Politique monétaire et stabilité des prix en Algérie
Politique monétaire et stabilité des prix en Algérie
(1990-2018)
Année 2020/2021
Dédicaces
A mes chers parents, toute l’encre du monde ne pourrait suffire pour exprimer mes
sentiments envers vous. Vous avez toujours été mon école de patience, de confiance et
surtout d’espoir et d’amour ;
A mon époux Amine, sans ton soutien moral, ton aide et tes encouragements ce travail
n'aurait vu le jour. Que ce travail soit le témoignage de ma reconnaissance ;
A mes filles adorées Alaa et Anfal pour l'espoir que vous gravez de jour en jour dans
mon cœur ;
Et à la mémoire de mon cher beau-père, puisse Dieu tout puissant l'accueillir en son
vaste paradis.
Remerciements
Je tiens, tout d’abord, à remercier vivement mon directeur de thèse Dr FEKIR Hamza
qui m’a encadré tout au long de cette thèse et qui m’a fait partager ses brillantes intuitions.
Qu’il soit aussi remercié pour sa gentillesse, sa disponibilité permanente et pour les nombreux
encouragements qu’il m’a prodiguée.
Je remercie le président et les membres du jury pour l’intérêt qu’ils ont porté à cette
thèse en acceptant d’en être les examinateurs.
Je remercie aussi chaleureusement Dr AMANI Ismail, qui m’a aidé à améliorer mon
étude empirique, en y accordant une méticuleuse attention, ainsi que pour ses conseils et son
extrême amabilité.
Sommaire
Introduction Générale…………………………………………………………………... 01
Chapitre I : Monnaie et politique monétaire dans la littérature économique………….... 07
Introduction…………………………………………………………………………….. 08
Section I : Fondements théoriques des concepts monétaires…………………………… 09
Section II : Fondements théoriques de la politique monétaire…………………………. 28
Conclusion……………………………………………………………………………… 69
Chapitre II : Banque centrale et stabilité des prix………………………………………. 71
Introduction…………………………………………………………………………….. 72
Section I : La banque centrale « L’acteur principal de la politique monétaire»………… 73
Section II : La stabilité des prix« L’objectif principal de la politique monétaire»……… 100
Conclusion………………………………………………………………………………. 134
Chapitre III : La politique monétaire et la stabilité des prix en Algérie
(analyse exhaustive et étude empirique)………………………………….. 136
Introduction……………………………………………………………………………... 137
Section I : La conduite de la politique monétaire en Algérie : une analyse exhaustive… 139
Section II : L’impact de la politique monétaire sur la stabilité des prix en Algérie
durant la période 1990-2018 : une étude empirique………………………… 217
Conclusion…………………………………………………………….………………… 244
Conclusion générale…………………………………………………….……………….. 245
Références bibliographiques………………………………………….…………………. 251
Liste des tableaux…………………………………………………….………………….. 265
Liste des figures………………………………………………………….……………… 266
Liste des graphiques…………………………………………………….……………….. 266
Table des matières...……………………………………………………………………... 267
Introduction générale
À travers les différentes crises mondiales, la politique monétaire a fait couler beaucoup
d’encre et a fait l’objet de plusieurs débats ; le débat opposant les keynésiens aux classiques et
leurs héritiers les monétaristes et nouveaux classiques. En sus, le rôle de la monnaie était au
cœur de ces préoccupations dans la détermination et l’explication des phénomènes
économiques.
Dès le 18ème siècle et depuis que les travaux de Say ont vu le jour, les classiques affirmaient
que la monnaie est neutre et elle n’agit pas sur les variables réelles de l’économie. Les
meneurs de l’idiologie classique considèrent qu’il existe une dichotomie parfaite entre secteur
réel et monétaire, l’économie de marché tend à s’autoréguler spontanément et tout
déséquilibre entre l’offre et la demande de la monnaie se résorbera de lui-même. L’Etat n’a
donc aucune raison sérieuse d’intervenir, si ce n’est pour assurer, rétablir et maintenir le libre
fonctionnement des marchés. A cet égard, la politique monétaire était inefficace voire inutile.
Depuis le début du 19ème siècle jusqu’à la première guerre mondiale, l’analyse de la théorie
monétaire néoclassique ; Wicksell (1898), Walras (1900), de Fisher (1911) et de Pigou
(1918), suppose aussi que les variables monétaires n’exercent aucune influence sur
l’économie réelle. De plus, la monnaie est considérée comme un instrument destiné seulement
à faciliter les transactions et elle a un rôle unique qui consiste à déterminer le niveau général
des prix à travers la théorie quantitative de la monnaie.
Cependant, la survenue du krach de 1929, toute l’économie mondiale était bouleversée, cette
crise a prouvé que les travaux adoptés des classiques ont échoué, leur remplacement était
indispensable afin de proposer des solutions.
Afin de faire face à la grande dépression, les travaux de l’économiste anglais John Maynard
Keynes ont certainement été la clé. Dans son célèbre ouvrage « Théorie générale de l’emploi,
de l’intérêt et de la monnaie » publié en 1936, Keynes va contrarier les travaux des classiques.
1
Pour lui, la monnaie est active et peut par conséquent servir efficacement à des fins de
politique économique. L’utilisation d’une politique monétaire de relance était nécessaire afin
de stimuler l’investissement et donc la production et lutter contre le chômage, car les marchés
laissés à eux-mêmes ne conduisent pas forcément à l'optimum économique. En outre, l'État a
un rôle à jouer dans le domaine économique. Les théories keynésiennes refusent, donc la
coupure entre l’économie réelle et l’économie monétaire et ils préconisent la politique
discrétionnaire, cette dernière peut être une politique expansive ou bien une politique
restrictive, mais pas les deux en même temps. Ces idées ont été un atout pour les pays
développés d’où ces derniers ont vécu une période de trois décennies de croissance accélérée
(1946–1975), appelées les Trente Glorieuses. Ce fut une période de victoire des politiques
keynésiennes au bonheur des autorités locales.
Les monétaristes conservent la relation causale entre monnaie et niveau générale des prix,
mais s’éloignent de la démarche dichotomique des quantitativistes traditionnels. Ils présentent
une reformulation de la théorie quantitative de la monnaie initiale dans une perspective
d’intégration des sphères réelles et monétaires. Ces hypothèses conduisent les monétaristes de
l’école de Chicago à privilégier le mécanisme de génération de l’inflation par la demande. Ils
soutiennent que l’inflation est essentiellement due à des facteurs monétaristes, et que
l’instrument le mieux approprié pour stabiliser les prix est le contrôle de la masse monétaire
en circulation.
De ce point de vue, la stabilisation de l’inflation est entre les mains des autorités monétaires
qui peuvent décider du niveau général des prix en jouant sur le taux de croissance de la masse
monétaire à l’aide des instruments de la politique monétaire.
En outre, dans le cadre de la théorie des anticipations adaptatives, les monétaristes préconisent
une politique de règle qui est devenue exclusivement centrée sur la stabilité des prix. Cette
théorie suppose que les agents économiques déterminent leurs comportements sur la base «
d’anticipations adaptatives ». La banque centrale doit être conservatrice en respectant une
2
norme de croissance de la masse monétaire calculée par rapport à la progression du PIB sur
un grand nombre d’années.
Au début des années quatre-vingt, le phénomène de stagflation s’est traduit par un chômage
qui a atteint ses plus hauts niveaux en Europe. A cette époque, la nouvelle école classique est
apparue, elle a non seulement critiqué le modèle keynésien mais a aussi radicalisé la théorie
monétariste.
Cette école, a renouvelé la pensée libérale et a rejeté ainsi un certain nombre de modèles nés
de l’analyse keynésienne, mais à son tour, elle va être mise en cause par la nouvelle école
keynésienne. Les économistes de cette école comme E. Phelps, G. Mankiw, [Link] et Taylor
ont accepté l’hypothèse d’anticipations rationnelles et le débat porte plutôt sur la nature de la
règle, au lieu d’utiliser des règles passives et immuables, en se fixant des règles actives. Ce
sont des règles contingentes, qui doivent prévoir tous les évènements possibles et les solutions
à y apporter.
Au final, les objectifs de la politique monétaire ont évolué à travers le temps en suivant la
domination de la pensée économique de chaque époque et de la nature des problèmes
auxquels font face les économies. C’est au cours de la deuxième moitié des années soixante-
dix que la politique monétaire change d’objectif et d’instruments. Alors qu’elle avait pour but
de favoriser la croissance, en cherchant à maintenir des taux d’intérêts faibles, elle bascule
vers un objectif de stabilité des prix au moyen d’un contrôle de la masse monétaire.
Un consensus ultime émerge qui consiste à admettre que l’objectif de stabilité des prix est
l’objectif prioritaire dans la plupart des pays, d’où la politique monétaire se situe au cœur de
ces débats afin de l’atteindre.
3
De nos jours, l’efficacité de la politique monétaire dépend de la manière dont le public
comprend les objectifs de la banque centrale, ainsi que les moyens d’y parvenir. Afin
d’assurer cette efficacité, l’adoption d’une règle monétaire a été proposée par la littérature
académique. Depuis que les travaux de Taylor (1993) ont vu le jour, la question des règles
monétaires sont devenues une partie intégrante des modèles employés par les banques
centrales.
En Algérie, à l’instar de la plupart des banques centrales, la banque d’Algérie s’est fixé pour
objectif principal la stabilité interne et externe de la monnaie. En effet, à partir de 2004, la
Banque Centrale a adopté l’approche des « règles» dans la conduite de la politique monétaire
en ciblant des objectifs chiffrés à moyen terme. D’où le conseil de la monnaie et de crédit a
chiffré l’objectif d’inflation à long terme à 3% et le maintien de deux objectifs intermédiaires
dans une fourchette de 14 à 15% pour l’évolution de M2 et 16,5 à 17,4% pour l’évolution des
crédits à l’économie.
Durant la période 1970-1990, plusieurs réformes se succédèrent pour tenter de faire évoluer
ce système et améliorer la situation de l’économie. Malgré tous les efforts déployés, ces
politiques n’ont pas eu l’impact voulu sur l’économie et en particulier sur l’inflation.
Néanmoins, les changements intervenus sur la scène internationale avec l’avènement du
mondialisme, l’effondrement du bloc socialiste, le choc pétrolier de 1986, la croissance
vertigineuse de la dette extérieure, ont rendu impossible la poursuite de la pratique de la
gestion administrative devant une économie de marché qui devient importante.
C’est dans ces circonstances que la loi sur la monnaie et le crédit n° 90-10 en date du 14 Avril
1990 a vu le jour, à la faveur de la Banque Centrale et plusieurs banques de second rang.
Cette loi constitue la première loi qui cerne la politique monétaire en Algérie sous tous ses
aspects, institutionnel et pratique. Elle est suivie par les aménagements apportés par
l’ordonnance n° 01-01 du 27 février 2001, remit en cause l’autonomie de la Banque Centrale,
puis les reformes de l’ordonnance n° 03-11 de 26 aout 2003, qui vient définir les nouveaux
objectifs et instruments mises en œuvre, enfin, l’ordonnance n° 10-04 d’Août 2010 que donne
4
désormais un ancrage légal à la stabilité des prix comme objectif explicite de la politique
monétaire.
L’objectif de ce travail est de déterminer l’impact de la politique monétaire sur la stabilité des
prix en Algérie. Pour ce faire, nous avons fait recours à un certain nombre d’indicateurs afin
de tester leurs effets positifs ou négatifs sur la stabilité des prix. Dans ce contexte, notre
problématique de recherche s’articule autour de la question centrale suivante : Quel est
l’impact de la politique monétaire sur la stabilité des prix en Algérie durant la période 1990 –
2018 ?
En nous s’inscrivant dans une perspective monétariste, nous proposons de vérifier les
hypothèses suivantes et nous pensons que :
Les variables utilisées dans notre modèle sont significatives et sont considérées
comme des variables déterminantes dans l’explication de la stabilité des prix en
Algérie.
5
conséquences et enfin nous traiterons les différentes stratégies assurant le maintien de cette
stabilité des prix.
Enfin, dans la conclusion générale nous analysons la concordance des résultats obtenus avec
les hypothèses énoncées. Aussi, nous apportons des éléments de réponse aux questions posées
ci-haut ainsi que des suggestions et des perspectives de recherche relatives à notre sujet de
thèse.
6
Chapitre I
Monnaie et politique monétaire
dans la littérature économique
7
Introduction
Par l'intermédiaire de cette offre de la monnaie, la politique monétaire qui est l’ensemble de
moyens dont disposent les autorités monétaires, peut agir sur l'activité économique dans le but
de remplir son objectif de triple stabilité, à savoir la stabilité des taux d'intérêts, la stabilité des
taux de change et la stabilité des prix. A cet effet, la politique monétaire désigne l’action sur
les variables économiques au moyen de la quantité de monnaie en circulation.
Comme le dit Georg Simmel (1900) « A mesure que l’économie d’un pays est de plus en plus
axée sur l’argent, on voit progresser la concentration de ses actions financières en de gros
nœuds de circulation monétaire »1. Cette idée met également l'accent qu’aujourd’hui l’enjeu
majeur soit le contrôle et la sécurité de la monnaie à travers une politique monétaire efficace.
A cet égard, une bonne maîtrise des concepts monétaire est essentielle pour une
compréhension meilleure de la politique monétaire, pour cela au cours de ce premier chapitre,
nous nous baserons sur une revue de la littérature au sujet de la monnaie et de la politique
monétaire :
Dans la première section nous aborderons les différents concepts de la monnaie ; définitions,
origine de la monnaie, ses formes, ses fonctions nous passerons ensuite aux mesures de la
monnaie et ainsi à sa création.
La seconde section met la lumière sur la politique monétaire et son évolution selon les
différentes visions et nous évoqueront ensuite les objectifs de cette politique, ses instruments
et ses canaux de transmission.
1
[Link], « La signification de l’argent pour le rythme de vie », édité par H.-J. Dahme et D. P. Frisby,
Francfort-sur-le-Main, 1900, traduit par Aurélien Berlan (1992), p 215.
8
Section I : Fondements théoriques des concepts monétaires
La monnaie fait partie de notre vie quotidienne et joue un rôle important dans toute économie
moderne. Même s’il est vrai, que cette monnaie ne créée rien et n’est finalement qu’un
intermédiaire qui facilite l’échange, en décomposant le troc en deux, il n’en demeure pas
moins, qu’avec son invention l’inflation fut créée du même coup, car une partie de cette
monnaie provenant de l’échange ne correspond à aucun bien crée ni service rendu.
Partant du constat que la monnaie existe, on peut dans un premier temps se poser deux
questions à propos du phénomène qu’elle constitue. C’est d’abord la question du
« pourquoi », qui revient à s’interroger sur le rôle qu’elle tient dans le fonctionnement du
système économique, autrement dit sur ses fonctions. Dans un second temps on peut poser la
question du « comment », c’est à dire s’interroger sur la manière dont la monnaie a
progressivement pris place dans le système, et donc quelles formes a-t-elle prise hier, et prend
aujourd’hui ?
Avant de répondre à ces deux questions, nous définirons d’abord la monnaie, et nous
donnerons un aperçu sur son origine.
1. Définition de la monnaie
Quoiqu’il en soit il faut bien comprendre qu’il n’y a pas une seule explication de l’invention
de la monnaie et qu’il n’y a pas une seule histoire de son évolution : chaque société a eu la
sienne ; en outre on peut sans doute affirmer que ceux qui ont fait cette histoire n’avaient pas
conscience d’en être les acteurs.
La monnaie, ce terme fait l'objet d'abondant travaux tant théoriques que pratiques, il en
découle plusieurs définitions, nous allons présenter celles qui nous semblent être plus
complètes, ensuite nous traiterons des notions essentielles de la monnaie.
Selon le dictionnaire Larousse le mot monnaie vient du latin « Monéta », surnom donné à la
déesse Junon, dans le temple de laquelle les romains frappaient de la monnaie. Cette dernière
est représentée par l’ensemble des moyens de paiement utilisé sur un territoire donné.
9
Selon les classiques et les néoclassiques, la monnaie n’a pas d’influence sur l’économie réelle.
Il n’y a donc pas de relation entre la sphère réelle et la sphère monétaire. La monnaie n’a pas
d’influence sur l’économie réelle, elle est neutre.
De ce fait, la monnaie est un voile qui ne sert qu’à faciliter les échanges. [Link] a été le
premier à se rendre compte de cette approche dichotomique qui sépare la fonction des prix
relatifs de celle de la détermination du niveau des prix. Selon Say ce sont les produits qui
s'échangent contre les produits. Les prix relatifs se forment sur les marchés des biens, tandis
que le niveau des prix dépend de l'offre de monnaie.
Dans son ouvrage « Traité d'économie politique - Livre I - chapitre XXI » (1803), il affirme
même que l'idée selon laquelle les échanges sont le fondement essentiel de la production des
richesses est fausse.
Avant lui, A. Smith, dans son ouvrage «la richesse des nations » (1776), estime que « la
monnaie fait partie du capital circulant de pays, qu’elle soit de métal ou de papier, elle est
donc un bien ».
Pour les économies contemporaines qui sont sans conteste des économies monétaires et le
terme « monétaire » doit s’entendre au sens fort. La monnaie n’est pas seulement un élément
adjoint qui facilite l’échange ; les conditions d’apparition, de détention et de circulation de la
monnaie dessinent fortement le caractère des économies.
Selon Hueber (2005), « La monnaie est d’abord une institution caractérisant l’économie
d’échange. Elle a également des fonctions spécifiques et doit posséder certaines propriétés
pour jouer pleinement son rôle d’intermédiaires entre les acheteurs et les vendeurs »3.
2
[Link], [Link]élemy, [Link], «Principe d’économie politique», Ed De Boeck, 4 éme édition, Belgique,
2003, p347.
3
[Link], « Economie générale », Ed Technip, Paris, 2005, p79.
10
De son côté, Mankiw (2010) considère la monnaie comme « un stock d’actifs aisément
mobilisables pour procéder à des transactions, et les pièces et les billets que détient le public
constituent le stock de monnaie d’un pays »4.
[Link] (2010) a conclu que les économistes définissent la monnaie comme tout ce qui est
généralement accepté en paiement de biens ou de services ou pour le remboursement des
dettes.5
La littérature économique est riche en définitions de la monnaie, mais si l’on fait abstraction
des détails, leur variété considérable se trouve limitée au point qu’on peut toutes les regrouper
sous deux catégories : la première considère la monnaie comme une utilité, et la seconde
comme une unité abstraite.
Une monnaie, un mot paraît simple ainsi définie, pourtant son évolution est passée par
plusieurs étapes avant de devenir ce qu’elle est.
2. Origine de la monnaie
Bien avant la monnaie, dans les économies primitives, de nombreuses économies et
d’anciennes civilisations, le troc, cet échange direct de bien de consommation, a été le seul
mode d’échange. Ce système économique excluait l’usage de la monnaie : les agents
économiques échangeaient les marchandises les unes contre les autres. On échangeait du blé
contre des dattes par exemple, mais les étalons les plus utilisés était le grain et le bétail.
D’après Hicks (1956), « une économie de troc est une opération économique par laquelle
chaque participant cède la propriété d’un bien et reçoit un autre bien» 6.
Mais, le troc n’est pas une opération simple, ses difficultés principales résident dans 7:
L’exigence de la double coïncidence des désirs d’échanges : dans le troc il est difficile
de trouver deux personnes du premier coup dont chacun possède et peut céder les
objets qui conviennent aux besoins de l’autre.
4
G.N. Mankiw, « Macroéconomie », édition De Boeck, Bruxelles, 2010, p 123.
5
[Link], « Monnaie, Banque et marchés financiers », Ed Pearson Education, France, 2010, p65.
6
[Link], «La valeur et le capital», Ed Dunod, Paris, 1956, p 146.
7
O. Hueber, [Link]., p81.
11
Les difficultés d’établir un rapport d’échange : dans le troc à quelle proportion doit-on
faire un échange quelconque ? Combien faut-il donner d’une marchandise X pour
avoir une quantité déterminée d’une marchandise Y ?
La marchandise n’est souvent pas divisible : alors comment échanger une pomme
contre un bœuf ?
Le stockage des produits à un coût : Les coûts sont élevés du fait que dans l'attente de
procéder à l'échange, les individus doivent stocker leurs marchandises respectives.
Cela génère des coûts d'autant plus élevés que les marchandises à stocker sont
périssables.
Avec la division sociale du travail (spécialisation de chaque producteur dans une activité bien
définie), les échanges se sont multipliés.
De ce fait la pratique répétée des échanges va rendre nécessaire le choix d’un étalon de valeur
qui va contribuer, fortement, à l’essor et l’amélioration des marchés.
Le terme « monnaie » est d’origine latine. Dans la Rome antique, cependant, le mot «
monetor» ou « moneta » signifiait un conseiller, par ce que la monnaie avertit de son poids, de
son titre et de son pouvoir d’achat8.
En signe de reconnaissance, les Romains bâtirent un lieu saint dédié à Moneta, la déesse qui
avertit et donne conseil. En 289 avant J.C., le premier hôtel romain de la Monnaie fut
construit dans ce temple ou à proximité. Des pièces de bronze puis, plus tard, d’argent y
furent frappées.
8
[Link], « Histoire morale et immorale de la monnaie », Edition BORDAS, Paris, 1989, p 7.
12
La face de nombreuses pièces portait l’effigie de Junon Moneta. Ainsi, le mot « monnaie »
dérive du nom de cette déesse9.
Ce système a évolué durant des siècles, et avec lui les formes de la monnaie. Longtemps, les
métaux précieux tels que l’or servirent de moyens de paiement principaux et constituèrent la
forme majeure de monnaie. Peu à peu, du papier monnaie sous forme de lettre de change, de
chèques, de billets de banque fut utilisé pour les paiements et regardé comme de la monnaie.
L’évolution du système de paiement est un important indicateur de ce que devient la monnaie.
Pour qu’un objet serve de monnaie, il faut qu’il soit universellement acceptable, c'est-à-dire
que tout le monde soit prêt à l’accepter en paiement de biens ou de services. Des biens qui ont
une valeur évidente pour tout un chacun, comme le blé et le vin, sont donc de bons candidats
pour servir de monnaie. C’est également le cas des métaux précieux dont l’utilisation
fréquente comme monnaie tient spécialement à leur divisibilité, à leur bonne conservation et à
leur facile standardisation.
Selon [Link] (1874) « la monnaie marchandise est le numéraire qui offre la meilleure
illustration de la diversité des formes qu’a pu prendre la monnaie comme les dents d’animaux,
bétail, sel, servant à évaluer le prix des biens ou à régler les échanges » 10.
9
Banque centrale européenne, [Link] , «Pourquoi la stabilité des prix est-elle importante pour
vous ?»,Francfort, Avril 2009, p16.
10
[Link]-Soubetran, « Monnaie, banque, finance », édition presse universitaires, Paris, 2010, p112.
13
[Link] (2010), considère la monnaie marchandise comme « la première étape de
circulation monétaire et il confirme qu’une monnaie constituée de marchandises désirables
pour elle-même est appelée monnaie marchandise »11.
Alors, une monnaie constituée de marchandises désirables pour elles-mêmes est appelée une
monnaie marchandise.
De l’antiquité au début des temps modernes, des monnaies marchandises ont servi
d’intermédiaires des échanges dans toutes les sociétés.
La monnaie de papier avec les pièces métalliques constitue ce qu’on peut appeler les signes
monétaires matérialisés. On leur donne généralement le nom de monnaie fiduciaire 12.
Selon D. Benjamin (2009), « la monnaie de papier avec les pièces métalliques constituent ce
qu’on peut appeler les signes monétaires matérialisés. On leur donne généralement le nom de
monnaie fiduciaire »13.
Le problème économique que pose le système à monnaie métallique est celui de l’adéquation
de la quantité de métal disponible et sa qualité, à l’évolution des besoins, en présence d’une
expansion de l’activité.
11
F. Mishkin, [Link]., p70.
12
[Link]-Soubetran, [Link]., p116.
13
[Link], « la monnaie et les banques dans l’économie », édition educa vision inc, France, 2009, p 41.
14
L’invention des billets s’est faite selon deux logiques : étatique et marchande, mais dans tous
les cas c’est l’existence d’un support papier, et ensuite de l’imprimerie qui a rendu son
développement possible.
L’Etat a utilisé du papier monnaie soit de manière accidentelle et transitoire soit surtout pour
financer des besoins budgétaires en forte croissance (les guerres par exemple).
Le billet représente la vraie monnaie, celle qui est déposée et que l’on peut toujours se faire
rembourser à vue contre le billet. C’est en cela que l’on est en droit de parler de monnaie
fiduciaire, puisque celui qui l’utilise a confiance (fiducia) en la promesse de l’émetteur de
rembourser à vue.
Un tel système ne fonctionne donc correctement que dans la mesure où la confiance dans la
valeur représentative du papier est assurée.
La monnaie scripturale est celle qui aujourd’hui prédomine très largement dans les économies
bancarisées. 16
Elle se définit comme l’ensemble des soldes positifs des comptes de dépôt à vue ouverts
auprès des institutions financières. Ceci signifie que cette forme de la monnaie n’existe que
comme écriture dans les livres comptables des institutions financières.17
Le terme « scripturale » indique que les paiements s’effectuent par écritures ou inscriptions
dans les comptes. Quand un agent économique dépose une somme d’argent sur un compte
courant auprès d’un organisme financier, cet organisme crédite son compte de dépôt à vue
assortis de moyens de paiement. Elle peut, bien entendu, être convertie en billets par simple
retrait au guichet de la banque qui tient le compte du titulaire, ou par le biais d’une carte
électronique de retrait (nous allons en parler ultérieurement) dans n’importe quel distributeur
automatique de billets. Il faut soigneusement distinguer la monnaie scripturale, c'est-à-dire la
provision d’un compte, et les instruments qui permettent de la faire circuler. Le rôle de ces
instruments est de matérialiser l’ordre, donné par le débiteur au gestionnaire de son compte,
de verser une somme déterminée à lui-même ou à un tiers. Le développement de ces
instruments s’est déroulé en trois étapes, qui correspondent à un processus de
dématérialisation progressive des supports utilisés : ce sont les instruments papier, puis les
instruments automatisés et enfin la monnaie électronique. 18
Elle se caractérise par 19:
- La sécurité et la protection contre le vol ou la perte ;
- La sureté qui permet le règlement à distance sans déplacement ;
- La commodité du fait que la monnaie scripturale produit des traces dans la
comptabilité bancaire qui peuvent servir de preuves en cas de contestations.
[Link] monnaie électronique
La monnaie électronique est une valeur monétaire stockée électroniquement lors de la
réception de fonds et servant à payer des transactions20. Elle est considérée comme l’une des
16
J. Coopey-Soubetran, [Link]. p118.
17
J. de la Rosiére, « la modernisation des moyens de paiement », bulletin mensuel : juin 1992, p 45.
18
D. Plihon, « La monnaie et ses mécanismes », 4eme édition, La Découverte, Paris, 2004, p14.
19
[Link] et [Link], « économie monétaire et financière », édition économica, Paris, 2011, p 30.
16
formules qui peut être utilisée pour effectuer des transferts, elle n’est pas limitée par les
frontières géographiques ou de temps. On peut citer :
- La carte de crédit, elle ne donne pas accès à un crédit mais admet seulement un
paiement, éventuellement différé. Elle permet aux clients d’acheter des biens ou des
services en transférant directement des fonds de leurs comptes bancaires à ceux des
commerçants concernés. Leur usage est souvent plus rapide encore que celui du
numéraire, car il suffit de passer une carte dans un lecteur et de taper un code pour que
le transfert ait lieu.
- Les cartes prépayées ou porte-monnaie électroniques : En les achetant pour un
montant donné, un consommateur peut réaliser des paiements chez tous les
commerçants équipés d’un terminal. Les plus sophistiquées sont dotées d’une puce qui
permet de les recharger à un terminal en transférant de l’argent du compte bancaire de
leur détenteur. Elles peuvent être utilisées pour payer en ligne sur des ordinateurs ou
des téléphones spécialement équipés.
- Ouvrir un compte dans une banque afin d’acheter des biens ou des services sur
internet et en faisant transférer un montant sur un ordinateur personnel. On peut
ensuite surfer sur internet et utiliser la monnaie électronique pour payer des achats en
transférant directement le montant nécessaire de son ordinateur à celui du vendeur.
Celui-ci peut ainsi recevoir le paiement avant d’expédier les achats21.
Aujourd’hui, la monnaie est essentiellement scripturale. Sinon, bien entendu, elle prend la
forme de billets et de pièces. Les billets constituent un véritable moyen de paiement, car ils
sont obligatoirement acceptés en règlement des transactions, ils ont cours légal. Mais il existe
d’autres moyens de mobiliser la monnaie scripturale, donc de régler les transactions. On
recense ainsi le chèque, le virement bancaire, le titre interbancaire de paiement, le
prélèvement automatique. Le porte-monnaie électronique (PME) apparait toutefois comme un
nouveau moyen de paiement.
20
J. Couppey-Soubeyran, [Link], p 121
21
[Link], [Link]., p73
17
Au total, il convient de ne pas confondre la monnaie (en général scripturale) et les moyens de
paiement qui permettent de mobiliser la monnaie scripturale. Seuls les billets représentent à la
fois une monnaie et un moyen de paiement.
D’après Keynes, « la monnaie est définie comme un étalon de mesure, un intermédiaire des
échanges, un instrument d’accumulation de valeur »23.
A partir de ces définitions, on constate que la monnaie remplit trois fonctions dites
traditionnelles dans l’économie : elle est un intermédiaire d’échange, une unité de compte et
une réserve de valeur. Ensemble, ces trois fonctions permettent de distinguer la monnaie des
autres actifs de l’économie, comme les actions, les obligations…etc.
La monnaie sert donc, à évaluer les marchandises. Elle sert « d’étalon ». C’est-à-dire une
unité de compte dont le prix est une référence. Si deux articles affichent deux prix différents,
on sait immédiatement lequel vaut plus cher que l’autre alors que dans un système de troc les
comparaisons sont beaucoup plus compliquées. Un monde sans argent, c’est comme un
monde sans kilomètres ni minutes : on ne peut pas mesurer !
22
[Link], « Monnaie et capital dans l’œuvre de Walras », Phare-forum, Université Paris 10, 2003, p23.
23
[Link] et [Link], « monnaie et équilibre économique », édition Armand Colin, 1971, p 42.
24
[Link], [Link], p 4.
18
4.1.2. La fonction d’intermédiaire des échanges (moyen de paiement)
La monnaie sert d’intermédiaire des échanges dans presque toutes les transactions de marché
dans les économies modernes : sous forme de numéraire ou de chèque, elle sert à payer les
biens et services que l’on achète.
Néanmoins, le problème de la rencontre est résolu puisque la monnaie est acceptée par tous.
De plus, elle sert comme un moyen d’échange dans les transactions de marché. 26
25
[Link], [Link] p 66.
26
[Link] et P. Gaudron, « économie monétaire et financière », édition Economica, Paris, 2011, p19.
27
A. Autum et A. Barrére, « Keynes aujourd’hui : théories et politiques », édition Economica, Paris, 1985, p70.
28
[Link], [Link], p 67.
19
4.2.1. La monnaie est un indicateur de confiance
La confiance en monnaie reflète la confiance en l’ordre social. Si chacun accepte la monnaie
comme moyen de paiement, c’est en effet parce qu’il pense que les autres l’accepteront
comme moyen de paiement. La monnaie repose sur la confiance : elle est légitime au sein
d’une communauté donnée.
Elle est aussi, un gage de non-violence car en l’absence de monnaie, c’est la loi du plus fort.
En effet, la monnaie propose l’échange marchand comme alternative au vol et participe ainsi à
l’entente et à la pacification des échanges. Elle crée du lien social et permet à ce titre de
renforcer le sentiment d’appartenance à une société. En outre, elle renforce notre identité
nationale.
De plus, le passage à la monnaie unique (une monnaie partagée par plusieurs États et qui
remplace les monnaies nationales tel que l’euro) a aussi une force au niveau international et
elle a eu aussi des avantages économiques non négligeables : suppression des risques de
variation des taux de change, suppression des frais de change, équivalent monétaire commun
facilitant les comparaisons de prix…etc.
Après avoir présenté les différentes définitions de la monnaie, son origine, ses formes et ses
fonctions, il est nécessaire de savoir aussi, les mesures de la monnaie et le mécanisme de la
création de la monnaie.
20
5. Les mesures de la monnaie
Les mesures de la monnaie reposent sur la constitution d’agrégats qui tiennent une place
importante tant pour la connaissance du comportement financier des agents économiques que
pour la conduite de la politique monétaire.
La quantité de monnaie en circulation dans une économie est mesurée par les agrégats
monétaires. Ces agrégats constituent la masse monétaire, ils ont pour objet de recenser les
avoirs détenus par les agents économiques non financiers.
Les agrégats monétaires sont définis comme : « des indicateurs statistiques reflétant la
capacité de dépense des agents non financiers résidents. Ils regroupent les moyens de
29
[Link]é et al, « Sciences économiques et sociales », Ed Bréal, Paris, 2005, p 64.
30
[Link],[Link] [Link], « Introduction à la macroéconomie moderne », édition Broché, 4ème édition,
Paris, 2010, p 23.
21
paiement de ces agents, et parmi les placements financiers, ceux qui peuvent être utilisés en
règlement des transactions après conversion rapide et facile en moyens de paiement sans
risques de perte de capital »31.
Actuellement, la définition des agrégats monétaires est celle retenue en 1999 avec la création
de la zone Euro. Les agrégats de la monnaie sont des indicateurs statistiques reflétant la
capacité des dépenses des agents non financiers résidants (sociétés, ménages, administrations
publiques hors état, compagnies d’assurance, caisse de retraite et administrations privées). Ils
regroupent l’ensemble des moyens de paiement de ces agents et parmi leurs placements
financiers, ceux qui peuvent être utilisés en règlement des transactions après conversion facile
et rapide en moyen de paiement, sans risque important en capital.
Les agrégats monétaires sont en nombre de trois ou quatre, cela dépend des pays. Nous avons
M1, M2, M3 et M4. Ils sont classés en fonction de leur degré de liquidité, du plus liquide au
moins liquide.
Les principaux agrégats monétaires sont ici classés par ordre de liquidité décroissante 32:
31
A. Diemer, « Systèmes monétaires et financiers : chapitre I : formes, fonctions et mesures de la monnaie »,
MCF, Université d’Auvergne, France, 2008, p 11.
32
SENAT, document de travail: études économiques, « la politique monétaire objectifs, méthodes et nouveaux
problèmes », n° EC-04, Paris, Novembre 2009.
22
La masse monétaire M3 : M2 + les instruments négociables sur le marché monétaire
émis par les institutions financières monétaires, et qui représentent des avoirs dont le
degré de liquidité est élevé avec peu de risque de perte de capital en cas de liquidation.
La masse monétaire M4 : M3 + les bons du Trésor, les billets de trésorerie et les bons
à moyen terme émis par les sociétés non financières.
[Link] contreparties de la masse monétaire
À partir de cette définition, on constate que les sources de la création monétaires sont
appelées les contreparties, dont on distingue trois grandes classes de la masse monétaire 34:
[Link]é, « Leçons d’économie politique », édition Economica, 8éme édition, Paris, 1999, p352.
33
34
A. Diemer, « Economie générale : 4ème partie, le financement de l’économie », IUFM d’Auvergne, France,
2009, p 431-432.
23
Après avoir présenté les agrégats et les différentes contreparties de la masse monétaire, nous
passerons à la création monétaire et ses différents agents responsables qu’ils l’assurent.
6. La création de la monnaie
Avec le développement de l’activité et les échanges économiques, les agents économiques ont
besoin d’une quantité croissante de moyens de paiement pour régler leurs transactions.
L’offre de monnaie est le plus souvent la conséquence d’une offre de crédits par les banques
ou d’une monétisation par celles-ci de titres de créances sur les agents non financiers
(ménages et entreprises), sur l’Etat ou sur l’extérieur.
Selon la Banque de France (1986), l’offre de monnaie est « un acte de création monétaire qui
consiste à transformer des créances en moyens de paiement » 35 . Cette simple définition
appelle deux questions : Comment le mécanisme de la création monétaire se fait ?et qui a le
pouvoir de ce processus ?
Ce processus peut aussi être défini comme : « les modalités par lesquelles une nouvelle
monnaie vient augmenter la quantité de monnaie détenue par les agents non financiers
résidents et les autres intermédiaires financiers »37. Ou comme : « un processus de nouveaux
moyens de paiement mis à la disposition des agents économiques »38.
En effet, dans les économies monétaires modernes, les principaux responsables de la création
monétaire sont les établissements de crédits et l’offre de monnaie repose sur un processus de
35
A. Diemer, [Link], p 2.
36
[Link] et [Link], « La monnaie et ses mécanismes », édition PUF, 12 emeédition, Collection Que sais-je ?,
Paris, 1995, p18.
37
[Link], « Monnaie et financement de l’économie », édition Dunod, 2eme édition, Paris, 2006, p62.
38
[Link] et [Link], « Dictionnaire d’économie et de sciences sociales », Hatier édition, Paris, 1999, p264.
24
création monétaire, plus connue sous la maxime : « Les crédits font les dépôts », tout crédit
s’ajoute au volume de monnaie existant. Le crédit bancaire permet à un agent de disposer
d’une capacité de paiement supplémentaire.
Compte tenu de ce qui précède, on constate que la création monétaire est assurée par trois
principaux acteurs financiers : la banque centrale, les banques de second rang (les banques
commerciales) et le trésor public.
La banque centrale, les banques commerciales et le Trésor public participent à des degrés
différents à l'offre de monnaie. Nous allons voir comment chacun de ces agents peut créer de
la monnaie.
La banque centrale créée deux sortes de monnaie : il s’agit d’abord de la monnaie fiduciaire
puisqu’elle a le monopole de l’émission des billets de banque. Ce genre de monnaie est créé
lorsque les agents économiques non financiers souhaitent détenir une partie de leurs avoirs
sous forme de billets. Il s’agit ensuite de la monnaie scripturale constituée par les soldes
créditeurs des comptes des banques commerciales et du trésor dans sa comptabilité.
L’ensemble de cette monnaie est appelé « monnaie centrale »40.
39
P.A. Corpon, « L’indispensable en économie et histoire des sociétés contemporaines », Ed Bréal 2004, Paris, p
74.
40
[Link], [Link]., p 86.
25
Lorsque les banques de second rang ont besoin de monnaie, la Banque centrale les
refinance pour satisfaire leur besoin de trésorerie ;
Lorsqu'elle acquière des devises, la banque centrale procède également à de la création
monétaire.
Figure 01 : La banque centrale et la création monétaire
Source :[Link] et al, « économie monétaire et financière », édition Bréal, Paris, 2006, p 65.
6.2.2. Les banques commerciales
Les banques de second rang sont les principaux acteurs de la création monétaire dans
lesquelles pratiquement tous les acteurs économiques ont un compte. Elles ne sont plus de
simples intermédiaires qui prêtent des fonds, elles créent de la monnaie lorsqu’elles accordent
des crédits41.
La création monétaire de la part des banques commerciales intervient dans trois cas 42:
Lors d’un octroi de crédits aux agents non financiers résidents (ANFR) titulaires d’un
compte à vue dans les banques, les banques détiennent alors une créance sur ces
agents ;
Lors d’une acquisition de titres du trésor public, les banques détiennent alors une
créance sur l’Etat ;
Lors d’une acquisition de devises auprès des agents non financiers résidents, en
contrepartie qui détiennent une créance sur l’étranger.
6.2.3. Le trésor public
Le trésor public est le « bras financier » de l’État. Il a en effet pour rôle de percevoir les
recettes publiques (les impôts) et d’exécuter les dépenses, mais aussi d’assurer le financement
du déficit budgétaire.
41
[Link] et [Link], [Link], p 265.
42
[Link],[Link], p63.
26
Le trésor public est considéré comme un banquier de l’Etat, et en tant que tel, il est à la source
d’une création monétaire directe et indirecte. Il a le pouvoir de créer la monnaie sans pour
autant accorder de crédits43.
La nature de la monnaie est un sujet de débat entre les économistes. Le point de vue dominant
est que la monnaie existe parce qu’elle permet de réduire le coût des échanges.
Aujourd’hui, la majeure partie des flux monétaires a pour contrepartie des transactions
financières. Des systèmes de paiement de plus en plus sophistiqués, fonctionnant selon des
règles très exigeantes pour garantir la sécurité des règlements monétaires, constituent le cœur
du fonctionnement des places financières modernes.
Mais, si l'ensemble des règlements monétaires provoque une création de moyens de paiements
excédents les exigences de l'équilibre économique, le processus inflationniste peut prendre de
l'ampleur sans compromettre pour autant le remboursement des créances bancaires. Il s'avère
indispensable de contrôler la capacité des banques à créer la monnaie car elles sont
relativement immunisées contre une dégradation de la qualité de la monnaie 44.
Après avoir présenté certaines généralités sur la monnaie, on tient à mettre en lumière les
fondements théoriques de la politique monétaire.
43
[Link] et al, « économie monétaire et financière », édition Bréal, Paris, 2006, p 60.
44
[Link] et [Link], [Link], p119.
27
Section II : Fondements théoriques de la politique monétaire
La politique monétaire se situe désormais au cœur des débats relatifs aux mesures susceptibles
de favoriser une croissance durable et une stabilité des prix dans l’économie. En outre, la
politique budgétaire a perdu son attrait en tant qu’instrument de stabilisation de l’ensemble de
l’économie, en raison des doutes quant à la capacité de régler les mesures budgétaires de
façon à atteindre le degré de stabilisation souhaité et également du fait des préoccupations
relatives aux déficits budgétaires.
Il s’ensuit que, depuis quelques années, économistes et hommes politiques recommandent que
l’objectif de stabilisation de la production et de l’inflation revienne à la politique monétaire.
Les économistes sont également venus à prôner plus fermement la stabilité des prix comme
principal objectif à long terme d’une banque centrale 45.
Nous exposerons au cours de cette section les principaux rouages de la politique monétaire
qui est composante indispensable à côté de la politique budgétaire et fiscale de la politique
économique. Pour le faire, il est primordial de passer par la politique économique dans un
premier temps, ensuite nous passerons à la définition de la politique monétaire, son évolution
littérature, nous énoncerons ensuite ses objectifs ses instruments et enfin nous détaillerons ses
canaux de transmissions.
En général, la politique d'une communauté, d'une société, d'un groupe social, au sens
de Politeia, obéit à une constitution rédigée par ses fondateurs qui définit sa structure et son
fonctionnement (méthodique, théorique et pratique). La politique porte sur les actions,
l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses
rapports à d'autres ensembles.
Selon [Link] (1985), « le terme politique fait référence à un train de mesures visant la
réalisation d’un objectif à long terme ou la résolution d’un problème particulier »46.
45
Bulletin de la Banque de France N°27, Mars 2016, p 91.
46
[Link], «Better livestock policies for africa», network papper, Addis ababa n°01, janvier 1985, p 4, (cité
par [Link]).
28
Donc, on peut dire que la politique est principalement ce qui a trait au collectif, à une somme
d'individualités et/ou de multiplicités.
C'est dans cette optique que les études politiques ou la science politique s'élargissent à tous les
domaines d'une société (économie, droit, sociologie, etc.).Ceci nous amène à exposer la
définition de la politique économique.
47
Luc Simula et Laurant Simula, « 20 dissertations d’analyse économiques et historiques des sociétés
contemporaines », édition Bréal, Paris, 2004, p 169.
48
[Link] et [Link], « politiques économiques », édition De Boeck, Bruxelles, 2017, p 3.
49
[Link],« politiques économiques », édition ENA, Tunis, 2005, p 46.
29
Figure 02 : Le carré magique de N. Kaldor
Croissance
50
[Link]é et D. Chamblay, « 100 Fiches pour comprendre les sciences économiques », édition Bréal, Paris,
2005, p 188.
30
etc.), elle est dite structurelle. Dans ce groupe on trouve la politique industrielle, la
politique énergétique et tant d’autres. Ces politiques soutiennent généralement les
secteurs jugés prioritaires.
Tout d’abord et d’après R. Barre (1970), « la politique monétaire est un instrument efficace
des politiques économiques générales de croissance équilibrée, il est employé en étroite
liaison avec la politique budgétaire, la politique des prix et la politique des échanges
extérieurs51».
Pour Artus et Virard (2010), « la politique monétaire est l’ensemble des mesures qui sont
destinées à agir sur les conditions de financement de l’économie. Son objectif principal est le
51
[Link], « économie politique », Presse Universitaire de France, Paris, 1970, p 82.
52
[Link]é et [Link], [Link]., p 196.
53
[Link], [Link], p 119.
31
maintien de la stabilité des prix (approche monétariste), mais elle peut aussi favoriser la
croissance et le plein-emploi (approche keynésienne) »54.
Compte tenu de ce qui précède, on peut affirmer que la politique monétaire est une politique
économique dite conjoncturelle, elle désigne l’ensemble des mesures et des actions menées
par les autorités monétaires pour agir sur l'activité économique par l'intermédiaire de l'offre
monétaire, afin d'assurer en préalable, la stabilité des prix et atteindre les autres objectifs de la
politique économique.
54
P. Artus et M.P Virard, « La liquidité incontrôlable : qui va maîtriser la monnaie mondiale ?», Pearson
Education France, Paris, 2010, p6.
32
Selon la loi Say ou loi des débouchés, l’offre créée sa propre demande, car les produits
s’échangent contre des produits55. Il affirme alors, que la monnaie est un voile, donc elle est
considérée comme neutre et elle n’affecte pas nos décisions 56.
Les classiques laissaient entendre que la monnaie était neutre, qu’elle ne servait qu’à faciliter
les transactions. Ils mettaient en garde contre toute tentative de jouer sur la quantité en
circulation car, elle était inefficace voire néfaste à l’activité économique.
Si l’offre de monnaie s’accroit par l’augmentation des salaires, les agents économiques
savent, en contrepartie que les prix vont augmenter, il n’y a pas donc une illusion monétaire.
Cette formulation devait être formalisée par Irving Fisher dans la théorie quantitative de la
monnaie, au terme de laquelle le stock de monnaie ne détermine que le niveau général des
prix comme suite57:
La masse monétaire (M) multipliée par sa vitesse de circulation (V) est égale au volume de
production (T) multiplié par le niveau général des prix (P).
