Anubis : Dieu funéraire égyptien
Anubis : Dieu funéraire égyptien
Pour les articles homonymes, voir Anubis (homony- lié aux XVIIe et XVIIIe nomes de Haute-Égypte et plus
mie). particulièrement à la ville de Hardaï, plus connue sous le
Vous lisez un « article de qualité ». nom grec de Cynopolis, la « ville du chien ».
Anubis (prononcé [[Link]] ) est un dieu funéraire de Les prêtres égyptiens sont à l'origine de multiples tra-
ditions relatives aux liens familiaux d'Anubis, en faisant
de lui le fils de la vache primordiale Hésat ou le fils
de Rê avec Nephtys. Une version, transmise par le grec
Plutarque au IIe siècle de notre ère, fait de lui le fils adul-
térin de Nephtys avec Osiris. Quand ce dernier est as-
sassiné et démembré par Seth, Anubis participe avec Isis
et Nephtys à la reconstitution du corps d'Osiris, inaugu-
rant par ce geste la pratique de la momification. Assigné
à la surveillance du « Bel Occident » — un euphémisme
pour le pays des morts — Anubis accueille les défunts
auprès de lui. Il momifie les corps afin de les rendre im-
putrescibles et éternels, il purifie les cœurs et les entrailles
souillés par les turpitudes terrestres, il évalue les âmes
lors de la pesée du cœur, puis accorde de nombreuses of-
frandes alimentaires aux défunts ayant accédé au rang de
dignes ancêtres.
1 Dénomination
Le dieu Anubis est l'une des plus anciennes divinités
Coffret funéraire d'une adoratrice d'Anubis, Musée archéolo- égyptiennes. La manière d'écrire son nom en caractères
gique de Florence. hiéroglyphiques a évolué au cours des époques, passant du
symbole unique du chien couché à un groupe de signes
l'Égypte antique, maître des nécropoles et protecteur des phonétiques augmenté ou non du symbole canin. Mal-
embaumeurs, représenté comme un grand canidé noir gré de nombreuses hypothèses, la signification du nom
couché sur le ventre, sans doute un chacal ou un chien reste floue et non élucidée. La dernière en date propose
sauvage, ou comme un homme à tête de canidé. La signi- d'y voir une onomatopée. Les différentes fonctions funé-
fication du mot Anubis, inpou en égyptien ancien, Anoub raires d'Anubis transparaissent dans ses cinq principales
en copte, Ἄνουβις / Anoubis en grec ancien, demeure épithètes et font de lui le maître du domaine des morts.
obscure : de nombreuses explications ont été avancées,
mais il peut s’agir simplement d'une onomatopée tradui-
sant le hurlement du chacal. La forme canine du dieu a 1.1 Nom
probablement été inspirée aux Anciens Égyptiens par le
comportement des canidés, souvent charognards oppor- 1.1.1 Hiéroglyphes
tunistes errant la nuit dans les nécropoles à la recherche
de cadavres. Article connexe : Translittération des hiéroglyphes.
1
2 1 DÉNOMINATION
tique. Des fouilles archéologiques à Oumm el-Qa'ab, la de l'étymologie pour trouver une signification au nom
nécropole royale de la cité d'Abydos, ont permis de dé- d'Anubis. Avant le déchiffrement des hiéroglyphes en
couvrir des tessons de poterie et des plaquettes en ivoire 1752, le théologien et orientaliste Paul Ernest Jablons-
où figure l'idéogramme du canidé couché, datés du roi ki (1693-1757) relie le nom d'Anubis au mot copte
Scorpion de la dynastie Zéro et du roi Den de la Ire noub (or) en affirmant que les chacals sont associés à ce
dynastie (entre 3200 et 3000 avant notre ère)[2] . Du- métal[9] . En 1872, le britannique Charles Wycliffe Good-
rant l'Ancien Empire, ce hiéroglyphe se rencontre fré- win (1817-1878)[10] avance l'idée assez improbable que
quemment dans les textes des formules d'offrandes funé- le mot égyptien inpou est une corruption de la racine sé-
raires. Il est généralement interprété par les égyptologues mitique alp, dont les nombreuses variantes serviraient à
comme étant Anubis. Il est cependant très difficile de désigner des animaux[11] .
l'attribuer à cette seule divinité, car le nom d'Anubis n'est
Les égyptologues allemands Kurt Sethe (1869-1934) et
pas écrit avec des hiéroglyphes phonétiques avant la VIe Hermann Kees (1886-1964) considèrent que la signifi-
dynastie, vers 2200 avant notre ère. Sur les monuments,
cation du mot inpou est « chien » et plus spécialement
l'idéogramme est le seul mode d'écriture durant les IVe « chiot », après avoir remarqué qu'en égyptien ancien le
et Ve dynasties. La graphie phonétique, avec ou sans le
mot s’appliquait aussi pour désigner un « jeune prince ».
déterminatif du canidé, apparaît occasionnellement à la En 1929, l'italien Giulio Farina (1889-1947)[12] suppose
fin de la VIe dynastie, sous le règne de Pépi II, et ne de- que le mot égyptien inpou est similaire au mot sémitique
vient fréquente qu'à partir de la Première Période inter- ṷlp, ṷulūp qui désigne le chacal. Dans un article publié à
médiaire (entre 2180 et 2040 avant notre ère)[3] . Pour les titre posthume en 1972, Pierre Lacau (1873-1963) estime
temps les plus reculés, la lecture du hiéroglyphe du ca- que plusieurs divinités thériomorphes tirent leur nom de
nidé couché en Inpou (Anubis) n'est donc pas garantie. leur animal sacré. Concernant Anubis, inp est un terme
Les autres possibilités de lecture sont relativement nom- archaïque qui sert à désigner un canidé et Inpou est le
breuses : Khenty Imentyou « Celui qui est à la tête des oc- nom de la divinité canine. Le terme inp ayant été divini-
cidentaux », Inpou Khenty Imentyou « Anubis, celui qui sé, le mot sab aurait pris le relais pour désigner les canidés
est à la tête des occidentaux »[4] , Sedi « celui à la queue », sauvages[13] . En 1976, Dimitri Meeks[14] traduit le nom
Oupiou « celui qui ouvre (l'aîné) », Meniou « le gardien inp par « celui qui est couché sur son ventre », cette at-
du troupeau », Sheta « le mystérieux » et Sab, un terme titude étant la pose traditionnelle de la forme animale du
générique servant à désigner les chacals et les chiens du dieu. Il remarque aussi qu'un passage des Textes des sar-
déserts[5] . cophages rapproche le nom d'Anubis du mot inp « putré-
faction », un hapax issu d'un calembour élaboré à partir
1.1.2 Étymologie des mots irpou (« vin ») et repou (« fermentation »)[15] .
Plus récemment, en 2005, le britannique Terence
La signification du nom inpou (Anubis) reste le sujet DuQuesne[16] , notamment auteur d'une considérable mo-
de nombreuses discussions entre spécialistes et aucun nographie sur les dieux-chacals égyptiens, propose de
consensus ne s’est encore dégagé. La même situation s’ap- ne voir, dans le terme inpou (vocalisé sous *yanoup),
plique à d'autres divinités importantes. Malgré maintes qu'une simple onomatopée visant à imiter le hurlement
hypothèses, les théonymes Rê, Min, Ptah, Osiris, Seth et du chacal, en conformité avec la pratique égyptienne de
Anubis ne disposent pas d'étymologies scientifiquement former les noms d'animaux à partir de leur cri : miou pour
satisfaisantes[6] . le chat, reret pour le cochon, aâ pour l'âne[17] .
La plus ancienne explication du nom d'Anubis remonte à
la fin de l'époque ptolémaïque et apparaît dans le Papyrus
Jumilhac (VI, 6-7). Cette monographie religieuse, tra- 1.2 Épithètes
duite en 1961 par Jacques Vandier (1904-1973), expose
les principaux mythes et rituels du nome cynopolite en
Les principales épithètes appliquées à Anubis mettent en
Moyenne-Égypte. Il y est indiqué qu'Anubis a reçu sonexergue son rôle de divinité funéraire et le décrivent vo-
nom de sa mère Isis et qu'il « fut prononcé relativement
lontiers comme étant le chef du domaine funéraire en
au vent, à l'eau et au désert ». Ces trois mots sont les re-
son entier ou comme le chef d'une des subdivisions de
présentations symboliques des trois hiéroglyphes phoné-
ce domaine. Dès les débuts de la civilisation égyptienne,
tiques qui composent la racine inp du nom d'Anubis. Le
Anubis est doté de ses cinq principales épithètes ; Khen-
roseau i représente le vent, la vaguelette n évoque l'eau du
ty imentyou (« Celui qui est à la tête des Occidentaux
Nil et, plus curieusement, le meuble en roseau p est inter-
— les morts »), khenty ta djeser (« Celui qui est à la
prété comme le symbole du désert[7] . Selon Georges Po-
tête du pays sacré »), tepy djouef (« Celui qui est sur
sener (1906-1988), cette étymologie sacrée viserait à ci-
sa montagne »), Khenty seh netjer (« Celui qui préside
menter une association entre les dieux Shou (vent), Osiris
au pavillon divin ») et imy-out (« Celui qui préside à la
(eau) et Anubis (désert)[8] . salle d'embaumement »), les quatre dernières persistant
À l'instar des auteurs antiques du Papyrus Jumilhac, jusqu'à l'époque gréco-romaine (entre le IVe siècle avant
nombre de savants modernes ont enfreint les règles notre ère et le IVe siècle après)[18] .
