Asthme chez l'enfant et le nourrisson
Asthme chez l'enfant et le nourrisson
L’asthme est la plus fréquente des maladies chroniques chez l’enfant. Le diagnostic est le plus sou-
vent facile sur la survenue d’épisodes de dyspnée expiratoire avec sibilants réversibles spontanément ou
sous l’effet de bronchodilatateurs. Les radiographies de thorax, l’exploration fonctionnelle respiratoire et
l’enquête allergologique constituent l’essentiel des examens complémentaires nécessaires au moment du
diagnostic. Le traitement des exacerbations repose sur les 2-adrénergiques inhalés et si besoin la cortico-
thérapie orale. Le traitement de fond a pour but de limiter les exacerbations, les symptômes intercritiques
et les besoins en bronchodilatateurs de secours, de restaurer ou maintenir des fonctions pulmonaires
normales. Il doit être adapté au niveau de contrôle l’asthme, et fait une place de choix à la corticothéra-
pie inhalée et aux bronchodilatateurs de longue durée d’action. Chez le nourrisson, on parle d’asthme
à partir de trois épisodes de bronchiolite. Des antécédents particuliers, des manifestations atypiques ou
persistantes, des anomalies à la radiographie de thorax sont à rechercher pour éliminer les autres causes
de manifestations sifflantes récidivantes. Le traitement de fond, lorsqu’il est nécessaire, repose sur la cor-
ticothérapie inhalée. Les cohortes prospectives ont permis de montrer que l’atopie, la sévérité clinique et
la persistance d’une obstruction clinique sont les facteurs principaux à la fois de persistance et de sévérité
de l’asthme au cours de la vie.
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Plan Introduction
■ Introduction 1 L’asthme est la plus fréquente des maladies chroniques
■ Asthme de l’enfant 1 de l’enfant. La prévalence est estimée entre 8 et 10 % [1, 2] .
Définition 1 L’asthme doit être considéré comme la résultante de l’action de
Diagnostic 2 l’environnement sur un terrain prédisposé. Ainsi, le rôle protec-
Prise en charge 4 teur du mode de vie rural dans les toutes premières années de
Mesures hors médicaments 7 vie a pu être démontré [3] . Par ailleurs, les études sur la génétique
Facteurs de persistance de l’asthme de l’enfant à l’adulte 7 de l’asthme ont permis d’identifier des gènes de susceptibilité.
■
Les progrès concernant les mécanismes physiopathologiques ainsi
Asthme du nourrisson 8
que l’amélioration des stratégies thérapeutiques axées sur le trai-
Définition 8
tement de l’inflammation doivent permettre désormais à l’enfant
Manifestations cliniques 8
asthmatique de mener une vie (quasi) normale tout en préservant
Diagnostic positif et diagnostic différentiel 8
ou en restaurant son capital respiratoire. En France, la mortalité
Prise en charge 9
par asthme a diminué au cours de ces dernières années. En 2005,
Devenir de l’asthme du nourrisson 10
le taux de mortalité chez les moins de 15 ans était de 0,1 pour
■ Asthme sévère 10 100 000 habitants chez les garçons et chez les filles, soit huit décès
Définition et phénotypes 10 dont trois chez des enfants de 1 à 4 ans et cinq chez des enfants
Explorations de l’asthme sévère 10 de 10 à 14 ans. L’asthme du grand enfant prend son allure carac-
Prise en charge 11 téristique à partir de 2 ou 3 ans. Avant 3 ans, on parle d’asthme
■ Particularités 11 du nourrisson.
Asthme et infections virales 11
Asthme et rhinite 11
Asthme et sport
Asthme et école. Écoles de l’asthme
11
12
Asthme de l’enfant
Asthme et qualité de vie 12
Définition
■ Pronostic à long terme de l’asthme 12
■ Conclusion 12 La définition de l’asthme de l’enfant est superposable à celle
de l’adulte. L’asthme est « une maladie inflammatoire chronique
Tableau 1.
Classification de la sévérité d’une exacerbation [1] .