M*V=P*T
D’où :
M : La quantité de la monnaie
V : La vitesse de circulation de la monnaie ;
P : Le niveau général des prix ;
T : Indice de volume de transaction au cours d’une période de temps donnée.
- L’offre de la monnaie (M) est une variable exogène, elle est contrôlée par les autorités
monétaires ;
- La vitesse de circulation (V) et l’indice de transaction (T) sont stables ;
55
[Link]é et al, « 100 Fiches pour comprendre l’histoire économique contemporaine », édition Bréal, Paris,
2008, p 96.
56
N. Leclerc, « La nature de la monnaie en droit »,Corpus Civilis,2009, p551.
57
SENAT, document de travail: études économiques, « la politique monétaire objectifs, méthodes et nouveaux
problèmes », n° EC-04, Paris, Novembre 2009.
58
F. Mishkin, [Link]., p 25.
33
- Le niveau général des prix (P), est une variable dépendante de la quantité de la
monnaie.
Cette équation démontre que la valeur totale des achats permis par la monnaie en une année,
est égale à la valeur totale des biens achetés au cours de la même période.
Dès lors, toute augmentation de la masse monétaire que n'accompagne pas une hausse de la
production, se traduit essentiellement par de l'inflation et, réciproquement, il est possible de
lutter contre l'inflation en restreignant la masse monétaire, sans conséquence sur le niveau réel
de la production.
Selon la théorie quantitative, la monnaie est neutre : elle n’agit pas sur les variables réelles de
l’économie (la production, la consommation, l’investissement et les échanges). Cette théorie
correspond à une conception dichotomique de l’économie (séparation des phénomènes réels et
des phénomènes monétaires). A cet égard, l’économie de marché tend à s’autoréguler
spontanément et tout déséquilibre entre l’offre et la demande de la monnaie se résorbera de
lui-même par un ajustement de prix supposé suffisamment flexible 59.
L’Etat n’a donc aucune raison sérieuse d’intervenir, si ce n’est pour assurer, rétablir, et
maintenir le libre fonctionnement des marchés. Par conséquent, la politique monétaire est
inefficace voire inutile.
59
[Link] et [Link], [Link]., p 98.
34
Cette période a été appelée les Trente Glorieuses 60 . Ce fut une période de victoire des
politiques keynésiennes au bonheur des autorités locales. Keynes préconisait les politiques de
relance (budgétaire et monétaire). Il était alors question de critiquer et de s’interposer aux
théories précédentes concernant le rôle de la monnaie dans l’économie.
Pour lui, il faut utiliser une politique monétaire de relance qui stimule l’investissement et donc
la production et aide à lutter contre le chômage 61, car les marchés laissés à eux-mêmes ne
conduisent pas forcément à l'optimum économique. En outre, l'État a un rôle à jouer dans le
domaine économique.
Pour que l’économie soit proche d’une situation de plein emploi, il faut au moins, que les taux
d’intérêts soient faibles, si non le plus bas possible 62 . La variable clé était donc le taux
d’intérêt.
Les théories keynésiennes refusent, donc la coupure entre l’économie réelle et l’économie
monétaire ; une baisse des taux d’intérêt à court terme décidée par une banque centrale devrait
se traduire à la fois par un accroissement de la création monétaire liée au développement des
crédits et par investissement supplémentaire des agents économiques qui ont accès à ces
crédits. Cela devrait favoriser la croissance économique en stimulant la demande adressée aux
entreprises63.
En 1958, l’économiste néo-zélandais William Alban Philips va avancer une thèse remarquable.
Ila publié une étude mettant en évidence une relation entre le chômage et la variation des
salaires nominaux, par la suite P. Samuelson et [Link] approfondissent ces recherches et ils
montrent qu’il existe une relation décroissante entre l’inflation et le chômage 64. Ce qui sera
plus tard théorisé par la fameuse courbe de Philips.
60
L'expression a été inventée par l'économiste français Jean Fourastié (1907-1990) dans son livre « Les Trente
Glorieuses, ou la révolution invisible de 1946 à 1975 », publié en 1979.
61
[Link], « Des délices de l’inflation aux affres de la déflation : une lecture keynésienne de la crise »,
publications des universités de Rouen et du Havre, Paris, 2009, p 101.
62
Ibid., p 105.
63
[Link]é, D. Chamblay, G. Renouard, « 50 fiches pour comprendre les débats économiques actuels »,
édition Bréal, Paris, 2007, p 46.
64
[Link] et [Link]é, « Macroéconomie », édition Bréal, Paris, 2006, p 158.
35
Avec cette découverte, les autorités monétaires savent qu’à chaque fois qu’ils ont à agir, ils
peuvent facilement faire un arbitrage entre l’inflation et le chômage.
Cette politique était discrétionnaire puisque l’on espérait prendre par surprise les agents
économiques pour aboutir aux résultats.
Selon D’Agostino et Al (2007), « la politique discrétionnaire consiste à agir au coup par coup,
en fonction de l’état de la conjoncture ou de l’inflation. Il s’agit donc, d’une régulation
conjoncturelle »65.
Cependant, Keynes reconnait que cette politique monétaire peut parfois être insuffisante pour
relancer l’activité économique et préconise de la compléter avec une politique budgétaire
centrée sur l’augmentation des dépenses publiques68.
Néanmoins, au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, les économies des pays
avancés sont secouées par une succession de chocs sur l’offre et sur la demande. La
stagflation issue des chocs pétroliers invalide la courbe de Philips et les politiques
keynésienne se révèlent incapables de résorber le chômage européen. Les transformations de
l’environnement, l’ouverture commerciale et financière des économies, la montée en
puissance des pays émergents remettent en cause les certitudes. L’économie devient plus
65
S.d’Agostino et Al, « Analyse économique et historique des sociétés contemporaines », édition Bréal, Paris,
2007, p 236.
66
[Link] et [Link], «Economie-droit », édition Bréal, Paris, 2006, p 126.
67
Ibid.
68
[Link]é, [Link], [Link], [Link]., p 46.
36
complexe et les effets des politiques sont d’autant plus incertains que les agents sont mieux
informés de leurs conséquences.
L’économiste le plus connue tant que représentant de l’école monétariste est sans aucun doute
Milton Friedman. Pour plusieurs, il est le père du monétarisme moderne. C’est lui qui, à la fin
des années cinquante, présenta une version moderne d’une ancienne théorie, mieux connue
dans le jargon économique comme « La théorie quantitative de la monnaie ».
69
[Link] et [Link], [Link], p 117.
70
SENAT, document de travail: études économiques, « la politique monétaire objectifs, méthodes et nouveaux
problèmes », n° EC-04, Paris, Novembre 2009.
71
[Link] et [Link], «économie monétaire et financière », édition De Boeck, Bruxelles, 2018, p 164.
37
anticipations adaptatives impliquent ainsi des erreurs de prévisions qui sont couteuses
pour l’économie72.
- A cet effet, Friedman a démontré que les politiques interventionnistes sont inefficaces
et déstabilisantes. L'État doit alors se borner à créer les conditions d'efficacité du
marché 73 . Il a proposé une règle monétaire fixe et il a préconisé un pilotage
automatique sous la forme d’un pourcentage constant d’augmentation de la masse
monétaire. Cette augmentation devrait tenir compte de l’évolution moyenne sur une
période donnée du volume de la production74.
Pour synthétiser, les monétaristes recommandent que la politique monétaire doive servir à
garantir la stabilité des prix, il faut donc neutraliser la monnaie par la fixation d’une règle
intangible d’émission de monnaie centrale.
La banque centrale doit être conservatrice en respectant une norme de croissance de la masse
monétaire calculée par rapport à la progression du PIB sur un grand nombre d’années du
passé. Si la croissance moyenne du PIB réel est de 2% l’an, et afin d’assurer une inflation
modérée inférieure à 2%, la masse monétaire ne doit progresser au maximum que de 4.5% par
an75.
Au début des années quatre-vingt, le phénomène de stagflation s’est traduit par un chômage
qui a atteint ses plus hauts niveaux en Europe. A cette époque, la nouvelle école classique est
apparue, elle a non seulement critiqué le modèle keynésien mais aussi elle a radicalisé la
théorie monétariste.
Les économistes de la nouvelle école classique que l’on qualifie encore école des
anticipations rationnelles, ont pour chef de file R. Lucas, qui initia la révolution des
anticipations rationnelles. S’y rattachent notamment F. Kydland, E. Prescott, [Link],
[Link]…etc. Leur hypothèse fondamentale est que l’économie est composée d’agents
72
Ibid.
73
[Link]., « le rôle économique et social du pouvoir public : Friedman versus Keynes», document de travail,
Grenoble, France, 2001.
74
[Link] et al, [Link]., p 268.
75
Ibid., p 112.
38
rationnels, parfaitement informés sur l’état des marchés, ils ont en outre une parfaite
connaissance des modèles économiques utilisés par les autorités.
C'est Robert Lucas, en publiant trois articles fondamentaux entre 1972 et 1976, qui donne
naissance à cette école, ses travaux démontrent deux choses : L’arbitrage entre inflation et
chômage n'existe pas et les modèles statistiques utilisés pour prévoir les politiques
économiques conduisent à des évaluations biaisées 76.
Les nouveaux économistes classiques disent alors que les agents sont rationnels, car ils
utilisent la théorie économique pour agir. De plus, si les agents économiques opèrent sur des
marchés transparents où la concurrence est la règle, alors toutes les aspirations individuelles
seront satisfaites.
Toutefois le principe de la référence à une règle stricte a été renforcé par les analyses mettant
en évidence le risque d’incohérence temporelle des politiques monétaires discrétionnaires.
Le problème de l’incohérence temporelle a été analysé pour la première fois dans un article
publié par [Link] et [Link] (1977), « les règles au-delà de la discrétion :
l’inconsistance des plans optimaux »77.
Il y a une incohérence temporelle lorsque les autorités monétaires annoncent leur décision de
prendre certaines mesures dans le futur et que le moment venu, l’action prévue n’apparaissant
plus pertinente aux autorités, elle n’est pas appliquée et ce, sans que les opérateurs en soient
informés à l’avance78.
Pour remédier à cette incohérence temporelle, Kydland et Prescott ont proposé de bannir ce
qu’ils appellent les politiques discrétionnaires, définies comme résultant d’une optimisation à
chaque instant. Pour eux la politique économique doit plutôt s’attacher à suivre des règles
fixes, et l’évaluation de politiques alternative doit porter sur la comparaison entre différentes
règles, non entre différentes décisions 79.
De leurs côté, Barro et Gordon (1983b), considèrent que la politique monétaire va s’inscrire
dans un jeu stratégique entre la banque centrale et les agents économiques privés, où chacun
76
F. Langot, « Dictionnaire des idées et notions en économie », édition Encyclopédia Universalis France, 2016.
77
F. Mishkin, « Monnaie banque et marchés financiers », Pearson Educations France,2010, p 598.
78
J.L. Bailly et Al, [Link]., p 268.
79
A. Bénassy-Quéré et Al, « Politique économique », Edition De Boeck, Bruxelles, 2017, p 82.
39
essaye d’anticiper sur les comportements de l’autre c’est à dire prendre de l’avance voire
tromper l’adversaire80.
Pour récapituler, J. Bailly et ses al (2006) indiquent que les nouveaux classiques insistent que
l’Etat doit se couper volontairement les mains, en instaurant 82 :
Certes cette école, a renouvelé la pensée libérale et a ainsi rejeté un certain nombre de
modèles nés de l’analyse keynésienne, mais à son tour, elle va être mise en cause par la
nouvelle école keynésienne.
80
J.L. Bailly et al, [Link]., p 113.
81
Ibid.
82
J.L. Bailly et al, [Link]., p 114.
40
2.5. La vision de la nouvelle école keynésienne de la politique monétaire
La nouvelle école keynésienne est née dans les années soixante-dix en réaction à la nouvelle
école classique. Pour les économistes de cette école, les individus sont rationnels, mais des
déséquilibres existent et se propagent car les marchés ne peuvent s’autoréguler,
essentiellement du fait de la rigidité des prix et des salaires, et de l’imperfection de
l’information83 . Parmi les nombreux nouveaux économistes keynésiens, il est possible de
citer E. Phelps, G. Mankiw, [Link] et Taylor.
Le débat porte alors plutôt sur la nature de la règle. Au lieu d’utiliser des règles passives et
immuables, on se fixe des règles actives. Elles ont pour but d’assurer la crédibilité sur le long
terme, mais en laissant la possibilité d’une action à court terme. Ce sont des règles
contingentes, c’est-à-dire qu’elles doivent prévoir tous les évènements possibles et les
solutions à y apporter84.
On peut citer un exemple de règle activiste qui est la règle de Taylor. Dans le but d’étudier le
rôle des règles de politique monétaire, Taylor a proposé en 1993, une règle hypothétique mais
représentative de l’évolution des taux courts aux Etats –Unis pour la période 1987-1992. Cette
règle est aujourd’hui appliquée à l’ensemble des pays du G785.
Le taux d’intérêt réel que contrôle la banque centrale, selon cette règle i tay, dépend du taux
d’intérêt normal (i*) dans des conditions monétaires neutres, du différentiel d’inflation (p-p*),
et du différentiel de croissance (écart entre la croissance observée et la croissance potentielle),
soit 86:
itay=i* + p + 0.5 (p - p*) + 0.5 y
D’où :
i tay: le taux d’intérêt nominal ;
i* : le taux d’intérêt réel ;
p : l’inflation anticipée ;
p* : la cible d’inflation choisie par la banque centrale ;
y: l’écart entre le PIB effectif réel et le PIB potentiel.
L’équation de Taylor peut donc être interprétée comme une fonction de réaction des autorités
monétaires : Une hausse de l’inflation ou une croissance trop forte se traduisent par une
83
N. Duvert, M. Montoussé, G. Renouard, « Sciences économiques et sociales », Edition Bréal, Paris, 2007, p 46.
84
[Link]é,« Analyse économique et historique des sociétés contemporaines », Edition Bréal, Paris, 2007, p 23.
85
Le G7 est un regroupement informel de sept économies avancées du monde : l'Allemagne, le Canada, les
États-Unis, la France, l'Italie, le Japon, le Royaume-Uni et l'Union européenne.
86
Ibid.
41
montée du taux d’intérêt pour éviter la surchauffe, et inversement, en cas de croissance faible
ou du risque de déflation.
En outre, les nouveaux keynésiens ont accepté l’hypothèse d’anticipations rationnelles. Selon
eux une politique monétaire (de relance ou restrictive) est efficace si cette dernière n’a pas été
anticipée.
De tous ce qui précède, on peut conclure que dès le XIXème siècle la succession des différents
courants fondateurs de l’économie politique avait laissé l’impression d’une discipline
extraordinairement éclatée, faite d’écoles de pensée concurrentes communiquant peu, ou
uniquement par affrontement sur des hypothèses essentielles mais opposées.
C’est au cours de la deuxième moitié des années soixante-dix que la politique monétaire
change d’objectif et d’instruments. Alors qu’elle avait pour but de favoriser la croissance, en
cherchant à maintenir des taux d’intérêts faibles, elle bascule soudainement vers un objectif
de maîtrise de l’inflation au moyen d’un contrôle de la masse monétaire. Ce retournement
apparaît dans un contexte de dérapage inflationniste et de ralentissement conjoncturel.
Les visions de la politique monétaire ont été influencées par les diverses conjonctures et
surtout par l’expérience des différentes crises qui ont renforcé l’incertitude dans le processus
d’élaboration de cette politique. Le tableau suivant récapitule les différentes visions de la
monnaie et de la politique monétaire :
Certes les différents objectifs possibles sont tous souhaitables mais difficiles à les atteindre
ensemble et en même temps. Il faut donc choisir entre ces objectifs.
87
Z. Ftiti, « Politique de ciblage d’inflation, règles de conduite, efficacité, performance », université de Tunis,
thèse doctorat en sciences économiques, Tunis, 2010.
43
D’après Luc Simula et Laurent Simula (2004), « L’expression de stabilité des prix signifie
qu’il n’y a ni inflation, ni déflation, donc aucune tendance durable, généralisée et auto-
entretenue, à la hausse ou à la baisse des prix. La stabilité des prix préserve le pouvoir d’achat
de la monnaie et assure sa stabilité interne en évitant les anticipations inflationnistes 88.
Dans le même contexte Dieter Gerdesmeier (2004), affirme « qu’en l’absence d’inflation ou
de déflation, on peut parler de stabilité des prix si, en moyenne, les prix n’enregistrent ni
hausse ni baisse mais demeurent stables dans le temps. À titre d’exemple, si 100 euros
permettent d’acheter un panier de biens identique à celui acquis il y a un ou deux ans, la
stabilité des prix peut être considérée comme absolue »89.
Aujourd’hui, l’objectif central de la politique monétaire est le maintien de la stabilité des prix.
Cet objectif est clairement annoncé comme objectif principal du Système Européen des
Banques Centrales (SEBC) tel qu’il est défini par l’article 105 du traité de Maastricht 90.(Cet
objectif sera plus détaillé dans le second chapitre).
Dans cette optique, la deuxième mission de la politique monétaire est d’assurer un équilibre
des échanges avec l’extérieur, c’est-à-dire un équilibre entre les entrées et les sorties de biens
et services des revenus et capitaux.
La monnaie nationale sert pour les échanges avec l’extérieur, après opération de conversion
dans une autre monnaie, pour un prix (un taux de change) donné. La banque Centrale doit
tenir compte de cet aspect dans sa politique monétaire. Son but est de limiter les déséquilibres
de balance courante ou de balance des capitaux, afin que l’économie nationale ne souffre pas
de pressions extérieures91.
88
Luc Simula et Laurent Simula, [Link]., p 169.
89
Banque Centrale Européenne, [Link] , [Link], p 24.
90
[Link] et al, [Link], p 218.
91
[Link],« La conduite de la politique monétaire en Algérie » , CREAD, octobre 2004.p4.
44
Selon Dominick Salvatore (2007), « la politique monétaire doit être assignée à l’objectif
d’équilibre extérieur et la politique fiscale à celui de l’équilibre intérieur ; si un pays faisait
l’inverse, il s’éloignerait de plus en plus de ce double équilibre »92.
L'équilibre de la balance des paiements au sens strict est difficile à réaliser à certaines
périodes. Car même les économies considérées comme les plus fortes et supposées avoir une
balance des paiements équilibrée connaissent des déficits ou des surplus de façon périodique,
mais une stabilité monétaire (ou lutte contre l'inflation) et un équilibre de la balance extérieure
sont deux objectifs essentiels et qui peuvent être atteints par le même type de mesures.
L’emploi est défini par [Link] et [Link]ères (1991), comme « la combinaison des
éléments sociaux et juridiques qui institutionnalisent la participation des individus à la
production de biens et services socialement valorisés »93.
La lutte contre le chômage est l’un des objectifs de la politique monétaire, cet objectif
s’exprime souvent comme la prévention et la réalisation du chômage conjoncturel
qu’engendre par exemple une diminution des exportations ou à la fin d’un boom
d’investissement, mais il comprend aussi la réduction du chômage non conjoncturel, tel que le
chômage frictionnel, qui produit lors du changement de l’emploi, déclin d’une branche
d’activité ou d’une région particulière. 94
De leur côté, Bellemare et Poulin Simon (1983), confirment qu’une politique monétaire qui
veut réellement résoudre ces deux majeurs problèmes : l’inflation et le chômage, doit passer
par une politique de plein emploi. Il est tout à fait irréaliste de penser que l’inflation est
uniquement un problème monétaire et qu’une politique monétaire adéquate pourra freiner les
pressions inflationnistes. Au contraire, l’inflation est un phénomène complexe, il provient des
changements structurels importants dans l’économie mondiale, c’est pour cela l’adoption
d’une politique de plein emploi qui repose sur une politique de relance économique est
92
[Link], « Economie internationale », Edition De Boeck, 2007, Belgique, p 686 (Traduit par [Link] et
[Link])
93
A. Beitone et C. Dollo, « Dictionnaire des sciences économiques », Armand Colin Editeur, Paris, 1991, p 123.
94
J. Capul, « Sciences économiques et sociales », Edition Hatier, Paris, 1994, p 83.
45
indispensable. En effet, une telle politique améliorerait la productivité et le niveau de
production, donc l’offre, et réduirait les pressions inflationnistes 95.
Au sens strict, et selon [Link] (1961), « la croissance est souvent définie comme
l’augmentation soutenue pendant une période longue d’un indicateur de production en
volume»96.
Donc, à ce propos l’Etat cherche à promouvoir une forte croissance durable qui garantit
l’amélioration du bien- être.
D'une manière plus générale, la croissance correspond, pour une nation, à une augmentation
soutenue et durable, pendant une période suffisamment longue ; de la production de biens et
de services appréhendée par des indicateurs comme le PIB (Produit intérieur brut) ou le PNB
(Produit national brut). Ceci permet de calculer une croissance en volume.
La formule de calcul, dans le cas du PIB de l'année "n", est la suivante :
Cependant, n'étant qu'une mesure quantitative d'un agrégat économique, la croissance n'est
qu'une des composantes du développement qui est une notion plus abstraite et qualitative. Il
peut donc y avoir une croissance sans développement et inversement du développement sans
croissance. 97
Les différents objectifs possibles sont tous souhaitables mais difficiles à atteindre ensemble et
en même temps. Il faut donc choisir entre ces objectifs.
La banque centrale n’a pas d’outils pour atteindre les objectifs possibles directement. Par
conséquent, elle doit choisir des buts atteignables qui ont un impact sur les objectifs finals de
95
[Link], L. Poulin Simon, « Le plein emploi : Pourquoi ? », Presses de l’université du Québec, 1983, p
196.
96
F. Perroux, « l’économie du XXème siècle », Edition PUF, Paris, 1961, p 408.
97
[Link]-Lam, « Intégration régionale et échanges commerciaux intra sous-régionaux: Le cas de CEMAC »,
Edition Publibook, Paris, 2014, p 81.
46
la politique monétaire. Ces buts atteignables sont des cibles intermédiaires. Finalement, si ces
derniers s’avèrent difficilement atteignable la banque centrale fixe des objectifs opérationnels
qu’elle peut influencer facilement. Donc, à côté des objectifs finals, il convient de distinguer
les objectifs « intermédiaires » et les objectifs « opérationnels ».
Comme le définit Descamps (1997) :« L’objectif intermédiaire est un point d'application des
instruments de la politique monétaire au service d'une cause plus générale : la réalisation des
objectifs finaux ou ultimes de la politique économique »98 .
Le choix des objectifs intermédiaires poursuivis par les autorités monétaires dépend de la
vision que ces autorités ont de l'action de la monnaie sur l'économie. En d'autres termes, le
choix des objectifs intermédiaires est tributaire de l'option théorique choisie par ces autorités.
98
BCEAO, «Objectifs et instruments de la politique monétaire », Réalisé Par Les Membres Du Groupe XI,
2010, p 7.
99
[Link], « Monnaie, institution financière et politique monétaire »,5eme édition, Economica, 1993, Paris.
100
[Link], [Link]., p 87.
47
L’objectif quantitatif ;
Les taux d'intérêt ;
Les taux de change.
3.2.1. L’objectif quantitatif (le contrôle des agrégats de monnaie)
La maîtrise de la croissance de la masse monétaire constitue l'un des objectifs privilégiés des
monétaristes. Le contrôle de la masse monétaire à travers les agrégats de la monnaie M1, M2,
M3 ou M4 a été adopté dans les années soixante-dix par certaines banques centrales
européennes. Il s'est généralisé par la suite après au cours des années quatre-vingt et devenu
de plus en plus efficace.
Selon Gillis et al (1998), « la masse monétaire d'un pays peut se définir comme la somme de
toutes les liquidités du système financier »101. Et comme cité dans la section précédente, les
principaux agrégats monétaires sont généralement classés par ordre de liquidité décroissante
(M1-M2-M3-M4).
La croissance équilibrée d’une économie exige que la quantité de monnaie disponible soit en
adéquation avec les besoins de la production et de l’échange des produits. Il est donc
nécessaire de connaître le volume des moyens de paiement disponibles et la manière dont les
agents les détiennent102. D’une autre manière, il faut que la croissance de la masse monétaire
soit égale au taux de croissance de l'économie réelle pour éviter toute tension inflationniste.
101
[Link] et al, « Economie du développement, nouveaux horizons », 4éme édition, Belgique, 1998.
102
J.L. Bailly et al, [Link]. p 221.
103
Ibid.
48
3.2.2. L’objectif du taux d’intérêt
Les taux d'intérêts sont utilisés comme objectifs intermédiaires pour prévaloir un niveau de
taux d'intérêt suffisamment attractif pour l'accroissement de l'épargne et par là celle des
investissements selon la conception keynésienne de taux d'intérêt.
L'objectif intermédiaire de taux d'intérêt permet aussi d'agir sur la liquidité bancaire, selon les
keynésiens, un niveau faible des taux d'intérêt stimule l'investissement, et un taux élevé
encourage l'épargne.
Les monétaristes ne partagent pas cette conception des taux d'intérêt. Pour eux, la
détermination du taux d'intérêt doit dépendre de la loi de l'offre et de la demande sur le
marché monétaire et sur le marché des biens et services. Une telle stratégie n'est utilisée que
dans une économie libéralisée.
En outre, [Link] (1983) a confirmé dans son article, que le taux d'intérêt peut aussi avoir
pour fonction d'assurer l'équilibre extérieur, ce en créant un différentiel d’intérêts avec
l’étranger, ce qui entrainerait une variation des flux de capitaux étranger en quête le plus
souvent d’emplois rémunérateurs. La hausse des taux d'intérêt peut susciter des prises de
position de déséquilibre extérieur 104.
Par ailleurs, il existe une large gamme de taux d’intérêt, dont nous pouvons citer 105:
a) Les taux de marché des capitaux : ils peuvent être classés suivant les marchés
auxquels ils correspondent :
Le taux du marché monétaire : c’est le taux pour lequel les institutions financières,
les banques et les entreprises se procurent de liquidités.
Le taux de marché obligataire : il exprime le rendement des obligations qui ont été
nouvellement émises sur le marché primaire.
Le taux de marché hypothécaire : il exprime le rendement des titres à plus de dix
ans représentatifs de créances sur l’habitat, les taux de ces titres sont
intermédiaires entre ceux du marché monétaire et ceux du marché obligataire.
b) Les taux de crédit bancaire : ces taux sont librement déterminés par les banques,
c’est le taux minimum qu’elles appliquent à leurs clientèles, il dépend de la durée du
104
A. Icard, « Les instruments de la politique de taux», Revue de banque, juillet- aout, 1987.
105
G. Jacoud, « La monnaie dans l’économie », Edition Nathan, France, 1994, p89.
49
prêt accordé et il est influencé par le taux de marché interbancaire et du taux
d’inflation.
c) Les taux administrés : ils sont directement fixés par les autorités monétaires ou
financières ou par le gouvernement, qu’ils s’agissent de taux créditeurs ou de taux
débiteurs :
Le taux créditeur : c’est la rémunération versée par les institutions financières à
sa clientèle en contrepartie des fonds placés chez elles ou qu’elle collecte
auprès d’elles.
Le taux débiteur : c’est un taux d’intérêt que les institutions financières exigent
pour les prêts qu’elles accordent à leur clientèle.
D'une manière générale, plus une économie est ouverte sur l'extérieur, plus le taux de change
est prompt en objectif intermédiaire.
La volonté des Banques Centrales de lutter contre l'inflation plus récemment a donné un
nouveau fondement à l'utilisation du taux de change comme objectif intermédiaire. L'inflation
peut avoir des origines externes (l'inflation importée : inflation due à l’utilisation de capitaux
importé, dans le processus de production), c'est pour cela que la lutte contre ce phénomène
doit mettre l'accent aussi sur le taux de change, car le taux de change peut servir de catalyseur
entre importation et exportation.
Les objectifs intermédiaires de taux de change et de taux d'intérêt sont souvent jugés
incompatibles en raison de leurs effets contraires ; en voulant encourager l’épargne par une
106
[Link], « What I saw at the devaluation », The New Republic, Washington, Avril 2000.
50
hausse du taux d’intérêt on aboutit finalement à une instabilité interne à cause de l’effet
pervers des entrées de capitaux107.
Selon Bassoni et Beitone (1998), lorsque le taux d'intérêt baisse, il y a une sortie des capitaux,
le taux de change augmente et lorsque le taux d'intérêt est élevé, cela attire les capitaux et
rend difficile le contrôle de la masse monétaire entrainant de ce fait une instabilité interne.
Nous pouvons distinguer deux situations extrêmes de taux de change : le régime de taux de
change fixes et le régime de taux de change flottants.
On parle de taux de change fixe selon Montoussé et ses al (2006), lorsque les monnaies
peuvent fluctuer dans une marge étroite, contrôlée par les autorités monétaires. Les régimes
de changes flottants, qui sous-entendent que les monnaies fluctuent librement sans
intervention des autorités monétaires, ne se rencontrent que dans des situations
exceptionnelles et pour des durées relativement courtes108.
Lecarpentier-Moyal et Gaudron (2010) expliquent dans leur ouvrage, qu’une baisse de taux de
change, c’est à dire une baisse de la valeur des dépôts en monnaie nationale par rapport aux
dépôts en monnaie étrangère, entraine une dépréciation de la monnaie nationale, et donc une
baisse du prix des produits nationaux par rapport au prix des biens étrangers. Cela provoque
une hausse des exportations nettes et une hausse de la production nationale. Par contre, une
hausse de taux de change, c’est à dire une hausse de la valeur des dépôts en monnaie nationale
par rapport aux dépôts en monnaie étrangère, entraine une hausse de demande de la monnaie
nationale, et donc une hausse du prix des produits nationaux par rapport au prix des biens
étrangers. Cela provoque une hausse des importations nettes et baisse des exportations et de la
production nationale109.
A cet effet, nous pouvons distinguer que la variation du taux de change influence non
seulement les importations et les exportations mais aussi la production nationale, et cette
modification étant susceptible de susciter des tensions inflationnistes internes.
107
[Link] et A. Beitone, « Problèmes monétaires internationaux », Edition Armand Colin, Paris, 1998, p 41.
108
[Link]é et al, « Macroéconomie », édition Bréal, Paris, 2006, p 229.
109
S. Lecarpentier-Moyal et Z. Gaudron, «Economie monétaire et financière», édition Economica, Paris, 2010, p
342.
51
3.3. Les objectifs opérationnels
Pour atteindre les objectifs intermédiaires, les autorités monétaires peuvent agir sur des
objectifs opérationnels, c’est-à-dire des variables qu’elles peuvent contrôler directement (taux
de réescompte, taux du marché de la monnaie centrale ; cela veut dire des taux auxquels
s’échange la monnaie centrale et quantité de monnaie centrale).
Parfois, il peut aussi être intéressant, voire indispensable, d’introduire des objectifs
opérationnels qui, eux, sont encore plus proches des instruments que les objectifs
intermédiaires, mais influencent ces derniers. Ils servent donc de canal de transmission d’une
modification des instruments aux objectifs intermédiaires 110.
[Link] (2004) souligne que les objectifs intermédiaires sont des variables « indicatrices » de
l’état de la politique monétaire et il existe deux séries de raisons amènent les autorités
monétaires à utiliser ces objectifs111 :
Les variables retenues comme objectifs intermédiaires ne donnent pas une mesure
assez précise et rapide du caractère plus ou moins restrictif de la politique monétaire.
Ainsi, la masse monétaire est un concept de plus en plus difficile à mesurer et son
évolution n’est pas contrôlée avec précision par les autorités monétaires ;
Les autorités monétaires peuvent avoir besoin d’envoyer des signaux rapides, clairs et
précis aux opérateurs et aux marchés sur le sens de leur politique. Ce rôle d’objectif
opérationnel est joué le plus souvent par les taux d’intérêt à court terme, car ceux-ci
permettent en général de déterminer le caractère plus ou moins restrictif de la politique
monétaire.
Maintenant, il reste à la banque centrale à intervenir sur le marché monétaire afin d’atteindre
les cibles intermédiaires. Pour cela, elle dispose d’un arsenal opérationnel appelé «
instruments de la politique monétaire ».
110
[Link], « L’Afrique peut-elle gagner sa place dans la mondialisation ? », L’Harmattan, Paris, 2009, p 46.
111
[Link], [Link]., p 88.
52
financier ; c'est-à-dire, ce choix est largement déterminé par les caractéristiques de l’économie
et plus particulièrement du système financier dans lequel opère la politique monétaire.
Dans une économie où les marchés financiers, les marchés monétaires et des changes sont
suffisamment développés et intégrés, le financement de l’économie se fait principalement par
ces marchés et secondairement par le crédit bancaire. Dans ce cas, l’on recourt aux
instruments indirects dits de marché qui sont le réescompte et l’open market.
Par contre, dans une économie où les marchés financiers sont peu développés, le financement
de l’économie se fait principalement par le crédit bancaire. Dans ce cas, les autorités
monétaires agissent par des instruments directs, qui sont : l’encadrement de crédits ainsi que
la sélectivité des crédits.
L'on observe que dans le premier cas l'action de la politique monétaire part du bilan de la
Banque Centrale, plus particulièrement de la première rubrique de son passif: la base
monétaire. Par contre, dans le deuxième cas l'action de la politique monétaire porte sur les
bilans des banques commerciales ; Plus précisément, sur les postes les plus importants de
leurs actifs : les crédits.
Pour [Link] (2006), « l’encadrement du crédit est l’instrument par lequel une banque
centrale impose aux banques commerciales de ne pas dépasser un certain taux de progression
des crédits distribués, limitant ainsi autoritairement la création de monnaie
scripturale » 113 .L’encadrement du crédit s’était progressivement assoupli : de global, il est
devenu sélectif.
112
[Link], [Link], p 493.
113
[Link], « L’Europe monétaire », édition Armand Colin, Paris, 2006, p112.
53
D’après R. Penaud et F. Gaudichet, « la sélectivité du crédit, est l'ensemble du dispositif mis
en œuvre pour assurer, aux agents emprunteurs, des financements moins coûteux et/ou plus
abondants que ceux qui leur auraient été offerts par les voies habituelles du marché »114.
Certes cette catégorie d’instruments agit directement sur la quantité de crédits accordés à
l’économie, par la maîtrise d’une manière règlementaire, la progression de la source de la
création monétaire, mais la désintermédiation des financements de l’économie (c’est-à-dire la
possibilité donnée aux entreprises de se financer en faisant directement appel aux marchés
financiers) a rendu cet instrument obsolète.
Dans ce qui suit, nous allons présenter la seconde catégorie d’instruments à savoir, celle de
contrôle indirect de la liquidité bancaire.
La liquidité bancaire est considérée comme étant « la capacité à faire face à ses obligations de
trésorerie suivant leur échéance ». Mais elle peut être diversement définie.
La littérature bancaire a tout d'abord retenu une définition étroite de la liquidité, également
appelée liquidité de financement.
Cette notion recouvre la liquidité (c'est-à-dire les espèces ou les actifs susceptibles d'être
convertis rapidement en espèces et détenus à cet effet) nécessaire pour satisfaire les demandes
de retraits de fonds à court terme émanant des contreparties ou pour couvrir leurs opérations.
Cette dimension de la liquidité est vrai semblablement prédominante dans le cadre de
l'activité de transformation (de l'épargne à court terme en prêts à long terme) telle qu'elle est
traditionnellement pratiquée par les banques 115.
La seconde définition, plus large, de la liquidité bancaire considère que les banques sont
également impliquées, parfois fortement, dans la négociation d'actifs. Cette seconde
dimension, plus proche de la « liquidité de marché », a trait à la capacité des banques à,
114
R. Penaud et F. Gaudichet, « Sélectivité du crédit, financement, politique monétaire », Economica, Paris,
1985, p10.
115
Banque de France, « Revue de la stabilité financière n° 9 », Décembre 2006.
54
littéralement, liquider un actif non monétaire, par exemple un titre d'investissement acquis à
l'origine pour être détenu jusqu'à l'échéance, dans le cadre d'une action en dernier ressort afin
de lever des fonds en monnaie de banque centrale 116.
Ce type d’instrument consiste à limiter la liquidité bancaire à travers les politiques suivantes :
- La politique de réescompte ;
- La politique d’open market ;
- La politique des réserves obligatoires.
4.2.1. La politique de réescompte
Dès son origine et grâce à sa souplesse, la technique du réescompte s’avère efficace. Elle
permet à l’institut d’émission de s’adapter aux besoins de l’économie.
Selon Affilé et Gentil (2003), « Le réescompte est l’opération qui suit celle de l’escompte.
Cette dernière consiste, pour une banque commerciale, à échanger un effet de commerce que
lui présente un client contre de la monnaie, auprès de la banque centrale, moyennant un taux
appelé le taux de réescompte »117.
Dans le cas général, la politique de réescompte est utilisée pour réduire l'inflation. La fixation
du taux de réescompte se répercute sur le coût du crédit et la masse monétaire, car la banque
centrale peut changer les conditions dans lesquelles s'opère le financement de l'économie :
Une hausse du taux de réescompte et par voie de conséquence une hausse du taux d'escompte
influence la variation à la hausse du taux d'intérêt débiteur (taux auquel les entreprises et les
particuliers reçoivent des crédits), ce mécanisme va décourager la demande de crédits
bancaires générateurs de monnaies, ce qui provoque la diminution de la masse monétaire.
Cela implique que la baisse de ce taux produit des effets contraires aux premiers.
116
Ibid.
117
B. Affilé et C. Gentil, « Les grandes questions de l’économie contemporaine », édition l’étudiant, Paris, 2003,
p 71.
118
J.P. Lahmenn, « La politique monétaire : institutions, instruments et mécanismes », Edition Lavoisier, Paris,
2011, p 179.
55
Cette procédure de refinancement a longtemps, été la seule utilisée par les autorités
monétaires. Elle ne l’est pratiquement plus car elle présente des limites contre lesquelles les
autorités monétaires disposent d’armes en nombre limite. La politique de l’open market prend
donc le relais de la politique de réescompte.
Au sens large, l’open market est une technique définie comme l’opération qui consiste pour la
Banque centrale à acheter ou à vendre des titres. Cette opération peut impliquer aussi bien les
banques périphériques que le public (entreprises et ménages).
Bailly et ses al (2006), considèrent que « cette politique consiste en diverses interventions de
la banque centrale sur le marché monétaire. La banque se porte acheteuse ou vendeuse ferme
de titres privés ou publics sur le marché monétaire »120.
Drumetz et Pfister (2010), affirment que cette politique « se concrétise par l’expansion ou la
contraction de la liquidité du système bancaire et sur le montant des titres détenus par la
banque centrale. Lorsqu’elle opte pour l’achat des titres, elle augmente sa liquidité, ce qui
pousse les taux à baisser et le contraire est juste, dans le cas de vente des titres, les taux
augmentent »121.
A partir de ces définitions, nous constatons que cette politique permet à la banque centrale de
réduire ou d’augmenter les réserves bancaires :
119
[Link]é et D. Chamblay, « 100 Fiches pour comprendre les sciences économiques », édition Bréal,
Paris, 2005, p 196.
120
J. Bailly et al, [Link]., p 227.
121
F. Drumetz. [Link] « politique monétaire », De Boeck, Bruxelles, 2010, p 130 .
56
- Lorsqu’elle achète des titres, elle augmente la liquidité, ce qui tend à faire baisser le taux
d’intérêt sur le marché monétaire et à accroitre la capacité des banques commerciales à
accorder des prêts, alors que lorsqu’elle vend des titres, on assiste à l’effet inverse, c’est à
dire, la vente des titres entraine une diminution de la liquidité, ce qui provoque une
hausse du taux d’intérêt et une diminution de la capacité des banques à accorder des prêts.
Les réserves obligatoires sont des dépôts obligatoires des établissements financiers auprès de
la banque centrale. Rémunérées ou non selon les pays, leur montant constitue généralement
un pourcentage (coefficient de réserve) de l'encours de leurs dépôts, le plus souvent de leurs
dépôts à court terme122.
D’après Deuble et ses al (2008), « La politique des réserves obligatoires est une politique
monétaire indirecte qui consiste à faire varier le taux de réserves obligatoires pour agir sur les
liquidités des banques et donc sur le volume des crédits qu’elles accordent 123 ».
L’efficacité de la politique des réserves obligatoires dépende pour une large part du degré de
dépendance des banques commerciales à l’égard de la banque centrale pour le financement.
Lorsque les banques disposent de réserves excédentaires importantes, la politique des réserves
obligatoires est très efficace puisqu’elle retire en quelque sorte des liquidités aux banques et
du même coup limite leur capacité d’émission de monnaie, ce qui restreint l’extension de la
base monétaire en freinant la création de monnaie centrale. En revanche, lorsque les réserves
excédentaires sont faibles, les répercussions sur le marché monétaire sont plus directes et sans
doute plus fortes. L’augmentation du taux de réserves fait que les banques se tournent vers le
marché monétaire pour obtenir des liquidités, ce qui peut se traduire par une augmentation de
la quantité de monnaie centrale 124.
122
SENAT, document de travail: études économiques, « la politique monétaire objectifs, méthodes et nouveaux
problèmes », n° EC-04, Paris, Novembre 2009.
123
[Link] et al, « Dictionnaire de sciences économiques et sociales », édition Bréal, Paris, 2008, p 90.
124
J.L. Bailly et al, [Link], p 231.
57
Par conséquent, les réserves obligatoires sont devenues un instrument central de politique
monétaire en remplissant trois fonctions125 :
Dans ce même contexte, Lehmann (1979) affirme que par la politique des réserves
obligatoires, la banque centrale agisse directement sur la liquidité des banques, ce qui signifie
que cette politique se traduit par la nécessité pour les banques secondaires de définir une
fraction importante de leurs actifs en monnaie centrale 126 . La variation des réserves
obligatoires permet à la banque centrale de réduire ou d’accroître le volume des réserves
excédentaires des banques par une simple écriture.
De tout ce qui viens d’être cité, on peut tirer la conclusion suivante : les réserves obligatoires
constituent un autre instrument permettant de peser sur l’activité des banques qui sont des
avoirs en monnaie centrale que chaque banque doit conserver en compte au niveau de la
banque centrale, cette dernière aurait pu les prêter à ses clients et réaliser un gain, mais elle les
garde de côté pour garantir les déposants en cas de panique financière.
Cet instrument est aujourd’hui utilisé pour modifier la liquidité bancaire, ainsi lorsque la
banque centrale augmente le montant des réserves obligatoires, les banques réduisent leurs
offres de crédits. En revanche, une diminution de ces réserves encourage les banques à prêter
davantage des fonds ce qui provoque une augmentation de la masse monétaire.
125
Ibid.
126
P.J. Lehmann, « Système des réserves obligatoires et le contrôle de la masse monétaire », édition PUF,
France, 1979, p 13.
58
taux d’intérêt, le canal du crédit, le canal du taux de change qui sont considérés comme des
canaux objectifs et en dernier lieu, un canal de type subjectif sera pris en compte : c’est le
canal des anticipations.
Canaux de transmission de la
politique monétaire
Source: Dominique Plihon, «la monnaie et ses mécanismes», 4emeédition, La Découverte, Paris, 2004,
p86.
Beitone et al. (2010) définissent les canaux de transmission de la politique monétaire comme
des instruments et des processus par l’intermédiaire desquels la politique monétaire agit sur
l’activité économique et le comportement des agents économiques » 127.
Toutefois, ces affirmations posent un sérieux problème. S’il est vrai que les canaux portent le
nom de certains instruments, ils ne peuvent pas être confondus avec eux. Ces définitions ne
sauraient être retenues dans ce travail.
La définition probablement la plus pertinente est celle du prix Nobel d’Économie en 1972,
Hicks (1988). Selon lui, les canaux « constituent des liens spécifiques par lesquels les
127
A. Beitone et al, « Dictionnaire des Sciences Économiques », édition Armand Colin, Paris, 2010, p 496.
59
impulsions de la politique monétaire se répercutent sur l’activité économique et, plus
particulièrement, sur le niveau des prix »128.
L’auteur précise que ces derniers sont les flèches présentées dans le fameux schéma :
Une définition beaucoup plus sommaire est proposée par Rasolofo (2013). Pour ce dernier,
« ce sont les liaisons reliant les instruments utilisés et les objectifs finaux de la politique
monétaire. Le terme de pont pourrait être employé. Sans ces ponts-là, il est totalement
impossible de passer des instruments pour arriver aux objectifs finaux »129.
Au plan de la théorie générale et pour ce qui est de la politique monétaire, deux principaux
courants se distinguent quant aux mécanismes de transmission de ses impulsions à l'activité
économique : le courant keynésien qui privilégie la transmission par les prix, en l'occurrence
le taux d'intérêt, et le courant monétariste qui privilégie la transmission par les quantités, en
l'occurrence la masse monétaire. Au sein de ce dernier courant, le courant des anticipations
rationnelles, qui dénie toute efficacité de la politique monétaire, retient, cependant, son effet «
surprise». Aussi, pour une économie ouverte avec un régime de change flexible, le taux de
change, en liaison avec le taux d'intérêt, constitue également un mécanisme de transmission
des effets de la politique monétaire à l'activité économique.
Enfin, des travaux récents parmi lesquels le travail pionnier de Stiglitz et Weiss (1981), puis
ceux de Bernanke et Gertler (1995) et Rosenwald (1995) ont mis en évidence un troisième
mécanisme de transmission : le canal du crédit 130.
Pour synthétiser, Chaque courant et/ou économiste et sa classification des canaux. En général,
la littérature à ce jour souligne quatre canaux de transmission principaux: le canal du taux
d'intérêt traditionnel, le canal d'alimentation du crédit ou un prêt, le canal du taux de change et
le canal des anticipations.
128
[Link], « Canaux de transmission de la politique monétaire. La crise de l'économie keynésienne », Fayard,
Paris, 1988, p 272-284.
129
[Link], « Les instruments de la politique monétaire et ses canaux de transmission », CREAM,
Madagascar , 2013. p. 20.
130
M.C. Ilmane, « Réflexions sur la politique monétaire en Algérie : Objectifs, instruments et résultats (2000-
2004) »,Cahiers du CREAD n°75, 2006.
60
5.1. Le canal du taux d’intérêt
Le Canal du taux d’intérêt s’est inspiré du modèle keynésien IS-LM. Ce modèle réunit les
conditions d’équilibre simultané sur le marché des biens et services et le marché de la
monnaie. La conception keynésienne IS-LM traditionnelle du mécanisme de transmission de
la politique monétaire peut se résumer par le schéma suivant, qui illustre les effets d’une
expansion monétaire 131:
M ir I Y
Où (M) indique la conduite d’une politique monétaire expansionniste, qui aboutit à une baisse
des taux d’intérêt réels (ir) ; celle-ci réduit le coût du capital, ce qui entraîne une augmentation
des dépenses d’investissement (I) et, par là-même, un accroissement de la demande globale et
de la production (Y).
