LICENCE 3 DE GEOLOGIE
PROCESSUS ET SEQUENCES
SEDIMENTAIRES
MONDE Sylvain
Professeur titulaire des Universités CAMES
SOMMAIRE
CHAPITRE 1 : ANALYSE SEQUENTIELLE
I- NOTION DE FACIES SEDIMENTAIRE
II- LES FACIES DANS L'ESPACE ET DANS LE TEMPS
III- LES DIFFERENTS FACIES
IV- INTERPRETATION DES FACIES
V- LIMITES DES BASSINS SEDIMENTAIRES
VI- FACIES ET OROGENESE
VII- FACIES ET CLIMAT
VIII- REPARTITION DES BASSINS SEDIMENTAIRES
CHAPITRE 2 : STRUCTURES SEDIMENTAIRES
I STRUCTURES SEDIMENTAIRES
II TEXTURES SEDIMENTAIRES
CHAPITRE 3 – PROCESSUS SEDIMENTAIRES (
I. RELATIONS MUTUELLES DES COUCHES
II – CHRONOLOGIE RELATIVE : ETABLISSEMENT DE L’AGE
DES COUCHES
III – SERIES MARINES
CHAPITRE 4 : SEQUENCES SEDIMENTAIRES
I CLASSIFICATIONS
II ORGANISATION INTERNE
Chapitre I : ORGANISATION SPATIALE DES FORMATIONS
SEDIMENTAIRES
1 - Dans le plan vertical : la stratification
Dans le cas général, les strates sont horizontales (il existe toutefois des stratifications
obliques cf. cours de Sédimentologie) et séparées par des surfaces de stratification. On
appelle joints de stratification ou inter-strate (Fig.2) les fins niveaux argileux pris entre
deux bancs. Exemple: grès ou calcaire. Les modifications des conditions de
sédimentation qui induisent les différences lithologiques au sein d’une formation
peuvent être progressives ou au contraire brutales en provoquant des discontinuités
sédimentaires.
a) modifications progressives
La figure 3 illustre ce phénomène en a,b,c,d. On assiste au passage de
niveaux fins marneux à des niveaux calcaires ou de niveaux gréseux à des niveaux
argileux. Dans les zones de passage alternent, plus ou moins, des petits lits assurant la
transition entre les deux formations. L’exemple d montre la succession de trois
formations: S1, S2, S3, la limite supérieure de S2 est mieux marquée (plus étroite) que
la limite inférieure.
b) Discontinuités sédimentaires
Elles sont dues à une interruption de la sédimentation durant une période
plus ou moins longue, avec ou sans changement de la nature des sédiments. Les durées
de ces interruptions peuvent aller de quelques années à plusieurs millions d’années.
Elles peuvent être dues à des phénomènes mineurs:: variation du cours d’un fleuve,
migration d’un delta par exemple, ou procéder au contraire de phénomènes plus
importants dans le temps et dans l’espace, c’est-à-dire des phénomènes majeurs. On
sera donc amené à distinguer des discontinuités mineures et des discontinuités
majeures.
Les discontinuités mineures séparent des sédiments de nature plus ou moins
semblable. Elles peuvent présenter des figures de surface de banc (bedforms en anglais)
exemple: rides, figures d’érosion, fentes de dessication, traces d’activité d’organismes
etc...
Les discontinuités majeures ont en général une extension régionale
importante et sont accompagnées le plus souvent d’une lacune stratigraphique
significative. Elles correspondent à une limite de cycle sédimentaire (transgression,
sédimentation, régression) ou de cycle orogénique (phases tectoniques).
Les couches de part et d’autre de la discontinuité peuvent être en
concordance mais néanmoins séparées par un “hard-ground” ou surface durcie.
Exemple: le hard ground souvent rencontré à la limite Crétacé/Eocène (caractérisée par
la présence de nodules phosphatés).
Les couches peuvent et c’est plus fréquent, être discordantes. On distingue
classiquement la discordance angulaire de la discordance cartographique. La première
se met bien en évidence en coupe où l’on observe que les couches n’ont pas le même
pendage de part et d’autre de la discontinuité (fig.4b). La surface de discordance peut
être plane comme dans cet exemple ou au contraire se présenter comme une surface
irrégulière correspondant au relief existant au moment de la mise en place de la couche
discordante, on parle de paléorelief (fig.4d). La discordance cartographique comme son
nom l’indique est mise en évidence en plan c’est-à-dire sur la carte. Elle est facile à
reconnaître car le contour de la couche (ou des couches) discordante repose sur des
terrains d’âges différents. Il est fréquent qu’une discordance recoupe des structures
géologiques qu’elle peut masquer partiellement (fig.4d). Une couche sédimentaire peut
être discordante sur une série de couches sédimentaires ou sur le socle( Ex: Fig.5).
Certaines discontinuités peuvent être confondues avec des discordances
stratigraphiques. Ce sont par exemple: les remplissages de chenaux (rivière, delta) qui
par migration successive de leurs cours forment des stratifications entrecroisées. (Il n’y
a pas eu interruption de la sédimentation mais déplacement de l’axe de celle-ci( fig.4
bis a). L’interruption d’une schistosité dans un banc plus compétent peut être confondue
sur le terrain avec une discordance:( Fig. 4 bis b ; nécessité dans ce cas de retrouver la
stratification S0). Ce peut être enfin un contact anormal par faille (cisaillement,
chevauchement) qui peut en plan comme en coupe être confondu avec une discordance:
(Fig.4 bis c ; nécessité de rechercher les critères structuraux: marqueurs, stries etc...).
Enfin un autre type de discontinuité qui n’est pas toujours une discordance
stratigraphique: c’est le ravinement (que l’on doit préférer au terme de discordance de
ravinement) s’il s’agit du creusement pendant le dépôt de la couche de dépressions ou
chenaux (exemple: par les courants marins) remplis aussitôt après par le même
sédiment (Fig.6). Ces ravinements n’ont jamais une grande extension horizontale et les
couches ont le même pendage de part et d’autre. Il peut demeurer une certaine
ambiguïté dans le cas particulier où existe entre deux couches de même nature
lithologique (exemple: calcaire) une discordance stratigraphique réelle mais non
évidente en coupe (exemple: discordance cartographique). Les couches étant en
accordance (c’est-à-dire en concordance apparente): couches horizontales par exemples.
Le ravinement acquiert dans ce cas précis une valeur de discordance stratigraphique cf.
ci-dessous:
Eocène Miocène
La confirmation de la discordance pourra être apportée par la paléontologie,
les faunes étant différentes de part et d’autre. Il y a souvent à la base d’une discordance
des phénomènes de ravinement.
2 - organisation horizontales des formations sédimentaires
Ceci nous amène à introduire la notion de corps sédimentaire qui se définit
comme étant un volume de sédiment homogène ou non, sans discontinuité majeure,
présentant un ensemble de caractères qui permettent de le distinguer de ses voisins.
Il procède d’un mécanisme unique de mise en place. Exemple: vasière de
décantation en arrière du littoral, barre de sable progradant sur des vases lagunaires.
L’organisation horizontale des strates est donc liée aux limites d’extension
des corps sédimentaires.
Un corps sédimentaire peut se limiter par pincement ou biseau (Fig.7 a).
C’est le cas général des transgressions, par indentation “effilochage” en lentilles (Fig.7
b), par modification latérale progressive des caractères pétrographiques .
Certaines limites sont courbes à concavités plus ou moins marquées. C’est
le cas des corps sédimentaires résultant d’une mise en place par progradation ou
accrètion latérale des dépôts( Fig.8).
CHAPITRE 2: PALEOGEOGRAPHIE
I - Introduction
La paléogéographie a pour but, la reconstitution de l'aspect de la terre
à travers les âges de son histoire. Cette reconstitution se fait suivant deux aspects:
1) Du point de vue géographique: position des rivages des fleuves, des
montagnes, communications inter-océaniques, les climats, les courants
atmosphériques et océaniques.
2) Du point de vue géologique: phénomènes d'érosion, de
sédimentation, mouvements orogéniques, transgressions et regressions.
La paléogéographie apparaît comme une science de synthèse. Cette
synthèse ne peut être faite que grâce à un certain nombre de notions dont la
connaissance est nécéssaire pour une bonne interprétation paléogéographique: il
s'agit des notions de :
- faciès
- concordance et discontinuité
- transgression et régression
- cycle sédimentaire.
Mais en fait, la paléogéographie en plus de ces notions, utilise toutes les méthodes
de la stratigraphie.
II -L'ANALYSE PALEOGEOGRAPHIQUE
II-1 Notion de Faciès
II-1-1 Définition
On entend par faciès l'ensemble des caractères lithologiques et
paléontologiques qui caractérisent une roche. Cette définition s'adresse
implicitement aux roches exogènes. Mais de plus en plus, le terme faciès recouvre
aussi les roches métamorphiques (faciès granulite) et même les roches
magmatiques (faciès granitique), dans ce cas on pense essentiellement aux
caractères minéralogiques de la roche.
Que recouvre les termes caractères lithologiques et paléontologiques?
- Les caractères lithologiques sont les caractères qui font appel à
toutes les propriétés pétrographiques et chimiques (texture, structure, composition
chimique).
- Les caractères paléontologiques font appel à la population de fossiles
de la roche.
II-1-2 Principaux types de faciès
selon la méthode de définition et d'observation des faciès, on
distinguera plusieurs types. Ainsi si l'observation se fait aux microscope ou à la
loupe, on parlera de microfaciès.
Au microscope électronique, on parle de nannofaciès.
Lorsque le faciès est caractérisé uniquement par les constituants
minéraux de la roche, on parle de lithofaciès et de biofaciès lorsque la
caractérisation est faite uniquement par des tests ou restes d'organisme.
II-1-3 Variations de faciès
On observe parfois des variations de faciès dans l'espace, on parle de
variations latérales ou passage de faciès, ou dans le temps, on parle alors de
variations verticales (granoclassement; les varves par exemple).
De telles variations traduisent des variations paléogégraphiques.
II-1-4 Nature des faciès
On distingue selon leur environnement des faciès continentaux et des faciès
marins.
Les faciès continentaux sont des faciès qui ont été engendré sur le
continent, ils sont caractérisés par les empreintes ou traces des phénomènes
continentaux. Ainsi les faciès éoliens présentent des galets à facettes ou des grains
de sable ronds-mats, les faciès glaciaires des galets striés; les faciès fluviatiles ,
des galets roulés.
Les faciès marins:
Les faciès marins sont d'analyse plus délicates parce que d'accès
difficile, on ditstinguera cependant, les faciès néritiques(faciès épicontinentaux se
formant sur le plateau continental), les faciès benthiques(se forment sur les fonds
marins agités), les faciès pélagiques(se forment dans les fonds marins profonds) et
les faciès terrigènes(faciès constitués de matériaux résultant de l'usure du
continent).
L'interprétation de ces faciès renseigne sur le passé et permettent de
reconstituer l'histoire des époques.
III -NOTION DE CONCORDANCE OU CONTINUITE
LITHOLOGIQUE
Lorsque deux couches n'ont pas été perturbées par la tectonique après
leur dépôt, elles sont concordantes et forment une série continue. On peut alors
sur une distance de plusieurs centaines de mètres voire des kilomètres, considérer
que la limite entre les deux couches est pratiquement isochrone , c'est-à-dire
d'égale durée (même temps de dépôt). Cette notion permet au cours des synthèses,
de correler des faciès différents de même âge ou des faciès semblables de même
âge.
IV - NOTION DE DISCORDANCE
La discordance resulte du dépôt sur une surface préalablement érodé
et/ou plissée d'une nouvelle série. La discordance permet de dater les deux séries.
La plus jeune étant la série superieure.
Une couche qui manque entraine une lacune et qui peut entrainer une
discordance. La couche supérieure est discordante sur la couche inférieure.
V- NOTION DE TRANSGRESSIONS ET DE REGRESSIONS
V-1 Introduction :
Les variations du niveau des mers au cours des âges est une donnée
très importante pour la paléogéographie, car la répartition des faciès est liée
généralement à ces changements.
V-2 La transgression
Elle est l'avancée au dé-là de ses limites c'est-à-dire l'envahissement
des territoires emergés par la mer. Cet envahissement du continent par la mer
resulte de l'enfoncement du continent ou de l'élevation du niveau de la mer,
phénomènes liés à la variation de la vitesse d'accrètion au niveau de l'axe des
dorsales.
Dans une série sédimentaire, la transgression se manifeste par une
discordance ou par un conglomérat de base suivi de couches de plus en plus fines
à faunes marines (des faciès marins discordant sur des faciès continentaux).
Dans une coupe verticale à travers une telle série, on trouve
superposées les grandes zones de sédiments correspondant aux diverses étapes de
la progression: grossiers au littoral, sableux au-delà et vaseux au large.
Sur le terrain, on a des couches superposées en oblique.
Les transgressions sont caractérisées par des séquences positives: du
grossier au fin.
V-3 La regression
La regression, c'est le retrait de la mer. Ce retrait resulte d'une baisse
de niveau de la mer ou d'un mouvement de soulevement.
Sur le terrain, dans le cas d'une regression, les faciès passent du faciès
marin au faciès lagunaire, puis aux faciès continentaux.
VI- NOTION DE CYCLE SEDIMENTAIRE
On appelle cycle sédimentaire toute série de formations marines qui,
dans une région déterminée est encadrée par deux regressions. Cette série
commence nécéssairement par des dépôts de faciès côtiers littoraux correspondant
à l'arrivée de la mer; elle se continuera par des formations de faciès profonds qui
marquent le maximum de la transgression et se termine par de nouveaux dépôts
littoraux prélude d'une nouvelle regression.
On remarque que la série commence par le terme a et s'achève
également par le terme a.
Un cycle doit revenir à son terme de départ avec une certaine
symétrie. Ici la couche c représente l'axe de symétrie.
Séquences rythmiques ou séquences récurentes
Dans la nature, on oserve des séries, des retours fréquents à des
termes, mais ces retours ne sont pas toujours cycle, car l'analyse montre dans
beaucoup de cas que le terme final ne correspond au terme de départ.
La série n'est pas un cycle sédimentaire. Elle est simplement repetée:
c'est une séquence récurente ou une séquence rythmique.
Exemple : sur une coupe géologique, on observe de la base au
sommet:
- une tillite (conglomérat)
- des dolomies calcaires et calcaires dolomitiques à stromatolithes
- des jaspes
- des pélites et phtamites
- des grès à ciment siliceux avec des stratifications entrecroisées.
