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Anubis : Dieu funéraire égyptien

Anubis est un dieu funéraire égyptien, associé à la momification et à la protection des défunts, souvent représenté sous la forme d'un canidé noir. Son culte remonte à plus de trois millénaires et il est considéré comme le maître des nécropoles, jouant un rôle crucial dans la pesée des âmes et la purification des corps. Les différentes épithètes d'Anubis soulignent ses liens avec les rites funéraires et son importance dans l'au-delà.

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Anubis : Dieu funéraire égyptien

Anubis est un dieu funéraire égyptien, associé à la momification et à la protection des défunts, souvent représenté sous la forme d'un canidé noir. Son culte remonte à plus de trois millénaires et il est considéré comme le maître des nécropoles, jouant un rôle crucial dans la pesée des âmes et la purification des corps. Les différentes épithètes d'Anubis soulignent ses liens avec les rites funéraires et son importance dans l'au-delà.

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Anubis

Pour les articles homonymes, voir Anubis (homony- lié aux XVIIe et XVIIIe nomes de Haute-Égypte et plus
mie). particulièrement à la ville de Hardaï, plus connue sous le
Vous lisez un « article de qualité ». nom grec de Cynopolis, la « ville du chien ».
Anubis (prononcé [[Link]] ) est un dieu funéraire de Les prêtres égyptiens sont à l'origine de multiples tra-
ditions relatives aux liens familiaux d'Anubis, en faisant
de lui le fils de la vache primordiale Hésat ou le fils
de Rê avec Nephtys. Une version, transmise par le grec
Plutarque au IIe siècle de notre ère, fait de lui le fils adul-
térin de Nephtys avec Osiris. Quand ce dernier est as-
sassiné et démembré par Seth, Anubis participe avec Isis
et Nephtys à la reconstitution du corps d'Osiris, inaugu-
rant par ce geste la pratique de la momification. Assigné
à la surveillance du « Bel Occident » — un euphémisme
pour le pays des morts — Anubis accueille les défunts
auprès de lui. Il momifie les corps afin de les rendre im-
putrescibles et éternels, il purifie les cœurs et les entrailles
souillés par les turpitudes terrestres, il évalue les âmes
lors de la pesée du cœur, puis accorde de nombreuses of-
frandes alimentaires aux défunts ayant accédé au rang de
dignes ancêtres.

1 Dénomination
Le dieu Anubis est l'une des plus anciennes divinités
Coffret funéraire d'une adoratrice d'Anubis, Musée archéolo- égyptiennes. La manière d'écrire son nom en caractères
gique de Florence. hiéroglyphiques a évolué au cours des époques, passant du
symbole unique du chien couché à un groupe de signes
l'Égypte antique, maître des nécropoles et protecteur des phonétiques augmenté ou non du symbole canin. Mal-
embaumeurs, représenté comme un grand canidé noir gré de nombreuses hypothèses, la signification du nom
couché sur le ventre, sans doute un chacal ou un chien reste floue et non élucidée. La dernière en date propose
sauvage, ou comme un homme à tête de canidé. La signi- d'y voir une onomatopée. Les différentes fonctions funé-
fication du mot Anubis, inpou en égyptien ancien, Anoub raires d'Anubis transparaissent dans ses cinq principales
en copte, Ἄνουβις / Anoubis en grec ancien, demeure épithètes et font de lui le maître du domaine des morts.
obscure : de nombreuses explications ont été avancées,
mais il peut s’agir simplement d'une onomatopée tradui-
sant le hurlement du chacal. La forme canine du dieu a 1.1 Nom
probablement été inspirée aux Anciens Égyptiens par le
comportement des canidés, souvent charognards oppor- 1.1.1 Hiéroglyphes
tunistes errant la nuit dans les nécropoles à la recherche
de cadavres. Article connexe : Translittération des hiéroglyphes.

Les principales épithètes du dieu Anubis mettent en avant


ses liens avec les grandes nécropoles du pays et son rôle Le théonyme Anubis provient de l'égyptien ancien inpou
de divinité funéraire qu'il y exerce. Son culte est attesté à (Inpou, Anpou, Anoup, Anoupou)[n 1] par l'intermédiaire
travers tout le territoire égyptien depuis le XXXIIe siècle de sa forme hellénisée Ἄνουβις (Anoubis)[1] .
av. J.-C. et a été intense durant plus de trois millénaires, Le dieu Anubis, ou un dieu canidé du type d'Anubis, fi-
pour ne s’éteindre qu'entre les IVe et VIe siècles apr. J.- gure parmi les plus anciennes divinités de l'Égypte an-
C., à la suite de l'essor du christianisme. Si Anubis est tique. Le hiéroglyphe du canidé couché (sur le sol ou sur
une divinité nationale, il est toutefois régionalement très une chapelle)[n 2] , est connu depuis la période prédynas-

1
2 1 DÉNOMINATION

tique. Des fouilles archéologiques à Oumm el-Qa'ab, la de l'étymologie pour trouver une signification au nom
nécropole royale de la cité d'Abydos, ont permis de dé- d'Anubis. Avant le déchiffrement des hiéroglyphes en
couvrir des tessons de poterie et des plaquettes en ivoire 1752, le théologien et orientaliste Paul Ernest Jablons-
où figure l'idéogramme du canidé couché, datés du roi ki (1693-1757) relie le nom d'Anubis au mot copte
Scorpion de la dynastie Zéro et du roi Den de la Ire noub (or) en affirmant que les chacals sont associés à ce
dynastie (entre 3200 et 3000 avant notre ère)[2] . Du- métal[9] . En 1872, le britannique Charles Wycliffe Good-
rant l'Ancien Empire, ce hiéroglyphe se rencontre fré- win (1817-1878)[10] avance l'idée assez improbable que
quemment dans les textes des formules d'offrandes funé- le mot égyptien inpou est une corruption de la racine sé-
raires. Il est généralement interprété par les égyptologues mitique alp, dont les nombreuses variantes serviraient à
comme étant Anubis. Il est cependant très difficile de désigner des animaux[11] .
l'attribuer à cette seule divinité, car le nom d'Anubis n'est
Les égyptologues allemands Kurt Sethe (1869-1934) et
pas écrit avec des hiéroglyphes phonétiques avant la VIe Hermann Kees (1886-1964) considèrent que la signifi-
dynastie, vers 2200 avant notre ère. Sur les monuments,
cation du mot inpou est « chien » et plus spécialement
l'idéogramme est le seul mode d'écriture durant les IVe « chiot », après avoir remarqué qu'en égyptien ancien le
et Ve dynasties. La graphie phonétique, avec ou sans le
mot s’appliquait aussi pour désigner un « jeune prince ».
déterminatif du canidé, apparaît occasionnellement à la En 1929, l'italien Giulio Farina (1889-1947)[12] suppose
fin de la VIe dynastie, sous le règne de Pépi II, et ne de- que le mot égyptien inpou est similaire au mot sémitique
vient fréquente qu'à partir de la Première Période inter- ṷlp, ṷulūp qui désigne le chacal. Dans un article publié à
médiaire (entre 2180 et 2040 avant notre ère)[3] . Pour les titre posthume en 1972, Pierre Lacau (1873-1963) estime
temps les plus reculés, la lecture du hiéroglyphe du ca- que plusieurs divinités thériomorphes tirent leur nom de
nidé couché en Inpou (Anubis) n'est donc pas garantie. leur animal sacré. Concernant Anubis, inp est un terme
Les autres possibilités de lecture sont relativement nom- archaïque qui sert à désigner un canidé et Inpou est le
breuses : Khenty Imentyou « Celui qui est à la tête des oc- nom de la divinité canine. Le terme inp ayant été divini-
cidentaux », Inpou Khenty Imentyou « Anubis, celui qui sé, le mot sab aurait pris le relais pour désigner les canidés
est à la tête des occidentaux »[4] , Sedi « celui à la queue », sauvages[13] . En 1976, Dimitri Meeks[14] traduit le nom
Oupiou « celui qui ouvre (l'aîné) », Meniou « le gardien inp par « celui qui est couché sur son ventre », cette at-
du troupeau », Sheta « le mystérieux » et Sab, un terme titude étant la pose traditionnelle de la forme animale du
générique servant à désigner les chacals et les chiens du dieu. Il remarque aussi qu'un passage des Textes des sar-
déserts[5] . cophages rapproche le nom d'Anubis du mot inp « putré-
faction », un hapax issu d'un calembour élaboré à partir
1.1.2 Étymologie des mots irpou (« vin ») et repou (« fermentation »)[15] .
Plus récemment, en 2005, le britannique Terence
La signification du nom inpou (Anubis) reste le sujet DuQuesne[16] , notamment auteur d'une considérable mo-
de nombreuses discussions entre spécialistes et aucun nographie sur les dieux-chacals égyptiens, propose de
consensus ne s’est encore dégagé. La même situation s’ap- ne voir, dans le terme inpou (vocalisé sous *yanoup),
plique à d'autres divinités importantes. Malgré maintes qu'une simple onomatopée visant à imiter le hurlement
hypothèses, les théonymes Rê, Min, Ptah, Osiris, Seth et du chacal, en conformité avec la pratique égyptienne de
Anubis ne disposent pas d'étymologies scientifiquement former les noms d'animaux à partir de leur cri : miou pour
satisfaisantes[6] . le chat, reret pour le cochon, aâ pour l'âne[17] .
La plus ancienne explication du nom d'Anubis remonte à
la fin de l'époque ptolémaïque et apparaît dans le Papyrus
Jumilhac (VI, 6-7). Cette monographie religieuse, tra- 1.2 Épithètes
duite en 1961 par Jacques Vandier (1904-1973), expose
les principaux mythes et rituels du nome cynopolite en
Les principales épithètes appliquées à Anubis mettent en
Moyenne-Égypte. Il y est indiqué qu'Anubis a reçu sonexergue son rôle de divinité funéraire et le décrivent vo-
nom de sa mère Isis et qu'il « fut prononcé relativement
lontiers comme étant le chef du domaine funéraire en
au vent, à l'eau et au désert ». Ces trois mots sont les re-
son entier ou comme le chef d'une des subdivisions de
présentations symboliques des trois hiéroglyphes phoné-
ce domaine. Dès les débuts de la civilisation égyptienne,
tiques qui composent la racine inp du nom d'Anubis. Le
Anubis est doté de ses cinq principales épithètes ; Khen-
roseau i représente le vent, la vaguelette n évoque l'eau du
ty imentyou (« Celui qui est à la tête des Occidentaux
Nil et, plus curieusement, le meuble en roseau p est inter-
— les morts »), khenty ta djeser (« Celui qui est à la
prété comme le symbole du désert[7] . Selon Georges Po-
tête du pays sacré »), tepy djouef (« Celui qui est sur
sener (1906-1988), cette étymologie sacrée viserait à ci-
sa montagne »), Khenty seh netjer (« Celui qui préside
menter une association entre les dieux Shou (vent), Osiris
au pavillon divin ») et imy-out (« Celui qui préside à la
(eau) et Anubis (désert)[8] . salle d'embaumement »), les quatre dernières persistant
À l'instar des auteurs antiques du Papyrus Jumilhac, jusqu'à l'époque gréco-romaine (entre le IVe siècle avant
nombre de savants modernes ont enfreint les règles notre ère et le IVe siècle après)[18] .
3

1.2.1 Celui qui est à la tête des Occidentaux thète du toponyme djouefet — « la montagne de la vi-
père » —, le nom du XIIe nome de Haute-Égypte, une
L'épithète khenty imentyou « Celui qui est à la tête des région située en face du nome lycopolitain dédié au canidé
Occidentaux » (variantes : khenty imentet « Celui qui Oupouaout[24] . Le mot égyptien djou survit dans la langue
est à la tête de l'Occident », neb imentet « Seigneur de copte sous le terme toou, qui sert à forger des toponymes
l'Occident ») est surtout attribuée à Osiris à partir de la en lien avec les montagnes désertiques et les monastères
toute fin de l'Ancien Empire, quand il devient la divini- reculés[22] .
té majeure du domaine funéraire, mais Anubis n'en se-
ra jamais totalement dépourvu[19] . Cette épithète pose
de nombreux problèmes car Khentyimentyou est aussi le 1.2.4 Celui qui préside au pavillon divin
nom du dieu-canidé de la ville d'Abydos attesté dès la Ire
dynastie par des documents archéologiques. Il s’agit donc L'épithète khenty seh netjer, « Celui qui préside au pa-
de bien distinguer le nom d'une divinité indépendante et villon divin », apparaît régulièrement dans les plus an-
la fonction homonyme attribuée à Anubis à partir de la ciennes formules d'offrandes inscrites, durant l'Ancien
Ve dynastie et à Osiris à partir de la VIe dynastie[20] . Empire, sur les murs des mastabas des particuliers ainsi
que sur ceux des pyramides à textes des souverains de la
VIe dynastie. Le seh netjer est une structure temporaire
1.2.2 Seigneur du pays sacré (tente) ou une structure durable (bâtiment), un endroit
liminal situé entre le monde des vivants et le monde des
Les aspects d'Anubis, en tant que divinité du monde sou- morts, une sorte de sas d'entrée de la nécropole. Il s’agit
terrain, se reflètent dans les épithètes Khenty ta djeser — d'un lieu où Anubis exerce sa protection sur les corps
« Celui qui est à la tête du Pays sacré » — et Neb ta djeser morts, en cours de transformation lors de la momifica-
— « Seigneur du pays sacré ». La première expression tion. Le coffre qui représente un temple ou un naos et sur
est sans doute la plus ancienne, la seconde n'apparaissant lequel Anubis est souvent figuré couché est peut-être une
que sous la IVe dynastie (aux alentours de 2500 avant représentation du seh netjer[25] .
notre ère), seule ou en association avec l'épithète khen-
ty seh netjer. Le « pays sacré » est une désignation de la
nécropole et, par extension, de tout le royaume de l'au- 1.2.5 Celui qui préside à la salle d'embaumement
delà. D'après une stèle du Nouvel Empire conservée au
Musée Royal des Antiquités de Leyde, le ta djeser est aus- La fonction la plus connue du dieu Anubis s’exprime
si un toponyme qui sert à désigner la nécropole du nome dans l'épithète imy-out (« Celui qui préside à la salle
thinite (la région de la ville d'Abydos) dont les liens avec d'embaumement », « Celui de la bandelette »), qui lui est
les divinités canines sont attestés depuis les époques his- spécifiquement attribuée. Le sens précis de cette expres-
toriques les plus reculées. L'épithète neb ta djeser est sur- sion n'est pas clairement établi. Le mot out est en rap-
tout attribuée à Anubis, mais très communément aussi au port avec la momification et plus particulièrement avec
dieu Osiris, essentiellement durant le Moyen Empire, à les bandelettes, tandis que les prêtres qui participent à
Abydos et dans le reste du pays[21] . l'emballement des corps sont désignés sous le terme gé-
nérique de outy. En tant que substantif, le mot out se ré-
fère aussi au lieu où se déroule le rituel de la momifica-
1.2.3 Celui qui est sur sa montagne tion. Il est également possible que ce mot soit en rapport
avec le terme ouhat « oasis », lieu d'où sont originaires
L'épithète tepy djouef « Celui qui est sur sa montagne » de nombreux produits, comme les résines nécessaires à la
est l'une des plus fréquentes depuis les débuts de l'histoire conservation des corps. Sous la dynastie des Ptolémées,
égyptienne et jusqu'à la période romaine. Elle se retrouve le toponyme Out désigne la nécropole du XVIIe nome de
très souvent sur les murs des mastabas de l'Ancien Em- Haute-Égypte, un lieu sacré fortement lié à Anubis[26] .
pire et sur des stèles élevées à Abydos durant le Moyen
Empire. Cette expression apporte une précision géo-
graphique quant aux lieux où les Égyptiens ont instal-
lé leurs nécropoles. L'épithète montre que la puissance 2 Iconographie
d'Anubis s’exerce sur les collines rocailleuses (gebel en
arabe) situées entre la fin des terres cultivables bordant L'Égypte antique est une civilisation qui a accordé une
le Nil et le début des vastes déserts Lybique et Arabique. grande importance aux images. Avec ses quelque 700
Dans cette zone montagneuse, le terrain est fort acciden- signes hiéroglyphiques, son écriture le démontre aisé-
té mais très riche en pierres de taille ainsi qu'en mine- ment. Cet art du dessin (ou iconographie) se remarque
rais et métaux précieux, utilisés lors des funérailles les aussi dans la mise en image du monde divin. L'apparence
plus somptueuses[22] . En outre, errent dans cette zone les du dieu Anubis, symbolisé par un canidé, est sûrement
canidés prédateurs et charognards en quête de pitance. dicté par ses fonctions funéraires ; les chacals et les chiens
L'égyptologue Georg Möller (1876-1921)[23] a proposé hantant et gardant les cimetières situés en bordure des dé-
une explication géographique en rapprochant cette épi- serts.
4 2 ICONOGRAPHIE

2.1 Canidé divin Hart, écrivain et conférencier au British Museum[29] ,


« le chien Anubis est probablement un chacal […]
2.1.1 Animal emblématique Mais d'autres chiens, par exemple le paria de couleur
rouille, peuvent avoir servi de prototype. Anubis repré-
sente peut-être la quintessence des chiens du désert »[30] .
L'assimilation d'Anubis au chacal se base sur un critère
comportemental : ce canidé nocturne est connu pour han-
ter les cimetières durant la nuit, et plus particulièrement
autour des tombes fraîchement creusées, afin de déterrer
et dévorer les cadavres. Ce comportement aurait été as-
socié par les Anciens Égyptiens à la mort et par extension
à la momification et aux cérémonies funéraires. La cou-
leur noire d'Anubis est un symbole principalement expli-
qué de deux manières : d'abord par la coloration en noir
du corps du défunt sous l'effet des résines utilisées du-
rant l'embaumement, ensuite par l'association de la cou-
leur noire au concept de la régénération, la crue du Nil
apportant, chaque année, du limon noir et fertile sur les
terres agricoles[31] .

2.1.2 Canidés fouisseurs

Anubis couché sur le sarcophage de Djeddjehoutefankh, XXIIIe


dynastie.

Comme d'autres divinités funéraires égyptiennes, tels


Oupouaout, Khentyimentiou et Sed, Anubis appartient
au groupe des divinités canines. La morphologie géné-
rale d'Anubis sous sa forme entièrement animale, avec
son museau pointu, ses deux oreilles dressées, son torse
mince, ses quatre longues pattes et sa queue allongée, in-
dique clairement qu'il s’agit d'un membre de la famille
Chacal doré (Canis aureus)
des Canidae qui regroupe en Afrique de l'Est les loups,
les chacals, les renards, les chiens sauvages et les chiens
Le chacal n'est toutefois pas le seul canidé à errer dans
domestiques. Cependant, la combinaison des éléments les cimetières, car les renards et les hyènes font de même.
morphologiques d'Anubis ne correspond à aucune espèce Les canidés, s’ils diffèrent physiquement, ont cependant
connue de canidé précise. L'emblème animal du dieu certains comportements communs. L'un des plus saisis-
semble bien plus être un mélange de plusieurs types. Si sants est de s’éloigner puis de cacher de la nourriture
la tête et le museau correspondent à un large éventail deen enterrant le surplus lorsqu'il est impossible de tout
canidés, les oreilles pointues sont surtout semblables à consommer sur place. Ce comportement inné suit invaria-
celles du renard, tandis que le corps efflanqué rappelle blement un même schéma stéréotypé. L'animal s’éloigne
celui du lévrier. La queue d'Anubis ressemble à celle du d'abord avec un reste de viande dans la gueule, afin de
chacal, mais est bien plus longue et plus étroite ; la queue
trouver un endroit propice à l'enfouissement. Pour trou-
du renard, si elle tombe à terre comme celle d'Anubis, ver l'emplacement adéquat, il renifle périodiquement le
est bien plus touffue et plus épaisse. De plus, Anubis estsol et gratte la terre avec une de ses pattes avant. Une fois
dans la plupart des cas représenté avec un pelage noir, une
un lieu convenable trouvé, il creuse un trou de plus en plus
couleur assez peu commune chez les diverses espèces de rapidement, en utilisant alternativement les deux pattes
canidés[27] . avant. La viande est alors déposée dans l'excavation, par-
Tout au long du XXe siècle, nombre de spécialistes ont fois en étant poussée à plusieurs reprises avec le bout du
estimé que l'animal d'Anubis est un être hybride, chien- museau. L'animal comble ensuite le trou en poussant la
loup, loup-chacal, chacal-chien, etc.[28] Selon George terre excavée et en la tapotant avec le museau. À l'issue
2.2 Représentations 5

de l'opération, seule reste visible une légère perturba-


tion du sol, et l'animal s’éloigne pour ne revenir qu'un
jour ou deux plus tard afin de retrouver et consommer la
viande enterrée. Les Anciens Égyptiens n'ont sûrement
pas manqué de remarquer ce comportement chez leurs
chiens de chasse ou chez les canidés qu'ils connaissaient,
tels le Chacal doré (Canis aureus), le Renard roux (Vulpes
vulpes), le Fennec (Vulpes zerda) ou le Lycaon (Lycaon
pictus). Le dieu Anubis a peut-être été représenté sous la
forme canine à cause de ce comportement fouisseur, le
principal rôle d'une divinité funéraire étant de soustraire
les dépouilles mortelles à la vue des vivants[32] .
• Sur la stèle du nain Ser-Inpou,
relevé de W. Petrie, Ire dynastie.

2.2 Représentations

2.2.1 Forme animale

Le dieu Anubis est représenté sous forme de


hiéroglyphes, peintures murales, bas-reliefs, amu-
lettes ou statues tout au long de l'histoire de l'Égypte
antique, de la période prédynastique jusqu'à l'occupation
romaine. La plus ancienne et la plus commune des • Sur une chapelle,
représentations est la forme animale, tel un canidé noir coffre à canopes, IIIe Période Intermédiaire,
efflanqué en alerte, couché sur son ventre à même le sol Walters Art Museum.
ou sur un coffre reliquaire[33] . Dès les époques les plus
reculées, un rare signe hiéroglyphique montre le canidé
couché, avec une grande plume lui sortant du dos. Il s’agit
sans doute d'une manière d'associer Anubis au dieu Shou
(souffle vital) ou à la Maât (vérité-justice), le canidé
exerçant la fonction de juge dans le tribunal des âmes.
La plume apparaissant aussi sur la coiffure d'Anupet, la
déesse de Cynopolis, il se peut que l'on soit en présence
d'une manière de différencier le mâle Anubis (sans
plume) de la femelle Anupet (avec plume) ou bien d'un
procédé scriptural permettant de lier Anubis au nome
cynopolitain[34] . On trouve aussi des représentations
montrant le canidé couché tenant dans ses pattes avant le
flagellum et le sceptre-sekhem, ou avec le flagellum lui • Sur
sortant du dos[35] . une chapelle, plaquette en faïence, Basse époque,
Il est généralement admis que les représentations du cani- Walters Art Museum.
dé debout et marchant sur ses quatre pattes sont à mettre
en rapport avec le dieu Oupouaout. Cette assertion se
vérifie de manière générale, mais tout systématisme est
2.2.2 Forme hybride
à éviter car, en de rares occurrences — à partir de la
IVe dynastie — ce signe peut désigner Anubis, l'inverse
Article connexe : Cynocéphalie.
étant vrai également. Le hiéroglyphe du canidé debout
Vers la fin de la IIe dynastie, apparaissent les premières
sert aussi de déterminatif au nom de la divinité Oupiou,
représentations de divinités hybrides combinant des élé-
à l'herminette-noua et au mot sab (chacal)[36] .
ments animaux et humains[37] . La plus ancienne attesta-
tion d'un dieu à tête de chacal remonte à cette période
et figure sous la forme d'un graffiti sur un fragment d'un
bol en porphyre, de provenance inconnue et conservé, de-
• Anubis couché puis 1977, au British Museum à Londres. Le dieu, dont le
6 3 ÉLÉMENTS MYTHOLOGIQUES

Anubis entièrement anthropomorphe (à gauche), relief du temple


de Ramsès II à Abydos.