3
1.2.1 Celui qui est à la tête des Occidentaux thète du toponyme djouefet — « la montagne de la vi-
père » —, le nom du XIIe nome de Haute-Égypte, une
L'épithète khenty imentyou « Celui qui est à la tête des région située en face du nome lycopolitain dédié au canidé
Occidentaux » (variantes : khenty imentet « Celui qui Oupouaout[24] . Le mot égyptien djou survit dans la langue
est à la tête de l'Occident », neb imentet « Seigneur de copte sous le terme toou, qui sert à forger des toponymes
l'Occident ») est surtout attribuée à Osiris à partir de la en lien avec les montagnes désertiques et les monastères
toute fin de l'Ancien Empire, quand il devient la divini- reculés[22] .
té majeure du domaine funéraire, mais Anubis n'en se-
ra jamais totalement dépourvu[19] . Cette épithète pose
de nombreux problèmes car Khentyimentyou est aussi le 1.2.4 Celui qui préside au pavillon divin
nom du dieu-canidé de la ville d'Abydos attesté dès la Ire
dynastie par des documents archéologiques. Il s’agit donc L'épithète khenty seh netjer, « Celui qui préside au pa-
de bien distinguer le nom d'une divinité indépendante et villon divin », apparaît régulièrement dans les plus an-
la fonction homonyme attribuée à Anubis à partir de la ciennes formules d'offrandes inscrites, durant l'Ancien
Ve dynastie et à Osiris à partir de la VIe dynastie[20] . Empire, sur les murs des mastabas des particuliers ainsi
que sur ceux des pyramides à textes des souverains de la
VIe dynastie. Le seh netjer est une structure temporaire
1.2.2 Seigneur du pays sacré (tente) ou une structure durable (bâtiment), un endroit
liminal situé entre le monde des vivants et le monde des
Les aspects d'Anubis, en tant que divinité du monde sou- morts, une sorte de sas d'entrée de la nécropole. Il s’agit
terrain, se reflètent dans les épithètes Khenty ta djeser — d'un lieu où Anubis exerce sa protection sur les corps
« Celui qui est à la tête du Pays sacré » — et Neb ta djeser morts, en cours de transformation lors de la momifica-
— « Seigneur du pays sacré ». La première expression tion. Le coffre qui représente un temple ou un naos et sur
est sans doute la plus ancienne, la seconde n'apparaissant lequel Anubis est souvent figuré couché est peut-être une
que sous la IVe dynastie (aux alentours de 2500 avant représentation du seh netjer[25] .
notre ère), seule ou en association avec l'épithète khen-
ty seh netjer. Le « pays sacré » est une désignation de la
nécropole et, par extension, de tout le royaume de l'au- 1.2.5 Celui qui préside à la salle d'embaumement
delà. D'après une stèle du Nouvel Empire conservée au
Musée Royal des Antiquités de Leyde, le ta djeser est aus- La fonction la plus connue du dieu Anubis s’exprime
si un toponyme qui sert à désigner la nécropole du nome dans l'épithète imy-out (« Celui qui préside à la salle
thinite (la région de la ville d'Abydos) dont les liens avec d'embaumement », « Celui de la bandelette »), qui lui est
les divinités canines sont attestés depuis les époques his- spécifiquement attribuée. Le sens précis de cette expres-
toriques les plus reculées. L'épithète neb ta djeser est sur- sion n'est pas clairement établi. Le mot out est en rap-
tout attribuée à Anubis, mais très communément aussi au port avec la momification et plus particulièrement avec
dieu Osiris, essentiellement durant le Moyen Empire, à les bandelettes, tandis que les prêtres qui participent à
Abydos et dans le reste du pays[21] . l'emballement des corps sont désignés sous le terme gé-
nérique de outy. En tant que substantif, le mot out se ré-
fère aussi au lieu où se déroule le rituel de la momifica-
1.2.3 Celui qui est sur sa montagne tion. Il est également possible que ce mot soit en rapport
avec le terme ouhat « oasis », lieu d'où sont originaires
L'épithète tepy djouef « Celui qui est sur sa montagne » de nombreux produits, comme les résines nécessaires à la
est l'une des plus fréquentes depuis les débuts de l'histoire conservation des corps. Sous la dynastie des Ptolémées,
égyptienne et jusqu'à la période romaine. Elle se retrouve le toponyme Out désigne la nécropole du XVIIe nome de
très souvent sur les murs des mastabas de l'Ancien Em- Haute-Égypte, un lieu sacré fortement lié à Anubis[26] .
pire et sur des stèles élevées à Abydos durant le Moyen
Empire. Cette expression apporte une précision géo-
graphique quant aux lieux où les Égyptiens ont instal-
lé leurs nécropoles. L'épithète montre que la puissance 2 Iconographie
d'Anubis s’exerce sur les collines rocailleuses (gebel en
arabe) situées entre la fin des terres cultivables bordant L'Égypte antique est une civilisation qui a accordé une
le Nil et le début des vastes déserts Lybique et Arabique. grande importance aux images. Avec ses quelque 700
Dans cette zone montagneuse, le terrain est fort acciden- signes hiéroglyphiques, son écriture le démontre aisé-
té mais très riche en pierres de taille ainsi qu'en mine- ment. Cet art du dessin (ou iconographie) se remarque
rais et métaux précieux, utilisés lors des funérailles les aussi dans la mise en image du monde divin. L'apparence
plus somptueuses[22] . En outre, errent dans cette zone les du dieu Anubis, symbolisé par un canidé, est sûrement
canidés prédateurs et charognards en quête de pitance. dicté par ses fonctions funéraires ; les chacals et les chiens
L'égyptologue Georg Möller (1876-1921)[23] a proposé hantant et gardant les cimetières situés en bordure des dé-
une explication géographique en rapprochant cette épi- serts.
4 2 ICONOGRAPHIE
2.2 Représentations
monde des morts. fet très variable. Durant la Ire dynastie, la grande rivale
d'Anubis dans cette fonction est la déesse Neith, issue de
la ville de Saïs[46] .
3.1.1 Origines
Durant la première moitié de la IVe dynastie, les grands
Le processus d'élaboration des croyances égyptiennes est personnages de l'État pharaonique se placent presque tous
complexe. Concernant Anubis, quelques faits dominent sous la protection d'Anubis. Le recours à ce dieu appa-
dans la thématique funéraire. Pour le souverain, l'au-delà raît dans des formules gravées sur les murs des chapelles
est un domaine situé dans le ciel et la personne royale qui surmontent les tombeaux. À l'extrême fin de la IVe
est considérée comme un fils de Rê, le dieu soleil — dynastie ou durant les débuts de la Ve dynastie, Osiris
conception qui se met progressivement en place à partir prend place à côté d'Anubis. Au cours de la Ve dynas-
de la IIe dynastie, mais ne culmine que sous les IVe et Ve tie, Osiris supplante Anubis comme souverain incontes-
dynasties. Le reste de la population égyptienne n'a pas té des mondes de l'au-delà. Toutefois, Anubis conserve
les contrées célestes pour destination post-mortem : pour une place non négligeable dans les croyances funéraires
elle, l'au-delà est situé à l'Occident, considéré comme une en tant que divinité protectrice[47] :
extension des nécropoles terrestres. Durant les trois pre-
mières dynasties (de 3000 à 2600 avant notre ère), Anu-
bis est la seule divinité funéraire qui soit aussi bien au « Une offrande que donne le roi et que
service du roi qu'à celui des particuliers. À partir de la donne Anubis, préposé au pavillon divin, qui
fin de la IVe dynastie, l'Occident est surtout connu pour se tient sur sa montagne, imi-out, seigneur de
être le royaume d'Osiris, le dieu-roi assassiné puis res- la terre consacrée, afin qu'il puisse recevoir un
suscité. Mais cette vision de l'Occident n'est qu'une se- enterrement parfait dans sa tombe qui est dans
conde étape ; antérieurement, il était surtout dominé par la nécropole occidentale, après être devenu très
Anubis[43] . vieux en tant que possesseur de la condition
d'imakhou auprès du dieu grand, seigneur de
l'Occident.
Une offrande que donne le roi et que donne
Osiris, préposé à Bousiris, afin qu'il soit accom-
pagné par ses kas dans les places pures, et que
sa main soit reçue par le dieu grand, et qu'il soit
conduit sur les chemins sacrés de l'Occident,
sur lesquels se promènent les possesseurs de la
condition d’imakhou.
Une offrande que donne le roi et que donne
Anubis, préposé à la ville de Sépa, afin qu'il
joigne la terre (soit enterré) et traverse le
firmament, et que la (déesse de la) Nécro-
pole lui offre ses bras en paix, en paix auprès
du dieu grand, (au) possesseur de la condi-
Fausse-porte du tombeau de Manéfer. Règne de Djedkarê Isési, tion d'imakhou auprès de son seigneur, qui a
Ve dynastie, Musée égyptologique de Berlin. fait des offrandes et qui a atteint la condition
d’imakhou.
Une fois la royauté pharaonique bien installée, les fa- Une offrande que donne le roi et Osiris
miliers et les fonctionnaires royaux se font édifier des Khentamentiou, seigneur d'Abydos, afin que
tombeaux et des mastabas autour du domaine funé- l'offrande lui soit donnée dans sa tombe qui
raire royal, constitué par des pyramides plus ou moins est dans la nécropole (...), en toute belle
monumentales[44] . Pour le groupe des serviteurs royaux, fête, chaque jour, par jour pour la durée de
la religion funéraire consiste en une vie post-mortem qui l'éternité, car j'étais un qui est aimé de son
se déroule à l'intérieur de ces sépultures. Le défunt béné- père, loué de sa mère. »
ficie d'offrandes funéraires distribuées par faveur royale
et sous le regard d'une divinité funéraire. L'Occident est
d'abord le cimetière réel, puis cette notion s’élargit et se — Linteau d'une tombe anonyme de Saqqarah. VIe dy-
charge d'un caractère plus spirituel, devenant une contrée nastie[48] .
lointaine gouvernée par une divinité[45] . Entre les Ire et
IVe dynasties, la religion funéraire patronnée par Anubis
parvient à attirer à elle de nombreux fidèles non royaux. 3.1.2 Osiris ou la momie idéale
Mais cette prédominance d'Anubis sur l'Occident ne s’est
pas faite sans la concurrence d'autres divinités funéraires. Articles détaillés : Osiris et Mythe osirien.
La divinité qui garantit des aliments au défunt est en ef-
8 3 ÉLÉMENTS MYTHOLOGIQUES
le philosophe et historien grec Plutarque (vers 110-120 de l'ouverture de la bouche et de la pratique annuelle de
de notre ère), qui fait d'Anubis le fils issu de la relation façonner des statues d'Osiris en argile lors du mois de
adultérine entre Nephtys et Osiris, cette relation (pudi- Khoiak[63] . Le dieu Seth, après avoir assassiné son frère
quement présentée sous la forme d'une méprise) causant Osiris, maquille son crime en dépeçant le corps de la vic-
la fureur de Seth et le meurtre par celui-ci de son frère time et en en dispersant les membres. Anubis part à la re-
Osiris[61] : cherche des lambeaux et trouve la tête à Nedjit, un banc
de sable situé près de la ville d'Andjéty (Bousiris). La tête
« Isis apprit ensuite qu'Osiris amoureux est ensuite transportée à la nécropole de Cynopolis (Har-
avait eu, par méprise, en la prenant pour Isis daï), soit par Anubis lui-même transformé en Horus sous
elle-même, commerce avec Nephtys sa sœur. la forme d'un faucon, soit par les quatre fils d'Horus. Pour
Ayant trouvé dans la couronne de mélilot retrouver les autres membres d'Osiris, Anubis et Thot se
qu'Osiris avait laissée auprès de Nephtys, un mettent à réfléchir. Le dernier finit par trouver une so-
témoignage évident de leur union, Isis se mit à lution en ensorcelant la tête, le but étant de faire parler
rechercher l'enfant que la mère, dans la crainte l'esprit d'Osiris. Mais, pour ce faire, la tête doit disposer
de Typhon, avait exposé tout aussitôt après d'un corps de substitution en glaise. Après de nombreuses
lui avoir donné le jour. Isis conduite par des paroles magiques, la tête du dieu mort révèle finalement
chiens, le retrouva difficilement et à grand’ l'emplacement des autres membres et Anubis se rend aus-
peine. Elle se chargea de le nourrir, et cet en- sitôt vers les lieux indiqués. Pour transporter plus facile-
fant, répondant au nom d'Anoubis, devint son ment les membres, Anubis fabrique un récipient imy-out,
accompagnateur et son gardien. On le dit pré- probablement sous la forme d'une corbeille en papyrus.
posé à la garde des dieux, comme les chiens le De retour à Hardaï, Anubis momifie le corps d'Osiris et
sont à la garde des hommes. » dépose la dépouille dans un caveau funéraire, afin de le
soustraire à la furie de Seth[64] :
— Plutarque, Isis et Osiris (extrait du §14), traduction de
Mario Meunier[62] .