Cette coupe pourrait être interprétée comme suit:
* la tillite est un conglomérat d'origine glaciaire déposée en milieu
marin. La sédimentation est donc marine;
* les dolomies calcaires ou calcaires dolomitiques sont des roches
d'origine en partie détritique, en partie chimique qui se sont formées dans une mer
peu profonde en voie de rechauffement;
* les jaspes correspondent à une sédimentation chimique en eau assez
profonde;
* les pélites et phtamites confirment ce milieu marin profond;
* enfin les grès marquent une sédimentation épicontinentale en eau
peu profonde, puisque l'influence du continent est nette.
Les tillites marquent la fin d'une glaciation et le début du
rechauffement qui est caractérisée par les dolomies avec des algues bleues qui ont
données les stromatolithes. Elles marquent aussi le début de la transgression...
VII - INTERPRETATION PALEOGEOGRAPHIQUE
Exemple 2 : une coupe géologique montre les faciès successifs
suivants:
- à la base des grès plus ou moins grossiers, parfois conglomératiques,
riche en éléments remaniés du socle. Ces grès viennent en discordance sur les
couches sous-jacentes;
- sur des grès viennent des calcaires noduleux rouge avec une
épaisseur très irrégulière, avec des moules d’ammonites plus ou moins abondants
et des phénomènes de subsduction à leur partie supérieure.
- viennent des calcaires plus homogènes,
- à ces calcaires homogènes succèdent des calcaires noduleux à
Dacycladacées (algues vertes),
- viennent sur ces calcaires des faciès dolomitique à stromatolithes,
- enfin un faciès conglomératique.
Interprétation
* Les grès conglomératiques de la base, présentent un caractère
molassique : viennent en discordance, des éléments remaniés du socle. Ces
formations marquent la fin de la regression et le début de la transgression. Le
faciès témoigne de l'apport du socle.
Les calcaires noduleux marquent une sédimentation en mer peu
profonde, ils recouvrent la surface d'émersion, les phénomènes de subduction en
sont des témoignages.
Les calcaires homogènes sont des faciès franchement marins;
les calcaires noduleux à Dacycladacées et les dolomies à
stromatolithes sont des faciès de faible profondeur.
Le faciès conglomératique annonce à nouveau la participation
continentale.
En conclusion, les différents faciès permettent de dire qu'il y a eu une
transgression précédée d'une regression et la fin marquée par une regression.
La synthèse paléogéographique
La synthèse paléogéographique peut s'effectuer à l'échelon local,
régional ou continental. Elle fait appel à l'analyse paléogéographique.
CHAPITRE 3: ANALYSE SEQUENTIELLE
I - Les facies dans l’espace et le temps
1 - Dans l’espace
On a vu que des couches de même âge peuvent passer
latéralement à des faciès différents: se référer à l’exemple de la figure 29
où dans le bassin de Paris, on voit les calcaires de Champigny passer au
gypse de Montmartre. On se rappellera également la figure 36 où l’on
observait les principaux passages latéraux de faciès entre le continent et le
domaine marin; disposition que l’on retrouvait lors des transgressions. La
reconnaissance des passages latéraux se fait par l’application du principe
de l’identité paléontologique, de celui de superposition et de continuité. Le
lieu de passage d’un faciès à un autre est évidemment à rechercher en
priorité mais il n’affleure pas toujours tant s’en faut.
2 - Dans le temps
L’étude des variations des faciès dans le temps est d’une
importance primordiale pour la compréhension des phénomènes
sédimentaires. C’est l’objet de la stratonomie qui traite de la succession des
séries sédimentaires de manière à mettre en évidence leur évolution dans le
temps. Une notion importante est celle de séquences de faciès qui sont des
enchaînements caractéristiques des couches. C’est LOMBARD, géologue
belge (1956) qui a introduit l’analyse séquentielle. Certaines séquences ont
une signification particulièrement importante sur le plan géodynamique;
exemple: les séquences de flysch (alternance gréso-pélitique rythmique)
décrites par BOUMA ou encore celle des molasses. D’autres séquences
fluviatiles (fleuves en tresses ou en méandres) sont eux aussi
caractéristiques. L’analyse séquentielle est basée: en premier lieu sur
l’étude des unités sedimentaitre ou sequences trates elles-mêmes sur celle
de leur limites : joints ou surfaces de stratifications et enfin sur leur
rythmicité c’est à dire la répétition dans le temps de caractères semblables;
elle n’est pas systématique.
A) AU NIVEAU DE LA STRATE (SEQUENCE)
On cherchera à voir si elle est homogène ou non depuis la base
de la couche jusqu’à son sommet. Il est fréquent qu’elle ne le soit pas et
que l’on assiste par exemple à des phénomènes de granoclassement (taille
décroissante des éléments figurés, d’un grès par exemple) ou de
stratification entrecroisée (chenaux par exemple).
B) AU NIVEAU DES SURFACES DE STRATIFICATION
On a vu que le passage d’une strate à une autre pouvait être
progressif (Fig.3) ou se marquer par un simple joint de stratification ( ou
inter-strate). On recherchera au niveau des surfaces de stratification les
figures sédimentaires qui peuvent donner des indications sur la dynamique
du dépôt (rides de courants, flute-casts, load-casts etc..), sur des traces
d’émersion (ex: fentes de déssication, de gouttes de pluies etc..), des traces
d’activités terrestres (ex: empreintes de pas de Chirotherieum ) ou
installation d’une végétation terrestre (empreintes de racines). Une
attention toute particulière devra être portée sur la présence éventuelle de
hard grounds (surfaces durcies) dont on a déjà parlé et qui peuvent parfois
correspondre à une période parfois fort longue de non-sédimentation.
C) AU NIVEAU DE L’ALTERNANCE
Une séquence est soit répétitive dans le temps, elle est dite
rythmique, soit au contraire ne pas l’être, elle est alors dite arythmique.
L’analyse séquentielle s’intéresse tout particulièrement à cet aspect des
choses. Rappelons qu’un ensemble de séquences s’appelle une série
sédimentaire. Quelques exemples de séquences ont été illustrés à la figure
47. Sur cet exemple, on observe une séquence S limitée dans l’espace et
dans le temps par deux discontinuités D1 et D2, elle comporte plusieurs
termes lithologiques t1, t2, t3 etc..
Rappelons encore que cette séquence, délimitée par des
discontinuités bien marquées constituent un corps sédimentaire. La
séquence est donc l’unité de base de la série sédimentaire. Un autre
exemple de séquence est illustré à la figure 48; il fait intervenir la
succession de termes lithologiques différents qui ont une signification
quant à la dynamique du dépôt. On dit qu’une séquence est positive lorsque
le granoclassement décroît: gros éléments en bas de séquence, éléments
fins au sommet. On dit qu’une séquence est négative si l’on y observe la
disposition inverse , c’est à dire les particules les plus grossières situées au
sommet de la séquence.
La figure 49 illustre un autre type de séquence dite symétrique.
On voit clairement s’ordonner les couches A, B,C de part et d’autre de D
suivant un ordre inverse. Ce type de séquence permet de montrer qu’il
existe un retour aux mêmes conditions de dépôt en fin de séquence que
celle du début ( couche A). Si le phénomène se reproduit plusieurs fois de
suite, on parle de série rythmique dont l’exemple le plus démonstratif est
sans doute celui du flysch illustré à la figure 50. On se rappellera que le
flysch est un type de série sédimentaire liée aux grandes orogenèses; il se
dépose grâce aux courants de turbidité. Chaque séquence élémentaire
représente en réalité la naissance, la vie et la mort d’un courant de
turbidité. Celui-ci naît au niveau du plateau continental ou plus
précisément de la pente ( ou talus); il emprunte fréquemment des vallées
sous-marines ou canyons avec une forte énergie d’entraînement. Le
premier terme déposé lorsque l’énergie diminue sera donc le plus grossier,
l’énergie du courant continuant à diminuer mais demeurant tout de même
élevée, on observera dans l’unité lithologique suivante, des particules d’un
diamètre inférieur aux rudites,; succèderont les arénites par exemple. Les
lamines parallèles témoignent d’une énergie de courant encore élevée qui
va cependant diminuer encore dans l’unité suivante où l’on peut observer
des figures sédimentaires de type stratification entrecroisée; en fin la
séquence se termine par des dépôts fins horizontaux de faible énergie de
type dépôt de décantation puis redémarre une autre séquence avec la venue
d’un autre courant de turbidité qui fréquemment va raviner le sommet de la
séquence précédente en déterminant des chenaux. Cette disposition
verticale se retrouvera en plan sur la figure 54 qui montre les répartitions
des zones sédimentaires où l’on voit le lieu de départ des turbidites en
général les canyons sous-marins incisant la pente. Les premières turbidites
à se déposer dans les cônes sous-marins au débouché des canyons seront
plus grossières; on les appelle les turbidites proximales ( déposées au
niveau des glacis); celle déposées plus loin au niveau des plaines abyssales
seront moins grossières ( mais toujours ryhtmées bien entendu); on les
nomme turbidites distales.
La notion de séquence peut dépendre de l’échelle où se fait
l’observation. La figure 51 montre une vaste coupe effectuée dans une
région fluviatile où des chenaux sont emboîtés. Suivant le lieu où l’on se
trouve, on pourra avoir des résultats bien différents:
- dans la coupe F qui représente la séquence fondamentale, on
voit une bonne épaisseur de matériel relativement grossier passant
progressivement à du matériel plus fin.
- dans la coupe R, on observe également une telle alternance
mais d’épaisseur faible, car il s’agit d’un débordement de chenal; la
séquence est dite rabougrie ou réduite (mêmes termes, puissance moindre).
- dans la coupe T, on voit un seul terme de la séquence car un
deuxième chenal est venu raviner le précédent; il manque donc le terme le
plus fin de la séquence fondamentale et, on dit qu’une telle séquence est
tronquée.
- dans la coupe C par contre, on observe une séquence dite
composite car elle intègre plusieurs événements; la séquence correspondant
au premier chenal (séquence fondamentale), au deuxième et au troisième
chenal. Cet exemple illustre bien l’intérêt mais aussi la limite de l’analyse
séquentielle lorsque l’on ne connaît pas l’extension latérale des dépôts.
D) ETABLISSEMENT DES COURBES LITHOLOGIQUES
C’est la méthode de base de l’analyse séquentielle, elle consiste à
partir d’une séquence virtuelle de référence, de construire point par point,
l’évolution d’une série. Pour ce faire, on reproduit la colonne
stratigraphique à l’échelle, et face à chaque terme lithologique reconnue
dans la série, on place un point dans la colonne correspondant au type de
matériel présent. La figure 52 illustre ceci ; à côté de la colonne
stratigraphique sont tracées six colonnes correspondant à la séquence
virtuelle allant de 1: conglomérat à 6: calcaire, deux modes de
représentations ont été figurés à gauche, le point représentatif de la
séquence concernée est positionnée au centre de la classe, à droite, elle est
à droite de la classe dans un cas, on a un “ profil “en dent de scie ; dans le
deuxième mode, on a un profil en “ marche d’escalier”. La figure 53
illustre un exemple d’une série sédimentaire zaïroise où la série virtuelle
comporte cette fois 11 termes allant toujours du conglomérat au calcaire.
Le mode de représentation utilisé est celui du point au centre de la classe.
La courbe lithologique est obtenue en joignant tous ces points. On convient
d’un pointillé lorsqu’existe une lacune. A ces courbes lithologiques, sont
succeptibles de se rajouter quantité d’autre données q’elles soient
observées sur le terrain ou qu’elles proviennent de résultats d’analyses. La
figure 53 montre qu’à côté de la courbe lithologique ont été tracés des
diagrammes concernant les quartz détritiques; dans le premier est figuré le
grain médian, dans le deuxième, le pourcentage de quartz que contient
chaque terme lithologique; peuvent être couplées à ces courbes
lithologiques de nombreuses autres analyses: minéraux argileux, comptage
de minéraux lourds, détermination paléontologique exemple: microfaunes
(foraminifères) microflore (pollens). Le log stratigraphique composite est
l’élément essentiel préalable à toute interprétation ou conclusion
concernant une série sédimentaire. La conclusion devant tenir compte des
grandes tendances exprimées par ces différentes coupes.
III - Les différents faciès
1- Les faciès continentaux
Ils sont les plus faciles à étudier, car plus faciles à identifier
directement. On reconnaîtra aisément par exemple:
- des faciès glaciaires: par la présence de roches moutonnées; par
des moraines avec des galets striés, des argiles à blocaux, des tillites etc.
- des faciès éoliens par la présence de galets à facettes “ Drei
kanter “, par la morphoscopie des sables: exemple pourcentage élevé de
ronds mats
- des faciès fluviatiles par la présence d’un matériel particulier,
de séquences typiques (fleuves en tresses, fleuves en méandres).
2- Les faciès marins
La reconstitution des domaines marins est plus compliquée que
celle des domaines continentaux. Il faut en effet dans un premier temps,
prouver l’existence de la mer dans une région; ensuite , préciser ses limites
d’extension (rivages) et enfin rechercher la nature de ces milieux marins
(profondeur , sédimentation etc..).
Les profondeurs marines sont naturellement difficilement
accessibles à l’observation et à la reconstitution des processus
sédimentaires encore que l’océanographie ait fait au cours de ces quinze
dernières années, des progrès considérables grâce aux programmes de
recherches international tel le D.S.D.P ( Deep Sea Drilling Projects) ou
l’I.P.O.D.( International Program of Ocean Drilling) qui ont implanté de
par le monde entier, des centaines de sondages profonds qui se révèlent
être des sources irremplaçables pour la connaissance de l’histoire des fonds
marins.
Les composants des dépôts marins ont trois origines principales:
1) terrigènes
Ce sont les matériaux provenant de l’érosion du continent qui
sont apportés par les agents dynamiques externes que sont les eaux
courantes, les glaciers ou les vents. La nature de ces terrigènes est
essentiellement silico-argileuse
2) benthiques:
Matériaux résultant de l’activité d’organismes vivant sur le fond
ou de leurs restes (récifs, coquilles , algues etc...).