Les variations du taux d’intérêt influencent directement les banques et les taux d'intérêt du
marché monétaire, et indirectement les taux appliqués par les banques aux prêts et aux dépôts
de leurs clients. Par contre, raisonnant sur une hausse du taux de refinancement de la banque
centrale, ceci devrait se répercuter sur l’ensemble des courbes des taux ainsi que sur le coût du
crédit bancaire. Globalement, les financements deviennent donc plus onéreux, ce qui réduit
certaines composantes de la demande finale, principalement l’investissement. A son tour, le
freinage de la demande atténue les pressions inflationnistes132.
Toute modification du taux d’intérêt provoque alors, deux effets : un effet substitution et un
effet revenu 133:
Un effet de revenu (richesse): pour ceux qui épargnent déjà beaucoup, la hausse du
taux d’intérêt rémunère mieux toute l’épargne, ce qui permet d’augmenter la
131
F. Mishkin, « Les canaux de transmission monétaire : leçons pour la politique monétaire », Bulletin de la
banque de France, numéro 27, Mars 1996, p92.
132
Ibid.
133
A. De Crombrugghe , « Introduction aux principes de l'économie: Choix et décisions économiques », édition
De Boeck, Belgique, 2016, p 416.
61
consommation future, donc cette action diminue le revenu disponible et alourdie les
charges.
On remarque que la logique keynésienne est généralement de court terme. Or, il est plus
évident que les décisions d’investissement dépendent plus du taux d’intérêt réel à long terme
que du taux d’intérêt de court terme.
Les résultats empiriques ne garantissent pas la prépondérance de ce canal. Si, pour Taylor, ils
sont excellents pour transmettre la politique monétaire, certains, comme Bernanke, ne sont
pas du même avis. Ces derniers retrouvent un embarras à jauger l’efficacité de ce canal en
passant par les coûts du capital. Pour eux, pour bien fonctionner, ce canal nécessite un
marché financier particulièrement développé. Berg et al ainsi démontrent que ce canal est
aussi bien efficace dans les pays développés que dans ceux disposant de structures
archaïques.
De leur côté, Bernanke et Blinder (1995) démontrent que ce canal fonctionne essentiellement
en information symétrique c'est-à-dire que les agents économiques disposent d'informations
complètes et identiques et que les marchés sont parfaits. L'investissement des firmes est
indépendant de leur structure financière. Les financements externes et internes sont
substituables et une variation des taux directeurs de la Banque Centrale a des conséquences
sur le coût des fonds propres et le coût des capitaux empruntés 134.
De ce fait, ils considèrent que l'échec du taux d'intérêt comme mécanisme de transmission de
la politique monétaire a encouragé d'autres mécanismes, notamment le canal de crédit.
Suite à ces doutes grandissants sur la pertinence du canal du taux d’intérêt et devant les
manques de preuves empiriques, certains auteurs préconisent les canaux du crédit.
134
B. Bernankeet M. Gertler, «inside the black box: the credit channel of monetary policy transmission», journal
of economic perspectives, 1995, p27-48.
62
Les effets du taux d’intérêt peuvent alors, se faire sentir soit directement sur le volume du
crédit (canal au sens strict), soit indirectement via la profitabilité ou le niveau du risque de
non-remboursement (canal au sens large).
Selon Mishkin (1996), le canal de crédit opère ainsi : une variation de la masse monétaire
affecte positivement les dépôts qui à leur tour vont faire changer le comportement des
banques et leur volonté d’accorder des prêts. Cela va impacter l’investissement donc la
demande globale137.
Dans ce même contexte, Daniel Szpiro (2009) explique « qu’une politique monétaire
restrictive se traduit par une diminution de la quantité de refinancement sur le marché
monétaire et le secteur bancaire accorde moins de crédits, faute de ressources suffisantes. Les
135
B. Bernanke et [Link], «credit, money and aggregate demand», the american economic review. may 1988,
p 435-439.
136
[Link], [Link]. p102.
137
F. Mishkin, [Link]., p 95.
63
entreprises disposant de moins de fonds seront contraintes d’abandonner des projets et des
investissement rentables et l’activité économique sera moins dynamique »138.
Le canal du crédit bancaire reste important dans la majorité des pays industrialisés, comme
dans la zone euro. Toutefois, dans les pays disposant d’un marché financier développé
comme les États-Unis, l’hypothèse fondamentale de l’imparfaite substituabilité entre actifs
financiers et monétaires ne peut pas être tenue.
Ce canal a été fortement recommandé par des auteurs comme Kashyap, Stein et Wilcox
(1993)139 ou encore Hubbard (1995)140.
Ces économistes suggèrent que la variation du taux d’intérêt va affecter la situation nette des
emprunteurs potentiels donc leur solvabilité qui est en relation croissante avec l’octroi des
prêts. Ici la notion d’asymétrie d’information revient avec force.
Ce mécanisme est lié à l’asymétrie d’information entre le préteur (la banque) et l’emprunteur
(le client). Selon Akerlof (1970), « les banques sont jugées efficaces pour combattre le
problème de l’asymétrie d’information »[Link] canal repose donc sur l’idée que les banques
bénéficient une place de choix dans le secteur financier car elles sont particulièrement bien
placées pour résoudre les problèmes d’asymétrie d’information sur les marchés de crédit.
138
[Link], « Économie monétaire et financière », édition De Boeck, Bruxelles, 2009, p 141.
139
A.K. Kashyap, J.C. Stein, et D. Wilcox,«Monetary Policy and Credit Conditions: Evidence from the
Composition of External Finance», The American Economic Review, Mars 1993, p 78-98.
140
R. [Link],« Is there a "Credit Channel" for Monetary Policy? »,Federal Reserve Bank of St. Louis, June
1995, p 63-71.
141
G.A. Akerlof, «The Market for "Lemons": Quality Un certaint and The Market Mechanism», The Quaterly
Journal of Economics, August 1970, p 488-500.
64
D’après Plihon (2004), « Les entreprises ont le choix entre un financement interne
(autofinancement) et un financement externe qui est plus coûteux. La différence de coût entre
ces deux modalités est appelée la prime de financement externe. Celle-ci trouve son origine
dans l’existence d’asymétries d’information dans la relation entre les prêteurs et les
entreprises »142.
Lorsqu’une banque accorde un crédit et demande une prime de risque, une hausse du taux
d’intérêt est nécessaire pour compenser cette défaillance. Des taux d’intérêt élevés
entraineront des restrictions de crédit, c’est à dire un resserrement de la politique monétaire
qui se traduit par une hausse du taux aura un effet négatif sur le volume de crédit.
En général, ces asymétries portent sur deux aspects de la relation entre emprunteurs et
prêteurs143:
Elle peut être ex-ante : au-delà d’un certain seuil, la hausse des taux d’intérêt ne peut
plus compenser le risque, car cette hausse elle -même attire plutôt les mauvais clients,
ceux qui ont l’intention de ne pas rembourser leurs prêts. Cela conduit au problème de
sélection adverse et le prêteur trouve du mal à distinguer les bons des mauvais
emprunteurs.
Quand la politique monétaire est restrictive, ces problèmes (aléa moral et sélection adverse)
sont accentués. Les risques étant plus élevés, les banques vont être plus prudentes. Un net
recul du crédit octroyé au secteur privé va donc en résulter.
Les prêteurs sont amenés, de ce fait, à intégrer dans le coût du crédit une prime de
financement externe qui correspond aux risques de non-recouvrement. Cette prime est une
fonction inverse de la richesse nette de l’entreprise qui reflète sa solidité financière et sa
capacité à apporter des garanties. Dans ce cadre, en affectant les bilans des entreprises, la
politique monétaire est susceptible d’agir sur leurs financements et leurs dépenses
142
[Link], [Link], p104.
143
[Link], [Link], p 142.
65
d’investissement. Les effets de la politique monétaire sont alors amplifiés par le canal large du
crédit : à la baisse des taux d’intérêt s’ajoute la diminution induite de la prime de financement.
Friedman critique souvent les travaux keynésiens par le fait qu’ils ne considèrent qu’un seul
actif financier : la monnaie. Il suggère que les autres actifs ne sont pas négligeables et qu’ils
jouent un rôle essentiel dans la transmission de la politique monétaire. Ainsi, vont naître les
canaux des prix des autres actifs parmi lesquels se trouve celui du change qui sera privilégié
dans ce travail.
Pour déterminer l’impact de la variation du taux de change sur l’activité économique, il faut
déterminer la relation qui existe entre le taux d’intérêt et le taux de change. Cette relation est
expliquée par les mouvements de capitaux à la recherche d’une meilleure rémunération.
En effet et selon Peicuti (2010), ce canal fait intervenir les effets du taux d’intérêt car la baisse
des taux d’intérêt réels nationaux réduit l’attrait des dépôts en monnaie nationale par rapport à
ceux en devise ce qui entraine une baisse de la valeur des dépôts en monnaie nationale par
rapport à ceux en devise, c'est-à-dire une dépréciation de la monnaie nationale. Cette
dépréciation diminue le prix des biens nationaux par rapport aux biens étrangers, ce qui
entraine une augmentation des exportations nettes et donc de la production globale 144.
Cet effet ne se fait ressentir qu’au bout de quelques années. La diminution des taux rend la
monnaie nationale moins attractive et provoque une sortie de capitaux. La dépréciation de la
monnaie nationale augmente le prix des produits importés et améliore le commerce extérieur
en volume145.
En revanche, comme les taux de change réagissent rapidement aux changements des taux
d’intérêt, le canal du taux de change accélère l’impact de la politique monétaire sur l’inflation.
A cet effet, la politique monétaire fait face, dans le cadre d’un jeu stratégique entre la banque
centrale et les agents privés, à des agents dont les anticipations étant rationnelles ne sont pas
manipulables par la communication de la banque centrale. Donc ce canal permet de réduire le
coût d’intervention des autorités monétaires et permet aussi de renforcer leur crédibilité.
Pour conclure, la littérature distingue traditionnellement trois canaux de transmission de la
politique monétaire : les canaux du taux d’intérêt, du taux de change et du crédit. Bien que ces
146
Diemer.A, « Politique économique et Europe », Auvergne, France, Mars 2001.
147
A. Barbier-Gauchard, [Link], [Link], « La gouvernance économique de la zone euro :
Réalités et perspectives », Edition De Boeck, 2018, p 127
67
canaux soient généralement étudiés séparément, l’impact d’un choc de politique monétaire sur
la production et l’inflation va dépendre des effets combinés de ces trois canaux.
Dans une économie caractérisée par des rigidités de prix, l’effet direct d’une hausse du taux
d’intérêt passe par l’augmentation du coût réel de l’emprunt, laquelle réduit la demande de
biens et donc les prix (canal du taux d’intérêt). Si la hausse du taux d’intérêt induit une
appréciation du taux de change réel due à l’appréciation du taux de change nominal, la baisse
de la demande et des prix est accentuée par la réduction des exportations nettes (canal du taux
de change). Le canal du crédit opère via les effets de la politique monétaire sur l’offre de prêts
des banques (canal du prêt bancaire) et la position financière des emprunteurs
potentiels (canal du bilan), l’opérabilité de tous les canaux précédents est tributaire de canal
des anticipations, qui étudie le comportement des agents économiques.
Afin de synthétiser la section précédente, le schéma suivant récapitule les objectifs, les
instruments et les canaux de la politique monétaire.
Figure 04 : Objectifs, instruments et canaux de transmission de la politique monétaire
Canal Objectifs
Canal opérationnels
du
des
crédit
A
N Objectifs
Instruments
T intermédiaires :
Politique I Canal - la masse monétaire
(Directs et
- le taux d’intérêt
indirects) C du taux
monétaire - le taux de change
I
P d’intérêt
A
Objectifs finaux :
T
- la stabilité des prix
I Canal
- la croissance
O - le plein-emploi
du taux
N - l’équilibre
S de change extérieur
68
Conclusion
La première section nous a permis de conclure que la monnaie est définie par ses fonctions :
elle est unité de compte, intermédiaire des échanges et réserve de valeur. La monnaie peut
aussi prendre plusieurs formes : fiduciaire, scripturale et électronique.
Ensuite, nous avons constaté que les mesures de la monnaie reposent sur la constitution
d’agrégats qui tiennent une place importante tant pour la connaissance du comportement
financier des agents économiques que pour la conduite de la politique monétaire. Ces agrégats
sont considérés comme des indicateurs statistiques reflétant la capacité des dépenses des
agents non financiers résidants. Puis, nous avons présenté les différentes contreparties de la
masse monétaire telles que l’acquisition de créance sur l’extérieur, sur l’Etat et sur
l’économie. Ensuite nous avons exposé la définition de la création monétaire et ses différents
agents responsables qu’ils l’assurent : La banque centrale, les banques commerciales et le
Trésor public participent à des degrés différents à l'offre de monnaie.
Pour cela, nous avons exposé dans la deuxième section, les fondements théoriques de la
politique monétaire.
Nous avons constaté que la politique monétaire est définie comme une politique économique
dite conjoncturelle, elle désigne l’ensemble des mesures et des actions menées par les
autorités monétaires pour agir sur l'activité économique afin d'atteindre des objectifs.
69
Il était nécessaire de passer par un bref historique sur la politique monétaire selon les visions :
classique, keynésienne, monétariste, nouvelle école classique et la nouvelle keynésienne pour
mieux comprendre l’évolution théorique de cette politique.
Ensuite, nous avons exposé les objectifs finaux de la politique monétaire à savoir: la stabilité
des prix, la croissance, le plein-emploi et l’équilibre de la balance des paiements. Afin de les
atteindre, il faut déterminer des objectifs intermédiaires qui consistent au contrôle de la masse
monétaire, le contrôle du taux d’intérêt et finalement le contrôle du taux de change, en
agissant sur des objectifs opérationnels qui constituent des variables contrôlables. Il reste aux
autorités monétaires à intervenir sur le marché monétaire afin d’atteindre ces objectifs. Pour
cela, elles disposent d’une série d’instruments de politique monétaire, il s’agit de variables qui
sont directement ou indirectement sous le contrôle de la banque centrale.
Enfin, pour bien évaluer l’efficacité de la politique monétaire, il était indispensable de cerner
le mécanisme y régissant. Ce dernier est baptisé canaux de transmission de la politique
monétaire, à savoir : le canal du taux d’intérêt, le canal du crédit, le canal du taux de change
qui sont considérés comme des canaux objectifs et en dernier lieu, le canal des anticipations.
Pour cela, la question qui se pose et qui fera l’objet de notre étude dans le second chapitre est
la suivante : Qui est l’acteur principal de la politique monétaire et quel est son objectif
primordial ?
70
Chapitre II
Banque centrale et stabilité des prix
71
Introduction
De nos jours, tous les débats autour des banques centrales et du grand problème de leur
indépendance et de leur place dans les politiques économiques ont fait l’objet de très
nombreuses controverses. Cette intensité provient évidemment de leur relation étroite avec la
monnaie, c'est-à-dire avec un instrument technique vital pour l'économie mais aussi un
attribut du pouvoir politique âprement disputé au cours des âges et auquel les démocraties
paraissent avoir autant de mal à renoncer que les princes ou les rois d'autrefois.
Ce deuxième chapitre vient pour compléter le chapitre précédent, qui nous à apporter des
éclaircissements sur la monnaie, sa création et sur la politique monétaire, s'il y a création de
monnaie par le système bancaire c'est parce qu'il y a une demande de monnaie par l’ensemble
des agents économiques, ménages et entreprises.
La banque centrale intervient donc par une politique monétaire pour réguler cette création ou
cette offre de monnaie, et aussi fournir des liquidités nécessaires au bon fonctionnement de
l’économie.
A cet égard, la conduite de toute politique monétaire repose sur la capacité des banquiers
centraux à faire des annonces crédibles au public et à orienter aussi les anticipations des
agents économiques et ce pour atteindre le principal objectif de la politique monétaire : la
stabilité des prix.
L’objet de ce chapitre est d’exposer les pivots de la politique monétaire. Pour cela notre
travail est structuré comme suit :
72
Section I : La banque centrale « L’acteur principal de la politique monétaire»
A partir des années quatre-vingt, les banques centrales ont connu un mouvement colossal, non
seulement dans leur mode de fonctionnement mais aussi dans les missions qu’elles doivent
accomplir. Aujourd’hui, la banque centrale joue aussi un rôle important sur le plan de la
stabilité financière, tout particulièrement en période de turbulences et de bouleversements
économiques.
Cette notion de « Banque centrale » n’est ni simple, ni stable. De ce point de vue, le but de
cette section est de simplifier cette complexité et ambigüité. En passant par un bref regard sur
l'histoire permettant de mieux comprendre les enjeux des transformations en cours et en
précisant la définition des banques centrales.
Il convient, ensuite, d’aborder les fonctions et les objectifs d’une banque centrale qui sont à la
base de toute structure de gouvernance, puis nous mettrons l’accent sur les facteurs de
performance de la banque centrale : l’indépendance, la responsabilité, la transparence et la
communication et enfin nous évoquerons le concept de crédibilité sans laquelle le succès de la
banque centrale et par conséquent la réussite de la politique monétaire ne peuvent pas être
atteints.
148
Norbert Olszak, « Histoire des banques centrales », édition Presses Universitaires de France, Paris, 1998, p 4.
73
Des facteurs multiples ont orienté l'histoire des banques centrales. Chacune est intimement
liée aux particularités de l'histoire de son pays, qu'il s'agisse de l'histoire économique et
financière ou de l'histoire générale en raison des contacts étroits entretenus avec le pouvoir.
En effet, les désordres monétaires provoqués par l'existence de nombreuses espèces
différentes aux mutations fréquentes vont pousser à la fondation des établissements qui se
chargeront des virements et des changes.
Après le Banco del la Piazza di Rialto, fondé à Venise en 1587, le premier grand exemple est
celui de la Banque de change d'Amsterdam créée par la municipalité le 31 janvier 1609 et ses
comptes sont libellés en « florin-banco», Hanlbourg adopta un système analogue le 2 mars
1619 avec le «mark-banco» et sa banque utilisera cette monnaie jusqu'au lendemain de la
création du mark en 1873! Bien d'autres villes marchandes allaient suivre ces beaux exemples
: Rotterdam, Delft, Middelbourg, Nuremberg, Berlin et enfin Breslau, avec un « thaler-banco ».
Mais si ces établissements jouent un très grand rôle dans la circulation de la monnaie, ils
n'interviennent pas en principe dans sa création : souvent leurs statuts interdisent les crédits et
les virements ou les billets doivent correspondre strictement aux dépôts métalliques 149.
La plupart de ces banques municipales firent faillite mais malheureusement un peu trop tard
pour que cela serve de leçon aux financiers scandinaves engagés depuis quelques années déjà
dans des innovations qui les placent aux origines des banques centrales.
Une idée qui allait rapidement s'avérer très dangereuse car en 1663 et 1664 beaucoup de
porteurs de billets demandèrent leur conversion ce qui entraîna évidemment de graves
difficultés et la disparition de cet établissement. Mais heureusement certains membres du
gouvernement avaient été convaincus de l'intérêt de la banque et elle fut reconstituée en 1668
sous la tutelle du parlement ce qui marque la vraie naissance de cette banque publique.
149
Norbert Olszak, [Link], p 14-15.
150
Charles Goodhart, «The Evolution of Central Banks», edition the Mit Press, Etats-Unis, 1988, p 122.
74
[Link] Banque d’Angleterre
Londres a connu une formidable expansion économique, qui fait d’elle l’entrepôt de la planète
son cœur financier et la fortune des compagnies de commerce par actions, telles que l’East
India Company, mais aussi le relatif déclin dans la seconde moitié du XVIIème siècle, de la
place d’Amsterdam, expliquent le succès de Londres.
En plus de nombreuses sociétés de crédit ou les compagnies de commerce qui font faillite,
ruinant les actionnaires et les déposants. La solution de créer une banque centrale s’est
imposée, en Angleterre.
En 1694, the Bank of England est créée par un consortium de financiers dirigé par l’écossais
William Patterson. Elle garantit à la fois les emprunts d’Etat et la fiabilité des autres banques
et établissements financiers du pays. En un mot, elle assure la stabilité du marché et donc de
la monnaie. Elle obtient un privilège d’émission de papier-monnaie, sous forme de billets de
banque, un nouveau type de monnaie, dit fiduciaire, dont l’usage repose sur la confiance mise
par les détenteurs dans la solidité de l’organisme émetteur. La place de Londres devient à la
fois la place la plus lucrative et la plus sûre d’Europe151.
A l’issue de la guerre, le franc avait perdu les quatre cinquièmes de sa valeur en or. Le
gouvernement Poincaré mena à bien une politique de stabilisation, entérinant, en 1928, une
dévaluation du franc.
151
Alban Gautier, « 100 dates qui ont fait le monde », édition Studyrama perspectives, France, 2005, p 194-195.
152
Jacques de Larosière, « De la monnaie administrée à la politique monétaire de marché : l’évolution du rôle de
la banque de France », colloque du bicentenaire de la banque de France, sous le thème « indépendance et
responsabilité : évolution du métier de banquier central », Octobre 2000, p 38.
75
En 1944, la conception de la politique monétaire fut subordonnée aux besoins de la
reconstruction. En fait, il s’agissait davantage d’une politique visant à` agir sur la distribution
du crédit à l’économie que d’une politique monétaire au sens actuel du terme.
Les statuts de 1973, affichent clairement la tutelle de l’Etat sur la banque de France. L’article
1 lui assigne l’accomplissement d’une fonction vague : « La banque de France reçoit de l’Etat
la mission générale de veiller sur la monnaie et le crédit ». Elle est placée sous l’autorité du
gouvernement.
En 1993, conformément au traité de Maastricht, qui oblige les pays membres de la future
Union monétaire à affranchir leur banque centrale du gouvernement, la France abandonne le
modèle de banque centrale sous tutelle et adopte celui d’une banque centrale indépendante à
l’allemande153.
Aux Etats-Unis, après un intense débat entre les fédéralistes et leurs adversaires politiques, le
modèle centralisé avec banque centrale a été délibérément écarté et le pays s’est efforcé
d’imaginer un autre type d’organisation décentralisée, mieux adaptée à la structure fédérale de
l’Union et aux aspirations démocratiques du peuple américain.
Le début du XVIIIème siècle, marqué par les grandes guerres européennes, voit encore
dominer les besoins classiques de financement public qui ont été à l'origine des banques des
153
[Link], « monnaie, banque et marchés financiers », édition Pearson Education, 9ème édition, 2010, p 509.
154
Ibid, p 382.
76
souverains et sur ce modèle apparaîtront d'ailleurs des banques nationales en Autriche (1811)
et au Danemark (1818) pour résorber la masse de papier public qui avait conduit à de
véritables faillites d'Etat.
Le XIXème siècle verra le développement du billet de banque qui après avoir largement circulé
de manière purement volontaire obtiendra le cours légal permettant de s'en servir pour se
libérer d'une dette quelle que soit la volonté du créancier. Ensuite nous verrons également,
malgré les difficultés de mesure, le développement de la monnaie scripturale des comptes en
banque, à des rythmes variables selon les pays mais inexorablement.
C’est anciennes banques n’avaient pas été conçues comme des institutions centrales mais
seulement comme des instituts d’émission des billets de banque et d’escompte de lettres de
change et de billets à ordre, ces activités étant pour partie exercées au profit de l’Etat.
C’est dès la fin du XIXème siècle qu’a commencé à se dégager un rôle central pour l’émission
des billets de banque. Ce rôle central s’est amplifié à la suite d’un long et parfois douloureux
apprentissage surtout après le développement de la monnaie scripturale qui a entraîné la
centralisation des paiements.
D’après, Denise Flouzat (1999), « la banque centrale se définit comme l’institution qui se
situe au centre des systèmes de paiement pour garantir les règlements et contrôler l’expansion
de la masse monétaire. C’est l’institution considérée comme apte à préserver la confiance
dans la monnaie d’un pays »156.
155
[Link], [Link], p 503.
[Link] Osmont d’Aurilly, « le concept de banque centrale », revue d’économie financière, numéro 55,
156
France, 1999, p 7.
77
Pour Michel Albert (2000), « une Banque centrale est l’autorité publique chargée 157:
- De contrôler le financement de l’économie, notamment en assurant l’émission des
billets de banque et en octroyant des crédits aux banques commerciales dans le cadre
de la politique monétaire ;
- De surveiller et gérer les systèmes de paiement liés en particulier à la compensation
des chèques et des virements interbancaires ;
- Et, dans certains pays, de surveiller la solidité du système bancaire et financier ».
Selon Dumas Benjamin (2005), « La banque centrale d’un pays est la banque des banques :
elle est le préteur en dernier ressort qui leur permet d’obtenir la liquidité que nécessite leur
activité. La banque centrale est en effet un institut d’émission qui approvisionne l’économie
en monnaie fiduciaire. Elle exerce un contrôle sur les banques de second rang et met en œuvre
la politique monétaire. Un consensus s’est progressivement dessiné pour considérer que sa
mission essentielle est de préserver la valeur de la monnaie nationale »158.
A travers ces définitions, on peut retenir que dans les économies modernes, l’expression de la
banque centrale est basée sur les fonctions de cette institution et qui seront exposées lors de la
partie suivante.
Au début du XXème siècle, les fonctions des banques centrales se limitaient à l’émission de
monnaie et à l’octroi de concours par voie d’escompte aux établissements de crédit.
Au début des années soixante-dix, les responsables de banque centrale s’occupaient avant tout
de la politique monétaire.
Au début des années quatre-vingt, la fonction de surveillance bancaire avait pris à leurs yeux
une importance particulière. Dix ans plus tard, la plupart soulignaient l’importance de leur
responsabilité à l’égard du fonctionnement et de la supervision du système des paiements 159.
157
[Link], « les banques centrales », communication présentée lors du colloque « quel avenir pour les
entreprises publiques ?», organisé par l’académie des sciences morales et politiques, Mai 2000, France.
158
[Link], la monnaie et les banques dans l’économie, édition educa vision, France, 2005, p 305.
159
[Link]- Schioppa, « les banques centrales, les systèmes de paiement et le marché unique », Banca
d’Italia, Bulletin économique, février 1991.
78
En s’inspirant des travaux de Denise Flouzat (1999), les fonctions essentielles des banques
centrales peuvent être récapitulées comme suite160:
Autrement dit, seule, la banque centrale peut être « une source de liquidité extérieure aux
marchés de la monnaie et suffisamment indépendante dans sa mise en œuvre pour ne pas être
l’otage de ses bénéficiaires »161.
160
[Link] Osmont d’Aurilly, [Link], p 9.
161
M. Aglietta : « Genèse des banques centrales et légitimité de la monnaie ». Annales ESC, mai-juin 1992.
79
leurs objectifs. Adaptés à la situation particulière de chaque pays, ces cadres d’action
accroissent l’efficacité de la politique de la banque centrale »162.
En plus de ce qui précède, une autre fonction a été évoquée par Jean-Pierre Patat (2002) : 163
« La participation de la banque centrale à la surveillance de l’activité des établissements de
crédit, de leur solidité, de la qualité de leurs opérations et, de ce fait, une participation
décisive à la stabilité du système financier ».
Source : [Link] et al, « économie monétaire et financière », édition Bréal, Paris, 2006, p 65.
L’évolution du concept de banque centrale et, partant de son rôle, est loin d’être terminée.
Si l’importance de la fonction de prêteur en dernier ressort pour les banques ne fait pas de
doute, le sauvetage des banques, en contribuant à transformer la crise bancaire et financière en
crise des États, est venu souligner l’importance du rôle des banques centrales dans
l’économie.
162
FMI, « La politique monétaire et les banques centrales », fiche technique du 19/10/2016.
163
[Link], « monnaie, système financier et politique monétaire », édition économica, Paris, 2002, p 188.
164
Maurice Levy-Leboyer, « La position internationale de la France. Aspects économiques et financiers, XIXe-
XXe siècles », édition Broché, France, 1995, p 297.
80
Toutefois, la mise en place d’un organisme chargé de remplir certaines fonctions implique de
définir les objectifs correspondants. De même, les objectifs qui lui sont fixés doivent
concorder avec la nature de ces fonctions. Sous cet angle théorique, fonctions et objectifs sont
étroitement liés.
Dans un souci de clarification, un objectif unique ou dominant le plus souvent ; la stabilité des
prix, a généralement été privilégié. Elle est le principal objectif de politique monétaire énoncé
dans la législation et qui prime sur les autres objectifs macroéconomiques.
La banque centrale peut viser un ensemble d’objectifs, cependant des conflits peuvent
apparaître lorsque des actions de politique monétaire différentes sont axées sur des objectifs
eux aussi différents.
Par conséquent, un classement clair pour les objectifs multiples est nécessaire et ces derniers
doivent être hiérarchisés de façon que tout objectif secondaire peut être visé seulement s’il ne
va pas entraîner un conflit avec le premier objectif.
165
BRI, « Les enjeux de la gouvernance des banques centrales », Rapport établi par le Groupe sur la
gouvernance des banques centrales, sous la présidence de Guillermo Ortiz, Gouverneur de la Banque du
Mexique, 2009, p 23.
81
La BCE définit la stabilité financière comme « une situation dans laquelle le système
financier, qui comprend les intermédiaires financiers, les marchés et les infrastructures de
marché, est capable de résister aux chocs et de corriger les déséquilibres financiers »166.
[Link] (2000), disait que « le rôle des banques centrales dans la stabilité financière est
légitime : exercer une responsabilité en matière de stabilité monétaire est, en soi, favorable à
la stabilité financière. Mais, ces institutions ont aussi une responsabilité essentielle, qui
s’exprime par des moyens variés dans deux domaines primordiaux pour la stabilité financière
: la régulation et le contrôle bancaire d’une part, la sécurité des systèmes de paiement d’autre
part »167 .
De ce fait et dans leur grande majorité, les banques centrales partent du principe que la
stabilité financière entre dans leurs responsabilités.
Après la dernière crise financière mondiale, deux points très importants ont été constatés par
Amélie Barbier-Gauchard et ses al (2018)169:
166
BCE, « La stabilité financière et la politique macro-prudentielle », publication du janvier 2019, disponible sur
le site :[Link]
167
[Link], « La stabilité financière, nouvelle urgence pour les banques centrales », Bulletin de la banque de
France – n° 84 – décembre 2000, p 55.
168
BRI, [Link], p 31.
169
[Link]-Gauchard, [Link] et [Link], « La gouvernance économique de la zone euro:
Réalités et perspectives », édition de Boeck, 2018, p 149.
82
« D’une part, la stabilité monétaire n’est pas une condition nécessaire et suffisante pour
obtenir la stabilité financière. D’autre part, les crises financières ont des coûts
macroéconomiques très élevés susceptibles de remettre en cause l’efficacité de la politique
monétaire ».
A cet égard, on peut dire que ces deux évolutions ont créé un autre objectif de la banque
centrale, est celui de la prise en compte de la stabilité de l’économie réelle.
Après avoir cité les objectifs, nous essayerons de mettre l’accent sur les facteurs de
performance de la banque centrale tels que l’indépendance : un facteur majeur sur lequel
s’assoit la crédibilité, tout en mettant le point sur les autres facteurs : la transparence, la
communication et la responsabilité
Le débat sur l'indépendance de la Banque centrale a souvent été biaisé par des comparaisons
et des raisonnements pas toujours très rigoureux ; aujourd'hui la conception même de la
politique monétaire ainsi que l'évolution de ses canaux de transmission paraissent
consubstantielles à l'existence d'une Banque centrale déterminant et exerçant librement la
politique monétaire.
Pour qu'on puisse comprendre le concept de l'indépendance, il faudra tout d'abord le définir.
83
liberté, qui répugne toute soumission». L'indépendance signifie par définition être libre, ne
devoir rendre compte de ses propres actes, agir selon sa propre logique170.
Dans ce contexte, Jean-Pierre Patat (1992) définit la banque centrale comme « une situation
résultant d'un ensemble de dispositions statutaires ou de coutumes, dans laquelle la Banque
est clairement reconnue comme étant en charge de la stabilité monétaire, et dans le cadre de
cette mission, ne reçoit pas de directive des pouvoirs publics »171.
D’après Denise Flouzat (1999), « L’indépendance permet de réduire les primes de risque,
voire de les annuler, dans la mesure où elle permet d’assurer la continuité de la politique
monétaire menée par la seule banque centrale » 172.
De leurs côté, Dominique Chamblay et ses Al (2003), affirment que « l’indépendance des
banques centrales vis-à-vis du pouvoir politique est liée à la volonté de lutter contre
l’inflation ». 173
Selon Bernard Landais (2008), « L’indépendance de la banque repose sur la délégation qui
impose à la fois un objectif à atteindre par le délégué (ici la banque centrale) chargé de
maintenir la stabilité des prix et une autonomie du délégué tant qu’il s’acquitte de son
mandat »174.
Toutefois, l’indépendance de la banque centrale est garantie lorsque les trois conditions
suivantes sont remplies 175:
L’indépendance opérationnelle : c’est la liberté dont dispose la banque centrale pour
élaborer et mettre en œuvre la politique de la monnaie.
L’indépendance des dirigeants : elle est évaluée en examinant si les dirigeants, en
particulier son président, sont nommés par le seul exécutif ou si celui-ci ne dispose
que d’un droit de proposition à cet égard, s’il a un pouvoir de révocation (avec ou sans
obligation de justification), si le renouvellement des mandats est possible ou non, si les
170
Définition prise de Larousse.
171
J-P. Patat, « Quelques remarques sur la question de l’indépendance de la Banque centrale », revue
d’économie financière N°22, 1992, p 05.
172
[Link] d’Aurilly, [Link], p 20.
173
D. Chamblay, [Link]é, G. Renouard, « 50 fiches pour comprendre les débats économiques actuels »,
édition Bréal, Paris, 2007, p 48.
174
[Link] « leçons de politique monétaire », édition De Boeck, Belgique, 2008, p 185.
175
[Link], [Link], p 510.
84
représentants du gouvernement peuvent siéger et disposer d’un droit de vote au sein
des organes de décision, etc.
L’indépendance financière : elle est assurée si l’Etat n’a pas la possibilité de financer
ses dépenses par un recours direct ou indirect aux crédits de la banque centrale ou si
cette possibilité reste très limitée.
Cependant, l'autonomie d'une Banque centrale ne saurait être que relative et c'est ce que
souligne fort justement C. Goodhart (1992) en notant qu'une « Banque centrale indépendante
aura toujours besoin de conserver ses soutiens électifs et politiques, en s'assurant qu'une partie
suffisante de la population comprend et accepte ses objectifs et ses actions ». 176
A travers ces définitions on peut retenir qu’une banque centrale est indépendante, dans le sens
qu'elle n'est pas soumise aux directives du gouvernement, en opposition à une situation de
dépendance. La banque est indépendante si d'une part, elle constitue une entité
organisationnelle distincte du gouvernement, et si d'autre part, elle peut mettre en œuvre la
politique monétaire selon les décisions de ses membres, sans influence directe et
contraignante de la part du gouvernement. Cette indépendance est en réalité, la solution
préconisée pour résoudre le problème d’incohérence dynamique.
Le degré d'indépendance d'une banque centrale dépend de plusieurs facteurs, elle ne peut être
appréciée à la seule lecture des textes de lois et il est difficile de réunir les informations
formelles et informelles pour faire une comparaison internationale. De ce fait, la question qui
se pose, comment apprécier l'indépendance des banques centrales ?
Malgré ces difficultés, plusieurs économistes se sont intéressés sur l'indépendance des
banques centrales. Nous retiendrons ici :
176
Cité par [Link] et [Link] , « Autonomie des banques centrales et performances macroéconomiques
: Un réexamen », revue économique, N°02,France, 1995, p 429 .
85
6.2.L’indépendance légale de la banque centrale
Jean- Pierre PATAT (2003), définit l’indépendance légale comme suit « elle signifie que, sauf
circonstances tout à fait exceptionnelles, nul corps constitué, gouvernement, parlement ou qui
que soit d’autres ne peut interférer dans les décisions prises par la banque centrale dans
l’exercice de sa mission, ni reverser le cours de ces décisions. Cela se traduit dans les textes
par quatre dispositions principales :
- La reconnaissance de la responsabilité première de la banque centrale dans le maintien
de la stabilité des prix,
- L’interdiction pour les dirigeants de la banque centrale, gouverneur ou président,
membre de son conseil, d’accepter ou de solliciter des instructions de tout corps
constitué,
- L’impossibilité pour la banque centrale de faire une quelconque avance à l’Etat.
- Enfin, la garantie de durée pour les dirigeants qui doivent bénéficier d’un mondât fixe
et suffisamment long ne pouvant être interrompu qu’au vu d’événements tout à fait
exceptionnels (action délictueuse par exemple). »177
Selon Annabelle Mourougane (1998), « l'indépendance légale d’une banque centrale est le
degré d'indépendance que la loi confère, cette indépendance peut être mesurée par trois
indicateurs principaux»179.
Premier de ces travaux empiriques, celui de Bade et Parkin (1982), celui de Vittorio Grilli,
Donato Masciandaro et Guido Tabellini (1991), appelé l’indicateur GMT et celui de
Cukierman (1992).
Chacun de ces indicateurs évaluent les lois des banques centrales en calculant des index qui
classent l’indépendance légale de chacune des banques centrales.
177
J.P Patat, « L’ère des banques centrales », l’Harmattan, 2003, (cité par Hamza Fekir, la crédibilité et
l’indépendance des banques centrales, thèse de magister en analyse économique, université d’Oran, Algérie,
2008, p 109).
178
P.J Lehmann, « L’avenir de l’euro », ISTE éditions Ltd, Londres, 2018, p76.
179
[Link], « Indépendance de la Banque centrale et politique monétaire : application à la Banque
centrale européenne », Revue française d'économie, Volume 13, N°1,1998, p 153.
86
6.2.1. L’indicateur de Bade et Parkin (1982)
Le premier indice quantitatif d’indépendance légale a été fourni par Bade et Parkin, (1982).
Leurs travaux ont concerné les économies de marché développées. Ils ont construit un indice
d'indépendance politique de la Banque centrale (qui est définit comme étant la capacité de la
banque centrale de choisir ses politiques sans l’influence du gouvernement) à partir de
l'observation des relations institutionnelles entre la Banque centrale et le gouvernement, de la
procédure de nomination ou de licenciement du gouverneur, du rôle des membres du
gouvernement dans le Conseil de la Banque centrale et de la fréquence des contacts entre
l'exécutif et l'autorité monétaire 180.
Bien que portant sur un échantillon réduit de pays, les résultats de leurs estimations montrent
l'existence d'un lien entre indépendance de la banque centrale et l'inflation
180
R. Bade et M. Parkin, « Central Bank Laws and Monetary Policy», 1982, cité par Annabelle Mourougane.
[Link], p.153.
181
Grilli, Masciandaro, Tabellini, «Political and Monetary Institutions and Public Finance Policies in the
Industrial Countries», Economic Policy, Octobre 1991. Cité par Annabelle Mourougane. [Link], p 154.
182
Ibid.
87
L’index global est obtenu par une simple addition des scores obtenus pour l’indépendance
politique et l’indépendance économique.
Corrélant ce nouvel indice avec les niveaux d'inflation constatés dans les pays de l'OCDE 183,
les auteurs mettent en évidence l'existence d'une relation négative.
A chacun de ces 16 sous index est assigné un score allant de 0 à 1. Les valeurs de cet indice
s'échelonnent donc entre 0 (pas d'indépendance) et 1 (indépendance maximale) 184.
Pour ce qui concerne l’objectif, pour Cukierman, une banque centrale est indépendante si elle
poursuit l’objectif de la stabilité des prix.
Enfin, on remarque que l’indice de Cukierman est le plus précis dans la détermination de
degré d’indépendance d’une banque centrale que l’indice GMT. Cependant, ces études se
limitent au cas des pays industrialisés alors qu’une relation de signe opposée apparaît pour les
pays pauvres ou de revenus moyens.
183
L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est une organisation
internationale d'études économiques, dont les pays membres ont en commun un système de
gouvernement démocratique et une économie de marché(En 2018, l'OCDE compte 36 pays membres ).
184
A. Cukierman , «Central Bank Strategy, Credibility and Policy Independence», MIT Press Cambridge,1992.
88
Malgré que la loi assure, par ses actes et ses décrets, une indépendance légale de l'institution
monétaire ; la concrétisation de ces textes dans la pratique n'est pas aussi évidente, dans un
certain seuil.
Il faut se demander si l’indépendance institutionnelle des banques centrales, inscrites dans des
textes, est suffisante pour qu’elle se manifeste dans les faits et pour que leur indépendance
soit effective.
Parmi les travaux empiriques celui de Cukierman, Webb et Neyapti (1992), d’Eijffinger et
Keulen (1995) et d’Alpanda et Honig (2007).
185
Paul-Jacques Lehmann, [Link], p 76.
186
Mhamdi Ghrissi, Mounir Smida, « Evaluation du degré d’indépendance de la Banque Centrale de Tunisie »,
Fifth Day of monetary economics and banking JEMOB, Avril 2009, Sousse, Tunisie.
89
elles vont profiter de cette opportunité pour choisir ceux qui sont près à suivre leurs
politiques.
L’indice de vulnérabilité politique du gouverneur : Il a été introduit par Cukierman
et Webb, (1995). Les deux auteurs avancent que la vulnérabilité politique du
gouverneur de la Banque Centrale peut être mesurée par le ratio reliant le nombre de
chaque changement de l’autorité exécutive suivi d’un changement du gouverneur de la
Banque Centrale au cours d’une période qui ne dépasse pas 6 mois. Selon ce concept,
la vulnérabilité politique est un indicateur de l’influence politique sur la banque
centrale. Il s’en suit qu’un ratio élevé fait référence à une influence importante de la
part du gouvernement sur la banque centrale.
L’ajout de ces indices met en relief que l’indépendance de la banque centrale ne dépend pas
seulement des textes de loi, mais elle dépend aussi d’autres facteurs structurels comme par
exemple les arrangements informels entre la banque centrale et le gouvernement, la qualité du
département de recherche de la banque centrale et la personnalité du staff de la banque et du
gouvernement.
On peut conclure que l'indépendance légale concerne le côté législatif du rapport entre la
banque centrale et le gouvernement, alors que l'indépendance réelle concerne le côté pratique.
Le cadre légal n'étant qu'une garantie partielle de l'indépendance réelle.
187
Eijffinger, Sylvester; van Keulen, « Central bank independence in another eleven countries», Banca Nazionale
del Lavoro Quarterly Review, vol 48, N°192, Mars 1995, p 39-83
90
campagnes politiques. Selon leur résultat ces cycles existent avant tout dans les pays en voie
de développement, ce qui signifie une plus faible indépendance réelle dans ces pays. 188
Les cycles monétaires sont moins susceptibles de se produire dans les pays dotés de banques
centrales indépendantes. Les banques centrales indépendantes peuvent résister aux pressions
politiques visant à stimuler l'économie avant les élections ou à financer l'augmentation des
dépenses publiques liée aux élections. Sur la base de cette logique et de preuves à l'appui,
nous construisons un classement de facto de l'indépendance de la banque centrale, dérivé de la
mesure dans laquelle la politique monétaire varie avec le cycle électoral. Le classement évite
les problèmes bien connus liés aux mesures existantes de l'indépendance de la banque centrale
et fournit des informations indépendantes sur l'inflation moyenne et les différences de
volatilité de l'inflation d'un pays à l'autre.
6.4.L’indépendance des objectifs et des instruments de la banque centrale
Cette distinction a été introduite par la première fois par Debelle & Fischer (1994)189. Elle se
réfère à la façon dont la politique monétaire est réalisée et déterminée.
Selon le fonds monétaire international (1996), il est utile de distinguer deux formes
d’indépendance de la banque centrale : l’indépendance dans la détermination des objectifs et
l’indépendance dans l’emploi des instruments190.
La première permet à la banque centrale de définir les buts de la politique monétaire, au lieu
d’en laisser la responsabilité au gouvernement ou de se les voir imposés par les dispositions
de ses statuts. La banque centrale pourra se fixer pour objectifs une inflation faible, ou un
certain taux de chômage.
La seconde lui permet de poursuivre ses objectifs, de la manière qu’elle juge la plus
appropriée. Il lui appartient de décider du moment et de l’importance des ajustements de son
instrument, par exemple un taux d’intérêt à court terme.
188
[Link]&[Link], «Political monetary cycles and a de facto ranking of central bank independence»,
Journal of International Money and Finance, Elsevier, vol. 29(6), Octobre2010, p1003-1023.
189
Debelle& Fischer, « How independent should a central bank be? »,Conference Serie 38, Federal Reserve Bank
of Boston, 1994,p 195-225.
190
FMI : Etude effectuée par les services du FMI, « Perspectives de l'économie mondiale », Washington, octobre
1996, p 138.
91
unitaires ont réformé dans le même sens leur Institut d’émission : la Grande Bretagne, la
Nouvelle Zélande, la Suède et le Japon par exemple. Mais le grand changement dans ce
domaine est imputable au traité de Maastricht qui pose comme condition première de l’entrée
dans l’euro une rigoureuse indépendance de la Banque centrale 191.
L’indépendance qu’elle soit légale ou réelle, basée sur les objectifs ou sur l’emploi des
instruments n’est pas suffisante. Il faut qu’elle soit scellée par la confiance nationale et
internationale, qui s’accomplit en ce que l’on appelle la crédibilité.
Le FMI (1999), propose une définition large « la transparence signifie que le public est
informé avec clarté, accessibilité et sans délai des objectifs de l’action, de son cadre juridique,
institutionnel et économique, des décisions y afférentes et de leur justification, des données et
des informations relatives aux politiques monétaires et financières ainsi que des clauses qui
rendent les organes financiers et comptables de leurs actes »192.
Ainsi, les pratiques de transparence qui figurent dans le code du FMI visent à atteindre les
objectifs ci-après :
Définition claire du rôle, des responsabilités et des objectifs des banques centrales et
des organes financiers ;
191
[Link], « les banques centrales », communication présentée lors du colloque « quel avenir pour les
entreprises publiques ?», organisé par l’académie des sciences morales et politiques, Mai 2000, France.