— Extrait du Papyrus Jumilhac (X.20 à XI.14), traduc- le troupeau de Jwok, le dieu créateur[68] . En Égypte an-
tion de Sandra L. Lippert[65] . tique, la possession d'un large bétail est une bénédiction
divine et un marqueur d'importance sociale, la puissance
économique permettant de larges sacrifices animaliers à
3.2 Divinité pastorale et bouchère des fins d'offrandes funéraires. Dans ce contexte, Anubis
endosse les traits du sacrificateur sous le titre de « chef
[69]
Si Anubis est surtout connu pour ses fonctions funéraires, des bouchers » (hery-tep menhouy) .
dès ses origines, il est aussi assigné à la protection des
troupeaux de bovidés. L'élevage étant la principale ri-
chesse des Anciens Égyptiens, le sacrifice d'une bête à
corne constitue alors le point d'orgue des rituels funé-
raires. La protection d'Anubis s’exerce naturellement lors
des abattages et des répartitions des offrandes. Les fonc-
tions pastorales et funéraires du dieu canin sont inextri-
cablement liées dans le récit mythologique du Conte des
deux frères (Anubis et Bata).
est auprès de Thot parmi ceux qui préparent les avances de la séductrice. Affolée par l'idée d'être dé-
offrandes alimentaires. Anubis a ordonné (à) noncée, l'épouse invente un mensonge et dit à Anubis
ceux qui sont parmi les offrandes que les of- qu'elle a été violentée par Bata. Anubis, furieux, tente
frandes de N. soient en sa possession, sans que d'assassiner son cadet, mais Bata réussit à fuir aidé par
cela puisse lui être enlevé par ceux qui s’oc- Rê. Le lendemain, les deux frères s’expliquent et Anu-
cupent du butin. » bis reconnaît s’être emporté à tort. Pourtant, les frères se
séparent. Anubis rentre chez lui et tue son épouse infi-
— Livre des Morts, Nouvel Empire, chapitre 144[72] . dèle. Bata, bouleversé par cette mésaventure incestueuse,
se châtre et décide de quitter l'Égypte pour la « Vallée du
Pin parasol », située probablement dans l'actuel Liban[78] .
3.2.2 Conte des Deux Frères Il mène quelque temps une vie solitaire, se construit une
demeure sous le plus grand des pins parasol et survit
grâce aux produits de ses chasses quotidiennes. Pris de
pitié, l'Ennéade lui fabrique une magnifique compagne.
Lorsque Pharaon apprend l'existence de cette déesse, il
monte une armée, enlève la femme et trouve le moyen
de tuer Bata en suivant les consignes de la déesse, cette
dernière ayant choisi de trahir Bata. Chez lui, Anubis ap-
prend la mort de Bata par l'entremise d'intersignes (vin
aigre et bière rance). Il accourt aussitôt auprès de la dé-
pouille de son frère et s’active à le faire revivre en lui fai-
sant boire son cœur placé dans un bol d'eau fraîche[n 8] .
Ayant recouvré la vie, Bata se transforme en taureau et re-
tourne en Égypte, guidé par Anubis. Offert en cadeau à
Pharaon, le taureau Bata se présente devant sa compagne
Pin parasol. qui, entre temps, était devenue la concubine préférée de
Pharaon. Prise de terreur, la déesse supplie Pharaon de
Anubis et le taureau Bata Le Conte des Deux Frères, sacrifier le taureau aux dieux. Pharaon cède à cette de-
découvert en 1852 et rédigé à l'occasion de l'accession mande, mais deux gouttes du sang de Bata éclaboussent
au trône du jeune roi Séthi II, à la fin du XIIe siècle, les montants d'un portail et donnent naissance à deux ma-
est l'un des textes de l'Égypte ancienne les plus tra- gnifiques perseas. La déesse, sachant qu'il s’agit de Bata,
duits et commentés[73] . Sa nature exacte n'est cepen- demande à Pharaon de les faire abattre afin d'en faire des
dant pas encore bien déterminée. Ses premiers traduc- meubles. Lors de la coupe, un copeau s’envole et finit dans
teurs, Emmanuel de Rougé (1811-1872) et Auguste Ma- la bouche de la déesse. Ayant avalé l'esprit de Bata, la
riette (1821-1881) ont pensé qu'il s’agissait d'un conte. déesse se trouve ainsi enceinte de lui et lui redonne nais-
Depuis, l'opinion générale parmi les égyptologues est sance en tant que prince héritier. À la mort de Pharaon,
qu'il s’agit d'une œuvre littéraire chargée de données Bata lui succède et fait traduire en justice la déesse traî-
mythologiques[74] . En 2003, Wolfgang Wettengel[75] y tresse. Il règne sur le pays durant trente années, et, au bout
voit un mythe politique destiné à expliquer, dans une pé- de ce temps de vie humaine, il meurt et rejoint le ciel, non
riode de crise successorale et de migration sémitique, sans avoir fait d'Anubis son successeur légitime[79] .
l'origine divine et séthienne de la lignée de Ramsès II, les
dieux Seth et Baal se cachant sous les traits de Bata, un
berger devenu roi avec l'aide d'Anubis[76] . En 2011, sur la
base d'une comparaison avec les données consignées dans
le Papyrus Jumilhac, Frédéric Servajean estime que cette
histoire est une sorte de mythe qui camoufle les relations
conflictuelles entre les clergés des XVIIe et XVIIIe nomes
de Haute-Égypte, la frontière entre ces deux régions étant
très fluctuante. Les deux principaux personnages sont en
effet Anubis et Bata, chaque frère étant la divinité ma-
jeure de l'un des deux nomes rivaux[77] .
Bata et ses multiples vies Anubis, le frère aîné, est Anubis capture Seth transformé en taureau lors du vol de la mo-
l'heureux propriétaire d'un domaine agricole et d'un large mie d'Osiris.
cheptel bovin, tandis que Bata, le cadet, s’occupe de tous
les travaux de la ferme. Les deux frères mènent une exis- Bata ou Seth capturé À sept reprises, le Conte des
tence paisible mais entrent en conflit le jour où la femme deux frères met en relation le personnage de Bata avec
d'Anubis tente de séduire Bata. Ce dernier refuse les une étable. D'après Frédéric Servajean, il est probable
13
que ces mentions sont des allusions à une étable à fonc- 4 Nécropoles et sanctuaires
tion rituelle qui devait exister dans l'enceinte du temple de
la ville de Saka, le « Dos du Taureau » (l'actuelle bour-
4.1 Croyance égyptienne nationale
gade d'El-Qîs). Plusieurs passages du Papyrus Jumilhac
parlent de cette localité et deux d'entre eux citent nom-
Les nombreuses découvertes archéologiques réalisées sur
mément l'enclos-medjet de Saka consacré au dieu taureau
l'ensemble du territoire égyptien, au cours des XIXe et
Bata[80] . D'après une inscription du temple de Dendérah,
XXe siècles, ont démontré qu'Anubis a été une divini-
la ville de Saka est, durant la période gréco-romaine, la
té funéraire très populaire auprès de l'ensemble de la
capitale du XVIIe nome de Haute-Égypte, et Anubis est
population antique, des plus humbles paysans jusqu'aux
son dieu principal. Une source postérieure, le Papyrus de
plus prestigieux pharaons. Sa présence se manifeste dans
Tebtynis no II, daté de l'époque romaine, rapporte que les
les nécropoles grâce aux textes, reliefs et statuettes que
dieux Bata, Horus, Isis et Nephtys sont vénérés à Saka,
chaque défunt a laissé dans sa sépulture. Son culte est
tandis qu'en face, sur l'autre rive, les dieux Anubis, Osiris
bien attesté dans les grands centres religieux qu'ont été
et Hor-hery-ouadjef (Horus sur son papyrus) sont vénérés
les villes de Memphis et Thèbes.
à Houtredjou dans le sanctuaire Seh-Netjer, le « Pavillon
du Dieu »[81] . Selon le Papyrus Jumilhac, Bata est en réa-
lité Seth, l'ennemi et le meurtrier d'Osiris, mais sous une 4.1.1 Maître des nécropoles
forme inoffensive, le fougueux Seth ayant été vaincu, li-
goté et castré par Anubis après avoir tenté de dérober la La plupart des dieux funéraires égyptiens ne sont vénérés
momie d'Osiris. Depuis cette capture et pour l'éternité qu'au niveau local. La zone d'influence de ces divinités
des temps, Seth est enfermé dans l'étable sacrée du temple mineures ne dépasse pas les frontières de la ville ou de la
de Saka sous l'apparence du pacifique bœuf Bata. Cet épi- province d'origine. Seuls quelques rares dieux et déesses,
sode mythologique est illustré dans le papyrus par une vi- très vénérés localement, ont été hissés au niveau national,
gnette qui représente un taureau courant au galop mais comme c'est le cas d'Oupouaout d'Assiout et d'Anubis du
dont la fuite est stoppée par Anubis qui l'a attrapé au las- nome cynopolitain, lequel acquiert très tôt une large in-
so. La corde maintient liées les deux pattes postérieures fluence nationale[84] .