3) pélagiques:
Matériaux produits par l’activité des organismes vivant en pleine
eau (essentiellement leurs restes) mais aussi des matériaux apportés par le
vent et sédimentés par simple décantation( Fig.57)
Le domaine marin est classiquement découpé en un certain
nombre de zones qui sont:
- la zone néritique
C’est le domaine du plateau continental. La limite inférieure de
cette zone est le début du talus ou pente continentale, elle se situe à une
profondeur voisine de -200 mètres. C’est en quelque sorte le prolongement
du continent en mer, il est parfois très réduit. La limite supérieure s’appelle
la zone littorale ou zone de battement des marées. On subdivise cette zone
littorale en trois sous-zones qui sont la zone supralittorale qui n’est atteinte
qu’aux grandes marées, par la mer (la zone s’appelle également supra-
tidale), la zone médio-littorale ou intertidale qui se situe entre les hautes et
basses mers normales, la zone infra-littorale ou infratidale se situe en
dessous des basses mers normales, elle peut être exceptionnellement
découverte (en partie) lors des grandes marées.
- La zone bathyale
C’est une zone qui inclue la pente continentale donc de -200 m à
environ 3000 et s’arrête au niveau des plaines abyssales.
- La zone abyssale
C’est le domaine marin profond avec une sédimentation
essentiellement planctonique. Les plaines abyssales sont parfois parcourues
par des fossés océaniques encore plus profonds jusqu’à 8000 m et même au
dé-là (10 000 m).
De tous ces domaines marins, c’est naturellement le domaine
néritique qui est de loin le plus riche en faune. Toutes ces zones sont
illustrées à la figure 55.
IV - Interprétation des faciès
L'interprétation des faciès du milieu continental est , on l'a vu
beaucoup plus facile à faire car beaucoup plus accessible à l'observation.
Les modèles actuels de sédimentations éolienne, fluviatile, glaciaire sont
évidemment autant de références irremplaçables pour l'interprétation des
milieux anciens.
Le milieu marin se prête un peu moins bien aux reconstitutions
surtout les milieux profonds. Mais on est arrivé au cours de ces dernières
années à accumuler un nombre de données substantielles concernant
principalement ,il est vrai le domaine néritique.
- Exemple de reconstitution en milieu bathyal
C'est à dire un milieu où la sédimentation est surtout pélagique
(mais pas uniquement : cf les turbidites). Leur interprétation est plus
délicate et se pose essentiellement le problème de la profondeur. On sait
qu'elle est supérieure à celle du milieu néritique (> 200 m) mais sans
pouvoir dire combien et dans le cas où la sédimentation est terrigène fine
comme dans les plaines abyssales, le domaine d'incertitude est encore plus
grand (on ne sait si on est à -500 ou à -5000 m). Toutefois, les faunes et en
particulier les microfaunes peuvent donner certaines indications.
Faute de connaître la profondeur avec précision, on peut avoir
des indications sur la pente du fond.
Par la présence de brèches de flancs qui se forment par gravité,
elles sont intraformationnelles et monogéniques (contrairement aux vraies
brèches qui sont hétérogènes et polygéniques). Elles se trouvent au niveau
du glacis continental. On peut avoir localement des glissements
intraformationnels sous-marins: ce sont les slumps (phénomène de
slumping); ils sont fréquents dans les séries terrigènes au niveau du talus
continental, ils se reconnaissent des plis car ils sont toujours
dissymétriques, ne développent jamais de schistosité, ni de fentes de
tension. La figure 62 montre un exemple de slumping en A , on en déduit
que le glissement s'est fait vers la gauche. Une couche possédant des
slumps peut ultérieurement être plissée. On reconnait toujours la
dissymétrie initiale due aux slumps qui est toujours dans le même sens. Si
ces microplis avaient été induits par le plissement ils seraient tous de même
plan axial que le grand plis. Bien entendu le sens du glissement
synsédimentaire antérieur au plissement n'a rien à voir avec le pendage des
couches après plissement.
Les glissements intraformationnels sous-marins peuvent avoir
une extension régionale plus étendue et être liés à des phénomènes
tectoniques. Ils aboutissent à des brèches chaotiques appelées olistostrome
dans le cas où ce sont de très gros blocs qui ont glissé , on désigne ces
blocs sous le nom de klippes sédimentaires ou d'olistolihes. Certains sont
de taille énorme, de la taille d'une colline. La figure 59 montre le départ à
partir d'un horst d'un klippe sédimentaire ayant glissé au niveau de la
plaine alluviale avec des alluvions de piedmont plus ou moins bréchiques;
l'ensemble forme un olistostrome. Ce glissement est le resultat du
fonctionnement de la faille normale en pied de horst. La figure 60 et la
figure 61 montrent la formation d'un olistostrome sous l'action d'autres
mouvements tectoniques: l'avancée d'une nappe de charriage, les blocs
éboulés, les klippes se mêlent à la sédimentation marine et constituent
l'olistostrome.
Un autre élément fondamental dans l'étude des milieux marins
est l'examen des structures sédimentaires en particulier celles liées au
courant: rides de courant, linéations de délit, flute casts, stratifications
obliques etc. La figure 65 est un tableau de répartition des différentes
structures sédimentaires en fonction du milieu. Leur utilisation dans les
reconstitutions de bassin (sens des apports, morphologie du bassin etc...)
est universelle.
Dans certains cas la nature même du sédiment peut apporter des
renseignements précieux sur l'environnement du dépôt. C'est ce qui est
illustré à la figure 64. La présence de glauconie par exemple implique un
milieu marin franc.
V - Limites des bassins sédimentaires
L'un des objets essentiels de la paléogéographie est la définition
des limites entre zones émergées et immergées. En général, on ne dispose
que de quelques affleurements.
1 - Les plages
Lorsque par chance on peut reconnaître des dépôts de plage; le
problème des recherches des lignes de rivage est résolu. La morphologie
d'une plage est rappelée à la figure 63. Les structures sédimentaires
associées aux plages commencent à être bien connues et répertoriées ce qui
facilite leur reconnaissance (ex: tempestites, laisses de marées,
microstratifications obliques, bird eyes, rill marks etc...). Les faunes
intertidales fossiles peuvent également être d'un apport déterminant pour
l'identification des différentes zones.
Le fait de trouver des évaporites (sel, gypse) indique un domaine
peu profond soumis à l'évaporation mais n'indique pas forcément la
proximité de la plage. Ex : les dépôts salifères rencontrés dans le
Mésozoïque entre l'Angola et le Sud-Est du Cameroun et qui font plusieurs
centaines de mètres se sont déposés dans une "lagune" considérablement
plus grande que l'actuelle mer rouge. De même au Permo-Trias en Europe
et en Afrique du Nord de très vastes étendues d'évaporites se sont formées,
certaines occupant des dépressions fermées à l'intérieur des continents.
VI - Faciès et orogenèse
outre que l'analyse des faciès peut mettre en évidence une
discordance, il existe certains faciès particuliers qui sont liés aux
évènements orogéniques . Exemple : le flysch caractérisé par des
alternances de petits lits (décimétriques) gréso-pélitiques agencés suivant
un rythme régulier que l'on a détaillé à la figure 50. Ces flysch dus à des
courants de turbidité marquent le comblement d'un bassin sédimentaire où
il se dépose comme conséquence de l'orogenèse d'une zone immédiatement
voisine. De même après la surrection de la chaîne on observe
l'accumulation très rapide de puissantes séries dites molasses (alternances
de bancs métriques d'un matériel détritique souvent très grossier en base de
séquence) qui se dépose dans les fosses situées en avant de la chaîne (avant
fosses) ou en arrière (arrière fosses) parfois même à l'intérieur (intra-fosse).
VII - Faciès et climat
1 - Lithologie
Les caractères lithologiques permettent parfois de caractériser les
climats régnant au moment de la formation du sédiment. Les sédiments
glaciaires sont évidemment les plus démonstratifs (argiles à blocaux,
tillites, sols polygonaux, moraines, galets striés etc...). Les sédiments
éoliens témoignent d'un climat sub-désertique ou désertique. L'étude des
minéraux argileux apporte aussi sa contribution à la connaissance du
climat; par exemple la formation d'illite est favorisée sous climat tempéré,
la kaolinite est favorisée par des climats intertropicaux et équatoriaux. La
couleur rouge pour les sédiments détritiques témoigne de conditions
climatiques comparables à celles rencontrées dans les zones sub-arides à
saisons contrastées responsables des formations latéritiques ou des Terra
Rosa. Le milieu est oxydant et contient des oxydes de fer ferrique en milieu
moins oxydant, ce sont des oxydes de fer ferreux qui seront dominant
(couleur verte) en milieu réducteur, ce sont surtout des sulfures qui
domineront. Tous les sédiments de couleur rouge ne sont pas
systématiquement continentaux ou mixtes, il existe des sédiments (mais de
granulométrie fine) constitués de marnes rouges à microfaunes pélagiques
et qui sont marins profond (Fig.64).
Les dépôts salifères: gypse et sel sont souvent considérés comme
lagunaires mais toutes les évaporites ne sont pas forcément liées à des
lagunes. On trouve actuellement des évaporites en marges des déserts sub-
polaires en haute latitude et des déserts intra-continentaux sous toutes les
latitudes. Les évaporites ne peuvent donc être à elles seules caractéristiques
d'un climat.
2 - Les caractères paléontologiques
Fournissent aussi des renseignements . Le biotope de certains
animaux et végétaux étant connus, on admet, en appliquant le principe de
l'uniformitarisme, que ce biotope était identique dans le passé. Les
refroidissements du climat ont été souvent mis en évidence par les
variations des flores qui de tropicales deviennent tempérées ou tempérées
boréales. La présence de bois de printemps et d'automne témoigne de
plantes vivant dans les régions à saisons marquées (zone tempérée ou
méditerranéenne). Dans les zones équatoriales le bois a une pousse
continue. Ce qui était le cas des forêts du Carbonifère. Chez les animaux
des raisonnements analogues peuvent être faits. Par exemple, les coraux
constructeurs de récifs sont des indicateurs d'eaux chaudes; on a donc
supposé que les récifs anciens avaient sur ce plan la même signification.
On a étendu cela au récif à rudistes et même à tous les organismes
possédant un test épais. Ces hypothèses ont été confirmées par la
géochimie notamment les rapports isotopiques de l'oxygène 16O/18O.
L'explication de la répartition et de l'évolution des paléoclimats (zones
désertiques subtropicales, calottes glaciaires, glaciations permo-
carbonifères par exemple) ont trouvé grâce à la tectonique des plaques une
explication satisfaisante.
CHAPITRE 2 : STRUCTURES SEDIMENTAIRES
Les structures sédimentaires ainsi que la texture des roches et des
sédiments sont de très importants indicateurs des environnements de dépôt.
Ils donnent des indications sur le milieu et le mode de transport ainsi que
sur les conditions d'énergie au moment du dépôt (niveau d'énergie :
profondeur de l'eau, vitesse du courant ou du vent, turbulence, etc.).
Structure et texture sédimentaires constituent les paramètres physiques
(REINECK) des roches et des sédiments.
Les structures sédimentaires sont le résultat de la manifestation
directe du milieu de dépôt et les conditions d'énergie, alors que la texture
(granulométrie, forme et surface des grains, arrangement des grains) est
contrôlée par le milieu et le mode de transport.
IV-1 Les structures sédimentaires
Nous parlerons ici des structures sédimentaires primaires qui se
forment dans le sédiment durant le dépôt ou très peu de temps après (par
opposition aux structures sédimentaires secondaires d'origine diagénétique,
étudiées par ailleurs).
Les structures sédimentaires sont nombreuses et variées. Ici ne
seront étudiées que les principales, leur classification. Leur nomenclature
est complexe et confuse.
Certains auteurs (GREENSMITH, 1978) distinguent les
structures formées par des "forces extérieures" (exogénétiques) de celles
formées à l'intérieur du sédiment après le dépôt avant la litification
(endogénétiques), enfin tous les auteurs distinguent les structures
biogéniques ou encore organiques liées aux organismes et à leur activité.
Il est peut être plus simple de parler de structures
présédimentaires, synsédimentaires et postsédimentaires.
Structures organiques Pistes (épichnia) (vertébrés-
ou traces de bioturbations invertébrés)
Terriers (endichnia) Racines
Pré-dépôt (souvent erosionnelles)
Structures inorganiques Syn-dépôt (pendant le dépôt)
Post-dépôt (souvent de déformation)
Classification proposée pour les structures sédimentaires
primaires
IV-1-1 Structures sédimentaires biogéniques
Il s’agit donc de structures affectant soit la surface des bancs
(pistes) soit noyées dans la masse des bancs (terriers). Ces structures sont
très variées en forme (Fig.22). De plus ce sont de bons indicateurs de
paléoenvironnements. Leur étude est souvent qualifiée d'ichnologie et leur
utilisation peut conduire à la définition d'ichnofaciès variables dans
l'espace (Fig.23).
IV-1-2 Structures sédimentaires érosionnelles
Elles se forment à la surface des bancs dans le sédiment meuble.
Elles donnent des indications sur les directions de courant. Les plus
connues sont :
- les "flute-marks" ou figures d'affouillements (Fig.24)
abondantes dans les flysch souvent liées aux courants de turbidité. ce sont
des figures d'érosion du sédiment non consolidé. Le sens du courant qui les
a formé est à l'inverse du V de la figure.
- les "tool-marks" dus à la trace du courant autour d'un obstacle.
- les "rill-marks" ou trace d'écoulement visible sur les plages.
- les "bounce-marks" ou trace d'impact d'objets qui sautent dans
le courant .
IV-1-3 Structures sédimentaires syn-dépôt
Ce sont celles qui se font actuellement durant la sédimentation.
Ce sont des structures sédimentaires construites qui sont présentes à
l'intérieur des strates.
La stratification est la caractéristique des roches sédimentaires.
Elle correspond à des successions de surfaces qui délimitent les sédiments
(en strates, bancs ou lits-bed en anglais) et résultent de changement dans la
sédimentation.
Un lit est distinguable d'un autre par un changement lithologique.
A l'intérieur d'un lit dont la dimension peut aller du centimètre au mètre et
plus, on peut distinguer un litage plus fin ou lamination (des laminés) dont
l'ordre de taille est le millimètre. Ces laminés peuvent être dus à
l'accroissement latéral d'une dune hydraulique par exemple, ou d'un talus,
on parle alors de "foreset".
On peut distinguer un terme intermédiaire entre le lit et le laminé,
c'est le "set" (terme anglais) : Fig.25.
