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Remerciements pour une thèse à l'ONERA

Cette thèse, réalisée à l'ONERA, remercie de nombreux collaborateurs et responsables qui ont soutenu le travail de recherche sur la propulsion solide et les gouttes d'alumine. Elle aborde des sujets variés tels que la combustion, la granulométrie et les techniques de mesure, tout en présentant des études expérimentales et numériques. Le document se conclut par une dédicace personnelle et une reconnaissance des contributions de collègues et amis.
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Remerciements pour une thèse à l'ONERA

Cette thèse, réalisée à l'ONERA, remercie de nombreux collaborateurs et responsables qui ont soutenu le travail de recherche sur la propulsion solide et les gouttes d'alumine. Elle aborde des sujets variés tels que la combustion, la granulométrie et les techniques de mesure, tout en présentant des études expérimentales et numériques. Le document se conclut par une dédicace personnelle et une reconnaissance des contributions de collègues et amis.
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REMERCIEMENTS

Cette thèse a été réalisée à l'ONERA au sein du Département des Modèles pour l'Aéro-
dynamique et l'Energétique, dont je remercie le Directeur Jean Cousteix. J'ai eu la
chance de travailler dans deux unités de recherche, dont je remercie les responsables :
Robert Foucaud pour l'Unité Multiphasique Hétérogène au Centre de Toulouse, et Mi-
chel Prévost pour le Laboratoire de Propulsion au Centre du Fauga-Mauzac, qui a enca-
dré mon travail et m'a fait découvrir les expérimentations en propulsion solide.

Je remercie chaleureusement Gérard Lavergne, qui a dirigé mes recherches avec tolé-
rance, générosité, et une profonde humanité. Son soutien et sa confiance ont été essen-
tiels pour la réussite de mon travail.

Je remercie sincèrement les rapporteurs de mon mémoire : Jean-Pascal Borra (LPGP)


qui m'a accueilli très cordialement dans la communauté scientifique des études sur les
Aérosols en m'initiant généreusement à son savoir théorique et expérimental, avec une
chaleur humaine rare ; Lounès Tadrist (Polytech' Marseille), qui m'a initié aux écoule-
ments diphasiques puis m'a soutenu de nombreuses années dans mes aventures scienti-
fiques et professionnelles avec beaucoup de sympathie.
Je remercie Denis Boulaud (IRSN) pour sa contribution considérable au développement
des études françaises sur les Aérosols, et qui me fait l'honneur de participer à mon jury
de thèse.
Je remercie Paul Kuentzmann (ONERA) pour avoir soutenu mon sujet de recherche et
accepté de participer à mon jury de thèse.
Je remercie Nathalie Cesco pour l'exemple que constitue son mémoire de thèse et pour
son soutien apporté à travers le CNES.
Je remercie Dominique Ribereau (Snecma Propulsion Solide) pour me faire l'honneur de
participer à mon jury de thèse.

Je tiens à témoigner ma profonde reconnaissance à Pierre Trichet, qui m'a considéra-


blement soutenu sur le plan scientifique et humain, de l'expérimentation à la rédaction.
Par sa présence assidue et ses conseils, il a été un partenaire irremplaçable pour fran-
chir les étapes les plus difficiles.
Ma collaboration avec Philippe Villedieu a été un voyage exquis au cœur de la physique
et une initiation réussie à la modélisation numérique. Je le remercie pour m'avoir ac-
compagné dans son domaine immense et riche, et pour sa sincérité humaine.
Pour la conception expérimentale, j'ai eu la chance d'être aidé par Pierre Prévot et Ber-
nard Platet. Je les remercie sincèrement pour leur disponibilité et le travail considérable
qu'ils ont accompli dans le cadre de mon étude.

Je veux également remercier tous les personnels de l'ONERA qui m'ont apporté leur pré-
cieux soutien : Gilles Heid pour la conception expérimentale et l'encadrement des tra-
vaux pratiques des élèves ingénieurs ; Ghislaine Picchi pour la documentation (efficacité
100%) ; Pierre Malecki, le titan sauveur de l'informatique, disponible et efficace dans les
situations les plus extrêmes ; Pierre Berthoumieu pour l'utilisation des instruments op-
tiques ; André Alcoser, André Lefebvre et André Dillinger pour la construction mécani-
que ; Michel Plazanet pour les installations d'air comprimé, Dominique Descargues pour
les astuces électriques ; Philippe Reulet et François Liousse pour les mesures thermi-
ques ; Philippe Barricau pour la PIV ; Alain Strzelecki pour les contacts avec des spécia-
listes en optique ; Pierre Gajan pour la débitmétrie ; Francis Micheli pour les astuces in-
formatiques et les poudres ; Patricia Harran-Klotz pour la modélisation diphasique ;

3
Bernard Courbet et Didier Hebert pour l'utilisation du code CEDRE ; Jean-Pierre Druc-
bert pour UNIX ; Jean-Claude Traineau pour la propulsion spatiale.

La tolérance et la sympathie des agents de sécurité de la société Penauille (Jean-


Christophe, Julien, et tous ceux dont je ne connais pas le nom) m'ont été d'un grand bé-
néfice aux heures tardives et les jours fériés.

A Supaéro, j'ai particulièrement apprécié l'aide de Michel Chevallier sur le Microscope


Electronique à Balayage. Je le remercie pour sa compétence et sa sympathie.

Je remercie chaleureusement les stagiaires et doctorants de l'ONERA-DMAE qui ont as-


suré une ambiance de travail très agréable et m'ont parfois été d'un appui scientifique
appréciable : Nawel, Clarisse, Véronique, Fabrice, Christophe, Stéphane, Olivier, Olivier,
Olivier, Xavier, Frédéric, Jérôme, Marie, Valérie, Cédric, Vincent, Maud, Angelot, Em-
manuel, Jean-Charles, Guillaume, Clément, Laurent, Delphine, Sophie, Laetitia, Brice,
Christophe, Rémi, Yann, Gilles, Ludovic, …

Enfin une mention très spéciale pour mon grand ami et néanmoins collègue Alexandre,
sans qui je n'aurais pas accompli ma seconde thèse, à qui je dois toutes ces heures ga-
gnées sur l'espace temps dans une dimension philosophicospirituelle par le moyen d'une
profonde complicité. Notre complémentarité d'horaires n'a eu d'égale que notre capacité
à faire basculer le bureau au fil des années.

Je dédie ce mémoire à Edouard qui m'a fait un cœur et s'en est allé, à Erwan qui est ar-
rivé et l'a ouvert.

4
TABLE DES MATIÈRES

REMERCIEMENTS ............................................................................................................................................ 3

TABLE DES MATIÈRES .................................................................................................................................... 5

NOMENCLATURE.............................................................................................................................................. 7

TABLE DES FIGURES...................................................................................................................................... 12

INTRODUCTION............................................................................................................................................... 17

CHAPITRE 1 CONTEXTE : LES GOUTTES D’ALUMINE DANS LES BOOSTERS D'ARIANE 5...... 19
1.1 Principe de la propulsion solide ................................................................................................................. 19
1.2 Problèmes posés par les gouttes d’alumine ................................................................................................ 20
1.3 Combustion et granulométrie au cœur des MPS P 230 .............................................................................. 22
1.4 Techniques de mesure de granulométrie à l'intérieur du moteur ................................................................ 25
1.5 Analyse préliminaire du montage KeRC.................................................................................................... 28
1.6 Objectifs de la thèse ................................................................................................................................... 30
CHAPITRE 2 COMBUSTION ET SOLIDIFICATION DES PARTICULES DANS LE MONTAGE DU
KERC................................................................................................................................................................... 33
2.1 Combustion complète................................................................................................................................. 33
2.2 Granulométrie et solidification................................................................................................................... 34
2.3 Intérêt du montage KeRC........................................................................................................................... 38
CHAPITRE 3 PRÉLÈVEMENT ISOCINÉTIQUE EN MILIEU DIPHASIQUE DENSE:
PRÉLIMINAIRE THÉORIQUE....................................................................................................................... 41
3.1 Prélèvement non isocinétique par sonde mince en milieu dilué ................................................................. 41
3.2 Couplages dans les écoulements diphasiques denses ................................................................................. 45
CHAPITRE 4 ETUDE EXPÉRIMENTALE D’UNE SONDE ISOCINETIQUE EN ÉCOULEMENT
DIPHASIQUE DENSE ....................................................................................................................................... 61
4.1 Objectifs ..................................................................................................................................................... 61
4.2 Dimensionnement du montage ................................................................................................................... 61
4.3 Présentation du montage "gaz froid" : PIC................................................................................................. 67
4.4 Conception et qualification du banc PIC.................................................................................................... 71
4.5 Traitement des données et outils d’analyse physique................................................................................. 91
4.6 Interprétation des résultats expérimentaux du banc PIC ............................................................................ 95
4.7 Conclusions sur les résultats expérimentaux ............................................................................................ 113
CHAPITRE 5 MODÈLE NUMÉRIQUE DU PRÉLÈVEMENT ISOCINÉTIQUE EN ÉCOULEMENT
DIPHASIQUE DENSE ..................................................................................................................................... 117
5.1 Objectifs ................................................................................................................................................... 117
5.2 Géométrie du modèle de base................................................................................................................... 117
5.3 Caractéristiques du code de calcul CEDRE-SPARTE ............................................................................. 120
5.4 Méthodes de calcul de l’efficacité d’aspiration ........................................................................................ 122
5.5 Validation du code CEDRE par comparaison à la littérature ................................................................... 135
5.6 Influence du rebond, de la dispersion turbulente et du couplage réciproque particules - gaz sur l’efficacité
d’aspiration..................................................................................................................................................... 138
5.7 Synthèse des résultats pour la sonde mince.............................................................................................. 149
5.8 Expression analytique du rebond.............................................................................................................. 154
5.9 Comparaison aux résultats expérimentaux ............................................................................................... 162
5.10 Modèle numérique de la sonde épaisse du montage KeRC.................................................................... 166
5.11 Conclusions et perspectives sur les modèles numériques....................................................................... 188
CONCLUSION.................................................................................................................................................. 191

5
ANNEXE 1 ETUDE DES PRODUITS DE COMBUSTION DE PROPERGOLS SOLIDES
ÉCHANTILLONNÉS PAR LE MONTAGE DU KERC .............................................................................. 193
A1.1 Remarques sur les méthodes d'analyse ............................................................................................ 193
A1.2 Analyse visuelle des particules issues de la combustion de Butalane.............................................. 199
A1.3 Interprétation des courbes granulométriques dela Butalane............................................................. 215
A1.4 Comparaison à la Butalite aluminisée.............................................................................................. 218
A1.5 Composition chimique de la poudre ................................................................................................ 219
A1.6 Conclusions...................................................................................................................................... 225
ANNEXE 2 DÉTAILS SUR LE BANC EXPÉRIMENTAL PIC.......................................................... 227
A2.1 Détails sur le circuit d’air................................................................................................................. 227
A2.2 Détails sur le circuit de poudre......................................................................................................... 229
A2.3 Centralisation des commandes et mesures ....................................................................................... 237
A2.4 Déroulement des essais .................................................................................................................... 238
ANNEXE 3 DÉTAILS DE LA MÉTHODE NUMÉRIQUE.................................................................. 243
A3.1 Mesure de l’isocinétisme par le débit de sous-limite ....................................................................... 243
A3.2 Détermination du débit de particules dans la sonde à partir des résultats du calcul numérique....... 243
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES........................................................................................................ 245

6
NOMENCLATURE

A Efficacité d’aspiration des particules par une sonde (3.1)

A1 Efficacité d’aspiration des particules par une sonde isocinétique de référence

ABeL Efficacité d’aspiration estimée par la corrélation de Belyaev et Levin

Ac Efficacité d’aspiration de la partie convergente devant une sonde épaisse

Ad Efficacité d’aspiration de la partie divergente devant une sonde épaisse


= efficacité d’impact dans la zone de stagnation

ACoreb Efficacité d’aspiration estimée par la corrélation de BeL,


corrigée pour prendre en compte de rebond des particules
sur le bord d’attaque en prélèvement super-isocinétique

A* (m²) Aire du col de la tuyère sonique

B Coefficient géométrique de stagnation

C Concentration volumique des particules dans la sonde (3.2.1)

C0 Concentration volumique des particule dans l’écoulement incident

C1 Concentration volumique des particules dans la sonde isocinétique de référence

C* Coefficient de décharge de la tuyère sonique

c (m-3) Concentration numérique des particules

D (m) Diamètre extérieur de la sonde

d (m) Diamètre intérieur de la sonde

dc (m) Diamètre intérieur de la sonde pour le montage gaz chaud

df (m) Diamètre intérieur de la sonde pour le montage gaz froid

dp (m) Diamètre d’une particule sphérique

dpc (m) Diamètre d’une particule pour le montage gaz chaud

dpf (m) Diamètre d’une particule pour le montage gaz froid

d* (m) Diamètre du col de la tuyère sonique

E Efficacité d’impact d’une particule sur un obstacle

e (m) Epaisseur de paroi d’un sphère creuse

F (N) Force de traînée visqueuse

f Facteur de réduction de traînée visqueuse par effet de sillage (3.2.4)

Ji Coefficient d’impact

7
Js Coefficient de section efficace

k (m².s-²) Energie cinétique turbulente

L (m) Distance entre deux particules

l (m) Longueur caractéristique de la turbulence

M (kg) Masse de poudre

m (kg) Masse d’une particule

mp (kg) Masse totale des particules

ma (kg) Masse de l’air

n Nombre de particules

N (m-2.s-1) Débit numérique de particules par unité de surface,


aussi noté V34 sur les graphes Tecplot

p (Pa) Pression

p1 (Pa) Pression mesurée en amont de la tuyère sonique

pv (Pa) Pression dans la veine d'essai

ps (Pa) Pression dans la sonde

pc (Pa) Pression dans le cylindre aspirant

P Paramètre de couplage réciproque particules- fluide (two-way coupling) (3.2.2)

Q (kg.s-1) Débit massique de particules

Qc (kg.s-1) Débit massique d’air entrant dans le cylindre aspirant

Qm (kg.s-1) Débit massique d'air

Qp (kg.s-1) Débit massique de particules dans la sonde

Qp0 (kg.s-1) Débit massique de particules en amont de la sonde

Qf (kg.s-1) Débit massique d’air dans la sonde

Qf0 (kg.s-1) Débit massique de particules en amont de la sonde

Qpr (kg.s-1) Débit massique de particules ajouté par le rebond sur le bord d’attaque

q (kg.m-2.s-1) Débit massique de particules par unité de surface

q0 (kg.m-2.s-1) Débit massique de particules par unité de surface en amont de la sonde

R Rapport d’isocinétisme

r (m) Rayon d’une particule

8
r’ (m.K-1) Constante massique des gaz parfaits

r0a (m) Origine radiale de la ligne de courant limite

r0p (m) Origine radiale de la trajectoire limite des particules

rs (m) Rayon intérieur de la sonde

Re Nombre de Reynolds

s (m²) Maître couple d’une particule

S (m) Diamètre de la zone de stagnation d’une sonde épaisse

Sb (m²) Section du bord d’attaque de la sonde

Se (m²) Section efficace du bord d’attaque de la sonde

Sc (m²) Section du cylindre aspirant

Ss (m²) Section intérieure de la sonde

Stk Nombre de Stokes d’une particule relatif à une sonde de prélèvement (3.1)

Stke Nombre de Stokes d’une particule relatif à l’épaisseur de la paroi

Stkt Nombre de Stokes d’une particule relatif à la turbulence

T Taux de réponse visqueuse entre deux collisions (4-way coupling) ([Link])

Tv (K) Température dans la veine d’essai

T1 (K) Température mesurée amont de la tuyère

t (s) Temps

U (m/s) Vitesse débitante d’aspiration dans une sonde de prélèvement

U0 (m/s) Vitesse de l’écoulement incident devant une sonde

Uc (m/s) Vitesse du piston dans le cylindre

Ud (m/s) Vitesse débitante dans la veine d’essai

uf (m/s) Vitesse du fluide

up (m/s) Vitesse axiale des particules

u’ (m/s) Vitesse turbulente longitudinale

V34 (m-2.s-1) Débit numérique de particules par unité de surface sur les graphes Tecplot,
également noté N

Vp (m3) Volume occupé par les particules

Vf (m3) Volume du fluide

vf (m/s) Vitesse du fluide en similitude gaz froid

9
vc (m/s) Vitesse du fluide en similitude gaz chaud

vp (m/s) Vitesse radiale des particules

vr (m/s) Vitesse relative des particules entre elles

v’ (m/s) Vitesse turbulente transversale

w’ (m/s) Vitesse turbulente transversale

Z Rapport massique des particules dans le fluide (3.2.1)

Z0 Rapport massique des particules en amont de la sonde

Lettres grecques
δ paramètre de distance moyenne entre deux particules

Φ Rapport d’aspiration d’une sonde épaisse

Γ Coefficient d’écoulement sonique de gaz réel dans une tuyère

µ (Pa.s) Viscosité dynamique du fluide

ρp (kg/m3) Masse volumique d’une particule

ρf (kg/m3) Masse volumique du fluide

ρgc (kg/m3) Masse volumique du gaz en similitude gaz chaud

ρgf (kg/m3) Masse volumique du gaz en similitude gaz froid

ρs (kg/m3) Masse volumique de l'air à l'entrée de la sonde

σ (m/s) Vitesse turbulente du fluide

τv (s) Temps de relaxation visqueuse d’une particule (3.1)

τc (s) Temps moyen entre deux collisions de particules

τs (s) Temps caractéristique relatif à la sonde de prélèvement (3.1)

τt (s) Temps caractéristique de la turbulence du fluide

Sigles
BeL Corrélation empirique de Belyaev et Levin
CEDRE Code de calcul aérodynamique et énergétique
CHARME Module de calcul d’écoulements fluides de CEDRE
CM Concentration Method
DSL Débit de Sous-Limite, résultat du code CHARME
KeRC Keldysh Research Center (Moscou)
LDA Laser Doppler Anemometry
LTM Limit Trajectory Method

10
MEB Microscope Electronique à Balayage
ONERA Office National d’Etudes et de Recherches Aérospatiales
PDA Phase Doppler Anemometry
PIC Banc expérimental pour Prélèvement Isocinétique diphasique Concentré
PIV Particle Image Velocimetry
SNPE Société Nationale des Poudres et Explosifs
SPARTE Module de calcul lagrangien des trajectoires de particules de CEDRE

11
TABLE DES FIGURES
Figure 1-1 : Ariane 5 au décollage et coupe de son MPS P 230 ...................................................................................................19
Figure 1-2 : Instabilité d'angle (Vuillot 2002) ..................................................................................................................................21
Figure 1-3 : Instabilité générée par l'obstacle de la protection thermique (Vuillot 2002)................................................................21
Figure 1-4 : Instabilité par écoulement pariétal (Vuillot 2002) ........................................................................................................21
Figure 1-5 : Formation des gouttes d'alumine (Lengellé, Duterque, Trubert 2002)........................................................................23
Figure 1-6 : Combustion de particules d'aluminium à la surface du propergol (Lengellé, Duterque, Trubert 2002) ......................23
Figure 1-7 : Combustion d'une goutte d'aluminium ........................................................................................................................24
Figure 1-8 : Schéma simplifié du mélange de gouttes de tailles différentes ..................................................................................25
Figure 1-9 : Schéma du piège rotatif vu de dessus et en coupe ....................................................................................................26
Figure 1-10 : LP2, schéma en coupe axisymétrique ......................................................................................................................27
Figure 1-11 : Panache de fumée d'un tir LP2.................................................................................................................................27
Figure 1-12 : Schéma du montage de granulométrie du Keldysh Research Center (KeRC).........................................................28
Figure 1-13 : Calcul analytique des lignes de courant dans un cylindre à paroi débitante ............................................................29
Figure 2-1 : Couleur claire des petites particules (< 100 µm). Largeur photo = 0,87 mm ..............................................................33
Figure 2-2 : Diversité des couleurs et des formes des grosses particules (>100 µm).Largeur photo = 1,1 mm............................34
Figure 2-3 : Granulométrie des produits de combustion par diffraction laser.................................................................................35
Figure 2-4 : Agglomérats et sphères lisses. Photo au MEB...........................................................................................................36
Figure 2-5 : Agglomération de petites gouttes (de 0,5 à 2 µm) dans un état pâteux .....................................................................37
Figure 3-1 – Comportement des petites et grosses particules à l’abord d’une sonde, en fonction de la vitesse d’aspiration.
(Witschger 2000) ............................................................................................................................................................................41
Figure 3-2 : Corrélation de Belyaev et Levin (1974) pour une sonde de prélèvement à bord mince: A(Stk) .................................43
Figure 3-3 : Corrélation de Belyaev et Levin (1974) pour une sonde de prélèvement à bord mince: A(U0/U)...............................43
Figure 3-4 : Corrélation de Belyaev et Levin en fonction de Stk et U0/U .......................................................................................44
Figure 3-5 : Interaction simple entre le fluide et une particule isolée .............................................................................................46
Figure 3-6: Déformation du profil de vitesse fluide par un jet de particules concentré...................................................................47
Figure 3-7 : Paramètre de couplage réciproque pour plusieurs nombres de Stokes .....................................................................48
Figure 3-8 : Paramètre de couplage réciproque, effet du rapport de vitesse particules / fluide .....................................................49
Figure 3-9 : Collision entre particules .............................................................................................................................................51
Figure 3-10: Vitesse relative vr de deux particules Stk1 et Stk2, induite par la turbulence σ ..........................................................52
Figure 3-11 : Effet du diamètre des particules sur le taux de réponse visqueuse entre deux collisions ........................................54
Figure 3-12: Influence de la vitesse relative des particules sur le taux de réponse visqueuse entre deux collisions ....................55
Figure 3-13 : Effet de sillage entre particules .................................................................................................................................56
Figure 3-14 :Facteur de correction de la traînée visqueuse par sillage entre particules................................................................57
Figure 3-15 : Comparaison des trois interactions sur les particules pour une gamme de concentration.......................................58
Figure 4-1 – Détermination de la vitesse du mélange en fonction de la masse volumique des particules. ...................................65
Figure 4-2 : Résultats de la similitude entre « gaz froid » et « gaz chaud »...................................................................................66
Figure 4-3 : Banc d’essai pour sonde de Prélèvement Isocinétique en écoulement diphasique Concentré..................................69
Figure 4-4 : Photo du montage PIC, partie aval .............................................................................................................................70
Figure 4-5 : Trajectoires convergentes à l'entrée de la sonde super-isocinétique .........................................................................71
Figure 4-6 – Montage complet de la veine d’essai entre l’injecteur de particules et les cyclones .................................................72
Figure 4-7 – Module de prélèvement..............................................................................................................................................73
Figure 4-8 – Débitmètre à tuyère sonique ......................................................................................................................................75
Figure 4-9 – Détail d’une tuyère sonique, diamètre du col = 3,5 mm.............................................................................................76
Figure 4-10 – Exemple de mesure du champ de vitesse axiale par P.I.V. dans le plan horizontal médian de la veine, en amont
des sondes. L’écoulement est dans le sens des Y décroissants. ..................................................................................................77
Figure 4-11 – Profils de vitesse mesurés par P.I.V. pour trois débits différents.............................................................................78
Figure 4-12 – Corrélation entre la vitesse incidente devant les sondes (mesurée par PIV) et la vitesse débitante dans la veine
(mesurée par débitmètre à tuyère sonique) ...................................................................................................................................78
Figure 4-13 – Rapport de la vitesse incidente sur la vitesse débitante ..........................................................................................79
Figure 4-14: Vitesse turbulente moyenne mesurée par PIV ..........................................................................................................79
Figure 4-15 – L’injecteur de particules ...........................................................................................................................................80
Figure 4-16 : Injecteur de particules ...............................................................................................................................................81
Figure 4-17 – Cyclone de récupération. coupe horizontale et vue de face. Diamètre du cylindre = 104 mm................................82
Figure 4-18 – Deux sondes jumelles en parallèle, avec chacune un cyclone miniature. Vue de dessus. .....................................83
Figure 4-19 – Cyclone miniature pour sonde .................................................................................................................................84
Figure 4-20 - Système d’aspiration par vérins pneumatiques ........................................................................................................85
Figure 4-21 : Granulométrie des particules captées par un sonde isocinétique et une sonde super-isocinétique (R=0,5) ...........87
Figure 4-22 : Deux bulles de même épaisseur de paroi.................................................................................................................88

12
Figure 4-23 : Variation du temps de réponse visqueuse des particules creuses à épaisseur fixe en fonction de leur rayon ........89
Figure 4-24 : Granulométrie de la poudre 3M S60HS. Diamètre volumique moyen d34=27µm. Mesure par diffraction laser
Coulter Multisizer............................................................................................................................................................................90
Figure 4-25 : Paramètre de couplage réciproque pour les différentes configurations expérimentales ..........................................93
Figure 4-26: Vitesse turbulente moyenne mesurée par PIV ..........................................................................................................94
Figure 4-27 : Taux de réponse visqueuse entre deux collisions pour diverses configurations expérimentales.............................95
Figure 4-28 : Sous-échantillonnage des particules en prélèvement super-isocinétique ................................................................96
Figure 4-29: Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 0,5 - Stk = 2,96 ......................................................96
Figure 4-30 : Facteurs de couplage en fonction du rapport massique. U0/U = 0,5 - Stk = 2.96 ....................................................97
Figure 4-31 : Le couplage réciproque (ligne pleine) retarde la convergence des lignes de courant donc nuit à l'aspiration des
particules ........................................................................................................................................................................................98
Figure 4-32 : Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 0,5 - Stk = 1,47.....................................................99
Figure 4-33: Prélèvement super-isocinétique, effet du nombre de Stokes sur l'efficacité d'aspiration ........................................100
Figure 4-34 : Facteurs de couplage en fonction du rapport massique.U0/U = 0,5 - Stk = 1,47 ...................................................100
Figure 4-35 : Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 0,9 - Stk = 2,93...................................................101
Figure 4-36 : Comparaison de deux cas super-isocinétiques R = 0,5 et R = 0,9.........................................................................102
Figure 4-37: Facteurs de couplage en fonction du rapport massique.U0/U = 0,9 - Stk = 2,97 ....................................................103
Figure 4-38 : Sur-échantillonnage des particules en prélèvement sub-isocinétique ....................................................................104
Figure 4-39 : Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 1,95 - Stk = 2,92.................................................105
Figure 4-40: Stk = 2,9. Comparaison de deux vitesses d’aspiration : super-isocinétique et sub-isocinétique.............................106
Figure 4-41 : Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 1,97 - Stk = 1,65.................................................107
Figure 4-42: Effet du rapport massique sur les facteurs de couplage. U0/U = 1,97 - Stk = 1,65 .................................................108
Figure 4-43 : Le couplage réciproque (ligne pleine) retarde l'inflexion des lignes de courant et augmente l'efficacité d'aspiration108
Figure 4-44: Prélèvement sub-isocinétique, comparaison de deux nombres de Stokes .............................................................109
Figure 4-45: Effet de la vitesse d'aspiration sur l'efficacité d'aspiration. Stk = 1,5 .......................................................................110
Figure 4-46 : Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 1,92 - Stk = 5,9...................................................111
Figure 4-47 : prélèvement sub-isocinétique, effet du nombre de Stokes .....................................................................................112
Figure 4-48 : Facteurs de couplage en fonction du rapport massique.U0/U = 1,92 - Stk = 5,9 ...................................................112
Figure 4-49 : Comparaison des résultats expérimentaux à la littérature......................................................................................114
Figure 5-1 : Maillage axisymétrique de la sonde au centre d'une conduite..................................................................................118
Figure 5-2 : Dispersion turbulente des grosses (100µm) et petites particules (1µm)...................................................................118
Figure 5-3 : Injecteurs circulaires en entrée de conduite .............................................................................................................119
Figure 5-4 : Champ de pression (en Pa) dans la sonde pour un prélèvement super-isocinétique : U0/U = 0,5. (axe sonde en
y = 0, paroi en y = 0,004, entrée en x = 0, sortie en x = 0,05)......................................................................................................119
Figure 5-5 : Trajectoire limite des particules et ligne de courant limite ........................................................................................123
Figure 5-6 : Maillage 1 basique ....................................................................................................................................................125
Figure 5-7 : Maillage 2, affiné en entrée de sonde .......................................................................................................................125
Figure 5-8 : Trajectoires des particules (diamètre 0,1µm) modélisées par des segments de droite. Les vecteurs représentent la
vitesse du fluide en chaque nœud, la couleur correspond à la composante axiale u de cette vitesse (m/s) moyennée dans
-5
chaque cellule. Pas de calcul = 5.10 s ........................................................................................................................................126
Figure 5-9 : Trajectoires des particules (diamètre 0,1µm) modélisées par des segments de droite. Les vecteurs représentent la
vitesse du fluide en chaque nœud, la couleur correspond à la composante axiale u de cette vitesse (m/s) moyennée dans
-5
chaque cellule. Pas de temps = 2.10 s. (6101) ..........................................................................................................................127
Figure 5-10 : Maillage 3, affiné sur le bord d’attaque ...................................................................................................................127
Figure 5-11 : Détail du raffinement du maillage 3 devant le bord d'attaque de la sonde .............................................................128
Figure 5-12 : Meilleure approximation des trajectoires grâce à un maillage plus fin (petites mailles = 0,1 mm). Particules 0,1 µm,
-6
Pas de temps = 2.10 s. Espacement des injecteurs = 0,05 mm. (u en m/s) ..............................................................................128
Figure 5-13 : Dans CEDRE 2.1.1, trajectoires courbes dans une cellule de 0,4 m. Particules de 1µm, espacement des
-5
injecteurs = 0,2 mm, pas de temps = 5.10 s. (u en m/s) ............................................................................................................129
Figure 5-14 : La particule (27µm, Stk = 3) traverse le bord d'attaque. La trajectoire limite est valable. (u en m/s) .....................131
Figure 5-15 : Le rebond déforme la trajectoire limite (rouge) (u en m/s)......................................................................................132
- -1
Figure 5-16 : Irrégularité numérique du débit pseudo Eulerien de particules (V34=N, en m ².s ). dp = 27µm,Stk = 3, U0/U =2 , 1-
way coupling sans rebond sur le bord d’attaque ..........................................................................................................................133
- -1
Figure 5-17 : Le filtrage Eulerien (0,002 s) lisse le profil 3D du débit de particules (N=V34 en m ².s ). dp = 27µm,Stk = 3,
U0/U = 2, 1-way coupling sans rebond sur le bord d’attaque .......................................................................................................134
Figure 5-18 : Particules de diamètre 4 µm (Stk = 0,064), U0/U=1,96 ; u en m/s ..........................................................................136
Figure 5-19 : Particules de 107 µm (Stk = 45,6) indifférentes au prélèvement sub-isocinétique : U0/U=1,96 ; u en m/s.............137
Figure 5-20 : Trajectoire limite des particules de 30 µm (Stk = 3,59) et ligne de courant limite de l'air (U0/U=1,96) ...................137
Figure 5-21 : Validation du code CEDRE pour un prélèvement sub-isocinétique: U0/U=1,96 ....................................................138
Figure 5-22 : Sur-échantillonnage des particules en prélèvement sub-isocinétique ....................................................................140

13
Figure 5-23 : Trajectoires et lignes de courant dans le cas basique, semblable à la corrélation de BeL, U0/U=2, Stk=2,9 ; u en
m/s................................................................................................................................................................................................140
Figure 5-24 : Influence sur l'efficacité de la dispersion turbulente, du rebond sur le bord d'attaque, et du couplage réciproque,
cas sub-isocinétique .....................................................................................................................................................................141
Figure 5-25 : Répartition des particules par la dispersion turbulente (d1r0t0) U0/U=2 ; Stk=2,9 ; u en m/s ................................142
Figure 5-26 : Couches limites sans puis avec couplage réciproque (U0/U=0,5, Stk=2,9) ; u en m/s ..........................................143
-3
Figure 5-27 : Rebond sur le bord d'attaque avec couplage réciproque et turbulence. U0/U=2, Stk=2,9 ; C en m .....................143
Figure 5-28 : Sous-échantillonnage des particules en prélèvement super-isocinétique ..............................................................144
Figure 5-29 : Trajectoires de particules, lignes de courant gazeux et champ de vitesse gazeuse axiale (u en m/s) dans le cas
basique semblable aux mesures de BeL. U0/U=0,5, Stk=2,9 (échelle x comprimée) ..................................................................145
Figure 5-30 : Effets respectifs sur l'efficacité d’aspiration, de la dispersion turbulente, du rebond sur le bord d'attaque , et du
couplage réciproque. Cas super-isocinétique ..............................................................................................................................146
-3
Figure 5-31 : Rebond, 2-way, laminaire puis turbulent. U0/U=0,5, Stk=2,9 ; C en m ................................................................147
-3
Figure 5-32 : Dispersion turbulente homogène des particules injectées ; C en m .....................................................................148
Figure 5-33 : Réglage de la pression de sortie de la sonde avec deux tailles de particules (3 et 100µm) ..................................150
Figure 5-34 : Efficacité d'aspiration calculée par CEDRE pour plusieurs tailles de particules .....................................................151
Figure 5-35 : Efficacité d'aspiration pour quelques valeurs du rapport d'isocinétisme.................................................................151
Figure 5-36 : Ecart relatif à BeL de l'efficacité d'aspiration calculée par CEDRE ........................................................................152
Figure 5-37 : Ecart d'efficacité relatif à BeL..................................................................................................................................153
Figure 5-38 : Rebond sur le bord d'attaque pour trois tailles de particules: 1, 10 et 100µm. Lignes de courant noires pour le gaz,
-3
lignes rouges pour les particules (à titre indicatif car elles sont faussées par le rebond) ; C en m ............................................154
Figure 5-39 : Evitement du bord d'attaque par les petites particules de 1µm (Stk=0,004). U0/U=2 ; up en m/s ...........................156
Figure 5-40 : Vitesse axiale (up en m/s) des particules de 1µm (Stk=0,004) U0/U=2...................................................................156
Figure 5-41 : Vitesse axiale des particules de 3µm (Stk=0,036) U0/U=2 .....................................................................................157
Figure 5-42 : Vitesse axiale des particules de 10µm (Stk=0,4) U0/U=2 .......................................................................................157
Figure 5-43 : Coefficient d’impact sur ruban : Calcul théorique par Ranz et Wong, points expérimentaux par May et Clifford..158
Figure 5-44 : Vitesse radiale et angle d'incidence des particules pour deux tailles différentes: 10 et 1µm. En noir : ligne de
courant gazeux limite. En rouge : trajectoire limite des particules. ..............................................................................................159
Figure 5-45 : Angle d'incidence des particules sur le bord d'attaque de la sonde .......................................................................160
Figure 5-46: Transition empirique entre 0,7 et 1 ..........................................................................................................................160
Figure 5-47: Prélèvement super-isocinétique, estimation analytique (‘Coreb’) de l’effet du rebond sur le bord d'attaque pour le
calcul de l’efficacité totale.............................................................................................................................................................161
Figure 5-48 : Prélèvement isocinétique, quelques particules de 27µm issues du rebond sont captées (les vertes) ...................163
Figure 5-49 : Comparaison numérique - expérimentale de l'efficacité d'aspiration......................................................................164
Figure 5-50 : Ecart relatif à BeL, comparaison expérience - numérique ......................................................................................164
Figure 5-51 : Comparaison des résultats expérimentaux avec les calculs numériques...............................................................165
Figure 5-52 : Maillage de la sonde épaisse du KeRC ..................................................................................................................167
Figure 5-53 : Champ de vitesse axiale (u en m/s) du gaz en aspiration isocinétique. U0/U =1, U0 = 17,6 m/s ...........................168
Figure 5-54 : Injection de particules de 54 µm (Stk = 13,3) et lignes de courant gazeux U0/U = 1 ; u en m/s .............................169
Figure 5-55 : Réglage de la vitesse d'aspiration par la pression de sortie sonde ........................................................................170
-3
Figure 5-56: Concentration (m ) et lignes d'émission des particules. U0/U = 0,44, Stk = 0,0037................................................171
Figure 5-57 : Vitesse axiale (m/s) des particules à l'entrée de la sonde épaisse. U0/U = 0,44, Stk = 0,0037..............................172
Figure 5-58 : Efficacité d'aspiration des particules de 0,9µm par la sonde épaisse.....................................................................172
-3
Figure 5-59 : Champ de concentration (m ) des particules (Stk=13) et lignes de courant en régime isocinétique .....................173
Figure 5-60 : Résultats CEDRE pour la sonde épaisse, comparés à la littérature.......................................................................175
Figure 5-61 : La distance S définit la zone d'arrêt (Stagnation) ...................................................................................................176
Figure 5-62: Lignes de courant gazeux calculées par CEDRE . Zoom sur le point d'arrêt sur le bord d'attaque. U0/U = 0,46....176
Figure 5-63 : Comparaison des résultats CEDRE à la corrélation de Vincent .............................................................................178
-3
Figure 5-64 : Trajectoires des grosses particules sans rebond. U0/U = 1,22 ; Stk = 13,3 ; C en m ..........................................179
-3
Figure 5-65 : Prélèvement fortement sub-isocinétique avec rebond. U0/U = 2,8 ; Stk = 13,3 ; C en m .....................................180
-3
Figure 5-66 : Prélèvement super-isocinétique par sonde épaisse. U0/U = 0,46 ;Stk = 13,3 ; C en m ........................................181
-3
Figure 5-67 : Rebonds multiples visibles sur calcul laminaire U0/U = 0,46 ; Stk = 13,3 ; C en m ..............................................182
-2 -1
Figure 5-68 : Champ de débit de particules (V34 = N en m .s ). U0/U = 0,46 Stk = 13,3 avec rebond .....................................183
Figure 5-69: Comparaison des résultats CEDRE aux corrélations avec rebond de la littérature.................................................184
Figure 5-70: Particules de 10µm à l'abord de la sonde épaisse, calcul laminaire, U0/U = 0,46 ; up en m/s ................................186
Figure 5-71: Corrélation de Vincent pour sonde épaisse. d = 7mm, D = 50mm ..........................................................................188
Figure 5-72: Fraction volumique de chaque taille de particule. Résultat des mesures effectuées par le KeRC pour trois
propergols différents.....................................................................................................................................................................194
Figure 5-73: Fraction volumique Cumulée de chaque taille de particule. Résultat des mesures effectuées par le KeRC pour trois
propergols différents.....................................................................................................................................................................195
Figure 5-74 : Granulométrie de la Butalane par KeRC et Coulter................................................................................................216

14
Figure 5-75 – Schéma du système d’aspiration d’une sonde ......................................................................................................230
Figure 5-76 – Evolution temporelle de la position d’un vérin aspirant..........................................................................................230
Figure 5-77 – Pression dans le vérin aspirant et vitesse d’aspiration de la sonde mesurée par fil chaud ...................................232
Figure 5-78 – Aspiration lente : départ trop rapide. Aspiration rapide : départ trop lent...............................................................233
Figure 5-79 : Aspiration lente ou rapide: régulière .......................................................................................................................233
Figure 5-80 – Eclairage de la zone de prélèvement par nappe laser...........................................................................................234
Figure 5-81 – Exemple de prélèvement isocinétique (à droite) et sub-isocinétique (à gauche)...................................................235
Figure 5-82 – Le soufflage des sondes écarte les particules incidentes pendant la phase initiale ..............................................236
Figure 5-83 : A très faible concentration, deux prélèvements super-isocinétiques ......................................................................236
Figure 5-84 : PC d'acquisition des mesures et automate de commande .....................................................................................238
Figure 5-85 : Feuille xl d'acquisition des mesures........................................................................................................................239
Figure 5-86 : Evolution temporelle de la vitesse incidente et de la position des vérins ...............................................................240
Figure 5-87 : Evolution temporelle des pressions dans la veine d'essai et dans le vérin moteur ................................................240
Figure 5-88 : Tableau de calcul des concentrations.....................................................................................................................241
Figure 5-89 : Synthèse d'une série d'essais à diverses concentrations .......................................................................................241

15
16
INTRODUCTION

La compétitivité économique du lanceur spatial européen Ariane 5 résulte notamment de


l’utilisation de technologies peu onéreuses mais performantes pour sa propulsion. Ainsi,
ses deux accélérateurs latéraux sont des moteurs à propergol solide qui fournissent
l’essentiel de la poussée au décollage. Des particules d’aluminium sont mélangées au
propergol pour augmenter l’impulsion spécifique par leur combustion. Mais l’alumine qui
en résulte se condense en gouttelettes qui constituent 32% de la masse des produits de
combustion. La répartition en taille de ces gouttes est une donnée essentielle pour com-
prendre et modéliser certains problèmes qui limitent la performance du moteur : pertes
d’impulsion spécifique, dépôts d’alumine dans le fond arrière du moteur, oscillations de
poussée. Malgré des efforts soutenus depuis de nombreuses années pour mesurer cette
granulométrie, les résultats actuellement disponibles présentent des contradictions.

Dans l’espoir de les résoudre, l’ONERA est sur le point d’acquérir un montage de mesure
de granulométrie pour produits de combustion des moteurs à propergol solide, conçu par
le Keldysh Research Center en Russie. Schématiquement, ce montage prélève les pro-
duits de combustion à l’aide d’une sonde isocinétique, puis les solidifie et les collecte pour
une mesure granulométrique ultérieure. L’étude présentée ici a pour objectif pratique de
préparer l’interprétation des résultats à venir de ce montage, en particulier sur trois as-
pects essentiels : la combustion complète des gouttes d’aluminium, la solidification des
gouttes d’alumine qui en résultent, et surtout la représentativité de l’échantillon prélevé
par la sonde.

Après une présentation du contexte industriel et scientifique de notre étude, nous analy-
serons les particules d’alumine issues d’essais préliminaires du montage du KeRC avec
le propergol d’Ariane 5. Nous verrons ainsi si la combustion de l’aluminium et la solidifi-
cation des gouttes d’alumine se fait dans des conditions satisfaisantes.

Puis nous étudierons en profondeur le processus de prélèvement par sonde isocinétique


en écoulement diphasique dense. Les bases bibliographiques dans les domaines du pré-
lèvement par sonde et des couplages entre phases dans les écoulements diphasiques den-
ses nous permettront d’interpréter nos résultats expérimentaux.

L’étude expérimentale repose sur un dispositif original, spécialement adapté aux rap-
ports massiques de particules compris entre 0,1 et 0,9. Elle mettra en évidence
l’influence de la forte concentration des particules sur l’efficacité de prélèvement d’une
sonde, par le bais de différents couplages entre phases. Elle servira également de valida-
tion à notre modèle numérique.

Dans l’étude numérique, nous détaillerons les mécanismes locaux de prélèvement comme
les effets de la turbulence, du couplage réciproque entre phases (à forte concentration en
particules), et du rebond des particules sur le bord d’attaque. L’influence de l’épaisseur
du bord de la sonde sera examinée par le cas concret de la sonde épaisse utilisée dans le
montage du KeRC. Nous verrons ainsi comment la simulation numérique permet
d’envisager un réglage performant du prélèvement, tout en calculant le biais de mesure
lié à la vitesse d’aspiration.