du taureau et Anubis tient fermement de ses deux mains
l'autre extrémité afin que Seth ne puisse s’échapper. Sur
le dos du bovidé est déposée la momie d'Osiris, Anubis
ayant condamné Seth à porter la dépouille sur son dos afin
de la ramener dans la crypte mortuaire[82] :
du roi Khéops, le bâtisseur de la Grande Pyramide. Pour Anubis n'a bénéficié d'un grand temple indépendant que
chaque formule d'offrandes, l'image du chacal est à la fois dans la cité de Cynopolis. Il pouvait cependant posséder
un immense hiéroglyphe intégré au texte et une figura- une chapelle dans les grands temples funéraires royaux,
tion du dieu, telle une icône[n 9] . Le plus ancien relief fi- les « Châteaux des Millions d'Années » consacrés au Ka
gure dans le mastaba du prince Kaouab, fils de Khéops, des souverains égyptiens. La plus fameuse d'entre elles est
et montre un chacal bien plus grand que les hiéroglyphes la chapelle inférieure d'Anubis, à Deir el-Bahari, consa-
qui l'accompagnent. Le texte, dégradé lors de sa décou- crée par la pharaonne Hatchepsout durant la XVIIIe dy-
verte, a été restauré en 1946-1947 par l'égyptologue amé- nastie[99] .
ricain William Stevenson Smith (1907-1969)[93] . Dans
La cour supérieure du temple funéraire d'Hatchepsout est
les autres reliefs, la dimension du chacal est légèrement
délimitée à l'ouest par des portiques, le portique intermé-
atténuée, mais les détails de la gravure sont plus affirmés.
diaire étant prolongé au sud par la chapelle d'Hathor et
Dans le mastaba du prince Koufoukhâef, un autre fils de
au nord par la chapelle inférieure d'Anubis. Cette der-
Khéops, figurent deux chacals gravés en bas-relief sur les
nière est accessible depuis une salle hypostyle rectan-
jambages de la porte de la chapelle méridionale. La tête
gulaire à douze colonnes cannelées et au plafond parse-
des canidés est pourvue d'un œil humain et coiffée d'une
mé d'étoiles. Le mur septentrional est percé d'une niche
perruque à mèches tressées. L'une de ces perruques dis-
consacrée à Anubis tandis que son vis-à-vis méridional
pose d'un ménat en guise de contrepoids (relief sud)[94] .
est percé d'une niche consacrée à Osiris. La salle est or-
née de nombreux bas-reliefs montrant Hatchepsout, son
« Une offrande donnée par Anubis khenty époux Thoutmôsis II et son beau-fils Thoutmôsis III fai-
ta djeser, à savoir une heureuse vieillesse avant sant des offrandes à différents dieux dont Anubis, Osiris,
d'arriver auprès du grand dieu, pour le fils royal Rê, Amon et Sokaris. Le mur occidental est percé en son
Khoufoukhâef (relief nord). milieu par une ouverture conduisant au Saint des Saints,
Une offrande donnée par Anubis imy-out, organisé en une succession de trois petites chambres voû-
à savoir puissance et noblesse avant d'arriver tées se succédant en chicane. Le programme décoratif de
devant le grand dieu, pour le fils royal Khou- ce sanctuaire a été interprété par Christiane Desroches
foukhâef (relief sud). » Noblecourt (1913-2011) comme les ultimes métamor-
phoses de la pharaonne avant sa renaissance, Anubis étant
— Mastaba de Koufoukhâef[95] la souveraine elle-même[100] .
16 4 NÉCROPOLES ET SANCTUAIRES
• Chapelle d'Anubis
• Façade
orientale de la chapelle d'Anubis
• Plafond
étoilé de la salle hypostyle
« [Le nome d'Inpou[n 10] ]. Le roi de Haute — Papyrus Jumilhac (XX, 11-12). Traduction de Jacques
et Basse Égypte (cartouche vide), le fils de Rê Vandier[110] :
5.1 Momification 19
5 Fonctions funéraires dans l'abdomen, place ses mains sur la dépouille, enve-
loppe, parfume, embaume et redresse le défunt, rend le
cœur ou replace la tête sur le reste du corps[111] :
5.1 Momification
Dès les Textes des Pyramides, les plus anciens écrits reli- « […] le cœur des habitants de l'horizon est
gieux de l'Égypte, le dieu Anubis participe aux rites sa- joyeux quand ils te voient dans cette tienne di-
crés destinés à éviter le pourrissement des cadavres. Les gnité que ton père Geb t'a réservée ; il t'a li-
techniques de conservation des corps morts ont connu de vré tes ennemis révoltés contre toi dans l'atelier
lentes améliorations au cours des époques, pour aboutir d'embaumement. Anubis a rendu agréable ton
à un haut degré de perfection durant le Nouvel Empire cœur devant ta place dans le pavillon divin ; il
égyptien. Le personnel chargé de cette besogne est natu- te donne l'encens en tout temps sans qu'il y ait
rellement placé sous la protection d'Anubis. Le proces- diminution à la nouvelle lune ; [Anubis et Geb]
sus de la momification est symbolisé par le fétiche imy- te sauvent des Accroupis, les agents de mort
out, tandis que celui de la purification l'est par la déesse de la secrète salle d'abattage. Tu es apparu à
Qebehout, la fille d'Anubis. l'avant de la barque et tu commandes à tribord,
sans qu'on ait pouvoir sur ton âme, sans que
ton cœur te soit enlevé, […] car tu es le roi,
5.1.1 Patronage le fils du prince héritier ; aussi longtemps que
ton âme existera, ton cœur sera en toi. Anubis
se souvient de toi dans Busiris, ton âme jubile
dans Abydos et ton corps, qui est dans le pla-
teau désertique, se réjouit, celui qui a été em-
baumé jubile dans toutes ses places. Ah oui,
soit dénombré, soit préservé dans cette momie
qui est devant moi ! Anubis est joyeux du tra-
vail de ses mains, le chef du pavillon divin est
heureux quand il voit ce dieu parfait, maître de
ceux qui existent, souverain de ceux qui ne sont
plus. »
« Que Néferkarê puisse aller vers le Champ systématique[124] . La théologie qui entoure la momifica-
de Vie, vers la demeure de Rê dans le Fir- tion à ses origines est peu connue, mais il semble qu'aux
mament ! Que Néferkarê trouve [Qebehout], époques les plus reculées, la fonction principale d'Anubis
la fille d'Anubis, qui va au-devant de lui avec consistait surtout à approvisionner le défunt en offrandes
ses quatre jarres-néméset dont elle rafraîchit le alimentaires[125] .
cœur du grand dieu son jour de réveil (et) dont Les techniques commencent à être plus efficaces à par-
elle rafraîchira pour Néferkarê son cœur pour tir du Moyen Empire. L'éviscération devient habituelle
la vie ! » sous la XIIe dynastie (entre 1990 et 1784 avant notre ère)
comme en témoigne la présence de vases canopes dans les
— Extrait des Textes des Pyramides (§§. 1180a-1181a), tombes, pour recueillir les viscères momifiées. Parallèle-
Trad. de Claude Carrier[122] ment à ces progrès techniques, on assiste à un fort déve-
Le nom de Qebehout est déterminé par une serpente et loppement de l'idéologie osirienne. Le but de la momifi-
par une aiguière d'où s’écoule de l'eau. Il a été propo- cation est alors de transfigurer la dépouille mortelle en un
sé de traduire son nom par « Celle qui purifie avec de corps glorieux et éternel assimilé à Osiris, ce dieu étant
l'eau fraîche », le mot qebeh signifiant « purification » et le premier mortel à avoir bénéficié de ce rituel de revi-
« pureté ». Dans les pyramides à textes, le mot qebehou vification. Dans ce cadre, Anubis, tout en conservant son
sert à désigner le ciel, ce qui permet de voir en Qebe- rôle de pourvoyeur d'offrandes, s’enrichit de la fonction
hout une serpente évoluant dans les eaux célestes. Cette de préposé à la momification[125] :
divinité n'a jamais bénéficié d'un lieu de culte attitré et il
s’agit bien plus de l'anthropomorphisation d'une fonction « Qu'elles [Isis et Nephtys] empêchent que
rituelle que d'une véritable déesse. Il a aussi été proposé tu te décomposes selon ce nom qui est tien
de voir en Qebehout une manifestation du cobra femelle d'Anubis ! Qu'elles empêchent que ta putréfac-
ouadjet, symbole du Xe nome de Haute-Égypte[123] . tion ne s’écoule à terre selon ce nom qui est
tien de Chacal de Haute Égypte ! Qu'elles em-
pêchent que l'odeur de ton cadavre ne devienne
5.1.2 Embaumement mauvaise selon ce nom qui est tien de “Horus
de Shat” ! Qu'elles empêchent que ne se pu-
Article détaillé : momification. tréfie Horus Oriental ! Qu'elles empêchent que
ne se putréfie Horus de la Douat ! Qu'elles em-
pêchent que ne se putréfie Horus, le Maître du
Double Pays ! »
fut tiré dans sa maison d'éternité, y restant pour nue à sécher pendant encore une vingtaine de jours, du-
toujours » rant lesquels elle continue à être habillée par un entrela-
cement de bandelettes et d'amulettes protectrices[132] . Le
— Texte gravé sur une statue d'Osiris, Karnak, XXIe soixante-dixième jour, la momification est achevée et le
dynastie[129] . corps est de nouveau déposé dans la « Tente de purifi-
cation », où il subit le rituel de l'ouverture de la bouche,
une opération magico-funéraire destinée à rendre les cinq
Processus L'entrée d'une dépouille mortelle dans la sens au défunt. Le jour suivant, le corps est déposé en
« Place pure » (ouâbet) marque, pour son âme-Bâ, le dé- procession dans le caveau funéraire, son lieu de repos
but de sa protection par Anubis dans le monde de l'au- éternel[133] . Sur le plan de l'iconographie, l'embaumement
delà. Pour la famille, débute une période de soixante-dix commence à être représenté au début de la XVIIIe dy-
jours de deuil marquée par un jeûne constitué de maigres nastie. Anubis y apparaît sous la forme d'un prêtre grimé
repas de pain, d'eau et de légumes cuits. Le matin de cette d'un masque canin et posté debout derrière un lit funé-
journée, l'abdomen du mort est incisé au flanc gauche raire, entouré par Isis et Nephtys[134] .
pour permettre à son âme de monter au ciel[130] . Le corps
est ensuite éviscéré :
Boire son cœur Selon les Anciens Égyptiens, à la aux lymphes et leurs interactions animent le corps. La
mort d'un individu, le cadavre, l'âme-Ba, le Ka, l'ombre- mort est une destruction totale du ib et le but des rituels
shout et le cœur se séparent et deviennent indépendants. funéraires est de le restaurer et de le rendre au défunt. Du-
Dans le mythe osirien, cette séparation des organes phy- rant l'embaumement, les organes internes (ib) sont retirés
siques et des éléments immatériels (Ba, Ka, prénom) du corps puis insérés dans quatre vases canopes placés
est symbolisée par le dépeçage du corps d'Osiris par sous le patronage des quatre fils d'Horus. Le cœur-haty
Seth[135] . Concernant le cœur, il s’agit de bien distin- est laissé à sa place afin de garantir au défunt sa person-
guer le muscle cardiaque-haty des autres organes internes nalité. Quand la momie est déposée dans le caveau funé-
(foie, poumons, intestins, vaisseaux sanguins, ligaments, raire, les quatre vases canopes sont placés auprès d'elle.
