS STRUCTURÉES EN ÂGES
Si l’on s’intéresse maintenant non plus à la dynamique des effectifs mais à l’évolution au cours
du temps de la répartition des individus entre les diverses classes, on peut aussi calculer, à partir
de la répartition initiale des individus selon ces trois classes v0 = N10 (j0 , p0 , a0 ) l’évolution de cette
répartition au cours du temps v(t) = N1(t) (j(t), p(t), a(t)). On constate que cette répartition tend vers
1
une répartition asymptotique qui est celle du vecteur v = 130 (100, 25, 5), c’est-à-dire la répartition
100 25 5
( 130 , 130 , 130 ) ≃ (0.77, 0.192, 0.038). Cette répartition particulière a en outre la propriété remarquable
que, sur une population initiale répartie de cette façon, la dynamique est exactement le comportement
asymptotique indiqué plus haut, à savoir une multiplication des effectifs par 2.
On peut écrire le modèle précédent en utilisant une notation matricielle de la façon suivante :
j(t + 1) 0 6 10 j(t)
p(t + 1) = 0, 5 0 0 · p(t)
a(t + 1) 0 0, 4 0 a(t)
Si l’on introduit une notation vectorielle X(t) pour le vecteur colonne des effectifs des trois classes à
l’instant t, et un nom L pour cette matrice, la dynamique peut donc se réécrire d’une façon qui est très
semblable aux dynamiques linéaires d’une population à une seule classe :
X(t + 1) = L · X(t). (8.2)
La matrice L est un exemple de matrice de Leslie.
On appelle plus généralement matrice de Leslie toute matrice de la forme
f1 f2 f3 ... fn
p1 0 0 ... 0
0 p2 0 . . . 0
... ... ... ... ...
0 . . . . . . pn−1 0
Elle permet de modéliser par la dynamique (8.2) une population structurée en n classes d’age : la première
ligne contient les coefficients de fertilité de chaque classe d’age f1 , f2 , ...fn et la sous diagonale les
probabilités (ou taux) de survie p1 , p2 , ...,pn−1 d’une classe d’age à la suivante. Les matrices de Leslie
ont tous leurs coefficients positifs ou nuls (mais elles ne sont pas pour autant des matrices stochastiques
car elles n’ont pas généralement la somme des coefficients de leurs lignes égale à 1).
Exercice 1 : Une scientifique étudie une colonie de souris. Elle note qu’elles produisent en moyenne
une fille par femelle pendant leur première année de vie et 8 pendant leur seconde année. Elle note
aussi qu’elles sont seulement 25% à survivre une seconde année et aucune ne survivra au delà.
1. Ecrire le système dynamique modélisant cette population de souris en indiquant quelle est la
matrice de Leslie L du système. Cette matrice est-elle primitive ?
2. Pour une population initiale de 10 souris, toutes de la première classe d’âge, que pouvez-vous
dire de l’évolution du système ?
Exercice 2 : Pour la matrice suivante, calculer L2 et L3 et en déduire qu’elle n’est pas primitive.
Calculer les images successives Ln V d’un vecteur V quelconque par cette matrice.
0 1 0
L= 0 0 1
1 0 0
Exercice 3 : On reprend le même exercice sur une population de saumons femelles que dans le TP
6, mais avec cette fois pour matrice
0 0 2000
L = 0, 005 0 0
0 0, 1 0
1. Préciser quel est le sens des 3 coefficients non nuls de cette matrice.
2. Etant donnée une population initiale de 1000 individus pour chacune des 3 classes d’age,
calculer combien y aura-t-il d’ individus pour chaque classes d’age au temps t = 1, puis aux
temps t = 2 et t = 3. Qu’en déduisez-vous pour sa dynamique pour t ≥ 3 ?
3. Pensez-vous qu’on puisse appliquer le théorème de Perron-Frobenius à cette dynamique ?
Exercice 4 : A bird species has a maximum life span of 3 years. On average, each pair of birds in
their first year will produce 2 offsprings. A typical sample of 8 birds in their 2nd year will produce
a total of 15 more offsprings. only 40% of birds in their first year will survive to their 2nd year
and only 30% in their 2nd year will survive to their third year. Survival rates do not depend on
gender.
Describe how this bird population evolves over time. In particular, describe whether the population
remains stable, decreases or increases and at what rate. Furthermore, if possible, describe the
relative proportions of each age group after a number of years have passed.