Nous avons déjà vu comment lorsqu'un lit de sable est soumis à
un courant de vitesse croissante se développent des structures
sédimentaires selon une séquence régulière. Nous avons vu de même
comment les structures sont fonctions de nombreuses variables telles la
vitesse du fluide, sa viscosité, et la taille des grains de sable.
Nous étudierons ici la morphologie et l'origine ou la signification
environnementale des différentes structures syn-dépôt.
a - La structure massive
On parle de structure massive lorsqu’aucune forme de structure
sédimentaire n'existe dans le dépôt.
Cette structure peut avoir plusieurs origines. Elle peut être due à
la diagenèse et à la recristallisation qui peut avoir effacée toute trace de
structures préexistantes; ou bien encore elle peut être originelle comme
dans certains dépôts fins d'environnements de basse énergie (argile -
calcite). Dans les sables elle est rare, elle se rencontre cependant dans les
dépôts de type grains flow ou dans l'unité A des turbidites bien que ces
dernières soient granoclassées; ainsi que dans les mud flows.
b - La structure planaire (flat-bedding)
C'est la plus simple, il s'agit de laminations planes à l'intérieur du
lit. Elle correspond à des dépôts horizontaux parallèles à la stratification
majeure. Nous avons vu sous quelles conditions hydrodynamiques elle peut
se former (fig.4 et 5).
On en rencontre dans divers environnements comme les chenaux
fluviaux, les plages (beach-face) et les fronts deltaïques; on la rencontre
dans les sables terrigènes ou carbonatés.
c - Les stratifications entrecroisées
C'est la plus importante des structures sédimentaires, elle est
rencontrée dans les dépôts dus aux courants de traction dans différents
environnements. La nomenclature des termes utilisés pour décrire les
stratifications entrecroisées est donnée sur les figurent 25 et 26.
Il s'agit de structures de grande taille (plusieurs dizaines de cm à
plusieurs mètres) liées à la migration des dunes et des antidunes.
Les plus épaisses sont dues aux dunes éoliennes qui présentent
aussi les foresets les plus inclinés sur l'horizontale (30 à 35°) alors que
ceux des dunes hydrauliques n'excèdent pas 30°.
Trois types de stratifications entrecroisées (fig.27) peuvent être
définies en fonction de la géométrie de leur foreset et de la surface de base
(encore appelée "bottomset" par opposition à celle du sommet ou "topset".
Ce sont d'une part les :
- les "tabular planar-bedding" (plan - tabulairs) et d'autre part
- les "trough cross - bedding" (en gouttière ou festonnées) ou en
berceau.
Ces deux structures peuvent se développer successivement par
accroissement de la vitesse du courant et, pour un courant plus rapide,
peuvent prendre naissance les stratifications planaires du régime
d'écoulement super-critique.
- le troisième type de stratification entrecroisée est celle formée
par les antidunes dans les conditions de régime supercritique, supérieur à
celui des "plans beds". Les antidunes migrent dans le sens inverse du
courant et leurs foresets sont inclinés à l'inverse de ceux des structures
précédentes.
3. LES STRUCTURES SEDIMENTAIRES
Les structures ou figures sédimentaires constituent un important indicateur
des conditions de transport et de dépôt des sédiments. Leur interprétation
est facilitée d'une part par l'étude de la nature actuelle et d'autre part par
l'expérimentation en laboratoire. Certaines structures sédimentaires sont
caractéristiques d'un environnement bien particulier (glaciaire,
désertique,...) mais la plupart sont communes à plusieurs milieux de dépôt
et nécessitent l'utilisation de critères complémentaires pour l'interprétation
des paléoenvironnements (autres figures sédimentaires, fossiles, contexte
général).
Plusieurs types de classification des structures sédimentaires ont été
suggérés. Relevons surtout les classifications basées sur la position des
figures dans les sédiments (au mur, au toit ou dans la couche sédimentaire),
sur leur genèse (formées par des courants, des organismes, etc) et sur leur
époque de formation (avant, pendant ou après le dépôt de la couche
sédimentaire). De fait, la plupart des structures sédimentaires peuvent être
réparties entre structures pré-, syn- et post-dépôt.
Les structures pré-sédimentaires sont observées à la surface supérieure des
bancs constitués auparavant (et à la surface inférieure des nouveaux bancs
sous la forme de contre-empreintes) avant le dépôt de nouveaux sédiments.
Elles sont à rapporter le plus souvent à des processus d'érosion. Exemple:
traces de glissement d'objets sur le fond. Beaucoup de ces structures
fournissent des indications sur la direction et le sens des courants.
Les structures synsédimentaires se forment au cours du dépôt des
sédiments et témoignent de la vitesse, nature, sens, direction des agents de
transport. Un bon exemple est la stratification entrecroisée. La
bioturbation, due aux agents biologiques, est généralement contemporaine
ou légèrement postérieure au dépôt des sédiments. On la retrouvera
généralement associée aux phénomènes syn-dépôt.
Les structures post-sédimentaires se développent dans le sédiment après
son dépôt. On relève les réarrangements hydrostatiques (figures de charge),
les structures dues aux déplacements latéraux de masses de sédiments
(slumps), les structures de dessiccation, les structures dues à la pédogenèse,
etc. Le cas particulier des figures diagénétiques fait intervenir des
processus liés à la modification physico-chimique des sédiments dans les
conditions de pression et température de subsurface.
Enfin, il faut rappeler que certaines structures sédimentaires servent, dans
les séries plissées, à déterminer la polarité des couches.
3.2. Description et genèse de quelques structures sédimentaires
Le but de ce paragraphe est de décrire, figurer et interpréter les figures
sédimentaires les plus susceptibles d'être observées dans les dépôts,
principalement détritiques. Interpréter signifie que par analogie avec des
observations réalisées dans la nature actuelle, on essaie de faire
correspondre un type d'environnement à une gamme de figures
sédimentaires.
3.2.1. Figures formées par érosion à la face supérieure des bancs
Les "flute casts" (Fig. V.4) sont formés par affouillement du fond par les
courants (vortex). Ils sont reconnaissables par leur forme oblongue,
allongée ou triangulaire dont la "queue" indique le sens du courant. En
section, ils sont asymétriques avec la partie la plus profonde pointant vers
l'amont. Ce sont donc d'excellents indicateurs des paléocourants. Ils sont
souvent accompagnés d'autres figures comme les tool marks et les groove
marks (voir ci-dessous). On les observe souvent à la base des turbidites et
également dans certains chenaux fluviatiles.
Flute casts dans un grès fin de la Formation de Pepinster, Emsien,
Colonster. La flèche indique le sens du courant. Les flutes apparaissent en
moulage à la base du banc surincombant.
Les figures en croissant ("crescent marks") (Fig. V.4) prennent naissance
lorsqu'un objet posé sur le fond provoque une déflexion des lignes de
courant. Il en résulte une érosion à l'avant de l'objet et un dépôt à l'arrière.
La forme de la figure est contrôlée par la géométrie de l'objet. Cette figure
est très fréquente en milieu littoral.
Figure en croissant formée autour d'un fragment de tourbe; la flèche
indique le sens du courant
A beaucoup plus grande échelle, on peut rapprocher les tombolos, forme
d'accumlulation littorale, des figures en croissant. Les tombolos se
développent en arrière d'îlots rocheux à la faveur de zones plus calmes
(Fig. V.3).
Figure V.3. A: développement d'un tombolo par accumulation de sédiments
en arrière d'un îlot rocheux. B: tombolo de gravier derrière l'Ilot Saint-
Michel, Bretagne.
Les marques de ruissellement ("rill marks") sont des figures d'érosion
dendritiques mm-cm formées par un système de "micro-rivières" lors du
retrait des eaux sur les plages ou lors de phénomènes de ruissellement
subaérien sur des sédiments fins. La divergence des ramifications se fait
vers l'aval (=dans le sens du ruissellement).
Marques de ruissellement ("rill marks") à la surface de la plage Saint-
Michel, Erquy, Bretagne; la flèche indique le sens du courant.
Les "scour marks" sont des figures d'affouillement présentes à la face
supérieure des bancs ou à l'intérieur de ceux-ci. En plan, les scour marks
sont allongés suivant la direction des courants. Typiquement, ces figures
tronquent la lamination du sédiment sous-jacent. Ces cicatrices d'érosion
sont habituellement irrégulières, avec un certain relief, mais peuvent être
lissées par les courants.
Scour marks, plage de Vildé-la-Marine, Baie du Mont-Saint-Michel,
France.
Figure V.4: différents types d'érosion à la base des bancs.
3.2.2. Empreintes d'objets
Les figures de traction ("groove marks") (Fig. V.4) sont des rainures
creusées dans le sédiment sous-jacent par des objets traînés sur le fond par
les courants, voire par des icebergs. Ils se présentent sous la forme de
crêtes rectilignes, étroites et allongées de quelques mm à plusieurs dizaines
de cm, souvent parallèles entre elles. Ce sont de bons indicateurs de la
direction des courants (mais pas de leur sens). Ils sont également fréquents
dans les turbidites, les faciès fluviatiles et les faciès périglaciaires.
Les figures d'impact ("tool marks ") (Fig. V.4) sont des empreintes
formées par des objets transportés par les courants venant épisodiquement
en contact avec le fond (objets en saltation). Ces objets peuvent être des
fragments de sédiment ou des tests d'organismes.
Tool et groove marks dans un grès fin. Flysch éocène, Kotli, Istrie
(Croatie).
3.2.3. Autres empreintes de surface au sommet des bancs
Les linéations primaires de courant ("parting lineations") sont des
traînées allongées de quelques mm de large et quelques dm de long
présentes sur la surface supérieure des bancs. Elles sont en général séparées
les unes des autres d'un cm au plus. Elles correspondent à une orientation
préférentielle de l'allongement des grains parallèlement au courant et se
mettent en place généralement sur des sédiments à lamination plane
(écoulement rapide).
Linéations primaires de courant ("parting lineation") à la surface de la
plage Saint-Michel, Erquy, Bretagne.
Les fentes de retrait ("desiccation cracks") s'observent dans des sédiments
fins soumis à la dessiccation dans les environnements côtiers et lacustres.
Elles s'organisent en réseaux polygonaux de maille millimétrique à
plurimétrique. Les fissures entre les polygones sont ouvertes et peuvent
être ultérieurement remplies par des sédiments. Elles se terminent en coin
vers le bas. Des fentes de retrait horizontales peuvent également
apparaître ("sheet cracks"). D'autres types de fentes de retrait, les fissures
de synérèse ("syneresis cracks") peuvent apparaître en milieu sous-
aquatique sans l'intervention d'une émersion. Elles sont liée à des
phénomènes de variation de salinité. On les identifie par leur caractère
incomplet et l'absence de la forme en V.
Dessiccation sur une plage près de la Chapelle Sainte Anne, Baie du Mont
Saint-Michel, France.
A: mud cracks dans des sédiments continentaux thuringiens, La Lieude,
France; B: fissure de dessiccation avec relèvement des bords du polygone
(flèche), Lias, Le Perthuis, France.
Les empreintes de cristaux. Sous des conditions favorables, des cristaux
variés (glace, halite, gypse) se développent à la surface des sédiments non
consolidés. Même si ces cristaux sont ultérieurement dissous, leur
empreinte peut être conservée. A noter que cristaux de sel et de gypse
peuvent se former aussi bien en milieu aérien qu'aquatique.
Empreintes de cristaux de halite dans un grès.
Empreintes de cristaux de glace dans de la boue calcaire actuelle.
L'avancée des vagues sur une plage donne naissance à un petit bourrelet de
sédiment, formant des lignes sinueuses et recoupées.
Lignes dues à l'avancées des vagues sur une plage sableuse.
Les gouttes de pluie ("rain drops"). Les gouttes qui frappent la surface
d'un sédiment non consolidé y creusent de petits cratères circulaires ou
elliptiques. Le bord du cratère est en très léger relief par rapport à la
surface du sédiment, ce qui permet de les différencier des structures
produites par des bulles d'air qui s'échappent du sédiment. Si les gouttes
sont nombreuses, la surface devient gaufrée et irrégulièrement creusée.
Empreintes de gouttes de pluie sur un sédiment argileux: Grand Fort
Philippe, actuel.
3.2.4. Rides, mégarides et dunes
Ce sont des formes de dépôt ("bedforms") essentiellement développées en
contexte sableux. Les rides ("ripples") sont très communes sur les surfaces
des bancs alors que les dunes et mégarides ("sand waves",
"megaripples") sont assez rarement préservées. La migration latérales des
dunes et rides donne naissance à différents types de stratifications obliques
(voir ci-dessous).
Deux grands types de rides (échelle du mm-cm en coupe transversale) se
distinguent (Fig. V.5): les rides de vagues et les rides de courant. Les
premières sont formées par l'action des vagues sur un sédiment non
cohérent, en général dans la gamme des sables fins. Leur coupe
transversale est typiquement symétrique. Les secondes sont générées par
l'action de courants unidirectionnels. L'asymétrie qui les caractérise permet
donc de déduire le sens du courant: pente forte en aval, pente faible en
amont. Sur la base de la forme en plan des rides, on parlera de rides à
crêtes rectilignes, à crêtes sinueuse, ou linguoïdes.
Figure V.5: formation des rides de vagues (A) et de courant (B). Les rides
de vagues sont symétriques car les filets d'eau décrivent des orbites
circulaires (aplaties à proximité du fond), provoquant un mouvement de va
et vient sur le substratum. Les courants, au contraire, construisent des
rides asymétriques par dépôt sur la face aval à l'intervention du courant de
retour. Dès que la pente de la face aval dépasse le talus d'équilibre, une
avalanche se produit et une lamine est créée.
Exemples de rides de courant, classées en fonction de leur régularité; A:
rides rectilignes de grande taille; B: rides plus sinueuses; C: rides
elliptiques partiellement modifiées par thixotropie; D: rides très
irrégulières formées à proximité d'un obstacle (Trégastel, Bretagne).
Les dunes et mégarides, de taille plus importante (échelle du dm-m en
coupe transversale), peuvent atteindre plusieurs centaines de mètres
d'extension horizontale. Leur surface est porteuse de petites rides et elles se
caractérisent par de grandes stratifications obliques dues à leur
déplacement latéral. Ces structures s'observent sur les plates-formes (bancs
de sable) et dans le lit des fleuves.
Mégarides dans le chenal de la Somme (France), à marée basse. Des rides
plus petites se développent dans les mares entre les mégarides lors de la
marée basse, suite au clapotis (induit par le vent).