sang, lymphes, etc.) désignés par le terme générique de L'intervention d'Anubis permet au défunt de retrouver
cœur-ib[n 14] , le second étant dirigé et soumis par les pul- son unité en se penchant sur lui[141] :
sations du premier, qui est aussi le siège des sentiments
et de la conscience individuelle. La vieillesse est le symp-
tôme d'une fatigue du cœur-haty, tandis que la mort est
le résultat de sa disparition, c'est-à-dire de l'arrêt de sa
« danse » pulsative. Par conséquent, de nombreuses di-
vinités, Nout par exemple, sont invoquées afin d'aider le
mort à retrouver son cœur[136] . Ce souhait est plus parti-
culièrement lié à la momification et Anubis joue un grand
rôle dans sa réintégration dans le corps. Une scène de
la tombe thébaine de Inerkhaou (TT359) montre Anu-
bis, un bol à la main, debout devant la momie, en train
de faire boire le cœur-haty au défunt[137] . Plusieurs vi-
gnettes illustrant le chapitre 26 du Livre des Morts font de
même, l'objectif de la formule magique étant de « rendre
son cœur-haty (au défunt) dans le Netjer Kheret (nécro-
pole) »[138] . Ce geste est explicité dans le Conte des deux Anubis penché sur le cœur de la momie de Senndejem.
frères (XIXe dynastie), lorsque Anubis tire son frère Ba-
ta du sommeil de la mort en lui faisant boire son cœur
disparu :
« Paroles dites par Anubis qui préside à
la salle de l'embaumement : « Si je suis ve-
« Alors [Anubis] pleura, en voyant son nu au-dessus de toi, (ô) Osiris dessinateur Pa-
frère cadet gisant sans vie. Il alla sous le pin ched, juste de voix, c'est parce que j'ai replacé
pour chercher le cœur de son cadet, le pin sous ton ib à sa place. Ton ventre est ainsi rempli
lequel Bata avait coutume de s’allonger durant et puissant grâce à l'huile divine et à l'onguent
le jour. […] Et voilà qu'il trouva une graine, et d'Osiris » […] »
s’arrêta alors, en la portant ; c'était le cœur de
son frère cadet. Il amena un bol d'eau fraîche, il
l'y jeta, et s’assit selon sa coutume quotidienne. — Tombe thébaine de Pached (TT323), d'après la tra-
Après que la nuit fut venue, et que le cœur eut duction de Fr. Servajean[142]
absorbé l'eau, Bata se mit à trembler en tout Dans le chapitre 151 du Livre des Morts, ce même dis-
son corps ; il advint alors qu'il put apercevoir cours est mis dans la bouche de Qebehsenouf, l'un des
son frère aîné, tandis que son cœur était encore quatre fils d'Horus. Toutefois, dans l'exemplaire du défunt
dans le bol. [Anubis] saisit le bol d'eau fraîche Qenna, conservé par le musée de Leyde, Anubis invite le
où reposait le cœur de son cadet, et le fit boire défunt à se rendre dans la « maison des cœurs » afin d'y
à celui-ci. Et le cœur se tint (à nouveau) à sa chercher ses organes et de les remettre en place, dans le
place ; Bata redevint comme il avait été. » ventre :
— Extraits du Conte des deux frères, traduction de Claire « Tu entres dans la maison des cœurs-ib et
Lalouette[139] dans la place remplie de cœurs-haty, tu prends
le tien et le mets à sa place. Ta main n'est
pas détournée, ton pied n'est pas dévié de sa
L'embaumement ou fin d'une maladie D'après les
marche, tu ne vas pas la tête en bas, tu marches
papyrus médicaux, la maladie étant un dérèglement du
debout. »
ib, tout acte médical doit viser à rétablir l'état initial
d'équilibre. Certains textes suggèrent même que le ib est
un dieu ou un endroit habité par un dieu, en fait un souffle — Extrait du chap. 151 du Livre des Morts de Qenna,
vital d'origine divine[140] . Ce souffle se mêle au sang et d'après une traduction de Jan Assmann[143] .
24 5 FONCTIONS FUNÉRAIRES
chassiez le mal qui (me) concerne comme ce placées sur des briques d'argile et déposées dans des cavi-
que vous avez fait pour ces sept Bienheureux tés creusées dans les parois de la chambre funéraire. Pour
qui sont dans la suite du Maître du nome (et) le mur oriental, il est question d'une statuette d'Anubis fi-
dont Anubis a créé la place ce jour de “Viens guré sous la forme d'un canidé couché sur une chapelle,
donc là". » et chargé de repousser toute attaque malfaisante venant
en sa direction[167] :
— Extrait du chap. 335 des Textes des Sarcophages, tra-
duction de Claude Carrier[165] . « Ce qui doit être mis dans le mur Est. Pa-
roles à dire : « Je (t')écarte, je te surveille, Ce-
lui qui est sur (sa) montagne veille à ce que
ton attaque soit repoussée ; j'ai repoussé ton at-
taque, rageur ; je suis la protection de l'Osiris
N. » :Qu'on dise cette formule sur un Anubis
d'argile crue mélangée d'encens, placé sur une
brique d'argile crue sur laquelle est gravée cette
formule ; on fait pour lui une niche dans le mur
est et on le tourne vers l'ouest ; (puis) on mure
Illustration du chapitre 17 du Livre des Morts (Papyrus d'Ani)
à gauche : la tête de Rê surgit hors du sarcophage abydéen
sur lui. »
d'Osiris gardé par les quatre fils d'Horus et par Maanitef, Kheri-
baqef, Horus Khenty-en-irty. — Chap. 137A du Livre des Morts, traduction de Paul
au centre : Anubis Barguet[168] .
à droite : les gardiens Nedjeh-nedjeh, Aâqed-qed, Khentihehef,
Amy-ounou-tef, Desher-irty, Bes-mââ-em-ghereh, Ini-em-herou La chambre funéraire du roi Toutânkhamon (fin de la
XVIIIe dynastie) a réellement bénéficié de ce genre de
protection magique. Après avoir retiré le sarcophage
royal, l'équipe de Howard Carter s’est attachée à mettre au
jour ces quatre amulettes en perçant l'enduit de plâtre qui
masquait les niches secrètes. La disposition de ces amu-
lettes est toutefois différente des prescriptions magiques
figurant dans le Livre des Morts. Chez le jeune roi, la figu-
rine d'Anubis a été placée dans le mur occidental tournée
vers le nord[169] .
Guide des morts L'action du chapitre 125 du Livre Le défunt Hounéfer guidé par Anubis devant le tribunal des
des Morts se déroule dans le tribunal d'Osiris et expose dieux.
une double liste de quarante-deux fautes, que le défunt nie
avoir commis de son vivant. Ce texte est tout naturelle-
ment présent dans le Papyrus d'Ani. Dans cet exemplaire, 5.3.3 Juge du tribunal des morts
ce chapitre présente cependant l'originalité d'être intro-
duit par un texte presque unique, car seule une version très Article détaillé : Jugement de l'âme (Égypte antique).
déformée et abrégée existe par ailleurs dans le Papyrus de
Anhai[174] . Le défunt discute avec Anubis dans un jeu de
questions-réponses où le dieu chacal cherche à mettre en Premières attestations Durant toute l'histoire de
défaut le défunt quant à ses connaissances théologiques, l'Égypte pharaonique, Anubis est considéré comme un
signes de sa pureté spirituelle. Dans ce court passage, dieu impliqué dans le jugement des morts. La plus an-
Anubis apparaît comme l'ultime portier stationné devant cienne mention d'une association d'Anubis à un quel-
le roi Osiris et agissant tel un chambellan récalcitrant[n 20] , conque tribunal apparaît vers la fin de l'Ancien Empire,
que le défunt doit convaincre de sa bonne foi afin de pou- lorsque les dieux Thot et Anubis sont conjointement ho-
voir se présenter, très humblement, en audience devant norés du titre de ser djadjat c'est-à-dire de « magistrat
Osiris, le souverain des morts[175] : du tribunal ». Cette mention se trouve gravée sur la paroi
méridionale du vestibule de la pyramide de Mérenrê Ier .
« Dire par l'Osiris, le scribe Ani justifié : Le même texte figure ensuite chez Pépi II, son successeur,
Je suis venu ici pour voir tes perfections, mes dans le vestibule de sa pyramide. Ces deux modestes mo-
mains levées en adoration de ton nom véritable. numents, situés à Saqqarah et culminant respectivement
5.3 Ancestralisation 29
« (Si) la terre te parle, c'est qu'est ouverte Un conte de l'époque ptolémaïque, la trilogie des
pour toi la porte d'Aker (et) que sont ouverts Tribulations de Setni-Khaemouas met en scène le prince
pour toi les deux vantaux de la porte de Geb Khâemouaset, quatrième fils de Ramsès II et grand-prêtre
(afin) que tu puisses sortir à la voix quand [il de Ptah à Memphis, que sa réputation de sagesse a trans-
te] glorifie tel Thot (et) tel Anubis le magistrat formé en personnage légendaire et en magicien de talent.
du tribunal. Puisses-tu juger quand tu t'appuies Lors de sa deuxième aventure, le prince descend dans les
sur la Double Ennéade qui se trouve entre les Enfers guidé par son jeune fils, le prodigieux Sa-Ousir.
deux sceptres-sekhem avec ce pouvoir-akh qui Après avoir traversé six salles de tortures, les deux voya-
est tien dont les dieux ont commandé que ce geurs arrivent dans le tribunal d'Osiris[182] :
soit pour toi ! »
La forme hybride du dieu Anubis, avec corps d'homme et La Nubie, située entre la première cataracte du Nil
tête de canidé, a été rapprochée d'une série de gravures (ancien barrage d'Assouan) et le point de confluence du
préhistoriques représentant des hommes cynocéphales. Nil Blanc avec le Nil Bleu (région de Khartoum), est du-
Ces œuvres se répartissent dans tout le Sahara cen- rant l'Antiquité une contrée à la charnière de l'Égypte et
tral, mais se concentrent principalement sur les parois des peuples de l'Afrique tropicale. Après avoir été tan-
rocheuses des plateaux montagneux du Messak et du tôt soumise aux pharaons et tantôt indépendante, la Nu-
Tadrart Acacus, dans le sud-ouest libyen. La datation de bie voit évoluer sur son sol, durant le Ier millénaire av.
