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Introduction à la science politique 1ère année

Ce document est un polycopié de cours de science politique pour les étudiants de Licence 1 Droit à Melun, distribué par ASSAS.NET. Il aborde les fondements de la science politique, ses définitions, ainsi que les acteurs et pratiques politiques en démocratie, tout en soulignant la complémentarité entre droit et science politique. Le document précise également les conditions d'utilisation et de diffusion, ainsi que les objectifs pédagogiques pour les examens.

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Introduction à la science politique 1ère année

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Science politique, Licence 1 Droit Melun – Madame BONNARD, 2013-2014.

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Science politique
Licence 1 Droit Melun – Madame BONNARD

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Remerciements

[Link] souhaite remercier, très sincèrement, Madame


BONNARD de contribuer à cette opération et de donner ainsi aux
étudiants les outils nécessaires pour assurer leur réussite.

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Un plan de cours se trouve à la fin du cours.


Discipline récente, née avec les sciences sociales modernes, la science politique régit les rapports entre les
groupes  d’individus au sein de l'État.
On essaye de saisir une multitude de variables explicatives d'un système politique ou d'un fait politique isolé
en lui-même.
La science politique se base sur une activité d'observation : on va essayer de tirer des modèles de ce qu'on
observe.

En philo, on tente de trouver le meilleur gouvernement. En science politique, on explique juste ce qui est.

La politique : 4 définitions
- Espace symbolique de compétition entre les candidats pour représenter le peuple : le « champ
politique  »  de  Bourdieu  →  ENTRER  en POLITIQUE
- Activité spécialisée: l'engagement politique, l'exercice d'une profession  →  FAIRE  DE LA
POLITIQUE
- Ligne de conduite →  POLITIQUE  GOUVERNEMENTALE
- Politique publique : action délibérée, appliquée à un objet particulier →  POLITIQUE  DE  LA  
SANTE

En anglais, la politique existe sous deux termes différents :


-« Policy » = les produits de l'action gouvernementale.
- « politics » = tous les processus liés à la conquête et à l'exercice du pouvoir.

Le mot politique véhicule des significations diverses, et des connotations variées selon les contextes. Elles
peuvent être valorisantes (la politique devient un idéal, un moyen d'ordonner une société divisée avec une
finalité supérieure), ou dévalorisantes (compromission, coups bas, trahisons, jeux stériles, bavardages
superflus, ambitions démesurées).

LE politique : l'ensemble des régulations qui unifient, fait perdurer un ensemble social hétérogène.
LA politique : la scène où s'affronte des individus et des groupes pour la conquête et l'exercice du pouvoir.

L'étendue des questions politiques évolue selon les périodes : sous la IIIème République, la décolonisation
était un problème politique majeur, tout comme la protection des femmes et la conservation de
l'environnement ont longtemps été ignorées, mais sont aujourd'hui l'objet de controverses politiques.
Le champ politique évolue sans cesse.

Science politique ou sociologie politique ? Presque la même chose. La sociologie politique est un des
aspects de la science politique, mais les deux se recoupent : elles tendent à coïncider, en analysant grâce à
une démarche scientifique, le fait politique.
Toute approche sociologique des objets et faits politiques suppose de collecter des données (sondages,
expériences, observations) dans le but de systématiser le recueil de ces données.
La science politique étudie les faits et comportements considérés comme politiques à un moment donné par
une communauté déterminée. Faire de la science politique, c'est essayer de déterminer des lois permettant
de comprendre pourquoi et comment se produisent certains mécanismes.
C'est expliquer tout ce qui est politique, et montrer le caractère pertinent des faits et comportements
politiques.

Mais attention : plusieurs discours traitent des faits et comportements politiques.


Le regard du politiste sur la politique est un regard particulier : il est différent d'autres regards, comme celui
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des acteurs politiques eux-mêmes sur la discipline : leurs discours justifient leurs actions, ils ont une
démarche, une ambition justificative, explicative, visant à mobiliser des soutiens.
Mais le philosophe politique, lui, privilégie la question des valeurs : ce qui est juste, bien, mal, moral... Il
veut promouvoir des valeurs universelles.
Enfin, le journaliste : sa mission première est d'informer le citoyen. Il rend compte du réel, mais doit rendre
compréhensibles les faits au citoyen, pour attirer son attention. Il a tendance à simplifier, hiérarchiser, les
phénomènes politiques auxquels il est confronté. Toute analyse de la politique par un journaliste est
influencée par sa volonté de séduire le citoyen.

Le politiste doit apprendre à produire un « discours savant » (Philippe BRAUD) : sa démarche vise à cerner,
décrire, et si possible expliquer, la réalité des phénomènes politiques qu'il observe (une démarche
d'élucidation). Ce travail fournit au citoyen des outils supplémentaires pour produire une réflexion
autonome sur le monde dans lequel il vit.

Mais droit et science politique sont complémentaires : le droit constitue à la fois une ressource et une
contrainte pour l'acteur politique, on ne les dissocie pas.
Science politique = pluridisciplinaire : sociologie, histoire, droit, économie.

Trois séquences :
1. Le pouvoir politique
Le cadre dans lequel évolue tout ce qui est politique. Les fondements du pouvoir politique. L'autonomisation
du pouvoir politique. Les régimes politiques. Les différentes formes de la démocratie. Distinguer systèmes
autoritaires (divers) et totalitaires (unis).

2. Les acteurs de la vie politique


Les individus et groupes qui animent la vie politique. Les partis politiques : comment sont-ils nés ? Quelle
définition ? Comment sont-ils gouvernés ? A quoi servent-ils : désuets ou nécessaires ?
Éléments sur le paysage politique français au lendemain de l'alternance de 2012.

Les groupes d'intérêts : en quoi est-ce différent d'un parti ? Si les partis sont en crise, les groupes d'intérêt
peuvent-ils s'y substituer ? Quelles sont leurs modalités d'action ?

Les  élites  et  professionnels  de  la  politique  :  comment  la  politique  s’est-elle professionnalisée ? Comment
une élite spécialisée s'est-elle constituée ? Quelles sont les caractéristiques de cette élite ? Quelles sont les
dynamiques de l'exercice du pouvoir ? L’accès  à la carrière politique est-il ouvert à tous les citoyens?

L'opinion publique : cette notion existe-t-elle ? Comment la mesure-t-on ?

Les médias : quel est leur rôle politique ? Quelle influence ont-ils sur les gouvernants ? Sur les citoyens.
Analyse de l'évolution de la communication politique. Le développement de l'usage d'Internet contribue-t-il
à redéfinir la démocratie (une e-démocratie) ?

3. Les pratiques politiques en démocratie


Distinction entre le point de vue des citoyens et celui des gouvernants.

Citoyens : chapitre sur la participation politique (quelles sont les formes et l'ampleur de la participation
politique citoyenne ? Comment expliquer l'abstention ? Déclin des formes conventionnelles de participation
politique (vote, militantisme) au profit de formes contestataires).
Chapitre sur les comportements électoraux : comment les modèles explicatifs du comportement
électoral ont-ils évolué ? De l'analyse écologique du vote à l'analyse stratégique du vote, en passant par
l'analyse sociologique. Que sont les mouvements sociaux contestataires ? Qu'est ce qui les motive ?
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Les gouvernants : chapitre sur l'action publique. Comment analyse-t-on les politiques publiques et quelles
sont  les  spécificités  de  l’action  publique  moderne.

Utile : notes de cours, manuel, vocabulaire juridique et politique.

A l'examen: deux questions sur cinq points, portant sur deux parties différentes du programme. Pas une
récitation du cours, mais une sélection des éléments permettant de répondre précisément à la question
posée. La réponse doit être claire, suivre un raisonnement logique et être argumentée. Toute référence
doctrinale valorise les réponses. Attention au hors-sujet (voir fin du document).

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INTRODUCTION : La science politique comme


science sociale
Que fait-on en science politique, et comment le fait-on ?

Paragraphe 1 : Naissance de la science politique


Pour analyser l'apparition d'une science politique unifiée et autonome parmi les autres sciences sociales, il
convient d'analyser 4 périodes :
- Avant le XIXème : les origines
- Au XIXème : l'émergence
- Au XXème : le développement
- la situation actuelle

A. Avant le XIXème siècle, les origines


Analyse des rapports de pouvoirs au sein de l'État. Dès l'Antiquité, il existe des formes d'organisation
politique : la POLIS, symbole de la démocratie grecque, puis la RES PUBLICA romaine, qui instaure
l'égalité des droits politique (sauf pour les esclaves).

La réflexion sur les problèmes politiques remonte au Vème siècle de notre ère :  à  l'origine,  elle  est  l'œuvre  
de philosophes. Politique et science politique se confondaient. Platon et Aristote plaçaient déjà la politique
au centre de leur réflexion. Pendant longtemps, le savoir politique était synonyme de science du
gouvernement. Ces analyses politiques privilégiaient le jugement moral, le devoir-être et ce, au détriment
des réalités observables. De Platon à Rousseau, c'est un jugement de valeur : au lieu d'analyser les processus
politiques réels, ils insistent sur ce que devrait être la politique. Mais certains auteurs apparaissent comme
des précurseurs de la science politique moderne, en livrant de vraies analyses rigoureuses : ce sont les
premiers à théoriser ce qui se rapport à la science du gouvernement. Il s'agit d'Aristote, de Machiavel, de
Montesquieu.

1. Aristote

C'est le premier à dégager en partie ses travaux de la philosophie politique. Il observe systématiquement et
scientifiquement les régimes politiques existant. Avec ses élèves, il rédige une série de monographies sur les
constitutions de 158 cités grecques ou étrangères (ne nous est parvenue que celle sur Athènes). Même si il a
du mal à tracer une frontière entre morale et politique, il est le premier à donner une analyse empirique du
fait politique.

2. Machiavel

Le premier à séparer morale et politique, dans Le Prince, en 1532, un ouvrage fondateur pour la science
politique moderne : il lui apporte un objet, une méthode, des lois.
- L'objet : il crée le sens moderne du mot « État ». Il réfléchit dans cet ouvrage sur la conquête
l'exercice du pouvoir, et les risques qui pourraient faire perdre le pouvoir ; en clair, l'exercice du
pouvoir dans le cadre de l'État.

- Une méthode : il cesse de mener ses travaux en juge et en philosophe, pour devenir un témoin et un
observateur. Il fait une analyse descriptive, et non plus seulement normative de la politique. Il se met
à l'école des faits, et substitue l'observation directe au raisonnement pur. Il renouvelle la technique de
l'observation. Cette démarche positive coupe les études politiques de la morale et de la religion.
- Des lois : il s'efforce de découvrir des lois, des règles qui relient et expliquent les évènements, à
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partir de faits qu'il observe. Il dégage des constantes.

3. Montesquieu

L'Esprit des Lois en 1748. C'est une réflexion sur les lois, les systèmes politiques de plusieurs pays. Chaque
loi, pour lui, trouve une raison dans son contexte ou son rapport avec les lois antérieures. Il envisage l'État
comme une structure, une totalité. Il essaye de saisir l'ensemble, d'expliquer les parties par le tout. Ainsi, il
annonce les notions de structures sociales, de système social. Il analyse les faits sociaux reliés entre eux par
des liens objectifs. Il montre qu'il existe des lois causales, qui coordonnent entre eux les faits sociaux. Il
résume lui-même sa démarche, dans sa préface, en écrivant : « Je n'ai point tiré mes principes de mes
préjugés, mais de la nature des choses ». Plus loin, il écrit : « On dit ici ce qui est, et non pas ce qui doit
être ». Les principes qu'il dégage servent encore à l'heure actuelle.

B. L'émergence : la science politique au XIXème


Avec l'ère industrielle, les sociétés se transforment. On cherche à comprendre le monde et son
fonctionnement. Apparaît à cette époque l'administration moderne, se développe un personnel administratif
dans les États, et la génération du droit public, et donc de la science politique. Distinguons les situations
française et américaine.

Dans la seconde moitié du XIXème, à l'Université de Columbia, Francis LIEBER est le premier professeur
d'histoire et de science politique. Toujours dans cette université, en 1880, est créée la première école de
science politique. En 1904 est fondée l'Association Américaine de Science Politique.

En France, l'émergence de la science politique est plus lente et difficile. En effet, émergent d'abord les
sciences politiques. En 1848 apparaît le suffrage universel masculin. Cette naissance à une double
conséquence : d'une part, l'élargissement de la participation politique, et d'autre part, la généralisation des
discussions politiques. Puis, la défaite de Sedan en 1870 provoque un profond traumatisme en France. Les
élites sont remises en cause, ce qui contribue à la création de l'Ecole Libre des Sciences Politiques en 1872
par Emile BOUTMY. Pendant les épisodes de la Commune en 1871, il est frappé par l'ignorance de
l'opinion sur les questions politiques. Pour mieux les faire connaître, il crée cette Ecole Libre pour répondre
à la faillite des élites dans la défaite de 1870 : « faire mieux comprendre à la génération qui grandit la
difficulté et la complexité des questions politiques ». Les sciences politiques sont considérées comme des
savoirs destinés à instruire les futurs administrateurs de l'État. Et pour bien administrer l'État, ils doivent
connaître le droit, l'économie, l'administration ET les sciences politiques. Pour Boutmy, son école n'a pas
vocation à enseigner une unique matière. Parallèlement, entre 1875 et 1898, les facultés de droit créent des
cours d'Economie politique, jusqu'à ce que le droit public commence à être enseigné, et supplante
l'économie politique. Les facs de droit revendiquent l'enseignement des sciences politiques (qui ne serait
qu'une branche du droit). Alors, une concurrence avec l'Ecole Libre de Boutmy, qui part du principe que la
science politique vient de l'Histoire. On conteste également la place de « science » qu'à la science politique.
Alors qu'Auguste COMTE et DURKHEIM ne l'admettent pas comme science, Ampère l'accepte. La science
politique devient une branche des études de sciences sociales.

C. Le développement de la science politique du XXème siècle


La position de Durkheim triomphe : la science politique est enseignée uniquement à l'Ecole Libre au même
titre que le droit public, les études militaires etc... Mais on finit par admettre la réalité des études de sciences
politique, et on la considère comme science sociale autonome à part entière. Cette consécration se fait en 2
phases successives : après la 2nde Guerre Mondiale, alors que France et États-Unis entrent en contact
intellectuel. Science-Po est nationalisée, pour démocratiser le développement d'une haute fonction publique.
En 1949, l'Association Française de science politique est créée, puis la Revue Française de Science
Politique. Puis, dans les années 1950-1970, l'influence anglo-saxonne croît sur la science politique
française. Alors, la science Politique se centre sur l'étude du comportement des individus et des groupes.
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C'est l'époque où on utilise d'autres disciplines (économie, statistiques...), où on énonce des hypothèses
qu'on essaye de vérifier empiriquement, où on construit des modèles. C'est dans les facultés que la science
politique est consacrée : dans les facultés de lettres, grâce à l'Histoire, à partir de 1964, on assiste à une
multiplication des travaux de recherche sur l'Histoire politique contemporaine. Au cours des années 1960, la
science Politique se développe en fac de droit. En 1954 est créé le premier cours de science politique en fac
de droit. Création du doctorat en SP. En 1972, Concours d'agrégation en SP. Développement des centres de
recherche. Alors, à partir de 1970 apparaissent les premiers manuels de SP, ne traitant plus que de l'histoire
politique, mais de thèmes politiques propres. La rupture avec le droit est consommée, et la matière devient
distincte.

D. Aujourd'hui
Jusqu'au milieu du XXème : science politique comme savoir technique au service des gouvernants,
largement marquée par le droit, pour bien gérer l'État. Aujourd'hui, la science Politique  s’est  autonomisée :
elle analyse et explique les phénomènes politiques en les expliquant comme le produit de multiples forces
de la part des acteurs.
Pour s'imposer comme discipline autonome, elle a dû s'émanciper du droit public, de la sociologie, de la
philosophie politique. La sociologie générale, fondée par Comte et Durkheim, porte sur la société civile plus
que sur l'ordre politique. Le droit public porte sur l'organisation de l'État et ses rapports avec les citoyens. Le
droit établit ce qui est légal, ce qui ne l'est pas. Il organise, réglemente le fonctionnement du pouvoir
politique, alors que la science politique n'a AUCUNE visée normative. Mais les deux disciplines ne peuvent
s'ignorer : étudier le comportement électoral requiert une connaissance du droit électoral, par exemple, tout
comme la présidentialisation du régime de la Vème République ne peut se contenter d'être expliquée par la
connaissance des règles constitutionnelles, et il faut étudier la pratique du système électoral.

Paragraphe 2 : l'objet de la science politique

A. A quelles conditions la science politique est-elle une science ?

Les  sciences  sociales  étudient  les  actions  humaines,  c’est  à  dire  des  objets  sur  lesquels,  plus ou moins
consciemment, nous pensons tous savoir quelque chose. Comme pour les autres sciences sociales, le
politiste doit respecter deux attitudes mentales :
- Abandonner les prénotions qu'il a sur les objets est un impératif posé par Durkheim en 1894 (en
effet, ces prénotions sont des obstacles à la connaissance réelle : il faut rester objectif, et ne pas
laisser nos préjugés déformer la connaissance réelle). « Le sociologue doit considérer des faits
sociaux comme des choses ». Cela consiste à prendre de la distance avec le fait étudié, cela consiste
à considérer les phénomènes sociaux en eux-mêmes, détachés des sujets conscients qui se les
représentent ». Une telle démarche relève d'un travail d'objectivisation du réel.
- Neutralité axiologique : bannir de l'objet de l'analyse tout jugement de valeur. Il doit se garder de
définir le juste et l'injuste, le bon et le néfaste, le bien et le mal. WEBER milite pour une sociologie
compréhensive, qui comprenne les actions des acteurs, les motivations, mais sans formuler de
jugements de valeurs. Tout chercheur risque de construire un raisonnement en fonction de son
époque, de son groupe social, etc...

Ce qui fonde la SP, c'est la neutralité axiologique, l'ambition de systématisation et surtout : l'utilisation de
méthodes rigoureuses.

Les méthodes utilisées en science politique empruntent aux autres sciences sociales. La science politique
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utilise les apports de l'économie, de l'histoire, de la philosophie politique, auxquels elle ajoute ses propres
méthodes de travail (des archives, par exemple, qui sont des mémoires des acteurs publics). Le problème du
travail sur archives soulève deux difficultés : il faut y avoir accès ET qu'elles soient bien constituées. En
effet, il y a un risque de sélection des informations données aux archives, et donc, un risque de construction
de la réalité et de distorsion.
Le politiste travaille aussi avec des observations de terrain : étudier l'objet dans son contexte. Par exemple,
on suit un candidat pendant une campagne électorale. Mais là encore, des difficultés surgissent : certains
terrains ne sont pas ouverts à la libre-observation, et il n'est pas toujours facile de gérer le statut
d'observateur : il faut savoir être assez éloigné (pour rester objectif), en s'impliquant assez pour comprendre.
De plus, le politiste sera vu comme un étranger, devant lequel on changera son comportement.
Il s'avère aussi utiliser des méthodes qualitatives : des entretiens avec des acteurs. Mais attention à ne pas
reproduire le discours du politique. Il faut interpréter.
Ou alors des méthodes statistiques : des sondages, des questionnaires, pour appréhender un point de vue
global. On chiffre les grandes tendant donnant une représentativité aux résultats produits : il faut de l'argent,
des infrastructures, un échantillon représentatif.

Toute analyse de science politique suppose un savoir-faire fondé sur 4 traits spécifiques :
- La  mise  en  œuvre  de  méthodes  et  de  techniques  d'investigation  inspirée  par  le  doute  curieux.
- L'ambition de systématisation à partir de données recueillies : on tente de formuler des lois
tendancielles, des modèles qui introduiront une certaine prédictibilité.
- Se prémunir contre le point de vue subjectif du politiste, qui est aussi un citoyen avec ses idées, ses
valeurs.
- Éviter les pièges de l'ethnocentrisme : tout juger en vertu des normes du groupe auquel le chercheur
appartient.

B. De quoi la science politique est-elle une science ?

En 2004 est publié un ouvrage intitulé La Science Politique, Une et Multiple. Ce titre révèle les incertitudes
sur l'objet de la science politique. Dans le passé, deux réponses permettaient de répondre à cette question :
-tantôt, la science politique était la science de l'État
-tantôt, la science politique était la science du pouvoir

Aujourd'hui, l'ensemble des auteurs semble écarter ces deux visions.

1. La science de l'État

L'État désigne le cadre humain et territorial de l'institution publique, et l'agencement institutionnel de


l'autorité permettant la décision. La science politique serait donc la discipline dont l'objet d'étude est l'État,
ses mutations, ses actions, son fonctionnement, ses institutions etc...
Cette définition soumet à la science politique l'ensemble des sociétés contemporaines. Mais une difficulté
majeure : la notion d'État doit faire consensus. De plus, il n'a pas toujours existé : c'est peut-être une façade
institutionnelle  dénuée  de  réalité,  s’il  est  occupé  par  une  puissance  étrangère  par  exemple.  Enfin,  l'État n'est
pas le seul acteur du politique : quid des Eglises, des médias, des lobbys ?

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2. La science du pouvoir

Cette  définition  intègre  l’organisation  et  acteurs  non-Étatiques qui jouent un rôle sur la scène politique. Cela
élargit la science politique à toutes les sociétés humaines présentes ou passées qui ont connu des formes de
pouvoir. Mais cette définition se heurte à un obstacle : tous les pouvoirs ne sont pas politiques, et le patron à
un pouvoir sur son employé, un ravisseur sur son otage...
On peut récuser cette définition. La science politique est donc la science de la politique.

3. La science de la politique

Mais qu'est-ce que la politique ?


Pour Max WEBER : « l'ensemble des efforts que l'on fait en vue de participer au pouvoir ou d'influer sur la
répartition des pouvoirs, soit entre les États, soit entre les divers groupes à l'intérieur d'un même État ».
Cette définition englobe l'ensemble des activités et des conflits autour des fonctionnements de la société :
tout ce qui concerne les activités d'influence sur le gouvernement. La science politique analyse les faits
sociaux qui acquièrent une dimension politique dans certains contextes. Faire de la science politique impose
de combiner plusieurs démarches : observer des pratiques, le classement des données, l'interprétation des
réalités politiques observables, élaborer des schémas théoriques. Aujourd'hui, si on essaye de dresser un
bilan du ou des champs de la science politique, on s'aperçoit qu'en l'État actuel des choses, la science
politique comprend 4 champs d'investigations :
-la théorie politique : analyse de l'histoire des doctrines et des mouvements d'idées. L'ensemble des concepts
sur des pouvoirs transversaux comme la nation, le pouvoir, l'État.
-la sociologie politique : étude de la dynamique des rapports des forces au sein de la société, les acteurs de
la politique, les processus de communication politique, de socialisation politique
-l’administration  publique  et  les  politiques  publiques : les processus décisionnels au sein des pouvoirs
publics, au sein des organisations politiques, au sein des grandes entreprises.
-les relations internationales, les rapports interétatiques, l'activité des forces transnationales.

Partie 1 : le pouvoir politique


Tout État suppose une organisation juridico-politique  disposant  d’un  pouvoir  de  contrainte  de  coercition  et  
s’imposant à la population. L’État   monopolise   la   contrainte   légitime.   L’État moderne   s’est   construit   en  
imposant   une   série   de   monopoles   en   se   renforçant   mutuellement,   les   guerres   ont   eu   un   besoin   d’argent  
développant la fiscalité et pour prélever les impôts il a fallu mettre en place un système administratif. A la
différenciation  entre  religion  et  politique  a  contribué  au  développement  et  à  la  naissance  de  l’État.
Dans les sociétés modernes, les fonctions politiques sont distinctes des pouvoirs religieux ou éco, le pouvoir
politique est devenu autonome en se différenciant des autres pouvoirs sociaux, il est aussi de plus en plus
indépendant par rapport aux forces, aux groupes,  aux  intérêts  qui  composent  la  société.  Il  s’est  distingué  de  
la personne des dirigeants ce  qui  le  pérennise  et  l’institutionnalise.
Il règle des questions politiques, un problème devient politique quand il est transformé en enjeu dans le
débat, le champ politique n’est   pas   figé   selon   le   tps,   les   territoires,   et   sous   l’influence   de   divers   acteurs :
média,  l’opinion  publiques,  les  acteurs.  Il  impose  une  volonté  de  la  cité  sur  celle  des  individus.
L’État n’est  plus  le  seul  cadre  d’exercice  du  pouvoir  politique  :  le pouvoir politique s’exerce  aussi  au  niveau  
infra et supra Étatique : supra : pouvoir exercé par les institutions européennes, infra : du fait de la
décentralisation  on  assiste  à  l’émergence  de  pouvoirs  locaux.
Toute analyse du pouvoir politique suppose 2 questions majeures
- Qu’est-ce que le pouvoir politique ?
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- Quelles formes prend-il ?

Chapitre 1 :  L’identification  du  pouvoir  politique  


Dans   toutes   les   sociétés,   certains   groupes   ont   la   capacité   d’orienter   le   comportement   de   l’ensemble   de   la  
collectivité,  ils  sont  la  capacité  d’élaborer  des  règles  qui  s’imposent  à  tous  que  nul  n’est  censé ignorer ou
transgresser. La fonction de gouverner est fondée sur une relation de pouvoir entre gouvernants et
gouvernés.
Le pouvoir politique est un concept fondamental, il est à la fois un objet de compétition et aussi un moyen
de domination. Mais il y a plusieurs approches et démarches intellectuelles possibles.
- Approche idéologique : On envisage le
pouvoir  comme  un  mode  de  domination  de  groupe  social  pour  s’imposer  sur  tous  les  autres,  
on examine le pouvoir des classes, des groupes, et donc la philosophie marxiste ou Bourdieu
(la  noblesse  d’État)
- Approche institutionnelle : On étudie le
pouvoir   de   l’État : les individus et les groupes qui contrôlent les institutions politiques, le
pouvoir ce sont les gouvernants :   élus   chef   de   l’État leader partisan, leader associatif,
ministres, mais aussi les hauts fonctionnaires qui rédigent les textes qui sont adoptés par le
parlement.  On  conçoit  le  pouvoir  comme  l’activité  des  élites  politiques  et  administratives.
- Approche sociologique : On privilégie
une conception relationnelle du pouvoir, il est envisagé comme une relation entre des
individus et des groupes, entre acteurs sociaux, fondé sur la contrainte et sur la légitimité.
Envisage le pouvoir comme une relation asymétrique par laquelle un acteur social obtient des
autres  acteurs  des  comportements  qu’il  n’aurait  pas  obtenus  spontanément.  Elle  suppose  une  
dose de coercition.

Le   pouvoir   politique   concerne   des   relations   coercitives   qui   s’exercent   au   nom   d’une   conception   du   bien,  
revient à une forme de gouvernement qui  s’exerce  dans  le  cadre  d’un  territoire  sur  une  population  donnée.  
Suppose la mobilisation de ressources, la force physique, de persuasion, la capacité de distribuer des
avantages et le public surveille les choix faits. La question centrale : pourquoi les individus obéissent-ils au
pouvoir ? Pourquoi se conformer aux injonctions des gouvernants ? A quelles conditions un pouvoir est-il
perçu comme légitime ?
La légitimité est la reconnaissance accordée à celui qui exerce le pouvoir, on accepte comme naturel, juste,
que cet acteur donne des ordres et prescrive des comportements. Sans légitimité ou insuffisante, le pouvoir
est   amené   à   utiliser   la   contrainte,   il   met   en   œuvre   la   force   pour   faire   triompher   sa   volonté.   Légitimité   et  
contrainte ne sont pas antinomique : à la fois légitimés pour commander mais celle-ci ne suffit pas et le
pouvoir  est  obligé  d’utiliser  la  contrainte.

Section 1 : Pouvoir, domination et légitimité


Paragraphe 1 : Pouvoir de domination
Le pouvoir décrit une relation sociale qui permet de faire triompher la volonté  de  celui  qui  l’exerce : on ne
se préoccupe pas des ressources utilisées pour les résistances rencontrées, on donne la chance à un acteur
d’imposer sa volonté à un autre acteur. Max WEBER, définit le pouvoir comme « toute chance de faire
triompher  au  sein  d’une  relation  sociale  sa  propre  volonté  même  contre  les  résistances  peu  importe  sur  quoi  
repose cette chance » :   le   commandement   n’est   pas   obligatoirement   légitime,   la   soumission   peut   être  
arrachée sous la contrainte.
En revanche, la notion de domination de WEBER met   l’accent   sur   les   ressources   mobilisables, sur les
contraintes subies,   permet   d’introduire   la   notion   de   consentement.   Les   dominés   doivent   accepter   les  
dominants,   l’obéissance   est   fondée   sur   la   reconnaissance   du   caractère légitime des ordres prescrits. La
notion de domination est inséparable de la légitimité, WEBER définit : « c’est   la  chance  pour  des   ordres  
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spécifiques   de   trouver   l’obéissance   de   la   part   d’un   groupe   déterminé   d’individus », les gouvernants
disposent  d’injonction  acceptées  des  gouvernés.  La  relation  de  pouvoir  est  acceptée  par  ceux  qui  subissent,  
elle  s’inscrit  dans  des  cadres  légitimes  lui  conférant  une  certaine  stabilité.  Pour  être  stable,  il  faut  la  volonté  
d’obéir,  un pouvoir qui ne repose que sur la contrainte, qui  s’exerce  contre  la  volonté  d’autrui  est un pouvoir
toujours précaire et menacé.

Paragraphe 2 :  la  légitimité  de  l’ordre  politique  


Un pouvoir est dit légitime quand il repose sur le consentement de ceux qui sont assujettis, la première force
c’est   sa   capacité   à   recueillir   l’obéissance   volontaire   plus   que   sa   capacité   à   contraindre.   On   qualifie   de  
légitime une domination quand elle semble justifiée, conforme aux valeurs dominantes dans la société. Le
pouvoir   légitime   c’est   celui   qui   apparait comme une nécessité sociale. La légitimité est la condition de
stabilité  de  tout  ordre  social  et  politique.    Pour  perdurer  l’ordre  politique  doit  se  fonder  sur  un  minimum  de  
consentement : plus un pouvoir est légitime moins il est fragile. Plusieurs types de légitimité :
WEBER a établi cette typologie des dominations légitimes en  s’interrogeant  sur  les  fondements  du  pouvoir  
politique :
- La domination traditionnelle
- La domination rationnelle légale
- La domination charismatique

A. La domination traditionnelle
Lorsqu’elle   fonde   son   autorité   sur   l’obéissance   à   des   coutumes,   sanctionnées   par   leurs   validités  
immémoriales. Cette habitude dépend de la croyance en la valeur de la tradition, cette domination fonde sa
légitimité sur le caractère sacré et sur les règles issues du passé transmises et sont jugées intangibles car
elles  sont  immémoriales.  Le  souverain  garde  une  marge  de  manœuvre  quand  il  interprète  les  coutumes,  le  
détenteur du pouvoir est légitime car adéquation à son accession au pouvoir et aux traditions reconnues, les
gouvernés obéissent aux gouvernants car il incarne la tradition. Au fil des ans, les institutions sont naturelles
et  suscitent  des  réflexes  acquis  d’obéissance,  ils  sont  justifiés  du  seul  fait  de  leur  existence,  le  pouvoir  fini  
par paraître nécessaire, exemple :  la  société  féodale,  les  monarchies  d’ancien  régime.  Ce  sont  des  régimes  
qui pratiquent une forte personnalisation du pouvoir, les relations personnelles entre le seigneur et vassaux,
roi  et  sujets,  prédominent.  Le  pouvoir  n’est pas forcément organisé rationnellement et selon des critères de
compétences, le détenteur est   contraint   d’agir   conformément aux coutumes et à la tradition. Il doit agir
conformément à l’idée  que  les  dominés  se  font  du dominant légitime.

B. La domination rationnelle légale


Elle repose « sur la croyance sur la légalité des règlements arrêtés et du droit de donner des directives quand
ceux sont appelées à exercés la domination par ses moyens »,   la   légitimité   et   l‘obéissance   volontaire  
reposent sur la conformité à la loi des modes de désignation des dirigeants, des procédures de décisions,
l’exercice  du  pouvoir  est  fondé  sur  la  compétence  juridiques  des  agents.  L’exercice  du  pouvoir  est  organisé  
d’avance  par  des  textes  qui  répartissent  les  compétences  selon un principe hiérarchique, tout assujetti peut
identifier  qui  a  dicté  la  règle  et  faire  appel  à  l’autorité  hiérarchique  supérieure.  Les  gouvernés  consentent à
un ordre légal, ce qui le rend légitime. L’exercice  du  pouvoir  est  organisé  par  règles  écrites  qui définissent
les droits et devoirs des gouvernants et gouvernés chacun se comporte rationnellement par rapport à un
objectif qui lui-même se définit comme rationnel : conformément au droit : toute transgression possible de
la loi menacerait le pouvoir. Les  gouvernants  ne  sont  tenus  d’obéir  que  dans  la  limite  des  règles  juridiques,  
et obéissent à une procédure respectée parce que jugée rationnelle. Ils sont désignés par des processus
conformes à la loi :  l’élection.  Dans  ce  type  de  domination,  le  pouvoir  est dépersonnalisé, en obéissant aux
gouvernants on obéit à des règles et des fonctions et non pas à des personnes. Les rôles politiques et définis
par des règles de droit ce qui conduit à une certaine juridicisation des rapports du pouvoir, la forme typique :
l’État de   droit   moderne.     L’État dont la légitimité repose est qui se soumet lui-même aux règles de droit
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qu’il   produit   et   qu’il   juge   universelles,   c’est   un   État qui   se   soumet   au   contrôle   d’institutions  
juridictionnelles. La domination rationnelle légale caractérise la modernité politique le pouvoir est lié à la
fonction et non pas à la personne, ce sont des règles juridiques qui détermine le mode de désignation des
responsables   et   les   modalités   d’exercice   du   pouvoir,   on   la   retrouve   dans   les   régimes   démocratiques
modernes,  ils  reposent   sur  la  croyance,  en  la  rationalité,  en  la  légalité  des  décisions  prises  par  l’ensemble  
des autorités administratives et politiques, donc la Constitution. Dans ces régimes on obéit à des règles qui
définissent des fonctions.

C. La domination charismatique
Repose « sur   la   soumission   aux   caractères   sacrés   à   la   vertu   héroïque   ou   à   la   valeur   exemplaire   d’une  
personne », concrètement signifie, que ce sont les qualités extraordinaires du chef qui justifient sa position
de dirigeant  aux  yeux  des  gouvernés.  La  domination  charismatique  est  fondée  sur  l’aura  du  dirigeant : elle
est liée à un individu et surtout dans la croyance de ses qualités, on obéit  à  un  individu  parce  qu’on  l’estime  
hors du commun. Les gouvernés obéissent à un   chef   qu’ils jugent exemplaire sans égal. L’adhésion  
populaire  est  d’ordre  personnel  et  affectif : abandon consenti des gouvernés dans le chef. La domination est
fondée   sur   des   affects   comme   l’amour   de   la   grandeur,   l’admiration.   Elle   correspond   à   des   situations
transitions  ou  de  crises,  il  s’agit  d’un  exercice  du  pouvoir  par  la  séduction,  la  fascination,  elle  peut  donner  
naissance à une domination très profonde, ce type exige de la part du gouvernant un travail actif sur son
image et suppose un contexte historique qui rend la population plus effective, par exemple Mussolini et
Hitler dans un contexte totalitaire, ou de Gaulle dans un contexte démocratique. Le chef instaure un contact
direct avec le peuple, il arrive que le leader court-circuite certaines institutions,  il  peut  s’imposer  aux  foules  
par  ses  qualités  de  tribun  et  peut  être  un  prophète  sur  des  disciples  fervents,  ou  un  chef  d’État plébiscitaire :
aucune coutume, aucune règles de droit ne résiste à la volonté du chef. Cette forme de légitimité est
beaucoup   plus   fragile,   elle   suppose   la   confirmation   répétée   des   dons   du   chef,   elle   s’accommode   mal   des  
échecs  ou  des  retards  dans  la  réalisation  des  projets  du  gouvernants,  l’exercice  quotidien  du  pouvoir  expose  
le chef à la routinisation de son charisme (WEBER),  c’est  pourquoi  c’est  une  domination  précaire,  limitée  
dans  le  temps,  et  disparait  souvent  avec  le  leader  qu’elle  incarne,  de  ce  fait  on  retourne  dans  d’autres  formes  
de légitimités. La domination charismatique peut se combiner avec une domination traditionnelle   c’est   le  
cas  d’un  monarque  particulièrement  vénéré ; peut aussi se combiner avec la domination rationnelle légale :
un  chef  de  gouvernement  démocratique  doté  d’une  popularité  exceptionnelle.
Ces 3 types de dominations sont des « types idéaux » : visent à restituer les traits les plus significatifs des
formes   de   domination,   il   n’existe   pas   forcément     à   l’État pur   dans   la   réalité,   il   est   rare   qu’un   régime  
politique  s’apparente  de  manière  exhaustive  à  l’un  des  3  types  décrits,  le  plus souvent dans la réalité ces 3
types  se  combinent  même  si  l’un  d’entre  eux  domine  en  fonction  des  contextes.  
- Comment   l’empire   napoléonien   combine   de   manière   inégale   ces   3   types   de   légitimité : Il
combine   le   type   charismatique   qui   semble   dominant,   la   naissance   d’une   légende
napoléonienne, mais aussi des éléments rationnels légaux : a créé une administration
rationnelle centralisée, on a codifié le droit coutumier avec le code, mais au-delà de ces
éléments. On trouve aussi quelques éléments traditionnels : on a établi une noblesse
impériale, une société de cours, cela relève de la domination traditionnelle.
- Autre exemple : Le gaullisme : la  légalité,  le  pouvoir  procède  du  suffrage,  équivalent  d’une  
domination rationnelle légale, mais on trouve aussi des éléments de type charismatique car
avec de Gaulle, le pouvoir procède de la confiance qui est personnelle et émotionnelle, et
c’est   la   composante   dominante : il organise des consultations référendaires périodiques qui
lui permettent de tester la qualité du lien personnel qui   l’unit   aux Français,   lorsqu’il   est  
rompu en 1969, il démissionne.
Le nouveau style des campagnes, les médias font que le fonctionnement des démocraties
contemporaines  comportent  une  personnalisation  du  pouvoir  rapproche  d’un  pouvoir  charismatique.
Quel  est  l’intérêt  de  la  typologie  de  WEBER ?
Intérêt double
- Montre   l’importance   de   la   monopolisation   légitime   par   une   autorité   centrale   d’une   société.  
Pourquoi les individus acceptent-il de se soumettre à la contrainte du pouvoir ? Soit parce
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que conforme à la tradition, soit impose contrainte dans un cadre légal et rationnel ou les
gouvernés acceptent la contrainte en raison des qualités de leurs dirigeants.
- La  théorie  révèle  l’ambivalence  propre  à  tout  pouvoir  politique.    Pourquoi ? parce que il est
difficile  de  gouverner  uniquement  par  la  contrainte  mais  aucun  système  n’est  à  l’abri  d’une  
crise de légitimité, pour durer tout pouvoir est condamné à rechercher des soutiens. Toute
forme de pouvoir suppose une confiance accordée par la légitimité mais à tout moment des
processus de « délégitimation »   peuvent   ébranler   tout   régime   politique   jusqu’à   la  
transformation du régime soit à sa chute.
Mais :
- Analyse datée, qui ignore certaines spécificités de la démocratie : caractère inachevé et
perfectible
- Valorise   à   l’excès les procédés de légitimation et ignore certains aspects de la démocratie
comme la place de la protection des droits individuels.
4 observations :
- Aucun pouvoir ne peut reposer durablement sur la contrainte seule
- Aucun pouvoir ne peut se maintenir sans un minimum de légitimité
- La   légitimité   n’est   jamais   acquise   une   fois   pour   toute,   fait   l’objet   d’un   travail   constant   de  
resourcement,   d’accréditation.   Dans   les   sociétés contemporaines, la science, l’expertise   et  
l’élection  sont  des  sources  de  légitimation. Le recours à la communication politique devient
un levier de légitimation du pouvoir, exercer le pouvoir, c’est   faire   mais c’est   aussi faire
savoir.   Les   dirigeants   recherchent   l’adhésion   quotidienne   des   citoyens.   Exemple : une
décision politique impopulaire présentée comme ayant   fait   l’objet   d’une communication
insuffisante.
Un  pouvoir  légitime  n’est  pas  sans  violence,  mais un pouvoir dont  les  gouvernés  acceptent  qu’il  use  de  la  
violence, de la contrainte compte tenu de la modalité de désignation de ses dirigeants et selon les formes de
son exercice.

Paragraphe 3 : les spécificités du pouvoir politique


Le   pouvoir   désigne   la   capacité   d’imposer   une   volonté   mais   aussi   la   capacité   de   faire   respecter   un   certain  
nombre de règles avec moyens coercitifs.
L’autorité   politique   dispose   du   monopole   de   la   coercition   légitime   sur   l’ensemble   du   territoire.   L’autorité  
politique   a   vocation     à   agréger   la   constellation   des   intérêts   qui   s’affrontent   sur   un  territoire   à   une   époque  
donnée, les détenteurs ont vocation à définir les prérogatives, les limites de tous les autres pouvoirs y
compris  dans  la  sphère  privées.  Le  pouvoir  politique  s’impose  car  il  dispose  d’une  autorité  reconnue  qui  lui  
est conférée par le concept de légitimité, il peut recourir à des sanctions contre les récalcitrants, il
revendique  le  monopole  de  la  contrainte  qui  est  un  attribut  propre  des  gouvernants,  c’est  grâce  à  celui-ci que
les  gouvernants  se  trouvent  en  mesure  de  faire  respecter  l’ensemble  de  leur  décisions  par  la  collectivité.  Le  
pouvoir politique se définit comme une mode de domination qui combine le contrôle de la coercition à des
types variés de légitimation. Le pouvoir est une relation entre acteurs sociaux et surtout sa spécificité dans
une  société  qui  réside  dans  ce  qu’il  revendique  le  monopole  de  la  coercition  ce  qui  lui  permet  d’exercer  sur  
l’ensemble  des  membres  de  la  collectivité  sans  exception.  A  la  différence  des  autres  pouvoirs,  ses  décisions  
concernent  l’ensemble  de  la  société,  il  arbitre  les  affrontements  entre  les  groupes  et  acteurs, il peut fixer les
limites de toutes les autres formes de pouvoirs.
Une dimension externe : sa détention absolue du droit de faire la guerre
Une dimension interne : sa détention absolue de contraindre les individus
Le  pouvoir  de  l’État porte sur la définition de la vie collective et de ses valeurs qui unifient la communauté
politique,  il  dispose  d’un  pouvoir  d’arbitrage  et  cherche à concilier des intérêts divergents et à pacifier les
tensions sociales.

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Section 2 :  l’exercice  du  pouvoir  politique  


Les conceptions  relatives  aux  rôles  de  l’État à  l’étendue  du  pouvoir  ont   varié  au  fil  du  temps  et  selon   les  
doctrines politiques, on oppose traditionnellement les conceptions libérales et interventionnistes.
Libéral :  méfiance  à  l’égard  de  l’État et lui assigne  un  rôle  limité,  notion  de  l’État gendarme.
Interventionnisme : l‘État est le creuset de la nation et un outil de développement économique : État
providence
L’analyse  de  l’exercice  du  pouvoir  politique  suppose  l’étude  de  3  questions :
- Quelle autonomie pour le politique ?
- Comment fonctionne un système politique ?
- Qu’est-ce que gouverner ?

Paragraphe 1 : Quelle autonomie pour le politique ?


Dans les sociétés modernes, constater la prééminence du pouvoir politique est normale, les gouvernants sont
dépositaires de la souveraineté, ils élaborent des lois auxquels les citoyens doivent obéir. Mais en pratique
les gouvernants ont des pressions auxquelles ils ne peuvent résister intégralement. L’analyse   des  
mécanismes décisionnels révèle que des relations complexes     s’établissent   entre responsables politiques,
fonctionnaires,   experts,   leader   d’opinion.   Le   pouvoir   politique   est   doublement   dépendant   à   l’égard   des  
détenteurs  du  pouvoir  économique  et  aussi  à  l’égard  des  leaders  d’opinion.
Economique : oui parce que les détenteurs du pouvoir économique tirent  leur  pouvoir  d’influence  du  fait  des  
moyens  financiers  qu’ils  peuvent  engager  dans  le  pouvoir  politique  et  sont  garant  de  la  prospérité,  ils  sont  
sources de revenus fiscaux et distribuent des emplois
Leaders   d’opinion : influence le pouvoir politique : intellectuels, journalistes, dirigeants syndicaux et
associatifs contribuent à façonner les représentations des citoyens qui se font de leur avenir, ils formulent
des attentes et exigences de la part des citoyens, ils expriment  l’insatisfaction  ou  la  confiance  des  gouvernés  
dans leurs institutions.

Leur   influence   sur   les   acteurs   politique   est   d’ampleur   variable   selon   la   conjoncture   et   de   la   nature   des  
décisions à prendre, donc pour résister à ces pressions, les acteurs politiques disposent de ressources :
- Le  pouvoir  normatif,  l’usage  de  la  contrainte
- L’administration  publique
Dans les démos contemporaines le fonctionnement du pouvoir politique est complexe, les analyses sur
l’exercice  du  pouvoir  démocratique  insiste  sur  la  diversité  et  l’autonomie  des  organisations  qui  cherchent  à  
influencer   le   pouvoir   de   l’extérieur   ou   à   l’inspirer   de   l’intérieur : il est morcelé : conception pluraliste du
pouvoir. Lorsque des alliances stables se font sur la base de compromis et  d’échanges  mutuels  d’avantages :
conception polyarchique.
Le modèle néo-corporatiste : pour insister sur la stabilité des alliances qui se constituent entre certaines
forces   et   sur   l’existence   d’une   certaine   congestion   des   affaires   publiques ; la loi devient l’expression   de  
compromis recherchés passés entre instances politiques et partenaires sociaux qui sont des interlocuteurs
privilégiés des pouvoirs publiques : politique agricole ou par exemple politique de santé.
Aujourd’hui   la   sociologie   politique   insiste sur   l’importance   de   la   gestion   en   réseaux : c’est   pourquoi,   le  
terme  de  gouvernance  qualifie  désormais  certaines  modalités  de  l’action  publique.
Gouvernement :  pouvoir  centralisé,  monopolisé  par  l’État dans le cadre national
Gouvernance : évoque une gestion en réseaux,  un  partenariat,  un  pouvoir  qui  n’agit  non  plus  en  imposant,  
mais en utilisant les modalités contractuelles :   l’État n’est   plus   un   simple   agent   qui   ordonne   mais   qui  
recherche des partenariats et use de la voie contractuelle et pas seulement de la contrainte ; Coordination
d’acteurs   de   groupes   sociaux   pour   atteindre   des   buts   fixés   qui   ont   étés   définis   collectivement,   l’État ne
détient  plus  le  monopole  des  affaires  publiques,  elles  sont  de  plus  en  plus  le  résultat  d’actions  coordonnée  
d’institutions qui agissent dans des cadres plus ouverts.
La  marche  de  manœuvre  des  gouvernants :  aujourd’hui  n’est-elle  pas  en  train  de  se  restreindre  sous  l’effet  
de multiples facteurs ? (innovations technologiques, la constitution de vastes espaces supra nationaux)

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Les acteurs rencontrent des difficultés pour maitriser ces évolutions économiques sociales et culturelles ce
qui  contraint  d’autant  leur  action.

Paragraphe 2 : comment fonctionne un système politique ?


Selon G BURDEAU :
Un régime politique « un ensemble de règles recettes ou pratiques selon lesquelles dans un pays donné les
hommes sont gouvernés » :  le  régime  politique,  c’est  la  forme  de  gouvernement  qu’a  un  État à un moment
donné,   la   notion   met   l’accent   sur   l’agencement   institutionnels   des   pouvoirs, elle rencontre des règles
d’organisations   de   pouvoirs   publiques : mode de désignations, compétences respectives, agencement de
leurs rapports
Le  système  politique  :  prendre  en  compte  l’exercice  réel  du  pouvoir  au-delà du simple aspect constitutionnel
de l’agencement  des  pouvoirs ; on inclut le régime des partis politiques, les médias, la socialisation politique
des individus, les partis politiques : vision du fonctionnement global de la société au-delà des mécanismes
institutionnels.   L’analyse   américaine, l’auteur   David   Easton,   la   politique   « l’allocation   autoritaire   de  
valeurs » :   il   définit   le   système   politique   comme   l’ensemble   des   interactions   par   lesquelles   s’effectue  
l’allocation  autoritaire  des  valeurs.
Le système politique est immergé dans un environnement  qui  l’influence  et  pour  durer  il  doit  être  capable  de  
réagir à ces influences, ce qui amène Easton à analyser le double rapport entre le système politique et son
environnement. Il perçoit le système comme une boîte noire qui prélève des ressources sur son
environnement, et il assure des prestations il attribue des valeurs et fournit des biens.
Le système prélève des ressources :   pour   remplir   ses   missions,   il   doit   avoir   des   moyens   et   s’assure   la  
coopération  permanente  d’individus  pour  contrôler  l’application de ses décisions, pour recouvrir les frais de
son action publique. La capacité à se procurer dépend
- Niveau de prospérité de la société gérée
- La capacité extractive dépend du niveau de légitimité des gouvernants, les citoyens acceptent
les sacrifices que ce dernier leur impose
Mais il assure des prestations : les gouvernants ont intérêt à répondre aux exigences, le système politique
produit des décisions, des politique publiques, Easton : la capacité distributive du système politique, qui se
manifeste en apportant la sécurité au citoyens, en fournissant des prestations comme des équipements
publics, il offre aux membres de la société des avantages matériels et avantages symboliques : législations
sociales, commerciales ; cela contribue à la production de valeur qui réactive les soutiens et donc le lien
social.   Toute   l’analyse   d’Easton   consiste   en   ce   que   cette   production   de   décisions   de   politiques publiques
rétroagit elle-même  sur  l’environnement  qui  produit  de  nouvelles  exigences  et  donc  de  nouveaux  soutiens.
Ces phénomènes de rétroaction soulignent la dimension dynamique des systèmes politiques.
Double critiques
- Excès  d’abstraction,  Easton  considère  la  boîte  noire,  mais  l’analyse  ne  dit  pas  ce  qui  se  passe  
dans la boîte noire, donc la position interne
- Reproche de son conservatisme : la capacité de persistance du système, et ce faisant il sous-
estime les phénomènes de conflits, de crises, de déclins.
Pourtant elle présente un intérêt :   elle   fournit   un   cadre   général   d’analyse   qui   permet   des   analyses  
comparatistes. Il décrit un système en constant mouvement. Et fournit une démystification de la vie
politique  en  mettant  un  environnement  global,  pour  lui  ce  n’est  qu’un  aspect  d’une  société  plus  large :  c’est  
une machine permettant de convertir des impulsions sociales en décisions et en actions politiques.

Paragraphe 3 :  qu’est-ce que gouverner ?


Question à relier avec le métier politique.
Les  modes  d’actions  des  gouvernants  sont  très  variés.
Ici, on ne retiendra que 2 aspects soulignés par Philippe Braud :
Les  modes  d’actions  se  font  soit  par  négociations  et  confrontations,  mais  gouverner  c’est  aussi  agir  sur  le  
réel et agir sur les représentations du réel.

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L’État se caractérise par le monopole de la coercition légitime : monopole obligatoire de la loi, mais les
dirigeants politique ne procèdent pas que par injonctions, il y a aussi des négociations. Certaines
négociations sont organisées juridiquement (transactions pouvoirs publiques, organismes de concertations),
mais le travail politique renvoie aussi à des actions informelles, les gouvernants les font pour identifier les
problèmes à traiter pour obtenir du soutien, mesurer les résistances à leur politiques et déceler des pièges.
Mais parfois ils dirigeants recherchent la confrontation qui se traduit par des manifestations avec réactions
de violences débouchant sur la répression.
Gouverner   c’est   agir   sur   le   réel   mais   aussi   sur   les   représentations   du   réel :   l’activité   politique   c’est   aussi  
déclaration  d’intention,  annonces,  prises  de  positions :  c’est  communiquer. Le travail politique contribue à
façonner   les   représentations   que   les   citoyens   se   font   de   leur   avenir   et   conditions   d’existence.   Il   faut  
souligner   que   de   lourdes   contraintes   encadrent   l’activité   des   dirigeants   politiques,   c’est   au   moment   des  
campagnes électorales que le travail des représentations est intense, le discours politique permet de crée
l’illusion  que  les  problèmes  peuvent  être  maitrisés mêlant parole et action. Le travail de communication a
pris  une  place  importante  et  l’essor  à  fait  émerger de nouvelles catégories d’acteurs  politiques : sondeurs,
analystes   de   l’opinion,   développement   des   activités   de   coaching.   La   politique   est   un   jeu   triangulaire  
complexe en dirigeants, médias et citoyens, Echanges entre monde journalistique et monde politique sont de
plus en plus fréquents : les journalistes entrés en politique sont de plus en plus nombreux.