Rides, mégarides et stratifications planes sont, avec les antidunes, des
formes générées par des courants de plus en plus forts (Figs V.6, V.7). La
lamination à pendage amont des antidunes est produite lors de
l'effondrement des structures et de leur déplacement dans le sens contraire
du courant. Les antidunes sont en phase avec les vagues qui les produisent.
Figure V.6: formes sédimentaires produites en fonction de la vitesse du
courant.
Figure V.7: diagramme expérimental associant les formes sédimentaires
produites à la granulométrie du sédiment et à la vitesse du courant.
A: courants rapides favorisant la formation d'antidunes dans un chenal
côtier (Oregon, USA). Photo M. Humblet. B: antidunes formées par le
courant de retrait des vagues sur la plage de Roscoff, Bretagne.
L'interférence de plusieurs trains de rides d'orientation différente (vagues et
courant, par exemple), génère des structures complexes appelées structures
en rateau.
Structures en rateau en Baie de Somme (France).
3.2.5. Structures internes: litage et lamination
Le litage ("bedding") est l'expression de la stratification à l'échelle du banc
(cm et plus) tandis que la lamination représente la stratification à l'échelle
du mm et en deçà, au sein des bancs. Litage et lamination sont produits par
des changements plus ou moins périodiques dans la sédimentation
(variations de la granulométrie, de la composition des sédiments). Les
contacts entre lamines successives peuvent être progressif, net ou érosif.
A côté des cas où la lamination s'exprime de manière visible dans le
sédiment, il est fréquent d'être confronté à des dépôts à l'aspect homogène.
Cette homogénéité peut n'être qu'apparente et disparaître par exemple lors
d'examens aux rayons X. Dans le cas d'une homogénéité réelle, il peut
s'agir de sédiments dont la bioturbation a effacé la lamination ou encore de
dépôts en masse ou apériodiques.
3.2.6. Litage et lamination horizontale dans les sables et les grès
Les sables à stratification plane parallèle sont constitués de lamines
pratiquement horizontales de quelques mm à 2 cm d'épaisseur. La
lamination y est l'expression de différences granulométriques ou
minéralogiques (exemple des lamines de minéraux denses). Ces
laminations peuvent être faiblement inclinées en raison d'une paléopente
douce; elles peuvent aussi être séparées entre elles par de très faibles
discordances angulaires. Ces laminations planes sont engendrées par les
allées et venues des vagues ("wash and backwash") dans les
environnements de plages exposés. L'arrivée d'une vague s'accompagne
d'un apport sédimentaire qui se dépose lors de son retrait sous forme de
lamination à granoclassement inverse. Six à seize lamines peuvent être
créées à chaque marée. Si les sédiments sont enrichis en minéraux denses
et opaques, le dépôt résultant sera constitué de couches claires
(quartzeuses) alternant avec des couches plus foncées, enrichies en
minéraux denses.
Stratifications planes sur une plage, mises en évidence le long de la berge
d'un chenal. Actuel, Santa Cruz, Californie, USA.
D'autres phénomènes sont générateurs de stratification plane dans les
sables, citons:
- la stratification plane créées par les courants de turbidité (terme B). Le
granoclassement y est cependant normal;
- certains faciès des tempestites;
- le parting lineation (voir ci-dessus), lorsque plusieurs striations se
superposent verticalement;
- les rivières en crue lors de phases d'écoulement très rapide;
- en dessous de la vitesse d'écoulement nécessaire pour former des rides
(voir-ci-dessous), des stratifications planes peuvent aussi être produites.
Contrairement à la stratification plane par "wash and backwash", les
laminations créées par les trois derniers processus sont assez peu distinctes
et de faible continuité latérale.
3.2.7. Les rythmites
Ce type de lamination cyclique comprend les dépôts constitués
d'alternances de minces (mm-cm) lits de composition, couleur, texture ou
granulométrie différente. Le mécanisme générateur d'une telle rythmicité
réside dans des changements régulièrement répétés dans l'apport et
l'accumulation des matériaux arrivant dans le bassin sédimentaire. Il peut
s'agir de changements à fréquence élevée (marées) ou faible (saisons).
Citons surtout :
Le litage de marée ("tidal bedding"): les lamines sableuses se déposent
pendant la montée ou le retrait de la mer (courants rapides) et les lamines
argileuses pendant les phases de calme (étal de marée haute ou basse). A
noter que la genèse de ce type d'alternance exige non seulement une
rythmicité dans les mécanismes d'accumulation, mais également la
disponibilité des différentes classes granulométriques; quand l'argile n'est
pas abondante, les lamines sableuses ne sont séparées que par des très fines
intercalations argileuses difficilement reconnaissables sur le terrain:
l'aspect général est alors celui d'un sable stratifié. Plusieurs rythmes tidaux
peuvent être enregistrés: semi-diurne (marées montantes/descendantes),
semi-mensuel (marées de vives eaux/mortes-eaux), semi-annuel (marées
d'équinoxes) (voir ci-dessous).
Enregistrement de successions de rides de courant épaisses pendant les
marées de vives-eaux (ve). Chaque alternance claire (=sable)/sombre
(=silt) représente une marée. Actuel, Pontaubault, Baie du Mont Saint-
Michel, France.
Les rythmites saisonnières sont formées de l'alternance de couches de
carbonates et de sédiments détriques (évaporation et précipitation du
carbonate pendant l'été, dépôt des détritiques pendant les périodes
pluvieuses); de diatomées et d'argile; de dolomite et d'anhydrite (milieux
évaporitiques); de détritiques fins foncés et plus grossiers clairs (varves
lacustres: la lamine claire est mise en place durant la période estivale,
lorsque la fonte des glaces libère un abondant matériel détrique; cette
lamine passe graduellement vers le haut à la couche foncée quand le
matériau grossier n'est pas renouvelé et que seul le sédiment fin se dépose
durant l'hiver. Insistons donc sur le fait que le contact entre lamines claire
et foncée est graduel alors qu'il est net entre lamines foncée et claire. Un
doublet correspond dans ce cas-ci à une année).
Outre un certain nombre de caractères évoqués ci-dessus, la continuité
latérale des dépôts peut permettre de distinguer rythmites tidales et
saisonnières. Les premières ont une extension de quelques mètres, alors
que les secondes sont continues sur de grandes distances.
3.2.8. Les stratifications obliques et entrecroisées
Les stratifications obliques et entrecroisées ("cross-stratifications") sont
des structures internes aux dépôts. Les premières sont obliques par rapport
au pendage moyen de la surface de stratification et les secondes sont
également obliques et de plus se recoupent mutuellement. Cette dernière
caractéristique permet de les utiliser comme critère de polarité. Sans entrer
dans les détails, il est intéressant de décrire et d'interpréter en termes
d'environnement de formation quelques stratifications particulières:
Les stratifications obliques (="tabular cross bedding") et
les stratifications en auge (="trough cross bedding") sont créées par des
courants. Elles peuvent être distinguées d'après les caractéristiques des
surfaces enveloppes (Figs V.8, 9): les unités dont les surfaces d'intersection
sont planes, définissent des ensembles de forme tabulaire ou en coin, alors
que celles dont les surfaces limites sont incurvées définissent des formes en
auge. La genèse des stratifications obliques est liée à la migration latérale
de formes sédimentaires avec dépôt de matériel détritique. Citons entre
autre: migration de rides, mégarides et dunes, progradation d'un front
deltaïque, migration latérale de point bars dans le lit des rivières, etc. Les
stratifications obliques se forment lorsque les crêtes des rides sont
rectilignes, alors que les stratifications en auge témoignent de crêtes plus
sinueuses (migration latérale du courant de dépôt).
Stratification oblique dans un chenal, Formation d'Evieux (Famennien),
Val Dieu.
Figure V.8: stratifications obliques, crées par des courants de direction
constante.
Stratifications obliques dans un grès du Paléozoïque inférieur, Kalbarri,
Australie.
Figure V.9: stratifications en auges, crées par des courants dont la
direction varie.
Stratifications en auges, vues sur la surface d'un banc de grès du
Paléozoïque inférieur, Kalbarri, Australie.
Le creusement et le remplissage de chenaux (fluviatiles, marins) génère des
stratifications obliques à petite et grande échelle suivant l'importance du
cours d'eau (Fig. V.10).
Figure V.10: chenaux dans la Formation d'Evieux, le long de la ligne de
chemin de fer près d'Esneux.
Les stratifications en arêtes de poisson ("herringbone crossbedding"). Elle
sont caractérisées par la superposition de lamines obliques de sens opposé
(Fig. V.11). Cette structure est produite surtout dans les tidal flats par les
inversions périodiques des courants de marée. On observe souvent une
surface de réactivation qui entame les lamines obliques antérieures (cette
surface est produite au moment où le courant change de direction).
Figure V.11: stratification en arêtes de poisson.
Stratification en arêtes de poisson. Formation de Kashafrud, Bajocien-
Bathonien, NE de l'Iran. Photo M. Sardar Abadi.
Les stratifications entrecroisées de rides de vagues (="wave ripple
strata"). Ces stratifications de taille centimétrique (Fig. V.12) sont formées
par les vagues "de beau temps". Les rides symétriques pures, rides
d'oscillation sans migration possèdent une structure en chevron qui montre
l'aggradation verticale. Si les vagues sont associées à un courant, les
lamines préservées sont préférentiellement inclinées dans la direction du
transport.
Figure V.12: stratifications entrecroisées de rides de vagues.
Stratifications entrecroisées de vagues dans un grès du Paléozoïque
inférieur, Kalbarri, Australie.
Les stratifications en mamelon (="hummocky cross stratification", ). Ces
stratifications entrecroisées, généralement à l'échelle du mètre, sont
caractérisées par de larges ondulations, faiblement inclinées (souvent
moins de 15°). Les lamines peuvent être suivies de manière continue dans
les dépressions et sur les mamelons. Elles se recoupent avec un angle faible
et en montrant des phénomènes d'onlapping (Fig. V.13). Le sédiment est
un sable fin bien trié. Ce type de stratification entrecroisée est généré par
des vagues de tempête en milieu de plate-forme, dans un régime
d'écoulement intermédiaire entre la formation des rides et celle des
stratifications planes. On considère qu'un épisode de hummocky cross
stratification correspond à un événement. Ces structures sont associées à
d'autres figures sédimentaires au sein des tempestites. Des structures
proches mais plus petites ont été observées également dans le terme C de
certaines turbidites.
Figure V.13: stratifications en mamelon ("hummocky cross stratification").
Micro-mamelons ou "micro-hummocks" (flèches) à la surface d'un grès
dévonien.
Les stratifications en feston ("festoon cross strata"). Ces structures
d'échelle dm à m se présentent sous la forme d'unités comblant des
dépressions en en épousant la forme. La courbure des lamines augmente du
centre vers les bords de la dépression. Lorsque plusieurs de ces unités
s'empilent en s'érodant mutuellement, on parle de festons. Ces structures
sont généralement le résultat du creusement de chenaux et de leur
comblement progressif, puis de l'érosion d'un nouveau chenal et ainsi de
suite. La forme en feston s'observe dans une coupe perpendiculaire à la
direction moyenne du courant.
Les rides de courant montantes ("climbing ripple stratification"). Quand
les rides (de courant ou de vagues) migrent avec accumulation continue de
sédiment, il se forme des rides montantes. On distingue les rides dont les
lamines sont en phase (crêtes sur une même verticale) des rides qui
progradent (Fig. V.14).
Figure V.14: différents types de rides montantes.
Rides montantes dans un grès du Paléozoïque inférieur, Kalbarri,
Australie.
Les flaser, lenticular et wavy bedding. Ces structures (Fig. V.15) sont
engendrées par l'alternance de sédiments fins (argile) et plus grossiers
(sable, silt). Les flasers peuvent être décris comme des rides sableuses ou
silteuses entre lesquelles se déposent des sédiments fins: les drapages
argileux sont préservés dans les creux et en partie sur les crêtes. Les
stratifications lenticulaires sont des dépôts essentiellement argileux dans
lesquelles sont conservées des lentilles sableuses et les wavy bedding sont
des alternances de niveaux continus de boue et de sable. Toutes ces
structures sédimentaires se forment notamment dans des environnements
de tidal flats où des périodes de calme alternent avec des périodes où
l'action des vagues ou des courants se manifeste.
Figure V.15: à gauche: formation de lenticular, wavy, puis de flaser
bedding, dans un régime où l'apport de sédiments fins (vert) diminue
progressivement au dépend des sédiments plus grossiers (orange). A
droite: lenticular et wavy bedding dans des sédiments holocènes de la Mer
du Nord.
A: formation de flasers: les petites dépressions entre les rides sableuses
(formées par des courants de marée) sont remplies par des argiles lors des
phases de calme. B: développement de lenticular bedding: de petites rides
de sable coquillier reposent sur du sable plus fin. Plage de Grand Fort
Philippe (France).
Wavy bedding dans une alternance grès-shale du Dévonien inférieur de
l'Ardenne; noter les petites déformations à la base de certains niveaux
gréseux.
3.2.9. Les structures de déformation du sédiment
Il s'agit ici des déformations d'origine inorganique (excluant donc la
bioturbation), contemporaines du dépôt ou légèrement postérieures. Ces
déformations affectent le sédiment avant sa lithification. Des sédiments
relativement cohérents peuvent se déformer jusqu'à produire des plans de
fracture bien définis sans que la lamination n'en soit affectée. Les
sédiments peu cohérents par contre sont affectés par une déformation
continue, sans fracturation, avec éventuellement torsion de la lamination.
La plupart des déformations observées peuvent se ramener à quelques
grandes catégories:
Les figures de charge ("load casts"). Ce sont des figures généralement
préservées à la surface inférieure des couches sableuses, lorsqu'elles sont
superposées à des matériaux argileux hydroplastiques (Fig. V.16). Les
formes sont variées, depuis de simples déformations locales jusqu'à des
protubérances encore solidaires de la couche sableuse ou même
complètement détachées. A l'origine de ces déformations, on note surtout
une charge de recouvrement inégalement répartie: le comblement de
figures d'érosion, des rides ou la création d'une interface ondulée suite à la
propagation d'une onde sismique. L'occurrence des load casts n'est pas
restreinte à un environnement particulier. La condition primordiale de leur
genèse est un rééquilibrage des pressions dans le sédiment avec
développement de déformations à l'interface sable/boue.