17
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

CHAPITRE 1 CONTEXTE : LES GOUTTES D’ALUMINE DANS


LES BOOSTERS D'ARIANE 5

1.1 Principe de la propulsion solide


Dans le contexte de plus en plus concurrentiel de la mise en orbite, le lanceur spatial eu-
ropéen Ariane 5 a fondé son succès sur sa compétitivité économique. Pour cela, il fait ap-
pel à trois technologies complémentaires sur le plan de la propulsion. Le troisième étage
est propulsé par des ergols stockables (N2O4, UDMH). Le moteur central (Vulcain) brûle
un mélange de deux ergols cryogéniques (oxygène et hydrogène) stockés dans de grands
réservoirs qui constituent le corps central de la fusée. Sa puissance est modulable par le
réglage du débit d’ergols, suivant des technologies très avancées. Durant la phase ini-
tiale de décollage (les deux premières minutes de vol, qui portent la fusée à une altitude
de 60 km), ce moteur ne fournit que 8% de la poussée. L’essentiel de la puissance est
fournie par deux moteurs latéraux (boosters) à propergol solide contenant 230 tonnes de
poudre (d’où leur nom : MPS P 230), avec une poussée de 7000 kN.

Figure 1-1 : Ariane 5 au décollage et coupe de son MPS P 230

Le principe de la propulsion solide est très ancien puisqu’il a été utilisé depuis plusieurs
siècles par les chinois pour augmenter la portée des flèches de guerre. On le trouve au-
jourd’hui dans les feux d’artifice, les missiles, et les moteurs d’appoint ou les étages com-
plets de certains lanceurs spatiaux : Titan 4, la Navette Spatiale, et Ariane 5. La techno-
logie est simple, ce qui permet un faible coût de fabrication : de la poudre brûle dans un
tube percé en son extrémité. Par la tuyère de sortie, les gaz de combustion sont éjectés à
grande vitesse et engendrent la force propulsive par le principe de la réaction. Pour une
grande surface de combustion qui permet un fort débit de gaz, la poudre est compactée
sur les parois internes du tube et forme un cylindre creux qui s’élargit en brûlant, jus-
qu’à consommation totale du propergol. Après allumage, la combustion se poursuit

19
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

inexorablement à plein régime, sans possibilité de modulation, c’est pourquoi on utilise


cette technologie uniquement pour le décollage, quand la puissance requise est maxi-
male. Lorsque la poudre est totalement brûlée, les boosters sont largués et le corps cen-
tral de la fusée est propulsé par le moteur principal à ergols liquides.

Dans le cas des MPS P 230 d’Ariane 5, le propergol est constitué de grains de perchlorate
d’ammonium (NH4ClO4) liés par du HTPB (Hydroxy-Terminated PolyButadiene), et mé-
langés à des particules d’aluminium à hauteur de 18% en masse. Par sa combustion,
l’aluminium élève la température des produits de combustion à 3400 K et augmente ain-
si l’impulsion spécifique du moteur. Mais l’oxyde l’aluminium (Al2O3 = Alumine) qui en
résulte se condense en gouttelettes car sa température d’évaporation (estimée à 5150 K à
45 bar) est supérieure à la température ambiante (3000 K). Les résidus de combustion
sont donc constitués de divers gaz chauds et de gouttes d’alumine liquide. Dans ce mé-
lange diphasique dense (32% d’alumine en masse, 0,1% en volume), la phase condensée
pose plusieurs problèmes, étudiés depuis environ quarante ans à l’ONERA, notamment
dans la période 1990-2000 au sein du programme de recherche ASSM (Aerodynamics of
Segmented Solid Motor). Nos travaux s’inscrivent dans la continuité de ces recherches,
sur un point qui n’a pas encore été résolu : la mesure de la taille des gouttes d’alumine
au cœur du moteur. Voyons pour quelles raisons cette donnée est nécessaire.

1.2 Problèmes posés par les gouttes d’alumine

1.2.1 Pertes d’impulsion spécifique


Dans sa thèse de doctorat menée à l’ONERA, Kuentzmann (1973) établit les bases du
calcul des pertes d’impulsion spécifique des propulseurs à propergol solide métallisé, no-
tamment dues à la phase condensée des oxydes métalliques. On appelle perte
d’impulsion spécifique la différence constatée entre les calculs thermodynamiques et les
mesures expérimentales en ce qui concerne l’impulsion spécifique (temps pendant lequel
l’engin peut fournir 1 N de poussée avec 1 kg de carburant). La conclusion des travaux de
Kuentzmann est qu’une partie importante de cet écart est du à l’agglomération des gout-
tes d’alumine lors de leur passage dans le convergent de la tuyère, et à leur dispersion
hétérogène à la sortie du divergent. Pour quantifier ce phénomène, il faut connaître la
répartition granulométrique des gouttes à leur entrée dans la tuyère. Cette question
n’est pas encore résolue.

1.2.2 Dépôts dans le fond arrière du MPS P 230


Pour des raisons de compacité et de pilotage, la tuyère du MPS P 230 est intégrée, c’est à
dire qu’elle est enfoncée dans le moteur de manière que le convergent se situe en avant
du fond de la chambre de combustion. Il en résulte une cavité annulaire où se retrouve
piégée une importante flaque d’alumine liquide, qui peut atteindre deux tonnes, et ré-
duire l’impulsion spécifique de 1% puisque cette masse n’est pas éjectée du moteur et ne
produit donc aucune poussée. Cette mesure a été effectuée sur des moteurs usagés récu-
pérés en mer après utilisation. En outre, l’éjection éventuelle de la flaque par la tuyère
pendant le fonctionnement de l’un des moteurs risque de perturber l’écoulement gazeux
dans la tuyère à cause du blocage occasionné au passage du col, produisant une brutale
variation de poussée qui perturberait la trajectoire du véhicule.
En 1997, dans sa thèse de doctorat à l’ONERA, Cesco calcule numériquement les méca-
nismes de transport des gouttes d’alumine qui conduisent à leur agglomération dans le
fond arrière. Pour cela, elle a du faire des hypothèses sur la taille des particules à

20
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

l’intérieur de la chambre de combustion. Ses résultats demandent donc à être consolidés


par une mesure fiable des la répartition granulométrique réelle.

1.2.3 Oscillations de poussée


Dès le début du programme ASSM, initié par le CNES, les efforts se sont portés sur la
compréhension des oscillations de poussée des MPS P 230. En effet, les oscillations pro-
duites (jusqu’à 3,5 % de la poussée) par les deux moteurs peuvent perturber le pilotage
car elles ne sont pas synchrones sur les deux moteurs. Surtout, elles sont susceptibles
d’endommager les fragiles instruments optiques et électroniques embarqués à bord des
satellites à transporter. Sur les lanceurs américains, les boosters sont attachés en bas, et
les vibrations sont amorties par les réservoirs pleins du corps central. Pour optimiser sa
structure mécanique, les boosters Ariane 5 sont attachés par le cône avant, près de la
charge utile, ce qui transmet les vibrations plus directement.
Pour amortir les vibrations, la charge utile est accouplée à la structure d’Ariane 5 par
des dispositifs assouplisseurs (DIAS) dont la masse considérable (600 kg) représente 5%
de la charge utile. Dans la perspective de réduire ces dispositifs et d’assurer une exposi-
tion minimale de la charge utile aux vibrations destructrices, il est important de com-
prendre les mécanismes physiques qui sont à l’origine des oscillations de poussée.
Les recherches actuelles sur ce sujet s’accordent pour les attribuer à des instabilités hy-
drodynamiques en interaction acoustique avec la cavité du moteur. Des détachements
tourbillonnaires (vortex shedding) apparaissent dans l’écoulement interne. On en distin-
gue trois causes principales, résumées dans la thèse de Ferraille (2004), d'après les tra-
vaux de Vuillot (2002) :

- Vortex shedding d’angle : l’angle formé par le bloc de propergol près de la tuyère crée
des cisaillements qui évoluent en détachements tourbillonnaires.

Figure 1-2 : Instabilité d'angle (Vuillot 2002)

- Vortex shedding d'obstacle : des protections thermiques séparent les trois segments de
propergol coulés successivement pour des raisons techniques. Lors de la combustion, la
surface du propergol régresse et découvre progressivement ces protections, qui font alors
obstacle à l'écoulement comme des diaphragmes. Cela déclenche des détachements tour-
billonnaires en aval.

Figure 1-3 : Instabilité générée par l'obstacle de la protection thermique (Vuillot 2002)

- Vortex shedding pariétal : la nature même de l’écoulement pariétal (production de gaz


par la surface interne du tube par combustion du propergol) engendre des tourbillons.

Figure 1-4 : Instabilité par écoulement pariétal (Vuillot 2002)

21
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

Dans les cas favorables, ces tourbillons dégénèrent à plus faible échelle de turbulence
avant de parvenir à la tuyère. Mais au cours de la combustion du propergol, son épais-
seur diminue et la géométrie interne de la chambre de combustion est modifiée. Alors à
certains instants de la combustion, les tourbillons arrivent au col sonique de la tuyère
qui fait office de miroir acoustique. L’agrandissement progressif de la cavité acoustique
que représente la chambre de combustion à mesure que le propergol se consume peut
faire coïncider sa fréquence de résonance à celle des détachements tourbillonnaires,
conduisant à leur amplification. C’est là que les oscillations longitudinales de pression
sont les plus fortes, et engendrent des oscillations de poussée néfastes.

Or, la phase condensée représente 32% de la masse des produits de combustion. Son in-
fluence sur les détachements tourbillonnaires et la turbulence est donc considérable. De
manière schématique, certaines tailles de particules amortissent les structures tourbil-
lonnaires, alors que d'autres, dont le temps de relaxation correspond au temps caracté-
ristique des tourbillons, sont susceptibles de les amplifier. Les modèles numériques ac-
tuels tentent de prendre en compte cette interaction pour calculer l'apparition des insta-
bilités, mais ils doivent utiliser une répartition hypothétique de la taille des gouttes
d'alumine. C'est pourquoi il est capital d'obtenir une mesure de ces gouttes d'alumine
juste après combustion complète de l'aluminium. Ensuite, les modèles numériques sont
capables de simuler l'évolution de la taille des gouttes par coalescence ou éclatement au
cours de leur trajet dans la chambre de combustion.

1.3 Combustion et granulométrie au cœur des MPS P 230


La première façon d'aborder la question de la taille des gouttes d'alumine juste après
leur formation au cœur de la chambre de combustion, est d'étudier les mécanismes de
combustion de l'aluminium qui en sont à l'origine.

1.3.1 Mécanismes de combustion de l'aluminium


De nombreuses études portent sur ce thème. Nous extrayons ici les informations
synthétisées par des spécialistes dans un cours du Von Karman Institute en 2002 :
Kuentzmann, Lengellé, Duterque, Beckstead, Yang, Culick. La figure suivante montre
les principaux mécanismes qui déterminent la granulométrie des gouttes d'alumine.

22
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

Figure 1-5 : Formation des gouttes d'alumine (Lengellé, Duterque, Trubert 2002)

Dans la Butalane, propergol utilisé par les MPS P 230 d'Ariane 5, les grains d'alumi-
nium de 30 µm constituent 18 % de la masse totale. Ils sont mélangés aux grains de Per-
chlorate d'Ammonium (PA) de 200 µm et liés par le polybutadiène. Lors de la combus-
tion, il se forme à la surface du propergol des cuvettes entre ses grains de PA. Certaines
particules d'aluminium sont directement emportées dans la flamme, mais d'autres fon-
dent sur place et s'accumulent dans les cuvettes. Ces agglomérats forment finalement
des gouttes d'environ 100 µm, qui sont ensuite emportés par la convection des gaz
chauds. Leur combustion commence dans la flamme, près de la surface du propergol,
comme le montre la photo suivante.

Figure 1-6 : Combustion de particules d'aluminium à la surface du propergol (Lengellé, Duterque, Trubert 2002)

La particularité de la goutte d'aluminium (liquide dès 933 K) est de s'entourer d'une pel-
licule solide d'oxyde (alumine Al2O3) qui inhibe sa combustion jusqu'à sa fusion à 2320 K.
Pendant la montée en température de la goutte dans la flamme, il existe cependant des
fissures dans cette couche protectrice, qui permettent un début de combustion et une

23
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

production de chaleur. Lorsque l'alumine se liquéfie, la membrane d'alumine se rétracte


en un lobe (ou calotte) qui reste accroché à la goutte d'aluminium en combustion.

Panache de petites
gouttes d'oxyde

Goutte métallique
en combustion

Calotte d'oxyde
Ecoulement de gaz chauds

Figure 1-7 : Combustion d'une goutte d'aluminium

L'aluminium brûle alors en phase vapeur (évaporation à 2790 K à 1 bar *), produisant 0

une lumière intense, et une température de combustion d'environ 3400 K. Comme la


température d'évaporation de l'alumine est supérieure (3800 K), elle se condense juste
après sa formation. Une partie de l'alumine se condense en petites gouttes d'environ
1 µm. Une autre partie se dépose à la surface de la goutte et rejoint le lobe fondu. Lors-
que la totalité du métal a brûlé, il reste une goutte d'oxyde de taille inférieure. Si celle-ci
provenait de l'agglomération en cuvette, la taille finale est de l'ordre de 50 µm. S'il s'agit
d'une particule d'aluminium isolée, la taille finale est de l'ordre de 3 µm. Trois tailles de
gouttes d'alumine sont donc susceptibles de se former dans la zone de combustion, très
proche de la surface du propergol (quelques centimètres): 1 µm, 3 µm et 50 µm.

Le problème actuel est de déterminer la part de chacune de ces classes de gouttes de


manière à établir la distribution granulométrique du mélange diphasique. Cette ques-
tion est complexifiée par les phénomènes de coalescence qui peuvent avoir lieu dans
l'écoulement turbulent, notamment entre les petites et les grosses particules, qui réagis-
sent très différemment aux variations de vitesse du fluide porteur. Des expériences anté-
rieures, décrites aux paragraphes suivants, ont confirmé la présence de deux classes ma-
joritaires de particules: 1µm et 60 µm, mais les difficultés de mesure sont considérables.

*Nous prenons ici les températures d'évaporation à 1 bar à titre d'exemple. En réalité, dans la chambre de
combustion à 45 bar, ces valeurs augmentent de plusieurs centaines de degrés, mais elles sont mal connues.

24
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

1.4 Techniques de mesure de granulométrie à l'intérieur du moteur

1.4.1 Techniques optiques de mesure


Parmi les nombreuses techniques de mesure de la taille et de la concentration des parti-
cules présentées par Kleitz et Boulaud (Les Techniques de l'Ingénieur), plusieurs techni-
ques optiques complémentaires semblent adaptées à notre besoin.

La microphotographie permet par analyse d'images de mesurer les particules supérieu-


res à 5 µm, la longueur d'onde de la lumière visible. Pour les plus petites particules de
l'ordre du micron, la mesure d'extinction d'un faisceau laser qui traverse le mélange di-
phasique permet de mesurer leur distribution granulométrique. La combinaison de ces
deux techniques a été éprouvée pour la mesure des gouttes d'eau dans les turbines à gaz
(Kleitz 1991) où les concentrations sont comparables à notre besoin.

Mais la technique la plus courante est la mesure par diffraction d'un faisceau laser (in-
verse de la mesure par extinction). Selon la théorie de Mie, la diffraction de la lumière
par une particule sphérique est liée à sa taille. Par des capteurs photosensibles placés à
différents angles, on mesure la figure de diffraction du nuage de particules traversé par
le faisceau, et on reconstitue sa distribution granulométrique par un algorithme com-
plexe. Cela n'est réalisable que dans une certaine gamme de concentration de particules
(Traineau 1992).

1.4.2 Contraintes propres aux moteurs à propergol solide métallisé


La concentration volumique de la phase condensée est de l'ordre de 0,1%. Pour un mé-
lange hypothétique de gouttes de 1 et 60 µm en proportions volumiques équilibrées, cela
conduit à l'obscuration lumineuse totale sur une épaisseur de 1 mm seulement. Cela si-
gnifie que si les particules étaient opaques, un rayon lumineux serait totalement obscur-
ci en traversant cette épaisseur. Toute mesure optique est donc particulièrement déli-
cate, comme l'explique la figure suivante.

1 μm 10 μm
60 μm
Conditions :
3400 K, 45 bar
fumée obscure sur 1mm
forte luminosité de la flamme

Mesure optique Mesure après


dans le moteur SOLIDIFICATION
?

Figure 1-8 : Schéma simplifié du mélange de gouttes de tailles différentes

En réalité, les gouttes sont transparentes, et elles émettent un fort rayonnement en rai-
son de leur température. Cela complique davantage l'interprétation d'éventuelles mesu-
res optiques dans la chambre de combustion. La haute température et l'encrassement

25
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

des hublots sont des contraintes supplémentaires. C'est pourquoi aucune mesure optique
de granulométrie n'a pu être réalisée directement au cœur d'une chambre de combustion,
là où l'on cherche à connaître la taille des gouttes d'alumine.

L'option retenue lors des expériences antérieures, décrites ci-dessous, est de solidifier les
gouttes d'alumine puis de les mesurer dans des conditions plus favorables.

1.4.3 Piège rotatif


Les sociétés productrices de propergol solide, comme SNPE et ATK (ex Thiokol) (Salita
1994) utilisent le piège rotatif : un petit échantillon de propergol de 1 cm3 est positionné
au bout du bras fixe. Le bol cylindrique étanche (pressurisé à l'azote) qui le contient, est
mis en rotation de manière à projeter sur ses parois internes le liquide inerte qu'il
contient. Le propergol est allumé et brûle en totalité. Les gouttes d'alumine produites
sont piégées et refroidies par le liquide, dans lequel elles se solidifient. Après refroidis-
sement du montage, la poudre ainsi produite est nettoyée puis mesurée (par exemple au
granulomètre par diffraction laser).

0,14 m

Bloc de propergol
Bras réglable en longueur
Bol en rotation

Figure 1-9 : Schéma du piège rotatif vu de dessus et en coupe

Ces mesures mettent en évidence une distribution bimodale de la taille des particules :
1 µm et 60 µm. La proportion en volume des petites est de 70%.

Le problème principal de ce montage est que sa faible dimension et sa basse température


ne permettent pas la combustion complète des grosses particules d'aluminium. Ainsi, la
plupart des grosses particules récupérées contiennent une part d'aluminium imbrûlé
(Ruiz et Kratz, 1996).

1.4.4 Maquette de propulseur LP2


Pour simuler de façon plus réaliste les conditions de combustion de l'aluminium dans les
MPS P 230, le Laboratoire de Propulsion de l'ONERA a développé une maquette de pro-
pulseur équipé d'un système de solidification des gouttes avant leur passage dans la
tuyère, où les collisions risquent de modifier la granulométrie (Traineau 1992). Il s'agit
de jets d'hélium placés en aval du bloc de propergol.

26
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

Combustion de l’aluminium Injection d’hélium

1,80 m
Granulomètre par
diffraction laser

Figure 1-10 : LP2, schéma en coupe axisymétrique

A la sortie de la tuyère, un granulomètre à diffraction laser mesure les particules solides


en mouvement. Leur grande vitesse réduit considérablement la concentration donc
l'épaisseur du jet peut être traversée par le faisceau laser.

Figure 1-11 : Panache de fumée d'un tir LP2

Les résultats de ces mesures font apparaître également une granulométrie bimodale en
1 µm et 40 à 90 µm, mais ici les petites ne représentent que 1 % du volume total, ce qui
est en contradiction avec les 70% du piège rotatif.

Un problème majeur de ce montage est qu'il est difficile de s'assurer que les particules
ont bien été figées avant d'entrer dans la tuyère, et que les jets d'hélium (dont le débit
nécessaire est considérable) n'ont pas modifié la granulométrie initiale des gouttes.

De plus, Hylkema (1999) a montré qu'en sortie de la tuyère les petites particules sont
beaucoup plus accélérées que les grosses donc leur concentration semble inférieure. Pour
comparer des concentrations, il faut que toutes les particules soient à la même vitesse.
Ses tentatives de correction numérique n'ont pas suffit à faire converger les résultats des
deux instruments de mesure.

1.4.5 Montage du Keldysh Research Center


Pour résoudre ces contradictions, l'ONERA est sur le point d'acquérir un montage de
granulométrie conçu par le laboratoire russe du Keldysh Research Center (KeRC) à Mos-
cou. Ce montage présente de bonnes caractéristiques pour produire des conditions de
combustion similaires au moteur réel, ainsi qu'un échantillonnage représentatif des pro-
duits de combustion.

27
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

electrovanne

Tube plexiglas

Propergol Orifice
solide 4 tuyères
Cyclone de décharge
1,4 kg
Sonde liquide
isocinétique
1,50 m

Figure 1-12 : Schéma du montage de granulométrie du Keldysh Research Center (KeRC)

Principe de fonctionnement : Un bloc de propergol de 1,4 kg brûle dans une petite cham-
bre de combustion (diamètre 120 mm). Les produits de combustion sont évacués par qua-
tre tuyères. Au centre, une sonde isocinétique prélève un échantillon de ces produits. La
paroi interne de la sonde, en Plexiglas, se sublime au passage du mélange diphasique
chaud, en absorbant la chaleur correspondante jusqu'à solidifier les gouttes d'alumine.
Celles-ci sont alors collectées par le cyclone et la chambre de barbotage. Les gaz sont
évacués par un orifice de décharge sonique dont la taille règle le débit d'aspiration (voir
rapport KeRC 2002).

Notre étude se propose d'analyser les techniques utilisées dans ce montage, pour prépa-
rer son exploitation au Laboratoire de Propulsion de l'ONERA.

1.5 Analyse préliminaire du montage KeRC

1.5.1 Combustion
Des calculs analytiques simples des trajectoires des gouttes et de leur temps de parcours
laissent espérer une combustion complète des plus grosses gouttes. La figure suivante
présente l'écoulement de Taylor-Culick dans un cylindre à paroi débitante (Cesco 1997)
ayant des dimensions similaires au bloc de propergol utilisé dans le montage du KeRC.

28
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

Trajectoire théorique (Taylor) du gaz dans un cylindre à paroi débitante


R = 0,25 m; Z = 0,95 m
Les particules aspirées par la sonde sont parties à moins de 5 mm du fond.
0,025
Position radiale r (m)

0,02

0,015

0,01

0,005

0
0 0,01 0,02 0,03 0,04 0,05 0,06 0,07 0,08 0,09 0,1
Position axiale z(m)

Figure 1-13 : Calcul analytique des lignes de courant dans un cylindre à paroi débitante

Les particules prélevées par la sonde (à droite) ont été produites au fond du cylindre, où
la vitesse axiale du mélange est faible, ce qui leur laisse un temps de parcours entre 15
et 45 ms, qui est équivalent à l'estimation de leur temps de combustion (Cesco 1997).

Il reste à vérifier que ces estimations sont fondées par l'analyse des résidus de combus-
tion. C'est l'un des points traités au chapitre suivant.

1.5.2 Prélèvement par sonde isocinétique


L'échantillon prélevé doit être représentatif de la granulométrie des gouttes d'alumine.
La performance de la sonde isocinétique utilisée pour cela, présente deux paramètres cri-
tiques :

1- la vitesse de prélèvement peut favoriser certaines tailles de particules. Elle est ajustée
par le choix empirique de l'orifice de décharge avant l'essai. Mais au cours d'un essai, la
vitesse d'éjection des gaz peut évoluer en raison de la régression de la surface du proper-
gol. Parallèlement, le réchauffement progressif du dispositif d'aspiration des résidus de
combustion peut faire varier légèrement la vitesse d'aspiration. Les ingénieurs du KeRC
estiment que ces effets peuvent aboutir dans le cas le plus défavorable à un non isociné-
tisme de l'ordre de 20%. Notre objectif est de savoir corriger cet écart pour interpréter les
résultats granulométriques.

2 - L'épaisseur des parois de la sonde peut perturber l'écoulement et la granulométrie de


l'échantillon. En particulier, si les gouttes qui touchent le bord d'attaque de la sonde sont
ensuite aspirées, elles peuvent modifier l'échantillon final.

Ces points sont l'objet des chapitres : CHAPITRE 3 à CHAPITRE 5 . 102H9 103H29

1.5.3 Solidification des gouttes d'alumine


Enfin, il est important de vérifier que les particules solides que l'on mesure à la sortie du
montage KeRC sont bien représentatives des gouttes d'alumine dont elles sont issues.
Nous contrôlerons pour cela leur forme au CHAPITRE 2 . 294H

29
CHAPITRE 1 Contexte : les gouttes d’alumine dans les boosters d'Ariane 5

1.6 Objectifs de la thèse


L'interprétation des futurs résultats du montage du KeRC pour la granulométrie des
produits de combustion des propergols solides métallisés ouvre un champ de recherche
encore mal connu : le prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense.

Dans cette perspective, nous proposons d'étudier expérimentalement l'influence de la


forte concentration en particules sur l'efficacité de prélèvement par sonde isocinétique
(CHAPITRE 4 ).
104H295

Parallèlement, une étude numérique des mécanismes de prélèvement en milieu diphasi-


que dense nous permettra d'évaluer l'apport respectif des différents facteurs que nous
aurons identifiés (CHAPITRE 5 ). La comparaison avec l'expérience sera un moyen d'af-
105H296

finer notre savoir-faire de modélisation et d'identifier les développements intéressants


pour progresser dans la pertinence des modèles numériques.

Enfin, nous avons l'opportunité d'analyser les échantillons des premiers essais (en Rus-
sie) du montage KeRC sur le propergol d'Ariane 5. Cette analyse est susceptible d'orien-
ter nos recherches sur les points les plus sensibles du processus de mesure. Ceci est l'ob-
jet du chapitre suivant.

30
CHAPITRE 2 Combustion et solidification des particules dans le montage du KeRC

32
CHAPITRE 2 Combustion et solidification des particules dans le montage du KeRC

CHAPITRE 2 COMBUSTION ET SOLIDIFICATION DES


PARTICULES DANS LE MONTAGE DU KERC

L’ONERA est sur le point d’acquérir le montage du Keldysh Research Center (présenté
au chapitre précédent) pour la mesure de granulométrie des produits de combustion des
propulseurs à propergol solide.
Dans une phase préliminaire à l’achat, des échantillons de propergols de fabrication
française (SNPE et ONERA) ont été envoyés à Moscou pour tester la capacité du mon-
tage à mesurer les produits de combustion. Trois propergols à base de perchlorate
d’ammonium ont été testés, mais nous retenons en particulier les résultats concernant
celui des MPS P 230 d'Ariane 5 : la Butalane (18% d'aluminium).

Nous présentons ici de manière synthétique les conclusions de l'étude présentée plus en
détail en ANNEXE 1.
106H297

2.1 Combustion complète


La couleur de la poudre obtenue montre que la combustion des particules est complète.

Figure 2-1 : Couleur claire des petites particules (< 100 µm). Largeur photo = 0,87 mm

En effet, notre étude (détaillée en annexe) au Microscope Electronique à Balayage (avec


analyse du spectre chimique) et à la loupe binoculaire a montré que l'aluminium est gris
foncé, alors que l'alumine est transparente, blanche, ou colorée de jaune ou rouge par

33
CHAPITRE 2 Combustion et solidification des particules dans le montage du KeRC

d'infimes pollutions au Plomb, Fer, Potassium ou Chrome, comme le montre la photo


suivante.

Figure 2-2 : Diversité des couleurs et des formes des grosses particules (>100 µm).Largeur photo = 1,1 mm

Nous avons donc validé un moyen très simple de vérifier la combustion complète des par-
ticules d'aluminium en alumine : la clarté de la poudre indique une bonne combustion.
Les particules sombres sont les seules à contenir de l'aluminium imbrûlé. Elles sont très
rares et de grande taille, ce qui est logique car les petites gouttes brûlent vite.

Ainsi, l'une des qualités principales du montage de KeRC est validée : il fournit les
conditions adéquates de combustion pour les particules d'alumine.

2.2 Granulométrie et solidification


En fonction des résultats expérimentaux antérieurs, et des mécanismes physiques qui
les expliquent, nous attendions une répartition granulométrique bimodale, en 1µm et
60µm. Mais ces nouvelles mesures montrent un large pic centré sur 7µm, étalé entre 1 et
100µm.

34
CHAPITRE 2 Combustion et solidification des particules dans le montage du KeRC

0,04
Répartition volumique de la poudre issue de la combustion de
0,035 Butalane dans le montage du Keldysh Research Center

0,03

0,025

0,02

0,015

0,01

0,005
72%
15% 13%
0
0,01 0,1 1 10 100 1000
diamètre des particules (µm)

Figure 2-3 : Granulométrie des produits de combustion par diffraction laser

Il nous faut donc interpréter cette nouvelle population majoritaire inattendue, entre 2 et
30µm. Nos observations (photo ci-dessous) au microscope semblent converger vers cette
hypothèse :

En majorité, les particules de taille supérieure à deux microns résultent de


l’agglomération des gouttes initialement présentes dans l’écoulement de produits de
combustion, comme le montre la photo suivante.

35
CHAPITRE 2 Combustion et solidification des particules dans le montage du KeRC

Figure 2-4 : Agglomérats et sphères lisses. Photo au MEB

En effet, peu de particules solides sont issues d’une goutte unique d’alumine. Il est donc
difficile d’estimer la granulométrie des gouttes liquides dans l’écoulement, à partir de la
poudre solide recueillie. Notre résultat granulométrique est hélas sans doute non repré-
sentatif de l’écoulement diphasique étudié.

Cette agglomération a sans doute eu lieu soit par impact sur le bord d’attaque de la
sonde épaisse, soit après le prélèvement, au cours du refroidissement des gouttes, dans
un état pâteux qui leur permet de se coller entre elles et de former des blocs poreux rela-
tivement arrondis, mais pas de fusionner en une nouvelle grosse goutte. La photo sui-
vante l'illustre.

De nombreuses collisions entre gouttes (notamment de tailles très différentes) peuvent


avoir lieu dans l'écoulement entre la surface du propergol et l'entrée de la sonde. Mais
nous estimons que la température reste assez élevée dans cette zone pour que ces colli-
sions forment de nouvelles gouttes, plus grosses ou plus petites selon les cas. Ces varia-
tions normales de la granulométrie ne compromettent pas la validité des mesures, car les
codes de calcul qui ont besoin de tailles initiales des gouttes (juste après combustion
complète de l'aluminium) savent les prendre en compte.

36
CHAPITRE 2 Combustion et solidification des particules dans le montage du KeRC

Figure 2-5 : Agglomération de petites gouttes (de 0,5 à 2 µm) dans un état pâteux

Des éléments chimiques extérieurs pourraient contribuer à la formation de tels agglomé-


rats, comme les autres composants du propergol, ou les effluents issus de la sublimation
du Plexiglas dans la sonde. Le phénomène de rochage peut introduire une certaine poro-
sité dans les particules solidifiées d'alumine, à cause de l'évaporation de l'eau initiale-
ment dissoute dans l'alumine liquide. Hélas, le traitement de purification de l'alumine
prévu dans la procédure de mesure (four à 600°C pendant plusieurs heures) les élimine
tout composé organique, et nos analyses chimiques n'en ont pas trouvé trace.

Dans une démarche d’optimisation de l'exploitation prochaine du montage, nous suggé-


rons deux voies complémentaires.

Tout d’abord, pour savoir si les agglomérats se forment par impact et solidification des
gouttelettes d’alumine sur la paroi froide du bord d’attaque de la sonde épaisse, nos si-
mulations numériques montrent qu’il est possible d’empêcher l’aspiration de ces agglo-
mérats dans la sonde en imposant une aspiration lente, dite sub-isocinétique (voir
5.10.5).
298H

Si cette hypothèse est rejetée, suggérant ainsi que les agglomérats se forment en aval de
la sonde de prélèvement, et puisque les calculs et mesures menés par les Russes et au
sein de notre laboratoire (Bovo 2003) montrent que les gouttes ont le temps de se refroi-
dir convenablement, nous proposons d’étudier le phénomène hypothétique de surfusion.
Il pourrait retarder la solidification des gouttes malgré une baisse satisfaisante de leur
température. Il se peut que la cristallisation n’aboutisse pas rapidement et laisse tempo-
rairement les particules dans un état pâteux (comme du verre en fusion). Comme pour le
givrage de l’eau, il existe peut-être des agents catalyseurs de la cristallisation de
l’alumine liquide, que l’on pourrait mélanger au matériau sublimant à l’intérieur de la
canne de prélèvement.

37
CHAPITRE 2 Combustion et solidification des particules dans le montage du KeRC

2.3 Intérêt du montage KeRC


Malgré nos réserves sur la solidification des gouttes d’alumine lors de ces essais prélimi-
naires, ce montage de granulométrie reste très intéressant par rapport aux autres
moyens de mesure disponibles à ce jour. Il est en effet le seul à proposer à la fois:

- la combustion complète de l’aluminium dans des conditions proches de celles du moteur


réel,
- le prélèvement représentatif par sonde isocinétique d’un échantillon diphasique de pro-
duits de combustion (pas de ségrégation des tailles par gradient de vitesses),
- la solidification des gouttes sous haute pression, qui réduit le risque de ‘rochage’ (poro-
sité due à la production de vapeur d’eau lors du refroidissement),
- la collecte d’un échantillon de masse suffisante (plusieurs grammes) pour une analyse
granulométrique et morphologique ultérieure.

Pour ces raisons, l’acquisition prochaine de ce montage par l’ONERA constitue une pers-
pective prometteuse dans le domaine de la granulométrie des produits de combustion des
moteurs spatiaux à propergol solide métallisé.

Mais ce montage utilise une sonde isocinétique de prélèvement, dont les performances
sont encore mal connues dans le cas d’un écoulement diphasique dense. L’étude de ce
processus est l’objet des chapitres suivants.

38
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

40
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

CHAPITRE 3 PRÉLÈVEMENT ISOCINÉTIQUE EN MILIEU


DIPHASIQUE DENSE: PRÉLIMINAIRE THÉORIQUE

Les ressources bibliographiques utilisées dans cette étude sont commentées dans chaque
chapitre sur des thèmes particuliers. Ici nous présentons deux thèmes communs à toute
l'étude: le prélèvement isocinétique par sonde mince en milieu dilué, et les couplages en-
tre phases dans les écoulements diphasiques denses.

3.1 Prélèvement non isocinétique par sonde mince en milieu dilué


Une sonde est dite isocinétique si, placée face à l’écoulement diphasique, elle en aspire
un échantillon, sans le freiner ni l’accélérer. Cela permet de ne pas favoriser une taille de
particules. En effet, si par exemple la sonde aspire à une vitesse supérieure à celle de
l’écoulement incident (super-isocinétique), les petites particules, qui suivent facilement
les lignes de courant, sont bien aspirées. Mais les grosses particules ne parviennent pas
à converger à cause de leur inertie. Elles sont alors sous- représentées dans l’échantillon.
L'inverse est vrai lorsque l'aspiration est trop lente. On la dit alors sub-isocinétique. La
figure suivante illustre les différents cas de figure.

Super-isokinetic sampling U > Uo

Sub-isokinetic sampling U < Uo

Figure 3-1 – Comportement des petites et grosses particules à l’abord d’une sonde, en fonction de la vitesse
d’aspiration. (Witschger 2000)

Les phénomènes physiques mis en jeu dans la captation de particules par une sonde iso-
cinétique ont déjà été étudiés par de nombreux auteurs (cités dans les références biblio-
graphiques).
Les erreurs de mesure granulométrique proviennent du fait que l'efficacité de prélève-
ment de la sonde varie avec la taille des particules dans certaines conditions.

41
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

L'efficacité d'aspiration est définie par le rapport entre la concentration mesurée par la
sonde C, et la concentration des particules dans l'écoulement amont C0.
C
A=
C0
Les études antérieures ont montré qu'elle dépend de quatre facteurs principaux :

- l'inertie de la particule, représentée par son nombre de Stokes relatif à la sonde.

- Le rapport d'isocinétisme * U0/U, entre la vitesse incidente du mélange U0 et la vitesse


1F1F

débitante dans la sonde de prélèvement U.

- L'épaisseur de la paroi de la sonde, décrite par le rapport D/d.


D = diamètre extérieur, d = diamètre intérieur de la sonde.

- L'angle d'orientation de la sonde par rapport à l'écoulement.

Pour cette étude, nous focaliserons notre attention sur les trois premiers facteurs, en
considérant toujours que la sonde est parfaitement alignée, face à l'écoulement.

Mais notre objectif est de montrer l'influence d'un cinquième facteur : la concentration
des particules.

Avant cela, rappelons l'état de l'art pour le cas le plus simple de la sonde mince face à
l'écoulement (la bibliographie sur l'effet de l'épaisseur de la sonde sera étudiée dans le
chapitre numérique).

Dans la gamme de rapport d'isocinétisme qui nous intéresse (0,5 < U0/U < 2), toutes les
études s'accordent pour valider la corrélation de Belyaev et Levin (1971, 1974). Elle ex-
prime l'efficacité d'aspiration A en fonction de la taille des particules dp et de la vitesse
d'aspiration U :

⎛ ⎞
⎜ ⎟
⎛ U0 ⎞ ⎜ 1 ⎟
A = 1+ ⎜ − 1⎟.⎜1 − ⎟
⎝U ⎠⎜ ⎛ U ⎞ ⎟
⎜ ⎟
⎜ 1 + ⎜ 2 + 0,617 U ⎟ Stk ⎟
⎝ ⎝ 0 ⎠ ⎠

Le nombre de Stokes a une définition spéciale pour les sondes de prélèvement. Il com-
pare τv, le temps de réponse visqueuse de la particule, à τs, le temps caractéristique de
l'écoulement pour contourner la sonde.

τ ρ p d p2 d
Stk = v avec τ v = et τ s =
τs 18μ U0
ρp (kg/m3) Masse volumique d’une particule
dp (m) Diamètre d’une particule sphérique
d (m) Diamètre intérieur de la sonde

* Attention, certaines publications utilisent le rapport inverse avec la même dénomination. Nous préférons

U0/U car l'évolution de l'efficacité d'aspiration en fonction de U0/U est presque linéaire, donc plus facile à vi-
sualiser que son évolution quasi hyperbolique en fonction de U/U0.

42
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

µ (Pa.s) Viscosité dynamique du fluide


U0 (m/s) Vitesse incidente du mélange devant la sonde

Notons qu'en choisissant le diamètre de la sonde d comme longueur de référence, la


transition des phénomènes physiques ne se fait pas à la valeur 1 du nombre de Stokes.
En effet, d est une dimension transversale à l'écoulement, qui ne correspond pas tout à
fait à la distance axiale significative à l'abord de la sonde.

Voici les deux représentations classiques de l'efficacité d'aspiration : soit en fonction du


nombre de Stokes, soit en fonction du rapport d'isocinétisme.

Corrélation de Belyaev et Levin (1974)

2,0

1,9 BeL U0/U=2

1,8 BeL U0/U=1,5


Sub-isocinétique
1,7 BeL U0/U=1
1,6
BeL U0/U=0,67
Efficacité d'aspiration

1,5
BeL U0/U=0,5
1,4

1,3

1,2

1,1

1,0

0,9

0,8

0,7
Super-isocinétique
0,6

0,5
0,001 0,01 0,1 1 10 100
Nombre de Stokes

Figure 3-2 : Corrélation de Belyaev et Levin (1974) pour une sonde de prélèvement à bord mince: A(Stk)

A (U0/U) pour plusieurs valeurs du nombre de Stokes selon Belyaev et Levin (1974)

Stk =
3,5 100
5
3 1
0,5
0,1
2,5
0,05
A = C/C0

0,01
2 0,001

1,5

0,5

0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4
U0/U

Figure 3-3 : Corrélation de Belyaev et Levin (1974) pour une sonde de prélèvement à bord mince: A(U0/U)

43
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

Efficacité d'aspiration A (Stk, U0/U) selon Belyaev et Levin (1974)


6

5-6
4-5 4
3-4
2-3
1-2 3 A
0-1

39,0625
0
1,5625
0,0625 5,1 5,6
Stk 4,1 4,6
3,6
0,0025 3,1
2,6
2,1 U0/U
1,6
0,0001 1,1
0,6
0,1

Figure 3-4 : Corrélation de Belyaev et Levin en fonction de Stk et U0/U

Ces résultats ont été obtenus empiriquement par photographie des trajectoires de parti-
cules devant l'entrée de la sonde. Cela permet de s'affranchir des problèmes de dépôts à
l'intérieur de la sonde et de rebonds sur le bord d'attaque de la sonde. L'efficacité ainsi
mesurée est purement liée aux effets inertiels des particules par rapport à la courbure
des lignes de courant.

De nombreuses études, numériques et expérimentales ont abordé le prélèvement isociné-


tique, confirmant les résultats de Belyaev et Levin, et les étendant par de nouvelles cor-
rélations à des gammes plus larges du rapport d'isocinétisme. Une sélection de ces publi-
cations figurent dans la liste de références bibliographiques : Davies (1981), Fuchs
(1975), Grinshpun (1990, 1992), Krämer (2004), Liu (1989), Paik (2001), Rader (1988),
Ramachandran (1997), Shanham (1986), Tsai (1996), Vincent (1985, 1987, 1989), Wits-
chger (1996, 1997, 1998), Zhang (1989).

Mais aucune étude à notre connaissance n'a testé ce type de prélèvement dans un écou-
lement diphasique dense, comme par exemple la concentration volumique de 0,1%. Or
c'est dans ces conditions que le montage de granulométrie du KeRC utilise le prélève-
ment par sonde. C'est pourquoi nous avons entrepris l'étude de la forte concentration en
tant que paramètre d'influence de l'efficacité d'aspiration (voir le chapitre expérimental).

Pour aborder ce sujet avec les outils théoriques adéquats, le paragraphe suivant explicite
les couplages entre phases dans les écoulements diphasiques denses.

44
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

3.2 Couplages dans les écoulements diphasiques denses


Des ouvrages de référence comme celui de Crowe (1998) développent en détail les équa-
tions du mouvement des particules transportées par les fluides, et les méthodes de calcul
numérique pour les résoudre. Nous proposons ici de rappeler certains outils conceptuels
qui seront nécessaires à l’interprétation de nos résultats de recherche. Il s’agit des trois
interactions que subissent les particules à partir d’un certain niveau de concentration :
couplage réciproque particules – fluide (2-way coupling), collisions et réduction de traî-
née par le sillage (4-way coupling). Les exemples seront tirés de nos cas pratiques pour
expliciter les notions les plus délicates.

3.2.1 Définitions de diverses concentrations


Dans la norme française comme dans la norme anglaise le terme de concentration se ré-
fère à la totalité du mélange. Ainsi la concentration volumique des particules dans le mé-
lange particules + fluide s’écrit C=Vp/(Vp+Vf). Elle est aussi appelée fraction volumique
αp.
Il en est de même pour sa concentration massique Yp=mp/(mp+mf) également appelée
fraction massique (mass fraction).

Les auteurs anglophones (Crowe, 1998) appellent couramment « mass concentration » la


grandeur Z = mp/mf qui est le rapport des masses dans un volume donné. On la distingue
alors intuitivement de la « mass fraction » définie plus haut.