Chapitre 2 : Les formes du pouvoir politique


Cela  revient  à  étudier  l’organisation  du  pouvoir  politique  au  sein  des  États, le système politique est constitué
aux éléments relatifs au fonctionnement du pouvoir et éléments institutionnels. Les critères permettant de
distinguer :
- Nombre de dirigeants
- Procédure de désignations des gouvernants
- Degré de séparation entre les composantes du pouvoir
- Types de relation entre gouvernants et gouvernés
C’est  comprendre  les  relations  entre  les  caractéristiques  constitutionnelles,  politiques  et  sociales.  Le  système  
politique renvoie à un principe de légitimité aux institutions aux systèmes de partis à la forme et au rôle de
l’État.  C’est  de  savoir  comme  un  État est  gouverné.  Il  faut  prendre  en  compte  3  types  d’éléments
- Organes prévus et constitués pour exercer le pouvoir
- Les rapports entre les pouvoirs
- La  pratique  et  la  vie  politique  grâce  à  l’analyse  des  forces  politiques,  à  l’idéologie  du  régime,  
et  à  l’analyse  des  mœurs  et  traditions  politiques
L’aspect  purement  institutionnel  ne  suffit  pas.  
Il existe une multitude de classification des régimes politiques,
- Le nombre des partis politiques (parti unique, bipartisme, multi-partisans)
- Participation du peuple au pouvoir (démocratie direct, représentative, semi-directe)
- Idéologie (régime démocratique et non démo)
- Rapports entre les pouvoirs (typologies par rapport à séparation des pouvoirs)
Finalement les théoriciens anciens adoptaient un point de vue moral en insistant sur la quête du meilleur
régime   possible,   qui   refusent   tout   jugement   de   valeur   er   insistent   sur   l’ordonnancement   différencié   des  
pouvoirs  exécutifs  et  législatifs.  Les  formes  contemporaines  varient  d’un État à  l’autre,  la  distinction : quelle
est la source du pouvoir ? Quel est le degré du consensus concerné ?
Y’a-t-il  ou  non  compétition  légale  ouverte  et  loyale  autour  du  pouvoir  de  l’État ?
Distinction entre organisation démocratie et autoritaire du pouvoir, mais le XXème a vu naître un mode
gouvernement particulier : le totalitarisme. La démocratie : élément important de participation populaire en
manifestant son désaccord avec le pouvoir en place :
- on parle de démocratie pluraliste pour qualifier un mode de gouvernement sur libre
compétition des candidats et partis pour libre représentation du peuple,
- au contraire le régime autoritaire : monopole du pouvoir par des groupes qui contrôlent la
liberté  de  paroles,  et  renvoient  à  une  forme  qui  interdit  l’expression  publique  d’un  désaccord  
ou  d’une  opposition.  
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- Le totalitarisme : la toute-puissance  d’un  parti  unique  visant  à  faire  disparaître  toute  forme  de  
résistances,   il   exige   l’adhésion   active   de   chacun   à   une   idéologie   unique.   Toutes   les  
protections juridiques et institutionnelles sont remises en cause au profit du leader et
organisation dirigeante.

Section 1 : les systèmes démocratiques


Mis en place à partir de la fin du 17ème GB, USA, FR : démocraties libérales qui se construisent contre
l’absolutisme de   l’ancien   régime,   elles   s’établissent   sur   des   principes   fondés   sur   la   philosophie   libérale :
préservation   d’une   sphère   d’autonomie   des   individus   contre   les   ingérences   du   pouvoir.   La   démocratie  
suppose un fort élément de participation populaire : la volonté des gouvernés est imposée comme source du
pouvoir,   on   disjoint   pouvoir   et   opinion,   l’égalité   fondamentale   entre   les   hommes,   garantie   des   libertés  
publiques,   mise   en   œuvre   de   conditions   d’expression   des   désaccords   politiques   mais   aussi  
l’institutionnalisation  d’un  régime  de  libertés  publiques  (opinion,  presse,  expression,  réunion).  
La   démocratie   est   un   idéal,   et   les   régimes   s’efforcent   de   se   rapprocher   de   cet   idéal,   elle   est   souvent  
perfectible.
- Condition de la démocratie.
- Démocratie représentative
- Evolution de la démocratie contemporaine
- Les transformations de la démocratie française

Paragraphe 1 : les conditions de la démocratie


Selon Dahl (politiste américain) : « l’ensemble   des   régimes   politiques   qui   incarnent   à   travers   l’histoire   le  
même idéal politique de la participation éclairée du plus grand nombre aux affaires de la cité ». Il en résulte
que pour être qualifiée de démocratie un système politique doit remplir 3 conditions :
- Participation du peuple : le peuple intervient soit directement soit par  l’intermédiaire  de  ses  
représentants
- Le pluralisme politique, multipartisme : partis en libre compétition, mais aussi les médias
libres et indépendants
- L’alternance  au  pouvoir : la démocratie suppose que le gouvernement ne soit pas accaparé de
façon continue par une seule force politique ou une seule coalition politique
Deux conditions fondamentales indissociables :
- L’approfondissement   de   l’État de droit :   un   régime   dans   lequel   y’a   un   système   juridique  
étendu et stable garanti par une justice indépendante et aussi la protection des libertés
individuelles
- La   stabilité   de   la   loi   et   la   protection   des   citoyens   à   l’égard   de   toute   forme   d’oppression   à  
commencer  par  celle  que  pourrait  exercer  l’État
La démocratie : tout en assurant la S du peuple, protège des droits   fondamentaux,   l’EDD   est   devenu   un  
élément de la démocratie. Rousseau « démocratie continue » : le pouvoir des citoyens ne se limite pas à
l’élection,  mais  de  s’exprimer  de  façon  continue   dès  lors  possibilité  d’un  recours  en  justice,  mais  aussi  le  
pouvoir des juges constitutionnels. Certains auteurs libéraux, comme John RAWLS, R DWORKIN, la
démocratie   est   désormais   perçue   comme   un   régime   assurant   le   respect   des   droits   de   l’individu,   leur  
coexistence pacifique qui constitue une garantie du pluralisme.

Paragraphe 2 : La démocratie représentative


B. MANIN, a dégagé 4 principes qui à ses yeux depuis la fin du 18ème identifient et structure le
gouvernement représentatif
- Les gouvernants sont élus par les gouvernés à intervalles réguliers ce qui permet un contrôle
des   électeurs   sur   les   gouvernants,   d’exercer   un   « vote-sanction » et suppose aussi que le
mandat est limité dans le temps

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- Les   gouvernants   conservent   une   marge   d’appréciation   et   d’indépendance   par   rapport   aux  
gouvernés qui les ont élus, dans une démocratie   représentative,   l’élu   agit   pour   le   bien  
commun,  l’intérêt  général  et  ce  de  la  façon  la  plus  juste  même  s’il  ne  satisfait  pas  la  volonté  
de tout le monde
- Les gouvernés conservent la possibilité de se faire entendre sur les sujets politiques en dehors
de la voix de leurs représentants
- Dans une DR la décision collective procède de la discussion et de la délibération, en théorie,
les décisions gouvernementales sont discutées devant la représentation parlementaire pour
éviter  l’arbitraire  grâce  aux  idées  émises  lors  des  débats,  même  si  aujourd’hui  c’est  fortement  
encadré par les partis politiques.
Ils  permettent  de  la  différencier  des  autres  types  de  régimes,  la  mise  en  œuvre  de  ces  principes  à  varier  selon  
les époques, le gouvernement représentatif est une forme mouvante susceptible de transformations
importantes. Manin souligne les transformations et y identifie 3 étapes :
- La démocratie des notables : au 19ème au  moment  de  l’âge  d’or  du  parlementarisme,  l’opinion  
est représentée par des députés disposant d’une   marge   d’autonomie   importante   même   s’ils  
entretiennent des liens étroits avec représentants. Mais se trouve supplantée par la démocratie
des   partis   politique   :   opinion   filtrée   et   médiatisée   par   les   partis,   la   liberté   de   l’électeur   est  
encadrée à travers leur fonction programmatique. Cette démocratie est supplantée par la
« démocratie du public »,   liée   au   déclin   des   identifications   partisanes,   à   l’emprise   des  
sondages   à   l’irruption   des   médias   sur   la   scène   politique.   On   parle   aussi   de   « démocratie
d’opinion »
Conséquences :
- plus de lieu unique attribué aux politiques, le débat se déroule au sein des parlements, associations,
médias forum, pas de lieu attribué
- opposition entre assemblées représentatives et associations citoyennes est remise en cause : articulation
acteurs  du  jeu  politique  comme  diaboliser  les  sondages  d’opinion
- on assiste au déclin des organisations politique traditionnelle comme les syndicats, le développement des
moyens  de  comm’  facilite  l’émergence  de  citoyens  plus  informés  et  se forgent une compétence politique, se
construisent eux-mêmes et plus critiques et se traduit par une certaine volatilité électorale. Les électeurs
échappent aux consignes des organisations politiques traditionnelles.
On assiste à une évolution qui reste démocratie  de  représentation,  mais  s’ajoute  désormais  une  dimension  
« interpellation ».

Paragraphe 3 : Des évolutions de la démocratie contemporaine


Le principe de la représentation suscite une double crainte :
- La dépossession des gouvernés par leurs représentants
- Distance trop grande séparant les représentants des représentés
Dépossession :   Rousseau   a   vivement   critiqué   la   démocratie   parlementaire,   considère   qu’en   désignant   des  
représentants, le peuple abdique sa S et renonce à sa liberté, les intérêts des élus ne coïncident pas forcément
avec ceux des électeurs.
Distance : Les élus représentent-ils la diversité de leurs électeurs ? Question de la représentativité des élus.
Les sources de distorsion sont multiples : le poids démographique des circonscriptions, risque de
manipulation du découpage électoral, le scrutin majoritaire tend à bipolariser le paysage politique et à
écraser  les  opinions  minoritaires    =  les  représentés  s’estiment  parfois  éloignés  de  leurs  représentants.
La démocratie représentative a des limites :
- Coupure croissante entre gouvernés et gouvernants
- Désaffection des affaires publiques
Ces craintes (anti parlementaristes), conduisent à chercher de nouvelles modalités de fonctionnement de la
démo.   Depuis   la   fin   des   1980’s,   des   analyses   soulignent ces insuffisances, les limites du fait majoritaire,
inconvénient de la professionnalisation de la politique et limites de la compétence des experts.
Manifestations :
- Défiance croissante des citoyens
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- Discrédit du personnel politique jugé inefficace ou corrompu


- Augmentation  de  l’abstention  et  du vote blanc
- Montée des votesprotestataires
- Multiplication des alternances
- Et  sentiment  d’une  moindre  efficacité    de  l’action  politique  
La   crise   boulangiste,   des   30’s,   le   poujadisme,   dénonçaient   les   insuffisances du RR ; médias et acteurs
politiques développent un discours pour tenter de relégitimer la démocratie représentative, en développant
des   formes   de   démocratie   plus   participatives,   il   s’agit   de   revitaliser   en   accordant   un   rôle   et   des   pouvoirs  
nouveaux aux citoyens. En France on a parlé de « démocratie de proximité » dès 2000, dans loi adoptée en
2002,  on  a  créé  des  conseils  de  quartiers  pour  rapprocher  élus  des  administrés,  mais  c’est  surtout  autour  des  
notions de « démocratie délibérative » et « participative »
Démocratie participative :
Notion  issus  de  la  nouvelle  gauche  amé  dès  1960’s,  des  auteurs  proches  des  républicains,  le  point  de  départ  
c’est  une  critique  de  la  représentation  comme  délégation,  avec  la  représentation  il  y  a  une  aliénation  de  la  
souveraineté pour y remédier ils prônent la participation des citoyens à tous les niveaux de la société. Idée
sous-jacente,   c’est   que   l’association   des   citoyens   à   l’élaboration   des   décisions   publiques   présenterait   3  
avantages :
- Favoriser  la  transparence  de  l’action publique
- Améliorer la qualité des débats publics
- Permettre  d’anticiper  et  de  désamorcer  certains  conflits
Se traduit par mise en place de procédures de délibérations, de consultations dans la production de
politiques publiques, ce qui suppose la liberté de participation au débat, publique et ouverte à tous.
Diverses expériences dans le monde :
- Budget participation de porto Allègre au brésil en 89 : les citoyens associés aux décisions
budgétaires à quoi financer, puis élu des délégués et négociations avec   l’administration  
municipale
- Referendum locaux
- Les jurys citoyens (Poitou-Charentes)
- Enquêtes  d’utilités  publiques,  forums  internet
La DR : suppose transfert de compétences du peuple à des représentants, la démocratie directe suppose des
votations populaires,  la  démocratie  participative  suppose  d’associer  des  citoyens  ordinaires  à  la  discussion  
des   affaires   publiques,   c’est   l’idée   de   mieux   gérer   « gérer plus près et avec »,   elle   ne   s’oppose   pas   à   la  
représentation,  c’est  une  forme  complémentaire  de  partage  des  décisions,  elle  conserve  l’importance  de  l’élu  
mais  associe  plus  directement  les  citoyens.  Mais  l’élu  garde  le  pouvoir,  elle  se  développe  surtout  au  niveau  
local  à  l’échelle  du  quartier.  
La gestion locale est perçue comme un lieu de participation comme une échelle pertinente de réconciliation
La démocratie délibérative :
Inspirée par RAWLS et par HABERMAS : la société est démocratique quand les décisions sont prises par
délibérations  publiques  de  tous  ses  membres.  Elle  suppose  la  création  d’espaces  d’échanges  pour  ouvrir  le  
débat aux citoyens dans ce modèle, la décision légitime elle résulte de la délibération de tous. La critique ne
repose pas que sur la représentation, mais porte sur la conception agrégative, pas une simple addition des
votes.
La  délibération  cesse  d’être  l’activité  des  seuls  représentants,  elle  devient  l’affaire  des  citoyens  ordinaires,  le  
rôle des représentants : traduire en mesures concrètes des propositions émergeant des forums des citoyens.
Cela traduit une certaine méfiance à  l’égard  des  experts.  Elle  permet  le  pluralisme,  confrontation  des  idées  
qui   ferait   émerger   une   opinion   impartiale,   détachée   de   tout   intérêt   publique   et   d’éviter   le   gouvernement  
arbitraire. Pour ces partisans, cette idée permet de dépasser les tensions, de sélectionner les arguments et
donc de prendre des décisions acceptées par tous.
Ces formes de démocratie apparaissent comme le prolongement des procédures démocratiques
professionnelles « la   démocratie   s’est   assurément   étendue   mais   il   est   au   mieux   incertain   qu’elle   ce   soit  
approfondie ».
Remarques:

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- Ces  modèles  délibératifs  ou  participatifs  relèvent  d’une  conception  particulière  de  l’État, plus
perçue  comme  étant  d’imposer  un  projet  à  la  société,  avec  cette  théorie  son  rôle  se  limite  à  
protéger la liberté des individus et à mettre en place de mettre des procédures aux citoyens
pour  s’impliquer  dans  la  vie  collective
- Ces analyses confirment le caractère fragile des constructions démocratiques, la démocratie
est un idéal, forme de gouvernement toujours perfectible   d’où   l’importance   d’une   culture  
démocratique soutenant les dispositifs institutionnels démocratiques.

Paragraphe 4 : les transformations de la démocratie française


Les partis politiques exercent une emprise croissante sur la compétition électorale, phénomène pas sans
conséquences sur le fonctionnement de la démocratie française, on peut recenser 4 évolutions décisives
- La nationalisation des arènes électorales
- Intensification de la compétition électorale
- La personnalisation du pouvoir
- Collectivisation de la vie politique
La nationalisation :
On observe une unification au niveau national des consultations électorales, on a tendance à retrouver les
mêmes clivages, alliances, thèmes de campagne (local et national). Ce sont les enjeux nationaux qui
structurent les campagnes locales, les alliances décidées au niveau central se perpétuent au niveau local : on
observe la même bipolarisation de la vie politique.
Intensification des campagnes :
Résulte de la multiplication des candidatures, écarts plus serrées plus difficile d’être  élu  au  premier  tour  ou  
réélu, le coût des campagnes augmente car marketing électoral et moyen de communication : le travail
politique est de plus en plus professionnalisé, le travail politique est de plus en plus professionnalisé.
La personnalisation du pouvoir :
Le  poids  de  l’élection  présidentielle,  l’influence  des  médias  (TV)  dans  vie  politique,  conduisent  à  privilégier  
un nombre réduit de personnalités politiques. Un petit nombre de dirigeants et de personnalités occupent
une place importante dans médias. Les acteurs entretiennent ce phénomène,  pour  bénéficier  d’un  capital  de  
notoriété, mais aussi place croissante des médias dans la vie politiques qui ont tendance à appauvrir les
discours politiques. Les  petits  candidats  s’affichent avec des personnalités afin de bénéficier de leur capital
de notoriété.
La collectivisation de la vie politique :
Aujourd’hui  il  est   devenu  quasiment   impossible  de  se  faire   élire  sans  le   concours  d’un  parti  politique,  on  
assiste   à   la   disparition   d’un   entrepreneur   individuel   au   profit   d’organisations   politiques,   ce   qui   implique  
solidarités et disciplines partisanes. Les débats parlementaires perdent de leur intérêt, renforce la
subordination du parlement au gouvernement.
Citoyens mieux informés et plus critiques, le respect et la confiance déclinent, les mouvements
protestataires de développent, la démocratie condamnée ?  Non,  si  on  s’efforce  à  améliorer  la  participation  
en aménageant des mécanismes de Démocratie représentative en redéfinissant le découpage électoral,
corriger le mode de scrutin pour réduire le fossé entre pays légal et pays réel, admettre le vote blanc comme
vote à part entière et faire travailler ensemble les sensibilités politique de la nation. Mais aussi procédure
directes : usages du referendum,  introduire  des  referendums  d’initiatives  populaires  (mais  France  réticente  
en raison du souvenir des plébiscites de napoléon).
De nombreux systèmes politiques ne connaissant pas la compétition ouverte, pluraliste organisée à
échéances régulières pour la conquête du pouvoir : les dictatures. Régimes différents du fait de leurs
structures  institutionnelles,  fonctionnements,  du  type  de  légitimité  qu’ils  revendiquent.
LINZ,  dans  son  ouvrage,  propose  d’établir  une  typologie  des  dictatures  sur  3  critères :
- Le caractère plus ou moins moniste du pouvoir politique
- La mobilisation politique de la population
- La  place  de  l’idéologie  dans  le  régime
Avec ces 3 critères LINZ distingue 2 types de régimes non démocratie :
- Les régimes autoritaires
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- Les régimes totalitaires


Les régimes autoritaires se caractérisent par un pluralisme limité : plusieurs groupements participent avec
plus  ou  moins  d’autonomie  à  l’exercice  du  pouvoir.  
Ils ne reposent pas sur des systèmes de valeurs, sur un projet idéologique structuré : ils se contentent de
l’indifférence de la population, ils encouragent une certaine « dépolitisation »  ils  acceptent  l’apathie  de  la  
population.
Selon LINZ, ils se caractérisent par le monisme politique : un seul groupement exerce le pouvoir politique,
dans un régime totalitaire la mobilisation autour de ces valeurs et objectifs importe, il exige la conversion
des  individus  à  l’idéologie.  

Section 2 : Les systèmes non démocratiques


Les régimes autoritaires sont plus nombreux dans le monde que les démos : 90 démocraties pour 195 États
reconnus  par  l’ONU.  Les  systèmes  autoritaires,  pas  démo,  pas  pluralisme  et  s’imposent  par  la  force  mais  le  
20ème a vu naître une forme particulière les systèmes totalitaires, qui a la différence des autoritaires, font
disparaitre tous clivages entre État et société. Toute analyse conduit à opposer la diversité des régimes
autoritaires  à  l’unité  des  systèmes  totalitaires :

Paragraphe 1 : Diversité et hétérogénéité des régimes autoritaires


Catégorie intermédiaire entre les démos pluralistes   et   les   systèmes   totalitaires.   L’étude   des   autoritaires,  
triple analyses :  critère  d’identification,  dresser  une  typologie  et  conditions  d’émergence.

A. Critères  d’identification
Selon Guy HERMET, les régimes autoritaires ont 3 caractères :
- Rapports entre gouvernants et gouvernés reposent sur la force et non la persuasion
- Les   gouvernants   usent   de   la   force   pour   réduire   l‘expression   et   développement   d’une  
opposition politique
- La compétition pour le pouvoir est masquée, échappe à la volonté formelle des gouvernés
Peuvent soit supprimer les élections, soit tolérer un pluralisme de façade en maintenant un système
d’élections  truquées avec compétition de partis tolérés par le pouvoir.
Les  élections  ne  sont  qu’une  apparence  démocratique  visant  à  légitimer  le  système  de  l’extérieur,  visant  à  
assurer   une   apparence   d’unanimité   et   indifférence   des   masses.   Ils   acceptent   souvent   le   maintien   d’une  
certaine  expression  politique  limitée  aux  secteurs  qui  correspondent  avec  l’orientation  des  dirigeants.  LINZ  
met ça  en  lumière  avec  l’Espagne  franquiste.  
Ce  pluralisme  est  doublement  limité  car  c’est  le  pouvoir  central  qui  autorise  aux  groupements  d’intervenir  
politiquement, qui  définit  les  limites  de  ses  actions,  on  accepte  ces  groupements  que  s’ils  ne  remettent  pas
en cause les responsables et les fondements du régime.
Notion de pluralisme limité permet de distinguer :
Système totalitaire : règne du parti unique sur toutes les institutions et toutes les prises de décisions
Régime autoritaire :   droits   de   l’homme   non   respectées,   libertés   d’expressions   d’associations,   d’opinions  
sont restreintes, les pouvoirs exécutif législatif et judiciaires ne sont pas indépendants, exercés sans contrôle,
les médias censurés, les forces armées et police ont un grand rôle.
L’autoritarisme implique le recours à la coercition voire même à la violence, pour empêcher la contestation
du régime et de ses dirigeants (Pinochet avec le Chili, et Franco en Espagne), répression contre les
opposants ciblée même si parfois élimination de groupes sociaux entiers.
Les régimes autoritaires :   faiblesse   de   mobilisations   et   d’idéologie   politiques,   le   travail   d’imprégnation  
idéologique   de   la   population   est   moins   intense   que   dans   les   systèmes   totalitaires,   il   arrive   même   qu’ils  
encouragent la dépolitisation. Nationalisme, anti-impérialisme,  respect  des  traditions,  justice  sociale.  N’ont  
pas   pour   vocation   la   transformation   des   structures   sociales,   certains   se   réclament   d’une   idéologie  
conservatrice   (Amérique   latine   dans   1970’s),   en   revanche   certains   prônent une idéologie progressiste
(Cambodge, Venezuela de Chavez). En dépit de leurs différences, ils ont tous un point commun : la
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tendance   à   l’abus   d’autorité,   le   gouvernement   fonctionne   plus   à   la   force   qu’au   compromis,   plus   à  
l’injonction  qu’à  la  persuasion bien souvent on assiste à un certain relâchement de la répression mais cela ne
conduit pas toujours à la transition démocratique.

B. Typologie des autoritarismes


- Autoritarisme patrimonial
- Bonapartisme
- Régimes populistes
Autoritarisme patrimonial =
Pour qualifier des modèles où les dirigeants conçoivent les biens collectifs comme les leurs, le
souverain distribue postes, matériels dont il dispose librement, régime dirigé par homme et famille soutenus
par grandes familles, on parle de patrimonial quand des clans se succèdent aux pouvoirs et quand ils gèrent
l’État come leur propriété (Amérique latine au 19ème)

Bonapartisme =
WEBER « dictature libérale » :   régime   à   exécutif   fort,   bénéficiant   d’un   soutien   populaire,   obtenu  
dans les urnes, parfois transitoires  entre  oligarchie  et  système  démo.  Quand    l’adhésion  au  chef  est  fondée  
sur le consensus populaire, chef charismatique est un arbitre au-dessus des groupes sociaux, il joue un rôle
dans   la   modernisation   économique,   s’appuie   sur   des   élites   capitalistes   modernistes. Parti indépendant des
classes  en  conflit,  l’armée  devient  un  instrument  d’ascension  sociale.  (Bismarck)
Régimes populistes =
Visent  la  ferveur  populaire  pour  asseoir  l’autorité  d’un  chef  charismatique  qui  se  présente  comme  porte-
parole, défenseur du peuple. Peu de doctrine savamment construite, le populisme exalte le sens vrai du
peuple contre le cynisme, la dépravation des élites. Succès en mobilisant certains segments de la classe
moyenne (Venezuela d’Hugo  Chavez)

C. Naissance des régimes autoritaires


Sont  le  produit  d’un  certain  État de rapports sociaux et des pratiques de certains dirigeants, la mise en place
des régimes autoritaires peut résulter soit de facteurs culturels, soit de facteurs économiques soit de facteurs
conjoncturels.
Facteurs culturels : absence de tradition démocratie égalitaire et représentative
Facteurs économiques : industrialisation tardive, le sous-développement,  forte  dépendance  de  l’extérieure
Facteurs conjoncturels, historiques : stratégie personnelle de responsables politiques.
Ils   peuvent   aussi   résulter   de   la   fragilisation   et   chute   des   démocraties,   soit   parce   qu’un   gouvernement  
démocratie a révélé son impuissance face à un problème de société grave (coup   d’État), soit de la
coexistence de plusieurs nationalités dans un État de revendications et donc déstabilisation démocratique.
Linz va plus loin, il évoque aussi « processus de pertes de substances de processus démocratique » :
facteurs : instabilité gouvernementales, montée des votes extrémistes, fragmentation du paysage politique.
Quel que soit leur forme, origine, les régimes autoritaires présentent 3 différences avec totalitaires :
- Autoritaire :  pas  de  projet  idéologique  s’imposant  à  la  société  civile,  elle  n’est  pas  forcément  
soumise à une vérité unique
- Niveau de la répression : autoritaire moins imprévisible, moins généralisée que totalitaire.
Elle ne touche que des popu ciblées en raison de leur potentiel contestataire.
- Autoritarisme « implique   une   limitation   de   la   liberté   mais   jamais   l’abolition   de   celle-ci »,
isoler  l’État face à la société pour le rendre imperméable aux demandes déstabilisatrices.
Soit un parti unique, mais le plus souvent un multipartisme contrôler dans régime autoritaires ou même
l’absence  de  partis  politiques.

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Paragraphe 2 :  L’unité des systèmes totalitaires


Le concept de totalitarisme  a  été  forgé  pendant  l’entre-deux guerres, est employé en Italie en mai 1923 par
un  opposant  au  fascisme,  il  comporte  d’abord  une  signification  péjorative  et  constitue  un  instrument  de  lutte  
politique mais dès 1925 les théoriciens du fascisme lui attribue une connotation positive, Mussolini se
réclame « d’une  farouche  volonté  totalitaire » appelée à délivrer la société des oppositions et des conflits
d’intérêts.   Carl   Schmitt   emploie ce terme pour mettre en lumière la crise du libéralisme et exprimer la
nécessité d’une  politique  plus  autoritaire.
Etymologiquement :  système  tendant  à  la  totalité,  à  l’unité,  ce  concept  de  totalitarisme  qualifie  un  système  
dans  lequel  l’État concentre tous les pouvoirs et intervient  de  manière  autoritaire,  dans  lequel  l’État prend le
contrôle  de  tous  les  secteurs  de  la  société,  il  devient  total.  Tente  de  s’immiscer  jusque  dans  la  sphère  intime  
de   la   pensée,   qui   impose   à   tout   le   monde   l’adhésion   à   une   idéologie   obligatoire   sinon sont considérés
comme ennemis de la communauté. Ils désignent des expériences au 20ème dans un nombre limité de pays :
l’URSS  stalinienne  et  l’Allemagne  nazie.
La description du totalitarisme a suscité de  nombreux  débats  dans  l’après-guerre. Hannah Arendt présente la
première analyse du totalitarisme comme régime politique spécifique. Elle analyse ce système, en publiant
un ouvrage livrant  une  explication  de  l’apparition  historique  du  totalitarisme. Selon Arendt, le totalitarisme
repose sur une domination  absolue  des  masses  atomisées,  fragilisées  par   la  crise  économique  des  30’s,  et  
qui sont indifférentes aux promesses démocratiques. Cette  domination  s’effectue  grâce  à  un  nouveau  type  
d’encadrement   des   populations.   Un   parti   unique   qui   dédouble   toute   l’administration   et   pénètre   en  
profondeur la société civile. Le totalitarisme repose sur la terreur dont le camp de concentration constitue
l’institution  centrale.

A. Logiques et fondements des systèmes totalitaires


Le totalitarisme repose sur la mobilisation   de   la  population   par   le   biais   d’un   parti   unique   et   autour   d’une  
idéologie.
Mobilisation   très   encadrée,   génère   l’émergence   d’un   dispositif   de   contrôle   très   étroit   des   individus,   l’État
contrôle   tous   les   aspects   de   l’existence   sociale.   Suppose   la   mise en   place   d’un   système   institutionnel  
spécifique qui repose sur 6 traits essentiels :
- Idéologie imposée à tous
- Parti  unique  contrôlant  l’appareil  d’État et dirigé par chef charismatique
- Un appareil policier recourant à la terreur
- Une direction centrale de l’économie
- Un monopole des moyens de communications de masses
- Un monopole des forces armées

- Idéologie officielle couvrant tous les aspects de la vie sociale :  les  T  recherchent  l’adhésion  
active et sans réserve de leurs projets idéologiques, pour produire « un homme nouveau »
dont  les  ambitions  et  les  désirs  sont  ceux  de  l’État : remodeler la personne humaine dans une
perspective   de   bien   unique   et   collectif,   dissoudre   la   société   préexistante   dans   l’État tout
puissant. Variable : marxiste pour idéologie communiste, perspective universaliste
d’émancipation  et  de  progrès  social.  Le  nazisme,  nation  allemande  ressuscité  par  médiation  
d’un  chef  charismatique.  Système  tjrs  organisée  autour  de  la  mise  en  œuvre  d’un  projet   ou  
toute la société y participe, tout désaccord tend à être criminalisé.

- Un  parti  unique  contrôle  l’ensemble  des  instances  nationales  et  locales,  organisation  suprême  
supérieure hiérarchiquement et numériquement aux autre organisations avec comme
fonctions : encadre la population et la mobilise autour   de   l’idéologie   que   régime,   assure  
l’éducation  des  masses  et  célèbre  le  culte  du  chef,  joue  un  rôle  nouveau  dans  la  formation  de  
cet homme nouveau et les militants du parti unique doivent incarner cet homme nouveau et
sélectionner et former la nouvelle élite ce qui explique la place importante aux organisations
de jeunesses. La personnalisation du pouvoir est très forte, le chef élimine tous ses
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concurrents ne tolère que des fidèles aux postes de responsabilité et pour éviter la
constitution de centres politiques   autonomes,   il   s’entoure   d’individus   sans   notoriété   et   lui  
doivent tout.

- Le   recours   à   la   violence   policière   et   à   la   propagande   pour   s’assurer   à   l’obéissance   de   la  


population, le T pratique un contrôle social intense, toute résistance, toute dissidence sont
repérées et sanctionnée grâce à un dispositif de contrôle des individus et de leurs activités,
l’organisation  d’une  résistance  durable  est  impossible.  La  diffusion  de  la  nouvelle  idéologie  
suppose la mobilisation de la population le système encourage la délation politique qui est
érigée en véritable devoir citoyen

- Un  appareil  policier  recourant  à  la  terreur,  le  T  génère  l’hypertrophie  des  appareils répressifs,
la population tend à entrer dans la catégorie des suspects potentiels, puissants appareils de
répression qui servent à enfermer les opposants, les dissidents, les personnalités non
conformes, camp de concentration qui élimine les individus nuisibles, spécificité radicale du
nazisme =  sa  politique  de  génocide    menée  contre  les  juifs    et  d’autres catégories comme les
tziganes.

- Pour de nombreux auteurs la terreur fonde le fondement du T (Hannah Arendt).Met  en  œuvre  
une planification et organisation bureaucratique des activités économique, mais la notion de
T  a  fait  l’objet  de  controverses.

B. Critiques du totalitarisme
La définition même du concept de totalitarisme, Arendt, en adopte une définition stricte (URSS et nazisme)
mais  définition  trop  stricte.  L’Iran  de  79  à  89  ou  Cambodge  de  75  à  79
Certains auteurs ont une définition plus large, car régimes qui ne pratiquent pas forcément la terreur comme
le   pense   Linz.   Ce   qui   lui   permet   d’inclure   le   fascisme   italien   ce   que   refuse   Hannah Arendt. Mais si on
adopte une approche plus souple de la catégorie, on risque de la banaliser de méconnaître la singularité des
situations hitlérienne et stalinienne
On   reproche   des   objectifs   plus   politiques,   on   refusait   l’assimilation   de   l’URSS   à  l’Allemagne   nazi,   usage  
politique différent.
Pertinence de la comparaison de ces deux systèmes, Anna Arendt, réunit dans le concept de T, la Russie, le
nazisme  allemand  et  veut  aussi  introduire  l’Italie,  pourtant  grosse  différence  entre  fascisme  Italie  né  de  la  
rencontre   de   courant   de   la   gauche   révolutionnaire,   par   rapport   à   l’Allemagne.   Deux   interprétations
différentes du  nationalisme  et  les  deux  régimes  accordent  une  place  très  différente  à  l’antisémitisme  (Italie  
ne connait pas, que à partir de 1938 et amorce une politique de discrimination) alors que allemand procède
de  l’antisémitisme  comme  base.  
En dépit de ces controverses,   le   concept   de     demeure   utile,   parce   que   il   a   le   mérite   d’éviter   la  
dilution,  c’est  un  système  sans  précédent,  il  abolit  les  frontières  entre  l’État et la société civile, use
d’une  terreur  sans  précédent,  obéit  à  une  idéologie  implacable.

Partie 2 : les acteurs politiques


Individus et groupes qui animent le jeu démocratique.

Chapitre 1 : les partis politiques


Sens commun :   ensemble   d’hommes   organisés   pour   promouvoir   des   idées   communes   et   conquérir   le  
pouvoir.
Souvent décriés :  Tocqueville  →  « les PP sont un mal inhérent au gouvernement libre ».

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Pourtant, ils jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement de la démocratie : ils sont les acteurs
collectifs   centraux   de   la   démocratie   pluraliste.   Ils   détiennent   le   monopole   de   l’offre   électorale   par
l’investiture  qu’ils  accordent  aux candidats,  et  structurent  cette  offre  ainsi  que  l’opinion  via  leur  programme.  
Ils participent aussi à la désignation des gouvernants :  ils  encadrent  l’activité  de  tous  les  acteurs  politiques.
Apparus dans leur forme moderne avec le régime représentatif du XIXème siècle. Ils ont pris leur forme
actuelle   avec   l’élargissement   du   suffrage.   Point   de   passage   obligé   dans   la   compétition   électorale,   ils   sont  
parfois   perçus   comme   vecteurs   de   l’intérêt   privé,   et   on   les   accuse   d’entretenir des divisions au sein de la
société.
Leur activité est focalisée sur les échéances électorales : ils tirent leur légitimité de leur potentiel de voix, de
leur  nombre  d’élus.   Ils   ont   pour  ambition  la  mobilisation.   Ils   cherchent   à   s’imposer  comme  représentatifs
d’une  population,  ou  porteurs  d’un  projet  de  société.  Ils  doivent  donc  travailler  à  faire  partager  la  justesse  de  
leur vue, et convaincre de la valeur de leur programme et de leurs objectifs. Dans les régimes pluralistes, ils
entrent en concurrence les uns avec les autres. MAIS ils ne sont pas les seuls groupes animant la vie
démocratique :  les  syndicats,  les  associations,  les  groupes  d’intérêt…  Parfois,  d’ailleurs,  les  PP  utilisent  ces  
autres organisations comme relais de leurs idées.
L’action  des  PP  est  orientée  vers  l’accès  aux  institutions  politiques.  Leur  but  est  de  conquérir,  d’exercer  le  
pouvoir (seul ou en coalition). Pour y parvenir, comme BRAUD le souligne, ils se comportent comme
« machines électorales », « arènes de débat » mais aussi « agents de socialisation ».  L’étude  de  la  classe,  du  
personnel   politique,   distingue   la   strate   dirigeante   (l’ensemble   des   personnels   qui   assurent   la   direction  
politique  et  administrative  du  système)  et  la  strate  partisane  (ceux  qui  assurent  l’animation et la direction de
la compétition politique). Certes, ces strates ne sont pas étanches. Mais leurs tâches sont différentes, et
conduisent à cette différenciation.
Les partis politiques sont des organisations au sein desquelles se nouent des relations sociales particulières.
En   effet,   au   sein   des   partis,   il   y   a   plusieurs   catégories   d’acteurs : les adhérents simples (qui ne font que
cotiser), les militants (agissent pour diffuser les actions du parti), les permanents (salariés du parti) et les
élus. Tous ces individus ne jouent pas le même jeu au sein des partis. Au sein de ces différentes
communautés,   on   observe   des   relations   d’amitié, mais aussi des relations de rivalité. Tous ces réseaux
partagent en principe des croyances communes, mais dans chaque parti, on  observe  des  logiques  d’intérêts  
et des stratégies personnelles.
Cette étude doit adopter une triple démarche :
- Analyser   l’originalité   du   phénomène   partisan : identifier les caractères qui distinguent les partis
politiques  des  autres  formes  d’organisations politiques
- Inventorier les systèmes de partis politiques
- Aperçu du paysage politique français depuis  l’alternance  de  2012

Section 1 : le phénomène partisan


4 questions :
- Quels critères distinguent les partis politiques des autres organisations politiques ?
- Comment les PP modernes sont-ils nés ?
- A quoi les PP servent-ils ?
- Quels sont les différents types de PP ?

Paragraphe 1 : la notion de PP
Une définition fondée sur des éléments précis permet de distinguer les PP des autres organisations qui
animent  la  vie  politique.  Les  auteurs  s’accordent  pour  admettre  que  la  définition  du  PP  moderne  repose  sur  
la réunion de 4 critères :
- La continuité  de  l’organisation
- Une organisation  complète  jusqu’au  niveau  local  inclus
- La volonté  d’exercer  le  pouvoir
- La recherche  d’un  soutien  populaire  spécialement par le canal des élections

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A. La  continuité  de  l’organisation

PP est une organisation dont  l’espérance  de  vie  est  supérieure  à  celle  de  ses  dirigeants en place.
Critère   important,   en   ce   qu’il   permet   de   distinguer le parti des clientèles, factions, cliques qui
disparaissent avec leurs fondateurs et leurs animateurs. Par exemple, le boulangisme n’a   pas  
survécu. Mais un parti peut être fondé par un chef charismatique, et parvenir à
s’institutionnaliser (survivre à ce chef) : par exemple, le mouvement gaulliste a survécu à De
Gaulle.

B. Une  organisation  complète  jusqu’au  niveau  local  inclus


Organisation pyramidale du   sommet   de   l’État au niveau local. Cela permet de distinguer le PP
d’un   simple   groupe   parlementaire   (qui   n’existe   qu’au   niveau   national,   parlementaire,   sans   aucune  
relation complète avec des unités de bases au niveau local), ou de simples organisations organisées à
d’autres  échelons  (les  mouvements  régionaux  au  niveau  régional).

C. La  volonté  d’exercer  le pouvoir


Distinguer   le   PP   du   groupe   d’intérêt.   L’objectif   du   PP   est   d’exercer   le   pouvoir,   seul   ou   au   sein  
d’une  coalition.  Il  veut   obtenir des sièges au Parlement et participer au gouvernement : même
les PP révolutionnaires le veulent, quitte à renverser le système en place.
En revanche, les groupes de pression cherchent à faire pression sur les pouvoirs en place, agir dessus
tout en lui demeurant extérieur.
Les PP ont un projet de société, et luttent pour des conceptions de la société globale. Or, les
groupes de pression agissent pour la défense de domaines particuliers.

D. La  recherche  d’un  soutien  populaire  grâce aux élections


Distinction PP et club politique : les clubs sont des laboratoires  d’idées, qui ne participent pas à la
vie parlementaire, en principe, de simples instances de réflexions associant politiques et experts.
Mais la frontière est mince,  et  des  clubs  peuvent  être  tentés  par  l’action  politique  directe  et  devenir  
un   parti.   Par   exemple,   le   Congrès   d’Epinay,   réuni   par   Mitterrand   en   1971 pour créer le parti
socialiste à partir notamment de la Convention des Institutions Républicaines. De même, un groupe
de  pression  peut  s’allier  et  fusionner  à  un  parti  (Parti  Travailliste  anglais  est  l’émanation  de  syndicats
anglais).

Le PP est une organisation   durable   agencée   du   niveau   national   jusqu’au   niveau   local,   visant   à  
conquérir et exercer le pouvoir, et recherchant à cette fin le soutien populaire.
Même  s’ils  partagent  ces  quatre  critères,  leur  organisation,  les  idées  qu’ils  défendent,  leur  stratégie, la nature
même de leur électorat fait que les partis restent très divers et différents.

Paragraphe 2 :  l’origine  des  partis  politiques


(Au sens moderne)
Les partis politiques sont une réalité relativement récente : ils sont apparus dans le courant du XIXème
siècle. L’élargissement  du  suffrage se traduisit par la transformation de mouvements peu structurés en
organisations durables pour conquérir le pouvoir : des organisations dont la durée de vie est indépendante
des conjonctures politiques et des  destins  personnels.  L’émergence  des  PP  modernes  est  étroitement  liée  à  
l’institution  du  suffrage  universel  comme  mode  de  désignation  des  gouvernants.  Ainsi,  dans  Le savant et le
politique, WEBER écrit que « les partis politiques sont les enfants de la démocratie, du suffrage universel,
de  la  nécessité  de  recruter  et  d’organiser  les  masses. »

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En  effet,  en  Angleterre,  le  PP  moderne  apparait  avec  la  réforme  électorale  de  1832  et  l’organisation  locale,  à  
l’initiative  des  libéraux,  organisation  de  société  chargée  d’inscrire  les  électeurs  sur  les  listes  au  niveau  local.
De même, aux États-Unis,  en  1830,  les  PP  s’organisent  en  créant  de  puissantes  bases  locales  appuyées  sur  
de larges couches populaires. En France, la transformation des cliques parlementaires et des clubs politiques
est très liée à la révolution de 1848. Maurice  DUVERGER  a  essayé  d’analyser  ce  phénomène  de  l’origine  
des partis politiques, et fait une distinction entre les PP de création électorale, et les PP de création
extérieure, dans un ouvrage (Les partis politiques, 1951).
Dans  l’ensemble,  les  PP  ont  une  origine  électorale  et  parlementaire.  Ils  naissent  et  se  développent  avec  la  
démocratie,  avec  l’extension  des  prérogatives  des  parlements,   avec  l’extension  du  droit  de  suffrage.  Plus  
les Parlements  obtiennent  de  pouvoirs,  plus  les  assemblées  voient  leur  rôle  s’accroitre,  plus  la  volonté  des  
élus est de se réunir pour agir en commun : de là naissent les groupes parlementaires. Mais parallèlement,
plus  le  droit  de  vote  s’étend,  plus  il  faut canaliser les suffrages,  d’où  la  naissance  des  comités  électoraux  
locaux en Angleterre (voir plus haut), chargés de patronner les candidats et de soutenir les campagnes
électorales.   Les   premiers   PP   modernes   se   créent   lorsqu’une   coordination permanente, lorsque des liens
réguliers   s’établissent   entre   ces   « deux cellules mères » : les groupes parlementaires et les comités
électoraux locaux.
Historiquement,  la  plupart  des  PP  modernes  sont  nés  de  la  promotion  des  Parlements,  et  de  l’extension  du  
droit de suffrage. Cette évolution est très nette en Grande-Bretagne, avec les réformes du droit de suffrage
en   1832,   1867,   et   1885.   Mais   DUVERGER   constate   qu’un   certain   nombre   de   partis   ont   une   création
extérieure :  leur  création  ne  résulte  pas  de  l’initiative  du  personnel  politique, mais de groupes extérieurs
au champ politique.  Ces  groupes  cherchent  à  se  doter  d’un  instrument  qui  pourra  représenter  leurs  intérêts  
au  sein  des  assemblées  parlementaires.  Ces  partis  sont  établis  par  une  institution  préexistante,  dont  l’activité
propre se situe en-dehors des Parlements. Ainsi les syndicats anglais ont donné naissance au parti
travailliste, certaines sociétés de pensées ont donné naissance au Parti radical en France et aux Partis
Libéraux en Europe, certains groupements agrariens ont donné naissance aux partis agrariens en
Scandinavie, les démocrates-chrétiens découlent des églises et organisations religieuses, les associations
d’anciens  combattants  ont  donné  naissance  au  Parti  Fasciste  italien.
L’origine  des  PP  marque  leur  organisation : au sein des PP de création électorale et parlementaire, le rôle
des dirigeants est important. Ce sont des organisations plutôt souples, où les élus et groupes
parlementaires ont un rôle important.
Les PP de création extérieure ont une conception plus centralisée : ils pratiquent une discipline plus forte.
En leur sein, les dirigeants internes ont plus de poids que les élus, et on observe généralement un peu de
détachement,  voire  même  une  certain  défiance  à  l’égard  du  jeu  parlementaire.
L’origine  des partis retentit sur la vie interne de ces partis.
Ce modèle correspond assez aux démocraties occidentales, mais beaucoup moins aux États récemment
indépendants  ou  en  voie  de  développement.  En  Afrique,  il  y  a  très  peu  de  partis  d’origine  parlementaire : ils
naissent   en   général   en   même   temps   que   l’État.   L’apparition   des   partis   suppose   un   certain   développement  
économique, social et culturel.

Paragraphe 3 : les fonctions des PP


Fonctions diverses,   dont   les   contenus   et   l’orientation   dépendent   de   plusieurs   facteurs. Pour étudier ces
fonctions,   il   faut   s’interroger   d’abord   sur   l’environnement   social   et   politique (démocratie ou régime
autoritaire ? Nation industrialisée ou pays à faible niveau de développement ? Société consensuelle ou
traversée par de graves clivages ?) Tout cela influence les fonctions des partis politiques. Ensuite, il faut
étudier les caractéristiques propres à chaque parti : il y a de fortes différences entre un parti dominant et
des partis régionalistes sans élus, entre un gros et un petit parti, entre un parti de telle ou telle idéologie et un
autre, entre les projets politiques de PP différents (protestataires, parfois, uniquement).
Mais tous cherchent à maximiser leur représentativité, à participer au pouvoir, avec une efficacité
inégale.  Il  convient  d’envisager  deux  questions :  ce  que  font  les  partis  politiques,  et  ce  qu’on  peut  faire  d’un  
PP (envisager ses fonctions sociales).

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A. Les fonctions politiques


1. Mobiliser des soutiens pour affronter les batailles électorales

Ils cherchent à accumuler des ressources collectives pour permettre l’élection   d’individus peu ou pas
dotés   de   ressources   économiques   et   financières   ou   d’une   assistance   militante   nécessaire.   Le   PP   offre  
l’utilisation  de  son  système  au  candidat.  

2. Présenter des candidats aux élections

Ce faisant, les partis participent à la fonction du recrutement politique (malgré certains vices
oligarchiques inhérents à cela). Ils assurent une formation politique aux militants et candidats, et
recherchent de nouveaux talents : en France, les militants et citoyens jouent un rôle de plus en important.
Par exemple, les primaires utilisées par les partis pour désigner les candidats à leurs élections : deux types
d’élections  →  les  primaires  fermées,  et  les  primaires  ouvertes,  où  l’ensemble  des  citoyens  peut  participer  au  
scrutin. En 2012, le PS et le PRG ont utilisé un système de primaires ouvertes.
L’élection  de  2012  connait  en  l’utilisation  de  ces  primaires  un   trait essentiel : on répond à une demande
démocratique, ce ne sont plus les responsables partisans qui décident. Ces primaires semblent un
phénomène irréversible, dans la mesure où elles deviennent un instrument de démocratie. Elles ont un
double-intérêt : on légitime le candidat investi, et on réduit les risques de dissidences.

3. Encadrer les élus parlementaires

Troisième mission : encadrement parlementaire des élus. Les PP servent, via les militants, de relais entre
élus et électeurs. Ils expliquent aux électeurs les  activités  parlementaires  de  l’élu,  défendent  ses  décisions,  
mais informent dans le même temps l’élu des réactions, des attentes et des besoins des électeurs. Au sein
des  assemblées,  les  groupes  parlementaires  réunissent  les  élus  d’un  même  parti,  leur assurant une assistance
technique et une certaine concertation. Problème : la discipline de vote. Certains partis imposent une
discipline de vote à leurs membres : discipline rigide (partis de masse, partis de gauche, et certains partis de
cadres, comme  le  parti  gaulliste).  D’autres,  non : discipline souple.

4. Elaborer des programmes politiques (fonction programmatique)

Quatrième mission : l’élaboration   de   programmes   politiques. Ce faisant, les PP contribuent à la


formation des opinions. Ils facilitent le choix des électeurs, structurent le vote, influencent et orientent
l’opinion   grâce   aux   débats   qu’ils   provoquent.   En   informant   et   en   formant   l’opinion,   les   PP   créent   et  
maintiennent une conscience politique. Cette fonction programmatique se fait lors de débats internes au
sein des congrès et instances dirigeantes (la base militante peut se prononcer sur la ligne directrice du
parti), au sein des instances parlementaires (majorité/opposition), et sur la scène médiatique (médias
écrits, émissions de télé…).  A  travers  ces  débats,  les  PP  sont  censés  prendre en charge les attentes de la
société : soit elles font formulées de façon claire, soit les PP prennent en compte des insatisfactions, des
espérances non formulées auxquelles ils vont donner un contenu explicite. Ils vont mener un travail de
terrain, pour écouter, rassembler, rationnaliser les doléances. Les partis idéologiques accordent une place
importante   à   la   doctrine   et   aux   références   théoriques.   Mais   tous   les   acteurs   n’ont   pas   le   même   niveau   de  
préoccupation doctrinale :   les   dirigeants   sont   souples,   en   ce   qu’ils   sont   amenés   à   distinguer,   concilier
maintien doctrinal sur le long-terme et le compromis tactique sur le court terme, que les théoriciens et
intellectuels du partis. Les adhérents et sympathisants se réunissent sur des connotations approximatives :
leur idéologie est plus vague, mais ils sont les plus fidèles, soudés par des symboliques communes.
Le programme du parti, catalogue de propositions concrètes, se veut être un contrat, un engagement vis-
à-vis   des   électeurs,   mais   les   conditions   d’exercice   du   pouvoir   sont   telles   qu’il   est rare de voir le
programme  intégralement  mis  en  œuvre.  Mais  la  discussion  et  l’adoption  d’un  programme  ont  pour  tout  
parti politique des effets symboliques importants :   d’abord,   faire   un   programme,   c’est   avoir   une   visée
certificative,  on  veut   convaincre  l’opinion  du  sérieux  avec  lequel   s’envisage  le  parti  quand  il  accèdera  le  
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pouvoir,  c’est  un  engagement devant le peuple. Mais le programme est légitimé :  on  convainc  l’opinion du
sérieux  des  objectifs  du  parti  en  faisant  appel  à  des  experts.  De  plus,  c’est  avoir  une  visée pédagogique : les
militants approuvent le programme, en assimilent les orientations et font connaitre le projet de société
émis  par  le  parti.  Enfin,  c’est avoir une visée stratégique : chaque parti du programme cherche à séduire
un  segment  de  l’opinion en reprenant les attentes et les propositions de cette population particulières. Le
programme de tout parti politique a un aspect catalogue, catalogue de mesures sectorielles pour séduire
telle  ou  telle  parti  de  l’électorat.  
Mais à côté de ces fonctions politiques, les PP ont aussi des fonctions sociales.

B. Les fonctions sociales


Georges LAVAU, le premier, a évoqué cette fonction tribunitienne : il a montré que certains partis
intègrent  des  citoyens  à  l’espace  politique.  Le  Parti  communiste,  en  intégrant  les  groupes  sociaux  les  plus  
défavorisés dans la société, remplit cette fonction : il représente, défend les plébéiens contre un système
qu’il   combat,   comme les tribuns romains. Indirectement, il renforce le système en lui permettant de
fonctionner avec des plébéiens et en détournant leur revendication plus limitée. Un parti révolutionnaire,
un parti antisystème contribuerait à légitimer partiellement le système en intégrant certaines revendications.
Mais   ils   agissent   aussi   en   tant   qu’agents de socialisation : les programmes et doctrines véhiculent des
messages qui servent de référence aux électeurs et sympathisants. Ce faisant, les PP remplissent une
mission de consolidation de certaines identités collectives. Ce sont aussi des milieux de sociabilité pour
leurs membres.
Un   sociologue   américain,   Robert   MERTON,   distingue   entre   ce   qu’il   appelle   les   fonctions   latentes   et   les  
fonctions manifestes : en sociologie, les fonctions manifestes renvoient aux conséquences objectives
comprises et voulues par les acteurs, tandis que les fonctions latentes renvoient aux conséquences ni
comprises, ni voulues par les acteurs. Pour MERTON, les fonctions manifestes des PP se retrouvent dans
leur rôle fondamental dans la compétition politique, leur fonction programmatique facilitant le choix des
électeurs,   leur   fonction   d’animation   du   débat   politique   hors   périodes   électorales   avec   une   visibilité   de  
l’opinion   publiques,   sélectionne le personnel politique des dirigeants (les PP occupent une construction
important  dans  toutes  les  carrières  politiques)  et  la  fonction  d’encadrement  des  élus.
La  fonction  latente,  c’est  la  fonction  d’intégration  sociale : les partis politiques relaient les demandes de
groupes   sociaux   plus   ou   moins   isolés   dans   la   société,   ils   permettent   la   participation   des   individus   qu’ils  
mobilisent, ce sont des lieux de socialisation, qui offrent parfois une certaine mobilité sociale. Ainsi, aux
États-Unis, certains PP proposent une assistance économique aux citoyens : ce sont des interfaces entre
agents économiques, pouvoirs publics et électeurs.