Légère Modérée Sévère Arrêt
respiratoire
imminent
Dyspnée En marchant En parlant (nourrisson : Au repos (nourrisson : refus
Peut s’allonger pleurs + brefs, difficultés alimentation)
d’alimentation) Assis
Préfère la position assise
Élocution Tient une conversation Phrases Quelques mots
Fréquence respiratoire a Augmentée Augmentée Augmentée
Tirage Non Oui Intense Balancement
thoracoabdominal
Sibilants Modérés, en fin d’expiration Importants Aux deux temps Abolis
Conscience Agitation possible Agitation fréquente Agitation fréquente Somnolent ou
confus
Fréquence cardiaque b Normale 100–120/min > 120/min Bradycardie
c
Tension artérielle Normale Normale Abaissée Abaissée
Pouls paradoxal Absent Parfois présent : Souvent présent : Absence, traduit
< 10 mmHg 10–15 mmHg 20–40 mmHg un épuisement
SpO2 ≥ 95 % 91–94 % < 91 %
DEP post-2 ≥ 80 % 50–80 % < 50 % ou réponse aux
(en pourcentage de la bronchodilatateurs
théorique ou de la meilleure se maintient < 2 h
valeur personnelle)
Gazométrie Inutile Généralement inutile
PaO2 Normale > 60 mmHg < 60 mmHg
PaCO2 < 42 mmHg < 42 mmHg > 42 mmHg
SpO2 : saturation partielle en oxygène ; DEP : débit expiratoire de pointe ; PaO2 : pression partielle en oxygène ; PCO2 : pression partielle en gaz carbonique.
a
FR normale chez l’enfant éveillé : avant 2 mois, inférieure à 60/min ; de 2 à 12 mois, inférieure à 50/min ; de 1 à 5 ans, inférieure à 40/min ; de 6 à 8 ans, inférieure à
30/min.
b
FC normale chez l’enfant : de 2 à 12 mois, inférieure à 160/min ; de 1 à 2 ans, inférieure à 120/min ; de 2 à 8 ans, inférieure à 110/min.
c
Normes tension artérielle systolique-diastolique en mmHg : de 3 à 5 ans, 68–36 ; de 6 à 8 ans, 78–41 ; de 10 à 11 ans, 82–44.
des voies aériennes... Chez les sujets prédisposés, cette inflam- épidémiologique, l’exacerbation sévère est définie par la nécessité
mation entraîne des symptômes récidivants de sifflements, de prise de corticoïdes oraux ou un recours aux soins (consulta-
d’essoufflement et de toux particulièrement la nuit et au petit tion en urgence, hospitalière ou non, hospitalisation) [5] . L’asthme
matin. Ces symptômes sont généralement associés à une obstruc- aigu grave (anciennement état de mal asthmatique) est une exa-
tion diffuse mais variable des voies aériennes qui est au moins cerbation qui ne répond pas au traitement ou dont l’intensité
partiellement réversible soit spontanément, soit sous traitement. est inhabituelle dans son évolution ou sa symptomatologie. Les
L’inflammation entraîne également une augmentation de la réac- facteurs de risque sont résumés dans le Tableau 2.
tivité des voies aériennes à une multitude de stimuli. » [4] . Les symptômes de courte durée (toux, sibilants ou tachypnée)
qui nécessitent la prise ponctuelle de bronchodilatateurs de courte
durée d’action (BDCA) reflètent le contrôle au quotidien de
Diagnostic l’asthme.
L’interrogatoire recherche un facteur déclenchant : infections
Diagnostic positif
virales (en particulier les rhinovirus), contacts allergéniques, exer-
Manifestations cliniques cice physique mal contrôlé, émotions, stress, pollution (incluant
Manifestations habituelles. Les manifestations cliniques de la fumée de cigarette), changement de temps, de climat. Certaines
l’asthme étaient habituellement décrites sous le terme de crise circonstances sont également à risque : rentrée scolaire, voyages,
d’asthme, définie comme un accès paroxystique quelle qu’en soit retour au domicile après les vacances, retour de séjour climatique,
la durée. On doit désormais distinguer les exacerbations des symp- etc.
tômes chroniques. Chez un enfant asthmatique connu, des clichés de thorax ne
L’exacerbation est définie comme la présence de symptômes sont pas systématiques lors d’une crise modérée. Ils montreraient
aigus qui durent plus de 24 heures et qui nécessitent un une distension thoracique avec de face une horizontalisation des
changement de traitement. Le plus souvent, ces manifestations côtes, un aplatissement du diaphragme et une augmentation du
s’installent progressivement, souvent précédées de prodromes qui nombre d’arcs antérieurs se projetant sur le champ pulmonaire
varient d’un enfant à l’autre mais sont pratiquement toujours les (au moins sept arcs antérieurs des côtes), de profil une accentua-
mêmes pour un même enfant : rhinorrhée claire aqueuse, toux tion de l’espace clair rétrosternal et rétrocardiaque, ainsi qu’une
sèche et quinteuse. Les principaux symptômes sont une toux mauvaise vidange expiratoire. En revanche, dès qu’une crise est
initialement sèche, des sibilants, une tachypnée, une dyspnée sévère, fébrile ou qu’un symptôme clinique inhabituel survient,
avec un allongement du temps expiratoire, des signes de lutte, des clichés de thorax sont nécessaires pour rechercher une compli-
une distension thoracique, un encombrement bronchique, une cation.