En français nous l’appellerons rapport massique: Z= mp/mf . C’est la variable la plus di-
recte pour décrire les phénomènes qui évoluent avec la concentration des particules dans
un fluide. C’est aussi la grandeur à laquelle nous accédons directement par notre mé-
thode expérimentale. Dans le domaine de la combustion, Z est également appelé « rap-
port de mélange ».

Il est aisé de faire la correspondance entre Z et la concentration volumique C, qui nous


servira de référence pour les considérations théoriques, et que par la suite nous appelle-
rons abusivement concentration :
ρp
1 ρf
C= et Z=
ρ 1
1+ p −1
ρfZ C

Dans le volume de mesure, lorsque les vitesses moyennes des particules et du fluide sont
égales, Z se confond au rapport des débits massiques, aussi appelé taux de charge : η =
mpUp / mfUf

Remarquons que dans la plupart des écoulements de particules solides ou liquides dans
un gaz, le volume de la phase dispersée est si faible que la confusion entre fraction (ou
concentration) volumique et rapport volumique est sans conséquence numérique, puis-
que Vp≈0 implique Vp+Vf ≈ Vf . Mais cela n’est pas le cas pour les masses !

45
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

3.2.2 Couplage réciproque entre phases


Lorsque les particules n'influencent pas le mouvement du fluide, l'interaction dominante
est appelée "1-way coupling": le fluide agit sur les particules à sens unique par la force
de traînée visqueuse. En régime permanent elle s’écrit :
ρ f Cd s (u f − u p )2
1
F=
2
ρf est la masse volumique du fluide
s = πdp²/4 est le maître couple de la particule
uf et up sont les vitesses respectives du fluide et de la particule
Cd est le coefficient de traînée de la particule isolée. Pour une sphère, il varie avec son
nombre de Reynolds selon l’expression de Schiller et Neumann, valable pour
1 < Rep <1000 :
ρ f (u p − u f )d p
Cd =
24
Re p
(
1 + 0,15 Re p
0 , 687
) avec Re p =
μ

Particule
isolée

Vitesse relative Force de traînée visqueuse


du fluide

Figure 3-5 : Interaction simple entre le fluide et une particule isolée

Ce calcul est réaliste pour les faibles concentrations de particules, mais à forte concen-
tration, elles modifient à leur tour l'écoulement gazeux par transfert de quantité de
mouvement, on parle de "2-way coupling". Nous utiliserons le terme français de couplage
réciproque. Dans le cas général, ce couplage réciproque concerne trois grandeurs : la
quantité de mouvement (par la traînée visqueuse), la masse (par évaporation ou conden-
sation) et la chaleur (par transfert convectif, radiatif et changement de phase). Nous li-
miterons ici notre analyse au transfert de quantité de mouvement, que l’on peut appeler
couplage visqueux (ou dynamique).

A titre d’exemple, le schéma ci-dessous montre comment un jet de particules concentré


déforme le profil de vitesse du fluide par couplage réciproque.

46
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

Jet de particules concentré

Profil de vitesse du fluide

Figure 3-6: Déformation du profil de vitesse fluide par un jet de particules concentré

Crowe (1998) propose de quantifier macroscopiquement ce transfert par le paramètre de


couplage dynamique réciproque P (momentum coupling parameter) qui compare la quan-
tité de mouvement transférée des particules vers le fluide à la quantité de mouvement
propre du fluide. Nous l’appellerons P = paramètre de couplage réciproque. L’adjectif dy-
namique ou visqueux sera sous entendu pour cette étude, qui ne prend pas en compte les
transferts de chaleur et de masse.

Z ⎛⎜ u p ⎞⎟ τ vu f ρ p d p2
P= 1− où Stk = avec τv =
Stk ⎜⎝ u f ⎟⎠ d 18μ

Équation 3.2-1

Z = mparticules / mfluide est le rapport massique.


τv est le temps de réponse visqueuse de la particule de diamètre dp et de masse volumi-
que ρp dans le fluide de viscosité µ. Il correspond au temps nécessaire à la particule pour
atteindre 63% de la vitesse du fluide porteur.

Le nombre de Stokes de la particule relatif à l’entrée de la sonde compare τv au temps


caractéristique de l’écoulement d/uf pour contourner la sonde.
Dans le cas d’un prélèvement par sonde, il est pertinent de prendre comme longueur
carctéristique le diamètre intérieur de la sonde. Bien que cette dimension soit normale à
l’écoulement, elle donne un ordre de grandeur significatif des gradients axiaux de vi-
tesse.
On constate que le couplage réciproque augmente quand le nombre de Stokes diminue.
En effet, pour une même concentration, les petites particules (faible Stokes) offrent une
surface de frottement supérieure au fluide pour échanger de la quantité de mouvement
par l’intermédiaire de la traînée visqueuse.

Pour rendre compte des gradients de vitesse subis par les particules à l’entrée de la
sonde, nous attribuons à up/uf la valeur U/U0. C’est l’inverse du rapport d’isocinétisme
employé couramment pour l’étude des sondes de prélèvement *. 2F2F

U0 = vitesse incidente du mélange, U = vitesse d’aspiration imposée par la sonde.

*Remarque : uf est associé au nombre de Stokes dans l'Équation 3.2-1, et que celui-ci est par convention as-
socié à la vitesse incidente du mélange en amont d’une sonde, donc nous identifions uf à U0. Ce n’est pas
pour une raison physique, mais par cohérence avec les conventions. Finalement, c’est la différence de vites-
ses entre les particules et le fluide qui compte dans le calcul du couplage.

47
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

Initialement, le paramètre P a été utilisé, notamment par Elghobashi (1993) et Crowe


(1998) pour étudier le rôle des particules dans l’amortissement ou l’amplification de la
turbulence du gaz porteur. La vitesse utilisée dans ce cas est celle induite par la turbu-
lence du fluide sur les particules. Son ordre de grandeur est donc couramment de 5 à
15% de la vitesse moyenne du fluide. Ici nous reprenons ce concept dans les zones
d’équilibre entre le fluide et les particules, et nous l’étendons au cas de l’entrée d’une
sonde de prélèvement, où le gradient de vitesse moyenne peut être plus important que la
turbulence : de -50% à +100% de la vitesse moyenne *. Dans cette zone de fort gradient de 3F3F

vitesse, le couplage est encore plus important.

De plus, on voit dans cette formulation que ce couplage est faible pour des basses concen-
trations de particules et pour les particules de grande taille (grand nombre de Stokes). Il
y a donc trois facteurs essentiels : le rapport de vitesses (particules / fluide), la concen-
tration et le nombre de Stokes.

Pour décrire précisément la variation du couplage réciproque en fonction de la concen-


tration, fixons d’abord up/uf et traçons l’évolution de P pour plusieurs valeurs utiles du
nombre de Stokes.

Effet du nombre de Stokes sur le paramètre de couplage réciproque particules - fluide


(2-way coupling) pour up/uf = 2

100
Couplage réciproque P (Stk=0,001)
Couplage réciproque P (Stk=0,01)
Couplage réciproque P (Stk=0,1)
Couplage réciproque P (Stk=1)
Couplage réciproque P (Stk=10)
P = Paramètre de couplage réciproque

10 effet dominant sur le fluide (x10)


effet non négligeable sur le fluide (10%)
limite 1-2 way littérature
limite 2-4 way littérature

0,1

0,01
1,E-08 1,E-07 1,E-06 1,E-05 1,E-04 1,E-03 1,E-02 1,E-01
Concentration volumique des particules C = Vp / (Vp+Vf)

Figure 3-7 : Paramètre de couplage réciproque pour plusieurs nombres de Stokes

Pour les particules les plus petites (Stk=0,001), le transfert de quantité de mouvement
des particules vers le fluide apparaît (1%) dès la concentration C=2.10-8. Pour C=5.10-7,
considérée dans la littérature comme le seuil d’apparition des effets « 2-way », la quanti-
té de mouvement transférée des particules au fluide vaut déjà 23% de la quantité de
mouvement propre au fluide. P = 23% est important pour ces petites particules
(Stk=0,001), mais il n’est que 2,3% pour les particules dont Stk = 0,01.

* Par rapport à la littérature, notre étude se limite à des rapports d’isocinétisme proches de 1 (de 0,5 à 2). Mais certaines

études vont jusqu’à Uo/U=50 (Paik et Vincent 2001), ou Uo/U=0,2 (Davies et Subari 1981). Dans ces cas la turbulence est
encore plus nettement négligeable.

48
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

Nous savons que P varie comme 1/Stk. Ainsi, plus les particules sont grandes, plus la
concentration doit être élevée pour révéler un couplage réciproque. Ainsi, pour Stk =1, le
transfert particules - fluide atteint 10% de la quantité de mouvement du fluide à C =
2.10-4. Et pour Stk = 10, il faut C = 2.10-3 pour atteindre ce niveau modeste d’influence.
On entre alors dans la zone dite dense ou 4-way coupling. Mais cette limite schématique
concerne les collisions, comme nous le verrons plus loin.

Observons maintenant l’effet du rapport de vitesses up/uf pour un nombre de Stokes fixé
à 1. Pour la lisibilité sur une échelle unique, c’est la valeur absolue du paramètre P que
nous avons représentée.
Effet du rapport de vitesse (particules / fluide) sur le paramètre de couplage réciproque
particules - fluide (2-way coupling) pour Stk = 1

100
Couplage réciproque P (up/uf=0,1)
Couplage réciproque P (up/uf=0,5)
Couplage réciproque P (up/uf=1,1)
Couplage réciproque P (up/uf=2)
Couplage réciproque P (up/uf=10)
P = Paramètre de couplage réciproque

10 effet dominant sur le fluide (x10)


effet non négligeable sur le fluide (10%)
limite 1-2 way littérature
limite 2-4 way littérature

0,1

0,01
1,E-08 1,E-07 1,E-06 1,E-05 1,E-04 1,E-03 1,E-02 1,E-01
Concentration volumique des particules C = Vp / (Vp+Vf)

Figure 3-8 : Paramètre de couplage réciproque, effet du rapport de vitesse particules / fluide

Physiquement, il est logique que le couplage augmente avec la différence de vitesse


uf–up. Ainsi, sa définition montre que P augmente comme 1- up/uf = (uf–up )/ uf C’est pour-
quoi le rapport up/uf le plus proche de 1 donne la valeur de P la plus faible. Dans le cas
up/uf =1,1 la turbulence fournit une différence de vitesse du même ordre de grandeur si
elle vaut 10% de la vitesse moyenne. Donc pour les prélèvements très proches de
l’isocinétisme, il faut évaluer le couplage réciproque avec la vitesse turbulente, comme on
le fait dans les zones de l’écoulement en équilibre.

Lorsqu’on augmente considérablement la vitesse relative des particules, le couplage ap-


paraît à des concentrations faibles. Par exemple pour up/uf = 10, le couplage représente
10% de la quantité de mouvement du fluide dès la concentration C = 2.10-5.

Les cas pratiques qui nous intéressent pour interpréter nos calculs et expériences sont
les valeurs up/uf = 0,5 et 2. Entre ces deux cas, P est multiplié par deux pour une même
concentration. Par exemple, à la concentration nominale C = 10-3, P(0,5) = 25% et P(2) =
50%. Ces estimations de la part du couplage particules – fluide sont très importantes
pour comprendre les mécanismes de prélèvement non-isocinétique. Mais à cette concen-
tration, le couplage particules – fluide ne gouverne pas le mouvement du mélange dipha-
sique de façon exclusive. La proximité entre les particules rend les collisions très fré-

49
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

quentes et ne laisse pas le temps au couplage réciproque de jouer son rôle totalement.
Nous allons examiner les conditions de cette nouvelle interaction.

3.2.3 Collisions entre particules

[Link] Ecoulement dense ou dilué


Pour définir si un écoulement diphasique est dilué ou dense, Crowe et Sommerfeld
(1998) choisissent comme phénomène discriminant la collision entre particules, due à
leurs vitesses relatives, elles mêmes causées par la turbulence de l'écoulement gazeux. τv
est le temps de réponse de la particule aux sollicitations visqueuses du fluide.τc est le
temps moyen entre deux collisions de particules. Il diminue lorsqu’on augmente la
concentration.

Lorsque τv / τc < 1, le régime d'écoulement est dit dilué: les particules ont le temps de ré-
agir aux mouvements du fluide entre deux collisions. Les effets de transport des particu-
les par viscosité sont dominants.

Lorsque τv / τc > 1, le régime d'écoulement est dit dense: les collisions sont si fréquentes
qu'elles inhibent partiellement les effets du fluide sur le transport des particules.

Comme τv dépend de l'inertie des particules, ce régime dense peut se produire aussi bien
pour des écoulements peu concentrés de grosses particules, que pour des écoulements
très concentrés de petites particules.

[Link] Calcul de l’influence des collisions


La transition entre ces deux régimes théoriques n’est pas nette et franche. La valeur 1
du rapport des temps de réponse n’est qu’un repère indicatif, qui ne peut pas quantifier
directement la part de chaque phénomène. Comme nous allons le voir, cette valeur 1 in-
dique seulement qu’entre deux collisions la particule a atteint 63% de la vitesse du
fluide. Pour préciser la transition, nous définissons T, le taux de réponse visqueuse en-
tre deux collisions, qui estime la part de quantité de mouvement effectivement transfé-
rée :
T = mup / muf = up / uf
m est la masse de particules dans le volume considéré,
uf est la vitesse du fluide relative à la particule juste après la collision précédente, donc
muf est la quantité de mouvement totale qu’aurait transféré le fluide après un temps in-
fini.
up est la vitesse de la particule juste avant la seconde collision (qui interrompt le trans-
fert entre le fluide et la particule), donc mup est la quantité de mouvement effectivement
transférée entre deux collisions.

Le schéma suivant illustre le trajet d’une particule (rouge) entre deux collisions.

50
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

uf
up

t=τv
t=τc
Vitesse du
fluide = uf 2

T = up / uf

t=0 up

uf
1

Figure 3-9 : Collision entre particules

Les particules jaunes sont les voisines fixées artificiellement. La collision 2 interrompt
l'accélération de la particule rouge avant qu'elle n'atteigne la vitesse du fluide. Elle re-
bondit (bleue) au lieu de suivre le fluide (verte).

Dans un écoulement dit de Stokes (où le coefficient de traînée d’une sphère a une expres-
sion simple, valable pour les bas nombres de Reynolds), l’équation du mouvement d’une
sphère dans un fluide uniforme peut s’écrire en fonction du temps de réponse visqueux :
up / uf = 1 – e – t / τv
Donc au temps t = τc qui s’est écoulé entre deux collisions, la vitesse de la particule est
donnée par :
up / uf = 1 – e – τc / τv
Alors le taux de réponse visqueuse entre deux collisions s’écrit:
1

τ τv
up − c
τv τc
T= =1− e =1− e Équation 3.2-2
uf
Sommerfeld (2000) propose une expression du rapport :
τv 4 ρf
= vr d p Z Équation 3.2-3
τc 3 π µf
où µf est la viscosité dynamique du fluide, ρf sa masse volumique.
Z = mp / mf est le rapport massique des particules sur le fluide,
dp est le diamètre des particules.

vr est la vitesse relative des particules entre elles. Supposant que la turbulence du fluide
est la cause principale du mouvement relatif des particules, Crowe et Sommerfeld propo-
sent de l’égaler à la vitesse turbulente du fluide : vr = σ.
σ =(u’²+v’²+w’²)1/2 où u’, v’ et w’ sont les composantes de la vitesse turbulente du fluide.

Mais cette hypothèse, autrefois utilisée pour des calculs numériques, est actuellement
remise en cause en raison des surestimations qu’elle engendre.

51
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

A partir de développements mathématiques rigoureux, Villedieu et Simonin (2004) pro-


posent une expression simple de la vitesse de collision entre deux particules dans un
écoulement turbulent :

4 Stkt1 + Stkt 2
vr = σ .
π (1 + Stkt1 )(1 + Stkt 2 )

Équation 3.2-4

L’indice i=1,2 correspond à chacune des deux particules en collision.


Le nombre de Stokes turbulent de chaque particule i est défini par rapport au temps ca-
ractéristique de la turbulence :
τ ρ pi d pi2 l
Stkti = vi avec τ vi = et τ t = 3
τt 18μ f σ
où l est la longueur caractéristique de la turbulence. Dans nos exemples, nous l’estimons
par rapport au diamètre de la conduite y : l= y/10.

Lorsque l’écoulement diphasique contient un mélange de gouttes de tailles différentes,


pour déterminer la vitesse relative de deux particules définies par leurs nombres de Sto-
kes respectifs Stk1 et Stk2, l’équation précédente peut être exploitée sur le graphe sui-
vant, qui indique l’évolution du rapport vr/σ en fonction de Stk1, pour diverses valeurs de
Stk2/Stk1.

1,2

vr/sigma (Stk2/Stk1=0,0001)
vr/sigma (Stk2/Stk1=0,01)
1,0 vr/sigma (Stk2/Stk1=0,1)
vr/sigma (Stk2/Stk1=1)

0,8
vr / sigma

0,6

0,4

0,2

0,0
0,001 0,01 0,1 1 10 100 1000
Stk1

Figure 3-10: Vitesse relative vr de deux particules Stk1 et Stk2, induite par la turbulence σ

La courbe épaisse bleue représente un écoulement monomodal : les deux particules en


collision ont la même taille donc Stkt1=Stkt2. C’est le cas qui nous intéresse pour inter-
préter nos résultats expérimentaux.

52
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

Si les particules sont très petites, Stkt→0 donc vr→0. C’est logique puisqu’elles suivent
parfaitement les mouvements du fluide donc n’ont pas de collisions entre elles.

Si les particules sont très grosses, Stkt→∞ donc vr→0. Elles ne subissent pas l’influence
de la turbulence donc n’ont pas de mouvement relatif.

Le maximum de vitesse de collision est atteint pour les particules de taille intermédiaire
dont le temps caractéristique correspond à celui de la turbulence : Stkt=1, alors vr = 0,8σ.

Il est donc clair que l’hypothèse (vr = σ) de Crowe et Sommerfeld surestime largement
l’influence des collisions.

Prenons par exemple des valeurs correspondant à nos conditions expérimentales :


Air atmosphérique : µf = 1,84.10-5 Pa.s, ρf = 1.19 kg.m-3
Particules d’un seul type: dp = 27µm, ρp = 600 kg.m-3 → τv = 1,32 ms
Selon nos mesures courantes : σ = 1,3 m/s, l = 0,05/10 = 0,005 m → τt = 6,66 ms
Alors Stkt1 = Stkt2 = τv / τt = 0,198.
L’Équation 3.2-4 permet de calculer vr = 0,59σ = 0,767 m/s.
108H29

Le rapport massique nominal que nous recherchons vaut Z = 0,47 (cela correspond à un
paramètre de distance de δ = 8,25).
Nous pouvons simplifier l’expression dans l’air atmosphérique avec une vitesse turbu-
lente de 1,3 m/s :
τv / τc = 37315 [Link]

Alors τv / τc = 0,47

et T = up / uf = 0,88

Dans cet exemple, le transfert de quantité de mouvement du fluide vers les particules est
donc diminué de 12% par les collisions.

Lorsque le mélange diphasique contient plusieurs tailles de particules, la vitesse relative


entre deux particules de tailles différentes peut être supérieur au cas monodisperse. Par
exemple, les petites particules suivent bien les fluctuations turbulentes du fluide, mais
les grosses n’y réagissent pas. Alors la vitesse relative entre elles peut être de l’ordre de
la vitesse turbulente du fluide, voire légèrement supérieure. C’est ce que montre la
Figure 3-10 pour diverses valeurs de Stkt1 / Stkt2. Ceci est très important pour modéliser
109H3

la coalescence des gouttes d’alumine à l’intérieur de la chambre de combustion d’un mo-


teur spatial, dans les zones à faible gradient de vitesse où la turbulence est le moteur
principal des collisions. Mais dans cette étude, nous focaliserons notre attention sur les
écoulements monodisperses propres à notre dispositif expérimental.

[Link] Courbes de transition vers le régime dense


Sur les graphes précédents (Figure 3-7 et Figure 3-8), la zone de forte concentration
301H 302H

concerne les valeurs supérieures à 5.10-4 (ligne verticale appelée limite 2-4 way). Elle est
dite zone dense par différents auteurs (Elghobashi 1991 cité par Peirano 1998, Sommer-
feld 2000). C’est une bonne représentation schématique globale, mais elle ne prend pas
en compte la taille des particules ni la vitesse turbulente.
Pour plus de précision, fixons d’abord une vitesse relative moyenne des particules
(vr = 1m/s), et balayons une gamme pratique de tailles de particules.

53
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

Effet du diamètre des particules sur T=up/uf,


le taux de réponse visqueuse des particules entre deux collisions à vr = 1m/s
1
up/uf (dp=100µm)
0,9 up/uf (dp=27µm)
Taux de réponse visqueuse entre deux collisions

up/uf (dp=10µm)
0,8 up/uf (dp=3µm)
up/uf (dp=1µm)
0,7 limite 1-2 way littérature
limite 2-4 way littérature
0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1
1,E-08 1,E-07 1,E-06 1,E-05 1,E-04 1,E-03 1,E-02 1,E-01
Concentration volumique des particules C = Vp / (Vp+Vf)

Figure 3-11 : Effet du diamètre des particules sur le taux de réponse visqueuse entre deux collisions

Sur cette représentation on peut par exemple lire que pour des particules de diamètre 10
µm à la concentration volumique de 4.10-3, entre deux collisions le fluide a le temps de
transférer seulement 64% de sa vitesse à la particule. Le couplage fluide – particules (1-
way) est ainsi diminué de 36% à cause des collisions.

La pente de la courbe montre que l ’« étouffement » de ce couplage est progressif avec la


concentration. Il faut multiplier la concentration par 10 pour passer de 90% à 20% de
couplage effectif fluide – particules.

Remarquons enfin que ce comportement est décalé vers les hautes concentrations pour
les petites particules, et vers les basses concentrations pour les grosses particules.

Ces variations montrent que la limite de 4-way coupling indiquée dans la littérature à
C = 5.10-4 est une indication pratique mais simplificatrice.

De plus, tous ces mécanismes sont également liés à vr, la vitesse relative des particules
entre elles, liée à la vitesse turbulente moyenne du fluide par l’Équation 3.2-4. Pour le 10H3

décrire graphiquement, nous fixons une taille de particule donnée (dp = 10µm) et analy-
sons l’influence de la vitesse relative des particules vr.

54
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

Effet de la vitesse des particules sur T=up/uf,


le taux de réponse visqueuse des particules entre deux collisions pour dp=10µm
1
up/uf (vr=0,1m/s dp=10µm)
0,9 up/uf (vr=0,5m/s dp=10µm)
Taux de réponse visqueuse entre deux collisions

up/uf (vr=1m/s dp=10µm)


0,8 up/uf (vr=2m/s dp=10µm)
up/uf (vr=5m/s dp=10µm)
0,7 limite 1-2 way littérature
limite 2-4 way littérature
0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1
1,E-08 1,E-07 1,E-06 1,E-05 1,E-04 1,E-03 1,E-02 1,E-01
Concentration volumique des particules C = Vp / (Vp+Vf)

Figure 3-12: Influence de la vitesse relative des particules sur le taux de réponse visqueuse entre deux collisions

Cette représentation permet de déterminer la gamme de concentration dans laquelle les


collisions inhibent progressivement l’action du fluide sur les particules, en fonction de la
vitesse relative des particules, elle-même liée à la vitesse turbulente du fluide. Logique-
ment, une forte vitesse turbulente implique une transition de régime à basse concentra-
tion. Par exemple, pour atténuer de 50% le couplage fluide- particules avec les collisions,
il faut une concentration de 6.10-3 à vr = 1m/s, contre 6.10-2 à vr = 0,1m/s.

Les deux graphiques précédents illustrent l’utilité de T, le taux de réponse visqueuse en-
tre deux collisions, pour quantifier l’influence des collisions sur le comportement macros-
copique du mélange diphasique. Les équations établies dans ce paragraphe permettent
ce calcul en fonction des trois paramètres : concentration, taille de particules et vitesse
turbulente. Ceci est très utile pour interpréter les calculs numériques et mesures expé-
rimentales d’écoulements diphasiques à forte concentration.

[Link] Effet des gradients de vitesse locaux et des parois


Ce modèle est basé sur l’hypothèse que la turbulence du fluide porteur est la source uni-
que des collisions entre particules dans le cas monodisperse. En effet, à l’entrée d’une
sonde de prélèvement non isocinétique, la courbure des lignes de courant (convergentes
ou divergentes) induit des mouvements relatifs entre particules, mais pas de collisions,
puisque ces lignes de courant ne se croisent pas. Ces gradients locaux de vitesse du
fluide engendrent donc des variations de concentration des particules (par exemple,
quand le fluide puis les particules ralentissent, les particules sont plus proches les unes
des autres, par conservation du débit) qui influencent le rythme des collisions turbulen-
tes, mais ne provoquent pas directement des collisions.

Près des parois, si les particules rebondissent, alors les collisions entre particules inci-
dentes et particules ayant rebondi sont très importantes car les vitesses relatives ne sont
plus liées à la vitesse turbulente mais à la vitesse moyenne, dont l’amplitude est typi-

55
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

quement dix à vingt fois supérieure. Ainsi, devant une paroi normale à un écoulement
dont la turbulence est de 5% de la vitesse moyenne, les particules ont des collisions à une
vitesse relative de 40 fois la vitesse turbulente. Pour les sondes à bords minces et/ou
dans un écoulement dilué, ce phénomène est négligeable, mais pour les sondes épaisses
en écoulement dense, les collisions entre particules à l’entrée de la sonde sont suscepti-
bles de prendre une importance considérable dans l’ensemble des mécanismes de prélè-
vement.

3.2.4 Réduction de traînée par effet de sillage des particules voisines


Les collisions sont des interactions directes entre particules, mais nous avons vu qu’elles
réduisent indirectement l’interaction fluide - particule. Un second phénomène va dans ce
sens : l’effet de sillage entre particules voisines.

Sillage

Vitesse du fluide

Traînée réduite Traînée


par le sillage

Figure 3-13 : Effet de sillage entre particules

Crowe (1998) l’appelle effet de nuage (« particles in a cloud ») et propose une correction
mise au point par Di Felice (1994) qu’il estime "primitive". Pour ses recherches sur la
modélisation des injecteurs de carburant dans les moteurs aéronautiques, l’ONERA a
développé des techniques expérimentales pour mesurer ce sillage inter particulaire. Il
s’agit de photographier un train de gouttes injectées dans un air calme à intervalles ré-
guliers. En variant la distance entre deux gouttes, on mesure l’influence du sillage de la
précédente sur l’évolution de sa vitesse. On en extrait la force de traînée. Ainsi, dans sa
thèse de doctorat, Virepinte (1999) propose pour les nuages de particules une correction
simple du coefficient de traînée de goutte isolée, qui prend en compte le sillage de la par-
ticule située en amont, en fonction du paramètre de distance δ = l / dp. Nous l’appelons f,
facteur de réduction de traînée par le sillage des particules voisine.
Cd n
f = = 1 − 0,86e −0,053δ Équation 3.2-5
Cd i
Cette correction s’applique à la corrélation classique du coefficient de traînée d’une
sphère isolée de Shiller et Neumann légèrement modifiée :

Cd i =
24
Re
(
1 + 0,12 Re 0,687 ) Équation 3.2-6

Comme la force de traînée dépend linéairement du coefficient de traînée, le facteur de


sillage de Virepinte nous sert directement à quantifier l’influence de la forte concentra-
tion sur l’intensité du couplage fluide – particules. Rappelons pour cela que le paramètre
de distance δ est lié à la concentration volumique C (ou αp) par l’équation :

56
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

1
⎛ π ⎞3
δ =⎜ ⎟ Équation 3.2-7
⎝ 6C ⎠
Ainsi nous pouvons tracer l’influence du sillage entre particules en fonction de la concen-
tration.

Réduction de la traînée par sillage entre particules en fonction de la concentration

1 400
Facteur de réduction de trainée par sillage (4-way)
limite 1-2 way littérature
0,9 limite 2-4 way littérature
350
l= paramètre de distance
Facteur de réduction de trainée par sillage

0,8

Paramètre de distance entre particules


300
0,7

250
0,6

0,5 200

0,4
150

0,3
100
0,2

50
0,1

0 0
1,E-08 1,E-07 1,E-06 1,E-05 1,E-04 1,E-03 1,E-02 1,E-01
Concentration volumique des particules C = Vp / (Vp+Vf)

Figure 3-14 :Facteur de correction de la traînée visqueuse par sillage entre particules

On constate que cet effet de sillage se fait ressentir (-3%) dès que le paramètre de dis-
tance est inférieur à 65, c'est-à-dire pour une concentration de 2.10-6.
A la concentration 5.10-4, la traînée visqueuse et déjà divisée par deux à cause du sillage
de la particule amont. Dans un nuage concentré de particules, le sillage semble donc ré-
duire considérablement le couplage fluide – particule (1-way coupling).

En réalité ce facteur correctif surestime les effets macroscopiques du sillage dans un


écoulement turbulent. En effet, il a été mesuré pour des gouttes qui se suivent parfaite-
ment. Or dans un écoulement turbulent les particules sont en mouvement relatif aléa-
toire donc aucune particule ne se trouve en permanence protégée par le sillage d’une voi-
sine. De ce fait, à un instant donné, la particule se trouvant juste en amont dans l’axe de
l’écoulement est à une distance réelle différente de la moyenne δ.
Par ailleurs, l’allongement du sillage dépend du nombre de Reynolds de la particule,
donc ce facteur correctif est limité à la gamme de vitesse expérimentalement explorée
par Virepinte : 20 < Re <120.

Enfin, cette estimation de Virepinte des effets de sillage se limite à un train unisue de
gouttes, et ne prend pas en compte l'effet des particules voisines dans un nuage. Ces ef-
fets de sillages multiples, générés par plusieurs particules voisines, ont été mesurés à
l’ONERA par Atthasit (2003). Mais ils se manifestent pour des paramètres de distance
inférieurs à 5, c'est-à-dire une concentration supérieure à 4.10-3, qui sort de notre champ
d’investigation. Lorsque δ s’approche de 2, la traînée augmente brutalement à cause de
l’effet de blocage : la section de passage entre les particules est réduite et implique une
accélération du fluide. Richardson (1954) et Silverman (1994) constatent ainsi une aug-

57
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

mentation de la traînée avec la concentration. C’est le phénomène bien connu de fluidisa-


tion, que nous évoquons ici par simple curiosité, puisqu’on ne peut y appliquer le prin-
cipe du prélèvement isocinétique en raison de la prédominance des collisions entre parti-
cules.

En conclusion, nous utiliserons ce facteur correctif de sillage comme une estimation mi-
nimale du couplage fluide – particules affecté par le sillage des particules voisines (esti-
mation maximale de l’atténuation du couplage).

3.2.5 Combinaison des effets de la concentration


Nous savons maintenant quantifier l’influence des trois interactions qui augmentent
avec la concentration des particules. Dans un cas concret de prélèvement par sonde iso-
cinétique, nous pouvons donc déterminer la part de chaque mécanisme dans le compor-
tement global du mélange diphasique.
Par exemple, fixons U0 = 18 m/s, U0/U = 2, dp = 27 µm et ρp = 600 kg/m3 donc Stk = 2,9.
σ = 1,51 m/s donc vr = 0,89 m/s. Calculons l’évolution des trois interactions dans une
gamme de concentration correspondant à nos conditions de calcul et d’expérience :
2.10-4 < C < 2.10-3.

Effet de la concentration sur les trois interactions des particules

0,8
et facteur de réduction de trainée

0,6
paramètres de couplage

0,4
T = Taux de réponse visqueuse entre deux collisions (4-way) dp=27µm, vr=0,89m/s
Facteur de réduction de trainée par sillage (4-way)
0,2 P = couplage réciproque (2-way) U0/U=2, Stk=2,97
régime nominal
régime n°2

0
2,0E-04 4,0E-04 6,0E-04 8,0E-04 1,0E-03 1,2E-03 1,4E-03 1,6E-03 1,8E-03 2,0E-03

-0,2

-0,4
Concentration volumique des particules C = Vp / (Vp+Vf)

Figure 3-15 : Comparaison des trois interactions sur les particules pour une gamme de concentration

A la concentration nominale C = 9,3.10-4, les particules transfèrent au fluide l’équivalent


de P = 16% de sa propre quantité de mouvement, lors du ralentissement brutal de 18 à 9
m/s à l’entrée de la sonde. Mais le délai entre deux collisions de particules (provoquées
par la turbulence) ne permet de transférer que T = 84% de la quantité de mouvement en-
tre les deux phases. De plus, le sillage des particules voisines occasionne une réduction
de l’interaction fluide – particules d’un facteur f = 44% (qui est une estimation mini-
male). Toutes ces modifications sont quantitativement importantes donc indiquent que le

58
CHAPITRE 3 Prélèvement isocinétique en milieu diphasique dense:

comportement de ce mélange diphasique sera différent de celui d’un écoulement très di-
lué (1-way coupling).

Si l’on augmente la concentration à C = 1,78.10-3 (+91%), alors les paramètres précédents


atteignent les valeurs suivantes, assorties de l’écart relatif à la concentration précé-
dente : P = 30% (+92%), T = 61% (-23%), f = 40% (-9%). Les effets de couplage réciproque
(qui accélèrent le fluide dans cet exemple) augmentent ici quatre fois plus vite que ceux
des collisions (qui inhibent les interactions entre fluide et particules).

Cet exemple illustre bien que nous possédons maintenant les outils nécessaires pour in-
terpréter les effets de la concentration sur le prélèvement par sonde isocinétique. C'est
l'objet de l'étude expérimentale présentée au chapitre suivant.

59
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

60
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

CHAPITRE 4 ETUDE EXPÉRIMENTALE D’UNE SONDE


ISOCINETIQUE EN ÉCOULEMENT DIPHASIQUE DENSE

4.1 Objectifs
Dans le contexte de l’étude de la granulométrie dans les propulseurs à propergols so-
lides, comprendre et maîtriser l’efficacité d’échantillonnage d’une sonde isocinétique, en
fonction de ses conditions d’utilisation, est un enjeu majeur pour assurer l’interprétation
des résultats qui seront fournis par le montage du Keldysh Research Center (KeRC).

Notre expérience en gaz froid vise à étendre le champ des recherches passées à des
conditions expérimentales proches de ce montage de combustion de propergol solide sur
le plan de la dynamique du prélèvement. La différence majeure concerne la concentra-
tion des particules. Nous allons étudier l’influence de la forte concentration sur
l’efficacité de prélèvement d’une sonde, dans des conditions déjà bien connues en milieu
dilué.

Cette expérience ouvre quatre grands axes de recherche :

1- La détermination de l’efficacité de prélèvement des sondes isocinétiques dans les mi-


lieux diphasiques denses.

2- La physique des écoulements diphasiques denses : modélisation des interactions entre


particules et avec des obstacles, pour expliquer les mécanismes de prélèvement et com-
paraison aux écoulements dilués, déjà connus.

3- L’application de ces connaissances au montage russe de granulométrie des moteurs


spatiaux à propergols solides (KeRC): interpréter ses résultats et optimiser son exploita-
tion.

4- Le développement des instruments de mesure de la granulométrie en milieu dense *. 4F4F

De plus, les techniques de mesure que nous allons développer pourront intéresser d'au-
tres applications pratiques, comme le transport pneumatique de poudres, la combustion
de particules en chaudières, les échangeurs de chaleur...

4.2 Dimensionnement du montage

4.2.1 Besoin d’une étude en « gaz froid »


L’application visée (maquette de moteur fusée) implique des conditions physiques origi-
nales : grande concentration de particules (rapport massique = 0,5) prélevée en un
temps très bref (2s). Elle ouvre donc un nouveau domaine de recherche expérimentale.

* D’une part notre montage permettra de maîtriser les méthodes d’analyse des particules prélevées par
sonde, mais aussi de les comparer à des techniques optiques de granulométrie. En effet, l’écoulement princi-
pal est trop épais pour être traversé par la lumière, mais ce n’est pas le cas du faisceau de particule extrait
par la sonde. Si une technique optique s’avère performante, on peut éventuellement l’envisager comme com-
plément du montage russe : on analyse les gouttes d’alumine à leur passage en sortie de sonde, sans avoir
besoin de les solidifier.

61
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

La principale contrainte est le coût des tirs de propulseurs à échelle réduite. Nous allons
donc simuler l’écoulement réel de gaz de combustion chargé de gouttes d’alumine à
3400K, par un écoulement de gaz inerte à température ambiante, chargé de particules
solides aux dimensions et propriétés physiques stables. Nous ferons donc la distinction
entre le cas réel, appelé « gaz chaud », et le cas simulé, appelé « gaz froid ».

4.2.2 Similitude
Pour faciliter l’expérience, nous choisissons de travailler dans l’air à pression et tempé-
rature ambiantes. Alors, deux grandeurs de l’expérience gaz froid sont déjà fixées par les
contraintes pratiques : la viscosité et la masse volumique du gaz porteur.

La différence entre les deux cas (gaz chaud et gaz froid) réside dans ces deux propriétés
physiques. Dans le propulseur, le gaz issu de la combustion est à 3400 K et 45 bars en-
viron. Cela lui confère une viscosité 5 fois supérieure, et une masse volumique presque 4
fois supérieure à celle de l’air ambiant. Ainsi, dans les équations qui suivent, tous les pa-
ramètres du cas ‘gaz chaud’ (indicés c) sont fixés par ce cas de référence que nous souhai-
tons simuler.

Vitesse, viscosité Diamètre in- Diamètre et masse Conditions de réalisation de


et masse volumi- térieur de la volumique des par- l’expérience ‘gaz froid’ fixées
que des gaz brû- sonde : ticules (liquides) par l’air ambiant. Sa viscosité
lés : d’alumine : et sa masse volumique sont à
25°C, et 1 bar :

vc = 25 m/s dc = 8mm dpc = 0,5 à 200µm µf = 1,84.10-5 Pa.s


µc=9,909.10-5 Pa.s ρpc = 1810 kg/m3 ρgf = 1,19 kg/m3
ρgc = 4,5 kg/m3

Pour que le prélèvement par la sonde en gaz froid se passe dans des conditions similaires
à celles du gaz chaud, nous chercherons à conserver certains nombres sans dimension,
qui décrivent les mécanismes physiques principaux. C’est la démarche classique des lois
de similitude en mécanique des fluides. Nous en déduirons les valeurs des autres para-
mètres de l’expérience ‘gaz froid’: masse volumique et taille des particules, diamètre de
la sonde, vitesse du gaz.

Pour cette similitude, les nombres sans dimensions que nous avons choisi de conser-
ver sont:

a- Le nombre de Stokes d’une particule (relatif à un obstacle) mesure sa capacité à suivre


les changements de direction du fluide. C’est le paramètre primordial à conserver si l’on
veut observer dans le gaz froid des interactions particules - sonde, représentatifs du cas
« gaz chaud ». Il exprime le rapport du temps de réponse visqueuse de la particule τv au
temps de franchissement de l’obstacle par le fluide τf.
τ ρ p d p2
Stk = v τv = τf = d /U0
τf 18μ f
τv est le temps nécessaire à la particule pour atteindre 63% de la vitesse du fluide.
d est le diamètre intérieur de la sonde, et par convention U0 est la vitesse du fluide en
amont de la sonde.

62
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

La conservation du nombre de Stokes s’écrit :


2
ρ pf d pf2 v f ρ pc d pc
2
vc v f d f ⎛ d pc ⎞ μ f ρ pc
Stk f = Stk c ⇔ = ⇔ = ⎜ ⎟ (1)
18μ f d f 18μ c d c vc d c ⎜⎝ d pf ⎟⎠ μ c ρ pf

Comme nous l’avons vu plus haut, certains paramètres de cette équation sont fixés.
Les inconnues sont vf, df, dpf et ρpf.

b- Le nombre de Reynolds décrit le comportement dynamique du gaz porteur (compare


les effets inertiels aux effets visqueux). Il est relatif à la taille d’un objet solide balayé
par le fluide.
Dans notre cas, les particules sont supposées avoir atteint la vitesse moyenne du fluide
avant d’être prélevées, donc leur mouvement par rapport au fluide ne relève que de
l’agitation turbulente. Nous égalons donc la vitesse moyenne du fluide et celle des parti-
cules dans les équations qui suivent.
Dans ce cas du prélèvement d’un mélange à l’équilibre, le nombre de Reynolds relatif aux
particules est donc un indicateur des phénomènes de turbulence.
Nous portons préférentiellement notre attention sur la forme de l’écoulement autour de
la sonde : le comportement du fluide à l’abord de la sonde doit être le même dans les cas
chaud et froid, pour reproduire notamment la courbure des lignes de courant. Nous cher-
cherons donc à conserver le nombre de Reynolds relatif à la sonde.

ρ gf d f v f ρ gc d c vc v d μ ρ
Re f = Re c ⇔ = ⇔ f = c f gc (2)
μf μc vc d f μ c ρ gf

égalons les équations (1) et (2), il en ressort :

ρ pf
2 2
⎛df ⎞ ⎛ d pc ⎞ ρ
⎜⎜ ⎟⎟ ⎜ ⎟ = gf (3)
⎜d ⎟ ρ pc
⎝ dc ⎠ ⎝ pf ⎠
ρ gc

c- Dans un premier temps, pour assurer l'identité des mesures granulométriques par les
mêmes instruments dans les deux expériences similaires, nous prenons comme condition
de similitude la conservation de la taille des particules. Cela se traduit par dpf = dpc , et
simplifie l’équation (3) :

ρ pf
2
⎛df ⎞ ρ gf
⎜⎜ ⎟⎟ = (4)
⎝ dc ⎠
ρ pc
ρ gc

d- Conservation du rapport des masses volumiques entre les particules et le gaz.


Pour que l’écoulement ‘froid’ soit similaire au ‘chaud’ du point de vue des transferts de
quantité de mouvement entre les particules et le gaz, il faut que la concentration massi-
que des particules dans le gaz soit la même. Mais à cause de la proximité des particules
entre elles, la concentration volumique est aussi importante pour reproduire les interac-
tions entre particules. Pour conserver ces deux concentrations en même temps, il faut
conserver le rapport des masses volumiques entre particules et gaz.

63
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Dans notre cas ‘gaz chaud’ de référence, nous avons ρpc/ρgc = 1810 / 4,5 = 402,2.
Pour conserver ce rapport dans l’expérience ‘gaz froid’, avec de l’air ambiant (25°C et
1 bar, donc ρgc = 1,19 kg/m3), il faut fixer la masse volumique des particules froides à
ρpf = 1,19 x 402,2 = 478,6 kg/m3.
Si l’on peut se procurer de telles particules, alors l’équation (4) montre que la sonde dans
le cas ‘gaz froid’ doit avoir le même diamètre que dans le cas ‘gaz chaud’ : df/dc = 1.

Mais cette condition ne pourra pas toujours être strictement respectée pour des raisons
pratiques, car :
- Il est difficile de disposer de particules de masse volumique bien ciblée,
- Entre deux essais, la température et la pression de l'air utilisé peuvent changer (2%),
- La pression dans une veine d'essai dépend de la vitesse de l'écoulement (3%).