Paragraphe 4 : typologies des partis politiques


Concerne les partis politiques des sociétés pluralistes.
Traditionnellement, deux critères : on distinguait les PP selon leur volume (petits et grands partis), ou leur
idéologie (droite ou gauche).
Mais DUVERGER a renouvelé, dans son ouvrage de 1951, la question de la typologie des PP en proposant
une analyse structurelle. Il établit sa classification des partis à partir des caractères de leur structure
interne.  Mais   cette  typologie  est   datée,  et   ne  rend  pas  compte  de  l’évolution   contemporaine  de  la  plupart  
des   organisations   partisanes,   parfois   mixtes.   D’où,   à   la   suite   de   DUVERGER,   l’apparition   de   nouvelles  
classifications établies par Jean CHARLOT et Otto KIRCHHEIMER, et plus récemment, les typologies
établies par KLATZ et Peter MAIR. Il y a donc trois séries de typologie.

A. La prédominance du critère structurel


Dans son ouvrage Les Partis politiques, DUVERGER établit pour la première fois en France une typologie
fondée sur la structure générale des partis,  ce  qui  l’amène  à  faire  une  distinction  aujourd’hui  classique  
entre partis de cadres, et partis de masses.
Les partis de cadres, historiquement, constituent la première forme de partis modernes. Leur naissance et
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leur essor se situent aux  prémices  de  la  démocratie,  à  l’époque  du  suffrage  universel  restreint.  Il   s’agit  de  
partis de notables.   Le   recrutement   de   foules   d’adhérents   n’est   pas   un   objectif   majeur,   au   contraire : ils
veulent réunir des notables représentants des élites sociales. Ce sont des hommes du terroir qui veulent
traduire leur prestige, leur notoriété en confiance politique. Leur prestige leur assure le suffrage électoral ;
leur fortune leur permet de financer les campagnes. Les cadres et les militants sont exclus de cela.
Décentralisés, peu organisés,  ce  sont  des  confédérations  souples  de  comités  locaux.  L’unité  de  base,  c’est  
le comité électoral. Le comité de  circonscription  jouit  d’une  large  autonomie,  et  les  liens  entre  ces  deux-là
sont faibles et irréguliers. Le groupe  parlementaire  jouit  d’une  prééminence sur cet appareil partisan peu
développé : les partis sont souples, sans vraie discipline de vote, et les partis de cadres sont peu actifs en
dehors des périodes électorales. Souvent, ils sont faiblement idéologisés. Ils sont guidés par des attitudes
pragmatiques,   et   ne   visent   qu’à   étendre   leur   capital   électoral.   Ce   type   de   parti   prédomine   dans   les partis
d’obédience  conservatrice  (ex : Parti Radical en France, fondé en 1901). Aux États-Unis,  il  n’y  a  QUE  des  
partis   de   cadres.   Mais   ce   sont   des   partis   souples,   n’imposant   pas   de   discipline   de   vote   à   leurs   élus   au  
Congrès,  qui  ont  dû  s’adapter,  via  le  système   d’élections  primaires,  et  d’encadrement  précis  qui  maintient  
un lien étroit entre le parti et les électeurs, en leur fournissant un certain nombre de services.
A  l’inverse,  on  trouve  les  partis de masse : ils sont nés  avec  l’universalisation  du  suffrage. En obtenant le
droit de vote, le peuple souhaite élire des candidats issus de ses rangs et  traduisant  ses  aspirations.  C’est  
pourquoi  apparaissent  des  partis  d’un  type  nouveau : des partis qui recrutent massivement, qui se fixent
pour objectif l’éducation  politique des masses et la formation de nouvelles élites. La formule du parti de
masse  est  inventée  par  les  gouvernements  socialistes,  à  la  fin  du  XIXème,  avant  d’être  copiée  par  les  partis  
communistes, fascistes et certains partis démocrates-chrétiens. La multiplication des partis de masse
correspond à l’élargissement   de   la   démocratie,   qui   s’ouvre   à   l’ensemble   de   la   population.   Le   conflit  
conservateurs/libéraux   s’estompe   et   est   remplacé   par   un   nouveau   conflit,   capitalistes/socialistes,   opposant  
partis de cadre / partis de masse.
Les partis de masse ont des caractéristiques inverses des partis de cadre : ce sont des partis de militants,
orientés vers le recrutement massif de membres, car il produit des cotisations versées périodiquement dans
les caisses du parti, ce qui permet un financement des campagnes.   Mais   l’encadrement   de   centaines   de  
milliers  d’adhérents,  le  recouvrement  des  cotisations  connait  une   organisation rigide, bien plus que celle
des partis de cadre : les partis de masse sont fortement hiérarchisés, organisés, ce qui fait naitre de
nouveaux rôles politiques. Des permanents apparaissent, qui sont des cadres rétribués par le parti et
affectés   au   fonctionnement   du   parti.   Cela   génère   une   cristallisation   d’une   collectivité   militante,   ensemble  
important  d’adhérents, avec une autre activité professionnelle, mais qui consacrent du temps au parti. Ces
partis sont fondés sur une culture de participation exigeante de leurs dirigeants : les adhérents sont très
loyaux. Selon DUVERGER, ce sont les partis communistes, ou socio-démocrates.
Mais certains auteurs récusent cette classification.

B. L’insuffisance  du  critère  structurel


Bien avant DUVERGER, certains auteurs critiquent toute idée de distinguer les PP selon leurs modalités
d’organisation.   Dès   1911,   dans un ouvrage, Roberto MICHELS met en lumière la nature
fondamentalement oligarchique des  partis  politiques.  A  ses  yeux,  la  distinction  selon  l’idéologie,  ou  selon  
l’organisation,   est   accessoire.   Dans   son   ouvrage,   il   montre   que   si   les   partis   politiques   contribuent au
fonctionnement de la démocratie, ils ne pratiquent pas en leur sein la démocratie.  Il  étudie  l’organisation  
et le fonctionnement du parti social-démocrate   allemand,   le   SPD.   De   cette   observation,   il   tire   ce   qu’on  
appelle sa « loi  d’airain de  l’oligarchie » : « qui  dit  organisation,  dit  tendance  à  l’oligarchie ». La thèse
défendu par MICHELS est la suivante : les masses sont nécessairement gouvernées par une minorité,
minorité   qui   s’impose   à  elles,   y   compris   dans   les   organisations   réputées   démocratiques, comme les partis
socialistes ou les syndicats ouvriers. Dans toute organisation se forme une organisation professionnelle qui
s’impose   à   la   masse.   Les   dirigeants   tendent   à   s’imposer   aux   adhérents,   formant   un   cercle plus ou moins
fermé, et conservent le pouvoir. Cette situation résulte de la tendance des dirigeants à renforcer leur
autorité, et de l’inertie  des  masses,  toujours  promptes  à  s’en  remettre  à  une  minorité  de  professionnels  de  
l’action  publique.  Son  analyse  reste,  aujourd’hui,  très  pertinente : en France, par exemple, les dirigeants des
PP  restent  assez  longtemps  en  place,  parce  qu’ils  le  souhaitent  et  qu’on  le  leur  permet.  Quels  que  soient  le  
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statut affiché, dans tout parti ayant une importance, on observe des phénomènes oligarchiques avec un
cercle étroit de dirigeants.
Mais les critiques de la politique de DUVERGER entre partis de cadre et partis de masse se sont élevées
plus proches de nous. Généralement, on adresse deux types de reproches à la classification de
DUVERGER :
- Elle ne permet  pas  d’intégrer  ou  de  caractériser  clairement  des  formes  partisantes  mixtes  ou  
complexes : certains partis ne rentrent pas dans la classification partis de cadres/masses.
o Certains partis, comme les partis américains ou le parti conservateur britannique, sont des
partis de cadres qui ont des caractéristiques de partis de masse
o D’autres  partis de masse deviennent des partis de cadres (SFIO avant 1911)
o Certains partis ne sont ni de masse, ni de cadre : comme le parti gaulliste.
- L’analyse   porte exclusivement sur les structures partisanes, et ne prend pas en compte les
mutations du phénomène partisan observé dans les sociétés développées.
o DUVERGER  réduit  le  système  partisan  à  un  choix  entre  diverses  structures  d’organisations.  
L’analyse  de  DUVERGER  reposait sur la valorisation du parti de masse, organisation complexe adaptée
à  l’ère  industrielle,  et  sur  un  déclin inéluctable des partis de cadre.  Or,  l’évolution  a  été  différente  de  ce  
qu’imaginait   DUVERGER   en   1951.   Au   contraire,   on   a   insisté   à   un   triple   mouvement : le déclin et
l’évolution  des  partis  de  masse,  le  maintien  des  partis  de  cadre,  et  l’inauguration  d’un  nouveau  type  
de parti (identifié par CHARLOT et KIRCHHEIMER).
- Le maintien des partis de cadres : ils correspondaient à un type de suffrage censitaire, ou à une
période de début de suffrage censitaire. Mais la réalité fut toute autre : ils ont su se moderniser, et
se sont maintenus dans les sociétés post-industrielles : les partis américains, les partis de droite en
France, les partis libéraux, les partis  conservateurs…
- L’évolution   des   partis   de   masse : condamnés à un déclin   relatif   s’ils   ne   modifient   pas   leur  
caractère originaire. En effet, l’évolution   des   conditions   socio-économiques leur est
défavorable. La clientèle des partis de masse voit son sort amélioré, et son attitude politique change.
La conscience idéologique diminue donc. De là, soit le parti de masse décide, comme la plupart des
partis socio-démocrates   l’ont   fait,   d’évoluer   (Bad   Godesberg,   1959,   renonciation   du   SPD   au  
marxisme ; le parti travailliste  anglais  s’est  converti  au  pragmatisme  idéologique  de  Wilson),  soit  ils  
déclineront.  De  partis  d’encadrement,  les  partis  de  masse  sont  devenus des partis de gestion.
- Certains ont donné naissance à un nouveau type partisan, dégagé en 1966 par KIRCHHEIMER :
il souligne la mutation du fait partisan dans les sociétés avancées. En effet, l’expansion  
économique gomme les disparités et les antagonismes de classe. La société devient plus
consensuelle,   l’irruption   des   médias favorise la personnalisation du pouvoir, et donc la
dépolitisation. Le déclin des idéologies a un effet sur la nature même des partis de masse, au profit
de  nouvelles  formes  de  partis,  qui  ne  sont  plus  des  partis  de  classe  en  ce  qu’ils  recrutent  dans  tous  les  
secteurs de la société : il les qualifie de « partis de rassemblement », en anglais « catch all
parties ». Cette analyse est reprise par Jean CHARLOT, qui étudie le mouvement gaulliste. En
1970, CHARLOT publie un ouvrage, Le phénomène gaulliste. Il montre que l’UNR, mouvement
gaulliste   de   l’époque,   n’est   pas   un   parti   de   masse :   il   ne   s’organise   pas   autour   de   la   mobilisation  
intense   de   ses   militants.   Mais   ce   n’est   pas   non   plus   un   parti   de   cadres :   il   ne   s’appuie   pas   sur   un  
réseau  de  notable.  C’est   plutôt  une  organisation  fortement  centralisée et disciplinée, attachée à son
chef   charismatique,   même   disparu,   et   tourné   avant   tout   vers   ses   électeurs.   C’est   pourquoi  
CHARLOT ajoute une troisième catégorie au modèle de DUVERGER : il propose la trilogie
suivante   →   partie   de   notables,   partis   de militants, partis   d’électeurs. Ces derniers seraient des
mouvements   interclasses,   tournés   tout   entiers   vers   l’électorat. Ils sont modelés pour et par la
compétition électorale et politique moderne. Ils souhaitent, pour devenir ou demeurer des partis de
gouvernement, attirer un maximum de suffrage. Pour cela, trois critères :
o Electorat diversifié :   l’objectif   n’est   pas   d’avoir   des   militants,   ni   de   recruter   des   notables,  
mais  de  recueillir  la  majorité  absolue  des  suffrages.  C’est  élargir,  diversifier  leur  électorat. Le
parti attrape-tout   veut   cesser   d’être   un   parti   de   classe   pour   devenir   un   parti   national,   dans  
lequel  la  plus  grande  partie  de  l’électorat  se  reconnait.  Il  ratisse large, et noue des relations
avec  le  plus  grand  nombre  de  groupes  d’intérêts.
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o Programme  d’agrégation : il faut éviter toute intransigeance idéologique. Il faut se garder


de tout dogmatisme,  de  tout  sectarisme.  Il  ne  s’agit  pas  de  rebuter  des  électeurs  potentiels  en  
adoptant des positions idéologiques trop tranchées. Ils réalisent donc des programmes
d’agrégation,   de synthèse,   qui   s’efforcent   d’homogénéiser   les   diverses   demandes   des  
groupes et individus.
o Direction extravertie :   le   parti   est   fait   d’abord   pour   ses   électeurs.   Les   élus   sont   les  
dirigeants, car issus du corps électoral, plutôt   qu’aux   représentants   des   adhérents.   Ils   les  
supplantent,  car  au  contact  de  l’électorat,  donc  peuvent  traduire  leurs  aspirations.

L’exacerbation   du   pouvoir   transforme   les   partis   en machines puissantes centralisées, toutes entières
tournées vers la conquête de majorités électorales. On les retrouve en GB, France, Autriche.
En   France,   le   phénomène   partisan,   c’est   la coexistence durable de partis très divers. On assiste à la
transformation des partis traditionnels. Il est aisé de   passer   d’un   parti de cadre à un parti attrape-
tout : ces deux-là se ressemblent beaucoup, notamment en ce que les deux privilégient la fonction
électorale, sans idéologie très précise. Mais il est plus difficile pour un parti de masse de se transformer en
parti attrape-tout. En effet, le parti de masse développe une doctrine rigoureuse, organisation rigide et
direction   émanant   de   la   base   qui   gouverne   le   parti.   Tout   l’inverse   du   parti   attrape-tout, mais passage
obligatoire pour les partis de masse,   s’ils   veulent   survivre   à   l’évolution économique et culturelle du
paysage politique.
D’autres  auteurs  ont  souligné  l’évolution  des  PP  depuis  des  années 90 :  c’est  le  cas  de  Richard  KATZ et
Peter MAIR, qui ont développé la notion de « parti-cartel ». Ceux deux auteurs soulignent
l’affaiblissement des liens entre partis et société. Simultanément, ils observent que parallèlement à ce
mouvement, les liens entre partis et État se renforcent.  Ce  renforcement  se  manifeste  par  l’établissement  
de financement public, par la professionnalisation du mode de fonctionnement des partis politiques, par la
transformation de partis politique en partis de gouvernement. Cette notion de parti cartel a été forgée pour
analyser la tendance des   partis   de   gouvernement,   qui   sont   surtout   aujourd’hui   des   agences   d’État,
financées par des crédits publics.  Ils  n’ont  plus  besoin  de  recruter  des  adhérents : ce sont des agences qui
forment  et  sélectionnent  des  professionnels  de  la  politique,  des  courtiers  entre  la  société  de  l’État.  L’État les
finance, les soutient. Les partis dominants,   qui   ont   vocation   à   exercer   le   pouvoir   politique,   s’allient   pour  
former un cartel, une entente mutuelle pour se répartir fonctions et financements, donc ils ont un accès
privilégié aux médias.
En conséquence, la compétition électorale est limitée par ce phénomène, ce qui provoque une réaction
anticartel, qui serait, selon KATZ   et   MAIR,   à   l’origine   de   l’émergence   de   partis   d’extrême-droite en
Europe.
Mais  cette  théorie  du  parti  cartel  ne  fait  pas  l’unanimité.  D’autres  politistes  soulignent  que,  contrairement à
ce que disent KATZ  et  MAIR,  l’encrage  social  des  partis  politiques  n’a  pas  disparu.  Le  contingentement  de  
la   compétition   électorale   de   ces   PP   n’est   pas   totalement   démontré.   Le   seul   élément   intéressant   dans   cette  
théorie,   c’est   qu’elle   insiste sur la professionnalisation des PP :   c’est   un   fait   avéré   dans   les   démocraties  
contemporaines. Les grands partis se caractérisent par un nombre réduit de militants bénévoles, qui a
vocation à rassembler un maximum de financement. Les PP sont des machines organisées pour la
compétition électorale. Souvent, les activités sont confiées à des spécialistes rémunérées (en période
électorale,  professionnels  de  la  communication,  du  marketing,  agences  publicitaires…).  Conséquences   sur  
l’offre   idéologique   qui   se   diversifie, pour conquérir un électorat suffisamment diversifié. Ces nouvelles
analyses ont le mérite de souligner la transformation progressive des partis occidentaux en entreprises
politiques, résolues à rassembler le maximum de ressources pour contrôler l’exercice  du  pouvoir  politique.  
Divers   types   de   partis   ont   été   identifiés.   Mais   cet   effort   de   classification   n’est   pas   sans   inconvénient.   On  
cherche à identifier des organisations, mais celles-ci ne sont pas figées, et sont sujettes à évolution. Ces
typologies ne sont pas sans limites, car elles essayent de figer une réalité pourtant mouvante.
Il faut désormais analyser les relations inter-partisanes.

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Section 2 : les systèmes de partis


Quand on analyse les systèmes de partis, une question se pose : la concurrence est-elle libre sur le marché
politique ?
Réponse  variable  selon  les  pays.  D’où  la  distinction  entre  systèmes  compétitifs,  et  systèmes  non  compétitifs.

Paragraphe 1 : les systèmes compétitifs


Marché politique plus ou moins ouvert selon la configuration du système de partis. On distingue 3
situations : les systèmes multipartistes, bipartisans et à parti dominant.

A. Le multipartisme
Plusieurs  partis  occupent  l’espace  aux  élections  (locales  ou  nationales,  dans  les  médias  etc…).  Condition  de  
la vie démocratique.
Les   facteurs   qui   l’expliquent   sont   de   plusieurs   natures.  
D’abord,  des  facteurs  sociaux : XIXème siècle marqué par duel entre partis conservateurs et libéraux. Donc
un conflit de classe entre aristocratie foncière et bourgeoisie industrielle. Mais le développement de
l’industrie  et  du  prolétariat  a  engendré  une  nouvelle  forme  politico-sociale,  qui  s’organise : le socialisme.
Deuxième nature ; idéologique et religieux. A nettement contribué à la multiplication des partis européens.
La scission   entre   les   partis   communistes   et   partis   socialistes   (qui   n’ont   pas   voulu   adhérer   à   la   IIIème  
Internationale). Au XXème, à la fin, nouvelle pensée politique arrive sur la scène : les partis écologiques.
Troisième nature : historiques et nationaux. Dans plusieurs pays, se sont ajouté aux conflits évoqués des
clivages particuliers. Chaque nation trouve dans son histoire un particularisme qui génère dans divisions
supplémentaires, multipliant le nombre de partis. Ainsi de la France du XIXème, et de la droite éclatant
entre  bonapartistes,  légitimistes  et  orléanistes,  de  l’Europe  du  Nord  et  de  ses  partis  paysans.  Dans  d’autres  
pays, des groupes nationaux spécifiques, nationalistes pour revendiquer leur indépendance, comme au
Royaume-Uni.
Enfin, les facteurs institutionnels : systèmes électoraux ont favorisé cette multiplication des partis.
DUVERGER, en 1946, soulignait cela avec 3 lois :
- La représentation proportionnelle conduit à un système multiple et indépendant
- Scrutin majoritaire à deux tours conduit à un système de partis multiples et interdépendants
- Scrutin  majoritaire  à  un  tour  →  bipartisme :  joue  comme  retardateur  (barrage  à  l’apparition  d’un  
système nouveau) et accélérateur à la fois (si un parti en supplante un autre, le système fera que
le déclin du second sera plus rapide).

Mais ce sont des lois tendancielles :  leur  portée  doit  être  limitée.  L’influence  du  mode  de  scrutin  n’est  pas  
isolée ou automatique. Elles indiquent une orientation probable, mais qui peut être modifiée par
l’intervention   d’autres facteurs. Enfin, il ne prend pas en compte la taille dans circonscriptions et les
règlementations  qui  entourent  et  fixent  les  conditions  de  l’élection : plus la circonscription est grande, plus
les  suffrages  s’éparpillent.
Mais quelles sont les conséquences du multipartisme ? 3 inconvénients :
- Convient   mal   à   l’agrégation   des   intérêts : chaque parti tend à devenir le porte-parole   d’une  
catégorie particulière, et se contente de transmettre tel quel les exigences exprimées par sa propre
clientèle
- La médiatisation des choix :  l’électeur  ne  décide  pas  directement  de  son  destin,  et  s’en  remet  à  
des médiateurs qui, en fonction des compromis et coalitions, agiront de telle ou telle manière
(c’est  la  « démocratie médiatisée ») : les gouvernements ne sont pas issus du choix des électeurs,
mais des accords entre États- majors partisans.
- Absence   d’une   majorité   parlementaire   stable   et   cohérente,   capable   de   soutenir   fidèlement   et  
durablement un gouvernement. Les majorités de coalition qui en émergent se font et se défont
périodiquement, ce qui engendre l’instabilité   gouvernementale.

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Cette situation de multipartisme se trouve parfois tempérée : ces inconvénients se trouvent atténués si le
multipartisme  est  tempéré  par  l’existence  d’alliances  stables  et  cohérentes.  
Si deux grandes coalitions se forment, on parle de bipolarisation : la vie politique se structure au cours de
l’affrontement  entre  deux  tendances  différentes.  Elle  se  structure  en  général  autour  du  clivage  gauche/droite,  
mais   ce   clivage   n’est   pas   une   garantie du bipartisme. Le scrutin uninominal à deux tours favorise la
bipolarisation. Ainsi, dans le XXème siècle, le PC et le PS ont noué des alliances, tout comme le centre et la
droite.
L’existence  d’une  bipolarisation  suppose  la  solidité  des  alliances,  et  surtout : une certaine discipline au sein
des  alliances.  C’est  une  situation  intermédiaire  entre  le  multipartisme  et  le  bipartisme.

B. Les systèmes bipartisans


Il  s’agit  alors  d’un  modèle  politique  dans  lequel  le  système  des  partis  est  composé  principalement de deux
partis politiques. Chaque parti gouverne à tour de rôle en fonction des échéances électorales. En principe, un
parti  obtient  la  majorité  des  voix.  Mais  ce  n’est  pas  toujours  le  cas.  Dans  le  système  bipartisan,  deux  partis  
alternent au pouvoir de manière régulière. Encouragé par scrutin majoritaire à un tour, mais peut naitre de
circonstances  politiques  qui  lui  permettent  de  s’enraciner ;
Les effets sont opposés à ceux du multipartisme intégral :   il   facilite   l’agrégation   des   intérêts   et   des  
exigences.  L’électeur  choisit  des  options,  et  le  gouvernement  pour  les  mettre  en  œuvre  est  directement  issu  
des urnes sans coalition partisane. Enfin, la stabilité gouvernementale est, en principe, assurée.
Mais au lieu DU bipartisme, il faudrait parler DES bipartismes : 3 distinctions :
- Bipartisme souple ou rigide : selon le degré de discipline au sein des deux partis (souple aux
États-Unis, rigide au Royaume-Uni).
- Bipartisme parfait et imparfait : des petits partis survivent-ils ? Si 90% des suffrages sont donnés
aux deux, bipartisme parfait (Parti Libéral au Royaume-Uni de 1935 à 1974). Imparfait quand les
deux partis ne totalisent que 75 à 80% des suffrages :   ils  n’obtiennent   pas  la  majorité  absolue,  
mais une forte majorité pour eux deux. BLONDEL parle de « bipartisme et demi » : un tiers
parti,   petit   et   inapte  à  diriger  le  pays,  est   susceptible  de  servir  d’appoint   à  l’un  des  deux  partis  
dominants (ainsi du système allemand : les libéraux du FDP gouvernant tantôt avec le SPD,
tantôt avec le CDU. Mais la formation de Die Linke a compliqué le jeu politique.
- Bipartisme équilibré et dominé. Le vrai bipartisme est le bipartisme équilibré : les deux partis
sont de taille et de force à peu près égale. Ils alternent au pouvoir selon que les électeurs
marginaux se portent   d’un   côté   ou   de   l’autre.   Mais   parfois,   l’écart   entre   les   deux   partis   est  
important. Le second parti est exclu durablement du pouvoir. On sort du bipartisme véritable,
pour  s’acheminer  vers  un  système  à  parti  dominant,  voire  à  parti  unique.

C. Les systèmes à parti dominant


Notion dégagée par DUVERGER : selon lui, deux traits spécifiques du parti dominant.
- Il  surclasse  électoralement  nettement  ses  rivaux  sur  l’ensemble  d’une  période.  
- Il   s’identifie   à   l’ensemble   de   la   nation : ses idées, sa doctrine, coïncide avec les idées de la
période. Exemple en France, du parti radical sous la IIIème République.
-
Le   parti   dominant   s’impose   à   ses   adversaires   et   sans   lui,   rien   n’est   possible.   Il   détient   ou   approche   de   la  
majorité des sièges au parlement. Ce fut le cas du parti gaulliste au début de la Vème République. Pareil de
1947 à 1994 en Italie pour le Parti Chrétien Démocrate. De 1955 à 1993, le Parti Libéral au Japon.
Pour être qualifié de parti dominant, un parti doit obtenir régulièrement entre 30 et 35% des suffrages
exprimés. MAIS le parti dominant ≠   parti   unique !!!
Le   parti   dominant   conserve   son   hégémonie   grâce   à   la   multiplicité   et   l’émiettement   de   ses   adversaires,  
contrairement  au  parti  unique  qui  fonde  son  monopole  sur  l’interdiction  des  autres.  
De plus,   il   n’exerce   pas   forcément   le   pouvoir : si coalition de ses adversaires, ils peuvent le surclasser.
Quand  il  est  au  pouvoir,  il  dispose  d’une  majorité  parlementaire  fidèle,  ce  qui  garantit  une  grande  stabilité  

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gouvernementale :   c’est   l’avantage   du   SAPD.   Mais   ce   n’est   pas   toujours   le   cas.   Ainsi   en   Italie,   la  
démocrate-chrétienne  n’a  pas  réussi  à  garantir  la  majorité  gouvernementale,  du  fait  de  problèmes  internes.  

Mais des inconvénients existent :


- Un  risque  d’immobilisme : à gouverner sans concurrent, on gouverne sans talent. Surtout si les
mécanismes du contrôle parlementaire sont paralysés.
- Le  risque  de  voir  le  transfert  de  la  politique  sur  d’autres  sites,  en  marge    des  circuits  traditionnels  
de  parole  et  d’espace  politique.  Les  partis  d’oppositions  tendent à se transformer par des groupes
d’intérêts,  qui  défendent  des  intérêts  particuliers.
- La cassure du consensus : quand il y a un SAPD trop longtemps au pouvoir, une partie de
l’opinion   est   exilée   de   la   sphère   politique.   Cela   peut   se   développer   en   opposition extra-
parlementaire. Un SAPD peut se confondre avec le régime, et se développe une opposition qui
lutte contre le régime.

Paragraphe 2 : les systèmes non-compétitifs


Parti unique.
Répression et interdiction des autres partis. Un parti unique monopolise  l’exercice  de  la  fonction  partisane :
il  prétend  à  l’unanimité,  nie  la  légitimité  des  clivages…  Mais   cette  catégorie  renvoie  à  des  situations   très  
diverses. Ainsi des partis totalitaires (partis nazis, PC URSS sous Staline), ou des partis de mobilisation
dans les régimes autoritaires à forte personnalisation du pouvoir.
La   signification   du   parti   unique   varie   selon   la   nature   du   système   politique.   Chez   les   communistes,   c’est  
l’expression  d’une  classe  sociale : lorsque la révolution a unifié la société et supprimé les classes, il ne peut
y   avoir   plus   d’un   parti   (c’est   les   principes   posés   par   Marx   et   Lénine).   Chez   les   fascistes,   unité   du   parti  
s’explique  par  l’abandon  du  principe  de  neutralité  de  l’État :  à  l’État neutre  s’est  substitué  un  État porteur
d’idéaux,  et  donc  il  ne  peut  y  avoir  qu’un  seul  parti  pour  atteindre  cette  idéologie  déterminée.  Dans  les  pays  
en développement, triple mission du parti unique :  préserver  l’unité  nationale,  mobiliser  les  efforts  en  vue  
du  développement  économique,  pallier  l’insuffisance numérique des élites politico-administratives.
Quel est le rôle du parti unique ? Maintenir la communication entre les dirigeants et la masse des citoyens,
puisque les mécanismes parlementaires et électoraux ont été, sinon supprimés, du moins vidés de leur sens.
L’armature  du  parti  unique  joue  dans  le  sens  ascendant  et  descendant : il informe les élites politiques sur les
réactions des citoyens, et fait remonter les exigences de la masse vers les gouvernants.
Il  a  une  fonction  d’impulsion  et  d’encadrement de la société, en contrôlant toutes les activités de la société.
Vis-à-vis des autres groupes sociaux, deux attitudes possibles : soit, comme pour les régimes totalitaires, il
cherche à les contrôler et les absorber, soit on admet la subsistance   d’autres   groupes   sociaux   avec   une  
certaine indépendance (le « pluralisme organisé » de LINDZ). En réalité, il existe une corrélation étroite
entre  l’intensité  idéologue  et  le  contrôle  social  exercé  par  le  parti  unique :  plus  l’engagement  idéologique  est
profond,  plus  la  dépendance  des  autres  groupes  sociaux  est  accentuée.  L’existence  d‘un  PU  est  la  base  d’une  
dictature, même provisoire, soit révolutionnaire (qui impose à la société un bouleversement total), soit
conservatrice (qui entrave la société et maintient  par  la  force  l’ordre  traditionnel).

Section 3 : les partis politiques français


4 aspects importants :
- En quoi les partis politiques français sont-ils originaux ?
- Quel est le statut juridique des PPF ?
- Comment le système de parti a-t-il évolué sous la Vème République depuis 1958 ?
- La recomposition du paysage politique français, notamment la période récente.

Paragraphe 1 : les spécificités politiques françaises


4 traits essentiels :
- Mauvaise  image  dans  l’opinion
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- Faiblesse des organisations


- L’émiettement des partis
- Le présidentialisation des partis

A. Une mauvaise image


Phénomène  qui  va  en  s’accentuant : de novembre 2009 à décembre 2013, le pourcentage de citoyens faisant
confiance aux PP est passé de 14% à 11% (source : baromètre de la confiance politique (CEVIPOF)).
Ce  désaveu  dans  l’opinion  est  le  résultat  d’une  longue  tradition :  DG  accusait  les  PP  d’être  « le ferment de
la  division  dans  un  pays  qui  a  besoin  d’unité ».  D’autres  insistent  sur  l’inefficacité  et  la  corruption  des  PP.  
Depuis 30 ans,  avec  le  développement  d’affaires  politico-financières,  cette  image  s’est  accentuée.

B. Faiblesse des organisations


En  France,  la  structuration  des  PP  a  été  plus  tardive  que  dans  d’autres  pays  européens.  Pendant  longtemps,  
ils  n’ont  été  que  des  partis de cadres (discipline très souple, qui permettait juste aux candidats de se faire
élire,  candidats  qui  n’étaient  pas  très  fidèles,  et  qui  régulièrement  renversaient  des  gouvernements  de  leur  
camp).
C’est   au  début   du  XXème  que  les  partis   sont  devenus  des partis de masse, qui éduquent les militants, les
font  discuter  pour  adopter  des  programmes  politiques  précis,  qui  s’organisent  pour  contrôler  leurs  élus.  
Cela   explique   le   relativement   faible   nombre   d’adhérents.   Ainsi,   au   début   de   la   Vème   République,   seuls
450.000  adhérents  à  un  parti.  En  1980,  900.000.  Aujourd’hui,  seul  1%  de  la  population  adulte  adhère  à  un  
parti politique. En conséquence, un certain vieillissement des militants. De plus en plus souvent, les
adhérents  des  partis  sont  des  élus  ou  d’anciens candidats. Les PP français ont du mal à se renouveler, il est
donc  difficile  pour  eux  d’être  une  vraie  médiation  entre  pouvoir  et  société.  Le  taux  d’adhérents  au  sein  des  
PP  en  Europe,  même  en  baisse,  est  plus  important  qu’en  France.  Les citoyens reprochent aux responsables
partisans de  ne  penser  qu’à  leur  carrière,  et  déplorent  la  corruption.

C.  L’émiettement
La   tradition   française   privilégie   les   débats   idéologiques   et   l’expression   politique   sur   la   culture   de  
gouvernement. Les hommes politiques ont privilégié la  pureté  idéologique  sur  la  recherche  d’un  compromis  
pour exercer ensemble le pouvoir, tradition anglo-saxonne. En France, on pratique le multipartisme. Les
choses   n’ont   évolué   que   sous   la   Vème,   du   au   changement   du   mode   de   scrutin   qui     permis   de   coalitions
stables et avec le « quadri-bipolarisme ». En 1978, 4 partis faisaient chacun environ 20% : UDF et RPR
(rivalité à droite) et PC et PS (rivalité à gauche). Au sein de chaque coalition existent ces rivalités.
Malgré   l’influence   du   scrutin   majoritaire à deux tours, cette bipolarisation dans les 1980s, on assise à un
nouvel émiettement des forces politiques et à une repolarisation des forces idéologiques.
- L’extrême  droite,  sans  coalition,  se  structure,  et   atteint au début du XXIème, régulièrement près
de 15% des suffrages
- Organisation progressive des écologistes
- De 1995 à 2002, les extrêmes gauches se renforcent avec la déception des gouvernements
socialistes. De 1997 à 2002, la « gauche plurielle » de Jospin comportait 5 tendances : PC, PS,
Verts, Radicaux de gauche, Mouvement de Citoyens de Chevènement
- Fin  2008,  nouvelle  scission  avec  l’émergence  du  parti  de  gauche  avec  Mélenchon.
- Phénomène   qui   touche   aussi   la   droite,   notamment   avec   l’émergence   de   l’Europe   (les  
mouvements souverainistes sont nés) et  l’extrême-droite.
Ce pluralisme partisan se voit dans les élections intermédiaires, qui ne déterminent pas le pouvoir national
(comme  les  européennes,  avec  en  2004  et  2009,  160  listes  dans  les  8  régions),  en  encourageant  l’émergence  
d’une  tendance  minoritaire,  qui  n’a  aucune  chance  dans  les  élections  déterminantes.
Mais système solide :  ainsi  le  centre  indépendant  voulu  par  Bayrou  n’a  jamais  éclos,  les  Verts  ne  peuvent  
espérer   être   élus   sans   le   PS,   le   FN   a   peu   d’élus.   Le   système   électoral   favorise   la   bipolarisation, donc est

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discutable  du  point  de  vue  de  la  représentation  des  minorités,  mais  il  permet  l’émergence  d’une  majorité  au  
gouvernement.
Bipolarisation imparfaite : après les législatives de 2012, 6 groupes parlementaires au Parlement, et 10
candidats au premier tour de la présidentielle.

D. La présidentialisation des PP
L’élection   présidentielle,   domine   la   vie   politique   française et ce, encore plus, depuis le quinquennat et
l’inversion   du   calendrier   électoral. Cette élection structure les stratégies personnelles, mais aussi
l’organisation   et   le   fonctionnement   des   partis   politiques.   Elle   façonne   l’ensemble   du   système   partisan  
(majorité  et  opposition).  Pour  tous  les  partis,  même  les  tous  petits  n’ayant  aucune  chance  de  victoire,  c’est  
un rendez-vous   incontournable.   C’est   une   occasion   de   s’exprimer   et   d’avoir   une   lisibilité.   La   fabrication  
d’un  leader  présidentiable  est  devenue  impérative  pour  les  PP.  Sinon, on ne peut pas être crédible sous la
Vème.
Par  exemple,  l’organisation  des  primaires  socialistes : preuve du ralliement du PS à cette présidentialisation.

Paragraphe 2 : le statut des partis politiques depuis 1958


Ils   sont   entrés   dans   le   champ   juridique,   mais   sans   que   l’on   institue   pour   autant   un   statut   d’ensemble   des  
partis politiques.
La Constitution  de  1958  est  la  première  en  France  à  avoir  constitutionnalisé  l’existence  de  partis  politiques.  
Depuis,  le  législateur  est  intervenu  à  plusieurs  reprises  pour  définir  les  premiers  éléments  d’un  statut  légal.

A. Les principes constitutionnels


Depuis  1958,  l’article  4  de  la  Constitution  fait  référence  aux  PP.  Cette  reconnaissance  est  une  innovation.  
C’est  la  première  étape  d’un  processus  de  légitimation  et  d’institutionnalisation  des  PP.  DG  a  voulu  rassurer  
ceux qui pensaient que les gaullistes mettraient fin au système de partis. Et certes, on leur donne un rôle,
mais un rôle minimal : « ils  concourent  à  l’expression  du  suffrage ». On les cantonne à cela.
On a depuis complété cet article :  en  1999,  ils  contribuent  à  la  mise  en  œuvre  de  la  parité  homme-femme, et
se  sont  vu  reconnaitre  une  responsabilité  particulière  avec  cette  notion  d’égalité.
La révision de 2008 ajoute encore : « la loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la
participation équitable des partis à la nation » : alinéa peu précis, peu impératif.
Au-delà  de  la  mission  des  partis  politiques,  l’article  4  garantit  le  principe  de  liberté  de  formation  des  partis :
interprÉtation   large   →   constitution   des   partis   sur   le   modèle   des   associations   1901.   Ils   sont   libres   dans  
l’exercice de leur activité, mais limité que dans « le respect des principes de souveraineté nationale et de la
démocratie » (loi du 10 janvier 1936).
« Les  partis  concourent  à  l’expression  du  suffrage », ce qui implique le devoir ou le droit pour les partis de
jouer un rôle dans les campagnes électorales avec la propagande de leurs idées. Ils remplissent des fonctions
électorales  dans  la  démocratie,  sans  qu’aucun  modèle  ne  leur  soit  imposé,  ni  de  prescription.  Le  législateur  a  
respecté le principe de liberté de formation  et  d’exercice  des  activités  des  PP.

B.  Les  éléments  d’un  statut  légal


Depuis 1958, plusieurs fois, a été complété ce statut constitutionnel. Les dispositions adoptées ne
contredisent pas la liberté des partis politiques. On a adopté une législation encadrant leur financement dans
un double but de moralisation et de modernisation.
La première loi date du 11 mars 1988, relative à la transparence financière de la vie politique. Elle donne la
personnalité morale aux PP, et organise le financement public des partis représentés au parlement, ou des
partis qui ont présenté des candidats dans au moins 50 circonscriptions.

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Mais  les  partis  demeurent  libres  de  l’emploi  de  leurs  ressources : la loi impose toutefois une obligation de
déclaration patrimoniale quant  à  l’accession  aux  fonctions  électives.
Une loi du 15 janvier 1990 la complète : plafonne les dépenses électorales, et impose une obligation de la
déclaration des comptes de campagne électorale contrôlée par la commission des financements politiques.
La loi du 19 janvier 1995 (financement de la vie politique) prohibe les dons des personnes morales (tant aux
PP   qu’aux   candidats)   et   améliore   le   financement   public   des   partis   en   instaurant   un   mécanisme   de  
remboursement des frais de campagne des candidats. Ce financement est attribué aux groupements
politiques  en  fonction  de  leur  représentation  parlementaire  et  de  leur  nombre  d’électeurs,  pour  mettre  fin  au  
scandale  lié  au  financement  privé  des  campagnes,  et  à  l’accusation  de  corruption  des  hommes  politiques.
Loi du 6 juin 2000 : prévoit une réduction du financement public des PP proportionnellement au non-respect
de la parité.
Il   n’existe   pas   de   statut   d’ensemble   des   partis : il y a des éléments constitutionnels, et des éléments
législatifs épars (on a légiféré  au  coup  par  coup  à  chaque  fois  qu’un  problème  se  posait).

Paragraphe 3 :  l’évolution  du  système  partisan  sous  la  Vème


Dans une démocratie, PP rivaux, en compétition, mais aussi en coopération, négociation voire de collusion.
Ainsi est dessiné le système partisan. On ne peut comprendre un parti sans le resituer dans la configuration
qu’il  forme  avec  l’ensemble  de  ses  homologues.
Sous la IVème, système multi partisan, qui se maintient au début de la Vème (PC, SFIO, gaullistes animent
la vie politique française).
Dans les années 70s (après deux élections présidentielles au SUD à 2 tours), les partis ont compris la
dynamique de la présidentialisation, et le système commence à se bipolariser. Chaque camp est dominé par
deux partis (RPR/UDF à droite, PC/SFIO à gauche). Chaque formation pèse 20% des suffrages. A eux
seuls, les deux pôles font donc 80% des suffrages. Mais ce quadri-bipolaire est atténué à partir des 80s :
déclin du PCF, donc lente recomposition de la gauche ; banalisation des alternances provoque une montée
en puissance des partis antisystème ; les cohabitations ont créé de nouveaux clivages ; de nouvelles question
non-traditionnels   (comme   l’Europe)   ont   émergé ;;   l’élection   à   la   proportionnelle   de   1986   permet   à   de  
nouvelles forces électorales d’émerger  (Verts,  souverainistes  et  FN).
En  2002,  ensemble,  Jospin  et   Chirac  font  35%  ensemble.  On  parle  d’une  proportionnalisation  du   premier  
tour de la présidentielle. Si on regarde les conséquences de 2012, on assiste à un retour de la bipolarisation,
une   réactivation   certaine   du   clivage   droite/gauche,   et   à   la   disparition   du   centre   en   tant   qu’entité   politique  
indépendante de la droite et de la gauche. Aux législatives de 2012, phénomène encore plus visible : sans
alliance,   les   partis   n’obtiennent   pas   de   représentation parlementaire (les Verts élus seulement grâce à
l’alliance  avec  le  PS).

Paragraphe 4 : la recomposition du paysage politique français


Période   qui   précède   2012,   et   conséquences   de   l’alternance   de   2012.  
On  évoquera  successivement  l’UMP,  les formations du centre, la gauche et les extrêmes.

A.  L’UMP
Après  de  multiples  tentatives,  la  droite  a  réussi  à  s’unifier  en  2002  pour  maximiser  ses  chances  de  réussite  
lors   des   élections   (notamment   présidentielles).   Mais   l’UMP   n’a   pas   réussi   à   souder   complètement les
différentes   familles   de   la   droite   française.   L’UMP   est   traversée   par   des   débats   internes,   susceptibles   de  
générer  de  nouvelles  divisions.  Surtout,  son  bilan  électoral  n’est  pas  très  probant : certes, il y a eu les succès
de 2007, mais depuis, c’est  une  déception.  Sauf  les  européennes  de  2009,  toutes  les  élections  ont  été  perdues  
par  l’UMP  (notamment  la  perte  du  Sénat  en  septembre  2011).
L’osmose  entre  anciens  gaullistes  et  droite  libérale  ne  s’est  pas  faite.  L’UMP,  10  ans  après  sa  création,  n’est
pas   parvenue   à   s’imposer   comme   parti   rassembleur   de   la   droite : il existe le Nouveau centre, et surtout,
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l’UMP  est  fragilisée  par  les  conflits  de  personne.  L’échec  de  Sarkozy  a  ouvert  une  lutte  pour  sa  succession  
(Fillon/Copé). Pour la première fois à l’UMP,   une   primaire   interne   devait   déterminer   l’identification  
idéologique des militants (6 motions concurrentes). Cela révèle une querelle doctrinale des militants : le
parti  est  déchiré  entre  l’aile  du  scrutin  de  novembre  2012  et  une  aile  modérée.  Cette  élection, marquée par
une  série  d’évènements,  montre  la  faiblesse,  et  la  difficulté  de  faire  l’apprentissage  de  la  démocratie  interne  
dans  un  parti  de  culture  bonapartiste,  longtemps  centré  sur  la  culture  d’un  chef.  
Problèmes :
- De réconciliation
- De leadership
- Danger  de  balkanisation  de  l’UMP
- Elle droit prouver sa capacité à retenir les centristes, en canalisant la montée en puissance de
l’UDI.  
- Aucun   droit   d’inventaire   fait   après   2012,   or, après une défaite électorale, il est difficile de se
régénérer sans droit  d’inventaire.

B. Les formations du centre


L’histoire   de   droite   centriste   et   libérale   est   marquée   par   deux   traits   essentiels :   l’émiettement   de   ses
formations, et ses alliances conflictuelles avec la droite.
- Emiettement des formations : plusieurs formations centristes ont successivement ou
conjointement joué un rôle sous la 5ème.
1966-1969 Le Centre démocrate (1) Jean Lecanuet
1969 Le centre démocratie et progrès Jacques Duhamel, Joseph Fontanet
(CDP) (2) René Pléven
1970-1995 1+2 CDS Jean Lecanuet
1995- 1998 CDS Force démocrate F. Bayrou
1998-2007 La nouvelle UDF F. Bayrou
2007-2012 Le MoDem [Link]
Le Nouveau centre H. Morin
2012 UDI J.L. Borloo

Sur la période récente (2007-2012), les centristes sont divisés entre le Modem de Bayrou et le NC de Morin.
Les divergences entre ces deux formations sont difficiles à identifier, leur programme est voisin : économie
libérale,  construction  d’un  système  social  solidaire,  l’importance  de  la  construction  européenne,  une  place  
accordée aux questions  environnementales.  Ce  n’est  pas  le  programme  qui  différencie  ces  formations,  mais  
les  stratégies  d’alliances  électorales.
En  effet,  Bayrou  veut  un  centre  indépendant.  Mais  un  centre  indépendant,  avec  le  mode  de  scrutin  tel  qu’il  
est dans la Vème, fait que les centristes peinent à se faire une place sans alliances avec la droite et la gauche.
Le centre doit surmonter plusieurs difficultés :   l’absence   d’un   leader   incontestable,   la   crainte   du   voisin  
UMP. Les notables du centre sont peu nombreux et soucieux de  leur  réélection,  donc  alliance  avec  l’UMP  
est obligatoire.
Mais  le  centre  perdure.  Depuis  l’alternance  de  2012,  évolution  car  les  centristes  s’allient  pour  concurrencer  
l’UMP.  Le  21  octobre  2012,  l’UDI  est  créée,  rassemblant  les  formations  du  centre,  et les dissidents UMP et
Modem.  On  sent  dans  l’UDI  une  certaine  volonté  de  retour  à  l’UDF  (elle  est  parrainée  par  Simone  Veil  et  
Giscard).
Entre  l’UMP  et  l’UDI,  il  y  a  peu  de  différences.  L’objectif  de  l’UDI,  c’est  récupérer  les  dissidents  de  l’UMP  
et de sa droitisation.

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L’UDI   a   60   parlementaires,   compte   d’anciens   ministres,   64.000   adhérents,   profite   des   crises   internes   à  
l’UMP,  mais  la  naissance  de  l’UDI,  10  ans  après  l’UMP,  est  un  échec  à  la  volonté  de  Chirac  qui  souhaitait  
un rassemblement de la droite, pour un candidat unique aux élections.

C. La gauche
Le PS, le Front de Gauche et PC, les écologistes

1. Le PS

Créé   en   1905   par   l’unification   des   différents   courants   socialistes   qui   forment   la   SFIO.   Devenu   le   parti  
dominant de la gauche française, malgré ses scissions.
- Son organisation reste marquée par les caractères de la SFIO.
- Il  a  su  s’adapter  à  la  présidentialisation  sous  la  Vème  sous  l’influence  de  Mitterrand,  et  lors  de  sa  
refondation  au  congrès  d’Epinay  de  1971
- Instabilité des scores électoraux, décalage entre ses réussites au niveau local et échec national
avant 2012

a. Son organisation reste marquée par la SFIO

Ses spécificités structurelles résultent de ses origines, son caractère fédéral résulte des conditions de sa
naissance. En 1905, la SFIO de fusions. La doctrine a toujours eu un poids fort, car un rôle unificateur
auprès des différentes composantes du parti.
Composante  ouvrière  non  négligeable,  mais  dès  1914,  adhésion  de  professions  libérales,  journalistes  etc…
Parti  d’élus faiblement centralisé,  c’est  une  fédération  de  fédérations,  qui  sont  autonomes.  Les  fédérations  
comptant  le  plus  grand  nombre  d’adhérents  et  élus  ont  marqué  la  vie  socialiste  (Fédération  du  Nord  Pas  de  
Calais ou des Bouches du Rhône).

b. La longue évolution vers la présidentialisation

Première étape :   Congrès   d’Epinay   de   1971.   Refondation   de   l’organisation   socialiste : on abandonne la


SFIO, qui devient le PS, et qui regroupe un certain nombre de mouvements de gauche (comme le club de
Mitterrand).   C’est   ici   que   Mitterrand devient le 1er secrétaire du PS.
Epinay permet la réunification des différents partis et clubs de la mouvance socialiste, et avec comme
objectif de gagner la prochaine élection présidentielle.
Pour cela, le PS adopte une stratégie particulière : l’union   de   la   gauche   →   le   programme   de   1972 est
commun  au  PS  et  PC  et  MRG,  un  moyen  pour  réunifier  l’électorat  de  gauche  et  protéger  le  parti  contre  toute  
tentation réformiste. Et réunification derrière son leader pouvant le conduire à la victoire. Le parti reste une
mosaïque de tendances. Les conquêtes électorales et la décentralisation accroissent le rôle des élus au sein
des partis. Mitterrand Premier secrétaire, le parti se réconcilie avec le système présidentiel. Mais le
ralliement à la Vème date du 1981,   l’alternance   n’a   provoqué   aucune   rupture dans la pratique
institutionnelle.
De 1971 à 1981, le parti est un parti de militants.  Est  élaborée  une  ligne  politique,  produit  d’une  décision  
collective  au  sein  d’instances  représentatives  des  adhérents.  Mais  depuis  1981,  il  s’est  professionnalisé,  et  
devient  parti  dominant  de  la  gauche  française.  Il  contribue  à  l’évolution  vers le bipartisme face au RPR, puis
face   à   l’UMP.   C’est   le   seul   parti   à   avoir   fourni   un   président   de   gauche.   Progressivement,   il   a   adopté   un
fonctionnement présidentialisé, et la preuve du jeu interne des courants fut flagrante aux primaires
citoyennes. Depuis 1995, primaires de plus en plus ouvertes :   c’est   un   moyen   pour   le   PS   d’imposer   son  
agenda politique (notamment en 2011), de légitimer son  candidat,  d’attirer  l’attention  des  citoyens.  

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c. Scores électoraux

PS  s’est  imposé  comme  la  première  force  électorale  de  gauche,  titre  qu’il  ravit  pendant  les  législatives  de  
1978 au PC. Depuis, le PS a perdu 6 élections présidentielles, mais a renforcé son implantation en
remportant des victoires dans les scrutins électoraux. De 2002 à 2012, il perd les nationales, mais gagne les
locales (nouvelle forme de cohabitation entre local à gauche, national à droite). Avec Hollande en 2012, les
socialistes retrouvent  l’Elysée  et  l’exercice  du  pouvoir.  Sous  la  Vème  République,  jamais  un  parti  n’a  été  
aussi  puissant  qu’aujourd’hui :  il  dispose  d’une  majorité  MEME  au  Sénat !
Hégémonique à gauche, le PS doit apprendre à gérer ses relations avec ses alliés, et les relations avec les
Verts sont difficiles.
En septembre 2012, Aubry quitte la direction générale du PS, et Désir la remplace (Congrès de Toulouse).
Mais  la  gauche  est  dispersée  en  quatre  groupes  à  l’A.N  comme  au  Sénat : les groupes minoritaires au sein
de la majorité entendent prendre de la place, et font pression sur la majorité, ce qui rend le travail législatif
plus  difficile.  A  l’avenir,  le  PS  doit  affronter  un  double  défi,  en  conciliant  3  missions : soutenir la politique
gouvernementale, devenir une boite  à  idées  pour  enrichir  le  gouvernement,  expliquer  à  l’opinion  publique  la  
politique  conduite.  C’est  la  mission  de  tout  parti  au  pouvoir.  Mais  tout  en  conciliant  ces  trois  missions,  le  
parti doit aussi maintenir sa cohésion, notamment avec son aile la plus à gauche.