tachycardie ; dans les formes les plus sévères peuvent apparaître Manifestations atypiques.
des troubles de conscience, une cyanose, un pouls paradoxal. La Formes compliquées. Troubles de ventilation. Un bouchon
réponse initiale aux bronchodilatateurs, la nature et l’intensité des muqueux peut obstruer une bronche segmentaire ou lobaire
symptômes permettent de classer l’exacerbation en légère, modé- (en particulier la lobaire moyenne), plus rarement une bronche
rée ou sévère (Tableau 1). D’un point de vue pratique mais aussi souche, et être responsable d’une atélectasie ou d’un emphysème
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Débuter le traitement
à domicile
BDCA en nébulisation
BDCA : une bouffée pour 2 kg
Oxygénothérapie ou en aérosol doseur avec
(maximum 10 bouffées) avec
Si faible ampliation BDCA : une chambre d’inhalation
chambre d’inhalation
ou MV aboli : nébulisation toutes les À répéter toutes les 15 à
À répéter toutes les
terbutaline 15 à 20 minutes ou en 20 minutes
15 à 20 minutes
s.c.,10 µg/kg nébulisation continue Minimum 3 fois dans l’heure
jusqu’à normalisation
Corticoïde oral ou i.v. Corticoïde oral si facteur d’AAG
Transport médicalisé
Réévaluer à h1
Hospitalisation
Figure 1. Arbre décisionnel. Prise en charge initiale (première heure) d’une exacerbation d’asthme à domicile ou à l’hôpital. AAG : asthme aigu grave ;
MV : murmure vésiculaire ; BDCA : bronchodilatateur de courte durée d’action, s.c. : voie sous-cutanée ; i.v. : voie intraveineuse.
Mauvaise
Incomplète DEP < 50 %
Excellente DEP 50–70 % Détresse respiratoire
Examen normal Détresse respiratoire Oxygénodépendance
Oxygénodépendance Patient à risque
Normo- ou hypercapnie
Réévaluation à h4 : Hospitalisation ou
retour à domicile ou hospitalisation réanimation
Figure 2. Arbre décisionnel. Prise en charge d’une exacerbation d’asthme après la première heure. DEP : débit expiratoire de pointe (en pourcentage de
la valeur théorique) ; BDCA : bronchodilatateur de courte durée d’action.
• pour la terbutaline, 0,1 à 0,2 mg/kg (maximum 5 mg soit une La corticothérapie à utiliser est la prednisone ou la predniso-
dosette de 2 ml). lone (1 à 2 mg/kg), ou la bêtamétasone (0,15 à 0,3 mg/kg) en une
Les nébulisations sont répétées toutes les 20 minutes avec au prise par jour pour une durée de 3 à 5 jours.
minimum trois nébulisations dans l’heure. L’administration de Les antibiotiques sont généralement inutiles.
BDCA en aérosols doseurs couplés à une chambre d’inhalation,
à la dose d’une bouffée pour 2 kg de poids sans dépasser dix
bouffées, a la même efficacité dans les exacerbations modérées
à sévères.
Objectifs du traitement de fond
Les nébulisations d’ipratropium (Atrovent® , 0,25 mg jusqu’à La prise en charge d’un enfant asthmatique a pour objec-
6 ans ou 0,5 mg après 6 ans), sont réservées aux exacerbations tifs de limiter les exacerbations, les symptômes intercritiques
sévères, associées aux BCDA. et les besoins en 2-adrénergiques de secours, de permettre à
Les BDCA injectables sont représentés par la terbutaline par voie l’enfant de participer aux activités familiales, scolaires, sportives
sous-cutanée (à partir de 2 ans) à la posologie de 10 g/kg ou le et sociales, de normaliser et maintenir des fonctions respi-
salbutamol par voie intraveineuse avec une dose de charge de 1,5 ratoires normales, et d’amenuiser les variations circadiennes
à 5 g/kg sur trois minutes. du DEP [4, 6] .
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Tableau 5.
Définition du contrôle de l’asthme chez l’enfant de plus de 3 ans (d’après [1] ). L’évaluation de l’asthme au quotidien porte préférentiellement sur les 4 dernières
semaines, les exacerbations sur la dernière année.