Il faudra alors choisir un compromis entre le respect de la concentration massique et ce-


lui de la concentration volumique.

Dans le cas où les particules auraient une masse volumique ρpf, différente de la valeur
idéale (478,6 kg/m3), dans un air à 25°C et 1 bar, nous pourrions ajuster le diamètre df de
la sonde selon la formule (4), où tous les autres paramètres ont les valeurs fixées:

df ρ gc ρ pf 4,5 ρ pf
= = = 0,0457 ρ pf
dc ρ gf ρ pc 1,19 × 1810

Comme dc = 8mm, alors:

d f (mm) = 0,3656 ρ pf

La vitesse que nous devons imposer au mélange gaz - particules pour respecter la simili-
tude, dépend aussi de la masse volumique des particules. En effet, injectons l’équation
(4) dans l’équation (2). Il en ressort :

vf μf ρ gc ρ pc 1,84 4,5 × 1810 15,36


= = = (5)
vc μc ρ gf ρ pf 9,909 1,19 × ρ pf ρ pf

Comme la vitesse ‘gaz chaud’ est donnée égale à vc = 25 m/s, nous pouvons ajuster la vi-
tesse de l’écoulement ‘gaz froid’ à partir de la relation:

384
vf =
ρ pf

Par exemple, avec des particules à 479 kg/m3, la vitesse devra être ajustée à 17,5 m/s.

Pour d’autres particules de masses volumiques différentes, le graphe ci-dessous permet


de préciser la valeur de la vitesse à respecter :

64
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

40,0

35,0

30,0

25,0

20,0

15,0

10,0

5,0

0,0
0 500 1000 1500 2000 2500

rho pf (kg/m3)

Figure 4-1 – Détermination de la vitesse du mélange en fonction de la masse volumique des particules.

4.2.3 Bilan de la similitude


Le tableau ci-après présente tous les paramètres physiques de l’expérience en gaz froid,
calculés par la similitude que nous venons de détailler. Rappelons que ce calcul donne le
diamètre intérieur de la sonde et la vitesse de l’écoulement, en fonction des conditions
d’essai choisies : propriétés du gaz et masse volumique de la phase solide. Tous les au-
tres paramètres pratiques du montage en sont déduits. Ils nous permettent de dimen-
sionner chaque sous ensemble constitutif du banc expérimental. Par exemple : le volume
du réservoir et des vérins, le débit du détendeur, le débit de particules pour l’injecteur
(voir plus loin le détail de chaque organe).

La colonne ‘gaz chaud’ décrit les conditions réelles que nous cherchons à simuler.
La colonne ‘gaz froid’ calcule les caractéristiques du montage à réaliser qui satisfont la
similitude calculée plus haut.

65
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Données physiques gaz chaud Gaz froid

température gaz (°C) 3130 23


pression gaz (bar) 46 1
viscosité (N.m2.s-1) 9,909E-05 1,835E-05
masse volumique gaz (kg.m-3) 4,5 1,19
masse volumique particules (kg.m-3) 1 810 478
rapport des masses volumiques particule/gaz 402 402
diamètre sonde (m) 0,0080 0,0080
diamètre ou arête veine d'essai (m) 0,127 0,046
vitesse (m.s-1) 25,0 17,5
temps de rafale (s) 3,5 5,0
temps de prélèvement (s) 1,8 3,0
rapport massique de particules 0,47 0,47
fraction massique de particules 0,318 0,318
fraction volumique de particules 0,00116 0,00116
masse de poudre prélevée (g) 4,74611 1,46
volume de poudre en vrac prélevé (ml) 5,43
volume de gaz prélevé (l) 2,26 2,64
concentration volumique de particules (m3.m-3) 0,00116 0,00116
concentration massique de particules (kg.m-3) 2,098 0,555
débit volumique gaz (m3/s) 0,317 0,037
débit massique gaz (kg.s-1) 1,425 0,044
débit massique particules (kg.s-1) 0,664 0,021
volume gaz débité pendant la rafale (m3) 1,108 0,185
masse de poudre transférée pendant la rafale (g) 102,8
masse volumique en vrac de la poudre (kg/l) 0,27
volume de poudre transféré pendant la rafale (l) 0,38
Stokes particule 1 micron 0,00317 0,00317
Stokes particule 60 microns 11,42 11,42
distance d'arrêt pour 1micron (m) 2,5E-05 2,5E-05
distance d'arrêt pour 60 microns (m) 0,09 0,09
Reynolds sonde 9 083 9 083
Figure 4-2 : Résultats de la similitude entre « gaz froid » et « gaz chaud »

4.2.4 Limites de cette similitude et précautions d’interprétation

[Link] Différences entre billes solides et gouttes liquides


Nous avons focalisé notre attention sur le comportement global du fluide et des particu-
les en prenant en compte les nombres de Reynolds, de Stokes, et les rapports de masses
volumiques entre particules et fluide. Mais nous avons ignoré les phénomènes locaux

66
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

comme l’interaction entre les particules et les parois de la sonde. Ainsi, les phénomènes
de rebond, d’éclatement de gouttes, de coalescence, de formation de film liquide et de so-
lidification sur paroi froide sont ignorés par notre similitude. Il aurait fallu pour cela
prendre en compte la tension superficielle des gouttes d’alumine par l’intermédiaire de
leur nombre de Weber (qui compare l’énergie cinétique d’une goutte à sa tension superfi-
cielle), et leur chaleur latente.
Dans cet écoulement à environ 20 m/s, nous pouvons négliger les effets de convection na-
turelle liés à la différence de température entre les gaz brûlés et les parois du montage.
De plus, cette confection forcée réduit les zones de gradients thermiques à des épaisseurs
infimes.

Le cas réel (chaud) met en jeu des gouttes liquides, mais les contraintes pratiques nous
conduisent à utiliser des billes sphériques solides pour l’expérience en gaz froid. Nous
évitons d’utiliser des particules solides non sphériques (comme l’alumine broyée) pour
limiter les risques de comportements microscopiques trop différents et les difficultés de
mesure optique de granulométrie. Il est par exemple possible de se procurer des sphères
creuses en verre, de diamètre compris entre 5 et 100 µm, et de masse volumique com-
prise entre 140 et 1000 kg/m3.
Dans tous les cas, nous devrons tenir compte de ces différences lorsque nous transpose-
rons les résultats « gaz froid » au cas réel « gaz chauds ».

[Link] Epaisseur de la paroi de la sonde


Différentes études ont montré que l’épaisseur des parois d’une sonde réduit son efficacité
d’aspiration (Belyaev 1971, Ingham 1981, Vincent 1981, 1985, 1987, 1989, Chung 1986).
La sonde du montage russe du KeRC est très épaisse (d = 7 mm, D = 50 mm), mais pour
procéder par étapes de complexité croissante, avons choisi d’étudier dans un premier
temps une sonde mince (épaisseur de paroi 0,75 mm biseautée à 0,25 mm par un angle
de 10°). Les résultats de l’expérience devront donc être extrapolés avec prudence sur le
cas réel. Notre étude numérique (voir chapitre numérique) permet d'évaluer l'influence
de l'épaisseur de la paroi de la sonde sur l'efficacité d'aspiration.

Après cette première approche expérimentale en sonde mince, il serait intéressant


d’augmenter l’épaisseur de la sonde et de mesurer son influence en milieu dense. Mais
deux sondes de diamètre extérieur 50 mm impliquent une veine d’essai de côté 250 mm
pour limiter les effets de blocage. Alors toute l’installation serait à redimensionner. Le
plus difficile serait de fournir un débit de particules suffisant pour ensemencer une telle
veine. Il faudrait multiplier le débit par 30, par rapport au cas que nous avons choisi. Ce-
la suppose la conception d’un nouvel injecteur de poudre de très grande dimension.

4.3 Présentation du montage "gaz froid" : PIC

4.3.1 Définition du champ d’investigation et enjeux techniques


Nous avons vu que les paramètres qui influencent l’efficacité d’échantillonnage
d’une sonde isocinétique sont nombreux. La vitesse d’aspiration, la taille des particules,
l’épaisseur des parois et l’angle de la sonde par rapport à l’écoulement incident ont été
étudiés par divers auteurs depuis plusieurs dizaines d’années (voir CHAPITRE 3 ).
304H

Pour notre application à la propulsion spatiale, nous avons besoin de connaître


l’influence d’un paramètre qui n’a pas encore été pris en compte dans ces études : la forte
concentration en particules. C’est pourquoi le montage expérimental que nous avons
conçu est orienté en priorité vers l’étude de ce paramètre. Ainsi nous faisons varier le

67
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

rapport massique (poudre / air) dans la gamme : 0,1 < Z < 0,9 autour de la valeur nomi-
nale définie par similitude : Z = 0,47.
Pour des particules de masse volumique 600 kg/m3, cela correspond à la gamme de
concentration volumique : 2.10-4 < C < 1,8.10-3 (valeur nominale = 1,16.10-3 ).

Le nom de ce banc d’essai est PIC : Prélèvement Isocinétique Concentré.

Ainsi, dans un premier temps, nous avons dû délimiter des gammes de variation assez
restreintes pour les paramètres autres que la concentration. Tout d’abord, nous fixons
l’orientation des sondes face à l’écoulement incident. La géométrie des sondes est égale-
ment fixée (voir détail en annexe). La gamme du rapport des vitesses est limitée à
0,5 < U0/U < 2. Nous utilisons une poudre dont la granulométrie peut être considérée
comme monomodale. La taille des particules est fixée, mais nous pouvons faire varier le
nombre de Stokes d’un facteur 8 par la vitesse de l’écoulement (de 4,5 à 36 m/s).

Ce montage représente un enjeu technique vis-à-vis du savoir-faire de notre laboratoire.


En effet, notre champ de spécialisation traditionnel concerne les jets de gouttes liquides
appliqués à la combustion. Il nous est donc familier de mesurer les phénomènes indui-
sant des changements de taille des gouttes : atomisation, coalescence, rebond, film li-
quide. Mais les moyens optiques d’investigation de ces phénomènes (PIV, LDA, PDA) ne
peuvent hélas pas s’appliquer à notre cas à cause de la forte concentration : l’opacité du
mélange sur quelques centimètres ne laisse pas traverser les faisceaux laser. C’est pour-
quoi nous faisons appel à la technique du prélèvement par sonde.

Alors, la nature liquide de la phase dispersée pose un problème pratique : nous ne maî-
trisons pas la transformation des gouttes après prélèvement (condensation en film li-
quide). Pour contourner dans un premier temps cet obstacle et nous concentrer sur les
mécanismes de prélèvement en amont de la sonde, nous avons choisi de remplacer les
gouttes liquides du cas réel (propulseur spatial) par des microbilles solides. Alors, si la
poudre est monomodale, la granulométrie n’évolue pas au cours du processus de prélè-
vement.

Mais d’autres défis techniques apparaissent : générer et mesurer un écoulement turbu-


lent d’air et de poudre dont on contrôle la forte concentration, maîtriser la vitesse de pré-
lèvement dans des rafales de quelques secondes, assurer la séparation de la poudre pour
mesurer ensuite sa masse. Pour y parvenir, nous avons mis en oeuvre des technologies
simples, tant pour générer l’écoulement que pour le mesurer. Nous en décrivons ici les
points essentiels.

4.3.2 Principe de fonctionnement du montage PIC


La forte concentration que nous désirons produire ne nous permet pas d’envisager la mé-
thode directe de photographie des trajectoires qui a fait le succès des auteurs de réfé-
rence en la matière : Belyaev et Levin (1971). En effet, l’opacité du mélange sur la demie
épaisseur de la veine (23 mm) rend impossible toute visualisation de l’entrée des sondes.
Nous devons donc utiliser la méthode de comparaison des concentrations entre deux
sondes (Concentration Measurement : CM). L’une est isocinétique et sert de référence,
l’autre est testée à différentes vitesses d’aspiration. Cette méthode a été notamment em-
ployée par Witschger (1997) pour des faibles vitesses et faibles concentrations. Le sché-
ma ci-dessous représente notre dispositif expérimental.

68
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Veine carrée 46mm en 2 sondes de Sortie air pur


aluminium et verre prélèvement
Cyclone collecteur (X2)

Mini-cyclone (X2)
Injecteur de
particules

Débitmètre
Vérin aspirant (X2)
col sonique
Vérin
Electrovanne moteur (X2)

Détendeur 20 b Air comprimé


7b

Réservoir Air comprimé 40 b

Figure 4-3 : Banc d’essai pour sonde de Prélèvement Isocinétique en écoulement diphasique Concentré

En vidant partiellement un réservoir d’air sous pression, l’électrovanne pilotée par au-
tomate produit une rafale d’air de quelques secondes. La vitesse de l’écoulement est ré-
glée par un détendeur.

Tout le débit d’air passe dans l’injecteur de particules, où il emporte une proportion de
poudre réglable (une vanne contrôle le débit d'air de brassage dans l'injecteur à lit fluidi-
sé).

Après stabilisation dans une conduite rectiligne horizontale de section carrée, le mélange
rencontre deux sondes de prélèvement placées côte à côte. L’une est isocinétique et sert
de référence, l’autre aspire à une vitesse que l'on fait varier d'un essai à l'autre.

Pendant deux secondes de régime transitoire, les sondes soufflent de l’air de manière à
ne pas être polluées. Ce débit est produit par deux pistons de grand volume agissant
comme des seringues.

Lorsque la vitesse et la concentration du mélange sont stabilisées, les pistons inversent


leur course et chaque sonde aspire un échantillon de mélange d’air et de poudre. A la
sortie de chaque sonde, la poudre est collectée par un mini- cyclone. Après le tir, elle est
pesée pour comparaison entre les deux sondes.

La poudre de l’écoulement principal est récupérée en sortie par deux grands cyclones
pour être réutilisée dans la rafale suivante.

Voici une vue de la partie aval du montage.

69
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Figure 4-4 : Photo du montage PIC, partie aval

Par rapport aux études antérieures, notre configuration présente l'avantage de rendre
négligeables les dépôts entre l'entrée de la sonde et l'organe collecteur de poudre pour
trois raisons : les sondes sont très courtes (200 mm) et droites, la vitesse d'aspiration est
assez élevée (5 à 45 m/s) pour entraîner les particules qui touchent les parois, et la
masse totale prélevée est très élevée (0,2 à 3 g) par rapport à d'éventuels dépôts.

Bilan des performances du banc PIC :

Min Nominal Max


Vitesse de l'écoulement principal (m/s) 4,5 17,6 45
Vitesse d'aspiration des sondes (m/s) 4,5 17,6 45
Rapport massique particules 0,1 0,47 1
Concentration volumique particules 0,2.10-3 1,16.10-3 1,8.10-3

Voici à titre d'exemple une photographie du prélèvement super-isocinétique dans un cas


très dilué qui permet une bonne visualisation des trajectoires de particules.

70
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Figure 4-5 : Trajectoires convergentes à l'entrée de la sonde super-isocinétique

4.4 Conception et qualification du banc PIC


Nous présentons ici les principaux organes du banc expérimental. Des détails complé-
mentaires sont fournis en ANNEXE 2.
305H

4.4.1 Le circuit d'air

[Link] Veine d’essai


Le mélange d’air et de poudre issu de l’injecteur de particules (décrit plus loin) doit être
stabilisé avant d’être échantillonné, afin de présenter une structure aussi homogène que
possible à l’abord des sondes. Puis nous désirons visualiser le prélèvement par les son-
des. Enfin il faut séparer la poudre avant de rejeter l’air. Ces fonctions sont remplies par
les éléments de la veine d’essai, décrits dans les paragraphes suivants.

71
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Tronçon métal 2 Tronçon verre


longueur totale 500 mm longueur totale 250 mm
Montage par « clips » entrée = sortie = 46 x 46 entrée = sortie = 46 x 46
épaisseur paroi = 2 mm épaisseur paroi = 6 mm
connection de
l’injecteur de
particules

Sortie vers les cyclones :


2 petits pour le prélèvement
2 grands pour la récupération

supports et banc
micro-contrôle

Divergent d ’entrée Tronçon métal 1 Tronçon prélèvement et évacuation


longueur totale 300 mm longueur totale 250 mm entrée 46 x 46
entrée 18 x 18 entrée = sortie = 46 x 46 2 sorties 23 (horizontal) x 46 (vertical)
sortie 46 x 46 épaisseur paroi = 2 mm 2 sondes de prélèvement ( Φint. 8 mm - Φext. 10 mm)

Figure 4-6 – Montage complet de la veine d’essai entre l’injecteur de particules et les cyclones

Notons la structure modulaire de ce montage. On peut en faire varier la longueur en dé-


montant un ou deux tronçons. Chaque module est lié à ses voisins par une bride de jonc-
tion épaisse où peuvent être montés des capteurs de pression et température.
L’assemblage est assuré par des « clips » donc on peut démonter très rapidement chaque
module pour nettoyer la poudre déposée.

Tronçon transparent de la zone de prélèvement.


Pour comprendre les phénomènes de prélèvement de poudre par les sondes, le meilleur
moyen est d’obtenir des visualisations de l’écoulement, par exemple à l’aide d’un appareil
photo et d’une tranche laser. Nous savons qu’à forte concentration de particules, le mi-
lieu sera trop opaque pour observer clairement les sondes, mais nous pouvons photogra-
phier des essais à faible concentration et extrapoler ces observations aux fortes concen-
trations. De même la photographie nous permet de mesurer la vitesse des particules ain-
si que de connaître leurs trajectoires locales.
Par ailleurs, des dispositifs de mesure par laser disponibles au laboratoire peuvent être
utilisés ponctuellement pour décrire le champ de vitesse (technique PIV, photographie
rapide) ou la granulométrie (diffraction laser).

Pour ces raisons nous avons choisi de réaliser une conduite en verre de section carrée.
En effet, les parois cylindriques transparentes posent des problèmes d’alignement des
faisceaux lumineux.
Pour former une conduite carrée, quatre plaques de verre ordinaire sont assemblées par
collage entre des brides. Si un verre spécifique s’avère nécessaire pour certaines mesures
optiques, il suffit de remplacer une ou plusieurs plaques.

La longueur de ce tronçon transparent est limitée à 250 mm car le verre n’étant pas
conducteur, il favorise les phénomènes électrostatiques issus du frottement des particu-
les entre elles et avec les parois. Nous pouvons donc craindre un encrassement des parois
par adhésion électrostatique de la poudre. A cet effet est prévu un soufflage énergique
d’air entre les rafales si nécessaire. Pour minimiser les dépôts dans l’ensemble de la
veine, nous avons opté pour une conduite métallique.

72
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Module de prélèvement
Les coudes dans les conduites génèrent des dépôts de poudre mal maîtrisés. Nous choi-
sissons donc de fabriquer des sondes parfaitement rectilignes et le plus courtes possible
entre la section d’entrée et le mini-cyclone qui collecte la poudre échantillonnée (voir plus
loin la description des sondes). Cela nous oblige à évacuer l’écoulement principal en
contournant les sondes. C’est donc l’écoulement principal qui subit un changement de di-
rection. Les dépôts éventuels sont moins graves car on ne mesure pas la poudre qui en
est issue. Nous avons choisi la bifurcation en Y pour deux raisons :
- un écoulement symétrique met les deux sondes dans des situations similaires,
- deux cyclones de taille réduite permettent de collecter la poudre plus efficacement
qu’un seul grand cyclone, comme nous allons le préciser plus loin.

Module de prélèvement
Assemblage complet avec
cale support et tronçon verre

sondes de prélèvement

Tronçon verre Cale support Module prélèvement

Figure 4-7 – Module de prélèvement

[Link] Mesure de vitesse dans la veine principale

Bilan de matière dans le réservoir


Nous pouvons utiliser la baisse de pression du réservoir comme mesure de la vitesse de
la rafale. Pour cela, il faut calculer le volume d’air V0 qui a transité dans la veine pen-
dant la rafale :

73
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

P1 − P2
V0 = V2
P0
où P0 est la pression ambiante dans la veine d’essai, mesurée près des sondes
P1 est la pression du réservoir avant la rafale,
P2 est la pression du réservoir après la rafale, et après stabilisation de sa température,
V2 est le volume du réservoir = 0,15 m3.

Pour mesurer la variation de pression du réservoir pendant la rafale, entre P1 et P2, on


utilise un capteur Druck sur la gamme de pression relative de 0-50 bar.
En divisant ce volume d’air par le temps de la rafale, on obtient le débit moyen dans la
veine, donc la vitesse moyenne du mélange près de la sonde.

Nous avons utilisé cette mesure à titre d’étalonnage du montage, pour établir empiri-
quement le coefficient de décharge de la tuyère sonique (C=0,98 pour le col de 3,55 mm).
Mais nous l’avons abandonnée par la suite car il faut attendre entre deux rafales au
moins trois heures pour la stabilisation de la température.
En effet, lors de la détente occasionnée par la rafale, l’air puis l’ensemble du réservoir se
refroidit. Notre capteur de température, situé en sortie de réservoir pour profiter de la
forte convection dans une petite section de passage, ne peut mesurer la température ré-
elle du gaz dans le réservoir juste après la rafale. Il faut donc attendre que le système
global (parois du réservoir y compris) se remette naturellement à la température am-
biante. La pression dans le réservoir remonte alors un peu, et sa mesure peut être utili-
sée dans la formule ci-dessus.

Débitmètre à tuyère sonique


Nous devons connaître à chaque instant la vitesse de l’écoulement, pour vérifier que le
prélèvement isocinétique se fait bien avec un débit stable.
La plupart des débitmètres classiques sont inadaptés à ce besoin car les rafales que nous
produisons ont des variations très brusques de vitesse. C’est pourquoi nous avons choisi
la technique du débitmètre à tuyère sonique. Lorsque le fluide atteint la vitesse du son
dans la section la plus étroite de la tuyère, alors le débit est lié à la pression amont par
la relation :
π
d *2 × 0,98 × 0.68473 × p1
A*C *Γp0
Qm = = 4
R 8,314
T0 T1
M 0,029

d *2 p1
Qm = 0,0311
T1

A* est l’aire du col sonique de diamètre d* : A* = d*2.π/4.


Pour balayer une large plage de débits sans impliquer une gamme de pression trop
grande, nous avons fait fabriquer des cols de trois diamètres différents, qui donnent les
aires suivantes :
d*1 =1,505 mm donc A*1 = 1,779.10-6 m2 ;
d*2 =3,55 mm donc A*2 = 9,898.10-6 m2 ;
d*3 =5,016 mm donc A*3 = 19,76.10-6 m2.

74
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

C* est le coefficient de décharge. Il dépend de la forme de la tuyère et du nombre de Re-


ynolds relatif au col. Pour notre débit nominal de 44g/s, avec le col moyen de diamètre
d* = d*2 = 3,5 mm, d’après la norme ISO (1995) on peut utiliser la valeur C* = 0,9920.
Mais notre tuyère a une forme légèrement différente. Et notre étalonnage du débit par
baisse de pression du réservoir d'alimentation a abouti à un coefficient de 0,98 pour la
tuyère de diamètre 3,55 mm.

La température T1 et la pression p1 sont mesurées en amont de la tuyère *.

Pour dimensionner les tuyères soniques et disposer les capteurs de pression et tempéra-
ture, nous avons respecté la norme ISO (1995):
- diamètre de la conduite amont = D > 4d* (diamètre du col)
- prise de pression amont à une distance de l’entrée du convergent égale à D
- prise de température amont à une distance de l’entrée du convergent égale à 2D

Montage des cols soniques

raccord capteur raccord capteur


pression amont 33 pression aval
23 65
21 10

Φ 26
Φ 30
Φ 54

3/8"G

3/8"G
10
45
70

raccord capteur
Module "cols soniques"
température amont (1/8"G)

Bride amont Corps Bride aval


Figure 4-8 – Débitmètre à tuyère sonique

75
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Cotes géométriques du col de 3,5 mm (C)

R 30

7,76 α = 15,37°

Φ 12
d = 3,5 mm Φ 15,2 =Φ
D 12

diamètre de col à

1,4
2,6
1
chanfrein 45°
5,54

centre de la gorge et
abscisse du col iΦ
abscisse de raccordement du cône de sortie

Figure 4-9 – Détail d’une tuyère sonique, diamètre du col = 3,5 mm.

En pratique, nous n’utilisons qu’un seul capteur de pression à l’amont, sachant qu’un se-
cond capteur peut être branché à l’aval ponctuellement pour vérifier que le col sonique
est bien amorcé (forte baisse de pression).

La mesure de température se fait par un thermocouple de diamètre 1 mm, saillant jus-


qu’au centre de la conduite. Il a été choisi pour sa finesse, qui lui procure un faible temps
de réponse (1s).
Le signal en mV du thermocouple est ensuite conditionné, pour être transmis à la carte
d’acquisition (décrite plus loin) en 0-10 V. La forme temporelle du signal pendant une ra-
fale n’a pas de signification importante pour les mesures, mais elle nous aide à vérifier si
le capteur a effectivement eu le temps de se mettre à la température de l’air débité. Les
défauts du conditionneur sont identiques à ceux cités plus haut pour la température de
la veine d’essai : source de bruit électrique, temps de réponse 1,8 s.

A partir du débit massique mesuré par cette tuyère sonique, nous estimons la vitesse dé-
Qm
bitante dans la veine d’essai : U d =
ρS
où S est la section de la veine carrée de 46mm de côté: S = 0,046² = 0,002116 m²,
et ρ est la masse volumique de l’air dans la veine. Elle dépend de la pression pv et de la
température Tv dans la veine d’essai (mesurées par des capteurs dédiés), selon la loi des
gaz parfaits: ρ = pv / rTv où r = 286,69.
Finalement, pour la tuyère de diamètre au col = 3,55 mm, la vitesse débitante de la veine
d’essai s’exprime directement en fonction des mesures de pression et température:

P1Tv
U d = 0,0537
Pv T1

Mais comme nous allons le voir au paragraphe suivant, localement, à l’abord de chaque
sonde, la vitesse incidente du mélange air - particules n’est pas exactement égale à la vi-
tesse débitante, car le profil de vitesse n’est pas parfaitement plat. Nous devons donc
mesurer le profil de vitesse dans la veine pour diverses valeurs de la vitesse débitante.
Nous pourrons alors établir une corrélation d’étalonnage entre d’une part la vitesse débi-

76
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

tante mesurée par la tuyère sonique, et d’autre part la vitesse incidente réelle à l’abord
des sondes. Pour cela nous utilisons la vélocimétrie par image de particules (P.I.V.).

Etalonnage de la vitesse incidente par P.I.V.


Une nappe laser est positionnée dans le plan horizontal qui passe par le centre des deux
sondes, sa source est perpendiculaire à l’écoulement. Une caméra est placée au dessus de
ce plan. Un injecteur de gouttes microniques d’EDHS (ce liquide s’évapore seul après la
mesure, et ne salit pas la veine d’essai) est placé en amont de la veine. Ces gouttelettes
suivent les lignes de courant gazeux. Celles qui sont éclairées par la nappe laser ren-
voient à la caméra de la lumière réfractée. Les images successives permettent de réaliser
une cartographie 2D des champs locaux de vitesse. Voici un exemple de mesure en iso-
couleurs 2D.

20

Vmean
-10.0
-10.5
10 -11.0
-11.5
-12.0
-12.5
-13.0
0 -13.5
Y

-14.0
-14.5
-15.0
-15.5
-16.0
-10 -16.5
-17.0
-17.5
-18.0
-18.5
-19.0
-20
-19.5

-20 -10 0 10 20
X

Figure 4-10 – Exemple de mesure du champ de vitesse axiale par P.I.V. dans le plan horizontal médian de la
veine, en amont des sondes. L’écoulement est dans le sens des Y décroissants.

De ces données de vitesses dans le plan horizontal en amont des sondes, nous déduisons
le profil moyen de vitesse.

77
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Profils de vitesse longitudinale pour trois débits différents

Sonde 1 Sonde 2

20

18

16

14

12

10

2D5 2D3 2D1


2

0
-1 -0,9 -0,8 -0,7 -0,6 -0,5 -0,4 -0,3 -0,2 -0,1 0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1

X/(L/2)

Figure 4-11 – Profils de vitesse mesurés par P.I.V. pour trois débits différents.

Pour plusieurs débits différents, extrayons de ces mesures locales la vitesse incidente de
l’air juste en amont de chaque sonde. Nous pouvons alors la corréler empiriquement à la
vitesse débitante mesurée par le débitmètre à tuyère sonique.

Corrélation entre la vitesse incidente et la vitesse débitante


3 2
y = 0,00005320x - 0,00771800x + 1,19640015x + 0,20371598
35

30

25

20

15

10

Vitesse débitante par débitmètre (m/s)


0
0 5 10 15 20 25 30 35 40

Figure 4-12 – Corrélation entre la vitesse incidente devant les sondes (mesurée par PIV) et la vitesse débitante
dans la veine (mesurée par débitmètre à tuyère sonique)

78
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Il peut sembler étrange que la courbe s’éloigne de la médiatrice aux vitesses moyennes,
mais c’est un effet de proportions. Pour le confirmer, observons le rapport entre les vites-
ses incidente et débitante.
Rapport de la vitesse incidente sur la vitesse débitante
1,40

1,35

1,30

1,25

1,20

1,15

1,10

1,05

1,00
0 5 10 15 20 25 30 35
Vitesse débitante (m/s)

Figure 4-13 – Rapport de la vitesse incidente sur la vitesse débitante

Cette figure montre que le rapport des vitesses incidente sur débitante diminue et tend
vers un lorsqu’on augmente le débit. Cela est conforme aux connaissances classiques sur
les profils de vitesse en conduite : à fort nombre de Reynolds, le profil s’aplatit et atteint
une valeur proche de la vitesse débitante.

Nous savons maintenant mesurer la vitesse incidente U0 devant les sondes, déduite de la
vitesse débitante Ud, mesurée par les pressions et températures en amont de la tuyère
sonique (indice 1) et dans la veine d’essai (indice v):

U0 = 0,000053 Ud3 – 0,0077 Ud² + 1,20Ud + 0,20


p1Tv
avec U d = 0,0537
pv T1

En outre, ces mesures dans le plan horizontal médian de la veine nous donnent deux
composantes de la vitesse turbulente : u’ selon x (sens de l’écoulement) et v’ selon y. Se-
lon z, nous supposons que w’ = v’ pour calculer la vitesse turbulente moyenne
σ = (u’²+v’²+w’²)1/2 et à titre indicatif l’énergie cinétique turbulente k = ½ (u’²+v’²+w’²).

U0 u' v' sigma k


2,2 0,35 0,25 0,50 0,12
9,6 1 0,6 1,31 0,86
17,4 1,1 0,6 1,39 0,97
18 1,25 0,6 1,51 1,14
28 2,1 1,2 2,70 3,65
34 3,4 2,5 4,91 12,03
Figure 4-14: Vitesse turbulente moyenne mesurée par PIV

79
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Ces valeurs sont utiles pour estimer les collisions entre particules et pour fixer des
conditions aux limites dans notre modèle numérique.

4.4.2 Le circuit de poudre


L’originalité de ce montage réside dans sa capacité à générer et échantillonner des rafa-
les de mélange concentré de poudre et d’air. Détaillons les organes impliqués.

[Link] Injecteur de particules


Les injecteurs de particules de laboratoire couramment disponibles présentent des débits
et concentrations insuffisants pour notre application (Witschger, 2000). Le Laboratoire
de Propulsion de l’ONERA dispose d’un injecteur de particules qui a été conçu à l’origine
dans le but de visualiser les écoulements en injectant une poudre fine peu concentrée
dans un écoulement de gaz à haute pression (jusqu’à 60 bar). Cette capacité de haute
pression est parfaitement adaptée à notre besoin car elle implique un fort débit massique
de gaz. Au lieu de l’utiliser pour ensemencer un écoulement à haute pression, nous
l’utilisons pour un écoulement à basse pression (<2 bar), ce qui permet de très forts dé-
bits volumiques. Des essais préliminaires ont montré que les performances de cet injec-
teur sont bien adaptées à notre besoin nominal: 133 m3/h et 0,1% de particules en vo-
lume.

Sortie du
mélange air +
poudre

Débit d’air
principal

Poudre
déposée avant
la rafale

Diffuseur d’air
pour brassage
de la poudre

Vanne de
brassage

Air entrant

Figure 4-15 – L’injecteur de particules

80
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Principe de fonctionnement : dans un pot cylindrique est introduit un volume de poudre.


Il y a deux entrées de gaz. La première donne le débit principal (au centre, en vert), la
seconde brasse la poudre par un système de petits jets répartis au fond du pot (en rouge).
En ouvrant la vanne manuelle dite de brassage, on augmente la concentration de poudre.
Le mélange final sort par l’échappement unique en forme d’entonnoir au sommet du pot.

Remarquons que le fort débit massique de gaz engendre une perte de charge importante.
Il faut entre 10 et 20 bar à l’entrée pour obtenir notre débit nominal en sortie, à pression
atmosphérique.

Sur la photo suivante, on peut remarquer qu'un ruban résistif chauffe le corps de l'injec-
teur pour limiter l'adhésion de la poudre aux parois et lui maintenir un faible taux d'hu-
midité. Sans cet artifice la poudre devient collante lorsque la température est basse dans
le laboratoire.

Figure 4-16 : Injecteur de particules

Remarquons également que la vanne asservie d'origine, pilotant le débit d'air de bras-
sage de la poudre, a été remplacée par une vanne manuelle plus petite donc plus précise
pour les débits modérés.

Nous espérions que le bilan de masse de poudre injecté pendant une rafale fournirait
une mesure de la concentration moyenne de poudre. Hélas, le régime transitoire initial
transporte une très forte concentration de poudre. Par la section transparente de la
veine d’essai, on observe un front initial de poudre très dense, qui fausse ce bilan par ex-
cès.

[Link] Cyclones de récupération


A l’extrémité aval de la veine d’essai, nous cherchons à collecter la poudre pour la réuti-
liser, et rejeter dans l’atmosphère de l’air propre.
L’efficacité d’un cyclone pour collecter des particules d’une taille donnée augmente lors-
que le diamètre du cyclone diminue. Ainsi, on a intérêt à utiliser un petit cyclone pour
retenir des petites particules. L’efficacité de collecte croît aussi avec la vitesse du fluide
entrant, mais jusqu’à une certaine limite. Si le débit à traiter est trop fort, il implique un
vitesse d’entrée trop grande, qui dégrade la performance. Alors il est utile de placer deux

81
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

ou plusieurs cyclones en parallèle, pour retenir les petites particules. Un gros cyclone ac-
cepterait le fort débit mais laisserait échapper les petites particules. Dans cette logique,
et en adéquation avec nos contraintes de fabrication, nous avons placé deux cyclones sy-
métriques en sortie de l’écoulement principal.

Fixation du
filtre textile

Cheminée de
sortie d’air

Entrée
tangentielle
de mélange

Réservoir
amovible de
récupération de
poudre

Figure 4-17 – Cyclone de récupération. coupe horizontale et vue de face. Diamètre du cylindre = 104 mm

Leur géométrie est celle du modèle à haute performance de Swift (Swift 1969, Koch 1977,
Schnelle 2001). Leurs dimensions sont ajustées aux sections de sortie de notre veine
d’essai : deux sections rectangulaires de 23 x 46 mm. Il en résulte un diamètre du corps
du cyclone de 104 mm.
Pour prévoir l’efficacité de ces cyclones, nous disposons de plusieurs modèles dans la lit-
térature citée ci-dessus. Mais ces modèles peuvent présenter de grandes différences dans
leurs prédictions car ils se limitent à des conditions particulières d’utilisation (taille de
cyclone, nature de la poudre, vitesse du mélange, etc.). Ainsi, selon les modèles les plus
optimistes (Schnelle 2001, Avci 2003), nous pouvons espérer un diamètre de coupure de 5
µm environ. C’est à dire que 50% des particules de 5 µm seront retenues par le cyclone.
Les plus grosses seront collectées encore plus efficacement. Par exemple, les particules
supérieures à 10 µm seront collectées à plus de 80%. Les plus fines s’échapperont vers le
filtre à poche en textile, fixé en sortie de chaque cyclone.

82
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Après chaque rafale, il faut vider les cyclones et les filtres des particules qui y sont pié-
gées. Elles peuvent être réutilisées, ce qui favorise la répétabilité des essais. Comparer la
masse de poudre collectée par chaque cyclone est une façon simple de contrôler la symé-
trie de l’écoulement. Mais comme nous l’avons vu à propos de l’injecteur, la masse totale
collectée ne donne pas une mesure fiable de la concentration au moment du prélèvement,
à cause de la très forte concentration durant le régime transitoire initial.

[Link] Sondes isocinétiques

Deux sondes en parallèle


Pour étudier l’effet de la vitesse d’aspiration sur l’efficacité d’échantillonnage, nous com-
parons les échantillons recueillis par deux sondes jumelles placées en parallèle, qui aspi-
rent avec des vitesses différentes. Ce principe a déjà été utilisé avec succès pour des aé-
rosols moins concentrés (Witschger 1997). Il permet de s’affranchir de tout autre moyen
de mesure de la granulométrie de l’écoulement principal.
La première sonde sert de référence. Nous réglons sa vitesse d’aspiration aussi proche
que possible de la vitesse locale de l’écoulement principal, pour la considérer comme par-
faitement isocinétique.

mini-cyclone 1
Sonde 1

Sonde 2
mini-cyclone 2

Figure 4-18 – Deux sondes jumelles en parallèle, avec chacune un cyclone miniature. Vue de dessus.

Les tubes utilisés sont en inox, de diamètre intérieur 8 mm, extérieur 9,5 mm. Cette
épaisseur confère rigidité et résistance pour le montage dans le module de prélèvement,
et pour la connexion au mini-cyclone. Le bord d’attaque de l’entrée de la sonde est bi-
seauté avec un angle de 10° jusqu’à une épaisseur 0,3 mm, qui assure une certaine résis-
tance aux éventuels chocs lors des démontages. Nous verrons plus loin que les résultats
expérimentaux s’avèrent très sensibles à cette épaisseur du bord d’attaque.
Pour réduire l’influence d’éventuels dépôts, nous avons évité toute inflexion des tubes et
minimisé la longueur des sondes : 250 mm. En pratique, le type de poudre que nous uti-
lisons (sphères creuses de 27µm) permet de négliger ces dépôts pour des vitesses
d’aspiration supérieures à 5 m/s. A la vitesse nominale de 18 m/s, le réentraînement tur-
bulent gomme les éventuels dépôts.

Un cyclone miniature pour chaque sonde


Nous étudions une poudre se comportant comme si elle était monomodale (voir plus loin
le choix des particules creuses). Donc la masse de poudre prélevée est la seule mesure
nécessaire pour estimer la concentration de poudre dans l’air (nous n’avons pas besoin de
mesure de granulométrie). La poudre aspirée par chaque sonde doit être séparée de l’air
porteur pour être ensuite pesée. Pour la séparation, les filtres classiques posent des pro-
blèmes pratiques : comment récupérer toute la poudre piégée, comment empêcher
l’encrassement? Les petits filtres jetables ne tolèrent pas des volumes de poudre aussi

83
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

importants que 4 cm3. Un tel volume nous est imposé par la forte concentration de
l’écoulement en poudre, sa grande vitesse, et un temps de prélèvement semblable à
l’expérience en gaz chauds que nous voulons simuler.

Nous avons donc opté pour un cyclone miniature à haut débit, inspiré directement des
expériences de Zhu (1999). Ce type de cyclone est capable de retenir des petites particu-
les jusqu’à 0,5 µm. Dans nos conditions d’utilisation, nous espérons collecter la totalité
des particules supérieures à 5µm. Comme notre poudre contient des microsphères de 5 à
100 µm (voir le détail plus loin), l’échantillon récupéré devrait être représentatif de
l’écoulement incident.
Parmi les modèles testés par Zhu, nous avons choisi la géométrie I-2, jugée la plus per-
formante par les essais. Sa forme ressemble beaucoup au modèle de Swift utilisé pour
l’écoulement principal, à cause du cône très allongé. La taille du cyclone a été ajustée
pour que sa section d’entrée corresponde à celle de la sonde (diamètre intérieur 8 mm).
On aboutit ainsi à un corps de cyclone de diamètre 2,51 cm.

Le mélange diphasique issu de la sonde pénètre par la petite fenêtre tangente au cylin-
dre (en haut à gauche sur le dessin). Il tourbillonne et dépose la poudre, qui s’écoule vers
le fond. L’air propre s’échappe vers le haut par la cheminée centrale, aspiré par le vérin
pneumatique. Nous plaçons un filtre de sécurité entre le cyclone et le vérin, au cas où de
la poudre s’échapperait accidentellement du cyclone. Après chaque prélèvement, on pèse
le pot collecteur de poudre (une boîte plastique de pellicule photo, légère et facile à déta-
cher) pour déterminer la concentration de l’échantillon prélevé.

Sortie air pur

Entrée
air + poudre

Boîte de
pellicule photo

Figure 4-19 – Cyclone miniature pour sonde

84
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Vérins pneumatiques
La technique d’aspiration que nous utilisons constitue la principale originalité de ce
montage. En effet, les vérins pneumatiques sont habituellement utilisés comme organes
moteurs d’une translation. Nous allons exploiter cette fonction classique pour un premier
vérin, qui sert à mettre en mouvement le piston d’un second vérin qui lui est accouplé en
parallèle. Ce second vérin est utilisé comme une seringue. Le mouvement de son piston
aspire ou refoule un volume d’air dans le cylindre. La vitesse du fluide est directement
liée à celle du piston. Contrairement aux pompes classiques, la vitesse d’aspiration peut
varier très rapidement, pour produire un « créneau » de débit bien net. Enfin, nos condi-
tions d’essai ne requièrent qu’un temps d’aspiration de quelques secondes, donc d’un vo-
lume limité. Deux litres sont suffisants pour nos essais nominaux (voir le tableau plus
haut). Huit litres permettraient d’approcher des conditions extrêmes de prélèvement.
Nous avons donc trouvé un vérin de 7,8 litres de contenance : diamètre = 100 mm, course
du piston = 1000 mm. Le vérin moteur qui lui est associé a la même longueur mais un
diamètre plus faible (63 mm) car les forces en jeu ne justifient pas un gros piston.

Automate accouplement des deux vérins


temporisateur

Sortie d’air libre

entrée
air + poudre
Distributeur
d’air

Filtre Sonde
Air
comprimé
du réseau
7 bar
mini cyclone

vanne de
réglage de la vérin
vérin
vitesse d’aspiration
moteur

Figure 4-20 - Système d’aspiration par vérins pneumatiques

Outre l’établissement rapide du débit, la solution du vérin comme organe d’aspiration


présente un avantage important : la mesure du débit de gaz peut se faire directement
par la vitesse de translation du piston (voir plus loin).

Enfin, la réversibilité de ce système permet une fonction pratique de bouchon: le vérin,


activé en sens inverse, souffle de l’air par la sonde pendant le début de la rafale. Ceci
évite toute pollution de la sonde avant le début programmé de sa phase d’aspiration.
Chaque essai commence donc par une phase de soufflage, puis d'aspiration, jusqu’à la fin
de la rafale. Ensuite on vide les deux cyclones des échantillons de poudre, et on remet les
deux paires de vérins en position de départ.