34 CHAPITRE 8. DYNAMIQUES DE POPULATIONS STRUCTURÉES EN ÂGES
Chapitre 9
Nous avons étudié jusqu’ici des équations différentielles et des systèmes de deux équations différentielles
pour lesquels nous avons présenté notamment la classification de Poincaré. Cette classification, et plus
généralement l’ensemble des méthodes d’étude que nous avons présentées, se généralisent à des systèmes
à n équations. Bien entendu en dimension n les dynamiques sont souvent beaucoup plus complexes ce
qui rend par exemple une étude qualitative souvent trop difficile. Nous allons voir que cela n’empêche
pas néanmoins l’étude de ces systèmes.
35
36 CHAPITRE 9. SYSTÈMES DIFFÉRENTIELS EN DIMENSION N
Les systèmes linéaires sont importants puisqu’ils fournissent des approximations locales de la dyna-
mique d’un système non linéaire au voisinage de ses équilibres.
On peut vérifier facilement que l’ensemble des solutions d’un système (9.3) forment un espace vectoriel
de dimension n et donc, si l’on connait n solutions linéairement indépendantes, on peut calculer n’importe
quelle solution (comme combinaison linéaire de ces n solutions. Il est le plus souvent facile de calculer une
base de l’espace des solutions dès que l’on connait le spectre de A, c’est-à-dire l’ensemble de ses valeurs
propres. On a le résultat important suivant :
La preuve est facile puisqu’il est possible de calculer les solutions explicitement : en effet, si λ1 , λ2 , . . . , λn
sont les n valeurs propres de A (supposées distinctes) de vecteurs propres V1 , V2 , . . . , Vn , alors les n vec-
teurs eλ1 t V1 , eλ2 t V2 , . . . , eλn t Vn forment une base de l’ensemble des solutions.
Théorème 3 Si un système (9.1) possède un équilibre M ∗ , cet équilibre est asymptotiquement stable
(c’est-à-dire que toute solution issue d’un point suffisamment proche de l’équilibre tend vers l’équilibre
quand t tend vers l’infini) si et seulement si toutes les valeurs propres de son linéarisé en ce point M ∗
ont leurs parties réelles strictement négatives.
A noter que ce théorème donne des informations sur la dynamique du système non linéaire mais
elle n’est valable qu’au voisinage de ses équilibres. C’est pour cela qu’on appelle ce critère un critère de
stabilité locale.
Pour étendre ces informations locales au dela d’un petit voisinage de l’équilibre et montrer par exemple
la stabilité d’un équilibre dans une région D contenant l’équilibre, l’une des rares méthodes à notre
disposition est l’utilisation d’une fonction de Lyapounov.
Fonctions de Lyapounov
On appelle fonction de Liapounov du système (9.1) dans un domaine D ⊆ Rn contenant un équilibre
M , une fonction Φ : D → R, continument dérivable sur D qui présente un minimum au point M ∗
∗
et qui soit décroissante sur les trajectoires du système, c’est-à-dire telle que Φ(x(t)) soit une fonction
décroissante de t.
Comme on a
∂Φ ′ ∂Φ ′ ∂Φ ∂Φ
(Φ(x(t)))′ = x (t) + . . . + x (t) = f1 (x(t)) + . . . + fn (x(t)),
∂x1 1 ∂xn n ∂x1 ∂xn
cette décroissance s’éxprime par le fait que l’inégalité Grad(Φ) · f (x) ≤ 0 doit être satisfaite pour tout
x ∈ D. Géométriquement cela signifie que les trajectoires du système descendent les surfaces de niveau de
la fonction de Liapounov Φ, ce qui les conduit donc inéluctablement, lorsque t augmente, vers le minimum
de Φ dans le domaine D qui est l’équilibre M ∗ du système différentiel.
Exercice Le modèle suivant est appelé le modèle d’exclusion compétitive. Il modélise la compétition
entre n entreprises qui se partagent un marché. On désigne par x1 (t), x2 (t), .... , xn (t) la part de marché
détenue à l’instant t par chacunes d’elles. Le taux de croissance de chaque entreprise comporte une part
9.4. LOI DE CONSERVATION OU INTÉGRALE PREMIÈRE : 37
de croissance propre x′i (t) = βi xi (t) (βi représente le taux naturel de croissance propre de l’entreprise en
l’absence de compétiteurs) mais sa croissance est limitée (un peu comme dans un modèle logistique) par
la concurrence des autres à travers un terme x′i (t) = −γi Fi (x(t))xi (t) qu’on supposera ici linéaire pour
simplifier F (x) = α1 x1 + . . . + αn xn . Ceci conduit au système suivant :
′
x1′ = (β1 − γ1 F (x)) x1
x2 = (β2 − γ2 F (x)) x2
(9.4)
.... = ...................