currences de l'âme-Bâ d'Anubis ont été trouvées dans


la nécropole d'El-Deir (oasis d'Al-Kharga) sur un frag-
ment d'un cartonnage peint, à Dendérah, dans un relief
Statue du roi Niouserrê vivifiée par Anubis et Ouadjet. du kiosque hathorique sur le toit du temple, sur un linceul
d'un homme enterré à Deir el-Médineh (répétée quatre
fois), dans la tombe de Qetinous (oasis de Dakhla) et dans
nom est inconnu, est figuré debout, tenant dans sa main une tombe de l'époque romaine[40] . L'Anubis à corps de
droite un sceptre-ouas et dans sa main gauche un sym- serpent est un autre type de représentation rare. Deux
bole ânkh (vie). L'apparence de la tête avec son museau exemples ont été trouvés à Douch et à Labakha (oasis
caractéristique laisse suggérer qu'il s’agit d'Anubis mais d'Al-Kharga), respectivement sur un élément d'un lit fu-
il a aussi été proposé d'y voir Seth ou Ash[38] . La plus an- néraire et sur un cartonnage d'une momie (époque ro-
cienne attestation certaine de l'image d'Anubis, en dieu maine). La figuration la plus ancienne de l'Anubis ser-
anthropomorphe à tête de chacal, remonte à la Ve dynas- pentiforme est attestée à Deir el-Médineh, dans la tombe
tie et figure sur un fragment d'un relief du temple haut de Sennedjem, sur une peinture représentant un lit funé-
de la pyramide de Niouserrê. Ce bloc de pierre découvert raire (XIXe dynastie)[41] . Durant l'époque gréco-romaine,
au début du XXe siècle est depuis lors exposé au Neues se développe la thématique de l'Anubis « à la clé » où le
Museum de Berlin. On y voit le roi assis sur son trône dieu est, dans les papyrus magiques, « celui qui détient les
tenir de sa main gauche trois signes-ânkh et en recevant clés de l'Hadès » (Enfers) ou « le porteur de clés ». Dans
trois autres dans sa main droite, d'Anubis. Le dieu, de- l'iconographie, Anubis tient la clé à la main (homme à
bout dans l'attitude de la marche, vivifie le souverain en tête de canidé) ou à son cou (canidé) et se rencontre sur
lui touchant les lèvres et le nez avec un septième ânkh. La des sarcophages, des linceuls, des bandelettes de momie.
déesse Ouadjet, symbole de la Basse-Égypte, se tient im- L'égyptologue allemand Siegfried Morenz (1914-1970) y
mobile derrière le roi et lui touche une épaule. Il est pro- voyait un rapprochement avec la divinité grecque Éaque,
bable que, dans ce contexte, Anubis symbolise la Haute- l'un des trois juges des Enfers. Jean-Claude Grenier ré-
Égypte. Le registre inférieur de cette scène montre treize fute cette idée et privilégie l'hypothèse d'une adaptation
hommes courbés en train d'exécuter le rituel khebes-ta ou de l'iconographie religieuse causée par la diffusion de la
« piochage de la terre », un geste rituel en lien avec le re- clé dans la vie quotidienne des individus[42] .
nouveau printanier, mais aussi connu pour être effectué
lors de l'inauguration des temples[39] .
3 Éléments mythologiques
2.2.3 Formes exceptionnelles
3.1 Mythe osirien
Outre les représentations du dieu Anubis en canidé ou en
homme à tête de canidé, il existe des modes de figura- Anubis est l'une des plus anciennes divinités de l'Égypte
tion moins courants. La seule image connue d'Anubis en antique, antérieure même au célèbre Osiris, considéré
une divinité entièrement anthropomorphe se rencontre à pourtant, dans le mythe, comme son père. L'intégration
Abydos, sur un relief peint du temple funéraire de Ramsès d'Anubis au sein de la famille osirienne (Osiris, Isis,
II édifié durant les premières années du règne de ce pha- Horus, Nephthys) s’est montrée complexe, difficile, et a
raon, vers 1280 av. J.-C. Une autre image d'Anubis, peu probablement été dictée par le besoin de donner à Osiris,
courante, est celle d'un oiseau à tête de canidé. Les oc- le dieu assassiné, le plus efficace des dieux en lien avec le
3.1 Mythe osirien 7

monde des morts. fet très variable. Durant la Ire dynastie, la grande rivale
d'Anubis dans cette fonction est la déesse Neith, issue de
la ville de Saïs[46] .
3.1.1 Origines
Durant la première moitié de la IVe dynastie, les grands
Le processus d'élaboration des croyances égyptiennes est personnages de l'État pharaonique se placent presque tous
complexe. Concernant Anubis, quelques faits dominent sous la protection d'Anubis. Le recours à ce dieu appa-
dans la thématique funéraire. Pour le souverain, l'au-delà raît dans des formules gravées sur les murs des chapelles
est un domaine situé dans le ciel et la personne royale qui surmontent les tombeaux. À l'extrême fin de la IVe
est considérée comme un fils de Rê, le dieu soleil — dynastie ou durant les débuts de la Ve dynastie, Osiris
conception qui se met progressivement en place à partir prend place à côté d'Anubis. Au cours de la Ve dynas-
de la IIe dynastie, mais ne culmine que sous les IVe et Ve tie, Osiris supplante Anubis comme souverain incontes-
dynasties. Le reste de la population égyptienne n'a pas té des mondes de l'au-delà. Toutefois, Anubis conserve
les contrées célestes pour destination post-mortem : pour une place non négligeable dans les croyances funéraires
elle, l'au-delà est situé à l'Occident, considéré comme une en tant que divinité protectrice[47] :
extension des nécropoles terrestres. Durant les trois pre-
mières dynasties (de 3000 à 2600 avant notre ère), Anu-
bis est la seule divinité funéraire qui soit aussi bien au « Une offrande que donne le roi et que
service du roi qu'à celui des particuliers. À partir de la donne Anubis, préposé au pavillon divin, qui
fin de la IVe dynastie, l'Occident est surtout connu pour se tient sur sa montagne, imi-out, seigneur de
être le royaume d'Osiris, le dieu-roi assassiné puis res- la terre consacrée, afin qu'il puisse recevoir un
suscité. Mais cette vision de l'Occident n'est qu'une se- enterrement parfait dans sa tombe qui est dans
conde étape ; antérieurement, il était surtout dominé par la nécropole occidentale, après être devenu très
Anubis[43] . vieux en tant que possesseur de la condition
d'imakhou auprès du dieu grand, seigneur de
l'Occident.
Une offrande que donne le roi et que donne
Osiris, préposé à Bousiris, afin qu'il soit accom-
pagné par ses kas dans les places pures, et que
sa main soit reçue par le dieu grand, et qu'il soit
conduit sur les chemins sacrés de l'Occident,
sur lesquels se promènent les possesseurs de la
condition d’imakhou.
Une offrande que donne le roi et que donne
Anubis, préposé à la ville de Sépa, afin qu'il
joigne la terre (soit enterré) et traverse le
firmament, et que la (déesse de la) Nécro-
pole lui offre ses bras en paix, en paix auprès
du dieu grand, (au) possesseur de la condi-
Fausse-porte du tombeau de Manéfer. Règne de Djedkarê Isési, tion d'imakhou auprès de son seigneur, qui a
Ve dynastie, Musée égyptologique de Berlin. fait des offrandes et qui a atteint la condition
d’imakhou.
Une fois la royauté pharaonique bien installée, les fa- Une offrande que donne le roi et Osiris
miliers et les fonctionnaires royaux se font édifier des Khentamentiou, seigneur d'Abydos, afin que
tombeaux et des mastabas autour du domaine funé- l'offrande lui soit donnée dans sa tombe qui
raire royal, constitué par des pyramides plus ou moins est dans la nécropole (...), en toute belle
monumentales[44] . Pour le groupe des serviteurs royaux, fête, chaque jour, par jour pour la durée de
la religion funéraire consiste en une vie post-mortem qui l'éternité, car j'étais un qui est aimé de son
se déroule à l'intérieur de ces sépultures. Le défunt béné- père, loué de sa mère. »
ficie d'offrandes funéraires distribuées par faveur royale
et sous le regard d'une divinité funéraire. L'Occident est
d'abord le cimetière réel, puis cette notion s’élargit et se — Linteau d'une tombe anonyme de Saqqarah. VIe dy-
charge d'un caractère plus spirituel, devenant une contrée nastie[48] .
lointaine gouvernée par une divinité[45] . Entre les Ire et
IVe dynasties, la religion funéraire patronnée par Anubis
parvient à attirer à elle de nombreux fidèles non royaux. 3.1.2 Osiris ou la momie idéale
Mais cette prédominance d'Anubis sur l'Occident ne s’est
pas faite sans la concurrence d'autres divinités funéraires. Articles détaillés : Osiris et Mythe osirien.
La divinité qui garantit des aliments au défunt est en ef-
8 3 ÉLÉMENTS MYTHOLOGIQUES

caractère de divinité funéraire par son intégration au


mythe d'Osiris. Tout au contraire, Anubis a été rappro-
ché d'Osiris de par ses anciennes fonctions de ritualiste
funèbre auprès des rois défunts. La première mention
d'une action d'Anubis sur la dépouille mortelle d'Osiris fi-
gure dans les Textes des Sarcophages, un corpus funéraire
destiné aux nomarques de la Moyenne-Égypte durant le
Moyen Empire. Rê, affligé de la mort d'Osiris, envoie son
fils Anubis prendre soin du corps de l'assassiné afin de
lui redonner une belle apparence, un statut d'ancêtre et la
possession éternelle d'une tombe bien approvisionnée en
offrandes funéraires[52] :

« Que le roi soit gracieux et donne, et Anu-


bis qui préside au pavillon divin, maître de la
Douat, à qui les occidentaux rendent hommage,
maître de Sepa, qui préside à la Terre sacrée,
lui qui ( ?) réside au ciel médian, le quatrième
des enfants de Rê, qu'on a fait descendre du ciel
pour parfaire Osiris tant est grande son excel-
lence au cœur de Rê et des dieux ! »

— Chapitre 908 des Textes des Sarcophages, traduction


de Paul Barguet[53]
Osiris sous la protection d'Anubis et Horus. Les liens filiaux entre Osiris et Anubis se mettent en place
à partir du Nouvel Empire comme lorsqu'Anubis est qua-
lifié de fils d'Osiris (sa Ousir) sur une stèle memphite de
Anubis dans le mythe osirien Les relations entre la XIXe dynastie (tombe de Hor-Min à Saqqarah). Cette
Anubis et Osiris sont étroites mais relativement tardives. affirmation ne devient cependant courante qu'à partir de
Cela provient du fait qu'historiquement Anubis est un la basse époque. Cette relation tire probablement son ori-
dieu bien plus ancien qu'Osiris. Le premier est déjà bien gine dans le fait que l'organisation des funérailles du père
attesté sous la Ire dynastie, tandis que le second n'apparaît incombait à son fils aîné. Or pour un dieu aussi prestigieux
que 600 ans plus tard, durant la Ve dynastie. L'apparition qu'Osiris, ce privilège ne pouvait revenir qu'à Anubis, le
d'Osiris, un dieu roi assassiné par un meurtrier, son plus ancien et le plus efficace des dieux funéraires[54] .
frère Seth au caractère bien trempé, fait probablement
suite à une décision politique d'affermissement du pou-
Mères, multiples traditions Article connexe : Arbre
voir royal, décision qualifiée par l'égyptologue Bernard
Mathieu de « Réforme osirienne »[49] . Terence Du- généalogique d'Anubis.
Bien qu'Anubis joue un rôle essentiel dans le mythe
Quesne avance l'idée qu'il se pourrait qu'Osiris résulte de
l'anthropomorphisation d'une divinité chacal. Le but re- d'Osiris à partir de la Première Période intermédiaire, les
théologiens égyptiens n'ont pu l'intégrer dans la famille
cherché par le pouvoir pharaonique aurait été de faciliter
l'identification du roi défunt avec une divinité bien défi- osirienne qu'avec de grandes difficultés. Cet embarras se
révèle dans son ascendance maternelle, plusieurs déesses
nie. Avant l'introduction du mythe osirien, les monarques
pouvaient prétendre posséder les caractéristiques des cha- coexistant dans le rôle de la mère d'Anubis[55] .
cals Anubis et Oupouaout, mais la légitimation d'un pou- Au Nouvel Empire, le Conte des deux frères, consigné sur
voir politico-religieux puissant, d'origine divine, ne pou-
le Papyrus d'Obiney et daté du règne de Séthi II (le petit-
fils de Ramsès II), fait d'Anubis le frère aîné du vigoureux
vait facilement se faire accepter qu'à travers l'assimilation
du roi à un dieu entièrement anthropomorphe[50] , à savoir
Bata, le dieu taureau de la ville de Saka[n 3] . D'après cette
Osiris dont le nom signifierait « le Puissant », « Celui du
source, les deux divinités sont nées de la même mère et
trône » ou « Celui qui est devenu un dieu par les rites »[51] .
du même père. L'identité des parents n'est toutefois pas
À la fin de l'Ancien Empire, dans les Textes des Pyra- révélée.
mides, Anubis est bien plus lié au pharaon défunt qu'à D'après un relief gravé sur une paroi du temple de Sé-
Osiris et il ne semble pas qu'Anubis soit déjà lié aux thi Ier à Abydos, la déesse chatte Bastet est la mère
divinités du mythe osirien. Par la suite, sous le Moyen d'Anubis. Le papyrus N3776 (S), daté de l'époque
Empire, Anubis devient un intermédiaire entre les morts ptolémaïque et conservé au musée du Louvre, suit cette
et le dieu Osiris, érigé en tant que parangon de la sur- même filiation[56] . Les liens théologiques entre Bastet et
vie post-mortem. Visiblement, Anubis n'a pas acquis son Anubis sont obscurs. Les deux divinités ont peut-être été
3.1 Mythe osirien 9

curative et après lui avoir ordonné de lécher la plaie, tel un


chien blessé. Une mésaventure presque similaire est arri-
vée au jeune Horus, d'après le texte magique de la stèle de
Metternich. Isis réussit à guérir son fils après avoir poussé
le vieux Rê à révéler son nom secret, ce nom étant la plus
puissante des formules magiques[n 5] .

Statuette de la déesse Bastet.

liées du fait de leur proximité cultuelle à Memphis, le


temple du Bubasteion voisinant avec l'Anoubieion dans la
nécropole Ânkh-Taouy « La Vie des Deux-Terres ». Se-
lon l'Allemand Hermann Kees, le nom de Bastet inclut la
notion d'onguent et évoque l'activité du momificateur[57] . Statuette de Nephthys
D'autres déesses, telles Hésat, Isis ou Nephtys, appa- Fils adultérin d'Osiris La relation filiale d'Anubis
raissent comme étant la mère d'Anubis. La mention de avec le dieu solaire Rê est attestée dès le Moyen Empire
la vache primordiale Hésat, quoique implicite, est la plus égyptien (chap. 908 des Textes des Sarcophages). Dans le
ancienne et remonte au règne de Pépi II lorsqu'il est dit cadre d'une conjuration magique sur l'eau, le Papyrus ma-
du roi qu'il monte au ciel sur une échelle consolidée par le gique Harris, daté de la fin de la période ramesside (XIIe
cuir de l'imy-out enfanté par Hésat, ce fétiche étant une siècle), poursuit ce dire tout en affirmant d'abord la ma-
des formes du dieu Anubis (T.P. §2080e). La vache Hé- ternité de la déesse Nephtys, sœur d'Osiris, Isis et Seth :
sat a ensuite été assimilée à la vache Hathor, très souvent
représentée en train d'allaiter le prince héritier, inpou en
langue égyptienne[58] . « Autre formule : Ô âme ! Ô âme ! Moi, je
suis Anubis, dieu de l'Orient, fils de Nephtys !
La mention de la déesse Isis en tant que mère d'Anubis - (dire quatre fois).
est très tardive, seuls deux documents faisant état de cette Autre formule : Côté droit ! Côté gauche ! Moi,
filiation : le papyrus Jumilhac[n 4] et le papyrus démotique je suis Anubis, dieu de l'Orient, fils de Rê ! -
magique de Londres et de Leyde[59] . Ces deux sources pro- (dire quatre fois). »
fessent une similitude entre Horus et Anubis. D'après le
dernier document, une compilation de formules magico-
médicales datée du IIIe siècle de notre ère, Anubis se — Extrait du Papyrus magique Harris (7/7-7/8). D'après
trouve en Syrie le jour où les mauvais dieux complotent la traduction de François Lexa[60] .
contre la vie de son père Osiris. Isis appelle son fils Anu- Cette citation est la seule affirmation égyptienne de la ma-
bis à son secours mais, en cours de route, il est piqué par ternité de Nephtys sur Anubis avant la rédaction du traité
un scorpion. Isis guérit Anubis en lui appliquant de l'huile Isis et Osiris, le premier récit continu du mythe osirien, par
10 3 ÉLÉMENTS MYTHOLOGIQUES

le philosophe et historien grec Plutarque (vers 110-120 de l'ouverture de la bouche et de la pratique annuelle de
de notre ère), qui fait d'Anubis le fils issu de la relation façonner des statues d'Osiris en argile lors du mois de
adultérine entre Nephtys et Osiris, cette relation (pudi- Khoiak[63] . Le dieu Seth, après avoir assassiné son frère
quement présentée sous la forme d'une méprise) causant Osiris, maquille son crime en dépeçant le corps de la vic-
la fureur de Seth et le meurtre par celui-ci de son frère time et en en dispersant les membres. Anubis part à la re-
Osiris[61] : cherche des lambeaux et trouve la tête à Nedjit, un banc
de sable situé près de la ville d'Andjéty (Bousiris). La tête
« Isis apprit ensuite qu'Osiris amoureux est ensuite transportée à la nécropole de Cynopolis (Har-
avait eu, par méprise, en la prenant pour Isis daï), soit par Anubis lui-même transformé en Horus sous
elle-même, commerce avec Nephtys sa sœur. la forme d'un faucon, soit par les quatre fils d'Horus. Pour
Ayant trouvé dans la couronne de mélilot retrouver les autres membres d'Osiris, Anubis et Thot se
qu'Osiris avait laissée auprès de Nephtys, un mettent à réfléchir. Le dernier finit par trouver une so-
témoignage évident de leur union, Isis se mit à lution en ensorcelant la tête, le but étant de faire parler
rechercher l'enfant que la mère, dans la crainte l'esprit d'Osiris. Mais, pour ce faire, la tête doit disposer
de Typhon, avait exposé tout aussitôt après d'un corps de substitution en glaise. Après de nombreuses
lui avoir donné le jour. Isis conduite par des paroles magiques, la tête du dieu mort révèle finalement
chiens, le retrouva difficilement et à grand’ l'emplacement des autres membres et Anubis se rend aus-
peine. Elle se chargea de le nourrir, et cet en- sitôt vers les lieux indiqués. Pour transporter plus facile-
fant, répondant au nom d'Anoubis, devint son ment les membres, Anubis fabrique un récipient imy-out,
accompagnateur et son gardien. On le dit pré- probablement sous la forme d'une corbeille en papyrus.
posé à la garde des dieux, comme les chiens le De retour à Hardaï, Anubis momifie le corps d'Osiris et
sont à la garde des hommes. » dépose la dépouille dans un caveau funéraire, afin de le
soustraire à la furie de Seth[64] :
— Plutarque, Isis et Osiris (extrait du §14), traduction de
Mario Meunier[62] .

« Anubis alla, pour chercher son père Osi-


ris, sur la butte des papyrus, sur ce banc de
sable de Nedjit, à côté d’Andjty, après que le
grand naufrage ( ?) eut lieu dans ce pays. Il
trouva la tête auguste de son père sur la col-
line, trouvé manquant : tout son corps. Son fils
Anubis se transforma en faucon, il la mit entre
ses bras, il vola avec elle aux confins de l’hori-
zon, il atteignit Hardaï, (plus précisément) la
nécropole qui est là. Or, Thot était avec lui.
Ils réfléchissaient vigoureusement. Ils appor-
tèrent de l’argile pure du lac en ce lieu, sur le
côté ouest de la nécropole. Une statuette fut
dressée debout, sa (partie) manquante étant en
terre, après qu’il (Anubis ou Thot ?) eut réuni
Berges du Nil. la tête de son père avec sa poitrine. Elle (i.e.
la tête) fut ensorcelée par Thot grâce à de
Anubis, le rassembleur des membres d'Osiris Le nombreuses incantations, pour lui (la tête ou
mythe d'Osiris a donné lieu à de nombreuses variantes Osiris ?) faire révéler le(s) lieu(x) où se trou-
locales, parfois contradictoires, les prêtres ayant pour ha- vaient ses membres. Et ce dieu [tint conseil
bitude de placer les épisodes centraux de ce mythe na- avec eux] et les (i.e. les membres) indiqua dans
tional dans leur périmètre régional. Ainsi, le Papyrus Ju- le Double-pays, les déserts à tribord (i.e. à
milhac, rédigé à l'époque gréco-romaine, même s’il se l’ouest) et à bâbord (i.e. à l’est), et les îles de
concentre sur les légendes anubiennes ayant cours dans la Grande-verte. Son fils Anubis alla les cher-
les XVIIe et XVIIIe nomes de Haute-Égypte, n'est pas cher. Il les trouva dans le(s) lieu(x) qu’il avait
exempt de contradictions, l'auteur de cette compilation divulgué(s) pour eux. Puis, il arracha des tiges
religieuse plaçant successivement la découverte de la tête de papyrus et les lia comme cette image : (imy-
d'Osiris par Anubis dans les montagnes proches d'Abydos out). Il y réunit les membres du dieu et les mit
dans le VIIIe nome de Haute-Égypte (III.19 - IV.4), puis sur son épaule jusqu’au sanctuaire - out. Il les
dans les marais de Nedjit dans le IXe nome de Basse- déposa en ce lieu, il les cacha dans la chambre
Égypte (X.20 à XI.14). Ce dernier passage fournit, avec auguste, après qu’il les eut rappareillés dans le
quatre autres mentions[n 6] , l'origine légendaire du rituel coffre mystérieux. »
3.2 Divinité pastorale et bouchère 11

— Extrait du Papyrus Jumilhac (X.20 à XI.14), traduc- le troupeau de Jwok, le dieu créateur[68] . En Égypte an-
tion de Sandra L. Lippert[65] . tique, la possession d'un large bétail est une bénédiction
divine et un marqueur d'importance sociale, la puissance
économique permettant de larges sacrifices animaliers à
3.2 Divinité pastorale et bouchère des fins d'offrandes funéraires. Dans ce contexte, Anubis
endosse les traits du sacrificateur sous le titre de « chef
[69]
Si Anubis est surtout connu pour ses fonctions funéraires, des bouchers » (hery-tep menhouy) .
dès ses origines, il est aussi assigné à la protection des
troupeaux de bovidés. L'élevage étant la principale ri-
chesse des Anciens Égyptiens, le sacrifice d'une bête à
corne constitue alors le point d'orgue des rituels funé-
raires. La protection d'Anubis s’exerce naturellement lors
des abattages et des répartitions des offrandes. Les fonc-
tions pastorales et funéraires du dieu canin sont inextri-
cablement liées dans le récit mythologique du Conte des
deux frères (Anubis et Bata).

3.2.1 Maître du bétail

Sacrifices de bovidés en l'honneur du défunt Kagemmi.

Pourvoyeur d'offrandes Dès les époques les plus re-


culées, la fonction d'Anubis est d'approvisionner les dé-
funts dans le cadre de ses activités de divinité funéraire.
Le dieu est le neb qereset, c'est-à-dire le « maître de la
sépulture » ou le « maître de l'enterrement ». Les for-
mules d'offrandes funéraires, les épithètes et les actions
Dénombrement du bétail du défunt Meketrê (maquette funé- d'Anubis qui apparaissent dans les textes funéraires at-
raire). testent clairement ce rôle. Sous l'Ancien Empire, les dé-
funts lui demandent très fréquemment d'assurer de bons
Anubis et les bovidés Si les aspects funéraires du enterrements dans le désert occidental (semyt imentet)
dieu Anubis sont bien documentés durant toute l'histoire afin qu'ils puissent devenir des imâkhou (esprits glori-
de l'Égypte antique, la personnalité du dieu est riche fiés, morts bienheureux), c'est-à-dire des ancêtres aptes à
d'autres caractéristiques. Une des traditions secondaires bénéficier d'un culte funéraire régulier et pérenne, finan-
fait d'Anubis le maître des bêtes à cornes. Ce trait, connucé par des dotations royales ou privées[70] . Dans tous les
dès l'Ancien Empire, est surtout documenté par des ins- corpus de textes funéraires, des Textes des Pyramides au
criptions de temples tardifs. À Kôm Ombo, Dendérah Livre des Morts, en passant par les Textes des sarcophages,
et Edfou, trois importants sanctuaires réédifiés durant apparaissent des souhaits où il est demandé à Anubis de
la période gréco-romaine, Anubis apparaît comme le garantir des offrandes alimentaires en abondance :
« maître des vaches laitières » (inpou neb oupout) et
comme le « souverain des taureaux de combats » (inpou « Qu'Anubis donne une offrande au Chef
ity en ousheb), un trait agraire résumé par l'épithète « le des Occidentaux ! Tes milliers de pain ! Tes
bon bouvier » (pa-mer-âh nefer) dans le Papyrus magique milliers de bière ! Tes milliers d'huile ! tes mil-
[66]
démotique de Londres et de Leyde . À l'époque rames- liers d'albâtre ! Tes milliers de vêtement ! Tes
side, le Conte des deux frères rappelle cette maîtrise en fai- milliers de bovin !»
sant d'Anubis le riche propriétaire d'un opulent domaine
e
agricole où, grâce aux bons soins de Bata, « les vaches — Antichambre de la Pyramide de Mérenrê, VI dynas-
[71]
dont il avait la charge devenaient extrêmement belles, tie, §§. 745 a-d .
elles vêlaient deux fois plus et excellemment »[67] . Ces
liens mythologiques entre les canidés et le bétail est tou- « (L'Osiris N[n 7] . est) un pur dans la suite
jours d'actualité dans la vallée du Nil, mais plus au sud, d'Osiris, chef des Occidentaux, au cours de
dans des récits Shilluk et Anyuak (lire plus bas). D'après chaque jour ; ses champs sont dans la Cam-
ces deux ethnies, des esprits canins habitent des pâturages pagne des Félicités parmi les initiés, parmi
qui ne connaissent pas la sécheresse estivale et veillent sur ceux qui préparent les aliments pour Osiris ; N.
12 3 ÉLÉMENTS MYTHOLOGIQUES

est auprès de Thot parmi ceux qui préparent les avances de la séductrice. Affolée par l'idée d'être dé-
offrandes alimentaires. Anubis a ordonné (à) noncée, l'épouse invente un mensonge et dit à Anubis
ceux qui sont parmi les offrandes que les of- qu'elle a été violentée par Bata. Anubis, furieux, tente
frandes de N. soient en sa possession, sans que d'assassiner son cadet, mais Bata réussit à fuir aidé par
cela puisse lui être enlevé par ceux qui s’oc- Rê. Le lendemain, les deux frères s’expliquent et Anu-
cupent du butin. » bis reconnaît s’être emporté à tort. Pourtant, les frères se
séparent. Anubis rentre chez lui et tue son épouse infi-
— Livre des Morts, Nouvel Empire, chapitre 144[72] . dèle. Bata, bouleversé par cette mésaventure incestueuse,
se châtre et décide de quitter l'Égypte pour la « Vallée du
Pin parasol », située probablement dans l'actuel Liban[78] .
3.2.2 Conte des Deux Frères Il mène quelque temps une vie solitaire, se construit une
demeure sous le plus grand des pins parasol et survit
grâce aux produits de ses chasses quotidiennes. Pris de
pitié, l'Ennéade lui fabrique une magnifique compagne.
Lorsque Pharaon apprend l'existence de cette déesse, il
monte une armée, enlève la femme et trouve le moyen
de tuer Bata en suivant les consignes de la déesse, cette
dernière ayant choisi de trahir Bata. Chez lui, Anubis ap-
prend la mort de Bata par l'entremise d'intersignes (vin
aigre et bière rance). Il accourt aussitôt auprès de la dé-
pouille de son frère et s’active à le faire revivre en lui fai-
sant boire son cœur placé dans un bol d'eau fraîche[n 8] .
Ayant recouvré la vie, Bata se transforme en taureau et re-
tourne en Égypte, guidé par Anubis. Offert en cadeau à
Pharaon, le taureau Bata se présente devant sa compagne
Pin parasol. qui, entre temps, était devenue la concubine préférée de
Pharaon. Prise de terreur, la déesse supplie Pharaon de
Anubis et le taureau Bata Le Conte des Deux Frères, sacrifier le taureau aux dieux. Pharaon cède à cette de-
découvert en 1852 et rédigé à l'occasion de l'accession mande, mais deux gouttes du sang de Bata éclaboussent
au trône du jeune roi Séthi II, à la fin du XIIe siècle, les montants d'un portail et donnent naissance à deux ma-
est l'un des textes de l'Égypte ancienne les plus tra- gnifiques perseas. La déesse, sachant qu'il s’agit de Bata,
duits et commentés[73] . Sa nature exacte n'est cepen- demande à Pharaon de les faire abattre afin d'en faire des
dant pas encore bien déterminée. Ses premiers traduc- meubles. Lors de la coupe, un copeau s’envole et finit dans
teurs, Emmanuel de Rougé (1811-1872) et Auguste Ma- la bouche de la déesse. Ayant avalé l'esprit de Bata, la
riette (1821-1881) ont pensé qu'il s’agissait d'un conte. déesse se trouve ainsi enceinte de lui et lui redonne nais-
Depuis, l'opinion générale parmi les égyptologues est sance en tant que prince héritier. À la mort de Pharaon,
qu'il s’agit d'une œuvre littéraire chargée de données Bata lui succède et fait traduire en justice la déesse traî-
mythologiques[74] . En 2003, Wolfgang Wettengel[75] y tresse. Il règne sur le pays durant trente années, et, au bout
voit un mythe politique destiné à expliquer, dans une pé- de ce temps de vie humaine, il meurt et rejoint le ciel, non
riode de crise successorale et de migration sémitique, sans avoir fait d'Anubis son successeur légitime[79] .
l'origine divine et séthienne de la lignée de Ramsès II, les
dieux Seth et Baal se cachant sous les traits de Bata, un
berger devenu roi avec l'aide d'Anubis[76] . En 2011, sur la
base d'une comparaison avec les données consignées dans
le Papyrus Jumilhac, Frédéric Servajean estime que cette
histoire est une sorte de mythe qui camoufle les relations
conflictuelles entre les clergés des XVIIe et XVIIIe nomes
de Haute-Égypte, la frontière entre ces deux régions étant
très fluctuante. Les deux principaux personnages sont en
effet Anubis et Bata, chaque frère étant la divinité ma-
jeure de l'un des deux nomes rivaux[77] .