Figure V.16: A: figures de charge formées par du grès dans une siltite; B:
développement expérimental de figures de charge à l'interface d'une
couche sableuse (claire) et argileuse (sombre) (d'après Kuenen, 1965 in
Cojan & Renard, 1999).
Figures de charge à la surface inférieure d'un banc. Dévonien supérieur,
Coumiac, France.
Les structures en flammes ("flame structures"). Il s'agit de figures
relativement régulières, résultant de l'injection d'un matériau fin (argile,
silt) dans une couche sableuse (Fig. V.17). Les "flammes" ainsi créées
montrent souvent une orientation d'ensemble. Ces structures pourraient être
produites par un phénomène de surcharge et traction suite au passage d'un
tsunami.
Figure V.17: structures en flammes dans une couche de sable fin entre
deux niveaux de sable grossier. Ces sédiments ont été mis en place par le
tsunami de 2004 dans l'Océan Indien. La première couche de sable
correspond à un dépôt par une première vague; la couche de sédiment plus
fin au retrait de la première vague et la dernière couche de sable
correspond à une deuxième vague. Cette deuxième vague a provoqué la
formation des structures en flammes par traction. L'orientation des
flammes (vers la droite sur la figure), correspond au sens du courant.
Les pseudonodules ("ball and pillows"; "structures en traversin"). Ces
structures s'observent dans des couches sableuses. La base de la couche
sableuse est ondulée, voire même découpée en une série de nodules séparés
les uns des autres rappelant des traversins. La dimension de ces structures
est variable, allant de quelques cm à plusieurs m de longueur. Les
pseudonodules ne sont pas indicatifs d'un environnement particulier, mais
plutôt d'une vitesse de sédimentation relativement rapide. Leur formation
pourrait être liée au passage d'ondes sismiques, favorisant un échappement
de fluides et une remobilisation des sédiments. Dans ce cas, les niveaux de
pseudonodules pourraient représenter des bancs corrélables latéralement au
sein d'un bassin!
Pseudonodules (la flèche indique le plus représentatif) dans les grès
famenniens de la Formation de Montfort à Arbre.
Pseudonodules dans les grès famenniens de la Formation de Montfort à
Bois d'Anthisnes. A: un pseudonodule (flèche). B: le banc entier (souligné
en tiretés) forme un niveau de pseudonodules, suggérant une corrélation
possible à l'échelle régionale.
Les convolutes ("convolute bedding"). Cette structure consiste en un
plissement souple accentué des lamines d'une couche sédimentaire, souvent
des sables fins et silts. Ces plis peuvent se prolonger latéralement au sein
de la couche sur de grandes distances. La liquéfaction des sédiments d'une
couche hydroplastique est sans doute le facteur primordial de la formation
des convolutes. Divers phénomènes peuvent générer cette liquéfaction:
courants de traction agissant à l'interface eau-sédiment, surcharge
sédimentaire locale, chocs, compaction par émersion,... Les convolutes
sont caractéristiques du terme C des turbidites, mais ont été également
observés dans des environnements variés, tidal flats, plaine alluviale, point
bars, etc.
Convolute bedding dans un grès salmien du Massif de Stavelot.
Les glissements en masse ("slumps"). Le terme général slump désigne des
masses de sédiment qui ont glissé, sous l'action de la gravité, le long de
surfaces de cisaillement en préservant en partie leur structure interne (par
opposition donc aux coulées de débris). Un matériau déjà cohérent sera
fragmenté et le transport générera des structures chaotiques, voire
bréchiques; un matériel plus plastique donnera naissance à des plis et
replis. Les slumps peuvent s'observer à différentes échelles et atteindre des
dimensions hectométriques. Ils sont habituellement limités à leur base et à
leur sommet par des couches non dérangées, ce qui permet leur distinction
des structures d'origine tectonique (à ceci s'ajoute la dispersion des axes de
plis). La genèse des slumps est à rechercher dans des instabilités (pente
forte, chocs) affectant des sédiments déposés rapidement, à forte pression
hydrostatique interparticulaire.
Deux exemples de slumps. A: à échelle pluri-métrique et en section
(calcaire frasnien du Membre de Petit-Mont, à Beauchâteau) et B: à
échelle centimétrique et en surface (phyllade à coticule de la Formation
d'Ottré, Massif de Stavelot).
Couche "slumpée" dans des calciturbidites siluriennes (carrière de Kosov,
Synclinorium de Prague).
Les pseudoconglomérats. Ces structures se développent dans des
alternances de boue argilo-silteuse et de boue carbonatée soumises à la
compaction et à des injections de fluides. Si la boue carbonatée est
partiellement lithifiée, ces déformations produiront une rupture de la
couche carbonatée avec formation de galets intraformationnels (Fig. V.18).
On distingue ces pseudoconglomérats des conglomérats "vrais" par
l'orientation souvent verticale des galets (suite à l'injection de fluides) et le
passage latéral et vertical à des couches non perturbées.
Figure V.18: exemple de pseudoconglomérat développé dans une boue
calcaire partiellement indurée (en gris) au sein d'une marne (en brun). (1)
galets verticaux; (2) transition latérale entre galets et couche non
perturbée.
Pseudoconglomérat dans la Formation de Muav, Carbonifère. Grand
Canyon, Arizona, USA.
Les injections clastiques ("neptunian dykes and sills"). Ce sont des unités
sableuses recoupant suivant des angles variés d'autres corps sédimentaires
et résultant de l'injection de matériel détritique plus ou moins liquéfié.
Cette injection peut se faire vers le haut à partir d'une couche sableuse
inférieure (suite à une surpression hydrostatique) ou vers le bas suite à la
gravité. L'extension des dykes peut atteindre une centaine de m depuis le
corps nourricier. Les épontes sont généralement nettes et tranchées.
Dyke sédimentaire (indiqué par le porte-mine) dans les schistes et grès
namuriens de la Citadelle de Namur.
Les volcans de boue et de sable ("mud and sand volcanoes"). Ce sont des
structures coniques cm à métriques, présentant souvent une petite
dépression centrale et des flancs garnis de lobes de sable en position
radiale. Une section verticale dans ces structures montre une disposition du
sédiment laminaire parallèle aux flancs et un cylindre central (cheminée)
sans structure. Cette cheminée peut être reliée à un dyke nourricier sous-
jacent. Les volcans de boue et de sable sous souvent accompagnés, dans les
couches environnantes, par d'autres types de déformations du sédiment tels
slumps, figures de charge, etc. D'un point de vue génétique, ces structures
sont la conséquence de l'expulsion de l'eau contenue dans un sédiment
sursaturé suite à un dépôt rapide. Dans ces circulations d'eau, le sédiment
devient mobile et se déplace à la manière des sables mouvants.
Volcan de boue. Le Salse di Nirano (Réserve d'Emilia Romagna, commune
de Fiorano Modenese). Photo Damien Pas.
Les stromatactis. Autrefois identifiées comme des organismes, ces
structures centimétriques à métriques sont encore fort énigmatiques. Elles
s'observent en général dans des monticules récifaux, où une boue à
consistence gélatineuse permet une certaine permanence des cavités. Au
cours du temps, les cavités primaires du sédiment (dues souvent à des
éponges), évoluent par collapse d'une partie de leur "toit" et sédimentation
interne sur leur "plancher". Une précipitation de ciment fibreux précoce
fige ensuite l'ensemble et donne naissance aux stromatactis, caractérisés
par un plancher horizontal (c'est d'ailleurs un bon géopète) et un sommet
très digité. Les stromatactis forment souvent un réseau interconnecté dans
la base des monticules récifaux (Fig. V.19).
Figure V.19: stromatactis. A: calcaire à nombreux stromatactis à la base
d'un monticule récifal (carrière des Wayons, Membre du Petit-Mont,
Frasnien, Merlemont); B: détail d'un stromatactis plus complexe; base du
monticule des Bulants, Membre du Petit-Mont, Frasnien, Neuville. C:
schéma des éléments essentiels d'un stromatactis: (1): boue à consistence
de gel; (2): sédiment interne, souvent laminaire; (3): ciment fibreux
précoce; (4): ciment équigranulaire tardif.
Les zebra s'observent aussi en contexte de monticule récifal et il semble
que, comme pour les stromatactis, la consistence gélétineuse de la boue
soit indispensable à leur développement. L'origine de ces trains de cavités
pluricentimétriques parallèles est souvent liée à une compression latérale
(par exemple sur un flanc de monticule).
Zebra dans le monticule frasnien des Wayons, à Merlemont. Les cavités
(certaines sont soulignées de blanc) sont cimentées par de la calcite
fibreuse grise. La matrice (boue) est rose à rouge.
Les cone-in-cone, également énigmatiques, sont des structures
centimétriques en forme de cônes emboîtés, faisant alterner calcite et
insolubles (des argiles en général). L'interprétation la plus communément
admise est la croissance de cristaux de calcite dans des zones de pression
plus faible lors de l'enfouissement.
Structure cone-in-cone.
Les chicken wire sont des structures dues à la cristallisation d'anhydrite
sous la forme de nodules pluri-centimétriques dans des sédiments argileux
qu'ils repoussent. A la fin du processus, les nodules (blancs) se touchent,
laissant entre eux un liseré (sombre) qui rappelle du treillis (d'où le nom)...
Ces structures se forment dans un contexte évaporitique.
Chicken wire (silicifiés) dans les calcaires argileux de la Formation de
Martinrive (Dinantien, Chanxhe).
Les entérolithes se développent aussi en contexte évaporitique, par
replissement d'un lit d'anhydrite lors de sa croissance.
Entérolithes (dolomie) dans un grès Famennien de la Formation d'Evieux
(Durnal).
Les stylolithes: cf. ci-dessous, paragraphe 4.2.
3.2.10. Les témoins de l'activité organique
Il s'agit de tous les vestiges, autres que les restes corporels laissés par des
organismes vivant dans l'environnement étudié. Ceci comprend
essentiellement les traces de déplacement et d'habitat (objet de
l'ichnologie) et les coprolithes. Un problème majeur de l'interprétation de
ces témoins est que dans la majorité des cas, ils sont isolés des organismes
qui les produisent et que ces organismes demeurent donc largement
inconnus.
Les pelotes fécales et coprolithes sont les excréments fossiles. Les pelotes
fécales (pellets) des invertébrés (mollusques, échinodermes,
arthropodes,...) interviennent pour une part non négligeable dans les
sédiments de la zone néritique. Ce sont des boules de boue de taille
millimétrique, souvent homogènes, mais parfois dotées d'une structure
interne caractéristique. Les coprolithes sont de taille plus importante (cm-
dm) et sont interprétés comme des excréments de vertébrés. Ils contiennent
des fragments d'os et de coquille brisés et des teneurs élevées en phosphate
et matière organique.
Les traces de racine sont associées à la pédogenèse dont elles sont un des
critères d'identification. Ce type de bioturbation se distingue des terriers
par le diamètre variable des structures, leur aspect souvent fourchu et leur
terminaison conique. Des microstructures particulières se développent au
sein du vide laissé par la dégradation des racines et également dans la zone
de sédiment immédiatement influencée par leur présence (manchon). Ces
critères sont détaillés dans le chapitre consacré aux paléosols.
Les traces de déplacement et de repos. En milieu sous-aquatique, les pistes
sont généralement produites par des arthropodes. Ces pistes sont souvent
conservées en relief sur la base de la couche sédimentaire surincombante.
On connaît par exemple les bilobites qui sont des traces de trilobites. Les
helminthoïdes sont des traces énigmatiques du flysch alpin. En milieu sub-
aérien, les très rares pistes sont préservées dans des sédiments imbibés
d'eau.
Pistes de tétrapodes sur une dalle de grès triasique (Aiguilles
Rouges). Photo: J. Bellière.
Les traces de logement. De nombreux organismes suspensivores
construisent des terriers. Ils y trouvent protection contre les prédateurs et
éventuellement contre l'exondation temporaire du milieu. En général, ces
terriers sont disposés plus ou moins perpendiculairement par rapport à la
surface du sédiment. Leurs occupants recueillent les particules nutritives en
suspension. Le renouvellement de cette nourriture exige une agitation
permanente des eaux. C'est la raison pour laquelle les traces de logement
sont fréquentes dans les milieux peu profonds, en particulier en domaine
littoral (Fig. V.20). Dans l'environnement de haute énergie de la zone
intertidale, les substrats durs sont creusés par les lithophages (perforations
de spongiaires, annélides, lamellibranches,...). Ces perforations sont
reconnaissables car elles tronquent les éléments squelettiques du sédiment.
Dans les substrats meubles, d'énergie moins forte, on observe deux types
de terriers: des terriers simples en forme de tubes rectilignes ou de poches;
les organismes y restent en contact avec le milieu extérieur par
l'intermédiaire de siphons (lamellibranches); les arthropodes projettent
leurs appendices antérieurs hors de leur terrier, tandis que les oursins
assurent la circulation de l'eau par le mouvement de leurs ambulacres. Un
autre type de terrier, en forme de U, communique avec la surface par deux
orifices. Dans cette configuration, la circulation de l'eau est entretenue par
les contractions du corps de l'animal (annélides) ou par le mouvement des
appendices (arthropodes).
A: traces en étoile de scrobiculaires (lamellibranches) à la recherche de
nourriture sur la surface du sédiment. B: scrobiculaire dans un sable fin
(coupe); noter la trace verticale des siphons. Plage de Vildé-la-Marine,
Baie du Mont-Saint-Michel, France.
Les traces de nutrition. Les traces de pacage sont le résultat de la quête de
nourriture à la surface des sédiments (en général, une mince pellicule de
matière organique). Ce type de trace est fréquent dans les dépôts
relativement profonds (flysch). D'autres organismes creusent un réseau
complexe de galeries comblées au fur et à mesure de leur progression dans
le sédiment. Le tracé des galeries n'est reconnaissable que grâce à la
différence d'aspect (texture, couleur) entre le remplissage du terrier et
l'encaissant. Le développement de tels réseaux peut se faire par
ramification d'une galerie centrale ou par translation à partir de terriers en
forme de U. Les terriers laissés par des traces de nutrition sont en général
considérés comme indicateurs d'environnements plus profonds que les
terriers d'habitat (Fig. V.20).
Figure V.20: morphologie des terriers en fonction de la bathymétrie.
Nombreux terriers d'Arenicola marina (Polychaeta) dans la partie
supérieure de la zone intertidale. A droite, forme isolée sur la plage
montrant les deux orifice du terrier en "U". Plage Saint-Michel, près
d'Erquy, Bretagne
A: terriers en U avec figures en ménisques (Diplocraterion); B: terriers de
limnivores; grès famenniens de la Formation de Montfort, à Arbre.