2. Le PC et le Front de Gauche

Le  Parti  Communiste  est  créé  à  partir  d’une  scission  de  la  SFIO  en  1920  (Congrès  de  Tours).  Initialement,  
le  parti  de  la  classe  ouvrière,  un  parti  d’avant-garde. En 1945, il devient le premier parti de la gauche tant en
termes  de  militants  qu’en  termes  électoraux.  Il  reste  premier  parti  de  1945  à  la  Vème  république.  De  1960  à  
1970,   c’est   un   parti   de   masse   très   structuré,   assurant   l’encadrement   la   formation   et   la   promotion   de   ses  
militants. De 58 à 78, il devance le PC en obtenant 20% des suffrages lors des élections législatives et
devance le PS, avec 21% des suffrages.
A  partir  de  là,  le  PCF  est  entré  dans  une  crise  profonde,  depuis  les  80s.  Aujourd’hui,  il  peine  à  exister  de  
façon autonome sur le plan national. Depuis les 90, il a tenté de se rénover. Mais ces tentatives de
rénovation  n’ont  pas  mis  un  terme  à  la  crise  de  l’organisation,  et  depuis  les  80s,  le  parti  connait  une  baisse  
considérable  de  son  nombre  d’adhérents,  et  un  vieillissement  de  sa  base  militante.
En   2009,   la   seule   voie   de   renouveau   pour   ce   parti   en   crise,   c’est   la   recomposition   au   sein   du   Front   de  
Gauche. Aux Européennes de 2009, le FDG fait 6,1% des suffrages. En 2011, les militants communistes
désignent Mélenchon comme candidat à la présidentielle, mais au nom du FDG. Il fait 11,1% des suffrages.
Aux législatives, le FDG fait 7% des suffrages. Un groupe parlementaire existe pourtant, de 10 députés
communistes et 5 députés ultra-marins (on a baissé les seuils pour leur donner un groupe parlementaire).
Le   FdG   ne   participe   pas   au   gouvernement   Ayrault,   et   suit   Mélenchon.   Il   s’appuie   sur   le   mécontentement  
social :  il  s’enferme  dans  la  critique.  Dénonce  la  politique  d’austérité  du  gouvernement  socialiste,  refus  du  
vote du budget en 2013.
Malgré la   disparition   progressive   de   l’électorat   communiste,   le   PC   aligne   de   façon   continue   un   espoir   de  
retour sur la scène nationale. Malgré une organisation amoindrie, le PC a perdu 600.000 adhérents entre 81
et 2007. Des réseaux fragmentés et les thèmes de revendication le placent entre le PS  et  l’extrême-gauche.

3. Les Ecologistes

Premier  candidat  à  la  présidentielle  →  René  Dumond  en  1974.


Longtemps,  ça  a  été  une  mouvance  multiforme,  large,  divisée  en  fractions  rivales,  méfiante  à  l’organisation  
partisane et  à  l’action  politique.
Localement,   les   groupes   de   pression   écologistes   défendent   l’environnement   et   luttent   contre   le   nucléaire,  
dans un premier temps. Les Verts, premier parti écologiste organisé, est créé en 1984 : « Travaillons tous,
vivons mieux, gaspillons moins ». Mais très vite, ses divisions la rattrapent. Les Verts entrent dans une
bataille   de   tendances,   tant   au   niveau   de   la   signification   du   mouvement   écologistes,   qu’au   niveau   de   ses  
alliances : sont créés Les Ecologistes Indépendants, Génération écologiste…

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Les Verts se rassemblent dans le Rassemblement écologiste proposé par Daniel COHN-BENDIT pour
réussir aux européennes. En 2009, ils remportent 16,2% des suffrages et 14 sièges, de bons scores. Europe
Ecologie talonnent le PS et devancent largement le Modem. Le 13 novembre 2010, fusion des Verts et
d’Europe  Ecologie.  EE-Les Verts fédère plusieurs mouvements sans les fusionner : ils veulent construire un
mouvement écologiste, autonome, décentralisé (démocratique), souple et connecté au réseau militants.
12 juillet 2011 : primaire fermée EELV, et Eva Joly, avec 58% des suffrages, est choisie comme candidate.
EELV  réaffirme  son  ancrage  à  gauche,  son  opposition  à  la  droite  et  à  l’extrême  droite,  et  sa  volonté  non-
automatique de passer des accords électoraux avec la gauche (comme celui des législatives en 2012). Cela
traduit une acclimatation des écologistes aux règles du jeu politique. Cette promotion est due aux hésitations
idéologiques des formations traditionnelles sur les questions environnementales, mais aussi des alternances
politiques,  et  aussi  un  certain  attrait  électoral  pour  ce  nouveau  parti,  et  l’institutionnalisation  du  débat  autour  
de la question du développement durable.
Alternance de 2012 : EELV se professionnalise : ils ont deux groupes parlementaires (au Sénat et à
l’Assemblée),   et   des   ministres   au   gouvernement.   Mais   des   difficultés   surviennent   vite,   avec   l’allié   PS  
« Nous  ne  sommes  pas  là  pour  exécuter  les  ordres  du  PS,  toujours  tenté  par  l’hégémonie » (MAMERE 23
juin 2012), et aussi du maintien de la participation au gouvernement en dépit des désaccords politiques : des
sujets de discorde conduisent à moins de discipline dans la majorité. EELV est tenue à la solidarité
gouvernementale, mais a décidé de voter contre le traité européen. Il semblerait que les écolos surtout les
militants,  n’aient  pas  compris  toutes  les  obligations  liées  à  leur  participation,  et  des  débats  ont  lieu  au  sein  
du  parti,  à  propos  de  la  place  et  de  l’utilité  des  ministres  écolos  au  gouvernement.

4. Les partis extrémistes

Vu  le  système  électoral  actuel,  le  FN  et  l’extrême  gauche  ne  peuvent  accéder  au  pouvoir,  mais  se  trouvent  
tout de même en mesure de perturber la vie politique.

a. Le FN

Créé  en  octobre  1972,  par  J.M  Le  Pen.  Pendant  longtemps,  qu’un  petit  groupe, mais percée politique dès les
élections   de   mars   1983   (municipales).   Percée   favorisée   par   le   nouveau   système   d’élection   à   la  
proportionnelle (en 1986 : scrutin proportionnel pour les élections législatives : ils obtiennent 35 députés),
et également grâce à la montée du chômage et de la crise économique.
Dans ce contexte, le FN développe ses thèmes :   défense   de   valeurs   traditionnelles   et   d’identité   nationale,  
préférence  nationale,  dénonciation  de  la  sécurité,  lutte  contre  l’immigration  sauvage.  Pendant longtemps, il
capitalise un vote protestataire, de refus, antisystème, contre « la bande des 4 ».   Il   attire  d’autant   plus   ces  
votes  qu’il  est  le  seul  parti  à  n’avoir  jamais  participé  au  gouvernement.  Au  2nd tour de 2002, Le Pen arrive
avec 17% deuxième (devant Jospin, derrière Chirac). Au deuxième tour, il fait 17,79%.
En 2012, Marine de Pen, élue présidente du parti, et entreprend la dédiabolisation du FN. Elle surfe sur le
courant populiste qui prospère en Europe. La forme change, mais pas le fond : elle reste sur la stratégie
frontale ni droite, ni gauche, en vigueur au cours des 90s. Son discours a évolué (fin des dérapages
verbaux), mais même fond :   reste   centré   contre   l’immigration,   le   refus   de   la   construction   européenne,   le  
protectionnisme, et continue ses attaques contre « la caste UMPS ».
En 2012, MLP améliore le score de son père en 2002 : 1 600 000 voix de plus.
En juin, 2 députés FN sont élus.
Depuis 2012, trois traits saillants caractérisent le FN :
- Mise sur la recomposition du paysage politique  et  de  l’éclatement  de  l’UMP  pour  s’imposer  comme  
seul   parti   crédible   à   droite   (mais   elle   n’a   pour   l’instant   bénéficié   que   très   peu   des   difficultés de
l’UMP)
- MLP  tient  un  discours  économique  nouveau,  qui  s’oppose  à  l’ancien  discours  libéral  de  son  père.  A
l’autonome,   elle   se   déclare   en   accord   avec   l’alourdissement   de   l’impôt   sur   le   revenu,   la  
nationalisation  temporaire  de  Florange…  Un  discours  bien  plus  Étatiste. Elle oriente la stratégie de
son parti sur les deux échéances à venir : les municipales et les européennes. De bons résultats aux

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municipales permettraient   au   FN   d’avoir   un   réseau   d’élus   locaux,   un   enracinement   local   qui   lui  
manque,  qui  lui  permettrait  d’obtenir  plus  facilement  les  500  parrainages  pour  les  présidentielles.
Dans notre système électoral, certaines élections sont favorables au FN : présidentielles, européennes,
régionales ;;  d’autres  lui  sont  défavorables : législatives et municipales.
Divisée  de  1999  à  2008,  l’extrême  droite  est  désormais  réunifiée :  affaiblie  avec  l’élection  de  Sarkozy, elle a
reconquis   l’électorat   perdu   en   2007,   en   obtenant   encore   plus   de   voix.   Aujourd’hui,   c’est   le   premier   parti  
ouvrier de France. La dédiabolisation le rend dangereux.

b.  L’extrême-gauche

Structurée en organisations partisanes, mais se scinde en partis  concurrents,  à  tel  point  qu’en  évoquant  les  
évolutions  récentes  de  l’EG,  Philippe  RAYNAUD  souligne  « l’apparition  d’une  extrême-gauche plurielle ».
Dès  les  70s,  l’EG  adopte  une  stratégie  de  présence  aux  consultations  nationales  et  locales.  Aujourd’hui, elle
reste une famille politique non négligeable :  elle  dispose  d’une  capacité  de  nuisance  à  l’égard  de  la  gauche  
du  gouvernement.  Sur  l’échiquier  politique,  elle  a  à  peu  près  l’ancienne  place  du  PC.  Mais  incapable  de  se  
rassembler.
Jusqu’au  début  des  80s,  marginalisée  électoralement.  Puis  elle  progresse,  du  fait  de  l’incapacité  des  partis  
du   gouvernement   et   du   fait   des   alternances   répétées.   LO   est   autant   un   vote   protestataire   qu’un   vote  
d’adhésion.
L’EG   enregistre   des   scores   non   négligeables   aux   européennes et présidentielles, sans pour autant pouvoir
accéder au Parlement.
Ainsi,   l’électorat   du   PC   a   été   divisé   par   4   en   20   ans,   mais   sur   la   même   période,   l’électorat   de   l’EG   a  
quintuplé sur une même période. Février 2009 : dissolution de la Ligue Communiste Révolutionnaire, et
création du NPA.
En 2012, une candidate LO (Arthaud) et un candidat NPA (Poutou) : pas un candidat commun.
Sous  la  Vème  République,  l’EG  connait  une  histoire  politique  mouvementée,  des  partis  en  compétition  avec  
des stratégies différentes, disparition des leaders marquants (Laguiller), résultats électoraux irréguliers,
appartient  à  la  gauche  mais  refuse  d’apporter  ses  voix  au  PS  et  au  PC.
Il   faudrait   à   l’EG   stabiliser   son   électorat,   s’implanter   localement,   et   pour   cela,   il   faudrait   dépasser une
certaine personnalisation tout en tranchant la question es alliances et des collaborations. Mais sous la 5 ème,
l’EG  est  une  des  illustrations,  comme  le  centre,  de  l’émiettement  des  partis  politiques.

Pour conclure sur les partis politiques, il faut se poser deux questions : quel avenir pour les partis
politiques ? Sont-ils en crise ?
Généralement, on adresse un double reproche contradictoire aux PP :   une  partie  de  l’opinion  déplore  leur  
caractère gestionnaire, pas assez idéologique, en panne d’idées  fortes,  et  une  autre  partie  de  l’opinion  leur  
reproche  de  n’être  pas  assez  pragmatique,  professionnels,  trop  idéalistes.
On  discerne  certaines  manifestations  d’une  crise  des  PP :  souffrent  d’un  affaiblissement qui prend plusieurs
formes. La crise de l’engagement  partisan,  le  faible  militantisme,  la  participation  traditionnelle.  Ils  souffrent  
d’une   crise   de   représentation,   d’une   perte   de   confiance   de   la   part   des   citoyens   qui   se   réfugient   dans  
l’abstention  ou  le  vote  contestataire.  Reproche  du  monopole de  la  représentation  alors  qu’ils  sont  incapables  
de   résoudre   les   vrais   problèmes   de   la   population   (ce   n’est   plus   vrai : les groupes de pression et les
mouvements sociaux progressent).
On assiste à la création de clubs et micropartis, en faveur de certaines personnalités individuelles : les PP ne
sont plus les porte-parole des attentes citoyennes, qui sont véhiculées par les sondages, les groupes de
pression et toute forme de communication politique.
Comment expliquer la perte de confiance ?
Les alternances ont montré une relative inefficacité du gouvernement, une non-réponse aux problèmes des
citoyens, et les conditions de leur fonctionnement déçoivent (collusion PP / milieux financiers).
Mais malgré cela, les PP restent les acteurs centraux du jeu politique : ils ont un rôle dans la structuration de
l’offre  politique  (notamment  dans  l’offre  programmatique),  jouent  un  rôle  dans  la  sélection  des  candidats,  
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même  si  aujourd’hui,  la  technique  des  primaires  se  généralise.  Et  ils  continuent  à  jouer  un  rôle  déterminant
dans le recrutement du personnel politique : ainsi en 2012, à la présidentielle, la quasi-totalité des candidats
était  soutenue  par  un  PP.  Sans  le  label,  le  soutien  d’un  PP,  très  difficile  d’être  élu,  même  au  niveau  local.  
Mais  leur  périmètre  d’action est réduit :  ils  le  partagent  avec  les  médias,  les  groupes  d’intérêt,  think-tank :
les  PP  sont  affaiblis,  et  ont  de  plus  en  plus  de  mal  à  peser  sur  l’opinion.  L’objectif  n’est  pas  de  promouvoir  
une identité idéologique distincte, mais surtout une efficacité électorale :  il  s’agit  désormais  pour  les  PP  de  
construire une offre politique crédible ajustée aux préoccupations des électeurs et au contexte. Les PP sont
de   plus   en   plus   concentrés   sur   les   fonctions   électorales,   et   donc   l’ancrage   social   diminue : ce sont des
machines   professionnalisées.   Leur   objectif   est   d’accroitre   la   valeur   de   la   marque   partisane   sur   le   jeu  
politique. Pour cela, les sondages et les techniques de communication.
Le travail partisan est de plus en plus rationnalisé et dépolitisé, on parlera plutôt de transformation des PP
plutôt   que   de   crise.   L’opinion   publique   est   plus   informée,   a   besoin   d’interlocuteurs   plus   proches   et   plus  
directs   (que  ne  sont  pas   toujours  les  PP  traditionnels).   Les  PP  doivent  s’ouvrir  au-devant   de  l’opinion,  se  
transformer en rassemblements plus ouverts, multiplier les structures de proximité, rénover leur
fonctionnement en simplifiant leur structure, en développant de nouvelles formes de militantisme et en
généralisant le choix des candidats via les primaires.
Rapports entre démocratie et PP : complexes. PP indispensables à la démocratie, mais leur participation est
contestable.  On  les  critique  car  ils  sont  sources  de  division,  parce  qu’ils  génèrent  une  certaine  tendance  au  
féodalisme   politique,   parce   qu’ils   pratiquent   un   certaine   forme   de   clientélisme,   et   surtout   parce   qu’ils  
pratiquent   un   fonctionnement   oligarchique   peu   conforme   avec   l’idéal   démocratique.   Ils   risquent   de  
confisquer le pouvoir, et dans certains systèmes politiques, on parle de « partitocratie » pour qualifier ces
systèmes   démocratiques   qui   sont   caractérisés   par   l’intervention   des   PP   à   tous   les   niveaux   de   prise   de  
décision. On parle de partitocratie dans les pays où les États-majors jouent un rôle prépondérant, négociant
entre eux et avant tout débat   parlementaires   et   réponses   législatives   aux     problèmes   politiques,   lorsqu’ils  
font des compromis pour se répartir les postes de responsabilités dans les administrations, les organes
publiques,   lorsqu’il   y   a   captation   des   PP,   qui   jouent   un   rôle   de   filtre   entre citoyens et gouvernement. La
partitocratie définit surtout les régimes italiens et français de IIIème et IVème République.
Plus   qu’ils   ne   déclinent,   les   PP   se   transforment ; Peu importe les critiques, ils demeurent un gage de
pluralisme démocratique, et pèsent fortement dans le jeu politique et se trouvent de plus en plus
concurrencés, voire supplantés par les groupes de pression et les mouvements sociaux.

Chapitre 2 : les groupes d’intérêt


Cerner ce phénomène est difficile : ils sont nombreux et divers. En outre, ils disposent de ressources et
exercent une influence inégale. On emploie ce terme pour désigner des organisations très différentes les
unes  des  autres.  Cette  expression  définit  surtout  une  modalité  d’action :  il  s’agit  de  mobiliser  des  membres,
de solliciter des soutiens, et cela en vue de faire pression sur les décideurs. Il est parfois difficile de faire une
distinction entre la simple influence sur les décisions politiques, et la participation directe à ces décisions.
Aujourd’hui,   rôle important   dans   la   formation   de   politiques   publiques   (il   n’y   a   qu’à   voir   la   fonction  
consultative exercée par certaines organisations). Ils ont pendant longtemps été en France accusés de
menacer   l’unité   de   la   nation,   et   n’ont   jamais   obtenu   la   reconnaissance juridique telle que bénéficient les
groupes de pression aux États-Unis.  Ils  participent  pourtant  aussi)  l’expression  du  pluralisme  démocratique,  
et  on  admet  aujourd’hui  la  légitimité  de  l’expression  de  la  pluralité  des  intérêts.  De  la  confrontation  de  ceux-
ci,  peuvent  se  dégager  des  décisions  inspirées  de  l’intérêt  général.

Section 1 :  la  notion  de  groupe  d’intérêt


On  désigne  sous  ce  terme  une  organisation  constituée  pour  la  défense  d’intérêts  et  exerçant  une  pression  sur  
les pouvoirs publics, pression exercée  en  vue  d’obtenir  des  décisions  conformes  aux  intérêts  défendus.  

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Paragraphe 1 :  les  caractéristiques  des  groupes  d’intérêts


Pour les caractériser, trois éléments :
- C’est   d’abord   l’existence   d’un   groupe   organisé :   le   groupe   d’intérêt   a   une   organisation durable,
structurée,  avec  à  sa  tête  des  dirigeants  capables  de  choisir  des  stratégies  d’action.  Cela  suppose  une  
organisation   volontaire,   spécialisée   dans   l’articulation   des   intérêts.   Des   rapports   collectifs   stables  
s’établissent,   et   cette   organisation durable permet de différencier groupes de pression et actions
spontanées (mouvement de foule, manifestations).

- La  défense  d’intérêts :   un  intérêt,   c’est   un  problème,  un  grief,  une  frustration  qu’un  groupe  entend  
ériger en cause à défendre. Ils ne sont pas naturels, mais construits par les acteurs sociaux, qui
s’efforcent   de   rendre   l’intérêt   qu’ils   défendent   légitime   aux   yeux   de   l’opinion   et   des   pouvoirs  
publics.  Construire  le  groupe  d’intérêt,  c’est  réaliser  un  vrai  travail  politique : prouver la légitimité et
la  représentativité  du  groupe.  C’est  aussi  tenter  d’optimiser  ses  ressources,  ses  modes  d’action,  pour  
être en mesure de peser sur les décisions en matière de politique publique. Un intérêt peut être
matériel ou moral (on peut distinguer les groupes de pression selon cette distinction), mais cette
distinction a une portée limitée : certains groupes défendent à la fois des intérêts matériels et des
causes morales. Ainsi des syndicats enseignants, qui se préoccupent de questions corporatives, mais
aussi des problèmes pédagogiques. Certaines organisations dissimulent des objectifs concrets
derrière des thèmes moralisateurs : les syndicats de patrons défendent, selon eux, la libre entreprise
et les syndicats agricoles, la défense de la propriété agricole familiale.

- L’exercice   d’une   pression :   contrairement   aux   PP,   ils   ne   cherchent   qu’à   influencer   les   pouvoirs  
public,  pas  à  exercer  le  pouvoir.  D’un  groupe  à  l’autre,  le  style,  la  fréquence,  l’ampleur  varie  d’un  
groupe  à  l’autre,  mais  tous  exercent  une  pression à un moment ou un autre :  l’intérêt  à  défendre  est  
politique,  et  l’objectif  est  d’orienter  les  décisions  prises  par  les  gouvernants  dans  un  sens  favorable  à  
l’intérêt   défendu.   La   différence   entre   PP   et   groupes   d’intérêt,   c’est   la   présentation   ou   non   de
candidats aux élections générales (nationales) : les écologistes, avant, étaient un groupe de pression.

Quels sont les liens entre groupes  d’intérêt et PP ? Vaste question.

Liens complexes : de concurrence et de complémentarité. De concurrence : ils expriment tous les deux les
demandes des citoyens. De complémentarité :  leur  finalité  et  leurs  moyens  d’action  sont  différents.  Les  PP  
présentent une vision globale de la société, les groupes  d’intérêt agissent au nom de leurs intérêts immédiats
et doivent convaincre du bienfondé de leurs intérêts. Les groupes   d’intérêt agissent sur les élus sans se
substituer à eux.
Mais les liens sont aussi des liens de dépendance : les élus relaient souvent les demandes des groupes
d’intérêt.  Ils  limitent  la  toute-puissance  de  partis  politiques,  et  permettent  aussi  d’intégrer  des  oppositions,  
ce qui contribue au maintien du système. Il faut bien distinguer groupes  d’intérêt et administration. Police,
éducation nationale, magistrature :   appareil   d’État, pas groupes   d’intérêt. Mais les agents de ces services
peuvent constituer des syndicats/associations qui défendent les intérêts de leurs membres. Ainsi, plusieurs
ministres des Finances se sont heurtés au lobby des grands-corps du Ministère des Finances.

groupes  d’intérêt explicitent attentes sociales, et interviennent activement pour leur prise en compte pour les
pouvoirs publics. Ce sont des acteurs dont ils influencent le fonctionnement. Pourquoi prolifèrent-ils
autant ? Selon Yves MÉNY : trois raisons à cela.
- Expansion de   l’interventionnisme   Étatique : peu de secteurs de la vie sociale ne sont affectés par
l’action  de  l’État.
- Incapacité des organisations centrales fédératives à maintenir leur monopole de la représentativité de
leurs intérêts : le Medef est accusé par les PME de ne pas prendre en compte leurs intérêts
spécifiques, ainsi.

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- Les opportunités créées par les réglementations : dans le cadre de nombreuses opérations, de plus en
plus de législations prévoient de consulter le public (administration consultative).

Paragraphe 2 : la légitimité des groupes  d’intérêt


Le groupes   d’intérêt prend en charge des intérêts spéciaux : des intérêts qui ne sont pas spontanés, mais
construits  par  divers  acteurs.  La  construction  de  cet  intérêt  suppose  une  fonction  de  filtrage,  d’articulation
des  demandes  politiques  émises  par  la  société.  Mais  le  développement  de  ces  groupes  d’intérêt   suscite  de  
nombreuses interrogations. Est-il  légitime,  dans  un  régime  démocratique,  que  le  politique  s’exprime  par  le  
biais   d’intérêts   spécifiques ? Ces intérêts spécifiques ne sont-ils pas susceptibles de dégénérer en intérêts
particuliers   contraires   à   l’intérêt   général ? Cette multiplication des groupes qui influencent les acteurs
politiques ne constitue-t-elle  pas  une  menace  pour  l’égalité  démocratique (pas les mêmes ressources entre
les groupes  d’intérêt) ?
Ces trois questions reviennent à examiner la question de la légitimité des groupes  d’intérêt : la réponse à ces
questions   varie,   d’une   culture   politique   à   l’autre.  
La distinction entre la conception  américaine  et  la  conception  française  s’avère  éclairante.  Aux  États-Unis ?
L’enracinement  du  phénomène  associatif  a  déjà  été  analysé  par  TOCQUEVILLE.  Dans  « Le Fédéraliste »,
Madison affirme la nécessité de préserver la diversité du corps social. Pour   neutraliser   l’injustice   des  
minorités, il faut opposer en son sein les intérêts des différents citoyens par le système des check and
balances : les groupes  d’intérêt américains sont enracinés dans la culture démocratique. Le pluralisme de la
société, la politique  est  le  fait  de  groupes  sociaux  dont  les  intérêts  foisonnants  s’opposent  même  au  sommet  
de   l’État, inhérents à la démocratie, corrections aux défauts du système démocratique. Ces groupes sont
perçus comme des organisations de citoyens qui font valoir leurs revendications et contribuent à
l’information  des  décideurs  à  l’amélioration  des  textes  législatifs.  
Conception française :  vision  unitaire  et  jacobine  de  la  nation  et  de  l’État. Dès 1791, la loi Chapelier interdit
les associations (perdure jusqu’à   la   loi   de   1901).   Pendant   longtemps,   on   refuse   toute   représentation  
fragmentaire  au  nom  de  l’unité  du  peuple,  ce  qui  explique  qu’en  France,  les  groupes  d’intérêt n’ont  pas  la  
même  reconnaissance  juridique  qu’aux   États-Unis. De plus, pendant très longtemps,  ils  ont   fait  l’objet  de  
très   vives   critiques.   On   les   a   considérés   comme   une   menace   à   l’unité   de   la   nation,   un   risque   de  
fractionnement  de  la  volonté  générale.  L’intérêt  général  se  trouverait  désagrégé  en  une  multitude  d’intérêts  
particuliers. Autre critique :   remettent   en   question   la   démocratie   représentative,   en   s’intercalant   entre  
citoyen et pouvoir, en limitant la toute-puissance des PP, en constituant un des moyens de transition des
demandes aux autorités et la négociation entre pouvoir publics et groupes sociaux professionnelles, qui
remplacent le traditionnel dialogue entre PP et gouvernants. On reproche aux délégués des groupes
particuliers de se substituer aux élus du peuple. Enfin, ils contribueraient à un certain blocage des initiatives
gouvernementales,   car   chaque   groupe   revendique   la   sauvegarde   des   droits   acquis.   L’individu,   au-delà du
simple citoyen, devient un agent socio-économique attaché aux intérêts de sa catégorie. Chaque groupe
essaierait  de  reporter  sur  d’autres  la  contribution  aux  charges nationales.
Aujourd’hui,   la   situation   a   évolué   et   ces   critiques   se   font   rares   :   on   admet   que   les   groupes   d’intérêt
participent   à   l’expression   du   pluralisme   démocratique,   on   en   encourage   leur   concurrence,   en   considérant  
qu’elle   est   bénéfique   aux   biens   communs   (laissent   une   marge   de   manœuvre   aux   PP,   et   en   étant   divers,  
laissent  le  soin  aux  pouvoirs  publics  d’arbitrer  entre  les  différents  groupes).
L’équilibre   entre   les   divers   intérêts   peut   être   faussé : possible surreprésentation des groupes les mieux
organisés, mais on estime que même si inégaux, cela ne porte pas atteinte au pluralisme de la société.
Equilibre  précaire  qui  laisse  au  pouvoir  politique  sa  propre  marge  de  manœuvre.

Section 2 :  la  typologie  des  groupes  d’intérêts


Groupe  d’intérêts  =  Catégorie vaste et très hétérogène
Plusieurs types de groupes se distinguent :
- Défense  d’intérêts  matériels/moraux
- Genre : privés/publics
- Groupes de masse/de cadres (DUVERGER)
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- Nature  de  l’activité : politique ou apolitique


- Nationaux / Internationaux
Ici, on prendra  en  compte  la  nature  de  l’intérêt  pris  en  charge,  plus  précisément  le  critère  du  caractère  global  
ou spécialisé des intérêts défendus.
Constat de départ :   certains   groupes   s’adressent   à   une   base   sociale   préexistante, ayant une base sociale
déterminée,  et  d’autres  non.  
Distinction entre groupes  d’intérêt à vocation globale ou spécialisée.

Paragraphe 1 : les groupes  d’intérêt à vocation globale


« groupes  d’intérêt à Caractère identitaire » selon BRAUD.

Prendre  en  charge  les  intérêts  d’une  catégorie  particulière  de  la  population,  dont  l’existence  sociologique  est  
déjà  identifiée  (ouvriers,  cadres,  paysans,  femmes,  jeunes…).  La  défense  des  intérêts  porte  sur  la  synthèse  
des  demandes  de  l’ensemble  de  la  population  ciblée.  
Distinction groupes socio-économique et socio-culturels :
- GSE : associations consuméristes, syndicats de salariés
- GSC :   rassemblent   des   individus   atout   d’une   même  
expérience idéologique, confessionnelles, historique.
Tous   luttent   pour   renforcer   ce   qu’ils   considèrent   comme   la   place   légitime du groupe dans la société. Ils
contribuent  tous  à  consolider  l’existence  d’une  catégorie  de  la  population,  tant  aux  yeux  des  membres  que  
des   tiers.   Ils   élaborent   des   plateformes   relatives   de   compromis,   en   filtrant,   synthétisant   l’ensemble   de   la  
base.

Paragraphe 2 : les groupes à vocation spécialisée


« Groupes  d’intérêt  supports  d’une  cause », selon BRAUD.
Porte-paroles,   non   pas   d’une   catégorie   de   la   population,   mais   d’une   cause   spécifique,   une   grande   cause.  
Tous  les  sympathisants  de  cette  cause  s’y rassemblement librement, quels que soient leurs horizons sociaux
et culturels. Mais ils se reconnaissent  par  la  volonté  de  défense  d’un  intérêt  commun,  circonscrit,  souvent  
extérieure  à  leur  propre  condition,  qu’ils  ont.
Contrairement à la catégorie précédente,  ils  ont  des  motivations  souvent  autres  que  la  recherche  d’avantages  
personnels  ou  collectifs.  Dans  ces  groupes  à  vocation  spécialisée,  la  rétribution  d’engagement n’est  pas  un  
avantage   matériel,   mais   la   satisfaction   d’accomplir   un   devoir,   une   grande cause (contre la faim dans le
monde,  la  destruction  de  la  planète…).

En  principe,  intérêts  pas  contradictoires,  mais  une  même  cause  peut  devenir  l’objet  d’intérêts  divergents.  Ils  
prennent de plus en plus la forme de nouveaux mouvements sociaux, nés dans les 60s. En grande partie
issus   de   mouvements   étudiants,   ils   ont   pris   beaucoup   d’ampleur,   notamment   en   Allemagne : féministes,
défense  des  droits  de  l’homme,  contre  le  nucléaire,  pacifistes,  défense  des  minorités  les  plus  démunies.
En France, ils se créent à partir des 1980s, et se mobilisent sur une identité extérieure au monde du travail,
ces nouvelles causes défendues reflètent le développement de valeurs post-matérialistes. Ils visent la
satisfaction de besoins non-matériels,   pas   de   redresser   l’économie par exemple. Ainsi, ils visent
l’amélioration  du  cadre  de  vie,  la  satisfaction  de  principes  moraux  ou  éthiques.  Ils  sont  souvent  portés  par  
les   nouvelles   couches   moyennes   issues   de   la   démocratisation   de   l’enseignement,   du   développement   du  
secteur tertiaire dans le monde du travail.
Ils   se   caractérisent   par   leur   méfiance   à   l’égard   des   organisations   traditionnelles   (PP   /   syndicats).   Ces  
nouveaux mouvements sociaux adoptent des structures plus décentralisées, accordant une place plus
importante aux assemblées  délibératives,  à  la  démocratie  directe.  Ils  tendent  à  s’institutionnaliser.  

Malgré   l’essor   de   ces   mouvements   sociaux,   les   revendications,   depuis   1900s,   en   France,   les   groupes  
d’intérêt   gardent   des   revendications   matérialistes.   Les   groupes   d’intérêts   doivent conquérir une
représentativité, et renforcer celle-ci  d’une  part  pour  s’imposer  face  à  leurs  concurrents,  mais  surtout  pour  se  
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poser en interlocuteur incontournable des pouvoirs publics. La notion de représentativité est fondamentale
pour un groupe de  pression.  Elle  est  mesurée  grâce  à  trois  séries  d’indicateurs
- La notoriété : pour identifier le groupe
- La   capacité   de   mobilisation,   très   variable   d’un   groupe   à  
l’autre.
- La reconnaissance extérieure par les pouvoirs publics et les
médias
groupes  d’intérêt : organisations diverses, pression sur le pouvoir variées, formes variées.
Action des groupes  d’intérêt est  liée  à  la  structure  des  pouvoirs  publics,  ils  s’adaptent  en  fonction  d’eux.

Section 3 :  l’action  des  groupes  d’intérêt


Les groupes  d’intérêt formulent  des  exigences  pour  faire  pression  sur  les  pouvoirs  publics  afin  d’obtenir  des  
décisions  conformes  aux  intérêts  de  ceux  qu’ils  représentent.  Ils  agissent  comme  groupes  veto  pour  contrer  
une mesure susceptible de léser leur intérêt, soit initier une politique publique qui leur serait favorable.
La conséquence :   multiplicité   d’initiatives   de   résistance   de   pression,   de   contre-pression, qui transforme le
système politique.

Quelles fonctions les groupes   d’intérêt remplissent-ils ? Quelles sont les modalités   d’intervention   pour  
remplir le rôle qui leur est dévolu ?

Paragraphe 1 : les fonctions des groupes  d’intérêt


Une  fonction  d’articulation  des  intérêts : ils font connaitre leurs revendications, que les partis politique vont
ensuite agréger. Les demandes formulées par les groupes sont variées : elles peuvent être manifestes, ou
latentes  (précises,  ou  pas).  Elles  peuvent  être  diffuses  (déclaration  en  faveur  d’un  changement  politique)  ou  
plus spécifiques (augmentation du SMIC). Ils peuvent adresser des demandes instrumentales (exiger une
négociation), ou présenter des demandes plus affectives (manifester une satisfaction / exprimer une colère).
Fonction  de  revendication,  certes,  comme  les  partis,  mais  aussi  une  fonction  latente  d’intégration  au  système  
politique.
3 fonctions principales :
- Fournissent une information complète et circonstanciée, pour
aider les décideurs.
- Permettent de canaliser certaines revendications.
- Peuvent  manifester  un  consentement  des  intéressés  lorsqu’ils  
ont influencé une décision publique
groupes   d’intérêt = substituts fonctionnels des PP ?
Oui,   si   PP   incapables   d’exercer   cette   fonction   d’agrégation   des   demandes.   Le   cas   avec   les   partis   de  
rassemblement, qui veulent un électorat diversifié. Au contre, les groupes   d’intérêt hiérarchisent des
demandes précises, et se substituent aux PP défaillants. Il arrive que les pouvoirs publics reconnaissent les
groupes  d’intérêt comme interlocuteurs valables et engagent des politiques de concertation.

Paragraphe 2 :  les  modalités  d’intervention  du groupes  d’intérêt


Les groupes   d’intérêt peuvent être visibles ou occultes, violents ou pacifiques. La pression exercée par le
groupes   d’intérêt porte soit directement sur les pouvoirs (dirigeants nationaux, partis), ou indirectement
auprès  de  l’opinion,  en  essayant  de  faire  qu’elle  influence  à  son  tour  les  dirigeants.
Les groupes   d’intérêt interviennent soit par une action directe (information, consultation, menace), ou
occulte (relations privées, corruption).

A. Les pressions directes


Sur élus locaux ou nationaux, membres du gouvernement, administrations.
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Vu la configuration des institutions sous la IVe, cibles principales étaient les députés. Sous la Vé, de plus en
plus  l’administration  et  les  cabinets  ministériels.  
Plusieurs formes possibles :
- Information : remise aux autorités décidant une
documentation détaillée pour les convaincre de la justesse de la revendication formulée. Les groupes
d’intérêt fournissent une documentation préparée par des experts, formulée de façon modérée, et
avec une apparence   d’objectivité   (souvent   une   apparence,   car   totalement   subjective   en   ce   qu’elle  
donne  une  information  conforme  aux  idées  du  groupe).  De  plus  en  plus  souvent  rapports  d’experts,  
pour légitimer encore plus la cause défendue. Par exemple, pour un texte sur la famille, on présente
une  documentation  signée  par  des  professionnels  du  droit,  pour  plus  d’objectivité.
- Consultation : les pouvoirs publics eux-mêmes organisent
une concertation avec une organisation permanente ou ponctuelle. Occasionnelle (tables rondes,
etc…),  permanentes  (organisation  du  Conseil  Economique  et  Social).  
- Mais les pressions sur les pouvoirs publics a pendant
longtemps pris la forme de corruption : financement secret du PP, avant les lois de financement sur
les PP. Donc cadeaux personnels,  etc…
- Relations privées : groupes entretiennent des contacts avec
les parlementaires, ministres et hauts-fonctionnaire : triangle du pouvoir.

B. Pressions indirectes
On  cherche  à  prendre  à  témoin  l’opinion  publique, pour au mieux obtenir son soutien, au pire sa neutralité.
En   démocratie,   influencer,   l’opinion   publique,   c’est   influencer   indirectement   les   pouvoirs   publics   (ils  
peuvent  difficilement  prendre  des  décisions  peu  populaires  dans  l’opinion).  Le  mieux,  c’est  de  passer  par  les  
médias (surtout télé).
2 formes :
- Contrainte : exercée sur la population pour obliger le pouvoir
public à céder. Les dirigeants ne peuvent rester passifs devant un mouvement paralysant une région
ou une industrie vitale. Donc ils interviennent pour éviter les inconvénients excessifs : contrainte
s’exerce   par   la   grève,   par   exemple,   de   toutes   formes,   manifestations,   qu’on   s’efforcera   de   rendre  
populaire  pour  bénéficier  d’un  maximum  de  capital  de  sympathie  (soit  par  des  actions  spectaculaires  
(blocage  des  péages  d’autoroute,  etc.), soit par des actions de masse (beaucoup de participants à une
manifestation)).
- Persuasion :  il  s’agit  de  convaincre  l’opinion  en  développant  
une   publicité   intensive,   diffusée   dans   la   presse   ou   à   la   télévision.   L’information   et   la   propagande  
prennent elles aussi des formes variées, par le biais de conférences de presse. Les groupes  d’intérêt
peuvent aussi adresser à la presse des articles pré-élaborés, voire acheter des espaces dans les
journaux pour assurer la publicité de leurs thèses. Le soutien de l’opinion   aura   d’autant   plus   de  
chances  d’être  obtenu  si  les  Gi  arrivent  à  présenter  leurs  revendications  comme  relevant  de  l’intérêt  
général. Les postiers plaideront pour la défense du service public, les médecins pour la qualité des
soins…  

Globalement, les groupes  d’intérêt ont  7  modes  d’action :


- Lobbying : se faire recevoir par les conseillers ministériels,
voire  par  les  directeurs  d’administrations  centrales,  en  arpentant  les  couloirs  de  l’Assemblée  etc…
- Négociation
- Manifestation
- Action conflictuelle
- Action juridique
- Actions symboliques
- Prise de positions publiques

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Paragraphe 3 : la participation à la décision politique


groupes  d’intérêt ont  une  faculté  d’empêcher.  Mais  peuvent  aussi  susciter  des  initiatives  positives,  et  il  faut  
souligner que désormais, au-delà de la simple influence, ils pèsent de plus en plus dans les processus de
décision  politique,  ce  qui  n’est  pas  sans  affecter  la  nature  du  régime  démocratique.  Cette  participation  à  la  
décision politique peut prendre 2 formes :
- Le développement des partenariats : il arrive de plus en plus
souvent que les groupes  d’intérêt participent,  contribuent  à  l’élaboration  d’une  loi,  soit  à  l’échelon  
local,   soit   en   participant   à   des   commissions   techniques,   à   des   comités   d’experts,   à   des   comités   de  
sage. Au sein   de   ces   commissions,   les   informations   s’échangent.   Certes,   la   multiplication   de   ces  
instances de consultation rendent de plus en plus complexes les processus décisionnels, mais
présente aussi de nombreux avantages :
o Permettent   d’ajuster   les   intérêts   contradictoires sur des
problèmes complexes :   la   concertation   renforce   la   légitimité   d’une   politique   publique.   Plus  
les groupes sont associés à la décision, plus leur légitimité se renforce.
o Mais cette efficacité doit être relativisée : on assiste à un
affaiblissement du syndicalisme traditionnel, les organisations représentatives sont affaiblies,
et il y a une certaine désaffection pour le militantisme partisan et au sein des organisations
professionnelles classiques.
o Ce partenariat peut aussi véhiculer un certain nombre
d’arrière-pensées politiques et stratégiques : à partir du moment où on associe les intéressés,
ceux-ci   sont   complices   d’une   décision   qui   peut   être   contraignante :   c’est   aussi   s’attirer   les  
faveurs  des  intéressés  à  l’égard  d’une  politique  publique menée.

- L’émergence   d’un   modèle   néo-corporatiste : dans les


sociétés contemporaines, 3 types de relations entre groupes  d’intérêt et pouvoirs publics :
o groupes   d’intérêt refusent   tout   lien   avec   l’autorité : ils
s’appuient  uniquement  sur  l’opinion.  C’est  le  modèle  protestataire.
o groupes   d’intérêt influencent les autorités publiques en
dehors  des  canaux  officiels.  C’est  le  modèle  pluraliste.
o groupes   d’intérêt entretiennent une relation continue et
institutionnalisée avec les autorités :   c’est   le   modèle néo-corporatiste. Cela qualifie
l’association   formalisée   des   groupes   d’intérêt au processus décisionnel. On parle de N-C
lorsque les pouvoirs publics organisent de façon ponctuelle ou permanente les concertations
avec le groupes  d’intérêt avant  d’engager  une politique publique : modèle théorisé dans les
70s.  Les  pouvoirs  publics  désignent  dans  l’opinion  les  groupes  d’intérêt qu’ils  considèrent  les  
plus légitimes, comme interlocuteurs privilégiés et permanents. Ainsi, sont associés les
intérêts concernés à la décision politique.
Dans   ce   modèle,   l’État associe   les   groupes   représentatifs   à   la   décision   d’une   politique  
publique.   Ainsi,   il   renforce   la   légitimité   et   l’efficacité   des   politiques   publiques.   Double  
avantage de ce système :   l’État bénéficie   d’une   expertise ciblée, la concertation avec les
groupes  d’intérêt permet  d’identifier  la  force  des  exigences  et   l’ampleur  des  résistances,   ce  
qui  permet  de  dégager  une  solution  qui  sera  plus  facilement  mise  en  œuvre.  L’État prend sa
décision politique en connaissance de cause. De plus, être érigé en interlocuteur occasionnel
ou  permanent  des  pouvoirs  publics,  c’est  un  moyen  d’accroitre  ses  ressources.  Avec  ce  type  
de  gouvernance,  se  constitue  un  réseau  d’influence  réciproque  entre  les  groupes  concernés  et  
les pouvoirs  publics.  Ils  s’appuient  sur  des  acteurs  réputés  représentatifs,  mais  l’État légitime
son  action  en  s’appuyant  sur  ces  acteurs,  tout  en  institutionnalisant  des  groupes  et  en  asseyant  
leur   position   dans   l’espace   public : le néo-corporatisme produit une légitimité mutuelle :
légitimité des décisions prises par les pouvoirs publics, et légitimité des interlocuteurs.
De nouveaux textes législatifs organisent ces relations et les négociations dans les
commissions représentatives.
Plus  les  dossiers  n’ont  des  aspects  techniques  complexes,  plus  le  mythe  de  l’exclusivité  des  
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représentants   élus   sont   remis   en   cause.   Aujourd’hui,   ces   partenariats   prennent   une  
importance croissante dans la mise en place des politiques publiques. La multiplication de
ces interventions affectent la démocratie, car le système politique prend un nouveau virage :
le gouvernement devient gouvernance et en réseau.

Les groupes   d’intérêt ont   une   importance   encore   plus   grande   au   sein   de   l’UE,   plus   encore   et   bien  
avant les partis politiques. On assiste  au  développement  d’un  lobbying  d’affaires, très bien perçu par
les  responsables  de  l’UE,  car  vu  comme  un  substitut  à  l’opinion  publique  européenne  peu  existante.  
Ils  permettent  la  représentation  d’intérêts  de  plus  en  plus  nombreux,  et  améliorent  le  fonctionnement
démocratique des institutions européennes. Ils constituent des courroies de transmission entre les
citoyens et les institutions non-élues  de  l’UE.  

L’ampleur  du  rôle  des  groupes  d’intérêt tant  au  sein  de  l’UE  qu’au  sein  des  États membres révèle la
complexité  de  la  notion  de  pouvoir,  des  processus  décisionnels  qui  n’émanent  désormais  plus  d’une  
unique  autorité.  Aujourd’hui,  la  plupart  des  décisions  politiques  résultent  de  compromis.

Chapitre 3 : les professionnels de la politique


Dans toute société, il existe des individus qui disposent de pouvoir d’édicter des règles contraignantes et de
les faire respecter par la force :  c’est  le  rapport  gouvernants / gouvernés.
Par  gouvernant,   on  entend  toute  personne  qui   lutte  pour  la  conquête   et   l’exercice  du  pouvoir.   Dans   l’État
moderne,  c’est  le  droit  constitutionnel  qui  règle  les  compétences  des  dirigeants.
La science politique s’efforce  d’identifier  sociologiquement  la  classe  politique : depuis le 19ème, se constitue
au sein des démos une élite spécialisée  dans  l’exercice  des  fonctions  politiques.  Traditionnellement,  selon  
WEBER,  avant,  la  politique  était  réservée  à  une  élite,  mais  elle  s’est  progressivement  professionnalisée.  Il  
distingue les amateurs, donc, et les professionnels. 3 spécificités des systèmes politiques modernes :
- Mobilisation électorale du peuple
- Organisation bureaucratique centralisée
- La professionnalisation des cadres à la conquête du pouvoir
Les  politiques  récusent  cette  qualification  de  professionnel  de  la  politique,  que  c’est  un  métier : ils affirment
que  c’est  leur  vocation,  un  engagement.
La science politique va définir les niveaux de formations, les mécanismes de sélection et  les  liens  qu’elles  
entretiennent   avec   les   segments   de   la   société,   pour   mettre   en   évidence   l’unité   profonde   d’intérêt   de  
conception qui unit les dirigeants politiques, et ce en dépit des alternances électorales : il existe une classe
politique identifiable.
Ce chapitre est consacré aux caractéristiques contemporaines des acteurs politiques, et pour les analyser, il
faut  d’abord  envisager  ce  qu’est  la  carrière  politique,  avant  de  se  pencher  sur  les  mécanismes  de  sélection  
du personnel politique :

Section 1 : la carrière politique


Paragraphe 1 : les professionnels de la politique
1830s, États-Unis : là apparaissent les expressions « politiciens » et « professionnels de la politique » : les
acteurs politiques ne sont plus des amateurs éclairés appartenant à une élite sociale, mais sont des acteurs
spécialisés.  C’est  Max  WEBER qui a le premier mis en lumière cette professionnalisation de la vie publique
dans un ouvrage de 1919.
Il distingue entre administration de notables et professionnalisation  de  l’activité   politique : « Les hommes
qui vivaient pour la politique vivent désormais de la politique ». Distinction simple :

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- Celui qui vit pour la politique doit être économiquement indépendant : en conséquence, le
recrutement social du personnel politique est sélectif. Celui qui vit POUR la politique appartient
souvent à la noblesse, ou à la bourgeoisie rentière. Ils font de la politique de manière occasionnelle,
sur leur temps libre : ce sont des amateurs.
- Celui qui vit de la politique  tire  un  revenu  de  l’exercice  à  temps plein  d’une  ou  plusieurs  fonctions  
politiques. IL est acteur public et est rémunéré pour cela :  des  élus,  des  permanents  d’organisations  
traditionnelles (syndicat, association,  parti…)
Le passage de la vie pour à la vie de la politique se traduit par une évolution professionnelle et
bureaucratique. Par professionnalisation, on évoque le processus historique  qui  a  vu  la  spécialisation  d’un  
groupe d’individu  qui  décident de se consacrer à temps plein à leur mandat et qui sont rémunéré pour cela.
C’est   un   phénomène récent : il est concomitant de  la  démocratie  représentative  et   de  l’universalisation  du
suffrage. On le date de la 2nde moitié du XIXème. En effet,  l’extension  du  suffrage  modifie  la  façon  de  se  
faire   élire.   Plus   le   suffrage   est   étendu,   pour   la   concurrence   pour   l’accès   aux   fonctions   politiques  
s’intensifient,   plus   il   faut   être   capable   de   mobiliser et fidéliser des électeurs. De plus, plus la démocratie
représentative se  développe,  plus  l’activité  de  représentant  se  complexifie,  et  impose  son  exercice  à  temps  
plein  et  la  mise  en  œuvre  de  compétences  accrues.
Avec  l’universalisation  du  suffrage, on développe des programmes idéologiques pour faciliter le choix des
électeurs.  Mais  les  ressources  individuelles  du  candidat  (mérite,  éducation,  appartenance  à  une  élite…)  ne  
suffisent donc plus, et on assiste à une nationalisation de la vie politique, les élections parlementaires
prenant  de  plus  en  plus  d’importance : il faut mettre un place une organisation rationnalisée qui soit capable
de  couvrir  l’ensemble  du  territoire.  Parallèlement,   on  assiste  à  la  professionnalisation  de  la  vie  politique :
recherche de financement, mise en place de comités électoraux, augmentation du   nombre   d’acteurs  
politiques   intermédiaires…   La   politique   cesse   d’être   le   monopole   des   riches   pour   évoluer   vers   un   métier  
rémunéré,  rationalisé,  qui  s’exerce  par  l’intermédiaire  des  grandes organisations politiques : on constate une
évolution du personnel politique. Traditionnellement, les politiques étaient des professions libérales,
amateurs  de  politiques,  et  ils  se  sont  mués  en  spécialistes  qui  se  consacrent  entièrement  à  l’activité publique.
En France, ce processus a commencé avec la IIIème République : elle se traduit par la division du travail
politique, elle renforce la distinction entre ceux qui font la politique, et les citoyens ordinaires. Elle
s’accompagne  de  compétences  accrues pour les acteurs concernés, et les professionnels politiques tendent à
s’arroger   le monopole de la compétence politique : une coupure apparait entre le peuple et les élites
politiques,  ce  qui  éloigne  certaines  catégories.  C’est  ce  que  souligne  DANIEL   GAXIE  lorsqu’il  parle  d’un  
« cens caché » :  certains  s’estiment  incompétents  et  se  détournent  de  cette  voie.
La   professionnalisation   de   la   politique   s’accompagne   de   certains   avantages : elle a permis la
démocratisation du personnel politique, lui permettant   également   d’acquérir   compétence   et   indépendance.  
Mais il y a des inconvénients également :   GAXIE   fait   remarquer   qu’à   partir   du   moment   où   il   y   a  
professionnalisation,   la   politique   devient   une   source   de   revenus,   ce   qui   a   pour   effet   d’inciter   les   acteurs  
politiques à faire passer les intérêts de leur carrière avant ceux de la nation. Dans la même veine,
SCHUMPETER fait une transcription entre monde politique et monde économique, soulignant que les
électeurs deviennent des consommateurs de politiques, et les acteurs politiques deviennent des producteurs
de politiques : il y a adaptation, comme en économie, du producteur à la demande. Donc le politique va
privilégier la prise de décisions propres à satisfaire  son  électorat,  parfois  au  détriment  de  l’intérêt  général.
Ainsi,  l’idée  de  professionnalisation  est  ambivalente :  elle  renvoie  d’une  part  à  l’idée  de  compétence,  mais  
également  à  une  crainte  d’une  dépossession  du  peuple  souverain,  la  classe  politique ayant le monopole de la
compétence et ses propres intérêts.

Paragraphe 2 : les différentes filières politiques


Traditionnellement, on distingue trois types de filières pour accéder aux fonctions politiques :
- la filière locale, qui évoque un parcours traditionnel du niveau local vers le national (certains auteurs
appellent cela « cursus ascendant »)
- la filière partisane (« cursus militant »)
- la filière descendante (« cursus inversée ») : filière apparue surtout sous la Vème République

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A. Le cursus ascendant
Il commence par une implantation locale, caractérisée   par   l’obtention   d’un   ou   plusieurs   mandats   locaux,  
d’importance   croissante   (d’abord   conseiller   municipal,   puis   maire ; conseiller régional, puis président de
conseil général ou régional ;;   maire   d’une   ville   plus   importante ; puis être repéré et accéder au statut de
député) :  on  passe  d’un  mandat  local  à  un  mandat  national.  A  ce  stade,  souvent,  l’élu  local  détient  plusieurs  
mandats.  Une  fois  au  Parlement,  l’élu  est  d’abord  parlementaire  de  base,  puis  obtient  des  fonctions  au  sein  
de  l’Assemblée  (président  d’une commission, rapporteur sur un projet de loi importante, porte-parole de son
groupe…)   et   s’étant   fait   repérer,   il peut accéder à une fonction ministérielle, voire Premier ministre ou
même président de la République.
Ainsi de Jean-Pierre Raffarin, élu local qui commence dans des mouvements de jeunesse giscardien, et qui
accède à la fonction de Premier ministre. Ou encore Jean-Marc Ayrault.

B. Le cursus militant
L’ascension   du   local   au   national   se   fait   au   sein   de   l’appareil   d’une   organisation   politique (parti, ou
association,   ou   groupe   d’intérêt).   Une   fois   tous   les   échelons   gravis   au   sein   de   cette   organisation,   on   peut  
passer  à  la  députation,  ou  à  des  postes  gouvernementaux.  Ce  cursus  militant  est  un  système  qu’on  retrouve  
dans les partis favorisant le militantisme : les partis de masse.
Exemple typique : Pierre Bérégovoy : syndicaliste cheminot, devenu Premier ministre.
La filière locale caractérise la carrière des hommes politiques de la IIIème République. Puis, on a vu monter
en puissance la carrière partisane (IVème République). Mais la Vème République a vu apparaître un
nouveau type : le cursus inversé.