Bata et ses multiples vies Anubis, le frère aîné, est Anubis capture Seth transformé en taureau lors du vol de la mo-
l'heureux propriétaire d'un domaine agricole et d'un large mie d'Osiris.
cheptel bovin, tandis que Bata, le cadet, s’occupe de tous
les travaux de la ferme. Les deux frères mènent une exis- Bata ou Seth capturé À sept reprises, le Conte des
tence paisible mais entrent en conflit le jour où la femme deux frères met en relation le personnage de Bata avec
d'Anubis tente de séduire Bata. Ce dernier refuse les une étable. D'après Frédéric Servajean, il est probable
13

que ces mentions sont des allusions à une étable à fonc- 4 Nécropoles et sanctuaires
tion rituelle qui devait exister dans l'enceinte du temple de
la ville de Saka, le « Dos du Taureau » (l'actuelle bour-
4.1 Croyance égyptienne nationale
gade d'El-Qîs). Plusieurs passages du Papyrus Jumilhac
parlent de cette localité et deux d'entre eux citent nom-
Les nombreuses découvertes archéologiques réalisées sur
mément l'enclos-medjet de Saka consacré au dieu taureau
l'ensemble du territoire égyptien, au cours des XIXe et
Bata[80] . D'après une inscription du temple de Dendérah,
XXe siècles, ont démontré qu'Anubis a été une divini-
la ville de Saka est, durant la période gréco-romaine, la
té funéraire très populaire auprès de l'ensemble de la
capitale du XVIIe nome de Haute-Égypte, et Anubis est
population antique, des plus humbles paysans jusqu'aux
son dieu principal. Une source postérieure, le Papyrus de
plus prestigieux pharaons. Sa présence se manifeste dans
Tebtynis no II, daté de l'époque romaine, rapporte que les
les nécropoles grâce aux textes, reliefs et statuettes que
dieux Bata, Horus, Isis et Nephtys sont vénérés à Saka,
chaque défunt a laissé dans sa sépulture. Son culte est
tandis qu'en face, sur l'autre rive, les dieux Anubis, Osiris
bien attesté dans les grands centres religieux qu'ont été
et Hor-hery-ouadjef (Horus sur son papyrus) sont vénérés
les villes de Memphis et Thèbes.
à Houtredjou dans le sanctuaire Seh-Netjer, le « Pavillon
du Dieu »[81] . Selon le Papyrus Jumilhac, Bata est en réa-
lité Seth, l'ennemi et le meurtrier d'Osiris, mais sous une 4.1.1 Maître des nécropoles
forme inoffensive, le fougueux Seth ayant été vaincu, li-
goté et castré par Anubis après avoir tenté de dérober la La plupart des dieux funéraires égyptiens ne sont vénérés
momie d'Osiris. Depuis cette capture et pour l'éternité qu'au niveau local. La zone d'influence de ces divinités
des temps, Seth est enfermé dans l'étable sacrée du temple mineures ne dépasse pas les frontières de la ville ou de la
de Saka sous l'apparence du pacifique bœuf Bata. Cet épi- province d'origine. Seuls quelques rares dieux et déesses,
sode mythologique est illustré dans le papyrus par une vi- très vénérés localement, ont été hissés au niveau national,
gnette qui représente un taureau courant au galop mais comme c'est le cas d'Oupouaout d'Assiout et d'Anubis du
dont la fuite est stoppée par Anubis qui l'a attrapé au las- nome cynopolitain, lequel acquiert très tôt une large in-
so. La corde maintient liées les deux pattes postérieures fluence nationale[84] .
du taureau et Anubis tient fermement de ses deux mains
l'autre extrémité afin que Seth ne puisse s’échapper. Sur
le dos du bovidé est déposée la momie d'Osiris, Anubis
ayant condamné Seth à porter la dépouille sur son dos afin
de la ramener dans la crypte mortuaire[82] :

« [Seth] se transforma en Anubis afin que


les gardiens des portes ne puissent le recon-
naître. Il entra à l'intérieur et il vola les af-
faires en tant que « simulacres de sacrifices »
(khet em kheftyou) du corps (hâou) du dieu,
il traversa le fleuve en les portant. Or Anubis
l'avait déjà appris. Il se mit alors à le pour-
suivre avec les dieux de sa suite et ils le rejoi-
gnirent. Seth rendit sa forme méconnaissable
en tant que taureau sauvage. Mais Anubis at-
tacha ses bras avec ses jambes et il coupa son
phallus et ses testicules, et il plaça sur son (= ce-
lui de Seth) dos les choses qu'il (= Seth) avait
prises. Puis Anubis l'emprisonna dans sa place
d'abattage et il rapporta à leur place les choses
qu'il (= Seth) avait saisies ; on l'appelle (depuis
lors) : « Bata dans Saka », à cause de cela, et Un adorateur agenouillé devant Anubis
on appelle Saka le lieu où il a été emprisonné
jusqu'à ce jour, et un enclos pour bovidés vit le
Dès les débuts de l'Ancien Empire, Anubis est invoqué
jour sur cette terre à cause de cela. »
dans les formules d'offrandes funéraires des nécropoles
situées entre Memphis et Éléphantine. Certaines de ses
épithètes le relient plus particulièrement aux grandes né-
— Extrait du Papyrus Jumilhac (III, 12-25), traduction cropoles du pays. Elles font de lui le seigneur de Ro-
de Frédéric Servajean[83] . Sétaou, un cimetière situé près de Gizeh, et le seigneur
14 4 NÉCROPOLES ET SANCTUAIRES

de Ro-Qereret, la nécropole de la ville d'Assiout. Anubis


est aussi lié à Sepa, une ville non localisée avec certitude,
mais située dans les environs de Memphis. Anubis exerce
aussi sa puissance sur la carrière de Tourah, d'où ont été
extraits les blocs de calcaire ayant servi à l'édification des
pyramides de Gizeh et de Saqqarah[85] . Par comparaison,
sa parèdre Anupet reste, à toutes les époques, exclusive-
ment cantonnée à son rôle de déesse tutélaire du XVIIe
nome de Haute-Égypte[84] .
Avant le Moyen Empire égyptien, les preuves de
l'existence de temples consacrés à Anubis sont indirectes.
Une inscription de la tombe de Tefib révèle ainsi la pré-
sence d'un lieu de culte à Assiout, et plusieurs stèles dé-
montrent l'existence d'un culte florissant à El-Lahoun,
dans le Fayoum[86] . Vers le début de la VIe dynastie, dans
une variante de la traditionnelle énumération des bonnes
actions accomplies durant la vie terrestre, le gouverneur
Henqou du XIIe nome de Haute-Égypte déclare vénérer
le dieu chacal, d'après une inscription de sa tombe de
Deir el-Gebraoui : « J'ai donné du pain à l'affamé dans
le nome de la Montagne de la Vipère. J'ai donné des vê-
tements à celui qui était nu. (…) J'ai satisfait les chacals
de la montagne et les oiseaux de proie du ciel avec de la
viande de mouton et de chèvre[87] » Cette affirmation fu-
néraire, sans mentionner un temple, suggère néanmoins Textes de la pyramide de Téti.
la présence d'une activité rituelle en lien avec les chacals
dans cette région[88] .
pétences d'Anubis, affirme maîtriser cette même compé-
tence en déclarant être « Anubis qui préside au pavillon
4.1.2 Pharaon en tant qu'Anubis divin » ou en apparaissant dans la « mystérieuse forme
d'Anubis dans le pavillon divin ». Ailleurs, le roi devient
Article détaillé : Textes des Pyramides. « Anubis le magistrat du tribunal divin » ou un terrible
Dans les Textes des Pyramides — écrits religieux gra- chacal carnivore qui détruit les ennemis d'Osiris[91] :
vés sur les parois des complexes funéraires royaux entre
2320 et 2150 avant notre ère — le roi défunt est trans- « C'est de son équipement ( ?) que tu as dé-
figuré en un être éternel et se voit attribuer les sceptres, barrassé Horus afin qu'il puisse presser ceux
les couronnes, les trônes, mais aussi les fonctions judi- qui sont derrière Seth ! Puisses-tu les éviscé-
ciaires et régaliennes d'un nombre considérable de divi- rer ! Puisses-tu arracher leurs cœurs ! Puisses-
nités, les plus prestigieuses étant Rê et Osiris. Quelque tu boire de leur sang ! Puisses-tu examiner leurs
cent trente chapitres, sur le millier que compte ce cor- esprits en ce nom qui est tien de “Anubis qui
pus, font référence à des divinités chacal, à Anubis et examine les esprits” ! Si tes deux yeux t'ont
Oupouaout en premier lieu, mais aussi à Khentamentiou, été donné, c'est en tant que tes deux uræus tel
Oupiou, Igai et Douamoutef ainsi qu'aux Âmes de Ne- Oupouaout qui est sur son pavois, Anubis qui
khen[89] . Lorsque le roi s’identifie à Anubis, le texte men- est à la tête du pavillon divin ! »
tionne souvent l'aspect animal du dieu, à savoir le chacal
couché, manifestation d'Anubis en tant que gardien vigi-
lant et protecteur du corps momifié[89] : — Extrait du chapitre 535 des Textes des Pyramides, tra-
duction de Claude Carrier[92]
« Dresse-toi en tant qu'Osiris, tel un
Bienheureux, le fils de Geb, son premier né !
4.1.3 Mastabas de l'Ancien Empire
Puisses-tu te tenir comme Anubis qui est sur le
coffre afin que l'Ennéade tremble à cause de toi
Article détaillé : Mastaba.
[…] »
À Gizeh, vers 2530 avant notre ère, dans le cadre d'une
série très restreinte de formules d'offrandes, des reliefs
— Extrait du chapitre 437 de la pyramide à textes de Pépi datés de la IVe dynastie font voir des hiéroglyphes de
II, traduction de Claude Carrier[90] chacals couchés, considérablement agrandis par rapport
Comme la momification est une étape cruciale dans le au texte où ils figurent. Il semble que toutes ces repré-
processus de revitalisation, le roi, qui a bénéficié des com- sentations trouvent leur origine dans l'entourage familial
4.1 Croyance égyptienne nationale 15

Des représentations assez similaires figurent sur le seuil


de la chapelle funéraire du mastaba de la reine Mérésânkh
III, fille de Kaouab, épouse et nièce du roi Khéphren. Le
même type de grand chacal peut aussi se retrouver sur
des sarcophages, tel celui de la princesse Mérésânkh II,
une fille de Khéops[96] . Le sarcophage de Hotep (un di-
gnitaire de la fin de la Ve dynastie), découvert à Saqqarah
en 1937 par Selim Hassan (1893-1961), est cependant
le plus spectaculaire, avec un chacal figuré dix fois plus
grand que les autres hiéroglyphes. Toujours à Saqqarah,
dans le mastaba de Ty, le chacal est présenté avec de nom-
breux détails, sa longue queue étant plus particulièrement
mise en évidence. L'importance accordée à l'appendice
caudal du chacal est d'ordre symbolique. Le nom du dieu
chacal Sed signifie « queue » et la queue-sed de taureau
est l'un des accessoires du costume cérémoniel des dieux
mâles et des pharaons[97] . La taille démesurée d'Anubis
est peut-être une manière de manifester l'importance du
dieu dans son rôle de protecteur des tombes de la famille
royale et de souligner l'importance vitale du culte funé-
raire royal, le dieu chacal étant l'une des apparences di-
vines que revêtent les souverains et les courtisans égyp-
tiens dans l'au-delà[98] .

4.1.4 Chapelle d'Anubis à Deir el-Bahari

Mastaba de Koufoukhâef (relief nord). Articles détaillés : Deir el-Bahari et Hatchepsout.

du roi Khéops, le bâtisseur de la Grande Pyramide. Pour Anubis n'a bénéficié d'un grand temple indépendant que
chaque formule d'offrandes, l'image du chacal est à la fois dans la cité de Cynopolis. Il pouvait cependant posséder
un immense hiéroglyphe intégré au texte et une figura- une chapelle dans les grands temples funéraires royaux,
tion du dieu, telle une icône[n 9] . Le plus ancien relief fi- les « Châteaux des Millions d'Années » consacrés au Ka
gure dans le mastaba du prince Kaouab, fils de Khéops, des souverains égyptiens. La plus fameuse d'entre elles est
et montre un chacal bien plus grand que les hiéroglyphes la chapelle inférieure d'Anubis, à Deir el-Bahari, consa-
qui l'accompagnent. Le texte, dégradé lors de sa décou- crée par la pharaonne Hatchepsout durant la XVIIIe dy-
verte, a été restauré en 1946-1947 par l'égyptologue amé- nastie[99] .
ricain William Stevenson Smith (1907-1969)[93] . Dans
La cour supérieure du temple funéraire d'Hatchepsout est
les autres reliefs, la dimension du chacal est légèrement
délimitée à l'ouest par des portiques, le portique intermé-
atténuée, mais les détails de la gravure sont plus affirmés.
diaire étant prolongé au sud par la chapelle d'Hathor et
Dans le mastaba du prince Koufoukhâef, un autre fils de
au nord par la chapelle inférieure d'Anubis. Cette der-
Khéops, figurent deux chacals gravés en bas-relief sur les
nière est accessible depuis une salle hypostyle rectan-
jambages de la porte de la chapelle méridionale. La tête
gulaire à douze colonnes cannelées et au plafond parse-
des canidés est pourvue d'un œil humain et coiffée d'une
mé d'étoiles. Le mur septentrional est percé d'une niche
perruque à mèches tressées. L'une de ces perruques dis-
consacrée à Anubis tandis que son vis-à-vis méridional
pose d'un ménat en guise de contrepoids (relief sud)[94] .
est percé d'une niche consacrée à Osiris. La salle est or-
née de nombreux bas-reliefs montrant Hatchepsout, son
« Une offrande donnée par Anubis khenty époux Thoutmôsis II et son beau-fils Thoutmôsis III fai-
ta djeser, à savoir une heureuse vieillesse avant sant des offrandes à différents dieux dont Anubis, Osiris,
d'arriver auprès du grand dieu, pour le fils royal Rê, Amon et Sokaris. Le mur occidental est percé en son
Khoufoukhâef (relief nord). milieu par une ouverture conduisant au Saint des Saints,
Une offrande donnée par Anubis imy-out, organisé en une succession de trois petites chambres voû-
à savoir puissance et noblesse avant d'arriver tées se succédant en chicane. Le programme décoratif de
devant le grand dieu, pour le fils royal Khou- ce sanctuaire a été interprété par Christiane Desroches
foukhâef (relief sud). » Noblecourt (1913-2011) comme les ultimes métamor-
phoses de la pharaonne avant sa renaissance, Anubis étant
— Mastaba de Koufoukhâef[95] la souveraine elle-même[100] .
16 4 NÉCROPOLES ET SANCTUAIRES

• Chapelle d'Anubis

• Façade
orientale de la chapelle d'Anubis

Croquis d'une momie de canidé.

• Plafond
étoilé de la salle hypostyle

peut signaler Lycopolis, Cynopolis, Coptos, Denderah,


Abydos, etc.)[101] .
L'Anoubieion (en grec : Άνουβιείον) de Saqqarah, un
sanctuaire ptolémaïque consacré à Anubis, s’inscrit dans
cette pratique cultuelle. Cette aire sacrée de la région
memphite a été aménagée à l'est de la pyramide de Téti
et au nord du Bubasteion, une nécropole de félins consa-
• Anubis devant des offrandes crée à la déesse Bastet. L'Anoubieion reste encore très
mal connu, faute de fouilles archéologiques détaillées. On
sait cependant qu'il y était joint une nécropole, où des ca-
nidés momifiés étaient entassés en masse dans des puits
4.1.5 Anoubieion de Saqqarah et dans de vastes souterrains. Le musée égyptien du Caire
conserve plusieurs beaux sarcophages de canidés prove-
Article détaillé : Anoubieion (Saqqarah). nant de cette nécropole, bien que très peu de momies ani-
À partir de la XXVIe dynastie se développe pour les ca- males aient bénéficié de ce meuble funéraire. Ces caisses
nidés un aspect de la religion égyptienne qui vise à les sa- sont rectangulaires avec un couvercle plat et portent des
crifier puis à les momifier rituellement, afin de les consa- décorations funéraires. Un exemplaire présente sur ses
crer à la divinité qu'ils représentent, en l'occurrence Anu- côtés plusieurs figurations peintes d'Anubis couché sur
bis et Oupouaout. Les momies étaient vendues par les une barque en roseaux avec un couvercle portant une sta-
prêtres à des croyants en pèlerinage, servaient d'ex-voto tuette d'un canidé noir couché. D'autres cercueils en bois
puis étaient déposées en masse dans des nécropoles spé- de sycomore, hauts de 55 cm, reproduisent sous forme de
cialement dédiées. Ce rite a perduré et prospéré jusqu'à statuette le dieu Anubis assis sur un trône, sous sa forme
l'époque romaine puis a disparu avec la fermeture des hybride d'homme à tête de canidé, le trône ou le torse
temples païens en 391 sur ordre de l'empereur Théodose du dieu servant de réceptacle à la momie. À l'époque ro-
Ier . Les recherches archéologiques ont permis de décou- maine, certaines momies étaient conservées dans de gros-
vrir une douzaine d'importantes nécropoles de canidés ré- siers vases en terre cuite rouge, avec pour décor un ou
parties entre Memphis et Thèbes (outre ces deux villes on plusieurs canidés debout[102] .
4.2 Dieu régional de la Cynopolitaine 17

4.2 Dieu régional de la Cynopolitaine « Ensuite, on trouve le nome cynopolite et


Cynopolis où l'on rend un culte à Anubis ; les
Si Anubis a été vénéré sur l'ensemble du territoire égyp- chiens y sont honorés et reçoivent une nourri-
tien, il est manifeste qu'il n'a bénéficié d'un culte dans un ture fixée par le rite »
grand temple indépendant que dans la ville de Cynopolis,
située en Moyenne-Égypte. Jusqu'à présent, ce sanctuaire — Strabon, Géographie, Livre 17, 1, 40[104] .
n'a pas encore été localisé avec certitude, l'emplacement
Il est probable que le culte traditionnel d'Horus a été évin-
même de la ville restant problématique, faute de preuves
cé, dans cette ville, au profit de celui d'Anubis, originaire
archéologiques convaincantes. Il est cependant un fait
de la rive d'en face, même si le toponyme Hardaï signi-
avéré que la région de Cynopolis (la Cynopolitaine) a été,
fie « Horus est ici ». Le changement de culte s’est sans
dès son origine, placée sous la protection du dieu canin et
doute effectué durant la XIXe dynastie, peu avant la ré-
de sa compagne Anupet.
daction du Papyrus d'Orbiney, ce conte mythologique re-
flétant la rivalité religieuse de la région. Mais la première
4.2.1 Hardaï (Cynopolis) mention certaine ne remonte qu'à la XXe dynastie, lors-
qu'un domaine est attribué à Anubis – le seigneur de Har-
daï – à l'occasion de l'accession au trône de Ramses IV
(Papyrus Harris). Peu de données archéologiques existent
au sujet de cette localité. On y a toutefois découvert une
nécropole de canidés datée de l'époque gréco-romaine.
Ces animaux ont été tués puis momifiés, afin d'être trans-
formés en ex-voto en l'honneur d'Anubis. La nécropole
est située au sud-est de l'actuelle Sheikh Fadl, dans un
paysage de collines désertiques : une série de tombes hu-
maines désaffectées, datées du Nouvel Empire égyptien,
a servi à inhumer les canidés[105] .

4.2.2 Enseigne du XVIIe nome

Durant toute l'histoire de l'Égypte ancienne, l'enseigne du


XVIIe nome représente un canidé couché sur un pavois
en tout point similaire à l'aspect animal du dieu Anubis.
Liste des nomes de la Chapelle blanche de Karnak. Ce fait a d'abord encouragé les égyptologues Heinrich
Brugsch en 1879, Henri Gauthier en 1925 et Pierre Mon-
Anubis est étroitement lié aux XVIIe et XVIIIe nomes tet en 1961, à lire cet emblème sous le genre mascu-
de Haute-Égypte, le pavois du premier représentant lin « nome d'Anubis ». Cependant, en 1958, à partir
d'ailleurs un chacal couché. Durant la VIe dynastie, Anu- d'inscriptions figurant sur le Papyrus Ramesséum VI et
bis est associé à la ville de Hout-Benou, située dans sur la Stèle de Kamosé, dans lesquelles le hiéroglyphe du
le XVIIIe nome. Jusqu'à la période ramesside, les deux canidé couché est suivi des glyphes du genre féminin et
nomes sont clairement délimités : le XVIIe se trouve sur de la ville, Hermann Kees a proposé la lecture « nome
la rive occidentale, avec la ville de Hénou pour capitale, d'Anupet », une proposition reprise par Jacques Vandier
tandis que le XVIIIe est situé sur la rive orientale et a en 1961.
pour capitale Houtnésou. Une inscription gravée sur la Cette lecture présuppose l'existence d'un culte rendu pri-
Chapelle blanche, édifiée par Sésostris Ier à Karnak, du- mitivement à une déesse-chienne ou à un couple de chiens
rant la XIIe dynastie, révèle qu'Anubis est le dieu majeur (Anubis et Anupet). Il existe, en effet, dans la religion
de Hénou, alors que le faucon Dounânouy règne sur Hout- égyptienne, des doublets féminins dotés de peu de consis-
nésou. À partir de la période ramesside et jusqu'au règne tance, en association à des dieux importants et bien carac-
de Ptolémée V, la ville de Hardaï, installée sur la rive térisés, tels Amon et Amonet. Toutefois, d'autres spécia-
orientale, est la capitale du XVIIe nome ; celle de Hout- listes, Alan Gardiner en 1957 et Labib Habachi en 1972,
nésou, sur la même rive, reste la cité majeure du XVIIIe . préfèrent la traduction « nome de la ville d'Anubis », cette
À partir de Ptolémée V et durant le reste de la période dernière expression étant très courante dans les textes
gréco-romaine, la ville de Saka (rive occidentale) est la géographiques des temples tardifs de l'époque gréco-
capitale du XVIIe nome, et Houtredjou (rive orientale), romaine. Il n'en reste pas moins que le XVIIe nome (ou sa
celle du XVIIIe[103] . ville principale) est représenté sous l'aspect d'une femme
Après avoir voyagé à travers l'Égypte vers l'an 25 av. J.- dès la IVe dynastie, dans un groupe statuaire dénommé
C., le géographe grec Strabon entreprend de décrire le Triade de Mykérinos. La déesse personnifiant le nome,
pays. Il nomme la ville de Hardaï Cynopolis, la « ville des affublée sur sa tête d'une plume d'autruche barrée par un
chiens » : chacal couché, se tient à la gauche du roi Mykérinos, la
18 4 NÉCROPOLES ET SANCTUAIRES

Emblème du nome d'Anubis.