Autres exemples de bioturbations et ichnofaciès associés: A:
Diplocraterion parallelum (faciès à Skolithos). B: trace de racine. C:
Zoophycos. D: Arenicolites, avec coupe verticale (faciès à Skolithos et à
Cruziana); E: Paleodyction (faciès à Zoophycos). F: Skolithos. Cf. Gerard
& Bromley (2008).
Outre l'étagement de la bioturbation en fonction de la bathymétrie (Fig.
V.20), on peut également observer en un même point, une répartition
verticale des terriers en fonction des groupes trophiques et des
caractéristiques du sédiment (Fig. V.21).
Fig. V.21: étagement vertical des terriers en fonction des groupes
trophiques (suspensivore-détritivore) et des caractéristiques des sédiments
(surtout le caractère oxydant ou réducteur). (1): Macaronichnus; (2):
Skolithos; (3): Thalassinoides; (4): Taenidium; (5): Zoophycos; (6):
Chondrites.
Il faut insister aussi sur le fait que la présence de terriers (et par là, la
présence d'une endofaune) est une caractéristique des fonds marins bien
oxygénés. Les fonds anaérobies sont azoïques (Mer Noire). L'absence
d'ichnofossiles dans une série sédimentaire peut, dès lors, témoigner d'eaux
peu oxygénées. Mais un afflux important de sédiment est aussi un facteur
défavorable à la vie sur les fonds marins. Heureusement, certains caractères
de la bioturbation permettent une estimation de la vitesse de sédimentation:
quelques terriers verticaux très développés peuvent être des traces de fuite
("escape structure") d'organismes pris au piège dans le sédiment et
cherchant à échapper à l'ensevelissement. Par contre, des sédiments
intensément bioturbés dans leur partie superficielle sont indicateurs de taux
de sédimentation faibles favorisant la présence d'organismes pendant des
durées prolongées (Fig. V.22). Il en va de même pour les lithophages
s'installant sur des substrats indurés ne recevant que peu ou pas d'apports
sédimentaires.
Figure V.22: la bioturbation comme indicatrice de la vitesse de
sédimentation et du caractère plus ou moins réducteur du sédiment. En
(A), une sédimentation lente permet le développement d'une endofaune très
riche, avec de nombreux terriers; en (B), le sédiment est anoxique, limitant
le développement de l'endofaune, ce qui permet la préservation de la
lamination; en (C), la sédimentation est rapide et les terriers sont
beaucoup moins nombreux; enfin, (D) montre un exemple de sédimentation
épisodique (une couche de sable, en orange, recouvre les sédiments fins en
gris-vert): une partie de l'endofaune disparaît, tandis que certains
organismes s'échappent en migrant vers la surface. Remarquez qu'en A, C
et D, l'augmentation du caractère anoxique du sédiment en profondeur
(teintes plus sombres) limite la profondeur de la tranche de sédiment
soumise à la bioturbation.
Traces de fuite ("escape structures") dans un grès famennien.
VI. L'évolution post-dépôt
Dans l'évolution post-sédimentaire, il est possible de distinguer un certain
nombre de grandes étapes, qui vont se succéder au cours du temps et
amener des modifications de plus en plus importantes du sédiment
originel. On distinguera donc ci-dessous la pédogenèse (développement
d'un sol) qui peut intervenir lorsqu'un sédiment est émergé; la compaction,
qui consiste d'abord en une expulsion d'eau suite à la surcharge provoquée
par l'accumulation des sédiments et la diagenèse qui concerne surtout des
phénomènes (bio)chimiques de dégradation de la matière organique et de
dissolution et cristallisation. On abordera aussi, de manière brève, le
problème de la fossilisation et de la perte d'information qu'il représente.
CHAPITRE 3 – PROCESSUS SEDIMENTAIRES
La stratigraphie est la science qui étudie les couches de l’écorce terrestre
dans le but d’en établir l’ordre normal de superposition et l’âge relatif.
Comme ces couches sont de faciès différents, elles permettent de
reconstituer l’allure et les vicissitudes des anciennes mers, non seulement
dans l’espace, à un moment donné, mais aussi dans le temps, bref de faire
l’histoire paléogéographique de la terre. La stratigraphie fait constamment
appel à des notions de pétrographie ou de paléontologie. C’est en utilisant
les grands phénomènes mis en évidence par toutes ces disciplines que l’on
est parvenue à établir les principales coupures de la classification
géologique : ères primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire, elles-mêmes
subdivisées en périodes, époques et âges lorsqu’il s’agit du temps, en
groupes, systèmes, séries et étages lorsqu’il s’agit des terrains.
La stratigraphie a donc permis d’établir une chronologie relative
toujours en usage, tandis que des méthodes physiques (radioactivité,
magnétisme) ont permis plus récemment de fonder une chronologie
absolue qui précise la précédente.
2. - Relations mutuelles des couches
2.1 – Stratification et Feuilletage
Les roches sédimentaires sont toujours disposées en couches plus ou
moins apparentes, quelle que soit leur origine. Ces couches séparées les
unes des autres par des surfaces ou joints, sont encore appelées strates ou
lits et l’on dit que les couches sédimentaires sont litées ou stratifiées. Une
strate est donc l’épaisseur de terrain qui possède une individualisation nette
et des caractères pétrographiques définis.
Ex : un banc calcaire est une strate ; les couches de marnes schisteuses
séparant des bancs calcaires successifs sont des strates. Mais ici, la couche
n’est pas homogène, car formée de feuillets successifs qui sont tous de
même nature. Dans ce dernier cas et lorsque l’on a affaire à une grande
épaisseur de terrains, on emploie souvent l’expression de litage ou
feuilletage, réservant celle de stratification pour les ensembles de couches
différentes, marno-calcaires et marnes, grès et schistes micacés etc.
Les alternances de couches se répètent régulièrement et sur des
épaisseurs parfois considérables.
Les strates peuvent avoir une très grande étendue, surtout
lorsqu’elles sont formées en eau profonde ; mais elles peuvent s’amincir et
finir en lentille, lorsque le phénomène qui nourrissait la sédimentation
cesse de fonctionner.
La stratification est due à la variabilité des conditions qui règlent la
sédimentation dans un bassin. Si ces conditions étaient au contraire
invariables, si les matériaux minéraux apportés étaient toujours les mêmes,
la composition du dépôt serait toujours homogène et la stratification
inexistante.
Une chose reste difficile à expliquer c’est la sédimentation périodique,
celle qui a donné lieu à des alternances indéfiniment répétées de petits
bancs marno-calcaires et de marnes feuilletées par exemples. Nous ne
saisissons pas encore bien l’origine des variations minimes et répétées du
milieu qui sont indispensables pour expliquer cette structure. On ignore
également le temps nécessaire pour la formation d’une épaisseur
déterminée de sédiment.
Le temps représenté par les intervalles entre les strates successives
n’est pas déterminé avec précision.
2.2 - Concordance et discordance
Lorsque les couches de terrains sont régulièrement déposées en
séries parallèles les unes sur les autres, on dit qu’il y a concordance de
stratification. Et ceci implique la continuité de la sédimentation et la
persistance des conditions qui lui ont donné lieu.
Mais il arrive que la suite des couches ne soit pas continue et que les
couches supérieures d’un ensemble soient appliquées sur la surface érodée
des couches inférieures. On dit alors qu’il y a discordance et cette
discordance peut-être simple ou angulaire ; suivant que les couches
inférieures sont à peu près parallèles aux couches supérieures ou au
contraire de direction très oblique par rapport à ces couches qui les coupent
alors en biseau.
Une discordance implique donc forcement l’existence d’une
discontinuité de sédimentation, donc d’une lacune stratigraphique. Ces
discordances sont souvent dues aux mouvements du sol.
2.3 - Transgressions et régressions
On dit qu’une couche est transgressive lorsqu’elle s’étend largement
sur un substratum dont elle est séparée par une lacune importante.
Les transgressions marquent une période d’envahissement des
continents par les mers.
On appelle régression le phénomène inverse ; une couche est en
régression sur la précédente lorsqu’elle est moins étendue qu’elle. Les
séries régressives sont formées de dépôts de moins en moins profonds qui
témoignent de l’élévation générale des socles continentaux
3 – Chronologie relative : établissement de l’âge des couches
L’établissement d’une chronologie relative se fonde sur un certain
nombre de principes qui sont le principe de superposition, le principe de
continuité, le principe d’identité paléontologique, chacun de ces principes
présente des difficultés ou défaillances.
3.1 - Principe de superposition
Le principe de superposition consiste à admettre que les couches s’étant
déposées à l’horizontale les unes sur les autres, et l’ordre de dépôt est
normal, c’est-à-dire n’a pas été troublé par des mouvements du sol toute
couche superposée à une autre est plus récente que celle-ci ; et
inversement.
Ce principe simple et facile à comprendre souffre des exceptions
tenant :
- aux conditions mêmes du dépôt ; ainsi les terrasses alluviales s’étagent
de telle manière que les plus récentes soient les plus basses.
Cette remarque, valable dans l’absolu pour les terrasses étagées, ne l’est
que relativement pour les terrasses emboîtées dont les parties basses
répondent au principe de la superposition. Les filons sédimentaires donnent
un autre exemple.
- aux informations tectoniques ultérieures : une série peut parfaitement
avoir été renversée. Les critères de polarité de nature sédimentaire ou de
nature micro-tectonique permettent de reconnaître ce renversement. Dans
la majorité des cas, notamment dans les bassins sédimentaires, le principe
de superposition reste valable.
3.2 – Principe de continuité
Le principe de continuité consiste à admettre qu’une même couche
est de même âge en tous points.
Avec ce principe commencent les vraies difficultés de la
stratigraphie.
Par exemple,
Comment pouvoir reconnaître la « même couche » sans pouvoir la
suivre. Le critère lihologique qui consiste à admettre que les ensembles de
strates, de mêmes caractères lithologiques sont de même âge, a failli, car
on découvre que la houille n’était pas nécessairement d’âge houiller
(carbonifère) mais on en rencontre à des époques plus anciennes ou plus
récentes.
Après les difficultés que présente le critère lithologique on se fonde ensuite
sur les critères paléontologiques des terrains c’est-à-dire que faunes et
flores qui peuplèrent la terre ne furent pas toujours semblables au monde
vivant actuel.
3.3 – Principe d’identité paléontologique
Le principe d’identité paléontologique consiste à admettre qu’un
ensemble de strates de même contenu paléontologique est de même âge.
Des difficultés apparurent rapidement :
– Les fossiles stratigraphiques doivent avoir un certain nombre de
caractères :
répartition géographique ou plutôt paléogéographique ; grande rapidité de
changement d’évolution dans le temps, ce qui assure à chaque espèce la
plus grande brièveté d’existence en tant qu’espèce . Certaines catégories de
fossiles satisfont à cette condition ; et d’autres existent depuis l’aurore des
temps primaires jusqu’à l’époque actuelle.
– Il faut toujours faire appel à des biotopes plus limités, de valeur plus
locale.
– L’application de ce principe d’identité Paléontologique est souvent
délicate. Par exemple l’existence de provinces faunistiques séparées les
unes des autres dans lesquelles se rencontrent des groupe sans rapport entre
eux.
4– Séries marines
4.1 – La série sédimentaire
Le lithofaciès est la somme des caractères lithologiques d’une
formation. On admet que ce lithofaciès et l’épaisseur d’une formation sont
constants sur une certaine aire. Ces couches sont des unités lithologiques
ou lithotopes dont la superposition forme une série sédimentaire.
4.2 – La série sédimentaire considérée comme une superposition de
lithotopes.
Suivant l’acceptation classique, on considère qu’une série
sédimentaire est formée de superposition d’unités lithologiques formant un
groupe de couches. Elles se succèdent sans relations bien définies et sans
supposition de continuité de dépôt dans l’espace ou dans le temps. On leur
reconnaît par contre des caractères communs dans leur ensemble et sur une
certaine épaisseur : faunes, composition pétrographique, épaisseur de banc,
faciès commun. Ces caractères ont été pris comme base pour identifier des
entités lithologiques puis stratigraphiques.
4.3 – La série sédimentaire considérée comme une succession de
lithotopes.
Un contre point de vue consiste à adopter l’hypothèse suivante : une série
sédimentaire est constituée par une succession de lithotopes qui
s’enchaînent les unes aux autres de manière plus ou moins continue.
4.4 – Séquences
La séquence lithologique est une série de deux termes lithologiques au
moins formant une suite naturelle sans autre interruption importante que
celles des joints de stratification. Les épaisseurs n’entrent pas en ligne de
compte.
Comme exemple de séquence on citera : schiste-marne – calcaire ou grès
grossier – grès fin – grès zoné etc…
Une séquence est qualifiée de positive lorsqu’elle évolue dans le sens de la
série virtuelle générale c’est-à-dire des détritiques vers les chimiques, elle
est au contraire qualifiée de négative lorsqu’elle évolue des chimiques vers
les détritiques.
Il existe un certain nombre de séquences qui reviennent souvent dans les
séries. Ce sont des séquences fondamentales.
Une série est formée d’une succession de séquences lorsque ces séquences
se répètent régulièrement on parle de série rythmiques – si la série est
constituée de termes sans suite et désordonnés on parle de série
arythmique. Entre les deux on aura les formes de transition dites séries
para-rythmique, une succession cyclique est très rare, on a souvent des
séquences a-b-c.
Il existe trois ordres de séquences : les fines à l’échelle microscopique
(varve par exemple), les moyennes à l’échelle macroscopique (charbon par
exemple), et les grandes à l’échelle mégascopique (étage par exemple).
Ces trois ordres se superposent souvent comme dans les évaporites.
L’analyse séquentielle consiste à identifier des séquences fondamentales
dans une série naturelle. En partant de l’analyse séquentielle de très
nombreuses séries sédimentaires, d’âges et de milieux divers, on remarque
que les termes formant les séquences s’ordonnent suivant un ordre général
commun où l’on peut constater en gros de haut en bas et verticalement, les
étapes suivantes :
– Résidus d’évaporations (précipités salins) renfermant des sels communs,
chlorures, sulfates de borate, des métaux alcalins et alcalino terreux, ainsi
que les carbonates exceptionnellement des nitrates ;
– Carbonates tels que calcaires et dolomies ;
– Réducteurs, comme le charbon, les sédiments bitumeux, les sulfures
sédimentaires et le soufre ;
- Oxydats tels qu’un nombre de minerais sédimentaires de fer et de
manganèse avec des oxydes et des hydroxydes de fer trivalent et de
manganèse trivalent ou tétravalent ;
– Hydrolysats, tels que bauxite, argiles et shales, avec des hydratés et
hydroxydes d’aluminium ;
- Résidus insolubles, tels que sables et grès, avec des minéraux résistants
comme quartz et zircon.
