Science politique, Licence 1 Droit Melun – Madame BONNARD, 2013-2014.
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Science politique
Licence 1 Droit Melun – Madame BONNARD
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BONNARD de contribuer à cette opération et de donner ainsi aux
étudiants les outils nécessaires pour assurer leur réussite.
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Un plan de cours se trouve à la fin du cours.
Discipline récente, née avec les sciences sociales modernes, la science politique régit les rapports entre les
groupes d’individus au sein de l'État.
On essaye de saisir une multitude de variables explicatives d'un système politique ou d'un fait politique isolé
en lui-même.
La science politique se base sur une activité d'observation : on va essayer de tirer des modèles de ce qu'on
observe.
En philo, on tente de trouver le meilleur gouvernement. En science politique, on explique juste ce qui est.
La politique : 4 définitions
- Espace symbolique de compétition entre les candidats pour représenter le peuple : le « champ
politique » de Bourdieu → ENTRER en POLITIQUE
- Activité spécialisée: l'engagement politique, l'exercice d'une profession → FAIRE DE LA
POLITIQUE
- Ligne de conduite → POLITIQUE GOUVERNEMENTALE
- Politique publique : action délibérée, appliquée à un objet particulier → POLITIQUE DE LA
SANTE
En anglais, la politique existe sous deux termes différents :
-« Policy » = les produits de l'action gouvernementale.
- « politics » = tous les processus liés à la conquête et à l'exercice du pouvoir.
Le mot politique véhicule des significations diverses, et des connotations variées selon les contextes. Elles
peuvent être valorisantes (la politique devient un idéal, un moyen d'ordonner une société divisée avec une
finalité supérieure), ou dévalorisantes (compromission, coups bas, trahisons, jeux stériles, bavardages
superflus, ambitions démesurées).
LE politique : l'ensemble des régulations qui unifient, fait perdurer un ensemble social hétérogène.
LA politique : la scène où s'affronte des individus et des groupes pour la conquête et l'exercice du pouvoir.
L'étendue des questions politiques évolue selon les périodes : sous la IIIème République, la décolonisation
était un problème politique majeur, tout comme la protection des femmes et la conservation de
l'environnement ont longtemps été ignorées, mais sont aujourd'hui l'objet de controverses politiques.
Le champ politique évolue sans cesse.
Science politique ou sociologie politique ? Presque la même chose. La sociologie politique est un des
aspects de la science politique, mais les deux se recoupent : elles tendent à coïncider, en analysant grâce à
une démarche scientifique, le fait politique.
Toute approche sociologique des objets et faits politiques suppose de collecter des données (sondages,
expériences, observations) dans le but de systématiser le recueil de ces données.
La science politique étudie les faits et comportements considérés comme politiques à un moment donné par
une communauté déterminée. Faire de la science politique, c'est essayer de déterminer des lois permettant
de comprendre pourquoi et comment se produisent certains mécanismes.
C'est expliquer tout ce qui est politique, et montrer le caractère pertinent des faits et comportements
politiques.
Mais attention : plusieurs discours traitent des faits et comportements politiques.
Le regard du politiste sur la politique est un regard particulier : il est différent d'autres regards, comme celui
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des acteurs politiques eux-mêmes sur la discipline : leurs discours justifient leurs actions, ils ont une
démarche, une ambition justificative, explicative, visant à mobiliser des soutiens.
Mais le philosophe politique, lui, privilégie la question des valeurs : ce qui est juste, bien, mal, moral... Il
veut promouvoir des valeurs universelles.
Enfin, le journaliste : sa mission première est d'informer le citoyen. Il rend compte du réel, mais doit rendre
compréhensibles les faits au citoyen, pour attirer son attention. Il a tendance à simplifier, hiérarchiser, les
phénomènes politiques auxquels il est confronté. Toute analyse de la politique par un journaliste est
influencée par sa volonté de séduire le citoyen.
Le politiste doit apprendre à produire un « discours savant » (Philippe BRAUD) : sa démarche vise à cerner,
décrire, et si possible expliquer, la réalité des phénomènes politiques qu'il observe (une démarche
d'élucidation). Ce travail fournit au citoyen des outils supplémentaires pour produire une réflexion
autonome sur le monde dans lequel il vit.
Mais droit et science politique sont complémentaires : le droit constitue à la fois une ressource et une
contrainte pour l'acteur politique, on ne les dissocie pas.
Science politique = pluridisciplinaire : sociologie, histoire, droit, économie.
Trois séquences :
1. Le pouvoir politique
Le cadre dans lequel évolue tout ce qui est politique. Les fondements du pouvoir politique. L'autonomisation
du pouvoir politique. Les régimes politiques. Les différentes formes de la démocratie. Distinguer systèmes
autoritaires (divers) et totalitaires (unis).
2. Les acteurs de la vie politique
Les individus et groupes qui animent la vie politique. Les partis politiques : comment sont-ils nés ? Quelle
définition ? Comment sont-ils gouvernés ? A quoi servent-ils : désuets ou nécessaires ?
Éléments sur le paysage politique français au lendemain de l'alternance de 2012.
Les groupes d'intérêts : en quoi est-ce différent d'un parti ? Si les partis sont en crise, les groupes d'intérêt
peuvent-ils s'y substituer ? Quelles sont leurs modalités d'action ?
Les élites et professionnels de la politique : comment la politique s’est-elle professionnalisée ? Comment
une élite spécialisée s'est-elle constituée ? Quelles sont les caractéristiques de cette élite ? Quelles sont les
dynamiques de l'exercice du pouvoir ? L’accès à la carrière politique est-il ouvert à tous les citoyens?
L'opinion publique : cette notion existe-t-elle ? Comment la mesure-t-on ?
Les médias : quel est leur rôle politique ? Quelle influence ont-ils sur les gouvernants ? Sur les citoyens.
Analyse de l'évolution de la communication politique. Le développement de l'usage d'Internet contribue-t-il
à redéfinir la démocratie (une e-démocratie) ?
3. Les pratiques politiques en démocratie
Distinction entre le point de vue des citoyens et celui des gouvernants.
Citoyens : chapitre sur la participation politique (quelles sont les formes et l'ampleur de la participation
politique citoyenne ? Comment expliquer l'abstention ? Déclin des formes conventionnelles de participation
politique (vote, militantisme) au profit de formes contestataires).
Chapitre sur les comportements électoraux : comment les modèles explicatifs du comportement
électoral ont-ils évolué ? De l'analyse écologique du vote à l'analyse stratégique du vote, en passant par
l'analyse sociologique. Que sont les mouvements sociaux contestataires ? Qu'est ce qui les motive ?
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Les gouvernants : chapitre sur l'action publique. Comment analyse-t-on les politiques publiques et quelles
sont les spécificités de l’action publique moderne.
Utile : notes de cours, manuel, vocabulaire juridique et politique.
A l'examen: deux questions sur cinq points, portant sur deux parties différentes du programme. Pas une
récitation du cours, mais une sélection des éléments permettant de répondre précisément à la question
posée. La réponse doit être claire, suivre un raisonnement logique et être argumentée. Toute référence
doctrinale valorise les réponses. Attention au hors-sujet (voir fin du document).
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INTRODUCTION : La science politique comme
science sociale
Que fait-on en science politique, et comment le fait-on ?
Paragraphe 1 : Naissance de la science politique
Pour analyser l'apparition d'une science politique unifiée et autonome parmi les autres sciences sociales, il
convient d'analyser 4 périodes :
- Avant le XIXème : les origines
- Au XIXème : l'émergence
- Au XXème : le développement
- la situation actuelle
A. Avant le XIXème siècle, les origines
Analyse des rapports de pouvoirs au sein de l'État. Dès l'Antiquité, il existe des formes d'organisation
politique : la POLIS, symbole de la démocratie grecque, puis la RES PUBLICA romaine, qui instaure
l'égalité des droits politique (sauf pour les esclaves).
La réflexion sur les problèmes politiques remonte au Vème siècle de notre ère : à l'origine, elle est l'œuvre
de philosophes. Politique et science politique se confondaient. Platon et Aristote plaçaient déjà la politique
au centre de leur réflexion. Pendant longtemps, le savoir politique était synonyme de science du
gouvernement. Ces analyses politiques privilégiaient le jugement moral, le devoir-être et ce, au détriment
des réalités observables. De Platon à Rousseau, c'est un jugement de valeur : au lieu d'analyser les processus
politiques réels, ils insistent sur ce que devrait être la politique. Mais certains auteurs apparaissent comme
des précurseurs de la science politique moderne, en livrant de vraies analyses rigoureuses : ce sont les
premiers à théoriser ce qui se rapport à la science du gouvernement. Il s'agit d'Aristote, de Machiavel, de
Montesquieu.
1. Aristote
C'est le premier à dégager en partie ses travaux de la philosophie politique. Il observe systématiquement et
scientifiquement les régimes politiques existant. Avec ses élèves, il rédige une série de monographies sur les
constitutions de 158 cités grecques ou étrangères (ne nous est parvenue que celle sur Athènes). Même si il a
du mal à tracer une frontière entre morale et politique, il est le premier à donner une analyse empirique du
fait politique.
2. Machiavel
Le premier à séparer morale et politique, dans Le Prince, en 1532, un ouvrage fondateur pour la science
politique moderne : il lui apporte un objet, une méthode, des lois.
- L'objet : il crée le sens moderne du mot « État ». Il réfléchit dans cet ouvrage sur la conquête
l'exercice du pouvoir, et les risques qui pourraient faire perdre le pouvoir ; en clair, l'exercice du
pouvoir dans le cadre de l'État.
- Une méthode : il cesse de mener ses travaux en juge et en philosophe, pour devenir un témoin et un
observateur. Il fait une analyse descriptive, et non plus seulement normative de la politique. Il se met
à l'école des faits, et substitue l'observation directe au raisonnement pur. Il renouvelle la technique de
l'observation. Cette démarche positive coupe les études politiques de la morale et de la religion.
- Des lois : il s'efforce de découvrir des lois, des règles qui relient et expliquent les évènements, à
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partir de faits qu'il observe. Il dégage des constantes.
3. Montesquieu
L'Esprit des Lois en 1748. C'est une réflexion sur les lois, les systèmes politiques de plusieurs pays. Chaque
loi, pour lui, trouve une raison dans son contexte ou son rapport avec les lois antérieures. Il envisage l'État
comme une structure, une totalité. Il essaye de saisir l'ensemble, d'expliquer les parties par le tout. Ainsi, il
annonce les notions de structures sociales, de système social. Il analyse les faits sociaux reliés entre eux par
des liens objectifs. Il montre qu'il existe des lois causales, qui coordonnent entre eux les faits sociaux. Il
résume lui-même sa démarche, dans sa préface, en écrivant : « Je n'ai point tiré mes principes de mes
préjugés, mais de la nature des choses ». Plus loin, il écrit : « On dit ici ce qui est, et non pas ce qui doit
être ». Les principes qu'il dégage servent encore à l'heure actuelle.
B. L'émergence : la science politique au XIXème
Avec l'ère industrielle, les sociétés se transforment. On cherche à comprendre le monde et son
fonctionnement. Apparaît à cette époque l'administration moderne, se développe un personnel administratif
dans les États, et la génération du droit public, et donc de la science politique. Distinguons les situations
française et américaine.
Dans la seconde moitié du XIXème, à l'Université de Columbia, Francis LIEBER est le premier professeur
d'histoire et de science politique. Toujours dans cette université, en 1880, est créée la première école de
science politique. En 1904 est fondée l'Association Américaine de Science Politique.
En France, l'émergence de la science politique est plus lente et difficile. En effet, émergent d'abord les
sciences politiques. En 1848 apparaît le suffrage universel masculin. Cette naissance à une double
conséquence : d'une part, l'élargissement de la participation politique, et d'autre part, la généralisation des
discussions politiques. Puis, la défaite de Sedan en 1870 provoque un profond traumatisme en France. Les
élites sont remises en cause, ce qui contribue à la création de l'Ecole Libre des Sciences Politiques en 1872
par Emile BOUTMY. Pendant les épisodes de la Commune en 1871, il est frappé par l'ignorance de
l'opinion sur les questions politiques. Pour mieux les faire connaître, il crée cette Ecole Libre pour répondre
à la faillite des élites dans la défaite de 1870 : « faire mieux comprendre à la génération qui grandit la
difficulté et la complexité des questions politiques ». Les sciences politiques sont considérées comme des
savoirs destinés à instruire les futurs administrateurs de l'État. Et pour bien administrer l'État, ils doivent
connaître le droit, l'économie, l'administration ET les sciences politiques. Pour Boutmy, son école n'a pas
vocation à enseigner une unique matière. Parallèlement, entre 1875 et 1898, les facultés de droit créent des
cours d'Economie politique, jusqu'à ce que le droit public commence à être enseigné, et supplante
l'économie politique. Les facs de droit revendiquent l'enseignement des sciences politiques (qui ne serait
qu'une branche du droit). Alors, une concurrence avec l'Ecole Libre de Boutmy, qui part du principe que la
science politique vient de l'Histoire. On conteste également la place de « science » qu'à la science politique.
Alors qu'Auguste COMTE et DURKHEIM ne l'admettent pas comme science, Ampère l'accepte. La science
politique devient une branche des études de sciences sociales.
C. Le développement de la science politique du XXème siècle
La position de Durkheim triomphe : la science politique est enseignée uniquement à l'Ecole Libre au même
titre que le droit public, les études militaires etc... Mais on finit par admettre la réalité des études de sciences
politique, et on la considère comme science sociale autonome à part entière. Cette consécration se fait en 2
phases successives : après la 2nde Guerre Mondiale, alors que France et États-Unis entrent en contact
intellectuel. Science-Po est nationalisée, pour démocratiser le développement d'une haute fonction publique.
En 1949, l'Association Française de science politique est créée, puis la Revue Française de Science
Politique. Puis, dans les années 1950-1970, l'influence anglo-saxonne croît sur la science politique
française. Alors, la science Politique se centre sur l'étude du comportement des individus et des groupes.
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C'est l'époque où on utilise d'autres disciplines (économie, statistiques...), où on énonce des hypothèses
qu'on essaye de vérifier empiriquement, où on construit des modèles. C'est dans les facultés que la science
politique est consacrée : dans les facultés de lettres, grâce à l'Histoire, à partir de 1964, on assiste à une
multiplication des travaux de recherche sur l'Histoire politique contemporaine. Au cours des années 1960, la
science Politique se développe en fac de droit. En 1954 est créé le premier cours de science politique en fac
de droit. Création du doctorat en SP. En 1972, Concours d'agrégation en SP. Développement des centres de
recherche. Alors, à partir de 1970 apparaissent les premiers manuels de SP, ne traitant plus que de l'histoire
politique, mais de thèmes politiques propres. La rupture avec le droit est consommée, et la matière devient
distincte.
D. Aujourd'hui
Jusqu'au milieu du XXème : science politique comme savoir technique au service des gouvernants,
largement marquée par le droit, pour bien gérer l'État. Aujourd'hui, la science Politique s’est autonomisée :
elle analyse et explique les phénomènes politiques en les expliquant comme le produit de multiples forces
de la part des acteurs.
Pour s'imposer comme discipline autonome, elle a dû s'émanciper du droit public, de la sociologie, de la
philosophie politique. La sociologie générale, fondée par Comte et Durkheim, porte sur la société civile plus
que sur l'ordre politique. Le droit public porte sur l'organisation de l'État et ses rapports avec les citoyens. Le
droit établit ce qui est légal, ce qui ne l'est pas. Il organise, réglemente le fonctionnement du pouvoir
politique, alors que la science politique n'a AUCUNE visée normative. Mais les deux disciplines ne peuvent
s'ignorer : étudier le comportement électoral requiert une connaissance du droit électoral, par exemple, tout
comme la présidentialisation du régime de la Vème République ne peut se contenter d'être expliquée par la
connaissance des règles constitutionnelles, et il faut étudier la pratique du système électoral.
Paragraphe 2 : l'objet de la science politique
A. A quelles conditions la science politique est-elle une science ?
Les sciences sociales étudient les actions humaines, c’est à dire des objets sur lesquels, plus ou moins
consciemment, nous pensons tous savoir quelque chose. Comme pour les autres sciences sociales, le
politiste doit respecter deux attitudes mentales :
- Abandonner les prénotions qu'il a sur les objets est un impératif posé par Durkheim en 1894 (en
effet, ces prénotions sont des obstacles à la connaissance réelle : il faut rester objectif, et ne pas
laisser nos préjugés déformer la connaissance réelle). « Le sociologue doit considérer des faits
sociaux comme des choses ». Cela consiste à prendre de la distance avec le fait étudié, cela consiste
à considérer les phénomènes sociaux en eux-mêmes, détachés des sujets conscients qui se les
représentent ». Une telle démarche relève d'un travail d'objectivisation du réel.
- Neutralité axiologique : bannir de l'objet de l'analyse tout jugement de valeur. Il doit se garder de
définir le juste et l'injuste, le bon et le néfaste, le bien et le mal. WEBER milite pour une sociologie
compréhensive, qui comprenne les actions des acteurs, les motivations, mais sans formuler de
jugements de valeurs. Tout chercheur risque de construire un raisonnement en fonction de son
époque, de son groupe social, etc...
Ce qui fonde la SP, c'est la neutralité axiologique, l'ambition de systématisation et surtout : l'utilisation de
méthodes rigoureuses.
Les méthodes utilisées en science politique empruntent aux autres sciences sociales. La science politique
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utilise les apports de l'économie, de l'histoire, de la philosophie politique, auxquels elle ajoute ses propres
méthodes de travail (des archives, par exemple, qui sont des mémoires des acteurs publics). Le problème du
travail sur archives soulève deux difficultés : il faut y avoir accès ET qu'elles soient bien constituées. En
effet, il y a un risque de sélection des informations données aux archives, et donc, un risque de construction
de la réalité et de distorsion.
Le politiste travaille aussi avec des observations de terrain : étudier l'objet dans son contexte. Par exemple,
on suit un candidat pendant une campagne électorale. Mais là encore, des difficultés surgissent : certains
terrains ne sont pas ouverts à la libre-observation, et il n'est pas toujours facile de gérer le statut
d'observateur : il faut savoir être assez éloigné (pour rester objectif), en s'impliquant assez pour comprendre.
De plus, le politiste sera vu comme un étranger, devant lequel on changera son comportement.
Il s'avère aussi utiliser des méthodes qualitatives : des entretiens avec des acteurs. Mais attention à ne pas
reproduire le discours du politique. Il faut interpréter.
Ou alors des méthodes statistiques : des sondages, des questionnaires, pour appréhender un point de vue
global. On chiffre les grandes tendant donnant une représentativité aux résultats produits : il faut de l'argent,
des infrastructures, un échantillon représentatif.
Toute analyse de science politique suppose un savoir-faire fondé sur 4 traits spécifiques :
- La mise en œuvre de méthodes et de techniques d'investigation inspirée par le doute curieux.
- L'ambition de systématisation à partir de données recueillies : on tente de formuler des lois
tendancielles, des modèles qui introduiront une certaine prédictibilité.
- Se prémunir contre le point de vue subjectif du politiste, qui est aussi un citoyen avec ses idées, ses
valeurs.
- Éviter les pièges de l'ethnocentrisme : tout juger en vertu des normes du groupe auquel le chercheur
appartient.
B. De quoi la science politique est-elle une science ?
En 2004 est publié un ouvrage intitulé La Science Politique, Une et Multiple. Ce titre révèle les incertitudes
sur l'objet de la science politique. Dans le passé, deux réponses permettaient de répondre à cette question :
-tantôt, la science politique était la science de l'État
-tantôt, la science politique était la science du pouvoir
Aujourd'hui, l'ensemble des auteurs semble écarter ces deux visions.
1. La science de l'État
L'État désigne le cadre humain et territorial de l'institution publique, et l'agencement institutionnel de
l'autorité permettant la décision. La science politique serait donc la discipline dont l'objet d'étude est l'État,
ses mutations, ses actions, son fonctionnement, ses institutions etc...
Cette définition soumet à la science politique l'ensemble des sociétés contemporaines. Mais une difficulté
majeure : la notion d'État doit faire consensus. De plus, il n'a pas toujours existé : c'est peut-être une façade
institutionnelle dénuée de réalité, s’il est occupé par une puissance étrangère par exemple. Enfin, l'État n'est
pas le seul acteur du politique : quid des Eglises, des médias, des lobbys ?
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2. La science du pouvoir
Cette définition intègre l’organisation et acteurs non-Étatiques qui jouent un rôle sur la scène politique. Cela
élargit la science politique à toutes les sociétés humaines présentes ou passées qui ont connu des formes de
pouvoir. Mais cette définition se heurte à un obstacle : tous les pouvoirs ne sont pas politiques, et le patron à
un pouvoir sur son employé, un ravisseur sur son otage...
On peut récuser cette définition. La science politique est donc la science de la politique.
3. La science de la politique
Mais qu'est-ce que la politique ?
Pour Max WEBER : « l'ensemble des efforts que l'on fait en vue de participer au pouvoir ou d'influer sur la
répartition des pouvoirs, soit entre les États, soit entre les divers groupes à l'intérieur d'un même État ».
Cette définition englobe l'ensemble des activités et des conflits autour des fonctionnements de la société :
tout ce qui concerne les activités d'influence sur le gouvernement. La science politique analyse les faits
sociaux qui acquièrent une dimension politique dans certains contextes. Faire de la science politique impose
de combiner plusieurs démarches : observer des pratiques, le classement des données, l'interprétation des
réalités politiques observables, élaborer des schémas théoriques. Aujourd'hui, si on essaye de dresser un
bilan du ou des champs de la science politique, on s'aperçoit qu'en l'État actuel des choses, la science
politique comprend 4 champs d'investigations :
-la théorie politique : analyse de l'histoire des doctrines et des mouvements d'idées. L'ensemble des concepts
sur des pouvoirs transversaux comme la nation, le pouvoir, l'État.
-la sociologie politique : étude de la dynamique des rapports des forces au sein de la société, les acteurs de
la politique, les processus de communication politique, de socialisation politique
-l’administration publique et les politiques publiques : les processus décisionnels au sein des pouvoirs
publics, au sein des organisations politiques, au sein des grandes entreprises.
-les relations internationales, les rapports interétatiques, l'activité des forces transnationales.
Partie 1 : le pouvoir politique
Tout État suppose une organisation juridico-politique disposant d’un pouvoir de contrainte de coercition et
s’imposant à la population. L’État monopolise la contrainte légitime. L’État moderne s’est construit en
imposant une série de monopoles en se renforçant mutuellement, les guerres ont eu un besoin d’argent
développant la fiscalité et pour prélever les impôts il a fallu mettre en place un système administratif. A la
différenciation entre religion et politique a contribué au développement et à la naissance de l’État.
Dans les sociétés modernes, les fonctions politiques sont distinctes des pouvoirs religieux ou éco, le pouvoir
politique est devenu autonome en se différenciant des autres pouvoirs sociaux, il est aussi de plus en plus
indépendant par rapport aux forces, aux groupes, aux intérêts qui composent la société. Il s’est distingué de
la personne des dirigeants ce qui le pérennise et l’institutionnalise.
Il règle des questions politiques, un problème devient politique quand il est transformé en enjeu dans le
débat, le champ politique n’est pas figé selon le tps, les territoires, et sous l’influence de divers acteurs :
média, l’opinion publiques, les acteurs. Il impose une volonté de la cité sur celle des individus.
L’État n’est plus le seul cadre d’exercice du pouvoir politique : le pouvoir politique s’exerce aussi au niveau
infra et supra Étatique : supra : pouvoir exercé par les institutions européennes, infra : du fait de la
décentralisation on assiste à l’émergence de pouvoirs locaux.
Toute analyse du pouvoir politique suppose 2 questions majeures
- Qu’est-ce que le pouvoir politique ?
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- Quelles formes prend-il ?
Chapitre 1 : L’identification du pouvoir politique
Dans toutes les sociétés, certains groupes ont la capacité d’orienter le comportement de l’ensemble de la
collectivité, ils sont la capacité d’élaborer des règles qui s’imposent à tous que nul n’est censé ignorer ou
transgresser. La fonction de gouverner est fondée sur une relation de pouvoir entre gouvernants et
gouvernés.
Le pouvoir politique est un concept fondamental, il est à la fois un objet de compétition et aussi un moyen
de domination. Mais il y a plusieurs approches et démarches intellectuelles possibles.
- Approche idéologique : On envisage le
pouvoir comme un mode de domination de groupe social pour s’imposer sur tous les autres,
on examine le pouvoir des classes, des groupes, et donc la philosophie marxiste ou Bourdieu
(la noblesse d’État)
- Approche institutionnelle : On étudie le
pouvoir de l’État : les individus et les groupes qui contrôlent les institutions politiques, le
pouvoir ce sont les gouvernants : élus chef de l’État leader partisan, leader associatif,
ministres, mais aussi les hauts fonctionnaires qui rédigent les textes qui sont adoptés par le
parlement. On conçoit le pouvoir comme l’activité des élites politiques et administratives.
- Approche sociologique : On privilégie
une conception relationnelle du pouvoir, il est envisagé comme une relation entre des
individus et des groupes, entre acteurs sociaux, fondé sur la contrainte et sur la légitimité.
Envisage le pouvoir comme une relation asymétrique par laquelle un acteur social obtient des
autres acteurs des comportements qu’il n’aurait pas obtenus spontanément. Elle suppose une
dose de coercition.
Le pouvoir politique concerne des relations coercitives qui s’exercent au nom d’une conception du bien,
revient à une forme de gouvernement qui s’exerce dans le cadre d’un territoire sur une population donnée.
Suppose la mobilisation de ressources, la force physique, de persuasion, la capacité de distribuer des
avantages et le public surveille les choix faits. La question centrale : pourquoi les individus obéissent-ils au
pouvoir ? Pourquoi se conformer aux injonctions des gouvernants ? A quelles conditions un pouvoir est-il
perçu comme légitime ?
La légitimité est la reconnaissance accordée à celui qui exerce le pouvoir, on accepte comme naturel, juste,
que cet acteur donne des ordres et prescrive des comportements. Sans légitimité ou insuffisante, le pouvoir
est amené à utiliser la contrainte, il met en œuvre la force pour faire triompher sa volonté. Légitimité et
contrainte ne sont pas antinomique : à la fois légitimés pour commander mais celle-ci ne suffit pas et le
pouvoir est obligé d’utiliser la contrainte.
Section 1 : Pouvoir, domination et légitimité
Paragraphe 1 : Pouvoir de domination
Le pouvoir décrit une relation sociale qui permet de faire triompher la volonté de celui qui l’exerce : on ne
se préoccupe pas des ressources utilisées pour les résistances rencontrées, on donne la chance à un acteur
d’imposer sa volonté à un autre acteur. Max WEBER, définit le pouvoir comme « toute chance de faire
triompher au sein d’une relation sociale sa propre volonté même contre les résistances peu importe sur quoi
repose cette chance » : le commandement n’est pas obligatoirement légitime, la soumission peut être
arrachée sous la contrainte.
En revanche, la notion de domination de WEBER met l’accent sur les ressources mobilisables, sur les
contraintes subies, permet d’introduire la notion de consentement. Les dominés doivent accepter les
dominants, l’obéissance est fondée sur la reconnaissance du caractère légitime des ordres prescrits. La
notion de domination est inséparable de la légitimité, WEBER définit : « c’est la chance pour des ordres
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spécifiques de trouver l’obéissance de la part d’un groupe déterminé d’individus », les gouvernants
disposent d’injonction acceptées des gouvernés. La relation de pouvoir est acceptée par ceux qui subissent,
elle s’inscrit dans des cadres légitimes lui conférant une certaine stabilité. Pour être stable, il faut la volonté
d’obéir, un pouvoir qui ne repose que sur la contrainte, qui s’exerce contre la volonté d’autrui est un pouvoir
toujours précaire et menacé.
Paragraphe 2 : la légitimité de l’ordre politique
Un pouvoir est dit légitime quand il repose sur le consentement de ceux qui sont assujettis, la première force
c’est sa capacité à recueillir l’obéissance volontaire plus que sa capacité à contraindre. On qualifie de
légitime une domination quand elle semble justifiée, conforme aux valeurs dominantes dans la société. Le
pouvoir légitime c’est celui qui apparait comme une nécessité sociale. La légitimité est la condition de
stabilité de tout ordre social et politique. Pour perdurer l’ordre politique doit se fonder sur un minimum de
consentement : plus un pouvoir est légitime moins il est fragile. Plusieurs types de légitimité :
WEBER a établi cette typologie des dominations légitimes en s’interrogeant sur les fondements du pouvoir
politique :
- La domination traditionnelle
- La domination rationnelle légale
- La domination charismatique
A. La domination traditionnelle
Lorsqu’elle fonde son autorité sur l’obéissance à des coutumes, sanctionnées par leurs validités
immémoriales. Cette habitude dépend de la croyance en la valeur de la tradition, cette domination fonde sa
légitimité sur le caractère sacré et sur les règles issues du passé transmises et sont jugées intangibles car
elles sont immémoriales. Le souverain garde une marge de manœuvre quand il interprète les coutumes, le
détenteur du pouvoir est légitime car adéquation à son accession au pouvoir et aux traditions reconnues, les
gouvernés obéissent aux gouvernants car il incarne la tradition. Au fil des ans, les institutions sont naturelles
et suscitent des réflexes acquis d’obéissance, ils sont justifiés du seul fait de leur existence, le pouvoir fini
par paraître nécessaire, exemple : la société féodale, les monarchies d’ancien régime. Ce sont des régimes
qui pratiquent une forte personnalisation du pouvoir, les relations personnelles entre le seigneur et vassaux,
roi et sujets, prédominent. Le pouvoir n’est pas forcément organisé rationnellement et selon des critères de
compétences, le détenteur est contraint d’agir conformément aux coutumes et à la tradition. Il doit agir
conformément à l’idée que les dominés se font du dominant légitime.
B. La domination rationnelle légale
Elle repose « sur la croyance sur la légalité des règlements arrêtés et du droit de donner des directives quand
ceux sont appelées à exercés la domination par ses moyens », la légitimité et l‘obéissance volontaire
reposent sur la conformité à la loi des modes de désignation des dirigeants, des procédures de décisions,
l’exercice du pouvoir est fondé sur la compétence juridiques des agents. L’exercice du pouvoir est organisé
d’avance par des textes qui répartissent les compétences selon un principe hiérarchique, tout assujetti peut
identifier qui a dicté la règle et faire appel à l’autorité hiérarchique supérieure. Les gouvernés consentent à
un ordre légal, ce qui le rend légitime. L’exercice du pouvoir est organisé par règles écrites qui définissent
les droits et devoirs des gouvernants et gouvernés chacun se comporte rationnellement par rapport à un
objectif qui lui-même se définit comme rationnel : conformément au droit : toute transgression possible de
la loi menacerait le pouvoir. Les gouvernants ne sont tenus d’obéir que dans la limite des règles juridiques,
et obéissent à une procédure respectée parce que jugée rationnelle. Ils sont désignés par des processus
conformes à la loi : l’élection. Dans ce type de domination, le pouvoir est dépersonnalisé, en obéissant aux
gouvernants on obéit à des règles et des fonctions et non pas à des personnes. Les rôles politiques et définis
par des règles de droit ce qui conduit à une certaine juridicisation des rapports du pouvoir, la forme typique :
l’État de droit moderne. L’État dont la légitimité repose est qui se soumet lui-même aux règles de droit
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qu’il produit et qu’il juge universelles, c’est un État qui se soumet au contrôle d’institutions
juridictionnelles. La domination rationnelle légale caractérise la modernité politique le pouvoir est lié à la
fonction et non pas à la personne, ce sont des règles juridiques qui détermine le mode de désignation des
responsables et les modalités d’exercice du pouvoir, on la retrouve dans les régimes démocratiques
modernes, ils reposent sur la croyance, en la rationalité, en la légalité des décisions prises par l’ensemble
des autorités administratives et politiques, donc la Constitution. Dans ces régimes on obéit à des règles qui
définissent des fonctions.
C. La domination charismatique
Repose « sur la soumission aux caractères sacrés à la vertu héroïque ou à la valeur exemplaire d’une
personne », concrètement signifie, que ce sont les qualités extraordinaires du chef qui justifient sa position
de dirigeant aux yeux des gouvernés. La domination charismatique est fondée sur l’aura du dirigeant : elle
est liée à un individu et surtout dans la croyance de ses qualités, on obéit à un individu parce qu’on l’estime
hors du commun. Les gouvernés obéissent à un chef qu’ils jugent exemplaire sans égal. L’adhésion
populaire est d’ordre personnel et affectif : abandon consenti des gouvernés dans le chef. La domination est
fondée sur des affects comme l’amour de la grandeur, l’admiration. Elle correspond à des situations
transitions ou de crises, il s’agit d’un exercice du pouvoir par la séduction, la fascination, elle peut donner
naissance à une domination très profonde, ce type exige de la part du gouvernant un travail actif sur son
image et suppose un contexte historique qui rend la population plus effective, par exemple Mussolini et
Hitler dans un contexte totalitaire, ou de Gaulle dans un contexte démocratique. Le chef instaure un contact
direct avec le peuple, il arrive que le leader court-circuite certaines institutions, il peut s’imposer aux foules
par ses qualités de tribun et peut être un prophète sur des disciples fervents, ou un chef d’État plébiscitaire :
aucune coutume, aucune règles de droit ne résiste à la volonté du chef. Cette forme de légitimité est
beaucoup plus fragile, elle suppose la confirmation répétée des dons du chef, elle s’accommode mal des
échecs ou des retards dans la réalisation des projets du gouvernants, l’exercice quotidien du pouvoir expose
le chef à la routinisation de son charisme (WEBER), c’est pourquoi c’est une domination précaire, limitée
dans le temps, et disparait souvent avec le leader qu’elle incarne, de ce fait on retourne dans d’autres formes
de légitimités. La domination charismatique peut se combiner avec une domination traditionnelle c’est le
cas d’un monarque particulièrement vénéré ; peut aussi se combiner avec la domination rationnelle légale :
un chef de gouvernement démocratique doté d’une popularité exceptionnelle.
Ces 3 types de dominations sont des « types idéaux » : visent à restituer les traits les plus significatifs des
formes de domination, il n’existe pas forcément à l’État pur dans la réalité, il est rare qu’un régime
politique s’apparente de manière exhaustive à l’un des 3 types décrits, le plus souvent dans la réalité ces 3
types se combinent même si l’un d’entre eux domine en fonction des contextes.
- Comment l’empire napoléonien combine de manière inégale ces 3 types de légitimité : Il
combine le type charismatique qui semble dominant, la naissance d’une légende
napoléonienne, mais aussi des éléments rationnels légaux : a créé une administration
rationnelle centralisée, on a codifié le droit coutumier avec le code, mais au-delà de ces
éléments. On trouve aussi quelques éléments traditionnels : on a établi une noblesse
impériale, une société de cours, cela relève de la domination traditionnelle.
- Autre exemple : Le gaullisme : la légalité, le pouvoir procède du suffrage, équivalent d’une
domination rationnelle légale, mais on trouve aussi des éléments de type charismatique car
avec de Gaulle, le pouvoir procède de la confiance qui est personnelle et émotionnelle, et
c’est la composante dominante : il organise des consultations référendaires périodiques qui
lui permettent de tester la qualité du lien personnel qui l’unit aux Français, lorsqu’il est
rompu en 1969, il démissionne.
Le nouveau style des campagnes, les médias font que le fonctionnement des démocraties
contemporaines comportent une personnalisation du pouvoir rapproche d’un pouvoir charismatique.
Quel est l’intérêt de la typologie de WEBER ?
Intérêt double
- Montre l’importance de la monopolisation légitime par une autorité centrale d’une société.
Pourquoi les individus acceptent-il de se soumettre à la contrainte du pouvoir ? Soit parce
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que conforme à la tradition, soit impose contrainte dans un cadre légal et rationnel ou les
gouvernés acceptent la contrainte en raison des qualités de leurs dirigeants.
- La théorie révèle l’ambivalence propre à tout pouvoir politique. Pourquoi ? parce que il est
difficile de gouverner uniquement par la contrainte mais aucun système n’est à l’abri d’une
crise de légitimité, pour durer tout pouvoir est condamné à rechercher des soutiens. Toute
forme de pouvoir suppose une confiance accordée par la légitimité mais à tout moment des
processus de « délégitimation » peuvent ébranler tout régime politique jusqu’à la
transformation du régime soit à sa chute.
Mais :
- Analyse datée, qui ignore certaines spécificités de la démocratie : caractère inachevé et
perfectible
- Valorise à l’excès les procédés de légitimation et ignore certains aspects de la démocratie
comme la place de la protection des droits individuels.
4 observations :
- Aucun pouvoir ne peut reposer durablement sur la contrainte seule
- Aucun pouvoir ne peut se maintenir sans un minimum de légitimité
- La légitimité n’est jamais acquise une fois pour toute, fait l’objet d’un travail constant de
resourcement, d’accréditation. Dans les sociétés contemporaines, la science, l’expertise et
l’élection sont des sources de légitimation. Le recours à la communication politique devient
un levier de légitimation du pouvoir, exercer le pouvoir, c’est faire mais c’est aussi faire
savoir. Les dirigeants recherchent l’adhésion quotidienne des citoyens. Exemple : une
décision politique impopulaire présentée comme ayant fait l’objet d’une communication
insuffisante.
Un pouvoir légitime n’est pas sans violence, mais un pouvoir dont les gouvernés acceptent qu’il use de la
violence, de la contrainte compte tenu de la modalité de désignation de ses dirigeants et selon les formes de
son exercice.
Paragraphe 3 : les spécificités du pouvoir politique
Le pouvoir désigne la capacité d’imposer une volonté mais aussi la capacité de faire respecter un certain
nombre de règles avec moyens coercitifs.
L’autorité politique dispose du monopole de la coercition légitime sur l’ensemble du territoire. L’autorité
politique a vocation à agréger la constellation des intérêts qui s’affrontent sur un territoire à une époque
donnée, les détenteurs ont vocation à définir les prérogatives, les limites de tous les autres pouvoirs y
compris dans la sphère privées. Le pouvoir politique s’impose car il dispose d’une autorité reconnue qui lui
est conférée par le concept de légitimité, il peut recourir à des sanctions contre les récalcitrants, il
revendique le monopole de la contrainte qui est un attribut propre des gouvernants, c’est grâce à celui-ci que
les gouvernants se trouvent en mesure de faire respecter l’ensemble de leur décisions par la collectivité. Le
pouvoir politique se définit comme une mode de domination qui combine le contrôle de la coercition à des
types variés de légitimation. Le pouvoir est une relation entre acteurs sociaux et surtout sa spécificité dans
une société qui réside dans ce qu’il revendique le monopole de la coercition ce qui lui permet d’exercer sur
l’ensemble des membres de la collectivité sans exception. A la différence des autres pouvoirs, ses décisions
concernent l’ensemble de la société, il arbitre les affrontements entre les groupes et acteurs, il peut fixer les
limites de toutes les autres formes de pouvoirs.
Une dimension externe : sa détention absolue du droit de faire la guerre
Une dimension interne : sa détention absolue de contraindre les individus
Le pouvoir de l’État porte sur la définition de la vie collective et de ses valeurs qui unifient la communauté
politique, il dispose d’un pouvoir d’arbitrage et cherche à concilier des intérêts divergents et à pacifier les
tensions sociales.
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Section 2 : l’exercice du pouvoir politique
Les conceptions relatives aux rôles de l’État à l’étendue du pouvoir ont varié au fil du temps et selon les
doctrines politiques, on oppose traditionnellement les conceptions libérales et interventionnistes.
Libéral : méfiance à l’égard de l’État et lui assigne un rôle limité, notion de l’État gendarme.
Interventionnisme : l‘État est le creuset de la nation et un outil de développement économique : État
providence
L’analyse de l’exercice du pouvoir politique suppose l’étude de 3 questions :
- Quelle autonomie pour le politique ?
- Comment fonctionne un système politique ?
- Qu’est-ce que gouverner ?
Paragraphe 1 : Quelle autonomie pour le politique ?
Dans les sociétés modernes, constater la prééminence du pouvoir politique est normale, les gouvernants sont
dépositaires de la souveraineté, ils élaborent des lois auxquels les citoyens doivent obéir. Mais en pratique
les gouvernants ont des pressions auxquelles ils ne peuvent résister intégralement. L’analyse des
mécanismes décisionnels révèle que des relations complexes s’établissent entre responsables politiques,
fonctionnaires, experts, leader d’opinion. Le pouvoir politique est doublement dépendant à l’égard des
détenteurs du pouvoir économique et aussi à l’égard des leaders d’opinion.
Economique : oui parce que les détenteurs du pouvoir économique tirent leur pouvoir d’influence du fait des
moyens financiers qu’ils peuvent engager dans le pouvoir politique et sont garant de la prospérité, ils sont
sources de revenus fiscaux et distribuent des emplois
Leaders d’opinion : influence le pouvoir politique : intellectuels, journalistes, dirigeants syndicaux et
associatifs contribuent à façonner les représentations des citoyens qui se font de leur avenir, ils formulent
des attentes et exigences de la part des citoyens, ils expriment l’insatisfaction ou la confiance des gouvernés
dans leurs institutions.
Leur influence sur les acteurs politique est d’ampleur variable selon la conjoncture et de la nature des
décisions à prendre, donc pour résister à ces pressions, les acteurs politiques disposent de ressources :
- Le pouvoir normatif, l’usage de la contrainte
- L’administration publique
Dans les démos contemporaines le fonctionnement du pouvoir politique est complexe, les analyses sur
l’exercice du pouvoir démocratique insiste sur la diversité et l’autonomie des organisations qui cherchent à
influencer le pouvoir de l’extérieur ou à l’inspirer de l’intérieur : il est morcelé : conception pluraliste du
pouvoir. Lorsque des alliances stables se font sur la base de compromis et d’échanges mutuels d’avantages :
conception polyarchique.
Le modèle néo-corporatiste : pour insister sur la stabilité des alliances qui se constituent entre certaines
forces et sur l’existence d’une certaine congestion des affaires publiques ; la loi devient l’expression de
compromis recherchés passés entre instances politiques et partenaires sociaux qui sont des interlocuteurs
privilégiés des pouvoirs publiques : politique agricole ou par exemple politique de santé.
Aujourd’hui la sociologie politique insiste sur l’importance de la gestion en réseaux : c’est pourquoi, le
terme de gouvernance qualifie désormais certaines modalités de l’action publique.
Gouvernement : pouvoir centralisé, monopolisé par l’État dans le cadre national
Gouvernance : évoque une gestion en réseaux, un partenariat, un pouvoir qui n’agit non plus en imposant,
mais en utilisant les modalités contractuelles : l’État n’est plus un simple agent qui ordonne mais qui
recherche des partenariats et use de la voie contractuelle et pas seulement de la contrainte ; Coordination
d’acteurs de groupes sociaux pour atteindre des buts fixés qui ont étés définis collectivement, l’État ne
détient plus le monopole des affaires publiques, elles sont de plus en plus le résultat d’actions coordonnée
d’institutions qui agissent dans des cadres plus ouverts.
La marche de manœuvre des gouvernants : aujourd’hui n’est-elle pas en train de se restreindre sous l’effet
de multiples facteurs ? (innovations technologiques, la constitution de vastes espaces supra nationaux)
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Les acteurs rencontrent des difficultés pour maitriser ces évolutions économiques sociales et culturelles ce
qui contraint d’autant leur action.
Paragraphe 2 : comment fonctionne un système politique ?
Selon G BURDEAU :
Un régime politique « un ensemble de règles recettes ou pratiques selon lesquelles dans un pays donné les
hommes sont gouvernés » : le régime politique, c’est la forme de gouvernement qu’a un État à un moment
donné, la notion met l’accent sur l’agencement institutionnels des pouvoirs, elle rencontre des règles
d’organisations de pouvoirs publiques : mode de désignations, compétences respectives, agencement de
leurs rapports
Le système politique : prendre en compte l’exercice réel du pouvoir au-delà du simple aspect constitutionnel
de l’agencement des pouvoirs ; on inclut le régime des partis politiques, les médias, la socialisation politique
des individus, les partis politiques : vision du fonctionnement global de la société au-delà des mécanismes
institutionnels. L’analyse américaine, l’auteur David Easton, la politique « l’allocation autoritaire de
valeurs » : il définit le système politique comme l’ensemble des interactions par lesquelles s’effectue
l’allocation autoritaire des valeurs.
Le système politique est immergé dans un environnement qui l’influence et pour durer il doit être capable de
réagir à ces influences, ce qui amène Easton à analyser le double rapport entre le système politique et son
environnement. Il perçoit le système comme une boîte noire qui prélève des ressources sur son
environnement, et il assure des prestations il attribue des valeurs et fournit des biens.
Le système prélève des ressources : pour remplir ses missions, il doit avoir des moyens et s’assure la
coopération permanente d’individus pour contrôler l’application de ses décisions, pour recouvrir les frais de
son action publique. La capacité à se procurer dépend
- Niveau de prospérité de la société gérée
- La capacité extractive dépend du niveau de légitimité des gouvernants, les citoyens acceptent
les sacrifices que ce dernier leur impose
Mais il assure des prestations : les gouvernants ont intérêt à répondre aux exigences, le système politique
produit des décisions, des politique publiques, Easton : la capacité distributive du système politique, qui se
manifeste en apportant la sécurité au citoyens, en fournissant des prestations comme des équipements
publics, il offre aux membres de la société des avantages matériels et avantages symboliques : législations
sociales, commerciales ; cela contribue à la production de valeur qui réactive les soutiens et donc le lien
social. Toute l’analyse d’Easton consiste en ce que cette production de décisions de politiques publiques
rétroagit elle-même sur l’environnement qui produit de nouvelles exigences et donc de nouveaux soutiens.
Ces phénomènes de rétroaction soulignent la dimension dynamique des systèmes politiques.
Double critiques
- Excès d’abstraction, Easton considère la boîte noire, mais l’analyse ne dit pas ce qui se passe
dans la boîte noire, donc la position interne
- Reproche de son conservatisme : la capacité de persistance du système, et ce faisant il sous-
estime les phénomènes de conflits, de crises, de déclins.
Pourtant elle présente un intérêt : elle fournit un cadre général d’analyse qui permet des analyses
comparatistes. Il décrit un système en constant mouvement. Et fournit une démystification de la vie
politique en mettant un environnement global, pour lui ce n’est qu’un aspect d’une société plus large : c’est
une machine permettant de convertir des impulsions sociales en décisions et en actions politiques.