Asthme contrôlé Asthme partiellement contrôlé Asthme non contrôlé
Tous les items sont valides Au moins un item présent ≥ 3 items du contrôle
n’importe quelle semaine partiel présents
pendant la période étudiée n’importe quelle
Symptômes diurnes Aucun (≤ 2/sem) > 2/semaine semaine pendant la
période étudiée
Limitation des activités Aucune Oui
Symptômes/réveil nocturnes Aucun Oui
2 de secours Aucun (≤ 2/semaine) > 2/semaine
VEMS ou DEP > 80 % prédit < 80 % prédit
Exacerbations (nécessitant une ≤ 1 / an > 1 dans l’année 1 crise n’importe quelle semaine
corticothérapie orale) pendant la période étudiée
de même que la survenue de symptômes jusqu’à deux fois par bronchique. La réduction de la charge allergénique, en acariens
semaine, pour accepter un asthme bien contrôlé. Cependant, le en particulier, permet de réduire la symptomatologie, la consom-
contrôle total défini par l’absence de symptômes et par une fonc- mation médicamenteuse et l’hyperréactivité bronchique.
tion respiratoire normale doit être l’objectif chez l’enfant. De nombreuses techniques sont proposées pour réduire
Le traitement est adapté au contrôle [10] . La Figure 3 montre l’exposition aux pneumallergènes [14] , comme pour les acariens :
les différents niveaux de traitement selon le contrôle et la charge • diminution de l’humidité relative (aération, ouverture des
thérapeutique. Ainsi, chez un enfant non contrôlé malgré un trai- fenêtres en climats tempérés, déshumidification et climatisa-
tement par CI à faible/moyenne dose, le choix préférentiel est tion en régions chaudes et humides) ;
d’y associer un BDLA, les alternatives de doubler la dose de CI • utilisation d’une literie synthétique ;
ou d’y associer un antileucotriène. Si l’asthme est bien contrôlé • utilisation de housses antiacariens ;
cliniquement et fonctionnellement depuis 2 à 3 mois, il est pro- • lavage régulier des draps à une température supérieure à 55 ◦ C,
posé de diminuer la CI par paliers de 25 à 50 % en fonction de l’utilisation d’aspirateurs munis de filtres spéciaux ;
la posologie initiale, avec pour objectif de maintenir le contrôle • suppression des tapis, tentures et moquettes, ou leur nettoyage
total de l’asthme. L’objectif est la dose minimale efficace. Lors de régulier par des acaricides, voire utilisation de produits textiles
la décroissance, le passage à une monoprise peut être envisagé ayant incorporé un acaridide. L’efficacité de ces produits en
pour favoriser l’observance. condition réaliste reste cependant débattue.
Quand l’asthme paraît insuffisamment contrôlé, il est impor- Le contrôle de l’environnement comporte également :
tant avant de renforcer le traitement de rechercher un défaut • la lutte contre les blattes, difficile à mettre en œuvre car le
d’observance, une technique d’inhalation défectueuse, un mau- plus souvent la contamination des logements provient des
vais contrôle de l’environnement (cf. infra). autres logements adjacents nécessitant un traitement de tout
La clinique et les EFR restent la référence de la surveillance de l’immeuble ;
l’enfant asthmatique. Le contrôle doit être évalué à chaque consul- • la limitation des contacts allergéniques extérieurs, en particulier
tation. Il peut être aidé par des questionnaires tels que l’asthma les pollens ;
control test qui a fait l’objet d’une traduction en français et qui est • l’éviction des animaux domestiques auxquels l’enfant est aller-
disponible pour les tranches d’âge 4 à 11 ans et au-delà de 11 ans. gique ;
Il évalue le contrôle sur les quatre dernières semaines. • la lutte contre les moisissures, dont la multiplication est favo-
Les EFR doivent être réalisées régulièrement. En cas d’asthme risée par l’environnement humide (et les humidificateurs) ;
bien contrôlé et chez un enfant recevant des faibles doses de CI, • la lutte contre le tabagisme passif.
ce contrôle peut être annuel. Dans les autres cas, il doit être bi-
ou trisannuel. Seules les EFR permettent de détecter l’apparition
d’une obstruction intercritique non ressentie par l’enfant. Immunothérapie
Des stratégies de surveillance de l’inflammation bronchique L’immunothérapie spécifique (ITS) a pour but de réduire chez
pour aider à adapter le traitement de fond ont été étudiées. un enfant sensibilisé les symptômes provoqués lors d’une nou-
Les deux principaux paramètres proposés sont la surveillance velle exposition à l’allergène. Dans l’asthme, elle est indiquée en
du monoxyde d’azote (NO) exhalé et de l’hyperréactivité cas d’asthme persistant léger à modéré, stabilisé sous traitement.