85
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Le réglage des vitesses d’aspiration et de refoulement se fait par des vannes manuelles à
pointeau, qui agissent sur le débit d’air à l’entrée et à la sortie du distributeur pneuma-
tique de chaque vérin moteur. Chaque sonde est donc équipée d’un couple vérin mo-
teur + vérin aspirant dont les réglages sont indépendants. Comme nous le verrons dans
le paragraphe sur la mesure des vitesses, le réglage précis de la vitesse d’aspiration des
sondes s’avère délicat à cause de la transition entre le soufflage et l’aspiration. Nous ver-
rons néanmoins en ANNEXE 2 une technique pour assurer une aspiration à vitesse
306H

constante, présentant une bonne répétabilité.

4.4.3 Mesure de la concentration de la poudre

[Link] Principe de la mesure de l’efficacité d’aspiration


La masse de poudre (mp) collectée par le mini-cyclone de chaque sonde est pesée après la
rafale. Nous repérons les positions de départ et d’arrivée du vérin aspirant pour mesurer
le volume d’air aspiré. Connaissant la masse volumique de l’air à pression ambiante,
nous en déduisons la masse d’air ma aspirée pendant le prélèvement. Nous calculons
alors le rapport massique de poudre :
Z = mp/ma.

L’efficacité de la sonde testée (T) par rapport à la sonde de référence (R) s’écrit donc :
A = ZT/ZR

Comme la valeur de la masse volumique de l’air se simplifie dans ce rapport, les sources
d’incertitude de mesure sur A sont la masse de poudre et la position des vérins. Le trajet
des vérins est mesuré avec une incertitude de 0,3%. Mais l’incertitude sur la masse de
poudre est fixée par la précision de la balance : 0,01g. pour éviter la dérive du tarage de
la balance, nous pesons le récipient plein puis le récipient vide. L’incertitude absolue est
donc de 0,02g. Alors l’incertitude relative dépend beaucoup de la masse totale recueillie.
Pour les fortes concentrations avec un long temps d’aspiration, elle peut atteindre 4g.
Alors l’incertitude relative est faible : 0,5%.
Mais pour les plus basses concentrations, la masse recueillie n’est que 0,05g, avec une
incertitude de 40% sur chacune des deux masses mesurées. Pour le calcul de l’efficacité
A, ces deux incertitudes se cumulent : 80% ! De plus, lorsque la masse recueillie est si
faible, l’influence des dépôts de poudre dans la sonde et dans le mini-cyclone n’est plus
négligeable, ce qui donne un caractère aléatoire aux résultats.
Nous voyons que ce montage est performant pour des écoulements fortement chargés en
poudre : au dessus de Z = 0,2 l’incertitude de mesure de l’efficacité devient inférieure à
5% grâce à une masse de poudre prélevée suffisante.

[Link] Contrôle du caractère monomodal de la poudre

Comparaison des échantillons captés par deux sondes à des vitesses différentes
Cette méthode de mesure des concentrations par simple pesée n’est valable que si la pou-
dre peut être considérée comme monomodale, c’est à dire que la taille des particules est
étroitement centrée sur une seule valeur. Dans le cas contraire, la sonde non isocinétique
sélectionnerait les petites ou les grosse particules. Il faudrait alors mesurer la granulo-
métrie de chaque échantillon et reconstituer par le calcul l’efficacité correspondant à
chaque taille. Pour éviter cette complexité opératoire et mesurer l’efficacité d’aspiration
par de simples pesées, nous devons vérifier que la poudre utilisée présente bien un com-

86
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

portement monomodal. Le critère principal est que les deux sondes recueillent la même
granulométrie malgré des vitesses d’aspiration différentes.

Pour cela nous utilisons un granulomètre par diffraction laser de marque Coulter (LS
Particle Size Analyser). Il suffit de verser une pincée de poudre dans un circuit d’eau ou
de solvant (acétone). Le mélange passe en boucle devant une cellule de mesure.
L’appareil fournit la répartition granulométrique de la poudre. En comparant les courbes
issues des deux sondes, on peut voir si certaines tailles de particules ont été privilégiées
par la sonde non isocinétique. Voici un exemple de résultat.

Granulométrie de la Surcinétique
1119P2volcum Isocinétique
1119M2volcum

poudre aspirée par


100 chaque sonde
90

80
d = 20 µm, Stokes = 1,2
70

60

50

40

30

20

10

0
1 10 100
diamètre particule (µm)

Figure 4-21 : Granulométrie des particules captées par un sonde isocinétique et une sonde super-isocinétique
(R=0,5)

Sur cet exemple de microbilles de verre creuses (Potters 7040, ρp=450kg/m3) la différence
est inférieure à l’incertitude de mesure de l’appareil. Donc la poudre peut être considérée
comme monomodale à 20µm, bien que 90% du volume de la poudre soit constitué de par-
ticules de diamètre s’échelonnant entre 10 et 40µm.

Avantage des particules creuses


Nous avons choisi des particules creuses pour satisfaire la similitude avec le montage
russe du KeRC. Il faut en effet des particules ayant une masse volumique proche de 478
kg/m3 pour assurer la similitude tant en concentration volumique qu’en concentration
massique. Mais ce choix présente un autre avantage : la tendance au comportement mo-
nomodal. En effet, le comportement des particules à l’entrée de la sonde est lié à leur
temps de réponse visqueuse :
ρ p d p2
τv =
18μ f
Pour des particules pleines, la masse volumique ρp est fixée donc ce temps de réponse
augmente avec le carré du diamètre. Cela différencie nettement les trajectoires de parti-
cules qui ont des tailles différentes.

87
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

En revanche, pour les particules creuses, si l’épaisseur de la paroi reste constante, alors
la masse volumique diminue lorsque la taille augmente. Cette hypothèse est fort proba-
ble pour un même lot de particules si nous supposons que les conditions de température
et les phénomènes liés à la tension superficielle gouvernent le processus de fabrication
des microbilles de verre creuses, qui sont des bulles de verre solidifiées.

D1

D2

Figure 4-22 : Deux bulles de même épaisseur de paroi

Par calcul analytique, nous pouvons exprimer la variation du temps de réponse d’une
particule creuse à épaisseur fixe en fonction de son diamètre extérieur. Pour cela, pre-
nons l’exemple des microbilles de verre creuses 3M S60HS, de diamètre nominal 29µm et
de masse volumique affichée 600 kg/m3. A partir de la masse volumique du verre (2525
kg/m3) nous calculons l’épaisseur de la paroi : e = 1,25 µm. En conservant la même épais-
seur, nous calculons qu’une particule de diamètre 10µm aurait une masse volumique de
1463 kg/m3. Cette augmentation de ρp compense partiellement la baisse de d dans le cal-
cul du temps de réponse. Ainsi, nous obtenons une expression systématique de la varia-
tion du temps de réponse en fonction du rayon r de la particule, pour l’épaisseur e = 1,25
µm fixée, relativement au temps de réponse de la particule nominale r0 = 29µm et
ρp0 = 600 kg/m3:
τp ⎡ ⎛ e ⎞3 ⎤
= 2.10 r ⎢1 − ⎜1 − ⎟ ⎥
10 2

τ p0 ⎢⎣ ⎝ r ⎠ ⎥⎦
Traçons cette équation pour la comparer au cas des particules pleines, dont la masse vo-
lumique est fixée.

88
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Evolution du temps de réponse des particules creuses à épaisseur fixe en verre (2525kg/m3)

100,00

Facteur de temps de réponse, particules creuses à épaisseur fixe


Facteur de temps de réponse, particules à masse volumique fixe
Facteur multiplicatif du temps de réponse

y=x
10,00

1,00

0,10

0,01
0,1 1 10

Taille relative à la référence: r = 14,5 µm (e = 1,254 µm, ρ = 600 kg/m3)

Figure 4-23 : Variation du temps de réponse visqueuse des particules creuses à épaisseur fixe en fonction de leur
rayon

Nous pouvons constater que le temps de réponse varie beaucoup moins vite pour les par-
ticules creuses (épaisseur fixe) que pour les pleines (masse volumique fixe). Dans le do-
maine des grandes tailles, l’évolution est pratiquement proportionnelle à d au lieu de d².
C’est pourquoi, lorsqu’on utilise des particules creuses, la dispersion des tailles autour de
la valeur nominale a moins d’impact sur le comportement dynamique de l’échantillon
global. Elles se comportent comme si leur granulométrie était plus resserrée.

Choix de la poudre
Les particules creuses n’ont hélas pas que des avantages : elles peuvent se casser. Nous
avons été confrontés à ce problème pour les particules Potters 7040, microbilles de verre
creuses assez légères (450kg/m3). Dès les premières rafales dans notre soufflerie, les plus
grosses billes (>40µm) se brisent et forment des débris. Il est alors difficile d’estimer le
temps de réponse moyen du mélange qui en résulte. Nous avons donc renoncé à ce pro-
duit, dont la masse volumique est la plus proche de notre besoin (478 kg/m3). De même,
nous espérions obtenir des nombres de Stokes bas avec le modèle Potters 7014
(ρ=140kg/m3) mais le risque de casse est encore accru par la faible épaisseur des parois.

Les fournisseurs de particules creuses donnent un indice de résistance issu de la mesure


suivante : dans un cylindre rempli de poudre, on exerce une certaine pression avec un
piston, jusqu’à obtenir un tassement standard qui signifie qu’une partie des billes se sont
brisées. Le modèle Potters 7040 affiche à ce test 2000 PSI. Le modèle 3M S60HS affiche
18000 PSI, pour une masse volumique de 600 kg/m3 seulement. C’est pourquoi nous
l’avons choisie pour tous les essais présentés ci-après. Sa répartition granulométrique
s’étend de 8 à 55µm, avec 80% du volume entre 15 et 42 µm, un diamètre moyen volumi-
que de 29µm. Après plusieurs dizaines de rafales, ce diamètre moyen ne baisse que de
2µm, c’est pourquoi nous considérons que la rupture des plus grosses particules est en-
core négligeable. Nous gardons d=27µm comme valeur nominale pour calculer le nombre
de Stokes de chaque essai. Après 100 à 130 rafales, les débris apparaissent en nombre

89
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

non négligeable et modifient l’écoulement de la poudre dans les manipulations. Le dia-


mètre moyen est à 25µm. A ce stade de détérioration, nous changeons la poudre.

Granulométrie de la poudre 3M S60Hs

100

fraction volumique (%)


90

80
Fraction volumique cumulée (%)

70

60

50

40

30

20

10

0
1 10 100
diamètre des particules (µm)

Figure 4-24 : Granulométrie de la poudre 3M S60HS. Diamètre volumique moyen d34=27µm. Mesure par diffrac-
tion laser Coulter Multisizer.

Ces microbilles (1,1 euro/kg) sont habituellement vendues dans l’industrie plastique pour
alléger les résines, ou dans la fabrication des explosifs, pour temporiser l’onde de choc.

Dans un premier temps, nous avons limité notre étude à un seul type de poudre, en va-
riant le nombre de Stokes par la vitesse de l’écoulement. Cela restreint la gamme du
nombre de Stokes à des valeurs assez hautes (1,5 à 5), caractéristiques de particules à
forte inertie qui suivent mal les lignes de courant de l’air. Notre restriction technique
principale est le problème de la sélection des particules par les mini-cyclones. Nous
avons constaté qu’ils ne retiennent pas parfaitement les particules lorsqu’elles sont trop
lentes ou trop petites. Une partie d’entre elles n’est donc pas pesée, et surtout elles vont
boucher le filtre protecteur du vérin aspirant. Pour aborder les nombres de Stokes infé-
rieurs, il faudrait ajouter un second cyclone plus petit en série, ou un filtre collecteur.
Nonobstant, l'étude des particules à forte inertie est beaucoup plus intéressante que celle
des fines puisque théoriquement, les fines présentent en prélèvement anisocinétique des
erreurs d'échantillonnage très faibles (voir Figure 3-2). 307H

Mesure en ligne de la granulométrie par diffraction laser


La mesure de granulométrie après collecte nous donne un aperçu cumulatif des phéno-
mènes de prélèvement. Mais il peut être intéressant de suivre la granulométrie de
l’écoulement dans le temps, pour vérifier sa stabilité. Nous disposons pour cela d’un gra-
nulomètre en ligne par diffraction laser : Malvern Insitec. L’émetteur laser et le récep-
teur se placent de part et d’autre de la veine transparente.

A la fréquence d’acquisition de 10 Hz, nous pouvons suivre les variations de l’intensité


lumineuse transmise, qui témoigne de la concentration en particules. Ainsi nous avons
pu confirmer le constat visuel de la bouffée initiale de particules : un front de poudre très
concentré au début de chaque rafale.

90
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

A chaque instant de la rafale nous pouvons extraire la granulométrie mesurée. Mais


cette mesure est perturbée par les dépôts de poudre sur les parois. Il semble que les plus
petites particules (centrées sur 7 µm) s’y fixent et faussent la mesure moyenne. La répar-
tition granulométrique obtenue n’est donc pas représentative de l’écoulement, d’autant
qu’elle varie avec le taux de dépôts sur les parois.

Cette expérience est néanmoins intéressante car elle peut servir d’approche préliminaire
à une nouvelle campagne de mesure avec des mélanges de poudres aux granulométries
multimodales. Nous savons maintenant que les dépôts sur les parois sont un obstacle
technique à surmonter.

Pour les fortes concentrations (Z > 0,2), le signal laser n’arrive pas à traverser la veine de
46 mm. Mais il est envisageable de mesurer de fortes concentrations à la sortie des son-
des de prélèvement, qui sont beaucoup plus fines. Ce serait une utilisation intéressante
du montage : tester les instruments optiques de granulométrie dans les écoulements
denses grâce au prélèvement isocinétique.

Nous présentons à titre indicatif en ANNEXE 2 une technique de sélection de la poudre


308H

par mini-cyclones en cascade.

4.5 Traitement des données et outils d’analyse physique


Les caractéristiques de certains organes sont détaillées en ANNEXE 2, ainsi que les
309H 1H

techniques de réglage, les instruments de mesure et la procédure type pour mesurer l'ef-
ficacité d'aspiration de la sonde non-isocinétique. Nous présentons ici des notions utiles
pour interpréter les résultats.

4.5.1 Traitements des données

[Link] Correction de la sonde de référence par la corrélation de Belyaev et Levin


Notre unique moyen de connaître la concentration de particules dans la veine d’essai est
la sonde de référence supposée parfaitement isocinétique. Le réglage de la vitesse
d’aspiration par un vérin pneumatique est délicat mais présente une bonne répétabilité
(écart type de 0,4% sur des dizaines d’essais durant plusieurs jours). En revanche, le dé-
tendeur qui règle le débit d’air de la veine principale est moins régulier. Nous arrivons
néanmoins à un écart type de 1,5% grâce à certaines précautions : à chaque session de
mesure, il faut régler le détendeur en régime permanent puis effectuer toutes les rafales
successivement à intervalle le plus court possible.

Malgré cela, il est difficile d’obtenir une vitesse de veine U0 parfaitement égale à la vi-
tesse d’aspiration de la sonde isocinétique de référence U1. La sonde de référence est
donc rarement parfaitement isocinétique (écart type de 2%). Nous corrigeons cela par la
corrélation de Belyaev et Levin (notée BeL, décrite au CHAPITRE 3 ) :
310H

C0/C1 = ABeL,1 = f(U0/U1,Stk)

A partir du rapport d’isocinétisme, nous pouvons ainsi estimer l’efficacité. Comme le non
isocinétisme est très faible, nous supposons que la corrélation de BeL est une bonne es-
timation de l’erreur d’échantillonnage, malgré la forte concentration.

Alors, à partir de la concentration C mesurée par la sonde testée, nous calculons


l’efficacité d’aspiration :
A = C / C0 = (C/C1).(C1/C0)

91
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

A = C / ([Link],1)

[Link] Coefficient d’étalonnage


L’étalonnage du montage consiste à vérifier que lorsqu’elles aspirent à la même vitesse,
les deux sondes placée côte à côte mesurent la même concentration, quelles que soient la
vitesse incidente et la concentration des particules. En pratique, nous avons pu le véri-
fier avec une marge de 4% d’erreur sur la concentration.

Pour les mesures présentées ici, le bord d’attaque de la sonde de référence est épais de
0,34 mm, contre 0,17 mm pour la sonde testée. Cette différence est probablement surve-
nue lors du réusinage de la sonde de référence, suite à une détérioration par choc au
cours d’un démontage. Nous pensons que cet écart est à l’origine de l’incertitude consta-
tée lors de l’étalonnage. Pour des études futures, une attention particulière devra être
portée à la réalisation des bords d'attaque.
Globalement, retenons que la sonde de référence mesure une concentration de 4% supé-
rieure à la sonde testée. C’est pourquoi nous appliquons un coefficient correcteur à toutes
nos mesures pour en tenir compte : 1,04.

[Link] Ecart relatif à la corrélation de Belyaev et Levin


Dans ce qui suit, nous procédons à une étude paramétrique sur le nombre de Stokes et le
rapport d’isocinétisme U0/U.

Les variations de grande amplitude dues à ces facteurs sont déjà bien décrites en écou-
lement dilué par la corrélation de Belyaev et Levin. Nous recherchons ici les nuances in-
troduites par la forte concentration en particules. C'est pourquoi nous allons étudier les
écarts relatifs entre nos mesures et cette corrélation. Nous utiliserons donc des efficaci-
tés d’aspiration normalisées par la corrélation BeL (APIC / ABeL - 1).

4.5.2 Analyse théorique préliminaire des facteurs de couplage


Avant d’analyser les mesures, nous proposons de tracer pour chaque configuration les
variations en fonction du rapport massique Z de deux facteurs de couplage que nous
avons décrits dans le CHAPITRE 3 : le paramètre de couplage réciproque P et le taux
31H

de réponse visqueuse entre deux collisions T. Nous espérons ainsi guider l’interprétation
des différences entre les configurations.
Le facteur de réduction de traînée par sillage (f ) ne dépend que de la concentration donc
il ne présente pas de différences entre les configurations.

[Link] Gamme de variation du paramètre de couplage réciproque


Rappelons l’expression théorique de P, rapport du transfert de quantité de mouvement
des particules vers le fluide sur le flux de quantité de mouvement propre au fluide.
Z ⎛⎜ u p ⎞⎟
P= 1−
Stk ⎜⎝ u f ⎟⎠
Pour voir les variations de P en fonction de Z, nous fixons différents couples de Stk et
up/uf, qui correspondent à nos configurations expérimentales.

92
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Paramètre de couplage réciproque. Comparaison des configurations PIC

0,7 P = couplage réciproque (2-way) U0/U=0,5, Stk=0,77


P = couplage réciproque (2-way) U0/U=1,97, Stk=1,66
0,6 P = couplage réciproque (2-way) U0/U=0,5, Stk=1,47
P = couplage réciproque (2-way) U0/U=2, Stk=2,97
0,5 P = couplage réciproque (2-way) U0/U=0,5, Stk=2,97
P = couplage réciproque (2-way) U0/U=1,92, Stk=5,9
0,4 régime nominal
Paramètre de couplage réciproque P

0,3

0,2

0,1

0,0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
-0,1

-0,2

-0,3

-0,4

-0,5

-0,6

-0,7
Rapport massique Z = mp/mf

Figure 4-25 : Paramètre de couplage réciproque pour les différentes configurations expérimentales

Remarquons tout d’abord que certaines droites (de même couleur) sont symétriques
entre elles par rapport à l’axe horizontal : (0,5 – 1,47) avec (2 - 2,97) d’une part, et (0,5 -
2,96) avec (1,92 – 5,9) d’autre part. La formule ci-dessus du paramètre de couplage
réciproque montre en effet que si l’on fait passer le rapport de vitesse de ½ à 2 tout en
doublant le nombre de Stokes, le résultat est opposé.

Notons qu’entre les deux configurations extrêmes (0,5 – 2,97) et (0,5 – 0,77), la valeur
absolue de P est presque multipliée par 4. L'importance du couplage dans ces diverses
configurations est donc très variable et orientera notre façon d’interpréter les résultats
des mesures.

Le signe du paramètre de couplage a des conséquences importantes : lorsqu’il est positif,


les particules reçoivent de la quantité de mouvement lors de l’accélération du fluide à
l’entrée de la sonde. Cette accélération s’en trouve par conséquent retardée, décalée vers
l’aval. Lorsque P est négatif, le fluide est retardé dans sa décélération car il reçoit une
quantité de mouvement des particules. Cette décélération est alors décalée vers l’aval.

Pour un rapport massique donné, ce retard est d’autant plus court que les particules sont
petites, car leur temps de réponse est plus bref. De plus, une masse donnée de particules
présente beaucoup plus de surface au fluide lorsqu’elle est composée de petites particu-
les. L’interaction visqueuse est donc plus importante. Par conséquent, la quantité de
mouvement transférée entre les deux phases est plus importante.

Globalement, ce graphe montre que nos expériences impliquent des paramètres de cou-
plage réciproque allant de -60% à +60%. On peut donc prévoir des comportements très
diversifiés.

93
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

[Link] Gamme de variation du taux de réponse visqueuse entre deux collisions


Rappelons l’expression établie au CHAPITRE 3 de T, le rapport de la vitesse de la par-
312H

ticule juste avant la prochaine collision sur la vitesse du fluide, pour un écoulement
comportant une seule taille de particules :
1

τv
up τc
T= =1− e
uf
τv 4 ρf
= vr d p Z
τc 3 π µf

8 Stk t
vr = σ .
π (1 + Stk t )2
Le nombre de Stokes turbulent de la particule est défini par rapport au temps caractéris-
tique de la turbulence :
τ ρ p d p2 l
Stk t = v avec τ v = et τ t = 3
τt 18μ f σ
où l est la longueur caractéristique de la turbulence. Dans nos exemples, nous l’estimons
par rapport au côté de la conduite y : l = y/10 = 0,05m.

Puisque dans nos expériences la taille des particules dp est fixée à 27µm, alors le taux de
réponse visqueuse entre deux collisions T ne varie qu’avec la vitesse relative des particu-
les vr . Comme nous l’avons vu au CHAPITRE 3 , avec Stkt = 0,198, on a :
31H

vr = 0,59 σ

Nous avons mesuré par vélocimétrie par images de particules (P.I.V.) les vitesses turbu-
lentes dans la veine d’essai à diverses vitesses débitantes. Bien que ces valeurs soient
obtenues avec de l’air chargé en fines gouttelettes de traceur liquide (EDHS 1 µm), elles
indiquent l’ordre de grandeur de la turbulence en présence de poudre. Les mesures dans
le plan horizontal médian de la veine nous donnent deux composantes de la vitesse tur-
bulente : u’ selon x (sens de l’écoulement) et v’ selon y. Selon z, nous supposons que
w’ = v’ pour calculer la vitesse turbulente moyenne σ = (u’²+v’²+w’²)1/2 et à titre indicatif
l’énergie cinétique turbulente k = ½ (u’²+v’²+w’²).

U0 u' v' sigma Sigma/U0 k vr (Stkt=0,2)


2,2 0,35 0,25 0,50 23% 0,12 0,29
9,6 1 0,6 1,31 14% 0,86 0,77
17,4 1,1 0,6 1,39 8% 0,97 0,82
18 1,25 0,6 1,51 8% 1,14 0,89
28 2,1 1,2 2,70 10% 3,65 1,59
34 3,4 2,5 4,91 14% 12,03 2,89
Figure 4-26: Vitesse turbulente moyenne mesurée par PIV

Alors, pour chaque configuration expérimentale (vitesse incidente U0 fixée) nous déter-
minons la vitesse relative des particules due à la turbulence (par interpolation si néces-
saire). Traçons l’évolution du taux de réponse visqueuse entre deux collisions qui en dé-
coule.

94
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Taux de réponse visqueuse entre deux collisions. Comparaison des configurations PIC

1,0

0,9
T = Taux de réponse visqueuse entre deux collisions

0,8

0,7

0,6

0,5

0,4

0,3
T collisions (vr=0,47m/s) U0=5m/s
Tcollisions (vr=0,77m/s) U0=10m/s
0,2
T collisions (vr=0,89m/s) U0=18m/s
T collisions (vr=2,90m/s) U0=36m/s
0,1
régime nominal

0,0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
Rapport massique Z = mp/mf

Figure 4-27 : Taux de réponse visqueuse entre deux collisions pour diverses configurations expérimentales

Pour les deux configurations principales (10 et 18 m/s) l’écart d’influence des collisions
est inférieur à 5% sur toute la gamme de concentration. Donc les collisions ne seront pas
un facteur déterminant des différences de comportement du mélange diphasique. Rete-
nons qu’au rapport massique nominal Z = 0,47, T = 86% environ.

A ce même rapport massique, l’écoulement le plus rapide (36 m/s) réduit beaucoup la pé-
riode de collision et engendre donc une valeur très basse de T = 43%. Les collisions étouf-
fent ici considérablement les interactions entre les particules et le fluide.

Enfin, pour l’écoulement le plus lent (5 m/s), l’influence des collisions est modeste sur
toute la gamme de Z, mais arrive quand même à T = 80% pour le rapport massique maxi-
mal.

4.6 Interprétation des résultats expérimentaux du banc PIC


Les mesures sont regroupées par configurations expérimentales, où tous les paramètres
sont identiques sauf le rapport massique de particules. Dans chaque configuration nous
analyserons l’effet du rapport massique Z sur l’efficacité d’aspiration A. Chaque configu-
ration présente une combinaison particulière du couple (rapport d’isocinétisme U0/U ;
nombre de Stokes).

4.6.1 Prélèvement super-isocinétique


Un schéma en coupe axisymétrique nous aidera à visualiser l’aspiration des particules.
Les plus petites, qui ont un faible nombre de Stokes (< 0,05) suivent très bien les lignes
de courant du fluide. Les plus grosses, Stk > 10 ont des trajectoires insensibles au fluide.
Nous représentons ici la trajectoire d’une particule intermédiaire, qui subit partielle-
ment l’influence du fluide (par exemple Stk = 0,5).

95
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Trajectoire d’une particule

Paroi de la sonde

Ligne de courant

Axe de la sonde

Figure 4-28 : Sous-échantillonnage des particules en prélèvement super-isocinétique

A cause de son inertie, la particule n’arrive pas à suivre la forte courbure de la ligne de
courant qui converge vers l’intérieur de la sonde. La concentration dans la sonde est donc
inférieure à la celle de l’écoulement incident.

[Link] Prélèvement super-isocinétique U0/U = 18/36 = 0,5 ; Stk = 2,96


A la vitesse nominale U0 = 18 m/s, aspirons le mélange à 36 m/s et faisons varier le rap-
port massique de poudre autour de la valeur nominale Z = 0,47.

Effet du rapport massique sur l'efficacité d'aspiration. U0/U = 18/36 = 0,5 - Stk = 2,9
0,66

0,64
C / C1 PIC
C / C1 BeL
Efficacité d'Aspiration A = C / C1

Linéaire (C / C1 PIC)
0,62

0,60

0,58

y = -0,06x + 0,61
R2 = 0,31
0,56

0,54
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
Rapport massique Z = mp/ma

Figure 4-29: Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 0,5 - Stk = 2,96

96
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Toutes les mesures sont supérieures aux prévisions de BeL de 4 à 12%. Pour interpréter
cet excès, l’étude numérique que nous avons menée en parallèle révèle toute son utilité
(voir chapitre numérique). Elle montre en effet que le principal facteur de différence en-
tre notre configuration et celle de BeL réside dans le rebond des particules sur le bord
d’attaque de la sonde. En prélèvement super-isocinétique, les particules issues du rebond
sont aspirées vers l’intérieur de la sonde, augmentant le débit prélevé d’une valeur pro-
portionnelle à la section du bord d’attaque (équivalente à 13% de la section intérieure de
la sonde). En revanche, les particules ayant rebondi sur le bord d’attaque de la sonde iso-
cinétique de référence peuvent se répartir à l’extérieur comme à l’intérieur de la sonde.
La différence d’effet de rebond entre cette sonde isocinétique et l’autre est mesurée par
notre montage.

Mais nous remarquons aussi que ce phénomène décroît avec l'augmentation de la densité
de l’écoulement. Notre modèle numérique ne permet pas d’interpréter cela car il ne
prend pas en compte les collisions entre particules ni le sillage entre particules (4-way
coupling). Or ces effets ne sont pas négligeables, aux concentrations mises en jeu dans
notre expérience. Nous le voyons sur le graphe des estimations théoriques des facteurs
de couplage.

Taux de réponse visqueuse entre deux collisions (4-way) dp=27µm et vr=0,89


Effet du rapport massique
sur les facteurs de couplage Facteur de réduction de trainée par sillage (4-way)
U0/U=18/36 P = couplage réciproque (2-way) U0/U=0,5, Stk=2,97
régime nominal

1,0

0,9

0,8

0,7
Facteurs de couplage

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

0,0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
Rapport massique Z = mp/mf

Figure 4-30 : Facteurs de couplage en fonction du rapport massique. U0/U = 0,5 - Stk = 2.96

Dans la gamme de mesure (0,2 < Z < 0,67) l’efficacité mesurée subit une variation rela-
tive de 0,576 / 0,604 - 1 = -5%.
Les paramètres de couplage tracés ici sont déjà des rapports comparant les effets relatifs
de différentes forces. Il est donc plus pertinent de comparer leurs variations absolues.
Ainsi, dans le même intervalle :

- f varie de 0,42 - 0,52 = -0,1, donc l’effet de sillage réduit de 10% la traînée visqueuse.

- T varie de 0,72 - 0,99 = -0,27 donc l’action du fluide sur les particules est davantage in-
hibée par les collisions. C’est la variation la plus importante (-27%).

97
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

- P varie de 0,12 - 0,04 = +0,08 donc les particules retardent l’accélération du fluide à
l’entrée de la sonde de façon moins négligeable : elles arrachent +8% de quantité de
mouvement au fluide pour leur propre accélération.

A partir de ces estimations théoriques, nous proposons trois hypothèses qui se cumulent
pour expliquer la baisse progressive de l’efficacité d’aspiration lorsque la concentration
augmente.

H1- Les variations cumulées de f et de T vont dans le sens d’une diminution importante
de l’influence du fluide sur les particules. La première conséquence logique est une dé-
gradation progressive de la capacité des particules à suivre la convergence des lignes de
courant vers l’intérieur de la sonde. L’efficacité s’en trouve progressivement diminuée.

H2- De plus, nous pouvons supposer que les particules ayant rebondi sur le bord
d’attaque subissent une déviation de moins en moins prononcée vers l’intérieur de la
sonde. L’action des lignes de courant convergentes est partiellement inhibée par les colli-
sions entre particules. Comme cette inhibition augmente avec la vitesse relative des par-
ticules, elle est considérablement amplifiée dans la zone du rebond, où les vitesses rela-
tives entre particules incidentes et particules ayant rebondi sont extrêmes (> 18m/s)
donc engendrent des collisions très fréquentes. Il en résulte une réduction progressive
des effets enrichissants du rebond à mesure qu’augmente la densité de l’écoulement.

H3- L’augmentation du couplage réciproque avec la concentration peut également contri-


buer à la baisse progressive de l’efficacité. En effet, ce couplage retarde l’accélération du
fluide à l’entrée de la sonde : pendant leur phase d’accélération, les particules retiennent
le fluide. Ainsi, par conservation du débit dans le tube de courant incompressible qui en-
tre dans la sonde, on peut supposer que les lignes de courant commencent leur conver-
gence plus en aval. La courbure est donc plus forte, et les particules la suivent moins fa-
cilement. D’où une diminution progressive d’efficacité d’aspiration des particules.

S0.U0

Paroi de la sonde

S2.U2
Axe de la sonde

Figure 4-31 : Le couplage réciproque (ligne pleine) retarde la convergence des lignes de courant donc nuit à l'as-
piration des particules

Mais ce phénomène ne peut se produire que si l’interaction avec les particules est assez
rapide pour se situer dans la zone de gradient de vitesse du fluide, juste en amont de
l’entrée de la sonde. Généralement, l’étendue axiale de cette zone est de l'ordre de gran-
deur du diamètre de la sonde (8 mm). On peut le constater sur les simulations numéri-
ques. Les lignes de courant commencent donc leur inflexion approximativement 8 mm en

98
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

amont de la sonde. A la vitesse moyenne de (U0+U)/2 = 13,5 m/s, leur décélération dure
donc 0,6 ms environ.
Le délai d’interaction avec les particules peut être estimé par le temps de réponse vis-
queuse des particules :
ρ p d p2
τv =
18μ f
Dans notre cas τv = 1,32 ms. C’est plus du double du temps nécessaire pour traverser la
zone de gradient de vitesse fluide. Donc l’effet de couplage réciproque sur la courbure des
lignes de courant n’est que très partiel dans ce cas.

[Link] Prélèvement super-isocinétique U0/U = 9/18 = 0,5, Stk = 1,47


Par rapport au cas précédent, toutes les vitesses sont divisées par deux (U0 = 9 m/s,
U = 18 m/s) pour réduire le nombre de Stokes des particules incidentes (1,47).

Effet du rapport massique sur l'efficacité d'Aspiration. U0/U= 9/18= 0,5 - Stk = 1,47

0,68

0,66
C / C1 PIC

0,64 C / C1 BeL
Efficacité d'Aspiration A = C / C1

0,62

0,60

0,58

0,56

0,54

0,52

0,50
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
Rapport massique Z = mp/ma

Figure 4-32 : Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 0,5 - Stk = 1,47

Superposons les deux séries de résultats pour une meilleure comparaison. Pour gommer
les petites variations des paramètres expérimentaux, nous représentons non pas
l’efficacité d’aspiration mesurée APIC, mais son écart relatif à la prévision de Belyaev et
Levin ABeL : Arel(%) = APIC / ABeL - 1. C’est une normalisation qui permet de comparer en-
tre eux des groupes de points issus de configurations différentes.

99
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Prélèvement super-isocinétique: U0/U = 0,5


Comparaison de deux valeurs du nombre de Stokes
15%

10%
Efficacité d'aspiration normalisée par BeL

5%

0%

-5%

PIC / BeL -1 (Stk=1,47, R=0,5)


-10%
PIC / BeL -1 (Stk=2,96, R=0,5)

-15%
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
Rapport massique Z = mp / ma

Figure 4-33: Prélèvement super-isocinétique, effet du nombre de Stokes sur l'efficacité d'aspiration

Dans la gamme commune de Z, les deux nuages de points se superposent de manière sa-
tisfaisante par rapport aux incertitudes de mesure. Le changement d'inertie des particu-
les n'a donc pas d'effet important sur l’efficacité d’aspiration, du moins dans cette gamme
de variation de Stk et de Z. Néanmoins, la pente du nuage de points entre Z = 0,25 et
Z = 0,9 semble plus accentuée dans la configuration présente (carrés rouges) que dans le
cas précédent (ronds bleus). La variation des facteurs théoriques de couplage diphasique
nous fournit une hypothèse pour l’expliquer :

T collisions (vr=0,77m/s) U0=9m/s


Effet du rapport massique sur les facteurs de couplage
U0/U=9/18 Facteur de réduction de trainée par sillage (4-way)
P = couplage réciproque (2-way) U0/U=0,5, Stk=1,47
1,0

0,9

0,8

0,7
Facteurs de couplage

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

0,0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
Rapport massique Z = mp/mf

Figure 4-34 : Facteurs de couplage en fonction du rapport massique.U0/U = 0,5 - Stk = 1,47

100
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Le paramètre de couplage réciproque P présente une augmentation plus rapide qu’au cas
précédent car les particules ont un temps de réponse inférieur. Cela amplifie le retard de
la convergence des lignes de courant expliqué plus haut. L’efficacité baisse donc davan-
tage avec la concentration.

Examinons maintenant les zones extrêmes de Z. Pour les rapports massiques les plus
hauts (Z = 0,9), l’efficacité continue de baisser pour finalement égaler (à ±2% près) la pré-
vision de BeL (appliquée aux écoulements très dilués). C’est un fait remarquable qui
étend le champ d’application de cette corrélation analytique simple aux très hautes
concentrations. Mais gardons à l’esprit que notre mesure concerne une sonde à bord
d’attaque épais (0,17 à 0,34 mm). La compensation du rebond par les effets de collisions
est donc un phénomène propre à cette configuration, qu’il ne faudrait pas généraliser
abusivement.

Dans la gamme 0,05 < Z < 0,3 l’efficacité normalisée semble augmenter de 0 à 12%. Dans
cette même gamme de Z, f varie de -0,18, T varie de -0,04 et P de +0,08. Toutes ces varia-
tions vont dans le sens d’une réduction de l’efficacité, ce qui est le contraire de la ten-
dance observée. Nous supposons donc que les fortes incertitudes de mesure ont produit
ces résultats de façon aléatoire, et sans cause physique répétable. Ces incertitudes sont
liées à la faible masse de poudre collectée pour de si faibles concentrations. La technique
d’aspiration par vérin et la réserve de poudre de l’injecteur ne nous permettent pas un
temps de prélèvement suffisant pour obtenir une masse de poudre adéquate.

[Link] Prélèvement faiblement super-isocinétique U0/U = 0,9, Stk = 2,93


Pour avoir de grandes variations, susceptibles de dépasser les incertitudes de mesure,
nous avons généralement mis en œuvre des vitesses d’aspiration très différentes de la vi-
tesse incidente. Voici néanmoins un point de fonctionnement plus nuancé : l’aspiration se
fait à une vitesse supérieure de 10% seulement.

Effet du rapport massique sur l'efficacité d'aspiration. U0/U = 0,9 - Stk = 2,93

1,05
Efficacité d'Aspiration A = C / C1

1,00
C/C1 PIC

C/C1 BeL

0,95

y = -0,09x + 0,98
R2 = 0,39

0,90

0,85
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
Rapport massique Z = mp/ma

Figure 4-35 : Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 0,9 - Stk = 2,93

101
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Ici encore, le rebond des particules sur le bord d’attaque augmente l’efficacité, mais lors-
que la concentration augmente, les couplages diphasiques réduisent progressivement cet
excès d'efficacité. Les tendances évoquées plus haut sont donc confirmées à une échelle
inférieure. Nous pouvons le vérifier en superposant deux cas similaires en nombre de
Stokes : U0/U = 0,5 et U0/U = 0,9. Les efficacités sont normalisées par rapport à la réfé-
rence BeL.

Stk= 2,9 fixé. Comparaison de deux valeurs super-isocinétiques de U0/U

14%

12% PIC / BeL -1 (Stk=2,96, R=0,5)


Efficacité d'aspiration normalisée par BeL

PIC / BeL -1 (Stk=2,93, R=0,9)


10%
y=0

8%

6%
y = -0,11x + 0,12
2
4% R = 0,30

2%
y = -0,08x + 0,06
2
R = 0,39
0%

-2%
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
Rapport massique Z = mp / ma

Figure 4-36 : Comparaison de deux cas super-isocinétiques R = 0,5 et R = 0,9

Ce graphe confirme la proportionnalité des tendances : le sur-échantillonnage est modéré


pour le cas U0/U = 0,9, et la baisse d’efficacité est aussi plus lente *. L’évolution théorique 5F5F

des paramètres de couplage peut l’expliquer.

* Ceci n’est visible que grâce à la normalisation par la référence BeL. En effet, sur les graphes d’efficacité en valeurs abso-
lues, la pente du cas R=0,9 apparaît plus forte (-0,09 contre -0,06) car la valeur absolue de l’efficacité est plus forte (0,95
contre 0,59).

102
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Effet du rapport massique Taux de réponse visqueuse entre deux collisions (4-way) dp=27µm et vr=0,89
sur les facteurs de couplage
Facteur de réduction de trainée par sillage (4-way)
R= U0/U= 18/19,8= 0,9
P = couplage réciproque (2-way) U0/U=0,9, Stk=2,97

1,0

0,9

0,8

0,7
Facteurs de couplage

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

0,0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
Rapport massique Z = mp/mf

Figure 4-37: Facteurs de couplage en fonction du rapport massique.U0/U = 0,9 - Stk = 2,97

Nous constatons en effet que par rapport au cas U0/U = 0,5, les deux facteurs de couplage
entre particules (f et T) sont identiques, mais le paramètre de couplage réciproque P est
beaucoup plus faible (il atteint à peine 3% à la valeur maximum du rapport massique
Z = 1). Cela est du à la faible accélération de l’air à l’entrée de la sonde : +10% seule-
ment. Remarquons que dans ce cas, la vitesse relative entre le fluide et les particules que
nous utilisons pour le calcul du couplage réciproque vaut 1,8 m/s. Elle est très proche de
la vitesse turbulente (1,5 m/s) qui marque la limite inférieure du couplage réciproque
(explication dans le CHAPITRE 3 ). 314H

En conclusion, le couplage réciproque ne participe pas à la baisse d’efficacité d'aspira-


tion, c’est pourquoi cette baisse est moins accentuée. Par cette mesure, nous avons ap-
porté une illustration expérimentale de la contribution respective des couplages de type
2-way et de type 4-way.

[Link] Prélèvement super-isocinétique U0/U = 4,5/9 ; Stk = 0,77


Dans cette veine d’essai horizontale, l’écoulement très concentré est perturbé par les dé-
pôts sur la paroi inférieure de la veine si la vitesse est insuffisante pour les ré-entraîner.
Ce problème s’est avéré pénalisant à la vitesse de 4,5m/s dans la veine.
La diffusion des particules à forte concentration se fait très bien, mais les dépôts dépas-
sent 7 mm d’épaisseur au fond de la veine (de hauteur 46 mm) après quelques secondes
d’essai. Nos mesures ont abouti à une efficacité supérieure à 1 pour un prélèvement su-
per-isocinétique, ce qui ne peut s’expliquer que par de fortes perturbations dues aux dé-
pôts dans la veine et dans les sondes.
De plus, à 4,5 m/s, il n’est pas certain que le mini-cyclone de la sonde isocinétique ac-
complisse une parfaite sélection des particules. Une partie d’entre elles est susceptible de
s’en échapper, vers le filtre de sécurité du vérin. D’une part elles risquent de boucher ce
filtre, et d’autre part elles ne sont pas comptabilisées dans la mesure de référence.

103
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Pour toutes ces raisons, nous ne présentons pas les résultats de mesure à 4,5m/s, et nous
retenons que cette valeur est une limite inférieure de la gamme d’utilisation de ce mon-
tage.

Au-delà de cette vitesse de l'écoulement dans la veine, les dépôts sur la paroi basse se
réduisent très rapidement et ne perturbent pas les prélèvements par les sondes situées
19 mm au dessus. Par exemple, à 9 m/s, l'épaisseur du dépôt est inférieure à 1 mm
d'épaisseur, à 18 m/s elle est nulle.

4.6.2 Prélèvement sub-isocinétique


Envisageons le cas où la vitesse d’aspiration est plus faible que la vitesse incidente. Le
fluide ralentit à l’entrée de la sonde, mais en même temps il diverge pour la contourner.
A cause de son inertie, la particule n’arrive pas à suivre la forte courbure de la ligne de
courant qui contourne la sonde. La concentration dans la sonde est donc supérieure à la
celle de l’écoulement incident.