(cartouche vide) vient auprès de toi Hathor la


grande, maîtresse de Iounet, Œil de Rê.
Il t'apporte la métropole du nome d'Inpou,
portant ses offrandes alimentaires sans qu'il y
manque rien, car tu es Anubet établie sur son
ventre, aux dents aiguisées pour découper le
Malfaisant. »

Le roi Mykérinos entouré par Hathor et Anupet (à droite de la


— Temple de Dendérah (I, 95,9 - 96,3), traduction de
photo).
Nicole Durisch Gauthier[108] .
Au cours de l'histoire égyptienne, la déesse Anupet ne pa-
déesse Hathor étant figurée à sa droite[106] . tronne aucune nécropole et ne réside dans aucun temple.
Elle ne semble donc être qu'une spéculation religieuse
issue des réflexions des prêtres de Dendérah. Même
4.2.3 Anupet, parèdre d'Anubis le Papyrus Jumilhac, consacré aux traditions entourant
Anubis, ne mentionne pas le nom d'Anubet. Cependant,
L'existence de la déesse Anupet ou Anubet (inpout) n'est l'auteur de ce document théologique évoque les aspects de
attestée de manière certaine que très tardivement. Son cette chienne dangereuse lorsqu'il rapporte qu'Isis-Hathor
nom figure sur des scènes d'offrandes royales gravées sur se transforma en une chienne (avec un couteau au bout de
les murs du temple d'Hathor de Dendérah, réédifié du- sa queue), afin d'échapper à Seth, transformé en taureau,
rant l'occupation romaine de l'Égypte. Dans ce lieu saint, qui tentait de la violer[109] :
la déesse Hathor est comparée à Anupet et un lien est tis-
sé avec le nome d'Anubis. Ces mentions décrivent Anu-
pet comme la protectrice du défunt Osiris et comme une « Alors, Isis se transforma en Anubis, et,
chienne couchée sur son ventre, dont les crocs déchirent s’étant emparée de Seth, le dépeça, enfonçant
les corps des alliés de Seth, le dieu malfaisant[107] : ses dents dans son dos »

« [Le nome d'Inpou[n 10] ]. Le roi de Haute — Papyrus Jumilhac (XX, 11-12). Traduction de Jacques
et Basse Égypte (cartouche vide), le fils de Rê Vandier[110] :
5.1 Momification 19

5 Fonctions funéraires dans l'abdomen, place ses mains sur la dépouille, enve-
loppe, parfume, embaume et redresse le défunt, rend le
cœur ou replace la tête sur le reste du corps[111] :
5.1 Momification

Dès les Textes des Pyramides, les plus anciens écrits reli- « […] le cœur des habitants de l'horizon est
gieux de l'Égypte, le dieu Anubis participe aux rites sa- joyeux quand ils te voient dans cette tienne di-
crés destinés à éviter le pourrissement des cadavres. Les gnité que ton père Geb t'a réservée ; il t'a li-
techniques de conservation des corps morts ont connu de vré tes ennemis révoltés contre toi dans l'atelier
lentes améliorations au cours des époques, pour aboutir d'embaumement. Anubis a rendu agréable ton
à un haut degré de perfection durant le Nouvel Empire cœur devant ta place dans le pavillon divin ; il
égyptien. Le personnel chargé de cette besogne est natu- te donne l'encens en tout temps sans qu'il y ait
rellement placé sous la protection d'Anubis. Le proces- diminution à la nouvelle lune ; [Anubis et Geb]
sus de la momification est symbolisé par le fétiche imy- te sauvent des Accroupis, les agents de mort
out, tandis que celui de la purification l'est par la déesse de la secrète salle d'abattage. Tu es apparu à
Qebehout, la fille d'Anubis. l'avant de la barque et tu commandes à tribord,
sans qu'on ait pouvoir sur ton âme, sans que
ton cœur te soit enlevé, […] car tu es le roi,
5.1.1 Patronage le fils du prince héritier ; aussi longtemps que
ton âme existera, ton cœur sera en toi. Anubis
se souvient de toi dans Busiris, ton âme jubile
dans Abydos et ton corps, qui est dans le pla-
teau désertique, se réjouit, celui qui a été em-
baumé jubile dans toutes ses places. Ah oui,
soit dénombré, soit préservé dans cette momie
qui est devant moi ! Anubis est joyeux du tra-
vail de ses mains, le chef du pavillon divin est
heureux quand il voit ce dieu parfait, maître de
ceux qui existent, souverain de ceux qui ne sont
plus. »

— Extraits du chap. 45 des Textes des Sarcophages. Tra-


duction de Paul Barguet[112]

Mystères funéraires En tant que chef des embau-


meurs, toutes les activités funéraires du dieu Anubis se
résument dans son appellation de hery seshta, traduite en
français par « Maître des secrets », « Supérieur des mys-
tères » ou « Celui qui préside aux secrets (funéraires) ».
L'écriture cryptographique de cette expression est le hié-
roglyphe du canidé couché sur un coffre ressemblant à
une chapelle[113] . Ce meuble de rangement sert à entre-
poser les outils et les matériaux nécessaires aux rituels
de l'embaumement, une pratique qui doit rester un secret
aux oreilles et aux yeux des démons à la solde de Seth,
l'assassin du dieu Osiris, mais aussi à tout Égyptien des
cercles profanes. Dans la tombe du roi Toutânkhamon, la
salle qui contenait les vases canopes était gardée par une
représentation d'Anubis, maître des secrets, sous la forme
d'un magnifique coffre en bois doré surmonté d'une statue
Masque à l'effigie d'Anubis, Musée de Hildesheim. de chacal noir couché ; l'intérieur du coffre contenait des
amulettes, des objets du culte, des simulacres d'offrandes,
[114]
Chef des embaumeurs Les textes de la littérature des scarabées .
funéraire fourmillent de mentions et d'allusions à Anu- Bien plus que simples thanatopracteurs, les embaumeurs
bis et certains passages décrivent volontiers ses activités sont des prêtres funéraires chargés d'intégrer les défunts
d'embaumeur ou de chef embaumeur dans le ta-djeser, le dans le monde divin de l'au-delà en les assimilant à Osi-
« Pays sacré » (c'est-à-dire la nécropole) et le seh-netjer, ris. Le chef des prêtres funéraires et directeur des rites de
l'atelier d'embaumement : c'est lui qui replace les viscères l'atelier d'embaumement est le prêtre « Anubis, supérieur
20 5 FONCTIONS FUNÉRAIRES

« Anubis sur ses secrets », coffre du roi Toutânkhamon.

des mystères » (hery-seshta) ; il porte un masque repro-


duisant la figure d'Anubis et son rôle est de veiller au bon
déroulement de la cérémonie. Sa surveillance est plus par-
ticulièrement active lors de l'enveloppement de la tête du
défunt[115] .
L'exécutant principal est le « Chancelier divin »
(khetmou-neter). À l'origine, il est le principal prêtre
d'Osiris dans la ville sainte d'Abydos, où il joue le rôle Osiris entouré par deux imy-out.
de Horus, fils d'Osiris et d'Isis. Dès la VIe dynastie, il de-
vient le chef des praticiens-embaumeurs. Il est secondé
par plusieurs autres prêtres-lecteurs, les hery-heb « ceux tie), accompagné de textes faisant référence à « Anubis à
qui portent la fête », dont le rôle est de lire la liturgie fu- la tête du pays sacré », les plus anciennes mentions du
néraire. Les diverses manipulations du cadavre (prépara- lien spécifique entre le dieu et le fétiche. Plus tard, l'imy-
teurs des onguents et des bandelettes, laveurs de viscères, out figure sur des reliefs sculptés à l'occasion des jubi-
porteurs d'eau et de natron, etc.) sont exécutées par une lés Heb Seb des rois Niouserrê et Pépi II, des Ve et VIe
série d'hommes désignés sous le nom générique de outyou dynasties[118] . Dans les Textes des Pyramides, les quatre
« les poseurs de bandages », le mot out signifiant « ban- fils d'Horus aident le roi Pépi II à monter au ciel auprès
delettes, bandages ». Parmi ces artisans funéraires, ceux d'Atoum, grâce à une échelle dont les barreaux sont ren-
qui sont les plus élevés en grade officient à côté du Chan- forcés avec des lanières coupées dans le cuir de l'imy-out
celier divin et portent les titres d'« Enfants d'Horus » et mis au monde par la vache primordiale Hésat[58] . Un seul
d'« Enfants de Khenty-en-Irty »[n 11],[116] . exemplaire réel de l'imy-out a été découvert, il mesure 62
cm de haut et conserve encore des restes d'une véritable
peau, l'animal est toutefois non identifié. Cette trouvaille
Fétiche imy-out Le terme imy-out est connu pour être archéologique remonte à la XIIe dynastie et a été exhu-
l'une des principales épithètes d'Anubis. Il s’agit cepen- mée lors des fouilles du temple de la pyramide de Sésos-
dant aussi de la désignation d'un objet sacré, la peau d'un tris Ier à Licht[119] . La chambre funéraire du tombeau de
animal, canidé ou bovidé, sans tête ni pattes postérieures, Toutânkhamon (XVIIIe dynastie) contenait, quant à elle,
probablement une sorte d'outre funéraire attachée à un deux répliques en bois doré hautes de 1,67 m et plan-
poteau fiché dans un pot ou dans le sol[117] . Ce fétiche est tées dans de pseudo-vases en albâtre[120] . Le fétiche, per-
étroitement associé au dieu Anubis, à toutes les périodes çu comme une poche placentaire, est un puissant sym-
de l'histoire de l'Égypte antique. En tant que désignation bole de renouveau et de régénération. Une des anecdotes
du fétiche, le terme imy-out est parfois traduit en français du Papyrus Jumilhac (XII, 20 - XIII, 14) rapporte que la
par « nébride », en référence à la peau de cerf portée par vache Hésat a fait revivre le faucon Ânti, une forme du
les adorateurs de Dionysos[n 12] . Les plus anciennes attes- dieu Horus, grâce à l'imy-out, en plaçant ses ossements et
tations de l'imy-out remontent à la période prédynastique, ses organes à l'intérieur et en ayant aspergé le tout d'une
avec des figurations sur des fragments de poteries, sur des goutte de son lait[121] .
sceaux et sur des étiquettes en ivoire, dont un vase décou-
vert à Hiérakonpolis et daté de la période Nagada II (3500
à 3200 avant notre ère). L'imy-out est rarement représenté Qebehout, l'eau lustrale Durant l'Ancien Empire, la
durant l'Ancien Empire égyptien. Il apparaît toutefois sur déesse Qebehout est la seule divinité à être dotée explici-
des stèles frontières datées du règne de Djéser (IIIe dynas- tement d'un lien de parenté avec Anubis :
5.1 Momification 21

« Que Néferkarê puisse aller vers le Champ systématique[124] . La théologie qui entoure la momifica-
de Vie, vers la demeure de Rê dans le Fir- tion à ses origines est peu connue, mais il semble qu'aux
mament ! Que Néferkarê trouve [Qebehout], époques les plus reculées, la fonction principale d'Anubis
la fille d'Anubis, qui va au-devant de lui avec consistait surtout à approvisionner le défunt en offrandes
ses quatre jarres-néméset dont elle rafraîchit le alimentaires[125] .
cœur du grand dieu son jour de réveil (et) dont Les techniques commencent à être plus efficaces à par-
elle rafraîchira pour Néferkarê son cœur pour tir du Moyen Empire. L'éviscération devient habituelle
la vie ! » sous la XIIe dynastie (entre 1990 et 1784 avant notre ère)
comme en témoigne la présence de vases canopes dans les
— Extrait des Textes des Pyramides (§§. 1180a-1181a), tombes, pour recueillir les viscères momifiées. Parallèle-
Trad. de Claude Carrier[122] ment à ces progrès techniques, on assiste à un fort déve-
Le nom de Qebehout est déterminé par une serpente et loppement de l'idéologie osirienne. Le but de la momifi-
par une aiguière d'où s’écoule de l'eau. Il a été propo- cation est alors de transfigurer la dépouille mortelle en un
sé de traduire son nom par « Celle qui purifie avec de corps glorieux et éternel assimilé à Osiris, ce dieu étant
l'eau fraîche », le mot qebeh signifiant « purification » et le premier mortel à avoir bénéficié de ce rituel de revi-
« pureté ». Dans les pyramides à textes, le mot qebehou vification. Dans ce cadre, Anubis, tout en conservant son
sert à désigner le ciel, ce qui permet de voir en Qebe- rôle de pourvoyeur d'offrandes, s’enrichit de la fonction
hout une serpente évoluant dans les eaux célestes. Cette de préposé à la momification[125] :
divinité n'a jamais bénéficié d'un lieu de culte attitré et il
s’agit bien plus de l'anthropomorphisation d'une fonction « Qu'elles [Isis et Nephtys] empêchent que
rituelle que d'une véritable déesse. Il a aussi été proposé tu te décomposes selon ce nom qui est tien
de voir en Qebehout une manifestation du cobra femelle d'Anubis ! Qu'elles empêchent que ta putréfac-
ouadjet, symbole du Xe nome de Haute-Égypte[123] . tion ne s’écoule à terre selon ce nom qui est
tien de Chacal de Haute Égypte ! Qu'elles em-
pêchent que l'odeur de ton cadavre ne devienne
5.1.2 Embaumement mauvaise selon ce nom qui est tien de “Horus
de Shat” ! Qu'elles empêchent que ne se pu-
Article détaillé : momification. tréfie Horus Oriental ! Qu'elles empêchent que
ne se putréfie Horus de la Douat ! Qu'elles em-
pêchent que ne se putréfie Horus, le Maître du
Double Pays ! »

— Allusion à la momification du roi Pépi II (VIe dynas-


tie). Traduction de Claude Carrier[126]
À partir de la seconde moitié du IIe millénaire, la mo-
mification atteint son meilleur niveau[127] . Sous le Nouvel
Empire et à la Basse Époque, la momification de la dé-
pouille mortelle d'un personnage de haut rang (roi, noble,
grand-prêtre) ou d'un animal sacré comme le taureau
Apis s’étale sur une durée de soixante-dix jours[n 13] . Le
jour du décès, la famille confie le corps aux embaumeurs
qui le placent dans la « Tente de purification » pour le
laver et l'oindre. Durant quatre jours, la famille est as-
treinte à un jeûne strict. Le cinquième jour après le dé-
Momie du Musée du Louvre. cès, le corps est déposé dans la ouâbet, la « place de
l'embaumement », un lieu mis sous la protection active
[128]
Préservation des corps Dès le début du IIIe millé- d'Anubis :
naire, les Égyptiens se sont attachés à préserver les corps
de leurs morts. Les premiers essais ne concernent d'abord « La longueur de sa vie sur terre fut de
que la famille royale (la plus ancienne momie royale à soixante-deux ans, cinq mois et quatorze jours,
avoir été retrouvée est celle du roi Mérenrê Ier ) et la mé- quand il fut placé dans la salle de purifica-
thode employée est très rudimentaire. Les corps sont en- tion (ouâbet) à la charge des mains d'Anubis.
veloppés dans des linges gorgés de résine ou de plâtre et le Il fut fait pour lui tout ce qui doit être fait
visage est peint sur la toile (entre 2600 et 2100 avant notre pour chaque grand personnage décédé. Il pas-
ère). L'éviscération abdominale commence à être prati- sa soixante-dix jours dans la Belle Maison (per
quée dans les débuts de la IVe dynastie, sur le corps de nefer : lieu où étaient momifiés les cadavres).
la reine Hétep-Hérès Ire par exemple, mais est loin d'être Il fut content d'être un Bienheureux (imakh) et
22 5 FONCTIONS FUNÉRAIRES

fut tiré dans sa maison d'éternité, y restant pour nue à sécher pendant encore une vingtaine de jours, du-
toujours » rant lesquels elle continue à être habillée par un entrela-
cement de bandelettes et d'amulettes protectrices[132] . Le
— Texte gravé sur une statue d'Osiris, Karnak, XXIe soixante-dixième jour, la momification est achevée et le
dynastie[129] . corps est de nouveau déposé dans la « Tente de purifi-
cation », où il subit le rituel de l'ouverture de la bouche,
une opération magico-funéraire destinée à rendre les cinq
Processus L'entrée d'une dépouille mortelle dans la sens au défunt. Le jour suivant, le corps est déposé en
« Place pure » (ouâbet) marque, pour son âme-Bâ, le dé- procession dans le caveau funéraire, son lieu de repos
but de sa protection par Anubis dans le monde de l'au- éternel[133] . Sur le plan de l'iconographie, l'embaumement
delà. Pour la famille, débute une période de soixante-dix commence à être représenté au début de la XVIIIe dy-
jours de deuil marquée par un jeûne constitué de maigres nastie. Anubis y apparaît sous la forme d'un prêtre grimé
repas de pain, d'eau et de légumes cuits. Le matin de cette d'un masque canin et posté debout derrière un lit funé-
journée, l'abdomen du mort est incisé au flanc gauche raire, entouré par Isis et Nephtys[134] .
pour permettre à son âme de monter au ciel[130] . Le corps
est ensuite éviscéré :

« Cet auguste défunt devra être couché sur


5.2 Revivification
le flanc droit, sur de la paille de blé. La par-
tie gauche de l'abdomen sera incisée puis se- La momification n'est pas qu'une simple technique de
ront enlevés le foie, la rate, les poumons et cepréservation des cadavres. En tant que rituel religieux, il
qui reste à l'intérieur du ventre. Le coupeur. s’agit de traiter la mort comme une maladie que l'on peut
soigner. Par l'intermédiaire des prêtres, cette guérison est
C'est lui qui fera le traitement dans la place de
l'embaumement (ouâbet) » effectuée par Anubis lorsqu'il redonne magiquement la
vie au cœur et aux organes du défunt. Devant la tombe,
la momie subit un ultime rituel, celui de l'Ouverture de la
— Extrait du Papyrus médical du Louvre E.32847. Tra-
bouche, destiné à rendre les cinq sens au défunt dans le
duction de Thierry Bardinet[131]
monde de l'au-delà. Dans le mythe osirien, toutes ces ac-
tions ont été accomplies pour la première fois par Anubis
pour son père Osiris assassiné par Seth.

5.2.1 Retour à la vie

Vases canopes au nom de Ramsès II, musée du Louvre.

Durant quinze jours, le corps est desséché par un salage


au natron. La dernière nuit de cette période, le corps est
placé dans un bain de résine sefet afin que toutes les par-
ties du corps en soient imprégnées. Le sefet est proba-
blement un onguent à base d'huile de lin, car cette sub-
stance a la propriété de se solidifier au bout de quelque
temps. Durant les trente-quatre jours qui suivent, la dé-
pouille est entourée par une sorte de coque imperméable
constituée d'une douzaine de couches de bandelettes col-
lantes imprégnées dans une solution chaude de graisse
de bœuf, d'huile sefet, d'encens et de cire, à raison d'une
couche tous les quatre jours, chaque nouvelle couche de-
vant d'abord sécher durant deux jours. La momie conti- Anubis fait boire le cœur-haty à la momie de Inerkhaou (TT359).
5.2 Revivification 23

Boire son cœur Selon les Anciens Égyptiens, à la aux lymphes et leurs interactions animent le corps. La
mort d'un individu, le cadavre, l'âme-Ba, le Ka, l'ombre- mort est une destruction totale du ib et le but des rituels
shout et le cœur se séparent et deviennent indépendants. funéraires est de le restaurer et de le rendre au défunt. Du-
Dans le mythe osirien, cette séparation des organes phy- rant l'embaumement, les organes internes (ib) sont retirés
siques et des éléments immatériels (Ba, Ka, prénom) du corps puis insérés dans quatre vases canopes placés
est symbolisée par le dépeçage du corps d'Osiris par sous le patronage des quatre fils d'Horus. Le cœur-haty
Seth[135] . Concernant le cœur, il s’agit de bien distin- est laissé à sa place afin de garantir au défunt sa person-
guer le muscle cardiaque-haty des autres organes internes nalité. Quand la momie est déposée dans le caveau funé-
(foie, poumons, intestins, vaisseaux sanguins, ligaments, raire, les quatre vases canopes sont placés auprès d'elle.
sang, lymphes, etc.) désignés par le terme générique de L'intervention d'Anubis permet au défunt de retrouver
cœur-ib[n 14] , le second étant dirigé et soumis par les pul- son unité en se penchant sur lui[141] :
sations du premier, qui est aussi le siège des sentiments
et de la conscience individuelle. La vieillesse est le symp-
tôme d'une fatigue du cœur-haty, tandis que la mort est
le résultat de sa disparition, c'est-à-dire de l'arrêt de sa
« danse » pulsative. Par conséquent, de nombreuses di-
vinités, Nout par exemple, sont invoquées afin d'aider le
mort à retrouver son cœur[136] . Ce souhait est plus parti-
culièrement lié à la momification et Anubis joue un grand
rôle dans sa réintégration dans le corps. Une scène de
la tombe thébaine de Inerkhaou (TT359) montre Anu-
bis, un bol à la main, debout devant la momie, en train
de faire boire le cœur-haty au défunt[137] . Plusieurs vi-
gnettes illustrant le chapitre 26 du Livre des Morts font de
même, l'objectif de la formule magique étant de « rendre
son cœur-haty (au défunt) dans le Netjer Kheret (nécro-
pole) »[138] . Ce geste est explicité dans le Conte des deux Anubis penché sur le cœur de la momie de Senndejem.
frères (XIXe dynastie), lorsque Anubis tire son frère Ba-
ta du sommeil de la mort en lui faisant boire son cœur
disparu :
« Paroles dites par Anubis qui préside à
la salle de l'embaumement : « Si je suis ve-
« Alors [Anubis] pleura, en voyant son nu au-dessus de toi, (ô) Osiris dessinateur Pa-
frère cadet gisant sans vie. Il alla sous le pin ched, juste de voix, c'est parce que j'ai replacé
pour chercher le cœur de son cadet, le pin sous ton ib à sa place. Ton ventre est ainsi rempli
lequel Bata avait coutume de s’allonger durant et puissant grâce à l'huile divine et à l'onguent
le jour. […] Et voilà qu'il trouva une graine, et d'Osiris » […] »
s’arrêta alors, en la portant ; c'était le cœur de
son frère cadet. Il amena un bol d'eau fraîche, il
l'y jeta, et s’assit selon sa coutume quotidienne. — Tombe thébaine de Pached (TT323), d'après la tra-
Après que la nuit fut venue, et que le cœur eut duction de Fr. Servajean[142]
absorbé l'eau, Bata se mit à trembler en tout Dans le chapitre 151 du Livre des Morts, ce même dis-
son corps ; il advint alors qu'il put apercevoir cours est mis dans la bouche de Qebehsenouf, l'un des
son frère aîné, tandis que son cœur était encore quatre fils d'Horus. Toutefois, dans l'exemplaire du défunt
dans le bol. [Anubis] saisit le bol d'eau fraîche Qenna, conservé par le musée de Leyde, Anubis invite le
où reposait le cœur de son cadet, et le fit boire défunt à se rendre dans la « maison des cœurs » afin d'y
à celui-ci. Et le cœur se tint (à nouveau) à sa chercher ses organes et de les remettre en place, dans le
place ; Bata redevint comme il avait été. » ventre :

— Extraits du Conte des deux frères, traduction de Claire « Tu entres dans la maison des cœurs-ib et
Lalouette[139] dans la place remplie de cœurs-haty, tu prends
le tien et le mets à sa place. Ta main n'est
pas détournée, ton pied n'est pas dévié de sa
L'embaumement ou fin d'une maladie D'après les
marche, tu ne vas pas la tête en bas, tu marches
papyrus médicaux, la maladie étant un dérèglement du
debout. »
ib, tout acte médical doit viser à rétablir l'état initial
d'équilibre. Certains textes suggèrent même que le ib est
un dieu ou un endroit habité par un dieu, en fait un souffle — Extrait du chap. 151 du Livre des Morts de Qenna,
vital d'origine divine[140] . Ce souffle se mêle au sang et d'après une traduction de Jan Assmann[143] .
24 5 FONCTIONS FUNÉRAIRES

tuel de l'Ouverture de la bouche par Horus, représenté par


le prêtre-Sem vêtu de sa traditionnelle peau de panthère.
Son principal assistant est le prêtre-lecteur (perruque à
mèches et étole croisée sur la poitrine), représentant de
Thot, auquel se joint, durant les offrandes, le prêtre-out
« l'embaumeur », figuré au Nouvel Empire sous les traits
d'un homme au masque d'Anubis[n 15] . Ce dernier sou-
tient la momie, tenue dressée devant l'entrée de la tombe,
en l'enserrant dans ses bras[148] .

Procession funèbre de Hounéfer.

5.2.2 Ouverture de la bouche

Rituel de vivification Après soixante-dix jours de


momification, le corps sort de la salle d'embaumement
tel un nouvel Osiris. La nuit précédant la mise au tom-
beau, se déroulent douze heures de veille pendant les-
quelles sont invoqués les dieux assignés à la garde de la
momie d'Osiris, afin qu'ils préservent aussi la momie du
défunt des assauts de Seth. Avec force lamentations poé-
tiques, les Deux Sœurs (Isis et Nephtys), figurées par des
prêtresses, appellent l'âme Ba à se poser sur le corps mo-
mifié. Le défunt est ensuite glorifié et justifié dans une Rituel de l'Ouverture de la bouche de Hounéfer.
mise en scène liturgique du jugement des morts, cette
accession au statut d'ancêtre-Akh étant illustrée dans le Le geste cultuel le plus important est l'abattage du
Livre des Morts par les chapitres 30 et 125[144] . taureau-nag, le bovidé étant le substitut du dieu Seth,
l'assassin d'Osiris et, par voie d'assimilation, le respon-
Le cérémonial de l'Ouverture de la bouche s’est mis en sable de la mort du défunt[149] . Une patte avant du tau-
place durant les Ire et IIe dynasties, puis a perduré tout au rillon est coupée par un boucher. En courant, un prêtre
long de l'histoire de l'Égypte antique. À l'origine, il s’agis- porte le cuisseau encore palpitant de vie à la bouche de la
sait pour un fils d'aller chez des artisans afin de leur faire momie. Ce geste est suivi par la présentation du cœur de
confectionner, sur ses directives, une statue de son père l'animal. Cet abattage ne vise pas à alimenter la momie
décédé dans le cadre du culte rendu au Ka (esprit fami- mais à l'animer en transmettant la force vitale du jeune
lial qui se transmet de père en fils). La statue était ensuite bovidé vers le défunt[150] . Après cela, des gestes rituels
inaugurée par des prêtres, sans doute lors de la taille du mettent en contact la bouche, les yeux et les oreilles de
visage, pour qu'elle puisse passer de l'inertie de la pierre la momie avec de nombreux objets liturgiques inspirés
au stade d'image cultuelle propice à recevoir les offrandes par les outils des sculpteurs (herminettes, ciseaux, polis-
funéraires. Avec l'amélioration des techniques de momi- soirs, etc.). Dans la tombe thébaine de Pairy[n 16] , il est par
fication au cours de l'Ancien Empire, le rituel s’est ensuite exemple question de l'herminette-noua d'Anubis, un ou-
attaché aux corps momifiés[145] . Les premières représen- til de menuisier-charpentier formé d'un manche à double
tations détaillées du cérémonial ne remontent toutefois courbure en bois exotique rouge et d'une lame à large
qu'au Nouvel Empire et figurent surtout dans les tombes tranchant[151] . Tous ces gestes, sacrifices et passes ma-
des dignitaires thébains[146] . giques, sont dédoublés : la première fois pour la Haute-
Égypte, la seconde fois pour la Basse-Égypte[152] . À la
fin, la momie est placée dans son tombeau et commence
Seth ou le meurtrier sacrifié Le jour de la mise au
à bénéficier du service des offrandes funéraires[153] .
tombeau, la momie est déposée sur une civière, placée
sur un traîneau tiré par des bœufs blancs, et menée en pro-
cession vers la tombe. Les vases canopes, déposés dans un Combats contre Seth Le début du Papyrus Jumilhac
coffre et placés sous la protection d'une statue d'Anubis expose une série d'affrontements mythiques autour de la
couché, suivent le cortège sur un traîneau halé par un tombe du dieu Osiris. Un des épisodes, sur la base de jeux
groupe d'hommes. Un prêtre ouvre le chemin en faisant de mots, d'assonances et d'allitérations, raconte l'origine
des libations de lait. Il est suivi de près par un groupe de fabuleuse du prêtre funéraire Sem (ou Setem) et de son
pleureuses professionnelles, deux d'entre elles endossant habit cérémoniel consistant en une peau de léopard. À
les rôles d'Isis et de Nephtys. Devant la tombe, vers mi- l'origine, le prêtre-Sem était un membre du clergé de Ptah
di et tournée vers le soleil[147] , la momie bénéficie du ri- à Memphis chargé de l'habillage des statues divines. Il
5.2 Revivification 25

Transformé en léopard, Seth tente une nouvelle attaque.


Anubis parvient à capturer son ennemi et, en l'honneur
de Rê, jette son corps dans un feu, en tant qu'animal
sacrificiel[155] :

« Puis Anubis coupa la peau de Seth, le dé-


peça et mit cette peau sur son dos. Puis il entra
dans la Chambre Pure d'Osiris, afin de faire des
libations pour son père disant : « Seth est là. »
(Depuis) on appelle Setem le prêtre pur de ce
dieu, à cause de cela. Anubis, ensuite apposa
sur Seth sa marque au fer rouge, qui demeura
jusqu'à ce jour. Le prêtre-Sem, porte sur lui une
peau de panthère, à cause de cela aussi, jusqu'à
aujourd'hui[n 17] . »

— Papyrus Jumilhac (II, 11-15), traduction de Claire


Lalouette[156] .