C. Le cursus inversé
Disposant  de  ressources  sociales  élevées,  l’acteur  politique  entre  directement  au  centre  du  pouvoir,  comme  
conseiller, collaborateur   auprès   d’un   dirigeant   (ministre,   parlementaire,   président   de   la   République).   Puis,  
ayant  exercé  ces  fonctions,  il  décide  dans  un  second  temps  de  s’implanter  localement  et  de  s’investir  dans  
une organisation politique (souvent un parti) : on commence une carrière individuelle au centre du pouvoir,
et on recherche ensuite la légitimité électorale conquise localement. En général,  ils  sont  issus  d’une  grande  
école,   et   s’intègrent   à   la   sortie   de   cette   formation.   Cela   suppose   des   parachutages,   notamment   vers les
marchés politiques locaux, qui suscitent souvent des polémiques :   l’acteur  parachuté   entre  en   conflit   avec  
les  militants  qui  ont  suivi  le  parcours  classique.  Quand  l’implantation  locale  est  réussie,  elle  ouvre  l’accès  
aux plus hautes responsabilités nationales.
Ce fut le cas de Jacques Chirac, Ségolène Royal, François Hollande.

Le  poids  respectif  de  ces  filières  varie  au  sein  de  l’espace  politique :
- A gauche, la filière partisane domine : les socialistes, notamment de la XIVème législature en 2012
ont fait leurs  débuts  en  politique  au  sein  d’associations  ou   au sein du PS.
- A droite, les filières locale et descendante dominent.
L’apparition  et  la  montée  en  jouissance du cursus inversé est une caractéristique de la Vème. En France, les
carrières de la   haute   fonction   publique   ouvrent   l’accès   au   champ   politique,   mais   aussi   au   pantouflage.  
Quand la IIIème est la République des instituteurs, et la IVème celle des avocats, la Vème est la République
des hauts-fonctionnaires.
En France, on emploie le concept   d’élites  politico-administratives pour  désigner  l’élite   Étatique française.
IL y a une sorte de porosité : les liens entre administration et politique sont très étroits. Dans une moindre
mesure, il y a le même phénomène en Allemagne. Mais en Italie et au Royaume-Uni, le mode des
formations sont totalement séparées. La France se distingue par son système éducatif, et ses grandes écoles
qui forment les hauts-fonctionnaires,   favorisant   l’accès   à   l’élite   politique : X, ENS, ENA, Sciences-Po…  
Cette élite administrative est caractérisée par un double critère : souvent, le fait de cumuler deux grandes
écoles   (avant,   X   et   ENA   (VGE),   puis   ENS   et   ENA   (Juppé),   HEC   et   ENA   (Hollande).   Sortir   de   l’ENA  

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permet   d’accéder   aux   plus   hautes   fonctions   administratives,   politique et des affaires, avec la possibilité
d’alterner  la  nature  des  fonctions (Triangle du pouvoir).

Désormais, sous la Vème, deux types de cursus cohabitent : le cursus classique ascendant, et le cursus
inversé. En conséquences, sous la Vème, on observe un double phénomène :  d’une  part  la  fonctionnarisation  
de la politique (présence de plus en plus significative de hauts-fonctionnaires dans les gouvernements et
assemblées parlementaires), mais aussi une certaine politisation de la fonction publique, notamment par les
nominations au tour extérieur pour services rendus en politique.

Paragraphe 3 :  les  formes  de  l’activité  politique


La question sous-jacente, ici : faire de la politique, est-ce exercer un métier comme les autres ?
Répons nuancée : oui, et non à  la  fois.  Pour  répondre  plus  précisément,  il  convient  d’analyser  d’abord  les  
caractères du travail politique pour en mesurer l’originalité,  avant  d’envisager  la  nature  du  travail  politique  
pour en déterminer le contenu.

A. Les spécificités du travail politique


Oui,  c’est  un  métier  comme  un  autre : on y consacre du temps, on y perçoit une rémunération, les élections
jouent un rôle analogue au marché (on met en compétition la valeur et la qualité des acteurs). Mais le métier
politique est spécifique : il repose sur des savoir-faire,  une  habileté  technique,  qui  résulte  d’une  formation  
initiale,  mais  surtout  de  l’expérience  du  terrain,  de  l’acquisition  pragmatique  de  compétences  propres.
Quelles sont les motivations pour entrer en politique ? Deux types :
- Pour des motivations pratiques :   goût   de  l’action,  du  concret,   pour  certains  les  avantages  matériels  
qu’on  en  tire
- Pour des motivations idéalisantes :  souci  de  l’intérêt  général,  volonté  de  s’impliquer  dans  de  grandes  
causes,  et  parfois,  parce  qu’on  recherche une certaine notoriété, une popularité.
Certaines compétences prédisposent au métier politique. Le terme de « métier » suggère que la profession
repose  sur  l’apprentissage  de  connaissances  pratiques,  ni  obligatoires,  ni  immuables.  L’accès  est  facilité  par
le passage dans certaines universités ou grandes écoles :  droit,  économie,  sociologie.  Mais  ce  n’est  pas  une  
obligation : les connaissances se transmettent aussi de façon informelle, sans être sanctionnées par un
diplôme. Le représentant, dans un régime démocratique,   doit   être   capable   d’assurer   une   autorité   sur   sa  
circonscription, dans son parti, pouvoir fidéliser des soutiens, en acquérir de nouveaux. Les compétences
requises dépendent de la fonction : pour faire carrière comme ministre, il faut avoir des qualités techniques
spécialisées ;;  pour  être  maire,  être  un  bon  manager  territorial.  En  général,  l’acteur  politique  doit  avoir  une  
bonne  connaissance  de  la  société  et  règles  institutionnelles,  maîtriser  l’usage  des  médias,  qualités  oratoires,  
qualités  d’adaptation,  sens  de  l’improvisation,  et  savoir  maîtriser  ses  émotions.
Quelques   œuvres   entretiennent   l’idée   que   les   carrières   politiques   se   construisent   sur   les   trahisons   et   le  
cynisme : cela peut exister, mais ne suffit pas.
Comme dans toute profession, les acteurs politiques poursuivent des intérêts personnels (poursuivre une
carrière), mais aussi des intérêts corporatistes (promouvoir leur parti) : ils le masquent font valoir leur
engagement pour le peuple.
Le métier oolitique est de plus en plus codifié :  aujourd’hui,  on  constate  une  multiplication  des  lois  régissant  
l’exercice   des   activités   politiques,   une   « régulation juridique »   de   la   vie   politique,   avec   l’apparition   d’un  
véritable « droit de la vie politique », qui se développe autour :
- D’une  logique  statutaire (loi  sur  le  cumul  des  mandats…)
- D’une  logique  de  transparence  (publication  des  comptes de  campagne,  des  déclarations  d’intérêts…)
- D’une  sanction  en  cas  de  non-respect
Désormais,  l’exercice  de  toute  activité  politique  est  de  plus  en  plus  contrainte par ces réglementations. Le
métier politique est de plus en plus complexe, non seulement par cette réglementation, mais aussi par la
médiatisation  accélérée  de  la  vie  politique,  qui  a  une  influence  certaine  sur  l’exercice  d’un  métier  politique.  
Surtout :  cette  irruption  entraîne  une  diversification  des  professions  liées  à  la  vie  politique,  l’apparition  de  
nouveaux acteurs, tous ceux qui se consacrent aux métiers de la communication, pour concevoir et analyser
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des   enquêtes   d’opinion,   construire,   gérer   des images politiques. De nombreux acteurs, comme les
personnels de  instituts  de  sondage,  des  analystes  de  la  vie  politique,  des  boîtes  de  comm’,  sont  considérés  
comme des acteurs publics sans pour autant avoir de mandat.

B. La nature du travail politique


L’action  politique  vise  à  mobiliser  des  soutiens  et  est  tournée  vers  l’octroi  de  satisfaction  pour  le  bénéfice  de  
la collectivité entière. Le travail politique comporte 2 aspects :
- Un travail de décision :  tout  acteur  politique  s’y  consacre.  Il  associe  une   multiplicité  d’acteurs  plus  
ou moins apparents. Aux règles de compétences, qui ne suffisent pas toujours, il faut ajouter les
logiques   et   stratégies   des   acteurs   concernées.   Ce   travail   consiste   en   la   mise   sur   l’agenda   d’un  
problème, puis la décision des acteurs eux-mêmes.   L’agenda   politique,   c’est   l’ensemble   des  
problèmes   perçus   comme   ayant   besoin   d’une   intervention   politique.   Les   acteurs   jouent   un   rôle  
déterminant, soit de manière spontanée (en amont, pour anticiper des conséquences prévisibles, ou
des conséquences prévisibles), soit sous la contrainte (en aval, obligation de réagir à un évènement,
contraints   à   l’action   par   intervention   d’adversaires,   démobilisation   protestataire,   opposition  
parlementaire,  réaction  à  une  campagne  de  presse…).  
Il appartient aux  acteurs  d’évaluer  les  coûts  de  toute  intervention  de  leur  part,  coûts  dépendant  de  la  
complexité et des chances de réussite de la décision.
Il convient, après la mise sur agenda, au responsable politique de prendre les décisions en en assurer
la responsabilité. Cela suppose un certain savoir-faire propre :   l’acteur politique doit savoir,
percevoir les attentes des citoyens, apprécier si les attentes sont raisonnables ou non. Il doit aussi
identifier dans un dossier technique remis par ses conseillers les éléments susceptibles de provoquer
des résistances, polémiques, et mesurer les risques de toute prise de décision et mobiliser des
citoyens. Le décideur doit savoir communiquer, présenter la décision de manière à la faire accepter
par les gouvernés : la communication  est   incontournable   en  politique   aujourd’hui,   l’acteur  ne  peut  
survivre sans :   il   faut   justifier   les   mesures   prises   pour   en   faciliter   la   mise   en   œuvre.   Toute  
communication remplit un double objectif :
o Travail sur les représentations du réel : la perception des citoyens ont de leur vécu ont plus
d’importance,   le   discours   d’un   opposant   sera   de   rendre   les   dirigeants   responsables et sa
propre   capacité   à   faire   mieux,   et   les   dirigeants   s’efforcent de   s’attribuer   un   rôle   dans   la  
survenance de tous les  phénomènes  politiques  et  évitera  de  parler  d’impuissance.
o Mais il doit mobiliser les soutiens :   les   logiques   d’expression   varient   selon   le   contexte  
politique.  L’opposant  adoptera  un  langage  de  promesse,  mettre  l’accent  sur  son  programme,  
et le dirigeant, sur   son   bilan,   en   tentant   d’établir   un   lien   entre   phénomène   positif   et   son  
action.

Il y a une double dépendance réciproque entre les journalistes et les politiques :  c’est  les  politiques  
qui font vivre les journalistes, en leur fournissant de quoi nourrir leurs papiers, mais les acteurs
politiques sont aussi dépendants pour valoriser leur action, pour la faire connaitre.
En résumé :  l’activité  politique  peut  être  qualifiée  par  quatre  verbes :
- Plaider : le député plaidera auprès des administrations pour obtenir des décisions favorables à sa
circonscription ;;   le   ministre,   pour   obtenir   des   arbitrages   favorables   à   son   ministère   du   président…  
Plaider suppose des prises de parole ciblées : il y a plusieurs distinctions à faire
o L’éloquence  du  tribun  dans  un  meeting politique
o Habileté  d’expression  de  l’acteur  politique  dans  un  comité  restreint
o Art de la controverse dans débats, que ce soit dans les médias ou en comité restreint
- Participer à des processus décisionnels :   il   s’agit   pour   le   responsable   politique   de   coordonner les
décisions des différents acteurs, parties prenantes dans les décisions. IL endosse les décisions, il doit
être capable de mettre un terme à la période de concertation qui précède une décision.
- Contrôler :  rôle  majeur  de  l’opposition,  connaissance des acquis juridiques pour repérer anomalies et
cibler   les   objectifs   réels   d’une   politique   en   dehors   de   ceux   affichés.   Il   s’agira   pour   les   dirigeants  
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d’exercer  une  vigilance   critique pour prévenu les dysfonctionnements de leur service, anticiper les
réactions hostiles des électeurs.

Section 2 : la sélection du personnel politique


Les dirigeants politiques ont souvent été accusés de former une nouvelle aristocratie, une « noblesse
d’État »   (BOURDIEU),   comme   si   l’accès   d’un   individu   à   l’élite   politique   se trouvait facilitée par son
appartenance  à  l’élite  politique  sociale.  
En France, trois caractéristiques spécifiques de la classe politique :
- Une forte homogénéité sociale et intellectuelle
- Le   renouvellement   et   l’ouverture   de   la   classe   politique   ont   été   réduits par le cumul des mandats,
même  si  aujourd’hui,  en  voie  d’éradication
- Une féminisation tardive et progressive

Paragraphe 1 :  l’homogénéité  sociale  du  personnel  politique


Question qui peut se résumer à une simple équation : profession politique = un métier  d’homme,  d’âge  mûr,  
issu des catégories supérieures, diplômés et qui font de la politique une activité durable.
- Peu de femmes
- Peu de jeunes :  moyenne  d’âge  des  sénateurs  est  de  62  ans ; celle des députés, de 55 ans. Certaines
tranches  d’âge  sont  surreprésentées au Parlement. Dans les pays européens, sont surreprésentés les
41-50 ; 51-60. En France, ce sont les 51-60 et les 61-70 qui le sont. La France a une classe politique
vieillissante qui peine à se renouveler du fait du cumul des mandats, et de la possibilité de se
représenter indéfiniment.
- Un statut social élevé : ¾ des députés, 90% du gouvernement sont issus des 7% de classe supérieure
de  la  société,  et  cette  évolution  n’épargne plus le personnel politique local. La politique est souvent
une affaire de famille : le groupe social, parfois, contrôle sa propre sélection. Le mandat électif se
transforme en héritage familial, créant une sorte de dynastie : Aubry, fille de Delors, famille Le Pen,
Debré…  Pierre  Bourdieu parle « d’autoreproduction de la classe politique française ».
- Un métier de fonctionnaire :   comme  dans  certains  pays  européens,  comme  l’Allemagne,  le  secteur  
public représente entre 30 et 50% du personnel élu au Parlement selon les législatures. Cette
proportion augmente au fur et à mesure   que   l’on   s’élève   dans   la   hiérarchie   politique.   Selon   les  
périodes, les fonctionnaires représentent entre 43 et 45% des membres du gouvernement. Mais aussi
grâce  à  l’ENA,  l’école  du  pouvoir.  Depuis  sa  création  en  1945,  les  élites  françaises  sont  formées par
la   même   institution,   ce   qui   leur   confère   une   homogénéité   intellectuelle.   L’ENA   forme   des  
technocrates (ce qui est remis en cause par ceux qui veulent renouveler le système). La compétition
politique concerne avant tout les agents situés au sommet de la hiérarchie sociale : plus on monte
dans  la  hiérarchie  politique,  plus  l’origine  sociale  est  élevée.  Le  recrutement  suit  une  logique  sociale,  
ce qui éloigne les acteurs socialement et culturellement démunis. Les PP essayent de corriger cette
logique, en   pratiquant   une   certaine   discrimination   politique,   en   assurant   ou   en   tentant   d’assurer   la  
promotion de la diversité.

Paragraphe 2 : le cumul des mandats, obstacle au renouvellement du personnel


politique
Situation dans laquelle un acteur politique exerce  plusieurs  mandats  de  manière  concomitante.  Mais  c’est  un  
phénomène multiforme. On distingue :
- Le cumul vertical : cumul dans un même champ. A la fois député, maire, sénateur, ou conseiller
général…  Réglementé  en  France  depuis  1985.
- Le cumul horizontal : fonction économique, politique et culturelle : système des incompatibilités,
existe depuis longtemps.

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- Cumul temporel : renouvellement des mandats (réglementé depuis révision constitutionnelle de


2008, président de la République limité à deux mandats).
Cela bloque   l’entrée en politique des nouveaux talents. En 2012 : 82% des députés, 77% des sénateurs
exercent au moins un autre mandat. Actuellement, 60% des parlementaires détiennent aussi une fonction
exécutive locale.
Ce cumul des mandats est une spécialité française. En Italie, 16% des parlementaires exercent au moins un
autre mandat ; 15% en Espagne, 13% au Royaume-Uni, 10% en Allemagne. En France, on a une tradition
de  confusion  des  rôles  et  de  concentration  des  pouvoirs.  La  limitation  n’est  intervenue  qu’en  1985,  par  une  
législation,  puis  en  2000,  puis  par  la  loi  du  22  janvier  2014,  qui  entrera  en  vigueur  en  2017  (qui  n’interdit  
pas  le  cumul,  mais  interdit  le  cumul  d’une  fonction  nationale  avec  une  fonction  exécutive  locale).
Ce qui favorise cette pratique,  c’est  la  légitimité  fonctionnelle.  Elle  réduit  la  concurrence  politique,  renforce  
le   prestige   de   l’élu   local,   augmente   la   capacité   d’intervention   et   d’influence.   Comme   le   soulignait  
CARCASSONNE en 1997, « aussi   longtemps   qu’il   n’est   pas   juridiquement   interdit, il est politiquement
obligatoire ».
Le cumul des mandats ne date pas de la Vème République, mais s’est  accentué  dans  cette  période.  Sous  les  
IIIème   et   IVème   République,   2/3   de   députés   cumulaient.   Aujourd’hui,   ¾.   Pourquoi   cette   spécificité  
française ?   Car   la   France   a   un   grand   nombre   de   communes   (50%   des   communes   de   l’UE),   et   système  
électoral et partisan encourage les députés à développer une relation personnelle avec les électeurs. Le
cumul des mandats est un mal inévitable, mais pas nécessaire : il sert la démocratie tout en le desservant. Il
présente des avantages et des inconvénients. Aux yeux de certains :
- c’est  un  support  utile  pour  la  démocratie :  il  renforce  l’autorité  politique  des  élus.   Le  mandat  local  
facilite la pérennité du mandat parlementaire.  Le  cumul  des  mandats  est  une  prime  à  l’élection  et  à  la  
réélection.
- Il a un caractère formateur : en cumulant plusieurs mandats, les élus acquièrent efficacité et
expérience, développe sa richesse juridique et politique. La gestion locale éclaire l’élu   dans   sa  
réflexion sur les enjeux nationaux. De plus, cela lui donne la possibilité de faciliter la gestion de
dossiers locaux via le Parlement.

Mais  il  s’avère  aussi  être  néfaste  pour  la  démocratie :


- Il génère un exercice dénaturé des mandats. Avoir un   mandat   national,   c’est   être   de   plus   en   plus  
occupé. Mais du fait de la décentralisation, détenir un mandat local est de plus en plus complexe.
L’élu   va   donc   déléguer : le député-maire va confier beaucoup de responsabilités à son premier
adjoint.
- Il nuit à la qualité du travail parlementaire :  amenés  à  privilégier  des  mandats  sur  d’autres.  Le  local  
est préféré, souvent, au travail parlementaire, et génère un absentéisme parlementaire. La détention
d’un   mandat   local   peut   influencer   l’exercice   du   mandat   national. Il empêche aussi les nouveaux
talents  d’éclore.
- Engendre  conflits  d’intérêts : risques de corruption sont multipliés. Il concentre le pouvoir aux mains
d’élites  restreintes, ce qui complexifie la tâche des organes de contrôle.
- Il crée une sclérose de la vie politique : rend plus difficile la féminisation et le rajeunissement la
politique.
en France,  le  cumul  a  été  réglementé  en  1985,  et  aujourd’hui,  une  seconde  législation  adoptée  en  2000  le  
limite : impossible de cumuler avec un mandat de député du  parlement  européen,  et  avec  plus  d’un  mandat  
local (conseiller régional, général, municipal). Mais ces limites sont trop insuffisantes, et ne limitent pas,
comme   c’était   prévu,   les   conflits   d’intérêts   et   ne   permettent   pas   la   professionnalisation   des   élus : elles
n’empêchent  pas  le cumul  d’un  parlementaire  et  d’un  exécutif  local.
Des chefs de gouvernement posent des limites : sous Jospin et Raffarin, il fallait faire un choix entre
exécutif local et portefeuille ministériel. Sous Fillon, 22 membres du gouvernement élus (dont 14 dès le
premier tour). Depuis 2012, on ne peut de nouveau plus cumuler, comme sous Jospin.
Dès   le   comité   Balladur,   on   insiste   sur   la   nécessité   d’une   limitation   d’un   mandat   parlementaire   et   de  
fonctions exécutives locales, pour un renforcement du Parlement, mais proposition restée lettre morte.
en 2012,  la  commission  Jospin  propose  l’interdiction  du  cumul  d’une  fonction  ministérielle  et  de  TOUTE  
fonction locale, en avançant trois objectifs :
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- Restaurer la confiance des citoyens envers leurs représentants


- Limiter  les  situations  de  conflits  d’intérêts
- Faciliter le renouvellement du personnel politique
Le cumul des mandats connaît une nouvelle législation restrictive depuis la loi de janvier 2014, mais cette
loi   ne   s’appliquera   qu’à   partir   de 2017. Elle a suscité de vifs débats, les adversaires de la réforme
soulignaient les avantages du cumul (ancrage local, connaissance des réalités), certains voulaient réserver un
traitement spécial pour les sénateurs. Mais malgré les réticences de la classe politique (droite comme
gauche), à partir du 31 mars 2017, impossible de cumuler entre mandat national et mandat exécutif local.
La   réforme   s’appliquera   de   la   même   façon   pour   tous   les   parlementaires.   Par   ailleurs,   le   texte   adopté   en  
janvier 2014 autorise   qu’un   député   ou   un   sénateur   démissionnaire   pour   cause   de   cumul   des   mandats   soit  
remplacé par son suppléant.
Deux remarques :
- Toute   interdiction   plus   sévère   du   cumul   des   mandats   suppose   l’adoption   d’un   véritable   statut   de  
l’élu.
- D’autre  part,  ce  sont  les électeurs qui fabriquent les cumulards.
- Il   y   a   d’autres   propositions   pour   rénover   la   démocratie : pratique du mandat unique, mais aussi,
limitation à trois mandats consécutifs pour chaque fonction élective, fixer un âge plafond pour
l’exercice  des  mandats parlementaires (Hervé Morin avait proposé 72 ans, et Montebourg, 68 ans).
Mais une partie de la classe politique y est réticente.

Paragraphe 3 : la féminisation de la vie politique


Femme   et   politique,   question   aux   aspects   multiples.   Les   femmes   sont   d’abord des citoyennes, et il faut
évoquer  l’évolution  de  leur  comportement  électoral  (voir  le  chapitre  sur  le  comportement  électoral) :  il  n’y  a  
plus de comportement électoral féminin.
Ce  sont  aussi  des  militantes.  La  grande  idée  à  retenir,  c’est  qu’au-delà du champ partisan, elles investissent
davantage le monde associatif et syndical, où elles militent plus.
Ce sont aussi les femmes responsables politiques.
C’est  enfin  l’exercice  d’un  pouvoir  occulte : autrefois, les mères étaient régentes quand leur leur fils mineur
accédait au trône,  et  on  connaît  aussi  des  maîtresses  de  rois  qui  ont  influencé  ces  derniers.  Aujourd’hui,  ce
sont les épouses, les compagnes qui peuvent avoir un rôle.
Paradoxe :  la  France  est  le  pays  des  Droits  de  l’Homme  et  de  l’égalité, mais  la  Révolution  n’a  pas  émancipé  
les femmes. La vie politique française est peu féminisée. Pendant longtemps, les femmes ont eu un
comportement électoral spécifique : elles votaient moins que les hommes et plutôt davantage à droite que
les hommes. Ce comportement est  lié  à  un  sentiment  d’incompétence  en  politique,  lié  à  leur  histoire,  leur  
exclusion  du  champ  politique.  Sous  la  Révolution,  de  nombreuses  femmes  ont  fait  preuve  d’une  conscience  
politique et de pratique militante, notamment Olympe de Gouges. « La femme a le droit de monter sur
l’échafaud,   elle   doit   également   avoir   le   droit   de   monter   à la tribune ». Pendant deux siècles, les femmes
restent   cantonnées   à   la   sphère   privée   de   la   société.   Très   vite,   dès   l’époque   révolutionnaire,   elles   sont  
évincées de la vie politique. En 1791, elles sont privées du droit de vote. En 1793, elles perdent
l’autorisation  d’avoir  leur  propre  club.  En  1795,  elles  perdent  l’accès  aux  tribunes  de  la  Convention,  puis  le  
droit  d’assister  à  toute  assemblée  politique.  En  1848, on adopte le suffrage universel masculin. Résultat de
cette éviction : dès la fin du XIXème siècle, les mouvements féministes réclamant le droit de vote se
multiplient, sans succès, car trop divisés. Sous la IIIème, la gauche redoute l’influence   des   prêtres et des
maris  sur  l’orientation  du  vote  féminin. C’est  en  1944  qu’une  ordonnance   du gouvernement provisoire du
général de Gaulle qui leur octroie le droit de vote. En moins de 50 ans, elles ont rattrapé leur retard par
rapport aux hommes. Les comportements électoraux des deux sexes sont similaires : elles participent autant
que les hommes, votent autant voire plus que les hommes pour la gauche. Pendant longtemps, on avait
considéré une certaine répugnance des femmes à voter pour les extrêmes, mais avec Marine Le Pen, ce
caractère  s’est  effacé.
Malgré   cela,   elles   sont   minoritaires   parmi   les   élus   locaux   et   nationaux.   Pourtant,   l’opinion   publique   a  
conscience   du   besoin   de   féminisation   de   la   vie   politique.   L’accession   des   femmes   aux   plus   hautes  
responsabilités  politiques  n’effraie  plus  l’opinion.  Pour  remédier  à  cette  sous-représentation, on a utilisé la
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contrainte, en appliquant le principe de la parité. La parité est une revendication de nombreux de pays de
l’UE,  même  si  la  voie  législative  est  encore  peu   employée. La première Lo favorisant  l’accès  des  femmes  
aux  mandats  électoraux  est  adoptée  en  Italie  en  1993.  La  Belgique  se  dote  d’une  législation  imposant  des  
quotas de femmes sur les listes électorales de tous les partis en 1994 : le nombre des candidats du même
sexe ne peut excéder les 2/3 sur une liste. Résultat : en 2007, 34,7% de femmes députées. Au Portugal
(premier   pays   européen   à   avoir   accordé   le   droit   de   vote   et   d’éligibilité   aux   femmes   en   1976),   une   loi  
socialiste de 1999, rejetée, imposant de constituer des listes électorales, avec au moins 25% de femmes. En
février 2005, là-bas, 21% de femmes au Parlement.
La loi sur la parité a suscité des débats.
- Ceux qui sont contre :   lois   sur   la   parité   porterait   atteinte   à   l’indivisibilité   de   la   nation,   à  
l’universalisme,   en   introduisant   un   risque   de   communautariste,   qui   pourrait   susciter   de   nouvelles  
revendications  de  la  part  d’autres  catégories  de  la  population.  De  plus : quelle serait la légitimité des
femmes élues par une contrainte législative ? Enfin, cela porterait atteinte à la liberté de choix de
l’électeur.
Malgré cela, en 1999, le principe de parité est introduit dans la Constitution. La loi du 6 juin 2000 vise à
« favoriser   l’égal   accès   des   femmes   et   des   hommes   aux   mandats   électoraux et fonctions électives ». Les
partis doivent présenter une part égale de candidats et de candidates, sous peine de sanctions financières. La
loi du 31 juillet 2007 instituait un ticket paritaire (candidat et suppléant de sexe opposés) pour les
cantonales, et renforçant la pénalisation pour les législatives. Mais la loi du 17 mai 2013 a imposé un
nouveau type de suffrage : le scrutin binominal paritaire : pour les conseillers départementaux, un homme et
une femme seront élus, en binôme. Cela suppose de redécouper les cantons. Aujourd’hui, les conseils
généraux ne comportent que 13,5% de femmes. Ce sera donc élevé à 50%.
Bilan :   depuis   l’adoption   de   ces   mesures   contraignantes,   la   représentation   des   femmes   progresse,   mais  
lentement. Depuis mai 2012, le gouvernement est paritaire. Depuis mars 1997, les élections législatives
marquent  un  progrès,  même  si  l’élite  est  masculine.  Aujourd’hui,  26%  de  femmes  à  l’Assemblée : en 1962,
1,7% de femmes. De même, aujourd’hui, 22% de femmes au Sénat, et 1,4% de 1971.
Les partis ne sont pas égaux dans ce processus : les partis de gauche sont plus ouverts aux femmes que ceux
de   droite.   A   l’heure   actuelle,   PS : 37,5% de femmes parmi ses députés. Le PRG, 33%, EELV-Les Verts,
52,9%, 14% UMP, 0% centristes.
Chiffres à relativiser. En effet, en 2012, lors des législatives, la gauche avait moins de sortants, et il est plus
facile de présenter des candidatures féminines dans ces cas-là.
Pour comparer : en UE, les femmes = 24,2% des chambres basses, avec de fortes variations : 8% à Malte et
46% en Suède. La part des femmes parmi les élus progresse vite dans les élections de liste, mais plus
faiblement  dans  les  élections  uninominales.  Il  faut  souligner  qu’après  les  élections,  on  choisit  rarement des
femmes  pour  assurer  l’exécutif.  Ainsi,  en  2012,  les femmes représentent 10% des maires des communes de
+3000 habitants, 7% des présidents de conseils généraux, 5% des présidents de conseillers généraux, alors
qu’elles   sont   48%   de   conseillères   régionales.
De plus, au sein des exécutifs locaux, on a une spécialisation des activités et des responsabilités : on laisse
plus   facilement   aux   femmes   les   affaires   sociales,   culturelles   ou   familiales   plutôt   qu’économiques   et  
financières  (mais  ce  n’est  pas  forcément  vrai  au  niveau  national).
Pourquoi la féminisation est-elle si lente et progressive ? Du fait de la stratégie des PP : ils font de la
résistance   à   l’entrée   des   femmes   dans   l’arène   politique,   résistance   qui   émane   de   l’arène   politique   elle-
même : les remarques sexistes sont très nombreuses. En effet, les hommes politiques résument la parité à un
peu de mixité, et la considère comme une obligation. Souvent, les circonscriptions les plus difficiles sont
attribuées aux femmes, et plusieurs partis préfèrent subir les pénalités financières. Enfin, on est réticent à ne
pas  renouveler  l’investiture  d’un sortant efficace pour le remplacer par une femme nouvelle. Les femmes
ont   moins   l’occasion   de   montrer   leurs   compétences,   donc   moins   d’élus,   cercle   vicieux.   Devenir   femme  
politique  en  France,  c’est  encore  une  voie  d’exception.  Cela  s’explique  par  plusieurs  critères :
- Le poids des scrutins uninominaux
- Le cumul des mandats
- Sous  la  Vème  République,  l’élite  politique  est  constituée  de  hauts-fonctionnaires énarques, alors que
l’ENA  ne  comptait  jusqu’en  1970,  10%  de  femmes.
- La cooptation qui prend une place importante
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- La faiblesse des réseaux politiques féminins.


Pourtant, la participation des femmes est considérée comme un des éléments susceptibles de moderniser la
vie  politique.  Il  semble  nécessaire  d’agir  sur  le  fonctionnement des PP. Il faut aussi agir sur les modes de
scrutin,  ou  le  statut  de  l’élu  et  l’organisation  de  la  vie  politique : tant que les réunions ont lieu le soir ou le
WE, cela ne favorise par la féminisation. Mais la féminisation dépend aussi des femmes elles-mêmes : elles
doivent  s’investir  en  politique,  ce  qui  est  loin  d’être  le  cas.

Chapitre 4  :  l’opinion  publique


Elle se définit comme la manière de penser la plus répandue dans une société, celle de la majorité du corps
social. Les acteurs politiques, journalistes  et  autres  médias  s’y  réfèrent  constamment.  Désormais  érigée  en  
acteur  collectif,  l’opinion  publique  devient  un  gage  démocratique,  et  souvent,  l’opinion  majoritaire  est  prise  
à  témoin  pour  légitimer  l’action  politique.  Nous  en  avons  des  exemples  tous les jours : la politique apparaît
désormais  comme  un  complexe  jeu  triangulaire  entre  les  acteurs  politiques,  les  médias  et  l’opinion  publique.  
En  dépit  du  silence  des  textes  constitutionnels,  l’opinion  publique  est  devenue  un  acteur  politique  important.  
Et  dès  lors  qu’on  analyse,  qu’on  considère  l’opinion  publique,  de  nouveaux  entrants  font  leur  entrée  sur  la  
scène politique :   les   sondeurs,   les   commentateurs,   les   spécialistes   en   comm’…   La   politique   devient   une  
affaire de spécialistes, ce qui accroît le fossé entre initiés et non-initiés.
Cette montée en  puissance  de  l’opinion  publique  suscite  trois  questions :
- Existe-t-elle vraiment ou est-ce un phénomène construit par les sondeurs et imposé par les
commentateurs ?
- Comment mesure-t-on   l’opinion   publique ? La diffusion de ces mesures développe la
communication  politique,  ce  qui  n’est  pas  sans  conséquences  sur  la  démocratie : la médiatisation est-
elle une contrainte pour la vie politique, ou un renforcement de la démocratie ?
- Les nouvelles techniques de communication produisent-elle de nouvelles formes de démocraties ?

Section 1 :  l’opinion  publique


En démocratie, le peuple est la source de la légitimité du pouvoir. Une politique répondant aux attentes de
l’opinion  publique  est  perçue  comme  légitime.  A  l’inverse,  une  politique  condamnée  par  l’opinion  publique  
est   menacée   d’illégitimité.   Certains   récusent   cette   dictature   de   l’opinion   publique,   et   soulignent   qu’une  
politique   doit   être   considérée   en   fonction   de   sa   contribution   à   l’intérêt   général,   pas   uniquement par sa
popularité.
Il   est   impossible   de   recueillir   simultanément   l’opinion   de   dizaine   de   milliers   de   personnes : quelles
techniques utilise-t-on ?   Tout   se   passe   comme   s’il   existait   un   point   de   vue   majoritaire,   qui   vaut   pour  
l’ensemble  des  individus.  Mais  en  réalité,  ce  n’est  pas  aussi  simple : il est difficile de synthétiser plusieurs
points de vue en un seul. Et comment mesure-t-on cette opinion ? Existe-t-il une majorité ?
Là apparaissent les critiques :  certains  auteurs  dénoncent  l’opinion  publique  comme un phénomène construit
et instrumentalisé politiquement et socialement.

Paragraphe 1 :  la  naissance  de  l’opinion  publique


Au   XVIIème   siècle,   l’opinion   publique   se   forge   à   la   cour,   à   la   ville,   et   est   fondée   sur   les   rumeurs   qui   se  
propagent dans les salons en vue. Au XVIIIème siècle, le milieu intellectuel introduit une composante
supplémentaire.   C’est   l’époque   où   certains   philosophes   connaissent   des   succès   d’édition,   et   quelques-uns
assoient  leur  autorité,  et  formulent  une  manière  de  penser  diffuse.  C’est  alors  l’opinion  d’une  élite  cultivée,  
bourgeoise,   opposée   à   l’absolutisme   royal,   qui   s’exprime   dans   les   salons :   ce   n’est   à   ce   moment   que  
l’opinion  d’une  minorité.  L’opinion  de  la  majorité  n’a  que  très  peu  d’existence.
Au XIXème siècle, les élus de la nation obtiennent le  monopole  de  l’expression  publique : les députés sont
élus par le peuple, et peuvent donc prétendre à exprimer la volonté de la nation et traduire les aspirations de
l’opinion.   Les   élus   locaux   ont   un   rôle   décisif   comme   relais d’opinion   auprès des dirigeants, et sont des
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producteurs. Se développe alors la presse, qui joue un rôle croissant, acquiert une audience de masse, et
vient   concurrencer   les   élus   dans   l’expression   de   l’opinion.   Parallèlement,   les   manifestations   de   rue  
apparaissent en France pendant la révolution de 1848.  L’opinion  s’affirme : elle devient un enjeu électoral.
Jusqu’au   milieu   du   XXème,   il   n’existe   qu’un   ensemble   de   modalités   et   de   définitions   de   l’opinion  
concurrentes : à partir des 1960s, grâce au développement des sondages, on organise en permanence la
mesure des perceptions et des jugements des citoyens. Apparaissent alors les instituts de sondage, et les
sondages  d’opinion,  qui  s’imposent  comme  les  instances  habilités  à  dire  ce  qu’est  l’opinion  publique  et  ce  
qu’elle  veut.  Au  fur  et  à  mesure  qu’ils  prennent  de  l’importance,  les  autres  canaux  se  trouvent  concurrencés,  
et  s’impose  la  croyance  selon  laquelle  le  sondage  est  une  technique  scientifique,  car  il  fait  parler  le  peuple  
directement sans intermédiaire. Mais apparaissent des controverses.

Paragraphe 2 :  l’opinion  publique,  notion  controversée


Le  concept  de  l’opinion  publique  renvoie  à  l’opinion  de  la  majorité  exprimée  ailleurs  que  dans  les  urnes,  il  
désigne les jugements et perceptions de la majorité de la population  tels  qu’ils   ressortent   de  l’analyse  par  
voie   d’enquêtée et   sondages   agrégés.   L’OP   personnalise   l’avis   de   la   majorité,   avis   à   partir   duquel   il   est  
considéré  comme  possible  et  légitime  d’établir  des  prévisions  électorales  ou  de  justifier  une  action  politique.
Aujourd’hui,  c’est  un  pouvoir  important,  et  souvent,  on  réduit  l’OP  aux  résultats  des  sondages.  Pourtant,  la  
mesure est difficile à réaliser, et suscite de nombreuses critiques qui portent sur le principe même des
sondages et sur les méthodes utilisées par les sondeurs. La critique universitaire a remis en cause la validité
scientifique des sondages du point de vue de la fiabilité technique et de la manipulation politique sur
laquelle   ils   peuvent   aboutir.   Ces   auteurs   montrent   que   la   notion   d’OP   est   une notion construite et
instrumentalisée.
Deux auteurs sont à l’origine de ces analyses :
- BOURDIEU, en 1984 : « l'OP dans l'acception implicitement admises par ceux qui font les sondages
d'opinion ou ceux qui en utilisent les résultats n'existent pas ». Les  citoyens  n’expriment  pas  toutes  
leurs préférences, ils les camouflent. Ils peuvent être influencés par la manière dont les questions
sont posées, ou par des évènements conjoncturels, et les traitements médiatiques de certains sujets et
certaines catégories sociales sont sous représentées. Donc les instituts de sondages ne mesurent pas
toutes les préférences, donc ne créent pas une vraie OP :   c’est   une   construction   artificielle   née   de  
l’action   du   groupe   dominant   dans   le   champ   politique.   Le   sondage   est   « un   instrument   d’action  
politique » :   il   s’agirait   de   créer   l’illusion   d’une   opinion   favorable   aux   évolutions   sociales   et  
politiques  que  le  groupe  dominant  souhaite  mettre  en  œuvre.  Elle  favorise  l’opinion  d’une  majorité  
silencieuse, au détriment des minorités actives contre   l’autorité   du   pouvoir.   C’est   un   outil   de  
conformisme   social,   et   BOURDIEU   insiste   sur   l’analyse   des   non-réponses : le sondage part du
principe  que  tout  le  monde  a  une  opinion,  or  ce  n’est  pas  le  cas.  Il  y  a  un  problème  de  compétence  et  
de  niveau  d’instruction.  Toutes  les  opinions  ne  se  valent  pas,  en  effet : la position sociale influence
l’individu  qui  répond.  Il  souligne  également  que  le  fait  de  poser  la  même  question  à  tout  le  monde  
suppose un consensus sur le problème, sur la question à poser, un accord sur les questions qui
méritent  d’être  posées.
- CHAMPAGNE :  il  ajoute  qu’en  réalité,  avec  les  sondages  d’opinion,  on  fait  croire  que  l’on  donne  la  
parole au peuple. Les commentateurs politiques, les politologues, prétendent faire parler le peuple,
mais en réalité, le champ politique se replie sur lui-même. Selon lui, il est dur de synthétiser tous les
points de vue en un seul. IL en arrive à la même conclusion que BOURDIEU : les sondeurs et
analystes   fabriquent   l’opinion   publique,   et   toutes ces enquêtes livrent une opinion modelée, figée,
unifiée,   ce   qui   n’est   en   réalité   pas   du   tout   le   cas : les opinions sont complexes, fluctuantes, et par
conséquent dures à saisir. CHAMPAGNE insiste sur la nécessité de prendre en compte le poids du
contexte dans lequel est fait le sondage. Les hommes politiques font croire que les mesures sont
identiques par celles souhaitées par les citoyens.
On voit aussi le caractère controversé de la notion :  l’ensemble  de  ces  travaux  insistent  sur  le  fait  que  les  
sondages sont un instrument de confiscation de la parole des citoyens, et de légitimation des forces
politiques en place. Elles mobilisent à leur profit un acquiescement, qui permet de tirer une certaine
légitimité. Mais on parle de controverse, car les travaux de BOURDIEU et CHAMMPAGNE ne font pas
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l’unanimité.  LANCELOT  ou  CAYROL  affirment  que  les  sondages  contribuent  au  bon  fonctionnement  de  la  
démocratie,   en   ce   qu’ils   encouragent   une   démocratie   gouvernée   plutôt   que   gouvernante.   Ce   n’est   pas   la  
technique qui est critiquable,   mais   l’utilisation   qu’on   en   fait.   L’intérêt   des   sondages,   c’est   au   moins   de  
redonner   la   parole   au   peuple   en   dehors   des   élections,   et   permettre   un   contrôle   de   l’opinion   sur   l’action
publique en dehors de ces élections.

Section 2 : la mesure de  l’opinion  publique,  les  sondages


Les  grands  médias  commandent  de  nombreux  sondages,  qui  leur  permettent  de  parler  au  nom  de  l’opinion  
publique. Les gouvernant eux aussi utilisent les sondages pour justifier leurs décisions, tester des idées,
voire même mettre   en   œuvre   des   choix   publics.   Il   ne   faut   jamais   oublier   que   les   instituts   de   sondages  
opposent  des  techniques  d’analyse,  mais  sont  des  analyses  à  but  lucratif,  et  que  les  sondages  ne  sont  qu’une  
faible   part   de   leur   activité.   La   mesure   de   l’OP   et   son   utilisation ne sont par ailleurs par totalement
indépendants  d’enjeux  économiques  ou  de  rapports  de  pouvoirs.

Paragraphe 1 : l’origine  des  sondages


Le  sondage  d’opinion  a  été  mis  en  place  aux   États-Unis au début des 1930s, quand GALLUP a démontré
l’efficacité   de   sa   technique   en   prévoyant   la   réélection   de   Roosevelt   en   1936   sur   la   base   d’un   échantillon  
représentatif   de   5000   personnes.   Il   parvient   à   prévoir   le   résultat   effectif   de   l’élection,   la   victoire   de  
Roosevelt pourtant inattendue. En France, il faut attendre   30   ans   avant   qu’il   s’impose : en 1938 est créé
l’IFOP,  premier  institut  en  France,  mais  son  activité  reste  modeste.  En  1945,  elle  prévoit  la  composition  de  
l’assemblée   constituante   avec   une   marge   d’erreur   de   3%   seulement.   Mais   c’est   à   partir   de   l’élection
présidentielle  au  SUD  de  1965  qu’ils  se  développent  vraiment :  la  veille  de  l’élection,  France  Soir  publie  un  
sondage dans lequel ils prévoient que DG sera mis en ballotage par Mitterrand, ce qui se produira. De là
naissent de nouveaux instituts de sondages (BBA 1970, CSA 1977). Ces instituts ont établi leur légitimité
grâce  à  leur  capacité  à  anticiper  le  résultat  des  élections.  L’élection,  c’est  un  moment  de  vérité  où  se  joue  la  
crédibilité des instituts de sondages. Mais les sondages électoraux ne sont   qu’une   part   marginale.   On   en  
distingue 3 types en politique :
- Sondages sur les intentions de vote
- Sur les caractéristiques sociales  d’un  électorat
- Enquêtes  d’opinion  qui  prétendent  révéler  l’opinion  publique à partir de questions concrètes.
Les sondages   sont   une   technique   d’enquête   statistique   auprès   d’une   population   visant   à   recueillir   des  
résultats quantitatifs à partir d’informations  collectées  sur  un  échantillon  de  personnes.  Leur  rôle  est  de  plus  
en plus important dans la vie politique :   c’est   paradoxal, puisque les citoyens comme les dirigeants se
déclarent tous méfiants à  l’égard  des  sondages.  Pour  la  présidentielle  de  1981,  on  dénombre  110  sondages.
293 pour celle de 2007, et plus de 450 sur la séquence électorale de 2012. On a 3 explications à ce
phénomène :
- L’allongement  du  calendrier  électoral : les sondages sont réalisés de plus en plus tôt, avant le début
de la campagne officielle. Les premières enquêtes pour la campagne de 2012 sont réalisées en août
2010, alors  qu’on  ne  sait  pas  qui  seront les  candidats  officiels,  et  où  l’on  ignore  encore  quels  enjeux  
alimenteront  l’élection.
- L’intensification  de  la  concurrence :  pluralité  de  l’offre.  En  1965,  on  avait  2  instituts,  la  SOFRES  et  
l’IFOP.  Aujourd’hui,  on  en  a  une  dizaine.
- L’explosion  de  la  demande de sondages :  aujourd’hui,  dans  la  France  contemporaine,  pour  paraître  
sérieux, les médias veulent fonder leur analyse sur des données chiffrées et certifiées. De plus,
certains   sondages   d’opinions   sont   exploités   dans   une   démarche   scientifique   (analyse du climat
politique, étude de sociologie électorale).
Le  sondage  d’opinion  est  un  outil  de  connaissance,  mais  aussi  de  gouvernement  de  société.  Les  usages  des  
sondages sont très diversifiés : certains gouvernants utilisent les sondages pour anticiper les réactions
sociales suscitées par une réforme ou une mesure projetée, alors que les médias les utilisent pour commenter
l’évolution  de  la  vie  politique,  et  que  les  partis  les  utilisent  pour  justifier  ou  rejeter  une  candidature,  et  les  
spécialistes du marketing  électoral  les  utilisent  pour  ajuster  le  message  à  certains  segments  de  l’électorat.
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Malgré leurs discours, les politiques accordent une grande importance à ces sondages : ils influencent les
projets de réforme, les discours, les programmes électoraux. Ils influencent seulement : on ne gouverne pas
uniquement par sondages. Mais avec cette montée en puissance des sondages, cette intervention massive des
médias dans la vie politique, on assiste à une évolution de la démocratie. Certains auteurs ont systématisé
cette   évolution   de   la   démocratie.   Avec   cette   montée   en   puissance   de   la   médiatisation   de   l’opinion,   selon  
MANIN, à la démocratie parlementaire se substituerait « une démocratie publique ». Dans ses travaux, il
distingue trois moments dans la démocratie : on serait successivement passés de la démocratie des
Parlements (XIXème), à la démocratie des partis (début du XXème), à la démocratie du public (ou
d’opinion),  dans  laquelle  émergent  les  sondages.  Elle  se  caractériserait  par  la  fin  de  l’alignement  partisan,
un développement de la volatilité électorale,  et  une  délocalisation  du  politique  qui  se  situe  sur  d’autres  sites  
que les institutions traditionnelles, et une personnalisation parallèle du pouvoir : ce sont des personnes, des
leaders qui font la politique.   Les   sondages   d’opinion   offrent   au   citoyen   de   nouvelles   formes   de   parole  
politique :  ils  peuvent  y  participer  hors  des  élections.  En  conséquence,  les  sondages  d’opinion  semblent  un  
prolongement de la démocratie représentative. Mais les sondages sont une mesure statistique et comportent
donc des limites techniques. Ils peuvent aussi influencer les électeurs en matière électorale. Ils peuvent donc
être une menace pour la démocratie.
En   d’autres   termes,   les   sondages   d’opinion   présentent   avantages   et   inconvénients pour le fonctionnement
d’une  démocratie.

Paragraphe 2 : les sondages : prolongement de la démocratie représentative


Comment  faire  participer  effectivement  l’ensemble des citoyens à leur propre gouvernement ? Les sondages
le permettent car ils interviennent à intervalles plus  fréquents  que  les  élections,  puisqu’on  mesure  l’étendue  
de la force de la minorité muette. Il complète le principe majoritaire, et on peut synthétiser leur apport à la
démocratie en leur reconnaissant 3 vertus, comme le fait LANCELOT :
- Ils aident à la sélection des candidats et des gouvernants
- Ils permettent un certain contrôle des gouvernants par les citoyens entre les périodes électorales.
- Enfin,   ils   permettent   de   modérer   l’hégémonie   de   la   majorité : on prend en compte les opinions
minoritaires, ce qui permet un certain respect des opposants au pouvoir. Ils enseignent le pluralisme,
et informent les citoyens pour les aider à prendre certaines décisions.
Ils  peuvent  éclairer  l’action  des  gouvernants  mais  ces  derniers  ne  sont pas contraints de suivre les directions
composées par les sondages. Mais ces vertus reposent sur l’idée   que   toutes   les   opinions   se   valent,   et   la  
même  probabilité  d’être  écoutées.  Ils  reposent  sur  la  croyance  dans  la  fiabilité  des  sondages,  or,  la  réalité  est
loin  d’être  aussi  simple.

Paragraphe 3 : les sondages : perversion de la démocratie représentative


Griefs nombreux et variés :
- Ils fausseraient le jeu électoral :   en   donnant   l’impression   que   tout   est   joué,   on   démobilise   les  
électeurs.
- Ils manipuleraient  l’opinion : soit rallier le vainqueur, soit sauver le perdant.
- Ils seraient générateurs de démagogie : imposent les questions dont on doit parler, tendent à trancher
les   problèmes   de   l’instance   de   l’OP   qui   est   en   réalité   constituée   d’individus   atomisés et mal
informés.
- Ils délégitimeraient les instances de médiation démocratique : concurrence au circuit traditionnel
(représentants) et au vote, portant atteinte à la démocratie représentative.
Mais il convient de ne pas surévaluer l’influence   des   sondages : les plus influencés, ce sont les acteurs
politiques   et   les   journalistes.   Du   point   de   vue   des   électeurs,   ils   constituent   un   type   d’information   parmi  
d’autres,   à   partir   duquel   l’électeur   fait   son   choix.   Tous   les   spécialistes,   sociologues   et   politologues   sont
diffusés   sur   la   question   de   l’influence   des   sondages   sur   les   électeurs.   Ils   produiraient   deux   effets   censés  
s’annuler :
- Un effet mobilisateur pour le favori : poussent des électeurs à se rallier au vainqueur
- Mobilisateur pour le challenger.
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Toujours est-il que le sondage peut donner lieu à des enquêtes stratégiques : les électeurs donneraient leur
voix   sur   le   candidat   susceptible   de   gagner   au   second   tour.   En   fonction   des   sondages   d’opinion,   les  
journalistes dressent la liste des prétendants à suivre, à inviter, à critiquer, orientent la couverture des
évènements.  Les  électeurs  sont,  eux,  plus  résistants  à  l’effet  du  sondage.
Le  problème  est  moins  la  technique  que  l’usage : bien utilisé, il peut servir utilement la démocratie. Si on les
utilise à bon escient.

Paragraphe 4 : le bon usage des sondages


C’est   la   pratique   des   sondages   qui   prêtent   à   contestation   plus   que   l’instrument   lui-même. Les sondages
d’opinion  ne  donnent  qu’une  photographie  de  l’opinion  à  un  moment  donné.  Comme  dans  toute  technique  
mathématique,   statistique,   il   y   a   une   marge   d’erreur   inévitable.   On   l’estime   à   deux   points.   Erreur  
d’appréciation   du   fait   de   la   complexité   du   réel   observé,   du   fait   aussi   qu’à   chaque   élection,   le   nombre   de  
candidats   est   plus   élevé,   et   les   sondages   d’opinion   sont des instruments qui comportent en eux-mêmes
certaines techniques : ils ont du mal à mesurer les évolutions des dernières minutes (comme en 2002).
Ils  ont  du  mal  à  évaluer  l’abstention  (les  gens  n’avouent  pas  qu’ils  n’iront  pas  voter),  ou  les  votes  extrêmes.
Les   gens   ont   parfois   tendance   à   donner   la   réponse   qu’ils   croient   être   juste, mais pas leur opinion
personnelle. Certains préfèrent occulter leur véritable opinion en vertu de ce que les spécialistes appellent
« la spirale du silence » qui incite ceux qui ont des opinions minoritaires à ne pas les exprimer.
Malgré des tentatives de redressement, ces sondages pré-électoraux restent erronés sans correctifs
satisfaisant.
La valeur des sondages dépend de précautions méthodologiques. Il faut :
- Un échantillon de taille pour être représentatif
- Des questions rédigées de manière neutre et compréhensible
- Appliquer les techniques de redressement pour les données sensibles
- Prendre  en  compte  la  progression  régulière  du  refus  d’enquête  dans  la  population  susceptible d’être  
sondée.
BOURDIEU, GAXIE :   ont   monté   que   l’acceptation   ou   non   de   répondre   à   un   sondage   n’est   pas   aléatoire,  
ceux qui répondent sont plus diplômés et plus intéressés par la politique que ceux qui ne répondent pas. Le
bon usage des sondages suppose un travail  lent,  une  technique  d’interprétation.  C’est  se  livrer  à  un  travail  
méthodologique (mais on en a pas le temps), et on publie des infos partielles qui faussent les résultats. Il
faut introduire des normes de transparence et de qualité (il faut informer les destinataires du sondage) et
commenter  les  réponses  d’un  sondage  suppose  d’analyser  les  questions  auxquelles  on a répondu. De plus, il
faudrait analyser des non-réponses.
Malgré ces limites techniques, ils exercent une influence de plus en plus sensible sur la vie politique,
technique   d’aide   à   la   décision   pour   les   acteurs,   sur   le   climat   d’une   campagne   électorale   ou   de   l’action  
publique, plus présente sur les électeurs indécis, et facilitent la communication entre gouvernants et
gouvernés. Il ne faut pas   leur   demander   plus   que   ce   qu’ils   peuvent   donner :   ce   n’est   pas   un   vote   (choix),  
juste un sondage (opinion). Les sondages mesurent un rapport de force à un instant T, indiquant tendance
qui doit être vérifiées sur la durée. Etudier la vie politique grâce  aux  sondages,  c’est  observer  à  long  terme.  
Du fait de ces imperfections techniques, les sondages sont  une  marge  inévitable  d’erreur  de  2  points.  