Paragraphe 3 : qu’est-ce que gouverner ?
Question à relier avec le métier politique.
Les modes d’actions des gouvernants sont très variés.
Ici, on ne retiendra que 2 aspects soulignés par Philippe Braud :
Les modes d’actions se font soit par négociations et confrontations, mais gouverner c’est aussi agir sur le
réel et agir sur les représentations du réel.
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L’État se caractérise par le monopole de la coercition légitime : monopole obligatoire de la loi, mais les
dirigeants politique ne procèdent pas que par injonctions, il y a aussi des négociations. Certaines
négociations sont organisées juridiquement (transactions pouvoirs publiques, organismes de concertations),
mais le travail politique renvoie aussi à des actions informelles, les gouvernants les font pour identifier les
problèmes à traiter pour obtenir du soutien, mesurer les résistances à leur politiques et déceler des pièges.
Mais parfois ils dirigeants recherchent la confrontation qui se traduit par des manifestations avec réactions
de violences débouchant sur la répression.
Gouverner c’est agir sur le réel mais aussi sur les représentations du réel : l’activité politique c’est aussi
déclaration d’intention, annonces, prises de positions : c’est communiquer. Le travail politique contribue à
façonner les représentations que les citoyens se font de leur avenir et conditions d’existence. Il faut
souligner que de lourdes contraintes encadrent l’activité des dirigeants politiques, c’est au moment des
campagnes électorales que le travail des représentations est intense, le discours politique permet de crée
l’illusion que les problèmes peuvent être maitrisés mêlant parole et action. Le travail de communication a
pris une place importante et l’essor à fait émerger de nouvelles catégories d’acteurs politiques : sondeurs,
analystes de l’opinion, développement des activités de coaching. La politique est un jeu triangulaire
complexe en dirigeants, médias et citoyens, Echanges entre monde journalistique et monde politique sont de
plus en plus fréquents : les journalistes entrés en politique sont de plus en plus nombreux.
Chapitre 2 : Les formes du pouvoir politique
Cela revient à étudier l’organisation du pouvoir politique au sein des États, le système politique est constitué
aux éléments relatifs au fonctionnement du pouvoir et éléments institutionnels. Les critères permettant de
distinguer :
- Nombre de dirigeants
- Procédure de désignations des gouvernants
- Degré de séparation entre les composantes du pouvoir
- Types de relation entre gouvernants et gouvernés
C’est comprendre les relations entre les caractéristiques constitutionnelles, politiques et sociales. Le système
politique renvoie à un principe de légitimité aux institutions aux systèmes de partis à la forme et au rôle de
l’État. C’est de savoir comme un État est gouverné. Il faut prendre en compte 3 types d’éléments
- Organes prévus et constitués pour exercer le pouvoir
- Les rapports entre les pouvoirs
- La pratique et la vie politique grâce à l’analyse des forces politiques, à l’idéologie du régime,
et à l’analyse des mœurs et traditions politiques
L’aspect purement institutionnel ne suffit pas.
Il existe une multitude de classification des régimes politiques,
- Le nombre des partis politiques (parti unique, bipartisme, multi-partisans)
- Participation du peuple au pouvoir (démocratie direct, représentative, semi-directe)
- Idéologie (régime démocratique et non démo)
- Rapports entre les pouvoirs (typologies par rapport à séparation des pouvoirs)
Finalement les théoriciens anciens adoptaient un point de vue moral en insistant sur la quête du meilleur
régime possible, qui refusent tout jugement de valeur er insistent sur l’ordonnancement différencié des
pouvoirs exécutifs et législatifs. Les formes contemporaines varient d’un État à l’autre, la distinction : quelle
est la source du pouvoir ? Quel est le degré du consensus concerné ?
Y’a-t-il ou non compétition légale ouverte et loyale autour du pouvoir de l’État ?
Distinction entre organisation démocratie et autoritaire du pouvoir, mais le XXème a vu naître un mode
gouvernement particulier : le totalitarisme. La démocratie : élément important de participation populaire en
manifestant son désaccord avec le pouvoir en place :
- on parle de démocratie pluraliste pour qualifier un mode de gouvernement sur libre
compétition des candidats et partis pour libre représentation du peuple,
- au contraire le régime autoritaire : monopole du pouvoir par des groupes qui contrôlent la
liberté de paroles, et renvoient à une forme qui interdit l’expression publique d’un désaccord
ou d’une opposition.
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- Le totalitarisme : la toute-puissance d’un parti unique visant à faire disparaître toute forme de
résistances, il exige l’adhésion active de chacun à une idéologie unique. Toutes les
protections juridiques et institutionnelles sont remises en cause au profit du leader et
organisation dirigeante.
Section 1 : les systèmes démocratiques
Mis en place à partir de la fin du 17ème GB, USA, FR : démocraties libérales qui se construisent contre
l’absolutisme de l’ancien régime, elles s’établissent sur des principes fondés sur la philosophie libérale :
préservation d’une sphère d’autonomie des individus contre les ingérences du pouvoir. La démocratie
suppose un fort élément de participation populaire : la volonté des gouvernés est imposée comme source du
pouvoir, on disjoint pouvoir et opinion, l’égalité fondamentale entre les hommes, garantie des libertés
publiques, mise en œuvre de conditions d’expression des désaccords politiques mais aussi
l’institutionnalisation d’un régime de libertés publiques (opinion, presse, expression, réunion).
La démocratie est un idéal, et les régimes s’efforcent de se rapprocher de cet idéal, elle est souvent
perfectible.
- Condition de la démocratie.
- Démocratie représentative
- Evolution de la démocratie contemporaine
- Les transformations de la démocratie française
Paragraphe 1 : les conditions de la démocratie
Selon Dahl (politiste américain) : « l’ensemble des régimes politiques qui incarnent à travers l’histoire le
même idéal politique de la participation éclairée du plus grand nombre aux affaires de la cité ». Il en résulte
que pour être qualifiée de démocratie un système politique doit remplir 3 conditions :
- Participation du peuple : le peuple intervient soit directement soit par l’intermédiaire de ses
représentants
- Le pluralisme politique, multipartisme : partis en libre compétition, mais aussi les médias
libres et indépendants
- L’alternance au pouvoir : la démocratie suppose que le gouvernement ne soit pas accaparé de
façon continue par une seule force politique ou une seule coalition politique
Deux conditions fondamentales indissociables :
- L’approfondissement de l’État de droit : un régime dans lequel y’a un système juridique
étendu et stable garanti par une justice indépendante et aussi la protection des libertés
individuelles
- La stabilité de la loi et la protection des citoyens à l’égard de toute forme d’oppression à
commencer par celle que pourrait exercer l’État
La démocratie : tout en assurant la S du peuple, protège des droits fondamentaux, l’EDD est devenu un
élément de la démocratie. Rousseau « démocratie continue » : le pouvoir des citoyens ne se limite pas à
l’élection, mais de s’exprimer de façon continue dès lors possibilité d’un recours en justice, mais aussi le
pouvoir des juges constitutionnels. Certains auteurs libéraux, comme John RAWLS, R DWORKIN, la
démocratie est désormais perçue comme un régime assurant le respect des droits de l’individu, leur
coexistence pacifique qui constitue une garantie du pluralisme.
Paragraphe 2 : La démocratie représentative
B. MANIN, a dégagé 4 principes qui à ses yeux depuis la fin du 18ème identifient et structure le
gouvernement représentatif
- Les gouvernants sont élus par les gouvernés à intervalles réguliers ce qui permet un contrôle
des électeurs sur les gouvernants, d’exercer un « vote-sanction » et suppose aussi que le
mandat est limité dans le temps
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- Les gouvernants conservent une marge d’appréciation et d’indépendance par rapport aux
gouvernés qui les ont élus, dans une démocratie représentative, l’élu agit pour le bien
commun, l’intérêt général et ce de la façon la plus juste même s’il ne satisfait pas la volonté
de tout le monde
- Les gouvernés conservent la possibilité de se faire entendre sur les sujets politiques en dehors
de la voix de leurs représentants
- Dans une DR la décision collective procède de la discussion et de la délibération, en théorie,
les décisions gouvernementales sont discutées devant la représentation parlementaire pour
éviter l’arbitraire grâce aux idées émises lors des débats, même si aujourd’hui c’est fortement
encadré par les partis politiques.
Ils permettent de la différencier des autres types de régimes, la mise en œuvre de ces principes à varier selon
les époques, le gouvernement représentatif est une forme mouvante susceptible de transformations
importantes. Manin souligne les transformations et y identifie 3 étapes :
- La démocratie des notables : au 19ème au moment de l’âge d’or du parlementarisme, l’opinion
est représentée par des députés disposant d’une marge d’autonomie importante même s’ils
entretiennent des liens étroits avec représentants. Mais se trouve supplantée par la démocratie
des partis politique : opinion filtrée et médiatisée par les partis, la liberté de l’électeur est
encadrée à travers leur fonction programmatique. Cette démocratie est supplantée par la
« démocratie du public », liée au déclin des identifications partisanes, à l’emprise des
sondages à l’irruption des médias sur la scène politique. On parle aussi de « démocratie
d’opinion »
Conséquences :
- plus de lieu unique attribué aux politiques, le débat se déroule au sein des parlements, associations,
médias forum, pas de lieu attribué
- opposition entre assemblées représentatives et associations citoyennes est remise en cause : articulation
acteurs du jeu politique comme diaboliser les sondages d’opinion
- on assiste au déclin des organisations politique traditionnelle comme les syndicats, le développement des
moyens de comm’ facilite l’émergence de citoyens plus informés et se forgent une compétence politique, se
construisent eux-mêmes et plus critiques et se traduit par une certaine volatilité électorale. Les électeurs
échappent aux consignes des organisations politiques traditionnelles.
On assiste à une évolution qui reste démocratie de représentation, mais s’ajoute désormais une dimension
« interpellation ».
Paragraphe 3 : Des évolutions de la démocratie contemporaine
Le principe de la représentation suscite une double crainte :
- La dépossession des gouvernés par leurs représentants
- Distance trop grande séparant les représentants des représentés
Dépossession : Rousseau a vivement critiqué la démocratie parlementaire, considère qu’en désignant des
représentants, le peuple abdique sa S et renonce à sa liberté, les intérêts des élus ne coïncident pas forcément
avec ceux des électeurs.
Distance : Les élus représentent-ils la diversité de leurs électeurs ? Question de la représentativité des élus.
Les sources de distorsion sont multiples : le poids démographique des circonscriptions, risque de
manipulation du découpage électoral, le scrutin majoritaire tend à bipolariser le paysage politique et à
écraser les opinions minoritaires = les représentés s’estiment parfois éloignés de leurs représentants.
La démocratie représentative a des limites :
- Coupure croissante entre gouvernés et gouvernants
- Désaffection des affaires publiques
Ces craintes (anti parlementaristes), conduisent à chercher de nouvelles modalités de fonctionnement de la
démo. Depuis la fin des 1980’s, des analyses soulignent ces insuffisances, les limites du fait majoritaire,
inconvénient de la professionnalisation de la politique et limites de la compétence des experts.
Manifestations :
- Défiance croissante des citoyens
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- Discrédit du personnel politique jugé inefficace ou corrompu
- Augmentation de l’abstention et du vote blanc
- Montée des votesprotestataires
- Multiplication des alternances
- Et sentiment d’une moindre efficacité de l’action politique
La crise boulangiste, des 30’s, le poujadisme, dénonçaient les insuffisances du RR ; médias et acteurs
politiques développent un discours pour tenter de relégitimer la démocratie représentative, en développant
des formes de démocratie plus participatives, il s’agit de revitaliser en accordant un rôle et des pouvoirs
nouveaux aux citoyens. En France on a parlé de « démocratie de proximité » dès 2000, dans loi adoptée en
2002, on a créé des conseils de quartiers pour rapprocher élus des administrés, mais c’est surtout autour des
notions de « démocratie délibérative » et « participative »
Démocratie participative :
Notion issus de la nouvelle gauche amé dès 1960’s, des auteurs proches des républicains, le point de départ
c’est une critique de la représentation comme délégation, avec la représentation il y a une aliénation de la
souveraineté pour y remédier ils prônent la participation des citoyens à tous les niveaux de la société. Idée
sous-jacente, c’est que l’association des citoyens à l’élaboration des décisions publiques présenterait 3
avantages :
- Favoriser la transparence de l’action publique
- Améliorer la qualité des débats publics
- Permettre d’anticiper et de désamorcer certains conflits
Se traduit par mise en place de procédures de délibérations, de consultations dans la production de
politiques publiques, ce qui suppose la liberté de participation au débat, publique et ouverte à tous.
Diverses expériences dans le monde :
- Budget participation de porto Allègre au brésil en 89 : les citoyens associés aux décisions
budgétaires à quoi financer, puis élu des délégués et négociations avec l’administration
municipale
- Referendum locaux
- Les jurys citoyens (Poitou-Charentes)
- Enquêtes d’utilités publiques, forums internet
La DR : suppose transfert de compétences du peuple à des représentants, la démocratie directe suppose des
votations populaires, la démocratie participative suppose d’associer des citoyens ordinaires à la discussion
des affaires publiques, c’est l’idée de mieux gérer « gérer plus près et avec », elle ne s’oppose pas à la
représentation, c’est une forme complémentaire de partage des décisions, elle conserve l’importance de l’élu
mais associe plus directement les citoyens. Mais l’élu garde le pouvoir, elle se développe surtout au niveau
local à l’échelle du quartier.
La gestion locale est perçue comme un lieu de participation comme une échelle pertinente de réconciliation
La démocratie délibérative :
Inspirée par RAWLS et par HABERMAS : la société est démocratique quand les décisions sont prises par
délibérations publiques de tous ses membres. Elle suppose la création d’espaces d’échanges pour ouvrir le
débat aux citoyens dans ce modèle, la décision légitime elle résulte de la délibération de tous. La critique ne
repose pas que sur la représentation, mais porte sur la conception agrégative, pas une simple addition des
votes.
La délibération cesse d’être l’activité des seuls représentants, elle devient l’affaire des citoyens ordinaires, le
rôle des représentants : traduire en mesures concrètes des propositions émergeant des forums des citoyens.
Cela traduit une certaine méfiance à l’égard des experts. Elle permet le pluralisme, confrontation des idées
qui ferait émerger une opinion impartiale, détachée de tout intérêt publique et d’éviter le gouvernement
arbitraire. Pour ces partisans, cette idée permet de dépasser les tensions, de sélectionner les arguments et
donc de prendre des décisions acceptées par tous.
Ces formes de démocratie apparaissent comme le prolongement des procédures démocratiques
professionnelles « la démocratie s’est assurément étendue mais il est au mieux incertain qu’elle ce soit
approfondie ».
Remarques:
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- Ces modèles délibératifs ou participatifs relèvent d’une conception particulière de l’État, plus
perçue comme étant d’imposer un projet à la société, avec cette théorie son rôle se limite à
protéger la liberté des individus et à mettre en place de mettre des procédures aux citoyens
pour s’impliquer dans la vie collective
- Ces analyses confirment le caractère fragile des constructions démocratiques, la démocratie
est un idéal, forme de gouvernement toujours perfectible d’où l’importance d’une culture
démocratique soutenant les dispositifs institutionnels démocratiques.
Paragraphe 4 : les transformations de la démocratie française
Les partis politiques exercent une emprise croissante sur la compétition électorale, phénomène pas sans
conséquences sur le fonctionnement de la démocratie française, on peut recenser 4 évolutions décisives
- La nationalisation des arènes électorales
- Intensification de la compétition électorale
- La personnalisation du pouvoir
- Collectivisation de la vie politique
La nationalisation :
On observe une unification au niveau national des consultations électorales, on a tendance à retrouver les
mêmes clivages, alliances, thèmes de campagne (local et national). Ce sont les enjeux nationaux qui
structurent les campagnes locales, les alliances décidées au niveau central se perpétuent au niveau local : on
observe la même bipolarisation de la vie politique.
Intensification des campagnes :
Résulte de la multiplication des candidatures, écarts plus serrées plus difficile d’être élu au premier tour ou
réélu, le coût des campagnes augmente car marketing électoral et moyen de communication : le travail
politique est de plus en plus professionnalisé, le travail politique est de plus en plus professionnalisé.
La personnalisation du pouvoir :
Le poids de l’élection présidentielle, l’influence des médias (TV) dans vie politique, conduisent à privilégier
un nombre réduit de personnalités politiques. Un petit nombre de dirigeants et de personnalités occupent
une place importante dans médias. Les acteurs entretiennent ce phénomène, pour bénéficier d’un capital de
notoriété, mais aussi place croissante des médias dans la vie politiques qui ont tendance à appauvrir les
discours politiques. Les petits candidats s’affichent avec des personnalités afin de bénéficier de leur capital
de notoriété.
La collectivisation de la vie politique :
Aujourd’hui il est devenu quasiment impossible de se faire élire sans le concours d’un parti politique, on
assiste à la disparition d’un entrepreneur individuel au profit d’organisations politiques, ce qui implique
solidarités et disciplines partisanes. Les débats parlementaires perdent de leur intérêt, renforce la
subordination du parlement au gouvernement.
Citoyens mieux informés et plus critiques, le respect et la confiance déclinent, les mouvements
protestataires de développent, la démocratie condamnée ? Non, si on s’efforce à améliorer la participation
en aménageant des mécanismes de Démocratie représentative en redéfinissant le découpage électoral,
corriger le mode de scrutin pour réduire le fossé entre pays légal et pays réel, admettre le vote blanc comme
vote à part entière et faire travailler ensemble les sensibilités politique de la nation. Mais aussi procédure
directes : usages du referendum, introduire des referendums d’initiatives populaires (mais France réticente
en raison du souvenir des plébiscites de napoléon).
De nombreux systèmes politiques ne connaissant pas la compétition ouverte, pluraliste organisée à
échéances régulières pour la conquête du pouvoir : les dictatures. Régimes différents du fait de leurs
structures institutionnelles, fonctionnements, du type de légitimité qu’ils revendiquent.
LINZ, dans son ouvrage, propose d’établir une typologie des dictatures sur 3 critères :
- Le caractère plus ou moins moniste du pouvoir politique
- La mobilisation politique de la population
- La place de l’idéologie dans le régime
Avec ces 3 critères LINZ distingue 2 types de régimes non démocratie :
- Les régimes autoritaires
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- Les régimes totalitaires
Les régimes autoritaires se caractérisent par un pluralisme limité : plusieurs groupements participent avec
plus ou moins d’autonomie à l’exercice du pouvoir.
Ils ne reposent pas sur des systèmes de valeurs, sur un projet idéologique structuré : ils se contentent de
l’indifférence de la population, ils encouragent une certaine « dépolitisation » ils acceptent l’apathie de la
population.
Selon LINZ, ils se caractérisent par le monisme politique : un seul groupement exerce le pouvoir politique,
dans un régime totalitaire la mobilisation autour de ces valeurs et objectifs importe, il exige la conversion
des individus à l’idéologie.
Section 2 : Les systèmes non démocratiques
Les régimes autoritaires sont plus nombreux dans le monde que les démos : 90 démocraties pour 195 États
reconnus par l’ONU. Les systèmes autoritaires, pas démo, pas pluralisme et s’imposent par la force mais le
20ème a vu naître une forme particulière les systèmes totalitaires, qui a la différence des autoritaires, font
disparaitre tous clivages entre État et société. Toute analyse conduit à opposer la diversité des régimes
autoritaires à l’unité des systèmes totalitaires :
Paragraphe 1 : Diversité et hétérogénéité des régimes autoritaires
Catégorie intermédiaire entre les démos pluralistes et les systèmes totalitaires. L’étude des autoritaires,
triple analyses : critère d’identification, dresser une typologie et conditions d’émergence.
A. Critères d’identification
Selon Guy HERMET, les régimes autoritaires ont 3 caractères :
- Rapports entre gouvernants et gouvernés reposent sur la force et non la persuasion
- Les gouvernants usent de la force pour réduire l‘expression et développement d’une
opposition politique
- La compétition pour le pouvoir est masquée, échappe à la volonté formelle des gouvernés
Peuvent soit supprimer les élections, soit tolérer un pluralisme de façade en maintenant un système
d’élections truquées avec compétition de partis tolérés par le pouvoir.
Les élections ne sont qu’une apparence démocratique visant à légitimer le système de l’extérieur, visant à
assurer une apparence d’unanimité et indifférence des masses. Ils acceptent souvent le maintien d’une
certaine expression politique limitée aux secteurs qui correspondent avec l’orientation des dirigeants. LINZ
met ça en lumière avec l’Espagne franquiste.
Ce pluralisme est doublement limité car c’est le pouvoir central qui autorise aux groupements d’intervenir
politiquement, qui définit les limites de ses actions, on accepte ces groupements que s’ils ne remettent pas
en cause les responsables et les fondements du régime.
Notion de pluralisme limité permet de distinguer :
Système totalitaire : règne du parti unique sur toutes les institutions et toutes les prises de décisions
Régime autoritaire : droits de l’homme non respectées, libertés d’expressions d’associations, d’opinions
sont restreintes, les pouvoirs exécutif législatif et judiciaires ne sont pas indépendants, exercés sans contrôle,
les médias censurés, les forces armées et police ont un grand rôle.
L’autoritarisme implique le recours à la coercition voire même à la violence, pour empêcher la contestation
du régime et de ses dirigeants (Pinochet avec le Chili, et Franco en Espagne), répression contre les
opposants ciblée même si parfois élimination de groupes sociaux entiers.
Les régimes autoritaires : faiblesse de mobilisations et d’idéologie politiques, le travail d’imprégnation
idéologique de la population est moins intense que dans les systèmes totalitaires, il arrive même qu’ils
encouragent la dépolitisation. Nationalisme, anti-impérialisme, respect des traditions, justice sociale. N’ont
pas pour vocation la transformation des structures sociales, certains se réclament d’une idéologie
conservatrice (Amérique latine dans 1970’s), en revanche certains prônent une idéologie progressiste
(Cambodge, Venezuela de Chavez). En dépit de leurs différences, ils ont tous un point commun : la
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tendance à l’abus d’autorité, le gouvernement fonctionne plus à la force qu’au compromis, plus à
l’injonction qu’à la persuasion bien souvent on assiste à un certain relâchement de la répression mais cela ne
conduit pas toujours à la transition démocratique.
B. Typologie des autoritarismes
- Autoritarisme patrimonial
- Bonapartisme
- Régimes populistes
Autoritarisme patrimonial =
Pour qualifier des modèles où les dirigeants conçoivent les biens collectifs comme les leurs, le
souverain distribue postes, matériels dont il dispose librement, régime dirigé par homme et famille soutenus
par grandes familles, on parle de patrimonial quand des clans se succèdent aux pouvoirs et quand ils gèrent
l’État come leur propriété (Amérique latine au 19ème)
Bonapartisme =
WEBER « dictature libérale » : régime à exécutif fort, bénéficiant d’un soutien populaire, obtenu
dans les urnes, parfois transitoires entre oligarchie et système démo. Quand l’adhésion au chef est fondée
sur le consensus populaire, chef charismatique est un arbitre au-dessus des groupes sociaux, il joue un rôle
dans la modernisation économique, s’appuie sur des élites capitalistes modernistes. Parti indépendant des
classes en conflit, l’armée devient un instrument d’ascension sociale. (Bismarck)
Régimes populistes =
Visent la ferveur populaire pour asseoir l’autorité d’un chef charismatique qui se présente comme porte-
parole, défenseur du peuple. Peu de doctrine savamment construite, le populisme exalte le sens vrai du
peuple contre le cynisme, la dépravation des élites. Succès en mobilisant certains segments de la classe
moyenne (Venezuela d’Hugo Chavez)
C. Naissance des régimes autoritaires
Sont le produit d’un certain État de rapports sociaux et des pratiques de certains dirigeants, la mise en place
des régimes autoritaires peut résulter soit de facteurs culturels, soit de facteurs économiques soit de facteurs
conjoncturels.
Facteurs culturels : absence de tradition démocratie égalitaire et représentative
Facteurs économiques : industrialisation tardive, le sous-développement, forte dépendance de l’extérieure
Facteurs conjoncturels, historiques : stratégie personnelle de responsables politiques.
Ils peuvent aussi résulter de la fragilisation et chute des démocraties, soit parce qu’un gouvernement
démocratie a révélé son impuissance face à un problème de société grave (coup d’État), soit de la
coexistence de plusieurs nationalités dans un État de revendications et donc déstabilisation démocratique.
Linz va plus loin, il évoque aussi « processus de pertes de substances de processus démocratique » :
facteurs : instabilité gouvernementales, montée des votes extrémistes, fragmentation du paysage politique.
Quel que soit leur forme, origine, les régimes autoritaires présentent 3 différences avec totalitaires :
- Autoritaire : pas de projet idéologique s’imposant à la société civile, elle n’est pas forcément
soumise à une vérité unique
- Niveau de la répression : autoritaire moins imprévisible, moins généralisée que totalitaire.
Elle ne touche que des popu ciblées en raison de leur potentiel contestataire.
- Autoritarisme « implique une limitation de la liberté mais jamais l’abolition de celle-ci »,
isoler l’État face à la société pour le rendre imperméable aux demandes déstabilisatrices.
Soit un parti unique, mais le plus souvent un multipartisme contrôler dans régime autoritaires ou même
l’absence de partis politiques.
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Paragraphe 2 : L’unité des systèmes totalitaires
Le concept de totalitarisme a été forgé pendant l’entre-deux guerres, est employé en Italie en mai 1923 par
un opposant au fascisme, il comporte d’abord une signification péjorative et constitue un instrument de lutte
politique mais dès 1925 les théoriciens du fascisme lui attribue une connotation positive, Mussolini se
réclame « d’une farouche volonté totalitaire » appelée à délivrer la société des oppositions et des conflits
d’intérêts. Carl Schmitt emploie ce terme pour mettre en lumière la crise du libéralisme et exprimer la
nécessité d’une politique plus autoritaire.
Etymologiquement : système tendant à la totalité, à l’unité, ce concept de totalitarisme qualifie un système
dans lequel l’État concentre tous les pouvoirs et intervient de manière autoritaire, dans lequel l’État prend le
contrôle de tous les secteurs de la société, il devient total. Tente de s’immiscer jusque dans la sphère intime
de la pensée, qui impose à tout le monde l’adhésion à une idéologie obligatoire sinon sont considérés
comme ennemis de la communauté. Ils désignent des expériences au 20ème dans un nombre limité de pays :
l’URSS stalinienne et l’Allemagne nazie.
La description du totalitarisme a suscité de nombreux débats dans l’après-guerre. Hannah Arendt présente la
première analyse du totalitarisme comme régime politique spécifique. Elle analyse ce système, en publiant
un ouvrage livrant une explication de l’apparition historique du totalitarisme. Selon Arendt, le totalitarisme
repose sur une domination absolue des masses atomisées, fragilisées par la crise économique des 30’s, et
qui sont indifférentes aux promesses démocratiques. Cette domination s’effectue grâce à un nouveau type
d’encadrement des populations. Un parti unique qui dédouble toute l’administration et pénètre en
profondeur la société civile. Le totalitarisme repose sur la terreur dont le camp de concentration constitue
l’institution centrale.
A. Logiques et fondements des systèmes totalitaires
Le totalitarisme repose sur la mobilisation de la population par le biais d’un parti unique et autour d’une
idéologie.
Mobilisation très encadrée, génère l’émergence d’un dispositif de contrôle très étroit des individus, l’État
contrôle tous les aspects de l’existence sociale. Suppose la mise en place d’un système institutionnel
spécifique qui repose sur 6 traits essentiels :
- Idéologie imposée à tous
- Parti unique contrôlant l’appareil d’État et dirigé par chef charismatique
- Un appareil policier recourant à la terreur
- Une direction centrale de l’économie
- Un monopole des moyens de communications de masses
- Un monopole des forces armées
- Idéologie officielle couvrant tous les aspects de la vie sociale : les T recherchent l’adhésion
active et sans réserve de leurs projets idéologiques, pour produire « un homme nouveau »
dont les ambitions et les désirs sont ceux de l’État : remodeler la personne humaine dans une
perspective de bien unique et collectif, dissoudre la société préexistante dans l’État tout
puissant. Variable : marxiste pour idéologie communiste, perspective universaliste
d’émancipation et de progrès social. Le nazisme, nation allemande ressuscité par médiation
d’un chef charismatique. Système tjrs organisée autour de la mise en œuvre d’un projet ou
toute la société y participe, tout désaccord tend à être criminalisé.
- Un parti unique contrôle l’ensemble des instances nationales et locales, organisation suprême
supérieure hiérarchiquement et numériquement aux autre organisations avec comme
fonctions : encadre la population et la mobilise autour de l’idéologie que régime, assure
l’éducation des masses et célèbre le culte du chef, joue un rôle nouveau dans la formation de
cet homme nouveau et les militants du parti unique doivent incarner cet homme nouveau et
sélectionner et former la nouvelle élite ce qui explique la place importante aux organisations
de jeunesses. La personnalisation du pouvoir est très forte, le chef élimine tous ses
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concurrents ne tolère que des fidèles aux postes de responsabilité et pour éviter la
constitution de centres politiques autonomes, il s’entoure d’individus sans notoriété et lui
doivent tout.
- Le recours à la violence policière et à la propagande pour s’assurer à l’obéissance de la
population, le T pratique un contrôle social intense, toute résistance, toute dissidence sont
repérées et sanctionnée grâce à un dispositif de contrôle des individus et de leurs activités,
l’organisation d’une résistance durable est impossible. La diffusion de la nouvelle idéologie
suppose la mobilisation de la population le système encourage la délation politique qui est
érigée en véritable devoir citoyen
- Un appareil policier recourant à la terreur, le T génère l’hypertrophie des appareils répressifs,
la population tend à entrer dans la catégorie des suspects potentiels, puissants appareils de
répression qui servent à enfermer les opposants, les dissidents, les personnalités non
conformes, camp de concentration qui élimine les individus nuisibles, spécificité radicale du
nazisme = sa politique de génocide menée contre les juifs et d’autres catégories comme les
tziganes.
- Pour de nombreux auteurs la terreur fonde le fondement du T (Hannah Arendt).Met en œuvre
une planification et organisation bureaucratique des activités économique, mais la notion de
T a fait l’objet de controverses.
B. Critiques du totalitarisme
La définition même du concept de totalitarisme, Arendt, en adopte une définition stricte (URSS et nazisme)
mais définition trop stricte. L’Iran de 79 à 89 ou Cambodge de 75 à 79
Certains auteurs ont une définition plus large, car régimes qui ne pratiquent pas forcément la terreur comme
le pense Linz. Ce qui lui permet d’inclure le fascisme italien ce que refuse Hannah Arendt. Mais si on
adopte une approche plus souple de la catégorie, on risque de la banaliser de méconnaître la singularité des
situations hitlérienne et stalinienne
On reproche des objectifs plus politiques, on refusait l’assimilation de l’URSS à l’Allemagne nazi, usage
politique différent.
Pertinence de la comparaison de ces deux systèmes, Anna Arendt, réunit dans le concept de T, la Russie, le
nazisme allemand et veut aussi introduire l’Italie, pourtant grosse différence entre fascisme Italie né de la
rencontre de courant de la gauche révolutionnaire, par rapport à l’Allemagne. Deux interprétations
différentes du nationalisme et les deux régimes accordent une place très différente à l’antisémitisme (Italie
ne connait pas, que à partir de 1938 et amorce une politique de discrimination) alors que allemand procède
de l’antisémitisme comme base.
En dépit de ces controverses, le concept de demeure utile, parce que il a le mérite d’éviter la
dilution, c’est un système sans précédent, il abolit les frontières entre l’État et la société civile, use
d’une terreur sans précédent, obéit à une idéologie implacable.
Partie 2 : les acteurs politiques
Individus et groupes qui animent le jeu démocratique.
Chapitre 1 : les partis politiques
Sens commun : ensemble d’hommes organisés pour promouvoir des idées communes et conquérir le
pouvoir.
Souvent décriés : Tocqueville → « les PP sont un mal inhérent au gouvernement libre ».
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Pourtant, ils jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement de la démocratie : ils sont les acteurs
collectifs centraux de la démocratie pluraliste. Ils détiennent le monopole de l’offre électorale par
l’investiture qu’ils accordent aux candidats, et structurent cette offre ainsi que l’opinion via leur programme.
Ils participent aussi à la désignation des gouvernants : ils encadrent l’activité de tous les acteurs politiques.
Apparus dans leur forme moderne avec le régime représentatif du XIXème siècle. Ils ont pris leur forme
actuelle avec l’élargissement du suffrage. Point de passage obligé dans la compétition électorale, ils sont
parfois perçus comme vecteurs de l’intérêt privé, et on les accuse d’entretenir des divisions au sein de la
société.
Leur activité est focalisée sur les échéances électorales : ils tirent leur légitimité de leur potentiel de voix, de
leur nombre d’élus. Ils ont pour ambition la mobilisation. Ils cherchent à s’imposer comme représentatifs
d’une population, ou porteurs d’un projet de société. Ils doivent donc travailler à faire partager la justesse de
leur vue, et convaincre de la valeur de leur programme et de leurs objectifs. Dans les régimes pluralistes, ils
entrent en concurrence les uns avec les autres. MAIS ils ne sont pas les seuls groupes animant la vie
démocratique : les syndicats, les associations, les groupes d’intérêt… Parfois, d’ailleurs, les PP utilisent ces
autres organisations comme relais de leurs idées.
L’action des PP est orientée vers l’accès aux institutions politiques. Leur but est de conquérir, d’exercer le
pouvoir (seul ou en coalition). Pour y parvenir, comme BRAUD le souligne, ils se comportent comme
« machines électorales », « arènes de débat » mais aussi « agents de socialisation ». L’étude de la classe, du
personnel politique, distingue la strate dirigeante (l’ensemble des personnels qui assurent la direction
politique et administrative du système) et la strate partisane (ceux qui assurent l’animation et la direction de
la compétition politique). Certes, ces strates ne sont pas étanches. Mais leurs tâches sont différentes, et
conduisent à cette différenciation.
Les partis politiques sont des organisations au sein desquelles se nouent des relations sociales particulières.
En effet, au sein des partis, il y a plusieurs catégories d’acteurs : les adhérents simples (qui ne font que
cotiser), les militants (agissent pour diffuser les actions du parti), les permanents (salariés du parti) et les
élus. Tous ces individus ne jouent pas le même jeu au sein des partis. Au sein de ces différentes
communautés, on observe des relations d’amitié, mais aussi des relations de rivalité. Tous ces réseaux
partagent en principe des croyances communes, mais dans chaque parti, on observe des logiques d’intérêts
et des stratégies personnelles.
Cette étude doit adopter une triple démarche :
- Analyser l’originalité du phénomène partisan : identifier les caractères qui distinguent les partis
politiques des autres formes d’organisations politiques
- Inventorier les systèmes de partis politiques
- Aperçu du paysage politique français depuis l’alternance de 2012
Section 1 : le phénomène partisan
4 questions :
- Quels critères distinguent les partis politiques des autres organisations politiques ?
- Comment les PP modernes sont-ils nés ?
- A quoi les PP servent-ils ?
- Quels sont les différents types de PP ?
Paragraphe 1 : la notion de PP
Une définition fondée sur des éléments précis permet de distinguer les PP des autres organisations qui
animent la vie politique. Les auteurs s’accordent pour admettre que la définition du PP moderne repose sur
la réunion de 4 critères :
- La continuité de l’organisation
- Une organisation complète jusqu’au niveau local inclus
- La volonté d’exercer le pouvoir
- La recherche d’un soutien populaire spécialement par le canal des élections
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A. La continuité de l’organisation
PP est une organisation dont l’espérance de vie est supérieure à celle de ses dirigeants en place.
Critère important, en ce qu’il permet de distinguer le parti des clientèles, factions, cliques qui
disparaissent avec leurs fondateurs et leurs animateurs. Par exemple, le boulangisme n’a pas
survécu. Mais un parti peut être fondé par un chef charismatique, et parvenir à
s’institutionnaliser (survivre à ce chef) : par exemple, le mouvement gaulliste a survécu à De
Gaulle.
B. Une organisation complète jusqu’au niveau local inclus
Organisation pyramidale du sommet de l’État au niveau local. Cela permet de distinguer le PP
d’un simple groupe parlementaire (qui n’existe qu’au niveau national, parlementaire, sans aucune
relation complète avec des unités de bases au niveau local), ou de simples organisations organisées à
d’autres échelons (les mouvements régionaux au niveau régional).
C. La volonté d’exercer le pouvoir
Distinguer le PP du groupe d’intérêt. L’objectif du PP est d’exercer le pouvoir, seul ou au sein
d’une coalition. Il veut obtenir des sièges au Parlement et participer au gouvernement : même
les PP révolutionnaires le veulent, quitte à renverser le système en place.
En revanche, les groupes de pression cherchent à faire pression sur les pouvoirs en place, agir dessus
tout en lui demeurant extérieur.
Les PP ont un projet de société, et luttent pour des conceptions de la société globale. Or, les
groupes de pression agissent pour la défense de domaines particuliers.
D. La recherche d’un soutien populaire grâce aux élections
Distinction PP et club politique : les clubs sont des laboratoires d’idées, qui ne participent pas à la
vie parlementaire, en principe, de simples instances de réflexions associant politiques et experts.
Mais la frontière est mince, et des clubs peuvent être tentés par l’action politique directe et devenir
un parti. Par exemple, le Congrès d’Epinay, réuni par Mitterrand en 1971 pour créer le parti
socialiste à partir notamment de la Convention des Institutions Républicaines. De même, un groupe
de pression peut s’allier et fusionner à un parti (Parti Travailliste anglais est l’émanation de syndicats
anglais).
Le PP est une organisation durable agencée du niveau national jusqu’au niveau local, visant à
conquérir et exercer le pouvoir, et recherchant à cette fin le soutien populaire.
Même s’ils partagent ces quatre critères, leur organisation, les idées qu’ils défendent, leur stratégie, la nature
même de leur électorat fait que les partis restent très divers et différents.
Paragraphe 2 : l’origine des partis politiques
(Au sens moderne)
Les partis politiques sont une réalité relativement récente : ils sont apparus dans le courant du XIXème
siècle. L’élargissement du suffrage se traduisit par la transformation de mouvements peu structurés en
organisations durables pour conquérir le pouvoir : des organisations dont la durée de vie est indépendante
des conjonctures politiques et des destins personnels. L’émergence des PP modernes est étroitement liée à
l’institution du suffrage universel comme mode de désignation des gouvernants. Ainsi, dans Le savant et le
politique, WEBER écrit que « les partis politiques sont les enfants de la démocratie, du suffrage universel,
de la nécessité de recruter et d’organiser les masses. »
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En effet, en Angleterre, le PP moderne apparait avec la réforme électorale de 1832 et l’organisation locale, à
l’initiative des libéraux, organisation de société chargée d’inscrire les électeurs sur les listes au niveau local.
De même, aux États-Unis, en 1830, les PP s’organisent en créant de puissantes bases locales appuyées sur
de larges couches populaires. En France, la transformation des cliques parlementaires et des clubs politiques
est très liée à la révolution de 1848. Maurice DUVERGER a essayé d’analyser ce phénomène de l’origine
des partis politiques, et fait une distinction entre les PP de création électorale, et les PP de création
extérieure, dans un ouvrage (Les partis politiques, 1951).
Dans l’ensemble, les PP ont une origine électorale et parlementaire. Ils naissent et se développent avec la
démocratie, avec l’extension des prérogatives des parlements, avec l’extension du droit de suffrage. Plus
les Parlements obtiennent de pouvoirs, plus les assemblées voient leur rôle s’accroitre, plus la volonté des
élus est de se réunir pour agir en commun : de là naissent les groupes parlementaires. Mais parallèlement,
plus le droit de vote s’étend, plus il faut canaliser les suffrages, d’où la naissance des comités électoraux
locaux en Angleterre (voir plus haut), chargés de patronner les candidats et de soutenir les campagnes
électorales. Les premiers PP modernes se créent lorsqu’une coordination permanente, lorsque des liens
réguliers s’établissent entre ces « deux cellules mères » : les groupes parlementaires et les comités
électoraux locaux.
Historiquement, la plupart des PP modernes sont nés de la promotion des Parlements, et de l’extension du
droit de suffrage. Cette évolution est très nette en Grande-Bretagne, avec les réformes du droit de suffrage
en 1832, 1867, et 1885. Mais DUVERGER constate qu’un certain nombre de partis ont une création
extérieure : leur création ne résulte pas de l’initiative du personnel politique, mais de groupes extérieurs
au champ politique. Ces groupes cherchent à se doter d’un instrument qui pourra représenter leurs intérêts
au sein des assemblées parlementaires. Ces partis sont établis par une institution préexistante, dont l’activité
propre se situe en-dehors des Parlements. Ainsi les syndicats anglais ont donné naissance au parti
travailliste, certaines sociétés de pensées ont donné naissance au Parti radical en France et aux Partis
Libéraux en Europe, certains groupements agrariens ont donné naissance aux partis agrariens en
Scandinavie, les démocrates-chrétiens découlent des églises et organisations religieuses, les associations
d’anciens combattants ont donné naissance au Parti Fasciste italien.
L’origine des PP marque leur organisation : au sein des PP de création électorale et parlementaire, le rôle
des dirigeants est important. Ce sont des organisations plutôt souples, où les élus et groupes
parlementaires ont un rôle important.
Les PP de création extérieure ont une conception plus centralisée : ils pratiquent une discipline plus forte.
En leur sein, les dirigeants internes ont plus de poids que les élus, et on observe généralement un peu de
détachement, voire même une certain défiance à l’égard du jeu parlementaire.
L’origine des partis retentit sur la vie interne de ces partis.
Ce modèle correspond assez aux démocraties occidentales, mais beaucoup moins aux États récemment
indépendants ou en voie de développement. En Afrique, il y a très peu de partis d’origine parlementaire : ils
naissent en général en même temps que l’État. L’apparition des partis suppose un certain développement
économique, social et culturel.
Paragraphe 3 : les fonctions des PP
Fonctions diverses, dont les contenus et l’orientation dépendent de plusieurs facteurs. Pour étudier ces
fonctions, il faut s’interroger d’abord sur l’environnement social et politique (démocratie ou régime
autoritaire ? Nation industrialisée ou pays à faible niveau de développement ? Société consensuelle ou
traversée par de graves clivages ?) Tout cela influence les fonctions des partis politiques. Ensuite, il faut
étudier les caractéristiques propres à chaque parti : il y a de fortes différences entre un parti dominant et
des partis régionalistes sans élus, entre un gros et un petit parti, entre un parti de telle ou telle idéologie et un
autre, entre les projets politiques de PP différents (protestataires, parfois, uniquement).
Mais tous cherchent à maximiser leur représentativité, à participer au pouvoir, avec une efficacité
inégale. Il convient d’envisager deux questions : ce que font les partis politiques, et ce qu’on peut faire d’un
PP (envisager ses fonctions sociales).
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A. Les fonctions politiques
1. Mobiliser des soutiens pour affronter les batailles électorales
Ils cherchent à accumuler des ressources collectives pour permettre l’élection d’individus peu ou pas
dotés de ressources économiques et financières ou d’une assistance militante nécessaire. Le PP offre
l’utilisation de son système au candidat.
2. Présenter des candidats aux élections
Ce faisant, les partis participent à la fonction du recrutement politique (malgré certains vices
oligarchiques inhérents à cela). Ils assurent une formation politique aux militants et candidats, et
recherchent de nouveaux talents : en France, les militants et citoyens jouent un rôle de plus en important.
Par exemple, les primaires utilisées par les partis pour désigner les candidats à leurs élections : deux types
d’élections → les primaires fermées, et les primaires ouvertes, où l’ensemble des citoyens peut participer au
scrutin. En 2012, le PS et le PRG ont utilisé un système de primaires ouvertes.
L’élection de 2012 connait en l’utilisation de ces primaires un trait essentiel : on répond à une demande
démocratique, ce ne sont plus les responsables partisans qui décident. Ces primaires semblent un
phénomène irréversible, dans la mesure où elles deviennent un instrument de démocratie. Elles ont un
double-intérêt : on légitime le candidat investi, et on réduit les risques de dissidences.
3. Encadrer les élus parlementaires
Troisième mission : encadrement parlementaire des élus. Les PP servent, via les militants, de relais entre
élus et électeurs. Ils expliquent aux électeurs les activités parlementaires de l’élu, défendent ses décisions,
mais informent dans le même temps l’élu des réactions, des attentes et des besoins des électeurs. Au sein
des assemblées, les groupes parlementaires réunissent les élus d’un même parti, leur assurant une assistance
technique et une certaine concertation. Problème : la discipline de vote. Certains partis imposent une
discipline de vote à leurs membres : discipline rigide (partis de masse, partis de gauche, et certains partis de
cadres, comme le parti gaulliste). D’autres, non : discipline souple.
4. Elaborer des programmes politiques (fonction programmatique)
Quatrième mission : l’élaboration de programmes politiques. Ce faisant, les PP contribuent à la
formation des opinions. Ils facilitent le choix des électeurs, structurent le vote, influencent et orientent
l’opinion grâce aux débats qu’ils provoquent. En informant et en formant l’opinion, les PP créent et
maintiennent une conscience politique. Cette fonction programmatique se fait lors de débats internes au
sein des congrès et instances dirigeantes (la base militante peut se prononcer sur la ligne directrice du
parti), au sein des instances parlementaires (majorité/opposition), et sur la scène médiatique (médias
écrits, émissions de télé…). A travers ces débats, les PP sont censés prendre en charge les attentes de la
société : soit elles font formulées de façon claire, soit les PP prennent en compte des insatisfactions, des
espérances non formulées auxquelles ils vont donner un contenu explicite. Ils vont mener un travail de
terrain, pour écouter, rassembler, rationnaliser les doléances. Les partis idéologiques accordent une place
importante à la doctrine et aux références théoriques. Mais tous les acteurs n’ont pas le même niveau de
préoccupation doctrinale : les dirigeants sont souples, en ce qu’ils sont amenés à distinguer, concilier
maintien doctrinal sur le long-terme et le compromis tactique sur le court terme, que les théoriciens et
intellectuels du partis. Les adhérents et sympathisants se réunissent sur des connotations approximatives :
leur idéologie est plus vague, mais ils sont les plus fidèles, soudés par des symboliques communes.