bronchique. L’hyperréactivité bronchique est un paramètre inté- L’immunothérapie par voie sublinguale tend désormais à rem-
ressant, lié à la sévérité et au risque de persistance de l’asthme. placer l’ITS par voie injectable et peut être débutée dès l’âge de
La mesure du NO exhalé comme paramètre du contrôle ou 3 ans [15] . La durée du traitement s’étale sur une période de 3 à
marqueur prédictif de la survenue d’exacerbations reste encore 5 ans. Les allergènes concernés sont essentiellement les acariens et
discutée [11–13] , permettant une réduction de la posologie de corti- les pollens (graminées, composés, bétulacées, cupressacées, faga-
coïde sans déstabilisation de l’asthme [11] , ou une consommation cées). La prescription doit s’appuyer sur une identification précise
plus importante de CI sans un meilleur contrôle clinique [12] . Des et une mise en cause de l’allergène, qui doivent être en nombre
appareils portables de mesure du NO exhalé sont actuellement limité (si possible pas plus de deux), après échec ou impossibilité
disponibles, mais leur utilisation en pratique courante fait encore de l’éviction, et insuffisance d’efficacité du traitement médica-
débat. menteux classique.
L’ITS est le seul traitement susceptible de pouvoir modi-
fier l’histoire naturelle de la maladie allergique en réduisant
Mesures hors médicaments l’apparition de nouvelles sensibilisations ou le risque d’évolution
de la rhinite allergique vers un asthme.
Contrôle de l’environnement
Le contrôle de l’environnement est un élément capital de la
prise en charge car il participe grandement à la lutte contre Facteurs de persistance de l’asthme
l’inflammation bronchique. Les facteurs allergiques tiennent une de l’enfant à l’adulte
place importante, non seulement dans le déclenchement des
crises, mais aussi dans la pérennisation d’une inflammation Ils incluent :
• l’atopie, qu’elle soit familiale ou personnelle ; Plusieurs phénotypes ont été décrits :
• la sévérité clinique de l’asthme ; • en fonction du temps : siffleurs transitoires dont les manifes-
• la persistance d’une obstruction bronchique intercritique ; tations ne perdurent pas au-delà de l’âge de 3 ans, siffleurs
• la persistance d’une hyperréactivité bronchique ; persistants dont les manifestations persistent à l’âge de 6 ans
• le surpoids, ainsi que la précocité de la puberté ; et siffleurs tardifs dont les manifestations apparaissent entre 3
• le tabagisme passif, mais aussi actif. et 6 ans [16] ;
• en fonction de l’existence ou non d’une atopie, les siffleurs per-
sistants ont été par la suite séparés en « siffleurs atopiques » et
« siffleurs non atopiques » ;
Asthme du nourrisson • en fonction des facteurs déclenchants, séparant ceux dont les
manifestations sont uniquement viro-induites et ceux qui ont
Définition de multiples facteurs déclenchants [17] .
À l’inverse de l’enfant pour lequel la définition insiste sur
l’aspect physiopathologique, la définition de l’asthme du nour-
risson reste encore une définition clinique. On considère comme Diagnostic positif et diagnostic différentiel
un asthme « tout épisode dyspnéique avec sibilants qui se repro-
duit au moins trois fois avant l’âge de 2 ans, et ceci quels que Chez le nourrisson, toute affection obstructive gênant
soient l’âge de début, l’existence ou non de stigmates d’atopie l’évacuation des sécrétions entraîne une inflammation bron-
et la cause apparemment déclenchante ». Cette définition peut chique et un wheezing. D’authentiques pathologies organiques
paraître large, dans la mesure où une partie seulement de ces nour- responsables d’une obstruction sont susceptibles de se présen-
rissons continueront à avoir des crises tandis que les autres auront ter comme un asthme du nourrisson, voire de s’y associer
des manifestations transitoires. Cependant, en l’absence de critère (Tableau 3). La confrontation des données des antécédents (anté-
prédictif fiable, la reconnaissance de l’asthme favorise le recours cédents de prématurité, détresse respiratoire néonatale, virose
aux thérapeutiques ciblées. sévère, antécédents atopiques personnels et familiaux, signes
de reflux gastro-œsophagien), de l’histoire de la maladie (fré-
quence et intensité des symptômes d’asthme, état respiratoire
Manifestations cliniques entre les épisodes, facteurs déclenchants, réponse aux traitements
reçus), de l’examen clinique (signes respiratoires : sifflements,
La crise d’asthme prend habituellement le caractère d’une toux, dyspnée, signes de lutte, distension, cyanose, etc. ; crois-
bronchiolite aiguë virale. Elle débute par une rhinite ou rhino- sance ; eczéma ; signes atypiques), et des clichés de thorax est donc
pharyngite banale qui précède de 2 à 3 jours l’apparition d’une indispensable au moment du diagnostic [18] .
