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Formateur : Karim OUANRE, IES, 70 31 02 10
PROGRAMME DE FORMATION
MOIS : MAI 2023
Module 19 : la réforme curriculaire
Le contenu est la communication des experts de la réforme sauf le point sur le volume horaire
et des coefficients et les exercices d‘application.
La réforme curriculaire
LES PRINCIPES GENERAUX DE LA REFORME CURRICULAIRE DU BURKINA FASO
Plan
Introduction
1. Du point de vue de l’approche pédagogique : un choix préférentiel
pour l’APC sans abandonner l’API
2. Des changements à opérer dans une perspective holistique et un
alignement curriculaire
3. Des contenus de l’éducation
4. Du processus de généralisation
5. Du volume horaire et des coefficients
6. De la stratégie de communication
Conclusion
Introduction
L’adoption du nouveau cadre d’orientation du curriculum (COC) au Burkina Faso obéit à
un impératif, celui de prendre en compte une vision holistique du périmètre institutionnel
du Ministère de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues
nationales. En rappel, c’est par décret n°2015-1075/PRES-
TRANS/PM/MENA/MESS/MEF du 1er octobre 2015 portant Cadre d’Orientation du
Curriculum (COC) de l’Education de Base, que le Burkina Faso avait adopté un cadre relatif
aux curricula de l’éducation de base qui se limitait au préscolaire, à l’enseignement
primaire, post-primaire et à l’éducation non formelle des adolescents. Cette vision ne
correspond pas à la réalité institutionnelle actuelle où le Président du Faso a choisi de
mettre ensemble tout ce périmètre ainsi que l’enseignement secondaire général,
l’enseignement et la formation techniques et professionnels et l’éducation non formelle.
La nouvelle réalité institutionnelle correspond mieux à la vision d’un curriculum
holistique. C’est pourquoi il a été jugé nécessaire de concevoir un nouveau cadre
d’orientation du curriculum de l’éducation nationale en remplacement de celui de 2015.
Le nouveau projet de cadre d’orientation du curriculum de l’éducation nationale prend en
compte l’évolution dans le domaine des sciences de l’éducation et cela conformément à la
loi d’orientation de l’éducation de 2007 qui a choisi l’approche par les compétences
comme cadre de conception des curricula de l’éducation. Mais qu’est-ce qui fait la
nouveauté de ce cadre d’orientation du curriculum par rapport au précédent ?
La question peut être abordée du point de vue de l’approche pédagogique adoptée, des
changements à apporter, des contenus, du calendrier de mise en œuvre et de la stratégie
de communication.
1. Du point de vue de l’approche pédagogique : un choix préférentiel pour l’APC
sans abandonner l’API
D’abord, du point de vue de l’approche pédagogique, le nouveau cadre d’orientation du
curriculum précise une tendance marquée pour l’approche par les compétences (APC).
En 2015, les concepteurs du cadre d’orientation du curriculum de l’Education de base
avaient, par crainte de l’échec, voulu adopter l’APC tout en gardant l’ancienne approche,
la pédagogie par objectifs (PPO) plus maîtrisée parce que plus connue alors que le débat
sur l’efficacité de l’APC dans l’enseignement général était en cours au sein de la
communauté scientifique internationale.
Aussi, avaient-ils préconisé en lieu et place une approche dite endogène dénommée
« approche pédagogique intégratrice » (API). Cette approche fait la synthèse de la
pédagogie par objectifs, de l’approche par les compétences et de deux méthodes
d’enseignement de la lecture et des disciplines scientifiques : la pédagogie du texte et
l’ASEI/PDSI.
La pédagogie du texte s’inspire d’une expérience latino-américaine d’alphabétisation et
l’ASEI/PDSI a été utilisée au Japon pour l’enseignement des mathématiques et des
sciences dans les petites classes.
L’APC contextualise les apprentissages en les rendant plus concrets et plus accessibles.
Au moment de l’évaluation, les épreuves donnent suffisamment de précisions sur les
attentes de l’enseignant afin d’éviter les difficultés de compréhension du sujet et de
donner toutes les balises nécessaires à sa délimitation.
L’approche ainsi devra permettre à terme d’aligner notre système éducatif avec ceux des
pays voisins en particulier ceux de l’UEMOA dans la perspective de l’harmonisation du
baccalauréat dans l’espace de ces pays en 2025.
Il s’agira spécifiquement de se conformer à un cadre général défini par ces pays pour
l’enseignement général, de procéder à une réorganisation des séries du baccalauréat
technologique et du baccalauréat professionnel et d’assurer une meilleure préparation
des élèves à l’enseignement supérieur et à la vie professionnelle.
Le Burkina Faso ayant souscrit au projet d’harmonisation du baccalauréat dans les pays
membres de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), le processus de
mise en œuvre de l’organisation de cet examen en 2025 est pris en compte dans la réforme
curriculaire.