Le programme du parti, catalogue de propositions concrètes, se veut être un contrat, un engagement vis-
à-vis des électeurs, mais les conditions d’exercice du pouvoir sont telles qu’il est rare de voir le
programme intégralement mis en œuvre. Mais la discussion et l’adoption d’un programme ont pour tout
parti politique des effets symboliques importants : d’abord, faire un programme, c’est avoir une visée
certificative, on veut convaincre l’opinion du sérieux avec lequel s’envisage le parti quand il accèdera le
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pouvoir, c’est un engagement devant le peuple. Mais le programme est légitimé : on convainc l’opinion du
sérieux des objectifs du parti en faisant appel à des experts. De plus, c’est avoir une visée pédagogique : les
militants approuvent le programme, en assimilent les orientations et font connaitre le projet de société
émis par le parti. Enfin, c’est avoir une visée stratégique : chaque parti du programme cherche à séduire
un segment de l’opinion en reprenant les attentes et les propositions de cette population particulières. Le
programme de tout parti politique a un aspect catalogue, catalogue de mesures sectorielles pour séduire
telle ou telle parti de l’électorat.
Mais à côté de ces fonctions politiques, les PP ont aussi des fonctions sociales.
B. Les fonctions sociales
Georges LAVAU, le premier, a évoqué cette fonction tribunitienne : il a montré que certains partis
intègrent des citoyens à l’espace politique. Le Parti communiste, en intégrant les groupes sociaux les plus
défavorisés dans la société, remplit cette fonction : il représente, défend les plébéiens contre un système
qu’il combat, comme les tribuns romains. Indirectement, il renforce le système en lui permettant de
fonctionner avec des plébéiens et en détournant leur revendication plus limitée. Un parti révolutionnaire,
un parti antisystème contribuerait à légitimer partiellement le système en intégrant certaines revendications.
Mais ils agissent aussi en tant qu’agents de socialisation : les programmes et doctrines véhiculent des
messages qui servent de référence aux électeurs et sympathisants. Ce faisant, les PP remplissent une
mission de consolidation de certaines identités collectives. Ce sont aussi des milieux de sociabilité pour
leurs membres.
Un sociologue américain, Robert MERTON, distingue entre ce qu’il appelle les fonctions latentes et les
fonctions manifestes : en sociologie, les fonctions manifestes renvoient aux conséquences objectives
comprises et voulues par les acteurs, tandis que les fonctions latentes renvoient aux conséquences ni
comprises, ni voulues par les acteurs. Pour MERTON, les fonctions manifestes des PP se retrouvent dans
leur rôle fondamental dans la compétition politique, leur fonction programmatique facilitant le choix des
électeurs, leur fonction d’animation du débat politique hors périodes électorales avec une visibilité de
l’opinion publiques, sélectionne le personnel politique des dirigeants (les PP occupent une construction
important dans toutes les carrières politiques) et la fonction d’encadrement des élus.
La fonction latente, c’est la fonction d’intégration sociale : les partis politiques relaient les demandes de
groupes sociaux plus ou moins isolés dans la société, ils permettent la participation des individus qu’ils
mobilisent, ce sont des lieux de socialisation, qui offrent parfois une certaine mobilité sociale. Ainsi, aux
États-Unis, certains PP proposent une assistance économique aux citoyens : ce sont des interfaces entre
agents économiques, pouvoirs publics et électeurs.
Paragraphe 4 : typologies des partis politiques
Concerne les partis politiques des sociétés pluralistes.
Traditionnellement, deux critères : on distinguait les PP selon leur volume (petits et grands partis), ou leur
idéologie (droite ou gauche).
Mais DUVERGER a renouvelé, dans son ouvrage de 1951, la question de la typologie des PP en proposant
une analyse structurelle. Il établit sa classification des partis à partir des caractères de leur structure
interne. Mais cette typologie est datée, et ne rend pas compte de l’évolution contemporaine de la plupart
des organisations partisanes, parfois mixtes. D’où, à la suite de DUVERGER, l’apparition de nouvelles
classifications établies par Jean CHARLOT et Otto KIRCHHEIMER, et plus récemment, les typologies
établies par KLATZ et Peter MAIR. Il y a donc trois séries de typologie.
A. La prédominance du critère structurel
Dans son ouvrage Les Partis politiques, DUVERGER établit pour la première fois en France une typologie
fondée sur la structure générale des partis, ce qui l’amène à faire une distinction aujourd’hui classique
entre partis de cadres, et partis de masses.
Les partis de cadres, historiquement, constituent la première forme de partis modernes. Leur naissance et
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leur essor se situent aux prémices de la démocratie, à l’époque du suffrage universel restreint. Il s’agit de
partis de notables. Le recrutement de foules d’adhérents n’est pas un objectif majeur, au contraire : ils
veulent réunir des notables représentants des élites sociales. Ce sont des hommes du terroir qui veulent
traduire leur prestige, leur notoriété en confiance politique. Leur prestige leur assure le suffrage électoral ;
leur fortune leur permet de financer les campagnes. Les cadres et les militants sont exclus de cela.
Décentralisés, peu organisés, ce sont des confédérations souples de comités locaux. L’unité de base, c’est
le comité électoral. Le comité de circonscription jouit d’une large autonomie, et les liens entre ces deux-là
sont faibles et irréguliers. Le groupe parlementaire jouit d’une prééminence sur cet appareil partisan peu
développé : les partis sont souples, sans vraie discipline de vote, et les partis de cadres sont peu actifs en
dehors des périodes électorales. Souvent, ils sont faiblement idéologisés. Ils sont guidés par des attitudes
pragmatiques, et ne visent qu’à étendre leur capital électoral. Ce type de parti prédomine dans les partis
d’obédience conservatrice (ex : Parti Radical en France, fondé en 1901). Aux États-Unis, il n’y a QUE des
partis de cadres. Mais ce sont des partis souples, n’imposant pas de discipline de vote à leurs élus au
Congrès, qui ont dû s’adapter, via le système d’élections primaires, et d’encadrement précis qui maintient
un lien étroit entre le parti et les électeurs, en leur fournissant un certain nombre de services.
A l’inverse, on trouve les partis de masse : ils sont nés avec l’universalisation du suffrage. En obtenant le
droit de vote, le peuple souhaite élire des candidats issus de ses rangs et traduisant ses aspirations. C’est
pourquoi apparaissent des partis d’un type nouveau : des partis qui recrutent massivement, qui se fixent
pour objectif l’éducation politique des masses et la formation de nouvelles élites. La formule du parti de
masse est inventée par les gouvernements socialistes, à la fin du XIXème, avant d’être copiée par les partis
communistes, fascistes et certains partis démocrates-chrétiens. La multiplication des partis de masse
correspond à l’élargissement de la démocratie, qui s’ouvre à l’ensemble de la population. Le conflit
conservateurs/libéraux s’estompe et est remplacé par un nouveau conflit, capitalistes/socialistes, opposant
partis de cadre / partis de masse.
Les partis de masse ont des caractéristiques inverses des partis de cadre : ce sont des partis de militants,
orientés vers le recrutement massif de membres, car il produit des cotisations versées périodiquement dans
les caisses du parti, ce qui permet un financement des campagnes. Mais l’encadrement de centaines de
milliers d’adhérents, le recouvrement des cotisations connait une organisation rigide, bien plus que celle
des partis de cadre : les partis de masse sont fortement hiérarchisés, organisés, ce qui fait naitre de
nouveaux rôles politiques. Des permanents apparaissent, qui sont des cadres rétribués par le parti et
affectés au fonctionnement du parti. Cela génère une cristallisation d’une collectivité militante, ensemble
important d’adhérents, avec une autre activité professionnelle, mais qui consacrent du temps au parti. Ces
partis sont fondés sur une culture de participation exigeante de leurs dirigeants : les adhérents sont très
loyaux. Selon DUVERGER, ce sont les partis communistes, ou socio-démocrates.
Mais certains auteurs récusent cette classification.
B. L’insuffisance du critère structurel
Bien avant DUVERGER, certains auteurs critiquent toute idée de distinguer les PP selon leurs modalités
d’organisation. Dès 1911, dans un ouvrage, Roberto MICHELS met en lumière la nature
fondamentalement oligarchique des partis politiques. A ses yeux, la distinction selon l’idéologie, ou selon
l’organisation, est accessoire. Dans son ouvrage, il montre que si les partis politiques contribuent au
fonctionnement de la démocratie, ils ne pratiquent pas en leur sein la démocratie. Il étudie l’organisation
et le fonctionnement du parti social-démocrate allemand, le SPD. De cette observation, il tire ce qu’on
appelle sa « loi d’airain de l’oligarchie » : « qui dit organisation, dit tendance à l’oligarchie ». La thèse
défendu par MICHELS est la suivante : les masses sont nécessairement gouvernées par une minorité,
minorité qui s’impose à elles, y compris dans les organisations réputées démocratiques, comme les partis
socialistes ou les syndicats ouvriers. Dans toute organisation se forme une organisation professionnelle qui
s’impose à la masse. Les dirigeants tendent à s’imposer aux adhérents, formant un cercle plus ou moins
fermé, et conservent le pouvoir. Cette situation résulte de la tendance des dirigeants à renforcer leur
autorité, et de l’inertie des masses, toujours promptes à s’en remettre à une minorité de professionnels de
l’action publique. Son analyse reste, aujourd’hui, très pertinente : en France, par exemple, les dirigeants des
PP restent assez longtemps en place, parce qu’ils le souhaitent et qu’on le leur permet. Quels que soient le
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statut affiché, dans tout parti ayant une importance, on observe des phénomènes oligarchiques avec un
cercle étroit de dirigeants.
Mais les critiques de la politique de DUVERGER entre partis de cadre et partis de masse se sont élevées
plus proches de nous. Généralement, on adresse deux types de reproches à la classification de
DUVERGER :
- Elle ne permet pas d’intégrer ou de caractériser clairement des formes partisantes mixtes ou
complexes : certains partis ne rentrent pas dans la classification partis de cadres/masses.
o Certains partis, comme les partis américains ou le parti conservateur britannique, sont des
partis de cadres qui ont des caractéristiques de partis de masse
o D’autres partis de masse deviennent des partis de cadres (SFIO avant 1911)
o Certains partis ne sont ni de masse, ni de cadre : comme le parti gaulliste.
- L’analyse porte exclusivement sur les structures partisanes, et ne prend pas en compte les
mutations du phénomène partisan observé dans les sociétés développées.
o DUVERGER réduit le système partisan à un choix entre diverses structures d’organisations.
L’analyse de DUVERGER reposait sur la valorisation du parti de masse, organisation complexe adaptée
à l’ère industrielle, et sur un déclin inéluctable des partis de cadre. Or, l’évolution a été différente de ce
qu’imaginait DUVERGER en 1951. Au contraire, on a insisté à un triple mouvement : le déclin et
l’évolution des partis de masse, le maintien des partis de cadre, et l’inauguration d’un nouveau type
de parti (identifié par CHARLOT et KIRCHHEIMER).
- Le maintien des partis de cadres : ils correspondaient à un type de suffrage censitaire, ou à une
période de début de suffrage censitaire. Mais la réalité fut toute autre : ils ont su se moderniser, et
se sont maintenus dans les sociétés post-industrielles : les partis américains, les partis de droite en
France, les partis libéraux, les partis conservateurs…
- L’évolution des partis de masse : condamnés à un déclin relatif s’ils ne modifient pas leur
caractère originaire. En effet, l’évolution des conditions socio-économiques leur est
défavorable. La clientèle des partis de masse voit son sort amélioré, et son attitude politique change.
La conscience idéologique diminue donc. De là, soit le parti de masse décide, comme la plupart des
partis socio-démocrates l’ont fait, d’évoluer (Bad Godesberg, 1959, renonciation du SPD au
marxisme ; le parti travailliste anglais s’est converti au pragmatisme idéologique de Wilson), soit ils
déclineront. De partis d’encadrement, les partis de masse sont devenus des partis de gestion.
- Certains ont donné naissance à un nouveau type partisan, dégagé en 1966 par KIRCHHEIMER :
il souligne la mutation du fait partisan dans les sociétés avancées. En effet, l’expansion
économique gomme les disparités et les antagonismes de classe. La société devient plus
consensuelle, l’irruption des médias favorise la personnalisation du pouvoir, et donc la
dépolitisation. Le déclin des idéologies a un effet sur la nature même des partis de masse, au profit
de nouvelles formes de partis, qui ne sont plus des partis de classe en ce qu’ils recrutent dans tous les
secteurs de la société : il les qualifie de « partis de rassemblement », en anglais « catch all
parties ». Cette analyse est reprise par Jean CHARLOT, qui étudie le mouvement gaulliste. En
1970, CHARLOT publie un ouvrage, Le phénomène gaulliste. Il montre que l’UNR, mouvement
gaulliste de l’époque, n’est pas un parti de masse : il ne s’organise pas autour de la mobilisation
intense de ses militants. Mais ce n’est pas non plus un parti de cadres : il ne s’appuie pas sur un
réseau de notable. C’est plutôt une organisation fortement centralisée et disciplinée, attachée à son
chef charismatique, même disparu, et tourné avant tout vers ses électeurs. C’est pourquoi
CHARLOT ajoute une troisième catégorie au modèle de DUVERGER : il propose la trilogie
suivante → partie de notables, partis de militants, partis d’électeurs. Ces derniers seraient des
mouvements interclasses, tournés tout entiers vers l’électorat. Ils sont modelés pour et par la
compétition électorale et politique moderne. Ils souhaitent, pour devenir ou demeurer des partis de
gouvernement, attirer un maximum de suffrage. Pour cela, trois critères :
o Electorat diversifié : l’objectif n’est pas d’avoir des militants, ni de recruter des notables,
mais de recueillir la majorité absolue des suffrages. C’est élargir, diversifier leur électorat. Le
parti attrape-tout veut cesser d’être un parti de classe pour devenir un parti national, dans
lequel la plus grande partie de l’électorat se reconnait. Il ratisse large, et noue des relations
avec le plus grand nombre de groupes d’intérêts.
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o Programme d’agrégation : il faut éviter toute intransigeance idéologique. Il faut se garder
de tout dogmatisme, de tout sectarisme. Il ne s’agit pas de rebuter des électeurs potentiels en
adoptant des positions idéologiques trop tranchées. Ils réalisent donc des programmes
d’agrégation, de synthèse, qui s’efforcent d’homogénéiser les diverses demandes des
groupes et individus.
o Direction extravertie : le parti est fait d’abord pour ses électeurs. Les élus sont les
dirigeants, car issus du corps électoral, plutôt qu’aux représentants des adhérents. Ils les
supplantent, car au contact de l’électorat, donc peuvent traduire leurs aspirations.
L’exacerbation du pouvoir transforme les partis en machines puissantes centralisées, toutes entières
tournées vers la conquête de majorités électorales. On les retrouve en GB, France, Autriche.
En France, le phénomène partisan, c’est la coexistence durable de partis très divers. On assiste à la
transformation des partis traditionnels. Il est aisé de passer d’un parti de cadre à un parti attrape-
tout : ces deux-là se ressemblent beaucoup, notamment en ce que les deux privilégient la fonction
électorale, sans idéologie très précise. Mais il est plus difficile pour un parti de masse de se transformer en
parti attrape-tout. En effet, le parti de masse développe une doctrine rigoureuse, organisation rigide et
direction émanant de la base qui gouverne le parti. Tout l’inverse du parti attrape-tout, mais passage
obligatoire pour les partis de masse, s’ils veulent survivre à l’évolution économique et culturelle du
paysage politique.
D’autres auteurs ont souligné l’évolution des PP depuis des années 90 : c’est le cas de Richard KATZ et
Peter MAIR, qui ont développé la notion de « parti-cartel ». Ceux deux auteurs soulignent
l’affaiblissement des liens entre partis et société. Simultanément, ils observent que parallèlement à ce
mouvement, les liens entre partis et État se renforcent. Ce renforcement se manifeste par l’établissement
de financement public, par la professionnalisation du mode de fonctionnement des partis politiques, par la
transformation de partis politique en partis de gouvernement. Cette notion de parti cartel a été forgée pour
analyser la tendance des partis de gouvernement, qui sont surtout aujourd’hui des agences d’État,
financées par des crédits publics. Ils n’ont plus besoin de recruter des adhérents : ce sont des agences qui
forment et sélectionnent des professionnels de la politique, des courtiers entre la société de l’État. L’État les
finance, les soutient. Les partis dominants, qui ont vocation à exercer le pouvoir politique, s’allient pour
former un cartel, une entente mutuelle pour se répartir fonctions et financements, donc ils ont un accès
privilégié aux médias.
En conséquence, la compétition électorale est limitée par ce phénomène, ce qui provoque une réaction
anticartel, qui serait, selon KATZ et MAIR, à l’origine de l’émergence de partis d’extrême-droite en
Europe.
Mais cette théorie du parti cartel ne fait pas l’unanimité. D’autres politistes soulignent que, contrairement à
ce que disent KATZ et MAIR, l’encrage social des partis politiques n’a pas disparu. Le contingentement de
la compétition électorale de ces PP n’est pas totalement démontré. Le seul élément intéressant dans cette
théorie, c’est qu’elle insiste sur la professionnalisation des PP : c’est un fait avéré dans les démocraties
contemporaines. Les grands partis se caractérisent par un nombre réduit de militants bénévoles, qui a
vocation à rassembler un maximum de financement. Les PP sont des machines organisées pour la
compétition électorale. Souvent, les activités sont confiées à des spécialistes rémunérées (en période
électorale, professionnels de la communication, du marketing, agences publicitaires…). Conséquences sur
l’offre idéologique qui se diversifie, pour conquérir un électorat suffisamment diversifié. Ces nouvelles
analyses ont le mérite de souligner la transformation progressive des partis occidentaux en entreprises
politiques, résolues à rassembler le maximum de ressources pour contrôler l’exercice du pouvoir politique.
Divers types de partis ont été identifiés. Mais cet effort de classification n’est pas sans inconvénient. On
cherche à identifier des organisations, mais celles-ci ne sont pas figées, et sont sujettes à évolution. Ces
typologies ne sont pas sans limites, car elles essayent de figer une réalité pourtant mouvante.
Il faut désormais analyser les relations inter-partisanes.
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Section 2 : les systèmes de partis
Quand on analyse les systèmes de partis, une question se pose : la concurrence est-elle libre sur le marché
politique ?
Réponse variable selon les pays. D’où la distinction entre systèmes compétitifs, et systèmes non compétitifs.
Paragraphe 1 : les systèmes compétitifs
Marché politique plus ou moins ouvert selon la configuration du système de partis. On distingue 3
situations : les systèmes multipartistes, bipartisans et à parti dominant.
A. Le multipartisme
Plusieurs partis occupent l’espace aux élections (locales ou nationales, dans les médias etc…). Condition de
la vie démocratique.
Les facteurs qui l’expliquent sont de plusieurs natures.
D’abord, des facteurs sociaux : XIXème siècle marqué par duel entre partis conservateurs et libéraux. Donc
un conflit de classe entre aristocratie foncière et bourgeoisie industrielle. Mais le développement de
l’industrie et du prolétariat a engendré une nouvelle forme politico-sociale, qui s’organise : le socialisme.
Deuxième nature ; idéologique et religieux. A nettement contribué à la multiplication des partis européens.
La scission entre les partis communistes et partis socialistes (qui n’ont pas voulu adhérer à la IIIème
Internationale). Au XXème, à la fin, nouvelle pensée politique arrive sur la scène : les partis écologiques.
Troisième nature : historiques et nationaux. Dans plusieurs pays, se sont ajouté aux conflits évoqués des
clivages particuliers. Chaque nation trouve dans son histoire un particularisme qui génère dans divisions
supplémentaires, multipliant le nombre de partis. Ainsi de la France du XIXème, et de la droite éclatant
entre bonapartistes, légitimistes et orléanistes, de l’Europe du Nord et de ses partis paysans. Dans d’autres
pays, des groupes nationaux spécifiques, nationalistes pour revendiquer leur indépendance, comme au
Royaume-Uni.
Enfin, les facteurs institutionnels : systèmes électoraux ont favorisé cette multiplication des partis.
DUVERGER, en 1946, soulignait cela avec 3 lois :
- La représentation proportionnelle conduit à un système multiple et indépendant
- Scrutin majoritaire à deux tours conduit à un système de partis multiples et interdépendants
- Scrutin majoritaire à un tour → bipartisme : joue comme retardateur (barrage à l’apparition d’un
système nouveau) et accélérateur à la fois (si un parti en supplante un autre, le système fera que
le déclin du second sera plus rapide).
Mais ce sont des lois tendancielles : leur portée doit être limitée. L’influence du mode de scrutin n’est pas
isolée ou automatique. Elles indiquent une orientation probable, mais qui peut être modifiée par
l’intervention d’autres facteurs. Enfin, il ne prend pas en compte la taille dans circonscriptions et les
règlementations qui entourent et fixent les conditions de l’élection : plus la circonscription est grande, plus
les suffrages s’éparpillent.
Mais quelles sont les conséquences du multipartisme ? 3 inconvénients :
- Convient mal à l’agrégation des intérêts : chaque parti tend à devenir le porte-parole d’une
catégorie particulière, et se contente de transmettre tel quel les exigences exprimées par sa propre
clientèle
- La médiatisation des choix : l’électeur ne décide pas directement de son destin, et s’en remet à
des médiateurs qui, en fonction des compromis et coalitions, agiront de telle ou telle manière
(c’est la « démocratie médiatisée ») : les gouvernements ne sont pas issus du choix des électeurs,
mais des accords entre États- majors partisans.
- Absence d’une majorité parlementaire stable et cohérente, capable de soutenir fidèlement et
durablement un gouvernement. Les majorités de coalition qui en émergent se font et se défont
périodiquement, ce qui engendre l’instabilité gouvernementale.
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Cette situation de multipartisme se trouve parfois tempérée : ces inconvénients se trouvent atténués si le
multipartisme est tempéré par l’existence d’alliances stables et cohérentes.
Si deux grandes coalitions se forment, on parle de bipolarisation : la vie politique se structure au cours de
l’affrontement entre deux tendances différentes. Elle se structure en général autour du clivage gauche/droite,
mais ce clivage n’est pas une garantie du bipartisme. Le scrutin uninominal à deux tours favorise la
bipolarisation. Ainsi, dans le XXème siècle, le PC et le PS ont noué des alliances, tout comme le centre et la
droite.
L’existence d’une bipolarisation suppose la solidité des alliances, et surtout : une certaine discipline au sein
des alliances. C’est une situation intermédiaire entre le multipartisme et le bipartisme.
B. Les systèmes bipartisans
Il s’agit alors d’un modèle politique dans lequel le système des partis est composé principalement de deux
partis politiques. Chaque parti gouverne à tour de rôle en fonction des échéances électorales. En principe, un
parti obtient la majorité des voix. Mais ce n’est pas toujours le cas. Dans le système bipartisan, deux partis
alternent au pouvoir de manière régulière. Encouragé par scrutin majoritaire à un tour, mais peut naitre de
circonstances politiques qui lui permettent de s’enraciner ;
Les effets sont opposés à ceux du multipartisme intégral : il facilite l’agrégation des intérêts et des
exigences. L’électeur choisit des options, et le gouvernement pour les mettre en œuvre est directement issu
des urnes sans coalition partisane. Enfin, la stabilité gouvernementale est, en principe, assurée.
Mais au lieu DU bipartisme, il faudrait parler DES bipartismes : 3 distinctions :
- Bipartisme souple ou rigide : selon le degré de discipline au sein des deux partis (souple aux
États-Unis, rigide au Royaume-Uni).
- Bipartisme parfait et imparfait : des petits partis survivent-ils ? Si 90% des suffrages sont donnés
aux deux, bipartisme parfait (Parti Libéral au Royaume-Uni de 1935 à 1974). Imparfait quand les
deux partis ne totalisent que 75 à 80% des suffrages : ils n’obtiennent pas la majorité absolue,
mais une forte majorité pour eux deux. BLONDEL parle de « bipartisme et demi » : un tiers
parti, petit et inapte à diriger le pays, est susceptible de servir d’appoint à l’un des deux partis
dominants (ainsi du système allemand : les libéraux du FDP gouvernant tantôt avec le SPD,
tantôt avec le CDU. Mais la formation de Die Linke a compliqué le jeu politique.
- Bipartisme équilibré et dominé. Le vrai bipartisme est le bipartisme équilibré : les deux partis
sont de taille et de force à peu près égale. Ils alternent au pouvoir selon que les électeurs
marginaux se portent d’un côté ou de l’autre. Mais parfois, l’écart entre les deux partis est
important. Le second parti est exclu durablement du pouvoir. On sort du bipartisme véritable,
pour s’acheminer vers un système à parti dominant, voire à parti unique.
C. Les systèmes à parti dominant
Notion dégagée par DUVERGER : selon lui, deux traits spécifiques du parti dominant.
- Il surclasse électoralement nettement ses rivaux sur l’ensemble d’une période.
- Il s’identifie à l’ensemble de la nation : ses idées, sa doctrine, coïncide avec les idées de la
période. Exemple en France, du parti radical sous la IIIème République.
-
Le parti dominant s’impose à ses adversaires et sans lui, rien n’est possible. Il détient ou approche de la
majorité des sièges au parlement. Ce fut le cas du parti gaulliste au début de la Vème République. Pareil de
1947 à 1994 en Italie pour le Parti Chrétien Démocrate. De 1955 à 1993, le Parti Libéral au Japon.
Pour être qualifié de parti dominant, un parti doit obtenir régulièrement entre 30 et 35% des suffrages
exprimés. MAIS le parti dominant ≠ parti unique !!!
Le parti dominant conserve son hégémonie grâce à la multiplicité et l’émiettement de ses adversaires,
contrairement au parti unique qui fonde son monopole sur l’interdiction des autres.
De plus, il n’exerce pas forcément le pouvoir : si coalition de ses adversaires, ils peuvent le surclasser.
Quand il est au pouvoir, il dispose d’une majorité parlementaire fidèle, ce qui garantit une grande stabilité
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gouvernementale : c’est l’avantage du SAPD. Mais ce n’est pas toujours le cas. Ainsi en Italie, la
démocrate-chrétienne n’a pas réussi à garantir la majorité gouvernementale, du fait de problèmes internes.
Mais des inconvénients existent :
- Un risque d’immobilisme : à gouverner sans concurrent, on gouverne sans talent. Surtout si les
mécanismes du contrôle parlementaire sont paralysés.
- Le risque de voir le transfert de la politique sur d’autres sites, en marge des circuits traditionnels
de parole et d’espace politique. Les partis d’oppositions tendent à se transformer par des groupes
d’intérêts, qui défendent des intérêts particuliers.
- La cassure du consensus : quand il y a un SAPD trop longtemps au pouvoir, une partie de
l’opinion est exilée de la sphère politique. Cela peut se développer en opposition extra-
parlementaire. Un SAPD peut se confondre avec le régime, et se développe une opposition qui
lutte contre le régime.
Paragraphe 2 : les systèmes non-compétitifs
Parti unique.
Répression et interdiction des autres partis. Un parti unique monopolise l’exercice de la fonction partisane :
il prétend à l’unanimité, nie la légitimité des clivages… Mais cette catégorie renvoie à des situations très
diverses. Ainsi des partis totalitaires (partis nazis, PC URSS sous Staline), ou des partis de mobilisation
dans les régimes autoritaires à forte personnalisation du pouvoir.
La signification du parti unique varie selon la nature du système politique. Chez les communistes, c’est
l’expression d’une classe sociale : lorsque la révolution a unifié la société et supprimé les classes, il ne peut
y avoir plus d’un parti (c’est les principes posés par Marx et Lénine). Chez les fascistes, unité du parti
s’explique par l’abandon du principe de neutralité de l’État : à l’État neutre s’est substitué un État porteur
d’idéaux, et donc il ne peut y avoir qu’un seul parti pour atteindre cette idéologie déterminée. Dans les pays
en développement, triple mission du parti unique : préserver l’unité nationale, mobiliser les efforts en vue
du développement économique, pallier l’insuffisance numérique des élites politico-administratives.
Quel est le rôle du parti unique ? Maintenir la communication entre les dirigeants et la masse des citoyens,
puisque les mécanismes parlementaires et électoraux ont été, sinon supprimés, du moins vidés de leur sens.
L’armature du parti unique joue dans le sens ascendant et descendant : il informe les élites politiques sur les
réactions des citoyens, et fait remonter les exigences de la masse vers les gouvernants.
Il a une fonction d’impulsion et d’encadrement de la société, en contrôlant toutes les activités de la société.
Vis-à-vis des autres groupes sociaux, deux attitudes possibles : soit, comme pour les régimes totalitaires, il
cherche à les contrôler et les absorber, soit on admet la subsistance d’autres groupes sociaux avec une
certaine indépendance (le « pluralisme organisé » de LINDZ). En réalité, il existe une corrélation étroite
entre l’intensité idéologue et le contrôle social exercé par le parti unique : plus l’engagement idéologique est
profond, plus la dépendance des autres groupes sociaux est accentuée. L’existence d‘un PU est la base d’une
dictature, même provisoire, soit révolutionnaire (qui impose à la société un bouleversement total), soit
conservatrice (qui entrave la société et maintient par la force l’ordre traditionnel).
Section 3 : les partis politiques français
4 aspects importants :
- En quoi les partis politiques français sont-ils originaux ?
- Quel est le statut juridique des PPF ?
- Comment le système de parti a-t-il évolué sous la Vème République depuis 1958 ?
- La recomposition du paysage politique français, notamment la période récente.
Paragraphe 1 : les spécificités politiques françaises
4 traits essentiels :
- Mauvaise image dans l’opinion
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- Faiblesse des organisations
- L’émiettement des partis
- Le présidentialisation des partis
A. Une mauvaise image
Phénomène qui va en s’accentuant : de novembre 2009 à décembre 2013, le pourcentage de citoyens faisant
confiance aux PP est passé de 14% à 11% (source : baromètre de la confiance politique (CEVIPOF)).
Ce désaveu dans l’opinion est le résultat d’une longue tradition : DG accusait les PP d’être « le ferment de
la division dans un pays qui a besoin d’unité ». D’autres insistent sur l’inefficacité et la corruption des PP.
Depuis 30 ans, avec le développement d’affaires politico-financières, cette image s’est accentuée.
B. Faiblesse des organisations
En France, la structuration des PP a été plus tardive que dans d’autres pays européens. Pendant longtemps,
ils n’ont été que des partis de cadres (discipline très souple, qui permettait juste aux candidats de se faire
élire, candidats qui n’étaient pas très fidèles, et qui régulièrement renversaient des gouvernements de leur
camp).
C’est au début du XXème que les partis sont devenus des partis de masse, qui éduquent les militants, les
font discuter pour adopter des programmes politiques précis, qui s’organisent pour contrôler leurs élus.
Cela explique le relativement faible nombre d’adhérents. Ainsi, au début de la Vème République, seuls
450.000 adhérents à un parti. En 1980, 900.000. Aujourd’hui, seul 1% de la population adulte adhère à un
parti politique. En conséquence, un certain vieillissement des militants. De plus en plus souvent, les
adhérents des partis sont des élus ou d’anciens candidats. Les PP français ont du mal à se renouveler, il est
donc difficile pour eux d’être une vraie médiation entre pouvoir et société. Le taux d’adhérents au sein des
PP en Europe, même en baisse, est plus important qu’en France. Les citoyens reprochent aux responsables
partisans de ne penser qu’à leur carrière, et déplorent la corruption.
C. L’émiettement
La tradition française privilégie les débats idéologiques et l’expression politique sur la culture de
gouvernement. Les hommes politiques ont privilégié la pureté idéologique sur la recherche d’un compromis
pour exercer ensemble le pouvoir, tradition anglo-saxonne. En France, on pratique le multipartisme. Les
choses n’ont évolué que sous la Vème, du au changement du mode de scrutin qui permis de coalitions
stables et avec le « quadri-bipolarisme ». En 1978, 4 partis faisaient chacun environ 20% : UDF et RPR
(rivalité à droite) et PC et PS (rivalité à gauche). Au sein de chaque coalition existent ces rivalités.
Malgré l’influence du scrutin majoritaire à deux tours, cette bipolarisation dans les 1980s, on assise à un
nouvel émiettement des forces politiques et à une repolarisation des forces idéologiques.
- L’extrême droite, sans coalition, se structure, et atteint au début du XXIème, régulièrement près
de 15% des suffrages
- Organisation progressive des écologistes
- De 1995 à 2002, les extrêmes gauches se renforcent avec la déception des gouvernements
socialistes. De 1997 à 2002, la « gauche plurielle » de Jospin comportait 5 tendances : PC, PS,
Verts, Radicaux de gauche, Mouvement de Citoyens de Chevènement
- Fin 2008, nouvelle scission avec l’émergence du parti de gauche avec Mélenchon.
- Phénomène qui touche aussi la droite, notamment avec l’émergence de l’Europe (les
mouvements souverainistes sont nés) et l’extrême-droite.
Ce pluralisme partisan se voit dans les élections intermédiaires, qui ne déterminent pas le pouvoir national
(comme les européennes, avec en 2004 et 2009, 160 listes dans les 8 régions), en encourageant l’émergence
d’une tendance minoritaire, qui n’a aucune chance dans les élections déterminantes.
Mais système solide : ainsi le centre indépendant voulu par Bayrou n’a jamais éclos, les Verts ne peuvent
espérer être élus sans le PS, le FN a peu d’élus. Le système électoral favorise la bipolarisation, donc est
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discutable du point de vue de la représentation des minorités, mais il permet l’émergence d’une majorité au
gouvernement.
Bipolarisation imparfaite : après les législatives de 2012, 6 groupes parlementaires au Parlement, et 10
candidats au premier tour de la présidentielle.
D. La présidentialisation des PP
L’élection présidentielle, domine la vie politique française et ce, encore plus, depuis le quinquennat et
l’inversion du calendrier électoral. Cette élection structure les stratégies personnelles, mais aussi
l’organisation et le fonctionnement des partis politiques. Elle façonne l’ensemble du système partisan
(majorité et opposition). Pour tous les partis, même les tous petits n’ayant aucune chance de victoire, c’est
un rendez-vous incontournable. C’est une occasion de s’exprimer et d’avoir une lisibilité. La fabrication
d’un leader présidentiable est devenue impérative pour les PP. Sinon, on ne peut pas être crédible sous la
Vème.
Par exemple, l’organisation des primaires socialistes : preuve du ralliement du PS à cette présidentialisation.
Paragraphe 2 : le statut des partis politiques depuis 1958
Ils sont entrés dans le champ juridique, mais sans que l’on institue pour autant un statut d’ensemble des
partis politiques.
La Constitution de 1958 est la première en France à avoir constitutionnalisé l’existence de partis politiques.
Depuis, le législateur est intervenu à plusieurs reprises pour définir les premiers éléments d’un statut légal.
A. Les principes constitutionnels
Depuis 1958, l’article 4 de la Constitution fait référence aux PP. Cette reconnaissance est une innovation.
C’est la première étape d’un processus de légitimation et d’institutionnalisation des PP. DG a voulu rassurer
ceux qui pensaient que les gaullistes mettraient fin au système de partis. Et certes, on leur donne un rôle,
mais un rôle minimal : « ils concourent à l’expression du suffrage ». On les cantonne à cela.
On a depuis complété cet article : en 1999, ils contribuent à la mise en œuvre de la parité homme-femme, et
se sont vu reconnaitre une responsabilité particulière avec cette notion d’égalité.
La révision de 2008 ajoute encore : « la loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la
participation équitable des partis à la nation » : alinéa peu précis, peu impératif.
Au-delà de la mission des partis politiques, l’article 4 garantit le principe de liberté de formation des partis :
interprÉtation large → constitution des partis sur le modèle des associations 1901. Ils sont libres dans
l’exercice de leur activité, mais limité que dans « le respect des principes de souveraineté nationale et de la
démocratie » (loi du 10 janvier 1936).
« Les partis concourent à l’expression du suffrage », ce qui implique le devoir ou le droit pour les partis de
jouer un rôle dans les campagnes électorales avec la propagande de leurs idées. Ils remplissent des fonctions
électorales dans la démocratie, sans qu’aucun modèle ne leur soit imposé, ni de prescription. Le législateur a
respecté le principe de liberté de formation et d’exercice des activités des PP.
B. Les éléments d’un statut légal
Depuis 1958, plusieurs fois, a été complété ce statut constitutionnel. Les dispositions adoptées ne
contredisent pas la liberté des partis politiques. On a adopté une législation encadrant leur financement dans
un double but de moralisation et de modernisation.
La première loi date du 11 mars 1988, relative à la transparence financière de la vie politique. Elle donne la
personnalité morale aux PP, et organise le financement public des partis représentés au parlement, ou des
partis qui ont présenté des candidats dans au moins 50 circonscriptions.
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Mais les partis demeurent libres de l’emploi de leurs ressources : la loi impose toutefois une obligation de
déclaration patrimoniale quant à l’accession aux fonctions électives.
Une loi du 15 janvier 1990 la complète : plafonne les dépenses électorales, et impose une obligation de la
déclaration des comptes de campagne électorale contrôlée par la commission des financements politiques.
La loi du 19 janvier 1995 (financement de la vie politique) prohibe les dons des personnes morales (tant aux
PP qu’aux candidats) et améliore le financement public des partis en instaurant un mécanisme de
remboursement des frais de campagne des candidats. Ce financement est attribué aux groupements
politiques en fonction de leur représentation parlementaire et de leur nombre d’électeurs, pour mettre fin au
scandale lié au financement privé des campagnes, et à l’accusation de corruption des hommes politiques.
Loi du 6 juin 2000 : prévoit une réduction du financement public des PP proportionnellement au non-respect
de la parité.
Il n’existe pas de statut d’ensemble des partis : il y a des éléments constitutionnels, et des éléments
législatifs épars (on a légiféré au coup par coup à chaque fois qu’un problème se posait).
Paragraphe 3 : l’évolution du système partisan sous la Vème
Dans une démocratie, PP rivaux, en compétition, mais aussi en coopération, négociation voire de collusion.
Ainsi est dessiné le système partisan. On ne peut comprendre un parti sans le resituer dans la configuration
qu’il forme avec l’ensemble de ses homologues.
Sous la IVème, système multi partisan, qui se maintient au début de la Vème (PC, SFIO, gaullistes animent
la vie politique française).
Dans les années 70s (après deux élections présidentielles au SUD à 2 tours), les partis ont compris la
dynamique de la présidentialisation, et le système commence à se bipolariser. Chaque camp est dominé par
deux partis (RPR/UDF à droite, PC/SFIO à gauche). Chaque formation pèse 20% des suffrages. A eux
seuls, les deux pôles font donc 80% des suffrages. Mais ce quadri-bipolaire est atténué à partir des 80s :
déclin du PCF, donc lente recomposition de la gauche ; banalisation des alternances provoque une montée
en puissance des partis antisystème ; les cohabitations ont créé de nouveaux clivages ; de nouvelles question
non-traditionnels (comme l’Europe) ont émergé ;; l’élection à la proportionnelle de 1986 permet à de
nouvelles forces électorales d’émerger (Verts, souverainistes et FN).
En 2002, ensemble, Jospin et Chirac font 35% ensemble. On parle d’une proportionnalisation du premier
tour de la présidentielle. Si on regarde les conséquences de 2012, on assiste à un retour de la bipolarisation,
une réactivation certaine du clivage droite/gauche, et à la disparition du centre en tant qu’entité politique
indépendante de la droite et de la gauche. Aux législatives de 2012, phénomène encore plus visible : sans
alliance, les partis n’obtiennent pas de représentation parlementaire (les Verts élus seulement grâce à
l’alliance avec le PS).
Paragraphe 4 : la recomposition du paysage politique français
Période qui précède 2012, et conséquences de l’alternance de 2012.
On évoquera successivement l’UMP, les formations du centre, la gauche et les extrêmes.
A. L’UMP
Après de multiples tentatives, la droite a réussi à s’unifier en 2002 pour maximiser ses chances de réussite
lors des élections (notamment présidentielles). Mais l’UMP n’a pas réussi à souder complètement les
différentes familles de la droite française. L’UMP est traversée par des débats internes, susceptibles de
générer de nouvelles divisions. Surtout, son bilan électoral n’est pas très probant : certes, il y a eu les succès
de 2007, mais depuis, c’est une déception. Sauf les européennes de 2009, toutes les élections ont été perdues
par l’UMP (notamment la perte du Sénat en septembre 2011).
L’osmose entre anciens gaullistes et droite libérale ne s’est pas faite. L’UMP, 10 ans après sa création, n’est
pas parvenue à s’imposer comme parti rassembleur de la droite : il existe le Nouveau centre, et surtout,
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l’UMP est fragilisée par les conflits de personne. L’échec de Sarkozy a ouvert une lutte pour sa succession
(Fillon/Copé). Pour la première fois à l’UMP, une primaire interne devait déterminer l’identification
idéologique des militants (6 motions concurrentes). Cela révèle une querelle doctrinale des militants : le
parti est déchiré entre l’aile du scrutin de novembre 2012 et une aile modérée. Cette élection, marquée par
une série d’évènements, montre la faiblesse, et la difficulté de faire l’apprentissage de la démocratie interne
dans un parti de culture bonapartiste, longtemps centré sur la culture d’un chef.
Problèmes :
- De réconciliation
- De leadership
- Danger de balkanisation de l’UMP
- Elle droit prouver sa capacité à retenir les centristes, en canalisant la montée en puissance de
l’UDI.
- Aucun droit d’inventaire fait après 2012, or, après une défaite électorale, il est difficile de se
régénérer sans droit d’inventaire.
B. Les formations du centre
L’histoire de droite centriste et libérale est marquée par deux traits essentiels : l’émiettement de ses
formations, et ses alliances conflictuelles avec la droite.
- Emiettement des formations : plusieurs formations centristes ont successivement ou
conjointement joué un rôle sous la 5ème.
1966-1969 Le Centre démocrate (1) Jean Lecanuet
1969 Le centre démocratie et progrès Jacques Duhamel, Joseph Fontanet
(CDP) (2) René Pléven
1970-1995 1+2 CDS Jean Lecanuet
1995- 1998 CDS Force démocrate F. Bayrou
1998-2007 La nouvelle UDF F. Bayrou
2007-2012 Le MoDem [Link]
Le Nouveau centre H. Morin
2012 UDI J.L. Borloo
Sur la période récente (2007-2012), les centristes sont divisés entre le Modem de Bayrou et le NC de Morin.
Les divergences entre ces deux formations sont difficiles à identifier, leur programme est voisin : économie
libérale, construction d’un système social solidaire, l’importance de la construction européenne, une place
accordée aux questions environnementales. Ce n’est pas le programme qui différencie ces formations, mais
les stratégies d’alliances électorales.
En effet, Bayrou veut un centre indépendant. Mais un centre indépendant, avec le mode de scrutin tel qu’il
est dans la Vème, fait que les centristes peinent à se faire une place sans alliances avec la droite et la gauche.
Le centre doit surmonter plusieurs difficultés : l’absence d’un leader incontestable, la crainte du voisin
UMP. Les notables du centre sont peu nombreux et soucieux de leur réélection, donc alliance avec l’UMP
est obligatoire.
Mais le centre perdure. Depuis l’alternance de 2012, évolution car les centristes s’allient pour concurrencer
l’UMP. Le 21 octobre 2012, l’UDI est créée, rassemblant les formations du centre, et les dissidents UMP et
Modem. On sent dans l’UDI une certaine volonté de retour à l’UDF (elle est parrainée par Simone Veil et
Giscard).
Entre l’UMP et l’UDI, il y a peu de différences. L’objectif de l’UDI, c’est récupérer les dissidents de l’UMP
et de sa droitisation.
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L’UDI a 60 parlementaires, compte d’anciens ministres, 64.000 adhérents, profite des crises internes à
l’UMP, mais la naissance de l’UDI, 10 ans après l’UMP, est un échec à la volonté de Chirac qui souhaitait
un rassemblement de la droite, pour un candidat unique aux élections.
C. La gauche
Le PS, le Front de Gauche et PC, les écologistes
1. Le PS
Créé en 1905 par l’unification des différents courants socialistes qui forment la SFIO. Devenu le parti
dominant de la gauche française, malgré ses scissions.
- Son organisation reste marquée par les caractères de la SFIO.
- Il a su s’adapter à la présidentialisation sous la Vème sous l’influence de Mitterrand, et lors de sa
refondation au congrès d’Epinay de 1971
- Instabilité des scores électoraux, décalage entre ses réussites au niveau local et échec national
avant 2012
a. Son organisation reste marquée par la SFIO
Ses spécificités structurelles résultent de ses origines, son caractère fédéral résulte des conditions de sa
naissance. En 1905, la SFIO de fusions. La doctrine a toujours eu un poids fort, car un rôle unificateur
auprès des différentes composantes du parti.
Composante ouvrière non négligeable, mais dès 1914, adhésion de professions libérales, journalistes etc…
Parti d’élus faiblement centralisé, c’est une fédération de fédérations, qui sont autonomes. Les fédérations
comptant le plus grand nombre d’adhérents et élus ont marqué la vie socialiste (Fédération du Nord Pas de
Calais ou des Bouches du Rhône).
b. La longue évolution vers la présidentialisation
Première étape : Congrès d’Epinay de 1971. Refondation de l’organisation socialiste : on abandonne la
SFIO, qui devient le PS, et qui regroupe un certain nombre de mouvements de gauche (comme le club de
Mitterrand). C’est ici que Mitterrand devient le 1er secrétaire du PS.
Epinay permet la réunification des différents partis et clubs de la mouvance socialiste, et avec comme
objectif de gagner la prochaine élection présidentielle.
Pour cela, le PS adopte une stratégie particulière : l’union de la gauche → le programme de 1972 est
commun au PS et PC et MRG, un moyen pour réunifier l’électorat de gauche et protéger le parti contre toute
tentation réformiste. Et réunification derrière son leader pouvant le conduire à la victoire. Le parti reste une
mosaïque de tendances. Les conquêtes électorales et la décentralisation accroissent le rôle des élus au sein
des partis. Mitterrand Premier secrétaire, le parti se réconcilie avec le système présidentiel. Mais le
ralliement à la Vème date du 1981, l’alternance n’a provoqué aucune rupture dans la pratique
institutionnelle.
De 1971 à 1981, le parti est un parti de militants. Est élaborée une ligne politique, produit d’une décision
collective au sein d’instances représentatives des adhérents. Mais depuis 1981, il s’est professionnalisé, et
devient parti dominant de la gauche française. Il contribue à l’évolution vers le bipartisme face au RPR, puis
face à l’UMP. C’est le seul parti à avoir fourni un président de gauche. Progressivement, il a adopté un
fonctionnement présidentialisé, et la preuve du jeu interne des courants fut flagrante aux primaires
citoyennes. Depuis 1995, primaires de plus en plus ouvertes : c’est un moyen pour le PS d’imposer son
agenda politique (notamment en 2011), de légitimer son candidat, d’attirer l’attention des citoyens.