192
FMI, « Code de bonnes pratiques pour la transparence des politiques monétaire et financière : Déclaration de
principes », 26 septembre 1999.
92
Transparence du processus d’élaboration et d’annonce des décisions de politique
monétaire par la banque centrale et de la politique financière par les organes
financiers ;
Accès du public à l’information sur les politiques monétaire et financière ;
Obligation de rendre compte et garantie d’intégrité de la banque centrale et des
organes financiers.
Pour Giuseppe Diana (2008), « La transparence peut être définie comme l’absence
d’asymétrie d’information entre l’autorité monétaire et les autres agents économiques. Ainsi,
il y a transparence parfaite lorsque la banque centrale rend publique toute l’information dont
elle dispose et opacité complète lorsqu’elle n’en divulgue rien ».193
Pour Isabelle Salle (2013), « La transparence désigne une situation où la banque centrale
révèle au public ses informations privées : il ne s’agit pas uniquement de la transparence sur
193
Giuseppe Diana, « Transparence, responsabilité et légitimité de la Banque Centrale Européenne », bulletin de
l’observatoire des politiques économiques en Europe, N° 18, été 2008.
93
les objectifs, il s’agit aussi de la transparence sur les décisions de politique monétaire et
l’analyse macroéconomique qui les sous-tend. Les informations transmises peuvent ainsi
concerner la forme du modèle de l’économie, la valeur de ses paramètres, les objectifs du
mandat, les prévisions internes de la banque centrale et les hypothèses sur lesquelles elles
reposent ainsi que les informations privées sur les conditions économiques dont dispose la
banque centrale. Cette dernière peut notamment publier ses prévisions de taux d’intérêt,
d’inflation, d’écart de production ou de chocs »194.
En définitive, une définition simple et récapitulative a été proposée par la BCE, selon cette
dernière « la transparence implique que la banque centrale fournit au grand public et aux
marchés, ouvertement, clairement et en temps voulu, toutes les informations utiles concernant
sa stratégie, ses analyses et ses décisions de politique monétaire ainsi que ses procédures »195.
194
Isabelle Salle, « Ciblage de l’inflation, transparence et anticipations-une revue de la littérature récente»,
Revue d’économie politique n°5, Septembre-Octobre 2013, p 698-699.
195
BCE, « La transparence de la politique monétaire de la BCE », publication du janvier 2019, disponible sur le
site : [Link]
196
Deutsche Bundesbank, « Communication des banques centrales, un instrument de politique monétaire »,
Discours prononcé au Centre des recherches économiques européennes, Mannheim, Allemagne, le 02.05.2018.
94
De son côté, Paul-Jacques Lehmann (2018), précise que« la communication de la banque
centrale doit contribuer à son efficacité en favorisant l’adhésion du public aux politiques
monétaires, fondée sur des principes d’ouverture, de transparence et de responsabilité, elle
publie un bulletin mensuel, un rapport trimestriel, un rapport annuel… »197.
La communication sert donc à gérer les attentes et plus il y a d’harmonie entre les attentes et
le mandat de politique monétaire, de plus la banque centrale stabilisera la demande
macroéconomique et par là également l’évolution des prix.
Selon l’ex premier ministre de France Lionel Jospin (2000), L’indépendance appelle, en effet,
nécessairement, la responsabilité. Ce terme est malheureusement une traduction un peu
réductrice du terme anglais « accountability », lequel renvoie non seulement à la
responsabilité proprement dite, mais encore à la transparence de ses décisions, à la capacité et
à la nécessité de rendre compte de ses actes199.
197
Paul-Jacques Lehmann, [Link], p100.
198
[Link] et C. de Boissieu, « La responsabilité de la future Banque centrale européenne », coordination
européenne des politiques économiques, rapport pour le conseil d’analyse économique, n 5, 1998, p 49.
199
[Link], « allocution d’ouverture du colloque du bicentenaire de la banque de France, sous le thème
« indépendance et responsabilité : évolution du métier de banquier central », Octobre 2000, p 44.
200
[Link] et [Link], « colloque du bicentenaire de la banque de France, sous le thème « indépendance et
responsabilité : évolution du métier de banquier central », Octobre 2000, p 32.
201
[Link] et C. de Boissieu, [Link], p 56.
95
- Le modèle procédural ; à l’américaine, où la banque centrale est responsable des
objectifs de la politique monétaire et des moyens de les atteindre, mais présente sa
politique deux fois par an devant le congrès ;
- Le modèle instrumental, à l’anglaise, où la politique monétaire apparaît déléguée par
le gouvernement à la banque centrale ;
- Le modèle normatif, à l’allemande, où le comportement de la banque centrale est
encadré par une loi fondamentale ».
L’indépendance, de son côté, implique la mise en place d’un dialogue entre la banque centrale
et les institutions politiques. Ainsi, le processus de décision interne aux banques centrales est
devenu beaucoup plus transparent que par le passé, ce qui a engendré une meilleure crédibilité
des banques centrales.
La littérature relativement récente s’est d’abord fondée sur l’idée que la mise en place de
mécanismes d’engagement fermes était un élément essentiel « la crédibilité » de la politique
monétaire.
[Link], « la crédibilité et l’indépendance des banques centrales », thèse de magister en analyse économique,
202
De ce fait, afin d’assurer la crédibilité de la politique monétaire, une condition nécessaire doit
être d’abord vérifiée, il s’agit de l’indépendance de l’organisme responsable de cette
politique, c’est-à-dire l’indépendance de la banque centrale vis-à-vis du pouvoir politique.
Tout d’abord, le terme « crédibilité » désigne le degré de confiance que manifeste le public
envers la détermination et la capacité de la banque centrale d’atteindre les objectifs qu’elle a
annoncés. La crédibilité dépend de l’importance et de la constance des incitations qu’a la
banque centrale à se conformer à la politique annoncée 205.
Selon la théorie économique, une politique monétaire hautement crédible réduit le degré
d’incertitude entourant les objectifs de la politique monétaire. Quand la politique mise en
œuvre par la Banque centrale jouit d’une grande crédibilité, les fluctuations qu’enregistrent
l’inflation, les taux d’intérêt, la production et l’emploi en réaction à des chocs donnés
devraient être moins prononcées que dans le cas inverse 206.
De leur côté, Bailly et ses al (2006), définissent la Crédibilité comme « l’action par laquelle la
banque centrale doit inspirer confiance aux operateurs sur les marchés. Elle doit donc de
montrer, non seulement sa capacité à atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés, mais aussi une
réelle volonté de réaliser les objectifs qu’elle annonce »207.
Bernard Landais (2008) affirme que : « la crédibilité est fondamentale pour rassurer les
operateurs de marché et le public et elle sert à fixer leurs anticipations d’inflation »208.
Selon l’OCDE (2008), « la crédibilité de la banque centrale est déterminée par la confiance du
public dans sa capacité à atteindre ses objectifs. Une mesure couramment utilisée de la
crédibilité est l’écart entre l’objectif d’inflation officiel et les anticipations du marché »209.
203
Ce point a été évoqué dans le premier chapitre.
204
[Link]-Gauchard, [Link], [Link] [Link], p 50.
205
[Link] et [Link], « Crédibilité et politique monétaire », Revue de la banque du canada », Printemps 2000,
p 14.
206
Ibid.
207
J.L Bailly et al, [Link], p 261.
208
[Link] [Link], p 289.
97
D’après Paul-Jacques Lehmann (2018), Une banque centrale cherche à acquérir sa
crédibilité « qui ne s’impose pas, mais se mérite » par deux méthodes afin d’assurer la
transparence de ses décisions 210:
De ce qui précède, on peut tirer que la meilleure façon pour une banque centrale de gagner sa
crédibilité est d’avoir fait ce qu’elle a dit qu’elle fera et que l’indépendance d’une banque
centrale est une condition sine qua non voir un gage pour arriver à la crédibilité et par
conséquent à l’efficacité et à la continuité de sa politique monétaire.
Il est à noter aussi que le sens inverse de cette logique est aussi pertinent : la crédibilité de la
banque centrale renforce son indépendance qui aide à la réussite d'une stratégie monétaire.
Beaucoup d’économistes pensent que les banques centrales est l’invention de notre siècle,
elles sont des institutions relevant de la politique des pouvoirs publics. Leurs deux missions
209
OCDE, « Études économiques : Forum de l’Organisation de coopération et de développement économiques »,
Turquie 2008, p 127.
210
Paul-Jacques Lehmann, [Link], p 80.
98
principales sont de préserver la stabilité monétaire et de promouvoir la stabilité financière.
Les banques centrales ont, conjointement avec d’autres administrations, un rôle majeur dans
la surveillance et le développement du système financier.
Toutefois, la tâche est délicate puisqu’en fait un système de responsabilité d’une banque
centrale doit être évalué à l’aune de plusieurs critères pour l’efficacité de la politique
monétaire :
- Son indépendance qui est un gage pour sa crédibilité, son aptitude à garantir la
transparence et la lisibilité des décisions monétaires, à bien communiquer ses
objectifs, à faciliter le débat entre les responsables monétaires et les partenaires
économiques et sociaux, son souci pour la stabilité du système financier, etc.
- Un ensemble d'arguments qui conduisent à relativiser les enjeux de l'indépendance des
banques centrale et qui assure la performance de la banque centrale tels que la
transparence, la communication et la responsabilité de la banque centrale.
99
Section II : La stabilité des prix « L’objectif principal de la politique monétaire»
Dans la plupart des pays, la stabilité a émergé comme l’objectif principal. Pour cela, les
autorités monétaires sont conscientes des coûts économiques et sociaux de l’inflation et
accordent de plus en plus d’importance à la stabilité des prix.
Selon la littérature la stabilité (en latin stabilis), Qualité de ce qui est stable, de ce qui tend à
conserver sa position d’équilibre : aptitude d’une grandeur à retrouver une valeur dite
normale, lorsqu’elle vient à être momentanément et accidentellement écartée211.
Selon la littérature économique, maintenir la stabilité des prix : cela veut dire à la fois que
les prix ne doivent pas augmenter (inflation) significativement et que toute période continue
de baisse des prix (déflation) doit être évitée.
L’objectif de cette section est d’étudier une revue de littérature sur la stabilité des prix. Pour
cela nous définissons cette dernière selon différents auteurs, nous préciserons les différents
termes qui se rapprochent de la stabilité des prix tels que l’inflation, la déflation, la stagflation
et la désinflation, nous détaillerons ses causes et ses conséquences et enfin nous traiterons les
différentes stratégies assurant le maintien de la stabilité des prix.
D’un autre côté, le traité de Maastricht détermine les fonctions des principaux organismes de
la Communauté, en particulier les statuts de la BCE et il stipule que cette dernière doit veiller
à assurer la stabilité des prix.
De ce qui précède, on constate que la stabilité des prix est un élément essentiel voir
indispensable dans la politique monétaire dont il est nécessaire de l’étudier.
211
Nouveau petit Larousse, Ed : Librairie Larousse, Paris, 1968, p 968.
212
[Link], « la politique monétaire », édition la découverte, Paris, 2007, p 10.
100
Selon le FMI (1996), « la stabilité des prix est définit comme la situation d’une économie où
l’évolution des prix est sous contrôle tant à court terme, moyen qu’à long terme »213.
Luc Simula et Laurant Simula (2004) ont énoncé que l’expression « stabilité des prix » doit
être précisée. Elle signifie qu’il n’y a ni inflation, ni déflation, donc aucune tendance durable,
généralisée et auto-entretenue, à la hausse ou à la baisse des prix. La stabilité des prix
préserve le pouvoir d’achat de la monnaie et assure sa stabilité interne en évitant les
anticipations inflationnistes214.
À titre d’exemple, si 100 unités monétaires permettent d’acheter un panier de biens identique
à celui acquis il y a un ou deux ans, la stabilité des prix peut être considérée comme absolue.
Il convient de faire la distinction entre les variations des prix de chaque bien ou de chaque
service considéré individuellement et les variations du niveau général des prix. Dans le cadre
des économies de marché, il est relativement normal que certains prix varient fréquemment,
même si les prix sont stables dans l’ensemble. Les changements des conditions d’offre et/ou
de demande des divers biens ou services entraînent inévitablement des variations de leur prix.
Tant que les baisses et les hausses de prix se compensent, le niveau général des prix demeure
inchangé. 216
F. Mishkin (2010), souligne que « les banques centrales définissent la stabilité des prix
comme une inflation basse et stable, est de plus en plus considérée aujourd’hui comme
l’objectif prioritaire de la politique monétaire. Elle est souhaitable car une augmentation
continue du niveau général des prix crée une incertitude dans l’économie qui peut être
préjudiciable à la croissance économique »217.
213
FMI, « Perspective de l'économie mondiale », Washington DC, octobre 1996, p. 121.
214
Luc Simula et Laurant Simula, « 20 dissertations d’analyse économiques et historiques des sociétés
contemporaines », édition Bréal, Paris, 2004, p 169.
215
[Link], « pourquoi la stabilité des prix est importante pour vous ? », BCE, 2011, p 24.
216
Ibid.
217
[Link], [Link], p 597.
101
En 2012, la Banque du Canada de son côté, atteste qu’on peut parler de stabilité des prix
lorsque l’inflation est suffisamment faible pour ne plus influer de façon notable sur les
décisions des gens218.
Selon A. Bénassy-Quéré et Al (2017), « Viser la stabilité des prix revient à maintenir la valeur
réelle de la monnaie, c’est-à-dire son pouvoir d’achat : la quantité de biens, de services et
d’actifs qu’une unité de monnaie permet d’acheter ».219
L’existence de trois indicateurs est nécessaire pour définir la stabilité des prix 220:
Le prix à la consommation, c’est-à-dire le niveau moyen des prix des biens et services
consommés par les ménages ;
Le taux d’intérêt qui est le prix interne de la monnaie ;
Le taux de change qui est le prix externe de la monnaie.
D’autres auteurs définissent la stabilité des prix comme des taux d’inflation suffisamment
faibles pour ne pas influencer les décisions économiques.
A partir des définitions antérieures, on peut titrer une définition générale de la stabilité des
prix :
- Elle lutte contre la hausse généralisée, durable et importante du niveau général des
prix ;
- Elle ne signifie pas une fixité rigide des prix mais plutôt une légère évolution qui
favorise les consommateurs, les producteurs et par conséquent la croissance
économique ;
218
La banque du Canada, « l’inflation et la stabilité des prix », document d’information, avril 2012.
219
A. Bénassy-Quéré et Al, [Link], p 219.
220
Ibid.
102
Plusieurs indicateurs permettent de suivre l’évolution du niveau général des prix ; les plus
utilisés sont :
L’indice des prix à la consommation (IPC) ;
L’indice des prix à la production (IPP) ;
L’indice implicite du produit intérieur brut (IIPIB).
1.2.1. Indice des prix à la consommation (IPC)
Selon l’OCDE (2000), « L’indice des prix à la consommation mesure l’évolution dans le
temps d’un échantillon de biens ou panier dans l’hypothèse où les quantités achetées sont
constantes au cours de deux périodes de relevés consécutives. Il décrit le marché de biens et
services à l’usage des ménages. Le prix auquel il est fait référence dans l’indice de prix pour
la nation entière est un prix de vente global qu’il soit payé par le consommateur ou non ».221
D’après la BCE, les achats des consommateurs font l’objet d’une analyse permettant de
déterminer les biens et services achetés régulièrement. Ces biens et services peuvent alors être
considérés comme représentatifs du consommateur moyen dans un pays. Il ne s’agit pas
uniquement des biens achetés quotidiennement par les consommateurs, tels que le pain et les
fruits, mais également des achats de biens durables (voitures, ordinateurs, etc.) et des
transactions fréquentes (telles que les loyers). Les éléments de cette « liste de courses » sont
rassemblés et pondérés en fonction de leur importance dans les budgets des consommateurs
pour établir ce qu’on appelle un « panier représentatif ». 222
Le coût de ce panier est ensuite comparé dans le temps, ce qui permet d’établir des séries de
l’indice des prix. Il est alors possible de calculer le taux annuel d’inflation en exprimant les
variations du coût du panier représentatif d’aujourd’hui en un pourcentage du coût d’un panier
identique l’année précédente.
Le calcul d’IPC
Le calcul des indices de prix à la consommation est une des tâches difficiles et importantes
des instituts de statistiques. Chaque mois l’indice national des prix est publié. L’IPC est
calculé suivant la formule « LASPEYERS », il peut être défini comme le rapport (multiplié
par 100), entre les prix moyens des biens et services constitutifs du panier observé au cours de
221
OCDE : Organisation de coopération et de développement économique : « Principaux indicateurs
économiques : Sources et définitions » ; OECD, Publishing 2000, p 176.
222
[Link], [Link], p 25.
103
la période courante (t) et les prix moyens des mêmes biens et services constitutifs du panier au
cours de la période de référence (0) :
Exemple :
Utilisons un exemple chiffré simple pour illustrer les considérations ci-dessus. Supposons
qu’un panier représentatif des dépenses annuelles des écoliers est composé de 100 cahiers et
50 stylos.
L’IPC se calcule comme suit :
(100 x prix courant des cahiers) + (50 prix courant des stylos)
IPC =
(100 x prix des cahiers en n-1) + (50 prix des stylos en n-1)
Dans cet exemple l’année de base de l’IPC est n-1. L’IPC nous informe donc combien il a
couté d’acheter 100 cahiers et 50 stylos par rapport à ce qu’ils coûtaient en n-1 pour acheter le
même panier.
L’indice des prix à la consommation est l’une des statistiques clé, notamment, pour :
La prise de décision et pour la conduite de la politique monétaire ;
Les textes de loi qui le retiennent comme mesure de l’inflation à utiliser, dans un large
éventail de contrats, pour corriger le montant des paiements (salaires, intérêts, loyers,
…) ;
Faire la comparaison, mois par mois, le niveau général des prix des biens et services
consommés par les ménages.
Dans la première, on calcul les indices d’agrégats élémentaires et dans la deuxième on calcul
les indices de niveau supérieur en effectuant une moyenne des indices de la première étape.
La première étape : les agrégats élémentaires sont des groupes de biens et services
relativement homogènes et aussi semblables que possible. Les produits élémentaires sont
généralement représentatifs des mouvements de prix de tous les produits réunis au sein de cet
agrégat. Le nombre de produits élémentaires doit être important pour que l’indice soit
statistiquement fiable. Il existe plusieurs méthodes permettant d’obtenir des agrégats
223
Z. Bedjaoui, « La relation monnaie-inflation dans le contexte de l’économie Algérienne », thèse de doctorat
En Sciences Economiques, Université Abou-Bekr Belkaïd, Tlemcen, 2013-2014, p 59.
104
élémentaires : Le ratio des prix moyens, la moyenne des rapports des prix, la moyenne
géométrique.
La deuxième étape : Pour calculer les agrégats de niveau supérieur c’est les indices d’agrégats
alimentaires ainsi que les pondérations calculées à partir des valeurs des agrégats élémentaires
d’une ou plusieurs années qui sont pris en considération. Ils sont calculés sous forme de
moyennes arithmétiques pondérées d’indices d’agrégats élémentaires.
Cependant, l’indice des prix à la consommation est critiqué par beaucoup d’économistes, ils
lui reprochent de surestimer le taux d’inflation 224:
D’une part, dans la réalité, le panier n’est pas fixe, il peut perdre peu à peu de sa
représentativité dans la mesure où les consommateurs ont toujours tendance à remplacer les
produits plus chers par des produits meilleur marché. Par exemple, un renchérissement de
l’essence peut inciter certaines personnes à moins utiliser leur voiture et, en revanche, à
acheter davantage d’autres biens. Par conséquent, sans ajustement des pondérations, la
variation de l’indice peut légèrement surestimer les hausses réelles des prix.
D’autre part, il est parfois difficile d’intégrer dans l’indice des prix les changements de
qualité. Lorsque la qualité d’un produit s’améliore dans le temps et que son prix augmente, la
variation du prix est en partie due à cette amélioration qualitative. Les hausses de prix
résultant de changements de qualité ne peuvent être considérées comme un facteur engendrant
l’inflation puisqu’elles ne réduisent pas le pouvoir d’achat de la monnaie.
Enfin, outre les nouvelles variétés de biens, la prise en compte des produits nouveaux
constitue un problème important et difficile. Par exemple, c’est avec un décalage inévitable
que ces nouveaux produits, une fois mis sur le marché, peuvent être inclus dans les
statistiques de prix.
Mais malgré ces inconvénients, l’IPC reste un indice important de l’économie car il sert de
base pour le calcul et la fixation du salaire minimum. 225
1.2.2. Indice des prix à la production (IPP)
Selon le FMI (2007), un indice des prix à la production (IPP) mesure le taux de variation des
prix des biens et services achetés et vendus par les producteurs. Il inclut généralement les
224
[Link], [Link], p 26-27.
225
Le taux d’inflation en Algérie est calculé par l’Office national des statistiques (ONS) sur la base d’une
méthodologie et de références conformes aux normes internationales, l’ONS avait procédé en 2000 à
l’actualisation de sa méthodologie de calcul.
105
industries extractives, les industries manufacturières, les services publics, l’agriculture, la
sylviculture et la pêche, mais peut englober aussi la construction et les services. C’est une
statistique clé pour la prise de décision économique et commerciale et le suivi de l’inflation.
Un IPP sortie mesure le taux de variation des prix départ usine des produits vendus par le
producteur. Un IPP entrée mesure le taux de variation des prix des biens et services achetés
par le producteur226.
L’IPP fournit donc des informations importantes plus tôt par rapport à l’IPC, dans le
processus de [Link] les prix des biens augmentent avant qu’ils n’arrivent dans les
magasins où les consommateurs pourront les acheter, il est probable que les consommateurs
finiront par payer plus pour le même bien. L’IPP est donc un indicateur avancé de l’inflation
pour les consommateurs.
Le calcul d’IPP
Il n’existe pas des méthodes directes pour calculer l’indice des prix à la production. Car
malgré son importance, pour mesurer l’inflation et l’analyser, les procédés utilisés pour le
calculer ont été négligées et la collecte des données pour les indices de prix à la production
n’est pas une chose simple.
Dans la pratique il faut, d’abord, procéder à un sondage auprès d’un échantillon sélectionné et
représentatif de producteurs ou d’établissements portant sur un ensemble de produits.
Une fois cet échantillon établi l’office des statistiques relève le prix de chaque produit
sélectionné durant une période initiale, ensuite durant une deuxième période (l’échantillon de
produits et les producteurs étant les mêmes). Le calcul de l’IPP va se faire par appariement du
prix observé à la deuxième période au prix initial. En général, les prix sont suivis
périodiquement tous les mois.
226
FMI, « Système général de diffusion des données : guide à l’intention des participants et des utilisateurs», Ed :
International Monetary Fund, 2007, p 19.
106
En effet le déflateur du PIB constitue une mesure plus fiable et exacte, plus large et globale et
dont les composantes sont plus actuelles.
Le calcul d’IIPIB
Cet indice étudie la variation du PIB nominal en valeur par le PIB réel en valeur :
D’où :
PIB nominal : valeur du PIB mesurée aux prix de l’année précédente ;
PIB réel : valeur du PIB mesurée aux prix d’une année de référence.
Pour conclure, du fait des difficultés du collecte des données nécessaires pour calculer l’IPP et
l’IIPIB, ces indicateurs sont calculés généralement en retard. C’est pour cette raison l’IPC est
l’indicateur d’inflation le plus pratique (mais le moins réaliste) en termes de collecte et
traitement des données, analyses et publications à temps.
Après avoir défini la stabilité des prix et afin de traiter plus en détail son importance, il est
primordial de présenter les différents termes qui se rapprochent de la stabilité des prix.
2.1.L’inflation
Etymologiquement, le terme inflation vient du latin « inflatio », qui signifie enfler et gonfler.
Il désigne communément une augmentation générale, durable et auto-entretenue des prix des
biens et services.227
227
J. Lescure. « La relation mystérieuse entre inflation et chômage » ,The Economic Journal, 2001, vol 111, n°
471, p 07.
107
courant du mot a changé pour signifier une hausse trop rapide des prix. 228 D’où Milton
Friedman , a affirmé que l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire,
autrement dit la monnaie est la seule responsable.
En 2009, [Link] a avancé dans son ouvrage de« Monnaie, banque et marchés financiers
»,que l’inflation est la variation mensuelle du niveau des prix par rapport au mois précèdent.
Par exemple lorsque le taux d’inflation est de 0.5%, cela signifie simplement que le niveau
des prix s’est accru de 0.5% au cours du mois considéré. 229
La banque du Canada (2012) de son côté définit l’inflation comme « une hausse persistante,
au fil du temps, du niveau moyen des prix au sein de l’économie. Les prix ont tendance à
augmenter lorsque la demande de biens et de services dépasse la capacité de l’économie de
fournir ceux-ci ».231
Il y a plusieurs définitions de l’inflation, mais dans le cadre de notre travail, nous pouvons
retenir la définition ci-après :
L’inflation est un phénomène économique qui se traduit par une hausse des prix généralisée,
durable, cumulative et plus ou moins forte.
A partir des définitions sus mentionnées, nous pouvons retenir que l’inflation est un
phénomène monétaire qui est conditionné par :
228
[Link] et [Link], « Economie Monétaire », Ed : Dalloz, Paris, 1998, p 239.
229
[Link], [Link], p 860.
230
[Link], [Link], p 24.
231
La banque du Canada, « l’inflation et la stabilité des prix », document d’information, avril2012.
108
Cette hausse doit être continue et durable, c’est-à-dire qu’elle soit prolongée dans le
temps. La hausse des prix doit résulter d’un déséquilibre prolongé et non pas des
raretés relatives ;
Hausse auto-entretenue des prix, la hausse des prix des matières premières engendre
une nouvelle hausse des prix des produits finis. Par exemple le prix des céréales à une
influence sur le prix de la viande (le bétail s’en nourrissant). Ce phénomène est appelé
« la spirale inflationniste ».
Après avoir défini l’inflation, il serait opportun, d’aborder les différents types de l’inflation,
ses causes et ses conséquences.
Il s’agit d’une inflation à peine perceptible, qui évolue à faible taux sur le long terme.
L’amélioration progressive du niveau de vie des populations peut s’effectuer parfois à un
rythme plus rapide que celui des appareils de production, si bien que la demande sur le
marché (biens de consommation comme biens d’équipement) présente une tendance modérée
à dépasser l’offre. Au fil des années, le niveau des salaires et le niveau des prix augmentent
donc de manière latente ; on parle donc d’inflation rampante, de l’ordre de 2,5% à 4 % l’an.232
G.P. Shulders, « Communication économique pour les chinois francophones », Ed L’harmattan, Paris, 2008, p
232
123.
109
Elle commence dès que la hausse dissimule des anticipations à de nouvelles hausses de prix
de la part de la majorité des agents économiques. Ce genre d’inflation est souvent déclaré
avec des conséquences néfastes pour l’économie.
Ces derniers ont un taux de croissance qui varie entre plus 5 % et sans dépasser 10 % par an.
Dans ce cas-là les consommateurs achètent les marchandises pour éviter à les payer à des prix
inabordables à l’avenir. Sous une inflation « ouverte » le système des prix a la liberté de
s’ajuster pour résorber le déséquilibre entre la demande et l’offre… L’inflation ouverte rend
flexible ce qui par nature devrait être rigide : l’étalon des valeurs.233
Le second méfait est qu’elle peut se révéler très destructrice, car il y aura toujours une course
entre les prix et les salaires. Chaque fois qu’il y a augmentation des prix les salaires voudront
rattraper cette augmentation.
L’inflation galopante peut aboutir à une perte totale de confiance dans la monnaie nationale
due à une dépréciation de la valeur de la monnaie. L’hyperinflation est un signe d’un profond
dysfonctionnement du système économique, et elle est perçue, surtout, comme un symptôme
de crise qui peut entrainer à la disparition de la monnaie nationale et à son remplacement par
une nouvelle monnaie. 236
Ce fut le cas des pays développés dans les années 1970, à la suite des chocs pétroliers ou
encore des pays de la Zone Franc après la dévaluation du franc en Janvier 1994.
233
R. Dehem, « l’inflation : nature, causes et espèces », Septièmes congrès des ²relations industrielles, Ed : Les
presses de l’Université Laval, 1952, p 18.
234
Ibid.
235
[Link], [Link]é, S.d'Agostino, « Dictionnaire des sciences économiques et sociales », Edition Bréal,
Paris, 2008, p 87.
236
[Link] et [Link], « l’économie gangrenée », édition la découverte, Paris, 1990, p 6.
110
On peut dire que l’inflation galopante présente des taux à deux chiffres.
En 1980, moins de 10 % des pays jouissaient d’un taux d’inflation inférieur à 5%. Les
banques centrales avaient hérité de taux d’inflation élevés suite aux deux chocs pétroliers des
années 1970, dont les effets avaient été amplifiés par l’indexation des salaires et par des
politiques expansionnistes. Un certain nombre de pays avaient alors resserré leurs politiques
monétaires de manière discrétionnaire (ce fut notamment le cas de la Réserve fédérale
américaine en 1979), ou par l’ancrage de leur monnaie sur celle d’un pays peu inflationniste
(cas de plusieurs pays européens vis-à-vis de l’Allemagne).
111
Toutefois, certains pays émergents enregistraient encore des taux d’inflation très élevés.
Certains pays soufraient même d’hyperinflation, une situation généralement définie par un
taux d’inflation supérieur à 50 %. Par exemple, les prix ont augmenté de 20266 % en
Argentine entre mars 1989 et mars 1990.
La quasi-disparition de l’inflation est un fait marquant des années 1990 et du début des années
2000. La forte hausse des prix du pétrole et des matières premières du milieu des années 2000
n’a pas provoqué de poussée inflationniste majeure comme cela avait été le cas dans les
années 1970. Le Japon a connu alors la déflation (Ce phénomène sera plus détaillé dans le
point suivant). Ce phénomène avait été observé dans la période de l’entre-deux-guerres, mais
il était devenu une curiosité historique. Il a été déclenché au Japon par l’éclatement de la bulle
immobilière et la réaction tardive de la Banque du Japon. Suite à la crise financière mondiale
de 2008, les taux d’inflation sont tombés à des niveaux proches de zéro un peu partout dans
les économies avancées, et ils sont même devenus ponctuellement négatifs. 237
L’inflation mondiale a fortement reculé depuis 2012, s’inscrivant globalement en dessous des
cibles des banques centrales et la persistance d’un faible niveau par rapport à la décennie
passée.
Bien que la plupart des consommateurs voient l'inflation comme le mal incarné, l'inflation est
parfois bienfaisante. Mais, avant de nous pencher sur les conséquences de l'inflation, nous
soulevons dans un premier temps ses causes.
237
A. Bénassy-Quéré et Al, [Link], p 219- 220.
112
2.1.4. Les causes de l’inflation
L’inflation est un phénomène complexe, ses causes sont encore sujet de nombreuses
controverses. Du point de vue de la littérature économique, ce phénomène résulte, en
moyenne, d’une augmentation de la demande, des coûts de production ou de la quantité de
monnaie en circulation.
Elle traduit un déséquilibre entre la demande globale et l’offre globale. La demande globale
est la somme de la demande des ménages, de celle des entreprises, de celle des pouvoirs
publics et du reste du monde. En effet, si la demande est supérieure à l’offre, alors les prix
augmenteront mécaniquement afin qu’un point d’équilibre soit trouvé. Si l’offre est incapable
238
[Link]é et D. Chamblay, [Link], p 86.
239
Jean-François Goux, « Inflation, Désinflation, Déflation », Edition DUNOD, France, 1998, p 41.
113
de répondre à la demande, alors la rareté du produit fera que les prix pourront continuer
d’augmenter ce qui créera donc de l’inflation par la demande. 240
Cette hausse incite les entrepreneurs à relever le prix de leurs produits les ménages et les
entreprises acheteurs de ces produits tendront alors à revendiquer de nouvelles hausses de
revenus pour protéger leur pouvoir d’achat.
Une augmentation des salaires : le taux de salaire n’augmente pas seulement lorsque la
demande du travail est supérieure à l’offre de travail. En effet l’apparition des
syndicats constitue également une source d’accroissement des salaires ;
Le coût des interventions publiques : l’Etat influence les coûts par le bais de la
fiscalité et les prélèvements obligatoires tels que la taxe sur la valeur ajoutée TVA et
l’impôt sur le bénéfice des sociétés IBS etc.
[Link]é, [Link] : « Les grandes questions de l’économie contemporaine », Ed L’Etudiant, Paris, 2007, p
104.
241
A. Beitone et C. Dollo, [Link], p 180.
114
[Link].L’inflation par excès de la masse monétaire
Toute augmentation de la quantité de monnaie supérieure à l’augmentation de la production se
traduit par une hausse des prix et donc par l’inflation.242
Milton Friedman, chef de file de l’école monétariste, affirme que la cause immédiate de
l’inflation est toujours et partout la même :un accroissement anormalement rapide de la
quantité de monnaie par rapport au volume de la production.
En effet si la monnaie en circulation augmente plus vite que la quantité des biens disponibles,
les vendeurs (supposés rationnels) vont anticiper une dépréciation de la monnaie : pour se
couvrir, ils augmentent leurs prix de vente. Si ce comportement est adopté par tous les agents
économiques, le niveau général des prix s’accroit.243
Toutes les causes citées ci-dessus sont des causes conjoncturelles, mais l’inflation peut être
aussi induite par les structures de marché (causes structurelles).
242
[Link]é et D. Chamblay, [Link], p 89.
243
[Link]é, [Link], [Link], p104.
244
[Link], « Les politiques salariales en France 1960-1992 », Ed : L’harmattan, 1993, p 33.
115
réfléchiront sur l’augmentation des prix car l’offre ne peut plus suivre la demande des
biens et services ;
Des anticipations des agents qui estiment que les prix vont augmenter. Dans ce cas-là
ils épargneront moins et acquerront plus ce qui va automatiquement augmenter les
prix vue la demande accrue ;
Les vices structurels de l’offre ainsi que ceux de la fixation des prix.
L’inflation conjoncturelle peut être combattue avec succès par une politique monétaire et
réagira favorablement dans le court terme en atteignant un niveau satisfaisant de stabilité
économique. Cependant si l’inflation est structurelle, tout effort pour la combattre en utilisant
les politiques monétaires orthodoxes aura des résultats complètement contradictoires. 245
Ces causes citées ci-dessous peuvent parfois se combiner entre elles et accélèrent encore plus
l’effet d’augmentation des prix.
[Link] : « inflation, efficacité économique et bien être social. Une étude de cas : l’Argentine », Persée
245
116
Tableau 03 : Les conséquences de l’inflation
Les conséquences favorables Les conséquences défavorables
Pour les ménages
Les ménages ayant des revenus élevés vont La hausse des prix a pour résultat la
profiter de la conjoncture inflationniste, car réduction de la valeur de l’argent avec le
les taux d’intérêts ont tendance à augmenter temps, les ménages ayant des revenus stables
lors de cette période. Ce qui ne fait qu’offrir et fixes vont acheter moins de biens et
des placements rémunérateurs à cette service d’une part, et d’autre part ils vont
catégorie de ménage. réduire leur épargne ou ne pas épargner du
tout. En
En plus en tant que débiteurs, l’inflation a tant qu’épargnants, si l’épargne n’est pas
pour effet d’alléger la dette en cas indexée, les intérêts réels deviennent faibles,
d’emprunts à taux fixes. voire négatifs, par conséquent le patrimoine
financier des ménages se dévalorise.
Pour les entreprises
Les entreprises ont intérêt à s’endetter ; car L’inflation peut biaiser le calcul économique
L’inflation favorise les investissements et elle ce qui peut aboutir à des investissements non
augmente la marge d’autofinancement et opportuns ; encouragent les activités
allège la charge de remboursement (en cas spéculatives au détriment d’investissements
d’emprunts à taux fixes), les entreprises ont qui augmentent la capacité de production ;
intérêt à s’endetter ; Alourdissement du poids de l’endettement ;
Signification des comptes modifiés, illusion
monétaire et risque d’amenuisement des
actifs réels de l’entreprise.
Pour l'économie
117
L’accélération de l’inflation peut avoir un Une inflation élevée et instable peut être
effet bénéfique, à court terme, sur la lourde de conséquences.
croissance. Car elle peut stimuler la
Elle affaiblit la capacité de l’économie de
consommation et augmenter l’investissement
productif : lorsque le rythme de l’inflation générer des gains durables au chapitre de la
s’accélère et que l’on pense que les prix de production, des revenus et de l’emploi.
demain seront beaucoup plus forts que les
Elle accroit le risque d’instabilité financière :
prix d’aujourd’hui, les agents économiques
préfèrent alors dépenser leur argent augmentation des prix, érosion des actifs,
immédiatement afin de se prémunir contre les crises financières.
hausses des prix.
Elle entraine aussi une pénalisation du
En effet, non seulement les périodes de
hausse des prix coïncident généralement avec commerce extérieur en rendant les produits
l’expansion de l’activité économique, mais relativement plus chers à l’étranger.
c’est un fait reconnu que l’inflation
permanente a été accompagnée, dans les
nations occidentales par une croissance
soutenue de la production. 246
Les hausses des prix entrainent aussi des
rentrées fiscales plus importantes pour l’Etat.
[Link] déflation
La déflation la plus célèbre remonte à la crise de 1929. Le krach boursier avait provoqué une
crise bancaire puisqu’un grand nombre de clients des banques ne pouvaient plus rembourser
leurs dettes. Les banques ont alors brutalement cessé d’accorder des crédits et la masse
monétaire s’est contractée. L’appauvrissement général des agents économiques et la
contraction monétaire avaient entrainé une forte baisse de la demande qui avait placé les
entreprises en situation de surproduction. Les entreprises avaient alors baissé leurs prix afin
de tenter de vendre leurs produits (les prix ont baissé en moyenne de 30 % aux Etats-Unis
entre 1929 et 1932). La baisse de la production s’était traduite par une diminution des emplois
et une forte augmentation du chômage (un quart des américains étaient au chômage en
1933).247
D’après [Link] (2009), « la déflation est une situation où le taux d’inflation est inférieur,
il peut naturellement être négatif à ce qu’il serait nécessaire qu’il soit pour permettre au
système économique d’absorber tous les chocs qu’il subit et pour lui permettre, compte tenu
des différentes rigidités qu’il connaît, de croître à un taux tel qu’il se rapproche le plus
possible du plein emploi de ses facteurs de production ». 249
Selon la banque de canada (2012) la déflation, se définit comme « une chute persistante du
niveau de l’IPC global, qui se traduit par un taux d’inflation négatif année après année ».250
La définition la plus simple qu’on peut la retenir : la déflation est le contraire de l’inflation,
c’est-à-dire une baisse continue du niveau général des prix.
On peut dire que la déflation asphyxie l’économie, parce qu’en modifiant les anticipations des
agents économiques, ce phénomène les pousse à prendre des décisions qui entretiennent ou
248
[Link], journal libération 05 Octobre 1998, France.
249
[Link], «Des délices de l'inflation aux affres de la déflation: Une lecture keynésienne de la crise », Presses
Universitaires de Rouen, France, Mars 2009.
250
Banque du Canada, « Désinflation et Déflation document d’information », Avril 2012.
119
accélèrent la tendance. Ceci entraîne une baisse de la demande et une augmentation de l’offre
et par conséquent une baisse des prix. La déflation est donc considérée comme un phénomène
plus critique voire même une situation pire que l’inflation.
[Link] désinflation
Après le deuxième choc pétrolier de 1979, on assista à l’amorce d’un processus de
ralentissement des hausses de prix (la désinflation) dans la plupart des grands pays
industrialisés.
On peut dire que la désinflation est observée quand les prix continuent d’augmenter, mais à
un rythme moins soutenu.
- La croissance plus faible des revenus, y compris les revenus de transfert, limite la
croissance de la demande des ménages, donc casse la logique d’inflation par la
demande;
- Une politique monétaire restrictive, se traduisant par une croissance des taux d’intérêt
réels qui rend plus coûteux les emprunts, donc ralentit la création de monnaie.
251
B. Affilé et C. Gentil, [Link], p 105.
252
Banque du canada, « Désinflation et Déflation document d’information », Avril 2012.
253
B. Affilé et C. Gentil, [Link], p 105.
120
Les facteurs extérieurs :
Les relations économiques avec le reste du monde expliquent l’inflation importée : la
croissance des prix à l’extérieur entraîne une croissance du prix des biens importés
(intermédiaires ou de consommation), donc participent à l’inflation nationale. La désinflation
s’explique de façon symétrique:
- Le contre-choc pétrolier en 1986 a provoqué une baisse du prix de l’énergie, qui a
répercutée sur les prix des produits fabriqués ;
- Après la baisse des prix des matières premières liée à la surabondance de leur offre,
leur cours remonte aujourd’hui du fait de la croissance des pays émergents,
consommateurs de produits de base;
- Après avoir connu des sommets en 1985, le cours du dollar a baissé depuis et a ainsi
entraîné une réduction du coût de tous les produits achetés au reste du monde et payés
en dollars.
[Link] stagflation
A partir de 1974, l’accélération de l’inflation, due en partie au premier « choc pétrolier »,
révéla les « effets pervers » de l’inflation, quand celle-ci s’accompagne d’un ralentissement
de l’activité et de la montée du chômage .Durant cette période, l’expression de la stagflation a
été créée pour caractériser cette situation économique inédite :la hausse des prix du pétrole et
des matières premières ont entrainé une accélération de l’inflation et un fort ralentissement de
la croissance dans les pays industrialisés.
Une telle disparition constituait évidemment une énigme pour le modèle macroéconomique de
la synthèse, dont le bouclage avait été précisément opéré autour de la croyance en l’existence
d’une relation stable entre niveau d’emploi et niveau de prix, entre chômage et inflation. Sur
plus d’un siècle, la relation inverse entre inflation et chômage semblait établie de manière
robuste, et pourtant cette relation s’effaçait simultanément dans tous les pays développés.
121
C’est Milton Friedman qui, le premier, allait fournir une explication, jugée convaincante, de
ce phénomène. Son explication allait identifier l’émergence des situations stagflationnistes
aux effets induits des politiques économiques keynésiennes, et fournir les fondements d’une
remise en cause de l’idée selon laquelle il est possible de réduire le chômage en jouant sur le
niveau des prix, et plus généralement d’une condamnation des politiques économiques
actives. Finalement, l’impact de la disparition de la courbe de Phillips sur les pratiques de
politique économique s’avérera aussi puissant que celui qu’avait eu sa découverte, et
inaugurera le retour en force de la macroéconomie d’inspiration classique et du libéralisme
économique. 254
On peut déduire que la stagflation est une situation économique d’un pays caractérisée par la
stagnation de l’activité, de la production, et par l’inflation des prix.
254
[Link] et [Link]é, [Link], p 308
255
A. Gauthier et A. Reynaud, « Le monde d’une crise à l’autre », Bréal, Montreuil, 1984, p 237.
256
Ninety-sixth congress of the United States, joint economic committee, « stagflation: the causes, effects, and
solutions: studies, volumes 4 à 6, Washington, April 1979.
122
3. Les stratégies assurant le maintien de la stabilité des prix
Vu le rôle important qu’occupe la stabilité des prix dans la société, il est important donc de la
maintenir efficacement. Il est par conséquent important de disposer des stratégies afin
d’assurer cet objectif.
Autrement dit comment la politique monétaire doit-elle être menée afin d’assurer cet objectif
de stabilité des prix ?
Les travaux sur cette question ont abouti à un consensus selon lequel l’objectif de la stabilité
des prix peut être atteint d’une manière efficace.
Dès la fin du XXème siècle, le modèle économique ainsi que le système monétaire mondial
ont connu des changements profonds suite à la rupture du régime de Bretton Woods (1944-
1971).Les économies ont adopté une politique monétaire dont le principal objectif est de
maintenir la stabilité des prix.
Afin de parvenir à réaliser cet objectif, la plupart des banques centrales ont choisi des
stratégies fondées sur l’ancrage nominal qui permet de guider le comportement des autorités
monétaires.
Selon [Link] (2009), « un ancrage nominal est considéré comme une pierre angulaire
d’une bonne politique monétaire : il consiste à utiliser une grandeur nominale pour arrimer le
niveau général des prix de telle sorte que sa stabilité soit assurée. Cet ancrage, maintient les
anticipations d’inflation à un niveau bas et il atténue le problème d’incohérence temporelle
».258
257
[Link], « Stabilité, croissance économique et ciblage d’inflation », thèse de doctorat en sciences
économiques, cotutelle entre l’université Grenoble Alpes et l’université de Sousse, 2016, p1.
258
[Link], [Link], p 598.
123
L’ancrage nominal consiste alors à fixer une variable nominale comme objectif de la politique
monétaire. Trois variables sont généralement utilisées comme cible :
Le taux de change, un agrégat monétaire (dans la majorité des cas M2) et l’inflation.
Le choix s’est fixé sur ces variables compte tenu de l’impact de chacune d’entre elles sur
l’objectif final de la politique monétaire à savoir la stabilité des prix.
Mais au fil du temps, ces stratégies ont connu une certaine évolution, en passant d’une
stratégie basée sur des objectifs intermédiaires : du taux de change et des agrégats monétaire,
à une stratégie basée sur un objectif final et direct qui est le ciblage d’inflation.
Nous présenterons, dans un premier temps, les anciennes stratégies de la politique monétaire,
à savoir : l’ancrage du taux de change et des agrégats monétaires, ensuite nous passerons à la
stratégie actuelle de la politique monétaire : le ciblage d’inflation.
Le régime de ciblage du taux de change a été adopté par de nombreux pays durant les années
quatre-vingt. À titre d’exemple, la France et l’Angleterre ont réussi à maîtriser l’inflation en
fixant leurs monnaies nationales par rapport au Deutsch-Mark. Les années quatre-vingt-dix,
l’exemple de l’Argentine par rapport au dollar américain.
Selon Bernard Landais (2008), « les avantages de la politique de ciblage de taux de change
peuvent être énumérés comme suit :260
259
P. Jaillet, « Stratégies de politique monétaire. Quelques enseignements du passé récent et pistes pour
l'avenir », Revue économique, volume 49, n°3, 1998, p 632.
260
[Link], [Link], p 209.
124
Si cette politique est adoptée d’une façon crédible, elle conduit à ancrer les
anticipations d’inflation dans le pays de ciblage ;
Le ciblage du taux de change aboutit à un contrôle efficace de l’inflation dans la
mesure où il fixe le taux d’inflation des biens internationaux échangeables ;
Cette politique de ciblage de taux de change permet d’éviter les problèmes
d’incohérences temporelles, car elle contribue à accroître l’engagement des autorités
monétaire à respecter la règle adoptée pour la conduite de la politique monétaire ;
Enfin, le ciblage de taux de change est simple et facilement compris des agents ».
