Vidéos pour la professionnalisation des enseignants
Vidéos pour la professionnalisation des enseignants
GROUPE
THÉMATIQUE
D’EXPERTISE
PROFESSIONNALISATION
DES ACTEURS
2025
GUIDE PRATIQUE
Concevoir et utiliser des vidéos
pour analyser les pratiques
et accompagner les enseignantes
et enseignants
LE PROGRAMME APPRENDRE
Actif depuis 2018, le programme APPRENDRE a pour mission de renforcer la professionnalisation
des enseignantes et enseignants, d’améliorer la qualité de la formation initiale et continue,
et de soutenir leur développement professionnel tout au long de leur carrière. Le programme
agit à la fois sur les pratiques pédagogiques, sur les statuts enseignants et sur la gouvernance
de la profession. En cela, il contribue à l’amélioration de la condition enseignante et à la création
d’un environnement favorable à une meilleure qualité des enseignements-apprentissages,
conformément à l’Objectif de développement durable 4 (ODD 4) des Nations unies.
Pour atteindre ces objectifs, APPRENDRE mobilise son réseau d’expertise et facilite l’accès
à des ressources, outils et savoirs.
APPRENDRE accompagne les ministères de l’Éducation de 23 pays francophones dans
le renforcement des capacités de leurs personnels d’encadrement et d’accompagnement
pédagogique. À la demande de ces pays, APPRENDRE mobilise un réseau d’expertise et de
partenaires (personnes praticiennes, chercheuses, cadres éducatifs et universitaires) pour
réaliser des missions de formation, d’audit, de diagnostic et d’ingénierie.
Les appuis mis en place par APPRENDRE ciblent prioritairement les directions et institutions
responsables de la formation initiale et continue des personnels enseignants dans les pays
concernés. L’identification des actions à mener s’appuie sur le recueil des besoins des actrices
et des acteurs, dans une démarche partenariale fondée sur le dialogue et l’échange. Chaque
pays définit son Plan de Travail Annuel (PTA) en étroite collaboration avec les huit Groupes
Thématiques d’Expertise (GTE) du programme. C’est ensemble qu’un diagnostic est effectué,
qu’une réflexion est menée et que les actions à mettre en place sont déterminées.
APPRENDRE n’est pas un dispositif de formation et ne se substitue pas aux financements
sectoriels de l’éducation. Ses appuis, ponctuels et ciblés, s’inscrivent en amont des projets
nationaux conçus et pilotés par les pays et renforcent les capacités de conception, de pilotage
et de suivi des ministères.
Par ces interventions, APPRENDRE contribue à améliorer durablement la qualité des
enseignements et des apprentissages dans les systèmes éducatifs francophones.
Paris, 2025
GROUPE
1
THÉMATIQUE
D’EXPERTISE
PROFESSIONNALISATION
DES ACTEURS
2025
GUIDE PRATIQUE
Concevoir et utiliser des vidéos
pour analyser les pratiques
et accompagner les enseignantes
et enseignants
SOMMAIRE
SOMMAIRE
SOMMAIRE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
INTRODUCTION GÉNÉRALE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1. L
a philosophie spécifique et les principes de formation
des enseignant·es du GTE 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2. L
’analyse de pratiques professionnelles (APP)
fondée sur l’image vidéo ou le récit : une démarche de formation
professionnalisante et réflexive 17
3. L
es concepts fondateurs des activités de formation
APPRENDRE du GTE 1 20
4. Conclusion 29
5. U
sage en travail d’équipe ou collaboratif en établissement
ou territoire de proximité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
5.1 Objectifs et principes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
5.2 Modalités de conception et type d’usage privilégié . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
5.3 Compétences nécessaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
5.4 Points de vigilance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
6. Usage en autoformation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
6.1 Objectifs et principes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
6.2 Modalités de conception et type d’usage privilégié . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
6.3 Compétences nécessaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
6.4 Points de vigilance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
8. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
2. Les grilles d’observation et d’analyse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
2.1 L’observation et l’analyse de pratiques : des démarches instrumentées . . . 60
2.2 La conception des grilles d’observation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
2.3 Deux exemples de grilles contextualisées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
2.3.1 Un exemple de grille générale au Sénégal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
2.3.2 Un exemple de grille d’observation ciblée
sur « la consigne » au Burkina Faso . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
2. Le contenu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
2.1 Les interactions entre l’enseignant·e et les élèves . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
2.2 Les productions des élèves . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
2.3 L’enseignant·e : postures et attitudes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
2.4 Les élèves : postures, attitudes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
2.5 Les différentes activités des élèves et de l’enseignant·e . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
2.6 Les interactions entre les élèves . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
2.7 Les conditions matérielles et l’organisation spatiale de la classe . . . . . . . . . . 114
2.8 Les usages des supports pédagogiques et didactiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
3. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
3. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
Depuis plusieurs années, les ateliers OAPE (observation et analyse des pratiques
enseignantes) du GTE 1, organisés dans divers pays, ont permis de développer
des démarches et des outils spécifiques de formation. Ces derniers visent à renforcer
les compétences professionnelles des enseignant·es et des corps d’encadrement
pédagogique, en développant le « savoir analyser » et l’accompagnement des
pratiques enseignantes avec l’objectif final d’améliorer les résultats d’apprentissage
des élèves.
11 11
LISTE DES SIGLES
12
1
CHAPITRE CONTEXTE
ET CADRE ÉTHIQUE
ET THÉORIQUE
CHAPITRE 1
Contexte et cadre éthique et théorique
1 L A PHILOSOPHIE SPÉCIFIQUE
ET LES PRINCIPES DE FORMATION
DES ENSEIGNANT·ES DU GTE 1
La rédaction d’un guide sur la conception de vidéos de pratiques de classe s’inscrit
dans la philosophie du GTE 1. Cette dernière se fonde sur le modèle d’une formation
professionnalisante des enseignant·es en se situant dans la tendance internationale de
la professionnalisation, qui vise à former des enseignant·es plus autonomes et réfléchis,
au service de la réussite des apprentissages des élèves. Cette conception de la formation
professionnelle repose sur le développement :
► du « savoir-enseigner »,
► du « savoir-faire apprendre »,
► de compétences professionnelles expertes du métier,
► des savoirs professionnels propres auxquels se référer pour prendre des décisions.
C’est pourquoi une telle formation repose sur l’activité même de la personne formée,
actrice de sa formation, qui construit ses compétences ; le formateur ou la formatrice
n’est que l’organisateur des conditions d’un apprentissage professionnel, un expert
qui anime la formation, accompagnant la personne formée dans la construction de sa
professionnalité. Cette conception repose sur le fait que l’on apprend bien que ce qu’on
expérimente soi-même ou qu’on recherche soi-même, dans une situation d’accompa-
gnement et d’appui d’un formateur, d’une formatrice ou d’un pair.
15
La philosophie spécifique et les principes de formation...
16
CHAPITRE 1
Contexte et cadre éthique et théorique
2 L ’ANALYSE DE PRATIQUES
PROFESSIONNELLES (APP) FONDÉE
SUR L’IMAGE VIDÉO OU LE RÉCIT :
UNE DÉMARCHE DE FORMATION
PROFESSIONNALISANTE ET RÉFLEXIVE
Dans le cadre des débats actuels sur la professionnalisation des formations, il est
demandé aux pays d’élever le niveau de recrutement des enseignant·es (licence, master)
en mettant en place au sein des universités, des centres ou des instituts supérieurs
de formation des diplômes professionnels, et en concevant des dispositifs de formation
par le développement d’une alternance intégrative entre lieux de pratique et lieux de
formation.
C’est au cœur de ce processus que se trouve la possibilité d’articuler les apports des
recherches en sciences humaines et sociales, des recherches pédagogiques et didac-
tiques, appelés « savoirs pour enseigner », les savoirs des programmes d’enseignement,
appelés « savoirs à enseigner », avec des savoirs issus de la pratique professionnelle,
en faisant collaborer des catégories différentes de formateurs ou formatrices, universi-
taires et professionnels du métier, inspectrices ou inspecteurs, conseillers ou conseillères
pédagogiques… En formation initiale, il s’agit, en effet, de permettre aux étudiant·es
de construire des compétences nécessaires à l’exercice de la profession enseignante
dans un modèle de formation articulant « pratique-théorie-pratique » et, en même
temps, de développer la posture réflexive d’un·e enseignant·e professionnel·le réfléchi.
Cet enjeu est aussi présent dans la formation continue et concerne désormais aussi
les personnels enseignants en exercice pour faire évoluer leurs pratiques et les adapter,
en prenant en compte les résultats d’apprentissage des élèves.
De nombreux travaux de recherche (Altet, 1994 ; Roth et al., 2006 ; Perez-Roux, 2012 ;
Altet et al., 2013 ; Tardif et al., 2012 ; Lenoir, 2014 ; Perez-Roux, 2015 ; Vacher, 2015)
montrent que la démarche d’analyse des pratiques professionnelles (APP), dans ses
différentes approches, vient soutenir la dimension singulière d’une formation d’adultes
par alternance ; celle-ci cherche à développer la prise de conscience, la compréhension
et la réflexivité du sujet par et pour lui-même (plutôt que de lui imposer des normes
de « bonnes pratiques » de référence à appliquer) ; elle favorise la construction des
compétences professionnelles, des savoirs à mobiliser en situation de travail, facilite
une centration sur l’apprenant·e et les apprentissages et engage dans un développe-
ment professionnel assumé par la future personne enseignante tout autant que par
les professionnels déjà en poste.
17
L’analyse de pratiques professionnelles (APP) fondée sur l’image vidéo ou le récit...
Sur les dispositifs mis en place en formation initiale ou continue pour former un·e
enseignant·e professionnel·le, les travaux sur les analyses de pratiques professionnelles
effectives (Altet, 2000 ; 2002 ; 2008 ; 2013 ; Fumat et al., 2003) montrent qu’il s’agit d’une
démarche de formation qui permet l’amélioration de la qualité de l’enseignement-
apprentissage par la professionnalisation du métier à travers une prise de conscience
de ce qui est effectivement fait, une posture et une pratique réflexive : la réflexion
étant perçue comme une ressource qui se manifeste « par l’amélioration d’actions liées
à d’autres compétences » (Altet, 2000).
La mise en œuvre, dans de nombreux pays, ces deux dernières décennies, de formations
comprenant divers dispositifs d’analyses de pratiques professionnelles et visant à déve-
lopper une attitude réflexive sur la pratique dans une articulation « pratique-théorie-
pratique » a montré l’intérêt d’inviter très tôt les enseignant·es, dès leur formation
initiale, à construire une posture réflexive, une analyse de situations éducatives et de
pratiques, fondée sur l’observation de pratiques effectives, qui leur permet de com-
prendre les situations vécues et de s’y adapter, mais aussi de prendre en compte les
apprentissages des élèves et d’améliorer la qualité de l’enseignement-apprentissage.
Ces formations sont menées avec l’appui de personnes formatrices de différents
statuts ; les inspecteurs et inspectrices participent notamment à cette dynamique
de transformation en intégrant une dimension accompagnement-formation à leurs
interventions. Cette possibilité ouvre une perspective de complément des dispositifs
existants de formation continue, notamment en mobilisant les supports vidéo de
séances de classe.
Avec les séances de classe enregistrées en vidéo que nous utilisons, il ne s’agit pas de
proposer une leçon modèle analysée, mais bien de présenter « le savoir-analyser une
séance authentique contextualisée et mise en œuvre » (Altet et Vacher, 2025) au travers
de vidéos utilisables en formation. Le travail sur la variété des vidéos, contextes et outils
utilisés prémunit d’une approche normative et prescriptive.
18
L’analyse de pratiques professionnelles (APP) fondée sur l’image vidéo ou le récit...
L’objectif opérationnel est de fournir des supports vidéo qui donnent à voir des traces
de pratiques et permettent le développement d’analyses variées à partir de divers outils
construits dans les pays. Ces vidéos pourraient servir, dans l’ensemble des pays, de
support pour former (formation initiale [FI] et formation continue [FC], formation
de formateurs et formatrices [FF]) les cadres et personnels enseignants au « savoir
observer » et au « savoir analyser ». Cependant, elles ne peuvent aucunement remplacer
les formations dans des ateliers. Les utilisateurs-formateurs de ces vidéos devraient
donc être eux-mêmes des cadres ayant participé aux ateliers. Notons que si l’usage
des vidéos est à destination des cadres ayant participé au programme APPRENDRE,
l’enjeu est bien qu’ils utilisent celles-ci lors de formations à destination d’autres
acteurs. Cette stratégie de conception s’inscrirait donc dans l’accompagnement de la
dissémination par les participant·es.