Paragraphe 5 : la diffusion des sondages en période électorale


Une loi de 1977 interdisait la publication, la diffusion et le commentaire de tout sondage préélectoral la
semaine précédant le scrutin. Cette loi a institué la commission des sondages, autorité administrative
indépendante,  chargée  de  réglementer  les  sondages,  et  l’objectivité  des  méthodes.  Mais  cette loi ne parlait
pas de la publication :  elle  était  facteur  d’inégalité  entre  les  citoyens,  et  attentatoire  à  la  liberté  d’information  
des électeurs, puisque certains commentaient tout   de   même   des   sondages.   Surtout,   l’évolution   des  
technologies de communication  a  rendu  cette  loi  difficilement  applicable.  C’est  en  2001  qu’un  arrêt  Amaury  
(4 septembre 2001) a conduit la Chambre criminelle de la C. Cass a  considéré  qu’elle  était  contraire  au  droit  
à  la  liberté  d’expression  reconnu  par  la  CEDH.  Avec  ce  revirement de jurisprudence, les sondages purent
être publiés toute la semaine préélectorale.  Mais  la  classe  politique  s’est  émue  de  ce  vide  juridique,  et  une  
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loi de février 2002 interdit le commentaire et la diffusion de sondage à partir du vendredi minuit avant
l’élection.  Cette  nouvelle  réglementation  réalise  un  compromis  entre  la  légitime  information  des  électeurs,  
et la sérénité qui  doit  régner  à  la  veille  d’un  scrutin  et  lors  de  son  déroulement.  Cela  dit,  cette  législation  de  
2002 est déjà critiquée :  l’arrêt  de  la  Cour  de  cassation  stigmatisait  le  caractère  contraire  de  l’interdiction  au  
droit  à  la  liberté  d’expression.  Dans  un  rapport  de  2010,  le  Sénat  propose  le  maintien  de la règlementation
actuelle de la publication des sondages en période électorale mais   suggère   d’harmoniser l’horaire   de  
fermeture des bureaux de vote.

Section 3 : médias et politique


Par   le   terme   médias,   on   désigne   l’ensemble   des   supports   techniques   qui   permettent   la   communication  
d’informations  de  toute  nature.  Souvent,  on  dénonce  cette influence des médias sur la vie politique. Certains
auteurs  s’interrogent  sur  les  dangers  d’une  substitution  de  la  légitimité  médiatique  à  la  légitimité politique.
Inégalité dans les médias : la TV domine. Concurrence accrue, concentration financière et accélération de
la  diffusion  de  l’information.

Paragraphe 1 : médias et comportements politiques du public


La croyance est répandue chez citoyens et les acteurs politiques : les médias ont un vrai rôle sur le
comportement politique du public. Ce constat doit toutefois être nuancé : la vérité est plus complexe.
L’analyse  du  rôle  politique des médias est durablement marquée par les travaux de LAZARSFELD, et son
équipe de Columbia,   au   cours   des   1950’s : pour lui, les médias ont des effets limités, indirects et à court
terme.
La télévision est la source de connaissance essentielle sur la vie politique, en ce qu’elle transmet un grand
nombre   d’informations,   d’images sur la société et le pouvoir politique. La sociologie politique a observé
l’influence   limitée   de   ce   canal.   La   TV   ne   fait   pas   l’élection,   les   médias   ne   peuvent pas influencer et
façonner à eux seuls la pensée entière d’une personne. La réflexion du citoyen n’est  pas  passive,  il  trie  les  
informations.    Les  études  révèlent  une  pratique  d’information  sélective :
- Les électeurs  s’exposent  de  manière  sélective  aux  médias, tout individu se ferme aux
messages qui ne le concerne pas, et s’ouvre  dans  le  sens  où  va  sa conviction
- Les  électeurs  ont  une  perception  sélective  de  l’information : un électeur de droit et un de
gauche ne voit pas de la même façon un programme politique
- Les citoyens ont une mémorisation sélective des évènements vus à la TV, ils se souviennent
mieux de ce qui alimentent leur point de vue et oublient le reste.
A   cela   s’ajoute   un   phénomène   de   relai : les messages atteignent de manière sélective certaines personnes
impliquées et influentes, et  les  leaders  d’opinions  vont  diffuser  plus  largement  l’information et jouer un rôle
de relai. L’influence   des   médias   passe   par   les   discussions   de   traduction   auquel   l’auditeur appartient, les
messages  originels  sont  filtrés  par  les  leaders  d’opinion.  Les  médias  ont  un  rôle  d’activation des opinions
préexistantes   plus   qu’un   rôle   de   conversion.  
Plus les citoyens sont cultivés, plus ils sont informés, plus ils ont tendance à résister ou interpréter les
messages diffusés par les médias.
En matière politique,   l’influence   des   médias   peut   être négative (caricature), ce qui peut avoir pour
conséquence de dévaluer l’image d’un politique..

Paragraphe 2 : L’activité  politique  sous  contrainte  médiatique


Roland CAYROL met en lumière la médiatisation de la vie politique. A ses yeux, elle a un triple impact sur
le fonctionnement des démocraties :
- La personnalisation du pouvoir : elle institutionnalise une « starisation » des hommes politiques qui
doivent à la fois paraître proches des citoyens tout en entretenant leur admiration. Les responsables
politiques   sont   devenus   les   vedettes   d’un   « spectacle politique » : les professionnels de la
communication deviennent un des éléments du jeu politique. Presse et TV mettent en scène des
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affrontements   de   personnalités   qui   captent   l’attention   et   frappent   l’imagination   et   ce,   au   détriment  


des idées.
- La   fonction   de   mise   à   l’agenda   est   de   plus   en   plus   remplie   par   les   médias : ils sélectionnent et
hiérarchisent les données considérées comme importantes dans le débat politique, une idée des
enjeux à travers leur consommation médiatique : ils ne disent pas quoi penser, mais à quoi penser. Ils
établissent   l’ordre   du   jour   des   problèmes   politiques,   et   les   politiques   ont   su   s’adapter   pour qu’une
bonne place soit faite à ce de quoi il faut parler. Le discours politique ne doit pplus démontrer pour
convaincre mais illustrer pour toucher. L’important,  c’est  l’impression  laissée  au  téléspectateur.
- Le déplacement du lieu de la politique vers la TV : elle influence le contenu de la politique, et lui
donne son rythme. CAYROL : « La  TV  se  présente  comme  le  lieu  d’arbitrage  d’un  débat  politique,  
dramatisé selon les règles du spectacle ». Cette évolution avait déjà été mise en lumière par Roger-
Gérard Schwartzenberg dans 2 ouvrages consacrés à « L’État spectacle ». La TV remplacerait les
médiations traditionnelles que sont la représentation et les PP : Cotteret parle de « démocratie
téléguidée ».

Faut-il condamner la médiatisation ? Débat. CAYROL et Cotteret, insistent  sur  les  dérives,  mais  d’autres  y  
voient une réorientation de la démocratie représentative vers une démocratie plus directe.
Le  pouvoir  de  l’image  tend  à  dominer  la  vie  politique : les hommes politiques sont tributaires des médias
pour valoriser leur image. Le choix du slogan juste, la petite phrase, la mise en valeur des proches sont
autant  d’objectifs  majeurs  coproduits par les États-majors  politiques.  C’est  encore  plus  vrai  dans  les  régimes  
présidentialistes : le passage à la TV suppose chez le politique des savoir faires spécifiques qui réclament un
apprentissage particulier :  la  TV  devient  une  ressource  pour  le  politique,  qu’il  doit  maîtriser  s’il  aspire  à  un  
destin national. Les médias délivrent des images, suscitent des émotions.
Des auteurs soulignent   l’approfondissement médiatique de la démocratie. Les média ont transformé les
formes   e   l’activité   politique   mais   les   médias   apportent,   valorisent   le   fonctionnement   de   la   démocratie   en  
ouvrant  l’espace  public  médiatisé  sur  la  société  civile.  L’espace public devient accessible à un plus grand
nombre   d’individus,   ils   enrichissent   l’information   des   citoyens.   Le   jeu   délibératif   est   plus   fécond.   Les  
nouvelles  formes  de  médiatisation  ouvrent  de  multiples  espaces  d’expression  aux  gouvernés.  
Un acteur politique est confronté à 2 journalistes (presse écrite et presse télévisée, pendant longtemps,
Elkabbach   et   Duhamel).   Puis,   on   présente   l’acteur   politique   en   situation.   Enfin,   depuis   2005,   nouvelle  
situation :  l’homme  politique  est  sur  un  plateau  télé,  face  à  un panel représentatif de citoyens.
Autre apport de la médiatisation télévisuelle : la désacralisation du politique. Le discours politique se
simplifie, se condense en formules brèves. En faits, les médias sont nécessaires.
Le   journaliste   dépend   de   l’homme politique dépend du journaliste pour diffuser son image et mettre en
valeur  son  action.  Réciprocité.  La  mission  du  journaliste  est  d’informer  le  public,  pas  d’être  en  connivence  
avec les acteurs.

Paragraphe 3 : Internet et la politique


Internet est un média différent du fait de ses caractéristiques techniques. On se demande si le
développement  de  l’Internet  en  politique  est  ou  non  le  fondement  d’une  e-démocratie.  IL  est  clair  que  c’est  
un   outil   d’échange   entre   citoyens,   qui   instaure   un   rapport   direct   entre gouvernant et gouvernés. Internet
présente un immense avantage : il permet à peu de frais de mettre à disposition des citoyens une quantité
infinie de données. Ils peuvent désormais accéder et évaluer sans intermédiaire les discours et programmes
dans leur totalité. Ils peuvent trouver des informations sans dépendre des choix et hiérarchie imposés par les
journalistes. Il échappe au contrôle des autorités politiques, et permet une plus grande transparence de
l’action  publique.  Il  offre  de  véritables  forums de discussion et suscite par-là de très grands espoirs. Mais
ces forums se caractérisent souvent par une forte homogénéité idéologique, un repli individualiste sur les
intérêts   particuliers,   et   une   fragmentation   de   l’espace   public.   Aujourd’hui,   l’espace politique se structure
avec   ses   acteurs,   outils   et   règles   propres.   L’irruption   d’Internet   en   politique   se   fait   aux   États-Unis (2003-
2004), et en France entre 2005 et 2007, à partir du référendum sur la Constitution européenne, et la
campagne présidentielle de 2007 :   c’est   elle   qui   a   vu   naître   des « stratégies internet » qui deviennent
l’affaire  de  professionnels  figurant  au  centre  des  équipes  de  campagnes.
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Partie 3 : les pratiques politiques en démocratie


Point de vue des gouvernés : le vote, notamment,  qui   permet   d’élire  les   gouvernants   à  intervalle   régulier.  
C’est  le  comportement  politique  le  plus  étudié  par  les  politistes.
Point de vue des gouvernants : action publique, ou politiques publiques. Comment les étudier ? Sous
quelles formes se manifestent-elles ?

Chapitre 1 : la participation politique


En démocratie, les activités politiques ne sont pas réservées aux seuls professionnels de la politique.
Certes, les représentants sont habilités à parler, à se substituer aux représentés pour mettre en  œuvre  une  
politique, mais les gouvernés peuvent aussi s’exprimer  sans  la  médiation  de  leurs  élus.
Désormais, les gouvernés vont entendre leur voix entre deux élections : ils prennent part au jeu politique en
dehors de la période électorale. Cela revient à  dire  que  la  participation   civique  s’exerce   à  la  fois   dans   les  
urnes, et dans la rue.
Les actions des gouvernés sont soit individuelles (vote), soit collectives (manifestations).
Cette participation prend diverses formes : engagement associatif, syndical, vote, militantisme partisan, ,
mobilisations  collectives  (grèves,  manifs,  pétitions),  acquisition  d’un  mandat  local.
Participer  en  politique,  c’est   prendre  part  à  des   activités  pour  exprimer  une  opinion,  défendre  des  intérêts  
communs, protester contre un État de fait pour valider ou infléchir la politique des gouvernants
Pour   BRAUD,   c’est   « l’ensemble   des   activités   individuelles   ou   collectives   susceptibles   de   donner   aux  
gouvernés une influence, influence sur le fonctionnement du système politique ». Soit elle confirme, soit
elle   remet   en   cause   la   légitimité   de   l’action   politique   à   divers   moments.   De   ce   fait,   c’est   un   élément   de  
vitalité des régimes démocratiques. Cette participation dynamise la vie politique, fait émerger de nouvelles
formes de contre-pouvoirs, alimente le vivier des candidats au métier de gouvernants.
La notion de participation politique est difficile à saisir, car une vision purement quantitative ne suffit pas :
il faut analyser également sa distribution sociale.

Section 1 : le mythe de la participation politique


En démocratie, le pouvoir procède du seul peuple souverain. Cet idéal démocratique postule la
représentation   d’un   citoyen   actif,   mais   la   réalité   est   bien   différente   et   on   se   contente   d’une   citoyenneté   à  
éclipse.

Paragraphe 1 :  l’idéal  de  participation


Un individu est considéré comme citoyen à partir du moment où lui sont attribués des droits civils et
politiques   qui   l’intègrent   à   une   communauté   politique.   Juridiquement,   la   citoyenneté   peut   être   définie
comme la jouissance des droits   civiques   attachés   à   la   nationalité.   C’est   concrètement   le   droit   de   vote,   le  
droit  d’éligibilité,  l’exercice  des  libertés  publiques  et  éventuellement  la  possibilité  d’accéder  aux  fonctions  
d’autorité  au  sein  de  l’État.
La notion de citoyenneté se fonde  sur  l’existence  d’un  citoyen  éduqué,  capable  de  se  faire  une  opinion  et  
habité   d’un   réel   désir   d’engagement.   Sa   participation,   c’est   le   socle   de   la   démocratie : elle est de ce fait
légitime, mais surtout souhaitable. A travers sa participation politique, le citoyen idéal accomplit une double
tâche :  d’abord,  il  fait  l’apprentissage  du  politique,  mais  recherche  aussi  une  certaine  influence.  Le  mythe  
de la participation politique repose   sur   la   croyance   d’un   contrôle   possible   des   gouvernés   sur   les  
gouvernants.   Elle   s’appuie   sur   la   conception   d’un   individu   rationnel,   soucieux   de   peser   sur   les   décisions  
politiques.  C’est  une  vision  idyllique : la réalité est différente.

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Paragraphe 2 : la faiblesse de la participation réelle


Toutes les observations le montrent :   il   y   a   un   certain   désenchantement   à   l’égard   des   activités   politiques.  
Dès les 60s, les enquêtes sociologiques remettent en cause le modèle activiste et rationnel de citoyenneté :
elles   révèlent   un   citoyen   passif,   assez   peu   informé,   et   n’avouant   qu’un intérêt faible pour la politique.
Certains   auteurs   concluent   à   l’illusion   démocratique   de   la   participation,   qui   ne   serait   qu’un   leurre,  
permettant aux élites politiques de conserver leur emprise et de poursuivre leur action (voir GAXIE : Le
sens caché : inégalités culturelles et ségrégations politiques).
Deux questions en découlent : pourquoi une faible participation politique des citoyens ? Pourquoi une faible
minorité  s’engage-t-elle tout de même ?

En   France,   à   l’heure   actuelle,   1   à   2%   des   citoyens   adhèrent à un parti politique. On observe un constant
déclin   des   activités   militantes,   tant   en   France   que   dans   l’Europe   occidentale.   Néanmoins,   les   citoyens  
continuent à rechercher des informations, à se mobiliser sur des objectifs précis. Pourquoi ce faible
engagement ? Trois éléments :
- Le  niveau  de  participation  est  directement  corrélé  à  l’idée  plus  ou  moins  optimiste  que  le  citoyen  se  
fait de sa compétence politique.
- Il y a incontestablement une évolution générale du niveau de connaissance et par conséquent du
jugement critique qui pousse les citoyens à prendre conscience de la difficulté de changer les choses
par  l’engagement  volontariste
- Ont pris conscience du caractère limité de la marge de   manœuvre   des   gouvernants : sentiment
d’impuissance
C’est   pourquoi le citoyen se détourne de la participation classique (via un parti ou syndicat), pour des
actions concrètes et directes.
Les citoyens ont tendance à cibler leur mobilisation sur des enjeux accessibles, sur des problèmes concrets,
là où des résultats rapides peuvent être obtenus. Mais  une  minorité  persiste,  pour  plusieurs  raisons.  D’abord,  
la   force   de   leur   conviction.   De   plus,   ils   ont   un   besoin   de   s’affirmer   dans   l’espace   public,   soit   pour  
compenser  un  sentiment  d’infériorité,  ou  pour  avoir  les  dividendes  pour  compenser  un  manque  d’estime  de  
soi.  Glanement  du  fait  du  poids  de  certaines  solidarités  identitaires.  Enfin,  les  facteurs  d’opportunités : par
mimétisme,  on  s’engage,  comme  quelqu’un  d’autre  l’a  fait.
C’est   un   choix   individuel,   rationnel,   supposant   la maîtrise des ressources pour réussir en temps et en
énergie.  Ce  choix  est  encouragé  par  l’espoir  d’obtenir  des  avantages  matériels  ou  moraux.
Les   motivations   de   l’engagement   sont   complexes :   à   la   fois   la   recherche   d’avantages   personnels,   le  
sentiment   d’appartenir   à   un   groupe,   l’acquisition   d’une   certaine   culture   politique,   et   le   résultat   des  
techniques de mobilisation et propagande utilisé par les organisations.

Paragraphe 3 : les facteurs de la mobilisation politique


Tout exercice du pouvoir suscite des insatisfactions. Les réponses peuvent être la prise de parole, la stratégie
de   fuite   et   d’évitement,   la   résignation…  
Les manifestations se sont multipliées :  entre  7500  et  8500  par  an,  soit  autant  chaque  année  qu’entre  1919  et  
1939.
L’action   collective   ouverte est considérée comme une dimension essentielle de la vie démocratique.
Aujourd’hui,  la  vie  démocratique  ne  se  limite  plus  simplement  à  la  simple  représentation  par  des  élus.   La  
proportion  des  citoyens  à  s’engager  est  très  inégale.  Les  enquêtes  sociologiques le montrent, et deux séries
de variables sont à prendre en compte.

A.  L’importance  des  variables  socio-culturelles


L’intérêt  pour  l’action  politique  et  l’augmentation  des  actes  contestataires  est  variable  selon  l’âge,  le  sexe,  le  
niveau  d’étude ou  l’appartenance  à  une  organisation.  L’action  protestataire  est  un  phénomène  générationnel.  
Les générations passées ne menaient pas beaucoup de manifestations : dans le passé, on était conformiste et
respectueux des autorités. Mais après la 2Nde guerre mondiale, les jeunes générations sont de plus en plus
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socialisées  à  l’action  contestataire,  et  particulièrement  à  la  manifestation.  Les  jeunes  utilisent  un  répertoire  
d’actions  diversifiées,  plus  large,  duquel  la  part  protestataire  occupe  une  place  importante. 70% des 18-24
ans estiment que la manifestation est importante pour la démocratie, 48% pour 65 ans : la participation
politique  augmente  jusqu’à  son  plus  haut  niveau  vers  30-40 ans, avant de descendre.
Elle est plus masculine, cette mobilisation : les femmes  s’engagent  moins,  sûrement  un  héritage  du  partage
des tâches ( le domestique et le social).
Quel   que   soit   l’âge,   le   diplômé   est   plus   investi   politiquement,   en   général.   Cela   dépend   aussi   de   la  
compétence politique.

B. Les facteurs idéologiques et culturels


Quel  que  soit  le  parti,  la  participation  à  un  PP  favorise  l’action  politique.  Dans  une  société  où  les  conflits  
sociaux   sont   fréquents,   les   partis   de   classe   favorisent   l’action   populaire : les populations de gauche étant,
jusqu’en  1981  en  tout  cas, plus manifestants que ceux de droite.
L’engagement  peut   résulter  d’un  contexte  historique  ou  social :  des  générations  s’engagent  au  moment  de  
mai  68  en  France,  d’autres  aux  États-Unis au moment de la guerre du Vietnam, ou de la guerre en Irak.
En résumant la « distribution sociale de la participation » :
- La  participation  politique  est  croissante  en  fonction  de  l’âge  jusqu’à  50  ans,  sauf  pour  le  vote.
- Le   sexe   est   sans   influence   sur   le   niveau   de   participation   politique   dès   lors   que   l’écart   culturel et
professionnel entre sexes est en train de se combler.
- La   participation   politique   croit   avec   l’élévation   du   niveau   social   (diplôme,   revenu,   profession) :
niveau  d’instruction  et  participation  politique  sont  corrélés.  L’appartenance  à  un  PP  vient  compenser  
le handicap du statut social.
- L’appartenance  à  un  milieu  rural  favorise  l’appartenance  à  un  PP.
- La   religion   favorise   l’intégration   et,   intégré   à   une   communauté,   on   a   plus   tendance   à   participer  
collectivement.
L’investissement   dans   la   politique   dépend   de   la   compétence politique : les inégalités de compétence
expliquent les différences de degré de participation. Elles sont déterminantes en matière de politisation des
individus.  L’acquisition  d’une  culture  politique  résulte  d’un  processus  de  socialisation.  C’est  un processus
continu   d’apprentissage   et   de   connaissance   de   l’universel   politique.   En   d’autres   termes,   la   socialisation  
politique  décrit  l’apprentissage  par  l’individu  de  son  rôle  politique.
Les agents de cette socialisation politique sont nombreux et divers :  le  lieu  privilégié  est  d’abord  la  famille.  
La transmission des valeurs politiques des parents est favorisée si le père et la mère ont des opinions
apparentes et analogues et si les enfants fréquentent des organisations de jeunesse en consonance avec les
valeurs familiales.
Puis,  l’école :  lieu  d’apprentissage  de  la  société  et  de  la  démocratie  et  de  ses  règles.  La  participation  active  
au  sein  de  l’institution  scolaire  laisse  espérer  un  investissement  futur  dans  la  vie  collective.  Dans  certains  
cas,  l’influence  de  l’école  peut  aller  contre  la  socialisation  familiale :  à  l’individu,  alors,  de  faire  la  part  des  
choses.
Le  processus  de  socialisation  ne  cesse  pas  à  l’âge  adulte : les amis, le lieu de travail, les milieux associatifs,
les médias sont aussi des agents :  la  socialisation  est  continue,  tout  au  long  de  l’existence.  Elle  part  d’une  
socialisation  primaire  à  l’enfance,  mais  se  fait  ensuite  à  partir  d’un  ajustement  d’influences  contradictoires :
toute  socialisation  est  le  résultat  d’interactions  multiples.
L’individu  n’est  pas  passif  dans  ce  travail  d’ajustement,  sa  personnalité,  son  expérience  jouent  beaucoup.
L’individu   est   constamment   exposé   à   un   flux   de   message,   qui   renforce   ou   perturbe   ses   croyances   et   ses  
aptitudes. Au fil de leur existence, les individus traversent différents milieux de socialisation, gérer une
pluralité  d’influence  socialisatrices.  À  L’INFLUENCE   des  milieux  étudiés  plus  haut,  s’ajoutent  l’influence  
des évènements politiques .

Section 2 : les modalités de la participation politique


La participation des citoyens au jeu politique prend diverses formes, qui peuvent aller jusqu'à l'obtention
d'un mandat local. Les actions des gouvernés peuvent être individuelles mais sont le plus souvent
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collectives : les mouvements sociaux qui se distinguent des manifestations isolées en rassemblant des
individus qui forment une collectivité cohérente aux individus communs.
Traditionnellement, deux catégories de la participation politique : les modalités conventionnelles ou non-
conventionnelles.
Les modalités conventionnelles renvoient à toutes les formes de participation des citoyens à travers des
actions   organisées,   par   exemple   le   vote,   l’adhésion   à   une   association   politique.   Ce   sont   des   modalités   de  
participation intégrées au jeu politique, conforme aux règles du jeu politique.
Les modalités protestataires, elles, ou non-conventionnelles, sont les modalités qui ont tendance à remettre
plus  radicalement  en  cause  l’ordre  établi.

Paragraphe 1 : Les modalités conventionnelles


La participation politique témoigne d’une  acceptation  des règles du jeu politique. Cela regroupe toute une
série   d’activités   de   comportements,   plus   ou   moins   ordonnées   autour   du   vote.   Si   on   essaye   d’établir   un  
classement  qui  prend  en  compte  l’intensité  de  l’engagement  individuel,  on  arrive  à  l’énumération  suivante :
- L’inscription  sur  les  listes  électorales :  depuis  la  loi  du  10  novembre  1997  visant  à  favoriser  ‘l’accès  
des  jeunes  à  la  citoyenneté,  c’est  acquis  d’office.  Il  n’y  a  pas  d’effet  mécanique  entre  l’inscription  
sur les listes et la participation électorale. Ainsi en 2002, 40% des jeunes se sont inscrits au second
tour des législatives.
- La  recherche  d’infos  politiques  à  travers  la  presse  et  la  participation  à  des  discussions  politiques
- L’engagement  actif  du  militant  dans  un  PP,  un  syndicat,  un  groupe  de  pression…
- Le vote
- Expression  publique  d’une  opinion  publique
- Don  lors  d’une  campagne
- Assistance régulière à des réunions politiques
Ces   formes   de   participation   varient   selon   les   pays   et   les   cultures   politiques.   L’importance de ce type
conventionnel   varie   selon   le   coût   réel   ou   présumé   de   l’engagement : plus il est élevé, moins le taux de
participation sera élevé.
On estime que 3 activité mobilisent plus de la moitié des Français : inscriptions listes, vote, lecture
d’informations politiques. Les autres activités sont minoritaires.

Paragraphe 2 : Les formes non conventionnelles


On  y  range  l’ensemble  des  actions  contestataires  qui  n’utilisent  pas  les  voies  institutionnelles  d’expression.  
Actions en opposition avec les règles du jeu politique.
En démocratie :  prise  de  parole  par  canaux  légitimités  que  sont  le  vote  et  l’action  politique  (citation  Hugo :
« Le   SUD   a   tué   le   droit   d’insurrection».  
Certaines activités non-conventionnelles  sont  légales  (pétitions,  manifs…),  ou  pas  (brûler dossiers, prendre
en  otage  un  patron…).  Ce  sont  des  activités  collectives,  directes  (auteurs  en  situation  de  face  à  face,  sans  
intermédiaires), et autonomes (s’affranchissent   des   cadres   juridiques).   Parmi   les   modalités   non  
conventionnelles de participation politique, la principale est la manifestation : un mode de manifestation
politique   courant   pour   influencer   les   gouvernants,   témoigner   d’un   désaccord   vis-à-vis   d’une   politique.   La  
pratique  de  la  manifestation  s’est  légalisée,  banalisée,  pacifiée.  Manifestation et pétition sont de plus en plus
des  pratiques  routinières  et  utilisées  par  toutes  les  catégories  sociales.  ON  peut  souligner  l’émergence  d’une  
véritable  culture  de  manifestation.  En  effet,  au  XIXème,  c’était  le  fait  du  monde  ouvrier :  aujourd’hui, plus
le cas. Les dernières manifestations sont contre le FN, contre le mariage pour tous, contre les réformes de
l’éducation…
Les  manifestations  sont  devenues  un  mode  d’expression  légitime  des  attentes  des  participants.  En  général,  
elles se déroulent selon  un  cérémonial  convenu,  mais  d’autres  sont  plus  théâtralisées  (anti-nucléaires, Gay
Pride, anti-sida).
Pierre FAVRE : dans ses travaux, a dressé une typologie des manifestations :
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- Initiatrices :  a  pour  objet  d’imposer  avec  un  max  de  visibilité  un  problème sur la scène politique. On
peut  y  classer  les  féministes,  écolos  dans  les  70s…  Mettre  dans  l’agenda  politique  un  sujet  que  le  jeu  
institutionnel sembler négliger.
- Routinières :  moyen  d’entretenir  la  visibilité  d’une  organisation.  Elles  permettent  à  des organisations
de rappeler périodiquement leurs capacités mobilisatrices, leur représentativité (syndicats)
- Associées à des crises politiques globales : antifascistes le 6 février 1934 par exemple, ou défilé sur
Champs  Elysées  du  30  mai  1968.  L’enjeu  du  mouvement de foule est soit le maintien soit la chute
des pouvoirs publics, pas de revendication de groupes sociaux.
Toujours une double dimension : instrumentale et identitaire.
Instrumentale,  car  elles  visent  à  atteindre  un  objectif  précis,  s’opposer  à  un texte, à une politique publique,
tenter   de   s’imposer.   Identitaires,   car   elles   constituent   un   mode   d’affirmation   de   l’identité   de   type  
communautaire. Mais certaines manifestations veulent traduire un mouvement de solidarité, et une volonté
de se faire connaître. En tout cas, ce sont des stratégies de prises de paroles, qui renouvellent les formes
d’échanges  entre  gouvernants  et  gouvernés.
Conséquences des manifestations : sur les organisations et sur le fonctionnement de la démocratie. Effet
structurel : réussite de la manif accroit la légitimité de son organisateur, et sa représentativité.
Effet sur la démocratie : la manif peut peser sur les processus décisionnels du pouvoir majoritaire, et les
manifs     accordent   un   poids   accru   à   la   prise   en   compte   des   vœux de la minorité en marge. Elle reste
minoritaire :   2/3   des   français   sont   prêts   à   faire   grève,   ¼   sont   favorables   à   l’occupation   de   bâtiments  
administratifs et 1% approuvent les dégâts matériels causés.
Evolution : le citoyen post-moderne a modifié ses modalités   d’activités   politiques.   On   assiste   à   un  
affaiblissement de la participation de la vie politique au profit de nouvelles formes de participation. En
1994, Pascal Perrineau publie un ouvrage intitulé « L’engagement  politique,  déclin  ou  mutation »
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Section 3 : les mutations de la participation politique


Baisse régulière de la participation conventionnelle depuis 1980s, mais les formes non-conventionnelles,
non. Pas une « crise » de la participation, mais une mutation.
Désormais,  l’engagement  politique  connait  une  double  mutation :
- Diversification accrue des modalités de participation qui se traduit par de nouvelles modalités
d’engagement  
- L’engagement   civique   et   politique   se   fait   désormais   dans   un   contexte   d’affirmation   de  
l’individualiste  (citoyenneté  axée  sur  individualisme).

Paragraphe 1 :  l’essoufflement  des  formes  conventionnelles  politiques


4 symptômes :
- Déclin de la participation électorale : depuis la fin des 80s, baisse des inscriptions sur listes
électorales, augmentation  légère  des  votes  blancs  ou  nuls,  et  augmentation  régulière  de  l’abstention  
quelle  que  soit  l’élection  (même  les  présidentielles : en 2002, 1er tour, 28%). Vote plus intermittent,
moins  d’obéissance  au  clivage  idéologique  traditionnel,  l’électeur  cristallise son vote tardivement, et
le vote dépend des enjeux du moment.
- Montée des votes protestataires : vote pour candidats de formations politiques non représentées au
Parlement.  On  estime  qu’entre  1981  et  2002,  la  proportion  des  votes  pour  des  forces hors-système a
triplé  pour  l’élection  présidentielle,  notamment  dans  les  milieux  salariés,  employés  et  ouvriers  (entre  
1981 et 2002, la proportion des votes pour des partis hors-système est passée de 10% à 28%à.
Nouvelle  signification,  redéfinition  de  l’abstention ou du vote nul :  avant,  c’était  l’indifférence  à  la  
chose   publique,   mais   aujourd’hui,   c’est   le   refus   du   choix   électoral   proposé,   la   manifestation  
d’insatisfaction   à   l’égard   de   l’offre   électorale   jugée   inadéquate   par   rapport   aux   préoccupations  
quotidiennes.   C’est   aussi   la   manifestation   d’une   contestation   du   vote   traditionnel   (ex : référendum
2005). Les pratiques civiques sont déconnectées de la politique classique : une forme protestataire
tend à se substituer à la participation électorale, surtout chez les jeunes générations, qui se
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détournent  des  urnes  pour  s’engager  dans  la  mobilisation  concrète  et  précise,  et  faire  pression  sur  les  
pouvoirs   publics   (altermondialistes,   écolos…).   Les   enjeux   sont   accessibles   là   où   des   résultats  
peuvent être obtenus rapidement.
- Multiplication des formes non-conventionnelle de participation : le boycott, les grèves sauvages sont
stables car on refuse la violence et elles demandent un investissement plus grand en temps et en
énergie. Les formes protestataires se sont banalisées   car   soutenues   par   l’OP   et   la   couverture   des  
médias :  impatience  civique,  image  du  citoyen  apathique  détaché  de  la  politique  s’avère  fausse.  En  
réalité,   le   citoyen   est   insatisfait   et   souhaite   manifester   son   mécontentement   face   à   l’incapacité   des
élites politiques à répondre à leurs demandes.
- Perte de confiance des citoyens dans les élites :  défiance  à  l’égard  du  personnel  politique,  défiance  à  
l’égard  des  systèmes  politiques  et  du  système  partisan.  Les  Français  sont  de  plus  en  plus  nombreux  à  
penser  que  les  responsables  politiques  ne  s’occupent  pas  de  leurs  problèmes : 58% des citoyens en
1978   le   pensaient.   Ils   étaient   74%   en   2000,   et   87%   en   2014.   ½   Français   déclare   s’intéresser   à   la  
politique, mais 79% estiment que la démo ne marche pas bien.
Si 69% font confiance à leur maire, 41% font confiance au député, 11% au PP et 23% aux syndicats.
Les  citoyens  expriment  une  insatisfaction  profonde  concernant  la  capacité  d’influence  de  leurs  votes  
et   à   l’égard   des   élites   politiques.   Désormais   il   y   a   une   sorte   de   fossé   entre   l’idéal   représentatif   et  
l’action   des   citoyens   en   politique.   Les   formes   protestataires   sont   des   moyens   complémentaires   de  
pression, contrôle surveillance du pouvoir politique au-delà de la simple période électorale.

Paragraphe 2 : les raisons de ce désenchantement citoyen


Triple explication :
- Affaiblissement et effacement du pouvoir politique :  l’Europe,  la  décentralisation,  la  mondialisation  
affaiblissent le pouvoir politique national. Les détenteurs du pouvoir réel ne sont plus forcément
ceux  qui  disposent  d’une  légitimité  démocratique.
- Une logique délégataire de moins en moins acceptée :  l’élite  dirigeante  n’est  pas  un  reflet  fidèle  de  la  
société,  se  confond  largement  avec  l’élite  administrative,  un  ensemble  homogène  de  même  origine  
sociale culturelle et professionnelle, la représentation parlementaire laisse peu de place aux
nouveaux entrants, aux femmes, aux secteur privé, aux minorités socio-culturelles. On assiste à la
formation   d’une   sphère   politique   à   part   entière   repliée   sur   elle-même, uniquement constituées de
pros,  ce  qui  accentue  la  coupure  entre  les  citoyens  et  les  gouvernants.  D’autre  part,  les  citoyens  sont  
de plus en plus informés donc ont une compétence accrue, sont critiques, et visent logique
délégataire comme une dépossession. Ils veulent un droit de veto inaliénable, individuel sur les actes
de gouvernement, se faire entendre en dehors des élections.
- La   notion   d’intérêt   général,   se   trouve   à   l’épreuve   des   droits   individuels,   les   actes   de   l’autorité  
publique sont désormais  évalués  à  travers  le  prisme  de  l’individu,  l’invocation  de  cet  intérêt  de  suffit  
plus à faire tard les oppositions à tel ou tel projet, conception de la démo qui réduit la politique à une
gestion de droits, du pluralisme, des libertés individuelles :  l’individualisme prime.

Paragraphe 3 : les mouvements sociaux


Forme   d’action   collective,   concrète   et   intentionnelle.   Suppose   l’identification   à   un   groupe,   l’opposition   à  
son adversaire, un enjeu commun qui rassemble les opposants. Souhaitent exprimer et défendre
collectivement des demandes et revendications face à une autorité comme pouvait aboutir à ses demandes.
Ils  visent  le  pouvoir  politique,  et  une  réaction  de  l’autorité  publique  (démission  d’un  ministre,  création  ou  
retrait   d’une   politique   publique).   Distinction entre les mouvements sociaux traditionnels (centrés sur la
question de la répartition des richesses) et les nouveaux mouvements sociaux apparus dans les années 1980s
qui défendent des problématiques identitaires ou post-matérialistes (portés par de nouvelles couches
moyennes  issues  de  la  démocratisation,  méfiants  à  l’égard  des  formations  politiques  traditionnelles).
Comment expliquer ces mobilisations collectives à travers ces nouveaux mouvements sociaux ?
Comportement   irrationnel   de   l’action   politique. Gustave LEBON, à la fin du XIXème, donne une
explication   purement   psychologique   de   l’action   des   foules,   la   mobilisation   résultant   de   l’irrationnel,   de  
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l’émotion,   de   la   contagion   mentale.   L’action   politique   est   perçue   ici   comme   une   pathologie   sociale. Aux
yeux  de  Lebon,  la  mobilisation  est  le  produit  d’une  déception :  elle  résulte  d’attentes  déçues,  productives  de  
violences.
Désormais,   on  s’intéresse  à  la  dimension  rationnelle  des  mobilisations  collectives.  On  les   analyse  comme  
résultant   de   l’engagement   intentionnel   des   acteurs.   Le   tenant   de   cette   analyse,   son   promoteur,   c’est  
OLSON qui, en 1945, publie sa Logique   de   l’action   collective, ouvrage dans lequel il met en avant un
paradoxe :  le  point  de  départ  de  son  analyse  est  que  le  partage  d’intérêts  communs ne suffit pas à expliquer
les   mouvements   sociaux.   En   effet,   l’individu,   rationnel,   peut   demeurer   à   l’écart.   Il   fait   un   calcul  
coût/avantage : en restant hors de la manifestation, il pourra bénéficier des avancées dues au mouvement
engagé  par  d’autres.  L’acteur  pourrait  ne  pas  participer  à  l’action  collective  car  il  maximiserait  son  bénéfice,  
d’un  point  de  vue  très  individualiste,  en  ne  passant  pas  par  l’investissement  en  temps,  ou  en  risques  divers.  
Cela   pourrait   aboutir   à   l’absence   d’actions   collectives. Pourtant, elles apparaissent : là est le paradoxe,
qu’OLSON  explique  grâce  aux  pouvoir  de  coercition  de  certaines  élites,  par  exemple,  les  élites  syndicales,  
politiques, soucieuses de soutenir la mobilisation afin de bénéficier de biens personnels liés à leur propre
position  dans  l’organisation.  
On  reproche  à  OLSON  une  vision  trop  utilitariste  de  l’engagement,  et  de  négliger  que  l’acteur  peut  vouloir  
de   sa   propre   volonté   améliorer   une   solidarité   de   groupe.   Néanmoins,   on   est   passé   d’une   explication  
irrationnelle,  individualiste,  à  une  tentative  d’explication  plus  globale.

Paragraphe 4 : les remèdes pour mieux associer les citoyens à la vie politique
Depuis  une  trentaine  d’années,  les  pouvoirs  publics  ont  pris  des  initiatives  de  nature  à  renouveler  les formes
de participation collectives, dans le but de contrôler les électeurs qui veulent mieux contrôler leurs élus et
intervenir  hors  de  l’échéance  électorale.  

A. La diversité des expériences tentées


Rénover la participation politique en institutionnalisant des formes locales de participation : on a multiplié
les procédures consultatives participatives au niveau local (consultations et référendums locaux), comme si
on  voulait  passer  d’une  démocratie  de  délégation  à  une  démocratie  de  proximité,  associant les associations
au processus décisionnel.

B.  L’impact  limité  de  ces  expériences


Mais ces tentatives ont un impact limité car ces procédures de démocratie participative sont utilisées comme
de   simples   adjuvants,   qu’elles   sont   placées   sous   l’étroit   contrôle   des   élus,   que   bien   souvent,   elles   n’ont  
qu’une  portée  consultative,  c’est-à-dire  qu’elle  sert  surtout  à  conforter  la  légitimité  des  élus,  à  améliorer  leur  
communication,   à   renforcer   l’identification   des   habitants   à   leur   territoire…   Les   élus   eux-mêmes pilotent
cette démocratie participative :  ils  sont  attachés  à  la  représentation  classique,  et  n’envisagent  pas  vraiment  
une reconstruction du pouvoir.
Crise de la représentation ?   Pas   vraiment   une   dépolitisation   des   citoyens,   mais   ce   qui   frappe,   c’est   le
décalage entre  l’offre  et  la  demande  politique.  Crise  de  l’engagement,  mais  qui  résulte  dans  de  nouvelles  
formes de participation :   ils   ont   de   plus   en   plus   tendance   à   l’action   concrète.   La   démocratie   de  
représentation laisse peu à peu la place à une démocratie  d’interpellation.
On   est   passé   d’un   rapport   à   la   politique   assez   conformiste   où   on   faisait   confiance   aux   élus   et   aux   élites  
politiques, à un rapport beaucoup plus critique. Les citoyens vont moins voter, mais ils se font entendre sur
les grandes causes, et défendent des intérêts corporatistes ou catégoriels. Les Français sont plus
parcimonieux  dans  leurs  soutiens  électoraux,  mais  sont  capables  d’exprimer  périodiquement  leurs  critiques.  
Tout  cela  rend  l’exercice  du  métier  politique  plus  difficile.  L’examen des motivations et du renouvellement
des  formes  de  la  participation  politique  permet  de  nuancer  l’idée  de  son  déclin.  Les  enquêtes  relatives  aux  
pratiques politiques ne révèlent pas   une   désertification   de   l’espace   public,   mais   une   mutation   de  
l’engagement politique. On  n’assiste pas  à  la  fin  de  l’engagement,  mais  à  une  recomposition  des  modalités  
de   l’engagement.   Les   citoyens   s’engagent   pour des causes spécifiques, centrés autour des thèmes
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particularistes.  A  cela  s’ajoute  l’évolution  du  militantisme : autrefois, on avait un militantisme affilié : des
adhérents   étaient   dévoués   à   leur   organisation.   Aujourd’hui,   on   a   un   militantisme   plus   affranchi :
l’engagement  est  plus  intermittent,  plus  informel,  plus  ponctuel.  
Mais il existe aussi, en plus des modalités  pacifiques  d’engagement  politique,  des  méthodes  violentes.  Elles  
constituent  l’aveu  d’un  échec  ou  d’un  refus.

Section 4 : la violence politique


La condamnation de la violence est unanime, mais le politiste cherche à élucider quelle est la signification et
la place de la violence dans un système politique.
Les   systèmes   modernes   cherchent   à   faire   prévaloir   la   monopolisation   au   profit   de   l’État du recours à la
violence. Mais la violence conserve une place importance. Trois auteurs sont importants :
Pour Machiavel,   la   menace   ou   l’usage   effectif   de   la   force   par   la   force   est   un   moyen   de   préserver   son  
pouvoir.  C’est  une  ressource  politique  courante,  pour  se  maintenir  au  pouvoir.  Elle  serait  même  la  condition  
de  l’efficacité  des  autres  ressources.  
Pour Hobbes, la violence politique née du contrat social est la réponse appropriée aux risques de chaos
générés par la violence de tous contre tous.
Troisième auteur : WEBER érige le monopole de la violence légitime comme principale prérogative de
l’État, qui se définit comme monopole de la violence légitime.
Tout   au   long   du   XIXème   siècle,   on   a   un   certain   nombre   d’exemples   de   la   violence   utilisée   au   service  
d’objectifs  politique.  Par  exemple,  dictature  du  prolétariat,  les  mouvements   anarchistes  qui   optent  pour  la  
« propagande par le fait »  contre  les  intérêts  de  l’État. Il faut évoquer la notion de violence politique, avant
d’envisager  ses  formes.

Paragraphe 1 : la notion de violence politique


Violence   =   politique   si   la   force   physique   qu’elle   requiert   à   des   influences sur le champ politique, soit en
participant  à  la  transformation  d’un  régime,  soit  en  contestant  un  choix  idéologique,  soit  en  influençant  les  
politiques   publiques   de   l’État.
La   violence   politique   suppose   le   choix   de   modalités   d’action,   d’une   cible,   l’identification du choix de
motivation  de  l’acteur,  et  la  circonstance  du  passage  à  l’acte.
Elle  s’exerce  sous   deux   aspects : peut viser un acteur décisionnaire ou une institution Étatique, mais peut
aussi chercher à instaurer par la force un débat public, modifier une architecture institutionnelle, peser sur
des choix administratifs.
Aussi  un  moyen  d’accéder  à  l’existence  politique  en  s’imposant  comme  interlocuteurs  face  aux  acteurs  du  
jeu   institutionnel,   et   aussi   un   moyen   de   protestation   contre   l’exclusion, la marginalisation sur la scène
institutionnelle.
Inégalement performante :  inspire  la  peur  qui  paralyse,  suscite  l’indignation  qui  peut  mobiliser  contre  elle,  
éveille  l’attention  éphémère  des  médias.  Elle  atteint  son  comble  lors  de  répressions,  cours  d’États, guerres
civiles. Certaines  violences  ont  un  aspect  éruptif,  émotionnel,  d’autres  un  usage  rationnel  comme  stratégie  
au  service  de  l’action.  A  l’inverse,  il  est  des  formes  de  violence  qui  confortent  l’existence  d’un  groupe : par
exemple, le 9/11 aux USA a fédéré le peuple autour de la politique du président de lutte contre le terrorisme,
admettant une atteinte aux libertés individuelles
L’État est un acteur central de la violence politique :   peut   aussi   être   initiateur   d’une   certaine   violence  
puisqu’il  détient  le  monopole  de  la  coercition.  Elle  se  déploie  pour  protéger  l’ordre  social.  

Paragraphe 2 : les formes de la violence


3 formes :
- Colérique : expression éruptive, fondée sur un sentiment de frustration intérieur, le plus souvent
immédiate, discontinue,   et   disproportionnée  dans  son  exercice.  Peut   survenir  à  l’issue  de   certaines  
manifs échappant aux organisateurs.

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- Instrumentale :   exercée   sans   passion,   méthodiquement,   il   s’agit   de   violences   calculées,   visant   un  


objectif   précis.   C’est   une   violence   employée dans un but politique spécifique. Peut-être des
mouvements  sociaux,  de  syndicats,  de  criminels,  mais  peut  être  aussi  une  violence  d’État présentée
comme  mesurée  et  circonscrite  à  la  bonne  réalisation  de  l’ordre  interne  ou  externe.  Violence  alors  =  
ressource collective.
- Identitaire :   daigner   l’identité   de   ceux   qui   la   subissent,   en   offrir   une   à   ceux   qui   la   pratiquent.   Par  
exemple, les génocides.
BOURDIEU y ajoute la violence dite symbolique :  pour  souligner  l’intensité  des  inégalités  de  la  domination  
sociale,  qu’il  analyse  comme  force  de  violence  douce,  invisible,  masquée,  « une violence méconnue comme
telle, elles est choisie autant que subie ». La « façon   dont   la   domination   sociale   s’exerce   dans   la   société  
sans avoir recours à la violence physique ». Renvoie à la dimension intériorisée de la domination sociale, les
groupes   dominés   voient   les   comportements   des   groupes   dominants   comme   fondée,   naturelle.   S’opère  
particulièrement dans les rapports entre classes sociales : mais aussi dans le champ politique : se traduit
comme un retrait volontaire des citoyens issus des plus modestes milieux (GAXIE). Elle parait douce, et est
plus efficace, car intériorisée par ceux qui la subissent, elle   n’est   pas perçue comme une coercition. Le
recours à la violence dans les démocraties modernes est délégitimé : elle devient marginale, dans les
démocraties, la lutte politique peut être vive, mais doit rester symbolique. Elle utilise les armes du langage,
le vote et le discours.

Chapitre 2 : le processus électoral


Le vote  est  un  droit  politique  fondamental  dans  les  démocraties.  C’est  le  moyen  le  plus  sûr  d’adopter  des  
choix collectifs de manière pacifique. Le vote est la forme traditionnelle de participation politique
individuelle.   Les   modalités   d’élection   sont   toutefois   plus complexes qu’on   ne   l’imagine.   L’élection   sert   à  
choisir des gouvernants, accepter une politique :  c’est  une  institution  permettant  l’élection  ou  la  destitution  
périodique des gouvernantes. Mais ça peut être aussi une question sur un sujet : le référendum.   C’est   une  
question   par   laquelle   les   électeurs   s’échappent   de   la   logique   partisane,   en   répondant   OUI   ou   NON   à   la  
question,  mais  s’en  servant  souvent  pour  légitimer  ou  non  les  gouvernants.  L’élection  légitime  en  effet  les  
gouvernants : ils sont élus du peuple.  Mais  elle  réactive  le  sentiment  d’appartenance  à  une  même  nation  des  
électeurs,  l’occasion  d’une  socialisation  politique  citoyenne. Dans les démocraties, les électeurs choisissent
entre plusieurs candidats, mais dans les régimes autoritaires,   l’élection est maintenue, certes avec un
candidat unique : elle est conservée car les dirigeants eux-mêmes démontrent par là leur capacité à mobiliser
une   participation   massive,   et   obtenir   un   sentiment   citoyen,   du   moins   l’apparence   d’une   adhésion.   Ces  
élections à  candidats  uniques  permettent  de  disqualifier  les  manifestations  d’opinion.
En matière électorale, les prérogatives des citoyens sont fortement encadrées par des schémas idéologiques,
des clivages droite/gauche et un certain nombre de règles juridique. La France a été une sorte de pionnière
en  matière  d’études  électorales,  et  la  science  politique  s’est  initialement  affirmée  dans  l’étude  des  élections,  
et ce dans un but utilitaire On dit souvent que la science politique française est à la traîne sur la science
politique  américaine,  on  constate  que  sur  le  point  des  élections,  c’est  bien,  la  France  qui  est  pionnière.
Les auteurs, dans leurs travaux, ont tenté de trouver des méthodes prédictives du comportement électoral
(notamment SIEGFRIED et Goguel). Dans tous les cas, on constate une volatilité croissante des électeurs,
qui  s’explique par le déclin des identifications partisantes, mais aussi le contexte.
Le   suffrage   universel   est   aujourd’hui   intimement   lié   à   la   notion   de   citoyenneté : les citoyens sont égaux
devant  le  vote,  ce  qui  se  traduit  dans  le  champ  politique  par  un  droit  égal  de  tous  à  participer  à  l’expression  
de  la  volonté  générale.  Le  vote  ne  peut  être  que  secret,  mais  il  n’en  a  pas  toujours  été  ainsi.  La  construction  
du citoyen, la confusion citoyen/électeur   s’est   construite   progressivement   au   cours   de   l’Histoire.   La  
Compétition   politique   n’a   pas   toujours   connu   les   traits   pacifiques qu’elle   a   aujourd’hui,   et   le   vote   s’est  
imposé historiquement comme un mode efficace, légitime, de règlements des conflits au sein de la société
politique.