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c. Scores électoraux
PS s’est imposé comme la première force électorale de gauche, titre qu’il ravit pendant les législatives de
1978 au PC. Depuis, le PS a perdu 6 élections présidentielles, mais a renforcé son implantation en
remportant des victoires dans les scrutins électoraux. De 2002 à 2012, il perd les nationales, mais gagne les
locales (nouvelle forme de cohabitation entre local à gauche, national à droite). Avec Hollande en 2012, les
socialistes retrouvent l’Elysée et l’exercice du pouvoir. Sous la Vème République, jamais un parti n’a été
aussi puissant qu’aujourd’hui : il dispose d’une majorité MEME au Sénat !
Hégémonique à gauche, le PS doit apprendre à gérer ses relations avec ses alliés, et les relations avec les
Verts sont difficiles.
En septembre 2012, Aubry quitte la direction générale du PS, et Désir la remplace (Congrès de Toulouse).
Mais la gauche est dispersée en quatre groupes à l’A.N comme au Sénat : les groupes minoritaires au sein
de la majorité entendent prendre de la place, et font pression sur la majorité, ce qui rend le travail législatif
plus difficile. A l’avenir, le PS doit affronter un double défi, en conciliant 3 missions : soutenir la politique
gouvernementale, devenir une boite à idées pour enrichir le gouvernement, expliquer à l’opinion publique la
politique conduite. C’est la mission de tout parti au pouvoir. Mais tout en conciliant ces trois missions, le
parti doit aussi maintenir sa cohésion, notamment avec son aile la plus à gauche.
2. Le PC et le Front de Gauche
Le Parti Communiste est créé à partir d’une scission de la SFIO en 1920 (Congrès de Tours). Initialement,
le parti de la classe ouvrière, un parti d’avant-garde. En 1945, il devient le premier parti de la gauche tant en
termes de militants qu’en termes électoraux. Il reste premier parti de 1945 à la Vème république. De 1960 à
1970, c’est un parti de masse très structuré, assurant l’encadrement la formation et la promotion de ses
militants. De 58 à 78, il devance le PC en obtenant 20% des suffrages lors des élections législatives et
devance le PS, avec 21% des suffrages.
A partir de là, le PCF est entré dans une crise profonde, depuis les 80s. Aujourd’hui, il peine à exister de
façon autonome sur le plan national. Depuis les 90, il a tenté de se rénover. Mais ces tentatives de
rénovation n’ont pas mis un terme à la crise de l’organisation, et depuis les 80s, le parti connait une baisse
considérable de son nombre d’adhérents, et un vieillissement de sa base militante.
En 2009, la seule voie de renouveau pour ce parti en crise, c’est la recomposition au sein du Front de
Gauche. Aux Européennes de 2009, le FDG fait 6,1% des suffrages. En 2011, les militants communistes
désignent Mélenchon comme candidat à la présidentielle, mais au nom du FDG. Il fait 11,1% des suffrages.
Aux législatives, le FDG fait 7% des suffrages. Un groupe parlementaire existe pourtant, de 10 députés
communistes et 5 députés ultra-marins (on a baissé les seuils pour leur donner un groupe parlementaire).
Le FdG ne participe pas au gouvernement Ayrault, et suit Mélenchon. Il s’appuie sur le mécontentement
social : il s’enferme dans la critique. Dénonce la politique d’austérité du gouvernement socialiste, refus du
vote du budget en 2013.
Malgré la disparition progressive de l’électorat communiste, le PC aligne de façon continue un espoir de
retour sur la scène nationale. Malgré une organisation amoindrie, le PC a perdu 600.000 adhérents entre 81
et 2007. Des réseaux fragmentés et les thèmes de revendication le placent entre le PS et l’extrême-gauche.
3. Les Ecologistes
Premier candidat à la présidentielle → René Dumond en 1974.
Longtemps, ça a été une mouvance multiforme, large, divisée en fractions rivales, méfiante à l’organisation
partisane et à l’action politique.
Localement, les groupes de pression écologistes défendent l’environnement et luttent contre le nucléaire,
dans un premier temps. Les Verts, premier parti écologiste organisé, est créé en 1984 : « Travaillons tous,
vivons mieux, gaspillons moins ». Mais très vite, ses divisions la rattrapent. Les Verts entrent dans une
bataille de tendances, tant au niveau de la signification du mouvement écologistes, qu’au niveau de ses
alliances : sont créés Les Ecologistes Indépendants, Génération écologiste…
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Les Verts se rassemblent dans le Rassemblement écologiste proposé par Daniel COHN-BENDIT pour
réussir aux européennes. En 2009, ils remportent 16,2% des suffrages et 14 sièges, de bons scores. Europe
Ecologie talonnent le PS et devancent largement le Modem. Le 13 novembre 2010, fusion des Verts et
d’Europe Ecologie. EE-Les Verts fédère plusieurs mouvements sans les fusionner : ils veulent construire un
mouvement écologiste, autonome, décentralisé (démocratique), souple et connecté au réseau militants.
12 juillet 2011 : primaire fermée EELV, et Eva Joly, avec 58% des suffrages, est choisie comme candidate.
EELV réaffirme son ancrage à gauche, son opposition à la droite et à l’extrême droite, et sa volonté non-
automatique de passer des accords électoraux avec la gauche (comme celui des législatives en 2012). Cela
traduit une acclimatation des écologistes aux règles du jeu politique. Cette promotion est due aux hésitations
idéologiques des formations traditionnelles sur les questions environnementales, mais aussi des alternances
politiques, et aussi un certain attrait électoral pour ce nouveau parti, et l’institutionnalisation du débat autour
de la question du développement durable.
Alternance de 2012 : EELV se professionnalise : ils ont deux groupes parlementaires (au Sénat et à
l’Assemblée), et des ministres au gouvernement. Mais des difficultés surviennent vite, avec l’allié PS
« Nous ne sommes pas là pour exécuter les ordres du PS, toujours tenté par l’hégémonie » (MAMERE 23
juin 2012), et aussi du maintien de la participation au gouvernement en dépit des désaccords politiques : des
sujets de discorde conduisent à moins de discipline dans la majorité. EELV est tenue à la solidarité
gouvernementale, mais a décidé de voter contre le traité européen. Il semblerait que les écolos surtout les
militants, n’aient pas compris toutes les obligations liées à leur participation, et des débats ont lieu au sein
du parti, à propos de la place et de l’utilité des ministres écolos au gouvernement.
4. Les partis extrémistes
Vu le système électoral actuel, le FN et l’extrême gauche ne peuvent accéder au pouvoir, mais se trouvent
tout de même en mesure de perturber la vie politique.
a. Le FN
Créé en octobre 1972, par J.M Le Pen. Pendant longtemps, qu’un petit groupe, mais percée politique dès les
élections de mars 1983 (municipales). Percée favorisée par le nouveau système d’élection à la
proportionnelle (en 1986 : scrutin proportionnel pour les élections législatives : ils obtiennent 35 députés),
et également grâce à la montée du chômage et de la crise économique.
Dans ce contexte, le FN développe ses thèmes : défense de valeurs traditionnelles et d’identité nationale,
préférence nationale, dénonciation de la sécurité, lutte contre l’immigration sauvage. Pendant longtemps, il
capitalise un vote protestataire, de refus, antisystème, contre « la bande des 4 ». Il attire d’autant plus ces
votes qu’il est le seul parti à n’avoir jamais participé au gouvernement. Au 2nd tour de 2002, Le Pen arrive
avec 17% deuxième (devant Jospin, derrière Chirac). Au deuxième tour, il fait 17,79%.
En 2012, Marine de Pen, élue présidente du parti, et entreprend la dédiabolisation du FN. Elle surfe sur le
courant populiste qui prospère en Europe. La forme change, mais pas le fond : elle reste sur la stratégie
frontale ni droite, ni gauche, en vigueur au cours des 90s. Son discours a évolué (fin des dérapages
verbaux), mais même fond : reste centré contre l’immigration, le refus de la construction européenne, le
protectionnisme, et continue ses attaques contre « la caste UMPS ».
En 2012, MLP améliore le score de son père en 2002 : 1 600 000 voix de plus.
En juin, 2 députés FN sont élus.
Depuis 2012, trois traits saillants caractérisent le FN :
- Mise sur la recomposition du paysage politique et de l’éclatement de l’UMP pour s’imposer comme
seul parti crédible à droite (mais elle n’a pour l’instant bénéficié que très peu des difficultés de
l’UMP)
- MLP tient un discours économique nouveau, qui s’oppose à l’ancien discours libéral de son père. A
l’autonome, elle se déclare en accord avec l’alourdissement de l’impôt sur le revenu, la
nationalisation temporaire de Florange… Un discours bien plus Étatiste. Elle oriente la stratégie de
son parti sur les deux échéances à venir : les municipales et les européennes. De bons résultats aux
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municipales permettraient au FN d’avoir un réseau d’élus locaux, un enracinement local qui lui
manque, qui lui permettrait d’obtenir plus facilement les 500 parrainages pour les présidentielles.
Dans notre système électoral, certaines élections sont favorables au FN : présidentielles, européennes,
régionales ;; d’autres lui sont défavorables : législatives et municipales.
Divisée de 1999 à 2008, l’extrême droite est désormais réunifiée : affaiblie avec l’élection de Sarkozy, elle a
reconquis l’électorat perdu en 2007, en obtenant encore plus de voix. Aujourd’hui, c’est le premier parti
ouvrier de France. La dédiabolisation le rend dangereux.
b. L’extrême-gauche
Structurée en organisations partisanes, mais se scinde en partis concurrents, à tel point qu’en évoquant les
évolutions récentes de l’EG, Philippe RAYNAUD souligne « l’apparition d’une extrême-gauche plurielle ».
Dès les 70s, l’EG adopte une stratégie de présence aux consultations nationales et locales. Aujourd’hui, elle
reste une famille politique non négligeable : elle dispose d’une capacité de nuisance à l’égard de la gauche
du gouvernement. Sur l’échiquier politique, elle a à peu près l’ancienne place du PC. Mais incapable de se
rassembler.
Jusqu’au début des 80s, marginalisée électoralement. Puis elle progresse, du fait de l’incapacité des partis
du gouvernement et du fait des alternances répétées. LO est autant un vote protestataire qu’un vote
d’adhésion.
L’EG enregistre des scores non négligeables aux européennes et présidentielles, sans pour autant pouvoir
accéder au Parlement.
Ainsi, l’électorat du PC a été divisé par 4 en 20 ans, mais sur la même période, l’électorat de l’EG a
quintuplé sur une même période. Février 2009 : dissolution de la Ligue Communiste Révolutionnaire, et
création du NPA.
En 2012, une candidate LO (Arthaud) et un candidat NPA (Poutou) : pas un candidat commun.
Sous la Vème République, l’EG connait une histoire politique mouvementée, des partis en compétition avec
des stratégies différentes, disparition des leaders marquants (Laguiller), résultats électoraux irréguliers,
appartient à la gauche mais refuse d’apporter ses voix au PS et au PC.
Il faudrait à l’EG stabiliser son électorat, s’implanter localement, et pour cela, il faudrait dépasser une
certaine personnalisation tout en tranchant la question es alliances et des collaborations. Mais sous la 5 ème,
l’EG est une des illustrations, comme le centre, de l’émiettement des partis politiques.
Pour conclure sur les partis politiques, il faut se poser deux questions : quel avenir pour les partis
politiques ? Sont-ils en crise ?
Généralement, on adresse un double reproche contradictoire aux PP : une partie de l’opinion déplore leur
caractère gestionnaire, pas assez idéologique, en panne d’idées fortes, et une autre partie de l’opinion leur
reproche de n’être pas assez pragmatique, professionnels, trop idéalistes.
On discerne certaines manifestations d’une crise des PP : souffrent d’un affaiblissement qui prend plusieurs
formes. La crise de l’engagement partisan, le faible militantisme, la participation traditionnelle. Ils souffrent
d’une crise de représentation, d’une perte de confiance de la part des citoyens qui se réfugient dans
l’abstention ou le vote contestataire. Reproche du monopole de la représentation alors qu’ils sont incapables
de résoudre les vrais problèmes de la population (ce n’est plus vrai : les groupes de pression et les
mouvements sociaux progressent).
On assiste à la création de clubs et micropartis, en faveur de certaines personnalités individuelles : les PP ne
sont plus les porte-parole des attentes citoyennes, qui sont véhiculées par les sondages, les groupes de
pression et toute forme de communication politique.
Comment expliquer la perte de confiance ?
Les alternances ont montré une relative inefficacité du gouvernement, une non-réponse aux problèmes des
citoyens, et les conditions de leur fonctionnement déçoivent (collusion PP / milieux financiers).
Mais malgré cela, les PP restent les acteurs centraux du jeu politique : ils ont un rôle dans la structuration de
l’offre politique (notamment dans l’offre programmatique), jouent un rôle dans la sélection des candidats,
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même si aujourd’hui, la technique des primaires se généralise. Et ils continuent à jouer un rôle déterminant
dans le recrutement du personnel politique : ainsi en 2012, à la présidentielle, la quasi-totalité des candidats
était soutenue par un PP. Sans le label, le soutien d’un PP, très difficile d’être élu, même au niveau local.
Mais leur périmètre d’action est réduit : ils le partagent avec les médias, les groupes d’intérêt, think-tank :
les PP sont affaiblis, et ont de plus en plus de mal à peser sur l’opinion. L’objectif n’est pas de promouvoir
une identité idéologique distincte, mais surtout une efficacité électorale : il s’agit désormais pour les PP de
construire une offre politique crédible ajustée aux préoccupations des électeurs et au contexte. Les PP sont
de plus en plus concentrés sur les fonctions électorales, et donc l’ancrage social diminue : ce sont des
machines professionnalisées. Leur objectif est d’accroitre la valeur de la marque partisane sur le jeu
politique. Pour cela, les sondages et les techniques de communication.
Le travail partisan est de plus en plus rationnalisé et dépolitisé, on parlera plutôt de transformation des PP
plutôt que de crise. L’opinion publique est plus informée, a besoin d’interlocuteurs plus proches et plus
directs (que ne sont pas toujours les PP traditionnels). Les PP doivent s’ouvrir au-devant de l’opinion, se
transformer en rassemblements plus ouverts, multiplier les structures de proximité, rénover leur
fonctionnement en simplifiant leur structure, en développant de nouvelles formes de militantisme et en
généralisant le choix des candidats via les primaires.
Rapports entre démocratie et PP : complexes. PP indispensables à la démocratie, mais leur participation est
contestable. On les critique car ils sont sources de division, parce qu’ils génèrent une certaine tendance au
féodalisme politique, parce qu’ils pratiquent un certaine forme de clientélisme, et surtout parce qu’ils
pratiquent un fonctionnement oligarchique peu conforme avec l’idéal démocratique. Ils risquent de
confisquer le pouvoir, et dans certains systèmes politiques, on parle de « partitocratie » pour qualifier ces
systèmes démocratiques qui sont caractérisés par l’intervention des PP à tous les niveaux de prise de
décision. On parle de partitocratie dans les pays où les États-majors jouent un rôle prépondérant, négociant
entre eux et avant tout débat parlementaires et réponses législatives aux problèmes politiques, lorsqu’ils
font des compromis pour se répartir les postes de responsabilités dans les administrations, les organes
publiques, lorsqu’il y a captation des PP, qui jouent un rôle de filtre entre citoyens et gouvernement. La
partitocratie définit surtout les régimes italiens et français de IIIème et IVème République.
Plus qu’ils ne déclinent, les PP se transforment ; Peu importe les critiques, ils demeurent un gage de
pluralisme démocratique, et pèsent fortement dans le jeu politique et se trouvent de plus en plus
concurrencés, voire supplantés par les groupes de pression et les mouvements sociaux.
Chapitre 2 : les groupes d’intérêt
Cerner ce phénomène est difficile : ils sont nombreux et divers. En outre, ils disposent de ressources et
exercent une influence inégale. On emploie ce terme pour désigner des organisations très différentes les
unes des autres. Cette expression définit surtout une modalité d’action : il s’agit de mobiliser des membres,
de solliciter des soutiens, et cela en vue de faire pression sur les décideurs. Il est parfois difficile de faire une
distinction entre la simple influence sur les décisions politiques, et la participation directe à ces décisions.
Aujourd’hui, rôle important dans la formation de politiques publiques (il n’y a qu’à voir la fonction
consultative exercée par certaines organisations). Ils ont pendant longtemps été en France accusés de
menacer l’unité de la nation, et n’ont jamais obtenu la reconnaissance juridique telle que bénéficient les
groupes de pression aux États-Unis. Ils participent pourtant aussi) l’expression du pluralisme démocratique,
et on admet aujourd’hui la légitimité de l’expression de la pluralité des intérêts. De la confrontation de ceux-
ci, peuvent se dégager des décisions inspirées de l’intérêt général.
Section 1 : la notion de groupe d’intérêt
On désigne sous ce terme une organisation constituée pour la défense d’intérêts et exerçant une pression sur
les pouvoirs publics, pression exercée en vue d’obtenir des décisions conformes aux intérêts défendus.
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Paragraphe 1 : les caractéristiques des groupes d’intérêts
Pour les caractériser, trois éléments :
- C’est d’abord l’existence d’un groupe organisé : le groupe d’intérêt a une organisation durable,
structurée, avec à sa tête des dirigeants capables de choisir des stratégies d’action. Cela suppose une
organisation volontaire, spécialisée dans l’articulation des intérêts. Des rapports collectifs stables
s’établissent, et cette organisation durable permet de différencier groupes de pression et actions
spontanées (mouvement de foule, manifestations).
- La défense d’intérêts : un intérêt, c’est un problème, un grief, une frustration qu’un groupe entend
ériger en cause à défendre. Ils ne sont pas naturels, mais construits par les acteurs sociaux, qui
s’efforcent de rendre l’intérêt qu’ils défendent légitime aux yeux de l’opinion et des pouvoirs
publics. Construire le groupe d’intérêt, c’est réaliser un vrai travail politique : prouver la légitimité et
la représentativité du groupe. C’est aussi tenter d’optimiser ses ressources, ses modes d’action, pour
être en mesure de peser sur les décisions en matière de politique publique. Un intérêt peut être
matériel ou moral (on peut distinguer les groupes de pression selon cette distinction), mais cette
distinction a une portée limitée : certains groupes défendent à la fois des intérêts matériels et des
causes morales. Ainsi des syndicats enseignants, qui se préoccupent de questions corporatives, mais
aussi des problèmes pédagogiques. Certaines organisations dissimulent des objectifs concrets
derrière des thèmes moralisateurs : les syndicats de patrons défendent, selon eux, la libre entreprise
et les syndicats agricoles, la défense de la propriété agricole familiale.
- L’exercice d’une pression : contrairement aux PP, ils ne cherchent qu’à influencer les pouvoirs
public, pas à exercer le pouvoir. D’un groupe à l’autre, le style, la fréquence, l’ampleur varie d’un
groupe à l’autre, mais tous exercent une pression à un moment ou un autre : l’intérêt à défendre est
politique, et l’objectif est d’orienter les décisions prises par les gouvernants dans un sens favorable à
l’intérêt défendu. La différence entre PP et groupes d’intérêt, c’est la présentation ou non de
candidats aux élections générales (nationales) : les écologistes, avant, étaient un groupe de pression.
Quels sont les liens entre groupes d’intérêt et PP ? Vaste question.
Liens complexes : de concurrence et de complémentarité. De concurrence : ils expriment tous les deux les
demandes des citoyens. De complémentarité : leur finalité et leurs moyens d’action sont différents. Les PP
présentent une vision globale de la société, les groupes d’intérêt agissent au nom de leurs intérêts immédiats
et doivent convaincre du bienfondé de leurs intérêts. Les groupes d’intérêt agissent sur les élus sans se
substituer à eux.
Mais les liens sont aussi des liens de dépendance : les élus relaient souvent les demandes des groupes
d’intérêt. Ils limitent la toute-puissance de partis politiques, et permettent aussi d’intégrer des oppositions,
ce qui contribue au maintien du système. Il faut bien distinguer groupes d’intérêt et administration. Police,
éducation nationale, magistrature : appareil d’État, pas groupes d’intérêt. Mais les agents de ces services
peuvent constituer des syndicats/associations qui défendent les intérêts de leurs membres. Ainsi, plusieurs
ministres des Finances se sont heurtés au lobby des grands-corps du Ministère des Finances.
groupes d’intérêt explicitent attentes sociales, et interviennent activement pour leur prise en compte pour les
pouvoirs publics. Ce sont des acteurs dont ils influencent le fonctionnement. Pourquoi prolifèrent-ils
autant ? Selon Yves MÉNY : trois raisons à cela.
- Expansion de l’interventionnisme Étatique : peu de secteurs de la vie sociale ne sont affectés par
l’action de l’État.
- Incapacité des organisations centrales fédératives à maintenir leur monopole de la représentativité de
leurs intérêts : le Medef est accusé par les PME de ne pas prendre en compte leurs intérêts
spécifiques, ainsi.
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- Les opportunités créées par les réglementations : dans le cadre de nombreuses opérations, de plus en
plus de législations prévoient de consulter le public (administration consultative).
Paragraphe 2 : la légitimité des groupes d’intérêt
Le groupes d’intérêt prend en charge des intérêts spéciaux : des intérêts qui ne sont pas spontanés, mais
construits par divers acteurs. La construction de cet intérêt suppose une fonction de filtrage, d’articulation
des demandes politiques émises par la société. Mais le développement de ces groupes d’intérêt suscite de
nombreuses interrogations. Est-il légitime, dans un régime démocratique, que le politique s’exprime par le
biais d’intérêts spécifiques ? Ces intérêts spécifiques ne sont-ils pas susceptibles de dégénérer en intérêts
particuliers contraires à l’intérêt général ? Cette multiplication des groupes qui influencent les acteurs
politiques ne constitue-t-elle pas une menace pour l’égalité démocratique (pas les mêmes ressources entre
les groupes d’intérêt) ?
Ces trois questions reviennent à examiner la question de la légitimité des groupes d’intérêt : la réponse à ces
questions varie, d’une culture politique à l’autre.
La distinction entre la conception américaine et la conception française s’avère éclairante. Aux États-Unis ?
L’enracinement du phénomène associatif a déjà été analysé par TOCQUEVILLE. Dans « Le Fédéraliste »,
Madison affirme la nécessité de préserver la diversité du corps social. Pour neutraliser l’injustice des
minorités, il faut opposer en son sein les intérêts des différents citoyens par le système des check and
balances : les groupes d’intérêt américains sont enracinés dans la culture démocratique. Le pluralisme de la
société, la politique est le fait de groupes sociaux dont les intérêts foisonnants s’opposent même au sommet
de l’État, inhérents à la démocratie, corrections aux défauts du système démocratique. Ces groupes sont
perçus comme des organisations de citoyens qui font valoir leurs revendications et contribuent à
l’information des décideurs à l’amélioration des textes législatifs.
Conception française : vision unitaire et jacobine de la nation et de l’État. Dès 1791, la loi Chapelier interdit
les associations (perdure jusqu’à la loi de 1901). Pendant longtemps, on refuse toute représentation
fragmentaire au nom de l’unité du peuple, ce qui explique qu’en France, les groupes d’intérêt n’ont pas la
même reconnaissance juridique qu’aux États-Unis. De plus, pendant très longtemps, ils ont fait l’objet de
très vives critiques. On les a considérés comme une menace à l’unité de la nation, un risque de
fractionnement de la volonté générale. L’intérêt général se trouverait désagrégé en une multitude d’intérêts
particuliers. Autre critique : remettent en question la démocratie représentative, en s’intercalant entre
citoyen et pouvoir, en limitant la toute-puissance des PP, en constituant un des moyens de transition des
demandes aux autorités et la négociation entre pouvoir publics et groupes sociaux professionnelles, qui
remplacent le traditionnel dialogue entre PP et gouvernants. On reproche aux délégués des groupes
particuliers de se substituer aux élus du peuple. Enfin, ils contribueraient à un certain blocage des initiatives
gouvernementales, car chaque groupe revendique la sauvegarde des droits acquis. L’individu, au-delà du
simple citoyen, devient un agent socio-économique attaché aux intérêts de sa catégorie. Chaque groupe
essaierait de reporter sur d’autres la contribution aux charges nationales.
Aujourd’hui, la situation a évolué et ces critiques se font rares : on admet que les groupes d’intérêt
participent à l’expression du pluralisme démocratique, on en encourage leur concurrence, en considérant
qu’elle est bénéfique aux biens communs (laissent une marge de manœuvre aux PP, et en étant divers,
laissent le soin aux pouvoirs publics d’arbitrer entre les différents groupes).
L’équilibre entre les divers intérêts peut être faussé : possible surreprésentation des groupes les mieux
organisés, mais on estime que même si inégaux, cela ne porte pas atteinte au pluralisme de la société.
Equilibre précaire qui laisse au pouvoir politique sa propre marge de manœuvre.
Section 2 : la typologie des groupes d’intérêts
Groupe d’intérêts = Catégorie vaste et très hétérogène
Plusieurs types de groupes se distinguent :
- Défense d’intérêts matériels/moraux
- Genre : privés/publics
- Groupes de masse/de cadres (DUVERGER)
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- Nature de l’activité : politique ou apolitique
- Nationaux / Internationaux
Ici, on prendra en compte la nature de l’intérêt pris en charge, plus précisément le critère du caractère global
ou spécialisé des intérêts défendus.
Constat de départ : certains groupes s’adressent à une base sociale préexistante, ayant une base sociale
déterminée, et d’autres non.
Distinction entre groupes d’intérêt à vocation globale ou spécialisée.
Paragraphe 1 : les groupes d’intérêt à vocation globale
« groupes d’intérêt à Caractère identitaire » selon BRAUD.
Prendre en charge les intérêts d’une catégorie particulière de la population, dont l’existence sociologique est
déjà identifiée (ouvriers, cadres, paysans, femmes, jeunes…). La défense des intérêts porte sur la synthèse
des demandes de l’ensemble de la population ciblée.
Distinction groupes socio-économique et socio-culturels :
- GSE : associations consuméristes, syndicats de salariés
- GSC : rassemblent des individus atout d’une même
expérience idéologique, confessionnelles, historique.
Tous luttent pour renforcer ce qu’ils considèrent comme la place légitime du groupe dans la société. Ils
contribuent tous à consolider l’existence d’une catégorie de la population, tant aux yeux des membres que
des tiers. Ils élaborent des plateformes relatives de compromis, en filtrant, synthétisant l’ensemble de la
base.
Paragraphe 2 : les groupes à vocation spécialisée
« Groupes d’intérêt supports d’une cause », selon BRAUD.
Porte-paroles, non pas d’une catégorie de la population, mais d’une cause spécifique, une grande cause.
Tous les sympathisants de cette cause s’y rassemblement librement, quels que soient leurs horizons sociaux
et culturels. Mais ils se reconnaissent par la volonté de défense d’un intérêt commun, circonscrit, souvent
extérieure à leur propre condition, qu’ils ont.
Contrairement à la catégorie précédente, ils ont des motivations souvent autres que la recherche d’avantages
personnels ou collectifs. Dans ces groupes à vocation spécialisée, la rétribution d’engagement n’est pas un
avantage matériel, mais la satisfaction d’accomplir un devoir, une grande cause (contre la faim dans le
monde, la destruction de la planète…).
En principe, intérêts pas contradictoires, mais une même cause peut devenir l’objet d’intérêts divergents. Ils
prennent de plus en plus la forme de nouveaux mouvements sociaux, nés dans les 60s. En grande partie
issus de mouvements étudiants, ils ont pris beaucoup d’ampleur, notamment en Allemagne : féministes,
défense des droits de l’homme, contre le nucléaire, pacifistes, défense des minorités les plus démunies.
En France, ils se créent à partir des 1980s, et se mobilisent sur une identité extérieure au monde du travail,
ces nouvelles causes défendues reflètent le développement de valeurs post-matérialistes. Ils visent la
satisfaction de besoins non-matériels, pas de redresser l’économie par exemple. Ainsi, ils visent
l’amélioration du cadre de vie, la satisfaction de principes moraux ou éthiques. Ils sont souvent portés par
les nouvelles couches moyennes issues de la démocratisation de l’enseignement, du développement du
secteur tertiaire dans le monde du travail.
Ils se caractérisent par leur méfiance à l’égard des organisations traditionnelles (PP / syndicats). Ces
nouveaux mouvements sociaux adoptent des structures plus décentralisées, accordant une place plus
importante aux assemblées délibératives, à la démocratie directe. Ils tendent à s’institutionnaliser.
Malgré l’essor de ces mouvements sociaux, les revendications, depuis 1900s, en France, les groupes
d’intérêt gardent des revendications matérialistes. Les groupes d’intérêts doivent conquérir une
représentativité, et renforcer celle-ci d’une part pour s’imposer face à leurs concurrents, mais surtout pour se
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poser en interlocuteur incontournable des pouvoirs publics. La notion de représentativité est fondamentale
pour un groupe de pression. Elle est mesurée grâce à trois séries d’indicateurs
- La notoriété : pour identifier le groupe
- La capacité de mobilisation, très variable d’un groupe à
l’autre.
- La reconnaissance extérieure par les pouvoirs publics et les
médias
groupes d’intérêt : organisations diverses, pression sur le pouvoir variées, formes variées.
Action des groupes d’intérêt est liée à la structure des pouvoirs publics, ils s’adaptent en fonction d’eux.
Section 3 : l’action des groupes d’intérêt
Les groupes d’intérêt formulent des exigences pour faire pression sur les pouvoirs publics afin d’obtenir des
décisions conformes aux intérêts de ceux qu’ils représentent. Ils agissent comme groupes veto pour contrer
une mesure susceptible de léser leur intérêt, soit initier une politique publique qui leur serait favorable.
La conséquence : multiplicité d’initiatives de résistance de pression, de contre-pression, qui transforme le
système politique.
Quelles fonctions les groupes d’intérêt remplissent-ils ? Quelles sont les modalités d’intervention pour
remplir le rôle qui leur est dévolu ?
Paragraphe 1 : les fonctions des groupes d’intérêt
Une fonction d’articulation des intérêts : ils font connaitre leurs revendications, que les partis politique vont
ensuite agréger. Les demandes formulées par les groupes sont variées : elles peuvent être manifestes, ou
latentes (précises, ou pas). Elles peuvent être diffuses (déclaration en faveur d’un changement politique) ou
plus spécifiques (augmentation du SMIC). Ils peuvent adresser des demandes instrumentales (exiger une
négociation), ou présenter des demandes plus affectives (manifester une satisfaction / exprimer une colère).
Fonction de revendication, certes, comme les partis, mais aussi une fonction latente d’intégration au système
politique.
3 fonctions principales :
- Fournissent une information complète et circonstanciée, pour
aider les décideurs.
- Permettent de canaliser certaines revendications.
- Peuvent manifester un consentement des intéressés lorsqu’ils
ont influencé une décision publique
groupes d’intérêt = substituts fonctionnels des PP ?
Oui, si PP incapables d’exercer cette fonction d’agrégation des demandes. Le cas avec les partis de
rassemblement, qui veulent un électorat diversifié. Au contre, les groupes d’intérêt hiérarchisent des
demandes précises, et se substituent aux PP défaillants. Il arrive que les pouvoirs publics reconnaissent les
groupes d’intérêt comme interlocuteurs valables et engagent des politiques de concertation.
Paragraphe 2 : les modalités d’intervention du groupes d’intérêt
Les groupes d’intérêt peuvent être visibles ou occultes, violents ou pacifiques. La pression exercée par le
groupes d’intérêt porte soit directement sur les pouvoirs (dirigeants nationaux, partis), ou indirectement
auprès de l’opinion, en essayant de faire qu’elle influence à son tour les dirigeants.
Les groupes d’intérêt interviennent soit par une action directe (information, consultation, menace), ou
occulte (relations privées, corruption).
A. Les pressions directes
Sur élus locaux ou nationaux, membres du gouvernement, administrations.
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Vu la configuration des institutions sous la IVe, cibles principales étaient les députés. Sous la Vé, de plus en
plus l’administration et les cabinets ministériels.
Plusieurs formes possibles :
- Information : remise aux autorités décidant une
documentation détaillée pour les convaincre de la justesse de la revendication formulée. Les groupes
d’intérêt fournissent une documentation préparée par des experts, formulée de façon modérée, et
avec une apparence d’objectivité (souvent une apparence, car totalement subjective en ce qu’elle
donne une information conforme aux idées du groupe). De plus en plus souvent rapports d’experts,
pour légitimer encore plus la cause défendue. Par exemple, pour un texte sur la famille, on présente
une documentation signée par des professionnels du droit, pour plus d’objectivité.
- Consultation : les pouvoirs publics eux-mêmes organisent
une concertation avec une organisation permanente ou ponctuelle. Occasionnelle (tables rondes,
etc…), permanentes (organisation du Conseil Economique et Social).
- Mais les pressions sur les pouvoirs publics a pendant
longtemps pris la forme de corruption : financement secret du PP, avant les lois de financement sur
les PP. Donc cadeaux personnels, etc…
- Relations privées : groupes entretiennent des contacts avec
les parlementaires, ministres et hauts-fonctionnaire : triangle du pouvoir.
B. Pressions indirectes
On cherche à prendre à témoin l’opinion publique, pour au mieux obtenir son soutien, au pire sa neutralité.
En démocratie, influencer, l’opinion publique, c’est influencer indirectement les pouvoirs publics (ils
peuvent difficilement prendre des décisions peu populaires dans l’opinion). Le mieux, c’est de passer par les
médias (surtout télé).
2 formes :
- Contrainte : exercée sur la population pour obliger le pouvoir
public à céder. Les dirigeants ne peuvent rester passifs devant un mouvement paralysant une région
ou une industrie vitale. Donc ils interviennent pour éviter les inconvénients excessifs : contrainte
s’exerce par la grève, par exemple, de toutes formes, manifestations, qu’on s’efforcera de rendre
populaire pour bénéficier d’un maximum de capital de sympathie (soit par des actions spectaculaires
(blocage des péages d’autoroute, etc.), soit par des actions de masse (beaucoup de participants à une
manifestation)).
- Persuasion : il s’agit de convaincre l’opinion en développant
une publicité intensive, diffusée dans la presse ou à la télévision. L’information et la propagande
prennent elles aussi des formes variées, par le biais de conférences de presse. Les groupes d’intérêt
peuvent aussi adresser à la presse des articles pré-élaborés, voire acheter des espaces dans les
journaux pour assurer la publicité de leurs thèses. Le soutien de l’opinion aura d’autant plus de
chances d’être obtenu si les Gi arrivent à présenter leurs revendications comme relevant de l’intérêt
général. Les postiers plaideront pour la défense du service public, les médecins pour la qualité des
soins…
Globalement, les groupes d’intérêt ont 7 modes d’action :
- Lobbying : se faire recevoir par les conseillers ministériels,
voire par les directeurs d’administrations centrales, en arpentant les couloirs de l’Assemblée etc…
- Négociation
- Manifestation
- Action conflictuelle
- Action juridique
- Actions symboliques
- Prise de positions publiques
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Paragraphe 3 : la participation à la décision politique
groupes d’intérêt ont une faculté d’empêcher. Mais peuvent aussi susciter des initiatives positives, et il faut
souligner que désormais, au-delà de la simple influence, ils pèsent de plus en plus dans les processus de
décision politique, ce qui n’est pas sans affecter la nature du régime démocratique. Cette participation à la
décision politique peut prendre 2 formes :
- Le développement des partenariats : il arrive de plus en plus
souvent que les groupes d’intérêt participent, contribuent à l’élaboration d’une loi, soit à l’échelon
local, soit en participant à des commissions techniques, à des comités d’experts, à des comités de
sage. Au sein de ces commissions, les informations s’échangent. Certes, la multiplication de ces
instances de consultation rendent de plus en plus complexes les processus décisionnels, mais
présente aussi de nombreux avantages :
o Permettent d’ajuster les intérêts contradictoires sur des
problèmes complexes : la concertation renforce la légitimité d’une politique publique. Plus
les groupes sont associés à la décision, plus leur légitimité se renforce.
o Mais cette efficacité doit être relativisée : on assiste à un
affaiblissement du syndicalisme traditionnel, les organisations représentatives sont affaiblies,
et il y a une certaine désaffection pour le militantisme partisan et au sein des organisations
professionnelles classiques.
o Ce partenariat peut aussi véhiculer un certain nombre
d’arrière-pensées politiques et stratégiques : à partir du moment où on associe les intéressés,
ceux-ci sont complices d’une décision qui peut être contraignante : c’est aussi s’attirer les
faveurs des intéressés à l’égard d’une politique publique menée.
- L’émergence d’un modèle néo-corporatiste : dans les
sociétés contemporaines, 3 types de relations entre groupes d’intérêt et pouvoirs publics :
o groupes d’intérêt refusent tout lien avec l’autorité : ils
s’appuient uniquement sur l’opinion. C’est le modèle protestataire.
o groupes d’intérêt influencent les autorités publiques en
dehors des canaux officiels. C’est le modèle pluraliste.
o groupes d’intérêt entretiennent une relation continue et
institutionnalisée avec les autorités : c’est le modèle néo-corporatiste. Cela qualifie
l’association formalisée des groupes d’intérêt au processus décisionnel. On parle de N-C
lorsque les pouvoirs publics organisent de façon ponctuelle ou permanente les concertations
avec le groupes d’intérêt avant d’engager une politique publique : modèle théorisé dans les
70s. Les pouvoirs publics désignent dans l’opinion les groupes d’intérêt qu’ils considèrent les
plus légitimes, comme interlocuteurs privilégiés et permanents. Ainsi, sont associés les
intérêts concernés à la décision politique.
Dans ce modèle, l’État associe les groupes représentatifs à la décision d’une politique
publique. Ainsi, il renforce la légitimité et l’efficacité des politiques publiques. Double
avantage de ce système : l’État bénéficie d’une expertise ciblée, la concertation avec les
groupes d’intérêt permet d’identifier la force des exigences et l’ampleur des résistances, ce
qui permet de dégager une solution qui sera plus facilement mise en œuvre. L’État prend sa
décision politique en connaissance de cause. De plus, être érigé en interlocuteur occasionnel
ou permanent des pouvoirs publics, c’est un moyen d’accroitre ses ressources. Avec ce type
de gouvernance, se constitue un réseau d’influence réciproque entre les groupes concernés et
les pouvoirs publics. Ils s’appuient sur des acteurs réputés représentatifs, mais l’État légitime
son action en s’appuyant sur ces acteurs, tout en institutionnalisant des groupes et en asseyant
leur position dans l’espace public : le néo-corporatisme produit une légitimité mutuelle :
légitimité des décisions prises par les pouvoirs publics, et légitimité des interlocuteurs.
De nouveaux textes législatifs organisent ces relations et les négociations dans les
commissions représentatives.
Plus les dossiers n’ont des aspects techniques complexes, plus le mythe de l’exclusivité des
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représentants élus sont remis en cause. Aujourd’hui, ces partenariats prennent une
importance croissante dans la mise en place des politiques publiques. La multiplication de
ces interventions affectent la démocratie, car le système politique prend un nouveau virage :
le gouvernement devient gouvernance et en réseau.
Les groupes d’intérêt ont une importance encore plus grande au sein de l’UE, plus encore et bien
avant les partis politiques. On assiste au développement d’un lobbying d’affaires, très bien perçu par
les responsables de l’UE, car vu comme un substitut à l’opinion publique européenne peu existante.
Ils permettent la représentation d’intérêts de plus en plus nombreux, et améliorent le fonctionnement
démocratique des institutions européennes. Ils constituent des courroies de transmission entre les
citoyens et les institutions non-élues de l’UE.
L’ampleur du rôle des groupes d’intérêt tant au sein de l’UE qu’au sein des États membres révèle la
complexité de la notion de pouvoir, des processus décisionnels qui n’émanent désormais plus d’une
unique autorité. Aujourd’hui, la plupart des décisions politiques résultent de compromis.
Chapitre 3 : les professionnels de la politique
Dans toute société, il existe des individus qui disposent de pouvoir d’édicter des règles contraignantes et de
les faire respecter par la force : c’est le rapport gouvernants / gouvernés.
Par gouvernant, on entend toute personne qui lutte pour la conquête et l’exercice du pouvoir. Dans l’État
moderne, c’est le droit constitutionnel qui règle les compétences des dirigeants.
La science politique s’efforce d’identifier sociologiquement la classe politique : depuis le 19ème, se constitue
au sein des démos une élite spécialisée dans l’exercice des fonctions politiques. Traditionnellement, selon
WEBER, avant, la politique était réservée à une élite, mais elle s’est progressivement professionnalisée. Il
distingue les amateurs, donc, et les professionnels. 3 spécificités des systèmes politiques modernes :
- Mobilisation électorale du peuple
- Organisation bureaucratique centralisée
- La professionnalisation des cadres à la conquête du pouvoir
Les politiques récusent cette qualification de professionnel de la politique, que c’est un métier : ils affirment
que c’est leur vocation, un engagement.
La science politique va définir les niveaux de formations, les mécanismes de sélection et les liens qu’elles
entretiennent avec les segments de la société, pour mettre en évidence l’unité profonde d’intérêt de
conception qui unit les dirigeants politiques, et ce en dépit des alternances électorales : il existe une classe
politique identifiable.
Ce chapitre est consacré aux caractéristiques contemporaines des acteurs politiques, et pour les analyser, il
faut d’abord envisager ce qu’est la carrière politique, avant de se pencher sur les mécanismes de sélection
du personnel politique :
Section 1 : la carrière politique
Paragraphe 1 : les professionnels de la politique
1830s, États-Unis : là apparaissent les expressions « politiciens » et « professionnels de la politique » : les
acteurs politiques ne sont plus des amateurs éclairés appartenant à une élite sociale, mais sont des acteurs
spécialisés. C’est Max WEBER qui a le premier mis en lumière cette professionnalisation de la vie publique
dans un ouvrage de 1919.
Il distingue entre administration de notables et professionnalisation de l’activité politique : « Les hommes
qui vivaient pour la politique vivent désormais de la politique ». Distinction simple :
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- Celui qui vit pour la politique doit être économiquement indépendant : en conséquence, le
recrutement social du personnel politique est sélectif. Celui qui vit POUR la politique appartient
souvent à la noblesse, ou à la bourgeoisie rentière. Ils font de la politique de manière occasionnelle,
sur leur temps libre : ce sont des amateurs.
- Celui qui vit de la politique tire un revenu de l’exercice à temps plein d’une ou plusieurs fonctions
politiques. IL est acteur public et est rémunéré pour cela : des élus, des permanents d’organisations
traditionnelles (syndicat, association, parti…)
Le passage de la vie pour à la vie de la politique se traduit par une évolution professionnelle et
bureaucratique. Par professionnalisation, on évoque le processus historique qui a vu la spécialisation d’un
groupe d’individu qui décident de se consacrer à temps plein à leur mandat et qui sont rémunéré pour cela.
C’est un phénomène récent : il est concomitant de la démocratie représentative et de l’universalisation du
suffrage. On le date de la 2nde moitié du XIXème. En effet, l’extension du suffrage modifie la façon de se
faire élire. Plus le suffrage est étendu, pour la concurrence pour l’accès aux fonctions politiques
s’intensifient, plus il faut être capable de mobiliser et fidéliser des électeurs. De plus, plus la démocratie
représentative se développe, plus l’activité de représentant se complexifie, et impose son exercice à temps
plein et la mise en œuvre de compétences accrues.
Avec l’universalisation du suffrage, on développe des programmes idéologiques pour faciliter le choix des
électeurs. Mais les ressources individuelles du candidat (mérite, éducation, appartenance à une élite…) ne
suffisent donc plus, et on assiste à une nationalisation de la vie politique, les élections parlementaires
prenant de plus en plus d’importance : il faut mettre un place une organisation rationnalisée qui soit capable
de couvrir l’ensemble du territoire. Parallèlement, on assiste à la professionnalisation de la vie politique :
recherche de financement, mise en place de comités électoraux, augmentation du nombre d’acteurs
politiques intermédiaires… La politique cesse d’être le monopole des riches pour évoluer vers un métier
rémunéré, rationalisé, qui s’exerce par l’intermédiaire des grandes organisations politiques : on constate une
évolution du personnel politique. Traditionnellement, les politiques étaient des professions libérales,
amateurs de politiques, et ils se sont mués en spécialistes qui se consacrent entièrement à l’activité publique.
En France, ce processus a commencé avec la IIIème République : elle se traduit par la division du travail
politique, elle renforce la distinction entre ceux qui font la politique, et les citoyens ordinaires. Elle
s’accompagne de compétences accrues pour les acteurs concernés, et les professionnels politiques tendent à
s’arroger le monopole de la compétence politique : une coupure apparait entre le peuple et les élites
politiques, ce qui éloigne certaines catégories. C’est ce que souligne DANIEL GAXIE lorsqu’il parle d’un
« cens caché » : certains s’estiment incompétents et se détournent de cette voie.
La professionnalisation de la politique s’accompagne de certains avantages : elle a permis la
démocratisation du personnel politique, lui permettant également d’acquérir compétence et indépendance.
Mais il y a des inconvénients également : GAXIE fait remarquer qu’à partir du moment où il y a
professionnalisation, la politique devient une source de revenus, ce qui a pour effet d’inciter les acteurs
politiques à faire passer les intérêts de leur carrière avant ceux de la nation. Dans la même veine,
SCHUMPETER fait une transcription entre monde politique et monde économique, soulignant que les
électeurs deviennent des consommateurs de politiques, et les acteurs politiques deviennent des producteurs
de politiques : il y a adaptation, comme en économie, du producteur à la demande. Donc le politique va
privilégier la prise de décisions propres à satisfaire son électorat, parfois au détriment de l’intérêt général.
Ainsi, l’idée de professionnalisation est ambivalente : elle renvoie d’une part à l’idée de compétence, mais
également à une crainte d’une dépossession du peuple souverain, la classe politique ayant le monopole de la
compétence et ses propres intérêts.