Retours d’expérience
19
CHAPITRE 1
Contexte et cadre éthique et théorique
3 L ES CONCEPTS FONDATEURS
DES ACTIVITÉS DE FORMATION
APPRENDRE DU GTE 1
La démarche mise en œuvre par le GTE 1 se fonde sur des assises théoriques et l’iden-
tification de concepts clés. Pour étayer la conception des vidéos de pratiques de classe,
nous mobilisons trois concepts principaux : le couple enseignement-apprentissage,
le couple observation-analyse et la démarche d’accompagnement.
Dans la lignée de nombreuses recherches (Altet, 1994 ; réseau Open, piloté par Altet,
Bru et Blanchard-Laville, 2002-2012 ; Hattie, 2012 ; Hamre et al., 2013), APPRENDRE a
aussi adopté une approche multidimensionnelle de la pratique enseignante à partir
de ses trois domaines constitutifs : le domaine relationnel, qui recouvre le climat et
les relations créés en classe par la personne enseignante ; le domaine pédagogique-
organisationnel, constitué par les activités maître et élèves menées en situation,
par les conditions d’apprentissage, les techniques, les stratégies organisées par la
personne enseignante, et le domaine didactique-épistémique qui gère le champ des
savoirs, leur structuration et les apprentissages en jeu (Vinatier et Altet, 2008).
20
Les concepts fondateurs des activités de formation...
C’est pourquoi les outils d’observation construits dans APPRENDRE sont si spécifiques1,
car ils ne sont pas uniquement centrés sur une mesure des comportements de l’ensei-
gnant·e, mais portent à la fois sur celui-ci et sur les apprenant·es dans une situation
d’enseignement-apprentissage donnée, avec un objectif d’apprentissage visé. Pour
chaque élément du processus enseignement-apprentissage à observer et à travailler
(par exemple la consigne, la différenciation, la centration sur l’apprenant·e actif,
la gestion des erreurs, etc.), ce que fait la personne enseignante est décrit à l’aide
d’indicateurs, en interaction avec ce que font les apprenant·es, et les indices prélevés
de part et d’autre permettent de mettre en relation et de comprendre ce qui se joue dans
les trois domaines constitutifs de la pratique – les domaines relationnel, pédagogique
et didactique –, dans leur articulation fonctionnelle, pour faire réussir les appren-
tissages et évoluer les pratiques à partir d’une prise de conscience et de la réflexivité
de l’enseignant·e.
1 Comparativement à d’autres outils, par exemple Teach : outil d’observation des personnes ensei-
gnantes proposé par la Banque mondiale, qui mesure par des scores 28 comportements attendus de
l’enseignant dans trois domaines : « culture en classe, enseignement et compétences socio-émotionnelles ».
21
Les concepts fondateurs des activités de formation...
► L’observation
Observer est une activité de collecte d’informations en classe ou lors d’une séquence
professionnelle. Cela peut se faire à partir d’observables prédéterminés (grille théma-
tique d’observation) ou de façon plus « sauvage » en relevant les faits les plus visibles.
De ce fait, les stratégies d’observation peuvent être multiples et répondent à des intentions
spécifiques. Si la singularité de la personne observatrice est engagée, la complexité
de la situation d’observation (angle de vue, qualité du son, activité mentale non visible)
ne permet pas de prétendre à une exhaustivité de celle-ci. En résumé, nous proposons
de définir l’observation comme une activité composée d’un recueil de matériaux liés
à une intention et un « angle de vue » et de la description de ce matériau (Boucenna,
Thiébaud et Vacher, 2022).
22
Les concepts fondateurs des activités de formation...
Une fois ce matériau constitué et décrit, que faire de celui-ci ? La phase d’analyse suit
la phase d’observation. On comprend ici l’articulation logique qui unit les deux processus :
l’observation fournit une matière à l’analyse qui ne peut être produite qu’à partir
de celle-ci.
► L’APP
L’analyse proprement dite consiste à mettre en relation les divers éléments repérés
dans les actions faites. Cette phase d’identification repère les différents facteurs mis
en jeu par la pratique, cherche à mettre en évidence, à clarifier les différentes variables
pédagogiques, didactiques, psychosociales, personnelles constitutives de la pratique.
Elle s’efforce de les relier, de les mettre en ordre, de les situer dans un réseau de sens et
d’en interpréter les interactions. Ce moment d’interprétation tente de redonner le sens
de la situation, de comprendre le sens des actions menées et des prises de décision.
Processus de déconstruction et de reconstruction du sens, la démarche d’analyse
compréhensive menée dans l’APP est une approche transversale centrée sur les
mécanismes sous-jacents aux pratiques et sur leur sens. L’analyse, dans cette phase
d’interprétation, est menée à partir des observations recueillies, de questionnements,
et grâce à des outils conceptuels, des référents théoriques qui permettent de com-
prendre l’action, d’expliquer la pratique.
23
Les concepts fondateurs des activités de formation...
Elle est liée à une étape de théorisation. Il n’y a pas d’analyse possible sans outils
conceptuels, sans référents théoriques, c’est pourquoi, nous définissons l’APP comme
une démarche instrumentée qui permet de construire progressivement une capa-
cité à analyser, « un savoir-analyser », une métacompétence réflexive (Altet, 1994)
par une décentration et une prise de conscience qui produit une lecture distanciée, autre
que la pratique vécue, un recadrage de l’action. Enfin, l’analyse est suivie d’une étape
de conception d’alternatives, d’une nouvelle pratique à partir de l’analyse préalable ;
il s’agit de proposer des pistes possibles d’amélioration et d’évolution de la pratique.
Il reste à préciser qu’en aucun cas la démarche d’analyse n’est une démarche d’évalua-
tion ; elle n’aboutit pas à la formulation de jugements de valeur et, si elle dégage et
met en relation les facteurs intervenants, c’est pour les comprendre. Elle ne mesure
pas les écarts des actions produites à une norme. Elle n’est qu’une phase nécessaire
à la compréhension du fonctionnement du processus interactif enseigner-apprendre ;
elle peut être suivie d’une phase d’évaluation formative identifiée comme telle, fondée
sur l’analyse et argumentée.
Analyser est donc une activité de reconstruction de sens. Dans la démarche APPRENDRE,
elle a une visée compréhensive. En cela elle diffère d’approche à visée de jugement,
de conseil ou évaluative par rapport à une norme attendue. La compréhension signi-
fie que le ou la professionnelle cherche à dénouer puis à retisser ce qu’il ou elle a
observé sans interprétation préalable. Celui qui accompagne potentiellement l’analyse
(la personne formatrice, inspectrice, le personnel d’encadrement, etc.) ne se situe pas
dans une posture extérieure dominante, mais bien dans une recherche de compré-
hension commune et accompagnante. Concrètement, l’activité d’analyse se traduit par
la réalisation de liens (non observables mais inférables) entre les éléments observés.
Barbier résume cela en affirmant que « la spécificité de l’analyse [est d’] établir des
liens entre des existants » (Barbier, 2018). Décomposer les faits observés, identifier
les récurrences, mettre en perspective les causes et les conséquences sont autant de
processus mentaux qui se déploient pour analyser (Vacher et Thiebaud, 2022). Il s’agira
par exemple de réaliser des hypothèses relatives aux liens possibles entre l’organisation
de l’espace et la motivation des élèves, entre la nature des consignes et la mise
en activité des élèves, de relier un comportement d’élève à la réaction d’un autre ou à
l’interpellation de l’enseignant·e, etc. L’analyse se traduit ainsi par la réalisation d’inter-
prétations, d’hypothèses de compréhension. Le ou la professionnelle accompagnée
va chercher à reconstruire le scénario de l’histoire de la séquence (chronologie), mais
aussi des interactions entre la personne enseignante, les élèves et les contextes (vision
systémique).
24
Les concepts fondateurs des activités de formation...
Plusieurs auteurs mettent en évidence que l’analyse, au sens générique, recouvre en fait
divers processus (Altet, 2005 ; Charlier et al., 2013 ; Boucenna, Thiébaud et Vacher, 2022).
Pour résumer ces travaux, nous classerons ces composantes en quatre groupes qui s’or-
donnent chronologiquement.
25
Les concepts fondateurs des activités de formation...
On notera donc que, dans cette définition large du terme d’analyse, l’observation trouve
une place en tant qu’entrée dans l’étape centrale du cycle pratique-théorie-pratique.
De même, la phase de théorisation devient une composante de cette étape. Selon
l’objectif et le contexte de l’analyse, la durée ou l’importance de ces composantes
est variable. On notera par exemple que l’activité de théorisation est souvent réduite
au profit de la phase de conception de nouvelles pratiques. Ces arbitrages sont à penser
au regard des objectifs car l’absence de certaines composantes pourrait favoriser
le retour de l’évaluation.
En synthèse, nous pouvons affirmer que les processus d’observation et d’analyse sont
complémentaires, il n’y a pas d’analyse sans observation mais une observation seule
ne permet pas de soutenir le passage à l’intervention. L’analyse s’envisage en effet
comme un pivot essentiel du changement des pratiques. Cependant, nous avons
aussi évoqué l’impact qu’elle pouvait avoir sur le développement professionnel
de l’enseignant·e. À l’interface entre cette dimension productive et constructive
de l’analyse se situe un objectif présent en filigrane du programme APPRENDRE : celui
du développement de la réflexivité. La capacité réflexive entrouvre pour les profession-
nels la perspective d’une autonomisation qui influence directement la possibilité de faire
évoluer ses pratiques, de prendre en mains son métier et ainsi, de transformer, dans
le temps, son identité professionnelle (Vacher, 2015).
► L’entretien formatif
La recherche sur les pratiques déclarées, et plus particulièrement les intentions et les
actions déclarées par les enseignant·es, a comme intérêt de cerner les représentations,
les objectifs d’apprentissage, les stratégies d’enseignement, les modèles pédagogiques
référents, les décalages identifiés, les ajustements, mais aussi la culture et les normes
partagées d’un groupe professionnel à partir d’entretiens. Le croisement des méthodo-
logies d’entretiens réflexifs comme l’instruction au sosie ou l’autoconfrontation simple
ou croisée a permis de mieux saisir le sens, la complexité des pratiques, plus précisément
« dans la compréhension de la dimension invisible des pratiques enseignantes »
(Piot, 2008).
26
Les concepts fondateurs des activités de formation...
Et dans le même temps, les méthodologies issues des théories de l’action et de l’activité
ont constitué des méthodes d’intervention qui facilitent la prise de conscience
du sujet sur ses pratiques et leur transformation, sur son expérience professionnelle
et sa construction de savoirs (Vinatier, 2013), voire sur le développement professionnel
de personnes enseignantes débutantes par l’accompagnement d’un chercheur, ou d’une
personne formatrice (Saujat, 2009).
27
Les concepts fondateurs des activités de formation...
Ces démarches permettent aux systèmes éducatifs de repenser les modalités de supervi-
sion pédagogique, d’accompagnement professionnel et de formation initiale et continue
afin d’intégrer ces logiques et d’assurer un suivi de la qualité des enseignements
en fonction des contextes et des résultats d’apprentissage. Compte tenu de ses spéci-
ficités, l’utilisation de vidéo de pratiques est une modalité qui peut s’inscrire dans cette
démarche d’accompagnement.
Retour d’expérience
28
CHAPITRE 1
Contexte et cadre éthique et théorique
4 CONCLUSION
29
Conclusion
La mise à jour périodique par les acteurs dans les différents contextes s’inscrit dans
un modèle de formation des enseignant·es se situant dans la tendance internationale
de la professionnalisation et dont l’enjeu premier est de former des enseignant·es
professionnels de l’enseignement au service de la réussite des apprentissages des
élèves.
Retours d’expérience
30
Conclusion
31
Thématique 1
2
USAGESINGÉNIERIE
CHAPITRE
POSSIBLES
DESDE FORMATION
VIDÉOS SELON
LESINGÉNIERIE
CONTEXTES
PÉDAGOGIQUE
CHAPITRE 2
Usages possibles des vidéos selon les contextes
1 L ES TYPES ET MODALITÉS
DE FORMATION CONCERNÉS
L’utilisation des vidéos s’inscrit dans une démarche singulière de formation. En effet,
le développement d’une démarche d’observation et d’analyse de pratiques (APP) répond,
comme nous venons de le voir, à des enjeux multiples et s’inscrit dans le paradigme
de la professionnalisation des enseignant·es. Ces processus sont en jeu dans des
contextes variés qu’il y a lieu de préciser. En effet, chacune des situations d’usage
des dispositifs d’OAPE va permettre l’atteinte de buts spécifiques mais va aussi nécessiter
de prendre en compte les systèmes de contraintes et d’opportunités.