toux sèche, quinteuse, avec polypnée, signes de lutte et whee- L’enquête allergologique doit être réservée aux enfants qui ont
zing. L’importance des signes de lutte et de la polypnée, ainsi que des symptômes respiratoires persistants, récidivants, nécessitant
la tolérance des symptômes (sur le plan digestif et respiratoire) un traitement continu ou qui sont associés à des symptômes
et le taux de saturation en oxygène (normal supérieur à 95 %) extrarespiratoires compatibles avec une origine allergique. Les
sont des indices de gravité. L’évolution se fait vers la guérison prick-tests sont recommandés en première intention dans le bilan
en quelques jours. Les agents infectieux principaux en période allergologique. Si leur réalisation n’est pas possible en première
automnohivernale sont le virus respiratoire syncytial, les rhinovi- intention, il est recommandé de s’orienter vers un test multial-
rus, les virus para-influenzae, les métapneumovirus et les virus de lergénique. En cas de positivité, l’enquête allergologique doit
la grippe. être poursuivie. Le dosage en première intention des IgE sériques
D’autres tableaux cliniques sont possibles : totales ou spécifiques d’un pneumallergène n’est pas recommandé
• wheezing continu avec persistance des signes d’obstruction en pratique courante.
bronchiolaire dont l’importance varie en fonction des épisodes Les explorations fonctionnelles respiratoires ne sont pas recom-
infectieux oto-rhino-laryngologique (ORL) et de l’activité de mandées en première intention car elles demandent chez les
l’enfant ; les symptômes augmentent lors de l’agitation, des enfants de moins de 2 ans une sédation et un matériel disponible
repas, à l’effort, mais diminuent au repos et pendant le sommeil. uniquement dans des laboratoires spécialisés.
Ces bébés « siffleurs » gardent un développement staturopondé- En faveur du diagnostic d’asthme, on doit retenir :
ral et une activité normaux (happy wheezers) ; • la présence de signes d’atopie personnels (eczéma) et familiaux
• épisodes de dyspnée modérée avec sibilants, toux spasmodique (asthme, eczéma et rhinite pollinique chez les parents et/ou
avec sibilants en fin de toux, survenant en dehors des viroses, dans la fratrie) ;
plus volontiers la nuit, lors des rires ou d’épisodes d’agitation ; • la répétition d’épisodes de toux et de sifflements, souvent favo-
• crises sévères pouvant conduire à un tableau d’asthme aigu risés par les infections virales, les irritants, l’exercice ou les
grave, avec parfois passage en réanimation. émotions ;
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Asthme de l’enfant et du nourrisson 8-0630
Absence de signes
Anomalie radiologique
d'alarme radiologiques
Asthme probable
Efficace Échec
Avis du spécialiste
• la normalité de l’examen clinique entre les crises et l’absence • un terrain particulier : prématurité, antécédents de réanimation
de retentissement sur la courbe staturopondérale ; néonatale prolongée, dysplasie bronchopulmonaire, antécé-
• la normalité des clichés de thorax ; dents de cardiopathie congénitale avec shunt gauche-droite.
• des tests cutanés positifs pour les pneumallergènes et/ou les Il est indispensable alors de compléter les explorations (endo-
allergènes alimentaires (lait, œuf), qui possèdent une bonne scopie bronchique, scanner thoracique, étude de la motilité
valeur prédictive positive de récidive des manifestations cli- ciliaire, bilan immunitaire, test de la sueur, etc.) en milieu spé-
niques. cialisé [18] (Fig. 4).
Un index prédictif de persistance des manifestations a été pro-
posé par Rodriguez. Cet index est positif lorsqu’il existe un critère
majeur ou deux critères mineurs [19] : Prise en charge
• critères majeurs : diagnostic d’asthme chez un des parents,
Les buts du traitement sont la normalisation de l’examen cli-
diagnostic confirmé médicalement de dermatite atopique, sen-
nique, l’absence de symptôme quotidien (diurne et nocturne), le
sibilisation à au moins un pneumallergène ;
maintien d’une activité physique normale pour l’âge et la nor-
• critères mineurs : sifflement en dehors d’une infection ORL,
malisation de la croissance pondérale lorsqu’elle était modifiée.
éosinophilie sanguine supérieure à 4 %, sensibilisation à un
Comme pour le grand enfant, la classification basée sur la sévérité
trophallergène (lait, œuf, arachide).
initiale doit laisser place désormais à une prise en charge adaptée
Doivent faire évoquer un autre diagnostic :
au contrôle.