Paragraphe 2 : les différentes filières politiques
Traditionnellement, on distingue trois types de filières pour accéder aux fonctions politiques :
- la filière locale, qui évoque un parcours traditionnel du niveau local vers le national (certains auteurs
appellent cela « cursus ascendant »)
- la filière partisane (« cursus militant »)
- la filière descendante (« cursus inversée ») : filière apparue surtout sous la Vème République
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A. Le cursus ascendant
Il commence par une implantation locale, caractérisée par l’obtention d’un ou plusieurs mandats locaux,
d’importance croissante (d’abord conseiller municipal, puis maire ; conseiller régional, puis président de
conseil général ou régional ;; maire d’une ville plus importante ; puis être repéré et accéder au statut de
député) : on passe d’un mandat local à un mandat national. A ce stade, souvent, l’élu local détient plusieurs
mandats. Une fois au Parlement, l’élu est d’abord parlementaire de base, puis obtient des fonctions au sein
de l’Assemblée (président d’une commission, rapporteur sur un projet de loi importante, porte-parole de son
groupe…) et s’étant fait repérer, il peut accéder à une fonction ministérielle, voire Premier ministre ou
même président de la République.
Ainsi de Jean-Pierre Raffarin, élu local qui commence dans des mouvements de jeunesse giscardien, et qui
accède à la fonction de Premier ministre. Ou encore Jean-Marc Ayrault.
B. Le cursus militant
L’ascension du local au national se fait au sein de l’appareil d’une organisation politique (parti, ou
association, ou groupe d’intérêt). Une fois tous les échelons gravis au sein de cette organisation, on peut
passer à la députation, ou à des postes gouvernementaux. Ce cursus militant est un système qu’on retrouve
dans les partis favorisant le militantisme : les partis de masse.
Exemple typique : Pierre Bérégovoy : syndicaliste cheminot, devenu Premier ministre.
La filière locale caractérise la carrière des hommes politiques de la IIIème République. Puis, on a vu monter
en puissance la carrière partisane (IVème République). Mais la Vème République a vu apparaître un
nouveau type : le cursus inversé.
C. Le cursus inversé
Disposant de ressources sociales élevées, l’acteur politique entre directement au centre du pouvoir, comme
conseiller, collaborateur auprès d’un dirigeant (ministre, parlementaire, président de la République). Puis,
ayant exercé ces fonctions, il décide dans un second temps de s’implanter localement et de s’investir dans
une organisation politique (souvent un parti) : on commence une carrière individuelle au centre du pouvoir,
et on recherche ensuite la légitimité électorale conquise localement. En général, ils sont issus d’une grande
école, et s’intègrent à la sortie de cette formation. Cela suppose des parachutages, notamment vers les
marchés politiques locaux, qui suscitent souvent des polémiques : l’acteur parachuté entre en conflit avec
les militants qui ont suivi le parcours classique. Quand l’implantation locale est réussie, elle ouvre l’accès
aux plus hautes responsabilités nationales.
Ce fut le cas de Jacques Chirac, Ségolène Royal, François Hollande.
Le poids respectif de ces filières varie au sein de l’espace politique :
- A gauche, la filière partisane domine : les socialistes, notamment de la XIVème législature en 2012
ont fait leurs débuts en politique au sein d’associations ou au sein du PS.
- A droite, les filières locale et descendante dominent.
L’apparition et la montée en jouissance du cursus inversé est une caractéristique de la Vème. En France, les
carrières de la haute fonction publique ouvrent l’accès au champ politique, mais aussi au pantouflage.
Quand la IIIème est la République des instituteurs, et la IVème celle des avocats, la Vème est la République
des hauts-fonctionnaires.
En France, on emploie le concept d’élites politico-administratives pour désigner l’élite Étatique française.
IL y a une sorte de porosité : les liens entre administration et politique sont très étroits. Dans une moindre
mesure, il y a le même phénomène en Allemagne. Mais en Italie et au Royaume-Uni, le mode des
formations sont totalement séparées. La France se distingue par son système éducatif, et ses grandes écoles
qui forment les hauts-fonctionnaires, favorisant l’accès à l’élite politique : X, ENS, ENA, Sciences-Po…
Cette élite administrative est caractérisée par un double critère : souvent, le fait de cumuler deux grandes
écoles (avant, X et ENA (VGE), puis ENS et ENA (Juppé), HEC et ENA (Hollande). Sortir de l’ENA
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permet d’accéder aux plus hautes fonctions administratives, politique et des affaires, avec la possibilité
d’alterner la nature des fonctions (Triangle du pouvoir).
Désormais, sous la Vème, deux types de cursus cohabitent : le cursus classique ascendant, et le cursus
inversé. En conséquences, sous la Vème, on observe un double phénomène : d’une part la fonctionnarisation
de la politique (présence de plus en plus significative de hauts-fonctionnaires dans les gouvernements et
assemblées parlementaires), mais aussi une certaine politisation de la fonction publique, notamment par les
nominations au tour extérieur pour services rendus en politique.
Paragraphe 3 : les formes de l’activité politique
La question sous-jacente, ici : faire de la politique, est-ce exercer un métier comme les autres ?
Répons nuancée : oui, et non à la fois. Pour répondre plus précisément, il convient d’analyser d’abord les
caractères du travail politique pour en mesurer l’originalité, avant d’envisager la nature du travail politique
pour en déterminer le contenu.
A. Les spécificités du travail politique
Oui, c’est un métier comme un autre : on y consacre du temps, on y perçoit une rémunération, les élections
jouent un rôle analogue au marché (on met en compétition la valeur et la qualité des acteurs). Mais le métier
politique est spécifique : il repose sur des savoir-faire, une habileté technique, qui résulte d’une formation
initiale, mais surtout de l’expérience du terrain, de l’acquisition pragmatique de compétences propres.
Quelles sont les motivations pour entrer en politique ? Deux types :
- Pour des motivations pratiques : goût de l’action, du concret, pour certains les avantages matériels
qu’on en tire
- Pour des motivations idéalisantes : souci de l’intérêt général, volonté de s’impliquer dans de grandes
causes, et parfois, parce qu’on recherche une certaine notoriété, une popularité.
Certaines compétences prédisposent au métier politique. Le terme de « métier » suggère que la profession
repose sur l’apprentissage de connaissances pratiques, ni obligatoires, ni immuables. L’accès est facilité par
le passage dans certaines universités ou grandes écoles : droit, économie, sociologie. Mais ce n’est pas une
obligation : les connaissances se transmettent aussi de façon informelle, sans être sanctionnées par un
diplôme. Le représentant, dans un régime démocratique, doit être capable d’assurer une autorité sur sa
circonscription, dans son parti, pouvoir fidéliser des soutiens, en acquérir de nouveaux. Les compétences
requises dépendent de la fonction : pour faire carrière comme ministre, il faut avoir des qualités techniques
spécialisées ;; pour être maire, être un bon manager territorial. En général, l’acteur politique doit avoir une
bonne connaissance de la société et règles institutionnelles, maîtriser l’usage des médias, qualités oratoires,
qualités d’adaptation, sens de l’improvisation, et savoir maîtriser ses émotions.
Quelques œuvres entretiennent l’idée que les carrières politiques se construisent sur les trahisons et le
cynisme : cela peut exister, mais ne suffit pas.
Comme dans toute profession, les acteurs politiques poursuivent des intérêts personnels (poursuivre une
carrière), mais aussi des intérêts corporatistes (promouvoir leur parti) : ils le masquent font valoir leur
engagement pour le peuple.
Le métier oolitique est de plus en plus codifié : aujourd’hui, on constate une multiplication des lois régissant
l’exercice des activités politiques, une « régulation juridique » de la vie politique, avec l’apparition d’un
véritable « droit de la vie politique », qui se développe autour :
- D’une logique statutaire (loi sur le cumul des mandats…)
- D’une logique de transparence (publication des comptes de campagne, des déclarations d’intérêts…)
- D’une sanction en cas de non-respect
Désormais, l’exercice de toute activité politique est de plus en plus contrainte par ces réglementations. Le
métier politique est de plus en plus complexe, non seulement par cette réglementation, mais aussi par la
médiatisation accélérée de la vie politique, qui a une influence certaine sur l’exercice d’un métier politique.
Surtout : cette irruption entraîne une diversification des professions liées à la vie politique, l’apparition de
nouveaux acteurs, tous ceux qui se consacrent aux métiers de la communication, pour concevoir et analyser
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des enquêtes d’opinion, construire, gérer des images politiques. De nombreux acteurs, comme les
personnels de instituts de sondage, des analystes de la vie politique, des boîtes de comm’, sont considérés
comme des acteurs publics sans pour autant avoir de mandat.
B. La nature du travail politique
L’action politique vise à mobiliser des soutiens et est tournée vers l’octroi de satisfaction pour le bénéfice de
la collectivité entière. Le travail politique comporte 2 aspects :
- Un travail de décision : tout acteur politique s’y consacre. Il associe une multiplicité d’acteurs plus
ou moins apparents. Aux règles de compétences, qui ne suffisent pas toujours, il faut ajouter les
logiques et stratégies des acteurs concernées. Ce travail consiste en la mise sur l’agenda d’un
problème, puis la décision des acteurs eux-mêmes. L’agenda politique, c’est l’ensemble des
problèmes perçus comme ayant besoin d’une intervention politique. Les acteurs jouent un rôle
déterminant, soit de manière spontanée (en amont, pour anticiper des conséquences prévisibles, ou
des conséquences prévisibles), soit sous la contrainte (en aval, obligation de réagir à un évènement,
contraints à l’action par intervention d’adversaires, démobilisation protestataire, opposition
parlementaire, réaction à une campagne de presse…).
Il appartient aux acteurs d’évaluer les coûts de toute intervention de leur part, coûts dépendant de la
complexité et des chances de réussite de la décision.
Il convient, après la mise sur agenda, au responsable politique de prendre les décisions en en assurer
la responsabilité. Cela suppose un certain savoir-faire propre : l’acteur politique doit savoir,
percevoir les attentes des citoyens, apprécier si les attentes sont raisonnables ou non. Il doit aussi
identifier dans un dossier technique remis par ses conseillers les éléments susceptibles de provoquer
des résistances, polémiques, et mesurer les risques de toute prise de décision et mobiliser des
citoyens. Le décideur doit savoir communiquer, présenter la décision de manière à la faire accepter
par les gouvernés : la communication est incontournable en politique aujourd’hui, l’acteur ne peut
survivre sans : il faut justifier les mesures prises pour en faciliter la mise en œuvre. Toute
communication remplit un double objectif :
o Travail sur les représentations du réel : la perception des citoyens ont de leur vécu ont plus
d’importance, le discours d’un opposant sera de rendre les dirigeants responsables et sa
propre capacité à faire mieux, et les dirigeants s’efforcent de s’attribuer un rôle dans la
survenance de tous les phénomènes politiques et évitera de parler d’impuissance.
o Mais il doit mobiliser les soutiens : les logiques d’expression varient selon le contexte
politique. L’opposant adoptera un langage de promesse, mettre l’accent sur son programme,
et le dirigeant, sur son bilan, en tentant d’établir un lien entre phénomène positif et son
action.
Il y a une double dépendance réciproque entre les journalistes et les politiques : c’est les politiques
qui font vivre les journalistes, en leur fournissant de quoi nourrir leurs papiers, mais les acteurs
politiques sont aussi dépendants pour valoriser leur action, pour la faire connaitre.
En résumé : l’activité politique peut être qualifiée par quatre verbes :
- Plaider : le député plaidera auprès des administrations pour obtenir des décisions favorables à sa
circonscription ;; le ministre, pour obtenir des arbitrages favorables à son ministère du président…
Plaider suppose des prises de parole ciblées : il y a plusieurs distinctions à faire
o L’éloquence du tribun dans un meeting politique
o Habileté d’expression de l’acteur politique dans un comité restreint
o Art de la controverse dans débats, que ce soit dans les médias ou en comité restreint
- Participer à des processus décisionnels : il s’agit pour le responsable politique de coordonner les
décisions des différents acteurs, parties prenantes dans les décisions. IL endosse les décisions, il doit
être capable de mettre un terme à la période de concertation qui précède une décision.
- Contrôler : rôle majeur de l’opposition, connaissance des acquis juridiques pour repérer anomalies et
cibler les objectifs réels d’une politique en dehors de ceux affichés. Il s’agira pour les dirigeants
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d’exercer une vigilance critique pour prévenu les dysfonctionnements de leur service, anticiper les
réactions hostiles des électeurs.
Section 2 : la sélection du personnel politique
Les dirigeants politiques ont souvent été accusés de former une nouvelle aristocratie, une « noblesse
d’État » (BOURDIEU), comme si l’accès d’un individu à l’élite politique se trouvait facilitée par son
appartenance à l’élite politique sociale.
En France, trois caractéristiques spécifiques de la classe politique :
- Une forte homogénéité sociale et intellectuelle
- Le renouvellement et l’ouverture de la classe politique ont été réduits par le cumul des mandats,
même si aujourd’hui, en voie d’éradication
- Une féminisation tardive et progressive
Paragraphe 1 : l’homogénéité sociale du personnel politique
Question qui peut se résumer à une simple équation : profession politique = un métier d’homme, d’âge mûr,
issu des catégories supérieures, diplômés et qui font de la politique une activité durable.
- Peu de femmes
- Peu de jeunes : moyenne d’âge des sénateurs est de 62 ans ; celle des députés, de 55 ans. Certaines
tranches d’âge sont surreprésentées au Parlement. Dans les pays européens, sont surreprésentés les
41-50 ; 51-60. En France, ce sont les 51-60 et les 61-70 qui le sont. La France a une classe politique
vieillissante qui peine à se renouveler du fait du cumul des mandats, et de la possibilité de se
représenter indéfiniment.
- Un statut social élevé : ¾ des députés, 90% du gouvernement sont issus des 7% de classe supérieure
de la société, et cette évolution n’épargne plus le personnel politique local. La politique est souvent
une affaire de famille : le groupe social, parfois, contrôle sa propre sélection. Le mandat électif se
transforme en héritage familial, créant une sorte de dynastie : Aubry, fille de Delors, famille Le Pen,
Debré… Pierre Bourdieu parle « d’autoreproduction de la classe politique française ».
- Un métier de fonctionnaire : comme dans certains pays européens, comme l’Allemagne, le secteur
public représente entre 30 et 50% du personnel élu au Parlement selon les législatures. Cette
proportion augmente au fur et à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie politique. Selon les
périodes, les fonctionnaires représentent entre 43 et 45% des membres du gouvernement. Mais aussi
grâce à l’ENA, l’école du pouvoir. Depuis sa création en 1945, les élites françaises sont formées par
la même institution, ce qui leur confère une homogénéité intellectuelle. L’ENA forme des
technocrates (ce qui est remis en cause par ceux qui veulent renouveler le système). La compétition
politique concerne avant tout les agents situés au sommet de la hiérarchie sociale : plus on monte
dans la hiérarchie politique, plus l’origine sociale est élevée. Le recrutement suit une logique sociale,
ce qui éloigne les acteurs socialement et culturellement démunis. Les PP essayent de corriger cette
logique, en pratiquant une certaine discrimination politique, en assurant ou en tentant d’assurer la
promotion de la diversité.
Paragraphe 2 : le cumul des mandats, obstacle au renouvellement du personnel
politique
Situation dans laquelle un acteur politique exerce plusieurs mandats de manière concomitante. Mais c’est un
phénomène multiforme. On distingue :
- Le cumul vertical : cumul dans un même champ. A la fois député, maire, sénateur, ou conseiller
général… Réglementé en France depuis 1985.
- Le cumul horizontal : fonction économique, politique et culturelle : système des incompatibilités,
existe depuis longtemps.
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- Cumul temporel : renouvellement des mandats (réglementé depuis révision constitutionnelle de
2008, président de la République limité à deux mandats).
Cela bloque l’entrée en politique des nouveaux talents. En 2012 : 82% des députés, 77% des sénateurs
exercent au moins un autre mandat. Actuellement, 60% des parlementaires détiennent aussi une fonction
exécutive locale.
Ce cumul des mandats est une spécialité française. En Italie, 16% des parlementaires exercent au moins un
autre mandat ; 15% en Espagne, 13% au Royaume-Uni, 10% en Allemagne. En France, on a une tradition
de confusion des rôles et de concentration des pouvoirs. La limitation n’est intervenue qu’en 1985, par une
législation, puis en 2000, puis par la loi du 22 janvier 2014, qui entrera en vigueur en 2017 (qui n’interdit
pas le cumul, mais interdit le cumul d’une fonction nationale avec une fonction exécutive locale).
Ce qui favorise cette pratique, c’est la légitimité fonctionnelle. Elle réduit la concurrence politique, renforce
le prestige de l’élu local, augmente la capacité d’intervention et d’influence. Comme le soulignait
CARCASSONNE en 1997, « aussi longtemps qu’il n’est pas juridiquement interdit, il est politiquement
obligatoire ».
Le cumul des mandats ne date pas de la Vème République, mais s’est accentué dans cette période. Sous les
IIIème et IVème République, 2/3 de députés cumulaient. Aujourd’hui, ¾. Pourquoi cette spécificité
française ? Car la France a un grand nombre de communes (50% des communes de l’UE), et système
électoral et partisan encourage les députés à développer une relation personnelle avec les électeurs. Le
cumul des mandats est un mal inévitable, mais pas nécessaire : il sert la démocratie tout en le desservant. Il
présente des avantages et des inconvénients. Aux yeux de certains :
- c’est un support utile pour la démocratie : il renforce l’autorité politique des élus. Le mandat local
facilite la pérennité du mandat parlementaire. Le cumul des mandats est une prime à l’élection et à la
réélection.
- Il a un caractère formateur : en cumulant plusieurs mandats, les élus acquièrent efficacité et
expérience, développe sa richesse juridique et politique. La gestion locale éclaire l’élu dans sa
réflexion sur les enjeux nationaux. De plus, cela lui donne la possibilité de faciliter la gestion de
dossiers locaux via le Parlement.
Mais il s’avère aussi être néfaste pour la démocratie :
- Il génère un exercice dénaturé des mandats. Avoir un mandat national, c’est être de plus en plus
occupé. Mais du fait de la décentralisation, détenir un mandat local est de plus en plus complexe.
L’élu va donc déléguer : le député-maire va confier beaucoup de responsabilités à son premier
adjoint.
- Il nuit à la qualité du travail parlementaire : amenés à privilégier des mandats sur d’autres. Le local
est préféré, souvent, au travail parlementaire, et génère un absentéisme parlementaire. La détention
d’un mandat local peut influencer l’exercice du mandat national. Il empêche aussi les nouveaux
talents d’éclore.
- Engendre conflits d’intérêts : risques de corruption sont multipliés. Il concentre le pouvoir aux mains
d’élites restreintes, ce qui complexifie la tâche des organes de contrôle.
- Il crée une sclérose de la vie politique : rend plus difficile la féminisation et le rajeunissement la
politique.
en France, le cumul a été réglementé en 1985, et aujourd’hui, une seconde législation adoptée en 2000 le
limite : impossible de cumuler avec un mandat de député du parlement européen, et avec plus d’un mandat
local (conseiller régional, général, municipal). Mais ces limites sont trop insuffisantes, et ne limitent pas,
comme c’était prévu, les conflits d’intérêts et ne permettent pas la professionnalisation des élus : elles
n’empêchent pas le cumul d’un parlementaire et d’un exécutif local.
Des chefs de gouvernement posent des limites : sous Jospin et Raffarin, il fallait faire un choix entre
exécutif local et portefeuille ministériel. Sous Fillon, 22 membres du gouvernement élus (dont 14 dès le
premier tour). Depuis 2012, on ne peut de nouveau plus cumuler, comme sous Jospin.
Dès le comité Balladur, on insiste sur la nécessité d’une limitation d’un mandat parlementaire et de
fonctions exécutives locales, pour un renforcement du Parlement, mais proposition restée lettre morte.
en 2012, la commission Jospin propose l’interdiction du cumul d’une fonction ministérielle et de TOUTE
fonction locale, en avançant trois objectifs :
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- Restaurer la confiance des citoyens envers leurs représentants
- Limiter les situations de conflits d’intérêts
- Faciliter le renouvellement du personnel politique
Le cumul des mandats connaît une nouvelle législation restrictive depuis la loi de janvier 2014, mais cette
loi ne s’appliquera qu’à partir de 2017. Elle a suscité de vifs débats, les adversaires de la réforme
soulignaient les avantages du cumul (ancrage local, connaissance des réalités), certains voulaient réserver un
traitement spécial pour les sénateurs. Mais malgré les réticences de la classe politique (droite comme
gauche), à partir du 31 mars 2017, impossible de cumuler entre mandat national et mandat exécutif local.
La réforme s’appliquera de la même façon pour tous les parlementaires. Par ailleurs, le texte adopté en
janvier 2014 autorise qu’un député ou un sénateur démissionnaire pour cause de cumul des mandats soit
remplacé par son suppléant.
Deux remarques :
- Toute interdiction plus sévère du cumul des mandats suppose l’adoption d’un véritable statut de
l’élu.
- D’autre part, ce sont les électeurs qui fabriquent les cumulards.
- Il y a d’autres propositions pour rénover la démocratie : pratique du mandat unique, mais aussi,
limitation à trois mandats consécutifs pour chaque fonction élective, fixer un âge plafond pour
l’exercice des mandats parlementaires (Hervé Morin avait proposé 72 ans, et Montebourg, 68 ans).
Mais une partie de la classe politique y est réticente.
Paragraphe 3 : la féminisation de la vie politique
Femme et politique, question aux aspects multiples. Les femmes sont d’abord des citoyennes, et il faut
évoquer l’évolution de leur comportement électoral (voir le chapitre sur le comportement électoral) : il n’y a
plus de comportement électoral féminin.
Ce sont aussi des militantes. La grande idée à retenir, c’est qu’au-delà du champ partisan, elles investissent
davantage le monde associatif et syndical, où elles militent plus.
Ce sont aussi les femmes responsables politiques.
C’est enfin l’exercice d’un pouvoir occulte : autrefois, les mères étaient régentes quand leur leur fils mineur
accédait au trône, et on connaît aussi des maîtresses de rois qui ont influencé ces derniers. Aujourd’hui, ce
sont les épouses, les compagnes qui peuvent avoir un rôle.
Paradoxe : la France est le pays des Droits de l’Homme et de l’égalité, mais la Révolution n’a pas émancipé
les femmes. La vie politique française est peu féminisée. Pendant longtemps, les femmes ont eu un
comportement électoral spécifique : elles votaient moins que les hommes et plutôt davantage à droite que
les hommes. Ce comportement est lié à un sentiment d’incompétence en politique, lié à leur histoire, leur
exclusion du champ politique. Sous la Révolution, de nombreuses femmes ont fait preuve d’une conscience
politique et de pratique militante, notamment Olympe de Gouges. « La femme a le droit de monter sur
l’échafaud, elle doit également avoir le droit de monter à la tribune ». Pendant deux siècles, les femmes
restent cantonnées à la sphère privée de la société. Très vite, dès l’époque révolutionnaire, elles sont
évincées de la vie politique. En 1791, elles sont privées du droit de vote. En 1793, elles perdent
l’autorisation d’avoir leur propre club. En 1795, elles perdent l’accès aux tribunes de la Convention, puis le
droit d’assister à toute assemblée politique. En 1848, on adopte le suffrage universel masculin. Résultat de
cette éviction : dès la fin du XIXème siècle, les mouvements féministes réclamant le droit de vote se
multiplient, sans succès, car trop divisés. Sous la IIIème, la gauche redoute l’influence des prêtres et des
maris sur l’orientation du vote féminin. C’est en 1944 qu’une ordonnance du gouvernement provisoire du
général de Gaulle qui leur octroie le droit de vote. En moins de 50 ans, elles ont rattrapé leur retard par
rapport aux hommes. Les comportements électoraux des deux sexes sont similaires : elles participent autant
que les hommes, votent autant voire plus que les hommes pour la gauche. Pendant longtemps, on avait
considéré une certaine répugnance des femmes à voter pour les extrêmes, mais avec Marine Le Pen, ce
caractère s’est effacé.
Malgré cela, elles sont minoritaires parmi les élus locaux et nationaux. Pourtant, l’opinion publique a
conscience du besoin de féminisation de la vie politique. L’accession des femmes aux plus hautes
responsabilités politiques n’effraie plus l’opinion. Pour remédier à cette sous-représentation, on a utilisé la
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contrainte, en appliquant le principe de la parité. La parité est une revendication de nombreux de pays de
l’UE, même si la voie législative est encore peu employée. La première Lo favorisant l’accès des femmes
aux mandats électoraux est adoptée en Italie en 1993. La Belgique se dote d’une législation imposant des
quotas de femmes sur les listes électorales de tous les partis en 1994 : le nombre des candidats du même
sexe ne peut excéder les 2/3 sur une liste. Résultat : en 2007, 34,7% de femmes députées. Au Portugal
(premier pays européen à avoir accordé le droit de vote et d’éligibilité aux femmes en 1976), une loi
socialiste de 1999, rejetée, imposant de constituer des listes électorales, avec au moins 25% de femmes. En
février 2005, là-bas, 21% de femmes au Parlement.
La loi sur la parité a suscité des débats.
- Ceux qui sont contre : lois sur la parité porterait atteinte à l’indivisibilité de la nation, à
l’universalisme, en introduisant un risque de communautariste, qui pourrait susciter de nouvelles
revendications de la part d’autres catégories de la population. De plus : quelle serait la légitimité des
femmes élues par une contrainte législative ? Enfin, cela porterait atteinte à la liberté de choix de
l’électeur.
Malgré cela, en 1999, le principe de parité est introduit dans la Constitution. La loi du 6 juin 2000 vise à
« favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ». Les
partis doivent présenter une part égale de candidats et de candidates, sous peine de sanctions financières. La
loi du 31 juillet 2007 instituait un ticket paritaire (candidat et suppléant de sexe opposés) pour les
cantonales, et renforçant la pénalisation pour les législatives. Mais la loi du 17 mai 2013 a imposé un
nouveau type de suffrage : le scrutin binominal paritaire : pour les conseillers départementaux, un homme et
une femme seront élus, en binôme. Cela suppose de redécouper les cantons. Aujourd’hui, les conseils
généraux ne comportent que 13,5% de femmes. Ce sera donc élevé à 50%.
Bilan : depuis l’adoption de ces mesures contraignantes, la représentation des femmes progresse, mais
lentement. Depuis mai 2012, le gouvernement est paritaire. Depuis mars 1997, les élections législatives
marquent un progrès, même si l’élite est masculine. Aujourd’hui, 26% de femmes à l’Assemblée : en 1962,
1,7% de femmes. De même, aujourd’hui, 22% de femmes au Sénat, et 1,4% de 1971.
Les partis ne sont pas égaux dans ce processus : les partis de gauche sont plus ouverts aux femmes que ceux
de droite. A l’heure actuelle, PS : 37,5% de femmes parmi ses députés. Le PRG, 33%, EELV-Les Verts,
52,9%, 14% UMP, 0% centristes.
Chiffres à relativiser. En effet, en 2012, lors des législatives, la gauche avait moins de sortants, et il est plus
facile de présenter des candidatures féminines dans ces cas-là.
Pour comparer : en UE, les femmes = 24,2% des chambres basses, avec de fortes variations : 8% à Malte et
46% en Suède. La part des femmes parmi les élus progresse vite dans les élections de liste, mais plus
faiblement dans les élections uninominales. Il faut souligner qu’après les élections, on choisit rarement des
femmes pour assurer l’exécutif. Ainsi, en 2012, les femmes représentent 10% des maires des communes de
+3000 habitants, 7% des présidents de conseils généraux, 5% des présidents de conseillers généraux, alors
qu’elles sont 48% de conseillères régionales.
De plus, au sein des exécutifs locaux, on a une spécialisation des activités et des responsabilités : on laisse
plus facilement aux femmes les affaires sociales, culturelles ou familiales plutôt qu’économiques et
financières (mais ce n’est pas forcément vrai au niveau national).
Pourquoi la féminisation est-elle si lente et progressive ? Du fait de la stratégie des PP : ils font de la
résistance à l’entrée des femmes dans l’arène politique, résistance qui émane de l’arène politique elle-
même : les remarques sexistes sont très nombreuses. En effet, les hommes politiques résument la parité à un
peu de mixité, et la considère comme une obligation. Souvent, les circonscriptions les plus difficiles sont
attribuées aux femmes, et plusieurs partis préfèrent subir les pénalités financières. Enfin, on est réticent à ne
pas renouveler l’investiture d’un sortant efficace pour le remplacer par une femme nouvelle. Les femmes
ont moins l’occasion de montrer leurs compétences, donc moins d’élus, cercle vicieux. Devenir femme
politique en France, c’est encore une voie d’exception. Cela s’explique par plusieurs critères :
- Le poids des scrutins uninominaux
- Le cumul des mandats
- Sous la Vème République, l’élite politique est constituée de hauts-fonctionnaires énarques, alors que
l’ENA ne comptait jusqu’en 1970, 10% de femmes.
- La cooptation qui prend une place importante
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- La faiblesse des réseaux politiques féminins.
Pourtant, la participation des femmes est considérée comme un des éléments susceptibles de moderniser la
vie politique. Il semble nécessaire d’agir sur le fonctionnement des PP. Il faut aussi agir sur les modes de
scrutin, ou le statut de l’élu et l’organisation de la vie politique : tant que les réunions ont lieu le soir ou le
WE, cela ne favorise par la féminisation. Mais la féminisation dépend aussi des femmes elles-mêmes : elles
doivent s’investir en politique, ce qui est loin d’être le cas.
Chapitre 4 : l’opinion publique
Elle se définit comme la manière de penser la plus répandue dans une société, celle de la majorité du corps
social. Les acteurs politiques, journalistes et autres médias s’y réfèrent constamment. Désormais érigée en
acteur collectif, l’opinion publique devient un gage démocratique, et souvent, l’opinion majoritaire est prise
à témoin pour légitimer l’action politique. Nous en avons des exemples tous les jours : la politique apparaît
désormais comme un complexe jeu triangulaire entre les acteurs politiques, les médias et l’opinion publique.
En dépit du silence des textes constitutionnels, l’opinion publique est devenue un acteur politique important.
Et dès lors qu’on analyse, qu’on considère l’opinion publique, de nouveaux entrants font leur entrée sur la
scène politique : les sondeurs, les commentateurs, les spécialistes en comm’… La politique devient une
affaire de spécialistes, ce qui accroît le fossé entre initiés et non-initiés.
Cette montée en puissance de l’opinion publique suscite trois questions :
- Existe-t-elle vraiment ou est-ce un phénomène construit par les sondeurs et imposé par les
commentateurs ?
- Comment mesure-t-on l’opinion publique ? La diffusion de ces mesures développe la
communication politique, ce qui n’est pas sans conséquences sur la démocratie : la médiatisation est-
elle une contrainte pour la vie politique, ou un renforcement de la démocratie ?
- Les nouvelles techniques de communication produisent-elle de nouvelles formes de démocraties ?
Section 1 : l’opinion publique
En démocratie, le peuple est la source de la légitimité du pouvoir. Une politique répondant aux attentes de
l’opinion publique est perçue comme légitime. A l’inverse, une politique condamnée par l’opinion publique
est menacée d’illégitimité. Certains récusent cette dictature de l’opinion publique, et soulignent qu’une
politique doit être considérée en fonction de sa contribution à l’intérêt général, pas uniquement par sa
popularité.
Il est impossible de recueillir simultanément l’opinion de dizaine de milliers de personnes : quelles
techniques utilise-t-on ? Tout se passe comme s’il existait un point de vue majoritaire, qui vaut pour
l’ensemble des individus. Mais en réalité, ce n’est pas aussi simple : il est difficile de synthétiser plusieurs
points de vue en un seul. Et comment mesure-t-on cette opinion ? Existe-t-il une majorité ?
Là apparaissent les critiques : certains auteurs dénoncent l’opinion publique comme un phénomène construit
et instrumentalisé politiquement et socialement.
Paragraphe 1 : la naissance de l’opinion publique
Au XVIIème siècle, l’opinion publique se forge à la cour, à la ville, et est fondée sur les rumeurs qui se
propagent dans les salons en vue. Au XVIIIème siècle, le milieu intellectuel introduit une composante
supplémentaire. C’est l’époque où certains philosophes connaissent des succès d’édition, et quelques-uns
assoient leur autorité, et formulent une manière de penser diffuse. C’est alors l’opinion d’une élite cultivée,
bourgeoise, opposée à l’absolutisme royal, qui s’exprime dans les salons : ce n’est à ce moment que
l’opinion d’une minorité. L’opinion de la majorité n’a que très peu d’existence.
Au XIXème siècle, les élus de la nation obtiennent le monopole de l’expression publique : les députés sont
élus par le peuple, et peuvent donc prétendre à exprimer la volonté de la nation et traduire les aspirations de
l’opinion. Les élus locaux ont un rôle décisif comme relais d’opinion auprès des dirigeants, et sont des
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producteurs. Se développe alors la presse, qui joue un rôle croissant, acquiert une audience de masse, et
vient concurrencer les élus dans l’expression de l’opinion. Parallèlement, les manifestations de rue
apparaissent en France pendant la révolution de 1848. L’opinion s’affirme : elle devient un enjeu électoral.
Jusqu’au milieu du XXème, il n’existe qu’un ensemble de modalités et de définitions de l’opinion
concurrentes : à partir des 1960s, grâce au développement des sondages, on organise en permanence la
mesure des perceptions et des jugements des citoyens. Apparaissent alors les instituts de sondage, et les
sondages d’opinion, qui s’imposent comme les instances habilités à dire ce qu’est l’opinion publique et ce
qu’elle veut. Au fur et à mesure qu’ils prennent de l’importance, les autres canaux se trouvent concurrencés,
et s’impose la croyance selon laquelle le sondage est une technique scientifique, car il fait parler le peuple
directement sans intermédiaire. Mais apparaissent des controverses.
Paragraphe 2 : l’opinion publique, notion controversée
Le concept de l’opinion publique renvoie à l’opinion de la majorité exprimée ailleurs que dans les urnes, il
désigne les jugements et perceptions de la majorité de la population tels qu’ils ressortent de l’analyse par
voie d’enquêtée et sondages agrégés. L’OP personnalise l’avis de la majorité, avis à partir duquel il est
considéré comme possible et légitime d’établir des prévisions électorales ou de justifier une action politique.
Aujourd’hui, c’est un pouvoir important, et souvent, on réduit l’OP aux résultats des sondages. Pourtant, la
mesure est difficile à réaliser, et suscite de nombreuses critiques qui portent sur le principe même des
sondages et sur les méthodes utilisées par les sondeurs. La critique universitaire a remis en cause la validité
scientifique des sondages du point de vue de la fiabilité technique et de la manipulation politique sur
laquelle ils peuvent aboutir. Ces auteurs montrent que la notion d’OP est une notion construite et
instrumentalisée.
Deux auteurs sont à l’origine de ces analyses :
- BOURDIEU, en 1984 : « l'OP dans l'acception implicitement admises par ceux qui font les sondages
d'opinion ou ceux qui en utilisent les résultats n'existent pas ». Les citoyens n’expriment pas toutes
leurs préférences, ils les camouflent. Ils peuvent être influencés par la manière dont les questions
sont posées, ou par des évènements conjoncturels, et les traitements médiatiques de certains sujets et
certaines catégories sociales sont sous représentées. Donc les instituts de sondages ne mesurent pas
toutes les préférences, donc ne créent pas une vraie OP : c’est une construction artificielle née de
l’action du groupe dominant dans le champ politique. Le sondage est « un instrument d’action
politique » : il s’agirait de créer l’illusion d’une opinion favorable aux évolutions sociales et
politiques que le groupe dominant souhaite mettre en œuvre. Elle favorise l’opinion d’une majorité
silencieuse, au détriment des minorités actives contre l’autorité du pouvoir. C’est un outil de
conformisme social, et BOURDIEU insiste sur l’analyse des non-réponses : le sondage part du
principe que tout le monde a une opinion, or ce n’est pas le cas. Il y a un problème de compétence et
de niveau d’instruction. Toutes les opinions ne se valent pas, en effet : la position sociale influence
l’individu qui répond. Il souligne également que le fait de poser la même question à tout le monde
suppose un consensus sur le problème, sur la question à poser, un accord sur les questions qui
méritent d’être posées.
- CHAMPAGNE : il ajoute qu’en réalité, avec les sondages d’opinion, on fait croire que l’on donne la
parole au peuple. Les commentateurs politiques, les politologues, prétendent faire parler le peuple,
mais en réalité, le champ politique se replie sur lui-même. Selon lui, il est dur de synthétiser tous les
points de vue en un seul. IL en arrive à la même conclusion que BOURDIEU : les sondeurs et
analystes fabriquent l’opinion publique, et toutes ces enquêtes livrent une opinion modelée, figée,
unifiée, ce qui n’est en réalité pas du tout le cas : les opinions sont complexes, fluctuantes, et par
conséquent dures à saisir. CHAMPAGNE insiste sur la nécessité de prendre en compte le poids du
contexte dans lequel est fait le sondage. Les hommes politiques font croire que les mesures sont
identiques par celles souhaitées par les citoyens.
On voit aussi le caractère controversé de la notion : l’ensemble de ces travaux insistent sur le fait que les
sondages sont un instrument de confiscation de la parole des citoyens, et de légitimation des forces
politiques en place. Elles mobilisent à leur profit un acquiescement, qui permet de tirer une certaine
légitimité. Mais on parle de controverse, car les travaux de BOURDIEU et CHAMMPAGNE ne font pas
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l’unanimité. LANCELOT ou CAYROL affirment que les sondages contribuent au bon fonctionnement de la
démocratie, en ce qu’ils encouragent une démocratie gouvernée plutôt que gouvernante. Ce n’est pas la
technique qui est critiquable, mais l’utilisation qu’on en fait. L’intérêt des sondages, c’est au moins de
redonner la parole au peuple en dehors des élections, et permettre un contrôle de l’opinion sur l’action
publique en dehors de ces élections.
Section 2 : la mesure de l’opinion publique, les sondages
Les grands médias commandent de nombreux sondages, qui leur permettent de parler au nom de l’opinion
publique. Les gouvernant eux aussi utilisent les sondages pour justifier leurs décisions, tester des idées,
voire même mettre en œuvre des choix publics. Il ne faut jamais oublier que les instituts de sondages
opposent des techniques d’analyse, mais sont des analyses à but lucratif, et que les sondages ne sont qu’une
faible part de leur activité. La mesure de l’OP et son utilisation ne sont par ailleurs par totalement
indépendants d’enjeux économiques ou de rapports de pouvoirs.
Paragraphe 1 : l’origine des sondages
Le sondage d’opinion a été mis en place aux États-Unis au début des 1930s, quand GALLUP a démontré
l’efficacité de sa technique en prévoyant la réélection de Roosevelt en 1936 sur la base d’un échantillon
représentatif de 5000 personnes. Il parvient à prévoir le résultat effectif de l’élection, la victoire de
Roosevelt pourtant inattendue. En France, il faut attendre 30 ans avant qu’il s’impose : en 1938 est créé
l’IFOP, premier institut en France, mais son activité reste modeste. En 1945, elle prévoit la composition de
l’assemblée constituante avec une marge d’erreur de 3% seulement. Mais c’est à partir de l’élection
présidentielle au SUD de 1965 qu’ils se développent vraiment : la veille de l’élection, France Soir publie un
sondage dans lequel ils prévoient que DG sera mis en ballotage par Mitterrand, ce qui se produira. De là
naissent de nouveaux instituts de sondages (BBA 1970, CSA 1977). Ces instituts ont établi leur légitimité
grâce à leur capacité à anticiper le résultat des élections. L’élection, c’est un moment de vérité où se joue la
crédibilité des instituts de sondages. Mais les sondages électoraux ne sont qu’une part marginale. On en
distingue 3 types en politique :
- Sondages sur les intentions de vote
- Sur les caractéristiques sociales d’un électorat
- Enquêtes d’opinion qui prétendent révéler l’opinion publique à partir de questions concrètes.
Les sondages sont une technique d’enquête statistique auprès d’une population visant à recueillir des
résultats quantitatifs à partir d’informations collectées sur un échantillon de personnes. Leur rôle est de plus
en plus important dans la vie politique : c’est paradoxal, puisque les citoyens comme les dirigeants se
déclarent tous méfiants à l’égard des sondages. Pour la présidentielle de 1981, on dénombre 110 sondages.
293 pour celle de 2007, et plus de 450 sur la séquence électorale de 2012. On a 3 explications à ce
phénomène :
- L’allongement du calendrier électoral : les sondages sont réalisés de plus en plus tôt, avant le début
de la campagne officielle. Les premières enquêtes pour la campagne de 2012 sont réalisées en août
2010, alors qu’on ne sait pas qui seront les candidats officiels, et où l’on ignore encore quels enjeux
alimenteront l’élection.
- L’intensification de la concurrence : pluralité de l’offre. En 1965, on avait 2 instituts, la SOFRES et
l’IFOP. Aujourd’hui, on en a une dizaine.
- L’explosion de la demande de sondages : aujourd’hui, dans la France contemporaine, pour paraître
sérieux, les médias veulent fonder leur analyse sur des données chiffrées et certifiées. De plus,
certains sondages d’opinions sont exploités dans une démarche scientifique (analyse du climat
politique, étude de sociologie électorale).
Le sondage d’opinion est un outil de connaissance, mais aussi de gouvernement de société. Les usages des
sondages sont très diversifiés : certains gouvernants utilisent les sondages pour anticiper les réactions
sociales suscitées par une réforme ou une mesure projetée, alors que les médias les utilisent pour commenter
l’évolution de la vie politique, et que les partis les utilisent pour justifier ou rejeter une candidature, et les
spécialistes du marketing électoral les utilisent pour ajuster le message à certains segments de l’électorat.
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Malgré leurs discours, les politiques accordent une grande importance à ces sondages : ils influencent les
projets de réforme, les discours, les programmes électoraux. Ils influencent seulement : on ne gouverne pas
uniquement par sondages. Mais avec cette montée en puissance des sondages, cette intervention massive des
médias dans la vie politique, on assiste à une évolution de la démocratie. Certains auteurs ont systématisé
cette évolution de la démocratie. Avec cette montée en puissance de la médiatisation de l’opinion, selon
MANIN, à la démocratie parlementaire se substituerait « une démocratie publique ». Dans ses travaux, il
distingue trois moments dans la démocratie : on serait successivement passés de la démocratie des
Parlements (XIXème), à la démocratie des partis (début du XXème), à la démocratie du public (ou
d’opinion), dans laquelle émergent les sondages. Elle se caractériserait par la fin de l’alignement partisan,
un développement de la volatilité électorale, et une délocalisation du politique qui se situe sur d’autres sites
que les institutions traditionnelles, et une personnalisation parallèle du pouvoir : ce sont des personnes, des
leaders qui font la politique. Les sondages d’opinion offrent au citoyen de nouvelles formes de parole
politique : ils peuvent y participer hors des élections. En conséquence, les sondages d’opinion semblent un
prolongement de la démocratie représentative. Mais les sondages sont une mesure statistique et comportent
donc des limites techniques. Ils peuvent aussi influencer les électeurs en matière électorale. Ils peuvent donc
être une menace pour la démocratie.
En d’autres termes, les sondages d’opinion présentent avantages et inconvénients pour le fonctionnement
d’une démocratie.
Paragraphe 2 : les sondages : prolongement de la démocratie représentative
Comment faire participer effectivement l’ensemble des citoyens à leur propre gouvernement ? Les sondages
le permettent car ils interviennent à intervalles plus fréquents que les élections, puisqu’on mesure l’étendue
de la force de la minorité muette. Il complète le principe majoritaire, et on peut synthétiser leur apport à la
démocratie en leur reconnaissant 3 vertus, comme le fait LANCELOT :
- Ils aident à la sélection des candidats et des gouvernants
- Ils permettent un certain contrôle des gouvernants par les citoyens entre les périodes électorales.
- Enfin, ils permettent de modérer l’hégémonie de la majorité : on prend en compte les opinions
minoritaires, ce qui permet un certain respect des opposants au pouvoir. Ils enseignent le pluralisme,
et informent les citoyens pour les aider à prendre certaines décisions.
Ils peuvent éclairer l’action des gouvernants mais ces derniers ne sont pas contraints de suivre les directions
composées par les sondages. Mais ces vertus reposent sur l’idée que toutes les opinions se valent, et la
même probabilité d’être écoutées. Ils reposent sur la croyance dans la fiabilité des sondages, or, la réalité est
loin d’être aussi simple.
Paragraphe 3 : les sondages : perversion de la démocratie représentative
Griefs nombreux et variés :
- Ils fausseraient le jeu électoral : en donnant l’impression que tout est joué, on démobilise les
électeurs.
- Ils manipuleraient l’opinion : soit rallier le vainqueur, soit sauver le perdant.
- Ils seraient générateurs de démagogie : imposent les questions dont on doit parler, tendent à trancher
les problèmes de l’instance de l’OP qui est en réalité constituée d’individus atomisés et mal
informés.
- Ils délégitimeraient les instances de médiation démocratique : concurrence au circuit traditionnel
(représentants) et au vote, portant atteinte à la démocratie représentative.
Mais il convient de ne pas surévaluer l’influence des sondages : les plus influencés, ce sont les acteurs
politiques et les journalistes. Du point de vue des électeurs, ils constituent un type d’information parmi
d’autres, à partir duquel l’électeur fait son choix. Tous les spécialistes, sociologues et politologues sont
diffusés sur la question de l’influence des sondages sur les électeurs. Ils produiraient deux effets censés
s’annuler :
- Un effet mobilisateur pour le favori : poussent des électeurs à se rallier au vainqueur
- Mobilisateur pour le challenger.
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Toujours est-il que le sondage peut donner lieu à des enquêtes stratégiques : les électeurs donneraient leur
voix sur le candidat susceptible de gagner au second tour. En fonction des sondages d’opinion, les
journalistes dressent la liste des prétendants à suivre, à inviter, à critiquer, orientent la couverture des
évènements. Les électeurs sont, eux, plus résistants à l’effet du sondage.
Le problème est moins la technique que l’usage : bien utilisé, il peut servir utilement la démocratie. Si on les
utilise à bon escient.
Paragraphe 4 : le bon usage des sondages
C’est la pratique des sondages qui prêtent à contestation plus que l’instrument lui-même. Les sondages
d’opinion ne donnent qu’une photographie de l’opinion à un moment donné. Comme dans toute technique
mathématique, statistique, il y a une marge d’erreur inévitable. On l’estime à deux points. Erreur
d’appréciation du fait de la complexité du réel observé, du fait aussi qu’à chaque élection, le nombre de
candidats est plus élevé, et les sondages d’opinion sont des instruments qui comportent en eux-mêmes
certaines techniques : ils ont du mal à mesurer les évolutions des dernières minutes (comme en 2002).