Pour décrire ces différents contextes nous proposons d’analyser sept critères,
développés ci-après.
35
Les types et modalités de formation concernés
36
Les types et modalités de formation concernés
37
Les types et modalités de formation concernés
Retour d’expérience
« L’APP, avec ses grilles d’observation claires et adaptées, offre un cadre struc-
turé qui aide à comprendre les pratiques enseignantes, valorise celles qui sont
réussies et facilite l’identification des points à améliorer. L’usage de la vidéo
permet une analyse fine et objective des situations de classe, en réduisant
les biais de mémoire. »
38
CHAPITRE 2
Usages possibles des vidéos selon les contextes
2 U
SAGE EN FORMATION
INITIALE DES ENSEIGNANT·ES
La formation initiale (FI) des enseignant·es se décline de façon spécifique dans les diffé-
rents systèmes éducatifs nationaux. Les éléments que nous proposons se fondent sur
les formats principaux d’organisation.
En fonction des objectifs précédents, les principes diffèrent mais se complètent. Ainsi,
dans le cadre de la valorisation de l’alternance mise en place dans la plupart des
systèmes de formation des personnes enseignantes, la réalisation de vidéos constitue
l’un des matériaux possibles de l’analyse de pratiques (les autres étant le récit oral,
les journaux de bord, les écrits réflexifs, etc.). C’est un support qui permet de travailler
sur les traces réelles de la pratique tout en étant en situation de formation. Le travail
est ici contextualisé et c’est donc cet usage qui est principalement promu dans la cadre
du programme APPRENDRE pour développer l’observation, l’analyse de pratiques,
construire le savoir-analyser dans chacun des pays où se déroule l’atelier de formation.
Un intérêt secondaire n’est cependant pas à négliger. Sous réserve de réunir les accords
nécessaires, les vidéos réalisées en classe sont susceptibles d’être utilisées pour d’autres
modules de formation. Le principe est ici de constituer une banque de ressources
partiellement décontextualisées mais mobilisables dans différentes interventions.
Ces vidéos pourront être thématisées, par exemple la passation de consignes en mathé-
matiques, ou générale avec une séquence de classe en cours de vie quotidienne.
39
Usage en formation initiale des enseignant·es
Les usages dans les modules de formation peuvent revêtir plusieurs configurations.
■ En tant que matériau de départ lors d’une séance, soit pour donner à voir
un exemple d’une pratique tierce, soit pour partir du matériau réel des
participant·es.
■ En cours de séance pour revenir vers la complexité du réel après avoir travaillé
sur des approches théoriques.
■ Lors d’un entretien faisant suite à une visite de classe.
■ Lors du retour de stages sur les matériaux vidéo bruts rapportés par les
stagiaires.
40
Usage en formation initiale des enseignant·es
Retour d’expérience
« Je considère que l’analyse et la réflexion sur notre pratique sont des outils essen-
tiels pour comprendre et se développer dans notre métier. Cela nous permet
d’éviter les erreurs et les oublis, et de progresser de manière significative.
Je trouve que c’est un pas nécessaire et courageux pour prendre conscience
de nos forces et de nos faiblesses, et pour nous améliorer continuellement. »
41
CHAPITRE 2
Usages possibles des vidéos selon les contextes
42
Usage en formation continue
Retours d’expérience
43
Usage en formation continue
44
CHAPITRE 2
Usages possibles des vidéos selon les contextes
4 U
SAGE EN ENCADREMENT
ET EN INSPECTION
L’encadrement des enseignant·es se décline souvent sous la forme d’inspections
normatives et évaluatives. Dans la perspective du programme APPRENDRE, il s’inscrit
dans une logique d’accompagnement au sein de laquelle l’usage des vidéos peut trouver
une place significative parce qu’il permet de s’appuyer sur des traces de pratiques effec-
tives, moins discutables. Les personnels d’encadrement sont principalement, selon les
pays, inspecteur·rice, directeur·rice, conseiller·ère pédagogique.
45
Usage en encadrement et en inspection
Retours d’expérience
« Ces vidéos de séquences de classe peuvent être utilisées et réutilisées selon les
besoins en formation ou en accompagnement, de plus, elles initient les partici-
pants à l’observation et à l’analyse pour comprendre leurs pratiques. »
46
CHAPITRE 2
Usages possibles des vidéos selon les contextes
5 U
SAGE EN TRAVAIL D’ÉQUIPE
OU COLLABORATIF EN ÉTABLISSEMENT
OU TERRITOIRE DE PROXIMITÉ
Dans plusieurs pays, des dynamiques de formation et d’accompagnement sont mises
en place au niveau des établissements et des territoires. Elles peuvent prendre des
formes plus ou moins institutionnalisées telles que les cellules pédagogiques d’école
ou les regroupements par bassins d’établissements lors de journées de mutualisation
d’analyses des pratiques.
47
Usage en travail d’équipe ou collaboratif...
Retours d’expérience
« Dans notre cellule d’animation pédagogique, nous avons utilisé des vidéos
de classe pour lancer des discussions entre enseignants. Avec une grille d’ana-
lyse coconstruite, les enseignants ont pu structurer leurs observations, ce qui
a donné plus de pertinence à nos échanges. Les entretiens d’analyse ont évolué :
ils sont devenus plus participatifs et ont permis aux enseignants de faire
eux-mêmes l’analyse compréhensive de leurs propres pratiques. »
48
Usage en travail d’équipe ou collaboratif...
« Lors de nos séances de Caped, les vidéos de classe ont transformé la dyna-
mique de travail collaboratif : elles ont permis d’orienter les débats sur des faits
observables. Avec l’aide d’une grille sur la gestion de la classe et les pratiques
pédagogiques, nous avons pu mener des analyses plus rigoureuses et parti-
cipatives afin de comprendre les pratiques observées. Les entretiens d’analyse
sont devenus de véritables moments d’accompagnement professionnel,
où l’on coconstruit ensemble des pistes d’amélioration plutôt que de donner
des injonctions. »
49
CHAPITRE 2
Usages possibles des vidéos selon les contextes
6 USAGE EN AUTOFORMATION
Lorsque les formations continues sont peu nombreuses et que les enseignant·es
ressentent des besoins en matière de formation et de développement professionnel,
ceux-ci peuvent s’engager dans une démarche d’autoformation. L’usage des vidéos,
qu’elles soient personnelles ou issues de tiers, peut nourrir cette dynamique.
Dans certains cas, il est possible d’envisager des usages ponctuels de l’enregistrement
vidéo. Ainsi, si une problématique spécifique apparaît pour le professionnel, ce dernier
est susceptible de réaliser un enregistrement pour voir ce qu’il fait réellement et en
rechercher une compréhension.
50
Usage en autoformation
Retour d’expérience
51
CHAPITRE 2
Usages possibles des vidéos selon les contextes
7 U
SAGE EN FORMATION
INITIALE DE FORMATEUR·RICES
La formation de formateur·rices (FF) comprend l’ensemble des dispositifs destinés
à former les professionnels en charge de la formation, qu’ils soient chargés de l’encadre-
ment (inspection, conseil, direction) ou qu’ils forment en institution (FI ou FC).
En fonction des objectifs précédents, les principes sont similaires à ceux de la FI.
La réalisation de vidéos constitue l’un des matériaux possibles de l’analyse de pratiques
(les autres étant le récit oral, les journaux de bord, les écrits réflexifs, etc.). En tant que
formateur·rices, les professionnels sont ainsi susceptibles de travailler à partir de vidéos
des personnes formées (valorisation de l’alternance et de l’accompagnement contex-
tualisé) ou d’utiliser des supports décontextualisés, didactisés qui facilitent la mise
en lumière de certains aspects des pratiques (un thème particulier, des gestes profes-
sionnels, etc.).
Comme pour la FI, les usages dans les modules de formation peuvent revêtir plusieurs
configurations.
52
Usage en formation initiale de formateur·rices
■ Pour démarrer une séance : en tant que matériau qui contextualise, implique
ou donne à voir une activité, une séance.
■ En tant que matériau au cœur d’une séance pour travailler sur la complexité
et la singularité des pratiques (de classes, d’encadrement ou de formation).
Ce matériau peut être utilisé alternativement avec des éléments de cadrage
théorique.
On notera que, de façon complémentaire, les contenus des vidéos peuvent porter non
plus sur des séquences de classe mais sur des moments d’accompagnement (visite
de classe, entretien, formation en institution de FI, etc.). Les modalités d’usage restent
les mêmes que celles décrites ci-dessus.
53
Usage en formation initiale de formateur·rices
Retours d’expérience
« Les vidéos au Sénégal ont été utilisées dans deux formats : l’accompagnement
des enseignants candidats à la pratique des examens professionnels (CEAP
et CAP). Il s’est traduit par un gain de temps comme en organisation et en qualité.
Auparavant, les séances étaient observées le jour même en grand groupe
dans la classe puis les participants se retrouvaient dans une grande salle (hors
de l’école) pour l’analyse. La réalisation des vidéos et leur montage préalable
permet un gain de temps, un allègement du dispositif et une focalisation sur
les points importants (possibilités d’accélérer ou de revenir sur des séquences).
Par la suite, le schéma a été expérimenté dans un district (Thiès Ouest) lors
de cellules zonales (ou cellules d’animation dites externes car regroupant direc-
teurs et enseignants d’écoles différentes). Les retours (inspecteurs, directeurs,
enseignants) ont été positifs et militent pour la vulgarisation de cette pratique.
D’autant plus que les zones pédagogiques ont été dotées de tablettes et vidéo-
projecteurs par le programme APPRENDRE et le Pades Sénégal. »
« L’expérience, pour moi, en tant que formateur, a été bénéfique à plus d’un titre,
et notamment dans la mesure où celle-ci se veut une modalité collaborative
et mutuelle de compréhension, non seulement de la pratique enseignante, mais
aussi, et à travers cette dernière, la compréhension du travail du formateur.
La modalité, la stratégie et les outils choisis par les experts, le choix de l’entretien
pour accompagner l’analyse et la contractualisation entre accompagnateur et
accompagné autour d’une grille où les aspects à analyser sont fixés de commun
accord en amont et reconsidérés en aval, le tout dans une visée de compré-
hension de la pratique enseignante et formatrice font, pour moi, de cette expé-
rience un moment de formation mutuelle qui montre l’importance de croiser
les regards des différents acteurs sur l’agir professionnel, et de l’enseignant
et du formateur. Les deux en effet, formateur accompagnateur et enseignant
accompagné, au cours de l’échange et par miroirs antéposés, s’attellent
à construire ce qui, dans le feu de l’action, se dérobe à la compréhension. Le jeu
de questions finement préparées, les amorces et les relances de l’accom-
pagnateur sont autant de perches qui participent à amener l’accompagné
à comprendre son faire et son faire-faire, en soumettant à sa propre réflexion
ce qui passe inaperçu dans le feu de sa propre action enseignante. Les arrêts
sur image permettent ce retour réflexif accompagné, en permettant un retour
sur ce qui a dysfonctionné, sa mise à distance, son analyse et sa compréhension. »
54
CHAPITRE 2
Usages possibles des vidéos selon les contextes
8 CONCLUSION
L’utilisation de vidéos dans le cadre de formations professionnalisantes trouve une
pertinence dans l’ensemble du spectre de la formation des personnes encadrantes.
Avec différentes visées et modalités, l’usage de séquences vidéo de classe s’avèrent
un puissant support didactique d’intervention. Cependant, ce support ne se suffit pas,
c’est en combinaison avec d’autres outils et démarches que les bénéfices sont maximisés.
La présentation et l’analyse de ces éléments feront l’objet du chapitre suivant.