Certes les pays qui ont adopté cette politique de ciblage du taux de change ont réussi dans un
premier temps à contrôler et à maîtriser leur inflation. Cependant cette politique a connu
plusieurs limites et de nombreuses recherches se sont intéressées à les identifier.
Le risque de transmettre des chocs que subit le pays d’ancrage au pays du ciblage les
pays du ciblage de taux de change s’exposent aux attaques spéculatives envers leur
monnaie.
La perte d’indépendance de la politique monétaire dans un contexte de mobilité des
capitaux : dans un contexte de mobilité des capitaux, les pays ciblant le taux de change
ne peuvent pas répondre aux chocs domestiques indépendants de ceux qui touchent le
pays d’ancrage quelle que soient leur nature : endogène ou exogène.
Le régime de ciblage de taux de change se manifeste dans le cas des pays émergents.
En effet, ces crises de change qui ont eu lieu au Mexique en 1994, en Corée, en
Thaïlande et en Indonésie en 1997, au Brésil en 1999, montrent que le ciblage de taux
de change rend ces économies plus fragiles et plus vulnérables aux chocs
économiques.
Aussi à titre d’exemple, l’ancrage sur un dollar qui s’apprécie, en raison de la forte croissance
américaine, est pervers. Car un simple renversement des anticipations engendre une panique
monétaire de fuite de monnaie, qui entraine l’effondrement du taux de change.262
261
[Link], [Link], p 20.
125
En résumé, le ciblage de taux de change est un ancrage nominal externe qui n’assure pas la
stabilité des prix à long terme et rend la performance économique vulnérable. C’est ainsi que
certains pays ont essayé d’adopter des solutions alternatives tel que le ciblage des agrégats
monétaires.
Le FMI (2001) a défini l’objectif d’agrégat monétaire par la mobilisation des instruments de
la politique monétaire permettant d’atteindre un taux de croissance d’un agrégat cible (M1,
M2, M3 …). L’agrégat ciblé devient une ancre nominale ou un objectif intermédiaire de la
politique monétaire. Afin de stabiliser le taux d’inflation au voisinage de la valeur cible.
Dans le même cadre, [Link] (2010) précise que : « La banque centrale doit annoncer
qu’elle va chercher à atteindre un objectif de croissance donné pour un agrégat monétaire
(M1, M2, M3) »263.
Le ciblage monétaire a un gros avantage264 :
Le niveau de crédibilité et de transparence de ciblage monétaire est beaucoup plus
élevé que celui de la politique du taux de change dans la mesure où il traduit une
responsabilité exclusive de la banque centrale envers l’objectif de stabilité des prix ;
L’ancrage par les agrégats monétaires permet à la banque centrale d’agir en cas de
chocs domestiques ;
La banque centrale sous ce nouveau régime monétaire retrouve son autonomie dans la
mesure où elle a une liberté totale pour fixer ses objectifs d’inflation qui seront
différents des autres pays ;
Le ciblage d’agrégat monétaire permet à la banque centrale de répondre à certaines
fluctuations de production. En d’autres termes, la réaction de la banque centrale ne se
262
Luc Simula et Laurent Simula, [Link]., p 79.
263
[Link], [Link], p 603.
264
[Link], [Link], p 25.
126
limite pas à la variable d’ancrage mais elle peut s’intéresser à d’autres objectifs
secondaires tels que celui de la stabilité de l’activité économique ;
Ce régime monétaire évite tout problème d’incohérence temporelle du fait que le suivi
de l’objectif intermédiaire permet d’ancrer les anticipations des agents économiques.
[Link] (2010) a présenté dans son livre Monnaie, banque et marchés financiers une bonne
expérience de ciblage des agrégats monétaires : l’expérience de l’Allemagne (1974).265
L’Allemagne a opté pour un taux de croissance évolutif de l’agrégat ciblé. Et elle a suivi une
règle de ciblage afin de faire comprendre au public leurs actions et leurs stratégies.
Selon Otmar Issing (1996), « l’un des secrets du succès de la politique allemande d’objectif
monétaire quantitatif tient à ce que ses modalités techniques n’ont pas obéi à une stricte
orthodoxie monétaire »266.
Cependant, la politique de ciblage d’agrégat monétaire a échoué dans certains pays tels que
l’Angleterre, le Canada, la Nouvelle-Zélande... et ils n’ont pas pu assurer leur stabilité des
prix. Ces échecs sont dû à certaines limites telle que :
265
Mishkin, op cit, p 604.
266
[Link], « is monetary trageting in Germany still adequate?, symposium of monetary policy in an intergrated
world economy, Tubingen, 1996, p 120.
127
L’abandon de l’ancrage par le taux de change conduit à la nécessité d’adoption d’un nouvel
ancrage par les agrégats monétaires, et ce compte tenu de l’expérience des différents pays en
matière d’ancrage. Toutefois, il s’avère que ce deuxième choix présente encore plus de
difficultés que le premier.
Vu les échecs répétitifs des différentes politiques monétaires, en vue d’assurer la stabilité des
prix et d’avoir un contrôle efficace sur l’inflation, dans les années quatre-vingt, des recherches
furent menées afin d’agir directement sur l’inflation, sans avoir recours à des objectifs
intermédiaires. La pratique du ciblage d’inflation fut donc inaugurée.
L’alternative à l’ancrage nominal est alors le ciblage d’inflation. Dans cet esprit, la cible
d’inflation (adoptée par plusieurs pays industrialisés) semble attirer le plus d’attention. Le
ciblage d’inflation fera l’objet de la partie suivante.
En 2014, on comptabilisait vingt-six pays cibleurs d’inflation267, dont près des trois quarts
étaient des émergents, et de ce fait, le Fonds monétaire international a considéré le ciblage
d’inflation comme un nouveau système monétaire international.
267
Nouvelle-Zélande (1990), Canada (1991), Royaume-Uni (1992), Suède (1993), Australie (1993), République
Tchèque (1997), Israël (1997), Pologne (1998), Brésil (1999), Chili (1999), Colombie (1999), Afrique du Sud
(2000), Thaïlande (2000), Corée du Sud (2001), Mexique (2001), Islande (2001), Norvège (2001), Hongrie
(2001), Pérou (2002), Philippines (2002), Guatemala (2005), Indonésie (2005), Roumanie (2005), Turquie
(2006), Serbie (2006), Ghana (2007).
128
3.3.1. Définition du ciblage d’inflation
Bernanke et al. (1999) proposent une définition plus détaillée de ciblage d’inflation. Ils
considèrent que la politique de ciblage d’inflation est « un cadre d’analyse de la politique
monétaire caractérisé par une annonce officielle et quantitative d’une cible (ou d’un intervalle
cible) d’inflation pour un ou plusieurs horizons et par la reconnaissance qu’un niveau
d’inflation faible et stable est la priorité de la banque centrale. L’une des caractéristiques
principales de cette politique est ses efforts importants de communication avec le public sur
les plans et les objectifs de la politique monétaire ».268
Quant à la banque centrale Européenne (BCE), cette dernière a défini le ciblage d’inflation
comme étant une stratégie de la politique monétaire visant le maintien de la stabilité des prix
en se focalisant sur les déviations des prévisions d’inflation par rapport aux cibles annoncées.
En plus, la BCE a établi une définition quantitative de la stabilité des prix. Elle a visé un taux
annuel d’inflation « inférieur à, mais proche de 2 % à moyen terme », tel que mesuré par
l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) 271. Il s’agit d’une référence permettant
de mesurer les résultats de la BCE et de rendre transparentes les mesures qu’elle prend afin de
maintenir la stabilité des prix.
268
Article de Bernanke et al. (1999), cité par [Link], [Link], p 33.
269
[Link], «Inflation Targeting: Should it be modeled as an Instrument or a Targeting Rule? », working
paper N° 8925, Mai 2002.
270
[Link], [Link], p 269.
271
BCE, « Pourquoi la stabilité des prix est-elle importante ? »,Mai 2017.
129
Selon Svensson (1997), deux conditions sont considérées comme la clé d’une adoption réussie
du ciblage d’inflation à savoir 272 :
Le ciblage d’inflation doit passer obligatoirement par des réformes institutionnelles
(indépendance, transparence et responsabilité) ;
La banque centrale doit avoir une certaine capacité d’analyse et de prévision
d’inflation. Cette maîtrise est nécessaire pour qu’elle puisse régler ses instruments à un
niveau qui ramènera l’inflation à un taux proche de la cible annoncée.
D’un autre côté, Y. Lucotte (2015) rajoute trois conditions macroéconomiques et financières
essentielles à l’adoption d’une politique de ciblage de l’inflation 273:
272
[Link], «Optimal inflation targets, "conservative" central bank, and linear inflation contracts », American
Economic Review, vol. 87 n.1, mars 1997, p 98-114.
273
[Link], « le ciblage d’inflation dans les économies émergentes », Revue française d’économie, Volume
XXX, p 93 à 128, 2015.
274
[Link], [Link], p 609.
130
1- La transparence : l’incertitude économique est réduite parce que les gens connaissent
l’objectif d’une banque centrale ayant une cible d’inflation, il est facilement compris
par le public ;
2- La responsabilité : Le succès de la banque centrale peut être jugé en comparant les
taux d’inflation effectifs à la cible d’inflation, ce qui rend les banquiers centraux
responsables.
Outre ces deux avantages que nous avons évoqués ci-dessus, Mishkin (2010) repère d’autres
avantages :276
3- Le ciblage d’inflation permet à la politique monétaire d’être concentrée sur des
préoccupations nationales du public et de répondre aux chocs qui frappent l’économie
domestique ;
4- Par rapport à l’ancrage avec un agrégat de monnaie, le ciblage d’inflation ne dépend
pas d’une relation stable entre la monnaie et l’inflation, mais plutôt de la manière dont
sera utilisée toute l’information disponible pour déterminer les meilleures conditions
de mise en place des instruments nécessaires à la politique monétaire ;
5- Il accorde une importance à la communication qui va de pair avec la transparence et
la responsabilité et qui a aussi la possibilité de réduire le risque d’incohérence
temporelle couru par la banque centrale ;
6- Il permet un ancrage nominal de la politique monétaire et des prévisions
inflationnistes, ce qui implique un besoin de fixer l’objectif à long terme de la
politique monétaire ;
Certes la stratégie de ciblage d’inflation a été employée afin de résoudre les limites des
politiques antérieures. Néanmoins, elle n’écarte pas la présence d’inconvénients :
1- Parmi les conditions citées par Servenson et qui assure la bonne adoption d’une
stratégie de ciblage d’inflation le passage par des réformes institutionnelles.
Cependant, leur installation est coûteuse pour l’économie et surtout pour les pays
émergents ;
2- Un retard dans la transmission des signaux sur le caractère de la politique monétaire,
le ciblage d’inflation n’envoie pas immédiatement au public et aux marchés les
informations nécessaires ;
275
P.R Krugman, [Link], « Macroéconomie », De Boeck, Belgique, 2016, p 777.
276
[Link], [Link], p 611.
131
3- Conséquences négatives sur la croissance économiques et l’emploi qui mèneront
l’économie à une période de désinflation ;
4- Rigidité excessive : Friedman et Kuttner (1996) ont constaté que dans le cadre de la
politique de ciblage d’inflation, les décideurs politiques suivent une règle rigide,
limitant de ce fait leur pouvoir discrétionnaire de répondre à des circonstances
inattendues.
Cependant, le ciblage d’inflation ne pénalise pas l’économie quand la stabilité des prix est
rétablie et observée, bien au contraire il permet de contrôler l’inflation et il aide à atteindre la
croissance économique.
La stabilité des prix peut être interprétée de deux façons : littéralement, elle peut se
comprendre comme la stabilité du niveau des prix, c’est-à-dire, un niveau des prix stationnaire
avec une faible variance ; en pratique, elle se caractérise par une faible et stable inflation. La
première acception fait référence à une politique de ciblage du niveau des prix, la seconde à
une politique de ciblage de l’inflation.
La banque centrale essaye de maintenir le niveau des prix constant, plutôt que de se satisfaire
d’un taux d’inflation faible.
Dans le cas d’une politique monétaire fondée sur ce type de ciblage, la banque centrale doit
aussi agir sur le taux d’intérêt c’est à dire, si le niveau des prix augmente, elle doit augmenter
le taux d’intérêt et le baisser à chaque fois que le niveau des prix baisse.
277
Donald Coletti et René Lalonde, « Cibles d’inflation, cibles de niveau des prix et fluctuations des termes de
l’échange du Canada », Revue de la banque du Canada : hiver 2007-2008, p 41.
132
On pourrait définir une cible relative au niveau des prix plutôt qu’à l’inflation, si la politique
de ciblage du niveau des prix est crédible et la banque centrale s’efforce d’aligner l’évolution
des prix sur sa cible.
Barnett et Engineer passent en revue ces travaux afin de soupeser les arguments invoqués en
faveur de la formulation de cibles par rapport au niveau des prix. Les auteurs définissent une
politique prenant le niveau des prix pour cible comme un régime où la banque centrale établit
un sentier cible pour l’évolution du niveau des prix et où l’incidence de tout choc amenant
celui-ci à s’éloigner du sentier visé est complètement inversée à long terme. D’après cette
définition, la poursuite d’une cible fondée sur le niveau des prix interdit toute dérive à long
terme de ce niveau par rapport au sentier visé. 278
Bien qu’aucune banque centrale n’ait eu recours jusqu’à maintenant à une telle cible de
niveau des prix, de nombreux manuels traditionnels parlent des banques centrales comme si
leur principale préoccupation était le niveau des prix. 279
La différence entre le ciblage d’inflation et le ciblage du niveau des prix est la suivante : dans
le premier régime, l’économie s’adapte aux chocs subis par le niveau des prix (les autorités ne
cherchent pas à renverser ces chocs mais plutôt elles aident l’économie à les absorber), tandis
que sous le second régime de tels chocs sont renversés. 280
Finalement et malgré les récentes discussions sur le ciblage du niveau des prix et le
relèvement de la cible d’inflation, il semble que la solution la plus judicieuse consiste à
poursuivre la stratégie actuelle de ciblage souple de l’inflation en utilisant la cible chiffrée
existante.281
278
Allan Crawford, « Résumé du séminaire sur la stabilité des prix et la cible à long terme de la politique
monétaire », département des Recherches, revue de la banque du Canada, Automne 2000, p 39.
279
Jean-Dominique Lafay, Joseph E Stiglitz, Carl E Walsh, « Principes d'économie moderne », édition Deboeck,
2014, p 852.
280
Donald Coletti et René Lalonde, [Link], p 42.
281
OCDE : « Études économiques de l'OCDE », Suède 2011, p 61.
133
Conclusion
La première section nous a permis de conclure que les objectifs des banques centrales ont
varié considérablement au cours du temps et font toujours l’objet de débats parmi les
responsables politiques et les économistes. Jusqu’aux années quatre-vingt, les banques
centrales se voyaient en général assigner des mandats larges ou imprécis impliquant de
difficiles arbitrages. L’une des leçons tirées de l’inflation des années soixante-dix et quatre-
vingt a été la nécessité de leur donner des objectifs plus précis.
Déterminer pourquoi les banques centrales sont les mieux placées pour atteindre l’objectif de
stabilité des prix était évident. Une institution indépendante dotée d’un mandat précis est donc
mieux équipée pour contrôler l’inflation. Elle est de ce fait plus crédible vis-à-vis des agents
économiques et des marchés financiers. Enfin, la politique monétaire est un domaine très
technique dont on ne peut évaluer les résultats qu’à relativement à long terme. A la suite de
l’expérience inflationniste des années 1970, la plupart des pays dans le monde ont rendu leurs
banques centrales indépendantes et les spécialiser dans la lutte contre l’inflation. Celles-ci ont
d’ailleurs spectaculairement bien réussi à atteindre leur objectif jusqu’à la fin des années
2000, lorsque l’inflation s’est durablement établie à un niveau trop faible.
Dans la plupart des pays, la stabilité des prix a alors émergé comme l’objectif principal, pour
cela, nous l’avons exposé dans la deuxième section.
282
[Link], « Quelques remarques sur la question de l'indépendance de la Banque centrale », Revue d'économie
financière, 1992, p 5.
134
Trois raisons invitent à fixer aux banques centrales un objectif principal - ou unique- de
stabilité des prix : tout d’abord, cet objectif est désirable du point de vue du bien-être social,
ensuite, les banques centrales sont les mieux placées pour l’atteindre, enfin, leur assigner
d’autres tâches risquerait de les empêcher d’atteindre cet objectif. 283
Maintenir la stabilité des prix revient à lutter contre l’inflation et la déflation et leurs effets
pervers. Certes, l’inflation présente des coûts mais aussi des gains. Il y a donc des perdants et
des gagnants dans une situation d’inflation. La stabilité des prix serait une situation « idéale»
où les coûts et les gains de l’inflation s’équilibrent, ou il n’y aurait ni perdants ni gagnants de
l’inflation.
En outre, et en plus de la stabilité des prix la crise de 2008 a relancé un autre débat : la
stabilité financière. Cette dernière est devenue un autre objectif des banques Centrales.
283
A. Bénassy-Quéré et al, [Link], p 218.
135
Chapitre III
La politique monétaire et la stabilité des prix
En Algérie
(Analyse exhaustive et étude empirique)
136
Introduction
En effet, le système financier Algérien a connu plusieurs phases durant son évolution :
La période de la planification centralisée: (1962-1989)
1962-1970 : c’est une période post indépendance où la politique monétaire
algérienne était neutre, elle se basait principalement sur un financement bancaire
avec l’absence d’un marché financier. C’est une période de préparation à la
planification.
1970-1989 : Depuis 1970, l’Algérie a opté pour un modèle de croissance basé sur
la planification centralisée et le développement de l’industrie lourde, mais avec le
choc pétrolier de 1986, ce système a été remis en cause. Désormais, il fallait
préparer les assises et les mécanismes nécessaires pour le passage à un système
économique adéquat à l’ère de la mondialisation, avec la promulgation de la loi
90-10 relative à la monnaie et au crédit (LMC).
La période de transition vers l’économie de marché: (1990-1999)
Avec l’avènement de loi 90–10 et l’application des programmes de stabilisation et
d’ajustement structurel, l’économie algérienne a connu plusieurs changements et
transformations, cette phase a pris une durée de dix (10) ans c'est-à-dire jusqu’aux
années 2000.
137
La période de l’économie de marché: (2000- à ce jour)
A partir de l’an 2000, la politique monétaire algérienne émane d’un caractère plus
solide ainsi qu’elle est meilleure par rapport à la décennie qui la précède, surtout
avec la promulgation de l’ordonnance 03–11, ce n’est qu’à partir de cette année-là
que cette politique se conduisait d’une manière autonome d’où elle a réalisé des
résultats performants sur le plan macroéconomique parmi lesquels :une inflation
modérée et remarquablement stable, une croissance économique positive, bien que
relativement modeste mais progressive. Cependant, la trop forte dépendance des
ressources extérieures des seuls hydrocarbures, la forte élasticité de la demande
interne aux importations et la faible diversification de l’appareil productif
industriel a exposé l’économie nationale à un risque de récession et de contraction
sévère des échanges surtout après la chute des cours du pétrole de 2015 et qui a
entraîné un tarissement des excédents de liquidités
A cet égard, nous visons lors de ce chapitre de mesurer l’impact de la politique monétaire sur
la stabilité des prix en Algérie durant la période 1990 à [Link] façon spécifique il s’agit de
mesurer notamment l’impact des indicateurs de la politique monétaire sur la stabilité des prix.
Pour ce faire, on a scindé ce chapitre en deux sections, dans la première section nous
abordons l’évolution de la politique monétaire, sa mise en place ses instruments et ses
objectifs pour chaque période marquante dans l’histoire de l’économie Algérienne. Cette
section se subdivise donc en trois grands points :
Le premier point : la période de la planification centralisée, le second : la période de transition
vers l’économie de marché et le dernier : la période de l’économie de marché.
La deuxième section intitulée l’impact de la politique monétaire sur la stabilité des prix en
Algérie durant la période 1990-2018, consistera à tester économétriquement l’efficacité de la
politique monétaire afin de voir si elle arrive à réaliser l’objectif final de stabilité des prix
à l'aide du modèle autorégressif à retards échelonnés (ARDL). Dans un premier temps, nous
fournissons une lecture de la littérature empirique démontrant les facteurs qui causent la
stabilité des prix. Ensuite, nous présenterons la méthodologie économétrique qui sera
appliquée à notre échantillon d’étude. Nous détaillerons aussi la méthode d’estimation utilisée
pour la construction d’un modèle et qui sera exploité par un logiciel Eviews10. Enfin, nous
exposerons les résultats obtenus et leurs interprétations afin de répondre à notre
problématique de recherche.
138
Section I : La conduite de la politique monétaire en Algérie : une analyse exhaustive
L’évaluation de la politique monétaire en Algérie et son impact sur la stabilité des prix, ne
peuvent être compris que si l’on a à l’esprit quelques repères historiques et réalités
institutionnelles. En effet, sur le plan historique, la conception de la politique monétaire ne
venait qu’en appoint d’un modèle de développement et du rôle économique de l’Etat.
En vérité et comme le confirme Yacine Boumghar (2004) 284 , nous ne pourrons parler de
l’existence d’une « politique monétaire » au sens de l’analyse économique qu’avec
l’avènement de la loi sur la monnaie et le crédit en avril 1990. Cette date avait marqué d’une
manière irrémédiable le rôle de la Banque Centrale quant à la conception et la conduite de la
politique monétaire. Avant cette date, le rôle de la banque d’Algérie se limitait à venir au
secours du besoin de financement du Trésor et des entreprises publiques.
Depuis, la conduite de la politique monétaire a connu une grande mutation marquée par la
séparation entre la sphère réelle de la sphère monétaire en instituant d’une autorité monétaire
unique et autonome. Ainsi, le financement du trésor public ne se fait plus d’une manière
automatique auprès de la Banque centrale.
Néanmoins, pour bien étudier les causes et les conséquences des réformes économiques et
structurelles adoptées par l’Algérie, notamment d’ordre monétaire auxquelles on s’intéressera,
nous avons scindé cette présente section en trois étapes : en allant de la phase de la gestion
centralisée (1962-1989), à la phase de transition (1990-1999) et enfin à la phase d’économie
de marché (2000-2018).
Nous avons subdivisé chaque phase en deux sous périodes:
La première phase :
- Entre 1962-1970 : la période de récupération du pouvoir monétaire, nous présenterons
les faits marquants de cette période tels que la création de la banque centrale, du dinar
algérien et des différentes banques.
- Entre 1970-1989 : nous exposerons les différentes réformes qui ont marqué cette
période pour assurer la planification centralisée.
La deuxième phase:
139
- Entre 1990-1993 : nous parlerons sur l’adoption de la loi 90-10 et les principaux
apports qu’elle a apportés.
La troisième phase :
- Entre 2000-2009 : nous parlerons sur l’adoption des nouveaux aménagements.
- Et enfin entre 2010-2018 : nous présenterons l’ordonnance n°10-04 d’août qui a
complétée l’ordonnance n°03-11.
140
1. La conduite de la politique monétaire durant la période de la planification
centralisée (1962-1989)
Juste après l’indépendance, l’Algérie a opté pour un système de gestion administrative de son
économie. Ainsi, plusieurs réglementations bancaires, ont été mises en place dans le but de
financer les différents programmes d’investissements planifiés.
On peut subdiviser cette période en deux sous périodes : la période post indépendance qui est
caractérisée par la récupération de la souveraineté monétaire et financière et la nationalisation
des secteurs clés de l’économie, c’est une période de préparation à la planification. Après
cette période, vient la période de planification à partir de 1970 qui est marquée par la
centralisation des décisions et de planification financière.
Dans les années soixante, le système bancaire algérien a connu plusieurs changements, tels
que la création de la banque d’Algérie, des banques commerciales et du dinar algérien.
141
elle s’est dotée d’un institut d’émission le 12 décembre 1962, qui est la Banque Centrale
d’Algérie (BCA) 285.
Les objectifs de la Banque Centrale d’Algérie, sont compris dans le premier alinéa de l’article
36 des statuts de la BCA:« La banque centrale a pour mission de créer et de maintenir dans le
domaine de la monnaie, du crédit et des changes les conditions les plus favorables à un
développement ordonné de l’économie nationale, en promouvant la mise en œuvre de toutes
les ressources productives du pays, tout en veillant à la stabilité interne et externe de la
monnaie »286.
On peut déduire, que la Banque Centrale d’Algérie doit veiller à la réalisation des objectifs
suivants :
- La mise en place de l’ensemble des conditions les plus favorables à un développement
accommodé de l’économie nationale, d’une autre manière c’est la croissance
économique ;
- Le plein emploi des facteurs de production ;
- La stabilité interne et externe de la monnaie.
La réalisation de ces objectifs passe par différents instruments mis en sa disposition, comme :
- Le réescompte et la prise en pension des effets privés et publics287;
- Les avances gagées sur l’or ou devises étrangères et réserves obligatoires 288;
- L’open market qui est considéré comme intervention sur le marché monétaire
interbancaire289.
Durant cette période, le pouvoir de la banque est clairement défini par les statuts de la banque
d’Algérie qui expliquent, implicitement la conduite de la politique monétaire, non seulement
dans la fixation des objectifs et les instruments mis à disposition, mais aussi dans la non
indépendance de la Banque Centrale d’Algérie en termes de la quantité des crédits octroyés et
la régulation de la circulation monétaire. La Banque Centrale d’Algérie est « chargée de régler
285
A. Benhalima, « Le système bancaire Algérien », Dahlab, 2eme édition, Alger, 2001, p 8.
286
Loi n° 62-144 du 13/12/1962 : Elle a doté la BCA de l’ensemble des statuts d’un institut d’émission comme :
le monopole de l’émission de la monnaie, la fonction banque de l’Etat, de banque des banques ainsi que la
gestion des ressources internationales.
287
Loi n° 62-144 du 13/12/1962, (article 43, 44, 45 et 47).
288
Loi n° 62-144 du 13/12/1962, (article 48).
289
Loi n° 62-144 du 13/12/1962, (article 51).
142
la circulation monétaire, de diriger et de contrôler par tous les moyens appropriés la
distribution du crédit, dans la cadre de la politique définie par les pouvoirs publics»290.
a- La Caisse Algérienne de Développement (C.A.D) : elle a été créée le 07 mai 1963, qui
apparaît comme une direction du plan, par son rôle dans l'établissement des programmes
d'investissements publics ou d'importation, à la direction du Trésor, par son rôle de gestion du
budget et de la contre-valeur des aides étrangères, à une banque d'affaires, par la participation
qu'elle est habilitée à prendre; à un établissement de crédit à court, moyen et long terme ; à
292
une banque de commerce extérieur et une caisse des marchés de l'État .
Elle avait donc pour mission principale de concourir au financement des investissements
productifs, et la mise en œuvre des plans et des programmes d’investissements en vue de la
réalisation des objectifs du développement économique Algérien. L’ampleur de sa mission,
est donc d’œuvrer efficacement à lancer l’industrialisation, et surtout de contribuer à la
création des premières entreprises algériennes 293.
290
Loi n° 62-144 du 13/12/1962, (article 36, alinéa 2).
291
[Link], « Les variations du taux de change réel influencent-elles l’inégalité des revenus entre zones urbaines
et rurales En Algérie ? », Université De Montréal, Centre De Documentation Sciences Economiques UDEM,
2003, p 08.
292
[Link], « le Maghreb entre les mythes », P.U.F, Paris, 1967, p 52.
293
[Link]. « La monnaie dans le financement des investissements des entreprises publiques en Algérie » ;
Revue [Link]. ; N° 09 Décembre 1986.
143
activité sera orientée par la suite vers le financement des programmes planifiés d'habitat
collectif.
Cette mise en place d’un organisme bancaire chargé du financement du secteur public et
socialiste, était indispensable dans des conditions qui pouvaient permettre son épanouissement
et son expansion.
294
Conseil économique et social : « Problématique de la réforme du système bancaire : élément pour un débat
social » ; Commission « Perspectives et Développement Economique et Social ; « P.D.E.S. » ; 16ème session
plénière ; 23-24 Février 1999, p 12.
295
Ordonnance n°66-178 du 13 juin 1966 portant création de la banque nationale d'Algérie.
296
[Link], « le système monétaire et bancaire algérien », revue banque, octobre 1970, n°289, p876.
144
1.1.2. La politique monétaire durant la sous période 1962-1970
De ce qui précède, cette période a été caractérisée par la restitution de l’autorité monétaire et
l’algérianisation du système bancaire algérien dirigé par une Banque Centrale, qui assure
l’émission monétaire dépendante des pouvoirs publics et participera à assurer l’exécution des
entreprises publiques dans le domaine financier par l’attribution de crédit d’exploitation à
court terme et assure des avances sans limites et sans durée au Trésor Public pour couvrir les
déficits budgétaires et assurer le financements des investissements à long terme.
Les banques commerciales ont été réduites au rôle de caissier et de contrôle financier des
sociétés nationales.
La monnaie nationale n’a pas été utilisée ni comme outil de développement, ni dans les
relations internationales, mais plutôt comme un signe de souveraineté nationale et comme une
mesure de prévention contre tout risque pouvant toucher l’économie nationale comme la fuite
des capitaux et l’investissement direct étranger297.
Le système financier algérien n’existait pas. Il était plutôt hybride et libéral. Le système
bancaire hérité se comptait exclusivement de banques étrangères qui n’étaient que de simples
succursales des banques françaises dont le principal souci était de rentabiliser le réseau
algérien et de favoriser les activités complémentaires à l’économie française.
D’un côté, la politique monétaire a été réduite à sa fonction d’allocation des ressources
disponibles au financement de l’économie afin d’assurer la croissance économique et le plein
emploi, de contrôler la stabilité des prix et le taux de change.
D’un autre côté, cette loi a prévu des instruments classiques pour arriver aux objectifs
notamment : le réescompte et la prise en pension des effets privés et publics, les avances
gagées sur l’or ou devises étrangères et réserves obligatoires et l’open market.
Notamment et comme il a été développé plus haut, la banque centrale d’Algérie durant cette
période était dépendante aux pouvoirs publics.
297
[Link], « Monnaie et Financement en Algérie (1962-1987) », CREAD, 1987, p 4 et 5.
145
On peut conclure, que c’est une période post indépendance où la politique monétaire
algérienne était neutre, elle se basait principalement sur un financement bancaire avec
l’absence d’un marché financier.
Cette période a vu l’incapacité du système bancaire à faire face aux différents besoins de
l’économie nationale en termes de financement, les conditions semblent donc réunies, pour
entamer une nouvelle réforme monétaire qui consistait à intégrer réellement le système
bancaire dans le financement de l’économie. Cela devenait important car le pays venait
d’entrer dans l’ère de la planification.
En fait, l’intensification des plans d’investissements dès le premier plan quadriennal (1970-
1973),impliquait que le système bancaire algérien devait opérer la réorganisation de
l’ensemble des structures financières du pays ce qui a conduit à la réforme de 1970 [Link]
autorités politiques algériennes ont rencontré des contraintes qui les ont poussés à affiner le
rôle de l’intervention des banques en matière de financement du secteur public. La gestion de
ces banques doit cohabiter avec le plan mais avec un tout autre statut, rôle et fonction
découlant des fondements de la planification centralisée impérative et du principe de la
subordination du marché au plan.
298
[Link], « Le système bancaire Algérien, textes et réalité », 2emeédition DAHLAB, Alger, 2001, p 36.
146
a- La réforme de 1970
C’est l’ordonnance n° 70-93 du 31/12/1970 de la loi de finances pour l’année 1971, qui porte
l’essentiel de cette réforme.
Cette dernière a pour but de créer les conditions de réalisation d’un système de planification
financière en liaison avec les nouveaux choix politiques de l’Algérie et pour un contrôle plus
rigoureux des flux monétaires.299
Cette réforme poursuivait un triple objectif : généralisation du crédit, décentralisation du
financement des investissements et centralisation des ressources.
299
Ibid., P.36
300
Ordonnance n° 70-93 du 31/12/1970, article 30.
301
Ordonnance n° 70-93 du 31/12/1970, article 07.
302
Ordonnance n° 70-93 du 31/12/1970, article 26.
303
Ordonnance n° 70-93 du 31/12/1970, article 18.
304
[Link], « La régulation monétaire en Algérie ». Revue économique Appliquée et développement, n°18,
1989.
147
- Le volume de production d’hydrocarbures dont la prévision pouvait être connue ;
- Le volume d’emprunts dont le montant était décidé centralement et ne pouvait
déraper ;
- Le taux de change qui était fixé centralement ;
- Le prix du pétrole ou du gaz mais qui échappait au planificateur car il était déterminé à
l’extérieur ;
- Et, enfin, l’enveloppe prévue pour la consommation (salaires).
De ce fait, on peut déduire que durant cette période, l’Algérie a opté pour un modèle de
croissance basé sur la planification centralisée et le développement de l’industrie lourde. Le
rôle de la banque centrale était essentiellement le financement des entreprises publiques
(investissements planifiés), et le rôle des banques était le contrôle de la réalisation des plans.
Les inconvénients de ce modèle de plus en plus ressentis, se traduisant par des surcoûts
systémiques, une politique de crédit laxiste, inflation et développement du marché parallèle,
les carences du système sont devenues insoutenables.
Ayant donc échoué dans la mise en place d’un système productif qui renfloue au moins les
capitaux avancés par les banques, et la chute des prix du pétrole au milieu des années quatre-
vingt vont imposer une vision qui touchera le système financier et bancaire. Désormais, il
fallait préparer les assises et les mécanismes nécessaires pour le passage à un système
économique adéquat à l’ère de la mondialisation
Une réforme financière a été mise en œuvre, dès 1986, visant à réviser le système de
financement de l’économie, tout en réhabilitant les banques dans leur fonction
d’intermédiation financière.
b- La réforme de 1986
La première tentative de réforme du secteur bancaire va dater de la loi bancaire N°86-12 du 19
août 1986, qui pose l’autonomie relative du secteur bancaire, le désengagement du trésor, du
financement des investissements au profit des banques et une certaine centralisation des
305
A. Henni, « La réforme monétaire et financière en Algérie : Enseignements pour une transition vers le marché
dans un pays en voie de développement. », Confluences Méditerranée. Souveraineté économique et réformes en
Algérie. », N° 71, Automne 2009, p 3.
148
pouvoirs de décision en matière d’investissement, des autorités centrales vers les banques et
les entreprises.306
Cette nouvelle loi voulait, à travers ses objectifs, incités le système bancaire à prendre plus de
disposition pour éviter le risque de non-remboursement constaté par les entreprises. Les
banques ne sont plus considérées comme une source inépuisable de liquidité.
Selon cette loi : les banques doivent définir, après avoir étudié la rentabilité financière des
projets d’investissement, le montant maximum de leur contribution à l’ensemble du
financement de chaque projet307.
Cette loi a introduit aussi un nouveau concept, le Plan National de Crédit (PNC), mis en place
et conduit par le système bancaire. Selon l’alinéa 1 de l’article 26 : « Dans le cadre du plan
national de développement, le plan national de crédit détermine les objectifs à atteindre en
matière de collecte des ressources, de monnaie, des priorités et des règles à observer dans la
distribution du crédit ».
L’article 27 dispose quant à lui ce qui suit : « Dans le cadre des objectifs globaux internes et
externes fixés par le plan national de développement, la Banque Centrale et les établissements
de crédit contribuent à l’étude, l’élaboration, l’exécution et le suivi du plan national de crédit
ainsi qu’à la mise en place des instruments techniques et des modalités de réalisation des
objectifs financiers et monétaires arrêtés ».
Selon Baba Ahmed (1999), le plan national de crédit a déterminé en particulier : 308
- Le volume et la nature des ressources internes à collecter et les crédits à accorder par
chaque établissement de crédits ;
- Le volume des crédits externes mobilisables ;
- Le niveau d’intervention de la Banque centrale dans le financement de l’économie ;
- L’endettement de l’Etat et les modalités de son financement.
Cette loi bancaire de 1986 a accordé des prérogatives plus larges à la banque centrale, comme
l’autonomie vis-à-vis du trésor public et elle a retrouvé ses prérogatives en matière de
conception et d’application de la politique monétaire, mais elle a été modifiée et complétée
par une autre loi de 1988.
306
F.Z , Talahite, « L’Algérie face à la mondialisation : La difficile transformation du système bancaire en
Algérie», Ed Africain. Books Collective, 2008, p 126.
307
Loi bancaire 86-12 du 19 août 1986, article 40.
308
M. Baba Ahmed, « l’Algérie diagnostic d’un non développement », édition L’Harmattan,1999, p 70.
149
c- La réforme de 1988
La loi bancaire N° 88-06 du 12 Janvier 1988 a conféré à la banque centrale et aux différents
établissements financiers le statut d’Entreprise Publique Economique (EPE) et qui profitent de
la personnalité morale. Ces relations doivent être régies par les règles de la commercialité
dans le cadre d'engagement contractuel.
Cette loi avait comme principal objectif :
Redéfinir le statut de la Banque Centrale d’Algérie et des établissements de crédit en
passant de l’entreprise publique à l’entreprise publique économique soumise au
principe de l’autonomie financière et de l’équilibre comptable et intégrée dans la
catégorie juridique conformément à la loi d’orientation sur les entreprises publiques.
Introduire et définir les institutions financières non bancaires comme étant des
entreprises publiques économiques, dotée de la personnalité morale.
Les institutions financières, n’ayant pas de caractère bancaire et ne pouvant de ce fait
ni recevoir de dépôts ni accorder de crédits, sont chargées, à ce titre de prendre des
participations sous forme d’action, d’obligation, de titres de participations aux
dividendes ou toutes opérations de capital, aussi bien sur le territoire national qu’à
l’étranger.
Elargir et confirmer les attributions de la Banque Centrale d’Algérie notamment en
matière de gestion des instruments de la politique monétaire. Ainsi, il revient à la
Banque Centrale d’Algérie : de fixer les conditions de banque et de déterminer les
plafonds de réescompte ouverts aux établissements de crédit conformément aux
principes édictés par le Conseil National de Crédit.
Les établissements de crédit et les autres institutions financières sont autorisés de
procéder, dans les limites réglementaires, à l’émission d’emprunt à terme, auprès du
public, sur l’ensemble du territoire national et à mobiliser des concours d’origine
externe.
En revanche, Les réformes de l’année 1988 ont permis de réactiver les instruments de la
politique monétaire et d’autoriser le trésor public à opérer sur le marché monétaire.
150
importants. La modification du cadre institutionnel règlementant le système bancaire avait
pour finalité la mise en concurrence des banques et à la satisfaction des accords stand-
by309signés avec le FMI 310.
De tous ce qui précède, on peut dire que le choix d’une économie centralement planifiée au
lendemain de l’indépendance d’une part avait éloigné le rôle de la monnaie et avait privilégié
le financement par endettement de l’économie, de ce fait, l’économie planifiée est caractérisée
par une fixation administrative des taux d’intérêt et l’absence de la finance directe.
D’autre part, le système bancaire et la politique monétaire, ont été transformés et adaptés pour
la réalisation d’une politique économique dominante, le rôle de la banque centrale se limitait
au financement du trésor et des entreprises publiques. Donc, nous ne pourrons pas parler de
l’existence d’une politique monétaire car le système bancaire n’était pas autonome.
Il fallait donc les réhabiliter selon les normes de marché. C’est là que la loi 90-10 relative à la
monnaie et au crédit est survenue.
Après avoir présenté les principaux changements qui ont marqué la période 1962-1989, il est
nécessaire maintenant d’exposer l’évolution de la politique monétaire durant la période 1990-
1999.
2- La conduite de la politique monétaire durant la période de transition vers
l’économie de marché (1990-1999)
La faillite du bilan économique et les graves perturbations qui ont affecté l’économie
algérienne depuis 1986, dues essentiellement à la chute des prix de baril du pétrole sur le
marché mondial, la baisse de la valeur du dollar, la détérioration de la situation financière et
monétaire et l’apparition des déséquilibres macroéconomiques, le gouvernement s’est
retrouvé dans l’obligation de remédier à cette situation.
309
Le Stand-by Arrangement ou Accord de confirmation du Fonds monétaire international est une facilité de prêt
créée en 1952, qui permet d’apporter une aide financière sous conditions à un pays qui en fait la demande,
souvent pour sortir d’une crise économique. Le pays doit satisfaire à certains critères et doit notamment atteindre
des objectifs, monétaires et budgétaires, fixés par le FMI, en mettant en place les réformes (libérales) conseillées
par le FMI, qui ont pour objectif de rétablir dans le pays emprunteur une situation de stabilité financière et de
viabilité économique. Source : Site du FMI « [Link] /media/Files/Factsheets/French/[Link].
310
P .Blanc. « Souveraineté économiques et réformes en Algérie », édition L’Harmattan, 2009, p 75.
151
donnera un appui sur l’adoption des réformes qui toucheront l’ensemble des secteurs
d’activités concernant la réforme des éléments afférents à la conduite de la politique
monétaire à laquelle on s’intéressera d’examiner à l’ombre de la promulgation de la nouvelle
loi sur la monnaie et le crédit et l’adoption du plan d’ajustement structurel suite à l’accord
passé entre les autorités algériennes et le FMI.
2.1.1. Les implications de la loi 90-10 sur le système bancaire, monétaire et la politique
monétaire
Cette loi a marqué d’une manière décisive, dans le domaine monétaire et bancaire, le
processus de transition de l’économie algérienne vers une économie de marché et elle est
venue renforcer les réformes économiques engagées dès 1988 et mettre fin à la triple crise
d'endettement, d'inflation et de gestion administrée. Cette loi allait mettre fin à toute ingérence
administrative, (le monopole de l’Etat dans le secteur bancaire et financier a été supprimé), et
établir des institutions et des instruments afin de pouvoir instaurer une autorité de régulation
autonome. Cette autorité fut chargée de la réalisation de ces objectifs et de la conduite de
programmes de ruptures, de réhabilitation et de rénovation des structures. 311
Pour la séparation entre la sphère réelle et la sphère monétaire, avant les années quatre-vingt-
dix, le système bancaire était un système à un seul niveau 313. Les décisions monétaires étaient
prises en fonction de la sphère réelle dans le cadre de la planification.
Pour parer à cette situation, la loi 90-10 a édifié un système bancaire à deux niveaux, d’où il y
a une séparation entre la fonction de l’émission monétaire et l’activité de crédit. De ce fait, la
Banque Centrale a repris la fonction de l’émission de monnaie, tâche qui lui a toujours été
dévolue. D’où la monnaie est devenue un instrument de régulation de la demande et une
variable stratégique de la conjoncture.
Nous assistons à une réhabilitation de la monnaie dans ses fonctions traditionnelles. Cette
réhabilitation n’est en fait rien d’autre qu’une remise en cause de la conception instrumentale
de la monnaie qui a prévalu jusque-là dans les pratiques économiques de l’Etat.
Il s’agit, dans les faits, de faire passer le dinar de simple moyen de contrôle administratif des
fonds prêtables au statut de véritable monnaie, d’unifier son pouvoir d’achat et en faire
l’instrument de la rationalisation et de la financiarisation de l’activité de production. Pour
312
M.C Ilmane, « Regards sur la politique monétaire en Algérie », conseil national économique et social, Mai
2005, p 54.
313
Z. Bedjaoui, [Link], p 218.
153
cela, il fallut rétablir le dinar dans ses fonctions de moyen de paiement, unité de compte et
réserve de valeur. Concrètement, cette stabilité est conçue comme étant l’accroissement
modéré de l’indice des prix à la consommation (IPC).314
314
[Link], « La régulation monétaire en Algérie », Revue du chercheur, 2011, p 06.
315
[Link], « Restructurations et Réformes Économiques (1979-1993) », O.P.U, Alger, 1994, p 130.
316
Loi 90-10 du 14 avril 1990, article 213.
317
Loi 90-10 du 14 avril 1990, article 78.
318
Loi 90-10 du 14 avril 1990, article 77.
154
enjoindre à la Banque Centrale de maintenir auprès de CCP des avoirs correspondants à
ses besoins normalement prévisibles 319 ;
Instituer la réserve obligatoire qui permettent à la Banque Centrale de contrôler la
liquidité des banques, la souscription obligatoire de Bons du Trésor par les banques n’est pas
nécessaire. 320
La Banque d’Algérie :
La loi 90-10 définit la banque centrale comme « un établissement national doté d’une
personnalité civile et d’une autonomie financière » 325 , elle se base sur le principe de
l’indépendance de cette banque devenue « Banque d’Algérie »326.
319
Loi 90-10 du 14 avril 1990, article 80.
320
Loi 90-10 du 14 avril 1990, article 93.
321
Loi 90-10 du 14 avril 1990, article 55.
322
Loi 90-10 du 14 avril 1990, article 92.
323
Loi 90-10du 14 avril 1990, article 95.
324
[Link], « Le système bancaire algérien de la décolonisation à l’économie de marché », Edition Maisonneuve
et Larose, Paris, 2003, p 171.
325
Loi n° 90-10 du 14 avril 1990, article 11.
326
Loi n° 90-10 du 14 avril 1990, article 12.
155
Cette loi annule les lois précédentes, et particulièrement le décret d’avril 1964, qui soumettait
le pouvoir monétaire au pouvoir politique. Cette indépendance s’exprime essentiellement par
« la création d’un nouvel organe, qui joue à la fois le rôle de l’autorité monétaire et de conseil
d’administration de la banque centrale »327.
Elle dessine, également, un cadre réglementaire portant triple élargissements : élargissement
des intervenants, de produits, et élargissements des prérogatives de la banque centrale. La
direction de la Banque d’Algérie est garantie par un gouverneur soutenu par trois vice-
gouverneurs et son administration s’effectue par un Conseil de la Monnaie et du Crédit
(CMC).
Par ailleurs, la loi a prévu deux autres organes : le Conseil de la Monnaie et du Crédit (CMC)
et la Commission Bancaire(CB).
327
A. Naas, [Link], p 26.
328
Loi n° 90-10 du 14 avril 1990, article 44, alinéa 01.
329
Loi n° 90-10 du 14 avril 1990, article 56.