Ils ont du mal à évaluer l’abstention (les gens n’avouent pas qu’ils n’iront pas voter), ou les votes extrêmes.
Les gens ont parfois tendance à donner la réponse qu’ils croient être juste, mais pas leur opinion
personnelle. Certains préfèrent occulter leur véritable opinion en vertu de ce que les spécialistes appellent
« la spirale du silence » qui incite ceux qui ont des opinions minoritaires à ne pas les exprimer.
Malgré des tentatives de redressement, ces sondages pré-électoraux restent erronés sans correctifs
satisfaisant.
La valeur des sondages dépend de précautions méthodologiques. Il faut :
- Un échantillon de taille pour être représentatif
- Des questions rédigées de manière neutre et compréhensible
- Appliquer les techniques de redressement pour les données sensibles
- Prendre en compte la progression régulière du refus d’enquête dans la population susceptible d’être
sondée.
BOURDIEU, GAXIE : ont monté que l’acceptation ou non de répondre à un sondage n’est pas aléatoire,
ceux qui répondent sont plus diplômés et plus intéressés par la politique que ceux qui ne répondent pas. Le
bon usage des sondages suppose un travail lent, une technique d’interprétation. C’est se livrer à un travail
méthodologique (mais on en a pas le temps), et on publie des infos partielles qui faussent les résultats. Il
faut introduire des normes de transparence et de qualité (il faut informer les destinataires du sondage) et
commenter les réponses d’un sondage suppose d’analyser les questions auxquelles on a répondu. De plus, il
faudrait analyser des non-réponses.
Malgré ces limites techniques, ils exercent une influence de plus en plus sensible sur la vie politique,
technique d’aide à la décision pour les acteurs, sur le climat d’une campagne électorale ou de l’action
publique, plus présente sur les électeurs indécis, et facilitent la communication entre gouvernants et
gouvernés. Il ne faut pas leur demander plus que ce qu’ils peuvent donner : ce n’est pas un vote (choix),
juste un sondage (opinion). Les sondages mesurent un rapport de force à un instant T, indiquant tendance
qui doit être vérifiées sur la durée. Etudier la vie politique grâce aux sondages, c’est observer à long terme.
Du fait de ces imperfections techniques, les sondages sont une marge inévitable d’erreur de 2 points.
Paragraphe 5 : la diffusion des sondages en période électorale
Une loi de 1977 interdisait la publication, la diffusion et le commentaire de tout sondage préélectoral la
semaine précédant le scrutin. Cette loi a institué la commission des sondages, autorité administrative
indépendante, chargée de réglementer les sondages, et l’objectivité des méthodes. Mais cette loi ne parlait
pas de la publication : elle était facteur d’inégalité entre les citoyens, et attentatoire à la liberté d’information
des électeurs, puisque certains commentaient tout de même des sondages. Surtout, l’évolution des
technologies de communication a rendu cette loi difficilement applicable. C’est en 2001 qu’un arrêt Amaury
(4 septembre 2001) a conduit la Chambre criminelle de la C. Cass a considéré qu’elle était contraire au droit
à la liberté d’expression reconnu par la CEDH. Avec ce revirement de jurisprudence, les sondages purent
être publiés toute la semaine préélectorale. Mais la classe politique s’est émue de ce vide juridique, et une
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loi de février 2002 interdit le commentaire et la diffusion de sondage à partir du vendredi minuit avant
l’élection. Cette nouvelle réglementation réalise un compromis entre la légitime information des électeurs,
et la sérénité qui doit régner à la veille d’un scrutin et lors de son déroulement. Cela dit, cette législation de
2002 est déjà critiquée : l’arrêt de la Cour de cassation stigmatisait le caractère contraire de l’interdiction au
droit à la liberté d’expression. Dans un rapport de 2010, le Sénat propose le maintien de la règlementation
actuelle de la publication des sondages en période électorale mais suggère d’harmoniser l’horaire de
fermeture des bureaux de vote.
Section 3 : médias et politique
Par le terme médias, on désigne l’ensemble des supports techniques qui permettent la communication
d’informations de toute nature. Souvent, on dénonce cette influence des médias sur la vie politique. Certains
auteurs s’interrogent sur les dangers d’une substitution de la légitimité médiatique à la légitimité politique.
Inégalité dans les médias : la TV domine. Concurrence accrue, concentration financière et accélération de
la diffusion de l’information.
Paragraphe 1 : médias et comportements politiques du public
La croyance est répandue chez citoyens et les acteurs politiques : les médias ont un vrai rôle sur le
comportement politique du public. Ce constat doit toutefois être nuancé : la vérité est plus complexe.
L’analyse du rôle politique des médias est durablement marquée par les travaux de LAZARSFELD, et son
équipe de Columbia, au cours des 1950’s : pour lui, les médias ont des effets limités, indirects et à court
terme.
La télévision est la source de connaissance essentielle sur la vie politique, en ce qu’elle transmet un grand
nombre d’informations, d’images sur la société et le pouvoir politique. La sociologie politique a observé
l’influence limitée de ce canal. La TV ne fait pas l’élection, les médias ne peuvent pas influencer et
façonner à eux seuls la pensée entière d’une personne. La réflexion du citoyen n’est pas passive, il trie les
informations. Les études révèlent une pratique d’information sélective :
- Les électeurs s’exposent de manière sélective aux médias, tout individu se ferme aux
messages qui ne le concerne pas, et s’ouvre dans le sens où va sa conviction
- Les électeurs ont une perception sélective de l’information : un électeur de droit et un de
gauche ne voit pas de la même façon un programme politique
- Les citoyens ont une mémorisation sélective des évènements vus à la TV, ils se souviennent
mieux de ce qui alimentent leur point de vue et oublient le reste.
A cela s’ajoute un phénomène de relai : les messages atteignent de manière sélective certaines personnes
impliquées et influentes, et les leaders d’opinions vont diffuser plus largement l’information et jouer un rôle
de relai. L’influence des médias passe par les discussions de traduction auquel l’auditeur appartient, les
messages originels sont filtrés par les leaders d’opinion. Les médias ont un rôle d’activation des opinions
préexistantes plus qu’un rôle de conversion.
Plus les citoyens sont cultivés, plus ils sont informés, plus ils ont tendance à résister ou interpréter les
messages diffusés par les médias.
En matière politique, l’influence des médias peut être négative (caricature), ce qui peut avoir pour
conséquence de dévaluer l’image d’un politique..
Paragraphe 2 : L’activité politique sous contrainte médiatique
Roland CAYROL met en lumière la médiatisation de la vie politique. A ses yeux, elle a un triple impact sur
le fonctionnement des démocraties :
- La personnalisation du pouvoir : elle institutionnalise une « starisation » des hommes politiques qui
doivent à la fois paraître proches des citoyens tout en entretenant leur admiration. Les responsables
politiques sont devenus les vedettes d’un « spectacle politique » : les professionnels de la
communication deviennent un des éléments du jeu politique. Presse et TV mettent en scène des
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affrontements de personnalités qui captent l’attention et frappent l’imagination et ce, au détriment
des idées.
- La fonction de mise à l’agenda est de plus en plus remplie par les médias : ils sélectionnent et
hiérarchisent les données considérées comme importantes dans le débat politique, une idée des
enjeux à travers leur consommation médiatique : ils ne disent pas quoi penser, mais à quoi penser. Ils
établissent l’ordre du jour des problèmes politiques, et les politiques ont su s’adapter pour qu’une
bonne place soit faite à ce de quoi il faut parler. Le discours politique ne doit pplus démontrer pour
convaincre mais illustrer pour toucher. L’important, c’est l’impression laissée au téléspectateur.
- Le déplacement du lieu de la politique vers la TV : elle influence le contenu de la politique, et lui
donne son rythme. CAYROL : « La TV se présente comme le lieu d’arbitrage d’un débat politique,
dramatisé selon les règles du spectacle ». Cette évolution avait déjà été mise en lumière par Roger-
Gérard Schwartzenberg dans 2 ouvrages consacrés à « L’État spectacle ». La TV remplacerait les
médiations traditionnelles que sont la représentation et les PP : Cotteret parle de « démocratie
téléguidée ».
Faut-il condamner la médiatisation ? Débat. CAYROL et Cotteret, insistent sur les dérives, mais d’autres y
voient une réorientation de la démocratie représentative vers une démocratie plus directe.
Le pouvoir de l’image tend à dominer la vie politique : les hommes politiques sont tributaires des médias
pour valoriser leur image. Le choix du slogan juste, la petite phrase, la mise en valeur des proches sont
autant d’objectifs majeurs coproduits par les États-majors politiques. C’est encore plus vrai dans les régimes
présidentialistes : le passage à la TV suppose chez le politique des savoir faires spécifiques qui réclament un
apprentissage particulier : la TV devient une ressource pour le politique, qu’il doit maîtriser s’il aspire à un
destin national. Les médias délivrent des images, suscitent des émotions.
Des auteurs soulignent l’approfondissement médiatique de la démocratie. Les média ont transformé les
formes e l’activité politique mais les médias apportent, valorisent le fonctionnement de la démocratie en
ouvrant l’espace public médiatisé sur la société civile. L’espace public devient accessible à un plus grand
nombre d’individus, ils enrichissent l’information des citoyens. Le jeu délibératif est plus fécond. Les
nouvelles formes de médiatisation ouvrent de multiples espaces d’expression aux gouvernés.
Un acteur politique est confronté à 2 journalistes (presse écrite et presse télévisée, pendant longtemps,
Elkabbach et Duhamel). Puis, on présente l’acteur politique en situation. Enfin, depuis 2005, nouvelle
situation : l’homme politique est sur un plateau télé, face à un panel représentatif de citoyens.
Autre apport de la médiatisation télévisuelle : la désacralisation du politique. Le discours politique se
simplifie, se condense en formules brèves. En faits, les médias sont nécessaires.
Le journaliste dépend de l’homme politique dépend du journaliste pour diffuser son image et mettre en
valeur son action. Réciprocité. La mission du journaliste est d’informer le public, pas d’être en connivence
avec les acteurs.
Paragraphe 3 : Internet et la politique
Internet est un média différent du fait de ses caractéristiques techniques. On se demande si le
développement de l’Internet en politique est ou non le fondement d’une e-démocratie. IL est clair que c’est
un outil d’échange entre citoyens, qui instaure un rapport direct entre gouvernant et gouvernés. Internet
présente un immense avantage : il permet à peu de frais de mettre à disposition des citoyens une quantité
infinie de données. Ils peuvent désormais accéder et évaluer sans intermédiaire les discours et programmes
dans leur totalité. Ils peuvent trouver des informations sans dépendre des choix et hiérarchie imposés par les
journalistes. Il échappe au contrôle des autorités politiques, et permet une plus grande transparence de
l’action publique. Il offre de véritables forums de discussion et suscite par-là de très grands espoirs. Mais
ces forums se caractérisent souvent par une forte homogénéité idéologique, un repli individualiste sur les
intérêts particuliers, et une fragmentation de l’espace public. Aujourd’hui, l’espace politique se structure
avec ses acteurs, outils et règles propres. L’irruption d’Internet en politique se fait aux États-Unis (2003-
2004), et en France entre 2005 et 2007, à partir du référendum sur la Constitution européenne, et la
campagne présidentielle de 2007 : c’est elle qui a vu naître des « stratégies internet » qui deviennent
l’affaire de professionnels figurant au centre des équipes de campagnes.
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Partie 3 : les pratiques politiques en démocratie
Point de vue des gouvernés : le vote, notamment, qui permet d’élire les gouvernants à intervalle régulier.
C’est le comportement politique le plus étudié par les politistes.
Point de vue des gouvernants : action publique, ou politiques publiques. Comment les étudier ? Sous
quelles formes se manifestent-elles ?
Chapitre 1 : la participation politique
En démocratie, les activités politiques ne sont pas réservées aux seuls professionnels de la politique.
Certes, les représentants sont habilités à parler, à se substituer aux représentés pour mettre en œuvre une
politique, mais les gouvernés peuvent aussi s’exprimer sans la médiation de leurs élus.
Désormais, les gouvernés vont entendre leur voix entre deux élections : ils prennent part au jeu politique en
dehors de la période électorale. Cela revient à dire que la participation civique s’exerce à la fois dans les
urnes, et dans la rue.
Les actions des gouvernés sont soit individuelles (vote), soit collectives (manifestations).
Cette participation prend diverses formes : engagement associatif, syndical, vote, militantisme partisan, ,
mobilisations collectives (grèves, manifs, pétitions), acquisition d’un mandat local.
Participer en politique, c’est prendre part à des activités pour exprimer une opinion, défendre des intérêts
communs, protester contre un État de fait pour valider ou infléchir la politique des gouvernants
Pour BRAUD, c’est « l’ensemble des activités individuelles ou collectives susceptibles de donner aux
gouvernés une influence, influence sur le fonctionnement du système politique ». Soit elle confirme, soit
elle remet en cause la légitimité de l’action politique à divers moments. De ce fait, c’est un élément de
vitalité des régimes démocratiques. Cette participation dynamise la vie politique, fait émerger de nouvelles
formes de contre-pouvoirs, alimente le vivier des candidats au métier de gouvernants.
La notion de participation politique est difficile à saisir, car une vision purement quantitative ne suffit pas :
il faut analyser également sa distribution sociale.
Section 1 : le mythe de la participation politique
En démocratie, le pouvoir procède du seul peuple souverain. Cet idéal démocratique postule la
représentation d’un citoyen actif, mais la réalité est bien différente et on se contente d’une citoyenneté à
éclipse.
Paragraphe 1 : l’idéal de participation
Un individu est considéré comme citoyen à partir du moment où lui sont attribués des droits civils et
politiques qui l’intègrent à une communauté politique. Juridiquement, la citoyenneté peut être définie
comme la jouissance des droits civiques attachés à la nationalité. C’est concrètement le droit de vote, le
droit d’éligibilité, l’exercice des libertés publiques et éventuellement la possibilité d’accéder aux fonctions
d’autorité au sein de l’État.
La notion de citoyenneté se fonde sur l’existence d’un citoyen éduqué, capable de se faire une opinion et
habité d’un réel désir d’engagement. Sa participation, c’est le socle de la démocratie : elle est de ce fait
légitime, mais surtout souhaitable. A travers sa participation politique, le citoyen idéal accomplit une double
tâche : d’abord, il fait l’apprentissage du politique, mais recherche aussi une certaine influence. Le mythe
de la participation politique repose sur la croyance d’un contrôle possible des gouvernés sur les
gouvernants. Elle s’appuie sur la conception d’un individu rationnel, soucieux de peser sur les décisions
politiques. C’est une vision idyllique : la réalité est différente.
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Paragraphe 2 : la faiblesse de la participation réelle
Toutes les observations le montrent : il y a un certain désenchantement à l’égard des activités politiques.
Dès les 60s, les enquêtes sociologiques remettent en cause le modèle activiste et rationnel de citoyenneté :
elles révèlent un citoyen passif, assez peu informé, et n’avouant qu’un intérêt faible pour la politique.
Certains auteurs concluent à l’illusion démocratique de la participation, qui ne serait qu’un leurre,
permettant aux élites politiques de conserver leur emprise et de poursuivre leur action (voir GAXIE : Le
sens caché : inégalités culturelles et ségrégations politiques).
Deux questions en découlent : pourquoi une faible participation politique des citoyens ? Pourquoi une faible
minorité s’engage-t-elle tout de même ?
En France, à l’heure actuelle, 1 à 2% des citoyens adhèrent à un parti politique. On observe un constant
déclin des activités militantes, tant en France que dans l’Europe occidentale. Néanmoins, les citoyens
continuent à rechercher des informations, à se mobiliser sur des objectifs précis. Pourquoi ce faible
engagement ? Trois éléments :
- Le niveau de participation est directement corrélé à l’idée plus ou moins optimiste que le citoyen se
fait de sa compétence politique.
- Il y a incontestablement une évolution générale du niveau de connaissance et par conséquent du
jugement critique qui pousse les citoyens à prendre conscience de la difficulté de changer les choses
par l’engagement volontariste
- Ont pris conscience du caractère limité de la marge de manœuvre des gouvernants : sentiment
d’impuissance
C’est pourquoi le citoyen se détourne de la participation classique (via un parti ou syndicat), pour des
actions concrètes et directes.
Les citoyens ont tendance à cibler leur mobilisation sur des enjeux accessibles, sur des problèmes concrets,
là où des résultats rapides peuvent être obtenus. Mais une minorité persiste, pour plusieurs raisons. D’abord,
la force de leur conviction. De plus, ils ont un besoin de s’affirmer dans l’espace public, soit pour
compenser un sentiment d’infériorité, ou pour avoir les dividendes pour compenser un manque d’estime de
soi. Glanement du fait du poids de certaines solidarités identitaires. Enfin, les facteurs d’opportunités : par
mimétisme, on s’engage, comme quelqu’un d’autre l’a fait.
C’est un choix individuel, rationnel, supposant la maîtrise des ressources pour réussir en temps et en
énergie. Ce choix est encouragé par l’espoir d’obtenir des avantages matériels ou moraux.
Les motivations de l’engagement sont complexes : à la fois la recherche d’avantages personnels, le
sentiment d’appartenir à un groupe, l’acquisition d’une certaine culture politique, et le résultat des
techniques de mobilisation et propagande utilisé par les organisations.
Paragraphe 3 : les facteurs de la mobilisation politique
Tout exercice du pouvoir suscite des insatisfactions. Les réponses peuvent être la prise de parole, la stratégie
de fuite et d’évitement, la résignation…
Les manifestations se sont multipliées : entre 7500 et 8500 par an, soit autant chaque année qu’entre 1919 et
1939.
L’action collective ouverte est considérée comme une dimension essentielle de la vie démocratique.
Aujourd’hui, la vie démocratique ne se limite plus simplement à la simple représentation par des élus. La
proportion des citoyens à s’engager est très inégale. Les enquêtes sociologiques le montrent, et deux séries
de variables sont à prendre en compte.
A. L’importance des variables socio-culturelles
L’intérêt pour l’action politique et l’augmentation des actes contestataires est variable selon l’âge, le sexe, le
niveau d’étude ou l’appartenance à une organisation. L’action protestataire est un phénomène générationnel.
Les générations passées ne menaient pas beaucoup de manifestations : dans le passé, on était conformiste et
respectueux des autorités. Mais après la 2Nde guerre mondiale, les jeunes générations sont de plus en plus
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socialisées à l’action contestataire, et particulièrement à la manifestation. Les jeunes utilisent un répertoire
d’actions diversifiées, plus large, duquel la part protestataire occupe une place importante. 70% des 18-24
ans estiment que la manifestation est importante pour la démocratie, 48% pour 65 ans : la participation
politique augmente jusqu’à son plus haut niveau vers 30-40 ans, avant de descendre.
Elle est plus masculine, cette mobilisation : les femmes s’engagent moins, sûrement un héritage du partage
des tâches ( le domestique et le social).
Quel que soit l’âge, le diplômé est plus investi politiquement, en général. Cela dépend aussi de la
compétence politique.
B. Les facteurs idéologiques et culturels
Quel que soit le parti, la participation à un PP favorise l’action politique. Dans une société où les conflits
sociaux sont fréquents, les partis de classe favorisent l’action populaire : les populations de gauche étant,
jusqu’en 1981 en tout cas, plus manifestants que ceux de droite.
L’engagement peut résulter d’un contexte historique ou social : des générations s’engagent au moment de
mai 68 en France, d’autres aux États-Unis au moment de la guerre du Vietnam, ou de la guerre en Irak.
En résumant la « distribution sociale de la participation » :
- La participation politique est croissante en fonction de l’âge jusqu’à 50 ans, sauf pour le vote.
- Le sexe est sans influence sur le niveau de participation politique dès lors que l’écart culturel et
professionnel entre sexes est en train de se combler.
- La participation politique croit avec l’élévation du niveau social (diplôme, revenu, profession) :
niveau d’instruction et participation politique sont corrélés. L’appartenance à un PP vient compenser
le handicap du statut social.
- L’appartenance à un milieu rural favorise l’appartenance à un PP.
- La religion favorise l’intégration et, intégré à une communauté, on a plus tendance à participer
collectivement.
L’investissement dans la politique dépend de la compétence politique : les inégalités de compétence
expliquent les différences de degré de participation. Elles sont déterminantes en matière de politisation des
individus. L’acquisition d’une culture politique résulte d’un processus de socialisation. C’est un processus
continu d’apprentissage et de connaissance de l’universel politique. En d’autres termes, la socialisation
politique décrit l’apprentissage par l’individu de son rôle politique.
Les agents de cette socialisation politique sont nombreux et divers : le lieu privilégié est d’abord la famille.
La transmission des valeurs politiques des parents est favorisée si le père et la mère ont des opinions
apparentes et analogues et si les enfants fréquentent des organisations de jeunesse en consonance avec les
valeurs familiales.
Puis, l’école : lieu d’apprentissage de la société et de la démocratie et de ses règles. La participation active
au sein de l’institution scolaire laisse espérer un investissement futur dans la vie collective. Dans certains
cas, l’influence de l’école peut aller contre la socialisation familiale : à l’individu, alors, de faire la part des
choses.
Le processus de socialisation ne cesse pas à l’âge adulte : les amis, le lieu de travail, les milieux associatifs,
les médias sont aussi des agents : la socialisation est continue, tout au long de l’existence. Elle part d’une
socialisation primaire à l’enfance, mais se fait ensuite à partir d’un ajustement d’influences contradictoires :
toute socialisation est le résultat d’interactions multiples.
L’individu n’est pas passif dans ce travail d’ajustement, sa personnalité, son expérience jouent beaucoup.
L’individu est constamment exposé à un flux de message, qui renforce ou perturbe ses croyances et ses
aptitudes. Au fil de leur existence, les individus traversent différents milieux de socialisation, gérer une
pluralité d’influence socialisatrices. À L’INFLUENCE des milieux étudiés plus haut, s’ajoutent l’influence
des évènements politiques .
Section 2 : les modalités de la participation politique
La participation des citoyens au jeu politique prend diverses formes, qui peuvent aller jusqu'à l'obtention
d'un mandat local. Les actions des gouvernés peuvent être individuelles mais sont le plus souvent
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collectives : les mouvements sociaux qui se distinguent des manifestations isolées en rassemblant des
individus qui forment une collectivité cohérente aux individus communs.
Traditionnellement, deux catégories de la participation politique : les modalités conventionnelles ou non-
conventionnelles.
Les modalités conventionnelles renvoient à toutes les formes de participation des citoyens à travers des
actions organisées, par exemple le vote, l’adhésion à une association politique. Ce sont des modalités de
participation intégrées au jeu politique, conforme aux règles du jeu politique.
Les modalités protestataires, elles, ou non-conventionnelles, sont les modalités qui ont tendance à remettre
plus radicalement en cause l’ordre établi.
Paragraphe 1 : Les modalités conventionnelles
La participation politique témoigne d’une acceptation des règles du jeu politique. Cela regroupe toute une
série d’activités de comportements, plus ou moins ordonnées autour du vote. Si on essaye d’établir un
classement qui prend en compte l’intensité de l’engagement individuel, on arrive à l’énumération suivante :
- L’inscription sur les listes électorales : depuis la loi du 10 novembre 1997 visant à favoriser ‘l’accès
des jeunes à la citoyenneté, c’est acquis d’office. Il n’y a pas d’effet mécanique entre l’inscription
sur les listes et la participation électorale. Ainsi en 2002, 40% des jeunes se sont inscrits au second
tour des législatives.
- La recherche d’infos politiques à travers la presse et la participation à des discussions politiques
- L’engagement actif du militant dans un PP, un syndicat, un groupe de pression…
- Le vote
- Expression publique d’une opinion publique
- Don lors d’une campagne
- Assistance régulière à des réunions politiques
Ces formes de participation varient selon les pays et les cultures politiques. L’importance de ce type
conventionnel varie selon le coût réel ou présumé de l’engagement : plus il est élevé, moins le taux de
participation sera élevé.
On estime que 3 activité mobilisent plus de la moitié des Français : inscriptions listes, vote, lecture
d’informations politiques. Les autres activités sont minoritaires.
Paragraphe 2 : Les formes non conventionnelles
On y range l’ensemble des actions contestataires qui n’utilisent pas les voies institutionnelles d’expression.
Actions en opposition avec les règles du jeu politique.
En démocratie : prise de parole par canaux légitimités que sont le vote et l’action politique (citation Hugo :
« Le SUD a tué le droit d’insurrection».
Certaines activités non-conventionnelles sont légales (pétitions, manifs…), ou pas (brûler dossiers, prendre
en otage un patron…). Ce sont des activités collectives, directes (auteurs en situation de face à face, sans
intermédiaires), et autonomes (s’affranchissent des cadres juridiques). Parmi les modalités non
conventionnelles de participation politique, la principale est la manifestation : un mode de manifestation
politique courant pour influencer les gouvernants, témoigner d’un désaccord vis-à-vis d’une politique. La
pratique de la manifestation s’est légalisée, banalisée, pacifiée. Manifestation et pétition sont de plus en plus
des pratiques routinières et utilisées par toutes les catégories sociales. ON peut souligner l’émergence d’une
véritable culture de manifestation. En effet, au XIXème, c’était le fait du monde ouvrier : aujourd’hui, plus
le cas. Les dernières manifestations sont contre le FN, contre le mariage pour tous, contre les réformes de
l’éducation…
Les manifestations sont devenues un mode d’expression légitime des attentes des participants. En général,
elles se déroulent selon un cérémonial convenu, mais d’autres sont plus théâtralisées (anti-nucléaires, Gay
Pride, anti-sida).
Pierre FAVRE : dans ses travaux, a dressé une typologie des manifestations :
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- Initiatrices : a pour objet d’imposer avec un max de visibilité un problème sur la scène politique. On
peut y classer les féministes, écolos dans les 70s… Mettre dans l’agenda politique un sujet que le jeu
institutionnel sembler négliger.
- Routinières : moyen d’entretenir la visibilité d’une organisation. Elles permettent à des organisations
de rappeler périodiquement leurs capacités mobilisatrices, leur représentativité (syndicats)
- Associées à des crises politiques globales : antifascistes le 6 février 1934 par exemple, ou défilé sur
Champs Elysées du 30 mai 1968. L’enjeu du mouvement de foule est soit le maintien soit la chute
des pouvoirs publics, pas de revendication de groupes sociaux.
Toujours une double dimension : instrumentale et identitaire.
Instrumentale, car elles visent à atteindre un objectif précis, s’opposer à un texte, à une politique publique,
tenter de s’imposer. Identitaires, car elles constituent un mode d’affirmation de l’identité de type
communautaire. Mais certaines manifestations veulent traduire un mouvement de solidarité, et une volonté
de se faire connaître. En tout cas, ce sont des stratégies de prises de paroles, qui renouvellent les formes
d’échanges entre gouvernants et gouvernés.
Conséquences des manifestations : sur les organisations et sur le fonctionnement de la démocratie. Effet
structurel : réussite de la manif accroit la légitimité de son organisateur, et sa représentativité.
Effet sur la démocratie : la manif peut peser sur les processus décisionnels du pouvoir majoritaire, et les
manifs accordent un poids accru à la prise en compte des vœux de la minorité en marge. Elle reste
minoritaire : 2/3 des français sont prêts à faire grève, ¼ sont favorables à l’occupation de bâtiments
administratifs et 1% approuvent les dégâts matériels causés.
Evolution : le citoyen post-moderne a modifié ses modalités d’activités politiques. On assiste à un
affaiblissement de la participation de la vie politique au profit de nouvelles formes de participation. En
1994, Pascal Perrineau publie un ouvrage intitulé « L’engagement politique, déclin ou mutation »
[ATTENTION EXAMEN !!!!] [/]
Section 3 : les mutations de la participation politique
Baisse régulière de la participation conventionnelle depuis 1980s, mais les formes non-conventionnelles,
non. Pas une « crise » de la participation, mais une mutation.
Désormais, l’engagement politique connait une double mutation :
- Diversification accrue des modalités de participation qui se traduit par de nouvelles modalités
d’engagement
- L’engagement civique et politique se fait désormais dans un contexte d’affirmation de
l’individualiste (citoyenneté axée sur individualisme).
Paragraphe 1 : l’essoufflement des formes conventionnelles politiques
4 symptômes :
- Déclin de la participation électorale : depuis la fin des 80s, baisse des inscriptions sur listes
électorales, augmentation légère des votes blancs ou nuls, et augmentation régulière de l’abstention
quelle que soit l’élection (même les présidentielles : en 2002, 1er tour, 28%). Vote plus intermittent,
moins d’obéissance au clivage idéologique traditionnel, l’électeur cristallise son vote tardivement, et
le vote dépend des enjeux du moment.
- Montée des votes protestataires : vote pour candidats de formations politiques non représentées au
Parlement. On estime qu’entre 1981 et 2002, la proportion des votes pour des forces hors-système a
triplé pour l’élection présidentielle, notamment dans les milieux salariés, employés et ouvriers (entre
1981 et 2002, la proportion des votes pour des partis hors-système est passée de 10% à 28%à.
Nouvelle signification, redéfinition de l’abstention ou du vote nul : avant, c’était l’indifférence à la
chose publique, mais aujourd’hui, c’est le refus du choix électoral proposé, la manifestation
d’insatisfaction à l’égard de l’offre électorale jugée inadéquate par rapport aux préoccupations
quotidiennes. C’est aussi la manifestation d’une contestation du vote traditionnel (ex : référendum
2005). Les pratiques civiques sont déconnectées de la politique classique : une forme protestataire
tend à se substituer à la participation électorale, surtout chez les jeunes générations, qui se
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détournent des urnes pour s’engager dans la mobilisation concrète et précise, et faire pression sur les
pouvoirs publics (altermondialistes, écolos…). Les enjeux sont accessibles là où des résultats
peuvent être obtenus rapidement.
- Multiplication des formes non-conventionnelle de participation : le boycott, les grèves sauvages sont
stables car on refuse la violence et elles demandent un investissement plus grand en temps et en
énergie. Les formes protestataires se sont banalisées car soutenues par l’OP et la couverture des
médias : impatience civique, image du citoyen apathique détaché de la politique s’avère fausse. En
réalité, le citoyen est insatisfait et souhaite manifester son mécontentement face à l’incapacité des
élites politiques à répondre à leurs demandes.
- Perte de confiance des citoyens dans les élites : défiance à l’égard du personnel politique, défiance à
l’égard des systèmes politiques et du système partisan. Les Français sont de plus en plus nombreux à
penser que les responsables politiques ne s’occupent pas de leurs problèmes : 58% des citoyens en
1978 le pensaient. Ils étaient 74% en 2000, et 87% en 2014. ½ Français déclare s’intéresser à la
politique, mais 79% estiment que la démo ne marche pas bien.
Si 69% font confiance à leur maire, 41% font confiance au député, 11% au PP et 23% aux syndicats.
Les citoyens expriment une insatisfaction profonde concernant la capacité d’influence de leurs votes
et à l’égard des élites politiques. Désormais il y a une sorte de fossé entre l’idéal représentatif et
l’action des citoyens en politique. Les formes protestataires sont des moyens complémentaires de
pression, contrôle surveillance du pouvoir politique au-delà de la simple période électorale.
Paragraphe 2 : les raisons de ce désenchantement citoyen
Triple explication :
- Affaiblissement et effacement du pouvoir politique : l’Europe, la décentralisation, la mondialisation
affaiblissent le pouvoir politique national. Les détenteurs du pouvoir réel ne sont plus forcément
ceux qui disposent d’une légitimité démocratique.
- Une logique délégataire de moins en moins acceptée : l’élite dirigeante n’est pas un reflet fidèle de la
société, se confond largement avec l’élite administrative, un ensemble homogène de même origine
sociale culturelle et professionnelle, la représentation parlementaire laisse peu de place aux
nouveaux entrants, aux femmes, aux secteur privé, aux minorités socio-culturelles. On assiste à la
formation d’une sphère politique à part entière repliée sur elle-même, uniquement constituées de
pros, ce qui accentue la coupure entre les citoyens et les gouvernants. D’autre part, les citoyens sont
de plus en plus informés donc ont une compétence accrue, sont critiques, et visent logique
délégataire comme une dépossession. Ils veulent un droit de veto inaliénable, individuel sur les actes
de gouvernement, se faire entendre en dehors des élections.
- La notion d’intérêt général, se trouve à l’épreuve des droits individuels, les actes de l’autorité
publique sont désormais évalués à travers le prisme de l’individu, l’invocation de cet intérêt de suffit
plus à faire tard les oppositions à tel ou tel projet, conception de la démo qui réduit la politique à une
gestion de droits, du pluralisme, des libertés individuelles : l’individualisme prime.
Paragraphe 3 : les mouvements sociaux
Forme d’action collective, concrète et intentionnelle. Suppose l’identification à un groupe, l’opposition à
son adversaire, un enjeu commun qui rassemble les opposants. Souhaitent exprimer et défendre
collectivement des demandes et revendications face à une autorité comme pouvait aboutir à ses demandes.
Ils visent le pouvoir politique, et une réaction de l’autorité publique (démission d’un ministre, création ou
retrait d’une politique publique). Distinction entre les mouvements sociaux traditionnels (centrés sur la
question de la répartition des richesses) et les nouveaux mouvements sociaux apparus dans les années 1980s
qui défendent des problématiques identitaires ou post-matérialistes (portés par de nouvelles couches
moyennes issues de la démocratisation, méfiants à l’égard des formations politiques traditionnelles).
Comment expliquer ces mobilisations collectives à travers ces nouveaux mouvements sociaux ?
Comportement irrationnel de l’action politique. Gustave LEBON, à la fin du XIXème, donne une
explication purement psychologique de l’action des foules, la mobilisation résultant de l’irrationnel, de
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l’émotion, de la contagion mentale. L’action politique est perçue ici comme une pathologie sociale. Aux
yeux de Lebon, la mobilisation est le produit d’une déception : elle résulte d’attentes déçues, productives de
violences.
Désormais, on s’intéresse à la dimension rationnelle des mobilisations collectives. On les analyse comme
résultant de l’engagement intentionnel des acteurs. Le tenant de cette analyse, son promoteur, c’est
OLSON qui, en 1945, publie sa Logique de l’action collective, ouvrage dans lequel il met en avant un
paradoxe : le point de départ de son analyse est que le partage d’intérêts communs ne suffit pas à expliquer
les mouvements sociaux. En effet, l’individu, rationnel, peut demeurer à l’écart. Il fait un calcul
coût/avantage : en restant hors de la manifestation, il pourra bénéficier des avancées dues au mouvement
engagé par d’autres. L’acteur pourrait ne pas participer à l’action collective car il maximiserait son bénéfice,
d’un point de vue très individualiste, en ne passant pas par l’investissement en temps, ou en risques divers.
Cela pourrait aboutir à l’absence d’actions collectives. Pourtant, elles apparaissent : là est le paradoxe,
qu’OLSON explique grâce aux pouvoir de coercition de certaines élites, par exemple, les élites syndicales,
politiques, soucieuses de soutenir la mobilisation afin de bénéficier de biens personnels liés à leur propre
position dans l’organisation.
On reproche à OLSON une vision trop utilitariste de l’engagement, et de négliger que l’acteur peut vouloir
de sa propre volonté améliorer une solidarité de groupe. Néanmoins, on est passé d’une explication
irrationnelle, individualiste, à une tentative d’explication plus globale.
Paragraphe 4 : les remèdes pour mieux associer les citoyens à la vie politique
Depuis une trentaine d’années, les pouvoirs publics ont pris des initiatives de nature à renouveler les formes
de participation collectives, dans le but de contrôler les électeurs qui veulent mieux contrôler leurs élus et
intervenir hors de l’échéance électorale.
A. La diversité des expériences tentées
Rénover la participation politique en institutionnalisant des formes locales de participation : on a multiplié
les procédures consultatives participatives au niveau local (consultations et référendums locaux), comme si
on voulait passer d’une démocratie de délégation à une démocratie de proximité, associant les associations
au processus décisionnel.
B. L’impact limité de ces expériences
Mais ces tentatives ont un impact limité car ces procédures de démocratie participative sont utilisées comme
de simples adjuvants, qu’elles sont placées sous l’étroit contrôle des élus, que bien souvent, elles n’ont
qu’une portée consultative, c’est-à-dire qu’elle sert surtout à conforter la légitimité des élus, à améliorer leur
communication, à renforcer l’identification des habitants à leur territoire… Les élus eux-mêmes pilotent
cette démocratie participative : ils sont attachés à la représentation classique, et n’envisagent pas vraiment
une reconstruction du pouvoir.
Crise de la représentation ? Pas vraiment une dépolitisation des citoyens, mais ce qui frappe, c’est le
décalage entre l’offre et la demande politique. Crise de l’engagement, mais qui résulte dans de nouvelles
formes de participation : ils ont de plus en plus tendance à l’action concrète. La démocratie de
représentation laisse peu à peu la place à une démocratie d’interpellation.
On est passé d’un rapport à la politique assez conformiste où on faisait confiance aux élus et aux élites
politiques, à un rapport beaucoup plus critique. Les citoyens vont moins voter, mais ils se font entendre sur
les grandes causes, et défendent des intérêts corporatistes ou catégoriels. Les Français sont plus
parcimonieux dans leurs soutiens électoraux, mais sont capables d’exprimer périodiquement leurs critiques.
Tout cela rend l’exercice du métier politique plus difficile. L’examen des motivations et du renouvellement
des formes de la participation politique permet de nuancer l’idée de son déclin. Les enquêtes relatives aux
pratiques politiques ne révèlent pas une désertification de l’espace public, mais une mutation de
l’engagement politique. On n’assiste pas à la fin de l’engagement, mais à une recomposition des modalités
de l’engagement. Les citoyens s’engagent pour des causes spécifiques, centrés autour des thèmes
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particularistes. A cela s’ajoute l’évolution du militantisme : autrefois, on avait un militantisme affilié : des
adhérents étaient dévoués à leur organisation. Aujourd’hui, on a un militantisme plus affranchi :
l’engagement est plus intermittent, plus informel, plus ponctuel.
Mais il existe aussi, en plus des modalités pacifiques d’engagement politique, des méthodes violentes. Elles
constituent l’aveu d’un échec ou d’un refus.
Section 4 : la violence politique
La condamnation de la violence est unanime, mais le politiste cherche à élucider quelle est la signification et
la place de la violence dans un système politique.
Les systèmes modernes cherchent à faire prévaloir la monopolisation au profit de l’État du recours à la
violence. Mais la violence conserve une place importance. Trois auteurs sont importants :
Pour Machiavel, la menace ou l’usage effectif de la force par la force est un moyen de préserver son
pouvoir. C’est une ressource politique courante, pour se maintenir au pouvoir. Elle serait même la condition
de l’efficacité des autres ressources.
Pour Hobbes, la violence politique née du contrat social est la réponse appropriée aux risques de chaos
générés par la violence de tous contre tous.
Troisième auteur : WEBER érige le monopole de la violence légitime comme principale prérogative de
l’État, qui se définit comme monopole de la violence légitime.
Tout au long du XIXème siècle, on a un certain nombre d’exemples de la violence utilisée au service
d’objectifs politique. Par exemple, dictature du prolétariat, les mouvements anarchistes qui optent pour la
« propagande par le fait » contre les intérêts de l’État. Il faut évoquer la notion de violence politique, avant
d’envisager ses formes.
Paragraphe 1 : la notion de violence politique
Violence = politique si la force physique qu’elle requiert à des influences sur le champ politique, soit en
participant à la transformation d’un régime, soit en contestant un choix idéologique, soit en influençant les
politiques publiques de l’État.
La violence politique suppose le choix de modalités d’action, d’une cible, l’identification du choix de
motivation de l’acteur, et la circonstance du passage à l’acte.
Elle s’exerce sous deux aspects : peut viser un acteur décisionnaire ou une institution Étatique, mais peut
aussi chercher à instaurer par la force un débat public, modifier une architecture institutionnelle, peser sur
des choix administratifs.
Aussi un moyen d’accéder à l’existence politique en s’imposant comme interlocuteurs face aux acteurs du
jeu institutionnel, et aussi un moyen de protestation contre l’exclusion, la marginalisation sur la scène
institutionnelle.
Inégalement performante : inspire la peur qui paralyse, suscite l’indignation qui peut mobiliser contre elle,
éveille l’attention éphémère des médias. Elle atteint son comble lors de répressions, cours d’États, guerres
civiles. Certaines violences ont un aspect éruptif, émotionnel, d’autres un usage rationnel comme stratégie
au service de l’action. A l’inverse, il est des formes de violence qui confortent l’existence d’un groupe : par
exemple, le 9/11 aux USA a fédéré le peuple autour de la politique du président de lutte contre le terrorisme,
admettant une atteinte aux libertés individuelles
L’État est un acteur central de la violence politique : peut aussi être initiateur d’une certaine violence
puisqu’il détient le monopole de la coercition. Elle se déploie pour protéger l’ordre social.
Paragraphe 2 : les formes de la violence
3 formes :
- Colérique : expression éruptive, fondée sur un sentiment de frustration intérieur, le plus souvent
immédiate, discontinue, et disproportionnée dans son exercice. Peut survenir à l’issue de certaines
manifs échappant aux organisateurs.
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- Instrumentale : exercée sans passion, méthodiquement, il s’agit de violences calculées, visant un
objectif précis. C’est une violence employée dans un but politique spécifique. Peut-être des
mouvements sociaux, de syndicats, de criminels, mais peut être aussi une violence d’État présentée
comme mesurée et circonscrite à la bonne réalisation de l’ordre interne ou externe. Violence alors =
ressource collective.
- Identitaire : daigner l’identité de ceux qui la subissent, en offrir une à ceux qui la pratiquent. Par
exemple, les génocides.
BOURDIEU y ajoute la violence dite symbolique : pour souligner l’intensité des inégalités de la domination
sociale, qu’il analyse comme force de violence douce, invisible, masquée, « une violence méconnue comme
telle, elles est choisie autant que subie ». La « façon dont la domination sociale s’exerce dans la société
sans avoir recours à la violence physique ». Renvoie à la dimension intériorisée de la domination sociale, les
groupes dominés voient les comportements des groupes dominants comme fondée, naturelle. S’opère
particulièrement dans les rapports entre classes sociales : mais aussi dans le champ politique : se traduit
comme un retrait volontaire des citoyens issus des plus modestes milieux (GAXIE). Elle parait douce, et est
plus efficace, car intériorisée par ceux qui la subissent, elle n’est pas perçue comme une coercition. Le
recours à la violence dans les démocraties modernes est délégitimé : elle devient marginale, dans les
démocraties, la lutte politique peut être vive, mais doit rester symbolique. Elle utilise les armes du langage,
le vote et le discours.
Chapitre 2 : le processus électoral
Le vote est un droit politique fondamental dans les démocraties. C’est le moyen le plus sûr d’adopter des
choix collectifs de manière pacifique. Le vote est la forme traditionnelle de participation politique
individuelle. Les modalités d’élection sont toutefois plus complexes qu’on ne l’imagine. L’élection sert à
choisir des gouvernants, accepter une politique : c’est une institution permettant l’élection ou la destitution
périodique des gouvernantes. Mais ça peut être aussi une question sur un sujet : le référendum. C’est une
question par laquelle les électeurs s’échappent de la logique partisane, en répondant OUI ou NON à la
question, mais s’en servant souvent pour légitimer ou non les gouvernants. L’élection légitime en effet les
gouvernants : ils sont élus du peuple. Mais elle réactive le sentiment d’appartenance à une même nation des
électeurs, l’occasion d’une socialisation politique citoyenne. Dans les démocraties, les électeurs choisissent
entre plusieurs candidats, mais dans les régimes autoritaires, l’élection est maintenue, certes avec un
candidat unique : elle est conservée car les dirigeants eux-mêmes démontrent par là leur capacité à mobiliser
une participation massive, et obtenir un sentiment citoyen, du moins l’apparence d’une adhésion. Ces
élections à candidats uniques permettent de disqualifier les manifestations d’opinion.
En matière électorale, les prérogatives des citoyens sont fortement encadrées par des schémas idéologiques,
des clivages droite/gauche et un certain nombre de règles juridique. La France a été une sorte de pionnière
en matière d’études électorales, et la science politique s’est initialement affirmée dans l’étude des élections,
et ce dans un but utilitaire On dit souvent que la science politique française est à la traîne sur la science
politique américaine, on constate que sur le point des élections, c’est bien, la France qui est pionnière.
Les auteurs, dans leurs travaux, ont tenté de trouver des méthodes prédictives du comportement électoral
(notamment SIEGFRIED et Goguel). Dans tous les cas, on constate une volatilité croissante des électeurs,
qui s’explique par le déclin des identifications partisantes, mais aussi le contexte.
Le suffrage universel est aujourd’hui intimement lié à la notion de citoyenneté : les citoyens sont égaux
devant le vote, ce qui se traduit dans le champ politique par un droit égal de tous à participer à l’expression
de la volonté générale. Le vote ne peut être que secret, mais il n’en a pas toujours été ainsi. La construction
du citoyen, la confusion citoyen/électeur s’est construite progressivement au cours de l’Histoire. La
Compétition politique n’a pas toujours connu les traits pacifiques qu’elle a aujourd’hui, et le vote s’est
imposé historiquement comme un mode efficace, légitime, de règlements des conflits au sein de la société
politique.
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Section 1 : élections et campagne électorales
Paragraphe 1 : la signification du vote
L’acte électoral se présente aujourd’hui sous les traits d’un rituel : le vote est secret, le secret étant garanti
par l’uniformité des enveloppes, l’isoloir et l’absence d’intermédiaire entre la main de l’électeur et l’urne.
Le vote est en principe un acte rationnel ou raisonnable, par lequel l’électeur vote selon sa conscience. Dans
l’isoloir, l’électeur se comporte comme un citoyen éclairé et autonome, qui doit se prononcer en dehors de
toute pression. Le secret du vote garantit l’indépendance de l’électeur. Aujourd’hui, cela va de soi, mais à
une époque, les scrutins furent le théâtre de violences, achats de vote, bourrage d’urnes… La pacification du
vote a exigé la mise en place de dispositions matérielles et juridiques pour empêcher ceci. La victoire se
situe à la fin du XIXème et au début du XXème, où émerge une nouvelle génération de politiques, avec une
nouvelle méthode d’exercer la politique.