55
LES OUTILS
CENTRAUX
3
CHAPITRE
DU TRAVAIL :
DES GRILLES
D’OBSERVATION
ET D’ANALYSE
CHAPITRE 3
Les outils centraux du travail : des grilles d’observation et d’analyse
1 INTRODUCTION
L’usage de vidéos dans les différents contextes présentés précédemment s’inscrit dans
une architecture globale d’intervention. Cette dernière se fonde sur des démarches et
des chronologies qui mobilisent différents supports et procédures. L’ingénierie générale
prend ainsi la forme suivante :
Figure 1
Choix ou conception
de la séance/du thème
éventuel/des grilles Remplissage
d’observation et d’analyse des grilles
1 2 3 4 5
59
CHAPITRE 3
Les outils centraux du travail : des grilles d’observation et d’analyse
2 L ES GRILLES D’OBSERVATION
ET D’ANALYSE
L’observation peut être spontanée, naïve, globale et la perception se disperse alors dans
de multiples directions pour ne rien laisser échapper, ou bien le regard est tâtonnant ne
sachant quoi retenir. Au contraire, l’observateur qui se donne un objectif d’observation
fera une observation méthodique qui lui permettra de sélectionner et de réorganiser
toutes ses observations en fonction du but choisi, il délimitera ainsi un champ d’observa-
tion, il déterminera des observables, il opérera un tri des éléments perçus afin d’accroître
la pertinence de son observation en élaborant des outils qui procéderont d’un travail
de catégorisation issue de référents théoriques ; c’est cette démarche instrumentée
par des outils coconstruits qu’APPRENDRE propose.
De plus, dans la durée, ce que l’enseignant·e fait dans sa classe ne se réduit pas à une
juxtaposition de comportements observables très nombreux qui trouveraient toujours
en eux-mêmes leur explication. Si l’observation permet de repérer chez un groupe de
personnes enseignantes de la même discipline, au même niveau scolaire, des régularités
et des variations intra et interindividuelles dans la façon d’enseigner, il reste à chercher
à quoi tiennent ces régularités et ces variations et comment, à supposer qu’elles ne
soient pas aléatoires, elles sont organisées pour permettre l’apprentissage. L’observa-
teur·rice ou le ou la chercheur·euse est alors amené à inférer les processus par lesquels
cette organisation se réalise. Ces processus ne sont pas directement observables et les
facteurs qui antérieurement ou extérieurement à la séance de classe ont pu contribuer
à les générer ou à les transformer ne le sont pas davantage. C’est donc sur la base d’une
tentative de modélisations, conçues à partir de choix théoriques, que des pistes expli-
catives, compréhensives du fonctionnement des régularités et variations observées
peuvent être envisagées et explorées, afin de comprendre quelles sont les dynamiques
organisatrices des pratiques enseignantes et celles qui facilitent l’apprentissage.
60
Les grilles d’observation et d’analyse
N’étant pas un but en soi, l’observation n’en est pas moins indispensable, parce qu’elle
apporte des éléments constatés, décrits et pas seulement déclarés, qui appartiennent
au déroulement des interventions de l’enseignant·e en situation d’enseignement-
apprentissage en interaction avec les apprenant·es. Dans une perspective d’analyse
explicative et compréhensive, les faits à observer venant de l’enseignant·e, des élèves,
de leurs interactions par rapport à l’objet d’étude sont si nombreux que c’est seulement
sur la base d’un choix théorique préalable, d’une idée directrice, que l’observation peut
s’appliquer à fournir les éléments constitutifs de variables, elles-mêmes construites
à l’aide d’outils d’observation qui vont permettre d’étayer la démarche explicative et com-
préhensive. Que veut-on observer de la séance ? Le déroulement général pour atteindre
l’objectif visé ou un aspect de la pratique, la gestion de classe, des grands groupes,
les situations d’apprentissage mises en œuvre, les consignes…
De plus, lors des ateliers de formation animés par le programme APPRENDRE, il n’est pas
possible d’aller directement observer les pratiques dans les classes. APPRENDRE a alors
souhaité disposer d’enregistrements vidéo de séquences de classe, visionnés pendant
la formation, comme traces de pratiques effectives de classe, voire d’élaborer en amont
une banque de vidéos de classe analysées de qualité.
Pour travailler sur les vidéos lors des ateliers, les participant·es font le choix d’une
observation instrumentée, en déterminant des observables, en les catégorisant dans
des outils, en retenant une thématique directrice à observer ; ainsi, ils conçoivent,
coconstruisent et utilisent des grilles ou des fiches qui permettent d’observer et d’analyser
la pratique globale ou les éléments de pratique qu’ils choisissent d’observer afin de les
faire évoluer, de les améliorer ou encore de repérer celles qui aboutissent à des réussites
(manière de se centrer sur la mise en activité des élèves, de donner des consignes,
de gérer de grands effectifs, d’accompagner les élèves en difficulté, de différencier,
de gérer les erreurs ou la classe, etc.).
61
Les grilles d’observation et d’analyse
Retours d’expérience
« Lors de ma formation, nous avons utilisé des vidéos de classe pour observer
des situations concrètes d’enseignement. Cela m’a permis de mieux identifier
les gestes professionnels. Grâce à une grille d’analyse fournie par le formateur,
j’ai pu structurer mes observations et mieux comprendre les points forts et les
parties à améliorer. Puis nous avons construit une grille pour observer ce que
nous voulions retravailler, cela m’a vraiment aidé. L’entretien d’analyse qui suivait
nous poussait à aller au-delà du descriptif, en posant des questions ciblées
sur les intentions pédagogiques et les résultats obtenus. »
Ces indicateurs sont des signes qui témoignent de l’existence, de la présence d’un fait,
ils sont observables, concrets. Ils sont construits à partir d’une référence théorique ;
par exemple si on veut observer la manière dont une personne enseignante gère la
diversité des élèves par la différenciation, la grille aura des indicateurs comme, pour
l’enseignant·e, « diagnostic des difficultés ; organisation d’activités différentes, de tâches
variées, d’appuis spécifiques, de remédiation » et, pour les élèves, « identification de
difficultés, réalisation de tâches différentes, utilisation d’aides différentes, etc. » ;
ces catégories sont définies comme pertinentes par les théoriciens de la pédagogie
différenciée et les indices prélevés lors de l’observation décriront ce qui a été fait ou pas
pour différencier les moyens d’apprendre.
62
Les grilles d’observation et d’analyse
Ces indicateurs diffèrent des critères qui eux, permettent d’apprécier des qualités
attendues et de poser des jugements ; les grilles d’évaluation sont constituées de critères
(cohérence, pertinence, efficience, créativité, originalité, congruence…), les grilles
d’observation, elles, portent sur des indicateurs, et des indices observables sont alors
obervés, relevés, reflétant ou non la présence de ces indicateurs.
La seconde spécificité de ces grilles d’observation est qu’elles portent à la fois sur
l’enseignant·e et sur les apprenant·es dans une situation d’enseignement-apprentissage
donnée avec un objectif d’apprentissage visé. Ce que fait l’enseignant·e est décrit
à l’aide d’indicateurs observables en interaction avec ce que font les apprenant·es.
Les indices prélevés à la fois chez l’enseignant·e et les apprenant·es permettent
de mettre en relation et de comprendre ce qui se joue dans les trois domaines constitutifs
de la pratique enseignante, : le domaine relationnel, qui recouvre le climat et les relations
créés en classe par la personne enseignante ; le domaine pédagogique-organisationnel,
constitué par les activités maître et élèves menées en situation, par les conditions d’ap-
prentissage organisées par le maître, et le domaine didactique-épistémique qui gère le
champ des savoirs, leur structuration et les apprentissages en jeu (Vinatier et Altet, 2008).
Une grille d’observation générale portera sur ces trois domaines.
63
Les grilles d’observation et d’analyse
Retours d’expérience
64
Les grilles d’observation et d’analyse
« Avec l’atelier OAPE, nous avons appris que les grilles ne doivent pas être
conçues pour évaluer et juger l’enseignant mais pour permettre d’observer
les deux acteurs que sont l’enseignant et l’apprenant, de décrire leurs actions
et interactions à l’aide d’indicateurs dans les trois domaines de la pratique
à savoir le relationnel, le pédagogique et la didactique. Après l’observation,
l’analyse qui met en relation les éléments observés nous permet de procéder
à l’entretien avec l’enseignant pour trouver ensemble des solutions afin d’amé-
liorer sa pratique de classe en jouant un rôle d’aidant, d’accompagnateur
et non de gendarme. »
Les grilles utilisées ont été coconstruites lors de formations par des personnels d’enca-
drement, d’inspection, de formation, parfois avec des enseignant·es. Les observations
portent à la fois sur l’enseignant·e et les élèves pour pouvoir dégager les interactions.
La colonne « Éléments d’observation » indique les aspects relationnels, pédagogiques
ou didactiques possibles à relever. Ceux-ci sont décomposés en indicateurs, qui carac-
térisent ces aspects et sont attendus ; ils ont été construits à partir de références
théoriques.
Dans la colonne « observables », les observateur·rices vont noter les indices prélevés lors
de l’observation et qui correspondent ou pas aux indicateurs attendus. Dans la dernière
colonne « Analyse ou objets de l’analyse », les observateur·rices vont relier les indices
observés du côté de l’enseignant·e et des élèves par rapport à l’objectif visé et ainsi
mener une analyse compréhensive, voire faire des propositions de pratiques nouvelles.
65
Les grilles d’observation et d’analyse
ENSEIGNANT·E ÉLÈVES
Observables Observables
Éléments Indices Indices Objets
d’observation Indicateurs prélevés Indicateurs prélevés de l’analyse
DOMAINE RELATIONNEL
La langue
(communication). discipline. de la personne
enseignante
2. Attitudes de
Le type de relations
avec la classe. et conditions
favorables
L’intérêt porté à tous
d’apprentis-
les élèves (équité,
sage.
genre, inclusion).
Le climat de la
classe (atmosphère,
discipline).
66
Les grilles d’observation et d’analyse
ENSEIGNANT·E ÉLÈVES
Observables Observables
Éléments Indices Indices Objets
d’observation Indicateurs prélevés Indicateurs prélevés de l’analyse
DOMAINE PÉDAGOGIQUE
et sont
impliqués
dans la
construction
des savoirs,
ce qui facilite
l’autoévalua-
tion.
Questionnement.
Travail individuel.
Travail de
groupe/collectif.
67
Les grilles d’observation et d’analyse
ENSEIGNANT·E ÉLÈVES
Observables Observables
Éléments Indices Indices Objets
d’observation Indicateurs prélevés Indicateurs prélevés de l’analyse
DOMAINE PÉDAGOGIQUE
Organisation Groupes
d’activités de besoins.
différentes, Tâches
de tâches variées, différentes.
de regroupements Aides
selon les besoins, différentes.
d’appuis
spécifiques.
Remédiation.
68
Les grilles d’observation et d’analyse
ENSEIGNANT·E ÉLÈVES
Observables Observables
Éléments Indices Indices Objets
d’observation Indicateurs prélevés Indicateurs prélevés de l’analyse
DOMAINE DIDACTIQUE
Progression. acquisitions.
69
Les grilles d’observation et d’analyse
ENSEIGNANT·E ÉLÈVES
Observables Observables
Éléments Indices Indices Objets
d’observation Indicateurs prélevés Indicateurs prélevés de l’analyse
DOMAINE DIDACTIQUE
70
Les grilles d’observation et d’analyse
Les auteurs de la grille précisent en amont de leur outil les éléments du contexte qui ont
orienté leurs choix de conception.
« Dans nos pratiques de classe, la consigne est peu utilisée ou souvent mal formulée.
En effet, elle intervient généralement dans l’enseignement-apprentissage autour de tâches
à réaliser. Dans beaucoup d’activités de la classe, par exemple de français, ce sont plutôt
des questions du genre “À quel type appartient cette phrase ?” ou encore des injonctions, par
exemple “Donnez un titre à ce texte” qui accompagnent les exercices. Même en expression
écrite où elle est utilisée, on peut noter les insuffisances suivantes :
Formulation vague et l’élève ne sait que faire ; exemple : “Fais une description vivante.”
Consigne trop bavarde et l’élève n’a plus rien à faire ; exemple : “Repère la compa-
raison qui est employée dans le troisième vers de la première strophe qui exprime
la mélancolie du poète”
Emploi de verbes généraux imprécis : imaginer, développer, etc.
Manque d’informations et de précisions concernant les ressources nécessaires orientant
le type d’activité. Par exemple demander aux élèves de produire un texte argumentatif
sans leur donner auparavant des ressources linguistiques, procédurales.
Consigne trop chargée, complexe, plusieurs consignes de tâches données en une seule.
Consigne confuse, mots peu clairs, inconnus, à plusieurs sens ou difficiles.
De telles pratiques appellent une autre façon d’appréhender la consigne ; l’objectif étant
de favoriser par-là l’activité des élèves et la compréhension de la tâche demandée.