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Section 1 : élections et campagne électorales


Paragraphe 1 : la signification du vote
L’acte  électoral  se  présente aujourd’hui  sous  les  traits  d’un  rituel : le vote est secret, le secret étant garanti
par  l’uniformité  des  enveloppes,  l’isoloir  et  l’absence  d’intermédiaire  entre  la  main  de  l’électeur  et  l’urne.  
Le  vote  est  en  principe  un  acte  rationnel  ou  raisonnable,  par  lequel  l’électeur  vote  selon  sa  conscience.  Dans  
l’isoloir,  l’électeur se comporte comme un citoyen éclairé et autonome, qui doit se prononcer en dehors de
toute  pression.  Le  secret  du  vote  garantit  l’indépendance  de  l’électeur.  Aujourd’hui,  cela  va  de  soi,  mais  à  
une  époque,  les  scrutins  furent  le  théâtre  de  violences,  achats  de  vote,  bourrage  d’urnes…  La  pacification  du  
vote a exigé la mise en place de dispositions matérielles et juridiques pour empêcher ceci. La victoire se
situe à la fin du XIXème et au début du XXème, où émerge une nouvelle génération de politiques, avec une
nouvelle  méthode  d’exercer la politique.
Avant cette époque, deux influences sur les électeurs :
- Les autorités sociales locales (notables :  curé,  instituteur…).
- Un   groupe   d’appartenance : les gens votaient en fonction du vote des autres dans leur catégorie
sociale (ouvriers votaient selon les consignes syndicales)
Le secret du vote a été proclamé en France dans la Constitution de 1795, et réaffirmé par les régimes
successifs,  mais  les  conditions  de  secret  du  vote  datent  d’une  loi  du  29  juillet  1913 : elle impose un contrôle
accru  de  l’inscription  sur  les  listes  électorales  (unicité),  impose  une  représentation  des  candidats  parmi  les  
scrutateurs,  l’enveloppe  uniforme  et  l’isoloir.  Dans  la  matière,  la  France  n’est  pas  pionnière ;;  l’Australie  les  
a instaurés en 1857, le Royaume-Uni en 1872.
AUjourd’hui, ces conditions sont indispensables pour que le vote soit libre, sincère et autonome, en
permettant  l’individualisation  du  vote.  Désormais,  la  société  politique  est  une  société  d’individus,  et  plus  de  
communautés   locales.   C’est   l’époque où s’imposent les premières étiquettes partisanes pour guider
l’électeur.
Le vote a une fonction politique : légitimer le pouvoir et les institutions,   mais   également   d’accéder  
momentanément au pouvoir, en ayant une influence sur les gouvernants. Le vote offre une série de
satisfactions aux électeurs :
- sentiment de fierté (le discours républicain souligne le caractère valorisant de la participation au
scrutin), le sentiment d’être  une  fraction  du  peuple  souverain,  d’être  un  citoyen  vertueux  remplissant  
son   devoir   civique…   Mais   le   vote   entretient   un   processus   d’identification,   soit   entre   les   électeurs  
d’un  même  candidat,  soit  à  l’égard  d’un  parti  politique.  
- Sentiment   d’agressivité :   toute   campagne   électorale   est   l’occasion   d’affrontements.   C’est   une  
compétition   dont   la   seule   issue   est   la   victoire   ou   l’échec :   il   y   a   mise   en   scène   d’une   certaine  
agressivité (on affronte un   ennemi,   on   le   dévalorise….).   C’est   aussi   un   moyen   de   libérer   pour   le  
citoyen des ressentiments, des frustrations accumulés : les mécontentements  s’expriment  à  travers  le  
vote protestataire.

Paragraphe 2 : la conquête du vote


L’acte   de   voter   pour   désigner   des   représentants   ou   légitimer   une   décision   est   le   fruit   d’un   long  
apprentissage.   Il   faut   d’ailleurs   rappeler   avant   d’envisager   son   évolution   historique,   qu’au moment de sa
généralisation,   le   suffrage   universel   a   fait   l’objet de   nombreuses   critiques   des   auteurs,   qui   s’inquiétaient  
qu’on   confie   le   destin   aux   ignorants   aussi   bien   aux   ignorants   qu’aux   compétents.   Au   XIXème   siècle,   le  
principe même du vote est rejeté par les mouvements anarchistes et certains mouvements socialistes, qui en
dénoncent le caractère trompeur : le vote est alors considéré comme contrôlé par la bourgeoisie, qui ne
permettait  pas  d’élire  des  représentants  des  classes sociales les plus pauvres.
Pour voter, il faut que le citoyen ait le droit de vote, et que le processus de transformation du nombre de
voix en sièges ne lui fasse pas perdre son pouvoir souverain.
L’histoire  du  vote  se  caractérise  par  un  double-mouvement :

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A. Individualisation et généralisation du suffrage


L’histoire   du   droit   de   vote   est   jalonnée de restrictions :   genre,   nationalité,   censitaire,   capacitaires…  
Tocqueville écrit en 1835 que « lorsqu’un   peuple   commence   à   toucher   au   sens   électoral,   on   peut   prévoir
qu’il  arrivera  dans  un  délai  plus  ou  moins  long  à  le  faire  disparaitre  complètement :  c’est  là  l’une  des  règles  
les plus invariables qui régissent les sociétés. »
Cette loi sociologique a été par la suite théorisée par Stan ROKHAN, pour qui une fois que le régime
représentatif est adopté, tout pays est voué à passer par trois étapes :  d’abord  l’universalisation  de  l’accès  au  
suffrage,   puis   l’égalisation   de   l’influence   de   chacun,   et   enfin,   la   privatisation   des   préférences   électorales.  
Ainsi, on commencerait  par  passer  d’un  suffrage  restreint  (qui  subordonne  la  qualité  de  l’électeur  à  certaines
conditions)  à  un  suffrage  de  plus  en  plus  étendu  jusqu’à  devenir  universel.  Plus,  on  passerait  d’un  suffrage  
plural à un suffrage égalitaire (1 homme = 1 voix).   Enfin,   on   passerait   d’un   suffrage   communautaire,  
affinitaire, public à un suffrage individuel, politisé, secret.
On retrouve cette évolution dans de nombreux pays :  l’évolution  du  suffrage  n’est  jamais  linéaire,  c’est  un  
processus heurté très lié à  l’évolution politique et sociale de chaque pays.  L’exemple  des  USA  souligne  les  
limites   de   l’évolution   linéaire   du   suffrage.   En   1975,   dans   les   États du Sud, 60% des Noirs et 80% des
électeurs défavorisés avaient le droit de vote. Cinquante ans plus tard, suite à   l’invention   de   clause   de  
résidences,  de  tests  d’alphabétisation,  les  noirs  ne  votent  plus,  et  seule  une  minorité  des  défavorisés  votent.  
Le   mouvement   d’universalisation   du   suffrage   dépend   de   l’Histoire   de   chaque   pays,   et   pour   preuve,   la  
comparaison   qu’on   peut   faire   entre   l’établissement   du   suffrage   universel   en   GB   et   en   France.   Cette  
comparaison   révèle   que   cela   s’est   fait   selon   deux   processus   totalement   différents. En France, on a une
élection sacralisée (dimanche, dans lieux publics), et en GB, non (vote en semaine, pas nécessairement dans
un lieu public…).   En   GB,   on   assiste   à   l’établissement   progressif   du   suffrage   universel   issu   de   réformes  
successive,   une   évolution   lente   vers   l’universalisation   du   suffrage,   progressive,   par   voie   parlementaire  
(réforme électorale de 1832, on passe de 500.000 à 800.000 électeurs ; loi de 1867 qui abaisse le cens, 1,2
million  à  1,7  million  etc….  suffrage  universel  masculin  et  féminin  en  1928).
En France, les révolutions ont joué un rôle important. Au XVIIIème, on affirme le principe de la
participation des citoyens, la révolution promeut un citoyen nouveau, mais crée une distinction entre citoyen
actif et passif. La Constitution de 1793 pose le principe du suffrage  universel,  mais  ne  fut  jamais  appliqué…  
Il faut donc attendre 1848. Mais une loi du 31 mai 1850 vient restreindre le suffrage universel masculin. De
1872  à  1944,  les  militaires  sont  exclus  du  droit  de  vote.  C’est  en  1944  que le droit de vote est accordé aux
deux sexes. En 1974, la majorité baisse à 18 ans. Le 15 mai 1998, droit de vote aux élections municipales et
européennes  pour  les  étrangers  européens.  En  2012,  46.000.000  d’électeurs  inscrits  sur  les  listes  au  1er tour
de la présidentielle.
Le  SU  a  été  contesté,  puis  s’est  démocratisé,  mais  face  à  l’abstention, on  peut  considérer  qu’il  est  boudé.  
En France, la majorité électorale a beaucoup varié.
25 ans pour participer à la vie politique en 1791, 30 ans en 1815, 25 ans en 1930, 21 ans en 1848 et 18 ans
en   1974,   et   certains   demandent   encore   d’abaisser   cet   âge.  
La participation électorale frappe les majeurs sous tutelle qui, en raison de leur santé mentale, ne sont pas
aptes à raisonner et choisir, ou les grands criminels.
Depuis  1997,  les  jeunes  sont  inscrits  d’office  sur  les  listes  électorales  quand  ils  atteignent la majorité.

B. Démocratisation des règles électorales


Modalités   selon   lesquelles   on   calcule   les   résultats   d’un   vote.   Cette   démocratisation   s’est   faite   par   étape.  
D’abord,   on   a   adopté   progressivement   le   suffrage   direct   au   lieu   du   suffrage   indirect. On a également
développé un mouvement en faveur de la représentation proportionnelle, qui se développe au début du
XXème  dans  la  plupart  des  démocraties  occidentales.  Jusqu’au  XIXème  siècle,  le  scrutin  majoritaire  était  la  
règle dans toutes les élections politique, mais au XXème, une revendication croissante pour une
proportionnelle.  Aujourd’hui,  on  essaye  de  combattre  les  inconvénients  de  chaque  logique,  en  développant  
les  modes  de  scrutin  mixtes  (Allemagne,  Espagne,  Europe  de  l’Est…).  
3 effets du mode de scrutin :

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- Représentation  de  l’opinion :  il  faut  tenir  compte  du  seuil,  du  découpage  électoral…  Aucun  mode  de  
scrutin  n’est  parfait.
- Structure des partis politiques : la représentation proportionnelle conduit à un système de partis
indépendants les uns des autres (multiples et interdépendants pour les scrutins majoritaires à deux
tours, bipartisme pour les scrutins majoritaires à un tour).
- Fonctionnement de la démocratie : dans un   régime   présidentiel,   l’existence   du   gouvernement   ne  
dépend pas du Parlement, et donc la représentation proportionnelle ne présente que peu
d’inconvénients.  Dans  un  système  parlementaire,  il convient de dégager une majorité parlementaire
pour soutenir le gouvernement intérêt du scrutin majoritaire. La dissolution a un effet beaucoup
moins  dissuasif  s’il  y  a  la  proportionnelle,  puisque  les  partis  politiques  constituent  eux-mêmes leurs
listes, et les dirigeants sont  sûrs  d’être  élus.  Le  problème  pour  choisir  un  mode  de  scrutin,  c’est  qu’il  
faut   savoir   ce   que   l’on   cherche. Selon Michel Debré, les élections sont un « mode de
commandement ».   Leur   but   n’est   pas   la   photographie   de   l’opinion,   mais   la   désignation   et   la  
légitimation  des  gouvernants.  Aucun  mode  de  scrutin  n’est  parfait : le meilleur mode, pourtant, est
celui qui est assez simple pour être compris des électeurs en évitant la fraude, et celui qui, dans une
société  favorise  l’alternance.  

Paragraphe 3 : les élections dans la vie politique française


Sous la Ve République, le peuple est très souvent sollicité, conformément à l'article 3 de la Constitution de
1958. D'abord, il a joué un rôle dans l'avènement du régime par le biais de ses représentants, qui ont voté la
loi constitutionnelle du 3 juin 1958, puis il a eu un rôle direct en acceptant la constitution par référendum.
Le peuple intervient aussi pour désigner ses représentants, mais également, parfois, pour décider
(référendum à l'article 11 et à l'article 89). Enfin, sous la Ve République, le peuple peut être sollicité pour
arbitrer un conflit entre les pouvoirs, pour résoudre un différend entre législatif et exécutif (droit de
dissolution  de  l’Assemblée  par  le  président  en  1958).  
On a multiplié les consultations électorales. 1962 : suffrage universel, 1979 : parlement européen français au
suffrage universel, élections régionales, 2003 : référendums locaux décisionnels. Le peuple est très sollicité
sous la Ve République, souvent pour les questions liées à la décentralisation (prévoit référendums locaux,
1982).

Les modes de scrutin ont une influence sur la vie politique, sur la vie interne des forces politiques. Les partis
politiques ont du se présidentialiser c'est-à-dire se structurer autour d'un leader présidentiable. Un parti doit
inclure la perspective des législatives pour conclure des accords avec les autres partis politiques. Il y a eu
deux élections présidentielles qui n'ont pas connus un affrontement droite/gauche.

Le plus important est que la France juxtapose plusieurs modes de scrutin :


- Scrutin majoritaire pour  les  présidentielles,  les  législatives  et  les  cantonales  →  pour  les  élections  
les plus importantes.
- Scrutin proportionnel pour  les  européennes  →  pour  les  élections  jugées  moins  essentielles.  
- Scrutin mixte pour les municipales (loi 19 novembre 1982).

Les électeurs se regroupent autour des grands partis dans les scrutins majoritaires. En revanche, les électeurs
dispersent   leur   voix   quand   ils   votent   au   scrutin   proportionnel.   Scrutin   majoritaire   →   bipolarisé.   Scrutin  
proportionnel  →  pluralisme.  Le  choix  des électeurs s'en trouve brouillé : ainsi, le 21 avril 2002, les électeurs
ont voté comme dans des scrutins proportionnels en dispersant leur voix, vers les partis minoritaire ou
secondaire  (maintien  d’un  système  de  partis  secondaires  ou  protestataires).

Paragraphe 4 : les campagnes électorales


La   campagne   électorale   est   la   période   précédant   l’élection.   Les   candidats   vont   tenter   de   convaincre   les  
électeurs de voter pour eux grâce à la persuasion et à des actions spécifiques. Ils se mobilisent, informent les

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électeurs et propagent une conception de  la  société.  C’est  le  moment  où  les  citoyens  s’intéressent  le  plus  à  la  
politique.
La campagne officielle est généralement courte, elle dure deux semaines, elle est réglementée. L'État donne
accès à des moyens particuliers aux candidats, et garantit l'égalité de traitement entre tous les candidats pour
que l'élection soit démocratique. Cette campagne se détermine 1 jour avant le scrutin. Ce temps permet un
temps de réflexion, et permet de préserver la sincérité du scrutin.
Avant cette période, il y a la période de pré-campagne période plus ou moins longue selon les circonstances
(près  d’un  an  pour  les  présidentielles).  Alors  s’accélère  le  jeu  politique,  se  polarise  l’élection,  émergent  les  
candidatures via une auto-sélection des candidats, par le choix des partis ou des primaires (pendant
lesquelles les militants des PP jouent un rôle particulier et se mobilisent). On commence alors à constituer
son image en tant que candidat, et son positionnement idéologique.
2 aspects de la campagne électorale: évolution des formes et du contenu des campagnes & la question de
leur financement.

A. L'évolution des formes et du contenu.


Les campagnes ont beaucoup changé au fil du temps : on passe de la propagande classique à l'ère de la
communication politique.
5 signes prouvent cela :

– Le renforcement de l'encadrement juridique des activités électorales, avec pour objectif : la défense
du  pluralisme.  Il  existe  de  plus  en  plus  un  droit  de  la  vie  politique.  On  peut  constater  l’émergence
d’une  régulation  juridique  de  la  vie  politique,  qui  se  manifeste  par  les  campagnes  audiovisuelles,  la  
réglementation du financement des campagnes électorales, la publication des sondages
Dès 1964 on voit apparaitre les premières réglementations pour  les  émissions.  Le  CSA  exige  l’équité  
entre les candidats, et règlemente les apparitions audiovisuelles. Pendant la campagne officielle,
l’égalité  stricte  est  requise.  La  CNIL,  elle,  se  charge  de  la  campagne  sur  Internet.

– L'évolution des supports visuels. On assiste depuis une vingtaine d'année à un renouvellement des
affiches électorales. Cela se caractérise par une modification du rapport entre texte et image. Au
début de la 5eme république, les affiches étaient composées de textes denses sans ou avec peu
d'illustrations. Désormais, on ne conçoit plutôt une affiche avec une photo travaillée un slogan.
Autrefois, les candidats avaient  un  air  sérieux,  mais  aujourd’hui,  on  insiste  sur  la  jeunesse  et  la  
séduction des candidats (VGE). Il faut aussi souligner le nouveau style des professions de foi :
autrefois, elles développaient des arguments notabiliaires, où le candidat mettait en avant son
expérience,  ses  responsabilités  sociales.  Tous  les  candidats,  aujourd’hui,  veulent  se  donner  un  air  
ordinaire, simple, avec une vie de famille, un vocabulaire simple et concret, en gommant les
arguments idéologiques. Les professions de foi émettent un discours rassembleur, hors des partis.
– La  multiplication  des  moyens  de  faire  campagnes  :  à  l’origine,  on  se  réunissait  pour diffuser un
programme  en  petit  comité.  Aujourd’hui,  on  organise  de  grands  meetings,  qui  sont  une  
démonstration  de  force  susceptibles  d’être  utilisé  et  repris  par  les  médias.  Mais  à  côté  de  ces  grands  
meetings, on trouve des stratégies de campagne construites, faites de voyages à  l’étranger,  de  
voyages,  de  grands  évènements.  Aujourd’hui,  on  fait  campagne  avec  des  journaux,  la  publication  de  
livres,  la  construction  de  stratégie  de  communication  pour  que  les  médias  relaient  l’ensemble  de  
l’activité  des  candidats.
– La  place  croissante  prise  par  la  télévision  et  les  sondages  d’opinion : les campagnes sont de plus en
plus  médiatisées.  Avantage  pour  le  candidat,  car  lui  permet  d’avoir  accès  à  une  masse  d’électeur,  et  
pour  l’électeur,  d’être  plus  informé,  plus  critique,  de  s’affranchir  de  la  tutelle  des  consignes  
partisanes. Les électeurs obtiennent désormais des informations autonomes. Autrefois, les hommes
politiques  étaient  des  tribuns  de  grandes  envolées.  Aujourd’hui,  ce  sont  des  communiquant du petit
écran. Les émissions officielles pendant la campagne ont désormais une assez faible audience, en
revanche  on  observe  une  forte  augmentation  de  l’audience  des  journaux  télévisés pendant les
périodes électorale.
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– La montée en puissance des professionnels de la communication, du marketing, de la publicité. Ce


n’est  pas  nouveau :  le  premier  candidat  à  la  présidentielle  à  avoir  utilisé  les  conseils  d’un  publicitaire  
l’a  fait  en  1965 (Jean Lecanuet).  Les  responsables  politiques  se  sentent  dépossédés  par  l’irruption  
des professionnels et les frictions sont nombreuses avec les équipes militantes traditionnelles. Les
campagnes  sont  plus  sophistiquées,  et  permettent  d’aider  les  électeurs  à  s’informer,  à  raisonner,  
réfléchir via plusieurs supports, le rendre plus hésitant, et leur choix se fixe définitivement de plus en
plus  à  la  veille  de  l’élection.  Et  cela  a  développé  une  certaine  volatilité  électorale.

B. Le financement des campagnes électorales


Question taboue pendant longtemps : on savait que les syndicats aidaient les partis de gauche, que les partis
du centre de la droite étaient soutenus par les milieux économiques. Mais bouleversement avec
l’augmentation   exponentielle   du   coût   des   campagnes   électorales.   La   plupart   des   démocraties   occidentales  
ont vu ce problème avant la France : la Suède et le Danemark ont fait évolué leur législation sur le
financement  des  campagnes  en  1966,  l’Allemagne en  1967,  l’Italie  en  1974,  et  les  Usa  l’avaient  fait  en  1972  
et 1976. En France, la première loi relative à la transparence financière de la vie politique date du 1988.
Une douzaine de lois traitant du financement des partis ont été adoptées entre 1988 et 2012. Les principes
posés dans le cadre législatif instauré en 1988 sont les suivants : il existe un financement public des partis
politiques, il y a une réglementation précise des aspects financiers des campagnes (les dépenses sont
plafonnées,  et  l’État rembourse  si  les  prescriptions  du  Code  électoral  sont  respectées).  En  outre,  l’État prend
en  charge  les  frais  d’impression  des  bulletins  de  vote  etc…  Contrepartie : réglementation des dépenses, et
un mandataire financier devra tenir les comptes, qui doivent être certifiés par un expert-comptable.
Pour être efficace, cela suppose des mécanismes de contrôle, qui ne peuvent être faits que par une autorité
administrative indépendante, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements
politiques.  Chaque  candidat  tient  un  compte  de  campagne  retraçant  l’ensemble  des  recettes  perçues  en  vue  
de  l’élection,  compte  accompagné  de  justificatifs, et déposé le neuvième vendredi suivant le jour du scrutin
où  l’élection  a  été  acquise.  
Commission créée en 1990, devient AAI en 2003, comprend 9 membres pour 5 ans nommés par décret : 3
du  Conseil  d’État, 3 de la [Link] et 3 de la [Link]. Souvent, son président élu est un des membres de la
Cour des comptes. Sauf pour les législatives ou les présidentielles où le recours se fait devant le Conseil
constitutionnel,  le  recours  se  fait  devant  le  Conseil  d’État.
Après une procédure contradictoire, soit elle approuve les comptes, soit elle les rejette. En cas de rejet ou de
non-présentation,  saisine  du  juge  de  l’élection,  qui  confirme  ou  infirme  la  décision,  et  alors,  soit  
inéligibilité, soit déchéance. En pratique, la Commission admet une certaine souplesse (dépassement du
plafond de 5%, concours en nature de quelques personnes publiques). Le candidat élu sans respecter les
règles  risque  d’être  invalidé,  et  inéligible  pour  un  an  (la  loi  de  1996  autorise  le  Conseil  d’État à ne pas
prononcer  l’inéligibilité  s’il  est  de  bonne  foi).  Désormais,  une  campagne  électorale  ne  commence  plus par
la  constitution  d’un  trésor  de  guerre.  Elle  ne  se  détermine  pas  par  l’ampleur  des  moyens  financiers  des  
candidats.
Tout ça a permis au scrutin de gagner en sincérité et en légitimité. Mais il reste des imperfections, et il doit y
avoir encore des fraudes à cette législation (micropartis…).

Paragraphe 5 : le contentieux électoral


Les fraudes ne doivent pas dénaturer la volonté populaire. Des autorités indépendantes doivent  s’en  charger.  
On envisage un règlement juridictionnel des  litiges  électoraux,  c’est  un  progrès de  l’État de droit.
En  France,  ce  n’est  pas  du  ressort  d’une  juridiction unique.  L’examen  des  fraudes  est  répartie  entre  les  trois  
ordres de juridiction : le Conseil constitutionnel (parlementaires/présidentielles), le juge non-répressif
examine les élections professionnelles (les entreprises), le juge répressif sanctionne les contrevenants aux
dispositions pénales du Code électoral. Le juge administratif est compétent pour les élections européennes,
aux   organismes   publics   (universitaires,   chambres   de   commerce…)   et   pour   les   élections   locales.   Le  
contentieux électoral se règle assez rapidement, sans avocat, et les réclamations sont ouvertes aux électeurs

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et  aux  candidats.  Les  délais  de  réclamations  sont  de  l’ordre  de  5  à  10  jours  pour  la  demande,  et  dure  jusqu’à  
plusieurs mois.
Quel contrôle ?   Le   juge   peut   annuler   l’élection   si   sa   sincérité   a   été   altérée.   Il   y   a   réformation   du   résultat  
quand le juge est certain que des erreurs, illégalités diverses (menaces, répression), ont eu une incidence sur
le   résultat   de   l’élection   ET   qu’il   est   en   mesure   d’en   apprécier   avec   précision   les   conséquences   sur   les  
résultats   (c’est   rare).
En  général,   le  juge  annule  l’élection :   c’est   automatique  en  cas  d’inéligibilité  avérée  ou  d’incompatibilité.  
Quand  le  juge  a  l’intime  conviction  qu’une  irrégularité,  une  manœuvre,  une  fraude  a  eu  une  incidence  sur  le  
résultat  final  de  l’élection,  il  peut  l’annuler.  Pour  cela,  plusieurs  critères : faible écart de voix entre candidats
et   listes…   Il   faut   que   l’irrégularité   ait   gravement   porté   atteinte   à   la   sincérité   du   scrutin.   Mais   souvent,   le  
juge  relève  que  les  faits  contestés  n’introduisent  pas  dans  le  débat  électoral  des  éléments  nouveaux  (même si
elle est immorale).
De   même,   le   critère   du   faible   écart   de   voix   justifie   l’annulation,   mais   pour   l’écart   de   voix   important,   on  
n’est  pas  sûrs  de  la  régularité  de  l’élection  quand  même.

Section 2 : la mobilisation électorale


Le vote est le seul mode de participation politique qui engage plus de la moitié de citoyens. La sociologie
électorale distingue 3 types de comportements :  l’abstention,  le  vote  blanc  ou  nul,  le  vote  normal.
La participation électorale est mesurée à partir du taux de votants comparé au taux de personnes inscrites sur
les  listes  électorales.  Cela  révèle  le  niveau  d’adhésion  des  citoyens.  

Toute analyse de la participation électorale comporte trois aspects :  le  vote  blanc  ou  nul,  l’inscription  sur  les  
listes  électorales,  l’abstention.

Paragraphe 1 :  l’inscription  sur  les  listes  électorales


En  France,  obligatoire,  mais  résulte  d’une  démarche  volontaire  de  l’individu  pour  figurer  soit  sur  la  liste  de  
sa  commune  de  résidence,  où  sur  la  liste  d’une  commune  où  il  paie  depuis  cinq  ans  un  impôt  local.  C’est  
une obligation morale, que tout Français est censé accomplir librement. Exception : les plus de 18 ans sont
désormais inscrits automatiquement.
On estime à 10% le nombre de Français en âge de voter non-inscrits sur les listes. On distingue trois types
de non-inscrits :
- Les mobiles : jeunes, cadres, bien insérés.
- Les exclus : bas niveau scolaire, mal insérés, pensent que les élections ne servent à rien
- Les anarchistes : antisociaux.
Dominique REYNIÉ parle de sur inscriptions par politisation en 2007 : première présidentielle depuis 2002,
échec du référendum de 2005, émeutes de 200X.
En  GB,  un  formulaire  officiel  doit  être  rempli,  le  même  qui  sert  pour  le  paiement  de  l’impôt.  

Paragraphe 2 : le vote blanc ou nul


Enveloppe vide ou avec un bulletin dépourvu de tout nom de candidat. Type de vote qui indique une volonté
de  se  démarquer  du  choix  proposé  par  l’élection.
Le vote nul :  bulletin  déchiré,  annoté…  Pas  forcément  fait  exprès.  Mais  parfois,  pour  montrer  son  rejet  de  
l’offre  électorale.
On appelle ça une abstention civique : on va voter, comme un bon citoyen, mais en manifestant son
mécontentement. Sous les IIIème et IVème, le phénomène était marginal (~2%), ainsi que sous les
premières années de la Vème, à deux exceptions (en 1969, au 2ème tour, 4,4% / 1972 : 7% au référendum de
l’entrée  de  la  GB  dans  la  CE).  
Mais   c’est   dans   les   années   1990   qu’il   progresse : les départements les moins abstentionnistes sont en
général ceux où le vote blanc ou nul est le plus présent.
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Le vote blanc est généralement plus fréquent dans les départements ruraux ou à population âgée. Il est
souvent plus élevé au second tour d'une élection. Le vote blanc dépend aussi de la conjoncture politique. En
1993, 9.5% de vote nul. En 2012, 2nd tour : 5.8%.

Des associations demandent régulièrement la prise en compte des votes blancs. En novembre 2012, les
députés ont adopté à l'unanimité un projet de loi distinguant le vote blanc du vote nul. Jusqu'à présent, le
décompte des voix aboutissait à deux données : les votes valides et les suffrages exprimés. La loi du 21
Février 2014 change la donne, et les bulletins blancs sont, à compter du 1 er avril, décomptés séparément des
votes nuls. Le but est de montrer que le vote blanc est un acte citoyen, certes différent. Trois proportions
désormais (nul, blanc, abstention). But :  faire  reculer  l’abstention,  et  analyser  le  phénomène.

La Suède est le seul pays qui reconnait le vote blanc comme un suffrage exprimé. Les élites politiques
voient dans la reconnaissance du vote blanc un risque d'encouragement pour ce type de comportement
électoral,  et  n’en  veulent  pas,  car  un  système  politique  cherche  à  ce  que  le  maximum  de  citoyens  s’exprime  
pour  légitimer  l’action  publique.

Paragraphe 3 : l’abstention
Etudiée assez tardivement. Lancelot est le premier à publier une thèse en 1968, L’abstentionnisme  électoral  
en France. Depuis elle est analysée comme un comportement en lui-même (stratégique, politisée, de
condition,  de  choix…).
Elle se calcule sur l'ensemble des personnes inscrites sur les listes électorales, non pas sur le nombre de
personne en âge de voter. L'abstention ne fait qu'augmenter.

Augmente   en   1960   aux   USA.   Depuis   1945   En   Europe   de   l’Ouest.   Le   phénomène   n’est   pas   propre   à   la  
France.
Forte abstention dans les années 1990s. Record de participation : 1er tour élection présidentielle de 2007
avec seulement 15% d'abstention. Car en 2007 renouvellement de l’offre politique, les jeunes sont de
nouveaux mobilisés,  développement  d’internet,  personnalisation  du  scrutin,  la  peur suscitée au 2ème tour
de 2002. Mais depuis, record d'abstention. Mais pour les législatives de 2007, 1 français sur 2 n'a pas voté
(ratification du choix présidentiel désormais). Les européennes de 2009 : 60% d'abstention.

Pendant longtemps, on a expliqué  l’abstention  par  le  niveau  social  ou  l’intégration  des  individus.  Même  si  
cette analyse demeure valable, elle ne suffit plus : chaque scrutin a une conjoncture qui favorise ou non
l’abstention.  
On observe que les catégories sociales les plus élevées ont la participation électorale la plus active, et la plus
régulière.   Tout   se   passe   comme   si   le   niveau   d’instruction   donnait   aux   individus   le   sentiment   d’une  
compétence,   de   pouvoir   déchiffrer   l’univers   politique,   qui   les   conduisent à voter. Les électeurs les moins
éduqués,  eux,  s’abstiennent  plus :  ils  ont  un  sentiment  d’incompétence  politique  (peu  exposés  aux  médias,  
faible  niveau  scolaire,  peu  intéressés).  Ainsi,  en  2010,  on  note  un  taux  d’abstention  record  dans  les  quartiers  
populaires : moins de 30% de participation électorale, et 1 électeur potentiel sur 4 ne serait pas inscrit sur les
listes électorales : ils se sentent étrangers au jeu politique.
Les abstentionnistes constants sont rares : on les évalue de 8 à 10% des inscrits. Les votants constants, eux,
représentent 40% du corps électoral. Le comportement le plus fréquent est donc la participation
intermittente. Dès la fin des années 1960, Alain LANCELOT détermine les critères qui favorisent le vote :
l’intégration  professionnelle,  l’intégration  familiale,  l’appartenance  à  des  groupes  religieux  ou  associatifs,  la  
taille   de   la   commune   de   résidence   (des   critères   de   stabilité   géographique,   l’investissement   dans   une  
communauté   de   vie,   ce   qui   s’ajoute   évidemment   à   l’âge   et   au   niveau   d’études).   Le   degré   d’intégration
sociale  varie  au  cours  de  l’existence,  ce  qui  peut  expliquer  le  caractère  intermittent  de  la  vie  politique,  de  
même que la désintégration professionnelle. Ainsi, votent moins les chômeurs, les emplois précaires, les
jeunes, les non-diplômés. Les couches populaires sont les plus abstentionnistes, quand les catholiques
pratiquant votent plus que la moyenne.

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Mais  d’autres  explications : les conjonctures  électorales  favorisent  l’intégration  des  électeurs.  La  nature  de  
l’élection,  la  position  idéologique,  l’acuité  des  enjeux,  l’intensité  de  la  compétition  ont  une  influence  sur  la  
mobilisation   électorale.   L’acuité   et   l’intensité   de   la   compétition : « les élections combats mobilisent plus
que  les  élections  d’apaisement » (SIEGFRIED). Les élections les plus mobilisatrices sont les présidentielles,
puis   les   municipales,   et   enfin   les   législatives.   A   l’opposé,   les   élections   les   moins   mobilisatrices   sont   les  
régionales, les européennes, et enfin les cantonales. Cette mobilisation variable dépend des connaissances et
des représentations que les électeurs se font des enjeux :  plus  l’enjeu  est  grand,  plus  l’élection mobilise.
De plus, le mode de scrutin retenu à une influence : à la proportionnelle, on a une possibilité de voir
représentés les partis minoritaires, ce qui encourage leurs électeurs à aller voter. Le second tour des
élections, de même, mobilisent plus que le premier tour : certains électeurs ne se déplacent que pour le tour
« décisif ». Le calendrier électoral influe également : la proximité dans le temps de plusieurs scrutins
émousse la mobilisation, on lasse les électeurs. On en a un exemple très clair avec les référendums en
Suisse, mais en France aussi : les législatives, qui ont lieu 6 à 7 semaines après les présidentielles,
mobilisent moins que lorsqu’elles  interviennent en cours de mandat. Les législatives sont en effet perçues
comme des élections de « ratification »  d’une  réponse  donnée  antérieurement  (en  votant  pour  le  président,  
on a déjà choisi un programme et une politique).
Quand   l’enjeu   de la consultation est   clair,   le   taux   d’abstention   diminue.   Au   contraire,   si   les   débats   sont  
obscurs   et   que   les   enjeux   de   l’élection   sont   loin   de l’opinion   publique,   l’élection   mobilise   peu.   Ainsi,   les  
élections  où  l’on  sait  l’alternance  possible  sont  les  plus mobilisatrices.
Le  taux  de  participation  le  plus  important  est  observé  dans  le  pays  où  le  vote  est  obligatoire.  Mais  ce  n’est  
pas une panacée : les électeurs se déplacent, certes, mais on a une hausse des bulletins blancs.
On décèle un nouveau profil des  abstentionnistes,  surtout  que  désormais,  la  hausse  de  l’abstention  s’observe  
dans  tous  les  groupes  sociaux.  La  progression  de  l’abstention  se  fait  quel  que  soit  le  niveau  d’implication  
politique des électeurs. En effet, désormais, certains abstentionnistes   intermittents   font   preuve   d’un   degré  
élevé  de  politisation.  L’analyse  vue  précédemment  ne  suffit  plus :  aujourd’hui,  l’abstention  résulte  surtout  
d’un  refus  du  jeu  politique  dans  le  contexte  et  dans  les  conditions  dans  lequel  il  se  déroule.  Les  électeurs ont
le sentiment que les candidats sont trop proches les uns des autres, que le système partisan est figé, ils sont
défiants  à  l’égard  des  politiques,  ils  considèrent  que  la  marge  de  manœuvre  des  gouvernants  est  de  plus  en  
plus  réduite.  L’abstention  est de plus en plus perçue comme une sanction des gouvernants, et un refus des
règles  du  jeu  politique.  C’est  ce  qu’on  appelle  la  dimension  politique  et  sociale  de  l’abstention.  
Anne MUXEL fait une distinction entre les « abstentionnistes hors-jeu » et les « abstentionnistes dans le
jeu ».  Dans  la  première  catégorie,  elle  regroupe  des  citoyens  très  critiques  à  l’égard  du  système  politique,  
proches   de  l’exclusion  sociale  et   qui   s’abstiennent   de  manière  plus   constante.  Dans  la  seconde,  elle  place  
des citoyens un peu politisés (capables de citer un parti dont ils se sentent proches et peu éloignés) : eux
pratiquent une abstention irrégulière. Depuis les années 1980, ce sont les abstentionnistes dans le jeu qui ont
progressé pour elle. Entre 1958 et 1997, on estime  qu’il  a  triplé.  Par  leur  défection,  ils  expriment  une  forme  
d’insatisfaction  à  l’égard  du  jeu  politique  pratiqué  au  sein  de  la  démocratie  représentative.  Malgré  cela,  les  
abstentionnistes hors-jeu   sont   plus   nombreux,   et   l’abstentionnisme   intermittent   devient de plus en plus
fréquent.   Ainsi,   on   estime   qu’en   2002,   moins   de   44%   des   Français   ont   voté   aux   quatre   tours   des   deux  
élections. La non-participation, même par ceux qui sont intéressés par la politique, sert à montrer une
certaine  insatisfaction  à  l’égard des gouvernants de tous bords.
Le vote est toujours considéré comme le moyen le plus efficace de participation politique. Mais désormais,
les  citoyens  ont  de  plus  en  plus  tendance  à  s’affranchir  du  devoir  civique.  On  observe  un  affaiblissement  de  
la contrainte sociale sur le vote. Il y a une désacralisation du vote, et une forte individualisation électorale :
chaque   électeur   évalue   la   portée   de   son   vote,   et   le   vote   n’est   plus   qu’un   moyen   parmi   d’autres   de  
participation politique. Il devient plus un droit   de   veto   qu’un   devoir   civique.   Malgré   la   hausse   de   la  
compétitivité   électorale,   malgré   la   progression   du   niveau   de   culture   et   d’information   des   citoyens,   les  
électeurs  se  déplacent  de  moins  en  moins.  Ce  n’est  pas  synonyme  de  montée  d’indifférence  politique, mais
on   assiste   au   développement   d’un   abstentionnisme   de   protestation,   pratiqué   par   des   citoyens   éduqués,  
jeunes, de statut social moyen voire supérieure, et parfois par des citoyens très politisés. Ainsi, en 2002, les
cadres et professions intellectuelles se sont presque autant abstenus que les ouvriers.
Désormais, le rapport à la politique est à la fois plus individualisé et plus critique. On retrouve aussi cette
idée dans la motivation des choix électoraux.
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Section 3 :  les  modèles  d’analyse  du  comportement électoral


Les analystes et les acteurs de la vie politique cherchent depuis longtemps à comprendre et à expliquer
l’orientation  du  vote  des  citoyens.  Il  y  a  une  dimension  stratégique,  surtout  de  la  part  des  acteurs  politiques :
en votant, les citoyens émettent des choix qui sont déterminés par de multiples variables (âge, sexe, valeurs
familiales…).  En  France,  dès  le  début  de  la  IIIème  République,  on  a  vu  apparaître  les  premières  analyses  de  
sociologie électorale : elle est devenue une spécialité française dès la fin du XIXème siècle.
Si  on  parle  DES  modèles,  c’est  parce  qu’au  cours  du  XXème  siècle,  les  analyses  du  comportement  électoral  
ont   révélé   plusieurs   modèles   explicatifs.   L’évolution   de   la   construction   de   ces   modèles   est   tributaire   du  
développement  des  instruments  d’analyse.  On  distingue  trois  périodes :
- Le modèle, dans un premier temps, écologique :   ce   type   d’analyse   privilégie   une   approche   par le
collectif.   Les   facteurs   expliquant   l’orientation   du   vote   sont   recherchés   dans   l’environnement  
territorial,   dans   les   spécificités   du   groupe.   L’orientation   du   vote   est   expliquée ici par les
caractéristiques physiques du   territoire,   la   structure   sociale   et   l’histoire   politique   du   territoire   sur  
lequel vivent les citoyens.
- Aux alentours de la 2nde Guerre Mondiale, les progrès techniques des sondages, des méthodes
d’interview   permettent   le   développement   de   nouveaux   modèles   sociologiques.   Les   analyses   sont  
centrées  sur  l’individu.  Le   comportement  de  l’individu est expliqué à partir de ses caractéristiques
sociales, économiques, culturelles et politiques. Les modèles sociologiques perçoivent les choix de
l’électeur  comme  le  produit  de  son  ou  de  ses  milieux  d’appartenance.  L’électeur  est  prisonnier  de  ses  
appartenances locales, sociales ou culturelles. Mais, tandis  qu’on  a  considéré  que  c’était  prédictif  du  
vote,  on  s’est rendu  compte…
- Que le vote est le résultat des calculs et stratégies déployés par les électeurs dans le contexte propre à
chaque élection. Il est devenu un électeur rationnel, stratège. Le modèle de la rationalité des
comportements électoraux est venu compléter les deux autres.

Paragraphe 1 : les modèles écologiques


Les   analyses   de   ce   type   fondent   l’explication   des   comportements   électoraux   sur   le   poids   du   milieu   dans  
lequel vivent les électeurs.  Ces  modèles  étudient  le  caractère  de  l’unité  géographique  dans  lequel  vivent  les  
populations étudiées.
Deux  types  d’analyse :
- Les travaux de géographie humaine, menés par André SIEGFRIED.
- Les analyses historiques, menées par Paul BOIS.

A. Les modèles de la géographie humaine, de SIEGFRIED


En 1913, il publie un livre : Tableau   politique   de   la   France   de   l’Ouest   sous   la’IIIème République. Il y
cherche  l’origine des choix politiques dans la  nature  d’appartenance  des  citoyens.  Il  y  cherche les raisons
des stabilités des choix des électeurs pendant les premières années de la IIIème République :   c’est   parce  
qu’ils  s’enracinent  dans  un  tempérament  politique  stable,  s’inscrivent  dans  un  paysage,  avec  un  système  de  
relation et de hiérarchie sociale sur le territoire  (rapport  à  l’Eglise).  Ce  modèle  est   construit  à  partir  de  la  
corrélation ente géographie humaine et orientation électorale. Il établit des liens entre tempéraments
politiques  et  faits  de  géographie  humaine  (type  d’habitat,  diffusion  de  la  religion,  structures sociales, forme
de propriété) : tous ces éléments établissent une structure sociale, et par conséquent un certain climat
politique et religieux.
Les analyses de SIEGFRIED portent sur la Vendée :  c’est  son  terrain  d’observation.  A  partir  de    données
cartographiques, il constate un clivage entre deux zones géographiques, qui renvoient chacune à un type de
paysage différent, qui renvoie aussi à deux zones géologiques : au nord de la Vendée, des terres granitiques,
dans lesquelles la population est dispersées, les propriétés sont de grande taille, le catholicisme y est très
fort, les notables ont une emprise importante. Au Sud, en revanche, on trouve une zone calcaire, un habitat
plus groupé, un catholicisme moins ancré, une organisation sociale plus égalitaire et les petites exploitations
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sont plus nombreuses : « cette démocratie de petits propriétaires paysans vote majoritairement à gauche ». Il
en conclut que « le granit vote à droite, le calcaire, à gauche ». Pour Siegfried,   l’explication   du   vote   est
multifactorielle. Cette pluralité de facteurs est à rechercher dans des caractéristiques humaines :   l’habitat  
influence la propriété, qui influence les relations sociales qui, associées à la place de la religion, façonne des
tempéraments politiques et des   choix   électoraux.   C’est   une   analyse   de   type   sociologique :   c’est   pourquoi  
Siegfried est vu comme un des fondateurs de la science politique française.
Mais  ce  type  d’analyse  comporte  un  certain  nombre  d’exceptions,  c’est  pourquoi  Paul  BOIS  poursuit  cette
analyse en introduisant la dimension historique.

B. Une critique constructive du modèle de Siegfried : Paul BOIS (prise en compte


de la dimension historique)
En 1960, il publie Paysans   de   l’ouest : des structures économiques et sociales aux opinions politiques
depuis l’époque révolutionnaire dans la Sarthe. Avec cette analyse, il veut compléter celle de Siegfried,
qu’il  critique  sur  trois  points :
- Le  trop  grand  nombre  d’exceptions  observées
- Les facteurs explicatifs de Siegfried sont insuffisants
- L’analyse  de  Siegfried  est  trop  statique,  et  néglige  l’influence  du  passé
Le  modèle  proposé  par  Paul  Bois  prolonge  l’analyse  de  Siegfried  en  envisageant  le  milieu  comme  un  cadre  
historique, marqué par une histoire singulière qui explique certains comportements politiques. La clé des
comportements politiques est à rechercher dans le passé.
Pendant toute la durée de l’IVème,  ce  département  est  divisé  par  une  coupure  qui  sépare  l’ouest,  pratiquant  
et  votant  à  droite,  de  l’est,  déchristianisé  et  votant  à  gauche.  Pourtant, ce département ne présente aucune
rupture  dans  la  formation  du  sol,  la  forme  des  paysages,  la  structures  de  l’habitat :  l’analyse  de  Siegfried  ne  
permet   pas   d’expliquer   ce   clivage.   Donc,   on   remonte   le   cours   de   l’Histoire.   Il   remonte   à   la   période  
révolutionnaire : la nationalisation et la vente des biens du clergé a conduit à une vaste redistribution des
propriétés   foncières,   surtout   dans   l’ouest   du   département :   la   vente   s’est   faite   au   profit   de   la   bourgeoisie  
urbaine, ce qui a déçu les espoirs des paysans   de   l’ouest.   De   là   serait   née   une   hostilité   à   l’égard   de   la  
révolution : bourgeoisie et citadins sont associés à la religion, face à une alliance entre paysans, clergé et
aristocrates, ce qui se caractérise par la montée de mouvements contre-révolutionnaire   dans   l’ouest   du  
département.  A  l’est,  au  contraire,  les  paysans  étaient  pauvres,  et  donc  le  fait  que  les  bourgeois  acquièrent  
les  terres  n’a  pas  créé  de  frustrations.  Ainsi,  le  passé  permet  d’expliquer  le  paysage  politique  récent.  
Les travaux de Siegfried comme ceux de Bois recherchent les caractéristiques du vote dans le territoire. Ces
analyses étaient pertinentes à une époque où le vote était marqué par des particularités territoriales. Mais
aujourd’hui,  le  vote  se  nationalise,  et  ces  explications territoriales ne suffisent plus (sans devenir obsolètes).
Car de nos jours, certains espaces socialement typés restent de nouveaux marqués par des spécificités
électorales, comme la droitisation et la montée du FN dans les zones péri-urbaines. De nouveaux types
d’explication   du   vote   émergent : aux États-Unis, après la 2GM, grâce au développement des sondages
d’opinion,  la  sociologie  électorale  prend  un  nouvel  essor.

Paragraphe 2 :  l’analyse  sociologique


Les chercheurs américains produisent deux nouveaux  modèles,  qui  seront  adoptés  et  domineront  l’ensemble  
des analyses de sociologie électorale dans la majorité des démocraties électorales.
- Pour  l’école  de  Columbia,  la  décision  électorale  n’est  pas  le  produit  d’un  choix  individuel : ce sont
les attributs sociaux qui déterminent les préférences politiques.
- Pour  l’école  du  Michigan,  c’est  l’identification  partisante  qui  forge  la  stabilité  des  choix  électoraux.  
L’apport  de  l’analyse  de  Michigan  est  l’idée  d’identification  partisane.

A. Le modèle de Columbia
Paul LAZARSFELD et son équipe mènent les premiers travaux en ce sens. Ils aboutissent à la publication
d’un   ouvrage   majeur   de   la   sociologie   électorale   en   1944 : The   People’s   Choice.   L’objectif   de   cette  
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recherche est clair :   il   s’agit   de   savoir   comment   se   prend la décision de voter pour un candidat au cours
d’une  campagne  électorale.  Parmi  les  éléments  influençant  les  électeurs  (amis,  famille,  collègues  de  travail,  
la campagne locale), quel est le facteur déterminant ?
La recherche : pendant les six mois précédant  l’élection  présidentielle  de  1940,  on  interroge  des  personnes  
une fois par mois. Leurs questionnaires portent sur les caractéristiques sociales et culturelles des
interviewés, leurs orientations politiques passées et présentes et la manière dont ils suivent la campagne.
L’enquête,  la  recherche,  livre  un  double  enseignement :
- Les préférences électorales sont très durablement formées : les électeurs savaient depuis longtemps
pour qui voter, avec une prédisposition partisane durable enracinée dans les traditions familiales et
identités sociales. Rares étaient ceux qui changeaient. Pour les chercheurs de Columbia, trois
variables sont déterminantes pour déterminer le vote : le lieu de résidence, le statut social, la
religion. « Une personne pense politiquement comme elle est socialement : les caractéristiques
sociales déterminent les préférences politiques » (!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
EXAMEN !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!). Ici, on est dans un point de vue individuel : le territoire
n’influence   plus,   mais ce   sont   les   caractéristiques   sociales   de   l’individu   qui   déterminent   ses  
préférences politiques. La conclusion de Lazarsfeld est la suivante : les personnes de statut social
inférieur, de religion catholique vivant dans un milieu urbain vote beaucoup plus fréquemment pour
le candidat démocrate. Au contraire, le candidat républicain recueille une majorité de suffrages chez
les personnes de niveau supérieur, protestantes et vivant en zones rurales. En combinant ces trois
variables, il apparait une très forte prédictive du vote chez les personnes. Les changements de vote
s’observent   dans   les   catégories   où   on   trouve   des   influences   contradictoires   par   exemple   chez   les  
ouvriers protestants, les catholiques favorisés.
- Le faible impact des campagnes électorales sur le vote : seuls les électeurs déjà politisés suivent la
campagne électorale et la regardent de façon sélective, chaque électorat sélectionnant les messages
de son candidat. Les campagnes servent à renforcer les convictions des personnes déjà convaincues,
mais aussi mobiliser les citoyens peu politisés qui, au fil de la campagne, vont choisir un candidat.
Ils se rapprochent du candidat le plus conforme à leurs prédispositions sociales.

Ces  travaux  mettent  en  cause  le  mythe  de  l’électeur  éclairé  et  de  la  toute-puissance des médias.

B. Le modèle de Michigan
Le  résultat   des  enquêtes   de  cette  université  sont  publiés  dans  cet   ouvrage  clé  qu’est The American Voter.
Comme les modèles précédents, ce modèle insiste sur la stabilité à long-terme des choix individuels et aussi
la faible politisation des électeurs. Mais contrairement aux résultats obtenus à Columbia, le modèle de
Michigan réfute les analyses qui se basent sur la prédisposition sociale du vote. Ils privilégient la
psychologie individuelle. Les perceptions idéologiques priment sur les caractères sociaux des électeurs.
C’est  l’identification  à  un  parti  qui  compte  selon  eux.  90%  des  personnes  qui  s’identifient  fortement  à  l’un  
des deux grands partis vote pour ce parti. Le plus grand nombre de votes déviants se retrouve chez les
électeurs ayant une faible identification partisane. La majorité voterait comme ses parents.
Cette identification familiale est tout de même liée à des caractéristiques sociales. Mais les tenants du
modèle   de   Michigan   privilégient   l’identification partisante sur les caractéristiques sociales, même si ces
derniers ont une part dedans. La reproduction des identifications confère une certaine stabilité au
comportement électoral. Ainsi en 1970, l’analyse  de   Butler et Stokes sur les comportements électoraux en
grande Bretagne se situe dans cette perspective.
Dans les démocraties, le clivage politique est un clivage droite-gauche.   Il  dépend  de  ce  qu’on  appelle  des  
variables lourdes qui expliquent la stabilité du comportement électoral. Cela  n’exclut  pas  le  passage  de  l’un  
à  l’autre  (si  modification  du  statut  social).  Toute  régression  dans  le  statut  social  favoriserait  une  frustration  
des individus, et un comportement électoral favorable aux extrêmes.
L’électeur   semble   peu   autonome,   et   ses   choix semblent inspirés par les normes des groupes auquel il
appartient :   tout   électeur   semble   être   l’héritier   d’une   tradition   électorale   durable,   familiale.   L’analyse   que  
nous  venons  d’évoquer  brosse  le  portrait  d’un  électeur  déterminé  dans  ces  comportements.

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Paragraphe 3 : les variables explicatives du vote en France


En   France,   dès   les   70s,   on   applique   ces   modèles   sociologiques   et   on   décèle   l’influence   de   plusieurs  
variables sociologiques sur les comportements électoraux. MICHELAT ET SIMON Classe, religion et
comportement politique.  Dans  cet  ouvrage,  ils  montrent  que  l’influence de ces variables lourdes est inégale.
Les  variables  lourdes  qui  ont  le  plus  d’influence  sont  la  classe  sociale,  le  degré  d’appartenance  de  l’individu  
au catholicisme. A ces variables  prédominantes,  il  faut  ajouter  d’autres  variables  qui  ont  une  influence  plus  
faible :  le  revenu,  le  niveau  d’instruction,  le  lieu  de  résidence,  l’âge,  le  sexe.  

A. Les variables sociobiologiques


La  première  est  l’âge :  à  mesure  que  son  âge  s’élève,  l’électeur  vote  moins  à  gauche,  surtout  après  40  ans.  
Plusieurs explications :   avec   l’âge,   on   souhaite   de   moins   en   moins   les   bouleversements   sociaux,   et   plus  
l’âge   augmente, plus le conservatisme des personnes âgées augmente (patrimoine diversifié, et pratique
religieuse plus importante). Les jeunes, eux, dans une société plus déchristianisés, plus favorables au
libéralisme culturel, votent plus à gauche.
Ensuite, le sexe : avant, les femmes étaient considérées comme plus conservatrices que les hommes. Mais
aujourd’hui,   elles   ont   un  comportement  électoral  analogue  à  celui  des  hommes.  Dans  l’immédiat  d’après-
guerre, il existait un vote féminin plus conservateur que celui des hommes, du fait de la position de femme
au foyer et de leur pratique religieuse. Au 2nd tour  de  l’élection  présidentielle  de  1965,  39% des femmes ont
voté Mitterrand mais 51% des hommes ont voté Mitterrand.  C’est  à  partir  des  70s  que  la  condition  féminine  
évolue, que leur insertion augment, plus elles sont portées à voter pour la gauche. A partir des années 1980,
on   constate   une   plus   grande   résistance   au   vote   frontiste   (en   2002,   elles   n’auraient   pas   envoyé   Le   Pen   au  
second  tour).  Mais  cela  tend  à  s’estomper.  Marine  Le  Pen  séduit  de  plus  en  plus  d’électrices :  c’est  la  seule  
femme parmi les candidats de premier plan, qui connait les problèmes des Français (précarité, divorcée).
36%   des   femmes   avouent   ne   pas   voter   comme   leur   conjoint   (on   ne   parle   politique   en   couple   qu’en  
cinquième position des sujets de discussion).