ces images est une entreprise difficile, mais il est admis J.-C., une nation indépendante connue sous le nom de
que la plupart de ces œuvres remontent au Néolithique. À Royaume de Koush. Entre 660 av. J.-C. et 350 ap. J-C.,
cette époque, cette zone ne s’était pas encore désertifiée sous l'autorité successive des rois de Napata et de Méroé,
mais ressemblait encore à l'actuelle savane africaine[184] . les traits culturels propres aux Nubiens continuent de se
Des figurations de lions, de rhinocéros, d'éléphants, teinter d'une forte influence égyptienne. En matière funé-
d'hippopotames côtoient des scènes pastorales où des raire, le culte royal et princier s’exerce au sein de modestes
femmes gardent moutons et bovidés. Ailleurs, des scènes pyramides, la plus haute ne culminant qu'à trente mètres
de chasse exposent des hommes portant des masques ani- de haut. Cette architecture s’inspire des édifices funé-
maliers. On rencontre aussi des géants mythiques à tête raires que les colonisateurs égyptiens du Nouvel Empire
de lycaon et armés de haches. La force surhumaine de ces (gouverneurs, prêtres) se firent édifier en Basse-Nubie.
créatures est indiquée par leurs activités cynégétiques. Tel Plus de 200 pyramides nubiennes ont été recensées, cha-
Cynocéphale porte un aurochs adulte sur ses épaules, tel cune étant précédée, sur sa façade orientale, d'une cha-
autre traîne le cadavre d'un rhinocéros, tel autre empoigne pelle mémorielle constituée d'un pylône d'entrée et d'un
d'une seule main un oryx. Une série de gravures met en sanctuaire à salle unique[190] . La théologie funéraire qui
scène des Cynocéphales ithyphalliques. Certains désirent s’y exerce repose sur le mythe osirien, le roi défunt de-
6.2 Monde gréco-romain 31
venant, comme en Égypte, un nouvel Osiris, tandis que à leurs deux héros culturels, les rois Nyikang et Dak. Un
l'héritier du trône endosse le rôle d'Horus. Malgré le fait des épisodes de leur geste les met aux prises avec de mys-
que la momification des corps soit peu prouvée, Anu- térieux esprits ayant épousé des femmes transformées en
bis n'est pas exclu de la pensée funéraire nubienne et chiennes de chasse. Ces êtres sont capables d'apparaître et
tient manifestement une grande place dans les rites de de disparaître dans les prairies herbeuses incendiées par
libations. On peut ainsi observer sur la table d'offrande la foudre des orages de la saison chaude[199] . D'autres his-
de Qenabelile, conservée au British Museum de Londres, toires décrivent l'au-delà comme étant le Pays des Chiens.
le dieu Anubis se tenant en face de Nephtys, tous deux Dans cette contrée, les esprits-jwok qui peuvent se trans-
en train d'offrir l'eau revivifiante au défunt[191] . Une va- former en canidés sont les possesseurs d'opulents trou-
riante de cette scène se trouve sur la table de Tedeqene peaux de bovidés et vivent en concubinage avec de jeunes
(Musée des beaux-arts de Boston)[192] , sur la table du roi et nobles belles femmes. Le linguiste allemand Diedrich
Takideamani (Neues Museum de Berlin)[193] , sur la table Westermann (1875-1956) a collecté, en 1910, un grand
du prince Amanikhe-dolo (Musée national du Soudan de nombre de mythes Shilluk qu'il a ensuite publiés en 1912
Khartoum)[194] et sur une table anonyme[195] conservée en anglais. Plusieurs de ces récits présentent des analo-
au Musée du Louvre à Paris[196] . Originellement, chaque gies structurelles ou événementielles avec le Conte des
table d'offrandes était installée sur un promontoire en deux frères, qui met en scène le chien Anubis et le taureau
brique dans la chapelle funéraire et permettait aux vivants Bata. Dans The Girl and the Dog, « La Fille et le Chien »,
d'interagir avec le ou les ancêtres enterrés sous la pyra- une princesse devient l'épouse d'un esprit transformé en
mide. L'offrande liquide était versée, soit directement sur chien, mais réussit à lui échapper grâce à l'aide de sept
la table, soit sur des nourritures déposées auprès ou sur chasseurs. Dans The Country of the Dogs, « Le Pays des
la table. En suintant à travers le sol, l'eau cérémonielle Chiens », des chasseurs s’égarent dans un au-delà peuplé
rejoignait les défunts, les abreuvait et les régénérait dans de chiens possesseurs de femmes et de troupeaux. Dans
leur au-delà[197] . An Adventure in the Forest, « Une Aventure dans la Fo-
rêt », le domaine d'un chien, d'une vieille femme et de
leurs chiots se trouve dans le ciel, mais est relié à la terre
6.1.3 Mythes des ethnies du Nil Blanc grâce à un arbre gigantesque et épineux[200] .
Le thème mythologique du chien gardien du monde des Selon un mythe anyuak, autre récit présentant des res-
morts et guide des âmes est répandu à travers le monde : semblances avec le Conte des deux frères, l'origine des
Cerbère et Orthos chez les anciens Grecs, Garm chez les actuels troupeaux de l'ethnie Nuer remonte à une raz-
Germains, Xolotl chez les Aztèques. Une multitude de zia effectuée, lors des temps primordiaux dans le Pays
récits similaires ont été récoltés par les ethnologues au- des Chiens, par un groupe de guerriers avides de s’ap-
près des populations contemporaines de l'Afrique sub- proprier le bétail et les femmes des esprits canins[201] .
saharienne dont les Serer, les Azandé et les Bantou. Le Les Anyuak ont par ailleurs développé un cycle mytholo-
mythe du Renard pâle des Dogon du Mali est largement gique autour de Medho, le premier chien et serviteur du
connu du public européen, grâce aux travaux des Fran- dieu créateur Jwok. Après avoir créé tous les animaux,
çais Marcel Griaule (1898-1956) et Germaine Dieterlen Jwok modèle le premier couple humain. Déçu par cette
(1903-1999). œuvre, qu'il juge laide et rabougrie, Jwok ordonne à son
chien de jeter les deux humains hors de son village et de
les tuer. Le chien les emmène dans la savane mais dé-
cide de les protéger, de les nourrir et de les élever dans le
creux d'un arbre. Quand le premier homme atteint l'âge
adulte, le chien gruge Jwok et s’empare des lances qu'il
destinait au taureau. Désappointé, Jwok doit se conten-
ter d'offrir au bovidé des cornes fabriquées à partir de
rames. Un jour, pour se venger, Jwok décide d'enlever la
vie à l'humanité et jette un énorme rocher (symbole de la
vie) dans une rivière (symbole de la mort)[n 21] . Le chien
parvient cependant à grappiller quelques années de vie en
arrachant avec ses dents un morceau du rocher qu'il confie
à l'humanité[202] .
Résidence du roi Shilluk à Fachoda en 1910.
Comme d'autres ethnies africaines, les Shilluk et les 6.2 Monde gréco-romain
Anyuak, installés dans l'actuel Soudan du Sud le long du
Nil Blanc et des rivières Sobat, Pibor et Baro, pensent 6.2.1 Cultes isiaques
que les âmes des défunts parcourent la savane sous
l'apparence de chiens ou d'humains à demi-canins[198] . Durant l'antiquité gréco-romaine, certains dieux égyp-
La mythologie des Shilluk accorde une très large place tiens s’exportent à travers les pays bordant la Mer Médi-
32 6 HORS D'ÉGYPTE
6.2.2 Hermanubis
Ruines du temple d'Isis à Délos. Dans le cadre des croyances isiaques et de la réinterpréta-
tion hellénistique du fait divin égyptien, Anubis a été rap-
proché d'Hermès, un dieu grec dont le rôle principal est
terranée (Grèce, Empire romain) et atteignent ensuite les
de conduire les défunts aux Enfers. La fusion de ces deux
bords du Rhin et le nord de l'Angleterre. Sous les Lagides,
divinités engendra le théonyme « Hermanubis ». Ce nou-
une dynastie de pharaons originaires du Royaume de Ma-
veau terme est cependant plus à prendre comme une nou-
cédoine, le culte d'Isis prend un essor remarquable en de-
velle appellation d'Anubis que comme une réelle divini-
hors de l'Égypte[203] . Cette religiosité nouvelle s’exerce
té syncrétique indépendante. Le nouveau vocable repose
au sein de petits groupes d'adorateurs et se présente par-
sur l'addition primitive des noms « Hermès » et « Anu-
tout comme un fait religieux minoritaire. Ces cultes, dits
bis ». La préséance d'Hermès sur Anubis n'est pas à cher-
« alexandrins » ou « isiaques », s’attachent surtout à la
cher dans une quelconque domination religieuse d'une
déesse Isis. Cette dernière est toutefois accompagnée de
divinité grecque sur une divinité égyptienne, mais dans
son parèdre Sérapis (une forme hellénisée d'Osiris) et de
une simple facilité phonétique, l'expression « Anubis-
ses deux fils Horus (Horapollon) et Anubis (Hermanubis).
Hermès » ayant été elle aussi utilisée par les dévots (ins-
Même si la momification perdure en Égypte jusqu'à la
criptions du Sarapieion de Délos)[206] . Sur le plan ico-
conquête arabe du VIIe siècle, les communautés isiaques
nographique, Hermanubis emprunte les symboles visuels
hors d'Égypte ne suivent pas cette pratique. Dépourvu de
des deux divinités : la tête de chien à Anubis, le caducée,
cette fonction de conservation, Anubis joue essentielle-
la palme et les ailerons talaires à Hermès. Il est cependant
ment le rôle de guide des âmes (psychopompe)[204] . Sa
à noter que les adeptes des cultes isiaques n'utilisèrent que
place, très secondaire après Isis, fait qu'il n'a pas béné-
très peu le vocable « Hermanubis », sa présence dans les
ficié d'un grand sanctuaire indépendant. L'archéologie a
textes antiques est rare et seuls quelques exemples sont
toutefois prouvé la présence de chapelles en son hon-
parvenus jusqu'à nous[207] .
neur, installées dans les temples d'Isis, sur l'île de Délos
par exemple. La place d'Anubis dans le cœur des dévots
se remarque surtout par les nombreuses inscriptions que
• Statuaire gréco-romaine
ceux-ci ont laissées derrière eux, près des lieux de culte
isiaques, et maintenant révélées par l'archéologie. L'une
des plus fameuses a été retrouvée sur un fragment de
marbre à Cius en Bithynie, une région située au nord de
l'actuelle Turquie. Le texte de cette dédicace à Anubis,
gravée au Ier siècle, se présente à la manière d'un hymne
à Isis, les dieux isiaques étant rarement pris séparément,
mais considérés comme un tout complémentaire :
« À la Bonne Fortune
Roi de tous les habitants du ciel, salut, impé-
rissable Anubis ; ton père à la couronne d'or,
le très auguste Osiris, qui est lui-même Zeus,
fils de Cronos, lui-même le grand et puissant
Ammon, souverain des immortels, t'honore
par-dessus tous, lui Sérapis. Ta mère est la
grande bienheureuse, Isis aux multiples noms,
qu'engendra Ouranos, fils de la Nuit, auprès des • Statue du dieu
flots étincelants de la mer et qu'Érébos nourrit Hermanubis.
pour être la lumière de tous les mortels, elle
6.2 Monde gréco-romain 33
6.2.4 L'Aboyeur
Tête d'Hermanubis.