Notre fiche d’observation ciblée repose sur la pédagogie de l’apprentissage dont l’objectif
central est de créer les conditions pour permettre à l’élève de réussir ses apprentissages.
En effet, la consigne est l’un des facteurs déterminants de réussite ou d’échec, tant son
élaboration imparfaite ou inadaptée est source de confusion et de hors sujet. Bien formulée,
la consigne permet aux élèves de savoir ce qui est attendu d’eux et de le réaliser comme il le faut.
Mal formulée, elle représente un obstacle à l’apprentissage.
L’objectif de cette fiche est d’outiller les enseignants et les encadreurs pour rédiger et passer des
consignes mieux adaptées, afin de mettre les élèves dans de meilleures conditions d’appren-
tissage. »
71
Les grilles d’observation et d’analyse
Objectif de la séance :
Contexte :
Indices Indices
Indicateurs prélevés Indicateurs prélevés
ÉLABORATION DE LA CONSIGNE
PASSATION DE LA CONSIGNE
C Formule C Écoutent
la consigne. ou lisent
la consigne.
COMPRÉHENSION DE LA CONSIGNE
72
Les grilles d’observation et d’analyse
Indices Indices
Indicateurs prélevés Indicateurs prélevés
COMPRÉHENSION DE LA CONSIGNE
F Explicite F • Écoutent.
la consigne. • Posent des
questions.
73
Les grilles d’observation et d’analyse
Retours d’expérience
« L’utilisation de vidéos de classe a été pour moi quelque chose de nouveau. Cela
rendait ma formation très concrète et me plongeait dans le réel. On apprenait
avec le formateur et en travaux de groupes à observer sans juger, puis à analyser
à l’aide de grilles très précises que nous avons nous-mêmes élaborées en
construisant des indicateurs sur nos attendus, centrées sur les interactions
enseignant-élèves et élèves-élèves, la gestion du temps d’apprentissage et du
temps d’enseignement, ou encore la formulation des consignes. L’entretien
d’analyse m’a permis de m’exercer à accompagner un enseignant dans une
posture de développement professionnel. »
74
CHAPITRE 3
Les outils centraux du travail : des grilles d’observation et d’analyse
Observables Observables
Éléments Indices Indices
d’observation Indicateurs prélevés Indicateurs prélevés
75
Le remplissage des grilles d’observation-analyse
Cette grille est présentée telle quelle, avec les notes prises par l’accompagnateur
pendant l’observation.
2
Grille d’observation générale portant à la fois sur l’enseignant·e et les élèves et les trois domaines :
relationnel, pédagogique et didactique. En rouge, les indicateurs choisis avant la séance par l’ensei-
gnante ; en gras, les points importants à signaler et à travailler ; en italique, les propositions à discuter
avec l’enseignant·e.
76
Le remplissage des grilles d’observation-analyse
77
Le remplissage des grilles d’observation-analyse
Éléments
2. Attitudes de l’enseignant·e
d’observation
La voix
Le dynamisme
ENSEIGNANT·E
La langue (communication)
Indicateurs
Le type de relations avec la classe
L’intérêt porté à tous les élèves/équité/genre/inclusion
Le climat de la classe (atmosphère, discipline)
Débit rapide.
Langue accessible au début.
Relations.
Proximité et étayage et vérification de la compréhension,
attitude dynamique ; mais enseignement directif.
ANALYSE
78
Le remplissage des grilles d’observation-analyse
Éléments
3. Objectifs pédagogiques
d’observation
ENSEIGNANT·E
79
Le remplissage des grilles d’observation-analyse
Éléments
4. Méthode et techniques pédagogiques
d’observation
Observables
Répondent aux questions (pas tous) de l’enseignante,
Indices s’organisent en binômes ; discutent, coopèrent.
prélevés
80
Le remplissage des grilles d’observation-analyse
Éléments
5. Centration sur l’apprenant·e
d’observation
ENSEIGNANT·E
Situations déclenchantes.
Indicateurs Tâches de mise en activité (recherche, réflexions,
productions, comparaisons, argumentations, inférences…).
Indices
Produisent en binôme.
prélevés
Présentent les productions.
Compare les activités quotidiennes repérées dans
les différents supports.
chronologique.
L’enseignante établit des liens entre tâches proposées
= centration sur les contenus.
Elle donne des occasions d’assumer des rôles dans la classe
(présenter les productions, présenter les supports).
L’enseignante explique, commente pour faciliter
la compréhension, invite les élèves à comparer
les informations relevées du texte.
Mais dominance de la parole enseignante.
L’enseignante ne ménage pas des temps de réflexion :
posture de contrôle des contenus et des étapes.
81
Le remplissage des grilles d’observation-analyse
Éléments
6. Différenciation
d’observation
ENSEIGNANT·E
Activités différentes.
Indicateurs Tâches différentes.
Aides différentes.
ÉLÈVES
Observables
Indices Mêmes activités.
prélevés
Les mêmes tâches pour tous les élèves (de par la nature
ANALYSE
Éléments
7. Contenus
d’observation
ENSEIGNANT·E
Programme.
Trace écrite.
Indicateurs
Relation contenus/objectifs.
Relation contenus/contexte.
Observables
DOMAINE DIDACTIQUE
Éléments
8. Méthodologie
d’observation
ENSEIGNANT·E
Étapes.
Indicateurs Mise en œuvre.
Progression.
Observables
DOMAINE DIDACTIQUE
Observables
Indices Exécutent les tâches : observer, lire, repérer, rédiger…
prélevés
par l’enseignante.
Progression rapide et centrée sur le contenu, orientation
de la progression, des tâches et des réponses
par l’enseignante.
Éléments
9. Consignes
d’observation
ENSEIGNANT·E
Formulation.
Indicateurs Passation de la consigne.
Explicitation/reformulation.
DOMAINE DIDACTIQUE
Observables
Formule bien les consignes.
Indices
Vérifie la compréhension des consignes.
prélevés
83
Le remplissage des grilles d’observation-analyse
Éléments
10. Évaluation formative gestion des erreurs
d’observation
Observables
Indices N’ont pas l’occasion de corriger leur erreur.
prélevés
Éléments
11. Réinvestissement et transfert
d’observation
ENSEIGNANT·E
Activités de réinvestissement.
Indicateurs
Nouvelles activités d’intégration.
Observables
Demande aux élèves de rédiger sur le modèle étudié
Indices
DOMAINE DIDACTIQUE
84
Le remplissage des grilles d’observation-analyse
Retours d’expérience
« En ce qui concerne les grilles d’observation, elles m’ont beaucoup aidé à mieux
observer et comprendre ce qui se passait pendant le stage. Quant à l’ana-
lyse croisée avec la vidéo, c’était très intéressant. Regarder la vidéo en groupe
et entendre les avis des autres m’a permis de remarquer des éléments que je
n’avais pas vus moi-même. Cela permet aussi de mieux comprendre la pratique
et de progresser. »
41 L ES VIDÉOS ENREGISTRÉES :
OBJECTIVATION ET TRACE
DES PRATIQUES
Les activités OAPE du GTE 1 menées dans des ateliers de formation répondent directe-
ment aux préoccupations des ministères de l’éducation des pays d’Afrique francophone,
car elles partent des pratiques d’enseignement-apprentissage (E-A) effectivement
mises en œuvre dans ces pays, qu’elles observent et analysent afin d’en comprendre
le fonctionnement et de remédier aux problèmes d’apprentissage rencontrés pour amé-
liorer les résultats. Ce sont des projets « bottom-up » conçus et menés avec les acteurs
de l’encadrement et les enseignant·es au plus près de la réalité de leurs pratiques.
Comme les ateliers en présentiel ont une durée de cinq jours et qu’il n’est pas possible
d’aller observer des pratiques dans les classes, les experts du GTE 1 demandent que
soient enregistrées en amont de la formation des vidéos de 2 à 3 séquences de classe
d’une durée de 20-30 minutes dans des classes quelconques. Ce sont ces séquences qui
sont observées et analysées pendant l’atelier ; et ces formations sont expérientielles
et fondées sur l’isomorphisme avec ce qui se pratique en classe avec les élèves.
L’objectif opérationnel est de fournir des supports vidéo qui donnent à voir des traces
de pratiques authentiques et le développement d’analyses variées à partir de divers
outils construits dans les pays. Comme cela a été montré dans le chapitre précédent, ces
vidéos peuvent servir, dans l’ensemble des pays, de supports pour former (FI et FC, FF)
les cadres et enseignant·es au « savoir observer » et au « savoir analyser », aux
ateliers ou encore en autoformation. L’usage des vidéos est donc à la fois à destination
des cadres ayant participé au programme APPRENDRE, l’enjeu est bien qu’ils utilisent
ces dernières lors de formations d’autres acteurs, mais aussi à destination d’autres
cadres, inspecteur·rices ou formateur·rices qui peuvent les utiliser en autoformation.
Cette stratégie de conception s’inscrit donc dans l’accompagnement de la dissémination,
à la fois par les participants aux ateliers mais aussi par les personnes intéressées qui
se les approprieront en autoformation.
86
Les vidéos enregistrées : objectivation et trace des pratiques
La vidéo, visionnée plusieurs fois, permet des centrations différentes sur l’activité de
l’enseignant·e, l’activité des élèves, les interactions verbales et non verbales, des centra-
tions porteuses d’un découpage de l’objet, d’un type d’analyse, d’un placement à différents
niveaux de lecture. Elle permet de comparer les focalisations et les convergences des
observateur·rices, de produire des significations partagées. Elle autorise des allers
et retours, ce qui aide à reconstruire l’organisation de l’enchaînement des actions, de l’im-
brication, de la convergence du pédagogique et du didactique, à repérer les moments
nodaux, critiques.
87
Les vidéos enregistrées : objectivation et trace des pratiques
Les apports de la vidéo vont permettre une mise à distance ; la vidéo transforme l’activité
observée en « un texte lisible » écrivait Paul Ricœur. À côté de l’analyse empirique
de prélèvement d’indices et de mise en mots, la vidéo joue une fonction réfléchissante
en permettant de relier les indices aux concepts de référence et a ainsi une fonction
conceptualisante. Elle confirme les convergences des analyses des observateur·rices,
mais, par rapport à la compréhension de la complexité des pratiques, ici la nécessité
de l’analyse de l’acteur prestataire de la séance par lui-même apparaît, ainsi que le
croisement avec les données de l’entretien (voir chapitre 5) pour avoir le sens donné
par les acteurs « sujets capables » (Samurçay et Rabardel, 2006).
Les objectifs des vidéos des ateliers peuvent se décliner comme suit :
■ de produire des outils et supports pour aider les cadres inspecteurs, formateurs
et enseignants à développer « le savoir-observer, le savoir-analyser » le processus
interactif enseignement-apprentissage en classe sur des thématiques choisies
en utilisant des grilles d’observation coconstruites avec des indicateurs à mettre
en œuvre afin d’améliorer les pratiques.
■ d’illustrer avec des extraits de vidéos les différentes analyses possibles et leur
usage en vue de l’évolution des pratiques.
■ de montrer l’analyse de la pratique mise en œuvre par son, sa prestataire observé·e,
d’identifier des extraits mettant en lumière des décalages entre les pratiques
et les objectifs visés ainsi que les pratiques à valoriser.
■ de théoriser l’analyse menée, les questions posées et de dégager d’autres pistes
et alternatives.
■ d’utiliser ces vidéos pour disséminer les capacités d’observation et d’analyse
compréhensive en FI ou FC auprès des enseignant·es.
88
CHAPITRE 3
Les outils centraux du travail : des grilles d’observation et d’analyse
Elles ont aussi une fonction théorique puisqu’elles nécessitent de faire appel à des réfé-
rents théoriques divers pour leur élaboration et construisent ainsi de nouveaux savoirs
professionnels, pédagogiques et didactiques pour les enseignant·es formé·es.
Les vidéos réalisées offrent des exemples concrets de pratiques effectives, de leur fonc-
tionnement et de l’accompagnement pédagogique et illustrent comment structurer
les observations en classe pour une analyse compréhensive et constructive.
Ces outils sont complétés par le temps de l’entretien qui les mobilisent dans une visée
d’échange et de compréhension de la pratique analysée.
