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Arrias : L'art de la persuasion mensongère

Arrias se présente comme un homme universel, cherchant à impressionner les autres par ses connaissances, même lorsqu'il est contredit. Le texte aborde également la curiosité malsaine des gens face à la souffrance des condamnés, tout en suggérant qu'il serait plus sage de contempler la joie des heureux. Enfin, il décrit une société où les comportements et les valeurs sont inversés, avec des vieillards galants et des jeunes indifférents aux femmes.

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Arrias : L'art de la persuasion mensongère

Arrias se présente comme un homme universel, cherchant à impressionner les autres par ses connaissances, même lorsqu'il est contredit. Le texte aborde également la curiosité malsaine des gens face à la souffrance des condamnés, tout en suggérant qu'il serait plus sage de contempler la joie des heureux. Enfin, il décrit une société où les comportements et les valeurs sont inversés, avec des vieillards galants et des jeunes indifférents aux femmes.

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Arrias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader

ainsi ; c'est un homme universel, et il se donne


pour tel : il aime mieux mentir que de se taire ou
de paraître ignorer quelque chose.
On parle à la table d'un grand d'une cour du Nord
: il prend la parole, et l'ôte à ceux qui allaient dire
ce qu'ils en savent ; il s'oriente dans cette région
lointaine comme s'il en était originaire ; il discourt
des mœurs de cette cour, des femmes du pays, de
ses lois et de ses coutumes ; il récite des
historiettes qui y sont arrivées ; il les trouve
plaisantes, et il en rit le premier jusqu'à éclater.
Quelqu'un se hasarde de le contredire, et lui
prouve nettement qu'il dit des choses qui ne sont
pas vraies. Arrias ne se trouble point, prend feu
au contraire contre l'interrupteur : « Je n'avance,
lui dit-il, je ne raconte rien que je ne sache
d'original : je l'ai appris de Sethon, ambassadeur
de France dans cette cour, revenu à Paris depuis
quelques jours, que je connais familièrement, que
j'ai fort interrogé, et qui ne m'a caché aucune
circonstance. »
Il reprenait le fil de sa narration avec plus de
confiance qu'il ne l'avait commencée, lorsque l'un
des conviés lui dit : « C'est Sethon à qui vous
parlez, lui-même, et qui arrive fraîchement de son
ambassade. »
L’on court les malheureux pour les envisager ; l’on se
range en haie, ou l’on se place aux fenêtres, pour
observer les traits et la contenance d’un homme qui
est condamné, et qui sait qu’il va mourir : vaine,
maligne, inhumaine curiosité ; si les hommes étaient
sages, la place publique serait abandonnée, et il serait
établi qu’il y aurait de l’ignominie seulement à voir de
tels spectacles.

Si vous êtes si touchés de curiosité, exercez-la du


moins en un sujet noble : voyez un heureux,
contemplez-le dans le jour même où il a été nommé à
un nouveau poste, et qu’il en reçoit les compliments ;
lisez dans ses yeux, et au travers d’un calme étudié et
d’une feinte modestie, combien il est content et
pénétré de soi-même ; voyez quelle sérénité cet
accomplissement de ses désirs répand dans son cœur
et son visage, comme il ne songe plus qu’à vivre et à
avoir de la santé, comme ensuite sa joie lui échappe et
ne peut plus dissimuler, comme il plie sous les poids
de son bonheur, quel air froid et sérieux il conserve
pour ceux qui ne sont plus égaux : il ne leur répond
pas, il ne les voit pas ; les embrassements et les
caresses des grands, qu’il ne voit plus de si loin,
achèvent de lui nuire ; il se déconcerte, il s’étourdit :
c’est une courte aliénation.