Revêtu d'une peau de panthère, le roi Séthi Ier endosse le rôle de


prêtre funéraire de son père Ramsès Ier .

tenait aussi le rôle de l'héritier royal lors des cérémonies


funèbres royales. Cet officiant est aussi devenu le chef du
clergé de Sokaris, le dieu faucon momifié, une divinité fu-
néraire très tôt assimilée à Osiris. À travers cette fonction, Anubis ouvrant la bouche à la momie de Nakhtamon (Tombe
le Sem est devenu l'un des principaux acteurs du rituel de Thébaine 335).
l'ouverture de la bouche pratiqué sur les défunts momifiés
le jour de la mise au tombeau[154] . Herminette d'Anubis Le but du rituel de l'Ouverture
Assigné à la protection de son père défunt, Anubis et ses de la bouche est de faire retrouver au défunt l'usage de
fidèles mettent tout en œuvre afin de protéger la dépouille ses sens et de sa capacité de mouvement. Quelques pas-
[157]
momifiée des assauts malfaisants de Seth et de ses com- sages du Livre des Respirations vont dans ce sens . Les
plices. Seth trompe la vigilance des gardiens de la crypte exemplaires de ce document funéraire sont surtout attes-
en prenant l'apparence d'Anubis et parvient ainsi à s’ap- tés dans la région thébaine et sont très tardifs (deux pre-
procher au plus près du corps d'Osiris. Il réussit à dérober miers siècles de notre ère), même si une légende datée du
un des vases funéraires contenant les entrailles d'Osiris, règne de l'empereur Auguste fait remonter leurs origines
e [158]
puis s’enfuit. Mais Horus et Anubis se mettent à le pour- à la XXVI dynastie :
suivre. Ils réussissent à le capturer et à le traduire en jus-
tice devant le tribunal de Rê. Seth est reconnu coupable « […] ta chair adhère à tes os selon la forme
mais il réussit à s’évader en emportant avec lui son pré- qui était tienne quand tu étais sur terre. Tu bois
cieux butin. Il trouve refuge dans le désert dans un oued, avec ton gosier, tu manges avec ta bouche, tu
mais il est très vite repéré par Horus qui réussit à lui re- reçois les offrandes en même temps que les
prendre le vase et à le déposer dans une crypte surmon- baïs des dieux. Anubis te protège, il assure que
tée d'une colline sacrée et sous la protection d'un serpent. tu ne sois pas repoussé aux entrées de la Douât.
26 5 FONCTIONS FUNÉRAIRES

Thoth […] a rédigé pour toi un document de 5.3.1 Tombeaux


respiration, de ses propres doigts, et ton baï
respire pour toujours. […] Oupouaout t'ouvre Protecteur de la momie d'Osiris À partir du Moyen
le bon chemin ! Tu vois avec tes yeux, tu en- Empire, la géographie de l'au-delà est consignée sur cer-
tends avec tes oreilles, tu parles avec ta bouche, tains sarcophages de notables, où figurent les cartes du
tu marches avec tes jambes, ton baï est divin Livre des deux chemins (chapitres 1029 à 1131 des Textes
dans la Douât, accomplissant n'importe quelle des Sarcophages). L'idée principale est que la momie
transformation, selon son désir. » d'Osiris est sous la menace perpétuelle de démons malé-
fiques à la solde de Seth. Toutefois, le dieu Osiris n'est
— Livre des Respirations, extraits des §§ V-VI, trad. de pas sans défense, et la crypte sainte, où repose sa dé-
Jean-Claude Goyon. pouille, est entourée d'une armée de génies munis de
couteaux[161] :
Le prêtre-Sem est le principal officiant du rituel de
l'Ouverture de la bouche. Dans les tombes thébaines des
« Quant à ces Accroupis, c'est Geb qui les a
ouvriers de Deir el-Médineh, chargés de creuser et de dé-
installés dans Ro-setaou auprès de son fils Osi-
corer les tombeaux royaux du Nouvel Empire, ce rôle
ris, par crainte de son frère Seth, pour qu'il ne le
est souvent attribué à Anubis en personne. On voit par
malmène pas. Tout homme qui connaît le nom
exemple, dans la tombe de Nebenmaât (TT219) ou dans
de ces Accroupis, il sera avec Osiris éternelle-
celle de Nakhtamon (TT335), le dieu Anubis penché sur
ment ; il ne peut mourir jamais. »
la momie, une herminette à la main, en train de prati-
quer ce rituel de revivification[159] . Un cercueil, découvert
dans la nécropole de ce même village, relie le dieu à la — Notice du chap. 1079[162] des Textes des Sarcophages, tra-
fonction de ritualiste des défunts, en affirmant qu'Anubis duction de Paul Barguet .
est le prêtre-lecteur en chef (shery-heb tepy) de la Place Sous le Nouvel Empire égyptien, les noms de ces dieux
de Vérité[n 18] et, selon le Papyrus Jumilhac, Anubis a « accroupis » sont connus grâce aux exemplaires du Livre
pris la forme du prêtre-Sem pour ouvrir la bouche de son des Morts. Les chapitres 144 et 147 énumèrent sept portes
père Osiris afin de le protéger. Anubis procède au rituel ârryt, chacune gardée par trois gardiens, les chapitres
en utilisant l'herminette-nou, parfois désignée à partir du 145 et 146 listent vingt-et-un porches et gardiens, tandis
métal-bia (cuivre) dont elle est faite. Le dieu Anubis a que les chapitres 149 et 150 indiquent respectivement les
détaché ce métal du ciel et l'a donné au dieu funéraire noms de quatorze et quinze collines, chaque butte sacrée
Sokaris de Memphis, connu par ailleurs pour ses talents étant hantée par un dieu gardien. Ces lieux de passages
de forgeron : barrent la route qui conduit les défunts auprès du tribunal
d'Osiris (chapitre 125) et auprès d'un lieu paradisiaque,
« Le bia a été détaché du ciel par Anubis. imaginé comme une riche contrée agricole aux champs
Le bia est descendu. L'Occident est ouvert : fertiles et aux récoltes abondantes : le « Champ des Sou-
c'est ce bia qui est posé sur ma bouche, (ce bia) chets » ou « Campagne de Hotep » (chapitre 110)[163] .
que Sokaris a rendu efficient dans Héliopolis et Dans le chapitre 17 du Livre des Morts (aussi connu
qui purifie ma bouche. » comme chapitre 335 des Textes des Sarcophages), le dé-
funt, en tant qu'accompagnateur de Rê dans ses voyages,
— Extrait du chapitre 816 des Textes des Sarcophages, demande à ce dieu qu'aucun mal ne lui soit fait, car les
traduction de Jean-Claude Grenier[160] . dieux assignés à la protection d'Osiris et de son monde
souterrain se montrent intraitables envers les défunts de
mauvaise vie. Pour ne pas être considéré comme l'un de
5.3 Ancestralisation ces malfaisants, le défunt s’adresse à un tribunal créé par
Anubis et composé de trois membres. Seth (parfois rem-
Selon le mythe osirien, la haine de Seth envers Osiris n'a placé par Thot) et Isdès en sont les juges (maîtres de
pas pris fin avec la mort de ce dernier. À de nombreuses Maât), et le cobra femelle (uréus) Hotepes-Khoues « celle
reprises, Seth s’est attaqué à la momie et au tombeau de qui est favorable et qui protège » en est la gardienne. Elle
son frère ennemi. Tout défunt égyptien étant considéré ne laisse passer que les justes, ceux qui peuvent prétendre
comme un nouvel Osiris, chaque momie se doit d'être égaler la valeur des sept esprits-Akh[n 19] qu'Anubis a assi-
mise à l'abri de Seth et de ses sbires. Pour bénéficier gnés à la garde rapprochée de la dépouille d'Osiris depuis
de l'aide d'Anubis — fils et protecteur d'Osiris — le dé- le jour de son assassinat[164] :
funt doit démontrer qu'il est digne d'être perçu comme un
autre Osiris. Pour ce faire, son âme parcourt les chemins « Salut à vous, Maîtres de Maât, tribu-
de l'au-delà, afin d'atteindre le Tribunal d'Osiris pour y nal autour d'Osiris, qui placez la terreur chez
être jugé. Si le verdict est favorable, le mort devient un les coupables, qui êtes dans la suite de “Celle
ancêtre, c'est-à-dire un Bienheureux qui partage le destin qui apaise celui qu'elle conduit” ! Regardez-
et la vie des dieux éternels. moi qui suis venu près de vous (afin) que vous
5.3 Ancestralisation 27

chassiez le mal qui (me) concerne comme ce placées sur des briques d'argile et déposées dans des cavi-
que vous avez fait pour ces sept Bienheureux tés creusées dans les parois de la chambre funéraire. Pour
qui sont dans la suite du Maître du nome (et) le mur oriental, il est question d'une statuette d'Anubis fi-
dont Anubis a créé la place ce jour de “Viens guré sous la forme d'un canidé couché sur une chapelle,
donc là". » et chargé de repousser toute attaque malfaisante venant
en sa direction[167] :
— Extrait du chap. 335 des Textes des Sarcophages, tra-
duction de Claude Carrier[165] . « Ce qui doit être mis dans le mur Est. Pa-
roles à dire : « Je (t')écarte, je te surveille, Ce-
lui qui est sur (sa) montagne veille à ce que
ton attaque soit repoussée ; j'ai repoussé ton at-
taque, rageur ; je suis la protection de l'Osiris
N. » :Qu'on dise cette formule sur un Anubis
d'argile crue mélangée d'encens, placé sur une
brique d'argile crue sur laquelle est gravée cette
formule ; on fait pour lui une niche dans le mur
est et on le tourne vers l'ouest ; (puis) on mure
Illustration du chapitre 17 du Livre des Morts (Papyrus d'Ani)
à gauche : la tête de Rê surgit hors du sarcophage abydéen
sur lui. »
d'Osiris gardé par les quatre fils d'Horus et par Maanitef, Kheri-
baqef, Horus Khenty-en-irty. — Chap. 137A du Livre des Morts, traduction de Paul
au centre : Anubis Barguet[168] .
à droite : les gardiens Nedjeh-nedjeh, Aâqed-qed, Khentihehef,
Amy-ounou-tef, Desher-irty, Bes-mââ-em-ghereh, Ini-em-herou La chambre funéraire du roi Toutânkhamon (fin de la
XVIIIe dynastie) a réellement bénéficié de ce genre de
protection magique. Après avoir retiré le sarcophage
royal, l'équipe de Howard Carter s’est attachée à mettre au
jour ces quatre amulettes en perçant l'enduit de plâtre qui
masquait les niches secrètes. La disposition de ces amu-
lettes est toutefois différente des prescriptions magiques
figurant dans le Livre des Morts. Chez le jeune roi, la figu-
rine d'Anubis a été placée dans le mur occidental tournée
vers le nord[169] .

5.3.2 Anubis psychopompe

L'au-delà égyptien est une contrée dangereuse, peuplée de


démons qui, tels des brigands, parcourent les routes afin
d'attaquer les âmes voyageuses. Un des principaux rôle
Papyrus d'Ani, Nouvel Empire, chapitre 151A.
d'Anubis est de guider et de protéger les défunts afin qu'il
ne leur arrive rien de fâcheux, d'où son épiclèse grecque
Protecteur des tombes Dans la pensée égyptienne, les de « psychopompe » (ψυχοπομπóς / psykhopompós) qui
images et les textes funéraires inscrits sur les murs, sur les signifie littéralement guide des âmes.
sarcophages ou sur des rouleaux de papyrus ont une puis-
sance performative au même titre que la voix humaine.
Tout ce qui a été dit au cours d'un cérémonial, ou écrit Chemins de l'occident Dès l'Ancien Empire, les dé-
sur un support quelconque, est considéré comme ayant funts égyptiens souhaitent parcourir l'au-delà sous la pro-
été accompli dans les faits, par la grâce du verbe créateur : tection d'Anubis sur « les beaux chemins sur lesquels
quand un prêtre assimile un défunt à un dieu, le défunt de- vont les Bienheureux » ou sur « les beaux chemins qui
vient ce dieu ; quand un défunt affirme être protégé par mènent au Bel Occident »[170] . Ces routes sont semées
une amulette, il est protégé par cet objet, peu importe si d'embûches car de nombreux génies hantent les lieux afin
cette amulette est un objet réel ou un simple dessin sur de protéger la momie d'Osiris. À partir du Nouvel Em-
papyrus[166] . À partir du Nouvel Empire et jusqu'au pre- pire et jusqu'à la période romaine, Anubis est mis en
mier siècle de notre ère, les riches défunts égyptiens se scène dans l'iconographie funéraire dans le rôle de guide
dotent d'un exemplaire du Livre des Morts pour bénéficier des défunts. Dans les tombes de Irynefer (TT290)[171]
dans l'au-delà de la puissance magique d'écrits et de des- et de Neben-Maât (TT219), deux artisans de Deir el-
sins performatifs. Parmi les nombreuses formules de ce Médineh, des fresques montrent Anubis à tête de chacal
corpus funéraire, les chapitres 137A et 151A accordent et à corps d'homme en train de tenir la main du défunt
au défunt la protection de quatre amulettes censées être et de le faire entrer dans le tribunal d'Osiris[172] . Ce geste
28 5 FONCTIONS FUNÉRAIRES

[…] Il est entré dans la demeure d'Osiris, il a vu


les secrets qui s’y (trouvent). L'assemblée di-
vine des portes est constituée d'Akhou. Anubis
a dit [à celui qui est] à ses côtés : [entendons]
la voix d'un homme venu d'Égypte. Il connaît
nos chemins (et) nos villes ; j'en suis satisfait.
Je sens son odeur comme une de vous. Il me
dit : je suis l'Osiris, le scribe Ani, justifié en
paix, triomphant ! Je suis venu ici pour voir les
dieux grands, je vis des offrandes parmi leurs
kaou. […]
Paroles de la majesté d'Anubis : « Connais-tu
le nom de cette porte, pour me le dire ?
Anubis gardant la porte du tribunal divin. Que dise l'Osiris, le scribe Ani justifié, en paix,
triomphant, (qu'il dise) ceci : « Éloignement de
Shou » est le nom de cette porte.
d'accompagnement illustre aussi le chapitre 117 du Livre Paroles de la Majesté d'Anubis : « Connais-tu
des Morts et permet au défunt de marcher en toute sécu- le nom du linteau et du seuil ? »
rité sur les chemins de Ro-sétaou (les nécropoles) : « Maître de Justice sur ses deux pieds » est le
nom du linteau ; « Maître de Puissance com-
« […] Je suis venu remettre en ordre les mandant le bétail » [est le nom du seuil].
affaires dans Abydos ; j'ai ouvert les chemins Passe donc, (car) tu connais, Osiris, le scribe
dans Ro-setaou, et j'ai guéri les maux d'Osiris. comptable des divines offrandes à tous les
Je suis celui qui crée l'eau, qui fend son trône, dieux de Thèbes, Ani justifié, maître véné-
et qui fait son chemin dans la vallée, en lac. rable. »
Grand, arrange-moi le chemin qui est le tien,
qui est le sien, qui est (aussi) le mien. […] Qu'il — Extraits du chap. 125 du Livre des Morts (Papyrus
marche comme vous marchez, qu'il se tienne d'Ani), traduction de Guy Rachet[176] .
debout comme vous vous tenez debout, qu'il
s’asseye comme vous vous asseyez, qu'il parle
comme vous parlez au grand dieu maître de
l'Occident ! »

— Extraits du chapitre 117 du Livre des Morts, traduction


de Paul Barguet[173] .

Guide des morts L'action du chapitre 125 du Livre Le défunt Hounéfer guidé par Anubis devant le tribunal des
des Morts se déroule dans le tribunal d'Osiris et expose dieux.
une double liste de quarante-deux fautes, que le défunt nie
avoir commis de son vivant. Ce texte est tout naturelle-
ment présent dans le Papyrus d'Ani. Dans cet exemplaire, 5.3.3 Juge du tribunal des morts
ce chapitre présente cependant l'originalité d'être intro-
duit par un texte presque unique, car seule une version très Article détaillé : Jugement de l'âme (Égypte antique).
déformée et abrégée existe par ailleurs dans le Papyrus de
Anhai[174] . Le défunt discute avec Anubis dans un jeu de
questions-réponses où le dieu chacal cherche à mettre en Premières attestations Durant toute l'histoire de
défaut le défunt quant à ses connaissances théologiques, l'Égypte pharaonique, Anubis est considéré comme un
signes de sa pureté spirituelle. Dans ce court passage, dieu impliqué dans le jugement des morts. La plus an-
Anubis apparaît comme l'ultime portier stationné devant cienne mention d'une association d'Anubis à un quel-
le roi Osiris et agissant tel un chambellan récalcitrant[n 20] , conque tribunal apparaît vers la fin de l'Ancien Empire,
que le défunt doit convaincre de sa bonne foi afin de pou- lorsque les dieux Thot et Anubis sont conjointement ho-
voir se présenter, très humblement, en audience devant norés du titre de ser djadjat c'est-à-dire de « magistrat
Osiris, le souverain des morts[175] : du tribunal ». Cette mention se trouve gravée sur la paroi
méridionale du vestibule de la pyramide de Mérenrê Ier .
« Dire par l'Osiris, le scribe Ani justifié : Le même texte figure ensuite chez Pépi II, son successeur,
Je suis venu ici pour voir tes perfections, mes dans le vestibule de sa pyramide. Ces deux modestes mo-
mains levées en adoration de ton nom véritable. numents, situés à Saqqarah et culminant respectivement
5.3 Ancestralisation 29

corpus, une glose ajoute que cette mystérieuse divinité se


dénomme Inâef « Celui qui produit son bras » — en fait
un surnom d'Anubis lorsqu'il lève son bras pour arrêter les
oscillations du fléau de la balance. Il est à remarquer que,
dès le paragraphe 896a des Textes des Pyramides, Anubis
est qualifié de dieu aux formes mystérieuses[181] .

Vestiges de la pyramide de Pépi II.

à 52 et 79 mètres de haut à l'origine, sont aujourd'hui for-


tement ruinés et réduits à l'état de collines informes[177] : Pesée du cœur d'Ani dans le tribunal des dieux.

« (Si) la terre te parle, c'est qu'est ouverte Un conte de l'époque ptolémaïque, la trilogie des
pour toi la porte d'Aker (et) que sont ouverts Tribulations de Setni-Khaemouas met en scène le prince
pour toi les deux vantaux de la porte de Geb Khâemouaset, quatrième fils de Ramsès II et grand-prêtre
(afin) que tu puisses sortir à la voix quand [il de Ptah à Memphis, que sa réputation de sagesse a trans-
te] glorifie tel Thot (et) tel Anubis le magistrat formé en personnage légendaire et en magicien de talent.
du tribunal. Puisses-tu juger quand tu t'appuies Lors de sa deuxième aventure, le prince descend dans les
sur la Double Ennéade qui se trouve entre les Enfers guidé par son jeune fils, le prodigieux Sa-Ousir.
deux sceptres-sekhem avec ce pouvoir-akh qui Après avoir traversé six salles de tortures, les deux voya-
est tien dont les dieux ont commandé que ce geurs arrivent dans le tribunal d'Osiris[182] :
soit pour toi ! »

— Extrait des Textes des Pyramides (§§.1713a-1714b),


« […] Setni put contempler la forme ca-
traduction de Claude Carrier[178] .
chée d'Osiris, le grand dieu, siégeant sur un
trône d'or fin, couronné de l'atef ; Anubis, le
Pesée du cœur À partir du Nouvel Empire, Anubis grand dieu, était à sa gauche, le grand dieu
apparaît très clairement comme l'un des magistrats atta- Thoth à sa droite, et les divinités constituant
chés au tribunal divin d'Osiris dans la « Salle des Deux- le tribunal du monde des morts se tenaient (de
Maât ». Les illustrations des chapitres 30B et 125 du Livre part et d'autre) à gauche et à droite. La ba-
des Morts dépeignent le dieu Anubis en train de contrô- lance était placée au centre (de la salle), devant
ler une grande balance constituée d'un fléau auquel sont eux, et ils pesaient les méfaits face aux bonnes
suspendus deux plateaux[179] . Le cœur du défunt est pla- actions ; Thoth, le dieu grand en tenait le re-
cé sur l'un des plateaux et son poids est jaugé par rap- gistre, tandis qu'Anubis informait son collège.
port à une plume d'autruche placée sur l'autre plateau. L'homme dont les méfaits étaient trouvés plus
Le poids du cœur est constitué par les multiples erre- nombreux que les bonnes actions était livré à
ments et fautes du défunt, ses mauvaises actions ne de- la « Dévoreuse », qui dépendait du maître de
vant pas peser plus lourd que la plume, qui symbolise l'au-delà ; son ba était à jamais arraché de son
la déesse Maât, la déesse Vérité-Justice. Dans certains corps, et il ne lui était plus permis de respi-
cas, le défunt demande expressément à Anubis de main- rer encore. Mais celui pour lequel les bonnes
tenir l'équilibre de la pesée : « Celui qui est dans la tombe actions étaient jugées plus nombreuses que les
dit : je te prie, ô peseur d'équité (Maât), fais que la ba- méfaits, celui-là était admis au nombre des di-
lance reste stable »[180] . D'après le chapitre 335 des Textes vinités qui constituent le tribunal du maître de
des Sarcophages, la peur d'un verdict défavorable de la l'au-delà, cependant que son ba montait jus-
part d'Anubis est déjà connue durant le Moyen Empire, qu'au ciel avec les esprits illustres. […] »
lorsque le défunt implore le dieu créateur Rê de le sauver
du « dieu aux formes mystérieuses, dont les sourcils sont les
deux bras de la balance, cette nuit où l'on examine le mal- — Extrait de la deuxième histoire des Tribulations de
faiteur ». Ce texte funéraire est ensuite identifié comme Setni-Khaemouas et de son fils Sa-Ousir, traduction de
étant le chapitre 17 du Livre des Morts. Dans ce dernier Claire Lalouette[183] .
30 6 HORS D'ÉGYPTE

6 Hors d'Égypte s’accoupler à des éléphants adultes en fuite, d'autres avec


des femmes cuisses écartées[185] . En 1966, se basant sur
des représentations de danseurs à masque de chacal du
L'influence d'Anubis ne s’est pas arrêtée aux limites du
Fezzan libyen, Jacques Bernolles[186] propose de situer
territoire égyptien. Il fut, un temps, avancé que les ori-
les origines du dieu Anubis dans cette région car, pour
gines d'Anubis étaient à chercher auprès des populations
lui, « le sens de migration du concept Anubis-Chacal n'est
préhistoriques du Sahara, mais cette affirmation reste en-
point Égypte-Sahara mais bien Sahara-Égypte »[187] . En
core problématique. Dès l'Antiquité son culte s’est expor-
1998, Jean-Loïc Le Quellec, après avoir passé en re-
té en Nubie et dans le monde gréco-romain. Auprès des
vue les multiples similitudes existant entre les données
Anciens Grecs, Anubis a fusionné avec Hermès, autre im-
sahariennes et égyptiennes, estime que les rapproche-
portante divinité funéraire. À l'aube du Christianisme,
ments ne sont guère convaincants. Sa principale objec-
la symbolique d'Anubis se porte sur la figure de Saint
tion tient au fait que le chacal Anubis n'a jamais été re-
Christophe qui reste jusqu'à nos jours très vénéré par
présenté en train de dompter ou de massacrer d'énormes
les croyants. Depuis le déchiffrement des hiéroglyphes,
bêtes sauvages[188] . Avant lui, en 1991, Alfred Muzzolini
la culture contemporaine, imprégnée d'égyptomanie, ac-
(1922-2003) estime que les similitudes entre les Cynocé-
corde une place non négligeable à l'antique dieu Anubis.
phales sahariens et l'Anubis égyptien tiennent plutôt d'un
fond archaïque africain commun, et que l'influence cultu-
6.1 Afrique relle des populations sahariennes sur l'Égypte prédynas-
tique puis pharaonique est assez improbable[189] .
6.1.1 Cynocéphales du Sahara
6.1.2 Cultes funéraires nubiens

Paysage du sud-ouest libyen. Pyramides nubiennes à Méroé.

La forme hybride du dieu Anubis, avec corps d'homme et La Nubie, située entre la première cataracte du Nil
tête de canidé, a été rapprochée d'une série de gravures (ancien barrage d'Assouan) et le point de confluence du
préhistoriques représentant des hommes cynocéphales. Nil Blanc avec le Nil Bleu (région de Khartoum), est du-
Ces œuvres se répartissent dans tout le Sahara cen- rant l'Antiquité une contrée à la charnière de l'Égypte et
tral, mais se concentrent principalement sur les parois des peuples de l'Afrique tropicale. Après avoir été tan-
rocheuses des plateaux montagneux du Messak et du tôt soumise aux pharaons et tantôt indépendante, la Nu-
Tadrart Acacus, dans le sud-ouest libyen. La datation de bie voit évoluer sur son sol, durant le Ier millénaire av.
ces images est une entreprise difficile, mais il est admis J.-C., une nation indépendante connue sous le nom de
que la plupart de ces œuvres remontent au Néolithique. À Royaume de Koush. Entre 660 av. J.-C. et 350 ap. J-C.,
cette époque, cette zone ne s’était pas encore désertifiée sous l'autorité successive des rois de Napata et de Méroé,
mais ressemblait encore à l'actuelle savane africaine[184] . les traits culturels propres aux Nubiens continuent de se
Des figurations de lions, de rhinocéros, d'éléphants, teinter d'une forte influence égyptienne. En matière funé-
d'hippopotames côtoient des scènes pastorales où des raire, le culte royal et princier s’exerce au sein de modestes
femmes gardent moutons et bovidés. Ailleurs, des scènes pyramides, la plus haute ne culminant qu'à trente mètres
de chasse exposent des hommes portant des masques ani- de haut. Cette architecture s’inspire des édifices funé-
maliers. On rencontre aussi des géants mythiques à tête raires que les colonisateurs égyptiens du Nouvel Empire
de lycaon et armés de haches. La force surhumaine de ces (gouverneurs, prêtres) se firent édifier en Basse-Nubie.
créatures est indiquée par leurs activités cynégétiques. Tel Plus de 200 pyramides nubiennes ont été recensées, cha-
Cynocéphale porte un aurochs adulte sur ses épaules, tel cune étant précédée, sur sa façade orientale, d'une cha-
autre traîne le cadavre d'un rhinocéros, tel autre empoigne pelle mémorielle constituée d'un pylône d'entrée et d'un
d'une seule main un oryx. Une série de gravures met en sanctuaire à salle unique[190] . La théologie funéraire qui
scène des Cynocéphales ithyphalliques. Certains désirent s’y exerce repose sur le mythe osirien, le roi défunt de-
6.2 Monde gréco-romain 31

venant, comme en Égypte, un nouvel Osiris, tandis que à leurs deux héros culturels, les rois Nyikang et Dak. Un
l'héritier du trône endosse le rôle d'Horus. Malgré le fait des épisodes de leur geste les met aux prises avec de mys-
que la momification des corps soit peu prouvée, Anu- térieux esprits ayant épousé des femmes transformées en
bis n'est pas exclu de la pensée funéraire nubienne et chiennes de chasse. Ces êtres sont capables d'apparaître et
tient manifestement une grande place dans les rites de de disparaître dans les prairies herbeuses incendiées par
libations. On peut ainsi observer sur la table d'offrande la foudre des orages de la saison chaude[199] . D'autres his-
de Qenabelile, conservée au British Museum de Londres, toires décrivent l'au-delà comme étant le Pays des Chiens.
le dieu Anubis se tenant en face de Nephtys, tous deux Dans cette contrée, les esprits-jwok qui peuvent se trans-
en train d'offrir l'eau revivifiante au défunt[191] . Une va- former en canidés sont les possesseurs d'opulents trou-
riante de cette scène se trouve sur la table de Tedeqene peaux de bovidés et vivent en concubinage avec de jeunes
(Musée des beaux-arts de Boston)[192] , sur la table du roi et nobles belles femmes. Le linguiste allemand Diedrich
Takideamani (Neues Museum de Berlin)[193] , sur la table Westermann (1875-1956) a collecté, en 1910, un grand
du prince Amanikhe-dolo (Musée national du Soudan de nombre de mythes Shilluk qu'il a ensuite publiés en 1912
Khartoum)[194] et sur une table anonyme[195] conservée en anglais. Plusieurs de ces récits présentent des analo-
au Musée du Louvre à Paris[196] . Originellement, chaque gies structurelles ou événementielles avec le Conte des
table d'offrandes était installée sur un promontoire en deux frères, qui met en scène le chien Anubis et le taureau
brique dans la chapelle funéraire et permettait aux vivants Bata. Dans The Girl and the Dog, « La Fille et le Chien »,
d'interagir avec le ou les ancêtres enterrés sous la pyra- une princesse devient l'épouse d'un esprit transformé en
mide. L'offrande liquide était versée, soit directement sur chien, mais réussit à lui échapper grâce à l'aide de sept
la table, soit sur des nourritures déposées auprès ou sur chasseurs. Dans The Country of the Dogs, « Le Pays des
la table. En suintant à travers le sol, l'eau cérémonielle Chiens », des chasseurs s’égarent dans un au-delà peuplé
rejoignait les défunts, les abreuvait et les régénérait dans de chiens possesseurs de femmes et de troupeaux. Dans
leur au-delà[197] . An Adventure in the Forest, « Une Aventure dans la Fo-
rêt », le domaine d'un chien, d'une vieille femme et de
leurs chiots se trouve dans le ciel, mais est relié à la terre
6.1.3 Mythes des ethnies du Nil Blanc grâce à un arbre gigantesque et épineux[200] .