Retours d’expérience
« L’APP est une activité où les futur·es enseignant·es s’exercent à faire dialoguer
théorie et pratique, selon un cycle itératif. »
« Cette formation à l’APP m’a permis de mieux comprendre les défis auxquels
nous faisons face en tant qu’inspecteurs et conseillers pédagogiques pour
comprendre les pratiques des enseignants et l’apprentissage des élèves, ainsi
que l’approche, la démarche et les outils nécessaires pour favoriser un véri-
table accompagnement professionnel de qualité et remplacer une simple
évaluation. »
89
90
CONCEPTION
4
CHAPITRE
ET CONTENUS
DES VIDÉOS
DE CLASSE
CHAPITRE 4
Conception et contenus des vidéos de classe
93
Conception de la vidéo de classe
94
Conception de la vidéo de classe
■ Le scénario peut comporter une description globale des types de plans souhaités.
On définira ainsi par exemple la largeur des plans (classe vue de l’arrière ou
plan serré du tableau par exemple), l’angle de vue (plongée, contre-plongée…),
le sujet (visage élève, production écrite…). On réalisera ce type de script lorsque
ce n’est pas la chronologie de la séance qui est l’objet d’observation mais plutôt
des composantes spécifiques du couple enseignement-apprentissage.
■ Le script décrit la chronologie de ces plans. On privilégiera ce type de prépara-
tion lorsque l’on travaille sur une séance qui a été préparée en amont et dont
le déroulement comporte peu d’imprévus. C’est donc plutôt l’identification
d’enchaînements et d’effets qui est recherché avec ce type de planification.
Le tableau suivant et son remplissage illustre ce type de scénario.
95
Conception de la vidéo de classe
■ Enfin, l’écriture en amont peut être appréhendée dans une logique plus dyna-
mique d’adaptation à ce qui se passe dans la classe. Ainsi, ce document doit
décrire des éléments qui sont susceptibles de déclencher d’autres éléments
afin que les réalisateur·rices soient capables de capter les images inscrites dans
la dynamique d’interactions qui émerge. On pourrait citer, par exemple, l’énoncé
d’une question par l’enseignant·e qui va avoir pour conséquence une réponse
individuelle ou collective des élèves nécessitant un changement de cadrage
à anticiper.
Comme nous l’avons précisé, ces scénarios sont fortement dépendants des moyens
de captation ; l’usage d’un téléphone portable permet par exemple d’être plus facile-
ment réactif mais n’autorise pas les angles multiples simultanés ou l’enregistrement
de tous les échanges sonores. La possibilité de réaliser plusieurs plans en parallèle avec
plusieurs caméras et prises de son permet ainsi un travail plus fin et cohérent en vue
du montage.
96
Conception de la vidéo de classe
1.2.1 Le son
La captation sonore est à envisager à la fois dans une dimension technique mais aussi
didactique. D’un point de vue technique, il s’agit de vérifier la compatibilité de l’environ-
nement de la salle de classe avec l’enregistrement. La proximité d’une cour de récréation,
d’une route ou la réalisation de travaux sont autant d’éléments susceptibles de remettre
en cause l’exploitation du matériau enregistré. D’un point de vue didactique, la qualité
du son est un élément essentiel pour capter finement la réalité des interactions
élèves-enseignant·e et élève-élèves. La possibilité de démultiplier les sources de prise
de son est un véritable plus pour capitaliser ce matériau. En effet, c’est par exemple
au travers de l’enregistrement d’un échange entre élèves à la suite de la passation d’une
consigne que l’on pourra en saisir le niveau de réception et éventuellement d’incom-
préhension. De même que la reformulation verbale d’un élève à propos d’une consigne
ou d’une tâche sera un bon indicateur de ses représentations du but.
Pour ce qui est des prises de parole de l’enseignant·e, l’utilisation d’un micro-cravate
permet de revenir sur les mots exacts qui ont été employés mais aussi sur le ton,
le rythme ou le niveau sonore adopté pour intervenir. Si les paroles sont importantes,
le niveau ou volume sonore d’une classe est parfois aussi un élément indicatif du climat
de travail de celle-ci. Les variations sont potentiellement importantes entre le moment
de la passation d’une consigne à la classe entière, celui d’un travail individuel ou au
contraire d’un travail en groupe. Dans ce cas, ce n’est pas systématiquement la préci-
sion du contenu des échanges qu’il est important de capter mais plutôt les dynamiques
enseignement-apprentissage au travers des variations de niveau sonore.
1.2.2 La lumière
La netteté d’une image garantit la possibilité de prélever des indices. Elle est souvent
dépendante de l’éclairage présent dans le lieu de tournage. Si les lumières artificielles
sont souvent assez neutres de ce point de vue, les lumières naturelles sont au contraire
susceptibles de créer des effets de sous-exposition ou de surexposition. La présence
de fenêtres produit fréquemment par exemple des contre-jours. De plus, un moyen
d’éclairage peut être satisfaisant pour les plans généraux de la classe mais pas pour
les plans serrés sur une production d’élève ou sur un visage. Un autre élément à
97
Conception de la vidéo de classe
prendre en compte est aussi l’évolution des lumières en fonction de la course du soleil.
Une fenêtre passant au soleil créera un contre-jour alors que l’éclairage pouvait être
insuffisant un quart d’heure auparavant.
Pour éviter les perturbations, un autre élément est à prendre en compte : le mouvement.
Le placement fixe est de ce point de vue une option facilitante. Cependant, on voit bien
que ce placement figé limite la possibilité d’aller au plus près de « ce qui se passe »,
notamment pour capter les productions des élèves ou les échanges entre ces derniers
par exemple. On notera enfin que ces effets de parasitage sont amoindris lorsque les
élèves ou les enseignant·es sont habitués à la situation d’enregistrement (ce qui est rare)
ou qu’ils ne perçoivent pas d’enjeux d’évaluation ou de jugement dans la réalisation de
l’enregistrement vidéo. Pour terminer, notons que certains paramètres limitent la pos-
sibilité de réaliser des changements de prise de vue et de déplacement de la caméra :
le nombre d’élèves, la taille de l’espace ou le plan de classe sont de cet ordre.
98
Conception de la vidéo de classe
Dans cette configuration, les questions que l’on se pose pour réaliser le montage
sont les suivantes :
Le montage final peut aussi être contraint par le format attendu. Ainsi, si la vidéo doit
prendre place dans une formation courte, sa durée totale ne pouvant excéder un certain
temps, il faudra procéder au choix de séquences les plus représentatives pour donner
à voir ce qui est au cœur de la thématique traitée. On veillera cependant à ce que ces
choix préservent la nature de la complexité et la contextualisation de la situation. Pour
cela le montage doit comporter des images des interactions enseignant·e-élève et donc
du couple enseignement-apprentissage et garder ainsi des plans centrés sur l’ensei-
gnant·e, les élèves, les supports didactiques, les conditions matérielles et les productions
des élèves.
99
Conception de la vidéo de classe
Dans cette situation, l’unité de temps contrainte par la disponibilité des acteurs ne permet
pas de réaliser un montage à proprement parler. Pour compenser cette impossibilité,
il est envisageable de remplir une fiche d’enregistrement au fur et à mesure de son
déroulement. La fiche comporte des éléments de contenu et de temporalité. Le tableau
suivant et son remplissage illustre ce fonctionnement.
Si ceci ne constitue pas un réel montage, c’est une base de travail mobilisable dans
l’entretien pour revenir sur des points notables, des incidents critiques. La référence
à ces repères peut se faire à l’initiative de l’enseignant·e qui se souviendrait d’un moment
intéressant à analyser. Cette mobilisation de l’image peut aussi être le fait de l’encadreur
qui aurait relevé des dynamiques singulières que l’enseignant·e ne peut repérer,
car il était engagé dans une autre tâche par exemple.
100
CHAPITRE 4
Conception et contenus des vidéos de classe
21 LE CONTENU
En fonction des objectifs, de thèmes de travail retenus et des contraintes de réalisation
des tournages, le scénario choisi définit les contenus qui doivent être filmés. Ces der-
niers sont de natures hétérogènes, les points suivants définissent les différentes images
réalisables :
Les images illustratives qui suivent sont issues de vidéos réalisées en 2024 dans
le cadre des productions du GTE 1 :
[Link]
en-se-basant-sur-lobservation-et-lanalyse-de-leurs-pratiques-pour-ameliorer-lapprentissage/
101
Le contenu
Type de plan Large ou serré Large ou serré Serré pour voir Large ou serré
selon les acteurs selon la situation. le contenu selon la situation.
impliqués dans des productions
l’échange. et le mettre en lien
avec le son.
102
Le contenu
Les images suivantes donnent à voir le type d’activité que l’on pourra analyser.
103
Le contenu
Type de plan Large ou serré Serré mais Serré sur le groupe Serré.
selon le type possibilité de plan de travail.
de tâche. large pour donner
à voir plusieurs
productions.
■ Les échanges entre élèves dans un groupe lors de la réalisation d’un projet
commun qui attesteraient de l’implication.
■ Une prise de parole de l’ensemble de la classe en simultané à la suite d’une
question fermée témoignerait d’une habitude de fonctionnement.
■ Le regard en silence d’un élève avec une craie « en l’air », avant de passer à
l’écriture, qui traduirait son activité.
■ Etc.
104
Le contenu
Les images suivantes donnent à voir le type d’activité que l’on pourra analyser.
105
Le contenu
Type de plan Large Large ou serré Serré pour capter Large ou serré
selon l’adressage les intentions selon l’adressage
ou réactions
106
Le contenu
Les images suivantes donnent à voir le type de matériau significatif pour l’analyse.
107
Le contenu
108
Le contenu
Les images suivantes donnent à voir le type de matériau significatif pour l’analyse.
109
Le contenu
Type de plan Large ou serré Large ou serré Large ou serré Large ou serré
selon l’impact sur selon l’adressage selon l’adressage selon l’adressage
le groupe et l’impact sur le et l’impact sur
groupe le groupe
110
Le contenu
Les images suivantes donnent à voir le type d’activité que l’on pourra analyser.
111
Le contenu
Type de plan Serré sur le groupe Large ou serré Serré Large ou serré
ou duo selon le nombre selon l’ampleur
d’interlocu- des dynamiques
teur·rices
■ Deux élèves se concertent pour réaliser une production à partir de quoi on infère
le degré d’intégration de la consigne.
■ Une élève réexplique la consigne à un autre qui permet de réaliser une hypothèse
sur la compréhension ou sur le climat.
■ Une agitation dans la classe avec des propos qui ne sont pas en lien avec le
contenu de la tâche.
■ Etc.
112
Le contenu
Les images suivantes donnent à voir le type d’activité que l’on pourra analyser.
113
Le contenu
Les illustrations présentes dans le tableau suivant montrent les différentes possibilités
de contenus à cibler et de plans à réaliser :
■ Les élèves sont serrés sur un banc ce qui peut entraver leur possibilité de produire.
■ Il y a une grande distance entre le tableau et les tables des élèves, ce qui crée
potentiellement un espace symbolique entre l’élève et le savoir.
■ La richesse et la familiarité du matériel utilisé semblent attester d’un usage
fréquent.
■ Etc.
114
Le contenu
115
Le contenu
Type de plan Serré ou large Large ou serré Large ou serré Large ou serré
selon le focus sur selon l’intention selon l’intention selon le l’intention
le contenu ou son centrée sur le centrée sur le centrée sur le
volume global contenu ou l’usage contenu ou l’usage contenu ou l’usage
général général général
■ Le tableau est faiblement rempli, cela pourrait indiquer que l’essentiel est réalisé
à l’oral ou que l’institutionnalisation vise à ancrer les quelques points forts du
cours.
■ Les élèves possèdent une ardoise pour deux, ce fait implique une gestion particu-
lière de la répartition des rôles.
■ L’affichage sur les murs est dense mais les élèves ne semblent pas le regarder.
L’hypothèse pourrait être une absence de sens ou une phase d’apprentissage
qui ne nécessite plus le recours aux affiches.
■ Etc.
116
Le contenu
Les images suivantes donnent à voir le type d’activité que l’on pourra analyser.
117
CHAPITRE 4
Conception et contenus des vidéos de classe
31 CONCLUSION
Ce chapitre illustre la diversité des éléments à prendre en compte pour concevoir
des vidéos de classe. Les différentes modalités techniques, notamment par rapport aux
types de plans, sont à penser en fonction des objectifs d’observation et de la logique
didactique développés afin d’atteindre les objectifs visés. C’est à ces conditions que
la vidéo offrira le plus de traces objectives de la pratique effective à analyser.
118
5
CHAPITRE
UTILISATION
DES VIDÉOS
CHAPITRE 5
Utilisation des vidéos
Cependant, les chercheur·ses montrent que les enseignant·es rencontrent des difficultés
à observer et à analyser efficacement les situations d’enseignement-apprentissage qui
leur sont présentées sur des vidéos ou qu’ils mettent en œuvre lorsqu’ils sont en classe.