.4.5 – Série virtuelle générale
Une telle série partant des grossiers aux fines et des fines aux
sédiments chimiques est dite série virtuelle générale ou fondamentale et
n’est que rarement réalisée (rencontrée complète) c’est plutôt un modèle
conceptuel ou théorique. On parle plus de série virtuelle locale qui
correspond à une série naturelle régionale que certains auteurs appellent
cyclothème. Un mégacyclothème comprend plusieurs cyclothèmes.
Il peut exister de nombreux termes de passages, des lacunes et des
termes intercalaires hors-séries, accidentels ou anormalement épais.
4.6 – Séries compréhensibles et séries condensées
a) - Les séries compréhensives sont constituées de sédiments de même
nature accumulées en général rapidement sur des grandes épaisseurs –
Ainsi en est-il des formations de flyschs qui, sur des épaisseurs de mille à
quelques milliers de mètres, sont constituées d’une alternance monotone de
grès et pélites aux aspects de détails plus ou moins variés.
b) - Séries condensées
Les séries condensées ont des caractéristiques inverses : sous un aspect
parfois semblable, parfois légèrement différent, de très faible épaisseur de
terrains peuvent représenter des temps de sédimentation extrêmement
grands.
D’une manière générale, les séries compréhensives sont d’origine
terrigène :
Flyschs et molasses. Tandis que les série condensées sont d’origine
pélagique.
Lorsque les strates se succèdent sans interruption, on dit qu’elles
forment une série continue. Mais il n’en est pas toujours ainsi : lorsqu’une
ou plusieurs strates manquent, on dit qu’il y a une « lacune » et que la série
est discontinue. Le mot lacune indique l’absence d’une ou plusieurs strates
sans aucune interprétation. En effet une lacune peut être due à :
une simple absence de sédimentation en fonction de condition océanique
particulière
à une émersion qui est toujours plus ou moins accompagnée d’érosion.
4.7 – Cycle sédimentaire
Un cycle sédimentaire comprend trois termes qui sont :
Transgression, sédimentation, régression, la régression étant à l’inverse de
la transgression, le retrait de la mer.
.4.8 – Cycle orogénique
Un cycle orogénique comprend également trois termes qui sont :
transgression, sédimentation, orogenèse – l’orogenèse étant comme son
nom l’indique, le soulèvement d’une chaîne de montagne.
CHAPITRE 4 : SEQUENCES SEDIMENTAIRES
Une séquence sédimentaire est un ensemble de niveaux sédimentaires de
natures différentes se succédant dans un ordre déterminé, habituellement
limité au mur et au toit par des discontinuités stratigraphiques. Son
ordonnance peut traduire soit un mécanisme de sédimentation particulier
(ex. des séquences sédimentaires de flyschs), soit une histoire sédimentaire
caractéristique (ex. séquence transgressive, dans laquelle des dépôts
littoraux passent vers le haut à des dépôts plus profonds). Des séquences
peuvent elles-mêmes présenter des arrangements ordonnés ; on parle alors
de séquences de deuxième ordre, ou de mégaséquences.
On distingue plusieurs types de séquences et celles-ci peuvent être classées
selon plusieurs critères. Notre travail consistera à présenter les différentes
classifications de ces séquences.
I- SELON L’ORGANISATION INTERNE
Nous avons :
- Séquence virtuelle : succession la plus complète possible théoriquement
de niveaux qui s’arrangent habituellement en séquences : ex. séquence type
de Bouma.
Certains auteurs (après A. Lombard, 1953) définissent ces séquences types
pour des séries correspondant à une transgression marine et qui
commencent généralement par des sédiments gréseux et se terminent par
des couches calcaires, ou tout au moins pour des séries où la granulométrie
décroît de bas en haut.
- Séquence positive : -1. Séquence où l’on trouve l’ordre d’une séquence
virtuelle (A. Lombard. 1972) ; -2. Succession de turbidites qui deviennent
moins épaisses et moins grossières vers le haut : il s’agit en fait d’une
mégaséquence (en anglais fining and thinning upward cycle).
- Séquence négative : -1. Séquence où l’on retrouve l’ordre inverse d’une
séquence virtuelle (A. Lombard, 1972) ; -2. Succession de turbidites qui
deviennent plus épaisses et plus grossières vers le haut : il s’agit en fait
d’une mégaséquence (en anglais coarsening and thickening upward cycle).
Figure 1 : séquences positive e négative Figure 2 : séquence de Bouma (1962)
II- SELON LE MILIEU DE DEPÔT
1- Milieu continental
Les séquences sont formées aux pieds des reliefs dans les systèmes de
piedmonts et constituent des séquences du second ordre. Ce sont les
séquences glaciaires, séquences des cônes etc. L’évolution des séquences
au sein d’un corps sédimentaire par rapport à la paléoligne de rivage
permet de distinguer 3 types de successions :
- successions rétrogradantes (rétrogradation) : séquences en translation
vers le domaine continental. Ces successions sont caractérisées par un
amincissement progressif et l’occurrence de plus en plus fréquente de
faciès distaux ;
- successions progradantes (progradation) : séquences caractérisées par
un épaississement progressif et l’augmentation des faciès proximaux ;
- successions aggradantes (aggradation) ; séquences en empilement
vertical, en position déplacée soit vers le continent, soit vers le bassin.
Les séquences résultent de phénomènes régionaux et non locaux : des
séquences de comblement d’un chenal par exemple ne sont pas des
phénomènes à l’échelle d’un bassin. Il est donc important d’établir une
corrélation séquentielle afin de s’affranchir des faciès et de représenter des
lignes temps valables à l’échelle d’un bassin
Figue 3 : des successions rétroggradante, progradante et
aggradante
2- Milieu marin
La polarité des séquences est commandée par l’énergie cinétique au
moment du dépôt et par l’évolution du bassin.
-Séquences liées à l’énergie cinétique : Leur évolution est en relation
avec l’hydrodynamique du dépôt et le milieu de dépôt. Dans le cas des
dépôts carbonatés, il existe des séquences en connexion avec un
environnement ainsi qu’avec les phénomènes de progradation. On cite
comme séquences élémentaires : les séquences de turbidité, d’accrétion, de
chenal de marée, de lagon, de marais salant, de sebkha etc.
-Séquences liées à l’évolution du bassin : On distingue les
mégaséquences d’ordre supérieur qui peut comporter la répétition d’un
certain nombre de séquences, cycles, rythmes élémentaires marquant de
bas en haut, une tendance traduisant à l’échelle élémentaire, soit par
l’épaississement de certains termes, soit l’apparition ou la disparition
progressive de termes lithologiques qui s’inscrivent alors dans une
séquence virtuelle locale. Elle peut être positive ou négative et traduit une
tendance transgressive.
III-
IV-
Figure 4 : Répartition des types de séquences de dépôts
carbonatés
V- SELON LE MÉCANISME DE DEPÔT
1- séquences d’inondation
Ces remaniements et ces déplacements à peu près continuels des alluvions,
qui constituent le jeu normal des rivières, s'effectuent principalement
quand, gonflées par de grandes pluies, elles sont soumises à une crue subite
qui provoque une inondation. Lorsqu'une rivière se répand ainsi sur son lit
majeur, sa vitesse s'accroît en proportion de la masse d'eau qu'il reçoit, et
sa puissance peut devenir assez grande pour déplacer, de proche en proche,
non seulement ses alluvions anciennes, mais pour entraîner des sables et
des graviers au sein même de sa masse débordée. La vitesse des eaux,
étalées sur de grandes surfaces, s'amortit alors, assez brusquement, et les
matériaux les plus grossiers, graviers et cailloux roulés, se déposent dans le
voisinage des rives, les sables un peu plus loin, le tout en couches
inclinées. Le limon, que sa consistance floconneuse retient longtemps en
suspension, ne se précipite qu'à une certaine distance du lit normal, quand
l'eau devient stagnante. En même temps, il s'établit, pour chaque crue
particulière dans les alluvions du lit majeur, une stratification verticale
parmi les éléments déposés. Les séquences fluviatiles et de chenal de
marée appartiennent à ce type de mise en place.
Figure5 : séquence fluviatile
2- Séquences de tempéstite
Les niveaux déposés par les tempêtes sont communs dans les plateformes
et les rampes. Les bancs de calcaires et de grès déposés par des tempêtes
sont dits tempéstites. La base de ces bancs est représentée par une surface
érosive et elle représente des figures uniques. Les structures internes les
plus communes sont l’accumulation des tests, des stratifications graduées,
des laminations parallèles et entrecroisées et des rides. Les bioturbations
peuvent être communes sur la surface (Djeffal, 2014).
Au niveau de la série étudiée, ces séquences d’épaisseur centimétrique sont
généralement intercalées dans les marnes aux sommets des séquences
majeures à tendance régressive. Elles présentent la succession suivante: des
pelletoïdes séparés d’une accumulation des bioclastes (packstone à
grainstone) par l’intermédiaire d’une surface d’érosion, vient ensuite un
niveau mudstone, avec une surface supérieure bioturbée. Deux types ont
été distingués:
a- Séquences de tempéstite proximale
Ce type de séquence se rencontre au niveau de la formation marno-calcaire.
Les séquences de tempéstite proximale sont plus épaisses, riches en
bioclastes et à grains généralement grossiers.
b- Séquences de tempéstite disatle
Les tempéstites distales sont moins épaisses, plus fines, moins abondantes
que les tempéstites proximales et dont les tests d’organismes sont moins
fréquents. Elles se rencontrent au niveau de la formation à dominante
marneuse.
Figue 6 : Séquence de tempéstite proximale Photo1 : Tempéstite distale
Au terme de ce travail nous pouvons dire qu’il existe plusieurs
classifications des séquences sédimentaires. Hors mis celles que nous
avons abordé nous pouvons citer les séquences de turbidités, les séquences
de décantation concernant le mécanisme de dépôt.
Toutes ces classifications selon leurs critères présentent parfaitement les
séquences sédimentaires.
La séquence est l’unité de base de la série sédimentaire. On a 3 ordres de
séquence : séquences fines à l’échelle microscopique, séquences moyennes
à l’échelle macroscopique et méga séquences. Ce sont 3 échelles des
dépôts sédimentaires
*Séquence lithologique : tranche de sédiments comprise entre 2 surfaces
de discontinuité mineure successives, sans préjuger de l’organisation
interne de cette tranche. Elle est d’épaisseur limitée et peut se répéter
plusieurs fois sur la verticale.
*Série sédimentaire : séquence lithologique se répétant avec une
régularité. Elle traduit une évolution cyclique des paramètres déterminant
la sédimentation. Elle est formée d’une succession de séquences. On a
Série rythmique (séquences se répétant régulièrement) et Série
arythmique (série est constituée de termes sans suite et désordonnés).
*Cycle sédimentaire : succession progressive de termes lithologiques
comportant un retour au terme initial.
Une séquence sédimentaire désigne une série de termes lithologiques
formant une suite naturelle sans interruption importante autre que celle des
joints de stratification. Exemples de séquence : schistes, marnes, calcaires,
grès grossier, grès fin, grès zoné
ORGANISATION INTERNE
La polarité d’une séquence dans les roches détritiques est définie par son
évolution granulométrique, positive lorsque la granulométrie décroît vers le
haut et négative dans le cas contraire. Lorsque la polarité est axée sur
l’évolution sédimentologique globale du bassin, la séquence régressive
«offlap» montre verticalement des termes plus marins à la base et moins
marins au sommet. Cette progression est inverse dans le cas de la séquence
transgressive «onlap»
EN MILIEU MARIN
La polarité des séquences est commandée par l’énergie cinétique au
moment du dépôt et par l’évolution du bassin.
-Séquences liées à l’énergie cinétique : Leur évolution est en relation
avec l’hydrodynamique du dépôt et le milieu de dépôt. Dans le cas des
dépôts carbonatés, il existe des séquences en connexion avec un
environnement ainsi qu’avec les phénomènes de progradation. On cite
comme séquences élémentaires : les séquences de turbidité, d’accrétion, de
chenal de marée, de lagon, de marais salant, de sebkha etc.
-Séquences liées à l’évolution du bassin : On distingue les
mégaséquences d’ordre supérieur qui peut comporter la répétition d’un
certain nombre de séquences, cycles, rythmes élémentaires marquant de
bas en haut, une tendance traduisant à l’échelle élémentaire, soit par
l’épaississement de certains termes, soit l’apparition ou la disparition
progressive de termes lithologiques qui s’inscrivent alors dans une
séquence virtuelle locale. Elle peut être positive ou négative et traduit une
tendance transgressive.
La structure interne des lits turbiditiques se présente selon un
motif régulier : la “séquence de BOUMA” (fig.).
La séquence idéale comporte cinq zones de A à E qui peuvent
être interprétées en termes de régime ou intensité de courant.
La base présente une surface d’érosion soulignée fréquemment
par un conglomérat de galets allochtones ou de galets d’argile provenant du
remaniement des lits pélagiques sous-jacents. Ceci indique une phase
érosive de haute énergie de courant. Elle est suivie par le dépôt de sable
massif attribué à une sédimentation de “régime supercritique” du type
“antidune”, c’est l’unité A.
L’unité B correspondant à un régime de lit plan lui succède.
Elle-même est recouverte de C correspondant à un “régime infracritique”
fréquemment caractérisé par les laminations obliques de ripples.
D est une seconde zone à laminations planes de sédiments plus silteux.
E correspond au dépôt par suspension des vases pélagiques.
Cette séquence est rencontrée plus ou moins complète dans les
fans actuels ou fossiles. D’une façon générale, elle est de plus en plus
tronquée par la base lorsqu’on s’éloigne de la source des sédiments, et
simultanément, la granulométrie décroît et l’épaisseur des lits diminue.
On parle de turbidite proximale près de la source et distale
dans les zones les plus éloignées où ne sont représentés que les termes D et
E de la séquence de BOUMA. Plus loin encore on ne trouverait que des
argiles pélagiques déposées par simple décantation.