• la présence de signes atypiques :
◦ stagnation ou cassure pondérale,
◦ persistance de signes respiratoires intercritiques ou manifes- Médicaments disponibles
tations depuis la naissance : stridor, cornage, dyspnée aux Les CI utilisés chez le nourrisson sont la fluticasone (forme
deux temps, polypnée, wheezing, tirage, bronchorrhée, toux en aérosol doseur, 50 g), le budésonide (formes nébulisées 0,5
productive matinale, et 1 mg), la béclométhasone en aérosol doseur 50 et 250 g, et
◦ déformation thoracique, cyanose, hippocratisme digital, nébulisée (formes 0,4 et 0,8 mg). Deux modalités d’administration
◦ signes extrarespiratoires associés : troubles de déglutition, sont recommandées : aérosol-doseur avec chambre d’inhalation
diarrhée chronique, souffle cardiaque, dyspnée d’effort, dou- adaptée (et masque facial), et nébulisation avec un générateur
leurs abdominales, vomissements excessifs, troubles de la pneumatique. Chez le nourrisson et aux doses faibles à moyennes,
déglutition ; la tolérance des CI est bonne. Aux doses plus fortes, les résultats
• une anomalie radiologique ; sur la croissance sont contradictoires.
• un mauvais contrôle malgré des doses modérées de CI par Les 2 de courte durée d’action sont essentiellement utilisés
aérosol-doseur avec chambre d’inhalation ; pour le traitement des symptômes. Cependant, ils peuvent être
Cl en nébulisation
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Asthme de l’enfant et du nourrisson 8-0630
Éliminer les faux asthmes sévères prospectives ont été réalisées jusqu’à présent pour valider cette
distinction et, compte tenu de la diversité et l’intrication des
Les principaux diagnostics différentiels doivent être éliminés phénomènes inflammatoires en jeu, il est plus que probable que
(Tableau 3). Cependant, les défauts de traitement, de compliance derrière cette classification simple il existe des phénotypes bien
et/ou d’éducation à la maladie constituent certainement les pro- différents.
blèmes les plus fréquents. Les indications des traitements alternatifs visant à réduire
ou épargner les stéroïdes oraux, qu’il s’agisse des Ig intravei-
Rechercher un facteur aggravant méconnu neuses ou de la ciclosporine, n’ont jamais fait l’objet d’études en
et/ou non traité double aveugle avec effectif suffisant ou sont restées négatives. La
meilleure compréhension des mécanismes impliqués dans la phy-
Les principaux facteurs aggravants à rechercher sont représentés
siologie et la pathogénie de l’asthme a permis le développement
par le reflux gastro-œsophagien, les pathologies de la sphère ORL,
de nouvelles molécules. Parmi celles-ci, les anti-IgE ont permis
la persistance d’expositions allergéniques, l’existence d’allergènes
chez l’enfant ayant un asthme allergique persistant sévère une
alimentaires « masqués », le tabagisme passif mais aussi actif chez
épargne en corticoïdes inhalés ainsi qu’une réduction du nombre
les plus grands [28] .
des exacerbations [9] . D’autres molécules telles que les inhibiteurs
de la phosphodiestérase, les anti-interleukine 4 et les antago-
Évaluer les phénomènes inflammatoires nistes des chimiokines ou les inhibiteurs de kinase trouveront
et/ou le remodelage des voies aériennes peut-être leur place dans l’arsenal thérapeutique de ces asthmes
sévères [32] .
Cette évaluation, récente, représente certainement l’aspect le
plus novateur de la prise en charge de l’asthme difficile. Elle fait
appel à des méthodes directes invasives, lavage bronchoalvéolaire
et biopsies bronchiques, ou à des méthodes indirectes, non inva- Particularités
sives : mesure du NO exhalé ; expectoration induite ; condensat
exhalé ; tomodensitométrie thoracique. Asthme et infections virales
L’évaluation directe repose sur l’analyse du lavage bron-
choalvéolaire et surtout des biopsies endobronchiques qui sont Les relations virus/asthme sont complexes et concernent d’une
réalisées au cours de l’endoscopie. Les principaux résultats des part le rôle des virus dans la genèse de l’asthme, et d’autre part le
biopsies montrent que les phénomènes inflammatoires (augmen- rôle des virus en tant que facteur précipitant d’exacerbation.
tation de nombre de polynucléaires éosinophiles et neutrophiles Sur le plan physiopathologique, les virus interviendraient plus
intraépithéliaux, augmentation du nombre de mastocytes sous- pour faciliter l’expression d’un terrain atopique prédisposé que
muqueux et au sein des muscles lisses) sont corrélés aux pour induire de novo un asthme. Le rhinovirus sont particulière-
symptômes tandis que, hormis l’épaississement de la mem- ment impliqués dans ces phénomènes [33] .