Ligne de courant

Paroi de la sonde

Axe de la sonde

Figure 4-38 : Sur-échantillonnage des particules en prélèvement sub-isocinétique

[Link] Prélèvement sub-isocinétique U0/U = 18/9 = 1,95 ; Stk = 2,92


A la vitesse nominale U0 = 18 m/s, aspirons le mélange à 9 m/s en faisant varier la
concentration.

104
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Effet du rapport massique sur l'efficacité d'aspiration. U0/U= 18/9= 1,95 - Stk=2,92

2,0

1,9
Efficacité d'Aspiration A = C / C1

1,8

1,7

1,6

1,5

C / C1 PIC
1,4
C / C1 BeL

1,3
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
Rapport massique Z = mp/ma

Figure 4-39 : Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 1,95 - Stk = 2,92

Aux faibles rapports massiques, certains points affichent une efficacité très faible (1,35),
mais les incertitudes de mesure sont très grandes dans ces cas, car la masse de poudre
collectée est très faible vis-à-vis de la précision de la pesée. Nous ne pouvons donc pas y
voir une cause physique, mais plutôt un manque de précision expérimentale.

Les variations dans le reste de la gamme de rapport massique sont très faibles. On peut
estimer que la concentration ne provoque pas de variation notable de l’efficacité dans
cette configuration.

Globalement, ces résultats sont très proches des prévisions de BeL : sur toute la gamme
de rapport massique, l'efficacité moyenne est de l'ordre de 1,8. Cela confirme les résul-
tats des calculs présentés au chapitre numérique : lorsque les particules ayant rebondi
sur le bord d’attaque sont emportées vers l’extérieur, elles ne perturbent pas la concen-
tration de l’échantillon prélevé.

Comparons ce résultat au cas super-isocinétique que nous avons vu plus haut


(U0/U = 0,5) à la même vitesse initiale de l’écoulement (18 m/s). La figure suivante com-
pare les efficacités d’aspiration normalisées par la corrélation de référence de Belyaev et
Levin.

105
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Pour Stk=2,9 fixé, comparaison de deux valeurs inverses du rapport d'isocinétisme R=U0/U

15%

10%
Efficacité d'aspiration normalisée par BeL

5%

0%

-5%

-10%

PIC / BeL -1 (Stk=2,92, R=1,94)


-15%
PIC / BeL -1 (Stk=2,96, R=0,5)

0
-20%
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
Rapport massique Z = mp / ma

Figure 4-40: Stk = 2,9. Comparaison de deux vitesses d’aspiration : super-isocinétique et sub-isocinétique

Le prélèvement sub-isocinétique (R = U0/U = 1,94) semble globalement insensible à la


densité et s’accorde à la prévision de BeL en milieu dilué. En revanche le prélèvement
super-isocinétique (R = 0,5) la surestime de 12% au maximum. Nous avons vu plus haut
que cela provient du rebond des particules sur le bord d’attaque de la sonde. Les particu-
les qui en sont issues sont emportées vers l’intérieur de la sonde par les lignes de courant
convergentes.
En revanche, en prélèvement sub-isocinétique, elles sont éjectées vers l’extérieur, ce qui
explique qu’aucune différence avec BeL n’est trouvée. Ces mesures confirment le résultat
des simulations numériques correspondantes (voir le chapitre numérique).

[Link] Prélèvement sub-isocinétique U0/U = 10/5 = 1,97 ; Stk =1,65


Fixons la vitesse incidente à 10 m/s. Cela conduit à une valeur de Stk = 1,65. Produisons
un prélèvement lent à 5 m/s, et faisons varier le rapport massique de poudre. L’évolution
de l’efficacité d’aspiration mesurée est alors la suivante :

106
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Effet du rapport massique sur l'efficacité d'Aspiration. U0/U= 10/5= 1,97 - Stk = 1,65

1,80

1,75

1,70
Efficacité d'Aspiration A = C / C1

1,65

1,60

1,55

1,50

1,45

1,40 C/C1 PIC


y = 0,29x + 1,39
C/C1 BeL
R2 = 0,93
1,35 Linéaire (C/C1 PIC)

1,30
0,00 0,10 0,20 0,30 0,40 0,50 0,60 0,70 0,80 0,90
Rapport massique Z = mp/ma

Figure 4-41 : Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 1,97 - Stk = 1,65

Les deux caractéristiques remarquables de ce graphe sont d’une part la progression li-
néaire de l’efficacité, et d’autre part l’écart négatif des résultats par rapport à la prévi-
sion de Belyaev et Levin.

Augmentation de l’efficacité avec le rapport massique de particules


L’augmentation linéaire de l’efficacité d’aspiration avec le rapport massique apparaît
très nettement. Dans la gamme 0,1 < Z < 0,8, l’efficacité passe de A = 1,425 à A = 1,625,
soit une augmentation de 14%. Pour l’expliquer, analysons l’évolution des facteurs de
couplage diphasique avec le rapport massique de poudre :

107
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Effet du rapport massique sur les facteurs de couplage. U0/U=10/5

1,0

0,9

0,8

0,7

0,6

0,5
Facteurs de couplage

0,4

0,3

0,2

0,1

0,0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
-0,1

-0,2

-0,3

-0,4 Tcollisions (vr=0,77m/s) U0=10m/s


Facteur de réduction de trainée par sillage (4-way)
-0,5 P = couplage réciproque (2-way) U0/U=1,97, Stk=1,66
régime nominal
-0,6
Rapport massique Z = mp/mf

Figure 4-42: Effet du rapport massique sur les facteurs de couplage. U0/U = 1,97 - Stk = 1,65

Dans la gamme 0,1 < Z < 0,8, T varie de -0,29 et f varie de -0,18. Ces deux facteurs cumu-
lés contribuent à réduire l’influence du fluide sur les particules, comme nous l’avons ex-
pliqué plus haut. Les particules suivent moins bien les lignes de courant donc elles
n’arrivent pas à contourner la sonde. Cela augmente l’efficacité d’aspiration.

Dans la même gamme, P varie de -0,40. En inversant le raisonnement développé plus


haut à propos du cas super-isocinétique, cela signifie qu’à forte concentration les particu-
les retardent le ralentissement de l’air à l’entrée de la sonde.

Paroi de la sonde

Axe de la sonde

Figure 4-43 : Le couplage réciproque (ligne pleine) retarde l'inflexion des lignes de courant et augmente l'efficaci-
té d'aspiration

Par conséquent, l’inflexion des lignes de courant vers l’extérieur se fait plus en aval avec
une courbure plus accentuée. Les particules suivent mal ce changement de direction et
sont captées par la sonde. D’où l’augmentation de l’efficacité d’aspiration.

108
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Dans cette configuration, ce phénomène n’est pas totalement réalisé car le temps de ré-
ponse des particules (calculé plus haut = 1,32 ms) est supérieur au temps de traversée de
la zone de gradient = 1,06 ms (8 mm à la vitesse moyenne de (10+5)/2 = 7,5 m/s). L’
échange de quantité de mouvement entre phases continue donc au-delà de l’entrée de la
sonde.

En conclusion, les trois facteurs de couplage diphasique contribuent ensemble a faire


croître l’efficacité d’aspiration avec la concentration, dans des proportions considérables :
+14% entre Z = 0,1 et Z = 0,8.

Analyse de l’écart négatif


Toutes nos mesures (notées PIC) affichent une efficacité nettement inférieure à la pré-
diction de Belyaev et Levin. A la concentration la plus basse, l’écart est de -20%, puis il
se réduit jusqu’à -8% lorsque la concentration augmente, comme nous venons de le voir.
Pour comprendre d’où vient cet écart négatif substantiel par rapport à la prévision, nous
testons quelques hypothèses.

Dans ce cas d’aspiration lente, les lignes de courant contournent la sonde. Les particules
qui rebondissent sur le bord d’attaque de la sonde sont donc entraînées vers l’extérieur
sans pouvoir influencer directement le débit de poudre capté.

On pourrait imaginer que ce flot annulaire de particules ait une influence sur les lignes
de courant de l’air, les écartant en amont de la sonde. Le rebond vers l’extérieur consti-
tuerait ainsi une surépaisseur virtuelle de la paroi de la sonde, qui écarte les lignes de
courant en amont donc réduit l’efficacité d’aspiration. Mais ce phénomène devrait aug-
menter avec la concentration, or l’écart est le plus fort à basse concentration. Nous reje-
tons donc cette hypothèse.

La configuration précédente présente le même rapport d’isocinétisme sub-isocinétique,


mais avec un nombre de Stokes deux fois supérieur. Comparons les mesures sur une
échelle d’efficacité normalisée par la corrélation BeL.

Prélèvement sub-isocinétique: R = U0/U = 2


Comparaison de deux valeurs du nombre de Stokes
10%

5%
Efficacité d'aspiration normalisée par BeL

0%

-5%

-10%

-15%

-20% PIC / BeL -1 (Stk=1,65, R=1,97)

PIC / BeL -1 (Stk=2,92, R=1,94)


-25%

-30%
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
Rapport massique Z = mp / ma

Figure 4-44: Prélèvement sub-isocinétique, comparaison de deux nombres de Stokes

109
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Comme nous l’avons expliqué plus haut, les mesures correspondant à Stk = 2,92 sont
très proches de BeL sur toute la gamme de concentration. Il est logique que des particu-
les deux fois moins inertielles (Stk = 1,65) affichent une variation plus prononcée avec la
concentration car leur couplage réciproque est deux fois plus intense. En revanche, nous
ne voyons aucune raison physique à l’écart négatif d’efficacité. C’est pourquoi nous pen-
sons qu’un incident expérimental peut en être à l’origine. Nous le détaillerons plus loin.

A la recherche d’explication physique de cet écart négatif d’efficacité, comparons ces ré-
sultats au cas super-isocinétique avec le même nombre de Stokes.

Pour Stk=2,9 fixé, comparaison de deux valeurs du rapport d'isocinétisme R=U0/U:


cas sub-isocinétique et cas super-isocinétique

15%

10%
Efficacité d'aspiration normalisée par BeL

5%

0%

-5%

-10%

-15%
PIC / BeL -1 (Stk=1,65, R=1,97)
-20%
PIC / BeL -1 (Stk=1,47, R=0,5)

-25%
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
Rapport massique Z = mp / ma

Figure 4-45: Effet de la vitesse d'aspiration sur l'efficacité d'aspiration. Stk = 1,5

La concentration fait baisser l’efficacité dans le cas super-isocinétique, et la fait augmen-


ter dans le cas sub-isocinétique. Ces variations opposées sont clairement explicables par
l’augmentation des effets de couplage avec la concentration, comme nous l’avons vu plus
haut. Mais l’écart globalement négatif du cas sub-isocinétique ne trouve pas de cause
physique.

Nous supposons qu’un défaut accidentel du montage expérimental est en cause : une dé-
faillance d’étanchéité du mini-cyclone collecteur sur la sonde sub-isocinétique. Une par-
tie de l’air aspiré par le vérin serait alors entré par cette fuite au lieu d’entrer par la
sonde. Il en aurait résulté une aspiration plus lente donc un prélèvement de poudre infé-
rieur. Cette hypothèse est d’autant plus probable que la série de mesures qui a immédia-
tement suivi celui-ci, présente également un écart négatif d’efficacité inexpliqué, comme
nous allons le voir maintenant.

[Link] Prélèvement sub-isocinétique U0/U = 36/18 = 1,92 ; Stk = 5,9


Ce cas représente la configuration extrême en terme de vitesse du montage PIC. En ef-
fet, il est aisé de produire un écoulement d’air à 36m/s avec une pression amont de 19
bars grâce à la tuyère sonique de diamètre 5 mm que nous avons prévu à cet effet. Mais

110
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

il est beaucoup plus difficile de maintenir pendant plusieurs secondes une forte concen-
tration de poudre dans la veine, car le réservoir de l’injecteur se trouve très rapidement
vidé de sa réserve initiale, et la concentration chute brutalement avant la fin du prélè-
vement. Nous avons néanmoins pu réaliser quelques mesures à des rapports massiques
allant de 0,15 à 0,4.

Effet du rapport massique sur l'efficacité d'Aspiration. U0/U= 36/18= 1,92 - Stk=5,9

1,90

C / C0 PIC
1,85
C / C0 BeL
Efficacité d'Aspiration A = C / C1

1,80

1,75

1,70

1,65

1,60
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
Rapport massique Z = mp/ma

Figure 4-46 : Efficacité d'aspiration en fonction du rapport massique. U0/U = 1,92 - Stk = 5,9

Hélas, le défaut d’étanchéité mentionné plus haut est sans doute la cause de l’écart né-
gatif entre nos mesures et la prévision de Belyaev et Levin (corroborée par nos simula-
tions numériques).
Nous pouvons néanmoins comparer ces résultats aux précédents (nombre de Stokes plus
faible) qui ont été réalisés probablement avec le même défaut d’étanchéité :

111
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Prélèvement sub-isocinétique: R = U0/U=2


Comparaison de deux valeurs du nombre de Stokes
10%

5%
Efficacité d'aspiration normalisée par BeL

0%

-5%

-10%

-15%

-20% PIC / BeL -1 (Stk=1,65, R=1,97)

PIC / BeL -1 (Stk=5,86, R=1,92)


-25%

-30%
0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0
Rapport massique Z = mp / ma

Figure 4-47 : prélèvement sub-isocinétique, effet du nombre de Stokes

L’écart négatif par rapport à la référence BeL est plus modéré que dans le cas précédent.
Cela peut provenir du fait que la fuite a moins d’impact à forte vitesse d’aspiration. Mais
il existe également des hypothèses physiques qui vont dans ce sens. Observons le dia-
gramme théorique des paramètres de couplage.

T collisions (vr=2,90m/s) U0=36m/s


Effet du rapport massique
Facteur de réduction de trainée par sillage (4-way)
sur les facteurs de couplage P = couplage réciproque (2-way) U0/U=1,92, Stk=5,9
U0/U = 36/18 régime nominal
1,0

0,9

0,8

0,7
Facteurs de couplage

0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

0,0
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
-0,1

-0,2
Rapport massique Z = mp/mf

Figure 4-48 : Facteurs de couplage en fonction du rapport massique.U0/U = 1,92 - Stk = 5,9

Ce cas est remarquable par la domination des collisions. En effet, à 36m/s dans la veine
d’essai, la vitesse turbulente atteint presque 5 m/s. Les collisions sont donc très fréquen-

112
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

tes et réduisent à 43% l’interaction entre le fluide et les particules, à la valeur nominale
Z = 0,47 du rapport massique. Alors, en contournant la sonde, l’air dévie difficilement les
particules. Elles sont donc davantage captées par la sonde. Il en résulte une efficacité
normalisée supérieure au cas précédent.

En raison de contraintes matérielles et temporelles, nous n’avons pas eu l’opportunité de


renouveler ces mesures après réparation du défaut d’étanchéité, mais cela serait intéres-
sant à l’avenir pour valider nos hypothèses.

4.7 Conclusions sur les résultats expérimentaux


L’effet de la forte concentration en particules (rapport massique de 0,1 à 0,9) sur
l’efficacité d’aspiration a été mesuré pour une sonde de prélèvement en conditions non
isocinétiques.

Tout d’abord, lorsque la concentration augmente, nous avons mis en évidence


l’amplification sensible des effets de trois couplages :

- le couplage réciproque entre particules et fluide,


- l’inhibition des interactions entre fluide et particules par les collisions entre particules,
- la réduction de traînée visqueuse par effet de sillage entre particules.

Ces couplages agissent tous les trois dans le même sens lorsque la concentration aug-
mente: ils réduisent la capacité des particules à suivre les changements de direction et
de vitesse du fluide. Donc en configuration super-isocinétique ils réduisent l’efficacité
d’aspiration, alors qu’en prélèvement sub-isocinétique ils augmentent l’efficacité.

Par ailleurs, ces mesures ont permis de constituer une base de données très utiles pour
valider les calculs numériques menés en parallèle (détaillés au chapitre suivant). En
particulier, elles corroborent qualitativement et quantitativement l’effet du rebond des
particules solides sur le bord d’attaque de la sonde : il enrichit le prélèvement super-
isocinétique mais n’affecte pas le prélèvement sub-isocinétique. L’intérêt d’utiliser un
bord d’attaque très fin est donc justifié quantitativement. Lorsque la finesse du bord
d’attaque est limitée par des contraintes techniques, il est judicieux de choisir une sonde
de grand diamètre intérieur pour que l’aire du bord d’attaque soit faible devant la section
d’aspiration. Par conséquent, ces mesures ont confirmé la nécessité de prendre en
compte l'apport du rebond lorsque le bord d'attaque de la sonde n'est pas extrêmement
fin.

La figure ci-après compare certains de nos points de mesures avec la corrélation de Be-
lyaev et Levin (1971). Ces points ont été extraits des essais décrits précédemment, par
interpolation à la valeur nominale du rapport massique Z= 0,47.

113
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

A1= l'efficacité d'aspiration relative à la sonde isocinétique


Comparaison entre les mesures PIC et la corrélation de Belyaev et Levin
2,0
1,9 PIC1
1,8
BeL1 U0/U=1,95
1,7 Sub-isocinétique
1,6 BeL1 U0/U=0,9
1,5
Efficacité d'aspiration

BeL1 U0/U=0,5
1,4
1,3
1,2
1,1
1,0
0,9
0,8
0,7
0,6
Super-isocinétique
0,5
0,4
0,001 0,01 0,1 1 10 100
Nombre de Stokes

Figure 4-49 : Comparaison des résultats expérimentaux à la littérature

Exceptés deux points (jaunes) pour lesquels nous avons évoqué un incident expérimen-
tal, la correspondance des mesures avec la littérature est excellente dans le cas sub-
isocinétique. Pour les cas isocinétique et super-isocinétique, les écarts à la littérature,
respectivement de +4% et +12%, ont une origine physique : le rebond des particules sur
le bord d'attaque. Cela sera expliqué en détail au chapitre numérique (5.6.3 à 5.9.3). 315H 316H

Ces premières mesures ne permettent pas encore d’établir une corrélation empirique en-
tre l’efficacité d’aspiration et le rapport massique des particules. Néanmoins, sur notre
banc d’essai, pour des conditions de rafales diphasiques brèves et concentrées, dans les-
quelles les techniques optiques sont rendues inopérantes par l'opacité de l'écoulement et
le faible temps de mesure, nous avons validé des techniques simples : injecteur de parti-
cules à haute concentration, vérin aspirant, collecte par mini-cyclone, mesures de posi-
tions, de pressions et de masses.

Il serait intéressant d'élargir cette étude à des particules plus petites (0,1 < Stk < 1), sa-
chant que les efficacités à mesurer seront plus proches de 1 donc plus difficiles à mesurer
par comparaison avec la sonde de référence. Il faudrait pour cela s'assurer de la bonne
collecte des petites particules par des mini-cyclones plus petits ou des filtres collecteurs
pesables. Les écarts avec la corrélation de Belyaev et Levin risquent alors d'être infé-
rieurs à la précision des mesures.

Nous avons identifié certains facteurs critiques susceptibles d’améliorer la précision des
mesures : usinage précis du bord d’attaque des sondes, réglage de la vitesse incidente par
détendeur pilote, étanchéité des mini-cyclones. Enfin, nous avons identifié les mécanis-
mes fondamentaux de couplages diphasiques qui lient la concentration des particules à
l'efficacité de prélèvement, ouvrant la voie vers une étude systématique plus approfon-
die.

114
CHAPITRE 4 Etude expérimentale d’une sonde isocinetique en écoulement diphasique dense

Comme elles mettent en évidence des mécanismes complexes de couplage entre les parti-
cules et le fluide porteur, ces mesures montrent l’intérêt de perfectionner les outils nu-
mériques de simulation des écoulements diphasiques denses : prendre en compte les col-
lisions et les effets de sillage entre particules (4-way coupling).

Mais les outils numériques déjà disponibles sont capables de mettre en lumière certains
mécanismes essentiels du prélèvement par sonde, que l’on ne peut observer directement
par l’expérience. Par exemple, un modèle numérique peut distinguer les influences res-
pectives sur l’efficacité d’aspiration de la turbulence, du couplage réciproque entre pha-
ses, et du rebond des particules sur le bord d’attaque. Les mesures que nous venons de
commenter vont servir de test de validation pour la méthode de calcul numérique. Nous
pourrons ainsi étendre cette dernière à une géométrie plus complexe sur le plan physi-
que et très coûteuse à étudier par l’expérience : la sonde à bords épais. C’est l’objet du
chapitre suivant.

115
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

116
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

CHAPITRE 5 MODÈLE NUMÉRIQUE DU PRÉLÈVEMENT


ISOCINÉTIQUE EN ÉCOULEMENT DIPHASIQUE DENSE

5.1 Objectifs
Au delà d’une certaine concentration de particules, l’étude expérimentale des écoule-
ments diphasiques est délicate, les moyens optiques d’investigation étant perturbés par
l’opacité du mélange diphasique. Il est alors difficile d’étudier les mécanismes locaux im-
pliqués dans le processus de prélèvement par sonde isocinétique. De plus, l’approche ex-
périmentale aborde en même temps toutes les interactions entre les particules et le
fluide, sans possibilité de distinguer leurs effets respectifs.

Pour les discerner, le calcul numérique peut apporter une aide précieuse. En construi-
sant un modèle numérique par étapes de complexité croissante, nous désirons initier une
compréhension fine des mécanismes physiques qui gouvernent le prélèvement par sonde
en écoulement diphasique dense. La convergence entre les résultats numériques et les
mesures expérimentales est l’objectif le plus enrichissant.

Dans toute cette étude, la concentration en particules sera fixée à C = 0,93.10-3 en vo-
lume (C = volume des particules / volume de gaz), ce qui correspond au rapport massi-
que Z = 0,47 pour des particules de masse volumique 600 kg/m3. Cette concentration cor-
respond à la plage de fonctionnement de notre banc expérimental, mais surtout aux
écoulements rencontrés dans la chambre de combustion du MPS P 230 d'Ariane 5 et du
montage de granulométrie du Keldysh Research Center.

A partir d’une géométrie basique de sonde mince, qui peut être validée par nos mesures
expérimentales en gaz froid (montage PIC décrit dans le chapitre expérimental), nous
pourrons extrapoler numériquement notre méthode vers une géométrie plus complexe.
En particulier nous pourrons interpréter des simulations numériques impliquant une
sonde épaisse correspondant au montage russe de granulométrie pour propergol solide
du Keldysh Research Center (KeRC), dont nous cherchons à étudier les performances.

5.2 Géométrie du modèle de base


Pour le cas basique de la sonde mince, nous reproduisons la géométrie d’une sonde utili-
sée dans notre étude expérimentale : diamètre intérieur = 8 mm, diamètre exté-
rieur = 9,5 mm, biseau à 10° sur le bord d’attaque d’épaisseur 0,25 mm. Un maillage axi-
symétrique permet d’effectuer des calculs simplifiés à deux dimensions. La disposition la
plus simple pour cela est de placer une sonde au centre d’une conduite cylindrique.

Nous utilisons pour cela le mailleur gratuit G-mesh, capable de générer un maillage lo-
calement structuré : certaines zones peuvent être structurées (répartition ordonnée des
numéros de nœuds), ce qui facilite les calculs de moyenne (voir A3.2).
317H

117
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Modèle 2D cylindrique
0.065
0.06
0.055
0.05
0.045
0.04
0.035
Y

0.03 Maillage
0.025
0.02
0.015
0.01
0.005
0
-0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05
X

Figure 5-1 : Maillage axisymétrique de la sonde au centre d'une conduite

Les phénomènes qui nous intéressent (courbure des lignes de courant et trajectoires des
particules à l’entrée de la sonde) se situent à moins de six diamètres (48 mm) en amont
de l’entrée de la sonde (d’après Belyaev et Levin, 1971). En outre, il faut laisser aux par-
ticules injectées ponctuellement à l’entrée du modèle, le temps de se répartir de façon
homogène par dispersion turbulente avant d’entrer dans la sonde, comme l’illustre la fi-
gure suivante pour deux tailles extrêmes de particules. La sonde est donc placée à 50
mm en aval de l’entrée du modèle.

0.014

0.012 9011
0.01 100µm
Y

0.008

0.006

0.004
-0.05 -0.04 -0.03 X -0.02 -0.01 0

0.014

0.012 9010
0.01 1µm
Y

0.008

0.006

0.004
-0.05 -0.04 -0.03 X -0.02 -0.01 0

Figure 5-2 : Dispersion turbulente des grosses (100µm) et petites particules (1µm)

118
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

De même, à la sortie il faut laisser une longueur suffisante pour que la pression de sortie
de la sonde (condition aux limites) puisse régler avec précision la vitesse débitante
d’aspiration. 50 mm s’avèrent suffisants pour notre gamme de vitesse. Le diamètre de la
conduite principale est fixé à 50 mm pour rendre négligeable l’effet de blocage de la
sonde.

Tous nos calculs sont effectués avec une vitesse d’entrée d’air homogène fixée à 17,6 m/s
dans le sens des X croissants. C’est donc un profil de vitesse pratiquement plat qui se
présente à l’entrée de la sonde, ce qui est légèrement différent du cas expérimental étu-
dié précédemment. Les particules sont injectées à la même vitesse par des injecteurs
ponctuels (donc circulaires en symétrie axiale) répartis de façon homogène au centre de
la face d’entrée.

Figure 5-3 : Injecteurs circulaires en entrée de conduite

En sortie de la conduite principale, la pression est fixée à 100000 Pa. Nous varions la
pression de sortie de la sonde Ps, entre 98600 et 100250 Pa pour ajuster sa vitesse débi-
tante U à la valeur désirée entre 9 et 36 m/s. Voici un exemple de visualisation en 3D du
champ de pression dans la sonde.

X
9060
U0/U=0.5

P
100000
99921
99842 100000
99763
99684
99605 99500
99526
99447
99368 99000
99289
P

99211
99132
0 98500
99053
98974
98895 0.02
98816 X 98000
98737
98658 0.04 0.002
98579 0 Y
98500

Figure 5-4 : Champ de pression (en Pa) dans la sonde pour un prélèvement super-isocinétique : U0/U = 0,5. (axe
sonde en y = 0, paroi en y = 0,004, entrée en x = 0, sortie en x = 0,05)

119
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Sur cette figure, le plan Y = 0 correspond à l'axe de symétrie de la sonde, le plan


Y = 0,004 correspond à la paroi interne de la sonde. Le plan X = 0,05 correspond à la sec-
tion de sortie de la sonde et X = 0 à sa section d'entrée. L'axe Z indique ici la pression.
Nous constatons que le saut de pression se produit dans un espace très court à l’entrée
de la sonde (< 1cm). La faible pente du champ de pression à la sortie de la sonde
confirme que la longueur de sonde choisie pour le modèle numérique est suffisante pour
régler le débit d’aspiration.

5.3 Caractéristiques du code de calcul CEDRE-SPARTE

En mécanique des fluides, les écoulements turbulents peuvent être traités selon trois
approches :
- l'approche Navier-Stokes moyennée (Reynolds Averaged Navier-Stokes = RANS) ;
- la simulation des grandes échelles (Large Eddy Simulation = LES) ;
- la simulation numérique directe (Direct Numerical Simulation = DNS).

La modélisation statistique en turbulence, basée sur les équations de Navier-Stokes


moyennées (équations de Reynolds), s'intéresse aux écoulements statistiquement sta-
tionnaires ou aux écoulements dont les propriétés varient lentement dans le temps. Avec
cette approche statistique, toutes les échelles du mouvement sont modélisées mais les
modèles développés manquent d'universalité car ils mettent en jeu plusieurs constantes
ajustables.
Ils doivent donc être modifiés lorsqu'ils sont appliqués à diverses configurations d'écou-
lements soumis à des forces extérieures variées. L'approche statistique permet cepen-
dant de considérer des écoulements dans des géométries complexes car les valeurs
moyennes requièrent une finesse de discrétisation spatiale et temporelle bien moindre
que le champ instantané qui présente de forts gradients.

Le code CEDRE (Calcul d'Écoulement Diphasique Réactif pour l'Énergétique) est basé
sur l'approche RANS car les approches LES et DNS sont largement plus coûteuses à
mettre en oeuvre, notamment pour des applications aux cas industriels.

Suivant la méthode RANS, deux approches différentes peuvent être utilisées pour simu-
ler l'écoulement diphasique, l'approche Eulerienne et l'approche Lagrangienne. La mé-
thode Eulerienne considère les deux phases comme continues, ce qui implique qu'elles
sont résolues à l'aide des mêmes équations moyennées. La méthode Lagrangienne, quant
à elle, considère que la phase gazeuse constitue l'écoulement porteur de particules soli-
des ou liquides, qui définissent la phase discrète. L'approche Euler/Euler est intéres-
sante pour traiter des milieux denses non réactifs pour lesquels la distribution de la
phase dispersée est quasiment monodisperse.

L'intégration des modèles physiques liés à la phase dispersée tels que l'évaporation, la
condensation, les interactions avec les parois, les phénomènes de collision et de fragmen-
tation, est largement plus aisée dans l'approche Euler/Lagrange que dans l'approche Eu-
ler/Euler, de même que la prise en compte de distribution de tailles polydisperse. L'ap-
proche retenue pour les codes diphasiques développés à l'ONERA est l'approche Eu-
ler/Lagrange.

Le code CEDRE a pour objet la simulation numérique de systèmes complexes qui sont le
siège de phénomènes physiques variés: écoulement gazeux réactif, écoulement diphasi-
que, échanges de chaleur par conduction dans les parois, rayonnement thermique. A
chacun de ces phénomènes est associé un solveur intégrant l'ensemble des modèles phy-

120
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

siques et numériques adéquats, le code CEDRE assurant la coordination et les échanges


entre les différents solveurs.

Les principales caractéristiques du code CEDRE sont les suivantes :


- il autorise l'utilisation de maillages non structurés généralisés ;
- il traite un grand nombre des phénomènes physiques rencontrés dans le domaine de
l'Énergétique. En particulier il permet de simuler l'évolution d'une phase dispersée
(gouttes liquides ou particules solides) portée par une phase continue (phase gazeuse), en
prenant en compte le couplage entre phases ;
- il est adapté à toutes les architectures informatiques (vectorielle, superscalaire, sé-
quentielle, parallèle) ;
- son interface graphique a été conçue dès l'origine de son développement pour le pré et
le post-traitement.

Au plus haut niveau, le code CEDRE est organisé par solveurs. Chaque solveur déter-
mine l'état d'un système physique en évolution décrit sur une région de l'espace par un
système d'équations. A l'intérieur de chaque solveur, une organisation multidomaines
permet de répondre à des préoccupations de nature physique (modèles physiques ou
schémas numériques différents d'un domaine à l'autre) ou informatique (optimisation
mémoire des schémas implicites, calcul parallèle). Les interactions entre solveurs se font
principalement suivant deux modes: le long d'une surface frontière ou de manière volu-
mique.

Le code CEDRE regroupe actuellement quatre solveurs :


- CHARME, solveur Navier-Stokes pour l'écoulement de gaz ;
- SPARTE (Simulation de PARTicules dans un Écoulement) pour l'écoulement de parti-
cules liquides ou solides, suivant le point de vue Lagrangien ;
- SPIREE (Simulation de Particules Inertes ou Réactives en Écoulement, d'un point de
vue Eulérien), homologue de Sparte;
- CDH, qui traite un système d'équations de type convection- diffusion, dédié au traite-
ment de la conduction dans les parois solides.

Les deux solveurs qui nous intéressent ici sont donc les solveurs CHARME et SPARTE.
Nous détaillons maintenant quelques caractéristiques utiles de SPARTE.

Le solveur SPARTE calcule selon le point de vue Lagrangien l'évolution de particules li-
quides ou solides dans le champ gazeux donné par le solveur CHARME. Dans la majorité
des applications, le nombre de particules dans l'écoulement est beaucoup trop grand pour
qu'on puisse simuler le comportement individuel de chacune d'elles. La phase dispersée
est donc décrite de manière statistique par l'intermédiaire de fonctions scalaires.

Pour l'instant dans SPARTE, les phénomènes de collision, de fragmentation et de sillage


entre particules ne sont pas pris en compte. Les particules se côtoient donc sans se voir,
leurs trajectoires peuvent se croiser sans effet.
Mais le couplage entre les particules et le gaz par transfert de quantité de mouvement
peut être calculé.

Pour la discrétisation de l'équation cinétique, deux méthodes particulaires stochastiques


sont disponibles : la méthode particulaire stationnaire, et la méthode particulaire insta-
tionnaire. La première a l'avantage d'être d'un coût très faible mais son domaine d'appli-
cation est limité au cas des écoulements stationnaires et dilués. La seconde est plus coû-

121
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

teuse mais permet de traiter des écoulements denses, stationnaires ou instationnaires.


C’est pourquoi nous l’avons retenue.

Cette méthode consiste à suivre simultanément un grand nombre de particules numéri-


ques représentant chacune physiquement un groupe de particules réelles de caractéristi-
ques voisines (position, rayon, vitesse, température, vitesse turbulente). Le nombre de
particules réelles représentées par une même particule numérique est appelé poids (nu-
mérique) de la particule.

Un cycle de calcul correspond à un certain intervalle de temps pendant lequel le champ


gazeux, respectivement les termes sources, sont figés (avec les valeurs obtenues lors du
cycle précédent) pour le calcul des nouvelles valeurs de la phase dispersée, respective-
ment du champ gazeux. Chaque cycle est lui-même composé de plusieurs pas de temps,
le nombre de pas de temps n'étant pas nécessairement identique pour le calcul de la
phase gazeuse et celui de la phase dispersée.
Pour nos calculs avec couplage réciproque entre phases, nous avons utilisé pour
CHARME et SPARTE un pas de temps de 5.10-6s égal au cycle de calcul, de manière à
représenter fidèlement les fortes courbures des trajectoires des particules, tout en pre-
nant en compte leur influence sur le champ gazeux.

Le calcul consiste à déterminer, aux différents instants de discrétisation, la position, la


vitesse, la vitesse turbulente, le rayon, la température et le poids associés à chacune des
particules numériques présentes dans le domaine de calcul.

Lorsqu'une particule atteint une frontière de type sortie, elle est simplement éliminée du
calcul. Dans le cas d'une condition de symétrie, elle subit une réflexion élastique.
Pour une condition de paroi avec rebond, on considère que la particule subit une collision
inélastique, ce qui signifie que la composante normale de sa vitesse après rebond est
multipliée par le coefficient d'inélasticité de la collision, réglable entre 0 et 1. Nous avons
utilisé la valeur 0,6 sur toutes les parois. Mais dans certains cas, pour inhiber le rebond
sans accumuler des particules déposées, nous avons transformé une paroi en frontière de
type sortie. Elle reste néanmoins perçue comme paroi par CHARME pour le calcul du
gaz.

Les calculs présentés ici ont été effectués sur le supercalculateur scalaire AKIRA du
Centre de Toulouse de l'ONERA (SGI Origin 3400 dotée de 32 processeurs MIPS modèle
R14000A cadencés à 600MHz). Le module SPARTE n'étant pas parallélisé, la machine a
été utilisée en mode monoprocesseur uniquement.

5.4 Méthodes de calcul de l’efficacité d’aspiration


Le code de calcul CEDRE fournit un champ de vecteurs et de scalaires concernant le gaz
et les particules, ainsi que les propriétés de chaque particule. Nous cherchons à en ex-
traire l’efficacité d’aspiration de la sonde. Pour cela nous utilisons deux méthodes. Cha-
cune a ses conditions d’application préférentielles. En voici le détail.

5.4.1 Méthode de la trajectoire limite (LTM)

[Link] Principe
Plusieurs auteurs ont abordé le problème du prélèvement isocinétique par sonde mince
au moyen de la modélisation par éléments finis : Shahnam (1986), Rader (1988), Liu
(1988) et Krämer (2004). Le calcul de l’écoulement gazeux par les équations de Navier -

122
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Stokes est simplifié par les hypothèses suivantes: écoulement incompressible, laminaire,
sans couplage réciproque particule - gaz (sauf Shanham), sans rebond de particules sur
le bord d’attaque de la sonde. Selon une approche Lagrangienne (suivi de particules in-
dividuelles), on lâche des particules en amont de la sonde et on trace leurs trajectoires
dans le champ de vitesse gazeux.

Pour connaître le débit de particules qui entre dans la sonde, on observe l’enveloppe du
cylindre qui contient toutes les particules captées. Cette enveloppe aboutit à la section
d’entrée de la sonde et provient d’un cylindre à l’infini amont. Sur une vision 2D axisy-
métrique, on observe une trajectoire dite limite : celle de la dernière particule captée, le
plus à l’extérieur de l’axe. A l’infini amont, cette ligne est une droite parallèle à l’axe du
cylindre, elle se situe à la distance r0p de l’axe (l’indice 0 désigne l’origine à l’infini amont,
l’indice p désigne les particules). Comparons-la à la ligne de courant de gaz qui aboutit
au même point (l’entrée de la sonde) et qui se situe à l’infini amont à la distance r0a de
l’axe (a désigne l’air). Si elles sont superposées, on peut affirmer que l’erreur
d’échantillonnage est nulle pour ces particules (cela se produit notamment pour les peti-
tes particules : Stk < 0,01).
Dans le cas général, ces deux lignes ne sont pas superposées. On peut alors quantifier
l’efficacité d’aspiration A par le rapport des sections des deux tubes de courant particules
et air :
A = (r0p / r0a)²

Paroi de la sonde

rs

r0p r0a
Axe de la sonde

Figure 5-5 : Trajectoire limite des particules et ligne de courant limite

Notons que cette méthode a été initialement utilisée dans le cadre expérimental : Be-
lyaev et Levin (1971) ont photographié les particules entrant dans une sonde pour en re-
pérer la trajectoire limite et quantifier l’efficacité d’aspiration. Cette méthode dite LTM
(Limiting Trajectory Method) permet en particulier de s’affranchir des problèmes de dé-
pôts dans la conduite entre l’entrée de la sonde et le filtre collecteur. C’est un avantage
par rapport à la méthode concurrente, (mesure de concentration à la sortie de la sonde).

[Link] Mesure de la ligne de courant limite de l’air et de l'isocinétisme


Le logiciel de visualisation de données Tecplot propose la fonction ligne de courant
(Streamtrace). Pour tracer la ligne aboutissant au coin d’entrée de la sonde, Tecplot re-
monte le courant de proche en proche en intégrant les vecteurs vitesse du fluide dans les
cellules proches. A la section d’entrée du modèle, il suffit de repérer r0a d’où part cette li-
gne pour connaître la section de cylindre qui enveloppe tout l’air entrant dans la sonde.

En comparant cette section à celle de la sonde, on peut mesurer le degré d’isocinétisme


du prélèvement. La pression évolue de façon négligeable entre l’entrée du modèle et
l’entrée de la sonde (<0.1%), donc on peut écrire la conservation du débit massique :
U0 / U = (rs / r0a)².

123
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Où rs est le rayon intérieur de la sonde ( = fin de la ligne de courant limite).

Il existe une contrainte de cette méthode : pour avoir une bonne précision sur r0a, il faut
un maillage assez serré tout le long de la ligne de courant. C’est coûteux en temps de cal-
cul.

Nous disposons d'un autre moyen de mesure de l’isocinétisme. Le module CEDRE /


CHARME de calcul du champ gazeux fournit à chaque cycle de calcul une mesure du dé-
bit massique traversant chaque frontière du maillage (Débit de Sous Limite = DSL).
D’une part, l’évolution temporelle des DSL est un excellent moyen de contrôle de la
convergence du calcul en régime stationnaire. D’autre part le débit de sortie indique le
degré d’isocinétisme du prélèvement par comparaison à la vitesse d'entrée du modèle
imposée par les conditions aux limites (détails en annexe A3.1). L'avantage est que sa
12H38

précision est indépendante de la finesse du maillage, contrairement à l’estimation par la


ligne de courant limite. Cette mesure de l’isocinétisme nous servira donc de référence.

[Link] Mesure de la trajectoire limite des particules


Injectons des particules en face de la sonde. Même si aucune particule n’aboutit précisé-
ment au coin qui limite l’entrée de la sonde, on peut reconstituer la trajectoire limite par
la fonction ligne de courant de Tecplot. Il faut pour cela attribuer aux vecteurs constitu-
tifs des lignes de courant les composantes de vitesse des particules, et non de l’air. Pour
les particules, cette ligne s’appelle en toute rigueur ligne d’émission. La vitesse moyenne
des particules dans chaque cellule du maillage est fournie par un fichier de sortie pseudo
Eulerien du module de calcul SPARTE.

Pour transformer son calcul de trajectoires de particules individuelles (Lagrangien) en


champs scalaires et vectoriels (comme fournirait un calcul Eulerien), SPARTE calcule
dans chaque cellule du maillage la moyenne des vecteurs vitesse des particules qui y
sont présentes. Nous verrons plus tard que cet artifice présente des limites à surveiller.
Par exemple il faut assez de particules dans chaque cellule pour faire une moyenne si-
gnificative. C’est une contrainte sur le temps de calcul : plus les mailles sont petites, plus
il faut injecter un grand nombre de particules pour les remplir.

[Link] Avantage de la méthode de la trajectoire limite


Pour notre recherche, l’avantage de cette méthode concerne principalement le temps de
calcul. Celui-ci est en effet proportionnel au nombre de particules dont le module
SPARTE doit calculer les trajectoires. Pour visualiser la trajectoire limite, il suffit de
placer quelques injecteurs de particules à des positions judicieusement choisies. On ar-
rive alors à ensemencer précisément une fine zone entourant la paroi à l’entrée de la
sonde avec une dizaine d’injecteurs très serrés (10 x 0,1mm). Cinq minutes suffisent
alors pour calculer la trajectoire limite des particules de taille donnée.
Mais il faut plus de temps pour placer les injecteurs au bon endroit. Pour cela nous esti-
mons la trajectoire limite par la corrélation de Belyaev et Levin. Nous plaçons les injec-
teurs autour de son point supposé de départ. Il faut parfois ajuster le réglages par plu-
sieurs essais : lorsqu’il y a plus d’injecteurs d’un côté de la ligne, les interpolations dans
les plus grosses cellules du maillage sont faussées. Si l'on veut placer un nombre limité
d’injecteurs, il faut les placer avec une grande précision. Il s'agit donc de trouver un cer-
tain compromis entre le temps de calcul et le temps de paramétrage manuel.

Nous avons utilisé cette méthode pour tester la validité de notre modèle dans les condi-
tions similaires à la référence bibliographique de Belyaev et Levin (1971): écoulement

124
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

laminaire à faible concentration donc sans couplage particules - gaz, et sans rebond sur
la face amont de la sonde.

[Link] Inconvénients de la méthode de la trajectoire limite

Finesse du maillage exigée


Nous recherchons une précision de l’ordre de 1% sur l’efficacité d’aspiration. Pour la véri-
fier, prenons un cas test : des particules très fines qui suivent parfaitement l’écoulement
(diamètre = 0,1 µm, Stk = 4.10-5). Alors on doit trouver une efficacité d’aspiration uni-
taire (A = 1) quel que soit le rapport d’isocinétisme.