Le thème mythologique du chien gardien du monde des Selon un mythe anyuak, autre récit présentant des res-
morts et guide des âmes est répandu à travers le monde : semblances avec le Conte des deux frères, l'origine des
Cerbère et Orthos chez les anciens Grecs, Garm chez les actuels troupeaux de l'ethnie Nuer remonte à une raz-
Germains, Xolotl chez les Aztèques. Une multitude de zia effectuée, lors des temps primordiaux dans le Pays
récits similaires ont été récoltés par les ethnologues au- des Chiens, par un groupe de guerriers avides de s’ap-
près des populations contemporaines de l'Afrique sub- proprier le bétail et les femmes des esprits canins[201] .
saharienne dont les Serer, les Azandé et les Bantou. Le Les Anyuak ont par ailleurs développé un cycle mytholo-
mythe du Renard pâle des Dogon du Mali est largement gique autour de Medho, le premier chien et serviteur du
connu du public européen, grâce aux travaux des Fran- dieu créateur Jwok. Après avoir créé tous les animaux,
çais Marcel Griaule (1898-1956) et Germaine Dieterlen Jwok modèle le premier couple humain. Déçu par cette
(1903-1999). œuvre, qu'il juge laide et rabougrie, Jwok ordonne à son
chien de jeter les deux humains hors de son village et de
les tuer. Le chien les emmène dans la savane mais dé-
cide de les protéger, de les nourrir et de les élever dans le
creux d'un arbre. Quand le premier homme atteint l'âge
adulte, le chien gruge Jwok et s’empare des lances qu'il
destinait au taureau. Désappointé, Jwok doit se conten-
ter d'offrir au bovidé des cornes fabriquées à partir de
rames. Un jour, pour se venger, Jwok décide d'enlever la
vie à l'humanité et jette un énorme rocher (symbole de la
vie) dans une rivière (symbole de la mort)[n 21] . Le chien
parvient cependant à grappiller quelques années de vie en
arrachant avec ses dents un morceau du rocher qu'il confie
à l'humanité[202] .
Résidence du roi Shilluk à Fachoda en 1910.

Comme d'autres ethnies africaines, les Shilluk et les 6.2 Monde gréco-romain
Anyuak, installés dans l'actuel Soudan du Sud le long du
Nil Blanc et des rivières Sobat, Pibor et Baro, pensent 6.2.1 Cultes isiaques
que les âmes des défunts parcourent la savane sous
l'apparence de chiens ou d'humains à demi-canins[198] . Durant l'antiquité gréco-romaine, certains dieux égyp-
La mythologie des Shilluk accorde une très large place tiens s’exportent à travers les pays bordant la Mer Médi-
32 6 HORS D'ÉGYPTE

la plus vénérable des Bienheureux, qui dans


l'Olympe détient le sceptre de la terre entière
et de la mer, reine divine à qui rien n'échappe ;
de tous les biens elle est l'auteur pour les mor-
tels »

— Dédicace grecque à Anubis. Traduction de Jean-


Claude Grenier[205] .

6.2.2 Hermanubis

Ruines du temple d'Isis à Délos. Dans le cadre des croyances isiaques et de la réinterpréta-
tion hellénistique du fait divin égyptien, Anubis a été rap-
proché d'Hermès, un dieu grec dont le rôle principal est
terranée (Grèce, Empire romain) et atteignent ensuite les
de conduire les défunts aux Enfers. La fusion de ces deux
bords du Rhin et le nord de l'Angleterre. Sous les Lagides,
divinités engendra le théonyme « Hermanubis ». Ce nou-
une dynastie de pharaons originaires du Royaume de Ma-
veau terme est cependant plus à prendre comme une nou-
cédoine, le culte d'Isis prend un essor remarquable en de-
velle appellation d'Anubis que comme une réelle divini-
hors de l'Égypte[203] . Cette religiosité nouvelle s’exerce
té syncrétique indépendante. Le nouveau vocable repose
au sein de petits groupes d'adorateurs et se présente par-
sur l'addition primitive des noms « Hermès » et « Anu-
tout comme un fait religieux minoritaire. Ces cultes, dits
bis ». La préséance d'Hermès sur Anubis n'est pas à cher-
« alexandrins » ou « isiaques », s’attachent surtout à la
cher dans une quelconque domination religieuse d'une
déesse Isis. Cette dernière est toutefois accompagnée de
divinité grecque sur une divinité égyptienne, mais dans
son parèdre Sérapis (une forme hellénisée d'Osiris) et de
une simple facilité phonétique, l'expression « Anubis-
ses deux fils Horus (Horapollon) et Anubis (Hermanubis).
Hermès » ayant été elle aussi utilisée par les dévots (ins-
Même si la momification perdure en Égypte jusqu'à la
criptions du Sarapieion de Délos)[206] . Sur le plan ico-
conquête arabe du VIIe siècle, les communautés isiaques
nographique, Hermanubis emprunte les symboles visuels
hors d'Égypte ne suivent pas cette pratique. Dépourvu de
des deux divinités : la tête de chien à Anubis, le caducée,
cette fonction de conservation, Anubis joue essentielle-
la palme et les ailerons talaires à Hermès. Il est cependant
ment le rôle de guide des âmes (psychopompe)[204] . Sa
à noter que les adeptes des cultes isiaques n'utilisèrent que
place, très secondaire après Isis, fait qu'il n'a pas béné-
très peu le vocable « Hermanubis », sa présence dans les
ficié d'un grand sanctuaire indépendant. L'archéologie a
textes antiques est rare et seuls quelques exemples sont
toutefois prouvé la présence de chapelles en son hon-
parvenus jusqu'à nous[207] .
neur, installées dans les temples d'Isis, sur l'île de Délos
par exemple. La place d'Anubis dans le cœur des dévots
se remarque surtout par les nombreuses inscriptions que
• Statuaire gréco-romaine
ceux-ci ont laissées derrière eux, près des lieux de culte
isiaques, et maintenant révélées par l'archéologie. L'une
des plus fameuses a été retrouvée sur un fragment de
marbre à Cius en Bithynie, une région située au nord de
l'actuelle Turquie. Le texte de cette dédicace à Anubis,
gravée au Ier siècle, se présente à la manière d'un hymne
à Isis, les dieux isiaques étant rarement pris séparément,
mais considérés comme un tout complémentaire :

« À la Bonne Fortune
Roi de tous les habitants du ciel, salut, impé-
rissable Anubis ; ton père à la couronne d'or,
le très auguste Osiris, qui est lui-même Zeus,
fils de Cronos, lui-même le grand et puissant
Ammon, souverain des immortels, t'honore
par-dessus tous, lui Sérapis. Ta mère est la
grande bienheureuse, Isis aux multiples noms,
qu'engendra Ouranos, fils de la Nuit, auprès des • Statue du dieu
flots étincelants de la mer et qu'Érébos nourrit Hermanubis.
pour être la lumière de tous les mortels, elle
6.2 Monde gréco-romain 33

Le port du masque d'Anubis par un dévot est aussi attesté


par l'iconographie : mosaïque des Saisons à Thysdrus (El
Jem en Tunisie), médaillon d'applique en terre cuite dé-
couvert à Orange (Vaucluse) et conservé au Metropolitan
Museum of Art, statuette d'Anubophore de la collec-
tion Schlumberger du Musée archéologique de Stras-
bourg[209] . Dans la littérature, Apulée a laissé une des-
cription pittoresque d'une fête isiaque qui s’est déroulée
un 5 mars, jour du navigium Isidis, à Cenchrées près de
la ville de Corinthe :

« Bientôt parurent les dieux, daignant, pour


avancer, se servir de pieds humains. D'abord le
dieu à l'aspect terrifiant qui sert de messager
entre le monde d'en haut et le monde infernal,
• Statue du dieu Hermès mi-parti noir et doré de visage, la tête haute et
dressant fièrement son encolure de chien : Anu-
bis, qui de la main gauche tenait un caducée, de
6.2.3 Anubophores la droite agitait une palme verdoyante. »

— Apulée (124-170), Métamorphoses, XI, 2, trad. Jean-


Claude Grenier[210]

6.2.4 L'Aboyeur

Tête d'Hermanubis.

Dans le cadre des cultes isiaques, il s’est aussi constitué


des confréries spécialement attachées au dieu Anubis, les
« sunanubiastes » en Lydie à Smyrne (début du IIIe siècle
av. J.-C.), les « sêkobates du dieu Hermanubis[n 22] » en
Macédoine à Thessalonique (époque de la Rome impé- Stèle funéraire gréco-romaine
riale), les « Anubiaques » en Gaule narbonnaise à Nîmes
Dans les cultes isiaques, Anubis est la seule divinité
(IIIe siècle) et en Italie à Ostie (autour l'an 250)[208] . En
Égypte, certains prêtres portaient un masque d'Anubis à mêler les formes humaine et animale. Cette combi-
afin de mieux s’identifier à lui, lors de funérailles ou denaison, habituelle en Égypte antique, fut peu appréciée
fêtes sacrées (à Dendérah par exemple). Cette pratique par nombre d'auteurs classiques, qui firent du dieu à
tête de chien l'archétype d'un culte zoolâtre barbare et
s’est transmise aux cultes isiaques, et une inscription de la
dégoutant[211] . Les élites grecques se firent plutôt modé-
première moitié du IIIe siècle, trouvée sur une stèle funé-
rées, sans doute pour ne pas froisser leurs alliés lagides.
raire à Vienne (Isère), emploie le terme d' « Anuboforus »
(Anubophore), c'est-à-dire porteur d'Anubis : L'opposition aux dieux venus d'Égypte se fit surtout sentir
à Rome, à partir de la guerre entre Auguste et Cléopâtre
« Aux dieux mânes et à la mémoire éter- VII (bataille navale d'Actium). Les détracteurs du culte
nelle de Lepidus Rufus, Anubofore, qui vécut égyptien portèrent majoritairement leurs piques et quoli-
quarante ans, huit mois et trois jours (...) - CIL bets contre Anubis, en tant que symbole d'un culte impor-
XII, 1919 » té et ridicule. Sous la dynastie des Julio-Claudiens, plu-
sieurs poètes latins - dont Virgile - imposèrent le cliché
— Stèle funéraire (désormais détruite), traduction Jean- littéraire de l'Anubis aboyeur (latrator Anubis), un dieu
Claude Grenier. misérable osant s’attaquer aux nobles dieux romains :
34 6 HORS D'ÉGYPTE

« La Reine, au milieu de sa flotte, ap-


pelle ses soldats au son du sistre égyptien et
ne voit pas encore derrière elle les deux vi-
pères. Les divinités monstrueuses du Nil et
l'aboyeur Anubis combattent contre Neptune,
Vénus, Minerve »

— Virgile (70-19 av. J.-C.), Énéide VIII, versets 696-


700[212] .
Cette attaque perdura au cours des siècles, malgré
l'attitude favorable de quelques empereurs envers le culte
égyptien. Les premiers auteurs chrétiens, remplis d'un
zèle évangélique, reprirent à leur compte les attaques
contre la zoolâtrie égyptienne, qu'ils voyaient comme une
aberration :

« Quelle nation a l'esprit assez sot, la langue


assez barbare, ou quelle superstition est assez
stupide pour placer sur le trône céleste un Anu-
bis aboyeur à tête de chien ? »

— Prudence (348-410 ?), Apotheosis, versets 194-


196[213] .

6.3 Postérité
6.3.1 Saint Christophe cynocéphale

Durant les premiers siècles du christianisme, le peuple


égyptien se remarque par son opposition à la nouvelle
croyance. Si, à partir des années 400-450, les chrétiens
commencent à devenir majoritaires, une part non négli-
geable de la population continue toutefois à manifester Saint Christophe à tête de chien (icone du XVIIe siècle au Musée
son attachement aux anciennes divinités. Malgré la dis- byzantin et chrétien d'Athènes).
parition de l'essentiel de la religion païenne avec la fer-
meture des temples et la dissolution des clergés entre les
par le poids, et avait peine à se tenir debout,
IVe et VIe siècles, la résistance à l'évangélisation fait que
malgré le solide bâton sur lequel il s’appuyait.
quelques éléments des anciennes croyances continuent à
Quand il eut atteint l'autre rive, il déposa son
subsister grâce à la piété populaire. La représentation et
fardeau. « Enfant, dit-il, je croyais, en te por-
le mythe d'Anubis se reportent sur la figure de Christophe
tant, sentir peser sur moi le monde — Tu por-
de Lycie. Ce saint homme, imaginé de toutes pièces, est
tais en effet le Créateur du monde, » répondit
essentiellement représenté dans la sphère catholique tel
l'enfant. Et il disparut. »
un bon géant qui fit un jour traverser une rivière à l'Enfant
Jésus en le portant assis sur ses épaules. Cet acte de bon-
té est à l'origine de son nom « Christophoros » (Porteur — Paul Guérin, Vie des Saints, 30 juillet : Saint Chris-
du Christ) et en a fait le saint patron des voyageurs et des tophe.
bonnes routes : Toutefois, dans la sphère des Chrétiens orientaux, où
Saint Christophe est aussi très populaire, il hérite de la
« Il fut (...) converti par un ermite, qui tête de chien, un rappel de l'antique dieu Anubis qui ou-
lui dit : « Puisque tu désires servir le Christ, vrait les routes aux défunts méritants et qui les proté-
comme tu es extraordinairement fort et ro- geait jusqu'à leur arrivée aux champs de la Campagne
buste, fixe-toi sur la rive de cette rivière rapide des Joncs, imaginée comme une contrée verdoyante en-
et dangereuse, et tu passeras les gens à travers tourée de nombreux cours d'eau (Chap. 110 du Livre des
le gué, sur tes épaules. » Christophe accepta, et Morts)[214] . D'après le folkloriste Pierre Saintyves (1870-
exerça cet office de charité chrétienne. Un jour 1935), l'origine du Saint cynocéphale serait à chercher au-
qu'il portait ainsi un enfant, il se sentit écrasé près des premiers Coptes de Moyenne-Égypte, la ville de
6.3 Postérité 35

Lycopolis, consacrée au chacal Oupouaout, étant devenue Dionysos


un important centre spirituel chrétien avec la fondation
d'un monastère[215] . D'après lui, l'iconographie du géant
portant l'enfant-Jésus dérive de la statuaire gréco-romaine
montrant Hermès portant Dionysos enfant et Héraclès
portant le jeune Éros[215] .
L'image d'un jeune être régénéré, porté à travers les eaux
par une puissante divinité, n'est cependant pas étrangère
à l'iconographie funéraire des Anciens Égyptiens. Durant
le Nouvel Empire, le dieu Menkeret apparaît en tant que
statuette dans la tombe de Toutânkhamon et en tant que
représentation peinte dans la tombe de Séthi Ier . Dans ces
deux exemples, Menkeret est figuré en train de marcher
et de transporter sur sa tête le roi assis, momifié dans un
linceul et ceint de la couronne rouge de la Basse-Égypte,
le rôle de Menkeret étant de faciliter le passage du roi à
travers les marécages de l'au-delà. Cette mission n'est pas
étrangère au mythe d'Anubis, le dieu canin ayant captu- • Hercule portant Télèphe
ré puis condamné Seth à porter la momie d'Osiris sur son
dos[216] , la lourde charge ayant fait vaciller le captif à plu-
sieurs reprises[217] .

• Dieux porteurs

• Saint Christophe
portant l'enfant Jésus

• Menkeret portant
Toutankhamon 6.3.2 Poésie francophone

Depuis la Renaissance et jusqu'à notre époque, nombre


d'auteurs et de poètes se sont approprié les mythes et
les symboles des dieux égyptiens. Sur le seul Anubis,
en se restreignant à la sphère francophone et à quelques
exemples, on peut signaler une reprise, aux auteurs clas-
siques de l'Antiquité, du thème de l' « Anubis aboyeur »,
en 1742 par Louis Racine (1692-1763), fils du drama-
turge Jean Racine, dans le Chant III du poème La Reli-
gion :

« (...) Devant son Osiris l’Égypte est en


prière :
Vainement un tombeau renferme sa poussière ;
Grossièrement taillée, une pierre en tient lieu.
D’un tronc qui pourrissait le ciseau fait un dieu.
• Hermès portant Du hurlant Anubis la ridicule image
36 6 HORS D'ÉGYPTE

Fait tomber à genoux tout ce peuple si sage. Ils vont peser mon cœur. Ô terrible silence !
(...) » Plein d’angoisse, je vois osciller la balance.
Si j’avais oublié quelque faute ? mais non :
— Louis Racine, La Religion, Chant III, 1742. Tout le pays de Kemt glorifiait mon nom !
Et, tandis que je roule en moi cette pensée,
Durant l'été 1846, Leconte de Lisle (1818-1894) publie Ils observent, les dieux à la barbe tressée,
dans la revue socialiste La Phalange un long poème dé- Si mon cœur pèse autant que l’image d’or fin,
nommé « Le Voile d'Isis », organisé à la manière d'un Symbole rayonnant de la Justice… Enfin,
dialogue entre un Pharaon brutal en quête d'immortalité Les deux plateaux se font lentement équilibre.
divine et un prêtre Thérapeute qui lui conseille la contem- Victoire à moi ! mon cœur triomphe ; je suis
plation et l'initiation aux mystères d'Isis. Lorsque le poète libre.
évoque Anubis, surgit à nouveau la thématique du chien « Horkem a satisfait aux immuables lois,
aboyeur[n 23] : Dit Anubis ; son cœur pèse le juste poids. »
Le silence est profond dans l’intègre assistance ;
« (…) Mon fils veille aux côtés de mon Et le scribe des dieux, Thoth, écrit la sentence.
trône éternel ; (…) »
Et le vieil Anubis, le dieu cynocéphale,
Aboie en mon honneur d'une voix triomphale !
Non ! quel que soit le sort, sinistre ou fortuné,
Quel que soit l'avenir que nul n'a deviné, — Maurice Bouchor, Les Symboles, L'Âme heureuse,
Non, rien n'ébranlera les bases impassibles 1888.
D'où s’élancent aux cieux mes œuvres invin-
cibles. (…) »

— Leconte de Lisle, Le Voile d'Isis, 1846. 6.3.3 Personnage de fiction


Le poète Stéphane Mallarmé (1842-1898) s’est atta-
ché à composer plusieurs textes commémoratifs, tel les Depuis le XIXe siècle et l'apparition du phénomène de
« tombeaux » à Edgar Poe, Charles Baudelaire et Paul la culture de masse, l'image d'Anubis est véhiculée par
Verlaine, tous trois rédigés presque immédiatement après l'entremise de nombreux supports médiatiques tels les
la mort des personnes célébrées. Les aspects canins et fu- livres de vulgarisation égyptologique, les reproductions
néraires d'Anubis sont évoqués dans le premier quatrain d'artefacts antiques (statuettes et papyrus illustrés), les ro-
de l'hommage rendu à Baudelaire décédé en 1867 : mans, les bandes dessinées, le cinéma, les sites internet.
Grâce à ces moyens d'information et de divertissement,
« Le temple enseveli divulgue par la la représentation d'Anubis en tant qu'homme vêtu d'un
bouche pagne et doté d'une tête de chien est devenue immen-
Sépulcrale d'égout bavant boue et rubis sément populaire, le dieu finissant par représenter le
Abominablement quelque idole Anubis parangon des dieux hybrides de l'Ancienne Égypte. Fort
Tout le museau flambé comme un aboi fa- de cette popularité, Anubis est intégré dans la trame de
rouche » nombreuses fictions.
En 1983, dans le roman Les Voies d'Anubis, œuvre fonda-
— Stéphane Mallarmé, Le Tombeau de Baudelaire [n 24] trice du genre Steampunk, l'américain Tim Powers mêle,
à travers différentes époques, divinités égyptiennes et
En 1888, épris de mysticisme et inspiré des premières personnages historiques (dont des poètes tels Coleridge
traductions du Livre des Morts des Anciens Égyptiens, et Lord Byron), dans des événements surnaturels ou
Maurice Bouchor (1855-1929) s’attache à décrire poé- fantastiques[218] .
tiquement les pérégrinations de l'âme, depuis la momifi-
cation jusqu'à sa proclamation d'éternité par le tribunal Dans la série télévisée américano-canadienne Stargate
d'Osiris, le dieu Anubis participant à l'emmaillotement SG-1 (dix saisons diffusées entre 1997 et 2007 aux États-
du cadavre et à la pesée du cœur : Unis), Anubis est présenté comme un tyran intergalac-
tique issu de la race des puissants extraterrestres parasites
« (…) Enveloppé de lin, pris dans mes ban- Goa'uld. Sur Terre, son action néfaste s’est surtout mani-
delettes, festée durant l'Antiquité, lorsqu'il se fait passer pour un
Baigné d’huile de cèdre et couvert d’amulettes, dieu aux yeux du peuple égyptien.
J’habite le Lieu frais, l’immuable Dessous. Dans la bande dessinée de Fábio H. Chibilski, titrée Anu-
J’attends. Par Anubis ma chair fut raffermie. bis Warrior (Le Guerrier d'Anubis) et éditée en 2012, une
Lui-même a parfumé la sereine momie ; fraction des pouvoirs d'Anubis se transmet de génération
Mon corps d’éternité ne sera point dissous. en génération à un guerrier en lutte contre les forces du
(…) mal[219] .
7.1 Bibliographie 37

7 Annexes 7.1.3 Mythologie

7.1 Bibliographie • Aude Gros de Beler, La mythologie égyptienne, Pa-


ris, Grand Livre du Mois, 1998, 133 p. (ISBN 2-
7028-1107-8)
7.1.1 Généralités
• (en) George Hart, The Routledge Dictionary Of
• Thierry Bardinet, Les papyrus médicaux de l'Égypte
Egyptian Gods And Goddesses, New York, Rout-
pharaonique, Paris, Fayard, 1995, 591 p. (ISBN 2-
ledge, 2005, 180 p. (ISBN 0-415-36116-8, lire en ligne)
213-59280-2)

• Erik Hornung, Les dieux de l'Égypte. Le Un et le


• Peter A. Clayton (trad. Florence Maruéjol), Chro-
Multiple, Paris, Le Rocher, 1986 (ISBN 2268018938)
nique des pharaons : L'histoire règne par règne des
souverains et des dynasties de l'Égypte ancienne, Pa-
• Bernard Mathieu, « Mais qui est donc Osiris ? Ou
ris, Casterman, 1995, 224 p. (ISBN 2-203-23304-4)
la politique sous le linceul de la religion », ENIM 3,
Montpellier, 2010, p. 77-107 (lire en ligne)
• Christiane Desroches Noblecourt, Toutankhamon :
Vie et mort d'un pharaon, Paris, Pygmalion, 1963
(réimpr. 1988), 312 p. (ISBN 2-85704-012-1) • Dimitri Meeks, Mythes et légendes du Delta d'après
le papyrus Brooklyn 47.218.84, Le Caire, IFAO,
• Christiane Desroches Noblecourt, La reine mysté- 2008, 498 p. (ISBN 978-2-7247-0427-3)
rieuse : Hatshepsout, Paris, GLM, 2002, 503 p.
(ISBN 2-7028-7078-3) • Lewis Spence et James Putman (Introduction) (trad.
Françoise Ghin), Le grand livre illustré de la mytho-
• Christiane Desroches Noblecourt, Le fabuleux hé- logie égyptienne [« The Illustrated Guide to Egyp-
ritage de l'Égypte, Paris, Éditions SW-Télémaque, tian Mythology, London, 1996 »], Rome, Gremese,
2004, 319 p. (ISBN 2-286-00627-X) 1998, 144 p.

