Chapitre 2 : Analyse des risques au laboratoire de chimie
Introduction
L'analyse des risques au sein d'un laboratoire de chimie se distingue de l'approche industrielle
classique par la nature même des activités. Le cadre normatif de référence, notamment la
norme ISO/IEC 17025, stipule que le laboratoire doit planifier et mettre en œuvre des actions
pour traiter les risques afin de garantir que le système de management atteint les résultats
escomptés.
À l'échelle du laboratoire ("Laboratory scale"), les manipulations impliquent des substances
hautement réactives dans des contenants conçus pour être manipulés par une seule personne.
Cette échelle réduite n'amoindrit pas le risque ; au contraire, la multiplicité des procédures et
la variabilité des agents chimiques (acides forts, solvants, toxiques) augmentent la complexité
de la maîtrise des expositions. La sécurité repose donc sur un Plan d'Hygiène Chimique
(PHC) écrit, capable de maintenir les expositions en dessous des limites admissibles (PEL -
Permissible Exposure Limits).
Axe 1 : Notions générales sur les risques au laboratoire
1.1 Définition du risque
Selon la norme ISO 45001, le risque est défini de manière académique comme l'effet de
l'incertitude. Dans le contexte spécifique de la Santé et Sécurité au Travail (S&ST), il
représente la combinaison de la probabilité d'occurrence d'un événement dangereux (ou
d'une exposition) et de la gravité des traumatismes ou pathologies qui peuvent en résulter.
En métrologie et gestion de laboratoire, le risque s'évalue mathématiquement par sa criticité
(C), souvent calculée selon l'équation : C=P×G×M
• P (Probabilité/Fréquence) : Mesure le temps d'exposition ou le nombre d'occurrences de la
situation dangereuse.
• G (Gravité) : Évalue l'ampleur des conséquences (effets réversibles comme une légère
irritation vs effets irréversibles comme une amputation ou une intoxication systémique).
• M (Non-Maîtrise) : Évalue l'efficacité des barrières de sécurité existantes (protections
collectives, procédures).
1.2 Différence entre danger et risque
Il est impératif pour un cadre de laboratoire de ne pas confondre ces deux concepts :
• Le Danger : C'est une propriété intrinsèque, une source capable de causer un dommage.
Par exemple, l'acide sulfurique concentré est un danger par ses propriétés corrosives ;
l'électricité est un danger par sa capacité à provoquer une électrisation.
• Le Risque : C'est la probabilité que le dommage se concrétise lors de l'utilisation du
danger.
Exemple concret : Un flacon de benzène scellé dans une armoire de sécurité ventilée constitue
un danger (cancérogène), mais le risque d'exposition est quasi nul. Le risque devient
significatif dès lors qu'un technicien manipule ce flacon hors d'une sorbonne, créant une voie
de pénétration par inhalation.
1.3 Chaîne du risque
La chaîne du risque (ou processus d'apparition du dommage) au laboratoire peut être analysée
via la méthode des 5M (Diagramme d'Ishikawa), qui permet d'identifier les vecteurs de
défaillance :
1. Matières : Réactifs dangereux, gaz sous pression, matériaux de référence dont l'instabilité
peut créer une réaction violente.
2. Matériel : Verrerie fissurée, autoclaves mal entretenus, ou instruments de mesure non
étalonnés compromettant la sécurité et les résultats.
3. Milieu : Environnement de travail, encombrement des paillasses, ou défaillance du système
de renouvellement de l'air (centrales de filtration).
4. Méthodes : Procédures opératoires (SOP) inexistantes ou non respectées, comme le
mélange de produits incompatibles (ex: acide et eau ou détergent et désinfectant).
5. Main-d'œuvre : Le personnel est souvent le "maillon faible" ; un manque de formation ou
une fatigue accrue augmente la probabilité d'erreur humaine.
1.4 Principes généraux de prévention
La prévention repose sur une approche proactive et hiérarchisée, alignée sur le cycle PDCA
(Plan-Do-Check-Act) de l'ISO 45001. La hiérarchie des mesures de prévention doit être
strictement appliquée :
1. Élimination : Supprimer physiquement le danger (ex: arrêter d'utiliser un solvant
neurotoxique si l'analyse n'est plus requise).
2. Substitution : Remplacer une substance dangereuse par une alternative moins nocive (ex:
substituer le benzène par le toluène, ou utiliser des peintures à l'eau au lieu de solvants).
3. Protection collective (Ingénierie) : Isoler le danger de l'homme. Au laboratoire,
l'utilisation de sorbonnes de laboratoire et de dispositifs de captage à la source est la règle
d'or pour éliminer les contaminants endogènes.
4. Mesures administratives : Signalisation, formation rigoureuse aux risques chimiques, et
établissement de modes opératoires normalisés.
5. Équipements de Protection Individuelle (EPI) : C'est le dernier rempart. Il inclut les
gants adaptés (en nitrile pour certains solvants), les lunettes de sécurité et les blouses en
polyester (qui émettent 40 fois moins de particules que le coton et protègent mieux contre
certaines projections).