Ils ne parviennent pas, par exemple, à observer et analyser in situ les principaux « orga-
nisateurs » des pratiques (Paquay et al., 2007). Ils font souvent une analyse « en surface »
de l’activité de l’enseignant·e et des élèves, n’identifient pas le caractère interdépen-
dant des comportements de ces derniers ou le caractère pluridimensionnel (relationnel,
pédagogique, didactique, temporel, spatial) de la pratique, au bénéfice d’une centration
exclusive sur l’une de ces dimensions (par exemple le placement de l’enseignant·e)
et surtout font peu le lien avec les activités des élèves. Ou encore, ils se concentrent
sur des « éléments superficiels » tels que les caractéristiques des enseignant·es ou
des élèves, les problèmes inhérents à la gestion de la classe, et ne parviennent pas
à s’extraire de « jugements globaux sur l’efficacité de la leçon » (Castro et al., 2005). Ils ne
perçoivent souvent qu’un flux continu d’événements sans jamais pouvoir correctement
les analyser, faire des liens entre l’enseignement et les apprentissages.
121
Produire une analyse à partir des vidéos
Et pour renforcer la capacité des enseignant·es à interpréter, faire des liens, et non plus
seulement à décrire ce qu’ils observent, la formation antérieure à l’APP les amène à faire
appel à des référents théoriques acquis afin d’identifier et d’analyser les facteurs en jeu,
de faire des hypothèses de lecture, de compréhension de la multidimensionnalité des
pratiques à partir de choix théoriques et d’envisager des pistes explicatives des régularités
et variations observées. L’objectif est bien d’expliquer et de comprendre quelles sont
les dynamiques organisatrices des pratiques enseignantes mises en œuvre qui facilitent
ou non les apprentissages.
Après avoir identifié par l’observation de la vidéo des éléments constitutifs des pratiques
il s’agit de mettre en relation ces éléments par l’analyse pour étayer la démarche explicative
et compréhensive ; là, l’analyse permet de prendre en compte et de croiser à la fois les
indicateurs relevés dans le domaine relationnel de la pratique enseignante, dans le
domaine pédagogique et le domaine didactique qui vont permettre d’émettre des hypo-
thèses de lecture compréhensive : l’observation est descriptive mais a une visée compré-
hensive que l’analyse va construire et développer.
122
Produire une analyse à partir des vidéos
► Un exemple d’analyse :
Lors d’un atelier de formation à l’APP à partir d’une vidéo de classe, le groupe d’enca-
dreurs, de formateur·rices a visionné la vidéo ; chacun a relevé ses observations et fait
une analyse (problématisation, théorisation, analyse, questionnement) à partir du
verbatim de la séance remis. Ce qui suit est la mise en commun des analyses à l’aide de
retours sur la vidéo concernant certains points, en particulier l’attitude de la maîtresse.
Il ne s’agit donc pas d’une analyse idéale ou modélisante mais bien d’une production
réelle, contextualisée.
A O
bservations : ce que B O
bservations : ce que font C A
nalyse et hypothèses
fait la maîtresse (indices) les apprenant·es (indices)
DOMAINE RELATIONNEL
123
Produire une analyse à partir des vidéos
A O
bservations : ce que B O
bservations : ce que font C A
nalyse et hypothèses
fait la maîtresse (indices) les apprenant·es (indices)
DOMAINE PÉDAGOGIQUE
Montre le corps d’un enfant Donnent des noms d’os connus. Il y a une préoccupation
pour désigner les parties du Répètent beaucoup quant à la gestion du temps
squelette en utilisant les parties et collectivement. qui semble visible dans le
connues du corps des enfants. rythme, le ton et les réponses
Recopient des mots sur leurs
Montre différentes parties du données sans que les élèves
ardoises.
corps d’un enfant et demandent n’y répondent eux-mêmes.
Complètent les phrases
le nom de l’os correspondant. Adopte une méthode
commencées par l’enseignante.
Fait répéter le nom trouvé. interrogative sous la forme
Très peu répondent d’une séance
Écrit le nom dans la colonne à des questions d’évaluation. questions-réponses.
gauche du tableau intitulé
« Retenons ». La situation proposée
« observer le corps d’un élève »
Répond elle-même
et les techniques de
régulièrement aux questions
questionnement utilisées
qu’elle pose quand les élèves
sont-elles susceptibles
ne répondent pas.
de faire s’exprimer, parler
Pose des questions sur les les enfants ?
notions non abordées pendant
la leçon.
Fournit elle-même les réponses.
DOMAINE DIDACTIQUE
Absence d’objectif clairement Donnent très souvent des Comment vérifier l’atteinte
formulé (les os du corps, réponses erronées aux questions des objectifs s’ils ne sont pas
leur fonction ? Les types d’os ?). qui leur sont posées. clairement formulés ?
N’utilise pas de matériel Ne manipulent pas de matériel Où est la mise en activité
didactique pour la découverte. didactique. intellectuelle des apprenant·es ?
Consignes de découverte parfois Donnent des réponses Leur recherche ? (La séance
abandonnées sans explication imprécises. avait l’air d’une leçon
(du genou à l’épaule). de vocabulaire sur les os
Persistent dans les erreurs
et non d’une séance d’éveil
Se réfère constamment à son malgré les corrections données
scientifique).
cahier de préparation pour lire par l’enseignante.
ses notes. Le choix d’utiliser le corps
observable des enfants comme
Ne travaille pas sur les erreurs
matériel didactique peut-il
des élèves.
permettre de découvrir les
os ou de manipuler ce qui
constitue l’objet de la séance ?
124
Produire une analyse à partir des vidéos
Analyse globale La formulation approximative de l’objectif de la séance n’a pas permis l’atteinte
de l’objectif (Donner le nom des os ? Leur fonction ? Les types d’os ?).
L’enseignante ne semble pas à l’aise. Peut-être que cette situation particulière
a pour conséquence qu’elle ne fonctionne pas selon ses habitudes et que des
repères viennent à manquer (comme la formulation de l’objectif par exemple).
La problématisation La question principale est relative au volet didactique choisi pour une séance
d’éveil scientifique dont l’objectif reste à clarifier, articulé à une méthode
pédagogique interrogative. Cette problématique semble prioritaire
par rapport à celle de la situation particulière générée par l’enregistrement.
Les indicateurs relatifs aux approximations didactiques semblent valider
cet ordre de priorité comme le précise l’analyse qui suit.
Des conceptions En séance d’éveil scientifique, utilisation d’une approche active, la mise
alternatives en activité de découverte des élèves sur du matériel concret approprié,
observé en groupes pour permettre aux apprenant·es de construire
leur savoir.
Les analyses produites ne portent que sur l’attitude et les postures de la maîtresse.
Dans le cadre de l’approche du processus enseignement-apprentissage, il aurait
été possible de croiser les éléments observés chez la maîtresse avec ceux réalisés
pour les élèves. Cela aurait pu aboutir à l’émission d’hypothèses du type : « La relative
imprécision des supports et consignes didactiques a pour effet une dispersion de la
concentration des élèves. Cette dynamique semble amplifier le malaise de l’ensei-
gnante qui se “réfugie” dans le fait de donner des réponses sans attendre ou relancer
l’activité de réflexion des élèves. »
125
Produire une analyse à partir des vidéos
Ainsi l’APP est une démarche de construction professionnelle qui engage dans un déve-
loppement professionnel, en aidant l’enseignant·e à construire son jugement et raison-
nement professionnel à partir de son « travail réel » (Paquay et al., 2014). En faisant appel
au questionnement, à la réflexivité, l’analyse sert de levier de changement des repré-
sentations et des pratiques et favorise la construction d’un jugement professionnel qui
permet une amélioration de la qualité de l’enseignement-apprentissage et la profes-
sionnalisation du métier. Cette démarche repose sur le développement d’une pra-
tique réflexive moyennant l’observation (et la vidéo est une trace commune qui facilite
les retours sur la pratique pour partager ensemble l’analyse) et des outils conceptuels
d’intelligibilité de l’action.
Notre analyse comporte trois phases centrant successivement la réflexion des ensei-
gnant·es sur ce qui est mis en place pour atteindre les objectifs poursuivis au cours
de la leçon avec une problématisation, un questionnement et une théorisation sur
l’apprentissage des élèves, et des propositions sur les alternatives possibles en termes
d’enseignement-apprentissage.
Les chercheur·euses montrent que faire observer et faire prendre conscience aux
enseignant·es du fonctionnement de leurs propres pratiques, être proches de leurs
préoccupations, est source de davantage de professionnalisation. Ils montrent aussi que
les enseignant·es diversifient leurs stratégies d’enseignement et comprennent mieux les
raisonnements de leurs élèves lorsqu’ils observent l’enregistrement vidéo de leurs leçons
et qu’ils développent par là même davantage leur réflexivité. Le visionnage d’enregistre-
ments de leurs propres leçons a pour principal intérêt d’alimenter leur pratique réflexive.
126
Produire une analyse à partir des vidéos
Tel « un miroir de leur enseignement » (Zhang et al., 2010), ce type de visionnage leur
permet en effet de se placer à distance de leur pratique de classe (notamment de sa
composante émotionnelle), d’apprendre à « se connaître et se reconnaître » (Leblanc,
2009), pour finalement mieux repérer les composantes de leur pratique professionnelle
à améliorer en se centrant davantage sur les apprenant·es. Les enseignant·es peuvent
en effet, à partir de ce type d’enregistrement vidéo, voir des événements passés
inaperçus lors de la leçon, en particulier observer plus finement et questionner les effets
de leurs interventions auprès des élèves, alors même qu’en cours de leçon ils n’en ont
jamais le temps (Borko et al., 2008). Dans le même ordre d’idée, ils peuvent visualiser
et analyser l’activité des groupes d’élèves et en comprendre le fonctionnement, la vidéo
permettant de revenir sur certains aspects non identifiés au premier visionnage.
De récents travaux relèvent que les enregistrements des leçons des enseignant·es suivis
d’analyse sont les plus efficaces pour accompagner leur développement professionnel.
Ils développent donc davantage leur capacité d’observation, d’analyse et donc d’action,
et redéploient en contexte d’intervention en classe des capacités d’observation et d’ana-
lyse, développées initialement en formation par la vidéo. Ainsi, les enseignant·es ayant
antérieurement analysé les raisonnements des élèves au cours de situations d’obser-
vation utilisant des enregistrements vidéo parviennent plus facilement à répondre aux
difficultés de compréhension des élèves lors de leur enseignement (Cohen, 2004).
Ce changement de regard, cette bascule de l’enseignement à l’apprentissage et la mise en
œuvre de réflexivité sont les apports essentiels de l’observation vidéo et de l’APP centrée
sur les interprocessus enseignement-apprentissage.
127
CHAPITRE 5
Utilisation des vidéos
2 R ÉALISER UN ENTRETIEN
POUR ANALYSER UNE VIDÉO
2.1 Objectif
Comme nous l’avons vu précédemment, la conception de vidéos peut s’inscrire dans des
visées et des contextes variés. Que cela soit en formation initiale ou en encadrement
de proximité, les usages diffèrent. Cependant, lorsque ceux-ci ne sont pas inscrits dans
une logique de transmission en formation, la réalisation d’un entretien permet une valo-
risation de la trace vidéo. L’objectif principal de l’échange est de produire une analyse
ancrée dans et sur le contenu réel de la pratique visionnée. Si la réalisation d’un entretien
se fait la plupart du temps à partir de la vidéo du professionnel qui est amené à analyser,
il est aussi possible d’envisager qu’un entretien soit effectué à partir du visionnage de
la pratique d’autrui. Par sa dimension interactive et coconstruite, l’entretien vise donc
un approfondissement du potentiel d’analyse et une appréhension plus grande de la
complexité de la pratique.
Il s’agit du cas le plus fréquent dans les pratiques d’inspection ou de conseil pédago-
gique. L’échange se déroule après que l’accompagnateur a vu et filmé la séance. Dans
la démarche OAPE, une phase de remplissage des grilles d’observation est réalisée.
S’il est réalisé séparément par l’enseignant·e et l’encadreur, ce travail d’écriture est prépa-
ratoire au temps d’échange. Au contraire, il peut être au cœur de l’entretien si ce dernier
consiste en un travail de coremplissage de la grille.
La spécificité de cette situation réside dans le fait que l’entretien ne succède pas à une
visite mais se positionne en général dans un calendrier de formation. Le principe
de remplissage préalable de la grille de façon séparée ou en coécriture demeure valable
pour ce contexte.