330
A. Sadeg, « Réglementation de l’activité bancaire », Edition A.C.A, Alger, 2006, p 75.
156
- Les conditions d’établissement des intermédiaires financiers et celles de l’implantation
de leurs réseaux ;
- Les normes de gestion que ces intermédiaires financiers doivent respecter (ratios de
gestion, opération avec la clientèle, règles comptables, réglementation des changes,
activité de conseil et courtage).
Le conseil de la monnaie et du crédit est composé de sept membres à savoir : le gouverneur,
président, et les trois vice-gouverneurs, qu’on peut qualifier de dirigeants « internes » ; et des
membres « externes », il s’agit de trois hauts fonctionnaires représentant l’exécutif, en
particulier le ministère des finances.
L'entreprise bancaire a acquis le même titre que l'entreprise industrielle et commerciale. Elle
est dès lors soumise aux règles de droit commun régissant les sociétés, et encadrée par une
réglementation monétaire et bancaire qui lui permet d'être dans un état permanent d'équilibre
331
Loi n° 90-10 du 14 avril 1990, article 143.
332
[Link] Ahmed, [Link]. p 77.
157
économique. La relation banque - entreprise devait être gérée dans la transparence, permettant
ainsi la préservation du droit des épargnants et des emprunteurs.
D’après Mahrez Hadjseyd (1996), cette loi avait pour objectifs de 334:
L’assainissement macro-financier de l’économie et l’assèchement des rentes à travers
la fiscalité ;
La réhabilitation de la Banque Centrale dans ses prérogatives en matière de politique
monétaire, de crédit et la création des conditions d’une véritable gestion conjoncturelle
de la monnaie ;
L’organisation de la profession bancaire afin de veiller à son efficacité ;
La création d’un cadre adéquat pour encourager et favoriser les mouvements des
capitaux vers l’Algérie ainsi que l’inverse ;
333
B. Ammour, « Le système bancaire algérien, textes et réalité », 2eme édition, DAHLAB, Alger, 2001, pp 73-
81.
334
[Link], « L’industrie Algérienne : crises et tentative d’ajustement», Ed L’Harmattan, Paris, 1996, p 183.
158
L’amélioration de l’affectation des ressources internes et externes par un
rétablissement progressif des mécanismes du marché.
La loi sur la monnaie et le crédit dégage les principes suivants concernant
l’encadrement du secteur financier :
- Reconnaissance de l’indépendance de la Banque Centrale vis-à-vis du gouvernement
et en particulier du trésor ;
- Désengagement total du trésor dans le financement des entreprises ;
- Réémergence de la fonction des risques bancaires et création d’établissements
bancaires et financiers par des capitaux aussi bien privés nationaux qu’étrangers ;
- Réhabilitation de l’approche patrimoniale du financement bancaire ;
- Mise en place d’une règlementation prudentielle pour les banques ;
- Mise en place d’instruments indirects de régulation : taux de réserves obligatoires,
plafond de refinancement .
Dans le point suivant, nous aborderons les objectifs et les instruments de la politique
monétaire durant cette période et les effets de cette loi sur la conduite de la politique
monétaire.
335
Loi n° 90-10 du 14 avril 1990, article 55.
159
De cette mission large, on peut extraire les objectifs suivants, sans donner l’ordre de priorité :
- La croissance économique (PIB) ;
- Le plein emploi (chômage) ;
- La stabilité de la valeur interne et externe de la monnaie qui correspondrait à la
stabilité des prix et du taux de change.
En résumé on peut attribuer trois objectifs préliminaires à la politique monétaire à savoir : 336
- Le développement ordonné de l’économie nationale qui constitue une sorte de
fonction de préférence (ou de finalité) du décideur politique formulée par le
législateur. Il s’agit d’un objectif stratégique de long terme pour la réalisation duquel,
la Banque Centrale doit contribuer par la création et le maintien, dans son domaine (la
monnaie, le crédit et les changes) et à l’aide de son outil (la politique monétaire), les
conditions les plus favorables.
Ces conditions sont contenues dans les deux objectifs finals suivants :
- La mise en œuvre de toutes les ressources productives qui correspondraient à l’objectif
de plein emploi ;
- La stabilité de la valeur interne et externe de la monnaie qui correspondrait à la
stabilité des prix et du taux de change.
Les réformes économiques apportées par la loi 90-10, du 14/04/1990, manquent d’une
certaine clarification et hiérarchisation des objectifs finals à atteindre, selon les préférences et
stratégies de la politique monétaire à long terme.
Il revient à la banque d’Algérie, comme objectifs intermédiaires, de garantir la stabilité
économique en contrôlant la croissance de la masse monétaire et d’octroyer des crédits à
l’économie. Pour ce faire la banque d’Algérie utilise des instruments privilégiés de
commandement. Le recours à ces instruments ont connu un développement durant cette
période de réformes même avant l’adoption du PAS337.
336
M.C. Ilmane, « Réflexions sur la politique monétaire en Algérie : Objectifs, instruments et résultats 2000-
2004 », Cahiers du CREAD, n°75, 2006, p 04.
337
PAS : Programme d’ajustement structurel (ce point sera développé ultérieurement).
338
[Link], [Link], p 83.
160
marchés financiers qui sont totalement absents. Ce dernier est aussi caractérisé par une
illiquidité structurelle qui le faisait dépendre totalement de la Banque Centrale.
En effet, les instruments utilisés étaient des instruments directs à savoir : le plafonnement de
réescompte et les taux d’intérêt débiteurs, et l’encadrement de crédit pour les entreprises
publiques déstructurées.
a- Le plafonnement des taux d'intérêt et de réescompte
Durant les années qui précédèrent les années 1990, les taux d’intérêt étaient administrés du
moment où les conditions des banques étaient déterminées par un accord du Ministère des
finances, ce qui revient à dire qu’il n’y avait pas de concurrence entre les banques (les taux
débiteurs (taux assortis aux crédits que les banques octroient à leurs clients) étaient plafonnés
à 20 %, le taux d’intérêt du marché monétaire interbancaire à 18 %).
Ainsi, la Banque d’Algérie a mis en place une batterie de taux pour encadrer les taux
bancaires et orienter son intervention, à savoir : la fixation du taux de réescompte à 15 %, la
fixation du taux pivot de son intervention sur le marché monétaire à 20 % et la fixation du
taux sur avances aux banques en comptes courants à 24 %.
161
b- L’encadrement du crédit
Cette catégorie de crédit est strictement plafonnée par les dispositions de la loi 90-10 relative
à la monnaie et au crédit. La loi limite le montant maximum des crédits accordés aux vingt-
trois entreprises non autonomes qui étaient financièrement déstructurées, pour assurer leurs
dépenses de fonctionnement. La Banque d’Algérie a fixé une limite globale pour chaque
banque concernant les crédits alloués à ce type d’entreprises.
Comme cette loi vise la limitation des crédits à l’économie, elle a aussi pour objectif le
plafonnement des découverts accordés au trésor à 10% des recettes budgétaires ordinaires
réalisés durant le précédent exercice. 339 Les délais de remboursement de ces crédits ne doivent
en aucun cas, dépasser 240 jours au total. Le solde à régler doit être remboursé en totalité
avant la fin de la même année. Toutefois, la loi limite aussi le volume des titres publics
détenus par la Banque d’Algérie dans son portefeuille à la suite des opérations de réescompte
ou ceux qu’elle opère sur le marché monétaire. Le niveau maximum de ces titres est fixé à
20% des recettes budgétaires du précédent exercice. Ces effets que la Banque d’Algérie doit
acheter à l’émission et à court terme, leurs échéances sont fixées à six mois.
D’un autre côté, la loi 90-10 a prévu aussi autres instruments qui sont considérés comme
indirects, notamment 340 :
L’open market : vente et achat d’effets publics et privés, La prise en pension d’effets publics
et privés, le réescompte d’effets publics et privés et la réserve obligatoire.
Ces instruments ont permis à la banque centrale d’agir sur la liquidité des banques et de
contrôler les crédits distribués.
Dans le point suivant, nous allons essayer de déterminer les effets de la loi 90-10 sur le plan
économique et monétaire.
Cependant, la politique menée à travers ces réformes durant cette période (1990-1993), n’a
pas pu atteindre l’objectif escompté, celui de la stabilisation des équilibres
macroéconomiques. Les principales raisons de cette défaillance sont les suivantes 341:
339
La loi 90-10 du 14 avril 1990, article 78.
340
Rapport du conseil national économique et social « regards sur la politique monétaire en Algérie », Algérie,
2005, p 163.
162
- Le passage soudain, du jour au lendemain, à un nouveau cadre institutionnel qui
dépasse largement les compétences des administrations et des entreprises publiques ;
- Le contexte politique et social était dramatique car l’Algérie vivait une tragédie
nationale de grande ampleur : la pauvreté qui touchait en 1987 environ 5,6 millions de
personnes, concernait environ 12 millions de personnes durant la fin de 1993.
Selon Mohamed Cherif ILMANE (2007), la situation économique à fin 1993 se présentait
comme suit 342:
- Une situation de stagflation marquée par une récession économique (-2,1%) ;
- La hausse du taux de chômage (+ de 27%) ;
- La croissance rapide de la masse monétaire (+ de 21%) ;
- L’accentuation des tensions inflationnistes (+ de 20%) ; - L’aggravation du déficit
budgétaire (-8,7% du PIB) ;
- La détérioration accrue de la balance des paiements, accentuée par la fermeture de
l’accès de l’Algérie aux marchés financiers internationaux, avec :
- La chute des réserves de change qui ne couvraient plus que six à sept semaines
d’importations,
- Un service de la dette extérieure qui a atteint plus de 82% le taux de croissance moyen
de la période était de (-1,6%), le taux d’inflation moyen qui dépasse les 20%, le taux
de chômage était entre 25 et 30%, la dette publique augmentait de plus en plus jusqu'à
elle va atteindre en 1993 un taux d’environ 98% du PIB ;
- De plus, sur cette période on enregistre une baisse simultanée des dépenses et des
recettes, avec une chute significative du taux de couverture343. Ce dernier a passé de
106% en 1985 à 66% seulement en 1993.
Durant cette période la banque centrale a mené une politique monétaire qui se résume comme
suit 344:
341
Y. Miliani, « Les effets de la dépense publique sur la croissance économique et l’emploi en Algérie entre
2000-2016 », thèse de doctorat En Sciences Economiques, Université d’Oran 2, 2018-2019, p 136.
342
M.C. Ilmane, « Efficacité de la politique monétaire en Algérie : (1990-2006), Une appréciation critique »,
Octobre 2007, p 07.
343
Le taux de couverture permet de comparer, pour un budget d’Etat, les recettes budgétaires et les dépenses
budgétaires. Celles-ci étant mesurées en valeur et en s’exprimant en pourcentage :
Taux de couverture = 𝑅recettes/dépenses ×100, Dictionnaire d’Economie et des sciences sociales, édition
Hatier, p 70.
344
M.C. Ilmane, « Réflexion sur la politique monétaire en Algérie : objectifs, instruments et résultats 2000-
2004 », CREAD n° 75/2006, p 83.
163
- Selon la conjoncture interne et externe, le seul objectif de la banque centrale était de
contenir les crédits bancaires à l’économie ;
- La banque d’Algérie a continué l’utilisation des instruments directs ainsi que le
réescompte ;
- La conduite d’une politique monétaire accommodante pour éviter le risque d’entrainer
le système bancaire en situation d’insolvabilité.
D’un autre côté, l’affectation des ressources en Algérie était par des décisions administratives
et des interventions directes des pouvoirs publics sur les prix, la production et la gestion du
commerce extérieur.
Pour mettre fin à cette gestion administrée, les autorités ont mis en place des mesures visant à
reformer le rôle de l’État, ainsi que l’instauration d’un cadre réglementaire indispensable au
bon fonctionnement et à l’efficacité d’une économie de marché.
164
C’est dans cette conjoncture financière et monétaire désastreuse que l’Algérie a poursuivi un
processus de transition d’une économie planifiée vers une économie de marché et la mise en
œuvre d’un programme de stabilisation macroéconomique suivi d’un autre programme
d’ajustement structurel.
Le premier accord est un accord de confirmation qui permet de faire un plan de stabilisation
de l’économie algérienne pour relancer la croissance économique. Il a été conclu en mai 1994
avec le FMI d’une durée de 12 mois. Il a été accompagné par une facilité de financement d’un
milliard de dollars et par un rééchelonnement de la dette extérieure au club de Paris et au club
de Londres.
Le second accord d’une durée de trois ans de mai 1995 jusqu’à avril 1998. Il a été également
accompagné d’une facilité de financement élargie et d’un accord de rééchelonnement au près
des créanciers du club de Paris et de Londres.
Ces accords avec le FMI sont souvent accompagnés d’un accord avec la banque mondiale
dont les termes sont signés dans une lettre dite de « lettre de politique de développement pour
le programme d’ajustement structurel ».
Ces deux accords ont pour objet primordial de corriger les déséquilibres monétaires et
d’établir l’équilibre entre la demande globale et l’offre globale. En plus de cet objectif
principal, ces accords avaient d’autres objectifs tels que le ralentissement de l’inflation, de
contenir l’expansion de la masse monétaire et de réduire le déficit du trésor public.
165
Selon le FMI, ce programme d’ajustement structurel a pour objectif de mettre en place un
processus de stabilisation et de reprise économique visant à ramener le service de la dette a un
niveau soutenable et à assurer la viabilité de la balance des paiements vers le milieu de 1998.
Trois moyens (mécanismes) sont utilisés par le F.M.I pour le plan de stabilisation
macroéconomique 345:
La dévaluation de la monnaie ;
L’encadrement de l’émission monétaire ;
Et enfin, la hausse des taux d’intérêt.
a- La dévaluation de la monnaie
Une dévaluation de la monnaie veut dire que la monnaie nationale à moins de valeur sur le
plan international et national. Par cette mesure, le FMI tente d’ajuster les importations en les
rendant plus chères et réduire l’inflation puisqu’ une partie de l’excès de monnaie sera
absorbée par la surévaluation de la monnaie étrangère, par conséquent le dinar à subit une
autre dépréciation de 50% en 1994346.
345
H. Benissad, « L’ajustement structurel, l’expérience du Maghreb », OPU, Alger, 1999, p 63.
346
Ibid.
166
En juin 1994, l’Algérie avait conclu un programme de rééchelonnement de sa dette publique
avec ses créanciers officiels du club de Paris juste après l’approbation de l’accord de
confirmation avec le FMI. Ce premier rééchelonnement concerne les prêts contractes ou
garantis par l’Etat. Le remboursement de la dette se fait en 24 versements semestriels à
compter du 31 mai 1998.
Par ailleurs, les politiques mises en œuvre dans le cadre des accords conclus avec le FMI sont
les suivantes :347
- Une dérèglementation généralisée des prix y compris pour les produits de base
importés qui avaient enregistré une forte hausse à cause de la dépréciation du cours de
dinar et de la réduction des subventions ;
- La libéralisation du commerce extérieur ;
- La maîtrise des flux monétaires à l’aide de hausse du taux d’intérêt, de contrôle
quantitatif de crédit à l’économie et des avances au trésor ;
- La restructuration-privatisation du secteur public qui représente encore 75% de la
production des secteurs de l’industrie (hors hydrocarbures), du bâtiment et des travaux
publics.
Comme cité ci-dessus, d’une façon générale, ces programmes ont pour objet de stabiliser
l’économie puis relancer la croissance économique et l’emploi tout en réduisant le taux
d’inflation.
347
H. Benissad, [Link], p 111.
167
2.2.2. La politique monétaire durant la sous période 1994 et 1999
Durant cette période, l’économie algérienne s’est caractérisée comme suit :
- La majeure partie des recettes en devises provient des exportations des hydrocarbures
et des produits du secteur minier (plus de 95%), disposée et gérée par la Banque
Centrale.
- Deux dévaluations du dinar ont été opérées au cours de la première année de la mise
en œuvre du PAS (1994) ; la première s’est effectuée en avril 1994 de l’ordre de 50%
de la valeur du dinar par rapport au dollar américain qui passe de 24 DA à 36 DA et la
seconde dévaluation réalisée en septembre 1994 qui a fait passe le dollar américain à
41 DA. Cette chute de la valeur du dinar s’est poursuivie durant toute la période de
l’ajustement structurel comme l’indique les données de la Banque d’Algérie.
- Les taux d’intérêt et les crédits tendent à l’augmentation de façon à restreindre la
demande de monnaie.
- Le fardeau du service de la dette extérieure est réduit à un niveau supportable par la
balance des paiements ;
- Le taux de change du dinar est ajusté ;
- Le déficit du Trésor Public a été sensiblement réduit ;
- Enfin, limiter la croissance de la masse monétaire pour pouvoir contenir le taux
d’inflation dans des marges raisonnables convergeant avec ceux des partenaires
commerciaux de l’Algérie.
Pour bien examiner comment la politique monétaire a été menée durant le programme de
stabilisation et d’ajustement structurel, il est nécessaire de présenter les objectifs de la
politique monétaire et ses différents instruments utilisés.
348
Rapport de CNES, « Regard sur la politique monétaire en Algérie », 26èmesession plénière, 2005, p 67.
168
Sous cette optique l’objectif final de la politique monétaire peut-on le déterminé à partir de
l’instruction 16-94 du 09.04.1994, qui définit la maîtrise de l’inflation comme objectif de la
politique monétaire, au moyen notamment de la restriction des contreparties de la masse
monétaire au profit de l’économie 349.
Et pour atteindre cet objectif final, la Banque d’Algérie a convenu de s’appuyer sur les deux
objectifs intermédiaires de la croissance de l’agrégat M2 et la croissance du multiplicateur de
crédit, à travers de l’application d’une instrumentation directe et indirecte de contrôle.
Les instruments indirects sont : le taux d’intérêt, l’adjudication de crédit, l’open market et la
réserve obligatoire.
Les instruments directs sont : le double plafonnement (un plafond de refinancement global et
un plafond de réescompte par banque) et l’encadrement du crédit.
a- Le taux d’intérêt
En application de la délibéralisation du Conseil de la Monnaie et du Crédit en date du 09
Avril 1994, les instruments de la politique monétaire, en matière de rééquilibrage de la
structure des taux d'intérêt sont 350:
- La suppression du plafond sur les taux d'intérêt débiteurs traduisant une libéralisation
relative des taux débiteurs appliqués par les banques et établissements financiers et ce,
en cohérence avec la libéralisation des taux créditeurs introduite en [Link] est rappelé
que toute bonification de taux d'intérêt appliquée aux crédits bancaires à l'économie
est prise en charge par le budget de l'Etat ;
- La fixation du taux de réescompte à 15 % ;
- La fixation du taux pivot d'intervention de la Banque d'Algérie sur le marché
monétaire à 20% ;
349
Banque d’Algérie, Instruction n°16-94 du 09 Avril 1994, relative aux instruments et au refinancement des
banques.
350
Idem.
169
- La fixation du taux d'intérêt des crédits en compte courant accordés par la Banque
d'Algérie aux banques à 24 % ;
- La suppression du plafond du taux sur le marché interbancaire qui devient librement
négociable ;
- La mise en place d'une marge bancaire maximum de 5 points au-dessus du coût moyen
des ressources bancaires. L'encadrement des marges des banques vise à endiguer tout
renchérissement excessif du coût du crédit en contexte de stabilisation et en l'absence
de compétition suffisante en matière d'intermédiation.
c- L’open market
D’après le rapport du conseil national économique et social (2005) : « le marché monétaire
n’est pas alimenté en titres publics négociables et ce, jusqu'à aujourd’hui. Les adjudications
des bons de du trésor s’effectuent généralement de gré à gré sur le marché primaire auquel la
banque centrale n’a pas accès ».352
351
Idem.
352
Rapport de CNES, [Link].
353
Banque d’Algérie, Instruction n°16-94 du 09 Avril 1994, relative aux instruments et au refinancement des
banques.
170
e- Le double plafonnement (refinancement et réescompte)
A titre transitoire, en relation avec le suivi des critères de performances des banques et en
corrélation avec le développement du marché de crédit, la détermination d'un plafond de
refinancement global et d'un plafond de réescompte par banque est nécessaire.
Ces plafonds par banque sont fixés au début de chaque trimestre sur la base de ratios de
performance relative et de transformations financières. 354
Les paramètres utilisés à cette fin sont les suivants :
- Des dépôts à vue et des dépôts à terme (y compris les bons de caisse),
- Des crédits à moyen et long terme distribués sur les ressources de la banque,
- Des créances sur l'Etat sous forme d'effets publics (obligations du Trésor).
L'utilisation des plafonds de réescompte par les banques est subordonnée :
- À la présentation des catégories d'effets instituées par la Loi n° 90-10 du 14 Avril
1990 relative à la Monnaie et au Crédit ;
- À l'appréciation, par la Banque d'Algérie, de la qualité des effets présentés au
réescompte sur la base notamment des conditions définies par la Loi n° 90-10 du 14
Avril 1990 relative à la Monnaie et au Crédit.
Le rôle des plafonds de réescompte, en tant qu'instrument direct de politique monétaire, sera
revu progressivement dans le sens de son amenuisement.
f- L’encadrement du crédit
Le maintien d'un instrument de contrôle direct du crédit est nécessaire. Il s'agit d'un
plafonnement par banque des flux de crédit aux entreprises non autonomes. 355
Pour contribuer efficacement à une allocation de crédit à l'économie, aussi bonne que
possible, les banques doivent veiller à une application prudente des normes en matière de
division de risques encourus. Les performances relatives des banques, en la matière,
constituent un élément dans l'appréciation, par la Banque d'Algérie, des effets créés
notamment en représentation de crédits à moyen terme et présentés au réescompte.
Les interventions de la Banque d'Algérie sur le marché monétaire visent à réguler la liquidité
bancaire et le refinancement des crédits bancaires en phase avec l'objectif d'expansion
monétaire et de crédit.
354
Idem.
171
C’est avec l’avènement de la loi 90-10 et l’adoption du programme de stabilisation et
d’ajustement structurel, que les autorités commencent à adopter une politique monétaire digne
de ce nom et devient plus restrictive et s’apparente plus sensiblement aux règles monétaristes
où le ciblage de l’inflation, a eu de primauté sur la lutte contre le chômage 356.
Pour cela, dans la partie suivante, nous essayerons d’analyser les principaux facteurs
significatifs afin de comprendre la conduite de la politique monétaire durant cette période dite
de transition.
356
Rapport de CNES, [Link], p 67.
357
[Link], [Link], p 11.
172
Tableau 04: L’évolution de la masse monétaire M2 (1990-1999)
(En milliards de DA)
Année 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
Masse
343,3 415,2 515,9 627,4 723,5 799,5 915,1 1081,5 1592,4 1789,3
Monétaire (M2)
Taux de
liquidité 61,9 48,1 48,6 53 48,6 39,8 35,7 38,9 56,6 55,3
(M2/PIB) en %
Source : Rapport du conseil national économique et social « regards sur la politique monétaire
en Algérie », 2005.
Entre 1990 et 1993, la masse monétaire a connu une augmentation progressive, puisqu’elle est
passée de 343,3 milliards de Dinars en 1990 à 627,4 milliards de dinars en 1993 soit une
augmentation de 83 %. Ceci est expliqué par la crise sociale et sécuritaire, par la récession
économique et les fortes dépenses budgétaires durant cette période.
Cette situation se renverse par une augmentation de la masse monétaire qui évolue en 1996
pour se stabiliser et se maintenir en 1998, cette augmentation est due principalement aux
rachats des découverts bancaires des entreprises publiques par le trésor auprès des banques
commerciales et à la progression de la quasi monnaie qui s'explique essentiellement par l'effet
d'attraction exercé par la hausse des taux d'intérêt servis et la valorisation des comptes en devises.
La baisse de la masse monétaire et la gestion des différentes composantes telles que le taux
d’inflation et le taux d’intérêt indiquent que l’Etat adoptait une politique de résorption de la
masse monétaire déjà en circulation. 358
[Link], « L’obstacle politique aux réformes économiques en Algérie », Thèse de Doctorat en Science
358
Vu que, les contreparties de la masse monétaire, font référence aux sources de la création
monétaire, il nous semble opportun de les analyser, afin de déterminer qu’elles sont les
sources de la création monétaire.
359
[Link], « La politique monétaire et la croissance économique », thèse de doctorat en Sciences
Economiques, Université D’Oran 2, 2017-2018, p 213.
360
[Link] TRA, « Banque, Finance et Bourse », Ed L’Harmattan, 2011, p.109.
174
De ce fait, l’analyse des contreparties de la masse monétaire nous permet de détecter la cause
de la création monétaire.
Le tableau suivant représente l’évolution des contreparties de la masse monétaire durant la
période (1990-1999), En milliards de dinars.
Tableau 05:L’évolution des contreparties de la masse monétaire (1990-1999)
(En milliards de DA)
Année 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
Avoirs
6,5 24,3 22,7 19,6 60,4 26,4 134 350,3 280,7 169,6
extérieurs (Net)
Crédits à l'Etat 167,1 157,4 226,9 527,8 468,6 401,6 280,6 423,7 723,2 847,9
Crédits à
247 325,7 412,3 220,3 305,9 565,7 776,8 741,3 906,2 1150,7
l'économie
Source : Rapport du conseil national économique et social « regards sur la politique monétaire
en Algérie », 2005.
Les avoirs extérieurs nets : Ce sont principalement les avoirs extérieurs qui alimentent la masse
monétaire. Ils ont atteint 6,5 milliards de DA en 1990 puis passent à 26,4 milliards de Da en
1995. Durant l’année 1996, les avoirs extérieurs nets et sous l’effet de l’accroissement de
réserves de change se sont nettement consolidés pour constituer la principale source de
l’expansion monétaire. Ils sont passés de 134 milliards de DA en 1996 à 169,6 milliards de
DA en 1999.
L’augmentation des avoirs extérieurs de (+55%) en 1996 est due aux prêts octroyés par le
FMI dans le cadre du programme d’ajustement structurel.
D’un autre côté, les avoirs extérieurs sont liés directement aux prix du pétrole. En 1998 le prix
du pétrole a enregistré une baisse importante, cela fait baisser à son tour les avoirs extérieurs
en 1998 et 1999 par rapport à 1997.
Les crédits intérieurs (la somme des crédits à l’Etat et à l'économie) : sous l'angle des
contreparties de la masse monétaire, l'agrégat crédit à l'économie intervient au second rang en
termes d'importance par rapport aux avoirs extérieurs nets.
Cette expansion n’a pas constitué la vraie source de la masse monétaire durant cette période.
Puisque ces crédits passent de 414milliards de Da en 1990 à 967 milliards de Da en 1995 et
1 998 milliards de Da en 1999, et ce dans le but, du développement de la croissance
économique.
175
Pour la plupart des années c’est les crédits à l’économie qui ont bénéficié de la plus grande
part. Ce qui nous laisse remarquer que malgré les réformes de 1990, les entreprises publiques
continuent de survivre grâce à l’injection massive de la monnaie.
Avant 1993, l’augmentation flagrante du crédit à l’Etat est due à l’assainissement financier
des entreprises publiques, à travers l’intervention du trésor dans le rachat de leurs découverts
auprès des banques commerciales361.
Au cours de la période 1993-1997, on a assisté à un changement de tendance dans la structure
des crédits intérieurs. Les crédits à l’Etat qui représentaient 70,5 % des crédits intérieurs en
1993 ne représentaient plus que 36,9 % en 1997, par contre la part des crédits à l’économie est
passée de 29,5 % en 1993 à 63,1 % en 1997.
1400
1200
1000
800
600
400
200
0
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
361
Rapport de la Banque d’Algérie 2006, « Evolution économique et monétaire en Algérie », Juin 2007, p 142.
176
2.3.2. L’analyse de l’évolution des principaux instruments de la politique monétaire
(1990-1999)
Les principaux instruments qui ont été utilisés durant cette période sont, le contrôle des taux
de réescompte, des taux d’intérêt et les crédits accordés par la Banque d’Algérie à l’intérieur.
La loi 90-10 vise à mettre en place les mécanismes de marché : les taux d’intérêt sont
déterminés par la confrontation de l’offre et de la demande sur le marché des capitaux et le
taux de réescompte qui est un taux de refinancement des banques commerciales auprès de la
Banque Centrale et il constitue, le principal taux fixé par la Banque d’Algérie, qui va orienter
l'ensemble des taux de marché.
Les taux créditeurs et débiteurs des banques sont influencés par le taux de réescompte ; ils ont
le même cycle d’évolution.
Les taux créditeurs (taux appliqués sur les dépôts) ont été libéralisés à partir de 1990 dans une
perspective de stimuler la canalisation de l’épargne publique.
Tableau 06 : L’évolution du taux de réescompte et des taux d’intérêts (1990-1999)
Les données du tableau ci-dessus montrent deux tendances différentes en matière d’évolution
des taux d’intérêts et de réescompte :
La première est caractérisée par une forte majoration des taux d’intérêts durant la période
1991-1995, à l’instar des taux de réescompte qui ont atteint un seuil maximum de 15% en
1994 ; ce qui est le cas aussi des taux d’intérêts appliqués par les banques commerciales dans
leurs fonctions d’intermédiation.
177
Et cela reflète ainsi une politique monétaire restrictive, dans le but de limiter le volume des
crédits accordés par les banques et stimuler la canalisation de l’épargne publique.
A la fin de programme de stabilisation macro- économique et d’ajustement structurel, les
autorités monétaires ont procédé à une baisse du taux de réescompte, jusqu’à 9,17% en 1999,
ce taux continue à baisser jusqu’à 6% en 2000, afin d’encourager la reprise de croissance non
inflationniste. Les taux créditeurs des banques ils augmentent jusqu’à 1997, puis ils se
stabilisent dans les deux années suivantes, puis ils baissent.
Cependant, en termes réels, et comme l’indique le tableau ci-dessous ces taux étaient négatifs
durant la première moitié des années 90 (1990-1996) où régnait un contexte d'inflation très
remarquable.
Tableau 07 : L’évolution du taux d’intérêt réel (1990-1998)
Année 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998
Taux d'intérêt réel 0,18 -8,9 -14,2 -3 -8,58 -9,38 -0,12 10,97 6,5
Source : CNES, 2005.
[Link]. L’encadrement de crédit
Comme il été abordé dans l’analyse des contreparties de la masse monétaire, les crédits à
l’économie ont bénéficié de la plus grande part par rapport aux crédits destinés à l’État.
Ce qui nous laisse remarquer que malgré les réformes de 1990, les entreprises publiques
continuent de survivre grâce à l’injection massive de la monnaie.
Les crédits accordés à l’économie augmentent positivement durant les périodes 1994 et 1996
qui sont à ordre de (+107%), mais ils diminuent de (-26%) en 1998 en raison de
l’augmentation des taux d’intérêt qui a induit une transformation des dépôts à vue en dépôt à
terme. Et que la politique monétaire a eu un effet d’assécher les liquidités et désendettement
du trésor public envers les banques publiques.
178
Tableau 08 : Les résultats des principaux objectifs de la politique monétaire (1990-1999)
Année 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
Taux d'inflation
(En %)
16,6 25,9 31,7 20,5 29 29,8 18,7 5,7 5 2,6
Indice Grand
Alger
Taux de change
8,96 19 21,82 23,36 35,09 47,68 54,77 57,73 58,74 66,64
(DA/$)
Taux de croissance
1,1 -1,2 1,8 -2,1 -0,9 3,8 4,1 1,1 5,1 3,2
(PIB en %)
Taux de chômage
19,8 20,6 23 23,2 24,4 27,9 28 28,3 28 29,8
(En %)
La réduction et la maitrise du taux d’inflation est l’un des objectifs de la politique monétaire,
qui représentait une tendance haussière inquiétante avec le début de la libéralisation des prix
en 1989.
Graphique 04 : L’évolution du taux d’inflation (1990-1999)
35
30
25
20
15
10
0
1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000
179
Nous remarquons que l’Algérie a connu une inflation galopante caractérisée par des taux
d’inflation élevés (inflation a deux chiffres), atteignant respectivement en 1992 et 1995 un pic
de 31,7% et 29,8%, causé par la libéralisation des prix et l’ajustement du taux de change.
Cette hausse imprévue du taux d’inflation est l’effet du deuxième accord stand by de 1991 qui
était axe sur une politique de contraction de la demande.
On peut aussi expliquer cette hausse par le passage d’une économie dirigée à une économie de
marché, qui est conforté par la dévaluation du dinar algérien de plus de 75%.
362
[Link] et [Link], «Où va l’Algérie », Ed. Karthala, Paris et Aix en Provence, 2001, p 134.
180
Graphique 05 : L’évolution du taux de change DA/$(1990-1999)
70
60
50
40
30
20
10
0
1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000
363
Rapport du FMI, « Algérie : Questions choisies », n° 05/52, 2005.
181
À partir de 1995, on remarque que le taux de croissance du PIB est devenu positif, il a grimpé
de 3,8% jusqu’à 5,1% en 1998, puis il a baissé à 3,2% en 1999, mais il est resté toujours
positif. Le graphique suivant nous montre cette évolution :
Graphique 06 : l’évolution du taux de croissance (PIB en %) durant 1990-1999
0
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
-1
-2
-3
La faiblesse du taux de croissance durant la première période (1990-1993) est expliquée par la
crise sociale et sécuritaire et par la récession économique durant cette période.
A partir de 1995, l’évolution du PIB est due d’une part, à l’application du programme de
stabilisation (1994-1995) et au rééchelonnement de la dette extérieure et d’autre part, à
l’augmentation des recettes d’exportation des hydrocarbures, de la forte dépréciation du taux
de change et à l’appréciation sensible du dollar américain vis-à-vis des autres monnaies
internationales (de l’ordre de 20%).
L’analyse des données du tableau 8, démontre que durant la décennie quatre-vingt-dix, le taux
de chômage était important et toujours en hausse. Passé de l’ordre de 19,8% en 1990 pour
atteindre les 29% en 1999.
182
Graphique 07 : L’évolution du taux de chômage (1990-1999)
35
30
25
20
15
10
0
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
Au total, on peut dire que la politique monétaire durant la décennie quatre-vingt-dix a connu
un développement remarquable grâce au processus de transition de l’économie algérienne
planifiée vers une économie de marché par l’adoption de deux programmes : le programme de
stabilisation et le programme d’ajustement structurel.
Ces programmes mis en œuvre par le FMI ont permis d’équilibrer le budget de l’Etat, de
réduire sensiblement le niveau des prix, de lutter contre l’inflation suite à l’augmentation des
364
FMI, « Algérie: stabilisation et transition à l’économie de marché », Washington, 1998, p 62.
183
prix du pétrole et d’aligner le taux de change nominal à la réalité (par les dévaluations
effectuées).
Une évolution remarquable sans pour autant assainir les finances publiques tributaires de la
fiscalité pétrolière d’un côté et d’un autre côté, les résultats de la croissance économique
(PIB) et du chômage n’ont pas été satisfaisants.
Ainsi, à la fin de ce programme, la politique monétaire n’était pas efficace par conséquent
l’économie algérienne est restée dans une situation d’extrême faiblesse.
Durant cette période, l’Algérie, qui souffrait d’une crise d’endettement extérieur mettant son
économie en difficulté, engagera d’autres réformes dictées par des organisations monétaires et
financières internationales notamment, le FMI. Mais, la hausse des prix du pétrole à partir de
l’année 1999, a vu le marché monétaire de l’Algérie passer d’une situation de carence et de
pénurie de liquidité à une situation de surplus et d’excès de liquidité.
De ce fait, la conduite de la politique monétaire sera fixée vers une nouvelle orientation visant
à gérer cet excès dans le but d’atteindre ses objectifs.
184
institutionnel de la politique monétaire qui a été amorcé en deux étapes : la suppression, en
2001, du mandat du Gouverneur et des Vice-gouverneurs et en 2003, l’abrogation et le
remplacement de la loi 90-10365.
Cette partie analyse d’abord les aménagements apportés en 2001 à la loi relative à la monnaie
et au crédit, ainsi l’adoption de l’ordonnance n°03-11 du 26 aout 2003 relative à la monnaie et
au crédit, afin d’expliquer leurs effets sur la politique monétaire. Ensuite, elle traite les
objectifs et les instruments utilisés durant cette période.
366
Ordonnance n°03-11, l’article 10.
367
Ordonnance n° 03-11 du 26 août 2003, article 35.
368
Article 62 de l’ordonnance relative à la monnaie et au crédit du 26 août 2003.
369
Rapport 2014 de la Banque d’Algérie, p 112.
186
(opérations principales de refinancement, opérations de refinancement à plus long
terme, opérations de réglage fin, opérations structurelles ont fait l’objet des
développements nécessaires) ;
- Les facilités permanentes (facilité de prêt marginal, facilité de dépôts rémunérés), en
tant qu’opérations à l’initiative des banques contreparties aux opérations de politique
monétaire de la BA, qu’a trouvé leur ancrage réglementaire renforcé ;
- Les procédures d’interventions de la banque d’Algérie sur le marché monétaire qui ont
été affinées, à savoir les procédures d’appel d’offres périodiques dits « normaux » et
celles d’appels d’offres rapides ou par voie d’opérations bilatérales ;
- Les procédures de mouvement de fonds portant sur les opérations de politique
monétaire, exclusivement à travers le système de paiements en temps réel de gros
montants et paiements urgents en fonctionnement depuis février 2006.
Ainsi, nous constatons qu’à la différence de la loi 90-10, l’ordonnance 03-11 a substitué
l’objectif de développement ordonné en objectif de développement rapide de l’économie
nationale. L’objectif de plein emploi n’a pas été énoncé, en tant qu’objectif explicite dans la
mesure où l’emploi est lié positivement à la croissance de la production. Il s’en suit que la
politique monétaire doit avoir comme objectif final la stabilité des prix et celui du taux de
change en compatibilité avec un taux de croissance plus élevé.
Pour atteindre la stabilité monétaire, entendue comme une progression limitée des prix à la
consommation durant la période 2001-2003, la monnaie de base a bien émergé comme un
370
Banque Centrale, « Rapport sur l’évolution économique et monétaire en Algérie », 2003, p 87.
187
objectif intermédiaire de la politique monétaire appuyé par la stabilité du multiplicateur
monétaire371.
Auparavant, la Banque Centrale n’a pas expressément arrêté des objectifs chiffrés en matière
d’inflation et sur l’évolution des agrégats monétaires à atteindre qu’à partir du rapport de
2004 où le conseil de la monnaie et de crédit a chiffré l’objectif d’inflation à long terme à 3%
et le maintien de deux objectifs intermédiaires dans une fourchette de 14 à 15% pour
l’évolution de M2 et 16,5 à 17,4% pour l’évolution des crédits à l’économie 372.
En effet, à partir de 2004, la Banque Centrale a adopté l’approche des « règles» dans la
conduite de la politique monétaire en ciblant des objectifs chiffrés à moyen terme.373
Suite à l’augmentation de l’inflation mondiale en 2008, et particulièrement celle dans les pays
émergents, la Banque Centrale cible un taux d’inflation légèrement supérieur à celui des
années précédentes. Le CMC a maintenu l’objectif d’inflation de 3% à moyen terme comme
objectif ultime de la politique monétaire, et il a précisé la cible d’une fourchette allant de 3%
à 4% au titre de l’année 2008, et cible un taux d’inflation de 4% pour l’année 2009 374.
Pour se faire, le conseil de la monnaie et du crédit a arrêté au début de 2009 les objectifs du
taux d’expansion de la masse monétaire de 12-13% contre 27-27,5% au titre de l’année 2008.
En matière de croissance des crédits à l’économie, le conseil fixe un taux d’évolution de 22-
23% pour l’année 2009 contre une délimitation de 15-16% au titre de l’année 2008 375.
Par ailleurs, la lutte contre l’inflation ou plutôt l’atteinte des objectifs finaux ciblés en la
matière n’est pas l’affaire exclusive de la politique monétaire. La politique budgétaire et
fiscale tout comme la politique des revenus ont également des effets considérables sur
l’inflation.
371
Ibid.
372
Banque Centrale d’Algérie, « Rapport sur l’évolution économique et monétaire en Algérie », 2004, p 148.
373
M. C. Ilmane, [Link], p 75.
374
Banque Centrale d’Algérie, « Rapport sur la situation monétaire et politique monétaire en Algérie », 2008, p
178.
375
Ibid, p 179.
188
Afin de réduire la surliquidité globale et prévenir le risque inflationniste, l’objectif ultime de
la politique monétaire, la Banque d’Algérie a recouru, dès le début 2001, à l’instrument
traditionnel des réserves obligatoires. Mais comme cela n’a manifestement pas suffi à
stériliser une proportion suffisante des liquidités bancaires offertes sur le marché monétaire
interbancaire, la Banque d’Algérie a dû recourir à d’autres instruments : la reprise directe de
liquidités et les facilités de dépôts.
376
Banque Centrale d’Algérie, « Rapport sur la situation monétaire et politique monétaire », 2006, p 15.
377
Banque Centrale d’Algérie, « Rapport sur la situation monétaire et politique monétaire », 2010, p 140.
189
[Link].La reprise de liquidité par appel d’offre
Il représente un deuxième instrument actif opté par la Banque Centrale afin de stériliser le
surplus de liquidité. Cet instrument est évidemment beaucoup plus souple que celui des
réserves obligatoires, dans la mesure où il peut être modulé au jour le jour.
De plus, la participation aux opérations de reprise de liquidité n’étant pas obligatoire, ce qui
permet à chaque banque de tenir compte de sa propre situation de liquidité. L’instrument de
reprise de liquidités, qui a réussi à éponger une quantité monétaire conséquente depuis le
début de son utilisation, demeure l’élément de régulation le plus actif au cours de ces
dernières années.
La rémunération des reprises de liquidités 378(liquidité à sept jours depuis avril 2002, à trois
mois depuis août 2005 et à six mois dès janvier 2013) permettrait à la Banque d’Algérie de
susciter le placement d’un maximum des ressources oisives à son niveau avec l’objectif d’une
meilleure maîtrise de la masse monétaire en circulation 379.
378
De fin 2003 à 2009 les montants repris sont passés de 230 à1100 Mds de dinars. En 2004 et 2005, ils
représentent environ le ¼ du crédit bancaire.
379
Banque Centrale d’Algérie, « Rapport sur la situation monétaire et politique monétaire », 2009, p 168.
380
[Link], « la régulation monétaire en Algérie (1990 – 2007) », Revue du chercheur N° - 08/2010, p 18.
190
3.2. La conduite de la politique monétaire durant la période 2010-2018
Afin de mieux maîtriser l’évolution de l’inflation en situation d’excès de liquidité, le cadre de
la politique monétaire a été redéfini par l’ordonnance n°10-04 modifiant et complétant
l’ordonnance n°03-11, en août 2010, afin d’établir la stabilité des prix comme objectif
explicite de la politique monétaire et en conséquence le contrôle du rythme de l’inflation
(ciblage d’inflation) qui doit être mesuré par le taux moyen de l’indice des prix à la
consommation (IPC).
Cette partie analyse les aménagements apportés en 2010 à la loi relative à la monnaie et au
crédit et explique son influence sur les objectifs et les instruments de la politique monétaire.
381
La loi 03-11 du 26 aout 2003, article 35.
191
monétaire ou de taux d’intérêt. Dans ceci, la banque d’Algérie cible pour la première fois un
taux d’inflation ponctuel de 4% en 2011.
Par rapport à cela, il est important de souligner qu’il est plus prudent de cibler un intervalle
d’inflation au lieu d’un taux précis et ce pour plusieurs raisons.
La première revient au fait que 2011 constitue la première expérience et que dans ce sens-là
où la majorité des banques centrales, même celles des pays développés et à expérience dans le
ciblage évitent de préciser le taux.
La deuxième raison et implicite de la première est liée à la crédibilité de la banque dans
l’annonce et qui constitue un des éléments définissant la politique de ciblage. En effet, la
banque d’Algérie a escompté un résultat négatif avec un taux d’inflation de 5.7% assez loin
de la cible.
Toutefois, les objectifs quantitatifs en matière d’évolution des agrégats monétaires et de crédit
ont été maintenus. Cela vise à rendre plus efficace le contrôle des agrégats monétaires avec un
accent particulier sur l'agrégat base monétaire en tant qu'objectif d'ordre opérationnel 382.
Plusieurs changements ont marqué cette période ; l’année 2010 est caractérisée par une hausse
du taux de réserves obligatoires pour atteindre un taux sans précédent de 9%.383
En 2011, le conseil de la monnaie et du crédit a introduit deux règlements, d’une part, le
règlement relatif à la surveillance des risques interbancaires et, d’autre part, le règlement
382
Rapport annuel de la Banque d’Algérie, 2011, p 131.
383
Banque Centrale, Rapport sur la situation monétaire et politique monétaire, 2010, p 140.
192
portant identification, mesure, gestion et contrôle du risque de liquidité. Elles permettront de
renforcer la stabilité et la solidité du système bancaire algérien. 384
L’année 2012 est caractérisée par une augmentation du taux de réserves obligatoires à 11% 385.
L’année 2013 est caractérisée par l’introduction des reprises de liquidité à six mois, qui est
considéré comme un nouvel instrument indirect de la politique monétaire.
En 30 novembre 2017, dans le cadre du financement non conventionnel, la Banque d’Algérie
procède, à titre exceptionnel et durant une période de cinq (5) années, à l’achat directement
auprès du Trésor, de titres émis par celui-ci, à l’effet de participer, notamment 386 :
- À la couverture des besoins de financement du Trésor ;
-
Au financement de la dette publique interne ;
- Au financement du Fonds National d’Investissement (FNI).
Depuis la mi-novembre 2017 et à fin janvier 2019, un montant de 6.556,2 milliards de DA, a
été mobilisé par le Trésor, auprès de la Banque d’Algérie, au titre de la mise en œuvre du
financement non conventionnel. Seul un montant de 3.114,4 milliards de DA, a été injecté
dans l’économie.
Nous passerons au point suivant d’où la nécessité d’analyser les principaux facteurs
significatifs pour mieux comprendre la conduite de la politique monétaire durant cette
période.
384
Règlement de la Banque d’Algérie, « Surveillance des risques interbancaires », n°11-03 du 24 mai 2011.
385
Instruction n°01-2012 du 29 avril 2012, article 02, relative au régime des réserves obligatoires.
386
Ordonnance 10-04 du 26 aout 2010, Article 45 bis.
193
3.3.1. L’évolution des agrégats monétaires (2000-2018)
L’analyse de l’évolution de la masse monétaire et ses contreparties peuvent être considérées
comme des facteurs clés pour comprendre la conduite de la politique monétaire.