Grâce à ce test nous constatons que le maillage basique que nous avons utilisé n’est pas
assez raffiné en amont. Le nombre total de noeuds est 3236, et la hauteur des grosses
mailles est 2,8 mm (maillage 1).

0.025

0.02

0.015
Y

0.01

0.005

0
-0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0 0.01 0.02 0.03 0.04
X

Figure 5-6 : Maillage 1 basique. X et Y en m.

Il engendre des imprécisions de 5% sur la position de la ligne de courant limite de l’air


comme sur celle des particules.
Il est donc nécessaire de l’améliorer : réduire la taille des plus grosses mailles à l’entrée
du modèle : 0,6 mm. Le nombre de noeuds total est alors porté à 4699 (maillage 2). Cela
augmente peu le temps de calcul car il est surtout influencé par les particules.

0.025

0.02

0.015
Y

0.01

0.005

0
-0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0 0.01 0.02 0.03 0.04
X

Figure 5-7 : Maillage 2, affiné en entrée de sonde

125
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Soulignons ici un détail important de l’évolution récente du code CEDRE. Lors de ces
premiers calculs, nous avons utilisé la version 1.2.2. En traversant une maille, toute par-
ticule voit la vitesse moyenne du fluide dans la maille. Même si elle est très petite, cette
particule ne peut donc effectuer que des segments de droite dans chaque maille.

6093
0.0048
u
20.0 0.0046
19.2
18.4
17.6 0.0044
16.8
16.1
15.3 0.0042
14.5
13.7
12.9 0.004
Y

12.1
11.3
10.5 0.0038
9.7
8.9
8.2
0.0036
7.4
6.6
0.0034
5.8
5.0
0.0032

-0.001 0 0.001
X
Figure 5-8 : Trajectoires des particules (diamètre 0,1µm) modélisées par des segments de droite. Les vecteurs
représentent la vitesse du fluide en chaque nœud, la couleur correspond à la composante axiale u de cette vi-
-5
tesse (m/s) moyennée dans chaque cellule. Pas de calcul = 5.10 s

La première manière de réduire l’imprécision des trajectoires est de réduire le pas de


temps du calcul (de 5.10-6 à 2.10-6s) pour limiter l’erreur aux interfaces entre les cellules.
De plus, nous resserrons les injecteurs pour obtenir plus de particules dans chaque cel-
lule donc des moyennes plus significatives.

126
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

0.0048
u
20.0 0.0046
19.2
18.4
17.6 0.0044
16.8
16.1
15.3 0.0042
14.5
13.7
12.9 0.004
Y

12.1
11.3
10.5 0.0038
9.7
8.9
8.2
0.0036
7.4
6.6
0.0034
5.8
5.0
0.0032

-0.001 0 0.001
X
Figure 5-9 : Trajectoires des particules (diamètre 0,1µm) modélisées par des segments de droite. Les vecteurs
représentent la vitesse du fluide en chaque nœud, la couleur correspond à la composante axiale u de cette vi-
tesse (m/s) moyennée dans chaque cellule. Pas de temps = 2.10-5 s. (6101)

Mais les imprécisions sont encore sensibles dans les zones de forte courbure : le rayon de
courbure approché qui en résulte est plus grand. Il est donc nécessaire de placer des
mailles plus petites (0,1 mm au lieu de 0,4 mm) dans ces zones (1 cm devant l’entrée de
la sonde), pour ne pas excéder 1% d’imprécision sur la vitesse d’aspiration. Le maillage
résultant comporte 5761 nœuds (maillage 3).

0.025

0.02

0.015
Y

0.01

0.005

0
-0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0 0.01 0.02 0.03 0.04
X

Figure 5-10 : Maillage 3, affiné sur le bord d’attaque

127
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

0.005

0.004
Y

0.003

-0.005 0
X

Figure 5-11 : Détail du raffinement du maillage 3 devant le bord d'attaque de la sonde

La conséquence sur le temps de calcul est importante, non pas à cause du calcul du
champ gazeux, mais à cause des particules. En effet, pour que chacune de ces nouvelles
petites mailles puisse fournir des moyennes pseudo Euleriennes sur les particules, il faut
plusieurs particules à l’intérieur (5 à 10 est une gamme pratique). Cela nous oblige à
resserrer le réseau d’injecteurs (écart = 0,05 mm) donc le nombre total de trajectoires à
calculer.

6132
0.0048
u
20.0 0.0046
19.2
18.4
17.6 0.0044
16.8
16.1
15.3 0.0042
14.5
13.7
12.9 0.004
Y

12.1
11.3
10.5 0.0038
9.7
8.9
8.2
0.0036
7.4
6.6
0.0034
5.8
5.0
0.0032

-0.001 0 0.001
X
Figure 5-12 : Meilleure approximation des trajectoires grâce à un maillage plus fin (petites mailles = 0,1 mm). Par-
-6
ticules 0,1 µm, Pas de temps = 2.10 s. Espacement des injecteurs = 0,05 mm. (u en m/s)

Pour le calcul des trajectoires limites, cela reste accessible car on cherche seulement à
ensemencer la zone proche du bord de la sonde. Nous avons ainsi obtenu des temps de
calcul inférieurs à 20 minutes pour une précision meilleure que 1% sur le cas test, à

128
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

l’aide d’un maillage raffiné à la fois à l’entrée du modèle pour localiser le départ des li-
gnes de courant, et également à l’entrée de la sonde pour arrondir les trajectoires de par-
ticules (maillage 3: 5761 nœuds, petites mailles près de la sonde = 0,1 mm, grosses mail-
les sur la trajectoire limite = 0,6 mm).

Mais ce raffinement est très pénalisant lorsqu’il faut ensemencer toute la sonde et son
proche voisinage : pour les calculs avec dispersion turbulente et couplage réciproque par-
ticule - gaz, que nous verrons plus loin. Pour ces cas, la version récente de CEDRE 2.1.1
permet d’interpoler linéairement la vitesse du gaz perçue à tout endroit par une parti-
cule. On peut alors observer des trajectoires courbes de particules dans des grosses mail-
les, ce qui garantit une bonne précision des trajectoires globales, indépendamment du
maillage. La finesse du maillage dans les zones à forts gradients n’est alors importante
que pour le calcul du champ gazeux, pas pour celui des trajectoires de particules.

9180
u
20.0
19.2
18.4 0.0045
17.6
16.8
16.1
15.3
14.5
13.7
12.9
Y

12.1 0.004
11.3
10.5
9.7
8.9
8.2
7.4
6.6
5.8 0.0035
5.0

-0.001 -0.0005 0 0.0005 0.001


X
Figure 5-13 : Dans CEDRE 2.1.1, trajectoires courbes dans une cellule de 0,4 m. Particules de 1µm, espacement
des injecteurs = 0,2 mm, pas de temps = 5.10-5 s. (u en m/s)

Grâce à cette amélioration, pour tous les calculs où la ligne de courant limite et la trajec-
toire limite ne sont pas nécessaires, nous pouvons reprendre, le maillage basique (mail-
lage 1) de 3236 nœuds, avec les grosses mailles de 2,8 mm et les petites mailles de 0,4
mm.

LTM pas nécessaire pour les calculs avec turbulence et couplage réciproque
Le code SPARTE peut simuler la dispersion des particules par la turbulence du champ
gazeux. C’est l’un des points qui distinguent notre étude des calculs présentés dans la lit-
térature. Dans ce cas, les particules injectées par une dizaine d’injecteurs placés à
l’origine de la trajectoire limite sont dispersées dans tout le champ et rares sont celles

129
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

qui arrivent au bord de la sonde. Les mailles situées le long de la trajectoire limite
contiennent alors très peu ou pas de particules, donc aucun vecteur vitesse à intégrer
pour construire cette trajectoire.

Pour remédier à cela, on est obligé d’abandonner l’astuce de l’injection localisée. Il faut
ensemencer uniformément toute la zone proche de la sonde. En pratique on place des in-
jecteurs depuis l’axe de symétrie jusqu’à un rayon de 8 mm (deux fois le rayon de la
sonde). Il est inutile d’ensemencer toute la section d’entrée (rayon = 25 mm). Le temps de
calcul est alors augmenté de façon proportionnelle. Heureusement, comme nous l’avons
vu au paragraphe précédent, la nouvelle fonctionnalité d’interpolation des vitesses de
CEDRE 2.1.1 nous permet de garder des mailles relativement grandes (0,4 mm) y com-
pris dans les régions à fort gradient de vitesse. Le nombre de particules à injecter pour
les remplir reste donc modéré, et le temps de calcul n’excède pas 30 minutes.

Remarquons que grâce à la dispersion turbulente, il n’est pas nécessaire d’augmenter le


nombre d’injecteurs pour augmenter le nombre de particules numériques dans le modèle.
En effet, si l'on augmente simplement la fréquence d’injection, alors plusieurs particules
sont émises à chaque pas de calcul et elles sont réparties uniformément par la dispersion
turbulente.

Un second cas nécessite l’ensemencement uniforme de particules : la prise en compte du


couplage réciproque particule - gaz (2-way coupling) en cas de forte concentration de par-
ticules. En effet, si l’on veut calculer l’entraînement du gaz par les particules, les particu-
les sur la trajectoire limite sont insuffisantes. Dans ce cas le temps de calcul est encore
augmenté (2 à 5h) car il faut établir un nouveau régime permanent entre le gaz et les
particules.

Dans ces deux cas, la méthode de la trajectoire limite est applicable, mais elle n’est pas
la seule. On peut aussi compter les particules qui entrent dans la sonde (méthode du dé-
bit massique détaillée plus loin). Or, pour être précise la LTM demande un certain raffi-
nement du maillage à l’entrée du modèle. Nous avons donc choisi de ne l’utiliser qu’à ti-
tre de contrôle dans ces conditions de calcul.

LTM inutilisable avec rebond des particules sur le bord d’attaque


Par son aspect modulaire, le code CEDRE permet certains artifices de calcul intéres-
sants. En particulier les conditions aux limites pour le gaz d’une part, et pour les parti-
cules d’autre part, peuvent être définies de façon indépendante. Ainsi le bord d’attaque
de la sonde (paroi annulaire amont qui fait face au courant) est une paroi pour le module
CHARME de calcul du champ gazeux, mais on peut le définir comme une sortie libre
pour les particules. Cela évite de modéliser le rebond frontal des particules pour les cal-
culs préliminaires.

130
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

0.0065

0.006
8110
u 0.0055
19.0
18.4
17.8 0.005
17.3
16.7
16.1 0.0045
Y

15.5
14.9
14.4 0.004
13.8
13.2
12.6 0.0035
12.1
11.5
10.9 0.003
10.3
9.7
9.2 0.0025
8.6
8.0
-0.002 0 0.002
X
Figure 5-14 : La particule (27µm, Stk = 3) traverse le bord d'attaque. La trajectoire limite est valable. (u en m/s)

Mais lorsque l’on veut au contraire mesurer l’effet du rebond au bord d’attaque, la mé-
thode des trajectoires limites devient inutilisable. En effet les cellules proches de la paroi
contiennent à la fois des particules incidentes et des particules qui viennent de rebondir.
Le vecteur vitesse moyen sur la cellule qui en résulte n’a pas de sens physique, et il est
utilisé par Tecplot pour construire la trajectoire limite. Celle-ci se trouve donc décalée
vers l’intérieur ou l’extérieur du cylindre selon le sens du rebond, lui même influencé par
le rapport d’isocinétisme (par exemple en super-isocinétique, le rebond est aspiré vers
l’intérieur).

131
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Figure 5-15 : Le rebond déforme la trajectoire limite (rouge) (u en m/s)

De plus, les particules supplémentaires apportées dans la sonde par le rebond ne sont
pas comptabilisées par la trajectoire limite. Pour ces deux raisons cette méthode est inu-
tilisable dans le cas de prise en compte du rebond des particules sur le bord d’attaque de
la sonde, qui nous intéresse au plus haut point pour modéliser des réalités expérimenta-
les.

5.4.2 Méthode du débit massique dans la sonde


Sur le plan expérimental la méthode de la trajectoire limite (par photographie) est cou-
ramment comparée à celle de la mesure de concentration (CM). De même, dans le cadre
du calcul numérique, le code CEDRE et son module SPARTE de calcul Lagrangien des
trajectoires de particules, nous permettent de proposer une méthode numérique de dé-
termination de l’efficacité d’aspiration, capable de prendre en compte le rebond des par-
ticules. Il s’agit tout simplement de compter les particules qui entrent dans la sonde, et
de comparer leur débit massique à celui injecté à l’entrée du modèle. A = débit dans la
sonde / débit en amont de la sonde.

Notons que le but du calcul de l’efficacité d’aspiration est d’estimer la concentration des
particules en amont de la sonde. Pourtant nous comparons les débits massiques. Cette
distinction est fondamentale, car la concentration dépend directement de la vitesse des
particules. En effet, un même débit de particules apparaît très concentré à basse vitesse
et peu concentré à haute vitesse : les distances entre particules s’allongent à cause de la
vitesse. Puisque nous désirons étudier la sonde dans des cas non isocinétiques, ce piège
doit être évité : mesurons le débit de particules dans la sonde pour en déduire la concen-
tration en amont, où le champ de vitesse moyenne est homogène.

Notre méthode n’a pas les inconvénients de la LTM numérique (inutilisable avec re-
bond), ni ceux de la CM expérimentale : les dépôts de particules entre l’entrée de la

132
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

sonde et le filtre collecteur. En effet, dans notre modèle numérique on peut mesurer le
débit de particules dès l’entrée de la sonde. De toutes manières la sonde dans ce modèle
est trop courte pour produire des dépôts sensibles, et les parois peuvent être paramé-
trées pour ne pas générer de dépôts.

Malgré tous ces avantages, la méthode du débit massique dans la sonde doit être utilisée
avec beaucoup de précautions, car le module SPARTE ne propose pas encore les outils
numériques adéquats, comme par exemple le comptage des particules traversant une li-
mite du maillage. Nous devons donc accéder au débit de particules dans la sonde par des
moyens détournés que nous détaillons en annexe .
Sur les graphes suivants, la variable V34 représente N, le débit numérique de particules
par unité de surface :
N = [Link] [m-2.s-1]

Où up [m.s-1] est la vitesse moyenne des particules dans une cellule du maillage et c [m-3]
est leur concentration en nombre.

Sur le graphe suivant, nous visualisons le champ spatial du débit de particules N (=V34)
porté par l’axe vertical Z.
X représente la coordonnée axiale du cylindre, et Y la coordonnée radiale. L’axe de symé-
trie du modèle cylindrique constitue ici la frontière gauche du volume représenté (plan
Y = 0). La paroi est cachée à droite derrière les pics de débit, c'est le plan Y = 0,004.
L’observateur se trouve en aval de la sortie de la sonde (plan X = 0,05).

Z
7264

V34
2.7E+12
2.6E+12 3E+12
2.5E+12
2.4E+12
2.2E+12
2.1E+12
2.0E+12 2E+12
V34

1.9E+12 -0.01
1.8E+12
1.7E+12 0
1.5E+12
0.01 1E+12
1.4E+12
1.3E+12
1.2E+12 X0.02
1.1E+12 0.03
9.6E+11
0.04 0
8.5E+11
7.3E+11 0.05 0.002
6.2E+11 0
5.0E+11
Y

Figure 5-16 : Irrégularité numérique du débit pseudo Eulerien de particules (V34=N, en m-².s-1).
dp = 27µm,Stk = 3, U0/U =2 , 1-way coupling sans rebond sur le bord d’attaque

133
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

La première remarque est que cette représentation, où N (=V34) figure sur l’axe vertical
et l’échelle de couleurs, est homogène dans les grosses mailles en amont de la sonde,
mais très hétérogène dans les petites mailles. On observerait le même schéma pour la
concentration. Cela est du au faible nombre de particules numériques dans chaque petite
maille (<20) qui fait qu’une particule de plus dans la maille voisine occasionne un fort
gradient local de N (parfois un facteur 4 entre deux cellules de la même section droite de
la sonde). Ces grandes variations locales de N occasionnent des erreurs importantes sur
le calcul de la moyenne de N sur une section de la sonde.

En régime permanent, les variations dans le sens de l’axe peuvent être lissées artificiel-
lement à l’aide du filtrage temporel Eulerien de SPARTE. On règle cette grandeur tem-
porelle (en s) avant le calcul. Elle étale dans le temps le calcul des moyennes pseudo Eu-
leriennes dans chaque cellule. Ainsi, comme on peut le voir sur le graphe suivant, la pé-
riode de filtrage Eulerien de 0,002 s nous permet de lisser efficacement les résultats
grâce à une moyenne temporelle sur 400 cycles de calcul de 5.10-6 s.

Z
8084
Y

V34
2.7E+12
2.6E+12
2.5E+12
2.4E+12 2.5E+12
2.2E+12
2.1E+12
2.0E+12 2E+12
1.9E+12
1.8E+12
-0.01
1.7E+12
V3 4
1.5E+12 0 1.5E+12
1.4E+12
1.3E+12
0.01
1.2E+12
1.1E+12
1E+12
X0.02
9.6E+11
8.5E+11
7.3E+11 5E+11
6.2E+11 0.03
5.0E+11
0.04 0
Figure 5-17 : Le filtrage Eulerien (0,002 s) lisse le profil 3D du débit de particules (N=V34 en m-².s-1).
dp = 27µm,Stk = 3, U0/U = 2, 1-way coupling sans rebond sur le bord d’attaque

Dans le sens axial (X), les irrégularités artificielles du calcul sont bien gommées par le
filtrage Eulerien car les variations temporelles se confondent aux variations axiales dans
cet écoulement essentiellement axial. Mais nous constatons que les variations radiales
demeurent. Elles ont des causes physiques (répartition spatiale des particules) mais les
forts gradients sont source d’erreurs numériques pour calculer la moyenne dans une sec-
tion donnée de la sonde. On peut ainsi arriver jusqu’à 2% d’écart sur le débit moyen en-
tre deux sections distinctes de la sonde (entrée et sortie par exemple). En régime perma-
nent, cela contredit le principe de la conservation du débit. Nous garderons donc à

134
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

l’esprit que notre méthode d’extraction du débit de particules est limitée à une précision
de 2% à cause de la technique d’intégration dans des cellules à forts gradients de
concentration.

SPARTE ne propose pas encore d’outil pour lisser ces moyennes dans l’espace. Il serait
souhaitable de pouvoir choisir une échelle spatiale de calcul des grandeurs pseudo Eule-
riennes, indépendante du maillage et réglable dans différentes zones du champ de calcul
(une sorte de second maillage superposé, dédié à l’extraction de valeurs moyennes des
propriétés des particules).

A défaut d’une telle fonctionnalité, nous cherchons à mesurer la moyenne de débit dans
une section de la sonde présentant des gradients radiaux et axiaux de débit les plus mo-
dérés possibles. Pour vérifier la validité du choix d’une section de mesure, nous compa-
rons le résultat à celui donné par la méthode de la trajectoire limite (dans des calculs
sans rebond).
Après de multiples essais, il apparaît que la section située juste à l’entrée de la sonde
présente souvent le plus faible gradient radial, mais son gradient axial (notamment pour
des petites particules dans un prélèvement fortement non isocinétique) est fort et
conduit à sous-estimer le débit.
Des gradients radiaux de concentration apparaissent plus loin en aval dans la sonde à
cause des rebonds sur la paroi interne et de la symétrie sur l’axe. Par exemple, dans le
cas sub-isocinétique de la figure précédente, le débit de particules est élevé près de la pa-
roi car les particules tendent à diverger de l’axe sous l’effet du champ gazeux. Malgré ce-
la, la précision sur la moyenne du débit de particules est satisfaisante dans une large
section de 112 x 10 cellules carrées de côté 0,4 mm, qui commence à 5 mm en aval de
l’entrée de la sonde, et qui s’étend jusqu’à la sortie de la sonde (voir le maillage 1 Figure 13H9

5-6).
Dans certains cas, des pics de concentration locaux en entrée de sonde perturbent la
moyenne. Alors nous utilisons seulement les six dernières colonnes du maillage à la sor-
tie. Dans tous les cas, les écarts de débit moyen n’excèdent pas 2%.

Parallèlement, en raison de la simplicité du maillage (petites cellules de 0,4 mm sur le


maillage 1, Figure 5-6), la précision de nos calcul est de l'ordre de 2%. Pour l'améliorer, il
14H320

faudrait utiliser un maillage plus fin près de l'entrée de la sonde (comme le maillage 3,
présenté à la Figure 5-10 et à la Figure 5-11). Mais cela implique d'injecter plus de parti-
15H32 16H32

cules numériques pour que chaque cellule en comprenne entre 5 et 20 et produise un ré-
sultat cohérent. Alors le temps de calcul serait proportionnellement augmenté.

5.5 Validation du code CEDRE par comparaison à la littérature


Dans la gamme de vitesse qui nous intéresse (0,5 < U0/U < 2), l’efficacité d’aspiration
est correctement prédite par la corrélation de Belyaev et Levin, d’après toutes les expé-
riences et calculs qui l’ont testée (voir CHAPITRE 3 ). Leurs conditions de mesure sont :
32H

- une faible concentration donc pas de couplage réciproque particules - gaz


- pas de dispersion turbulente des particules
- pas de rebond sur le bord d’attaque de la sonde (négligé car très mince)

Nous prenons ces mêmes conditions pour paramétrer un calcul par le code CEDRE, que
nous exploiterons par la méthode de la trajectoire limite, avec le maillage le plus serré
que nous avons présenté plus haut (maillage 3). En ajustant la pression de sortie de la
sonde, nous fixons un champ de vitesse calculé en régime permanent par le module

135
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

CHARME de CEDRE. Puis, dans ce champ gazeux nous injectons grâce au module
SPARTE des particules dans une zone restreinte qui entoure la trajectoire limite. Pour
une vitesse d’aspiration donnée, nous faisons varier la taille des particules de façon à
couvrir la gamme de Stokes utile. Voici des exemples de trajectoires.

0.004
Y

0.002
-0.004 -0.002 0 0.002
X 6169

u: 5.0 5.8 6.6 7.4 8.2 8.9 9.7 10.5 11.3 12.1 12.9 13.7 14.5 15.3 16.1 16.8 17.6 18.4 19.2 20.0

Figure 5-18 : Particules de diamètre 4 µm (Stk = 0,064), U0/U=1,96 ; u en m/s

Les particules de diamètre 4 µm suivent bien les lignes de courant de l’air (dans ce cas le
rebond sur le bord d’attaque n’a pas été éliminé car il ne perturbe pas le calcul de la tra-
jectoire limite.

En revanche, celles de 107 µm ne les suivent pas du tout (ici on fait en sorte que les par-
ticules traversent artificiellement le bord d’attaque pour éviter la perturbation du re-
bond).

136
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

0.004
Y

0.002
-0.004 -0.002 0
X
61699
u: 5.0 5.8 6.6 7.4 8.2 8.9 9.7 10.5 11.3 12.1 12.9 13.7 14.5 15.3 16.1 16.8 17.6 18.4 19.2 20.0

Figure 5-19 : Particules de 107 µm (Stk = 45,6) indifférentes au prélèvement sub-isocinétique : U0/U=1,96 ; u en
m/s

Voici un exemple de trajectoire limite : celle d’une particule qui aboutirait juste à l’angle
de l’entrée de la sonde. Nous la comparons à la ligne de courant gazeux correspondante
pour établir l’efficacité d’aspiration pour cette taille de particules. L’échelle graphique a
été comprimée en X pour avoir une vision d’ensemble.

.006

.005

.004

.003

.002

.001

-0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0


X

Figure 5-20 : Trajectoire limite des particules de 30 µm (Stk = 3,59) et ligne de courant limite de l'air (U0/U=1,96)

A partir des trajectoires limites pour chaque taille de particules, nous pouvons constituer
la courbe de l’efficacité d’aspiration en fonction du nombre de Stokes.

137
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Comparaison entre le calcul 'CEDRE par LTM 'et la corrélation de BeL, U0 / U = 1,96

2,0

1,9 efficacité Cedre

1,8 efficacité Belyaev

1,7
Efficacité d'aspiration

1,6

1,5

1,4

1,3

1,2

1,1

1,0
1E-04 1E-03 1E-02 1E-01 1E+00 1E+01 1E+02 1E+03
Nombre de Stokes

Figure 5-21 : Validation du code CEDRE pour un prélèvement sub-isocinétique: U0/U=1,96

Les résultats correspondent parfaitement à la corrélation de Belyaev et Levin (écart


<1%). Cela valide notre outil de calcul.

Nous pouvons maintenant proposer une nouvelle approche plus complexe qui prend en
compte la dispersion turbulente des particules, leur rebond sur le bord d’attaque de la
sonde, et leur action de couplage réciproque sur le gaz porteur en raison d'une forte
concentration.

5.6 Influence du rebond, de la dispersion turbulente et du couplage


réciproque particules - gaz sur l’efficacité d’aspiration

5.6.1 Notations et méthode


Pour explorer l’influence de ces trois paramètres, nous les activons successivement sur
deux cas test significatifs. Voici les notations utilisées pour les différents cas:

d0 = sans dispersion turbulente. Ce cas est aussi appelé laminaire, mais ce qualificatif
ne concerne que les particules. L’écoulement porteur est turbulent dans tous les cas.

d1 = avec dispersion turbulente.

r0 = sans rebond des particules sur le bord d’attaque de la sonde. Ce dernier est alors
considéré comme une surface de sortie par les particules mais constitue une paroi pour le
fluide.

r1 = avec rebond.

138
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

t0 = sans prise en compte du couplage réciproque entre phases (Two-way coupling). C’est
le régime ‘one-way coupling’ correspondant aux écoulement dilués.

t1 = avec prise en compte du couplage réciproque pour les écoulements denses, par acti-
vation dans le code CEDRE du couplage entre les modules CHARME pour le fluide et
SPARTE pour les particules, à chaque cycle de calcul.

Précisons maintenant quelques détails de notre méthode de calcul.

Jusqu’ici nous avons utilisé dix injecteurs judicieusement placés autour de la trajectoire
limite. A présent, en raison de la dispersion turbulente et du couplage réciproque, nous
devons ensemencer entièrement la sonde et son proche environnement. Nous plaçons
donc quarante injecteurs équidistants de 0,2 mm, entre l’axe de symétrie et le rayon 8
mm. Le débit massique de particules de chacun d’entre eux est calculé pour qu’en symé-
trie cylindrique la concentration soit homogène. Ces injecteurs représentés dans la coupe
axiale par des points sont en réalité des cercles dans le plan normal à l’axe.

La concentration volumique de particules pour tous les calculs est fixée à C = 0,93.10-3,
ce qui correspond au rapport massique Z = 0,47 pour des particules de masse volumique
600 kg/m3.

Nous utilisons la méthode du débit massique dans la sonde pour mesurer l’efficacité
d’aspiration. D’ailleurs, dans de nombreux cas, nous ne pouvons plus utiliser la trajec-
toire limite à cause des rebonds sur le bord d’attaque qui perturbent les lignes d’émission
des particules.

Grâce à l’interpolation de la vitesse du fluide perçue par chaque particule entre les
nœuds (nouvelle fonctionnalité de CEDRE 2.1.1, vue plus haut), nous pouvons utiliser le
maillage le plus large décrit plus haut (maillage 1). Ainsi, les injecteurs distants de 0,2
mm fournissent au moins deux trajectoires de particules dans les plus petites mailles
(0,4 mm) pour les calculs sans dispersion. Avec la dispersion turbulente, la répartition
des particules est aléatoire mais finalement toutes les cellules importantes contiennent
assez de particules pour établir une moyenne pseudo Eulerienne cohérente.

Enfin, nous prendrons toujours comme référence la corrélation de Belyaev et Levin


(1971). En effet, il est difficile de retrouver avec exactitude le même rapport des vitesses
U0/U lorsque l’on change les conditions de calcul. Pour gommer ces petites variations de
la vitesse d’aspiration, nous normalisons chaque nouveau résultat par la corrélation de
BeL. C'est-à-dire que nous exprimons les résultats en termes d’écart à la valeur prévue
par cette corrélation simple.

5.6.2 Cas test 1 : grosses particules (dp = 27µm, Stk = 2,9) dans un
écoulement fortement sub-isocinétique (U0/U = 2)

139
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Ligne de courant

Paroi de la sonde

Axe de la sonde

Figure 5-22 : Sur-échantillonnage des particules en prélèvement sub-isocinétique

Rappel: A la vitesse incidente de 17,6 m/s et masse volumique de 600kg/m3, les particu-
les de diamètre 27µm ont un nombre de Stokes d’environ 3. Nos premiers calculs ont
montré qu’elles font partie de la classe des particules qui suivent mal l’écoulement ga-
zeux à cause de leur inertie. En les prélevant à une vitesse deux fois inférieure à la vi-
tesse incidente, on surestime leur concentration dans la sonde (leur inertie les empêche
de suivre les lignes de courant gazeux qui contournent la sonde).

Ainsi, dans le cas basique de calcul (sans dispersion ni rebond ni couplage particules -
gaz) l’efficacité d’aspiration est Ad0r0t0 = 1,884 pour U0/U = 2,086.

8110 0.005
u
20.0
19.2
18.4
17.6 0.004
16.8
16.1
15.3
14.5
13.7 0.003
Y

12.9
12.1
11.3
10.5
9.7
0.002
8.9
8.2
7.4
6.6 0.001
5.8
5.0

-0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0


X
Figure 5-23 : Trajectoires et lignes de courant dans le cas basique, semblable à la corrélation de BeL, U0/U=2,
Stk=2,9 ; u en m/s

140
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Cette valeur est inférieure de -3,1% à l’estimation empirique de Belyaev et Levin :


ABeL = 1,945. Cette faible différence est certainement due à la discrétisation du débit de
particules dans ce calcul sans dispersion turbulente où les injecteurs sont distants de 0,2
mm. Nous allons en effet constater que la dispersion turbulente réduit cet écart.

Sur le graphique suivant, nous comparons les contributions respectives de chacun des
trois paramètres de calcul importants (turbulence, rebond et 2-way coupling) selon quel-
ques combinaisons significatives.

U0/U=2 Stk=2,9

0,0%
d0r0t0 d1r0t0 d0r1t0 d1r1t0 d1r1t1 d0r1t1 d1r0t1 d0r0t1

-0,5%

-0,8%
Ecart relatif à Belyaev et Levin

-1,0%

-1,2%
-1,5%

-2,0% TWO-WAY

-2,2%
Dispersion
-2,5%

Dispersion
-3,0%

-3,1%
-3,2%
rebond
-3,5%
Configurations de calcul: dispersion (0/1) - rebond (0/1)- two-way coupling (0/1)

Figure 5-24 : Influence sur l'efficacité de la dispersion turbulente, du rebond sur le bord d'attaque, et du couplage
réciproque, cas sub-isocinétique

Analysons chacun de ces cas.

Si l’on active la dispersion turbulente des particules (dans le gaz à l’entrée du modèle :
énergie cinétique turbulente k = 0,86 m²/s², longueur caractéristique de la turbulence
l = 0,005 m), alors pour U0/U = 2,080, Ad1r0t0 = 1,924 (l'indice d1 remplace d0 pour indi-
quer la dispersion turbulente).

141
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

8084 0.005
u
20.0
19.2
18.4
17.6 0.004
16.8
16.1
15.3
14.5
13.7 0.003
Y

12.9
12.1
11.3
10.5
9.7
0.002
8.9
8.2
7.4
6.6 0.001
5.8
5.0

-0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0


X
Figure 5-25 : Répartition des particules par la dispersion turbulente (d1r0t0) U0/U=2 ; Stk=2,9 ; u en m/s

Cette valeur est à -0,8% de l’estimation empirique de Belyaev et Levin : ABeL = 1,940.
Cela confirme que sur le plan numérique, la dispersion turbulente favorise la répartition
homogène des particules dans les cellules du maillage. Mais cette variation (+2.3%) est
trop faible pour signaler un processus physique, étant donnée la précision de notre mé-
thode (2%). Nous retiendrons donc que l'effet de la dispersion turbulente dans cette confi-
guration est négligeable.

A partir du premier cas sans dispersion (d0r0t0), activons le couplage réciproque parti-
cules - gaz (2-way coupling) en plus du couplage basique gaz - particules. Rappelons que
le rapport massique des particules est fixé à Z = 0,47. Les trajectoires sont très sembla-
bles au cas ‘1-way’ de la Figure 5-23. Alors à U0/U = 2,085 on obtient :
17H324

Ad0r0t1 = 1,882 = Ad0r0t0 – 0,1% = ABeL – 3,2% (ABeL = 1,944).

Ici l’indice t1 de A indique « two-way coupling ».


L'effet du couplage particules - gaz est donc négligeable sur cette configuration.

Néanmoins, l’action des particules sur le gaz se manifeste sur la forme du profil de vi-
tesse axiale au niveau de la couche limite pariétale, où les particules rebondissent sur la
paroi interne. L’établissement de la couche limite est retardé par les particules qui en-
traînent l’air, comme le montre la figure suivante.

142
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

8110 8111
u u
19.0 0.004 19.0 0.004
18.3 18.3
17.5 17.5
16.8 16.8
16.1 16.1
15.3 15.3
14.6 14.6
13.8 13.8
13.1 13.1
0.003 0.003
Y

Y
12.4 12.4
11.6 11.6
10.9 10.9
10.2 10.2
9.4 9.4
8.7 8.7
7.9 7.9
7.2 7.2
6.5 0.002 6.5 0.002
5.7 5.7
5.0 5.0

-0.01 0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05 -0.01 0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05
X X

Figure 5-26 : Couches limites sans puis avec couplage réciproque (U0/U=0,5, Stk=2,9) ; u en m/s

Le couplage réciproque est donc bien actif mais ne modifie pas l’efficacité d’aspiration
dans cette configuration.

Ajoutons la dispersion turbulente au cas précédent. Les trajectoires sont très semblables
au cas ‘1-way’ de la Figure 5-25. Alors à U0/U = 2,062 on obtient :
18H325

Ad1r0t1 = 1,882 = ABeL – 2,2% (ABeL = 1,924).

Donc la turbulence n’a pas d’effet notable sur l’efficacité.

A partir de ce dernier cas (d1r0t1), activons enfin le rebond des particules sur le bord
d’attaque de la sonde. Pour un rendu réaliste du rebond de microsphères de verre creu-
ses sur une paroi en inox, le coefficient d’inélasticité normale est fixé à 0,6. Cela signifie
que la composante normale à la paroi, de la vitesse des particules après rebond, est mul-
tipliée par 0,6.

8115
0.006

Concentration-Particules
2.0E+11
1.9E+11 0.005
1.8E+11
1.7E+11
Y

1.6E+11
1.5E+11
1.4E+11
1.3E+11
1.2E+11 0.004
1.1E+11
1.0E+11
9.5E+10
8.5E+10
7.6E+10
6.6E+10
5.7E+10 0.003
4.7E+10
3.7E+10
2.8E+10
1.8E+10
-0.01 -0.005 0 0.005
X
Figure 5-27 : Rebond sur le bord d'attaque avec couplage réciproque et turbulence. U0/U=2, Stk=2,9 ; C en m-3

143
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Alors, pour U0/U = 2,061, on obtient :

Ad1r1t1 = 1,900 = ABeL – 1,2% (ABeL = 1,924).

Ici l’indice r1 indique l’activation du rebond.

Nous concluons que dans cette configuration le rebond a un effet négligeable sur l'effica-
cité d'aspiration. En effet, près des parois, le gaz cherche à contourner la sonde sub-
isocinétique, donc emporte vers l'extérieur les particules qui ont rebondi.

Bilan : pour cette configuration sub-isocinétique de particules de Stk = 3, la corrélation


de Belyaev et Levin est parfaitement adaptée pour estimer l'efficacité d'aspiration, puis-
que nos calculs montrent que les effets cumulés de turbulence et de couplage réciproque
particules - gaz sont de l’ordre de la précision de notre méthode de calcul (2%), et que le
rebond des particules sur le bord d’attaque est emporté vers l’extérieur.

Ceci est vrai pour le rapport massique Z = 0,47 que nous avons simulé, et en négligeant
les interactions entre particules (4-way coupling). Mais nos mesures expérimentales ont
montré que ces interactions affectent notablement l’efficacité lorsque varie le rapport
massique. Pour le simuler numériquement, il faudrait inclure des modèles de collision et
de sillage entre les particules, puis faire varier la concentration de particules. Ces op-
tions seront installées sur le module SPARTE dans une version ultérieure.

5.6.3 Cas test 2 : grosses particules (dp = 27µm, Stk = 2,9) dans écoulement
fortement super-isocinétique (U0/U = 0,5)

Trajectoire d’une particule

Paroi de la sonde

Ligne de courant

Axe de la sonde

Figure 5-28 : Sous-échantillonnage des particules en prélèvement super-isocinétique

Rappel: en prélevant deux fois plus vite ces particules de forte inertie, on les sous échan-
tillonne.

144
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Ainsi, le calcul basique (sans dispersion ni rebond ni two-way coupling) d'efficacité


donne Ad0r0t0 = 0,571 = ABeL +2,1%. Cet écart à la corrélation de référence est de l'ordre de
grandeur de la précision de nos calculs, et inférieure aux incertitudes de mesures dont
est issue la corrélation (10%).

0.007

8061
u
0.006
43.0
41.3
39.5
37.8
0.005
36.1
34.3
32.6
30.8 0.004
29.1
Y

27.4
25.6
23.9 0.003
22.2
20.4
18.7
16.9 0.002
15.2
13.5
11.7
10.0 0.001

0
-0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0 0.01 0.02 0.03 0.04 0.05
X
Figure 5-29 : Trajectoires de particules, lignes de courant gazeux et champ de vitesse gazeuse axiale (u en m/s)
dans le cas basique semblable aux mesures de BeL. U0/U=0,5, Stk=2,9 (échelle x comprimée)

Nous allons maintenant faire intervenir les trois paires de conditions de calcul en sui-
vant toutes les combinaisons possibles. Sur le graphe suivant, nous étudions les valeurs
de l’écart à BeL, en fonction de la combinaison retenue.

145
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

U0/U=0,5 Stk = 2,9

20% rebond
rebond

15,7%
15,0%
15%
13,3%
Ecart relatif à Belyaev et Levin

10,1% TWO-WAY
10%

Dispersion Dispersion
5% Dispersion Dispersion

2,1% 2,0% 2,0%

0%
d0r0t0 d1r0t0 d0r1t0 d1r1t0 d1r1t1 d0r1t1 d1r0t1 d0r0t1
-0,8%

-5%
Configurations de calcul: dispersion (0/1) - rebond (0/1)- two-way coupling (0/1)

Figure 5-30 : Effets respectifs sur l'efficacité d’aspiration, de la dispersion turbulente, du rebond sur le bord d'atta-
que , et du couplage réciproque. Cas super-isocinétique

Remarquons tout d'abord que le rebond sur le bord d’attaque (cas indicés r1) est le pa-
ramètre le plus influent sur l'efficacité d'aspiration. En moyenne, il augmente de 12%
l'écart à la référence BeL. C'est ce qu'illustre le tableau suivant.

conditions sans rebond avec rebond différence


1-way laminaire 2,1% 10,1% 8,0%
1-way turbulent 2,0% 15,7% 13,8%
2-way laminaire -0,8% 13,3% 14,1%
2-way turbulent 2,0% 15,0% 13,0%
Moyenne 1,3% 13,5% 12,2%

Cet ordre de grandeur est tout à fait logique, lorsque l'on considère que la surface du
bord d'attaque de la sonde équivaut à 13% de la section de la sonde.
En prélèvement fortement super-isocinétique (ici U0/U = 0,5), toutes les particules qui
percutent le bord d'attaque rebondissent vers l'amont puis sont emportées par l'air vers
l'intérieur de la sonde. Comme nous allons le voir maintenant, la turbulence amplifie
très légèrement ce phénomène.

146
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

0.005
8071

0.004
Concentration-Particules
2.0E+11
1.9E+11
1.8E+11 0.003
1.7E+11

Y
1.6E+11
1.5E+11
1.4E+11
1.3E+11
0.002
1.2E+11
1.1E+11
1.0E+11
9.5E+10
8.5E+10
7.6E+10 0.001
6.6E+10
5.7E+10
4.7E+10
3.7E+10
2.8E+10 0
1.8E+10
-0.01 -0.005 0 0.005 0.01
X

0.005
8070

0.004
Concentration-Particules
2.0E+11
1.9E+11
1.8E+11 0.003
1.7E+11
Y

1.6E+11
1.5E+11
1.4E+11
1.3E+11
0.002
1.2E+11
1.1E+11
1.0E+11
9.5E+10
8.5E+10
7.6E+10 0.001
6.6E+10
5.7E+10
4.7E+10
3.7E+10
2.8E+10 0
1.8E+10
-0.01 -0.005 0 0.005 0.01
X

Figure 5-31 : Rebond, 2-way, laminaire puis turbulent. U0/U=0,5, Stk=2,9 ; C en m-3

Le tableau suivant détaille l'apport de la dispersion turbulente à l'écart d'efficacité par


rapport à la référence BeL.

conditions laminaire turbulent différence


1-way sans rebond 2,1% 2,0% -0,1%
1-way avec rebond 10,1% 15,7% 5,7%
2-way sans rebond -0,8% 2,0% 2,8%
2-way avec rebond 13,3% 15,0% 1,7%
Moyenne 6,1% 8,7% 2,5%

Une fois de plus, l'apport de la turbulence est positif mais très faible. Sur le plan des
phénomènes physiques, cela illustre les résultats expérimentaux de Vincent (1985) sur
ce sujet : influence faible.
Mais sur le plan du modèle numérique, la turbulence a un rôle particulier: elle répartit
de façon homogène, les particules émises par quarante injecteurs ponctuels (ou plus pré-
cisément circulaires, en géométrie axisymétrie), comme le montre la figure suivante.

147
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

0.009

8070
0.008

0.007

Concentration-Particules
2.0E+11
0.006
1.9E+11
1.8E+11
1.7E+11
0.005
Y

1.6E+11
1.5E+11
0.004
1.4E+11
1.3E+11
1.2E+11 0.003
1.1E+11
1.0E+11
9.5E+10 0.002
8.5E+10
7.6E+10
6.6E+10 0.001
5.7E+10
4.7E+10
3.7E+10 0
2.8E+10
1.8E+10
-0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0
X
Figure 5-32 : Dispersion turbulente homogène des particules injectées ; C en m-3

Elle peut donc contribuer à une meilleure précision du résultat, puisqu'elle permet de
réduire les effets de l'inévitable discrétisation spatiale du calcul numérique : sur la
Figure 5-31 en laminaire, une seule particule rebondit sur le bord d’attaque. Nous accor-
19H326

derons donc un meilleur crédit aux résultats incluant la dispersion turbulente, pour des
raisons numériques et non physiques.