brane basale, les anomalies structurales de remodelage, c’est-à-dire Les infections virales sont désormais reconnues comme le
l’hypertrophie/hyperplasie du muscle lisse, l’hyperplasie myofi- facteur précipitant le plus fréquent des crises d’asthme chez
broblastique, l’hypertrophie des glandes à mucus, l’angiogenèse, l’asthmatique avéré. Les techniques modernes de diagnostic per-
sont plus corrélées au degré d’obstruction bronchique [29, 30] . mettent d’incriminer au moins un agent infectieux dans environ
Différentes techniques sont en cours d’évaluation indirecte : 80 % des crises d’asthme. Les principaux virus retrouvés sont les
corrélation entre le NO expiré et inflammation/remodelage, rhinovirus, le virus respiratoire syncytial, les entérovirus, les virus
mesure de différents marqueurs dans l’expectoration induite ou influenza, les adénovirus, les coronavirus, les virus para-influenza,
le condensât exhalé, évaluation des remaniements structuraux le métapneumovirus, ainsi que Chlamydophila pneumoniae et
associés à l’asthme par tomodensitométrie. Mycoplasma pneumoniae. Les infections virales ont évidemment
une recrudescence automnohivernale et débutent peu après la
rentrée scolaire, c’est-à-dire le retour en collectivité. Elles peuvent
Prise en charge être sévères, avec une relative insensibilité aux 2-adrénergiques
et nécessiter l’hospitalisation.
L’asthme sévère nécessite dans un premier temps une prise en
charge éducative spécifique (autosurveillance du DEP au domi-
cile, plan d’action des crises, coordination entre la famille, le Asthme et rhinite
médecin traitant, le pédiatre, etc.), le traitement approprié des
Environ deux tiers des enfants asthmatiques allergiques ont une
facteurs aggravants et l’optimisation des thérapeutiques médica-
rhinite, plus souvent perannuelle que saisonnière.
menteuses. Celles-ci reposent jusqu’à présent sur l’association de
L’interrogatoire doit donc de principe rechercher les symptômes
doses élevées de CI (800 à 1000 g/j d’équivalent budésonide) et
de rhinite allergique : prurit nasal, rhinorrhée, éternuements,
de BDLA [4, 6] . Cette prise en charge optimisée permet le contrôle
obstruction. Il faut par ailleurs évaluer l’intensité de la gêne
de la plupart des asthmes supposés difficiles.
qu’elle entraîne (retentissement sur le sommeil, les activités
Certains enfants restent cependant symptomatiques ou
sociales, sportives, la scolarité). La rhinite peut être d’intensité
conservent une obstruction bronchique intercritique, et repré-
légère/modérée ou sévère, et intermittente ou persistante. On
sentent les vrais asthmes sévères, difficiles ou réfractaires [31] .
recherche également des signes de trachéite allergique, source
S’il est tentant d’augmenter la posologie journalière de CI, le
d’épisodes de toux durant des heures, diurne et nocturne, au
risque potentiel d’effets secondaires peut alors devenir supé-
cours desquels peut apparaître une laryngite œdémateuse sous-
rieur aux bénéfices espérés. C’est dans cette logique qu’il est
glottique.
désormais proposé un test aux corticoïdes (2 mg/kg/j pendant
L’atteinte ORL est une cause classique de difficultés thérapeu-
7 à 10 jours). Un test positif (contrôle des symptômes, amé-
tiques dans l’asthme. Il faut traiter l’un et l’autre en soulignant à
lioration du VEMS supérieur ou égal à 15 %) incite à renforcer,
l’enfant et sa famille l’excellente tolérance des traitements locaux,
au moins temporairement, le traitement anti-inflammatoire et
y compris les corticoïdes par voie nasale, les plus actifs sur les éter-
bronchodilatateur. Un test négatif, persistance des symptômes cli-
nuements, le prurit, la rhinorrhée et surtout l’obstruction nasale.
niques ou non réponse fonctionnelle respiratoire, incite à une
évaluation plus complète en milieu spécialisé. L’identification
de sous-groupes basés sur les données histopathologiques pour- Asthme et sport
rait ainsi avoir des implications thérapeutiques. Par exemple,
l’absence d’infiltration éosinophilique ou neutrophilique associée L’asthme induit par l’exercice est très fréquent, voire quasi obli-
à la présence de signes importants de remodelage inciterait à allé- gatoire chez l’enfant asthmatique, mais son niveau de survenue
ger la pression en CI, tandis qu’une infiltration inflammatoire varie en fonction du sport, des conditions atmosphériques et de
importante en éosinophiles inciterait à renforcer au moins tem- l’état de base de l’enfant. Une grande partie de cette variabilité est
porairement la pression corticoïdes. Cependant, trop peu d’études expliquée par la physiopathologie de l’asthme induit par l’exercice
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Toute référence à cet article doit porter la mention : de Blic J. Asthme de l’enfant et du nourrisson. EMC - Traité de Médecine Akos 2013;8(2):1-13 [Article
8-0630].