Vous voulez être heureux, vous désirez des grâces ;


que de choses pour vous à éviter !
PHILINTE Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ?
ALCESTE Laissez-moi, je vous prie.
PHILINTE Mais, encor, dites-moi, quelle bizarrerie…
ALCESTE Laissez-moi là, vous dis-je, et courez-vous cacher.
PHILINTE Mais on entend les gens, au moins, sans se fâcher.
ALCESTE Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre.
PHILINTE Dans vos brusques chagrins, je ne puis vous
comprendre ; Et quoique amis, enfin, je suis tous des
premiers…

ALCESTE Moi, votre ami ? Rayez cela de vos papiers. J’ai fait
jusques ici, profession de l’être ; Mais après ce qu’en vous, je
viens de voir paraître, Je vous déclare net, que je ne le suis
plus, Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.
PHILINTE Je suis, donc, bien coupable, Alceste, à votre compte
ALCESTE Allez, vous devriez mourir de pure honte, Une telle
action ne saurait s’excuser, Et tout homme d’honneur s’en
doit scandaliser. Je vous vois accabler un homme de caresses,
Et témoigner, pour lui, les dernières tendresses ; De
protestations, d’offres, et de serments, Vous chargez la fureur
de vos embrassements : Et quand je vous demande après,
quel est cet homme, À peine pouvez-vous dire comme il se
nomme, Votre chaleur, pour lui, tombe en vous séparant, Et
vous me le traitez, à moi, d’indifférent. Morbleu, c’est une
chose indigne, lâche, infâme, De s’abaisser ainsi, jusqu’à trahir
son âme : Et si, par un malheur, j’en avais fait autant, Je
m’irais, de regret, pendre tout à l’instant.
PHILINTE Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable ;
Et je vous supplierai d’avoir pour agréable, Que je me fasse un
peu, grâce sur votre arrêt, Et ne me pende pas, pour cela, s’il
vous plaît.
ALCESTE Que la plaisanterie est de mauvaise grâce !
PHILINTE Mais, sérieusement, que voulez-vous qu’on fasse ?

ALCESTE Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme


d’honneur, On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
L’on parle d’une région où les vieillards sont galants, polis et civils ; les
jeunes gens au contraire, durs, féroces, sans mœurs ni politesse : ils
se trouvent affranchis de la passion des femmes dans un âge où l’on
commence ailleurs à la sentir ; ils leur préfèrent des repas, des
viandes, et des amours ridicules. Celui-là chez eux est sobre et
modéré, qui ne s’enivre que de vin : l’usage trop fréquent qu’ils en
ont fait le leur a rendu insipide ; ils cherchent à réveiller leur goût
déjà éteint par des eaux-de-vie, et par toutes les liqueurs les plus
violentes ; il ne manque à leur débauche que de boire de l’eau-forte.

Les femmes du pays précipitent le déclin de leur beauté par des


artifices qu’elles croient servir à les rendre belles : leur coutume est
de peindre leurs lèvres, leurs joues, leurs sourcils et leurs épaules,
qu’elles étalent avec leur gorge, leurs bras et leurs oreilles, comme si
elles craignaient de cacher l’endroit par où elles pourraient plaire, ou
de ne pas se montrer assez. Ceux qui habitent cette contrée ont une
physionomie qui n’est pas nette, mais confuse, embarrassée dans une
épaisseur de cheveux étrangers, qu’ils préfèrent aux naturels et dont
ils font un long tissu pour couvrir leur tête : il descend à la moitié du
corps, change les traits, et empêche qu’on ne connaisse les hommes à
leur visage.

Ces peuples d’ailleurs ont leur Dieu et leur roi : les grands de la nation
s’assemblent tous les jours, à une certaine heure, dans un temple
qu’ils nomment église; il y a au fond de ce temple un autel consacré à
leur Dieu, où un prêtre célèbre des mystères qu’ils appellent saints,
sacrés et redoutables; les grands forment un vaste cercle au pied de
cet autel, et paraissent debout, le dos tourné directement au prêtre
et aux saints mystères, et les faces élevées vers leur roi, que l’on voit
à genoux sur une tribune, et à qui ils semblent avoir tout l’esprit et
tout le cœur appliqués. On ne laisse pas de voir dans cet usage une
espèce de subordination ; car ce peuple paraît adorer le prince, et le
prince adorer Dieu.

Les gens du pays le nomment ***; il est à quelque quarante-huit


degrés d’élévation du pôle, et à plus d’onze cents lieues de mer des
Iroquois et des Hurons.

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