• Françoise Dunand, Roger Lichtenberg et Alain


Charron, Des animaux et des hommes : Une sym- 7.1.4 Afrique
biose égyptienne, Monaco, Le Rocher, 2005, 272 p.
(ISBN 2-268-05295-8) • Jean-Loïc Le Quellec, Art rupestre et préhistoire
du Sahara, Paris, Payot, 1998, 616 p. (ISBN 2-228-
• Christian Jacq, Pouvoir et sagesse selon l'Égypte an- 89190-8)
cienne, Paris, Éditions du Rocher/Grand Livre du
Mois, 1998, 187 p. (ISBN 2-7028-1363-1). • Louvre, Méroé : un empire sur le Nil, Paris, Musée
du Louvre éditions, 2010, 288 p. (ISBN 978-2-35031-
• Guy Rachet, Dictionnaire de la Civilisation égyp- 264-4)
tienne, Grand Livre du Mois, 1998, 268 p. (ISBN
2-7028-1558-8) • Alfred Muzzolini, « Masques et thériomorphes dans
l'art rupestre du Sahara Central », Archéo-Nil, 1991,
• Roger Remondon, « L'Égypte et la suprême résis- p. 17-42 + 13 figures (lire en ligne)
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vol. 51, 1952, p. 63-78 • (en) Conradin Perner, The Anyuak - Living on Earth
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• Réunion des Musées Nationaux, L'art égyptien au Schwabe Verlag, 2011, 359 p.
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(ISBN 2-7118-3848-X) • François Soleilhavoup, « À propos des masques et
des visages rupestres du Sahara », Archéo-Nil, 1991,
p. 43-58 + 39 figures (lire en ligne)
7.1.2 Hiéroglyphes
• Axel Van Albada et Anne-Michelle Van Albada,
• Maria Carmela Betrò, Hiéroglyphes : Les mystères La montagne des hommes-chiens : Art rupestre du
de l'écriture, Paris, Flammarion, 1995, 251 p. (ISBN Messak libyen, Paris, Seuil, 2000, 139 p. (ISBN 2-
2-08-012465-X) 02-032779-1)

• Yvonne Bonnamy et Ashraf Sadek, Dictionnaire des • (en) Diedrich Westermann, The Shilluk People,
hiéroglyphes, Arles, Actes Sud, 2010, 986 p. (ISBN Their Language and Folklore, Berlin, 1912, 312 p.
978-2-7427-8922-1) (lire en ligne)
38 7 ANNEXES

7.1.5 Cultes et croyances funéraires • (en) Susan Tower Hollis, The Ancient Egyptian
“Tale of Two Brothers” : A Mythological, Reli-
• Jean-Pierre Adam et Christiane Ziegler, Les pyra- gious, Literary, and Historico-Political Study, Oak-
mides d'Égypte, Paris, Hachette Littératures, 1999, ville, CT, Bannerstone Press, 2008, 226 p. (ISBN
213 p. (ISBN 2-7028-2579-6) 978-0-9774094-2-6)

• Jan Assmann (trad. Nathalie Baum), Mort et au-delà • Jean Leclant, « Isiaques (cultes). Chez les Grecs et
dans l'Égypte ancienne [« Tod und Jenseits im al- dans l'Empire romain. », dans Dictionnaire des My-
ten Ägypten »], Monaco, Éditions du Rocher, coll. thologies (Tome 2)., Grand Livre du Mois, 2000, p.
« Champollion », 2003, 684 p. (ISBN 2-268-04358-4) 1127-1138

• Thierry Bardinet, « Hérodote et le secret de • Sandra L. Lippert, « L’étiologie de la fabrication des


l'embaumeur », « Parcourir l'éternité » Hommages statuettes osiriennes au mois de Khoiak et le Rituel
à Jean Yoyotte, BREPOLS, vol. 156 « Bibliothèque de l’ouverture de la bouche d’après le papyrus Jumil-
de l'École des Hautes Études-Sciences religieuses », hac », ENIM 5, Montpellier, 2012, p. 215-255 (lire
2012, p. 59-82 (ISBN 978-2-503-54756-5) en ligne)

• Laurent Bricault, « Les Anubophores », BSÉG, Ge- • Anaïs Martin, « L’embaumeur est-il « out » ? »,
nève, vol. 24, 2000, p. 29-42 (ISSN 0255-6286) ENIM 5, Montpellier, 2012, p. 195-213 (lire en ligne)

• Alain Charron, « Les canidés sacrés dans l'Égypte • Anne-Sophie Peres (Rédactrice en chef), Les mo-
de la Basse Époque », Égypte, Afrique et Orient, vol. mies et leurs fascinants secrets, Éditions Atlas, coll.
23, 2001, p. 7-23 (ISSN 1276-9223) « Passion de l'Égypte », 2002, 125 p. (ISBN 2-7312-
2615-3)
• Françoise Dunand, « Des corps sortis du temps :
Techniques de conservation des corps dans l'Égypte • Luc Pfirsch, « Sortir au jour : Le jugement des morts
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clopédie des savoirs et des croyances, Bayard, 2004 mort et l'immortalité. Encyclopédie des savoirs et des
(ISBN 2-227-47134-4), p. 325-346 croyances, Bayard, 2004, p. 373-384 (ISBN 2-227-
47134-4)
• Françoise Dunand et Roger Lichtenberg, « Anubis,
Oupouaout et les autres », « Parcourir l'éternité » • Luc Pfirsch, « Le retour à la vie : Le mythe
Hommages à Jean Yoyotte, BREPOLS, vol. 156 d'Osiris », La mort et l'immortalité. Encyclopédie des
« Bibliothèque de l'École des Hautes Études- savoirs et des croyances, Bayard, 2004, p. 549-555
Sciences religieuses », 2012, p. 427-440 (ISBN 978- (ISBN 2-227-47134-4)
2-503-54756-5)
• (en) Joanna Popielska-Grzybowska, « Some Prelim-
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Cahiers Caribéens d'Égyptologie, vol. 1, 2000, p. 53- 1999, p. 143-154 (ISSN 0344-385X)
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• Isabelle Franco, Rites et croyances d'éternité, Paris, de l'embaumement [Link] III, 8, 12-8, 16 », ENIM
Grand Livre du Mois, 1993, 279 p. (ISBN 2-7028- 2, Montpellier, 2009, p. 9-23 (lire en ligne)
0456-X)
• Frédéric Servajean, « Le conte des Deux Frères (1).
• Jean-Claude Grenier, Anubis alexandrin et romain, La jeune femme que les chiens n’aimaient pas »,
Leiden, E.J. Brill, 1977, 212 p. (ISBN 90-04-04917-7) ENIM 4, Montpellier, 2011, p. 1-37 (lire en ligne)
7.2 Notes 39

• Frédéric Servajean, « Le conte des Deux Frères (2). • Plutarque (trad. Mario Meunier), Isis et Osiris, Pa-
La route de Phénicie », ENIM 4, Montpellier, 2011, ris, Guy Trédaniel Éditeur, 2001, 237 p. (ISBN 2-
p. 197-232 (lire en ligne) 85707-045-4)

• Frédéric Servajean, « Atteindre le temps et • Guy Rachet, Le Livre des Morts des Anciens Égyp-
l'éternité », CENIM 5, Montpellier, 2012, p. 699- tiens, Monaco, Éditions du Rocher, 1996 (ISBN
717 (ISSN 2102-6637) 2268021904)

• Raymond Weill, « Le livre du « désespéré », le sens, • Alessandro Roccati, La littérature historique sous
l'intention et la composition littéraire de l'ouvrage », l'Ancien Empire égyptien, Paris, 1982, 320 p. (ISBN
BIFAO 45, 1947, p. 89-154 (ISSN 0255-0962) 2-204-01895-3)

• (en) Harco Willems, « Anubis as a judge », Egyptian • (de) Wolfgang Wettengel, Die Erzählung von den
religion, the last thousand years : studies dedicated to beiden Brüdern : Der Papyrus d'Orbiney und die
the Memory of Jan Quagebeur / 1, Leuven/Louvain, Königsideologie des Ramessiden, Fribourg (Suisse)
vol. OLA 84-85, 1998, p. 719-744 (ISBN 90-429- et Göttingen (Allemagne), coll. « OBO » (no 195),
0669-3) 2003, 213 p. (ISBN 3-7278-1441-1)

7.1.6 Traductions 7.1.7 Pseudo-science

• Paul Barguet, Le Livre des Morts des Anciens Égyp- • (en) Robert Temple et Olivia Temple, The Sphinx
tiens, Paris, Éditions du Cerf, 1967, 307 p. (ISBN Mystery : The Forgotten Origine of the Sanctuary
2204013544) of Anubis, Rochester, Vermont, USA, Inner Tradi-
tions, 2009, 565 p. (ISBN 978-159477271-9)
• Paul Barguet, Textes des Sarcophages égyptiens du
Moyen Empire, Paris, Éditions du Cerf, 1986, 725
p. (ISBN 2204023329) 7.1.8 Conférence

• André Barucq et François Daumas, Hymnes et • Youri Volokhine, « Colère et châtiment divins
prières de l'Égypte ancienne, Paris, Le Cerf, 1980 en Égypte ancienne : la question des maladies
(ISBN 2204013374) cutanées », Colloque interdisciplinaire 2012-2013,
Chaire des Milieux Bibliques, Collège de France : Co-
• Claude Carrier (préf. Bernard Mathieu), Textes des lères et repentirs divins, Paris, 24 avril 2013 (lire en
Sarcophages du Moyen Empire Égyptien, Éditions ligne)
du Rocher, coll. « Champollion », 2004, 2732 p.
(ISBN 226805229X)
7.2 Notes
• Claude Carrier, Textes des Pyramides de l'Égypte
ancienne : Tome III, Textes de la pyramide de Pépy [1] L'écriture hiéroglyphique ne restitue que les consonnes et
II, Paris, Cybèle, 2010 (ISBN 978-2-915840-13-1), p. quelques semi-voyelles, les voyelles sont absentes. La vo-
1151 à 1813. calisation exacte des mots égyptiens est par conséquent
perdue (Betrò 1995, p. 19-22). La présence de la semi-
• Claude Carrier, Textes des Pyramides de l'Égypte voyelle -ou a fait dire à Pierre Lacau que la valeur phoné-
ancienne : Tome IV, Textes des pyramides de Mé- tique de inpou est *einoupew (ou quelque chose de simi-
renrê, d'Aba, de Neit, d'Ipout et d'Oudjebten, Paris, laire), le théonyme devenant Ἄνουβις (Anoubis) en grec
Cybèle, 2010 (ISBN 978-2-915840-14-8), p. 1819 à ancien (Livre I de la Bibliothèque historique de Diodore de
2709. Sicile par exemple) ou Άνουπις (Anoupis) ou Ένουβις
(Enoubis), Anubis en latin et Anoup en copte. Pascal Ver-
• Jean-Claude Goyon, Rituels funéraires de l'ancienne nus utilise le théonyme Anoubis dans son ouvrage Dieux
Égypte, Paris, CERF, 1972 (réimpr. 1997) (ISBN 2- de l'Égypte, Paris, 1998, (p. 185) le jugeant plus correct.
204-05661-8) Selon Terence DuQuesne, la prononciation égyptienne se-
rait *yanoup (DuQuesne 2005, p. 80-81).
• Claire Lalouette (préf. Pierre Grimal), Textes sacrés
[2] Hiéroglyphes E15 et E16 de la classification des hiéro-
et textes profanes de l'ancienne Égypte II : Mythes,
glyphes de Gardiner.
contes et poésies, Paris, Gallimard, 1987, 315 p.
(ISBN 2-07-071176-5) [3] La ville de Saka (ou Kasa) c'est-à-dire le « Dos du Tau-
reau » est l'actuelle El Qis (El Kaïs) et se situe sur la
• François Lexa, La magie dans l'Égypte antique de rive gauche du Nil. La ville de Hardaï (Cynopolis), ac-
l'Ancien Empire jusqu'à l'époque copte, vol. II, Les tuellement Ech-Cheikh Fadel, dédiée à Anubis se trouve
textes magiques, Paris, Librairie orientaliste Paul presque en face, sur la rive droite (voir Servajean 2011, p.
Geuthner, 1925, 235 p. 23-26).
40 7 ANNEXES

[4] À savoir les colonnes V,6 et VI,2, 5-6, 11-12, 14-16. user du terme masculin « nome d'Inpou (Anubis) » tan-
dis que Sylvie Cauville, spécialiste reconnue du temple de
[5] La formule magique évoquant Anubis est destinée à gué- Dendérah, préfère le féminin « nome d'Anubet » dans son
rir les piqûres de scorpions. Une traduction en français se ouvrage Dendara - I, Traduction, Peeters, coll. « Orienta-
trouve dans Lexa 1925, p. 144-145. Concernant la piqûre lia Lovaniensia Analecta / OLA 81 », 1997 (lire en ligne)
infligée à Horus, voir dans le même ouvrage la traduction
de la stèle de Metternich, p. 78 [11] Le Papyrus Boulaq no 3 parle, sans doute fautivement, des
Enfants de Khent-Aout. Les Enfants de Khenty-en-Irty
[6] à savoir les passages des colonnes III, 11-18 (texte du bas), (Haroëris en tant que dieu créateur) sont quatre divinités
IV.24 - V.2, IX.6-9 et XI.19-22 très souvent mis en parallèle avec les quatre fils d'Horus,
ils participent à la veillée funéraire d'Osiris, et participent
[7] La lettre N remplace le nom du défunt. à son embaumement
[8] Un intersigne est un fait de la vie courante que l'on per- [12] Il est probable que l'épithète imy-out et le fétiche imy-out
çoit, par superstition, comme l'annonce d'un événement n'aient pas eu la même prononciation.
survenu loin de nous (Dictionnaire Petit Larousse, année
1965). Le pourrissement de ces deux boissons a été prédit [13] Le rituel de l'embaumement n'est plus connu dans son
par Bata à Anubis lors de leur séparation comme le signe ensemble mais deux manuscrits, le Papyrus no 5158 du
annonciateur de sa mort. Lors de son arrivée dans la val- Louvre et le Papyrus no 3 de Boulaq permettent d'en ap-
lée du Pin parasol, Bata cache son cœur dans une pomme préhender une partie. Ces deux documents sont datés de
de pin au sommet du plus grand des arbres. Il confie ce la première moitié du Ier siècle de notre ère, mais il s’agit
secret d'immortalité à sa compagne. Mais cette dernière, vraisemblablement de copies d'un texte rédigé au Nouvel
pour se débarrasser de lui, révèle la chose à Pharaon son Empire. Le document originel se présentait à la manière
nouvel époux. Afin de tuer Bata, Pharaon ordonne à un d'un manuel subdivisé en paragraphes. Le début est mal-
corps expéditionnaire de couper l'arbre et de détruire le heureusement perdu et seuls les onze dernières étapes du
cœur. Ceci fait, Bata meurt sur le champ. Lorsque Anubis procédé nous sont parvenues. Chaque paragraphe est sub-
trouve Bata sur son lit de mort, il se met à rechercher le divisé en deux parties, la première traite des manipula-
cœur durant trois années et ne le retrouve, sous la forme tions opérées sur le corps (massage, onction, emballe-
d'un pépin de raisin, qu'au début de la quatrième année ment) tandis que la seconde expose les paroles liturgiques
(cf. section : Boire son cœur). à prononcer avant, durant ou après les gestes techniques.
Ce rituel funéraire est toutefois bien plus ancien ; les plus
[9] En 2009, Olivia et Robert Temple ont publié un ou- anciennes allusions à ce sujet remontent à l'Ancien Em-
vrage pseudo-scientifique intitulé The Sphinx Mystery, the pire et figurent sur les murs de la pyramide à textes
forgotten origins of the sanctuary of Anubis dans lequel
ils ont rapproché Anubis du Sphinx de Gizeh. Ces au- [14] Toutes les traductions modernes ne font pas ce distinguo et
teurs avancent qu'à l'origine, durant tout l'Ancien Em- rendent indifféremment par le mot « cœur », le cœur-haty
pire, le Sphinx était une monumentale représentation du (muscle cardiaque) et le cœur-ib (tous les organes internes,
dieu Anubis taillée dans la roche. La tête aurait été dé- cœur excepté) sans préciser duquel il s’agit. Sur cette ques-
tériorée durant les troubles de la Première Période In- tion physiologique, voir Bardinet 1995, p. 82. Cet auteur
termédiaire égyptienne, puis son visage actuel aurait été traduit le mot ib par « intérieur-ib ».
taillé durant le Moyen Empire pour représenter le pha-
raon Amenemhat II dans ce qui restait du cou de l'Anubis. [15] Concernant le prêtre-out en tant que ritualiste du défunt
Les auteurs s’appuient sur certaines évidences : la dispro- durant l'Ancien Empire, voir Martin 2012(ENIM 5).
portion entre la tête et le corps du Sphinx, le corps à dos
[16] La tombe de Pairy, grand-prêtre d'Amon sous Amenhotep
plat très différent du corps d'un lion tel qu'il est représen-
III, est située dans la nécropole de Cheikh Abd el-Gournah
té traditionnellement dans l'Égypte antique et plus proche
sur la rive occidentale du Nil en face de Louxor (numéro
de celui d'un chien, la parfaite intégration du volume du
TT139)
Sphinx actuel dans l'enveloppe de l'Anubis sous forme
canine, mis à l'échelle et toutes proportions gardées. Se- [17] Ce mythe étiologique s’appuie sur une succession
lon eux, les figurations géantes de chacals dans les masta- d'assonances. Il apparaît ici que le dieu Anubis créé la
bas princiers sont la confirmation de l'existence d'une gi- fonction sacerdotale Setem en faisant une libation sath et
gantesque statue de chacal couché. Ils oublient cependant en prononçant la parole Setesh im « Seth est là ». Le mot
que dans ces mêmes tombeaux les propriétaires de ces aby « panthère » est rapproché des mots ba « peau de léo-
lieux sont eux aussi figurés plus grand que nature tels des pard », ouabet « place pur », ouab « prêtre pur » et abou
géants donnant des ordres à une foule d'humains. La taille « marquer au fer rouge ». Voir Lalouette 1987, p. 283.
des sarcophages indique pourtant qu'il s’agissait d'humains
comme les autres… Plutôt que de lier Anubis au Sphinx, [18] La Place de Vérité est le toponyme égyptien de Deir
l'évidence voudrait qu'il faille lier les propriétaires aux fi- el-Médineh. Pour en savoir plus sur cette communauté
gurations géantes d'Anubis chacal, cet animal étant une d'artisans, voir Guillemette Andreu (directeur), Deir el-
des manifestations des défunts dans l'au-delà (par exemple Médineh et la Vallée des Rois, Éditions Khéops, 2003
dans le chapitre 213 des Textes des Pyramides). (Actes du colloque « La vie en Égypte au temps des pha-
raons du Nouvel Empire » des 3 et 4 mai 2002 du musée
[10] Cette citation montre l'embarras des égyptologues quant du Louvre).
à la traduction masculine ou féminine du nom du nome
cynopolitain. En 2002, Nicole Durisch Gauthier préfère [19] Il s’agit en fait de deux équipes de sept gardiens.
7.3 Références 41

[20] Dans d'autres exemplaires du Livre des Morts, ce passage [14] Institut d'Égyptologie François Daumas., « Dimitri
est remplacé par un questionnaire où le défunt commu- Meeks », sur [Link], 2006-2013
nique directement avec les éléments de la porte d'entrée (consulté le 17 mars 2013)
du tribunal (montants droit et gauche, seuil, gâche, pêne,
tasseaux, etc.) puis avec un portier anonyme, mais il s’agit [15] DuQuesne 2005, §85, pp.77-78
sans doute d'Anubis, et avec le dieu Thot qui l'annonce et
[16] (en) « Terence DuQuesne », sur [Link], 2013
l'introduit auprès Osiris.
(consulté le 17 mars 2013)
[21] Cet épisode du cycle Anyuak du chien semble apparen- [17] DuQuesne 2005, §87, pp.80-81
té à la mythologie des Kuba (R. D. Congo). Après avoir
commis l'inceste avec sa sœur Mweel, le roi Woot quitte [18] Hollis 2008, p. 79-80, DuQuesne 2005, p. 151-175
son village en longeant la rivière Sankuru vers l'Est et em-
porte avec lui la lumière solaire. Plongée dans l'obscurité, [19] Hollis 2008, p. 79-80
Mweel envoie le chien Bondo à la recherche de Woot,
[20] DuQuesne 2005, p. 162-168 et p. 384-389
mais ce dernier barre le chemin avec un gros rocher. Un
ver à bois parvient à forer un passage. Woot tout en refu- [21] DuQuesne 2005, p. 154-157, Grenier 1977, p. 4-5
sant de rentrer envoie sa fille Bibolo auprès de Mweel avec
des animaux symbolisant le réveil du soleil (coq, singe, [22] Grenier 1977, p. 5
grillon, etc.). Voir Luc de Heusch, Le roi ivre ou l'origine
de l'état, Paris, Gallimard, 1972, pages 114-115. [23] (en) « Georg Möller », sur [Link], 2013
(consulté le 4 avril 2013)
[22] Le « sêkos » est le saint des saints du temple
[24] Hollis 2008, p. 80-81, DuQuesne 2005, p. 160-161
e
[23] Agnès Spiquel, Isis au XIX siècle, In : Mélanges de l'Ecole [25] DuQuesne 2005, p. 152-154
française de Rome. Italie et Méditerranée Tome 111, N°2.
1999. pp. 541-552. [26] DuQuesne 2005, p. 157-159

[24] Maxime Durisotti, Les « Tombeaux » de Mallarmé, 2007, [27] Evans 2008, p. 17-18
17 pages.
[28] Evans 2008, p. 22 (note 26)

[29] (en) « George Hart », sur [Link], 2013


7.3 Références (consulté le 11 avril 2013)

[1] Rachet 1998, p. 22, Desroches Noblecourt 2004, p. [30] Hart 2005, p. 25
106,Spence et Putman 1998, p. 49-51,
(de) Holger Kockelmann, « Anubis », sur www. [31] Evans 2008, p. 18-19
[Link], 2008 (consulté le 21 avril 2013) [32] Evans 2008, p. 20-23
[2] DuQuesne 2005, p. 37 et 41 [33] Evans 2008, p. 17
[3] DuQuesne 2005, p. 75 [34] DuQuesne 2005, p. 37-49

[4] DuQuesne 2005, p. 37-40 [35] Bonnamy et Sadek 2010, p. 893

[5] Hollis 2008, p. 74-75, Bonnamy et Sadek 2010, pages 610, [36] DuQuesne 2005, p. 63, 74-75 et passim.
146, 265, 647 et 512.
[37] Hornung 1986, p. 95
[6] Hornung 1986, p. 57
[38] DuQuesne 2005, p. 87 et 94
,
[7] Betrò 1995, p. 147, 163 et 174 Jacq 1998, p. 175-176 [39] DuQuesne 2005, p. 91-92 et 98-99, RMN 1999, pages
81-82 et 232
[8] DuQuesne 2005, §83, p.76
[40] Dunand et Lichtenberg 2012, p. 433
[9] (la) Ernest Jablonski, « Pantheon Aegyptiorum sive de diis
eorum commentarius », 1752, voir pages 19-22 (consulté [41] Dunand et Lichtenberg 2012, p. 434
le 22 mai 2013)
[42] Grenier 1977, p. 34-36
[10] (en) « Charles Wycliffe Goodwin », sur [Link].
org, 2013 (consulté le 28 mai 2013) [43] Weill 1947, p. 143

[44] Weill 1947, p. 144


[11] DuQuesne 2005, §§83-84, p.76
[45] Weill 1947, p. 145
[12] sudoc, « Farina, Giulio (1889-1947) », sur [Link],
2013 (consulté le 19 mars 2013) [46] Weill 1947, p. 148

[13] DuQuesne 2005, §84, p76-77 [47] Weill 1947, p. 150, Mathieu 2010, p. 77-78
42 7 ANNEXES

[48] Roccati 1982, p. 150-151 [84] DuQuesne 2005, p. 441

[49] Mathieu 2010 [85] DuQuesne 2005, p. 379 et p.171-173

[50] DuQuesne 2005, p. 381-382 [86] DuQuesne 2005, p. 263

[51] Mathieu 2010, p. 79 [87] DuQuesne 2005, p. 264, d'après une citation de Norman
de Garis Davies, Rock tombs of Deir el-Gebrawi II,
[52] Grenier 1977, p. 9 et 17 Londres, 1902.
[53] Barguet 1986, p. 45 [88] DuQuesne 2005, p. 379
[54] Grenier 1977, p. 18 [89] DuQuesne 2005, p. 350
[55] Grenier 1977, p. 18-19 [90] Carrier 2010, p. 1170-1175
[56] Hollis 2008, p. 72 [91] DuQuesne 2005, p. 351-352

[57] Grenier 1977, p. 21 [92] Carrier 2010, p. 1736-1739

[58] Carrier 2010, p. 1577-1579 (chap. 688) [93] (en) « William Stevenson Smith », sur [Link],
2013 (consulté le 12 mai 2013)
[59] Hollis 2008, p. 76 (en) « William Stevenson Smith », sur
[Link], 2013 (consulté
[60] Lexa 1925, p. 40
le 12 mai 2013)
[61] Hollis 2008, p. 73
[94] DuQuesne 2005, p. 90
[62] Plutarque, p. 61-62
[95] Temple 2009, p. 229
[63] Lippert 2012, p. 248-255
[96] DuQuesne 2005, p. 90 et 96-98
[64] Lippert 2012, p. 246
[97] DuQuesne 2005, p. 71 et 401
[65] Lippert 2012, p. 217-219
[98] DuQuesne 2005, p. 90, 96-98, 420
[66] Grenier 1977, p. 20
[99] Gros de Beler 1998, p. 14-15, Franco 1993, p. 27
[67] Lalouette 1987, p. 162 [100] Desroches Noblecourt 2002, p. 288-289 (plan), 325-328,
[68] Westermann 1912, p. 201 et 205 Desroches Noblecourt 2004, p. 108-115

[69] Grenier 1977, p. 20-21 [101] Charron 2001, p. 15-17 et 20

[70] Hollis 2008, p. 79 [102] Charron 2001, p. 14

[103] Servajean 2011, p. 24-28, Hollis 2008, p. 71


[71] Carrier 2010, p. 1975
[104] Charron 2001, p. 10
[72] Barguet 1967, p. 191
[105] Servajean 2011, p. 27-29, Charron 2001, p. 17
[73] Hollis 2008, p. 11-44
[106] Durisch Gauthier 2002, p. 1-3, DuQuesne 2005, p. 402-
[74] Servajean 2011, p. 3
404
[75] (en) « Wolfgang Wettengel », sur [Link],
[107] Durisch Gauthier 2002, p. 4-5
2013 (consulté le 9 avril 2013)
[108] Durisch Gauthier 2002, p. 345
[76] Wettengel 2003, p. 191-272
[109] Lalouette 1987, p. 106
[77] Servajean 2011, passim
[110] Durisch Gauthier 2002, p. 6
[78] Servajean 2011, p. 213-215
[111] Hollis 2008, p. 81-82
[79] Lalouette 1987, p. 161-172, Hollis 2008, p. 1-9,
Wettengel 2003, p. 21-190 [112] Barguet 1986, p. 187-188

[80] Servajean 2011, p. 23 [113] Bonnamy et Sadek 2010, p. 593

[81] Servajean 2011, p. 25 [114] Desroches Noblecourt 1963, p. 78, 85, 252 et 305

[82] Hollis 2008, p. 199 [115] Goyon 1972, p. 54-65, Passion de l'Egypte 2002, p. 17

