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Saussure et l'émergence de la sociolinguistique

Le document traite de la sociolinguistique, une discipline qui étudie les relations entre le langage et la société, en opposition aux approches structuralistes qui isolent la langue de son contexte social. Il souligne l'importance de considérer à la fois les aspects internes et externes de la langue, ainsi que les variations linguistiques en fonction des facteurs sociaux. La sociolinguistique se distingue de la sociologie du langage et de la linguistique par ses méthodes d'investigation et son intérêt pour les pratiques langagières en tant que reflet des structures sociales.

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Saussure et l'émergence de la sociolinguistique

Le document traite de la sociolinguistique, une discipline qui étudie les relations entre le langage et la société, en opposition aux approches structuralistes qui isolent la langue de son contexte social. Il souligne l'importance de considérer à la fois les aspects internes et externes de la langue, ainsi que les variations linguistiques en fonction des facteurs sociaux. La sociolinguistique se distingue de la sociologie du langage et de la linguistique par ses méthodes d'investigation et son intérêt pour les pratiques langagières en tant que reflet des structures sociales.

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UNIVERSITÉ CADI AYYAD Filière : Études Françaises

Module : Sociolinguistique
FACULTÉ DES LETTRES
ET DES SCIENCES Année universitaire : 2021-2022
HUMAINES
Professeur : Lahcen KADDOURI
MARRAKECH

Introduction.

Ferdinand de Saussure (1857-1913) est l’un des pionniers de la linguistique


moderne. Il cherche à établir un modèle abstrait à partir des actes de parole. Ce sont
ses disciples qui ont publié son œuvre le Cours de linguistique générale (le CLG).
Cette œuvre constitue le point de départ du structuralisme en linguistique.

Saussure considère la langue comme un système abstrait et essaie d’en établir


les règles sans aucun rapport avec la société. Son objectif était d’écarter de l’étude
linguistique tout ce qui n’est pas pertinent. La dernière phrase de son œuvre illustre
clairement ce point de vue : « La linguistique a pour unique objet la langue envisagée
en elle-même et pour elle-même »1. Autrement dit, Saussure écarte de son étude la
parole car elle est individuelle, et par conséquence, elle est hétérogène et éphémère. Il
est vrai que la parole est un passage incontournable pour parvenir à la langue comme
système abstrait, cependant les structuralistes l’oublient une fois le système dégagé.
En bref, le choix de la langue comme objet d’étude de la linguistique s’explique par
la recherche des phénomènes récurrents, réguliers et invariants tout en élaguant les
aspects sociaux. Il serait alors difficile pour le linguiste de prendre en même temps le
système où tout est homogène et régulier et la parole qui actualise des phénomènes
variants et hétérogènes.

Nous soulignons que le générativisme et le fonctionnalisme ont également


écarté la voix du locuteur, source des langues. Pour des raisons méthodologiques, le
1
- Cours de linguistique générale, Publié par Charles Bally et Albert Séchehaye avec la
collaboration d’Albert Riedlinger, Editions Payot, 1972, p. 314.
fonctionnalisme de Martinet élimine le contexte social, notamment la variation, et se
base uniquement sur le corpus d’un parler pour déduire son système linguistique.
Quant aux générativistes, ils sont allés plus loin dans la recherche du système quand
ils postulent l’existence d’une grammaire universelle pour toutes les langues. Ils
expliquent ce qui se produit dans le cerveau humain (le passage de la structure
profonde à la structure de surface) sans prendre en considération le contexte social de
la production langagière.

Or, la langue est tout d’abord un fait social. Elle précède l’individu et elle est
extérieure à lui. En plus, elle n’a aucune existence sans la somme des individus qui la
parlent. Ce sont les locuteurs qui renouvellent, réinventent et transforment les langues
lors de leurs interactions. Sans oublier, que certains phénomènes linguistiques ne
peuvent être compris sans recours à leurs contextes sociaux. D’ailleurs,
historiquement parlant, la majorité des nations qui existent coïncident avec les
langues qu’elles pratiquent. L’absence de cette coïncidence est souvent l’indice d’un
Etat récent (par exemple la Belgique).

Antoine Meillet (1866-1936) est l’un des premiers linguistes qui a marqué ses
distances par rapport au structuralisme de Saussure. Il souligne que le fait de séparer
le changement linguistique des conditions extérieures dont il dépend est inexplicable.
Le caractère social de la langue implique à la fois la prise en considération d’une
approche interne et externe des faits de langue, et d’une approche synchronique et
diachronique de ces mêmes faits. Autrement dit, Meillet appelle à associer ce que
Saussure oppose : linguistique interne et linguistique externe, approche synchronique
et approche diachronique.