B. Les variables socioéconomiques


Forte dépendance entre choix politique et position professionnelle. Le monde ouvrier a pendant longtemps
voté   à   gauche,   comme   les   salariés.   Les   agricultures,   professions   libérales,   patrons   d’industrie   et   de  
commerce sont favorables à la libre-entreprise, au libéralisme, notamment, et votent à droite.
En   fonction   de   l’ampleur   du   patrimoine,   on   vote   plus   ou   moins   à   gauche.   Le   vote   en   faveur   de   la   droite  
augmente avec le nombre de biens possédés. Ce schéma est quelques peu troublé avec la montée en
puissance du FN, qui vient concurrencer la gauche, et particulièrement le PCF : les partis de gauche sont
moins   ouvriers.   L’appartenance   au   monde   ouvrier   qui   pendant   longtemps   a   favorisé   un   vote   communiste  
pousse  aujourd’hui  l’extrême-droite. Le FN apparaît en 2012 comme le premier parti ouvrier de France.
Le FN obtient ses scores électoraux parmi les moins diplômés ou pas diplômés. Et les plus faibles parmi les
diplômés de  l’enseignement  supérieur.

C. Les variables culturelles


La religion en tête : plus  l’électeur  est  catholique,  plus  il  vote  à  droite.  Mais  la  majorité  des  électeurs  sont  
non-pratiquants ou sans religion.
L’influence   de   la   famille   doit   être   prise   en   compte : des parents de gauche auront plus facilement des
enfants votant à gauche que des   enfants   de   droite,   et   l’influence   est   d’autant   plus   marquée   que   les   deux  
parents ont la même idéologie politique.
Le libéralisme culturel : un système de valeur antiautoritaire,   valorisant   l’autonomie   et   l’établissement  
individuel,  reconnaissant  l’égalité de tout être humain, et le libre choix du mode de vie. Depuis les 90s, les
enquêtes montrent une forte corrélation entre libéralisme culturel et vote de gauche.

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D. Les variables politiques


La conjoncture électorale pèse lourdement sur les choix électoraux   individuels   (structure   de   l’offre  
politique,  nombre  de  partis,  programmes  proposés,  intensité  de  la  compétition,  nature  de  l’élection…)
Le mode de scrutin est important :  le  scrutin  à  un  tour  pousse  à  voter  utile.  L’électeur  préfère  voter  pour  le  
candidat  le  plus  proche  de  ses  opinions  ayant  le  plus  de  chances  de  l’emporter.  Le  scrutin  à  deux  tours,  lui,  
pousse   au   choix   au   premier   tour.   La   représentation   proportionnelle   permet   à   l’électeur   de   clairement  
marquer sa préférence.
La dimension personnelle joue aussi : surtout quand les programmes sont peu différenciés. La configuration
des  candidatures  est  affectée  par  la  prime  accordée  aux  candidats,  le  charisme  du  candidat  et  l’implication  
locale  d’un  candidat  sortant.  
Prise en compte aussi des médias et des sondages. Ils cristallisent les opinions, influencent la sélection des
enjeux.
L’analyse   de   ces   variables   met en   lumière   les   probabilités   d’orientation   du   vote   qui   sont   plus   ou   moins  
fortes.  L’ensemble  de  ces  variables  sont  prédictives  du  vote,  mais  elles  ne  jouent  qu’à  travers  le  prisme  de  
l’identification  subjective.  Ces  analyses  sociologiques  ont,  pendant  longtemps,  été  dominantes  en  sociologie  
électorale. Mais on a commencé à relativiser leur poids dans le dernier quart du XXème siècle, et
aujourd’hui,  elles  sont  toujours  pertinentes,  mais  considérées  comme  insuffisantes.  Depuis  le  dernier  quart  
du  XXème  siècle,  les  recherches  sur  l’orientation  du  vote  ont  évoluées,  et  les  consultations  électorales des
30 dernières années témoignent des motivations du choix des électeurs, moins caractérisé par leur statut. Ils
ont  un  comportement  de  plus  en  plus  autonome,  voire  stratégique.  Peu  à  peu,  ils  se  sont  détachés  d’un  grand  
nombre  d’allégeances  sociales  et  familiales,  comme  disait MUXEL : « depuis les années 1980, la politique
s’est  privatisée,  et  le  réalisme  comme  le  pragmatisme  ont  peu  à  peu  renié  les  crédos  politiques.  Les  hommes  
et les femmes choisissent leur position en fonction de leurs propres expériences : ils ne sont plus enchâssés
dans des loyautés partisanes et dans des traditions prescriptives » (important). Remise en cause des
explications  purement  sociologiques  et  axées  sur  l’identification  partisane.
L’électeur  est-il libre ou est-il captif de ces caractéristiques sociologiques ? Est-il devenu rationnel ?

Paragraphe 4 :  l’électeur  est-il rationnel ?


Les  variables  lourdes  pèsent  lourdement  sur  le  choix  des  électeurs.  Ils  échappent  difficilement  à  l’influence  
des variables lourdes, mais ces dernières ne suffisent pas pour expliquer certains mouvements électoraux
rapides : la grande fluidité des comportements électoraux remet en cause le caractère prédictif des variables
sociales et leur caractère déterministe. Les élections des dernières années montrent que les électeurs
changent de préférences d’une   élection   à   l’autre.   Beaucoup   d’analystes parlent de la volatilité du corps
électoral. Les manifestations sont des alternances rapides et répétées, de fortes variations des taux de
participation  d’un  scrutin  à  l’autre.  Or,  les  structures  sociales  ne  varient pas aussi vite.
L’électeur   est   infidèle :   il   vote   à   l’essai   sur   les   expériences   futures   ou   émet   un   vote   sanction.   Les  
comportements électoraux sont de plus en plus flottants. « L’opinion   publique   est   une   patinoire », LE
GALL.
Le   déclin   des   formes   d’encadrement   social   et   partisan,   l’érosion   des   appartenances   de   classe   font   que   les  
électeurs  sont  de  plus  en  plus  perméables  à  l’influence  des  médias,  des  campagnes  électorales.  Il  y  a  trois  
types de volatilités électorales identifiées :
- L’abstentionnisme  intermittent : source principale des alternances politiques.
- La mobilité interne à un camp : volatilité la plus courante, on reste fidèle à sa famille, mais on se
déplace au sein de celle-ci
- Le changement de camp : forme marginale de mobilité politique : moins de 10% des électeurs la
pratiqueraient.  C’est  surtout  le  fait  d’électeurs  moins  instruits  et  moins  politisés.
Pourquoi cette volatilité ? Plusieurs explications :
- Modification  incessante  de  l’offre  électorale
- La conjoncture économique et sociale peut  devenir  source  d’un  vote  sanction
- Le  déclin  du  sentiment  d’identification  partisane,  la  moins  forte  discipline  électorale  

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Les électeurs du XXIème siècle sont mieux instruits mieux informés, moins tributaires des contraintes
sociales et des identifications partisanes. Ce faisant, on a construit de nouveaux modèles. En France, ce type
d’analyse   s’est   développé   à   partir   de   l’instabilité   électorale   observée   depuis   1981.   C’est   à   partir   de   ce  
moment  qu’on  trouve  la  théorie  des  choix  rationnels : la construction de ces types de modèles emprunte les
schémas  d’analyse  à  la  science économique néo-libérale. On a un marché électoral. Les électeurs, qui ont
des   aspirations   et   des   attentes,   constituent   la   demande,   et   sont   confrontés   à   l’offre   des   promesses   des  
candidats, plus ou moins attractives, plus ou moins crédibles. Les électeurs chercheraient à maximiser les
avantages escomptables, et à minimiser les coûts de leur choix. Il est un consommateur plus ou moins averti
qui cherche à optimiser son choix.
Le vote sur enjeu   valorise   l’explication   du   vote   par   des   facteurs   conjoncturels,   et   situationnels.   Il   met  
l’accent  sur  les  facteurs  politiques  du  choix  électoral,  l’offre  à  laquelle  il  est  confronté  à  un  moment  donné.
LANCELOT et HABERT dressent le portrait du « nouvel électeur » : individualiste, libéré des allégeances
partisantes, plus instruit, plus politisé, plus enclin à juger par lui-même de la valeur des bilans et des
programmes.  Ce  serait  la  fin  de  l’électeur  captif,  et  l’émergence  d’un  électeur  stratège,  qui  se  détermine en
fonction  de  ses  positions  sur  les  enjeux  du  moment.  L’orientation  de  son  vote  dépendrait  de  l’État du champ
politique,  de  la  nature  de  l’élection,  de  la  politique  menée  par  le  sortant. : Il cherche à maximiser son intérêt.
Ainsi   s’expliquerait la volatilité électorale. Mais ce type de modèle apparaît fondé sur des postulats
contestables. Un tel comportement suppose une parfaite information sur le bilan des sortants et sur la
crédibilité  des  promesses  des   candidats,   ainsi  qu’une  réelle  aptitude   de  la  part  de  l’électeur  à  identifier  et  
hiérarchiser ses intérêts, à les confronter à des programmes de plus en plus flous. Pour toutes ces raisons, la
rationalité de  l’électeur  demeure  donc  limitée.  Il  vote  utile,  ce  qui  l’amène  à  voter  pour  le  candidat  le moins
éloigné  de  ses  convictions  et  qui  a  le  plus  de  chances  de  remporter  l’élection.  Ces  analyses  dites  stratégiques  
ne  font  pas  l’unanimité.  
BRAUD par exemple, en doute pour deux raisons :  l’information  des  électeurs  est  imparfaite,  et  l’idée  d’un  
calcul  avantage/coût  n’est  qu’un  des  éléments  de  la  motivation  des  électeurs.
Mais la critique vient aussi de MAYER et PERRINEAU : pour eux, tout électeur concilie une certaine
liberté avec un ancrage social et culturel de ses préférences et de ses comportements.
L’électeur  stratège  reste  un  phénomène  marginal.

Pour expliquer les comportements électoraux en Europe occidentale, il faut désormais recourir au modèle
explicatif du vote de manière cumulative. Le vote correspond toujours à des variables lourdes, est toujours
déterminé par des appartenances sociales plurielles et complexes, et il continue à être fonction des aptitudes
et  des  croyances  au  sein  de  sa  socialisation,  mais  il  reste  qu’il  répond  dans  un  contexte  précis  à  une  question  
donnée.
AUjourd’hui,  l’acte  électoral   est   à  la  fois   prédisposé par ces caractéristiques et est aussi fondé à partir de
l’évaluation  de  raccourcis  individuels sur des enjeux immédiats. Le vote est à la fois un acte individuel mais
est  aussi  social.  C’est  la  résultante d’un  jeu subtil de plusieurs variables. Le comportement électoral est le
fruit  d’une  multitude de facteurs qui peuvent parfois aller dans le même sens ou exercer des effets inverses.
On peut être jeune, ouvrier, catholique et  habitant  d’une  région  où  on  vote  à  droite.
Pas vraiment de variable unique, mais plusieurs approches à prendre en compte.

Chapitre 3 :  l’action  publique


Politiques publiques et action publique, ces deux notions sont devenues presque synonymes. Les politiques
publiques  sont  tout  ce  qu’un  gouvernement  choisit  de  faire  ou  ne  pas  faire.  Cette  expression  désigne  l’action  
des   structures   gouvernementales   classiques,   et   relativise   le   rôle   d’acteurs   privés.   Il   est   impossible  
d’identifier   un   contenu   commun   à   l‘ensemble   des   politiques   publiques,   car leur contenu varie dans le
temps : par exemple, récemment sont apparues des politiques publiques en matière de bioéthique. De même,
ce  contenu  varie  dans  l’espace,  chaque  pays  ayant  une  conception  particulière  du  périmètre  d’intervention  
de  l’État. Néanmoins, on peut déterminer des caractéristiques récurrentes des politiques publiques.
Selon GRAZIANO, quatre éléments principaux :
- Des  conceptions  particulières  des  problèmes  à  traiter  et  de  l’État
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- Un objectif
- Elle se fait selon des procédures par lesquelles  sont  élaborées  et  mises  en  œuvre  les  décisions
- Des   instruments,   les   outils   d’actions   destinés   à   produire   des   effets   en   cohérence   avec   les   objectifs  
poursuivis.
Parler  de  politique  publique  suppose  de  décomposer  l’action   en éléments qui, une fois assemblés, ont une
certaine cohérence.
Au milieu du XXème siècle, on parle de politique publique pour évoquer des actions concernant des
publics,  divers,  pilotées  par  des  gouvernements  et  leurs  administrations.  Il  s’agit  d’actions  qui  concernent  la  
vie collective quotidienne (ex :  politique  de  sécurité  sociale,  protection  de  l’environnement…).
Les premières études concernant les politiques publiques ont été menées aux États-Unis et portaient sur les
programmes fédéraux des présidents Kennedy et Johnson. Progressivement,  ce  type  d’analyse  s’est  introduit  
en  Europe,  mais  quand  on  évoque  ces  politiques,  on  traite  de  questions  centrées  sur  les  actions  de  l’État, les
interventions des autorités publiques.
La  notion  d’action  publique  est  beaucoup  plus  large : elle désigne les activités des autorités publiques. Cela
recouvre   les   opérations   de   gestion   et   de   régulation   réalisée   par   l’État, les collectivités territoriales, les
organisations internationales. Mais à cela, on ajoute aussi les opérations menées par des acteurs privés
investis de missions de service public (asso,  syndicat,  entreprise…).
L’expression  « action publique »  renvoie  à  la  diversité  d’actes  et  de  décisions.  C’est  comprendre  comment  
et  dans  quelles  conditions  des  programmes  d’action  sont  définis  puis  mis  en œuvre.  Initialement,  le  concept  
de  politique  publique  renvoie  à  l’impulsion  des  gouvernements,  aux  arbitrages  justifiés  par  l’intérêt  général,  
à  l’action  de  l’État et de son administration. Désormais, on assiste à une remise en cause de la centralité de
l’État, et la priorité est accordée aux coopérations entre des acteurs multiples, dotés de statuts divers
(publics   ou   privés).   Désormais,   les   politiques   publiques   apparaissent   comme   le   produit   d’initiatives  
publiques et privées, nationale et internationale, voire locale. La décentralisation des initiatives conduit à
des  coopérations  nouvelles  entre  différents  niveaux  du  territoire.  Les  politiques  publiques  s’insèrent  dans  un  
ensemble  de  décisions  multipolaire  et  de  coordination.  C’est  pourquoi  on  est  passé  du terme de « politique »
à « action publique ».   Si   on   parle   de   politique,   on   évoque   un   engagement   volontariste   de   l’État, du
gouvernement,  agissant  au  nom  de  l’intérêt  général.  Le  terme  d’actions  permet  de  montrer  que  ces  actions  
n’émanent   plus   seulement   des   représentants   politiques,   mais   résultent   du   fait   d’acteurs   plus   nombreux   et  
variés, agissant à plusieurs niveaux et selon de nouvelles modalités.

Section 1 :  l’analyse  classique  des  politiques  publiques


Cette discipline est récente en France. Aux États-Unis, elle a connu un développement fulgurant dès la
seconde   moitié   du   XXème.   Actuellement,   c’est   l’un   des   secteurs   les   plus   dynamiques   au   sein   de   la  
recherche  en  science  politique.  Depuis  une  vingtaine  d’années,  les  travaux  portant  sur  l’action  publique se
multiplient, action publique analysée soit dans le cadre national, soit dans une optique comparatiste de pays
à pays, soit portent sur les politiques publiques européennes.
Pourquoi le développement de ce nouveau secteur de la science politique ?
- Des raisons théoriques :   l’intérêt   de   ce   type   d’analyse,   c’est   son   caractère   novateur.   Analyser   les  
politiques   publiques,   c’est   analyser   autrement   l’État, non plus seulement sa structure, mais son
fonctionnement.   C’est   comprendre   la   gestion   publique,   analyser   la réalité politique. On est en
rupture  avec  l’approche  classique,  formaliste  et  institutionnelle  de  l’État :  on  n’étudie  plus  seulement  
comment  il  est  organisé,  mais  comment  il  agit.  Il  s’agit  d’étudier  l’État au concret, en action. Il est
désormais appréhendé par ses actes, et non plus seulement par des discours normatifs. Cela génère
une  nouvelle  conception  de  l’État, différente des théories de Max WEBER :  ce  n’est  plus  seulement  
une « entreprise de domination », mais est aussi envisagé sur son aptitude à résoudre des problèmes
concrets.
- Des raisons pratiques : le souci de rendre plus productifs les efforts juridiques, financiers et
administratifs de la puissance publique. La montée en puissance du néo-libéralisme oblige à mieux
justifier les politiques d’intervention,  d’encadrement,  en  étudiant  leur  dynamique,  leurs  effets  réels.
DEFINITION DE LA POLITIQUE PUBLIQUE
Deux définitions :
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- Yves MÉNY : « Une   politique   publique   se   présente   sous   la   forme   d’un   programme   d’action  
gouvernementale dans un secteur de la société ou un espace géographique ».
- Philippe BRAUD : « Les politiques publiques sont des ensembles structurés réputés cohérents
d’intentions,   de   décisions   et   de   réalisation   imputables   à   une   autorité   publique   locale,   nationale   ou  
supranationale ».
Ces deux   définitions   insistent   sur   le   fait   que   les   politiques   publiques   sont   le   fait   de   volonté   d’action   ou  
d’inaction  du  gouvernement.   La  définition  de  BRAUD  montre  bien  qu’il   y  a  désormais   plusieurs  niveaux  
d’exercice  du  pouvoir  aujourd’hui.
Les politiques publiques  se  manifestent  par  l’adoption  d’actes  législatifs  ou  réglementaires  adoptés  par  des  
organes  de  décision  élus.  Il  s’agit  par  ces  actions  d’allouer  des  biens  ou  des  ressources,  des  prestations,  en  
vertu de procédures juridiquement contraignantes, et finalement, MENY et THOENIG ont retenu cinq
critères pour établir une politique publique :
- Elle  est  constituée  d’un  ensemble  de  mesures :  c’est  la  substance  de  la  politique  concernée
- Elle induit toujours des ressources ou des allocations plus ou moins coercitives
- Elle   s’inscrit   dans   un   cadre   général   d’actions :   elle   doit   être   en   cohérence   avec   d’autres   politiques  
menées  dans  d’autres  secteurs.  
- Elle définit des buts à atteindre (ex : inverser la hausse du chômage).
- Elle  s’adresse  à  un  ou  des  publics  qui  vont ou pas intervenir pour limiter son impact.
La notion de politique publique est liée à la notion de problème politique auquel elle apport une réponse.
Tout problème social peut devenir un problème politique, mais tous les problèmes ne sont pas politiques :
les  problèmes  politiques  sont  les  problèmes  inscrits  à  l’agenda  politique.  Pour  qu’un  problème  soit  inscrit  à  
l’agenda  politique,  il  faut  des  élites,  des  citoyens,  considèrent  la  situation  problématique,  considèrent  qu’un  
État de fait est en décalage par rapport  à  ce  qu’il  devrait  être.  Le  problème  doit  aussi  être  labellisé  comme  
relevant des compétences des pouvoirs publics, et les citoyens ne  doivent  pas  se   contenter  d’attendre  une  
réponse sur une politique donnée.
Si une politique publique est souvent endossée  par  un  homme,  un  acteur   politique,  c’est   rarement  le  fruit  
d’une  décision  personnelle  et  unilatérale :  c’est  un  champ  de  forces qui conduit le problème à être inscrit à
l’agenda  politique.  C’est  aussi  un  réseau  d’influences qui  conduit  à  l’élaboration de la politique elle-même.
Derrière  cette  notion  de  politique  publique,  il   y  a  toujours  l’idée  d’une  cohérence,  soit  intentionnelle,  soit  
dégagée   rétrospectivement.   Les   concepteurs   d’une   politique   publique   n’ont   pas   nécessairement   une   vue  
claire de ce  qui  se  joue,  des  effets  d’une  action  entreprise.

Paragraphe 1 :  les  préalables  à  l’intervention  publique


Toute politique publique se traduit par la mobilisation de moyens administratifs, financiers et techniques
mais   la   mise   en   œuvre   d’une   politique   publique,   c’est   aussi   le   respect   de   certaines   procédures,   et   enfin,  
l’établissement  de  budgets.  
L’inscription  d’une  question  à  l’ordre  du  jour  des  préoccupations  constitue  la  « mise sur agenda ». Elaborer
une politique publique suppose aussi une image de réalité, une représentation de la réalité sur laquelle on
veut  intervenir.  C’est  le  référentiel  d’une  politique,  selon  MULLER.  

A.  La  notion  d’agenda  politique


C’est  l’ensemble  des  problèmes  perçus  comme  appelant  un  débat  public,  voire  l’intervention  des  autorités
publiques légitimes. Selon quels critères une question devient-elle un problème à gérer ? On discerne trois
critères :
- La délimitation des compétences légales des diverses autorités susceptibles de se sentir concernées :
la répartition des compétences   entre   les   différents   ministères   et   services   administratifs   n’est   pas  
forcément  neutre.  On  peut  décider  de  faire  traiter  les  problèmes  d’immigration  soit  par  le  ministère  
de  l’intérieur,  soit  par  le  ministère  des  affaires  sociales.
- La nature du problème posé :   une   question   devient   une   question   appelant   la   mise   en   œuvre   d’une  
politique publique si les intéressés ont le sentiment que quelque chose ne va pas, et que les pouvoirs

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publics peuvent apporter un remède à cette situation. Il faut la construction d’un  soutien  organisé,  la  
question doit avoir un minimum de visibilité, et il faut la traduire en langage politique.
- L’inclination  des  acteurs  politiques à se saisir de la question :  soit  elle  s’en  saisisse  spontanément,  
soit sur une pression extérieure, exercée   par   les   syndicats,   les   groupes   d’intérêts,   les   mouvements  
sociaux,  l’opinion  publique.  Dans  certains  cas,  il  y  a  consensus  entre  la  majorité  et  l’opposition,  soit  
pour   débattre   d’une   question,   soit   pour   l’occulter,   consensus   pour   agir   sur   des   problèmes dont le
non-traitement   pourrait   porter   atteinte   à   la   légitimité   des   représentants   (aujourd’hui,   un   maire   ne  
pourra négliger les questions de développement économique de sa commune). Il peut y avoir un
consensus sur la non-intervention si on a le sentiment   de   voir   l’électorat   divisé,   un   sentiment  
d’impuissance  ou  si  les  autorités  ont  le  sentiment  que  déclencher une action remettrait en cause des
déséquilibres. Un groupe minoritaire, par au gouvernement,  peut  faire  traiter  un  problème  s’il  en  est  
assez fort pour le porter.

B. La notion de référentiel
Le   référentiel,   c’est,   selon   les   spécialistes,   un   ensemble   de   perceptions,   de   normes   et   de   valeurs   à   partir  
duquel  se  trouve  construit  un  problème  à  traiter,  et  définit  les  cadres  de  l’action  envisagée.  L’intérêt de ce
référentiel est double : grâce à ce système, on opère ce que MULLER appelle un « décodage du réel »,
permettant  de  réduire  l’opacité  du  monde  dans  lequel  on  vit.  A  partir  de  là,  on  peut  opérer  un  recodage  du  
réel, donc définir des modes opératoires  qui  définissent  un  programme  d’actions  politiques.  
Une politique publique est toujours sectorielle, mais elle gère les désajustements de ce secteur avec son
environnement : elle doit être en cohérence avec les actions des autres segments de la société globale : ex :
la  formation  des  jeunes  est  une  politique  publique  liée  avec  le  chômage  dans  l’industrie,  menée  en  fonction  
de  l’aptitude  de  l’université  à  se  réformer  mais  aussi  de  l’existence  ou  non  d’organes  de  formation  continue.  
Toute politique publique incite à penser les décisions, mais pas isolément.

Paragraphe 2 :  les  modalités  de  l’intervention  publique


La  mise  en  œuvre  d’une  politique  publique  est  affectée  par  un  certain  nombre  de  données.  Il  faut  identifier  
les ressources disponibles, sans oublier de prendre en compte les opportunités offertes par les circonstances.
On retient deux schémas seulement dans ce cours :  l’analyse  séquentielle  et  l’analyse  stratégique.

A.  L’analyse  séquentielle
Ce   type   d’approche   d’une   politique   publique   vise   à offrir   un   découpage   du   processus   d’élaboration   et   de  
mise  en  œuvre  de  cette  politique  publique.  Ce  découpage  est  un  idéal  type : il distingue un certain nombre
d’étapes  ou  de  phases,  mais  ces  phases  ne  sont  pas  toujours  respectées  dans  l’ordre,  et  il  est  parfois difficile
d’identifier  certaines  phases  (voire  elles  sont  absentes),  et  il  n’y  a  pas  de  phase  correspondant  à  la  prise  de  
décision en elle-même,  puisque  les  décisions  sont  prises  durant  le  processus,  tout  au  long  de  l’enchaînement  
séquentiel.
Les auteurs  français  s’en  réfèrent  au  modèle  définir  par  l’américain  Charles  JONES :  pour  mener  l’analyse  
séquentielle  d’une  politique  publique,  cinq  étapes :
- Identification et délimitation du problème sur lequel on veut mener une politique publique
- L’étude   et   le   choix   des   solutions   concevables,   et   là,   c’est   le   travail   des   experts : il leur appartient
d’envisager   différents   scénarios,   et   ils   les   envisagent   en   évaluant   les   performances   attendues,   les  
contraintes à respecter, les coûts à prévoir. Le politique doit alors déterminer ce que la société peut
accepter dans les solutions envisagées, les soutiens et les résistances, anticiper la réception du projet
final, les réactions que les différentes solutions susciteront.
- La   mise   en   œuvre   des   décisions   prises : mobilisation des ressources et des services nécessaires.
Parfois,   pour   rentabiliser   l’action,   les   dirigeants   décident   de   recourir   à   des   partenaires   extérieurs,  
plus  aptes  à  remplir  les  tâches  que  l’administration  dans  certains  domaines.  Au  cours  de  la  mise  en  
œuvre   peuvent   survenir   des   obstacles   imprévus,   qui   peuvent   engendrer   des   inflexions   au   projet  
initial.
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- L’évaluation : initialement, on comparait les résultats obtenus aux choix initiaux, sans tenir compte
de la reformulation des objectifs en cours de réalisation   ni   du   rapport   entre   l’intérêt   des   objectifs  
atteints et le coût des moyens déployés.
- La clôture du programme :  soit  parce  que  le  problème  est  résolu,  soit  parce  qu’on  a  plus  de  budget.

B.  L’analyse  stratégique
Toute politique publique est menée dans un contexte déterminé. Les politiques antérieures sont rarement
annulables dans leur ensemble.
Cette analyse vise à répondre à la question : quelle est la marge de choix dont disposent les autorités
publiques  désireuses  d’impulser  une  intervention ?
Toute action publique se situe dans un tissu social traversé par des antagonismes et des aspirations qui ne
sont pas spontanément  conciliable.  Au  moment  d’entreprendre  toute  politique  publique,  des  résistances  sont  
à prévoir, des contraintes institutionnelles, financières, techniques sont à surmonter. Alors, on détermine la
marge   de   manœuvre   de   l’autorité   qui   entreprend   la   politique.   Pour   certains   auteurs,   dans   les   sociétés  
modernes,   l’action   des   pouvoirs   publics   n’est   qu’une   action   à   la   marge.   Cette   analyse permet de mieux
comprendre  les  facteurs  déclenchants,  les  incidents  de  parcours  subis  au  cours  de  la  mise  en  œuvre  d’une  
intervention publique. En termes de coûts et de soutiens, cela permet de comprendre comment certaines
politiques ont échouées. Mais aujourd’hui,   dans   les   États   européens,   l’État se retire de plus en plus, on
observe un allongement, une complexification des processus décisionnels, une certaine remise en cause du
mythe   de   la   rationalité   de   l’État (elle est limitée). Faire de la politique, c’est   aujourd’hui   conduire   des  
interventions  publiques,  mais  désormais,  l’acteur  politique  n’est  plus  légitimé  uniquement  par  son  mandat  
électif : il doit prouver ses capacités de management, qui lui permettent de mettre en oeuvre des politiques
publiques attendues  par  les  électeurs.  Ce  processus  de  management  politique  s’observe  au  niveau  national,  
mais également local :  depuis  les  mouvements  de  décentralisation,  la  nature  d’élu  local  a  changé.  Ce  n’est  
plus un simple représentant des administrés vivant sur  son  territoire,  mais  un  manager  qui  met  tout  en  œuvre  
pour le développement économique de son territoire afin e réduire le dépeuplement des territoires.

Section 2 :  les  spécificités  de  l’action  publique  moderne


De   nouvelles   contraintes   s’imposent   aux   acteurs : construction européenne, multiplication des niveaux de
pouvoir,  développement  de  la  communication,  l’exigence  de  transparence :  l’intervention  des  responsables  
publics est de plus en plus organisée et contrainte. En conséquence, le renouvellement du jeu des acteurs
dans  la  conception  de  déroulement  de  l’action  publique,  et  l’évolution  du  contenu  de  l’action  publique.  
Aujourd’hui,   étudier   l’action   publique   suppose   l’analyse   de   ces   différents   niveaux,   décrire   les   processus  
d’ajustements   et   de   négociation   entre   les   divers   centres   d’impulsions   (locaux,   nationaux,   transnationaux ;
publics  ou  privés…)  et  comprendre  les  conséquences  de  ces  processus.  
Deux  questions,  deux  paragraphes,  pour  analyser  l’action  publique  moderne.

Paragraphe 1 : les mutations de  l’action  publique


Depuis  les  1970s,  l’action  publique  connait  une  triple  évolution :
- Le développement de partenariats publics/privés :  ce  développement  s’est  effectué  parallèlement  au  
déclin  de  l’État-providence.  Désormais,  les  autorités  publiques  n’ont plus le monopole de la décision
politique.  De  nos  jours,  toute  politique  de  la  ville  implique  l’intervention  de  multiples  acteurs,   par  
exemple. La conséquence : banalisation de la méthode contractuelle. Les décisions des acteurs
publics relèvent de la négociation  avec  un  nombre  croissant  d’acteurs  qui  agissent  en  partenariat.  Le  
contrat permet de normaliser les relations avec les autorités publiques. Le contrat formalise la
coopération entre les acteurs multiples aux statuts divers, dont on cherche à concilier les stratégies, à
harmoniser les intérêts. Autre conséquence : la perméabilité de la frontière entre public et privé : les
partenariats public/privé se développent en matière économique et sociale, pour la mise en place des
politiques environnementales.

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- La coopération multi-niveaux :   le   résultat   d’un   mouvement   d’ensemble   qui   tend   à   promouvoir  


l’échelon   régional   en   Europe   et   en   France,   et   ce   au   nom   de   l’efficacité   et   de   la   démocratie.   La  
décentralisation, loin de clarifier les pouvoirs avec des blocs de compétence, a conduit à des co-
financements, à la mise en place de contrats de plans État-région. De plus, les régions se tournent de
plus  en  plus  directement  vers  l’Europe,  sans  passer  par  l’échelon  national.
- L’européanisation  de  l’action  publique : les  domaines  de  compétence  de  l’UE  se  sont  accrus,  ce  qui  
conduit  à  une  articulation  plus  étroite  entre  tous  les  niveaux.  L’UE  fixe  les  grandes  orientations : elle
met en place un agenda politique européen, encadre les objectifs de politiques publiques nationales.
Les   questions   sont   désormais   considérées   à   l’échelle   européenne.   On   observe   par   ailleurs   une  
uniformisation des politiques publiques des États membres. On constate une imbrication plus étroite
entre les politiques communautaires et nationales. Les objectifs jugés légitimes sont définis au
niveau  communautaire,  et  on  voit  s’esquisser  un  espace  européen  des  politiques  publiques.  

Paragraphe 2 :  les  nouvelles  analyses  de  l’action  publique


On a dépassé la phase des analyses classiques : les premières analyses étaient fondées sur des théories
politiques accordant une large place aux représentants politiques élus, puis peu à peu, on a abandonné pour
se   tourner   vers   des   théories   systémiques,   accordant   une   place   centrale   aux   boucles   d’informations,   des  
théories polyarchiques :   résultats   d’une   action   collective   qui   va   au-delà des simples barrières
institutionnelles.  L’analyse  de  l’action  publique se fait moins en termes de décisions, mais plus en termes de
négociation   et   de   régulation.   Tout   analyste   de   l’action   publique   s’intéresse   d’abord   au   développement   de  
formes de négociations, mais même si elles se multiplient, les pouvoirs publics conservent un rôle : il y a
une   procédurialisation   croissante   de   l’action   publique.   On   multiplie   les   forums   de   débats   publics, les
agences   de  régulation,   les  instances  d’évaluation   de  l’action  publique.  Une  fois  les  règles  négociées,   elles  
doivent être acceptées, il faut les rendre acceptables, et il appartient au politique de mener cette action de
régulation.  C’est  pourquoi  dans les 90s, a émergé le processus de gouvernance.
C’est   un   processus   de   coordination   d’acteurs,   de   groupes   sociaux,   d’institutions   pour   atteindre   des   buts  
discutés et définis collectivement. On parle de gouvernance multi-niveaux : cela souligne à quel point les
problèmes publics sont de plus en plus traités par des acteurs divers placés à différents échelons territoriaux.
Le   gouvernement   renvoyait   à   la   notion   de   pouvoir   centralisé   monopolisé   par   l’État, à un volontarisme
politique. Au contraire, la gouvernance évoque la gestion en réseau, le partenariat, les formes contractuelles.
Tout   cela   conduit   à   l’émergence   d’une   nouvelle   gestion   publique   animée   par   une   logique   d’efficacité,  
l’élaboration  de  la  décision  se  fait  dans  des  cadres  plus   ouverts  qui   permettent de mobiliser davantage de
ressources   (partenariats,   contrats).   L’action   politique   fait   intervenir   des   acteurs   organisés   en   réseau,  
intervenant à différents niveaux. Cette nouvelle forme de pilotage de la société ne marginalise pas les élites
politiques traditionnelles, mais leur rôle a évolué.
L’association   d’acteur   publics   et   privés   pose   la   question   des   priorités,   de   l’agrégation   des   demandes  
contradictoires,  mais  aussi  de  la  mobilisation  des  ressources  et  donc  de  la  légitimité  d’intervention  de  tel  ou  
tel   intervenant.   Les   gouvernants   restent   présents,   et   sont   chargés   d’opérer   une   régulation,   de   favoriser   les  
négociations entre différents partenaires. Tout cela amène à repenser la manière de gouverner : on est
obligés de construire un intérêt général attaché   à   tel   ou   tel   territoire,   et   mettre   en   œuvre   des   stratégies  
collectives.   L’irruption   de   cette   notion   de   gouvernance   traduit   les   transformations   du   pouvoir   dans   les  
sociétés contemporaines, que la science politique ne peut ignorer. Désormais, on a une autre conception de
l’État :   le   pouvoir   n’est   plus   monolithique,   mais   devient   hétérogène   et   divers : il devient un système de
relations,  par  contrôle  de  flux  de  réseaux.  Ce  changement  de  nature  génère  une  évolution  dans  l’exercice  du  
pouvoir : un pouvoir doux,  qui  incite  et  persuade  plus  qu’il  n’est  dur  et  ne  contraint.  Le  pouvoir  n’est  plus  
imposé  d’en  haut,  mais  se  coule  dans  une  négociation  multiforme  et  continue.  On  est  obligés,  vu  l’évolution  
de  l’action  publique,  d’avoir  une  approche  pluraliste  et  interactive du pouvoir. La gestion publique est une
coordination   d’acteurs   de   groupes   sociaux,   pour   atteindre   des   buts   fixés   collectivement.   L’action   de   ces  
groupes  est  faite  de  rapports  de  force,  de  compromis  qui  évoluent  au  cours  de  l’action.  Multiplication   des
techniques de coopération, de codécision. En conséquence, le moment de la décision est difficile à
déterminer,  car  elle  résulte  de  l’apparition  progressive  de  propositions   d’arbitrages  pas  forcément   prévues  
lors  de  la  mise  en  œuvre  de  l’action  considérée.  On  est  désormais  obligés  d’adopter  une  approche  qui  prend  
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en   compte   le   relatif   effacement   de   la   primauté   de   l’État, et donc on a une approche plus technique et
négociée  de  l’action  publique,  mais  aussi  de  la  culture  de  l’évaluation.
Les techniques nouvelles de gouvernance supplantent les anciennes méthodes des gouvernants, négociés
alors  qu’avant,  le  gouvernement  était  unilatéral  et  contraignant.  On  peut  associer  des  acteurs  divers  autour  
de   choix   collectifs,   et   avec   la   mise   en   œuvre   de   procédures   consultatives et délibératives. Dans un tel
contexte,   le   gouvernement,   peut   être   défini   comme   un   processus   de   coordination,   d’acteurs   de   groupes  
sociaux,  d’institutions,  qui  coopèrent  pour  atteindre  des  objectifs  en  concertation  dans  des  environnements  
fragmentés  et  incertaines.  L’État doit  s’adapter  à  ces  nouvelles  formes  de  gouvernement,  aux  contraintes  de  
l’interdépendance  et  au  besoin  de  d’une  proximité  territoriale,  mais  il  reste  un  agent  régulateur  qui  intervient  
à la demande des différents acteurs. Le rôle de cet État post-moderne se manifeste de manière décisive par
le   droit   qu’il   établit,   les   arbitrages   qu’il   conduit,   et   par   l’influence   qu’il   conserve   dans   les   procédures  
contractuelles.

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Annexe :  l’examen
2  questions  d’égale  importance,  portant  sur deux chapitres du cours, obligatoires, chacune sur cinq points.
Seront jugées les connaissances, la maîtrise des concepts fondamentaux et du vocabulaire propre à la
discipline,  l’aptitude  à  sélectionner  les  éléments  essentiels  pour  répondre  à  la  question posée, la clarté et la
logique de la réponse (commencer par définir les notions-clés contenues dans la question). Si la question est
posée sous forme interrogative notamment, il faut apporter une réponse précise et argumentée. (ex : « faut-il
supprimer le cumul des mandats ? » : il faut argumenter, ne pas hésiter à prendre parti).

Exemples de sujets possibles (années passées) :


- Le pouvoir politique peut-il reposer uniquement sur la force ?
- Distinguer les régimes autoritaires des régimes totalitaires.
- Typologie des partis politiques.
- Partis politiques et démocratie, ou les partis politiques menacent-ils la démocratie ?
- Quelles  sont  les  logiques  d’accès  à  la  carrière  politique ?
- Faire de la politique, est-ce exercer un métier comme les autres ?
- Comment expliquer les inégalités de politisation ?
- Sondages et opinions démocratiques.
- L’abstention
- Les variables explicatives du vote
- Le TV fait-elle les élections ?
- Que pèsent les enjeux dans les choix électoraux ?
- L’opinion  publique  existe-t-elle ?
Exemples de nouveaux sujets (pas exhaustif) :
- L’apport  de  Machiavel  à  la  science  politique.
- L’apport  de  Max  WEBER à la science politique
- A quelles conditions un régime est-il démocratique ?
- Distinguer groupes de pression et partis politique ?
- Qu’est-ce  qu’un  pouvoir  politique légitime ?
- La crise de la représentation : mythe ou réalité ?
- Les citoyens pensent-ils politiquement comme ils sont socialement ?
- Y’a-t-il un vote de classe ?
- Quels sont les facteurs de la mobilisation politique ?
- A quoi servent les manifestations ?
- Que sait-on  des  effets  politiques  de  l’Internet ?

Exemple de structure de réponse :


Partis politiques et démocratie : définitions de partis politiques ET de démocratie, puis de brefs
développements sur en quoi les partis politique contribuent au bon fonctionnement de la démocratie, puis
une série de remarques sur en quoi ils peuvent nuire la démocratie (PAS FAIRE I. LES PARTIS / II. LA
DEMOCRATIE)
Faire de la politique est-ce exercer un métier comme les autres ? : évoquer comment WEBER parle
de la professionnalisation de la politique. Puis, oui à certains égards (formation pour, rémunération,
consacre du temps) MAIS parler ensuite des spécificités du métier politique (motivations, accès au métier,
ce  qu’on  fait).
La télévision fait-elle  l’élection ? Influence de la TV sur les électeurs, les candidats, le contenu des
campagnes électorales (analyses de Lazarsfeld expliquant que les électeurs sont plus ou moins réceptifs à la
campagne qui ne fait que renforcer les attitudes politiques préétablies.

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Qu’est-ce  qu’un  pouvoir  politique  légitime ? Notion de pouvoir politique + types de légitimité tels
que WEBER les a définis.
A quoi servent les manifestations ? Analyser les types, dire dans quel but on manifeste, et en quoi il
s’agit  d’une  nouvelle  forme de participation.
L’abstention : définition, décrire son évolution avec quelques chiffres, pourquoi le taux augmente-t-
il,  y’a-t-il des remèdes ?

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION : La science politique comme science sociale................................................................6


Paragraphe 1 : Naissance de la science politique ..............................................................................6
A. Avant le XIXème siècle, les origines .......................................................................................6
1. Aristote ..................................................................................................................................6
2. Machiavel ..............................................................................................................................6
3. Montesquieu ..........................................................................................................................7
B. L'émergence : la science politique au XIXème.........................................................................7
C. Le développement de la science politique du XXème siècle ....................................................7
D. Aujourd'hui ...............................................................................................................................8
Paragraphe 2 : l'objet de la science politique .....................................................................................8
A. A quelles conditions la science politique est-elle une science ? ...............................................8
B. De quoi la science politique est-elle une science ? ...................................................................9
1. La science de l'État ................................................................................................................9
2. La science du pouvoir ..........................................................................................................10
3. La science de la politique ....................................................................................................10
Partie 1 : le pouvoir politique .......................................................................................................................10
Chapitre 1 :  L’identification  du  pouvoir  politique .............................................................................11
Section 1 : Pouvoir, domination et légitimité ......................................................................................11
Paragraphe 1 : Pouvoir de domination ............................................................................................11
Paragraphe 2 :  la  légitimité  de  l’ordre  politique ..............................................................................12
A. La domination traditionnelle...................................................................................................12
B. La domination rationnelle légale ............................................................................................12
C. La domination charismatique ..................................................................................................13
Paragraphe 3 : les spécificités du pouvoir politique ........................................................................14
Section 2 :  l’exercice  du  pouvoir  politique ..........................................................................................15
Paragraphe 1 : Quelle autonomie pour le politique ? ......................................................................15
Paragraphe 2 : comment fonctionne un système politique ? ...........................................................16
Paragraphe 3 :  qu’est-ce que gouverner ? ........................................................................................16
Chapitre 2 : Les formes du pouvoir politique .....................................................................................17
Section 1 : les systèmes démocratiques ...............................................................................................18
Paragraphe 1 : les conditions de la démocratie ................................................................................18
Paragraphe 2 : La démocratie représentative ...................................................................................18
Paragraphe 3 : Des évolutions de la démocratie contemporaine .....................................................19
Paragraphe 4 : les transformations de la démocratie française ........................................................21
Section 2 : Les systèmes non démocratiques .......................................................................................22
Paragraphe 1 : Diversité et hétérogénéité des régimes autoritaires .................................................22
A.  Critères  d’identification ..........................................................................................................22
B. Typologie des autoritarismes ..................................................................................................23
C. Naissance des régimes autoritaires .........................................................................................23
Paragraphe 2 :  L’unité  des  systèmes  totalitaires ..............................................................................24
A. Logiques et fondements des systèmes totalitaires ..................................................................24
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B. Critiques du totalitarisme ........................................................................................................25


Partie 2 : les acteurs politiques .....................................................................................................................25
Chapitre 1 : les partis politiques ..........................................................................................................25
Section 1 : le phénomène partisan .......................................................................................................26
Paragraphe 1 : la notion de PP .........................................................................................................26
A.  La  continuité  de  l’organisation ...............................................................................................27
B.  Une  organisation  complète  jusqu’au  niveau  local  inclus ........................................................27
C.  La  volonté  d’exercer  le  pouvoir ..............................................................................................27
D.  La  recherche  d’un soutien populaire grâce aux élections .......................................................27
Paragraphe 2 :  l’origine  des  partis  politiques ..................................................................................27
Paragraphe 3 : les fonctions des PP .................................................................................................28
A. Les fonctions politiques ..........................................................................................................29
1. Mobiliser des soutiens pour affronter les batailles électorales ............................................29
2. Présenter des candidats aux élections ..................................................................................29
3. Encadrer les élus parlementaires .........................................................................................29
4. Elaborer des programmes politiques (fonction programmatique) .......................................29
B. Les fonctions sociales .............................................................................................................30
Paragraphe 4 : typologies des partis politiques ...............................................................................30
A. La prédominance du critère structurel ....................................................................................30
B.  L’insuffisance  du  critère  structurel .........................................................................................31
Section 2 : les systèmes de partis.........................................................................................................34
Paragraphe 1 : les systèmes compétitifs ..........................................................................................34
A. Le multipartisme .....................................................................................................................34
B. Les systèmes bipartisans .........................................................................................................35
C. Les systèmes à parti dominant ................................................................................................35
Paragraphe 2 : les systèmes non-compétitifs ...................................................................................36
Section 3 : les partis politiques français ..............................................................................................36
Paragraphe 1 : les spécificités politiques françaises ........................................................................36
A. Une mauvaise image ...............................................................................................................37
B. Faiblesse des organisations .....................................................................................................37
C.  L’émiettement .........................................................................................................................37
D. La présidentialisation des PP ..................................................................................................38
Paragraphe 2 : le statut des partis politiques depuis 1958 ...............................................................38
A. Les principes constitutionnels.................................................................................................38
B.  Les  éléments  d’un  statut  légal .................................................................................................38
Paragraphe 3 :  l’évolution  du  système  partisan  sous  la  Vème ........................................................39
Paragraphe 4 : la recomposition du paysage politique français .......................................................39
A.  L’UMP ....................................................................................................................................39
B. Les formations du centre .........................................................................................................40
C. La gauche ................................................................................................................................41
1. Le PS....................................................................................................................................41
a. Son organisation reste marquée par la SFIO ...................................................................41
b. La longue évolution vers la présidentialisation ...............................................................41
c. Scores électoraux .............................................................................................................42
2. Le PC et le Front de Gauche ................................................................................................42
3. Les Ecologistes ....................................................................................................................42
4. Les partis extrémistes ..........................................................................................................43
a. Le FN ...............................................................................................................................43
b.  L’extrême-gauche ............................................................................................................44
Chapitre 2 :  les  groupes  d’intérêt .........................................................................................................45
Section 1 :  la  notion  de  groupe  d’intérêt..............................................................................................45
Paragraphe 1 :  les  caractéristiques  des  groupes  d’intérêts ...............................................................46
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Paragraphe 2 :  la  légitimité  des  groupes  d’intérêt ...........................................................................47


Section 2 :  la  typologie  des  groupes  d’intérêts ....................................................................................47
Paragraphe 1 :  les  groupes  d’intérêt  à  vocation  globale ..................................................................48
Paragraphe 2 : les groupes à vocation spécialisée ...........................................................................48
Section 3 :  l’action  des  groupes  d’intérêt ............................................................................................49
Paragraphe 1 :  les  fonctions  des  groupes  d’intérêt ..........................................................................49
Paragraphe 2 :  les  modalités  d’intervention  du  groupes  d’intérêt ...................................................49
A. Les pressions directes .............................................................................................................49
B. Pressions indirectes .................................................................................................................50
Paragraphe 3 : la participation à la décision politique .....................................................................51
Chapitre 3 : les professionnels de la politique.....................................................................................52
Section 1 : la carrière politique ............................................................................................................52
Paragraphe 1 : les professionnels de la politique .............................................................................52
Paragraphe 2 : les différentes filières politiques ..............................................................................53
A. Le cursus ascendant ................................................................................................................54
B. Le cursus militant ....................................................................................................................54
C. Le cursus inversé.....................................................................................................................54
Paragraphe 3 :  les  formes  de  l’activité  politique .............................................................................55
A. Les spécificités du travail politique ........................................................................................55
B. La nature du travail politique ..................................................................................................56
Section 2 : la sélection du personnel politique ....................................................................................57
Paragraphe 1 :  l’homogénéité  sociale  du  personnel  politique .........................................................57
Paragraphe 2 : le cumul des mandats, obstacle au renouvellement du personnel politique ............57
Paragraphe 3 : la féminisation de la vie politique ...........................................................................59
Chapitre 4  :  l’opinion  publique ............................................................................................................61
Section 1 :  l’opinion  publique .............................................................................................................61
Paragraphe 1 :  la  naissance  de  l’opinion  publique ..........................................................................61
Paragraphe 2 :  l’opinion  publique,  notion  controversée ..................................................................62
Section 2 :  la  mesure  de  l’opinion  publique,  les  sondages ..................................................................63
Paragraphe 1 :  l’origine  des  sondages .............................................................................................63
Paragraphe 2 : les sondages : prolongement de la démocratie représentative .................................64
Paragraphe 3 : les sondages : perversion de la démocratie représentative ......................................64
Paragraphe 4 : le bon usage des sondages .......................................................................................65
Paragraphe 5 : la diffusion des sondages en période électorale ......................................................65
Section 3 : médias et politique .............................................................................................................66
Paragraphe 1 : médias et comportements politiques du public .......................................................66
Paragraphe 2 :  L’activité  politique  sous  contrainte  médiatique.......................................................66
Paragraphe 3 : Internet et la politique ..............................................................................................67
Partie 3 : les pratiques politiques en démocratie ........................................................................................68
Chapitre 1 : la participation politique .................................................................................................68
Section 1 : le mythe de la participation politique ................................................................................68
Paragraphe 1 :  l’idéal  de  participation .............................................................................................68
Paragraphe 2 : la faiblesse de la participation réelle........................................................................69
Paragraphe 3 : les facteurs de la mobilisation politique ..................................................................69
A.  L’importance  des  variables  socio-culturelles .........................................................................69
B. Les facteurs idéologiques et culturels .....................................................................................70
Section 2 : les modalités de la participation politique .........................................................................70
Paragraphe 1 : Les modalités conventionnelles ...............................................................................71
Paragraphe 2 : Les formes non conventionnelles ............................................................................71
Section 3 : les mutations de la participation politique .........................................................................72
Paragraphe 1 :  l’essoufflement  des  formes  conventionnelles  politiques .........................................72
Paragraphe 2 : les raisons de ce désenchantement citoyen ..............................................................73
[Link] - 1e édition - Page 100
Science politique, Licence 1 Droit Melun – Madame BONNARD, 2013-2014.
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Paragraphe 3 : les mouvements sociaux ..........................................................................................73


Paragraphe 4 : les remèdes pour mieux associer les citoyens à la vie politique ..............................74
A. La diversité des expériences tentées .......................................................................................74
B.  L’impact  limité  de  ces  expériences .........................................................................................74
Section 4 : la violence politique ..........................................................................................................75
Paragraphe 1 : la notion de violence politique ................................................................................75
Paragraphe 2 : les formes de la violence .........................................................................................75
Chapitre 2 : le processus électoral........................................................................................................76
Section 1 : élections et campagne électorales ......................................................................................77
Paragraphe 1 : la signification du vote ............................................................................................77
Paragraphe 2 : la conquête du vote ..................................................................................................77
A. Individualisation et généralisation du suffrage .......................................................................78
B. Démocratisation des règles électorales ...................................................................................78
Paragraphe 3 : les élections dans la vie politique française .............................................................79
Paragraphe 4 : les campagnes électorales ........................................................................................79
A. L'évolution des formes et du contenu. ....................................................................................80
B. Le financement des campagnes électorales ............................................................................81
Paragraphe 5 : le contentieux électoral ............................................................................................81
Section 2 : la mobilisation électorale ...................................................................................................82
Paragraphe 1 :  l’inscription  sur  les  listes  électorales .......................................................................82
Paragraphe 2 : le vote blanc ou nul..................................................................................................82
Paragraphe 3 :  l’abstention ..............................................................................................................83
Section 3 :  les  modèles  d’analyse  du  comportement  électoral ............................................................85
Paragraphe 1 : les modèles écologiques ..........................................................................................85
A. Les modèles de la géographie humaine, de SIEGFRIED .......................................................85
B. Une critique constructive du modèle de Siegfried : Paul BOIS (prise en compte de la
dimension historique) ..................................................................................................................86
Paragraphe 2 :  l’analyse  sociologique .............................................................................................86
A. Le modèle de Columbia ..........................................................................................................86
B. Le modèle de Michigan ..........................................................................................................87
Paragraphe 3 : les variables explicatives du vote en France ............................................................88
A. Les variables sociobiologiques ...............................................................................................88
B. Les variables socioéconomiques .............................................................................................88
C. Les variables culturelles ..........................................................................................................88
D. Les variables politiques ..........................................................................................................89
Paragraphe 4 :  l’électeur  est-il rationnel ? .......................................................................................89
Chapitre 3  :  l’action  publique...............................................................................................................90
Section 1 :  l’analyse  classique des politiques publiques .....................................................................91
Paragraphe 1 :  les  préalables  à  l’intervention  publique ...................................................................92
A.  La  notion  d’agenda  politique ..................................................................................................92
B. La notion de référentiel ...........................................................................................................93
Paragraphe 2 :  les  modalités  de  l’intervention  publique..................................................................93
A.  L’analyse  séquentielle ............................................................................................................93
B.  L’analyse  stratégique ..............................................................................................................94
Section 2 : les spécificités de  l’action  publique  moderne ....................................................................94
Paragraphe 1 :  les  mutations  de  l’action  publique ...........................................................................94
Paragraphe 2 :  les  nouvelles  analyses  de  l’action  publique .............................................................95
Annexe :  l’examen .........................................................................................................................................97

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