Texte
L’entreprise d’une « théodicée » fait sourire, elle ne rencontre le plus souvent que
scepticisme. Le vocable même sonne de façon si étrange : « théodicée » est un mot
Leibnitzien, dont l’intention paraît singulièrement dépassée. Dieu aurait-il besoin d’un
avocat ? et de quel procès s’agit-il ? On lui faisait grief du mal dans le monde. Et le
philosophe luthérien s’offrait à la défense. Mais pour être accusé il faut exister ; intenter une
action, vise un être réel. Or dans la mesure où il est certain que le mal existe, Dieu devient
aujourd’hui un inculpé problématique, mais l’accent s’est déplacé : comment s’en prendre à
ce qui n’est qu’une ombre ? « Le dicastère » où Dieu comparaissait ferme ses portes, il n’a
plus raison d’être aux yeux du plaignant si l’identité du prévenu se dérobe. La procédure
est désormais radicale. Elle réduit Dieu à rien. La cause est entendue. Comment parler
d’absoudre ce qui est désormais aboli ?
Reste à savoir si nous ne devons pas en appeler de ce procès et vérifier pour notre
compte la manière dont il est conduit. Ce qui est sûr, c’est que la philosophie contemporaine,
à peu près unanime, renonce à plaider, par des voies que l’on estime périmées, l’existence de
Dieu.