Avant cette époque, deux influences sur les électeurs :
- Les autorités sociales locales (notables : curé, instituteur…).
- Un groupe d’appartenance : les gens votaient en fonction du vote des autres dans leur catégorie
sociale (ouvriers votaient selon les consignes syndicales)
Le secret du vote a été proclamé en France dans la Constitution de 1795, et réaffirmé par les régimes
successifs, mais les conditions de secret du vote datent d’une loi du 29 juillet 1913 : elle impose un contrôle
accru de l’inscription sur les listes électorales (unicité), impose une représentation des candidats parmi les
scrutateurs, l’enveloppe uniforme et l’isoloir. Dans la matière, la France n’est pas pionnière ;; l’Australie les
a instaurés en 1857, le Royaume-Uni en 1872.
AUjourd’hui, ces conditions sont indispensables pour que le vote soit libre, sincère et autonome, en
permettant l’individualisation du vote. Désormais, la société politique est une société d’individus, et plus de
communautés locales. C’est l’époque où s’imposent les premières étiquettes partisanes pour guider
l’électeur.
Le vote a une fonction politique : légitimer le pouvoir et les institutions, mais également d’accéder
momentanément au pouvoir, en ayant une influence sur les gouvernants. Le vote offre une série de
satisfactions aux électeurs :
- sentiment de fierté (le discours républicain souligne le caractère valorisant de la participation au
scrutin), le sentiment d’être une fraction du peuple souverain, d’être un citoyen vertueux remplissant
son devoir civique… Mais le vote entretient un processus d’identification, soit entre les électeurs
d’un même candidat, soit à l’égard d’un parti politique.
- Sentiment d’agressivité : toute campagne électorale est l’occasion d’affrontements. C’est une
compétition dont la seule issue est la victoire ou l’échec : il y a mise en scène d’une certaine
agressivité (on affronte un ennemi, on le dévalorise….). C’est aussi un moyen de libérer pour le
citoyen des ressentiments, des frustrations accumulés : les mécontentements s’expriment à travers le
vote protestataire.
Paragraphe 2 : la conquête du vote
L’acte de voter pour désigner des représentants ou légitimer une décision est le fruit d’un long
apprentissage. Il faut d’ailleurs rappeler avant d’envisager son évolution historique, qu’au moment de sa
généralisation, le suffrage universel a fait l’objet de nombreuses critiques des auteurs, qui s’inquiétaient
qu’on confie le destin aux ignorants aussi bien aux ignorants qu’aux compétents. Au XIXème siècle, le
principe même du vote est rejeté par les mouvements anarchistes et certains mouvements socialistes, qui en
dénoncent le caractère trompeur : le vote est alors considéré comme contrôlé par la bourgeoisie, qui ne
permettait pas d’élire des représentants des classes sociales les plus pauvres.
Pour voter, il faut que le citoyen ait le droit de vote, et que le processus de transformation du nombre de
voix en sièges ne lui fasse pas perdre son pouvoir souverain.
L’histoire du vote se caractérise par un double-mouvement :
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A. Individualisation et généralisation du suffrage
L’histoire du droit de vote est jalonnée de restrictions : genre, nationalité, censitaire, capacitaires…
Tocqueville écrit en 1835 que « lorsqu’un peuple commence à toucher au sens électoral, on peut prévoir
qu’il arrivera dans un délai plus ou moins long à le faire disparaitre complètement : c’est là l’une des règles
les plus invariables qui régissent les sociétés. »
Cette loi sociologique a été par la suite théorisée par Stan ROKHAN, pour qui une fois que le régime
représentatif est adopté, tout pays est voué à passer par trois étapes : d’abord l’universalisation de l’accès au
suffrage, puis l’égalisation de l’influence de chacun, et enfin, la privatisation des préférences électorales.
Ainsi, on commencerait par passer d’un suffrage restreint (qui subordonne la qualité de l’électeur à certaines
conditions) à un suffrage de plus en plus étendu jusqu’à devenir universel. Plus, on passerait d’un suffrage
plural à un suffrage égalitaire (1 homme = 1 voix). Enfin, on passerait d’un suffrage communautaire,
affinitaire, public à un suffrage individuel, politisé, secret.
On retrouve cette évolution dans de nombreux pays : l’évolution du suffrage n’est jamais linéaire, c’est un
processus heurté très lié à l’évolution politique et sociale de chaque pays. L’exemple des USA souligne les
limites de l’évolution linéaire du suffrage. En 1975, dans les États du Sud, 60% des Noirs et 80% des
électeurs défavorisés avaient le droit de vote. Cinquante ans plus tard, suite à l’invention de clause de
résidences, de tests d’alphabétisation, les noirs ne votent plus, et seule une minorité des défavorisés votent.
Le mouvement d’universalisation du suffrage dépend de l’Histoire de chaque pays, et pour preuve, la
comparaison qu’on peut faire entre l’établissement du suffrage universel en GB et en France. Cette
comparaison révèle que cela s’est fait selon deux processus totalement différents. En France, on a une
élection sacralisée (dimanche, dans lieux publics), et en GB, non (vote en semaine, pas nécessairement dans
un lieu public…). En GB, on assiste à l’établissement progressif du suffrage universel issu de réformes
successive, une évolution lente vers l’universalisation du suffrage, progressive, par voie parlementaire
(réforme électorale de 1832, on passe de 500.000 à 800.000 électeurs ; loi de 1867 qui abaisse le cens, 1,2
million à 1,7 million etc…. suffrage universel masculin et féminin en 1928).
En France, les révolutions ont joué un rôle important. Au XVIIIème, on affirme le principe de la
participation des citoyens, la révolution promeut un citoyen nouveau, mais crée une distinction entre citoyen
actif et passif. La Constitution de 1793 pose le principe du suffrage universel, mais ne fut jamais appliqué…
Il faut donc attendre 1848. Mais une loi du 31 mai 1850 vient restreindre le suffrage universel masculin. De
1872 à 1944, les militaires sont exclus du droit de vote. C’est en 1944 que le droit de vote est accordé aux
deux sexes. En 1974, la majorité baisse à 18 ans. Le 15 mai 1998, droit de vote aux élections municipales et
européennes pour les étrangers européens. En 2012, 46.000.000 d’électeurs inscrits sur les listes au 1er tour
de la présidentielle.
Le SU a été contesté, puis s’est démocratisé, mais face à l’abstention, on peut considérer qu’il est boudé.
En France, la majorité électorale a beaucoup varié.
25 ans pour participer à la vie politique en 1791, 30 ans en 1815, 25 ans en 1930, 21 ans en 1848 et 18 ans
en 1974, et certains demandent encore d’abaisser cet âge.
La participation électorale frappe les majeurs sous tutelle qui, en raison de leur santé mentale, ne sont pas
aptes à raisonner et choisir, ou les grands criminels.
Depuis 1997, les jeunes sont inscrits d’office sur les listes électorales quand ils atteignent la majorité.
B. Démocratisation des règles électorales
Modalités selon lesquelles on calcule les résultats d’un vote. Cette démocratisation s’est faite par étape.
D’abord, on a adopté progressivement le suffrage direct au lieu du suffrage indirect. On a également
développé un mouvement en faveur de la représentation proportionnelle, qui se développe au début du
XXème dans la plupart des démocraties occidentales. Jusqu’au XIXème siècle, le scrutin majoritaire était la
règle dans toutes les élections politique, mais au XXème, une revendication croissante pour une
proportionnelle. Aujourd’hui, on essaye de combattre les inconvénients de chaque logique, en développant
les modes de scrutin mixtes (Allemagne, Espagne, Europe de l’Est…).
3 effets du mode de scrutin :
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- Représentation de l’opinion : il faut tenir compte du seuil, du découpage électoral… Aucun mode de
scrutin n’est parfait.
- Structure des partis politiques : la représentation proportionnelle conduit à un système de partis
indépendants les uns des autres (multiples et interdépendants pour les scrutins majoritaires à deux
tours, bipartisme pour les scrutins majoritaires à un tour).
- Fonctionnement de la démocratie : dans un régime présidentiel, l’existence du gouvernement ne
dépend pas du Parlement, et donc la représentation proportionnelle ne présente que peu
d’inconvénients. Dans un système parlementaire, il convient de dégager une majorité parlementaire
pour soutenir le gouvernement intérêt du scrutin majoritaire. La dissolution a un effet beaucoup
moins dissuasif s’il y a la proportionnelle, puisque les partis politiques constituent eux-mêmes leurs
listes, et les dirigeants sont sûrs d’être élus. Le problème pour choisir un mode de scrutin, c’est qu’il
faut savoir ce que l’on cherche. Selon Michel Debré, les élections sont un « mode de
commandement ». Leur but n’est pas la photographie de l’opinion, mais la désignation et la
légitimation des gouvernants. Aucun mode de scrutin n’est parfait : le meilleur mode, pourtant, est
celui qui est assez simple pour être compris des électeurs en évitant la fraude, et celui qui, dans une
société favorise l’alternance.
Paragraphe 3 : les élections dans la vie politique française
Sous la Ve République, le peuple est très souvent sollicité, conformément à l'article 3 de la Constitution de
1958. D'abord, il a joué un rôle dans l'avènement du régime par le biais de ses représentants, qui ont voté la
loi constitutionnelle du 3 juin 1958, puis il a eu un rôle direct en acceptant la constitution par référendum.
Le peuple intervient aussi pour désigner ses représentants, mais également, parfois, pour décider
(référendum à l'article 11 et à l'article 89). Enfin, sous la Ve République, le peuple peut être sollicité pour
arbitrer un conflit entre les pouvoirs, pour résoudre un différend entre législatif et exécutif (droit de
dissolution de l’Assemblée par le président en 1958).
On a multiplié les consultations électorales. 1962 : suffrage universel, 1979 : parlement européen français au
suffrage universel, élections régionales, 2003 : référendums locaux décisionnels. Le peuple est très sollicité
sous la Ve République, souvent pour les questions liées à la décentralisation (prévoit référendums locaux,
1982).
Les modes de scrutin ont une influence sur la vie politique, sur la vie interne des forces politiques. Les partis
politiques ont du se présidentialiser c'est-à-dire se structurer autour d'un leader présidentiable. Un parti doit
inclure la perspective des législatives pour conclure des accords avec les autres partis politiques. Il y a eu
deux élections présidentielles qui n'ont pas connus un affrontement droite/gauche.
Le plus important est que la France juxtapose plusieurs modes de scrutin :
- Scrutin majoritaire pour les présidentielles, les législatives et les cantonales → pour les élections
les plus importantes.
- Scrutin proportionnel pour les européennes → pour les élections jugées moins essentielles.
- Scrutin mixte pour les municipales (loi 19 novembre 1982).
Les électeurs se regroupent autour des grands partis dans les scrutins majoritaires. En revanche, les électeurs
dispersent leur voix quand ils votent au scrutin proportionnel. Scrutin majoritaire → bipolarisé. Scrutin
proportionnel → pluralisme. Le choix des électeurs s'en trouve brouillé : ainsi, le 21 avril 2002, les électeurs
ont voté comme dans des scrutins proportionnels en dispersant leur voix, vers les partis minoritaire ou
secondaire (maintien d’un système de partis secondaires ou protestataires).
Paragraphe 4 : les campagnes électorales
La campagne électorale est la période précédant l’élection. Les candidats vont tenter de convaincre les
électeurs de voter pour eux grâce à la persuasion et à des actions spécifiques. Ils se mobilisent, informent les
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électeurs et propagent une conception de la société. C’est le moment où les citoyens s’intéressent le plus à la
politique.
La campagne officielle est généralement courte, elle dure deux semaines, elle est réglementée. L'État donne
accès à des moyens particuliers aux candidats, et garantit l'égalité de traitement entre tous les candidats pour
que l'élection soit démocratique. Cette campagne se détermine 1 jour avant le scrutin. Ce temps permet un
temps de réflexion, et permet de préserver la sincérité du scrutin.
Avant cette période, il y a la période de pré-campagne période plus ou moins longue selon les circonstances
(près d’un an pour les présidentielles). Alors s’accélère le jeu politique, se polarise l’élection, émergent les
candidatures via une auto-sélection des candidats, par le choix des partis ou des primaires (pendant
lesquelles les militants des PP jouent un rôle particulier et se mobilisent). On commence alors à constituer
son image en tant que candidat, et son positionnement idéologique.
2 aspects de la campagne électorale: évolution des formes et du contenu des campagnes & la question de
leur financement.
A. L'évolution des formes et du contenu.
Les campagnes ont beaucoup changé au fil du temps : on passe de la propagande classique à l'ère de la
communication politique.
5 signes prouvent cela :
– Le renforcement de l'encadrement juridique des activités électorales, avec pour objectif : la défense
du pluralisme. Il existe de plus en plus un droit de la vie politique. On peut constater l’émergence
d’une régulation juridique de la vie politique, qui se manifeste par les campagnes audiovisuelles, la
réglementation du financement des campagnes électorales, la publication des sondages
Dès 1964 on voit apparaitre les premières réglementations pour les émissions. Le CSA exige l’équité
entre les candidats, et règlemente les apparitions audiovisuelles. Pendant la campagne officielle,
l’égalité stricte est requise. La CNIL, elle, se charge de la campagne sur Internet.
– L'évolution des supports visuels. On assiste depuis une vingtaine d'année à un renouvellement des
affiches électorales. Cela se caractérise par une modification du rapport entre texte et image. Au
début de la 5eme république, les affiches étaient composées de textes denses sans ou avec peu
d'illustrations. Désormais, on ne conçoit plutôt une affiche avec une photo travaillée un slogan.
Autrefois, les candidats avaient un air sérieux, mais aujourd’hui, on insiste sur la jeunesse et la
séduction des candidats (VGE). Il faut aussi souligner le nouveau style des professions de foi :
autrefois, elles développaient des arguments notabiliaires, où le candidat mettait en avant son
expérience, ses responsabilités sociales. Tous les candidats, aujourd’hui, veulent se donner un air
ordinaire, simple, avec une vie de famille, un vocabulaire simple et concret, en gommant les
arguments idéologiques. Les professions de foi émettent un discours rassembleur, hors des partis.
– La multiplication des moyens de faire campagnes : à l’origine, on se réunissait pour diffuser un
programme en petit comité. Aujourd’hui, on organise de grands meetings, qui sont une
démonstration de force susceptibles d’être utilisé et repris par les médias. Mais à côté de ces grands
meetings, on trouve des stratégies de campagne construites, faites de voyages à l’étranger, de
voyages, de grands évènements. Aujourd’hui, on fait campagne avec des journaux, la publication de
livres, la construction de stratégie de communication pour que les médias relaient l’ensemble de
l’activité des candidats.
– La place croissante prise par la télévision et les sondages d’opinion : les campagnes sont de plus en
plus médiatisées. Avantage pour le candidat, car lui permet d’avoir accès à une masse d’électeur, et
pour l’électeur, d’être plus informé, plus critique, de s’affranchir de la tutelle des consignes
partisanes. Les électeurs obtiennent désormais des informations autonomes. Autrefois, les hommes
politiques étaient des tribuns de grandes envolées. Aujourd’hui, ce sont des communiquant du petit
écran. Les émissions officielles pendant la campagne ont désormais une assez faible audience, en
revanche on observe une forte augmentation de l’audience des journaux télévisés pendant les
périodes électorale.
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– La montée en puissance des professionnels de la communication, du marketing, de la publicité. Ce
n’est pas nouveau : le premier candidat à la présidentielle à avoir utilisé les conseils d’un publicitaire
l’a fait en 1965 (Jean Lecanuet). Les responsables politiques se sentent dépossédés par l’irruption
des professionnels et les frictions sont nombreuses avec les équipes militantes traditionnelles. Les
campagnes sont plus sophistiquées, et permettent d’aider les électeurs à s’informer, à raisonner,
réfléchir via plusieurs supports, le rendre plus hésitant, et leur choix se fixe définitivement de plus en
plus à la veille de l’élection. Et cela a développé une certaine volatilité électorale.
B. Le financement des campagnes électorales
Question taboue pendant longtemps : on savait que les syndicats aidaient les partis de gauche, que les partis
du centre de la droite étaient soutenus par les milieux économiques. Mais bouleversement avec
l’augmentation exponentielle du coût des campagnes électorales. La plupart des démocraties occidentales
ont vu ce problème avant la France : la Suède et le Danemark ont fait évolué leur législation sur le
financement des campagnes en 1966, l’Allemagne en 1967, l’Italie en 1974, et les Usa l’avaient fait en 1972
et 1976. En France, la première loi relative à la transparence financière de la vie politique date du 1988.
Une douzaine de lois traitant du financement des partis ont été adoptées entre 1988 et 2012. Les principes
posés dans le cadre législatif instauré en 1988 sont les suivants : il existe un financement public des partis
politiques, il y a une réglementation précise des aspects financiers des campagnes (les dépenses sont
plafonnées, et l’État rembourse si les prescriptions du Code électoral sont respectées). En outre, l’État prend
en charge les frais d’impression des bulletins de vote etc… Contrepartie : réglementation des dépenses, et
un mandataire financier devra tenir les comptes, qui doivent être certifiés par un expert-comptable.
Pour être efficace, cela suppose des mécanismes de contrôle, qui ne peuvent être faits que par une autorité
administrative indépendante, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements
politiques. Chaque candidat tient un compte de campagne retraçant l’ensemble des recettes perçues en vue
de l’élection, compte accompagné de justificatifs, et déposé le neuvième vendredi suivant le jour du scrutin
où l’élection a été acquise.
Commission créée en 1990, devient AAI en 2003, comprend 9 membres pour 5 ans nommés par décret : 3
du Conseil d’État, 3 de la [Link] et 3 de la [Link]. Souvent, son président élu est un des membres de la
Cour des comptes. Sauf pour les législatives ou les présidentielles où le recours se fait devant le Conseil
constitutionnel, le recours se fait devant le Conseil d’État.
Après une procédure contradictoire, soit elle approuve les comptes, soit elle les rejette. En cas de rejet ou de
non-présentation, saisine du juge de l’élection, qui confirme ou infirme la décision, et alors, soit
inéligibilité, soit déchéance. En pratique, la Commission admet une certaine souplesse (dépassement du
plafond de 5%, concours en nature de quelques personnes publiques). Le candidat élu sans respecter les
règles risque d’être invalidé, et inéligible pour un an (la loi de 1996 autorise le Conseil d’État à ne pas
prononcer l’inéligibilité s’il est de bonne foi). Désormais, une campagne électorale ne commence plus par
la constitution d’un trésor de guerre. Elle ne se détermine pas par l’ampleur des moyens financiers des
candidats.
Tout ça a permis au scrutin de gagner en sincérité et en légitimité. Mais il reste des imperfections, et il doit y
avoir encore des fraudes à cette législation (micropartis…).
Paragraphe 5 : le contentieux électoral
Les fraudes ne doivent pas dénaturer la volonté populaire. Des autorités indépendantes doivent s’en charger.
On envisage un règlement juridictionnel des litiges électoraux, c’est un progrès de l’État de droit.
En France, ce n’est pas du ressort d’une juridiction unique. L’examen des fraudes est répartie entre les trois
ordres de juridiction : le Conseil constitutionnel (parlementaires/présidentielles), le juge non-répressif
examine les élections professionnelles (les entreprises), le juge répressif sanctionne les contrevenants aux
dispositions pénales du Code électoral. Le juge administratif est compétent pour les élections européennes,
aux organismes publics (universitaires, chambres de commerce…) et pour les élections locales. Le
contentieux électoral se règle assez rapidement, sans avocat, et les réclamations sont ouvertes aux électeurs
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et aux candidats. Les délais de réclamations sont de l’ordre de 5 à 10 jours pour la demande, et dure jusqu’à
plusieurs mois.
Quel contrôle ? Le juge peut annuler l’élection si sa sincérité a été altérée. Il y a réformation du résultat
quand le juge est certain que des erreurs, illégalités diverses (menaces, répression), ont eu une incidence sur
le résultat de l’élection ET qu’il est en mesure d’en apprécier avec précision les conséquences sur les
résultats (c’est rare).
En général, le juge annule l’élection : c’est automatique en cas d’inéligibilité avérée ou d’incompatibilité.
Quand le juge a l’intime conviction qu’une irrégularité, une manœuvre, une fraude a eu une incidence sur le
résultat final de l’élection, il peut l’annuler. Pour cela, plusieurs critères : faible écart de voix entre candidats
et listes… Il faut que l’irrégularité ait gravement porté atteinte à la sincérité du scrutin. Mais souvent, le
juge relève que les faits contestés n’introduisent pas dans le débat électoral des éléments nouveaux (même si
elle est immorale).
De même, le critère du faible écart de voix justifie l’annulation, mais pour l’écart de voix important, on
n’est pas sûrs de la régularité de l’élection quand même.
Section 2 : la mobilisation électorale
Le vote est le seul mode de participation politique qui engage plus de la moitié de citoyens. La sociologie
électorale distingue 3 types de comportements : l’abstention, le vote blanc ou nul, le vote normal.
La participation électorale est mesurée à partir du taux de votants comparé au taux de personnes inscrites sur
les listes électorales. Cela révèle le niveau d’adhésion des citoyens.
Toute analyse de la participation électorale comporte trois aspects : le vote blanc ou nul, l’inscription sur les
listes électorales, l’abstention.
Paragraphe 1 : l’inscription sur les listes électorales
En France, obligatoire, mais résulte d’une démarche volontaire de l’individu pour figurer soit sur la liste de
sa commune de résidence, où sur la liste d’une commune où il paie depuis cinq ans un impôt local. C’est
une obligation morale, que tout Français est censé accomplir librement. Exception : les plus de 18 ans sont
désormais inscrits automatiquement.
On estime à 10% le nombre de Français en âge de voter non-inscrits sur les listes. On distingue trois types
de non-inscrits :
- Les mobiles : jeunes, cadres, bien insérés.
- Les exclus : bas niveau scolaire, mal insérés, pensent que les élections ne servent à rien
- Les anarchistes : antisociaux.
Dominique REYNIÉ parle de sur inscriptions par politisation en 2007 : première présidentielle depuis 2002,
échec du référendum de 2005, émeutes de 200X.
En GB, un formulaire officiel doit être rempli, le même qui sert pour le paiement de l’impôt.
Paragraphe 2 : le vote blanc ou nul
Enveloppe vide ou avec un bulletin dépourvu de tout nom de candidat. Type de vote qui indique une volonté
de se démarquer du choix proposé par l’élection.
Le vote nul : bulletin déchiré, annoté… Pas forcément fait exprès. Mais parfois, pour montrer son rejet de
l’offre électorale.
On appelle ça une abstention civique : on va voter, comme un bon citoyen, mais en manifestant son
mécontentement. Sous les IIIème et IVème, le phénomène était marginal (~2%), ainsi que sous les
premières années de la Vème, à deux exceptions (en 1969, au 2ème tour, 4,4% / 1972 : 7% au référendum de
l’entrée de la GB dans la CE).
Mais c’est dans les années 1990 qu’il progresse : les départements les moins abstentionnistes sont en
général ceux où le vote blanc ou nul est le plus présent.
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Le vote blanc est généralement plus fréquent dans les départements ruraux ou à population âgée. Il est
souvent plus élevé au second tour d'une élection. Le vote blanc dépend aussi de la conjoncture politique. En
1993, 9.5% de vote nul. En 2012, 2nd tour : 5.8%.
Des associations demandent régulièrement la prise en compte des votes blancs. En novembre 2012, les
députés ont adopté à l'unanimité un projet de loi distinguant le vote blanc du vote nul. Jusqu'à présent, le
décompte des voix aboutissait à deux données : les votes valides et les suffrages exprimés. La loi du 21
Février 2014 change la donne, et les bulletins blancs sont, à compter du 1 er avril, décomptés séparément des
votes nuls. Le but est de montrer que le vote blanc est un acte citoyen, certes différent. Trois proportions
désormais (nul, blanc, abstention). But : faire reculer l’abstention, et analyser le phénomène.
La Suède est le seul pays qui reconnait le vote blanc comme un suffrage exprimé. Les élites politiques
voient dans la reconnaissance du vote blanc un risque d'encouragement pour ce type de comportement
électoral, et n’en veulent pas, car un système politique cherche à ce que le maximum de citoyens s’exprime
pour légitimer l’action publique.
Paragraphe 3 : l’abstention
Etudiée assez tardivement. Lancelot est le premier à publier une thèse en 1968, L’abstentionnisme électoral
en France. Depuis elle est analysée comme un comportement en lui-même (stratégique, politisée, de
condition, de choix…).
Elle se calcule sur l'ensemble des personnes inscrites sur les listes électorales, non pas sur le nombre de
personne en âge de voter. L'abstention ne fait qu'augmenter.
Augmente en 1960 aux USA. Depuis 1945 En Europe de l’Ouest. Le phénomène n’est pas propre à la
France.
Forte abstention dans les années 1990s. Record de participation : 1er tour élection présidentielle de 2007
avec seulement 15% d'abstention. Car en 2007 renouvellement de l’offre politique, les jeunes sont de
nouveaux mobilisés, développement d’internet, personnalisation du scrutin, la peur suscitée au 2ème tour
de 2002. Mais depuis, record d'abstention. Mais pour les législatives de 2007, 1 français sur 2 n'a pas voté
(ratification du choix présidentiel désormais). Les européennes de 2009 : 60% d'abstention.
Pendant longtemps, on a expliqué l’abstention par le niveau social ou l’intégration des individus. Même si
cette analyse demeure valable, elle ne suffit plus : chaque scrutin a une conjoncture qui favorise ou non
l’abstention.
On observe que les catégories sociales les plus élevées ont la participation électorale la plus active, et la plus
régulière. Tout se passe comme si le niveau d’instruction donnait aux individus le sentiment d’une
compétence, de pouvoir déchiffrer l’univers politique, qui les conduisent à voter. Les électeurs les moins
éduqués, eux, s’abstiennent plus : ils ont un sentiment d’incompétence politique (peu exposés aux médias,
faible niveau scolaire, peu intéressés). Ainsi, en 2010, on note un taux d’abstention record dans les quartiers
populaires : moins de 30% de participation électorale, et 1 électeur potentiel sur 4 ne serait pas inscrit sur les
listes électorales : ils se sentent étrangers au jeu politique.
Les abstentionnistes constants sont rares : on les évalue de 8 à 10% des inscrits. Les votants constants, eux,
représentent 40% du corps électoral. Le comportement le plus fréquent est donc la participation
intermittente. Dès la fin des années 1960, Alain LANCELOT détermine les critères qui favorisent le vote :
l’intégration professionnelle, l’intégration familiale, l’appartenance à des groupes religieux ou associatifs, la
taille de la commune de résidence (des critères de stabilité géographique, l’investissement dans une
communauté de vie, ce qui s’ajoute évidemment à l’âge et au niveau d’études). Le degré d’intégration
sociale varie au cours de l’existence, ce qui peut expliquer le caractère intermittent de la vie politique, de
même que la désintégration professionnelle. Ainsi, votent moins les chômeurs, les emplois précaires, les
jeunes, les non-diplômés. Les couches populaires sont les plus abstentionnistes, quand les catholiques
pratiquant votent plus que la moyenne.
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Mais d’autres explications : les conjonctures électorales favorisent l’intégration des électeurs. La nature de
l’élection, la position idéologique, l’acuité des enjeux, l’intensité de la compétition ont une influence sur la
mobilisation électorale. L’acuité et l’intensité de la compétition : « les élections combats mobilisent plus
que les élections d’apaisement » (SIEGFRIED). Les élections les plus mobilisatrices sont les présidentielles,
puis les municipales, et enfin les législatives. A l’opposé, les élections les moins mobilisatrices sont les
régionales, les européennes, et enfin les cantonales. Cette mobilisation variable dépend des connaissances et
des représentations que les électeurs se font des enjeux : plus l’enjeu est grand, plus l’élection mobilise.
De plus, le mode de scrutin retenu à une influence : à la proportionnelle, on a une possibilité de voir
représentés les partis minoritaires, ce qui encourage leurs électeurs à aller voter. Le second tour des
élections, de même, mobilisent plus que le premier tour : certains électeurs ne se déplacent que pour le tour
« décisif ». Le calendrier électoral influe également : la proximité dans le temps de plusieurs scrutins
émousse la mobilisation, on lasse les électeurs. On en a un exemple très clair avec les référendums en
Suisse, mais en France aussi : les législatives, qui ont lieu 6 à 7 semaines après les présidentielles,
mobilisent moins que lorsqu’elles interviennent en cours de mandat. Les législatives sont en effet perçues
comme des élections de « ratification » d’une réponse donnée antérieurement (en votant pour le président,
on a déjà choisi un programme et une politique).
Quand l’enjeu de la consultation est clair, le taux d’abstention diminue. Au contraire, si les débats sont
obscurs et que les enjeux de l’élection sont loin de l’opinion publique, l’élection mobilise peu. Ainsi, les
élections où l’on sait l’alternance possible sont les plus mobilisatrices.
Le taux de participation le plus important est observé dans le pays où le vote est obligatoire. Mais ce n’est
pas une panacée : les électeurs se déplacent, certes, mais on a une hausse des bulletins blancs.
On décèle un nouveau profil des abstentionnistes, surtout que désormais, la hausse de l’abstention s’observe
dans tous les groupes sociaux. La progression de l’abstention se fait quel que soit le niveau d’implication
politique des électeurs. En effet, désormais, certains abstentionnistes intermittents font preuve d’un degré
élevé de politisation. L’analyse vue précédemment ne suffit plus : aujourd’hui, l’abstention résulte surtout
d’un refus du jeu politique dans le contexte et dans les conditions dans lequel il se déroule. Les électeurs ont
le sentiment que les candidats sont trop proches les uns des autres, que le système partisan est figé, ils sont
défiants à l’égard des politiques, ils considèrent que la marge de manœuvre des gouvernants est de plus en
plus réduite. L’abstention est de plus en plus perçue comme une sanction des gouvernants, et un refus des
règles du jeu politique. C’est ce qu’on appelle la dimension politique et sociale de l’abstention.
Anne MUXEL fait une distinction entre les « abstentionnistes hors-jeu » et les « abstentionnistes dans le
jeu ». Dans la première catégorie, elle regroupe des citoyens très critiques à l’égard du système politique,
proches de l’exclusion sociale et qui s’abstiennent de manière plus constante. Dans la seconde, elle place
des citoyens un peu politisés (capables de citer un parti dont ils se sentent proches et peu éloignés) : eux
pratiquent une abstention irrégulière. Depuis les années 1980, ce sont les abstentionnistes dans le jeu qui ont
progressé pour elle. Entre 1958 et 1997, on estime qu’il a triplé. Par leur défection, ils expriment une forme
d’insatisfaction à l’égard du jeu politique pratiqué au sein de la démocratie représentative. Malgré cela, les
abstentionnistes hors-jeu sont plus nombreux, et l’abstentionnisme intermittent devient de plus en plus
fréquent. Ainsi, on estime qu’en 2002, moins de 44% des Français ont voté aux quatre tours des deux
élections. La non-participation, même par ceux qui sont intéressés par la politique, sert à montrer une
certaine insatisfaction à l’égard des gouvernants de tous bords.
Le vote est toujours considéré comme le moyen le plus efficace de participation politique. Mais désormais,
les citoyens ont de plus en plus tendance à s’affranchir du devoir civique. On observe un affaiblissement de
la contrainte sociale sur le vote. Il y a une désacralisation du vote, et une forte individualisation électorale :
chaque électeur évalue la portée de son vote, et le vote n’est plus qu’un moyen parmi d’autres de
participation politique. Il devient plus un droit de veto qu’un devoir civique. Malgré la hausse de la
compétitivité électorale, malgré la progression du niveau de culture et d’information des citoyens, les
électeurs se déplacent de moins en moins. Ce n’est pas synonyme de montée d’indifférence politique, mais
on assiste au développement d’un abstentionnisme de protestation, pratiqué par des citoyens éduqués,
jeunes, de statut social moyen voire supérieure, et parfois par des citoyens très politisés. Ainsi, en 2002, les
cadres et professions intellectuelles se sont presque autant abstenus que les ouvriers.
Désormais, le rapport à la politique est à la fois plus individualisé et plus critique. On retrouve aussi cette
idée dans la motivation des choix électoraux.
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Section 3 : les modèles d’analyse du comportement électoral
Les analystes et les acteurs de la vie politique cherchent depuis longtemps à comprendre et à expliquer
l’orientation du vote des citoyens. Il y a une dimension stratégique, surtout de la part des acteurs politiques :
en votant, les citoyens émettent des choix qui sont déterminés par de multiples variables (âge, sexe, valeurs
familiales…). En France, dès le début de la IIIème République, on a vu apparaître les premières analyses de
sociologie électorale : elle est devenue une spécialité française dès la fin du XIXème siècle.
Si on parle DES modèles, c’est parce qu’au cours du XXème siècle, les analyses du comportement électoral
ont révélé plusieurs modèles explicatifs. L’évolution de la construction de ces modèles est tributaire du
développement des instruments d’analyse. On distingue trois périodes :
- Le modèle, dans un premier temps, écologique : ce type d’analyse privilégie une approche par le
collectif. Les facteurs expliquant l’orientation du vote sont recherchés dans l’environnement
territorial, dans les spécificités du groupe. L’orientation du vote est expliquée ici par les
caractéristiques physiques du territoire, la structure sociale et l’histoire politique du territoire sur
lequel vivent les citoyens.
- Aux alentours de la 2nde Guerre Mondiale, les progrès techniques des sondages, des méthodes
d’interview permettent le développement de nouveaux modèles sociologiques. Les analyses sont
centrées sur l’individu. Le comportement de l’individu est expliqué à partir de ses caractéristiques
sociales, économiques, culturelles et politiques. Les modèles sociologiques perçoivent les choix de
l’électeur comme le produit de son ou de ses milieux d’appartenance. L’électeur est prisonnier de ses
appartenances locales, sociales ou culturelles. Mais, tandis qu’on a considéré que c’était prédictif du
vote, on s’est rendu compte…
- Que le vote est le résultat des calculs et stratégies déployés par les électeurs dans le contexte propre à
chaque élection. Il est devenu un électeur rationnel, stratège. Le modèle de la rationalité des
comportements électoraux est venu compléter les deux autres.
Paragraphe 1 : les modèles écologiques
Les analyses de ce type fondent l’explication des comportements électoraux sur le poids du milieu dans
lequel vivent les électeurs. Ces modèles étudient le caractère de l’unité géographique dans lequel vivent les
populations étudiées.
Deux types d’analyse :
- Les travaux de géographie humaine, menés par André SIEGFRIED.
- Les analyses historiques, menées par Paul BOIS.
A. Les modèles de la géographie humaine, de SIEGFRIED
En 1913, il publie un livre : Tableau politique de la France de l’Ouest sous la’IIIème République. Il y
cherche l’origine des choix politiques dans la nature d’appartenance des citoyens. Il y cherche les raisons
des stabilités des choix des électeurs pendant les premières années de la IIIème République : c’est parce
qu’ils s’enracinent dans un tempérament politique stable, s’inscrivent dans un paysage, avec un système de
relation et de hiérarchie sociale sur le territoire (rapport à l’Eglise). Ce modèle est construit à partir de la
corrélation ente géographie humaine et orientation électorale. Il établit des liens entre tempéraments
politiques et faits de géographie humaine (type d’habitat, diffusion de la religion, structures sociales, forme
de propriété) : tous ces éléments établissent une structure sociale, et par conséquent un certain climat
politique et religieux.
Les analyses de SIEGFRIED portent sur la Vendée : c’est son terrain d’observation. A partir de données
cartographiques, il constate un clivage entre deux zones géographiques, qui renvoient chacune à un type de
paysage différent, qui renvoie aussi à deux zones géologiques : au nord de la Vendée, des terres granitiques,
dans lesquelles la population est dispersées, les propriétés sont de grande taille, le catholicisme y est très
fort, les notables ont une emprise importante. Au Sud, en revanche, on trouve une zone calcaire, un habitat
plus groupé, un catholicisme moins ancré, une organisation sociale plus égalitaire et les petites exploitations
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sont plus nombreuses : « cette démocratie de petits propriétaires paysans vote majoritairement à gauche ». Il
en conclut que « le granit vote à droite, le calcaire, à gauche ». Pour Siegfried, l’explication du vote est
multifactorielle. Cette pluralité de facteurs est à rechercher dans des caractéristiques humaines : l’habitat
influence la propriété, qui influence les relations sociales qui, associées à la place de la religion, façonne des
tempéraments politiques et des choix électoraux. C’est une analyse de type sociologique : c’est pourquoi
Siegfried est vu comme un des fondateurs de la science politique française.
Mais ce type d’analyse comporte un certain nombre d’exceptions, c’est pourquoi Paul BOIS poursuit cette
analyse en introduisant la dimension historique.
B. Une critique constructive du modèle de Siegfried : Paul BOIS (prise en compte
de la dimension historique)
En 1960, il publie Paysans de l’ouest : des structures économiques et sociales aux opinions politiques
depuis l’époque révolutionnaire dans la Sarthe. Avec cette analyse, il veut compléter celle de Siegfried,
qu’il critique sur trois points :
- Le trop grand nombre d’exceptions observées
- Les facteurs explicatifs de Siegfried sont insuffisants
- L’analyse de Siegfried est trop statique, et néglige l’influence du passé
Le modèle proposé par Paul Bois prolonge l’analyse de Siegfried en envisageant le milieu comme un cadre
historique, marqué par une histoire singulière qui explique certains comportements politiques. La clé des
comportements politiques est à rechercher dans le passé.
Pendant toute la durée de l’IVème, ce département est divisé par une coupure qui sépare l’ouest, pratiquant
et votant à droite, de l’est, déchristianisé et votant à gauche. Pourtant, ce département ne présente aucune
rupture dans la formation du sol, la forme des paysages, la structures de l’habitat : l’analyse de Siegfried ne
permet pas d’expliquer ce clivage. Donc, on remonte le cours de l’Histoire. Il remonte à la période
révolutionnaire : la nationalisation et la vente des biens du clergé a conduit à une vaste redistribution des
propriétés foncières, surtout dans l’ouest du département : la vente s’est faite au profit de la bourgeoisie
urbaine, ce qui a déçu les espoirs des paysans de l’ouest. De là serait née une hostilité à l’égard de la
révolution : bourgeoisie et citadins sont associés à la religion, face à une alliance entre paysans, clergé et
aristocrates, ce qui se caractérise par la montée de mouvements contre-révolutionnaire dans l’ouest du
département. A l’est, au contraire, les paysans étaient pauvres, et donc le fait que les bourgeois acquièrent
les terres n’a pas créé de frustrations. Ainsi, le passé permet d’expliquer le paysage politique récent.
Les travaux de Siegfried comme ceux de Bois recherchent les caractéristiques du vote dans le territoire. Ces
analyses étaient pertinentes à une époque où le vote était marqué par des particularités territoriales. Mais
aujourd’hui, le vote se nationalise, et ces explications territoriales ne suffisent plus (sans devenir obsolètes).
Car de nos jours, certains espaces socialement typés restent de nouveaux marqués par des spécificités
électorales, comme la droitisation et la montée du FN dans les zones péri-urbaines. De nouveaux types
d’explication du vote émergent : aux États-Unis, après la 2GM, grâce au développement des sondages
d’opinion, la sociologie électorale prend un nouvel essor.
Paragraphe 2 : l’analyse sociologique
Les chercheurs américains produisent deux nouveaux modèles, qui seront adoptés et domineront l’ensemble
des analyses de sociologie électorale dans la majorité des démocraties électorales.
- Pour l’école de Columbia, la décision électorale n’est pas le produit d’un choix individuel : ce sont
les attributs sociaux qui déterminent les préférences politiques.
- Pour l’école du Michigan, c’est l’identification partisante qui forge la stabilité des choix électoraux.
L’apport de l’analyse de Michigan est l’idée d’identification partisane.
A. Le modèle de Columbia
Paul LAZARSFELD et son équipe mènent les premiers travaux en ce sens. Ils aboutissent à la publication
d’un ouvrage majeur de la sociologie électorale en 1944 : The People’s Choice. L’objectif de cette
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recherche est clair : il s’agit de savoir comment se prend la décision de voter pour un candidat au cours
d’une campagne électorale. Parmi les éléments influençant les électeurs (amis, famille, collègues de travail,
la campagne locale), quel est le facteur déterminant ?
La recherche : pendant les six mois précédant l’élection présidentielle de 1940, on interroge des personnes
une fois par mois. Leurs questionnaires portent sur les caractéristiques sociales et culturelles des
interviewés, leurs orientations politiques passées et présentes et la manière dont ils suivent la campagne.
L’enquête, la recherche, livre un double enseignement :
- Les préférences électorales sont très durablement formées : les électeurs savaient depuis longtemps
pour qui voter, avec une prédisposition partisane durable enracinée dans les traditions familiales et
identités sociales. Rares étaient ceux qui changeaient. Pour les chercheurs de Columbia, trois
variables sont déterminantes pour déterminer le vote : le lieu de résidence, le statut social, la
religion. « Une personne pense politiquement comme elle est socialement : les caractéristiques
sociales déterminent les préférences politiques » (!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
EXAMEN !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!). Ici, on est dans un point de vue individuel : le territoire
n’influence plus, mais ce sont les caractéristiques sociales de l’individu qui déterminent ses
préférences politiques. La conclusion de Lazarsfeld est la suivante : les personnes de statut social
inférieur, de religion catholique vivant dans un milieu urbain vote beaucoup plus fréquemment pour
le candidat démocrate. Au contraire, le candidat républicain recueille une majorité de suffrages chez
les personnes de niveau supérieur, protestantes et vivant en zones rurales. En combinant ces trois
variables, il apparait une très forte prédictive du vote chez les personnes. Les changements de vote
s’observent dans les catégories où on trouve des influences contradictoires par exemple chez les
ouvriers protestants, les catholiques favorisés.
- Le faible impact des campagnes électorales sur le vote : seuls les électeurs déjà politisés suivent la
campagne électorale et la regardent de façon sélective, chaque électorat sélectionnant les messages
de son candidat. Les campagnes servent à renforcer les convictions des personnes déjà convaincues,
mais aussi mobiliser les citoyens peu politisés qui, au fil de la campagne, vont choisir un candidat.
Ils se rapprochent du candidat le plus conforme à leurs prédispositions sociales.
Ces travaux mettent en cause le mythe de l’électeur éclairé et de la toute-puissance des médias.
B. Le modèle de Michigan
Le résultat des enquêtes de cette université sont publiés dans cet ouvrage clé qu’est The American Voter.
Comme les modèles précédents, ce modèle insiste sur la stabilité à long-terme des choix individuels et aussi
la faible politisation des électeurs. Mais contrairement aux résultats obtenus à Columbia, le modèle de
Michigan réfute les analyses qui se basent sur la prédisposition sociale du vote. Ils privilégient la
psychologie individuelle. Les perceptions idéologiques priment sur les caractères sociaux des électeurs.
C’est l’identification à un parti qui compte selon eux. 90% des personnes qui s’identifient fortement à l’un
des deux grands partis vote pour ce parti. Le plus grand nombre de votes déviants se retrouve chez les
électeurs ayant une faible identification partisane. La majorité voterait comme ses parents.
Cette identification familiale est tout de même liée à des caractéristiques sociales. Mais les tenants du
modèle de Michigan privilégient l’identification partisante sur les caractéristiques sociales, même si ces
derniers ont une part dedans. La reproduction des identifications confère une certaine stabilité au
comportement électoral. Ainsi en 1970, l’analyse de Butler et Stokes sur les comportements électoraux en
grande Bretagne se situe dans cette perspective.
Dans les démocraties, le clivage politique est un clivage droite-gauche. Il dépend de ce qu’on appelle des
variables lourdes qui expliquent la stabilité du comportement électoral. Cela n’exclut pas le passage de l’un
à l’autre (si modification du statut social). Toute régression dans le statut social favoriserait une frustration
des individus, et un comportement électoral favorable aux extrêmes.
L’électeur semble peu autonome, et ses choix semblent inspirés par les normes des groupes auquel il
appartient : tout électeur semble être l’héritier d’une tradition électorale durable, familiale. L’analyse que
nous venons d’évoquer brosse le portrait d’un électeur déterminé dans ces comportements.
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Paragraphe 3 : les variables explicatives du vote en France
En France, dès les 70s, on applique ces modèles sociologiques et on décèle l’influence de plusieurs
variables sociologiques sur les comportements électoraux. MICHELAT ET SIMON Classe, religion et
comportement politique. Dans cet ouvrage, ils montrent que l’influence de ces variables lourdes est inégale.
Les variables lourdes qui ont le plus d’influence sont la classe sociale, le degré d’appartenance de l’individu
au catholicisme. A ces variables prédominantes, il faut ajouter d’autres variables qui ont une influence plus
faible : le revenu, le niveau d’instruction, le lieu de résidence, l’âge, le sexe.
A. Les variables sociobiologiques
La première est l’âge : à mesure que son âge s’élève, l’électeur vote moins à gauche, surtout après 40 ans.
Plusieurs explications : avec l’âge, on souhaite de moins en moins les bouleversements sociaux, et plus
l’âge augmente, plus le conservatisme des personnes âgées augmente (patrimoine diversifié, et pratique
religieuse plus importante). Les jeunes, eux, dans une société plus déchristianisés, plus favorables au
libéralisme culturel, votent plus à gauche.
Ensuite, le sexe : avant, les femmes étaient considérées comme plus conservatrices que les hommes. Mais
aujourd’hui, elles ont un comportement électoral analogue à celui des hommes. Dans l’immédiat d’après-
guerre, il existait un vote féminin plus conservateur que celui des hommes, du fait de la position de femme
au foyer et de leur pratique religieuse. Au 2nd tour de l’élection présidentielle de 1965, 39% des femmes ont
voté Mitterrand mais 51% des hommes ont voté Mitterrand. C’est à partir des 70s que la condition féminine
évolue, que leur insertion augment, plus elles sont portées à voter pour la gauche. A partir des années 1980,
on constate une plus grande résistance au vote frontiste (en 2002, elles n’auraient pas envoyé Le Pen au
second tour). Mais cela tend à s’estomper. Marine Le Pen séduit de plus en plus d’électrices : c’est la seule
femme parmi les candidats de premier plan, qui connait les problèmes des Français (précarité, divorcée).
36% des femmes avouent ne pas voter comme leur conjoint (on ne parle politique en couple qu’en
cinquième position des sujets de discussion).