[83] Servajean 2011, p. 29 [116] Goyon 1972, p. 26-27 et p.73


7.3 Références 43

[117] Bonnamy et Sadek 2010, p. 49 [150] Assmann 2003, p. 474-481

[118] DuQuesne 2005, p. 102-105 [151] Goyon 1972, p. 100, 124-125

[119] (en) Metropolitan Museum, « Anubis or Imiut fetish », [152] Goyon 1972, p. 103
sur [Link], 2013 (consulté le 24 novembre
2013) [153] Assmann 2003, p. 482

[154] Goyon 1972, p. 96-97 et p.342


[120] (en) The Griffith Institute, « Anubis emblem upon pole
and stand », sur [Link], 2013 (consulté le [155] Lalouette 1987, p. 104-105, Hollis 2008, p. 195-196
5 avril 2013)
[156] Lalouette 1987, p. 105
[121] DuQuesne 2000
[157] Grenier 1977, p. 13, note 55
[122] Carrier 2010, p. 1695
[158] Goyon 1972, p. 191-195
[123] DuQuesne 2005, p. 409-411
[159] Grenier 1977, Planche III
[124] Dunand 2004, p. 325-327
[160] Grenier 1977, p. 14, note 57
[125] Martin 2012, p. 212
[161] Barguet 1986, p. 30-31
[126] Carrier 2010, p. 1727 : Spruch 532, §§. 1257a-1258b
(N/C ant/E 3-5) [162] Barguet 1986, p. 639-640

[127] Dunand 2004, p. 330-333 [163] Barguet 1967, p. 169-170 et p. 190-214

[128] Bardinet 2012, p. 69-79 [164] Willems 1998, p. 722-728

[165] Carrier 2004, p. 816-817


[129] Grenier 1977, p. 13
[166] Servajean 2004, Introduction et conclusion
[130] Bardinet 2012, p. 59-73
[167] Barguet 1967, pages 169-170 et 182
[131] Bardinet 2012, p. 68
[168] Barguet 1967, p. 182
[132] Bardinet 2012, p. 77-80
[169] Desroches Noblecourt 1963, p. 76-77 avec quatre photo-
[133] Goyon 1972, p. 89-107 graphies
[134] Durisch Gauthier 2002, p. 188 [170] Grenier 1977, p. 15
[135] Assmann 2003, p. 52-58 [171] (en) Lenka & Andy Peacock, « Irynefer’s tomb n°290 at
Deir el-Medina », sur Images of Deir el-Medina past &
[136] Assmann 2003, p. 165-169
present, 2005-2013 (consulté le 26 mai 2013)
[137] Thierry Benderitter, « Les deux tombes d'Inerkhaou
[172] Grenier 1977, p. 15, p. 206 et planches IV et V.
(TT359 et TT299) », sur [Link], 2012 (consul-
té le 9 avril 2013) [173] Barguet 1967, p. 153
[138] Assmann 2003, p. 166 et illustration no 9. [174] Barguet 1967, p. 157-158
[139] Lalouette 1987, p. 167-168 [175] Rachet 1996, p. 191-192
[140] Bardinet 1995, p. 81-113 [176] Rachet 1996, p. 190-191

[141] Bardinet 1995, p. 68-79 [177] Carrier 2010, p. 1153 et p. 1773 et Carrier 2010, p. 1817
et p. 2055
[142] Servajean 2009, p. 14
[178] Carrier 2010, p. 1772-1773
[143] Assmann 2003, p. 166
[179] Willems 1998, p. 719
[144] Assmann 2003, p. 389-439
[180] Rachet 1996, p. 61-62
[145] Assmann 2003, p. 174-175
[181] Barguet 1967, p. 61
[146] Goyon 1972, p. 94
[182] Lalouette 1987, p. 208 et p. 296, note 82
[147] Assmann 2003, p. 466-468
[183] Lalouette 1987, p. 208
[148] Assmann 2003, p. 444-446
[184] Le Quellec 1998, p. 127-141 et passim, Van Albada et
[149] Assmann 2003, p. 119-120 Van Albada 2000, p. 18-19
44 7 ANNEXES

[185] Le Quellec 1998, p. 330-378 [216] Grenier 1977, p. 185-186,


Desroches Noblecourt 1963, p. 248,
[186] (en) « Jacques Bernolles », sur [Link], 2013 Bonnamy et Sadek 2010, p. 270
(consulté le 29 avril 2013)
[217] Meeks 2008, p. 12-13
[187] Soleilhavoup 1991, p. 43
[218] Tim Powers (trad. Gérard Lebec), Les Voies d'Anubis,
[188] Le Quellec 1998, p. 445-458 France, J'ai lu, 1986, 477 p. (ISBN 2-290-02011-7)

[189] Muzzolini 1991 [219] (en) Gallica, « Anubis Warrior », sur [Link], 2012
(consulté le 8 décembre 2013)
[190] Méroé 2010, p. 249-258

[191] Méroé 2010, p. 159


7.4 Articles connexes
[192] Méroé 2010, p. 148
• Mythologie égyptienne
[193] Méroé 2010, p. 146
• Divinités égyptiennes
[194] Méroé 2010, p. 263
• Astrologie égyptienne
[195] Geneviève Pierrat-Bonnefois, « Table d'offrandes trouvée
à Méroé », sur [Link], 2013 (consulté le 1er dé-
cembre 2013) 7.5 Liens externes
[196] Méroé 2010, p. 262 • Les chiens préhistoriques du Sahara
[197] Méroé 2010, p. 262 : La table d'offrandes (commentaire
de Vincent Francigny).
• Portail de la mythologie égyptienne
[198] Le Quellec 1998, p. 445-446

[199] (en) D. S. Oyler, « Nikawng’s Place in the Shilluk Re- • Portail de la mort
ligion », Sudan Notes and Records, vol. I, 1918 (lire en
ligne) La version du 25 décembre 2013 de cet article a été
[200] Westermann 1912, p. 201, p. 205 et p. 210 reconnue comme « article de qualité », c'est-à-dire
qu'elle répond à des critères de qualité concernant le
[201] Perner 2011, p. 225-226 : The Nuer stole the cattle from style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et
the dogs. l'illustration.
[202] (en) E. E. Evans-Pritchard, « Folk Stories of the Sudan
1 », Sudan, Notes and Records, Khartoum, vol. XXIII,
1940, p. 55-74 (lire en ligne)

[203] Leclant 2000, p. 1127-1128

[204] Grenier 1977, p. 168-172

[205] Grenier 1977, p. 92

[206] Grenier 1977, p. 171-172 et p.95-96

[207] Grenier 1977, p. 171-175

[208] Grenier 1977, p. 176-177

[209] Bricault 2000, p. 39-40

[210] Grenier 1977, p. 71

[211] Leclant 2000, p. 1132

[212] Grenier 1977, p. 59 et p.183-184

[213] Grenier 1977, p. 70-71 et p.185

[214] Barguet 1967, p. 143-148

[215] Saintyves 1936, p. 13


45

8 Sources, contributeurs et licences du texte et de l’image


8.1 Texte
• Anubis Source : [Link] Contributeurs : Aoineko, Youssefsan, Andre Engels, Ryo, Hem-
mer, Orthogaffe, Vincent Ramos, Semnoz, Ploum’s, Shakti, Herman, HasharBot, Kneiphof, P-e, Spooky, Phe, Marc Mongenet, MedBot,
Sebi, VincentRobert, Oblic, TigH, Phe-bot, Bibi Saint-Pol, BernardM, Escaladix, Korrigan, Ste281, Jide, Darkoneko, DCLXVI, Miniwark,
Pmx, Thibault Taillandier, Poulos, Padawane, Laurent Jerry, Régis B., Chobot, Holycharly, Stanlekub, Zetud, Vazkor, Romanc19s, David
Berardan, Probot, Ursus, Gzen92, RobotQuistnix, YurikBot, Jerome66, Ico, Néfermaât, Bouette, Loveless, BenduKiwi, [Link],
Pbnch, Mutatis mutandis, Roucas, BeatrixBelibaste, Rune Obash, Pautard, Fabrice Ferrer, Frannie, SashatoBot, Malta, Moumousse13,
Lacrymocéphale, Gemini1980, Linan, YSidlo, Apophisnico, Thijs !bot, TaraO, Grimlock, Jarfe, Escarbot, Unkky, Surréalatino, RoboSer-
vien, Asram, Hadrien, JAnDbot, El Caro, CommonsDelinker, Captain Waters, Jordan Girardin, Salebot, Speculos, Critias, TXiKiBoT,
VolkovBot, Manuel Trujillo Berges, AmaraBot, Moyg, Ptbotgourou, Xic667, SieBot, DaBot~frwiki, Iafss, JLM, OKBot, Ange Gabriel,
Vlaam, Dhatier, Hercule, Codex, Jean-Jacques Georges, LeMorvandiau, Benoît Prieur, Alphos, Quentinv57, Alexbot, Mro, HerculeBot,
Maurilbert, Foulam, GrandCelinien, Letartean, SilvonenBot, Guillaume70, Luckas-bot, Jotterbot, Dark Attsios, Racconish, Madalibi, Al-
mabot, Jacques Ballieu, Xqbot, RibotBOT, JMCC1, Lib75, [Link], Al1bot, Coyote du 57, Lomita, TobeBot, RedBot, Florn88,
Soutekh67, Olyvar, Rehtse, Kilith, EoWinn, S0l0xal, Sinuhe20, WikitanvirBot, Jules78120, MerlIwBot, Utilisateur disparu, OrlodrimBot,
Le pro du 94 :), Marha, Dragtasar, TptBot, ElphiBot, FDo64, Jack Rabbit Slim’s, Fitamant, Flopinot2012, Metamorforme42, Kozam,
Greg95610, Viator, Tibauty, Addbot, Lucthiffault, Sahrayana, Macadam1, Thibaut120094, ScoopBot, NaggoBot, Gagapeacemonster, Ki-
minou1, Godhrée, BJ1950, Doltslang, Loup Pagniez, LeBaronMulticolorMLG2000 et Anonyme : 110

8.2 Images
• Fichier:Abydos_Tempelrelief_Ramses_II._22.JPG Source : [Link]
Tempelrelief_Ramses_II._22.JPG Licence : CC BY 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Olaf Tausch
• Fichier:Aegypten1959-033_hg.jpg Source : [Link] Li-
cence : CC BY-SA 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : H. Grobe
• Fichier:All_Gizah_Pyramids.jpg Source : [Link] Licence :
CC BY-SA 2.0 Contributeurs : All Gizah Pyramids Artiste d’origine : Ricardo Liberato
• Fichier:Ani_LDM_151.jpg Source : [Link] Licence : CC BY-SA
3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Soutekh67
• Fichier:Ani_chap17part2.jpg Source : [Link] Licence : CC BY-
SA 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : ShillukinUSA
• Fichier:[Link] Source : [Link] Licence : CC BY-SA 3.0 Contri-
buteurs : Travail personnel Artiste d’origine : Soutekh67
• Fichier:Anubis_attending_the_mummy_of_Sennedjem.jpg Source : [Link]
Anubis_attending_the_mummy_of_Sennedjem.jpg Licence : Public domain Contributeurs : website Artiste d’origine : self
• Fichier:Anubis_with_a_mummy.png Source : [Link] Li-
cence : CC BY-SA 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Menmaatre
• Fichier:[Link] Source : [Link] Licence : CC BY-SA 3.0 Contri-
buteurs : Travail personnel (Original text : Eigene Anfertigung) Artiste d’origine : Nephiliskos
• Fichier:Aturwic_1910.jpg Source : [Link] Licence : Public domain
Contributeurs : Collection of Charles Gabriel Seligman (1873-1940) Artiste d’origine : Charles Gabriel Seligman
• Fichier:BD_Hunefer.jpg Source : [Link] Licence : Public domain
Contributeurs : Jon Bodsworth (photographer) Artiste d’origine : unknown Egyptian artisan
• Fichier:BD_Weighing_of_the_Heart.jpg Source : [Link]
[Link] Licence : Public domain Contributeurs : Eternal Egypt : Masterworks of Ancient Art from the British Museum by Edna R.
Russmann Artiste d’origine : Photographed by the British Museum ; original artist unknown
• Fichier:Berlin_122009_037a.jpg Source : [Link] Licence : CC
BY-SA 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Neithsabes
• Fichier:Book_of_the_Dead_of_Hunefer_sheet_4.jpg Source : [Link]
Dead_of_Hunefer_sheet_4.jpg Licence : Public domain Contributeurs : British Museum free image service Artiste d’origine :
Inconnu<a href='//[Link]/wiki/Q4233718' title='wikidata:Q4233718'><img alt='wikidata:Q4233718' src='[Link]
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[Link]/wikipedia/commons/thumb/f/ff/[Link]/[Link] 1.5x, [Link]
org/wikipedia/commons/thumb/f/ff/[Link]/[Link] 2x' data-file-width='1050' data-file-height='590'
/></a>
• Fichier:Cartouche_dieux.jpg Source : [Link] Licence : CC-BY-
SA-3.0 Contributeurs : Transféré de [Link] à Commons par Bloody-libu utilisant CommonsHelper. Artiste d’origine : Original téléversé
par Nataraja sur Wikipedia français
• Fichier:Cattle_cutting_up_-_Kagemni_Mastaba.jpg Source : [Link]
up_-_Kagemni_Mastaba.jpg Licence : GFDL Contributeurs : Travail personnel. Artiste d’origine : Sémhur (<a href='//[Link].
org/wiki/User_talk:S%C3%A9mhur' title='User talk:Sémhur'>talk</a>)
• Fichier:Coffin_of_Djeddjehutefankh.jpg Source : [Link]
[Link] Licence : Copyrighted free use Contributeurs : [Link]
Artiste d’origine : Jon Bodsworth
46 8 SOURCES, CONTRIBUTEURS ET LICENCES DU TEXTE ET DE L’IMAGE

• Fichier:Detail_aus_dem_Grab_des_Sennedjem2.jpg Source : [Link]


dem_Grab_des_Sennedjem2.jpg Licence : Public domain Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Ignati
• Fichier:Detail_aus_dem_Grab_des_Sennudjem.jpg Source : [Link]
dem_Grab_des_Sennudjem.jpg Licence : Public domain Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Ignati
• Fichier:Disambig_colour.svg Source : [Link] Licence : Public do-
main Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Bub’s
• Fichier:[Link] Source : [Link] Licence : Public
domain Contributeurs : Transferred from [Link]
Artiste d’origine : Inconnu<a href='[Link] title='wikidata:Q4233718'><img alt='wikidata:Q4233718'
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[Link] 2x' data-file-width='1050'
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• Fichier:Egyptian_-_A_Worshipper_Kneeling_Before_the_God_Anubis_-_Walters_54400_-_Three_Quarter_View.jpg
Source : [Link]
Anubis_-_Walters_54400_-_Three_Quarter_View.jpg Licence : Public domain Contributeurs : Walters Art Museum : <a
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/></a> Home page <a href='[Link] data-x-rel='nofollow'><img alt='Information [Link]'
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1.5x, [Link] 2x' data-file-
width='620' data-file-height='620' /></a> Info about artwork Artiste d’origine : Anonyme (Égypte)
• Fichier:Egyptian_-_Box_for_Ushabtis_or_Canopic_Jars_-_Walters_626_-_Side_A.jpg Source : [Link]
wikipedia/commons/c/c0/Egyptian_-_Box_for_Ushabtis_or_Canopic_Jars_-_Walters_626_-_Side_A.jpg Licence : Public domain
Contributeurs : Walters Art Museum : <a href='[Link] data-x-rel='nofollow'><img alt='Nuvola filesystems folder
[Link]' src='[Link]
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filesystems_folder_home.svg/30px-Nuvola_filesystems_folder_home.[Link] 1.5x, [Link]
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height='128' /></a> Home page <a href='[Link] data-x-rel='nofollow'><img alt='Information [Link]'
src='[Link] width='20'
height='20' srcset='[Link]
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width='620' data-file-height='620' /></a> Info about artwork Artiste d’origine : Anonyme (Égypte)
• Fichier:Egyptian_-_Plaque_with_a_Jackal_Shaped_Anubis_-_Walters_481634.jpg Source : [Link]
wikipedia/commons/8/83/Egyptian_-_Plaque_with_a_Jackal_Shaped_Anubis_-_Walters_481634.jpg Licence : Public domain
Contributeurs : Walters Art Museum : <a href='[Link] data-x-rel='nofollow'><img alt='Nuvola filesystems folder
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thumb/8/81/Nuvola_filesystems_folder_home.svg/40px-Nuvola_filesystems_folder_home.[Link] 2x' data-file-width='128' data-file-
height='128' /></a> Home page <a href='[Link] data-x-rel='nofollow'><img alt='Information [Link]'
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height='20' srcset='[Link]
1.5x, [Link] 2x' data-file-
width='620' data-file-height='620' /></a> Info about artwork Artiste d’origine : Anonyme (Égypte)
• Fichier:Egyptian_-_Statuette_of_a_Standing_Bastet_-_Walters_54408_-_Three_Quarter_Right.jpg Source : https:
//[Link]/wikipedia/commons/2/20/Egyptian_-_Statuette_of_a_Standing_Bastet_-_Walters_54408_-_Three_
Quarter_Right.jpg Licence : Public domain Contributeurs : Walters Art Museum : <a href='[Link] data-
x-rel='nofollow'><img alt='Nuvola filesystems folder [Link]' src='[Link]
thumb/8/81/Nuvola_filesystems_folder_home.svg/20px-Nuvola_filesystems_folder_home.[Link]' width='20' height='20'
srcset='[Link]
filesystems_folder_home.[Link] 1.5x, [Link]
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Home page <a href='[Link] data-x-rel='nofollow'><img alt='Information [Link]' src='https:
//[Link]/wikipedia/commons/thumb/3/35/Information_icon.svg/20px-Information_icon.[Link]' width='20' height='20'
srcset='[Link] 1.5x,
[Link] 2x' data-file-
width='620' data-file-height='620' /></a> Info about artwork Artiste d’origine : Anonyme (Égypte)
• Fichier:Eye_of_Horus_bw.svg Source : [Link] Licence : GFDL
Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Jeff Dahl
• Fichier:Fairytale_bookmark_gold.svg Source : [Link]
Licence : LGPL Contributeurs : File:Fairytale bookmark [Link] (LGPL) Artiste d’origine : Caihua + Lilyu for SVG
• Fichier:GD-EG-Caire-Musé[Link] Source : [Link]
[Link] Licence : CC BY-SA 2.5 Contributeurs : ? Artiste d’origine : ?
8.2 Images 47

• Fichier:GD-EG-Caire-Musé[Link] Source : [Link]


[Link] Licence : CC BY-SA 2.5 Contributeurs : Photo personnelle de Gérard Ducher (user:Néfermaât). Artiste d’origine : photo :
Gérard Ducher (user:Néfermaât)
• Fichier:Golden_wolf_small.jpg Source : [Link] Licence : CC
BY 2.5 Contributeurs : Transféré de [Link] à Commons par Masur utilisant CommonsHelper. Artiste d’origine : Profberger sur
Wikipedia anglais
• Fichier:Graeco-Roman_Egyptian_grave_stele_2.jpg Source : [Link]
Graeco-Roman_Egyptian_grave_stele_2.jpg Licence : CC0 Contributeurs : Photographer’s own files Artiste d’origine : Tony Grist
• Fichier:Hatschepsut-Tempel_09.JPG Source : [Link]
Licence : CC BY 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Olaf Tausch
• Fichier:Hatshepsut_temple16.JPG Source : [Link] Li-
cence : CC-BY-SA-3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Rémih
• Fichier:Herakles_and_Telephos_Louvre_MR219.jpg Source : [Link]
Telephos_Louvre_MR219.jpg Licence : Public domain Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Marie-Lan Nguyen
• Fichier:Hermes_Ingenui_Pio-Clementino_Inv544.jpg Source : [Link]
Ingenui_Pio-Clementino_Inv544.jpg Licence : Public domain Contributeurs : Marie-Lan Nguyen (2009) Artiste d’origine : ?
• Fichier:Hermes_with_dionis_pushkin.jpg Source : [Link]
[Link] Licence : CC BY 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : shakko
• Fichier:INBG_Glasnevin_33.jpg Source : [Link] Licence :
CC BY-SA 2.0 Contributeurs : flickr Artiste d’origine : William Murphy from Dublin, Ireland
• Fichier:Info_Simple.svg Source : [Link] Licence : Public domain
Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Amada44
• Fichier:Inkscape_pasted_image_20130630_115239.png Source : [Link]
pasted_image_20130630_115239.png Licence : CC BY-SA 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Bombaladan
• Fichier:Italy_Vatican_-_Creative_Commons_by_gnuckx_(3492615876).jpg Source : [Link]
commons/b/b3/Italy_Vatican_-_Creative_Commons_by_gnuckx_%283492615876%[Link] Licence : CC BY 2.0 Contributeurs : Italy
Vatican - Creative Commons by gnuckx Artiste d’origine : gnuckx
• Fichier:[Link] Source : [Link] Licence : Public domain Contri-
buteurs : Old postcard, picture of the tomb of the egyptian prince Khafkhufu Artiste d’origine : Burt Richardson (1870-1924)
• Fichier:La_Tombe_de_Horemheb_cropped.jpg Source : [Link]
Horemheb_cropped.jpg Licence : CC BY 2.0 Contributeurs :
• La_tombe_de_Horemheb_(KV.57)_(Vallée_des_Rois_Thèbes_ouest)_-[Link] Artiste d’origine :
• derivative work : A. Parrot (<a href='//[Link]/wiki/User_talk:A._Parrot' title='User talk :A. Parrot'>talk</a>)
• Fichier:Libya_4983_Tadrart_Acacus_Luca_Galuzzi_2007.jpg Source : [Link]
Libya_4983_Tadrart_Acacus_Luca_Galuzzi_2007.jpg Licence : CC BY-SA 2.5 Contributeurs : Photo taken by (Luca Galuzzi) *
[Link] Artiste d’origine : Luca Galuzzi
• Fichier:[Link] Source : [Link] Licence : Public domain
Contributeurs : New version of Image:[Link], by AzaToth and compressed by Hautala Artiste d’origine : Nethac DIU, waves
corrected by Zoid
• Fichier:Louvre_Egyptologie_-_Vases_Ramses_II.jpg Source : [Link]
Egyptologie_-_Vases_Ramses_II.jpg Licence : Public domain Contributeurs : Transféré de [Link] à Commons. Original uploader
was Aoineko. Artiste d’origine : ?
• Fichier:[Link] Source : [Link] Licence : CC BY-SA 3.0 Contribu-
teurs : Travail personnel Artiste d’origine : Soutekh67
• Fichier:Mummy_at_Louvre.jpg Source : [Link] Licence : CC
BY 2.0 Contributeurs : originally posted to Flickr as Mummy at Louvre Artiste d’origine : jalvear
• Fichier:Museo_archeologico_di_Firenze,_Museo_Egizio,_urnetta.JPG Source : [Link]
9/97/Museo_archeologico_di_Firenze%2C_Museo_Egizio%2C_urnetta.JPG Licence : CC BY 2.5 Contributeurs : Travail personnel Artiste
d’origine : Sailko
• Fichier:Nephthys_N4051_mp3h8832.jpg Source : [Link]
[Link] Licence : CC BY-SA 2.0 fr Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Rama
• Fichier:Nile_left_bank2.JPG Source : [Link] Licence : CC-BY-
SA-3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Rémih
• Fichier:Niu_anu_v.jpg Source : [Link] Licence : Public domain Contri-
buteurs : Das Grabdenkmal des Königs Ne-user-reʿ Artiste d’origine : Ludwig Borchardt (5 October 1863 — 12 August 1938)
• Fichier:Nome_u_15_17.jpg Source : [Link] Licence : CC BY 2.5
Contributeurs : Photographie personnelle Artiste d’origine : Ochmann-HH
• Fichier:[Link] Source : [Link]
[Link] Licence : GFDL Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Wufei07
• Fichier:Opening_of_the_mouth_ceremony.jpg Source : [Link]
mouth_ceremony.jpg Licence : Public domain Contributeurs : [Link]
page_from_the_book_of_the_de-[Link], [Link] Artiste d’origine : ?
48 8 SOURCES, CONTRIBUTEURS ET LICENCES DU TEXTE ET DE L’IMAGE

• Fichier:PSM_V39_D832_Egyptian_mummy_of_a_dog_front_and_profile_views.jpg Source : [Link]


org/wikipedia/commons/2/26/PSM_V39_D832_Egyptian_mummy_of_a_dog_front_and_profile_views.jpg Licence : Public
domain Contributeurs : [Link] /wiki/Page:Popular_Science_Monthly_Volume_39.djvu/832 Artiste d’ori-
gine : Inconnu<a href='[Link] title='wikidata:Q4233718'><img alt='wikidata:Q4233718'
src='[Link] width='20'
height='11' srcset='[Link] 1.5x,
[Link] 2x' data-file-width='1050'
data-file-height='590' /></a>
• Fichier:[Link] Source : [Link] Licence : Copyrighted
free use Contributeurs : [Link] Artiste d’origine : Jon Bodsworth
• Fichier:RPM_Ägypten_186a.jpg Source : [Link] Li-
cence : CC BY-SA 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Einsamer Schütze
• Fichier:Saint_christopher_cynocephalus.gif Source : [Link]
[Link] Licence : Public domain Contributeurs : ~ Artiste d’origine : ?
• Fichier:[Link] Source : [Link] Licence : CC BY-SA 3.0 Contribu-
teurs : Eigene Anfertigung ; Abzeichnung aus W. M. Flinders Petrie : The royal tombs of the first dynasty. Teil I (= Memoir of the Egypt Ex-
ploration Fund. Band 18). Egypt Exploration Fund u. a., London 1900, Bildtafel XXXII., Objekt 17. Artiste d’origine : Benutzer:Nephiliskos
• Fichier:[Link] Source : [Link]
[Link] Licence : Public domain Contributeurs : [Link]
images/[Link] [The John Rylands University Library, University of Manchester, England — fr. a ex libris in a
Buxheim’s manuscript (Germany)] Artiste d’origine : The artist is unknown [Unknown Master]
• Fichier:Statue_of_the_god_Anubis.jpg Source : [Link]
jpg Licence : CC BY-SA 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Colin
• Fichier:Temple_of_Isis,_Delos_01.jpg Source : [Link]
[Link] Licence : CC BY-SA 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : Bernard Gagnon
• Fichier:The_death.png Source : [Link] Licence : CC BY 2.0 Contribu-
teurs : Travail personnel Artiste d’origine : 1ur1
• Fichier:[Link] Source : [Link] Licence : CC BY-
SA 3.0 Contributeurs : Travail personnel Artiste d’origine : ShillukinUSA
• Fichier:Tutanhkamun_jackal.jpg Source : [Link] Licence :
Copyrighted free use Contributeurs : [Link] Artiste d’origine : Jon Bodsworth
• Fichier:Té[Link] Source : [Link] Licence : Copyrighted
free use Contributeurs : [Link] Artiste d’origine : Jon Bodsworth

8.3 Licence du contenu


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