128
Réaliser un entretien pour analyser une vidéo
A Description
B Problématisation
C Analyse
Le troisième est celui en lien avec l’analyse. Il s’agit ici de la conception de lien entre
les différents objets observés. Ces liens prennent la forme d’hypothèses de compré-
hension. C’est dans ce type de contenu que la complexité de la pratique est explorée
afin d’en clarifier les dynamiques et d’ouvrir potentiellement les perspectives d’évolution
(voir le niveau 5 ci-après, « pistes d’action »).
129
Réaliser un entretien pour analyser une vidéo
D Théorisation
Ce quatrième niveau comporte pour sa part tout ce qui relève de l’usage des analyses
pour théoriser. C’est dans ce type de matériaux que l’on retrouvera l’énonciation de prin-
cipes et règles d’action susceptibles d’être généralisés à partir de l’analyse contextualisée
de la pratique observée.
E Pistes d’action
F Métaréflexion
Le dernier niveau repose sur une mise à distance réflexive. Les échanges ne portent
plus cette fois sur le contenu observé mais bien sur le processus d’analyse. Il s’agit ici de
mettre en évidence la nature des hypothèses, les théories qui les étayent le processus
qui relient les indices et indicateurs aux analyses produites. Ce matériau constitue
un premier niveau de recul sur l’analyse. Il peut être enrichi de réflexions et d’échanges
portant sur l’identité professionnelle et les perspectives de développement, que la réali-
sation des analyses permet ou laisse envisager.
130
Réaliser un entretien pour analyser une vidéo
► L’accueil : ce moment spécifique d’entrée en contact, qu’il soit réalisé avant la séance
ou au début de l’entretien si ce dernier est différé, est crucial pour le bon déroule-
ment de l’entretien.
► La contractualisation : ce processus permet de clarifier le rôle et la responsabilité
de chacun au cours de l’échange en vue de l’atteinte des objectifs qui sont eux-mêmes
négociés ou coconstruits.
► La régulation de l’entretien : il s’agit de s’assurer que la nature des échanges est
bien en cohérence avec la visée de compréhension, éventuellement de réflexivité
et finalement de l’élaboration de perspectives d’évolution des pratiques en vue de
l’efficacité de l’apprentissage des élèves. Pour cela, l’accompagnateur·rice est le garant
du cadre et de la cohérence du déroulement de l’entretien.
Les postures qui permettent de mettre en œuvre de façon constructive ces processus
se fondent sur plusieurs principes.
► Mise en confiance : il s’agit d’un accompagnement, d’un appui au plus près des
préoccupations de l’accompagné·e pour analyser, comprendre ensemble ce qui est
observé.
► Non-directivité : l’accompagnateur·rice n’emmène pas là où il veut mais valorise
ce qui émerge de l’interaction et du projet de l’accompagné·e.
► Empathie : l’accompagnateur·rice réalise un effort de décentration pour comprendre
le point de vue de l’autre.
► Acceptation inconditionnelle de l’altérité : l’accompagnateur·rice reconnaît la
singularité et l’unicité de l’accompagné·e.
► Congruence : l’accompagnateur·rice met en cohérence l’éthique contractualisée
et ses façons de faire.
Ces différentes postures peuvent être étayées par un certain nombre de techniques
que nous préciserons dans le point suivant.
131
Réaliser un entretien pour analyser une vidéo
Retours d’expérience
132
Réaliser un entretien pour analyser une vidéo
« Lors de la formation que j’ai menée au sortir de l’atelier OAPE, les participants
ont appris à élaborer une grille d’accompagnement et à se débarrasser des
anciens paradigmes qui préconisaient un jugement de valeur au lieu d’accom-
pagner véritablement les enseignants pour une amélioration de leurs pratiques
professionnelles. Avant, il y avait beaucoup plus de frustration qui en découlait
de la part de l’accompagné. Après l’élaboration des grilles d’accompagnement
et la simulation d’un entretien d’aide, les participants ont noté une nette amé-
lioration de la qualité des échanges entre l’accompagné et l’accompagna-
teur en facilitant l’écoute et l’utilisation des nouveaux concepts permettant
de comprendre la pratique. »
133
Réaliser un entretien pour analyser une vidéo
2.5 Techniques
Pour mener à bien un entretien qui s’inscrit dans une logique d’accompagnement,
le professionnel utilise différentes techniques qui lui permettent d’incarner l’éthique
de l’échange. Le questionnement est central pour orienter la nature de l’échange ; nous
en détaillerons les différentes déclinaisons.
Ouverte Quelle serait votre impression sur Je retiens que l’adhésion des élèves
la séance que nous venons de visionner ? semble hétérogène sans remettre
en cause les acquisitions…
Si je vous ai bien compris, il y avait Non car deux élèves étaient à part.
deux groupes dans cette image ?
Fermée
Dans la séquence visionnée, Oui effectivement.
vous pensez donc que les élèves
sont à l’écoute du fait de la consigne ?
134
Réaliser un entretien pour analyser une vidéo
Le comment On vous voit à l’image circuler dans J’essaye de voir les élèves en difficulté
les rangs, comment vous y prenez-vous et je me rapproche d’eux, mais
pour le faire ? dans l’image on voit que j’en profite
pour regarder les autres en passant.
Je n’en avais pas conscience.
Quelle est votre intention lorsque Je pense que les élèves au fond
Le pourquoi vous reformulez la consigne ? de la classe n’ont pas entendu
et je ne veux pas les mettre en échec.
Il est possible de formuler des questions qui font varier le niveau de directivité. En général,
dans une logique d’accompagnement, on privilégie les questions non directives mais
le panel des possibles est large. Nous donnons dans le tableau suivant des exemples
de gradation du niveau de directivité en fonction des images visionnées dans la vidéo.
135
Réaliser un entretien pour analyser une vidéo
Directif Dans cette séquence que l’on vient Je n’avais pas vu ce qu’il faisait car j’étais
de visionner, que fait cet élève lorsque de dos, je constate qu’il est retourné.
vous donnez les consignes ?
Reflet En évoquant cela par rapport à cette Oui c’est vrai que cela me touche de voir
image, vous semblez être ému ? que certains élèves ne réussissent pas.
Des questions qui permettent de changer de niveau et d’objet de réflexion. Il s’agira ici
de permettre d’ouvrir l’échange sur de nouveaux registres. Par exemple à un premier
niveau, si le contenu de l’entretien portait exclusivement sur le domaine didactique,
la question peut ouvrir vers le domaine pédagogique. À un second niveau, ce n’est plus
le contenu de la séance que le questionnement peut permettre d’explorer mais, par
exemple, le rapport au contenu, les cadres théoriques mobilisés pour analyser ou encore
le recul du développement professionnel qui peut en découler. Le tableau suivant déve-
loppe toutes les dimensions possibles de ces changements de registre.
136
Réaliser un entretien pour analyser une vidéo
Analyse/ Quelles sont les hypothèses que vous Je trouve que les élèves ont joué le jeu
problématiser faites par rapport aux cinq premières mais je fais l’hypothèse que la consigne
minutes de cette séance que nous n’était peut-être pas assez claire,
venons de visionner ? car on voit que dans les premières
minutes l’engagement des élèves
n’est pas homogène. Peut-être qu’il s’agit
aussi d’une question de motivation ;
on pourra peut-être le voir dans
les images suivantes ?
Mise en Vos impressions étaient-elle les même J’étais centré sur ce qui n’avait pas marché
perspective en sortant de la séance et maintenant en sortant mais là je vois que la gestion
après le visionnage de l’enregistrement ? pédagogique a fonctionné. Je pense que
Quelle pourrait être la cause de cette mes émotions m’ont empêché de prendre
différence ? du recul.
Quelles seraient les théories qui Je pense que l’on voit clairement que
pourraient éclairer cette séquence ? la difficulté de la tâche ne permet pas
aux élèves de s’engager, le décalage
n’est pas optimal.
Théorisation
Quels principes pourriez-vous concevoir Je vois que quand les élèves sont de dos
à partir de ce que nous venons de voir ? au tableau ils perdent de l’information
et peu à peu leur concentration.
Concevoir l’action En fonction de vos hypothèses, Il s’agirait donc peut-être de revoir les
quelles seraient les pistes d’action formes de groupement pour remobiliser
que vous pourriez envisager ? les élèves les plus en difficulté.
Mais le questionnement n’est pas une technique isolée. Ce dernier est un inducteur mais
c’est aussi une technique en rebond. Dans ce cadre, l’écoute est aussi une technique
fondamentale. Elle permet de saisir ce qui fait sens pour l’autre et donc de l’accompa-
gner par les questions dans l’exploration de ces objets.
137
Réaliser un entretien pour analyser une vidéo
L’écoute active nécessite une forte attention et un effort pour chercher à comprendre ce
que dit l’accompagné·e, non seulement le contenu de ses propos mais aussi la logique
qui les structure ainsi que ses éventuelles « intentions inconscientes ». C’est au travers
du croisement entre l’écoute et le visionnage des images que l’accompagnateur·rice
va pouvoir identifier et parfois soumettre à celui, celle qu’il accompagne les éléments
qui sont à ses yeux les problématiques susceptibles d’être travaillées.
Retours d’expérience
138
CHAPITRE 5
Utilisation des vidéos
31 CONCLUSION
L’entretien est donc un pivot central de la stratégie d’accompagnement. Si nous avons
envisagé que le travail sur les vidéos pouvait être réalisé dans le cadre de l’autoformation,
la richesse de l’interaction avec un accompagnateur démultiplie les perspectives
de formation. Du côté de ce dernier, c’est sa capacité à proposer un questionnement
varié qui amplifiera les perspectives constructives de l’échange. La granularité et la
progressivité des stratégies d’accompagnement constitueront le guide pour mener
à bien les entretiens.
139
CONCLUSION
GÉNÉRALE
Conclusion générale
Mais l’analyse des pratiques nécessite aussi la présence d’une personne formatrice-
accompagnatrice ou de pairs qui aident un ou une enseignant·e à mener l’analyse par
la réflexion à l’aide des outils maîtrisés (par les personnels d’encadrement formés).
C’est ce que Perrenoud (2008) a appelé « le paradoxe » de l’analyse de pratiques,
« c’est le praticien qui détient la connaissance de la situation et des pratiques » mais
il a besoin de ses pairs, d’une personne formatrice et d’outils, de grilles de lecture
pour comprendre son action, pour « reconstruire » sa compréhension de la situation
et de l’action afin d’en améliorer les effets. C’est pourquoi il importe de former
les encadreurs, les formateur·rices à la démarche, la pratique et la posture
d’accompagnement.
143
Conclusion générale
de se tenir en lien avec l’autre, en ajustement à ce qui se joue dans les échanges lors
de l’analyse de la pratique et requiert, de la part de l’accompagnateur·rice, flexibilité
et lucidité.
Ainsi, l’utilisation des vidéos, les différents effets d’usage des outils d’analyse, le
remplissage des grilles, le visionnage et la mise en place des questionnements lors
de l’entretien, la logique de l’accompagnement se combinent pour une perspective
au cœur de la professionnalisation des acteurs : le développement de la réflexivité
afin de former des enseignant·es réflexifs capables de résoudre leurs problèmes
et d’innover pour améliorer la qualité des apprentissages.
144
BIBLIOGRAPHIE
GÉNÉRALE
Bibliographie générale
147
Bibliographie générale
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148
Bibliographie générale
149
PRÉSENTATION
DES AUTEURS
ET AUTRICES
Marguerite Altet, professeure de philosophie, formatrice d’enseignants dans dif-
férents instituts, puis professeure des universités de sciences de l’éducation
à l’université de Nantes et directrice de l’IUFM des Pays de La Loire. Direc-
trice puis membre du Centre de recherche en éducation (Cren), laboratoire
qu’elle a fondé en 1992, coresponsable du réseau Open de 2001 à 2012,
ses recherches et publications portent sur les pratiques enseignantes,
la formation des enseignants, la professionnalisation par l’analyse de pra-
tiques. Experte à l’AUF depuis 2013, elle mène des expertises et des ateliers
de formation sur les systèmes de formation et les pratiques enseignantes
dans leur rapport aux apprentissages (Opera), puis dans le programme
APPRENDRE où elle coordonne le GTE 1, groupe thématique d’expertise
sur la professionnalisation.
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LISTE DES AUTEURS ET AUTRICES DES TÉMOIGNAGES DE DIFFÉRENTS PAYS
D’APPRENDRE
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