Ainsi, le ratio de liquidité (M2/PIB) maintient son niveau et passe de 49 % en 2000 à près de
82% en 2018, même si on constate une légère disposition à la baisse entre 2005 et 2006.
Selon cette tendance la progression de la masse monétaire est représentée par le tableau
suivant:
387
Rapport annuel de la banque d’Algérie, chapitre VIII : politique monétaire, 2017, p 94.
194
Tableau 09 :L’évolution de la masse monétaire M2 (2000-2018)
M2
Taux de liquidité
Année (En milliards de DA)
(M2/PIB) en %
2000 2 022,50 49
2001 2 473,50 58,1
2002 2 901,50 63,9
2003 3 354,40 63,7
2004 3 738,10 61,2
2005 4 157,50 53,8
2006 4 933,70 56,7
2007 5 994,60 63,7
2008 6 955,90 63
2009 7 173,05 70,8
2010 8 280,70 69,1
2011 9 929,10 67,8
2012 11 015,10 67,8
2013 11 941,50 71,7
2014 13 663,90 79,4
2015 13 704,50 82,1
2016 13 816,30 79,4
2017 14 974,60 79,2
2018 16 636,70 82,2
Source : la banque d’Algérie, rapport 2005, 2010,2014 et 2017 et bulletin statistique 2018
Cette croissance de la masse monétaire peut être expliquée par :
- La hausse en grande partie des dépôts à vue dans les banques, principalement ceux du
secteur des hydrocarbures, et dans une moindre mesure de celle des dépôts à terme.
- La hausse des avoirs extérieurs. Ils se sont élevés de 775,9 milliards de Da en 2000 à
15 734,5 milliards de Da en 2014 pour arriver à 9 572,4 en 2018 ce qui marque encore
une fois que ces avoirs constituent en Algérie la source principale de la création
monétaire ;
- L’application du programme de la relance économique (2001- 2004) ;
- L’application du programme complémentaire de soutien à la croissance économique
(2004- 2009) ;
- L’application du plan quinquennal de développement (2010- 2014).
195
Graphique 08 :L’évolution de la masse monétaire M2 (2000-2018)
16,000.00
14,000.00
12,000.00
10,000.00
8,000.00
6,000.00
4,000.00
2,000.00
0.00
1995 2000 2005 2010 2015 2020
196
Tableau 10 :L’évolution des contreparties de la masse monétaire (2000-2018)
(En milliards de DA)
Année Avoirs extérieurs (Net) Crédits à l'Etat Crédits à l'économie
2000 775,9 677,6 993,7
2001 1 310,8 569,7 1 078,4
2002 1 755,7 578,6 1 266,8
2003 2 342,6 423,4 1 380,2
2004 3 119,2 -20,6 1 535,0
2005 4 179,7 -933,2 1 779,8
2006 5 515,0 -1 304,1 1 905,4
2007 7 415,5 -2 193,1 2 205,2
2008 10 246,9 -3 627,3 2 615,5
2009 10 886,0 -3 483,3 3 086,5
2010 11 996,5 -3 392,9 3 268,1
2011 13 922,4 -3 406,6 3 726,5
2012 14 940,0 -3 334,0 4 287,6
2013 15 225,2 -3 235,4 5 156,3
2014 15 734,5 -2 015,2 6 504,6
2015 15 375,4 567,5 7 277,2
2016 12 596,0 2 682,2 7 909,9
2017 11 227,4 4 691,9 8 880,0
2018 9 572,4 6 369,2 9 976,3
Source : la banque d’Algérie, rapport 2005,2010, 2014, 2017 et bulletin statistique 2018
De l’analyse de ce tableau, on peut avancer les conclusions suivantes pour chaque
contrepartie :
Les avoirs extérieurs : l’agrégat avoirs extérieurs nets est la source principale de création
monétaire en Algérie. Les avoirs extérieurs jouent un rôle central dans l’expansion des
liquidités monétaires et donc dans la formation des épargnes financières des agents
économiques non financiers.
Les avoirs extérieurs nets dans le bilan de la Banque d'Algérie sont en forte augmentation.
Cette situation est due à l'évolution des réserves officielles gérées. En raison de la reprise par
rapport à 1998 des cours du baril sur le marché pétrolier exprimés en dollars américain. Les
réserves de change ont connu des extensions à partir de l’année 2000 grâce aux progrès des
prix du baril qui s’élève à 72,45 dollars en 2007 et 98,32 dollars en 2008 contre 28,5 dollars
en 2000.
197
L’accroissement des avoirs extérieurs nets, observé en 2001, s’est poursuivi en 2002 et 2003,
pour atteindre 1755,7 milliards de dinars (22 milliards de dollars) en décembre 2002 et 2266
milliards de dinars (29 milliards de dollars) en septembre 2003. Cet agrégat est la source la
plus importante de création monétaire. Cette expansion des avoirs extérieurs a permis la
constitution d’une bonne part des réserves de change.
Après l’an 2011, on observe une certaine stagnation des avoirs extérieurs, vu même une forte
diminution en 2016. Les avoirs extérieurs nets (réserves de change exprimées en dinars) ont
fortement diminué de 18,1 % par rapport à 2015 ; ce qui correspond globalement, en situation
de quasi stabilisation du cours de change de fin de période du dinar vis-à-vis du dollar, aux
flux nets négatifs de l’ensemble des opérations entre résidents et non-résidents (solde global
de la balance des paiements).
Les avoirs extérieurs nets ont diminué encore de 14.7 % en 2018 par rapport à 2017 soit un
montant de 1.655 milliards de dinars. Cette contraction plus faible que celle des flux nets
négatifs du solde global de la balance des paiements s’explique principalement par
l’évolution des cours de change des monnaies composant les réserves de change (dépréciation
du dollar vis-à-vis de l’euro).
Les crédits à l’État : l’autre source de la création monétaire est les crédits accordés au Trésor
public. D’après les statistiques du tableau, les concours à l’État sont en baisse substantielle à
partir de 1999 pour atteindre un niveau négatif jusqu’à 2014. Cette décroissance est reflétée
principalement à une augmentation des recettes de la fiscalité pétrolière et de la création d’un
fond de régulation des recettes. La position du compte du Trésor au niveau de la Banque
d’Algérie est positive, c’est-à-dire que le Trésor Public n’est pas endetté à l’égard de l’institut
d’émission et la part relative des concours à l’État, dans les contreparties de la masse
monétaire est moins importante que celle de la période de planification centralisé. L’Etat
n’emprunte plus, que ce soit auprès de la Banque centrale ou de l’extérieur.
Sous l’effet des déficits budgétaires élevés en 2014 et surtout en 2015, financés par des
prélèvements du Fonds de régulation des recettes (FRR), l’Etat n’est plus créancier net sur le
système bancaire. A partir de décembre 2015, il en est devenu débiteur net. En 2016, les
crédits du système bancaire à l’Etat ont progressé de 372 % (+ 2 115,3 milliards de dinars),
sous l’effet d’une très forte diminution des créances de l’Etat (FRR) sur la Banque centrale
qui sont passées de 2.156 milliards de dinars à 870 milliards de dinars et de la forte
progression des créances des banques commerciales sur l’Etat qui sont passées de 1.479,3
198
milliards de dinars à fin 2015 à 2.388 milliards de dinars à fin 2016 (61,5 %) liées
principalement aux nouveaux rachats par le Trésor de créances non performantes des banques
sur la clientèle des entreprises publiques et à l’emprunt national pour la croissance
économique. 388
Les crédits nets à l'Etat ont encore augmenté de 35,75 %, passant de 4.691,9 milliards de
dinars à fin décembre 2017 à 6.369,2 milliards de dinars à fin décembre 2018, sous l'effet de
l'augmentation des créances nettes de la Banque d'Algérie sur le Trésor qui passent de 1.967,4
milliards de dinars à fin 2017 à 3.857,8 milliards de dinars à fin 2018.
Cette hausse des créances nettes de la Banque d’Algérie résulte des achats directs de titres du
Trésor, dans le cadre du financement non conventionnel, pour un montant de 2 485 milliards
de dinars dont 300 milliards de dinars au titre de l’article n°53 de l’ordonnance 03-11du
26 août 2003 relative à la monnaie et au crédit et 2 185 milliards de dinars au titre de l’article
n°45-bis de la même ordonnance.
Selon un communiqué de la Banque d’Algérie en 2018, depuis la mi-novembre 2017 et à fin
janvier 2019, un montant de 6.556,2 milliards de DA, a été mobilisé par le Trésor, auprès de
la Banque d’Algérie, au titre de la mise en œuvre du financement non conventionnel. Sur cet
encours :
- un montant de 2.470 milliards de DA, a servi au financement du déficit du Trésor, au titre
des années 2017 et 2018 et partiellement, au titre de l’exercice 2019 ;
- un montant de 1.813 milliards de DA, a contribué au remboursement de la dette publique à
l’égard des entreprises nationales, Sonatrach et Sonelgaz, ainsi qu’au financement du
remboursement de l’emprunt obligataire pour la croissance ;
- un montant de 500 milliards de DA, destiné à la Caisse Nationale de Retraite (CNR) pour le
refinancement de sa dette à l’égard de la CNAS ;
- un montant de 1.773,2 milliards de DA, destiné au Fonds National d’Investissement pour les
opérations de financement des programmes AADL, du déficit de la CNR et de projets
structurants.
Les crédits à l’économie : ils se sont accrus de 12,3% en 2018, pour atteindre 9 976,3
milliards de dinars. Ils interviennent au second rang en termes d’importance après les avoirs
extérieurs. Durant ces vingt dernières années, les crédits à l’économie ont enregistré une
croissance stable et se sont multipliés par neuf.
388
Rapport annuel de la banque d’Algérie, chapitre VIII : politique monétaire, 2016, p 96.
199
Mais, ce niveau reste toujours faible par rapport aux besoins de financement et aux ressources
disposées par les banques. Cela se traduit par le manque d’engagement des banques
commerciales dans le financement de l’économie La lecture de ce tableau nous explique que
les différents indicateurs relatifs aux crédits à l’économie, comme le faible taux de croissance,
la baisse de leur part dans le total de la masse monétaire et du PIB, traduisent les obstacles
gagnés par les entreprises afin de satisfaire leurs besoins d’investissements.
Les entreprises de production fonctionnent au ralenti du fait d’une suite de contraintes qui
empêchent le bon emploi des capacités installées en termes de production, dont l’allongement
des délais dans l’octroi des crédits ou dans la réalisation des opérations bancaires, la faible
qualité de service, et les lourdeurs des procédures déroutent les clients des banques,
démoralisent les investisseurs et sanctionnent les entreprises en manque à gagner en termes de
croissance, d’emplois supplémentaires, de pouvoir d’achat et de développement.
Enfin, les crédits à l’économie apparaissent en conséquent comme l’unique composante du
crédit intérieur. Ils connaissent une reprise depuis 2001.
Graphique 09 : L’évolution des contreparties de la masse monétaire (2000-2018)
(En milliards de DA)
20000
15000
10000
5000
0
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
-5000
200
n’ont pas été trop sollicités par la banque d’Algérie depuis que les banques et établissements
de crédit ne lui ont plus fait appel en tant que prêteur en dernier ressort.
201
qu’il faisait 272,1 milliards de DA en 2007. Le taux des réserves obligatoires a été relevé à
11%, en mi-mai 2012, dans le but de soutenir le rôle de la politique monétaire dans le contrôle
de l’inflation. Cette mesure a porté ses fruits puisque le montant des réserves obligatoires est
passé de 754,10 milliards de DA en 2012 à 891,39 en 2013 puis à 1023,96 milliards de DA en
2014, après que le taux a été relevé à 12% depuis la mi-mai 2013.
Après la crise de 2014, le taux de réserve obligatoire n’a pas connu un changement, il est resté
de 12% jusqu’au mai 2017 où il a connu une baisse et passe à 8% puis à 4 % en 2017 et il a
été relevé à 8% en 2018.
Les réserves obligatoires ne peuvent pas constituer un instrument de réglage final de liquidité
du fait que leur taux reste constant pendant une longue durée alors que leur ajustement s’opère
par des proportions faibles afin d’éponger le surplus de liquidité. Mais comme cela n’a
manifestement pas suffi à stériliser une proportion suffisante des liquidités bancaires offertes
sur le marché monétaire interbancaire, la Banque d’Algérie a dû recourir à d’autres
instruments : la reprise directe de liquidités et les facilités de dépôts.
L’encours de facilité de
Montant de Montant de reprise
Année dépôts dans la résorption
liquidité de liquidité
de liquidité
202
2007 2 001,18 1 100,00 471
2008 2 845,95 1 100,00 1400,4
2009 2 447,36 1 100,00 1022,1
2010 2 549,71 1 100,00 1016,7
2011 2 845,10 1 100,00 1258,04
2012 2876,26 1 350,00 838,08
2013 2 672,99 1 350,00 479,9
2014 2 730,90 1 350,00 468,6
2015 1 832,60 700,00 153
389
2016 820,90 / /
2017 1 380,60 / /
2018 1 557,60 567 /
Source : rapports banque d’Algérie 2005,2010, 2014 et 2017
Reprises de liquidités
Afin de mieux maîtriser l’évolution des agrégats monétaires et contrôler ainsi l’inflation, la
banque d’Algérie a multiplié ses interventions en élevant les montants des reprises de
liquidités en les passants de 129,7 milliards de dinars en 2002 à 400 milliards de dinars en
2004.
Mais, en raison du caractère structurel de cet excès de liquidité, la banque d’Algérie a élevé le
taux des reprises à sept jours de 0,75 % à 1,25%. Cette mesure a permis de ramener en 2005,
les reprises de liquidités à un montant de 450 milliards de dinars et il reste inchangé même
pour l’année de 2006. A partir de la mi - juin 2007, le montant global des reprises de
liquidités a été ajusté à 1100 milliards de dinars pour absorber davantage des liquidités, le
taux des reprises à trois mois, quant à lui, a été relevé à 2,5 % et constituant ainsi le taux le
plus élevé de la fourchette des taux appliqués par la banque d’Algérie dans le cadre de son
objectif de résorption de l’excès de liquidité. Le montant des reprises reste inchangé pendant
la période de 2008 à 2011 et s’établit à 1100 milliards de dinars, avec 75 % pour les reprises à
7 jours et 25 % pour les reprises à trois mois. Néanmoins, les taux d’intervention de la banque
d’Algérie ont été revus à la baisse dès le début de mars 2009 et restent fixes durant toute la
période 2009 – 2014, avec un taux de 0,75% pour les reprises à sept jours et de 1,25% pour
les reprises à trois mois.
En avril 2012, le montant des reprises a été ajusté et fixé à 1350 milliards de dinars dans le
but de faire face à l’accélération du taux de l’inflation. De ce fait, la banque d’Algérie a
consolidé davantage les instruments de la politique monétaire en mettant en place, dès janvier
389
Dès l’été 2016, la Banque d’Algérie, avait suspendu l’instrument de la reprise de liquidité, pour les reprendre
à partir du 8 janvier 2018.
203
2013. Un nouvel instrument : la reprise de liquidité à six mois, à un taux de rémunération de
1,5 %.
Durant la période 2002-2013, le taux d’intérêt des reprises de liquidités a joué un rôle
essentiel dans la transmission de la politique monétaire : la rémunération des reprises de
liquidités permettrait éventuellement à la banque d’Algérie d’effectuer un placement
maximum de ressources oisives à son niveau avec comme but un meilleur contrôle de la
masse monétaire en circulation.
En 2015, la forte baisse du prix du pétrole et, corrélativement, le déficit élevé du solde global
de la balance des paiements, a fait chuter la liquidité bancaire de 2 730,9 milliards de dinars à
fin 2014 à 1 832,6 milliards de dinars à fin 2015, soit une baisse de près de 33 %. En
conséquence, la Banque d’Algérie a revu, à la baisse, les seuils de reprise de liquidité. Ces
seuils sont ainsi passés de 1 350 milliards de dinars à fin 2014 à 800 milliards de dinars en
avril 2015, 700 en juin 2015, 500 en août, 300 en octobre pour remonter à 700 milliards de
dinars en décembre 2015.
La liquidité bancaire avait atteint 820,9 milliards de dinars à fin 2016 pour finir à 482,4
milliards de dinars à fin octobre 2017.
Après les baisses enregistrées en 2015 ,2016 et 2017, la liquidité bancaire s’est relativement
stabilisée, après le lancement des opérations d’open market d’injections de liquidités à partir
de mars 2017, pour ensuite croître fortement, dès novembre 2017, après la mise en œuvre du
financement non conventionnel390. Elle avait atteint 1380,6 milliards de dinars, à fin 2017 (
soit une croissance de 68,2 %, par rapport à son niveau de fin 2016) et 1.557,6 milliards de
dinars à fin 2018.
Par conséquent, la Banque d’Algérie, pour répondre à la contraction de la liquidité bancaire,
avait suspendu, entre l’été 2016 à fin 2017, l’instrument de reprise de liquidité et avait
supprimé la rémunération de la facilité de dépôt.
En effet, le 8 janvier 2018, les opérations de reprise de liquidité ont débuté. Ces opérations
s’effectuent sous forme de dépôts à terme à 7 jours. Les montants à absorber sont décidés par
la Banque d’Algérie et adjugés à travers des enchères à taux variable avec un taux maximum
proche du taux directeur.391
390
Ordonnance 10-04 du 26 aout 2010, Article 45 bis (détaillé dans le point 3.2.3 du chapitre 3).
391
Banque d’Algérie, communiqué, point de situation sur le financement non conventionnel, 2019, p 4,
disponible sur le site : [Link]
204
Facilité de dépôts
Pour les facilités de dépôts rémunérés (FDR), l’instruction nº 04 - 05 du 14 juin 2005, les a
introduits, avec un taux est de 0,3 %, que la banque d’Algérie accorde seulement aux banques
en cas de sollicitation comme opération de réglage final. Ainsi, ces dernières peuvent faire
appel à ces facilités en constituant des dépôts à 24 heures au sein de la banque d’Algérie.
L’excès de liquidité qui caractérisait l’année 2006 était dû au profil réalisé par la fiscalité
pétrolière. Et afin d’y faire face, la banque d’Algérie a utilisé l’instrument de facilité de
dépôts rémunérés où l’encours a atteint les 456,7 milliards de dinars à la fin de cette année.
Mais, le rôle de la facilité de dépôts rémunérés dans la conduite au jour le jour de la politique
monétaire a diminué de façon conséquente dès mi-juin 2007, pour laisser place à l’instrument
des reprises de liquidité où le montant était porté à 1100 milliards de dinars. De ce fait, la
portion de la facilité de dépôts rémunérés dans la résorption du surplus de liquidité a atteint
24% en décembre 2006.
Son rôle s’est conforté durant l’année 2008 en enregistrant un taux de 49% en décembre, ce
qui montre que cet instrument a pu être plus efficace comme instrument actif de la politique
monétaire. Mais, dès l’année 2009 et sous l’effet d’un choc externe, les banques ont subi une
baisse du surplus de leur trésorerie, le rôle de cet instrument a été significativement contracté
de 27 % par rapport à 2008, mais il a augmenté très significativement en 2011 pour atteindre
un taux de 53%.
La période 2012-2018 a connu un freinage au niveau de l’utilisation de la facilité de dépôts
rémunérés, d’un côté du fait que le surplus de liquidité a été résorbé par l’autre instrument de
reprises de liquidités où leur montant a atteint 1350 milliards de dinars et d’un autre côté la
baisse de liquidité bancaire qui avait atteint 820,9 milliards de dinars à fin 2016.
205
Tableau 13 : Les résultats des principaux objectifs de la politique monétaire (2000-2018)
Taux d'inflation
Taux de change Taux de croissance Taux de
Année Indice Grand
(DA/$) (PIB en %) chômage(En %)
Alger (En %)
2000 0,3 75,26 2,4 29,8
2001 4,2 77,22 2,1 27,3
2002 1,4 79,68 4,1 25,7
2003 2,6 77,39 6,9 23,7
2004 3,5 72,06 5,2 17,7
2005 1,6 73,28 5,1 15,3
2006 2,31 72,65 2 12,3
2007 3,68 69,29 3 11,8
2008 4,86 64,58 2,4 11,3
2009 5,74 72,65 2,4 10,2
2010 3,91 74,39 3,3 10
2011 4,52 72,94 2,9 10
2012 8,89 77,54 3,4 11
2013 3,26 79,37 2,8 9,8
2014 2,92 80,58 3,8 10,6
2015 4,78 100,46 3,7 11,2
2016 6,4 109,47 3,3 10,5
2017 5,59 110,96 1,6 11,7
2018 4,26 116,62 2,3 13,15
Source : ONS, rapports banque d’Algérie 2014 et 2017.
206
Graphique 10 : l’évolution du taux d’inflation (2000-2018)
10
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
392
Ilmane. M. C, « Réflexions sur la politique monétaire en Algérie : objectifs, instruments et résultats
(2000-2004) », les cahiers de CREAD n°75/2006, p 90.
393
Banque Centrale d’Algérie, « Rapport sur la situation monétaire et politique monétaire », 2009, p 168.
207
Ensuite, l’année 2012 s’est caractérisée par un « pic » de l’inflation, en dépit de la
décélération des rythmes d’expansion monétaire. L’inflation a atteint 8,89%, son taux le plus
élevé depuis 15 ans, elle a évolué à contre-courant de la tendance baissière dans le monde,
sans que l’économie nationale n’ait subi de choc externe.
Comme en 2009, Cette accélération a particulièrement concerné les prix des biens
alimentaires : ces biens ont enregistré la plus forte inflation (12,2 %). Une fois de plus,
l’inflation est tirée par la hausse des produits alimentaires et en particulier par la flambée des
prix des produits agricoles frais qui a atteint un « pic » de 21,4 % en moyenne annuelle.
Après deux années consécutives de forte désinflation (2013 et 2014), le rythme annuel moyen
de l'inflation s'est accéléré en 2015. En 2016, il s'est poursuivi et a atteint 6,4 %.
Comme en 2015, quatre groupes de produits – « alimentation », « habillement et chaussures »,
« transport » et « divers » –ont généré l’essentiel de l’inflation en 2016, à hauteur de 84,3 %.
En 2016, le Conseil de la monnaie et du crédit a examiné les objectifs en matière d'évolution
des agrégats monétaires et de crédit cohérent avec l’objectif d’inflation de 4 %.
De plus, l’année 2017 a connu une inflation de 5,59%, suite à la baisse du dinar suivant la
baisse du prix du pétrole.
L’année 2018 a connu une inflation de 4,26%, cette variation est induite, essentiellement, par
une hausse de près de 4% des prix des produits agricoles frais, qui s'explique, notamment, par
une augmentation des prix des fruits (+27,6%), les légumes (+5,8%), la viande de poulet
(+6,3%) et les œufs (+6,15%)394.
394
Office national des statistiques, 2019.
208
variable d’ajustement macroéconomique et de stabilisateur (amortisseur) en cas de choc
externe.
Le graphique ci-dessous représente l’évolution du taux de change durant la période 2000-
2018 :
Graphique 11 : l’évolution du taux de change DA/$ (2000-2018)
140
120
100
80
60
40
20
0
210
[Link]. Le taux de croissance du PIB
Durant la période 2000-2018 et d’après l’analyse des données, nous constatons que la
croissance économique a été caractérisée par l’instabilité. Le graphique suivant nous montre
cette volatilité :
Graphique 12 : l’évolution du taux de croissance (PIB en %) 2000-2018
8
7
6
5
4
3
2
1
0
2001
2014
2018
2000
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2015
2016
2017
Source : Graphique réalisé à partir des données du tableau 13
Entre 2000 et 2009 :Dans cette période l’économie algérienne était caractérisée par un rythme
accéléré de la croissance économique, qui passe de 2,4 % en 2001 à un taux maximum de
6,9% pour 2003, soit une progression de 200%, une conséquence expliquée par
l’accroissement des recettes des hydrocarbures et par le plan de la relance économique qui a
stimulé la demande globale c'est-à-dire l’investissement et la consommation.
Mais à partir de 2006, la croissance du PIB en volume s’est stabilisée, résultat des
dynamiques opposées de la production d’hydrocarbures, en recul continu depuis 4 ans, et de
celles des autres secteurs d’activité économique qui affichent une nette progression de leur
valeur ajoutée.
Les indicateurs macroéconomiques montrent aussi, que la tendance de la croissance
économique observée en 2008 se poursuit en 2009 au même rythme modéré (soit un taux de
2,4%), en dépit de la contraction de la demande mondiale d’hydrocarbures et de la chute
inhérente des recettes d’exportation.
2010-2018 : La croissance économique est de nouveau appréciable malgré la récession du
secteur des hydrocarbures depuis l’année 2005. Elle reste en deçà de celle des pays émergents
et en développement.
En 2014, l’activité économique a repris de la vigueur, grâce notamment à l’expansion de la
demande finale et aux bonnes performances de deux secteurs, à savoir la construction et les
211
services marchands. Le produit intérieur brut est estimé à 17 205,1 milliards de dinars (213,5
milliards de dollars) et la croissance en volume du produit intérieur brut (le PIB) est estimée à
3,8 %, en hausse d’un point de pourcentage par rapport à 2013.
L’année 2017, a enregistré le plus bas taux de croissance économique depuis vingt ans (1,1 %
en 1997) soit un taux de 1,6%. Le PIB, s’est nettement ralenti en raison du fort recul du
rythme d’expansion du secteur des hydrocarbures. En outre, hors hydrocarbures, l’activité
économique a été nettement plus homogène entre les différents secteurs qu’elle ne l’a été aux
années précédentes, lissée par le regain de dynamisme dans les services marchands et non
marchands et l’industrie ainsi que par le maintien d’une croissance appréciable dans le secteur
du bâtiment et des travaux publics. En 2018, a atteint 2,3% en 2018, contre 1,4% en 2017,
alors que la loi de finances de 2018 tablait sur une croissance de 4%.
212
lancement d’importants chantiers qui se sont traduits par une importante création nette
d’emplois (C. N.E)395;
- L’amélioration du niveau de l’investissement privé (national et étranger) ;
- Une croissance hors hydrocarbures importante tirée par des secteurs générateurs
d’emplois notamment le BTP, les services, l’agriculture ;
- La création de plusieurs dispositifs dans le cadre du programme d’aide à l’emploi :
l'agence nationale de soutien à l'emploi des jeunes (ANSEJ), l'agence nationale de
gestion de microcrédit (ANGEM) et la caisse nationale d'assurance-chômage(CNAC)
qui est chargé de l'indemnisation des salariés ayant perdu leur emploi pour raison
économique.
Malgré les dispositifs et les programmes misent en œuvre par l’Etat algérien pour aider les
demandeurs d'emploi, le taux de chômage reste élevé face à une rigidité persistante du marché
du travail.
395
Ministère de l’agriculture et du développement rural, « Rapport national de l’Algérie : sur la mise en œuvre
de la convention de lutte contre la désertification », Septembre 2004, p 07.
213
De 1990 à 1999, la promulgation de la nouvelle loi sur la monnaie et le crédit, réhabilite le
rôle de la Banque d’Algérie comme autorité monétaire chargée de la mise en œuvre de la
politique monétaire et de préserver les règles de l’orthodoxie monétaire visant en général de
rétablir des équilibres internes et externes. Ces équilibres n’ont été réalisés qu’après
l’application des deux programmes de stabilisation et d’ajustement structurel négocié avec le
FMI, et qui a permis de rétablir la solvabilité de l’économie, de réduire l’inflation à 2,65% en
1999 contre un taux de 31,62% en 1992, de baisser les taux d’intérêt et d’améliorer la position
extérieure avec une baisse du service de la dette et la réduction des déficits de la balance des
paiements.
Sur le plan théorique, la politique monétaire durant la période de stabilisation s’apparente
beaucoup plus à la pensée monétariste, dont elle est conduite dans une logique restrictive,
opposée à toutes les politiques menées dans l’ère précédente. Cette politique monétaire n’est
pas totalement efficace mais elle est acceptable sous la pression du FMI et de la Banque
Mondiale. Elle a été accompagnée d’une politique d’austérité budgétaire qui procède au
contrôle rigoureux des dépenses. Ces deux politiques ont pu donner des résultats satisfaisants
sur la sphère monétaire et financière. Mais le constat fait sur l’économie réelle nous laisse
avancer une affirmation contraire, en considérant le faible taux d’investissement, le chômage
qui s’est encore aggravé à 29% à la fin de 1999 contre un taux de 19,8% en 1990, et un taux
de croissance qui reste toujours faible.
A partir de l’an 2000, la politique monétaire se conduisait d’une manière autonome dans un
contexte macroéconomique marqué dès le départ par 396:
- Une inflation modérée et relativement stable ;
- Une balance des paiements courants significativement excédentaire ;
- Une croissance économique positive, bien que relativement modeste mais
progressive ;
- Un système bancaire en excès de liquidités ;
- Une forte aisance des finances publiques dégageant une importante épargne
budgétaire ;
- Un taux de chômage très élevé et persistant.
396
[Link], « Efficacité de la politique monétaire en Algérie 1990-2006 : une appréciation critique », octobre
2007, p 16.
214
On constate que cette situation est radicalement différente par rapport à toutes les périodes
précédentes, sous l’effet de l’augmentation des prix des hydrocarbures, ce qui a conduit à
l’excès structurel de liquidité. Elle était meilleure sur tous les plans sauf pour le chômage.
A partir de 2007, l’inflation n’a cessé d’augmenter, elle atteint 8,89% en 2012. Cette hausse
est expliquée par les dépenses excessives de l’Etat, l’augmentation remarquable des prix
alimentaires et des salaires, ainsi que l’inflation importée.
L’inflation persiste donc en Algérie malgré les efforts de la Banque Centrale en la matière ;
son indépendance effective lui permettant de se focaliser sur les prix ne semble pas suffire
même si elle définit les objectifs intermédiaires et les instruments les plus adéquats à la
situation.
La politique monétaire s’est exclusivement centrée sur la ponction des excédents structurels
de liquidités. La trop forte dépendance des ressources extérieures des seuls hydrocarbures, la
forte élasticité de la demande interne aux importations et la faible diversification de l’appareil
productif industriel exposent l’économie nationale à un risque de récession et de contraction
sévère des échanges en cas de forte baisse de la demande d’hydrocarbures.
En 2015, la chute des cours du pétrole (34,6 € en moyenne par baril de Brent, ce prix a atteint
son plus bas niveau depuis mars 2009) a entraîné un tarissement des excédents de liquidités
(Les réserves de change de l'Algérie sont passées à 97,33 milliards de dollars à fin décembre
2017, contre 114,14 milliards de dollars à fin 2016), ce qui devrait permettre à la Banque
d’Algérie de rétablir son contrôle. Il est aujourd’hui vital de bâtir une économie nationale de
production industrielle, agricole et de services productifs, à travers une absorption efficace
des épargnes financières accumulées par les agents économiques du pays, pour asseoir un
développement inclusif, générateur d’emplois, ancré sur le véritable potentiel de croissance
des secteurs hors hydrocarbures ; le rôle des dépenses publiques d’investissement comme
stimulant de l’activité économique devant être modulé en fonction du niveau de leur
contribution à ce potentiel de croissance des secteurs hors hydrocarbures. Par ailleurs, les
efforts d’investissement dans le secteur des hydrocarbures, qui reste déterminant dans la
stabilité macroéconomique, doivent être plus soutenus pour sortir ce secteur de la récession et
élever le revenu national.
L’efficacité de la politique monétaire durant cette dernière période est donc limitée, en outre,
la réalisation de la prospérité économique et la stabilité monétaire n’est pas une affaire
attribuée à la politique monétaire. Elle doit être aussi accompagnée d’une politique budgétaire
215
qui peut assurer une meilleure allocation de la dépense publique et une politique de change
qui permet de restituer le pouvoir d’achat de la monnaie nationale.
Dans ce qui suit, et après la présentation et l’analyse des différents volets de la politique
monétaire en Algérie durant la période 1962 et 2018, il est utile de s’interroger
économétriquement sur l’impact de la politique monétaire sur la stabilité des prix.
216
Section II : L’impact de la politique monétaire sur la stabilité des prix en Algérie durant
la période 1990-2018 : une étude empirique
Pendant des décennies, la stabilité des prix a été au cœur des débats théoriques et empiriques
sur les politiques macroéconomiques des pays à économie ouverte. Ces débats empiriques
sont basés sur l'expérimentation ou l'observation. Ils sont fondés sur le prélèvement
systématique de données sur des évènements et des états des faits réels.
L'économétrie en tant que discipline de cette recherche empirique a vu le jour dans les années
trente avec la création de la société d'économétrie par Irving Fisher et Ragnar Frisch (1930) et
la création de la revue Econometrica (1933). 397 Depuis lors, l'économétrie n'a cessé de se
développer et de prendre une importance croissante au sein de la science économique.
L’objectif de cette section est de déterminer l’impact de la politique monétaire sur la stabilité
des prix en Algérie durant la période 1990-2018. En utilisant un certain nombre d’indicateurs
de cette politique monétaire, cette étude nous permet de tester leurs effets positifs ou négatifs
sur la stabilité des prix.
Comme toute étude de recherche empirique quantitative, il est primordial en premier lieu, de
fournir une lecture de la littérature empirique démontrant les facteurs qui causent la stabilité
des prix. Ensuite, nous présenterons la méthodologie économétrique qui sera appliquée à
notre échantillon d’étude. Nous détaillerons aussi la méthode d’estimation utilisée pour la
construction d’un modèle et qui sera exploité par un logiciel Eviews10. Enfin, nous
exposerons les résultats obtenus et leurs interprétations afin de répondre à notre
problématique de recherche.
397
[Link], « Histoire des concepts des séries temporelles », édition academia, France, 2012, p17.
217
1.1. Définitions de l’économétrie
Selon D. Gujarati (2004) « l’économétrie est considérée comme l’application des
mathématiques statistiques aux données économiques afin d’obtenir un résultat d’une certaine
vue sur le rôle de l’économie ». 398
De son côté, Jeffrey Wooldridge (2016) souligne que, « L'économétrie est fondée sur le
développement de méthodes statistiques dont le but est d'estimer des relations économiques,
tester des théories économiques, évaluer et mettre en œuvre la politique du gouvernement et
des entreprises. Une des utilisations les plus courantes de l'économétrie consiste à prédire
l'évolution de variables macroéconomiques importantes, comme les taux d'intérêt. Le taux
d'inflation ou le produit intérieur brut ».399
Le FMI a fourni dans une étude durant la période 1996-2002, une estimation de l’inflation en
fonction de ses principaux déterminants à savoir : la masse monétaire au sens M1, le volume
des importations et le taux de change effectif nominal. Le résultat suggère un impact
important dans le long terme des facteurs monétaires sur l’inflation, ce qui confirme les
arguments monétaires selon lesquels les facteurs monétaires sont les déterminants dans le
processus inflationniste.
398
Damodard Gujarati, « économétrie », Edition de Boeck, Belgique, 2004, p 02.
399
Jeffrey Wooldridge, « introduction à l'économétrie: Une approche moderne », édition de Boeck, Belgique,
2016, p22.
400
Stephen Bazen et Mareva Sbatier, «Econométrie des fondements à la modélisation», Edition Vuibert, France,
2007, p1.
218
Ainsi, dans le long terme, l’inflation est corrélée positivement au taux de change et la masse
monétaire. En effet, une dépréciation de 1% du taux de change augmente l’inflation de 0,17%,
toutefois sur le court terme le taux de change n’a aucun impact sur l’inflation. 401
De son côté, la banque d’Algérie, dans une étude économétrique de type VECM 402 fondée sur
la théorie des méthodes quantitatives et portante sur les déterminants de l’inflation sur la
période 2001-2013, elle a identifié les facteurs explicatifs de l’évolution de l’inflation.
L’objectif de cette étude vise à détecter d’une part les déterminants de l’inflation en Algérie à
partir de l’équation estimée de long terme et d’autre part, à mesurer la contribution de chacun
d’eux a l’évolution de l’inflation. Ainsi, les variables retenues dans cette étude sont l’indice
des prix à la consommation, la masse monétaire au sens M2 hors dépôts des hydrocarbures et
hors dépôts en devises, l’indice des prix des produits à fort contenu d’importation déflaté par
le TCEN, ( le taux de change effectif nominal contre les monnaies des principaux partenaires
commerciaux de l’Algérie TCEN), et l’indice des prix de la production industrielle publique
et privée de l’activité agroalimentaire. Le résultat de cette étude démontre que c’est toujours
la masse monétaire qui contribue d’une grande part par rapport aux autres déterminants soit
67%, les prix à l’importation contribuent seulement de 7%, tandis que la contribution du taux
de change effectif nominal est de 11%.403
Les travaux réalisés par la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (2002 et 2006)
sur des données annuelles couvrant la période de 1971 à 2005, montrent que dans les pays de
l'UEMOA, aussi bien à court terme qu'à long terme, l’inflation est sensible à l’évolution de la
masse monétaire. Ils ont constaté qu’une hausse de 1 point de pourcentage de la masse
monétaire entraîne, une progression de l’inflation de 0,10 point à court terme et de 0,35 point
à long terme. En outre, l'examen de l’influence des contreparties de cet agrégat montre que, à
long terme, l’évolution des crédits à l’économie et celle des avoirs extérieurs nets agissent
aussi sur l’inflation404.
401
FMI, Country Report No 04/31, «Algeria: Selected Issues and Statistical Appendix», 2004, p 25-28.
402
Modèle vectoriel à correction d'erreur.
403
Banque d’Algerie, Rapport annuel, Chapitre 08, 2013, p 26.
404
Mathurin Dembo Toe et Maurille Hounk Patin, « Le lien entre masse monétaire et l’inflation dans les pays de
l’UEOMA », Revue économique et monétaire, N°02, Décembre 2007, p 8.
219
En outre, l’inflation importée et le taux de change effectif nominal ont un impact à court
terme sur l'évolution de l'inflation traduisant la part importante des biens importés, en
particulier des produits pétroliers 405.
L’étude d’Abdoulaye Zonon (2003) a permis aussi de voir que le volume de la monnaie en
circulation a une influence sur l’inflation comme le soutiennent les monétaristes. Cependant,
il n’est pas la variable la plus importante en termes d’ampleur. A court terme, l’impact d’un
pourcent d’augmentation de la masse monétaire sur l’inflation est similaire à celui du prix des
importations. Dans les deux cas, l’inflation augmente de 0,3%. Cependant à long terme,
l’impact des prix de l’importation sur l’inflation est plus important que celui de la masse
monétaire. C’est la dépendance du pays aux importations et la faible productivité de son
économie comparativement à ses partenaires qui donnent cette ampleur à l’inflation importée.
L’appréciation du taux de change par rapport au dollar joue aussi positivement sur
l’inflation.406
De leur côté, Elhanan Helpman et Leonardo Leiderman (1988) ont démontré que, pour les
Pays d’Europe Centrale et orientale (PECO), la dépréciation continue du taux de change était
la cause essentielle de la dynamique inflationniste, dans les pays à forte inflation, alors que la
masse monétaire, le budget ou le salaire ne viennent qu’ensuite. 407
Prakash Lougani et Philips Swagel (2001), ont étudié les causes de l'inflation dans cinquante-
trois pays en voie de développement pour la période allant de 1964 à 1998. Ils ont pris en
considération six variables, pour expliquer l’inflation : le cours du baril de pétrole brut, les
prix des produits hors-énergie, l'output gap, la croissance de la masse monétaire, le taux de
change nominal et l'inflation. Ils ont constaté que la croissance de la masse monétaire
symbolise les deux-tiers de la variabilité des prix. Ils ont montré également que la variation du
prix du pétrole brut explique 3,7% de la variabilité de l’inflation dans les pays africains. 408
La banque centrale chinoise de son côté, et afin d’assurer une stabilité des prix en début 2008,
a augmenté le montant des réserves pour limiter l’inflation. Puis, fin 2008, la banque centrale
chinoise l’abaisse quatre fois pour compenser les effets de la crise financière mondiale. À
405
Ibid, p 19.
406
[Link], « Les déterminants de l’inflation au Burkina Faso. »,Centre d’Analyse des Politiques Economiques
et Sociales, CAPES, Document de travail, N°02/2003, p 27.
407
[Link]. « Intégration régional et développement. », Ed L’Harmattan, 2001, p87.
408
[Link] et [Link], «Sources of Inflation in Developing Countries», IMF Working Paper [Link]/01/198,
2001, p 2.
220
partir de décembre 2009, elle relève à nouveau le montant des réserves obligatoires qui était
alors de 15,5 % dans le but de réduire les pressions inflationnistes ; ce montant augmente
plusieurs fois en 2010, jusqu’à atteindre 18,5 % fin 2010 pour les grandes banques, dépassant
ainsi le niveau record atteint mi-2008 avant la crise.409
Sur des études effectuées en Algérie, sur les reprises de liquidités, il a été déduit que cet
instrument a réussi à éponger une quantité monétaire conséquente depuis le début de son
utilisation, demeure l’élément de régulation le plus actif au cours de ces dernières années. La
rémunération des reprises de liquidités 410(liquidité à sept jours depuis avril 2002, à trois mois
depuis août 2005 et à six mois dès janvier 2013) permettrait à la Banque d’Algérie de susciter
le placement d’un maximum des ressources oisives à son niveau avec l’objectif d’une
meilleure maîtrise de la masse monétaire en circulation411 et par conséquent à la stabilité des
prix.
En ayant fait une synthèse de quelques recherches empiriques sur les différentes variables qui
ont un impact sur la stabilité des prix et par conséquent sur la politique monétaire, nous
pouvons, dès lors, construire un modèle permettant d’évaluer cet impact pour l’Algérie. Mais
avant de vérifier notre modèle il convient d’abord de présenter son estimation théorique.
Dans un modèle, on trouve une série chronologique ou temporelle qui est une collection des
observations construite d’une manière ordonnée dans le temps.
Une série chronologique (X1, X2,…, Xt) est considérée comme une réalisation particulière
d’un processus stochastique et l’objectif de l’analyse des séries temporelles et de décrire le
processus théorique dans la forme d’un modèle observé qui a des propriétés similaires à celles
du processus lui-même.
409
Ambassade de la République Populaire de Chine en France, « La Chine va baisser le taux des réserves
obligatoires», 19 février 2012.
410
De fin 2003 à 2009 les montants repris sont passés de 230 à1100 Mds de dinars. En 2004 et 2005, ils
représentent environ le ¼ du crédit bancaire.
411
Banque Centrale d’Algérie, « Rapport sur la situation monétaire et politique monétaire », 2009, p 168.
221
Le plus souvent les séries chronologiques sont : mensuelle (p=12), trimestrielle (p=4),
semestrielle (p=2) ou annuel (p=1).
412
Jonas KibalaKuma , « Modélisation ARDL,Test de cointégration aux bornes et Approche de Toda-Yamamoto
: éléments de théorie et pratiques sur logiciels », Congo-Kinshasa, HAL, archives ouvertes, 2018, p 6.
413
[Link], [Link], p11.
223
de la loi sur la monnaie et le crédit en 1990. A cet effet, nous utilisons dans le cadre de cette
étude des données trimestrielles à partir de l’année 1990 jusqu’à 2018.
Nos sources de données sont multiples : les Statistiques Financières Internationales du FMI
(I.F.S 2015), La banque d’Algérie, la Banque Mondiale (W.D.I 2015) et l’ONS Algérienne.
La variable à expliquer (la variable dépendante) : est représentée par l’indice des prix à la
consommation (IPC).
L’indice des prix à la consommation (IPC) : est un indicateur qui décrit l’évolution
des prix d’un panier de biens et de services entre deux périodes. Il est retenu pour
mesurer la stabilité des prix414.
Dans notre travail, entre 1990 et 2018, nous utilisons les séries annuelles du PIB
constant (PIB réel), qu’on a détrendé par la suite à l’aide du logiciel EVIEWS 10 pour
avoir les données trimestrielles.
Les crédits accordés à l’économie (CE) : ils sont considérés comme une variable
explicative. Ils sont soit des crédits à court terme, à moyen terme ou à long terme. Ils
414
O. Blanchard et [Link], « Macroéconomie », Édition Pearson éducation, Paris, 2004, p28.
415
Ibid, p18.
224
sont fournis par le secteur bancaire. A cet égard, il apparaît nécessaire, de poursuivre
les efforts visant une maîtrise de l’évolution des crédits à l’économie et surtout ceux
du secteur privé.
La reprise de liquidité (RL) : elle représente un deuxième instrument actif opté par
la Banque Centrale afin de stériliser le surplus de liquidité et mieux réguler le marché
monétaire.
Le taux des réserves obligatoires (TRO) : est un pourcentage des dépôts que les
banques doivent porter en comptes courants à la banque centrale. L’activation réelle
de cet instrument en Algérie n’a eu lieu qu’à partir de 2001 du fait des excès de
liquidités bancaires liées à la hausse du prix du baril et la monétisation des recettes des
exportations d’hydrocarbures.
Le taux de change effectif réel (TCER) : Il vise à évaluer la compétitivité-prix ou la
compétitivité-coûts d’un pays (ou d'une zone monétaire) par rapport à ses principaux
concurrents. Les variations de la compétitivité-coûts et de la compétitivité-prix
dépendent non seulement des modifications du taux de change, mais aussi de
l'évolution des coûts et des prix. Les données sont exprimées sous forme de variation
en pourcentage et la valeur de référence, peut faire référence à une année donnée
(année de base), est généralement fixée à 100. Un indice de valeur 110 indique une
augmentation de 10 % par rapport à la valeur de référence.
225
Le taux de chômage (TCHOM) : La lutte contre le chômage est l’un des objectifs de
la politique monétaire. Philips a proposé une courbe qui montre que généralement un
niveau d'inflation élevé est associé à un chômage faible et que, inversement, un
chômage élevé est associé à une inflation faible. C’est sur cette relation que le choix
de cette variable était nécessaire.
Toutes ces variables sont prises en différence première et en logarithme avec une fréquence
trimestrielle.
IPC = F (TRO, RL, DIR, M2, CE, TCER, PIB, PP, TCHO)
416
Les variables sont prises en différence première et en logarithme.
226
Les coefficients de pondération déterminent dans quelles directions et dans quelle mesure la
variable IPC est reliée aux facteurs utilisés dans le modèle afin de l’expliquer.
3. Les résultats des estimations de l’analyse économétrique avec la modélisation
ARDL
Dans l’utilisation d’un modèle ARDL, la première étape c’est l’étude des tests préliminaires,
ensuite faire des tests de robustesse et des tests d’estimation afin d’arriver aux résultats voulus
du modèle.