2. Des changements à opérer dans une perspective holistique et un alignement
curriculaire
De façon opérationnelle, le dispositif mis en place pour cette réforme prend en compte :
➢ la relecture des programmes d’enseignement général pour tous les cycles sur la
base d’une définition préalable des profils de sortie. Le profil de sortie définit les
compétences attendues d’un apprenant à la fin du cycle pour lequel il postule ;
➢ la réécriture des manuels scolaires du préscolaire, du primaire, du post-primaire
et du secondaire général sur la base des nouveaux programmes ;
➢ l’écriture de manuels scolaires pour les spécialités de l’enseignement et la
formation techniques et professionnels ;
➢ la révision du système d’évaluation au post-primaire et au secondaire par la
définition de nouveaux coefficients au BEPC et le changement de la forme des
épreuves au baccalauréat ;
➢ l’introduction de nouvelles matières dans l’enseignement : les technologies de
l’information et de la communication et l’éducation au numérique dans tous les
cycles, l’anglais au primaire, l’éducation civique au post-primaire et au secondaire,
les langues nationales au primaire, au post-primaire et au secondaire. En outre,
dans les lycées scientifiques, il est prévu une initiation aux techniques
industrielles.
De façon spécifique, les différents cycles connaîtront les changements suivants :
➢ Au préscolaire et au primaire, les disciplines sont organisées en champs
disciplinaires pour favoriser l’intégration des apprentissages. Les champs
disciplinaires sont au nombre de quatre : langues et communication ;
mathématiques, sciences et technologie ; sciences humaines et sociales ; éducation
physique, arts, culture et activités pratiques de production.
➢ Au primaire, il est prévu en outre, l’introduction de l’anglais et le développement
de l’enseignement bilingue français/langue nationale, les technologies de
l’information et de la communication et l’éducation au numérique, et la
dynamisation des activités de production.
➢ Au post-primaire et au secondaire, les anciennes disciplines seront complétées par
de nouvelles : les technologies de l’information et de la communication et
l’éducation au numérique, les sciences et techniques industrielles, les langues
nationales et l’éducation civique.
➢ Les volumes horaires et les coefficients seront revus en vue d’une prise en compte
des nouvelles disciplines dans les deux cycles et un meilleur équilibrage de la
hiérarchie des matières au post-primaire.
➢ Dans l’enseignement et la formation techniques et professionnels, l’approche par
les compétences est consolidée et la réforme prend en compte les établissements
polyvalents dans lesquels les volumes horaires des différentes matières sont
également revus pour permettre aux élèves de préparer deux diplômes. La
réflexion sera engagée pour une réorganisation des profils de sortie des
baccalauréats technologiques et professionnels.
➢ Dans l’éducation non formelle, la réflexion sera menée sur l’instauration des
passerelles et la validation des acquis de l’expérience. En outre, dans le processus
d’opérationnalisation de l’enseignement des langues nationales, la conception de
nouveaux syllabaires est prévue.
2. Des contenus de l’éducation
Du point de vue des contenus de l’éducation, la réforme devra apporter les changements
suivants :
❖ une contextualisation des apprentissages, passant d’un enseignement
traditionnellement livresque, axé sur les contenus, fondé sur la mise à disposition
d’un volume élevé de connaissances théoriques à un enseignement visant
l’acquisition des procédures en vue de faciliter l’auto apprentissage ;
❖ un enseignement axé sur la connaissance du milieu : en tant qu’instrument de
transmission de la culture, les contenus mettront l’accent sur la littérature,
l’histoire et la géographie du Burkina Faso qui occuperont une plus grande place
dans les programmes. L’histoire du Burkina Faso sera présente chaque année à
partir de la classe de CE1 jusqu’en terminale ;
❖ un enseignement orienté vers la modernité en termes d’accès aux sciences et à la
technologie : les nouveaux curricula et les nouvelles matières devront permettre
une meilleure insertion des sortants au plan international avec l’introduction de
l’anglais au primaire, l’enseignement des TIC et l’éducation au numérique, la
valorisation des activités pratiques de production ;
❖ un enseignement orienté vers l’acquisition de valeurs à la fois modernes et
respectueuses de notre identité culturelle : les questions liées à la protection des
droits humains, à la protection de l’environnement, à la santé sexuelle et
reproductive, à l’hygiène, à la sécurité routière, aux compétences de vie courante
seront développées dans les curricula et les pratiques enseignantes.
❖ Il convient de préciser à ce niveau l’option pour l’éducation à la vie familiale en lieu
et place de l’éducation sexuelle complète. La famille constitue pour le Burkina Faso,
un socle sur lequel il faudra s’appuyer pour se développer, promouvoir un modèle
de développement respectueux de notre passé glorieux, ouvert sur les valeurs et
pratiques sociales modernes et non concurrentielles de nos cultures dont les
points communs constitueront un socle éducatif minimal.
❖ Partir des points communs de nos cultures constitue une source d’enrichissement.