Il est vrai que Saussure considère la langue comme la partie sociale du langage
et qu’elle est une institution sociale, cependant cette affirmation n’est qu’un principe
général. Les structuralistes n’assument pas cette affirmation puisqu’elle n’a aucune
implication méthodologique dans leurs travaux. En somme, on déclare le caractère
social de la langue et on passe à une linguistique dont l’objet est la langue en elle-
même et pour elle-même (la linguistique formelle).

Depuis la naissance de la linguistique moderne qui met l’accent essentiellement


sur la forme de la langue en écartant son caractère social, un autre courant linguistique
considère la langue comme un fait social et que son étude implique à la fois la forme
et le contexte social. Ces deux tendances existent depuis plus d’un demi –siècle sans
jamais se rencontrer.

La sociolinguistique est discipline récente (née au début des années soixante du


siècle dernier) qui s’inscrit dans ce courant qui insiste sur le caractère social de la
langue. Pour bien éclairer cette discipline, présentons dans ce qui suit les définitions
suivantes :

-« Terme qui désigne l’étude des relations entre langage et société. Il n’est pas
certain que la sociolinguistique soit une discipline propre, ayant ses principes et ses
méthodes spécifiques, ou qu’elle soit un domaine dans lequel sociologie et
linguistique sont appelées à collaborer : les bases sont encore mal définies et
extrêmement diverses »2.

- « La sociolinguistique prend en compte tous les phénomènes liés à l’homme


parlant au sein d’une communauté »3.

- « Le terme de sociolinguistique connait des utilisations diverses, allant de la


plus large qui consiste à qualifier de sociolinguistique toute approche traitant d’une
variété linguistique en relation avec des paramètres sociaux (usages, domaines,
situations, statuts, attitudes, etc.) à la plus restreinte, qui considère que les variétés
linguistiques sont des indicateurs sociaux et qu’elles contiennent des traits permettant
d’identifier les locuteurs à partir de leurs façons de parler »4.

A partir de ces définitions, nous déduisons que la sociolinguistique est une


discipline qui s’intéresse à l’étude des rapports entre le langage et la société. Le
langage a ici un sens générique qui englobe toutes les variétés linguistiques. Des
phénomènes linguistiques sont expliqués par le recours aux données sociétales et des
phénomènes sociaux ne trouvent leurs explications que dans les faits de langue.

La sociolinguistique recouvre un champ très vaste dont les principaux éléments


sont :

2
- G. MOUNIN, Dictionnaire de la linguistique, Quadrige / PUF, Paris, 2000 (1ère édition 1974),
p.302.
3
- H. BOYER, Sociolinguistique, territoires et objets, Delachaux et Niestlé, Paris, 1996, p.15.
4
- L. MESSAOUDI, Etudes sociolinguistiques, Impressions Editions OKAD, Kenitra, 2003, p.4.
- Les langues en contact : l’emprunt, les interférences, l’alternance codique ou
le code swiching, les langues approximatives, le bilinguisme, le
multilinguisme, la plurilingualité, la diglossie, etc.
- L’aménagement linguistique : la politique linguistique ou la glottopolitique,
la planification linguistique, le marché linguistique, etc.
- Etude de la variation : selon le locuteur, selon l’âge et selon le milieu
- Comportements et attitudes : les préjugés, la sécurité et l’insécurité
linguistique, le changement linguistique, etc.
- Langue et identité : la langue comme marqueur identitaire et comme outil de
construction de l’identité.

La sociolinguistique doit être définie en rapport avec les deux autres disciplines
dont l’objet est le langage, à savoir la sociologie du langage et la linguistique. La
sociolinguistique travaille sur des pratiques langagières en tant que structures
linguistiques qui reflètent des structures sociales. Autrement dit, elle s’intéresse aux
rapports entre les faits linguistiques et les faits sociaux. La sociologie du langage
aborde la question des jugements des locuteurs sur leurs langues ou les langues des
autres en visant plutôt des énoncés sur les langues. La différence entre ces deux
disciplines se manifeste essentiellement dans leurs méthodes d’investigation. Le
sociolinguiste travaille sur les pratiques langagières en empruntant l’essentiel de ses
méthodes de la linguistique. En revanche, le sociologue du langage travaille sur les
représentations en adoptant un cadre théorique et méthodologique de la sociologie.
Quant à la linguistique, elle traite des faits linguistiques loin de leur contexte social. Il
s’agit d’une analyse intrasystémique puisque le linguiste explique les faits de langue
par des instruments purement linguistiques.
Bibliographie

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