6.3 Postérité
6.3.1 Saint Christophe cynocéphale
• Dieux porteurs
• Saint Christophe
portant l'enfant Jésus
• Menkeret portant
Toutankhamon 6.3.2 Poésie francophone
Fait tomber à genoux tout ce peuple si sage. Ils vont peser mon cœur. Ô terrible silence !
(...) » Plein d’angoisse, je vois osciller la balance.
Si j’avais oublié quelque faute ? mais non :
— Louis Racine, La Religion, Chant III, 1742. Tout le pays de Kemt glorifiait mon nom !
Et, tandis que je roule en moi cette pensée,
Durant l'été 1846, Leconte de Lisle (1818-1894) publie Ils observent, les dieux à la barbe tressée,
dans la revue socialiste La Phalange un long poème dé- Si mon cœur pèse autant que l’image d’or fin,
nommé « Le Voile d'Isis », organisé à la manière d'un Symbole rayonnant de la Justice… Enfin,
dialogue entre un Pharaon brutal en quête d'immortalité Les deux plateaux se font lentement équilibre.
divine et un prêtre Thérapeute qui lui conseille la contem- Victoire à moi ! mon cœur triomphe ; je suis
plation et l'initiation aux mystères d'Isis. Lorsque le poète libre.
évoque Anubis, surgit à nouveau la thématique du chien « Horkem a satisfait aux immuables lois,
aboyeur[n 23] : Dit Anubis ; son cœur pèse le juste poids. »
Le silence est profond dans l’intègre assistance ;
« (…) Mon fils veille aux côtés de mon Et le scribe des dieux, Thoth, écrit la sentence.
trône éternel ; (…) »
Et le vieil Anubis, le dieu cynocéphale,
Aboie en mon honneur d'une voix triomphale !
Non ! quel que soit le sort, sinistre ou fortuné,
Quel que soit l'avenir que nul n'a deviné, — Maurice Bouchor, Les Symboles, L'Âme heureuse,
Non, rien n'ébranlera les bases impassibles 1888.
D'où s’élancent aux cieux mes œuvres invin-
cibles. (…) »
• Yvonne Bonnamy et Ashraf Sadek, Dictionnaire des • (en) Diedrich Westermann, The Shilluk People,
hiéroglyphes, Arles, Actes Sud, 2010, 986 p. (ISBN Their Language and Folklore, Berlin, 1912, 312 p.
978-2-7427-8922-1) (lire en ligne)
38 7 ANNEXES
7.1.5 Cultes et croyances funéraires • (en) Susan Tower Hollis, The Ancient Egyptian
“Tale of Two Brothers” : A Mythological, Reli-
• Jean-Pierre Adam et Christiane Ziegler, Les pyra- gious, Literary, and Historico-Political Study, Oak-
mides d'Égypte, Paris, Hachette Littératures, 1999, ville, CT, Bannerstone Press, 2008, 226 p. (ISBN
213 p. (ISBN 2-7028-2579-6) 978-0-9774094-2-6)
• Jan Assmann (trad. Nathalie Baum), Mort et au-delà • Jean Leclant, « Isiaques (cultes). Chez les Grecs et
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ten Ägypten »], Monaco, Éditions du Rocher, coll. thologies (Tome 2)., Grand Livre du Mois, 2000, p.
« Champollion », 2003, 684 p. (ISBN 2-268-04358-4) 1127-1138
• Laurent Bricault, « Les Anubophores », BSÉG, Ge- • Anaïs Martin, « L’embaumeur est-il « out » ? »,
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• Alain Charron, « Les canidés sacrés dans l'Égypte • Anne-Sophie Peres (Rédactrice en chef), Les mo-
de la Basse Époque », Égypte, Afrique et Orient, vol. mies et leurs fascinants secrets, Éditions Atlas, coll.
23, 2001, p. 7-23 (ISSN 1276-9223) « Passion de l'Égypte », 2002, 125 p. (ISBN 2-7312-
2615-3)
• Françoise Dunand, « Des corps sortis du temps :
Techniques de conservation des corps dans l'Égypte • Luc Pfirsch, « Sortir au jour : Le jugement des morts
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(ISBN 2-227-47134-4), p. 325-346 croyances, Bayard, 2004, p. 373-384 (ISBN 2-227-
47134-4)
• Françoise Dunand et Roger Lichtenberg, « Anubis,
Oupouaout et les autres », « Parcourir l'éternité » • Luc Pfirsch, « Le retour à la vie : Le mythe
Hommages à Jean Yoyotte, BREPOLS, vol. 156 d'Osiris », La mort et l'immortalité. Encyclopédie des
« Bibliothèque de l'École des Hautes Études- savoirs et des croyances, Bayard, 2004, p. 549-555
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• (en) Joanna Popielska-Grzybowska, « Some Prelim-
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Cahiers Caribéens d'Égyptologie, vol. 1, 2000, p. 53- 1999, p. 143-154 (ISSN 0344-385X)
60
• Isabelle Regen, « Ombre. Une iconographie singu-
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• Pierre Saintyves, Saint Christophe successeur
• Nicole Durisch Gauthier, Anubis et les territoires d'Anubis, d'Hermès et d'Héraclès, Paris, Les
cynopolites selon les temples ptolémaïques et ro- éditions Émile Nourry, 1936, 58 p. (lire en ligne)
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• Frédéric Servajean, Les formules des transforma-
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• Frédéric Servajean, « Le cycle du ba dans le Rituel
• Isabelle Franco, Rites et croyances d'éternité, Paris, de l'embaumement [Link] III, 8, 12-8, 16 », ENIM
Grand Livre du Mois, 1993, 279 p. (ISBN 2-7028- 2, Montpellier, 2009, p. 9-23 (lire en ligne)
0456-X)
• Frédéric Servajean, « Le conte des Deux Frères (1).
• Jean-Claude Grenier, Anubis alexandrin et romain, La jeune femme que les chiens n’aimaient pas »,
Leiden, E.J. Brill, 1977, 212 p. (ISBN 90-04-04917-7) ENIM 4, Montpellier, 2011, p. 1-37 (lire en ligne)
7.2 Notes 39
• Frédéric Servajean, « Le conte des Deux Frères (2). • Plutarque (trad. Mario Meunier), Isis et Osiris, Pa-
La route de Phénicie », ENIM 4, Montpellier, 2011, ris, Guy Trédaniel Éditeur, 2001, 237 p. (ISBN 2-
p. 197-232 (lire en ligne) 85707-045-4)
• Frédéric Servajean, « Atteindre le temps et • Guy Rachet, Le Livre des Morts des Anciens Égyp-
l'éternité », CENIM 5, Montpellier, 2012, p. 699- tiens, Monaco, Éditions du Rocher, 1996 (ISBN
717 (ISSN 2102-6637) 2268021904)
• Raymond Weill, « Le livre du « désespéré », le sens, • Alessandro Roccati, La littérature historique sous
l'intention et la composition littéraire de l'ouvrage », l'Ancien Empire égyptien, Paris, 1982, 320 p. (ISBN
BIFAO 45, 1947, p. 89-154 (ISSN 0255-0962) 2-204-01895-3)
• (en) Harco Willems, « Anubis as a judge », Egyptian • (de) Wolfgang Wettengel, Die Erzählung von den
religion, the last thousand years : studies dedicated to beiden Brüdern : Der Papyrus d'Orbiney und die
the Memory of Jan Quagebeur / 1, Leuven/Louvain, Königsideologie des Ramessiden, Fribourg (Suisse)
vol. OLA 84-85, 1998, p. 719-744 (ISBN 90-429- et Göttingen (Allemagne), coll. « OBO » (no 195),
0669-3) 2003, 213 p. (ISBN 3-7278-1441-1)
• Paul Barguet, Le Livre des Morts des Anciens Égyp- • (en) Robert Temple et Olivia Temple, The Sphinx
tiens, Paris, Éditions du Cerf, 1967, 307 p. (ISBN Mystery : The Forgotten Origine of the Sanctuary
2204013544) of Anubis, Rochester, Vermont, USA, Inner Tradi-
tions, 2009, 565 p. (ISBN 978-159477271-9)
• Paul Barguet, Textes des Sarcophages égyptiens du
Moyen Empire, Paris, Éditions du Cerf, 1986, 725
p. (ISBN 2204023329) 7.1.8 Conférence
• André Barucq et François Daumas, Hymnes et • Youri Volokhine, « Colère et châtiment divins
prières de l'Égypte ancienne, Paris, Le Cerf, 1980 en Égypte ancienne : la question des maladies
(ISBN 2204013374) cutanées », Colloque interdisciplinaire 2012-2013,
Chaire des Milieux Bibliques, Collège de France : Co-
• Claude Carrier (préf. Bernard Mathieu), Textes des lères et repentirs divins, Paris, 24 avril 2013 (lire en
Sarcophages du Moyen Empire Égyptien, Éditions ligne)
du Rocher, coll. « Champollion », 2004, 2732 p.
(ISBN 226805229X)
7.2 Notes
• Claude Carrier, Textes des Pyramides de l'Égypte
ancienne : Tome III, Textes de la pyramide de Pépy [1] L'écriture hiéroglyphique ne restitue que les consonnes et
II, Paris, Cybèle, 2010 (ISBN 978-2-915840-13-1), p. quelques semi-voyelles, les voyelles sont absentes. La vo-
1151 à 1813. calisation exacte des mots égyptiens est par conséquent
perdue (Betrò 1995, p. 19-22). La présence de la semi-
• Claude Carrier, Textes des Pyramides de l'Égypte voyelle -ou a fait dire à Pierre Lacau que la valeur phoné-
ancienne : Tome IV, Textes des pyramides de Mé- tique de inpou est *einoupew (ou quelque chose de simi-
renrê, d'Aba, de Neit, d'Ipout et d'Oudjebten, Paris, laire), le théonyme devenant Ἄνουβις (Anoubis) en grec
Cybèle, 2010 (ISBN 978-2-915840-14-8), p. 1819 à ancien (Livre I de la Bibliothèque historique de Diodore de
2709. Sicile par exemple) ou Άνουπις (Anoupis) ou Ένουβις
(Enoubis), Anubis en latin et Anoup en copte. Pascal Ver-
• Jean-Claude Goyon, Rituels funéraires de l'ancienne nus utilise le théonyme Anoubis dans son ouvrage Dieux
Égypte, Paris, CERF, 1972 (réimpr. 1997) (ISBN 2- de l'Égypte, Paris, 1998, (p. 185) le jugeant plus correct.