Enseigner des valeurs opposées à nos croyances constituera un frein au
développement de l’accès à l’éducation surtout dans certaines zones à fort défi
sécuritaire.
4- Du processus de généralisation
Le processus de la généralisation se fera de façon progressive avec les étapes suivantes :
➢ En 2022
L’étape de la généralisation pourra démarrer pour compter de la rentrée scolaire 2022-
2023 avec les activités suivantes :
✓ généralisation de l’enseignement sur la base des nouveaux curricula des
différentes matières pour tout le préscolaire, les premières années du primaire, du
post-primaire et du secondaire général ;
✓ au niveau de l’enseignement et la formation techniques et professionnels, le
processus est différent : l’expérimentation se fait à la suite de l’adoption des
référentiels d’une spécialité donnée. Il n’y a pas de date de démarrage fixe.
➢ En 2022
A partir de la rentrée d’octobre 2022, les activités suivantes peuvent être envisagées :
✓ l’expérimentation de l’enseignement de l’anglais au primaire (CE1) avec un
échantillon d’écoles ;
✓ l’expérimentation de l’enseignement des TIC et de l’éducation au numérique au
préscolaire et en première année dans tous les cycles avec un échantillon d’écoles ;
✓ l’introduction de l’éducation civique au post-primaire et au secondaire dans toutes
les écoles ;
✓ La dynamisation des activités pratiques de production au primaire et au post-
primaire.
NB : Ces expérimentations ne sont pas effectives durant cette année scolaire 2022/2023.
➢ En 2023
En 2023, il est prévu :
✓ la généralisation de l’enseignement de l’anglais au primaire (CE1) ;
✓ la généralisation de l’enseignement des TIC et de l’éducation au numérique au
préscolaire et en première année dans tous les cycles.
5. Les coefficients
La note du Secrétaire Général en date du 23 septembre 2022 précise que la mise en œuvre
des nouveaux curricula pour compter de la rentrée 2022 entraine une relecture des
dispositions relatives aux volumes horaires dans les différentes disciplines pour tous les
cycles et aux coefficients applicables au post-primaire et au secondaire.
NB : Il convient de noter que ces nouveaux coefficients et volumes horaires ne sont applicables
qu’en sixième (6e ) et en seconde pour ce qui est de l’enseignement général. Le processus se
poursuivra chaque année jusqu’en classe de troisième et en terminale. Autrement dit, durant
l’année scolaire 2023/2024 en plus de la 6e et de la 2e, les classes de 5e et de 1e appliqueront
ces volumes horaires et ces coefficients.
Vous verrez ces changements dans le fichier PDF qui accompagne le module.
6. De la stratégie de communication
Le succès de la présente réforme est tributaire du degré d’adhésion des différents acteurs.
C’est pourquoi il est prévu des activités de formation, d’information et de sensibilisation.
La formation concerne les enseignants et les encadreurs pédagogiques des différents
niveaux et disciplines concernés.
L’information concerne les autres acteurs de l’éducation : syndicats, parents d’élèves,
organisations faitières des établissements privés, leaders d’opinion, responsables
administratifs et personnels non enseignants des établissements scolaires. Des sessions
seront organisées à leur intention.
Enfin, la sensibilisation concerne la population en général. Elle passe par une campagne
médiatique : points de presse, émissions radio et télévision, presse en ligne.
Mais il faut noter que la réforme fait son bonhomme de chemin sans la mise en œuvre de
certains des éléments de communication déclinés plus haut.
Conclusion
Au moment où le pays s’interroge sur l’avenir du système éducatif, la réforme des
curricula se présente comme un enjeu incontournable. Il s’agira pour notre pays de définir
pour ses enfants, un cadre curriculaire prenant en compte à la fois l’évolution des savoirs
et le besoin d’ouverture dans un monde globalisé, l’ancrage dans nos valeurs socio-
culturelles nationales, les besoins du développement économique et social et la modicité
des ressources dans un pays en développement.
La réforme curriculaire s’attache au contenu de l’éducation pour répondre aux questions :
que faut-il enseigner et comment enseigner ?
Toutefois, la réflexion globale sur la contribution des différents acteurs, le financement de
l’éducation, la place de l’éducation dans le pays vont au-delà de la réforme curriculaire.
Merci pour votre attention.
Exercices d’application
Exercice 1. Répondez succinctement aux questions suivantes :
1- Quelle est l’approche pédagogique qui sous-tend la réforme curriculaire ?
2- Citez trois innovations majeures apportées aux contenus des enseignements.
Exercice 2 : Rédigez entièrement le sujet suivant :
Sujet : « Dans la réforme actuelle de notre système éducatif, l’introduction des langues
nationales est un atout incontestable. » disait un spécialiste de l’éducation.
Etes-vous de cet avis ? Quelles dispositions faut-il prendre pour une intégration réussie
de nos langues au post-primaire et au secondaire au Burkina Faso ?