′
xn = (βn − γn F (x)) xn
βi
Montrer que, si l’on suppose que les γi sont tous différents, une seule entreprise, celle qui a le plus
grand coefficient βγii , supposons que ce soit celle qui porte le numéro i = 1, va survivre, les n − 1 autres
étant conduites à la disparition. Cela se traduit par la présence d’un unique équilibre stable dont toutes
les coordonnées sont nulles sauf la première. On pourra vérifier pour cela que, sous les hypothèses faites,
la matrice jacobienne du système est une matrice triangulaire avec des coefficients nuls sous la diagonale
et des coefficients strictement négatifs sur la diagonale.
H(x, y) = α1 ln y − β1 y + α2 ln x − β2 x.
Il suffit en effet de calculer le produit scalaire du gradient de H par le champs de vecteur (x′ (t), y ′ (t))
qui est donné par le système différentiel.
L’importance des lois de conservation pour l’étude des systèmes différentiels comme ceux de Lotka-
Volterra est facile à comprendre. Dès que la fonction H est connue, on peut, en utilisant ses dérivées
partielles, tracer ses courbes de niveau et en déduire les trajectoires de la dynamique. Alors qu’une
étude qualitative permet de prévoir l’oscillation des deux populations (car les trajectoires tournent dans
le plan (x, y)), elle ne permet pas de s’assurer que la dynamique est réellement périodique, c’est-à-
dire que les trajectoire se referment effectivement après un tour. Au contraire cette information découle
immédiatement de l’étude de H.
Exercices :
1. En prenant les valeurs particulières des paramètres (5.2), faire l’étude qualitataive du système,
calculer le linéarisé au voisinage de ses deux équilibres, en déduire la nature de l’un d’eux puis
vérifier que H est bien une intégrale première et en déduire la nature du deuxième.
Exercices :
1. Montrer que le système de Goodwin (5.12)possède effectivement des solutions périodiques et expli-
quez les oscillations du taux d’emploi de la main d’oeuvre et de la part des salaires dans le revenu
national durant un cycle économique.
2. Pour le système de Lotka Voltera perturbé (par un paramètre α) étudié en TP, calculer le signe
de la dérivée par rapport à t de la quantité H(x(t), y(t)) en fonction du paramètre α et en déduire
une nouvelle façon de prouver la stabilité de l’équilibre (la fonction H s’appelle une fonction de
Liapounov du système perturbé).
38 CHAPITRE 9. SYSTÈMES DIFFÉRENTIELS EN DIMENSION N
Chapitre 10
la valeur absolue de k est plus grande ou plus petite que 2, et surtout que l’équilibre (0, 0) est stable ou
instable selon que k est positif ou négatif. Le cas k = 0 est une centre : toute les solutions sont périodiques
et correspondent aux solutions x = r cos(t + φ), où r et φ sont des constantes arbitraires. Le cas k = 0
s’appelle de ce fait l’oscillateur linéaire.
Exercice : Démontrez ce qui vient d’être affirmé sur la nature du système (10.2) dans la classification
de Poincaré ainsi que sur les solutions lorsque k = 0.
39
40 CHAPITRE 10. L’ÉQUATION DE VAN DER POL
Figure 10.1 – Le cycle du système de Van der Pol. Le champ est vertical sur la cubique d’équation
y = F (x).
Figure 10.2 – Le cycle du système de Van der Pol. Le champ est vertical sur la cubique d’équation
y = Fa (x). Les valeurs de a sont, de gauche à droite et de haut en bas, 1.0, 0.5, 0.2, 0.1, 0, et −0.5. On
observe que, tant que a > 0, il subsiste un cycle, dont la taille diminue progressivement avec a. Ce cycle
est de moins en moins attractif et les autres trajectoires s’en distinguent de plus en plus. Lorsque a = 0
le cycle disparaı̂t est devient un équilibre stable, mais faible, au point que la portion de trajectoire tracée
(pour une durée de 50) reste clairement à l’écart de l’équilibre (0, 0). Lorsque a < 0 l’équilibre devient
plus attractif. Cette disparition d’un cycle-limite par diminution de sa taille et son remplacement par un
équilibre stable s’appelle une bifurcation de Hopf.