204-05661-8) Selon Terence DuQuesne, la prononciation égyptienne se-
rait *yanoup (DuQuesne 2005, p. 80-81).
• Claire Lalouette (préf. Pierre Grimal), Textes sacrés
[2] Hiéroglyphes E15 et E16 de la classification des hiéro-
et textes profanes de l'ancienne Égypte II : Mythes,
glyphes de Gardiner.
contes et poésies, Paris, Gallimard, 1987, 315 p.
(ISBN 2-07-071176-5) [3] La ville de Saka (ou Kasa) c'est-à-dire le « Dos du Tau-
reau » est l'actuelle El Qis (El Kaïs) et se situe sur la
• François Lexa, La magie dans l'Égypte antique de rive gauche du Nil. La ville de Hardaï (Cynopolis), ac-
l'Ancien Empire jusqu'à l'époque copte, vol. II, Les tuellement Ech-Cheikh Fadel, dédiée à Anubis se trouve
textes magiques, Paris, Librairie orientaliste Paul presque en face, sur la rive droite (voir Servajean 2011, p.
Geuthner, 1925, 235 p. 23-26).
40 7 ANNEXES
[4] À savoir les colonnes V,6 et VI,2, 5-6, 11-12, 14-16. user du terme masculin « nome d'Inpou (Anubis) » tan-
dis que Sylvie Cauville, spécialiste reconnue du temple de
[5] La formule magique évoquant Anubis est destinée à gué- Dendérah, préfère le féminin « nome d'Anubet » dans son
rir les piqûres de scorpions. Une traduction en français se ouvrage Dendara - I, Traduction, Peeters, coll. « Orienta-
trouve dans Lexa 1925, p. 144-145. Concernant la piqûre lia Lovaniensia Analecta / OLA 81 », 1997 (lire en ligne)
infligée à Horus, voir dans le même ouvrage la traduction
de la stèle de Metternich, p. 78 [11] Le Papyrus Boulaq no 3 parle, sans doute fautivement, des
Enfants de Khent-Aout. Les Enfants de Khenty-en-Irty
[6] à savoir les passages des colonnes III, 11-18 (texte du bas), (Haroëris en tant que dieu créateur) sont quatre divinités
IV.24 - V.2, IX.6-9 et XI.19-22 très souvent mis en parallèle avec les quatre fils d'Horus,
ils participent à la veillée funéraire d'Osiris, et participent
[7] La lettre N remplace le nom du défunt. à son embaumement
[8] Un intersigne est un fait de la vie courante que l'on per- [12] Il est probable que l'épithète imy-out et le fétiche imy-out
çoit, par superstition, comme l'annonce d'un événement n'aient pas eu la même prononciation.
survenu loin de nous (Dictionnaire Petit Larousse, année
1965). Le pourrissement de ces deux boissons a été prédit [13] Le rituel de l'embaumement n'est plus connu dans son
par Bata à Anubis lors de leur séparation comme le signe ensemble mais deux manuscrits, le Papyrus no 5158 du
annonciateur de sa mort. Lors de son arrivée dans la val- Louvre et le Papyrus no 3 de Boulaq permettent d'en ap-
lée du Pin parasol, Bata cache son cœur dans une pomme préhender une partie. Ces deux documents sont datés de
de pin au sommet du plus grand des arbres. Il confie ce la première moitié du Ier siècle de notre ère, mais il s’agit
secret d'immortalité à sa compagne. Mais cette dernière, vraisemblablement de copies d'un texte rédigé au Nouvel
pour se débarrasser de lui, révèle la chose à Pharaon son Empire. Le document originel se présentait à la manière
nouvel époux. Afin de tuer Bata, Pharaon ordonne à un d'un manuel subdivisé en paragraphes. Le début est mal-
corps expéditionnaire de couper l'arbre et de détruire le heureusement perdu et seuls les onze dernières étapes du
cœur. Ceci fait, Bata meurt sur le champ. Lorsque Anubis procédé nous sont parvenues. Chaque paragraphe est sub-
trouve Bata sur son lit de mort, il se met à rechercher le divisé en deux parties, la première traite des manipula-
cœur durant trois années et ne le retrouve, sous la forme tions opérées sur le corps (massage, onction, emballe-
d'un pépin de raisin, qu'au début de la quatrième année ment) tandis que la seconde expose les paroles liturgiques
(cf. section : Boire son cœur). à prononcer avant, durant ou après les gestes techniques.
Ce rituel funéraire est toutefois bien plus ancien ; les plus
[9] En 2009, Olivia et Robert Temple ont publié un ou- anciennes allusions à ce sujet remontent à l'Ancien Em-
vrage pseudo-scientifique intitulé The Sphinx Mystery, the pire et figurent sur les murs de la pyramide à textes
forgotten origins of the sanctuary of Anubis dans lequel
ils ont rapproché Anubis du Sphinx de Gizeh. Ces au- [14] Toutes les traductions modernes ne font pas ce distinguo et
teurs avancent qu'à l'origine, durant tout l'Ancien Em- rendent indifféremment par le mot « cœur », le cœur-haty
pire, le Sphinx était une monumentale représentation du (muscle cardiaque) et le cœur-ib (tous les organes internes,
dieu Anubis taillée dans la roche. La tête aurait été dé- cœur excepté) sans préciser duquel il s’agit. Sur cette ques-
tériorée durant les troubles de la Première Période In- tion physiologique, voir Bardinet 1995, p. 82. Cet auteur
termédiaire égyptienne, puis son visage actuel aurait été traduit le mot ib par « intérieur-ib ».
taillé durant le Moyen Empire pour représenter le pha-
raon Amenemhat II dans ce qui restait du cou de l'Anubis. [15] Concernant le prêtre-out en tant que ritualiste du défunt
Les auteurs s’appuient sur certaines évidences : la dispro- durant l'Ancien Empire, voir Martin 2012(ENIM 5).
portion entre la tête et le corps du Sphinx, le corps à dos
[16] La tombe de Pairy, grand-prêtre d'Amon sous Amenhotep
plat très différent du corps d'un lion tel qu'il est représen-
III, est située dans la nécropole de Cheikh Abd el-Gournah
té traditionnellement dans l'Égypte antique et plus proche
sur la rive occidentale du Nil en face de Louxor (numéro
de celui d'un chien, la parfaite intégration du volume du
TT139)
Sphinx actuel dans l'enveloppe de l'Anubis sous forme
canine, mis à l'échelle et toutes proportions gardées. Se- [17] Ce mythe étiologique s’appuie sur une succession
lon eux, les figurations géantes de chacals dans les masta- d'assonances. Il apparaît ici que le dieu Anubis créé la
bas princiers sont la confirmation de l'existence d'une gi- fonction sacerdotale Setem en faisant une libation sath et
gantesque statue de chacal couché. Ils oublient cependant en prononçant la parole Setesh im « Seth est là ». Le mot
que dans ces mêmes tombeaux les propriétaires de ces aby « panthère » est rapproché des mots ba « peau de léo-
lieux sont eux aussi figurés plus grand que nature tels des pard », ouabet « place pur », ouab « prêtre pur » et abou
géants donnant des ordres à une foule d'humains. La taille « marquer au fer rouge ». Voir Lalouette 1987, p. 283.
des sarcophages indique pourtant qu'il s’agissait d'humains
comme les autres… Plutôt que de lier Anubis au Sphinx, [18] La Place de Vérité est le toponyme égyptien de Deir
l'évidence voudrait qu'il faille lier les propriétaires aux fi- el-Médineh. Pour en savoir plus sur cette communauté
gurations géantes d'Anubis chacal, cet animal étant une d'artisans, voir Guillemette Andreu (directeur), Deir el-
des manifestations des défunts dans l'au-delà (par exemple Médineh et la Vallée des Rois, Éditions Khéops, 2003
dans le chapitre 213 des Textes des Pyramides). (Actes du colloque « La vie en Égypte au temps des pha-
raons du Nouvel Empire » des 3 et 4 mai 2002 du musée
[10] Cette citation montre l'embarras des égyptologues quant du Louvre).
à la traduction masculine ou féminine du nom du nome
cynopolitain. En 2002, Nicole Durisch Gauthier préfère [19] Il s’agit en fait de deux équipes de sept gardiens.
7.3 Références 41
[20] Dans d'autres exemplaires du Livre des Morts, ce passage [14] Institut d'Égyptologie François Daumas., « Dimitri
est remplacé par un questionnaire où le défunt commu- Meeks », sur [Link], 2006-2013
nique directement avec les éléments de la porte d'entrée (consulté le 17 mars 2013)
du tribunal (montants droit et gauche, seuil, gâche, pêne,
tasseaux, etc.) puis avec un portier anonyme, mais il s’agit [15] DuQuesne 2005, §85, pp.77-78
sans doute d'Anubis, et avec le dieu Thot qui l'annonce et
[16] (en) « Terence DuQuesne », sur [Link], 2013
l'introduit auprès Osiris.
(consulté le 17 mars 2013)
[21] Cet épisode du cycle Anyuak du chien semble apparen- [17] DuQuesne 2005, §87, pp.80-81
té à la mythologie des Kuba (R. D. Congo). Après avoir
commis l'inceste avec sa sœur Mweel, le roi Woot quitte [18] Hollis 2008, p. 79-80, DuQuesne 2005, p. 151-175
son village en longeant la rivière Sankuru vers l'Est et em-
porte avec lui la lumière solaire. Plongée dans l'obscurité, [19] Hollis 2008, p. 79-80
Mweel envoie le chien Bondo à la recherche de Woot,
[20] DuQuesne 2005, p. 162-168 et p. 384-389
mais ce dernier barre le chemin avec un gros rocher. Un
ver à bois parvient à forer un passage. Woot tout en refu- [21] DuQuesne 2005, p. 154-157, Grenier 1977, p. 4-5
sant de rentrer envoie sa fille Bibolo auprès de Mweel avec
des animaux symbolisant le réveil du soleil (coq, singe, [22] Grenier 1977, p. 5
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