3.1. Les tests préliminaires du modèle ARDL estimé
Avant tout traitement économétrique, il convient de s'assurer de la stationnarité des variables
retenues car elle constitue une condition nécessaire pour éviter les relations factices. Nous
procéderons ensuite à un test de cointégration, un test de corrélation et un test de causalité car
les variables étudiées sont une série chronologique.
Si une série de données possède une racine unitaire c'est-à-dire est non-stationnaire, cela
implique qu'un choc sur cette série a un effet persistent dans le temps. Par contre, si la série
est stationnaire, les chocs ne peuvent qu'avoir un effet temporaire. Le degré d'intégration des
variables est important puisque les techniques d'estimation diffèrent selon la classification des
variables.
Etant donné que nous travaillons avec des séries temporelles, il est possible que nos séries ne
soient pas stationnaires. Il faut s’assurer que toutes nos séries sont intégrées du même ordre.
417
[Link] et [Link], « une synthèse des tests de racine unitaire sur données de panel », revue Économie &
prévision, 2005/3 n° 169-170-171, p 275.
418
[Link] ,[Link] ,[Link] ,[Link], [Link], « Econométrie appliquée : Méthodes, Applications,
corrigés. », Ed De Boeck Supérieur, 2004, p304.
227
La méthode utilisée est celle de racine unitaire d’Augmented Dickey-Fuller, les résultats
obtenus sont comme suit :
Tableau 14: Test de stationnarité et d’intégration Dickey-Fuller (ADF)
En différence première, on remarque que la variable (LTCER) est stationnaire en niveau c’est
à dire stationnaire à l’ordre (0). Et les autres variables à savoir (LIPC LTRO LRL LDIR LM2
LCE LPIB LPP LTCHO) ne sont pas stationnaires en niveau mais elles sont stationnaires en
première différence, c’est à dire stationnaires à l’ordre (1). Les statistiques calculées sur les
variables sont toutes inférieures à la valeur critique au seuil de 5%.
Nous allons, dans les lignes qui suivent, procéder au test de cointégration. Cela dans le but de
mettre en évidence le type de relation qui existe entre les variables.
228
Tableau 15: Test de cointegration aux bornes Pesaran et al (2001)
F-Bounds Test Null Hypothesis: No levels relationship
Asymptotic:
n=1000
F-statistic 8.996807 10% 1.8 2.8
k 9 5% 2.04 2.08
2.5% 2.24 3.35
1% 2.5 3.68
Finite Sample:
Actual Sample Size 113 n=80
10% -1 -1
5% -1 -1
1% -1 -1
La statistique du test calculée, soit la valeur F de Fisher, sera comparée aux valeurs critiques
(qui forment des bornes) comme suit :
- Si fisher >borne supérieure : l’existence d’une cointégration
- Si fisher <borne inferieure : l’inexistence d’une cointégration
- Si borne inferieure < fisher <borne supérieure : Pas de conclusion
Les résultats du test de cointégration aux bornes confirment l’existence d’une relation de
cointégration entre les séries sous étude (la valeur de F-stat est 8.996807> à celle de la borne
supérieure), ce qui donne la possibilité d’estimer les effets de long terme de PIB, CE, DIR,
M2, LPP, RL, TCER, TCHO,TRO sur l’IPC.
Nous avons signalé que le test de cointégration aux bornes de Pesaran et Al (2001) était
adapté pour nos séries. Aussi, nous rappelons qu’il y a une étape à suivre pour confirmer le
test de cointégration est de déterminer le décalage optimal (SIC).
Nous essayerons ensuite, de jeter un coup d’œil sur la corrélation et la causalité entre les
variables.
3.1.3. Test de corrélation
Un test de corrélation est effectué sur les variables de l’étude pour permettre de savoir s’il
existe une relation entre la variable endogène et les variables exogènes.
229
Tableau 16: Test de Corrélation: Cyclicité
Covariance Analysis:
Ordinary
Date: 12/12/20 Time:
19:30
Sample: 1990Q1
2018Q4
Included observations:
116
Correlation Probability LCE LDIR LIPC LM2 LPIB LPP LRL LTCER LTCHO LTRO
LCE 1.00000
-----
L’étude de la corrélation révèle une forte corrélation entre les variables. Cependant, la
corrélation ne donne pas d’indication sur le sens de causalité, d’où l’utilisation du test de
Granger est nécessaire.
3.1.4. Test de causalité de granger
Ce test a été proposé par Granger en 1969. Il met en évidence des relations causales entre les
variables macroéconomiques, il permet de connaitre le sens de causalité.
419
R. Bourbonnais, « Économétrie », édition DUNOD, Paris, 9eme édition, 2015, p292.
230
Tableau 17: Test de causalité de Granger
Pairwise Granger Causality Tests
Date: 12/11/20 Time: 13:41
Sample: 1990Q1 2018Q4
Lags: 2
Dans notre étude, ce qui nous intéresse c’est les variables qui causent la stabilité des prix
(IPC). Nous constatons que le taux de chômage (TCHO) cause au sens de granger la stabilité
des prix (IPC) avec une probabilité inférieure à 5%.
3.2. Les tests de robustesse du modèle ARDL estimé
Avant l’estimation du modèle nous devons faire certains tests afin de valider le modèle et
obtenir les résultats requis à savoir :
le test de stabilité, le test de variation (réalité/estimation), le test de normalité (Jarque-Bera),
le test d’autocorrélation et enfin le test d’hétéroscédasticité.
3.2.1. Test de stabilité
Pour tester la stabilité de l’équation de notre étude, nous pouvons utiliser le test de stabilité
Cusum comme suit :
231
Figure 06: Test de Stabilité (Cusum)
15 30
10 20
5 10
0 0
-5 -10
-10 -20
-15 -30
I II III IV I II III IV I II III IV I II III IV I II III IV 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18
1997 1998 1999 2000 2001
CUSUM 5% Significance
CUSUM 5% Significance
Le test de stabilité du modèle donne aussi des résultats satisfaisants : la courbe ne sort pas de
la bande. Pour cela, on peut dire que le modèle est stable sur toute la période de 1990 à 2018
et même fiable pour faire des prévisions.
3.2.2. Test de variation entre l’IPC réel et l’IPC estimé
Figure 07: Variation de l’IPC réel et l’IPC estimé (de 1990 à 2018)
.12
.08
.04
.00
.06
.04 -.04
.02
.00
-.02
-.04
-.06
92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12 14 16 18
Les résidus des estimations ne montrent aucun biais d’autocorrélation alors que les données
estimées sont en adéquation avec les données réelles sauf en période de crises.
3.2.3. Test de normalité Jarque-Bera
Le test de Jarque-Bera est un test d'hypothèse qui cherche à déterminer si des données suivent
une loi normale.
232
Figure 08: Test de normalité de Jarque-Bera
20
Series: Residuals
Sample 1990Q4 2018Q4
16 Observations 113
Mean -1.45e-15
12 Median -9.39e-06
Maximum 0.052637
Minimum -0.047733
8
Std. Dev. 0.016513
Skewness -0.020424
4 Kurtosis 3.655683
Jarque-Bera 2.032062
0 Probability 0.362029
-0.04 -0.02 0.00 0.02 0.04
Test Equation:
Dependent Variable: RESID^2
Method: Least Squares
Date: 02/11/21 Time: 11:02
Sample (adjusted): 1991Q1 2018Q4
Included observations: 112 after adjustments
234
3.3.1. Test du modèle optimal et la détermination du nombre de retards
Nous allons nous servir du critère d’information de SCHWARZ (AIC) pour sélectionner le
modèle ARDL optimal, celui qui offre des résultats statistiquement significatifs avec les
moins des paramètres. Ci-dessous les résultats d’estimation du modèle ARDL optimal retenu :
Figure 09 : Test du modèle optimal
Akaike Information Criteria (top 20 models)
-5.204
-5.206
-5.208
-5.210
-5.212
-5.214
-5.216
-5.218
ARDL(3, 2, 0, 0, 0, 2, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 0, 0, 0, 0, 2, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 2, 0, 0, 0, 3, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 0, 0, 0, 0, 1, 2, 0, 0, 0)
ARDL(4, 0, 0, 0, 0, 2, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 2, 0, 1, 0, 2, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 0, 0, 0, 0, 3, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 2, 0, 1, 0, 3, 2, 0, 0, 0)
ARDL(4, 0, 0, 1, 0, 2, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 0, 0, 1, 0, 2, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 0, 0, 0, 0, 0, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 0, 0, 0, 0, 0, 1, 0, 0, 0)
ARDL(4, 0, 0, 0, 0, 1, 2, 0, 0, 0)
ARDL(4, 2, 0, 0, 0, 2, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 1, 0, 0, 0, 2, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 2, 0, 0, 0, 1, 2, 0, 0, 0)
ARDL(4, 2, 0, 1, 0, 2, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 0, 0, 0, 0, 1, 1, 0, 0, 0)
ARDL(4, 0, 0, 0, 0, 0, 2, 0, 0, 0)
ARDL(3, 0, 0, 1, 0, 1, 2, 0, 0, 0)
Comme nous pouvons le voir, le modèle ARDL (3, 2, 0, 0, 0, 2, 2, 0, 0, 0) est le plus optimal
parmi les 19 autres présentés, car il offre la plus petite valeur du SIC et indique le nombre de
retard de chaque variable (IPC TRO RL DIR M2 CE TCER PIB PP TCHO).
Globalement, on peut dire que le nombre de décalages retenu correspond à la valeur la plus
faible des critères est comme suit : trois retards pour l’IPC, deux retards pour : le taux de
réserves obligatoires, le crédit à l’économie et les reprises de liquidités et aucun retard n’a été
enregistré pour le reste des variables.
235
3.3.2. Test d’estimation du modèle ARDL utilisé
L’équation du modèle à correction d’erreurs (LIPC) est estimée en utilisant la méthode
ARDL sur les données de l’économie algérienne entre 1990 et 2018 en utilisant le logiciel
Eviews10. Les résultats sont donnés dans le tableau suivant :
Tableau 20: Test d’estimation du modèle ARDL
Dependent Variable: LIPC
Method: ARDL
Date: 02/17/21 Time: 11:59
Sample (adjusted): 1990Q4 2018Q4
Included observations: 113 after adjustments
Maximum dependent lags: 4 (Automatic selection)
Model selection method: Akaike info criterion (AIC)
Dynamic regressors (4 lags, automatic): LTRO LRL LDIR LM2 LCE LTCER
LPIB LPP LTCHO
Fixed regressors: C
Number of models evalulated: 7812500
Selected Model: ARDL(3, 2, 0, 0, 0, 2, 2, 0, 0, 0)
Note: final equation sample is larger than selection sample
D’abord, le modèle est significatif avec une probabilité de 0 et un R 2 ajusté de 0,99, c’est à
dire les variables exogènes expliquent la variable IPC à 99%.
236
De plus, la statistique de Fisher est supérieure à la valeur tabulée au seuil de 5%(2.59), ceci
confirme que notre modèle est globalement significatif.
De même, le coefficient de Durbin-Watson est proche de 2 attestant de la juste identification
de l’équation étudiée.
ECM Regression
Case 2: Restricted Constant and No Trend
En effet, l'estimation du modèle permet de constater que la valeur du coefficient de rappel est
négative (-0,13) et significative avec une probabilité de 0, alors le délai de retour à l’équilibre
est de 1/0.13 ≈ 8 trimestres soit 2 années. Il existe donc bien un rattrapage vers la valeur
d’équilibre autrement dit, un mécanisme à correction d'erreur : à long terme, les déséquilibres
entre les variables se compensent de sorte que les séries ont des évolutions similaires.
3.4. Les résultats du modèle ARDL
Le tableau ci-dessous nous fournit les coefficients de court et long terme : les variables sont
plus significatives à long terme, qu’à court terme 420.
420
Le modèle ARDL est plus approprié pour tester l'existence des relations de long terme.
237
Tableau 22 : Résultats d’estimation des coefficients à CT et à LT
ARDL Long Run Form and Bounds Test
Dependent Variable: D(LIPC)
Selected Model: ARDL(3, 2, 0, 0, 0, 2, 2, 0, 0, 0)
Case 2: Restricted Constant and No Trend
Date: 02/17/21 Time: 12:31
Sample: 1990Q1 2018Q4
Included observations: 113
Levels Equation
Case 2: Restricted Constant and No Trend
238
L’équation à long terme peut être réécrite avec les coefficients estimés :
239
important et déterminant dans l’explication de l’inflation. Une augmentation de 1% de M2
entraine une augmentation de 0,56% de l’IPC.
Ce résultat est conforme à celui de la banque d’Algérie, comme cité auparavant, cette étude
démontre que c’est toujours la masse monétaire qui contribue d’une grande part par rapport
aux autres déterminants soit 67%.421
Les travaux réalisés par la BCEAO 422 (2002 et 2006) sur des données annuelles couvrant la
période de 1971 à 2005, montrent aussi que l’inflation est sensible à l’évolution de la masse
monétaire. Ils ont constaté qu’une hausse de 1 point de pourcentage de la masse monétaire
entraîne, une progression de l’inflation de 0,35 point à long terme. 423
Le taux directeur
Le taux de réescompte a un impact positif sur la stabilité des prix, d’où une augmentation de
1% du TDIR entraine une augmentation de 0,66% de l’IPC. Malgré que cet effet n’a pas été
confirmé dans l’étude théorique, ce résultat est conforme à celui de Fisher 424. Ce dernier a
comparé en 1896, les taux d’intérêt aux taux de variation des prix de gros dans sept pays 425, et
il a constaté dans son livre « Appreciation and Interest » que le taux d’intérêt est élevé quand
les prix s’élèvent et bas quand les prix diminuent426. Fisher fait état de retards allant jusqu'à
30 années, indiquant que l’influence des variations de prix sur le taux d’intérêt est lente à se
produire et longue à s’estomper. C’est à partir de ce résultat que l’auteur pense pouvoir
expliquer la corrélation positive entre r (taux de réescompte) et P (les prix).427
En outre, afin de stopper la hausse des prix, la banque centrale relève généralement les taux
d’intérêt, renforçant donc le premier effet. Dans un second temps, cette hausse des taux
d’intérêt peut conduire à une baisse de la demande de crédits. Les banques se trouvant alors
dans une situation de réserves excédentaires, et seront incitées à abaisser les taux d’intérêt, ce
qui aura pour effet de relancer l’expansion. 428
En Algérie, le taux de réescompte et l’inflation ont évolués dans le même sens globalement.
Ce résultat contre intuitif peut être expliqué aussi par la surliquidité structurelle du système
bancaire algérien (avant 2014), les banques ne recourent plus à la banque centrale, et le
421
Banque dAlgerie, rapport annuel, 2013, p 26.
422
Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest
423
D. T Mathurin, M. Hounkpatin, [Link], p 8.
424
Fisher voyait une explication de ce phénomène dans la lenteur des ajustements du taux d’intérêt aux
variations de prix.
425
Il s’agit des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Inde, le Japon et la Chine.
426
I. FISHER, « Appreciation and Interest », Macmillan Company, New-York, 1896, p 408.
427
Jean-Jacques Durand et Georges Prat, « Fisher, Macaulay et Allais face au paradoxe Gibson », document de t
de travail, economix, Université de Paris Ouest Nanterre, Mai 2009, p 10.
428
Ibid, p 12.
240
marché monétaire devient hors banque d’où le taux de réescompte est resté fixe de 4% depuis
2004 pour arriver à 3,75% en 2018.
Le taux de change effectif réel
Le taux de change effectif réel, à long terme, a une influence négative sur la stabilité des prix,
ce dernier est économiquement significatif. Une diminution de 1% du TCER entraine une
augmentation de 0,63 % de l’IPC.
Le résultat obtenu est semblable à celui de la FMI. Ce dernier a fourni une étude sur
l’estimation de l’inflation en fonction de ses principaux déterminants. Le résultat suggère un
impact important dans le long terme. En effet, une dépréciation de 1% du taux de change
augmente l’inflation de 0,17%, toutefois sur le court terme le taux de change n’a aucun impact
sur l’inflation.429
De leur côté, Elhanan Helpman et Leonardo Leiderman (1988), comme cité auparavant, ont
démontré que, pour les Pays d’Europe Centrale et orientale (PECO), la dépréciation continue
du taux de change était la cause essentielle de la dynamique inflationniste.
Les reprises de liquidités
Comme attendu, les reprises de liquidités ont un impact négatif sur la stabilité des prix. Une
diminution de 1% des reprises de liquidité entraine aussi une augmentation de l’IPC de
0,005%.
Sur des études effectuées en Algérie, sur les reprises de liquidités, il a été déduit que cet
instrument a réussi à éponger une quantité monétaire conséquente depuis le début de son
utilisation en 2002 jusqu’à 2015430. La rémunération des reprises de liquidités 431 permettrait à
la Banque d’Algérie de susciter le placement d’un maximum des ressources oisives à son
niveau avec l’objectif d’une meilleure maîtrise de la masse monétaire en circulation 432 et par
conséquent à la stabilité des prix.
Afin d’expliquer la part de l’innovation de la variable étudiée elle-même et les innovations
des autres variables, et déterminer dans quelle direction le choc a plus d’impact, nous pouvons
faire appel à la décomposition de la variance.
429
FMI, Country Report No 04/31, «Algeria: Selected Issues and Statistical Appendix», 2004, p 25-28.
430
Dès l’été 2016, la Banque d’Algérie, avait suspendu l’instrument de la reprise de liquidité.
431
De fin 2003 à 2009 les montants repris sont passés de 230 à1100 Mds de dinars. En 2004 et 2005, ils
représentent environ le ¼ du crédit bancaire.
432
Banque Centrale d’Algérie, « Rapport sur la situation monétaire et politique monétaire », 2009, p 168.
241
Estimation de la décomposition de la variance
Period S.E. LIPC LM2 LPIB LPP LRL LTCER LTCHO LTRO LDIR LCE
1 0.019927 100.0000 0.000000 0.000000 0.000000 0.000000 0.000000 0.000000 0.000000 0.000000 0.000000
2 0.027353 97.86752 0.530599 0.073953 0.467093 0.002403 0.069874 0.002924 0.971619 0.011476 0.002539
3 0.033589 96.15315 0.874555 0.049181 0.309872 0.010678 0.869108 0.006437 1.221014 0.208161 0.297842
4 0.039268 94.21559 1.177425 0.041115 0.267295 0.007947 1.338153 0.078684 1.801806 0.546526 0.525457
5 0.044497 91.84458 1.469112 0.035286 0.326346 0.009817 1.578758 0.285420 2.706225 1.030653 0.713800
6 0.049392 89.15996 1.735009 0.029027 0.410599 0.023613 1.628103 0.672824 3.847898 1.603556 0.889410
7 0.054005 86.22167 1.991667 0.025389 0.465686 0.050437 1.554304 1.236546 5.135433 2.256857 1.062012
8 0.058372 83.10305 2.248399 0.029037 0.483524 0.086729 1.422797 1.935884 6.469575 2.976885 1.244118
9 0.062521 79.90134 2.509362 0.040581 0.475335 0.129204 1.276708 2.718858 7.768811 3.739808 1.439997
10 0.066464 76.71322 2.774912 0.056314 0.454010 0.176080 1.139856 3.538348 8.981412 4.517565 1.648284
433
R. Bourbonnais, [Link], p 288.
242
- La stationnarité et l’intégration : le TCER est stationnaire en niveau c’est à dire stationnaire
à l’ordre (0). Et les autres variables à savoir :IPC, TRO, RL, DIR, M2, CE, LPIB, PP et
TCHO sont stationnaires en première différence, c’est à dire stationnaires à l’ordre (1). Les
variables sont donc tous stationnaires.
- Test de cointégration ARDL bounds : l’existence d’une relation de cointégration entre les
séries sous étude, ce qui donne la possibilité d’estimer les effets de long terme.
- Test de correlation : L’étude de la corrélation révèle une forte corrélation entre les variables.
- Test de causalité de granger : montre que le taux de chômage cause au sens de granger la
stabilité des prix.
- Tests de robustesses : montrent une absence d’autocorrélation des erreurs et une absence
d’hétéroscédasticité et l’existence d’une normalité des erreurs selon le test de jarque bera.
- Test de stabilité du modèle : la courbe ne sort pas de la bande, le modèle est stable sur toute
la période de 1990 à 2018 et même fiable pour faire des prévisions.
- Test du modèle optimal et la détermination du nombre de retards : le modèle ARDL (3, 2, 0,
0, 0, 2, 2, 0, 0, 0) est le plus optimal, le nombre de décalages retenu est de trois retards pour
l’IPC, deux retards pour : le taux de réserves obligatoires, le crédit à l’économie et les
reprises de liquidités et aucun retard n’a été enregistré pour le reste des variables.
- Test d’estimation du modèle ARDL et de la force de rappel : le modèle est significatif avec
une probabilité de 0 et un R2 ajusté de 0,99, c’est à dire les variables exogènes expliquent la
variable IPC à 99%. De même, le coefficient de Durbin-Watson est proche de 2 attestant de la
juste identification de l’équation étudiée. La valeur du coefficient de rappel est négative et
significative et le délai de retour à l’équilibre est de 8 trimestres soit 2 années.
-Les résultats du modèle ARDL montrent que :
- Les variables sont plus significatives à long terme, qu’à court terme ;
- L’existence d’un impact significatif positif de la masse monétaire et du taux de
réescompte et d’un impact significatif négatif du taux de change effectif réel et des
reprises de liquidité sur la stabilité des prix ce qui confirme l’importance des
indicateurs de la politique monétaire sur la stabilité des prix en Algérie durant la
période 1990-2018. Ceci dit que les informations antérieures sur ces quatre variables
permettent une meilleure prévision de stabilité des prix en Algérie.
- Malgré que les variations des autres variables ne sont pas significatives mais d’autres
tests, tels que le test de causalité montre que le taux de chômage (TCHO) cause aussi
au sens de granger la stabilité des prix (IPC). La décomposition de la variance, indique
243
aussi qu’au bout de deux années et demi, la variation des prix est expliquée par les
chocs du taux de réserve obligatoire de 9%.
- Les variables : PIB, le prix du pétrole et les crédits à l’économie, selon notre
modèle, ne sont pas significatives statistiquement (prob >5%). Pour cela, elles sont
considérées comme des variables non déterminantes dans l’explication de la stabilité
des prix en Algérie.
Ces résultats confirment alors, l’impact des indicateurs de la politique monétaire sur la
stabilité des prix en Algérie durant la période 1990 – 2018 et par conséquent l’importance de
la politique monétaire.
Conclusion
Dans ce troisième chapitre, nous avons montré l’impact de la politique monétaire sur la
stabilité des prix en Algérie durant la période 1990 à [Link] façon spécifique, il s’agit de
mesurer notamment l’impact des indicateurs de la politique monétaire sur la stabilité des prix.
Pour ce faire, on a scindé ce chapitre en deux sections, dans la première section nous avons
abordé l’évolution de la politique monétaire, sa mise en place, ses instruments et ses objectifs
pour chaque période marquante dans l’histoire de l’économie Algérienne, en allant de la
phase de la gestion centralisée (1962-1989), à la phase de transition (1990-1999) pour arriver
à la phase d’économie de marché (2000-2018). Ensuite, nous avons constaté que l’analyse
économique ne peut être faite qu’après l’avènement de la loi sur la monnaie et le crédit en
avril 1990, d’où on peut parler de l’existence d’une politique monétaire. A cet effet, nous
avons procédé à une analyse exhaustive des principaux facteurs de la politique monétaire :
l’évolution des agrégats monétaires, l’évolution des principaux instruments utilisés par la
Banque Centrale durant cette période et les principaux résultats de la politique monétaire en
termes d’objectifs : inflation, taux de change, chômage et PIB.
La deuxième section de ce chapitre a été consacrée à une étude empirique afin d’identifier
l’impact des indicateurs de la politique monétaire sur la stabilité des prix en Algérie durant la
période 1990 - 2018, en utilisant l’approche ARDL.
Nos résultats montrent que les variables : la masse monétaire et le taux directeur impactent
positivement la stabilité des prix, par contre le taux de change effectif réel et les reprises de
liquidité ont un effet négatif. Cependant, d’autres tests ont montré que la variation des prix est
aussi expliquée par le taux de chômage et le taux de réserve obligatoire. Ces résultats
confirment l’importance de la politique monétaire.
244
Conclusion générale
L’objectif principal de cette thèse, était d’évaluer l’impact de la politique monétaire sur la
stabilité des prix en Algérie durant la période 1990 à 2018. En d’autres termes de savoir si la
politique monétaire en Algérie était efficace. Pour mener à bien notre étude, ce travail était
structuré autour de trois chapitres.
D’abord, nous avons consacré le premier chapitre à la présentation des fondements théoriques
de la monnaie ; ses formes, ses fonctions et sa création et de la politique monétaire en se
basant sur son évolution selon les différentes approches (classique, keynésienne, monétariste
et les nouvelles écoles), ses instruments et ses canaux de transmission utilisés afin d’atteindre
ses objectifs. Cette revue de la littérature, nous a permis d’un côté, de démontrer que la
maîtrise de la quantité de monnaie en circulation est considérée comme une condition
essentielle à la stabilité économique d’un pays, d’où la politique monétaire est l’instrument le
plus efficace utilisé afin de faire face aux déséquilibres. D’un autre côté, l’étude de toutes les
facettes de la politique monétaire est d’une grande utilité pour aider les responsables à évaluer
l’incidence de leurs actions sur l’économie afin d’orienter leur politique et éviter au mieux les
erreurs passées. Cependant, dans la plupart des crises économiques, les décisions sont prises
dans l'incertitude et, en conséquence, sont guidées par les attentes.
Le troisième chapitre représente l’apport empirique de cette thèse. Il a été consacré à répondre
à la problématique de notre travail de recherche : Quel est l'impact de la politique monétaire
sur la stabilité des prix en Algérie ?
245
Pour ce faire, nous avons scindé ce chapitre en deux sections, dans la première section nous
avons abordé l’évolution de la conduite de la politique monétaire et sa mise en place. Nous
avons évalué aussi par une étude exhaustive l’analyse des principaux facteurs de la politique
monétaire, tels que l’évolution des agrégats monétaires, des principaux instruments et les
objectifs de la politique monétaire pour chaque période marquante dans l’histoire de
l’économie algérienne.
Au terme des études menées de cette section, nous avons pu démontrer que durant la période
1962-1989, l’Algérie n’avait pas encore usé de sa politique monétaire car le système bancaire
n’était pas autonome et toutes les décisions relatives au développement étaient prises au
niveau central.
Après le choc pétrolier de 1986 qui a engendré un déficit énorme en matière budgétaire et par
là, une crise économique sans précédent. Les autorités du pays ont été conduites à adopter des
réformes touchant à tous les secteurs d’activité pour atténuer les effets de la crise, notamment
l’adoption de la réforme monétaire à partir de l’année quatre-vingt-dix. A cet égard, la
politique monétaire durant cette décennie a connu un développement remarquable grâce au
processus de transition de l’économie algérienne planifiée vers une économie de marché par
la promulgation de la nouvelle loi sur la monnaie et le crédit et l’adoption de deux
programmes : le programme de stabilisation et le programme d’ajustement structurel.
Ces programmes mis en œuvre par le FMI ont permis d’équilibrer le budget de l’Etat, de
rétablir la solvabilité de l’économie, de réhabiliter le rôle de la Banque d’Algérie comme
autorité monétaire chargée de la mise en œuvre de la politique monétaire, de réduire
l’inflation à 2,65% en 1999 contre un taux de 31,62% en 1992, de baisser les taux d’intérêt et
d’améliorer la position extérieure avec une baisse du service de la dette et la réduction des
déficits de la balance des paiements et d’aligner le taux de change nominal à la réalité.
246
A partir de l’an 2000, la politique monétaire se conduisait d’une manière autonome avec une
situation radicalement différente par rapport à toutes les périodes précédentes, sous l’effet de
l’augmentation des prix des hydrocarbures, ce qui a conduit à l’excès structurel de liquidité.
Un renforcement des instruments de la politique monétaire était nécessaire afin d’absorber cet
excès, parmi lesquels : la reprise en pension, facilité de prêt marginal et la facilité de dépôt
rémunéré qui est une facilité permanente, accordée exclusivement aux banques.
A partir de 2007, l’inflation n’a cessé d’augmenter, elle atteint 8,89 % en 2012. Cette hausse
est expliquée par les dépenses excessives de l’Etat, l’augmentation remarquable des prix
alimentaires et des salaires, ainsi que l’inflation importée.
L’inflation persiste donc en Algérie malgré les efforts de la Banque Centrale en la matière ;
son indépendance effective lui permettant de se focaliser sur les prix ne semble pas suffire
même si elle définit les objectifs intermédiaires et les instruments les plus adéquats à la
situation.
La politique monétaire s’est exclusivement centrée sur la ponction des excédents structurels
de liquidités. La dépendance des ressources extérieures des hydrocarbures, la forte élasticité
de la demande interne aux importations et la faible diversification de l’appareil productif
industriel exposent l’économie nationale à un risque de récession et de contraction sévère des
échanges en cas de forte baisse de la demande d’hydrocarbures.
En 2015, la chute des cours du pétrole ; 34,6 € en moyenne par baril de Brent, le plus bas
niveau depuis mars 2009, a entraîné un tarissement des excédents de liquidités : Les réserves
de change de l'Algérie sont passées à 79 milliards de dollars à fin décembre 2018, contre 194
milliards de dollars à fin 2013, l’Algérie a ainsi perdu plus que 100 milliards de dollars en
cinq années. Mais en termes de stabilité des prix, l’année 2018 a connu une inflation de
4,26%, suite à la baisse du dinar suivant la baisse du prix du pétrole. Ce taux était cohérent
avec l’objectif d’inflation de 4 % énoncé par le Conseil de la monnaie et du crédit en 2016.
Nos analyses nous ont renvoyé ensuite, dans une deuxième section à une autre interrogation
portant sur la politique monétaire et la stabilité des prix en Algérie mais par le biais d’une
évaluation économétrique. Dans cette dernière section nous avons mesuré l’impact des
indicateurs de la politique monétaire sur la stabilité des prix entre 1990 et 2018. Sur la base
des connaissances et des travaux de recherche empiriques développés sur la question, nous
avons fait appel à dix (10) variables. Il s’agit de : La variable à expliquer est représentée par
247
l’indice des prix à la consommation (IPC) et les variables explicatives: La masse monétaire
(M2), le produit intérieur brut (PIB), les crédits accordés à l’économie (CE), la reprise de
liquidité (RL), le taux des réserves obligatoires (TRO), le taux de change effectif réel (TCER),
le taux de réescompte (DIR), les prix du pétrole (PP) et le taux de chômage (TCHOM).
Au moyen de la modélisation ARDL et son exploitation par un logiciel Eviews10, nous
avons abouti aux résultats suivants :
- Les variables sont plus significatives à long terme, qu’à court terme ;
- L’existence d’un impact significatif positif de la masse monétaire sur la stabilité des
prix. Ce résultat est conforme à celui de la banque d’Algérie (comme cité auparavant).
Il est important de remarquer que nos résultats empiriques montrent que le facteur
majeur de la fluctuation des prix en Algérie reste la masse monétaire ;
- L’existence d’un impact significatif positif du taux de réescompte sur la stabilité des
prix. Ce résultat contre intuitif est conforme à celui de Fisher face au paradoxe de
Gibson d’un côté et d’un autre côté il peut être expliqué aussi par la surliquidité
structurelle du système bancaire algérien (avant 2014), d’où les banques ne recourent
plus à la banque centrale, et le marché monétaire est devenu hors banque ;
- L’existence d’un impact significatif négatif du taux de change effectif réel sur la
stabilité des prix. Le résultat obtenu est semblable à celui de la FMI. Ce dernier a
fourni une étude sur l’estimation de l’inflation en fonction de ses principaux
déterminants. Le résultat suggère un impact important dans le long terme. En effet,
une dépréciation de 1% du taux de change augmente l’inflation de 0,17%, toutefois sur
le court terme le taux de change n’a aucun impact sur l’inflation ;
- L’existence d’un impact significatif négatif des reprises de liquidité sur la stabilité des
prix. Sur des études effectuées en Algérie, il a été déduit que cet instrument a réussi à
éponger une quantité monétaire conséquente depuis le début de son utilisation en 2002
jusqu’ au 2015. La rémunération des reprises de liquidités permettrait à la Banque
d’Algérie de susciter le placement d’un maximum des ressources oisives à son niveau
avec l’objectif d’une meilleure maîtrise de la masse monétaire en circulation et par
conséquent à la stabilité des prix.
L’impact de ces quatre variables citées ci-dessus, confirme l’importance des indicateurs de la
politique monétaire sur la stabilité des prix en Algérie durant la période 1990-2018. Ceci dit
que les informations antérieures sur ces variables permettent une meilleure prévision de
stabilité des prix en Algérie.
248
Malgré que les variations des autres variables ne sont pas significatives mais d’autres tests,
tels que le test de causalité montre que le taux de chômage (TCHO) cause aussi au sens de
granger la stabilité des prix (IPC). La décomposition de la variance, indique aussi qu’au bout
de deux années et demi, la variation des prix est expliquée par les chocs du taux de réserve
obligatoire de 9%.
Les variables : PIB, le prix du pétrole et les crédits à l’économie, selon notre modèle, ne sont
pas significatives statistiquement. Pour cela, elles sont considérées comme des variables non
déterminantes dans l’explication de la stabilité des prix en Algérie.
En dépit des résultats constatés confirmant l’impact des indicateurs de la politique monétaire
sur la stabilité des prix en Algérie et l’importance de la politique monétaire, nous pensons que
le rôle de cette dernière est resté limité, autrement dit, la politique monétaire n’a pas bien
rempli ses objectifs.
Ce résultat laisse supposer aussi que l’Algérie doit davantage miser sur la politique monétaire
pour la rendre crédible et la Banque d’Algérie doit rétablir son contrôle.
On peut conclure que ce regain de stabilité des prix ne semble pas être imputable aux
déterminants classiques de l’inflation mais serait davantage lié aux imperfections de la
régulation et aux positions dominantes dans la plupart des marchés des biens de
consommation. Cela peut être expliqué par la considération du secteur des hydrocarbures
comme la première ressource économique où les recettes pétrolières constituent la principale
ressource en devises pour l’Algérie.
Il est aujourd’hui nécessaire d’un côté, de bâtir une économie nationale de production
industrielle, agricole et de services productifs, à travers une absorption efficace des épargnes
financières accumulées par les agents économiques du pays, pour asseoir un développement
inclusif, générateur d’emplois, ancré sur le véritable potentiel de croissance des secteurs hors
hydrocarbures et d’un autre côté, d’appliquer des modèles économiques modernes pour
diversifier les exportations et ne pas dépendre de l'économie rentière;
Afin de maintenir la stabilité des prix, les autorités doivent aussi penser à réaliser des études
précises dans le processus de détermination des taux d'intérêt par la banque centrale pour
contrôler le taux d’inflation interne, associer l’expansion de la masse monétaire à la
croissance du PIB et maîtriser le niveau optimal de la croissance de la masse monétaire qui
249
permettrait de soutenir les augmentations prévues en matière de production ; et enfin il est
nécessaire d'avoir un marché financier développé pour contrôler les taux d'inflation.
Par ailleurs, cette étude nous ouvre la perspective d’étudier l’impact simultané des politiques
monétaires et budgétaires en intégrant leurs interactions mutuelles. Aussi, un élargissement du
cadre géographique de l’étude à des pays similaires pourrait permettre une généralisation des
résultats obtenus.
250
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- Bade. R et Parkin. M, « Central Bank Laws and Monetary Policy», University of
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- Bauvert. J, « Monnaie et capital dans l’œuvre de Walras », Phare-forum, Université
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- Bernanke B.S et Gertler. M, «inside the black box: the credit channel of monetary
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4. Rapports d’études
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5. Lois et décrets
- L’instruction n°01-2012 du 29 avril 2012, article 02, relative au régime des réserves
obligatoires.
- L’instruction n°16-94 du 09 avril 1994 relative aux instruments de conduite de la
politique monétaire et au refinancement des banques.
- L’ordonnance n°10-04 du 26 aout 2010, Article 45 bis.
- L’ordonnance n°66-178 du 13 juin 1966 portant création de la banque nationale
d'Algérie.
- L’ordonnance n°70-93 du 31/12/1970, (articles 07,18,26,30).
- La loi 90-10 du 14 avril 1990, (articles 11,12,44,55,56,77,78,80,92,93,95,143,213).
263
- La loi bancaire 86-12 du 19 août 1986, article 40.
- La loi n°03-11 du 26 aout 2003 (articles10, 35 et 62).
- La loi n°62-144 du 13/12/1962, (article 36,43, 44, 45, 47, 48, 51).
264
Liste des Tableaux
265
Liste des figures
Figure 01 : La banque centrale et la création monétaire 26
Figure 02 : Le carré magique de N. Kaldor 30
Figure 03 : Canaux de transmission de la politique monétaire 59
Figure 04 :Objectifs, instruments et canaux de transmission de la politique 68
monétaire
Figure 05 : La banque centrale et ses facteurs de performances 98
Figure 06: Test de Stabilité (Cusum) 232
Figure 07: Variation de l’IPC réel et l’IPC estimé (1990 - 2018) 232
Figure 08: Test de normalité de Jarque-Bera 233
Figure 09 : Test du modèle optimal 235
266
Table des matières
Introduction Générale 01
Chapitre I : Monnaie et politique monétaire dans la littérature économique 07
Introduction 08
Section I : Fondements théoriques des concepts monétaires 09
1. Définition de la monnaie 09
2. Origine de la monnaie 11
3. Les formes de la monnaie (l’évolution du système de paiement) 13
3.1. La monnaie marchandise 13
3.2. La monnaie fiduciaire 14
3.3. La monnaie scripturale 15
3.4. La monnaie électronique 16
4. Les fonctions de la monnaie 18
4.1. Les fonctions traditionnelles de la monnaie 18
4.2. Les fonctions sociales et politiques de la monnaie 19
5. Les mesures de la monnaie 21
5.1. La masse monétaire 21
5.2. Les agrégats monétaires 21
5.3. Les contreparties de la masse monétaire 23
6. La création de la monnaie 24
6.1. La définition de la création monétaire 24
6.2. Les acteurs de la création monétaire 25
Section II : Fondements théoriques de la politique monétaire 28
1. De la politique économique à la politique monétaire 28
1.1. Définition de la politique économique 29
1.2. Politique conjoncturelle et politique structurelle 30
1.3. Définition de la politique monétaire 31
2. La politique monétaire dans la littérature macroéconomique 32
2.1. La vision classique de la politique monétaire 32
2.2. La vision keynésienne de la politique monétaire 34
2.3. La vision monétariste de la politique monétaire 37
2.4. La vision de la nouvelle école classique de la politique monétaire 38
2.5. La vision de la nouvelle école keynésienne de la politique monétaire 41
3. Les objectifs de la politique monétaire 43
3.1. Les objectifs finaux, ultimes ou généraux 43
3.2. Les objectifs intermédiaires ou spécifiques 47
3.3. Les objectifs opérationnels 52
4. Les instruments de la politique monétaire 52
4.1. Les instruments de contrôle direct 53
4.2. Les instruments de contrôle indirect 54
5. Les canaux de transmission de la politique monétaire 59
5.1. Le canal du taux d’intérêt 61
267
5.2. Le canal du crédit 62
5.3. Le canal du taux de change 66
5.4. Le canal des anticipations 67
Conclusion 69
Chapitre II : Banque centrale et stabilité des prix 71
Introduction 72
Section I : La banque centrale « L’acteur principal de la politique monétaire» 73
1. Un bref historique de la création des banques centrales 73
1.1. La Banque de Suède 74
1.2. La banque d’Angleterre 75
1.3. La banque de France 75
1.4. La banque des Etats Unis 76
2. Définition de la banque centrale 77
3. Les fonctions de la banque centrale 78
4. Le rôle de la banque centrale 80
5. Les objectifs de la banque centrale 81
5.1. Objectifs de politique monétaire 81
5.2. Objectifs de stabilité financière 81
5.3. Objectifs de système de paiement 82
6. L’indépendance de la banque centrale 83
6.1. Définition de l’indépendance de la banque centrale 83
6.2. L’indépendance légale de la banque centrale 86
6.3. L’indépendance réelle de la banque centrale 89
6.4. L’indépendance des objectifs et des instruments de la banque centrale 91
7. La transparence de la banque centrale 92
8. La communication de la banque centrale 94
9. La responsabilité de la banque centrale 95
10. La crédibilité de la banque centrale 96
Section II : La stabilité des prix« L’objectif principal de la politique monétaire» 100
1. La stabilité des prix 100
1.1. Définition de la stabilité des prix 100
1.2. Les indicateurs de mesure de la stabilité des prix 102
2. Les termes qui se rapprochent de la stabilité des prix 107
2.1. L’inflation 107
2.2. La déflation 118
2.3. La désinflation 120
2.4. La stagflation 121
3. Les stratégies assurant le maintien de la stabilité des prix 123
3.1. L’ancrage du taux de change 124
3.2. L’ancrage des agrégats monétaires 126
3.3. Le ciblage d’inflation 128
3.4. Le ciblage de niveau des prix 132
Conclusion 134
268
Chapitre III : La politique monétaire et la stabilité des prix en Algérie 136
(Analyse exhaustive et étude empirique)
Introduction 137
Section I : La conduite de la politique monétaire en Algérie : une analyse exhaustive 139
1. La conduite de la politique monétaire durant la période de la planification 141
centralisée (1962-1989)
1.1. La conduite de la politique monétaire durant la période 1962 - 1970 141
1.2. La conduite de la politique monétaire durant la période 1970-1989 146
2. La conduite de la politique monétaire durant la période de transition vers 151
l’économie de marché (1990-1999)
2.1. La conduite de la politique monétaire durant la période 1990 -1993 152
2.2. La conduite de la politique monétaire durant la période 1994 - 1999 164
2.3. L’analyse des principaux facteurs de la politique monétaire durant la 172
période de transition vers l’économie de marché (1990-1999)
2.3.1. L’évolution des agrégats monétaires (1990-1999) 172
2.3.2. L’analyse de l’évolution des principaux instruments de la 177
politique monétaire (1990-1999)
2.3.3. L’analyse des principaux objectifs de la politique monétaire 178
(1990-1999)
3. La conduite de la politique monétaire durant la période de l’économie de 184
marché (2000-2018)
3.1. La conduite de la politique monétaire durant la période 2000-2009 184
3.2. La conduite de la politique monétaire durant la période 2010-2018 191
3.3. L’analyse des principaux facteurs de la politique monétaire durant la 193
période d’économie de marché (2000-2018)
3.3.1. L’évolution des agrégats monétaires (2000-2018) 194
3.3.2. L’analyse de l’évolution des principaux instruments de la 200
politique monétaire (2000-2018)
3.3.3. L’analyse des principaux objectifs de la politique monétaire 205
(2000-2018)
Section II : L’impact de la politique monétaire sur la stabilité des prix en Algérie 217
durant la période 1990-2018 : une étude empirique
1. La modélisation économétrique de stabilité des prix : une revue de la littérature 217
1.1. Définitions de l’économétrie 218
1.2. Les études empiriques démontrant les facteurs qui ont une relation 218
causale avec la stabilité des prix
1.3. La détermination théorique d’un modèle 221
2. La présentation théorique de la méthode économétrique utilisée 222
2.1. La présentation de la modélisation ARDL 222
2.2. Le choix des données utilisées dans le modèle ARDL 223
2.3. La forme du modèle utilisé 226
3. Les résultats des estimations de l’analyse économétrique avec la modélisation 227
ARDL
269
3.1. Les tests préliminaires du modèle ARDL estimé 227
3.1.1. Test de stationnarité ADF 227
3.1.2. Test de cointégration ARDL bounds 228
3.1.3. Test de corrélation 229
3.1.4. Test de causalité de granger 230
3.2. Les tests de robustesse du modèle ARDL estimé 231
3.2.1. Test de stabilité 231
3.2.2. Test de variation entre l’IPC réel et l’IPC estimé 232
3.2.3. Test de normalité Jarque-Bera 232
3.2.4. Test d’autocorrélation 233
3.2.5. Test d’hétéroscédasticité 234
3.3. Les tests d’estimation du modèle ARDL 234
3.3.1. Test du modèle optimal et la détermination du nombre de retards 235
3.3.2. Test d’estimation du modèle ARDL utilisé 236
3.3.3. Test d’estimation du coefficient de rappel 237
3.4. Les résultats du modèle ARDL 237
3.5. L’interprétation économétrique et économique du modèle 239
Conclusion 244
Conclusion générale 245
Références bibliographiques 251
Liste des tableaux 265
Liste des figures 266
Liste des graphiques 266
Table des matières 267
270
« La politique monétaire et la stabilité des prix en Algérie : 1990-2018»
Résumé :
De nos jours, l’objectif prioritaire dans la plupart des pays, est d’assurer une stabilité des prix. En Algérie, à
l’instar de la plupart des banques centrales, la Banque d’Algérie se situe au cœur de ces débats afin
d’atteindre cet objectif. De ce fait, l’objet central de ce travail porte sur l’étude de l’impact des indicateurs de
la politique monétaire sur la stabilité des prix en Algérie durant la période 1990 – 2018, en s’appuyant sur
des fondements théoriques, d’une analyse exhaustive des principaux facteurs de la politique monétaire et
d’une analyse empirique de dix variables à partir des données trimestrielles , en utilisant l’approche ARDL.
Les résultats de l’étude montrent que les variables : la masse monétaire et le taux directeur impactent
positivement la stabilité des prix, par contre le taux de change effectif réel et les reprises de liquidité ont un
effet négatif. Cependant, d’autres tests ont montré que la variation des prix est aussi expliquée par le taux de
chômage et le taux de réserve obligatoire.
Malgré que les résultats confirment, l’impact de ces indicateurs sur la stabilité des prix en Algérie et
l’importance de la politique monétaire, le rôle de cette dernière est resté limité.
Mots-clés : l’Algérie, la banque centrale, la politique monétaire, la stabilité des prix, le modèle ARDL.
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. مع الاطال ومع االحعياط اإللرام عغير األ عار يعل عف يرا أينعا من
إال أن ور هةةةشا، أشةةةر هةةةشا الما ةةةرا عنةةة ا ةةةعارار األ ةةةعار فةةة الئرا ةةةر و أهميةةة ال يا ةةة النا يةةة ومةةة أن النعةةةا ا عاكةةة
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