B. Les variables socioéconomiques
Forte dépendance entre choix politique et position professionnelle. Le monde ouvrier a pendant longtemps
voté à gauche, comme les salariés. Les agricultures, professions libérales, patrons d’industrie et de
commerce sont favorables à la libre-entreprise, au libéralisme, notamment, et votent à droite.
En fonction de l’ampleur du patrimoine, on vote plus ou moins à gauche. Le vote en faveur de la droite
augmente avec le nombre de biens possédés. Ce schéma est quelques peu troublé avec la montée en
puissance du FN, qui vient concurrencer la gauche, et particulièrement le PCF : les partis de gauche sont
moins ouvriers. L’appartenance au monde ouvrier qui pendant longtemps a favorisé un vote communiste
pousse aujourd’hui l’extrême-droite. Le FN apparaît en 2012 comme le premier parti ouvrier de France.
Le FN obtient ses scores électoraux parmi les moins diplômés ou pas diplômés. Et les plus faibles parmi les
diplômés de l’enseignement supérieur.
C. Les variables culturelles
La religion en tête : plus l’électeur est catholique, plus il vote à droite. Mais la majorité des électeurs sont
non-pratiquants ou sans religion.
L’influence de la famille doit être prise en compte : des parents de gauche auront plus facilement des
enfants votant à gauche que des enfants de droite, et l’influence est d’autant plus marquée que les deux
parents ont la même idéologie politique.
Le libéralisme culturel : un système de valeur antiautoritaire, valorisant l’autonomie et l’établissement
individuel, reconnaissant l’égalité de tout être humain, et le libre choix du mode de vie. Depuis les 90s, les
enquêtes montrent une forte corrélation entre libéralisme culturel et vote de gauche.
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D. Les variables politiques
La conjoncture électorale pèse lourdement sur les choix électoraux individuels (structure de l’offre
politique, nombre de partis, programmes proposés, intensité de la compétition, nature de l’élection…)
Le mode de scrutin est important : le scrutin à un tour pousse à voter utile. L’électeur préfère voter pour le
candidat le plus proche de ses opinions ayant le plus de chances de l’emporter. Le scrutin à deux tours, lui,
pousse au choix au premier tour. La représentation proportionnelle permet à l’électeur de clairement
marquer sa préférence.
La dimension personnelle joue aussi : surtout quand les programmes sont peu différenciés. La configuration
des candidatures est affectée par la prime accordée aux candidats, le charisme du candidat et l’implication
locale d’un candidat sortant.
Prise en compte aussi des médias et des sondages. Ils cristallisent les opinions, influencent la sélection des
enjeux.
L’analyse de ces variables met en lumière les probabilités d’orientation du vote qui sont plus ou moins
fortes. L’ensemble de ces variables sont prédictives du vote, mais elles ne jouent qu’à travers le prisme de
l’identification subjective. Ces analyses sociologiques ont, pendant longtemps, été dominantes en sociologie
électorale. Mais on a commencé à relativiser leur poids dans le dernier quart du XXème siècle, et
aujourd’hui, elles sont toujours pertinentes, mais considérées comme insuffisantes. Depuis le dernier quart
du XXème siècle, les recherches sur l’orientation du vote ont évoluées, et les consultations électorales des
30 dernières années témoignent des motivations du choix des électeurs, moins caractérisé par leur statut. Ils
ont un comportement de plus en plus autonome, voire stratégique. Peu à peu, ils se sont détachés d’un grand
nombre d’allégeances sociales et familiales, comme disait MUXEL : « depuis les années 1980, la politique
s’est privatisée, et le réalisme comme le pragmatisme ont peu à peu renié les crédos politiques. Les hommes
et les femmes choisissent leur position en fonction de leurs propres expériences : ils ne sont plus enchâssés
dans des loyautés partisanes et dans des traditions prescriptives » (important). Remise en cause des
explications purement sociologiques et axées sur l’identification partisane.
L’électeur est-il libre ou est-il captif de ces caractéristiques sociologiques ? Est-il devenu rationnel ?
Paragraphe 4 : l’électeur est-il rationnel ?
Les variables lourdes pèsent lourdement sur le choix des électeurs. Ils échappent difficilement à l’influence
des variables lourdes, mais ces dernières ne suffisent pas pour expliquer certains mouvements électoraux
rapides : la grande fluidité des comportements électoraux remet en cause le caractère prédictif des variables
sociales et leur caractère déterministe. Les élections des dernières années montrent que les électeurs
changent de préférences d’une élection à l’autre. Beaucoup d’analystes parlent de la volatilité du corps
électoral. Les manifestations sont des alternances rapides et répétées, de fortes variations des taux de
participation d’un scrutin à l’autre. Or, les structures sociales ne varient pas aussi vite.
L’électeur est infidèle : il vote à l’essai sur les expériences futures ou émet un vote sanction. Les
comportements électoraux sont de plus en plus flottants. « L’opinion publique est une patinoire », LE
GALL.
Le déclin des formes d’encadrement social et partisan, l’érosion des appartenances de classe font que les
électeurs sont de plus en plus perméables à l’influence des médias, des campagnes électorales. Il y a trois
types de volatilités électorales identifiées :
- L’abstentionnisme intermittent : source principale des alternances politiques.
- La mobilité interne à un camp : volatilité la plus courante, on reste fidèle à sa famille, mais on se
déplace au sein de celle-ci
- Le changement de camp : forme marginale de mobilité politique : moins de 10% des électeurs la
pratiqueraient. C’est surtout le fait d’électeurs moins instruits et moins politisés.
Pourquoi cette volatilité ? Plusieurs explications :
- Modification incessante de l’offre électorale
- La conjoncture économique et sociale peut devenir source d’un vote sanction
- Le déclin du sentiment d’identification partisane, la moins forte discipline électorale
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Les électeurs du XXIème siècle sont mieux instruits mieux informés, moins tributaires des contraintes
sociales et des identifications partisanes. Ce faisant, on a construit de nouveaux modèles. En France, ce type
d’analyse s’est développé à partir de l’instabilité électorale observée depuis 1981. C’est à partir de ce
moment qu’on trouve la théorie des choix rationnels : la construction de ces types de modèles emprunte les
schémas d’analyse à la science économique néo-libérale. On a un marché électoral. Les électeurs, qui ont
des aspirations et des attentes, constituent la demande, et sont confrontés à l’offre des promesses des
candidats, plus ou moins attractives, plus ou moins crédibles. Les électeurs chercheraient à maximiser les
avantages escomptables, et à minimiser les coûts de leur choix. Il est un consommateur plus ou moins averti
qui cherche à optimiser son choix.
Le vote sur enjeu valorise l’explication du vote par des facteurs conjoncturels, et situationnels. Il met
l’accent sur les facteurs politiques du choix électoral, l’offre à laquelle il est confronté à un moment donné.
LANCELOT et HABERT dressent le portrait du « nouvel électeur » : individualiste, libéré des allégeances
partisantes, plus instruit, plus politisé, plus enclin à juger par lui-même de la valeur des bilans et des
programmes. Ce serait la fin de l’électeur captif, et l’émergence d’un électeur stratège, qui se détermine en
fonction de ses positions sur les enjeux du moment. L’orientation de son vote dépendrait de l’État du champ
politique, de la nature de l’élection, de la politique menée par le sortant. : Il cherche à maximiser son intérêt.
Ainsi s’expliquerait la volatilité électorale. Mais ce type de modèle apparaît fondé sur des postulats
contestables. Un tel comportement suppose une parfaite information sur le bilan des sortants et sur la
crédibilité des promesses des candidats, ainsi qu’une réelle aptitude de la part de l’électeur à identifier et
hiérarchiser ses intérêts, à les confronter à des programmes de plus en plus flous. Pour toutes ces raisons, la
rationalité de l’électeur demeure donc limitée. Il vote utile, ce qui l’amène à voter pour le candidat le moins
éloigné de ses convictions et qui a le plus de chances de remporter l’élection. Ces analyses dites stratégiques
ne font pas l’unanimité.
BRAUD par exemple, en doute pour deux raisons : l’information des électeurs est imparfaite, et l’idée d’un
calcul avantage/coût n’est qu’un des éléments de la motivation des électeurs.
Mais la critique vient aussi de MAYER et PERRINEAU : pour eux, tout électeur concilie une certaine
liberté avec un ancrage social et culturel de ses préférences et de ses comportements.
L’électeur stratège reste un phénomène marginal.
Pour expliquer les comportements électoraux en Europe occidentale, il faut désormais recourir au modèle
explicatif du vote de manière cumulative. Le vote correspond toujours à des variables lourdes, est toujours
déterminé par des appartenances sociales plurielles et complexes, et il continue à être fonction des aptitudes
et des croyances au sein de sa socialisation, mais il reste qu’il répond dans un contexte précis à une question
donnée.
AUjourd’hui, l’acte électoral est à la fois prédisposé par ces caractéristiques et est aussi fondé à partir de
l’évaluation de raccourcis individuels sur des enjeux immédiats. Le vote est à la fois un acte individuel mais
est aussi social. C’est la résultante d’un jeu subtil de plusieurs variables. Le comportement électoral est le
fruit d’une multitude de facteurs qui peuvent parfois aller dans le même sens ou exercer des effets inverses.
On peut être jeune, ouvrier, catholique et habitant d’une région où on vote à droite.
Pas vraiment de variable unique, mais plusieurs approches à prendre en compte.
Chapitre 3 : l’action publique
Politiques publiques et action publique, ces deux notions sont devenues presque synonymes. Les politiques
publiques sont tout ce qu’un gouvernement choisit de faire ou ne pas faire. Cette expression désigne l’action
des structures gouvernementales classiques, et relativise le rôle d’acteurs privés. Il est impossible
d’identifier un contenu commun à l‘ensemble des politiques publiques, car leur contenu varie dans le
temps : par exemple, récemment sont apparues des politiques publiques en matière de bioéthique. De même,
ce contenu varie dans l’espace, chaque pays ayant une conception particulière du périmètre d’intervention
de l’État. Néanmoins, on peut déterminer des caractéristiques récurrentes des politiques publiques.
Selon GRAZIANO, quatre éléments principaux :
- Des conceptions particulières des problèmes à traiter et de l’État
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- Un objectif
- Elle se fait selon des procédures par lesquelles sont élaborées et mises en œuvre les décisions
- Des instruments, les outils d’actions destinés à produire des effets en cohérence avec les objectifs
poursuivis.
Parler de politique publique suppose de décomposer l’action en éléments qui, une fois assemblés, ont une
certaine cohérence.
Au milieu du XXème siècle, on parle de politique publique pour évoquer des actions concernant des
publics, divers, pilotées par des gouvernements et leurs administrations. Il s’agit d’actions qui concernent la
vie collective quotidienne (ex : politique de sécurité sociale, protection de l’environnement…).
Les premières études concernant les politiques publiques ont été menées aux États-Unis et portaient sur les
programmes fédéraux des présidents Kennedy et Johnson. Progressivement, ce type d’analyse s’est introduit
en Europe, mais quand on évoque ces politiques, on traite de questions centrées sur les actions de l’État, les
interventions des autorités publiques.
La notion d’action publique est beaucoup plus large : elle désigne les activités des autorités publiques. Cela
recouvre les opérations de gestion et de régulation réalisée par l’État, les collectivités territoriales, les
organisations internationales. Mais à cela, on ajoute aussi les opérations menées par des acteurs privés
investis de missions de service public (asso, syndicat, entreprise…).
L’expression « action publique » renvoie à la diversité d’actes et de décisions. C’est comprendre comment
et dans quelles conditions des programmes d’action sont définis puis mis en œuvre. Initialement, le concept
de politique publique renvoie à l’impulsion des gouvernements, aux arbitrages justifiés par l’intérêt général,
à l’action de l’État et de son administration. Désormais, on assiste à une remise en cause de la centralité de
l’État, et la priorité est accordée aux coopérations entre des acteurs multiples, dotés de statuts divers
(publics ou privés). Désormais, les politiques publiques apparaissent comme le produit d’initiatives
publiques et privées, nationale et internationale, voire locale. La décentralisation des initiatives conduit à
des coopérations nouvelles entre différents niveaux du territoire. Les politiques publiques s’insèrent dans un
ensemble de décisions multipolaire et de coordination. C’est pourquoi on est passé du terme de « politique »
à « action publique ». Si on parle de politique, on évoque un engagement volontariste de l’État, du
gouvernement, agissant au nom de l’intérêt général. Le terme d’actions permet de montrer que ces actions
n’émanent plus seulement des représentants politiques, mais résultent du fait d’acteurs plus nombreux et
variés, agissant à plusieurs niveaux et selon de nouvelles modalités.
Section 1 : l’analyse classique des politiques publiques
Cette discipline est récente en France. Aux États-Unis, elle a connu un développement fulgurant dès la
seconde moitié du XXème. Actuellement, c’est l’un des secteurs les plus dynamiques au sein de la
recherche en science politique. Depuis une vingtaine d’années, les travaux portant sur l’action publique se
multiplient, action publique analysée soit dans le cadre national, soit dans une optique comparatiste de pays
à pays, soit portent sur les politiques publiques européennes.
Pourquoi le développement de ce nouveau secteur de la science politique ?
- Des raisons théoriques : l’intérêt de ce type d’analyse, c’est son caractère novateur. Analyser les
politiques publiques, c’est analyser autrement l’État, non plus seulement sa structure, mais son
fonctionnement. C’est comprendre la gestion publique, analyser la réalité politique. On est en
rupture avec l’approche classique, formaliste et institutionnelle de l’État : on n’étudie plus seulement
comment il est organisé, mais comment il agit. Il s’agit d’étudier l’État au concret, en action. Il est
désormais appréhendé par ses actes, et non plus seulement par des discours normatifs. Cela génère
une nouvelle conception de l’État, différente des théories de Max WEBER : ce n’est plus seulement
une « entreprise de domination », mais est aussi envisagé sur son aptitude à résoudre des problèmes
concrets.
- Des raisons pratiques : le souci de rendre plus productifs les efforts juridiques, financiers et
administratifs de la puissance publique. La montée en puissance du néo-libéralisme oblige à mieux
justifier les politiques d’intervention, d’encadrement, en étudiant leur dynamique, leurs effets réels.
DEFINITION DE LA POLITIQUE PUBLIQUE
Deux définitions :
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- Yves MÉNY : « Une politique publique se présente sous la forme d’un programme d’action
gouvernementale dans un secteur de la société ou un espace géographique ».
- Philippe BRAUD : « Les politiques publiques sont des ensembles structurés réputés cohérents
d’intentions, de décisions et de réalisation imputables à une autorité publique locale, nationale ou
supranationale ».
Ces deux définitions insistent sur le fait que les politiques publiques sont le fait de volonté d’action ou
d’inaction du gouvernement. La définition de BRAUD montre bien qu’il y a désormais plusieurs niveaux
d’exercice du pouvoir aujourd’hui.
Les politiques publiques se manifestent par l’adoption d’actes législatifs ou réglementaires adoptés par des
organes de décision élus. Il s’agit par ces actions d’allouer des biens ou des ressources, des prestations, en
vertu de procédures juridiquement contraignantes, et finalement, MENY et THOENIG ont retenu cinq
critères pour établir une politique publique :
- Elle est constituée d’un ensemble de mesures : c’est la substance de la politique concernée
- Elle induit toujours des ressources ou des allocations plus ou moins coercitives
- Elle s’inscrit dans un cadre général d’actions : elle doit être en cohérence avec d’autres politiques
menées dans d’autres secteurs.
- Elle définit des buts à atteindre (ex : inverser la hausse du chômage).
- Elle s’adresse à un ou des publics qui vont ou pas intervenir pour limiter son impact.
La notion de politique publique est liée à la notion de problème politique auquel elle apport une réponse.
Tout problème social peut devenir un problème politique, mais tous les problèmes ne sont pas politiques :
les problèmes politiques sont les problèmes inscrits à l’agenda politique. Pour qu’un problème soit inscrit à
l’agenda politique, il faut des élites, des citoyens, considèrent la situation problématique, considèrent qu’un
État de fait est en décalage par rapport à ce qu’il devrait être. Le problème doit aussi être labellisé comme
relevant des compétences des pouvoirs publics, et les citoyens ne doivent pas se contenter d’attendre une
réponse sur une politique donnée.
Si une politique publique est souvent endossée par un homme, un acteur politique, c’est rarement le fruit
d’une décision personnelle et unilatérale : c’est un champ de forces qui conduit le problème à être inscrit à
l’agenda politique. C’est aussi un réseau d’influences qui conduit à l’élaboration de la politique elle-même.
Derrière cette notion de politique publique, il y a toujours l’idée d’une cohérence, soit intentionnelle, soit
dégagée rétrospectivement. Les concepteurs d’une politique publique n’ont pas nécessairement une vue
claire de ce qui se joue, des effets d’une action entreprise.
Paragraphe 1 : les préalables à l’intervention publique
Toute politique publique se traduit par la mobilisation de moyens administratifs, financiers et techniques
mais la mise en œuvre d’une politique publique, c’est aussi le respect de certaines procédures, et enfin,
l’établissement de budgets.
L’inscription d’une question à l’ordre du jour des préoccupations constitue la « mise sur agenda ». Elaborer
une politique publique suppose aussi une image de réalité, une représentation de la réalité sur laquelle on
veut intervenir. C’est le référentiel d’une politique, selon MULLER.
A. La notion d’agenda politique
C’est l’ensemble des problèmes perçus comme appelant un débat public, voire l’intervention des autorités
publiques légitimes. Selon quels critères une question devient-elle un problème à gérer ? On discerne trois
critères :
- La délimitation des compétences légales des diverses autorités susceptibles de se sentir concernées :
la répartition des compétences entre les différents ministères et services administratifs n’est pas
forcément neutre. On peut décider de faire traiter les problèmes d’immigration soit par le ministère
de l’intérieur, soit par le ministère des affaires sociales.
- La nature du problème posé : une question devient une question appelant la mise en œuvre d’une
politique publique si les intéressés ont le sentiment que quelque chose ne va pas, et que les pouvoirs
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publics peuvent apporter un remède à cette situation. Il faut la construction d’un soutien organisé, la
question doit avoir un minimum de visibilité, et il faut la traduire en langage politique.
- L’inclination des acteurs politiques à se saisir de la question : soit elle s’en saisisse spontanément,
soit sur une pression extérieure, exercée par les syndicats, les groupes d’intérêts, les mouvements
sociaux, l’opinion publique. Dans certains cas, il y a consensus entre la majorité et l’opposition, soit
pour débattre d’une question, soit pour l’occulter, consensus pour agir sur des problèmes dont le
non-traitement pourrait porter atteinte à la légitimité des représentants (aujourd’hui, un maire ne
pourra négliger les questions de développement économique de sa commune). Il peut y avoir un
consensus sur la non-intervention si on a le sentiment de voir l’électorat divisé, un sentiment
d’impuissance ou si les autorités ont le sentiment que déclencher une action remettrait en cause des
déséquilibres. Un groupe minoritaire, par au gouvernement, peut faire traiter un problème s’il en est
assez fort pour le porter.
B. La notion de référentiel
Le référentiel, c’est, selon les spécialistes, un ensemble de perceptions, de normes et de valeurs à partir
duquel se trouve construit un problème à traiter, et définit les cadres de l’action envisagée. L’intérêt de ce
référentiel est double : grâce à ce système, on opère ce que MULLER appelle un « décodage du réel »,
permettant de réduire l’opacité du monde dans lequel on vit. A partir de là, on peut opérer un recodage du
réel, donc définir des modes opératoires qui définissent un programme d’actions politiques.
Une politique publique est toujours sectorielle, mais elle gère les désajustements de ce secteur avec son
environnement : elle doit être en cohérence avec les actions des autres segments de la société globale : ex :
la formation des jeunes est une politique publique liée avec le chômage dans l’industrie, menée en fonction
de l’aptitude de l’université à se réformer mais aussi de l’existence ou non d’organes de formation continue.
Toute politique publique incite à penser les décisions, mais pas isolément.
Paragraphe 2 : les modalités de l’intervention publique
La mise en œuvre d’une politique publique est affectée par un certain nombre de données. Il faut identifier
les ressources disponibles, sans oublier de prendre en compte les opportunités offertes par les circonstances.
On retient deux schémas seulement dans ce cours : l’analyse séquentielle et l’analyse stratégique.
A. L’analyse séquentielle
Ce type d’approche d’une politique publique vise à offrir un découpage du processus d’élaboration et de
mise en œuvre de cette politique publique. Ce découpage est un idéal type : il distingue un certain nombre
d’étapes ou de phases, mais ces phases ne sont pas toujours respectées dans l’ordre, et il est parfois difficile
d’identifier certaines phases (voire elles sont absentes), et il n’y a pas de phase correspondant à la prise de
décision en elle-même, puisque les décisions sont prises durant le processus, tout au long de l’enchaînement
séquentiel.
Les auteurs français s’en réfèrent au modèle définir par l’américain Charles JONES : pour mener l’analyse
séquentielle d’une politique publique, cinq étapes :
- Identification et délimitation du problème sur lequel on veut mener une politique publique
- L’étude et le choix des solutions concevables, et là, c’est le travail des experts : il leur appartient
d’envisager différents scénarios, et ils les envisagent en évaluant les performances attendues, les
contraintes à respecter, les coûts à prévoir. Le politique doit alors déterminer ce que la société peut
accepter dans les solutions envisagées, les soutiens et les résistances, anticiper la réception du projet
final, les réactions que les différentes solutions susciteront.
- La mise en œuvre des décisions prises : mobilisation des ressources et des services nécessaires.
Parfois, pour rentabiliser l’action, les dirigeants décident de recourir à des partenaires extérieurs,
plus aptes à remplir les tâches que l’administration dans certains domaines. Au cours de la mise en
œuvre peuvent survenir des obstacles imprévus, qui peuvent engendrer des inflexions au projet
initial.
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- L’évaluation : initialement, on comparait les résultats obtenus aux choix initiaux, sans tenir compte
de la reformulation des objectifs en cours de réalisation ni du rapport entre l’intérêt des objectifs
atteints et le coût des moyens déployés.
- La clôture du programme : soit parce que le problème est résolu, soit parce qu’on a plus de budget.
B. L’analyse stratégique
Toute politique publique est menée dans un contexte déterminé. Les politiques antérieures sont rarement
annulables dans leur ensemble.
Cette analyse vise à répondre à la question : quelle est la marge de choix dont disposent les autorités
publiques désireuses d’impulser une intervention ?
Toute action publique se situe dans un tissu social traversé par des antagonismes et des aspirations qui ne
sont pas spontanément conciliable. Au moment d’entreprendre toute politique publique, des résistances sont
à prévoir, des contraintes institutionnelles, financières, techniques sont à surmonter. Alors, on détermine la
marge de manœuvre de l’autorité qui entreprend la politique. Pour certains auteurs, dans les sociétés
modernes, l’action des pouvoirs publics n’est qu’une action à la marge. Cette analyse permet de mieux
comprendre les facteurs déclenchants, les incidents de parcours subis au cours de la mise en œuvre d’une
intervention publique. En termes de coûts et de soutiens, cela permet de comprendre comment certaines
politiques ont échouées. Mais aujourd’hui, dans les États européens, l’État se retire de plus en plus, on
observe un allongement, une complexification des processus décisionnels, une certaine remise en cause du
mythe de la rationalité de l’État (elle est limitée). Faire de la politique, c’est aujourd’hui conduire des
interventions publiques, mais désormais, l’acteur politique n’est plus légitimé uniquement par son mandat
électif : il doit prouver ses capacités de management, qui lui permettent de mettre en oeuvre des politiques
publiques attendues par les électeurs. Ce processus de management politique s’observe au niveau national,
mais également local : depuis les mouvements de décentralisation, la nature d’élu local a changé. Ce n’est
plus un simple représentant des administrés vivant sur son territoire, mais un manager qui met tout en œuvre
pour le développement économique de son territoire afin e réduire le dépeuplement des territoires.
Section 2 : les spécificités de l’action publique moderne
De nouvelles contraintes s’imposent aux acteurs : construction européenne, multiplication des niveaux de
pouvoir, développement de la communication, l’exigence de transparence : l’intervention des responsables
publics est de plus en plus organisée et contrainte. En conséquence, le renouvellement du jeu des acteurs
dans la conception de déroulement de l’action publique, et l’évolution du contenu de l’action publique.
Aujourd’hui, étudier l’action publique suppose l’analyse de ces différents niveaux, décrire les processus
d’ajustements et de négociation entre les divers centres d’impulsions (locaux, nationaux, transnationaux ;
publics ou privés…) et comprendre les conséquences de ces processus.
Deux questions, deux paragraphes, pour analyser l’action publique moderne.
Paragraphe 1 : les mutations de l’action publique
Depuis les 1970s, l’action publique connait une triple évolution :
- Le développement de partenariats publics/privés : ce développement s’est effectué parallèlement au
déclin de l’État-providence. Désormais, les autorités publiques n’ont plus le monopole de la décision
politique. De nos jours, toute politique de la ville implique l’intervention de multiples acteurs, par
exemple. La conséquence : banalisation de la méthode contractuelle. Les décisions des acteurs
publics relèvent de la négociation avec un nombre croissant d’acteurs qui agissent en partenariat. Le
contrat permet de normaliser les relations avec les autorités publiques. Le contrat formalise la
coopération entre les acteurs multiples aux statuts divers, dont on cherche à concilier les stratégies, à
harmoniser les intérêts. Autre conséquence : la perméabilité de la frontière entre public et privé : les
partenariats public/privé se développent en matière économique et sociale, pour la mise en place des
politiques environnementales.
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- La coopération multi-niveaux : le résultat d’un mouvement d’ensemble qui tend à promouvoir
l’échelon régional en Europe et en France, et ce au nom de l’efficacité et de la démocratie. La
décentralisation, loin de clarifier les pouvoirs avec des blocs de compétence, a conduit à des co-
financements, à la mise en place de contrats de plans État-région. De plus, les régions se tournent de
plus en plus directement vers l’Europe, sans passer par l’échelon national.
- L’européanisation de l’action publique : les domaines de compétence de l’UE se sont accrus, ce qui
conduit à une articulation plus étroite entre tous les niveaux. L’UE fixe les grandes orientations : elle
met en place un agenda politique européen, encadre les objectifs de politiques publiques nationales.
Les questions sont désormais considérées à l’échelle européenne. On observe par ailleurs une
uniformisation des politiques publiques des États membres. On constate une imbrication plus étroite
entre les politiques communautaires et nationales. Les objectifs jugés légitimes sont définis au
niveau communautaire, et on voit s’esquisser un espace européen des politiques publiques.
Paragraphe 2 : les nouvelles analyses de l’action publique
On a dépassé la phase des analyses classiques : les premières analyses étaient fondées sur des théories
politiques accordant une large place aux représentants politiques élus, puis peu à peu, on a abandonné pour
se tourner vers des théories systémiques, accordant une place centrale aux boucles d’informations, des
théories polyarchiques : résultats d’une action collective qui va au-delà des simples barrières
institutionnelles. L’analyse de l’action publique se fait moins en termes de décisions, mais plus en termes de
négociation et de régulation. Tout analyste de l’action publique s’intéresse d’abord au développement de
formes de négociations, mais même si elles se multiplient, les pouvoirs publics conservent un rôle : il y a
une procédurialisation croissante de l’action publique. On multiplie les forums de débats publics, les
agences de régulation, les instances d’évaluation de l’action publique. Une fois les règles négociées, elles
doivent être acceptées, il faut les rendre acceptables, et il appartient au politique de mener cette action de
régulation. C’est pourquoi dans les 90s, a émergé le processus de gouvernance.
C’est un processus de coordination d’acteurs, de groupes sociaux, d’institutions pour atteindre des buts
discutés et définis collectivement. On parle de gouvernance multi-niveaux : cela souligne à quel point les
problèmes publics sont de plus en plus traités par des acteurs divers placés à différents échelons territoriaux.
Le gouvernement renvoyait à la notion de pouvoir centralisé monopolisé par l’État, à un volontarisme
politique. Au contraire, la gouvernance évoque la gestion en réseau, le partenariat, les formes contractuelles.
Tout cela conduit à l’émergence d’une nouvelle gestion publique animée par une logique d’efficacité,
l’élaboration de la décision se fait dans des cadres plus ouverts qui permettent de mobiliser davantage de
ressources (partenariats, contrats). L’action politique fait intervenir des acteurs organisés en réseau,
intervenant à différents niveaux. Cette nouvelle forme de pilotage de la société ne marginalise pas les élites
politiques traditionnelles, mais leur rôle a évolué.
L’association d’acteur publics et privés pose la question des priorités, de l’agrégation des demandes
contradictoires, mais aussi de la mobilisation des ressources et donc de la légitimité d’intervention de tel ou
tel intervenant. Les gouvernants restent présents, et sont chargés d’opérer une régulation, de favoriser les
négociations entre différents partenaires. Tout cela amène à repenser la manière de gouverner : on est
obligés de construire un intérêt général attaché à tel ou tel territoire, et mettre en œuvre des stratégies
collectives. L’irruption de cette notion de gouvernance traduit les transformations du pouvoir dans les
sociétés contemporaines, que la science politique ne peut ignorer. Désormais, on a une autre conception de
l’État : le pouvoir n’est plus monolithique, mais devient hétérogène et divers : il devient un système de
relations, par contrôle de flux de réseaux. Ce changement de nature génère une évolution dans l’exercice du
pouvoir : un pouvoir doux, qui incite et persuade plus qu’il n’est dur et ne contraint. Le pouvoir n’est plus
imposé d’en haut, mais se coule dans une négociation multiforme et continue. On est obligés, vu l’évolution
de l’action publique, d’avoir une approche pluraliste et interactive du pouvoir. La gestion publique est une
coordination d’acteurs de groupes sociaux, pour atteindre des buts fixés collectivement. L’action de ces
groupes est faite de rapports de force, de compromis qui évoluent au cours de l’action. Multiplication des
techniques de coopération, de codécision. En conséquence, le moment de la décision est difficile à
déterminer, car elle résulte de l’apparition progressive de propositions d’arbitrages pas forcément prévues
lors de la mise en œuvre de l’action considérée. On est désormais obligés d’adopter une approche qui prend
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en compte le relatif effacement de la primauté de l’État, et donc on a une approche plus technique et
négociée de l’action publique, mais aussi de la culture de l’évaluation.
Les techniques nouvelles de gouvernance supplantent les anciennes méthodes des gouvernants, négociés
alors qu’avant, le gouvernement était unilatéral et contraignant. On peut associer des acteurs divers autour
de choix collectifs, et avec la mise en œuvre de procédures consultatives et délibératives. Dans un tel
contexte, le gouvernement, peut être défini comme un processus de coordination, d’acteurs de groupes
sociaux, d’institutions, qui coopèrent pour atteindre des objectifs en concertation dans des environnements
fragmentés et incertaines. L’État doit s’adapter à ces nouvelles formes de gouvernement, aux contraintes de
l’interdépendance et au besoin de d’une proximité territoriale, mais il reste un agent régulateur qui intervient
à la demande des différents acteurs. Le rôle de cet État post-moderne se manifeste de manière décisive par
le droit qu’il établit, les arbitrages qu’il conduit, et par l’influence qu’il conserve dans les procédures
contractuelles.
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Annexe : l’examen
2 questions d’égale importance, portant sur deux chapitres du cours, obligatoires, chacune sur cinq points.
Seront jugées les connaissances, la maîtrise des concepts fondamentaux et du vocabulaire propre à la
discipline, l’aptitude à sélectionner les éléments essentiels pour répondre à la question posée, la clarté et la
logique de la réponse (commencer par définir les notions-clés contenues dans la question). Si la question est
posée sous forme interrogative notamment, il faut apporter une réponse précise et argumentée. (ex : « faut-il
supprimer le cumul des mandats ? » : il faut argumenter, ne pas hésiter à prendre parti).
Exemples de sujets possibles (années passées) :
- Le pouvoir politique peut-il reposer uniquement sur la force ?
- Distinguer les régimes autoritaires des régimes totalitaires.
- Typologie des partis politiques.
- Partis politiques et démocratie, ou les partis politiques menacent-ils la démocratie ?
- Quelles sont les logiques d’accès à la carrière politique ?
- Faire de la politique, est-ce exercer un métier comme les autres ?
- Comment expliquer les inégalités de politisation ?
- Sondages et opinions démocratiques.
- L’abstention
- Les variables explicatives du vote
- Le TV fait-elle les élections ?
- Que pèsent les enjeux dans les choix électoraux ?
- L’opinion publique existe-t-elle ?
Exemples de nouveaux sujets (pas exhaustif) :
- L’apport de Machiavel à la science politique.
- L’apport de Max WEBER à la science politique
- A quelles conditions un régime est-il démocratique ?
- Distinguer groupes de pression et partis politique ?
- Qu’est-ce qu’un pouvoir politique légitime ?
- La crise de la représentation : mythe ou réalité ?
- Les citoyens pensent-ils politiquement comme ils sont socialement ?
- Y’a-t-il un vote de classe ?
- Quels sont les facteurs de la mobilisation politique ?
- A quoi servent les manifestations ?
- Que sait-on des effets politiques de l’Internet ?
Exemple de structure de réponse :
Partis politiques et démocratie : définitions de partis politiques ET de démocratie, puis de brefs
développements sur en quoi les partis politique contribuent au bon fonctionnement de la démocratie, puis
une série de remarques sur en quoi ils peuvent nuire la démocratie (PAS FAIRE I. LES PARTIS / II. LA
DEMOCRATIE)
Faire de la politique est-ce exercer un métier comme les autres ? : évoquer comment WEBER parle
de la professionnalisation de la politique. Puis, oui à certains égards (formation pour, rémunération,
consacre du temps) MAIS parler ensuite des spécificités du métier politique (motivations, accès au métier,
ce qu’on fait).
La télévision fait-elle l’élection ? Influence de la TV sur les électeurs, les candidats, le contenu des
campagnes électorales (analyses de Lazarsfeld expliquant que les électeurs sont plus ou moins réceptifs à la
campagne qui ne fait que renforcer les attitudes politiques préétablies.
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Qu’est-ce qu’un pouvoir politique légitime ? Notion de pouvoir politique + types de légitimité tels
que WEBER les a définis.
A quoi servent les manifestations ? Analyser les types, dire dans quel but on manifeste, et en quoi il
s’agit d’une nouvelle forme de participation.
L’abstention : définition, décrire son évolution avec quelques chiffres, pourquoi le taux augmente-t-
il, y’a-t-il des remèdes ?
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION : La science politique comme science sociale................................................................6
Paragraphe 1 : Naissance de la science politique ..............................................................................6
A. Avant le XIXème siècle, les origines .......................................................................................6
1. Aristote ..................................................................................................................................6
2. Machiavel ..............................................................................................................................6
3. Montesquieu ..........................................................................................................................7
B. L'émergence : la science politique au XIXème.........................................................................7
C. Le développement de la science politique du XXème siècle ....................................................7
D. Aujourd'hui ...............................................................................................................................8
Paragraphe 2 : l'objet de la science politique .....................................................................................8
A. A quelles conditions la science politique est-elle une science ? ...............................................8
B. De quoi la science politique est-elle une science ? ...................................................................9
1. La science de l'État ................................................................................................................9
2. La science du pouvoir ..........................................................................................................10
3. La science de la politique ....................................................................................................10
Partie 1 : le pouvoir politique .......................................................................................................................10
Chapitre 1 : L’identification du pouvoir politique .............................................................................11
Section 1 : Pouvoir, domination et légitimité ......................................................................................11
Paragraphe 1 : Pouvoir de domination ............................................................................................11
Paragraphe 2 : la légitimité de l’ordre politique ..............................................................................12
A. La domination traditionnelle...................................................................................................12
B. La domination rationnelle légale ............................................................................................12
C. La domination charismatique ..................................................................................................13
Paragraphe 3 : les spécificités du pouvoir politique ........................................................................14
Section 2 : l’exercice du pouvoir politique ..........................................................................................15
Paragraphe 1 : Quelle autonomie pour le politique ? ......................................................................15
Paragraphe 2 : comment fonctionne un système politique ? ...........................................................16
Paragraphe 3 : qu’est-ce que gouverner ? ........................................................................................16
Chapitre 2 : Les formes du pouvoir politique .....................................................................................17
Section 1 : les systèmes démocratiques ...............................................................................................18
Paragraphe 1 : les conditions de la démocratie ................................................................................18
Paragraphe 2 : La démocratie représentative ...................................................................................18
Paragraphe 3 : Des évolutions de la démocratie contemporaine .....................................................19
Paragraphe 4 : les transformations de la démocratie française ........................................................21
Section 2 : Les systèmes non démocratiques .......................................................................................22
Paragraphe 1 : Diversité et hétérogénéité des régimes autoritaires .................................................22
A. Critères d’identification ..........................................................................................................22
B. Typologie des autoritarismes ..................................................................................................23
C. Naissance des régimes autoritaires .........................................................................................23
Paragraphe 2 : L’unité des systèmes totalitaires ..............................................................................24
A. Logiques et fondements des systèmes totalitaires ..................................................................24
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B. Critiques du totalitarisme ........................................................................................................25
Partie 2 : les acteurs politiques .....................................................................................................................25
Chapitre 1 : les partis politiques ..........................................................................................................25
Section 1 : le phénomène partisan .......................................................................................................26
Paragraphe 1 : la notion de PP .........................................................................................................26
A. La continuité de l’organisation ...............................................................................................27
B. Une organisation complète jusqu’au niveau local inclus ........................................................27
C. La volonté d’exercer le pouvoir ..............................................................................................27
D. La recherche d’un soutien populaire grâce aux élections .......................................................27
Paragraphe 2 : l’origine des partis politiques ..................................................................................27
Paragraphe 3 : les fonctions des PP .................................................................................................28
A. Les fonctions politiques ..........................................................................................................29
1. Mobiliser des soutiens pour affronter les batailles électorales ............................................29
2. Présenter des candidats aux élections ..................................................................................29
3. Encadrer les élus parlementaires .........................................................................................29
4. Elaborer des programmes politiques (fonction programmatique) .......................................29
B. Les fonctions sociales .............................................................................................................30
Paragraphe 4 : typologies des partis politiques ...............................................................................30
A. La prédominance du critère structurel ....................................................................................30
B. L’insuffisance du critère structurel .........................................................................................31
Section 2 : les systèmes de partis.........................................................................................................34
Paragraphe 1 : les systèmes compétitifs ..........................................................................................34
A. Le multipartisme .....................................................................................................................34
B. Les systèmes bipartisans .........................................................................................................35
C. Les systèmes à parti dominant ................................................................................................35
Paragraphe 2 : les systèmes non-compétitifs ...................................................................................36
Section 3 : les partis politiques français ..............................................................................................36
Paragraphe 1 : les spécificités politiques françaises ........................................................................36
A. Une mauvaise image ...............................................................................................................37
B. Faiblesse des organisations .....................................................................................................37
C. L’émiettement .........................................................................................................................37
D. La présidentialisation des PP ..................................................................................................38
Paragraphe 2 : le statut des partis politiques depuis 1958 ...............................................................38
A. Les principes constitutionnels.................................................................................................38
B. Les éléments d’un statut légal .................................................................................................38
Paragraphe 3 : l’évolution du système partisan sous la Vème ........................................................39
Paragraphe 4 : la recomposition du paysage politique français .......................................................39
A. L’UMP ....................................................................................................................................39
B. Les formations du centre .........................................................................................................40
C. La gauche ................................................................................................................................41
1. Le PS....................................................................................................................................41
a. Son organisation reste marquée par la SFIO ...................................................................41
b. La longue évolution vers la présidentialisation ...............................................................41
c. Scores électoraux .............................................................................................................42
2. Le PC et le Front de Gauche ................................................................................................42
3. Les Ecologistes ....................................................................................................................42
4. Les partis extrémistes ..........................................................................................................43
a. Le FN ...............................................................................................................................43
b. L’extrême-gauche ............................................................................................................44
Chapitre 2 : les groupes d’intérêt .........................................................................................................45
Section 1 : la notion de groupe d’intérêt..............................................................................................45
Paragraphe 1 : les caractéristiques des groupes d’intérêts ...............................................................46
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Paragraphe 2 : la légitimité des groupes d’intérêt ...........................................................................47
Section 2 : la typologie des groupes d’intérêts ....................................................................................47
Paragraphe 1 : les groupes d’intérêt à vocation globale ..................................................................48
Paragraphe 2 : les groupes à vocation spécialisée ...........................................................................48
Section 3 : l’action des groupes d’intérêt ............................................................................................49
Paragraphe 1 : les fonctions des groupes d’intérêt ..........................................................................49
Paragraphe 2 : les modalités d’intervention du groupes d’intérêt ...................................................49
A. Les pressions directes .............................................................................................................49
B. Pressions indirectes .................................................................................................................50
Paragraphe 3 : la participation à la décision politique .....................................................................51
Chapitre 3 : les professionnels de la politique.....................................................................................52
Section 1 : la carrière politique ............................................................................................................52
Paragraphe 1 : les professionnels de la politique .............................................................................52
Paragraphe 2 : les différentes filières politiques ..............................................................................53
A. Le cursus ascendant ................................................................................................................54
B. Le cursus militant ....................................................................................................................54
C. Le cursus inversé.....................................................................................................................54
Paragraphe 3 : les formes de l’activité politique .............................................................................55
A. Les spécificités du travail politique ........................................................................................55
B. La nature du travail politique ..................................................................................................56
Section 2 : la sélection du personnel politique ....................................................................................57
Paragraphe 1 : l’homogénéité sociale du personnel politique .........................................................57
Paragraphe 2 : le cumul des mandats, obstacle au renouvellement du personnel politique ............57
Paragraphe 3 : la féminisation de la vie politique ...........................................................................59
Chapitre 4 : l’opinion publique ............................................................................................................61
Section 1 : l’opinion publique .............................................................................................................61
Paragraphe 1 : la naissance de l’opinion publique ..........................................................................61
Paragraphe 2 : l’opinion publique, notion controversée ..................................................................62
Section 2 : la mesure de l’opinion publique, les sondages ..................................................................63
Paragraphe 1 : l’origine des sondages .............................................................................................63
Paragraphe 2 : les sondages : prolongement de la démocratie représentative .................................64
Paragraphe 3 : les sondages : perversion de la démocratie représentative ......................................64
Paragraphe 4 : le bon usage des sondages .......................................................................................65
Paragraphe 5 : la diffusion des sondages en période électorale ......................................................65
Section 3 : médias et politique .............................................................................................................66
Paragraphe 1 : médias et comportements politiques du public .......................................................66
Paragraphe 2 : L’activité politique sous contrainte médiatique.......................................................66
Paragraphe 3 : Internet et la politique ..............................................................................................67
Partie 3 : les pratiques politiques en démocratie ........................................................................................68
Chapitre 1 : la participation politique .................................................................................................68
Section 1 : le mythe de la participation politique ................................................................................68
Paragraphe 1 : l’idéal de participation .............................................................................................68
Paragraphe 2 : la faiblesse de la participation réelle........................................................................69
Paragraphe 3 : les facteurs de la mobilisation politique ..................................................................69
A. L’importance des variables socio-culturelles .........................................................................69
B. Les facteurs idéologiques et culturels .....................................................................................70
Section 2 : les modalités de la participation politique .........................................................................70
Paragraphe 1 : Les modalités conventionnelles ...............................................................................71
Paragraphe 2 : Les formes non conventionnelles ............................................................................71
Section 3 : les mutations de la participation politique .........................................................................72
Paragraphe 1 : l’essoufflement des formes conventionnelles politiques .........................................72
Paragraphe 2 : les raisons de ce désenchantement citoyen ..............................................................73
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Paragraphe 3 : les mouvements sociaux ..........................................................................................73
Paragraphe 4 : les remèdes pour mieux associer les citoyens à la vie politique ..............................74
A. La diversité des expériences tentées .......................................................................................74
B. L’impact limité de ces expériences .........................................................................................74
Section 4 : la violence politique ..........................................................................................................75
Paragraphe 1 : la notion de violence politique ................................................................................75
Paragraphe 2 : les formes de la violence .........................................................................................75
Chapitre 2 : le processus électoral........................................................................................................76
Section 1 : élections et campagne électorales ......................................................................................77
Paragraphe 1 : la signification du vote ............................................................................................77
Paragraphe 2 : la conquête du vote ..................................................................................................77
A. Individualisation et généralisation du suffrage .......................................................................78
B. Démocratisation des règles électorales ...................................................................................78
Paragraphe 3 : les élections dans la vie politique française .............................................................79
Paragraphe 4 : les campagnes électorales ........................................................................................79
A. L'évolution des formes et du contenu. ....................................................................................80
B. Le financement des campagnes électorales ............................................................................81
Paragraphe 5 : le contentieux électoral ............................................................................................81
Section 2 : la mobilisation électorale ...................................................................................................82
Paragraphe 1 : l’inscription sur les listes électorales .......................................................................82
Paragraphe 2 : le vote blanc ou nul..................................................................................................82
Paragraphe 3 : l’abstention ..............................................................................................................83
Section 3 : les modèles d’analyse du comportement électoral ............................................................85
Paragraphe 1 : les modèles écologiques ..........................................................................................85
A. Les modèles de la géographie humaine, de SIEGFRIED .......................................................85
B. Une critique constructive du modèle de Siegfried : Paul BOIS (prise en compte de la
dimension historique) ..................................................................................................................86
Paragraphe 2 : l’analyse sociologique .............................................................................................86
A. Le modèle de Columbia ..........................................................................................................86
B. Le modèle de Michigan ..........................................................................................................87
Paragraphe 3 : les variables explicatives du vote en France ............................................................88
A. Les variables sociobiologiques ...............................................................................................88
B. Les variables socioéconomiques .............................................................................................88
C. Les variables culturelles ..........................................................................................................88
D. Les variables politiques ..........................................................................................................89
Paragraphe 4 : l’électeur est-il rationnel ? .......................................................................................89
Chapitre 3 : l’action publique...............................................................................................................90
Section 1 : l’analyse classique des politiques publiques .....................................................................91
Paragraphe 1 : les préalables à l’intervention publique ...................................................................92
A. La notion d’agenda politique ..................................................................................................92
B. La notion de référentiel ...........................................................................................................93
Paragraphe 2 : les modalités de l’intervention publique..................................................................93
A. L’analyse séquentielle ............................................................................................................93
B. L’analyse stratégique ..............................................................................................................94
Section 2 : les spécificités de l’action publique moderne ....................................................................94
Paragraphe 1 : les mutations de l’action publique ...........................................................................94
Paragraphe 2 : les nouvelles analyses de l’action publique .............................................................95
Annexe : l’examen .........................................................................................................................................97
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