Le tableau suivant montre les effets du couplage réciproque particules - gaz (2-way) dans
toutes les configurations. Nous venons de voir que pour des raisons numériques, les cas
laminaires ne sont pas significatifs.

conditions 1-way 2-way différence


laminaire sans rebond 2,1% -0,8% -2,9%
laminaire avec rebond 10,1% 13,3% 3,2%
turbulent sans rebond 2,0% 2,0% 0,0%
turbulent avec rebond 15,7% 15,0% -0,8%
Moyenne 7,5% 7,3% -0,1%

Dans les cas turbulents, le couplage réciproque a un effet nul sur l'efficacité d'aspiration.
La première raison en est sans doute que le temps de réponse visqueuse de ces particules
(1,32 ms) est supérieur au temps de parcours de la zone de convergence des lignes de
courant (0,6 ms), comme nous l’avons vu au chapitre expérimental dans la même confi-
guration. Le transfert de quantité de mouvement entre les particules et le fluide est donc
partiel avant l’entrée de la sonde, et il se poursuit à l’intérieur.

Deuxièmement, rappelons l’expression du paramètre de couplage réciproque proposé par


Crowe (1998) que nous avons détaillé dans le CHAPITRE 3 : 327H

148
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Z ⎛⎜ u p ⎞⎟
P= 1− où up/uf = U0/U
Stk ⎜⎝ u f ⎟⎠
Nous l’avons calculé pour ce cas dans le chapitre expérimental : les particules n'extraient
que 8% de la quantité de mouvement du fluide dans ces conditions. Avec le même rap-
port de vitesses, il faudrait augmenter le rapport massique à la valeur Z = 1 pour attein-
dre un transfert de 17%.

Pour détecter une influence du 2-way coupling sur le prélèvement par sonde, nous pour-
rions étudier des rapports de vitesse extrêmes, comme U0/U = 0,1. Alors la courbure des
trajectoires de particules et des lignes de courant gazeux serait assez importante pour
être influencée par le couplage particules - gaz. Hélas, cela n'est pas réalisable avec le
même modèle. Il faudrait en effet rallonger substantiellement la sonde pour permettre
l'établissement progressif des couches limites et la stabilisation de la pression jusqu’à la
condition aux limites, homogène sur la section de sortie de la sonde.

Une autre manière de mettre en jeu un couplage réciproque plus conséquent est de
s’intéresser à de plus petites particules, ce qui réduit le nombre de Stokes, donc aug-
mente P dans l’équation ci-dessus. Mais dans notre configuration, les particules de 1 µm
que nous avons modélisées ont encore une influence trop faible pour être mesurée.
Comme elles suivent les changements de vitesse et de direction du fluide, elles ne défor-
ment pas ses lignes de courant.

Néanmoins, dans notre cas, ce couplage réciproque se manifeste nettement au moment


d'ajuster des conditions aux limites du calcul. Dans le cas présent, pour obtenir une
même vitesse d'aspiration, la pression de sortie de la sonde doit être baissée de 99050 Pa
en 1-way coupling, à 98800 Pa en 2-way coupling. La différence vient de la quantité de
mouvement que les particules extraient au gaz pour effectuer leur accélération dans la
sonde, de 17,6 à 35,2 m/s.

Nous concluons donc qu'à cette valeur du rapport massique (mp / ma = 0,47), même si le
couplage réciproque particules gaz a une certaine incidence sur les phénomènes axiaux,
il est en revanche négligeable pour les phénomènes radiaux comme l’aspiration par une
sonde non isocinétique.

5.6.4 Conclusion qualitative sur les cas test


A l’issue de ces deux cas tests, nous concluons que parmi les trois facteurs de calcul que
nous avons ajouté au cas basique de référence (turbulence, rebond et 2-way coupling),
seul le rebond des particules sur le bord d’attaque peut avoir une influence notable sur
l’efficacité d’aspiration, et cela, uniquement dans le cas d’aspiration super-isocinétique.
Nous possédons maintenant les outils d’analyse nécessaires pour interpréter l’ensemble
des résultats des calculs numériques suivants, où nous allons faire varier la vitesse
d’aspiration et la taille des particules.

5.7 Synthèse des résultats pour la sonde mince


Pour les calculs qui suivent, nous activons simultanément les trois facteurs étudiés ci-
dessus : dispersion turbulente, couplage réciproque et rebond sur le bord d’attaque. C’est
la configuration la plus réaliste que peut calculer le code CEDRE dans son état de déve-
loppement actuel.
Notre objectif est d’étudier la différence d’efficacité d’aspiration engendrée par ces fac-
teurs cumulés, par rapport au cas connu d’écoulement dilué, laminaire, avec paroi infi-

149
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

niment mince. Sur la Figure 5-21 nous repérons cinq tailles de particules réparties régu-
120H38

lièrement sur la courbe :

Diamètre (µm) 1 3 10 27 100


Stokes 0,004 0,036 0,4 2,9 40

Pour chacune de ces tailles, nous faisons varier la vitesse d’aspiration par le biais de la
pression de sortie de la sonde. Le couplage réciproque induit des différences de réglage
de cette pression en fonction de la taille des particules : les plus petites ont un échange
de quantité de mouvement plus important avec le gaz. Par exemple dans le cas d’une as-
piration sub-isocinétique, elles entraînent le gaz dans la sonde au cours de leur ralentis-
sement, ce qui nous contraint à augmenter la pression d’aspiration pour obtenir une
même vitesse d’aspiration. Lorsque la valeur désirée du rapport d’isocinétisme n’est pas
atteinte avec exactitude, nous utilisons l’interpolation linéaire sur la courbe d’efficacité
d’aspiration obtenue. Voici par exemples les réglages de pression d’aspiration de la sonde
pour deux tailles de particules différentes.

Pression de sortie sonde pour régler la vitesse d'aspiration avec des particules de 3µm ou 100µm

100400

100200

100000

99800
Pression (Pa)

99600

99400

99200

99000

Pression sortie sonde (3µm)


98800
Pression sortie sonde (100µm)
98600

98400
0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6 1,7 1,8 1,9 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7
U0/U

Figure 5-33 : Réglage de la pression de sortie de la sonde avec deux tailles de particules (3 et 100µm)

La vitesse incidente de l’air et des particules est U0 = 17,6m/s dans tous les cas. La turbu-
lence est caractérisée par son énergie cinétique k = 0,86 m².s-² et la longueur caractéris-
tique l=0,005 m. Le rapport massique des particules est fixé à Z = 0,47, ce qui correspond
à une concentration volumique de 0,93.10-3.
Voici les efficacités obtenues pour chaque taille de particules, en fonction du rapport
d’isocinétisme U0/U.

150
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

2,2
Efficacité CEDRE (1µm)
2 Efficacité CEDRE (3µm)
Efficacité CEDRE (10µm)
Efficacité CEDRE (27µm)
1,8
Efficacité CEDRE (100µm)

1,6

1,4
A = C/C0

1,2

0,8

0,6

0,4
0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8 2 2,2
U0/U

Figure 5-34 : Efficacité d'aspiration calculée par CEDRE pour plusieurs tailles de particules

Bien qu’elles ne soient pas parfaitement droites, ces courbes sont assez régulières pour y
appliquer des interpolations linéaires. Ainsi, pour reprendre la représentation classique
de l’efficacité d’aspiration, nous choisissons quelques valeurs du rapport d’isocinétisme,
et nous reconstituons par interpolation les courbes d’efficacité en fonction du nombre de
Stokes.

Comparaison entre BeL et CEDRE (2-way coupling, turbulence, rebond sur le bord d'attaque)

2,0
BeL U0/U=2
1,9
CEDRE U0/U=2
1,8
BeL U0/U=1,5
Sub-isocinétique
1,7 CEDRE U0/U=1,5

1,6 CEDRE U0/U=1


BeL U0/U=1
Efficacité d'aspiration

1,5
CEDRE U0/U=0,67
1,4 BeL U0/U=0,67
1,3 CEDRE U0/U=0,5
BeL U0/U=0,5
1,2

1,1

1,0

0,9

0,8

0,7
Super-isocinétique
0,6

0,5
0,001 0,01 0,1 1 10 100
Nombre de Stokes

Figure 5-35 : Efficacité d'aspiration pour quelques valeurs du rapport d'isocinétisme

151
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Les informations importantes de ce graphe viennent de la comparaison avec la corréla-


tion de Belyaev et Levin (en pointillés). Nous pouvons l’analyser en terme d’écart relatif :

Effet du nombre de Stokes sur l'efficacité d'aspiration pour plusieurs rapports d'isocinétisme.
Comparaison entre BeL et CEDRE (2-way coupling, turbulence, rebond sur le bord d'attaque).
16%

14%
CEDRE/BeL -1 U0/U=2
Ecart relatif sur l'efficacité d'aspiration

12%
CEDRE/BeL -1 U0/U=1,5

CEDRE/BeL -1 U0/U=1
10%
CEDRE/BeL -1 U0/U=0,67
8% CEDRE/BeL -1 U0/U=0,5

6%

4%

2%

0%

-2%

-4%
0,001 0,01 0,1 1 10 100
Nombre de Stokes

Figure 5-36 : Ecart relatif à BeL de l'efficacité d'aspiration calculée par CEDRE

Pour les cas sub-isocinétiques (U0/U>1, sur la partie haute de la Figure 5-35), l’écart à la 12H39

corrélation de BeL est inférieur à 2% et imputable aux approximations numériques.


Nous pouvons donc conclure que pour ces configurations, la corrélation de Belyaev et Le-
vin est utilisable, en dépit de la turbulence, du couplage réciproque entre phases, et du
rebond sur le bord d’attaque. Cela montre que la configuration la plus simple (sonde
mince, écoulement laminaire dilué) est extrapolable à certaines conditions très différen-
tes.

Mais pour les cas super-isocinétiques (U0/U<1), nous constatons une forte augmentation
de l’efficacité d'aspiration avec le nombre de Stokes (d’où l’écart entre les courbes en trait
plein et les courbes en pointillés sur le bas de la Figure 5-35). Nous avons vu à la section 12H30

précédente que cela est du au rebond des particules sur le bord d’attaque. Le cas isociné-
tique subit légèrement l’effet du rebond pour les grosses particules.

De même, le graphe suivant, issu de la Figure 5-34, montre que les écarts à la corréla- 123H

tion de BeL n’apparaissent que pour les faibles rapports d’isocinétisme (fortes vitesses
d’aspiration), et sont très supérieurs pour les grosses particules.

152
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Comparaison de plusieurs tailles de particules

16%

14% CEDRE / BeL -1 (1µm)


CEDRE / BeL -1 (3µm)
12% CEDRE / BeL -1 (10µm)
CEDRE / BeL -1 (27µm)
10%
Ecart relatif d'efficacité

CEDRE / BeL -1 (100µm)


8%

6%

4%

2%

0%

-2%

-4%
0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6 1,8 2,0 2,2
U0/U

Figure 5-37 : Ecart d'efficacité relatif à BeL

Pour expliquer ces tendances, observons les trajectoires pour trois tailles de particules
différentes.

153
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

0 .0 0 5
9 0 1 0
1 µ m

0 .0 0 4
C o n c e n tr a tio n - P a r tic u le s
2 .1 E + 1 5
2 .0 E + 1 5
1 .9 E + 1 5 0 .0 0 3
1 .9 E + 1 5
Y
1 .8 E + 1 5
1 .8 E + 1 5
1 .7 E + 1 5
1 .6 E + 1 5
0 .0 0 2
1 .6 E + 1 5
1 .5 E + 1 5
1 .5 E + 1 5
1 .4 E + 1 5
1 .3 E + 1 5
1 .3 E + 1 5 0 .0 0 1
1 .2 E + 1 5
1 .1 E + 1 5
1 .1 E + 1 5
1 .0 E + 1 5
9 .6 E + 1 4 0
9 .0 E + 1 4
-0 .0 1 - 0 .0 0 5 0 0 .0 0 5 0 .0 1
X

0 .0 0 5
8 1 2 2

1 0 µ m

0 .0 0 4
C o n c e n tr a tio n - P a r tic u le s
3 .1 E + 1 2
3 .0 E + 1 2
2 .8 E + 1 2 0 .0 0 3
2 .6 E + 1 2
Y

2 .5 E + 1 2
2 .3 E + 1 2
2 .2 E + 1 2
2 .0 E + 1 2
0 .0 0 2
1 .9 E + 1 2
1 .7 E + 1 2
1 .6 E + 1 2
1 .4 E + 1 2
1 .3 E + 1 2
1 .1 E + 1 2 0 .0 0 1
9 .5 E + 1 1
7 .9 E + 1 1
6 .4 E + 1 1
4 .8 E + 1 1
3 .3 E + 1 1 0
1 .7 E + 1 1
-0 .0 1 - 0 .0 0 5 0 0 .0 0 5 0 .0 1
X

0 .0 0 5
9 0 1 1
1 0 0 µ m

0 .0 0 4
C o n c e n tr a tio n - P a r tic u le s
5 .3 E + 0 9
5 .1 E + 0 9
4 .8 E + 0 9 0 .0 0 3
4 .6 E + 0 9
Y

4 .3 E + 0 9
4 .1 E + 0 9
3 .8 E + 0 9
3 .6 E + 0 9
0 .0 0 2
3 .3 E + 0 9
3 .1 E + 0 9
2 .8 E + 0 9
2 .6 E + 0 9
2 .3 E + 0 9
2 .1 E + 0 9 0 .0 0 1
1 .8 E + 0 9
1 .6 E + 0 9
1 .3 E + 0 9
1 .1 E + 0 9
8 .2 E + 0 8 0
5 .7 E + 0 8
-0 .0 1 - 0 .0 0 5 0 0 .0 0 5 0 .0 1
X

Figure 5-38 : Rebond sur le bord d'attaque pour trois tailles de particules: 1, 10 et 100µm. Lignes de courant noi-
res pour le gaz, lignes rouges pour les particules (à titre indicatif car elles sont faussées par le rebond) ; C en m-3

Ces images montrent que l’amplitude spatiale du rebond augmente avec l’inertie des par-
ticules, mais dans tous les cas, la totalité des particules ayant rebondi est aspirée par la
sonde. Le débit supplémentaire maximum de particules est fixé par la section du bord
d’attaque (avec une épaisseur de 0,25 mm, l’aire correspondante représente 13% de la
section d’entrée de la sonde de diamètre intérieur 8 mm). Mais toutes les particules
n’arrivent pas avec le même angle sur cette surface, comme le montrent les lignes rouges
sur les graphes ci-dessus. De plus, les petites particules sont capables de contourner le
bord d’attaque et ne pas y rebondir. Pour détailler ces phénomènes atténuateurs de
l’enrichissement du débit de particules aspiré par le rebond sur le bord d’attaque, nous
allons en élaborer une description analytique.

5.8 Expression analytique du rebond


Tentons de formuler une expression analytique qui décrit quantitativement ce phéno-
mène de rebond. Au débit de particules estimé par la corrélation de Belyaev et Levin, il
suffit d’ajouter le débit de particules qui impactent sur le bord d’attaque. Nous suppo-

154
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

sons en première approximation que pour tout prélèvement super-isocinétique (U0/U<1),


l’intégralité des particules qui touchent le bord d’attaque rebondissent vers l’intérieur de
la sonde.
Pour estimer par la corrélation de Belyaev et Levin le débit de poudre entrant dans la
sonde, revenons à la définition générale de l’efficacité d’aspiration:
Qp
Z Qf Qp Q f 0
A= = = .
Z0 Qp0 Qp0 Q f
Qf 0
Où Z est le rapport massique de particules dans la sonde,
Z0 est le rapport massique de particules en amont de la sonde,
Qp est le débit massique (kg/s) de particules dans la sonde,
Qp0 est le débit massique (kg/s) de particules en amont de la sonde,
Qf est le débit massique (kg/s) d’air dans la sonde,
Qf0 est le débit massique (kg/s) d'air en amont de la sonde.

Pour cet écoulement incompressible, dans une même section de mesure, on peut écrire :
Qf 0 U0
=
Qf U
Par ailleurs, en amont de la sonde, le débit massique par unité de surface est q0, donc
dans une section équivalente à celle de la sonde de diamètre intérieur d, le débit massi-
que de particules est Qp0 :
πd 2
Q p 0 = q0
4
Nous pouvons finalement estimer le débit de particules entrant dans la sonde par la cor-
rélation de BeL :
U πd 2
Q [Link] = ABeL . q0
U0 4

Estimons maintenant Qpr, le débit massique de particules ajouté par le rebond sur le
bord d’attaque.

Pour cela nous supposons que dans le cas super-isocinétique, la convergence des lignes
de courant gazeux vers l’intérieur de la sonde emportent toutes les particules qui vien-
nent de rebondir sur le bord d’attaque.

Alors nous multiplions simplement la densité surfacique de débit de particules inciden-


tes q0 par la section du bord d’attaque de la sonde Sb pour obtenir le débit brut de parti-
cules qui rebondit vers l’intérieur :
Q’pr = q0Sb
Mais deux phénomènes réduisent ce débit, en particulier pour les petites particules. L’un
concerne l’impact effectif des particules sur le bord d’attaque, l’autre la section apparente
de ce bord d’attaque. Nous allons les quantifier.

5.8.1 Coefficient d’impact


La densité surfacique de débit massique des particules incidentes est q0. Mais toutes ne
vont pas rencontrer le bord d’attaque. En effet, plus elles sont petites, plus elles sont ca-
pables de le contourner en suivant les lignes de courant gazeux local. C’est le cas de la

155
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

particule de 1µm sur la figure suivante, où la dispersion turbulente est inhibée pour que
nous puissions suivre visuellement la trajectoire des particules.

9210
0.00525
1µm
0.005
Vitesse-x-Particule
20.0 0.00475
18.5
17.1
0.0045
15.6
14.1
12.6 0.00425
Y

11.2
9.7
8.2
0.004
6.7
5.3 0.00375
3.8
2.3
0.8 0.0035
-0.6
-2.1 0.00325
-3.6
-5.1
-6.5 0.003
-8.0
-0.002 -0.001 0 0.001
X

Figure 5-39 : Evitement du bord d'attaque par les petites particules de 1µm (Stk=0,004). U0/U=2 ; up en m/s

Cela explique pourquoi sur la figure suivante, avec dispersion turbulente (cas de calcul
standard), aucune particule de 1µm n’a une vitesse axiale négative (voir échelle de cou-
leur).

9010
0.00525
1µm
0.005
Vitesse-x-Particule
20.0 0.00475
18.5
17.1
0.0045
15.6
14.1
12.6 0.00425
Y

11.2
9.7
8.2
0.004
6.7
5.3 0.00375
3.8
2.3
0.8 0.0035
-0.6
-2.1 0.00325
-3.6
-5.1
-6.5 0.003
-8.0
-0.002 -0.001 0 0.001
X

Figure 5-40 : Vitesse axiale (up en m/s) des particules de 1µm (Stk=0,004) U0/U=2

En revanche, pour des particules un peu plus grosses (3µm), on peut voir que quelques
unes, situées près du bord d'attaque, ont une vitesse axiale négative, ce qui indique
qu’elles viennent de rebondir.

156
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

9060
0.00525
3µm
0.005
Vitesse-x-Particule
20.0 0.00475
18.5
17.1
0.0045
15.6
14.1
12.6 0.00425

Y
11.2
9.7
8.2
0.004
6.7
5.3 0.00375
3.8
2.3
0.8 0.0035
-0.6
-2.1 0.00325
-3.6
-5.1
-6.5 0.003
-8.0
-0.002 -0.001 0 0.001
X

Figure 5-41 : Vitesse axiale des particules de 3µm (Stk=0,036) U0/U=2

En augmentant encore la taille des particules (10µm), le groupe de particules issues du


rebond devient bien distinct par sa vitesse négative.

0.0045
8124
10µm

0.004
Vitesse-x-Particule
20.0
18.4
16.8 0.0035
15.3
13.7
Y

12.1
10.5 0.003
8.9
7.4
5.8
4.2
2.6 0.0025
1.1
-0.5
-2.1
-3.7 0.002
-5.3
-6.8
-8.4
-10.0
-0.0015 -0.001 -0.0005 0 0.0005 0.001 0.0015 0.002
X

Figure 5-42 : Vitesse axiale des particules de 10µm (Stk=0,4) U0/U=2

Ces calculs montrent qu’en fonction de l’inertie des particules, le débit de particules is-
sues du rebond est modulé par un facteur Ji < 1 que nous appelons coefficient d’impact.
Il tend vers zéro pour les petites particules.

Ranz et Wong (1952) proposent une estimation théorique de Ji pour un ruban infini de
largeur D (modèle à deux dimensions). Localement, le bord de notre sonde peut être
considéré comme un ruban légèrement incurvé. Une différence majeure éloigne cepen-
dant notre cas de ce modèle : la vitesse du fluide n’est pas la même de part et d’autre de
l’obstacle car le prélèvement est super-isocinétique. Toutefois, nous supposons que les
petites particules qui ne rebondissent pas et qui sont emportées vers l’intérieur de la
sonde par le gaz, sont déjà comptabilisées par la corrélation de Belyaev et Levin (paroi
mince). Pour une première approche, nous pouvons donc tester ce modèle analytique.
Voici l’expression de Ji proposée par Ranz et Wong:

157
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

S 2 − S1
J i − RW =
S 2 exp( S1 z ' ) − S1 exp( S 2 z ' )
2 2
1 ⎛ 1 ⎞ 1 1 ⎛ 1 ⎞ 1
S1 = − + ⎜⎜ ⎟⎟ + S2 = − − ⎜⎜ ⎟⎟ +
4 Stk e ⎝ 4 Stk e ⎠ 2 Stk e 4 Stk e ⎝ 4 Stk e ⎠ 2 Stk e

2
1 ⎛ 4 Stk e q ' ⎞ 1 ⎛ 1 ⎞
z ' = arctan⎜⎜ ⎟⎟ q' = − ⎜⎜ ⎟
q' ⎝ 4 Stk e − 1 ⎠ 2 Stk e ⎝ 4 Stk e ⎟⎠

Ici le nombre de Stokes Stke est défini par rapport à l’épaisseur du bord d’attaque (e=
0,25 mm) et non plus au diamètre intérieur de la sonde (8 mm).
τ vU 0 ρd p2
Stk e = où τ v =
e 18μ
La courbe Ji-RW(Stke) est tracée en vert sur la figure suivante. On constate une singulari-
té à Stke=0,25 qui n’a pas de signification physique, mais découle seulement de la formu-
lation mathématique. Comparons cette estimation théorique à des mesures expérimenta-
les.

100%

90%

80%

70%
Coefficient d'impact

60%

50%

40%

30% Ji ruban (May&Clifford)

Ji ruban (Ranz-Wong)
20%

10%

0%
0,1 1 10 100
Stokes relatif à la taille de l'obstacle

Figure 5-43 : Coefficient d’impact sur ruban : Calcul théorique par Ranz et Wong, points expérimentaux par May
et Clifford.

May et Clifford (1967) ont mesuré expérimentalement le coefficient d’impact sur un ru-
ban perpendiculaire à l’écoulement, en fonction du nombre de Stokes des particules. Les
résultats sont sensiblement inférieurs aux estimations de Ranz et Wong, comme on peut
le voir sur la figure précédente. Nous choisissons donc d’utiliser les résultats expérimen-
taux de May et Clifford, plus fiables, grâce à une interpolation polynomiale d’ordre 5 en-
tre quelques points de mesure.

Le résultat de l’interpolation dans la gamme 0,15<Stke<40 est :

Ji = Ji-MC = -0,103 x5 + 0,793 x4 - 2,227 x3 + 2,585 x2 - 0,520x + 0,023

Où x = log(Stke) + 1

158
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Pour Stke<0,15 : Ji = 0
Pour Stke>40 : Ji = 1

Nous pouvons d’ores et déjà remarquer sur le graphe précédent que seules les très peti-
tes particules sont affectées par ce coefficient d’impact : au dessus de Stke = 4, qui corres-
pond aux particules de diamètre 5,6µm, le coefficient vaut déjà 0,8.

5.8.2 Coefficient de section efficace


On pourrait supposer que la turbulence modère l’effet du rebond pour les plus petites
particules, en dispersant vers l’extérieur de la sonde une partie de celles qui viennent de
rebondir. Mais cette hypothèse est invalidée par l’observation des graphes suivants. En
effet, aucune petite particule proche du bord d’attaque n’a une couleur rouge qui indi-
querait une vitesse radiale positive. Malgré la turbulence, toutes les particules ayant re-
bondi sont aspirées vers l’intérieur.

8122 9010
10µm 0.0045 0.0045
1µm

Vitesse-y-Particule Vitesse-y-Particule
5.0 5.0
4.5 4.5
3.9 3.9
3.4 3.4
2.9 0.004 2.9 0.004
Y

2.4 2.4
1.8 1.8
1.3 1.3
0.8 0.8
0.3 0.3
-0.3 -0.3
-0.8 -0.8
-1.3 -1.3
-1.8 0.0035 -1.8 0.0035
-2.4 -2.4
-2.9 -2.9
-3.4 -3.4
-3.9 -3.9
-4.5 -4.5
-5.0 -5.0
-0.001 -0.0005 0 0.0005 -0.001 -0.0005 0 0.0005
X X

Figure 5-44 : Vitesse radiale et angle d'incidence des particules pour deux tailles différentes: 10 et 1µm. En noir :
ligne de courant gazeux limite. En rouge : trajectoire limite des particules.

Par ailleurs, ces représentations font apparaître une différence importante entre les par-
ticules de différentes tailles : leur angle d’incidence (lignes rouges pour les particules).
Les plus grosses particules (100µm) arrivent perpendiculairement au bord d’attaque. La
section efficace du bord d'attaque Se est alors maximale, elle vaut Sb, la section de
l’anneau de diamètre extérieur D et de diamètre intérieur d :
π
S e = Sb =
4
(D 2
−d2 )
En revanche, les plus petites particules (1µm) arrivent sur le bord d’attaque avec un an-
gle proche de celui de la ligne de courant gazeux : 45°. La section efficace du bord
d’attaque, perçue par les particules incidentes à 45° est alors minimale. On peut montrer
qu’elle vaut Se=0,7Sb par la description trigonométrique de la figure suivante : pour un
angle d’incidence quelconque α, elle correspond à la tranche de cône délimitée par le
segment λ.

159
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Bord d’attaque de la sonde


λ β
ε

Figure 5-45 : Angle d'incidence des particules sur le bord d'attaque de la sonde

Entre 0,7Sb pour les petites particules (1µm) et Sb pour les grosses (100µm), nous pou-
vons supposer que la transition se fait selon le schéma empirique ci-dessous:

Js = 1 - 0,33 / ( 1 + 0,1 dp )

1
0,9
0,8
0,7
0,6
0,5

Js
0,4
0,3
0,2
0,1
0
1 10 100
dp (µm)

Figure 5-46: Transition empirique entre 0,7 et 1

Nous écrivons donc le coefficient de section efficace du bord d’attaque en fonction du


diamètre des particules (en m):
⎛ 0,33 ⎞⎟
J s = ⎜1 −
⎜ 1 + 105 d ⎟
⎝ p ⎠

5.8.3 Débit de particules ajouté par le rebond


Finalement, pour calculer analytiquement le débit de particules ajouté par le rebond Qpr
en fonction de la taille des particules, nous appliquons les coefficients de section efficace
Js et d’impact Ji au débit de particules incident sur le bord d’attaque :

Q pr = J i J s q0 S b

Le débit de particules total prélevé QpT est la somme de ce débit ajouté par rebond et de
celui estimé par BeL :
πd 2 ⎛⎜ U ⎛ ⎛ D ⎞2 ⎞⎞
Q pT = Q [Link] + Q pr = q0 ABeL . + J s J i ⎜ ⎜ ⎟ − 1⎟ ⎟
4 ⎜⎝ U0 ⎜⎝ d ⎠ ⎟⎟
⎝ ⎠⎠

160
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Nous en déduisons l’expression analytique ‘Coreb’ de l’efficacité globale, qui prend en


compte le rebond des particules sur le bord d’attaque en prélèvement super-isocinétique :
U0 ⎛ ⎛ D ⎞2 ⎞
ACoreb = ABeL + J i J s ⎜ ⎜ ⎟ − 1⎟
U ⎜⎝ d ⎠ ⎟
⎝ ⎠
Dans notre cas, les paramètres géométriques sont fixés : D = 8,5mm et d = 8mm. Donc :
2
⎛ D⎞
⎜ ⎟ − 1 = 0,129
⎝d⎠
Alors en pratique, pour estimer l’efficacité totale qui prend en compte le rebond des par-
ticules sur le bord d’attaque dans le cas super-isocinétique, nous utilisons:
U0
ACoreb = ABeL + 0,129 J i J s valable si U0/U<1
U
Cette expression est tracée en trait épais clair sur la figure suivante, pour deux valeurs
super-isocinétiques de U0/U.

1,1

1,0

0,9
Efficacité d'aspiration

0,8

Coreb (U0/U=0,67)

0,7 CEDRE U0/U=0,67


BeL U0/U=0,67
Coreb (U0/U=0,5)
0,6 CEDRE U0/U=0,5
BeL U0/U=0,5

0,5
0,001 0,01 0,1 1 10 100
Nombre de Stokes relatif au diamètre intérieur de la sonde

Figure 5-47: Prélèvement super-isocinétique, estimation analytique (‘Coreb’) de l’effet du rebond sur le bord d'at-
taque pour le calcul de l’efficacité totale

De manière générale, la corrélation analytique ‘Coreb’ que nous avons élaborée, repré-
sente bien nos résultats numériques par le code CEDRE. L’écart maximum n’est que de
5% et l’écart moyen est inférieur à 2%. Pour déterminer la cause de ces écarts, analysons
certaines zones particulières.

Tout d’abord, pour les grosses particules (Stk>1), la corrélation Coreb représente parfai-
tement l’excès de particules de 12 % du au rebond sur le bord d’attaque.

Pour les petites particules (Stk < 1), cette corrélation semble surestimer l’effet du re-
bond, par rapport au calcul numérique. Nous proposons deux hypothèses pour
l’expliquer.

161
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

1- Nous avons estimé le coefficient d’impact des particules sur le bord d’attaque à partir
d’un modèle simplifié de ruban balayé par un écoulement symétrique, alors que le bord
d’attaque a une forme annulaire, et la vitesse du gaz est fortement dissymétrique de part
et d’autre de cet obstacle, en régime super-isocinétique. Il est probable que nous l’ayons
ainsi surestimé pour les petites particules.

2- La courbe bleue du calcul CEDRE à U0/U = 0,5 montre pour les plus petites particules
(Stk=0,004) une efficacité légèrement inférieure à un. Cela n'est pas conforme au bon
sens physique, et nous l’attribuons à l’incertitude numérique (2%) de notre méthode.

Remarquons enfin la forme singulière de la courbe orange (Coreb 0,67) dans la zone
Stk = 0,03 : l’efficacité dépasse très légèrement la valeur 1. En effet, ces particules sont
assez grosses pour toucher le bord d’attaque et rebondir vers l’intérieur, mais elles sont
assez petites pour suivre correctement les lignes de courant convergentes donc leur sous
échantillonnage est faible.

5.8.4 Bilan du calcul numérique pour sonde mince


L’interprétation des résultats de nos calculs numériques par comparaison avec la littéra-
ture, et la construction d’une équation analytique qui les reproduit, nous ont conduit à
une compréhension précise des mécanismes essentiels du prélèvement diphasique par
sonde. Il en ressort que dans nos conditions de calcul, la turbulence et le couplage réci-
proque entre phases ont une influence négligeable sur l’efficacité d’aspiration. En revan-
che, pour les prélèvement super-isocinétiques, le rebond des particules sur le bord
d’attaque produit un excès d’efficacité par rapport à l’estimation de Belyaev et Levin.
Nul pour les petites particules, cet excès croît avec la taille des particules, jusqu’à la va-
leur asymptotique correspondant à la section du bord d’attaque exposée à l’écoulement
(13% dans notre cas). Cette valeur maximale est atteinte pour Stk > 3.

5.9 Comparaison aux résultats expérimentaux

5.9.1 Traitement préliminaire des données


Dans toutes les analyses précédentes sur les résultats numériques, nous avons défini
l'efficacité d'aspiration A comme un rapport entre C, la concentration mesurée par la
sonde, et C0 la concentration réelle en amont de la sonde. Mais dans notre dispositif ex-
périmental, C0 est estimée par une sonde de référence que l'on tente de régler de manière
parfaitement isocinétique. Or nous avons vu que le rebond des particules sur le bord
d'attaque de la sonde produit une légère surestimation de la concentration (jusqu’à 4%),
même en régime isocinétique. Ceci est illustré sur la figure suivante. Les particules de
couleur verte (vitesse < 8m/s) qui entrent dans la sonde sont issues du rebond.

162
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

0.006

8120
iso
27µm 0.0055

0.005
Vitesse-x-Particule
20.0
18.4
16.8
15.3 0.0045
13.7
Y

12.1
10.5
8.9 0.004
7.4
5.8
4.2
0.0035
2.6
1.1
-0.5
-2.1 0.003
-3.7
-5.3
-6.8
-8.4 0.0025
-10.0
-0.003 -0.0025 -0.002 -0.0015 -0.001 -0.0005 0 0.0005 0.001 0.0015
X
Figure 5-48 : Prélèvement isocinétique, quelques particules de 27µm issues du rebond sont captées (les vertes)

La mesure expérimentale de référence est donc légèrement biaisée par ce phénomène.


Nous appellerons C1 la concentration mesurée par la sonde isocinétique de référence,
pour signifier qu'elle est mesurée à U0/U = 1. A cause du rebond, C1 > C0, donc l'efficacité
A1 mesurée expérimentalement est légèrement surestimée. Il est néanmoins aisé de
comparer les résultats numériques et expérimentaux : il suffit de diviser les résultats
numériques par la concentration C1, calculée numériquement en U0/U=1. On trace alors
l'efficacité isocinétique A1 = C/C1. Elle est physiquement comparable à l'efficacité mesu-
rée par l'expérience. Nous appliquons le même principe à l’efficacité estimée par la corré-
lation de Belyaev et Levin, qui s’appelle alors ABeL1.

Pour comparer graphiquement les résultats, nous extrayons les valeurs expérimentales
d'efficacité A1 en fonction des trois paramètres: Stk, U0/U et Z = mp/ma. Tous les calculs
numériques ont été faits pour une seule valeur de rapport massique des particules :
Z=0,47. Les résultats expérimentaux balaient une gamme de rapports massiques entre
0,1 et 0,9, mais la valeur exacte de 0,47 n’est pas toujours disponible. Dans ce cas nous
utilisons l'interpolation linéaire pour lire l’efficacité d’aspiration correspondante.

163
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

5.9.2 Interprétation du cas nominal: U0 = 17.6 m/s, dp = 27µm, Z =0,47

Efficacité d'aspiration A1 relative à la mesure isocinétique de concentration C1


Comparaison numérique - expérimental
dp= 27µm, U0=17,6 m/s, Stk= 2,9
2,0
A1 = C / C1 Expérimental (27µm)
A1 = C / C1 Numérique (27µm)
1,8
A1 = C / C1 BeL1 (27 µm)
y=x
1,6 y=1

1,4
A1 = C / C1

1,2

1,0

0,8

0,6

0,4
0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6 1,8 2,0 2,2
U0 / U

Figure 5-49 : Comparaison numérique - expérimentale de l'efficacité d'aspiration

Les mesures expérimentales sont très proches des résultats numériques (avec turbu-
lence, rebond et couplage réciproque). Sur le plan quantitatif, il est plus clair de se rap-
porter aux écarts d’efficacité par rapport à la référence BeL1 en milieu dilué.

Ecart d'efficacité d'aspiration avec la référence Belyaev et Levin


Numérique / BeL1 -1 (27µm)
Comparaison numérique - expérimental
Expérimental / BeL1 -1 (27µm) dp= 27µm, U0=17,6 m/s, Stk= 2,9
16%

14%

12%
Ecart d'efficacité relatif à BeL

10%

8%

6%

4%

2%

0%
0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6 1,8 2,0 2,2
-2%
U0/U

Figure 5-50 : Ecart relatif à BeL, comparaison expérience - numérique

164
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

De manière générale, nous constatons un accord satisfaisant (-2,4% à +1%) entre les
deux approches.

Bien que ces écarts soient inférieurs aux incertitudes de mesure (5%) et de calcul (2%),
nous suggérons une hypothèse physique pour expliquer cette tendance des mesures à se
rapprocher de la référence BeL. Par exemple, dans le cas super-isocinétique (U0/U=0,5),
l’effet d’enrichissement du prélèvement par rebond des particules sur le bord d’attaque
est légèrement supérieur par le calcul numérique (+13,6%) par rapport à la mesure expé-
rimentale (+11,2%). Comme nous l’avons vu au CHAPITRE 3 et au chapitre expérimen- 32H

tal, les interactions entre particules (collisions et sillage) peuvent réduire l’efficacité
d’aspiration en configuration super-isocinétique. Elles inhibent partiellement d’action du
fluide sur les particules, ce qui compense partiellement l’effet enrichissant du rebond. Or
le code CEDRE ne permet pas encore de prendre en compte ces interactions. Cela peut
conduire le calcul numérique à surestimer l’efficacité réelle d’aspiration.

5.9.3 Autres points expérimentaux


Avec les mêmes particules de 27µm, nous avons pu faire varier expérimentalement le
nombre de Stokes en changeant la vitesse incidente de l’écoulement. Observons sur la fi-
gure suivante la répartition des mesures obtenues (ronds) par comparaison avec les cal-
culs normalisés par l’efficacité de la sonde isocinétique (U0/U=1) calculée par CEDRE.

A1= l'efficacité d'aspiration relative à la sonde isocinétique calculée par CEDRE.


Comparaison entre BeL1 et CEDRE1 et les mesures PIC
2,0
1,9 PIC1

1,8 BeL1 U0/U=1,95


CEDRE1 U0/U=1,95
1,7 Sub-isocinétique
CEDRE1 U0/U=0,9
1,6
BeL1 U0/U=0,9
1,5 CEDRE1 U0/U=0,5
Efficacité d'aspiration

1,4 BeL1 U0/U=0,5

1,3
1,2
1,1
1,0
0,9
0,8
0,7
0,6
Super-isocinétique
0,5
0,4
0,001 0,01 0,1 1 10 100
Nombre de Stokes

Figure 5-51 : Comparaison des résultats expérimentaux avec les calculs numériques

Nous retrouvons tout d’abord les deux points commentés au paragraphe précédent à
l’abscisse Stk = 2,9 (vert et bleu).

Le point vert, sub-isocinétique, est très proche de la courbe verte, qui représente
l’interpolation de nos résultats numériques pour U0/U = 1,95.

165
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Les deux points jaunes voisins ont été mesurés pour confirmer ce résultat avec d’autres
valeurs du nombre de Stokes, mais comme nous l’avons vu dans le chapitre expérimen-
tal, un incident pratique (défaut d’étanchéité d’un cyclone) a sans doute faussé les mesu-
res.

Le point bleu (Stk = 2,9, U0/U = 0,5) se trouve entre la courbe bleue pleine (CEDRE) et la
bleue en pointillés (BeL) pour la raison que nous avons évoquée plus haut : effets de cou-
plage entre particules. Un second point bleu vient confirmer ces tendances, à un nombre
de Stokes plus faible : 1,65.

Enfin, le point rouge s’aligne parfaitement avec l’interpolation de nos résultats numéri-
ques pour U0/U = 0,9.

Cette confrontation entre calculs numériques et mesures expérimentales, pour quelques


valeurs du nombre de Stokes et divers rapports d’isocinétisme, confirme nos conclusions
précédentes sur les phénomènes physiques dominants (rebond sur le bord d’attaque en
prélèvement super-isocinétique, influence des couplages entre particules) et les amélio-
rations à apporter sur nos techniques expérimentales (étanchéité, épaisseur des sondes)
et numériques (calcul des collisions et du sillage).

Pour consolider ces résultats, il serait souhaitable d'élargir l'étude expérimentale aux
particules de faible inertie (0,1 < Stk <1). Remarquons cependant que pour les petites
particules, les erreurs d'échantillonnage sont très faibles car elles suivent bien les lignes
de courant gazeux (voir paragraphe 3.1). Ainsi, les différents mécanismes sont difficiles à
3H

distinguer par la mesure, mais surtout les problèmes de représentativité de l'échantillon


n'ont pas lieu de se poser.

Ayant validé notre méthode de calcul pour les écoulements monodisperses de particules
à forte inertie, nous pouvons l’étendre au cas concret qui nous intéresse : la sonde
épaisse du montage du KeRC pour la granulométrie des résidus de combustion de pro-
pergol solide.

5.10 Modèle numérique de la sonde épaisse du montage KeRC

5.10.1 Présentation générale du modèle


L’un des objectifs pratiques de cette étude est de préparer l’interprétation des résultats
de granulométrie que fournira prochainement le montage du Keldysh Researc Center
(KeRC, voir 1.4.5). Il utilise une sonde isocinétique épaisse : diamètre extérieur = 50 mm,
34H

diamètre intérieur = 7 mm.


Dans l’étude expérimentale et numérique que nous venons de voir, nous avons testé
l’influence de la forte concentration en particules sur les mécanismes de prélèvement iso-
cinétique déjà connus en écoulement dilué.

Pour cela nous avons simplifié le problème en utilisant une sonde relativement mince
(diamètre intérieur = 8 mm, épaisseur paroi = 0,75 mm, biseautée à 0,25 mm = bord
d’attaque). Une sonde épaisse aurait en effet demandé des moyens expérimentaux très
supérieurs en termes de débit de particules (voir chapitre expérimental). Cette expé-
rience nous a permis de valider un modèle numérique et d’appréhender ses limites (prise
en compte des interactions entre particules). Forts de ce savoir-faire, nous pouvons en-
treprendre la modélisation de la sonde épaisse du montage du KeRC. Voici sa géométrie
et le maillage que nous avons construit.

166
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

0.07

0.06

0.05

0.04
Y

0.03

0.02

0.01

0
-0.05 -0.025 0 0.025 0.05
X
Figure 5-52 : Maillage de la sonde épaisse du KeRC

Voici l’allure générale du champ de vitesse axiale du gaz en prélèvement isocinétique :

167
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

8082 iso
u: 0 1 2 4 5 6 7 8 10 11 12 13 15 16 17 18 19 21 22 23

0.06

0.05

0.04
Y

0.03

0.02

0.01

0
-0.05 -0.025 0 0.025 0.05
X
Figure 5-53 : Champ de vitesse axiale (u en m/s) du gaz en aspiration isocinétique. U0/U =1, U0 = 17,6 m/s

En amont de la sonde, les lignes de courant commencent à diverger pour contourner la


sonde, mais juste devant l’entrée, certaines d’entre elles convergent. Cela donne au
champ de lignes de courant un aspect de « poireau » comme l’appelle Vincent (1981).
D’après Vincent, on peut attendre de cette configuration une efficacité d’aspiration des
particules réduite par rapport à la sonde mince, car les particules doivent suivre succes-
sivement deux courbures opposées. Mais cela n’est vrai que si les particules qui touchent
le bord d’attaque (paroi annulaire qui fait face à l’écoulement) y restent piégées. En cas
de rebond, au contraire, le débit de particules dans la sonde sera considérablement aug-
menté (Vincent 1989, Ingham 1981).

Pour observer cela, il n’est pas nécessaire d’injecter des particules dans la totalité de la
section d’entrée. Nous avons constaté que malgré la dispersion turbulente, les particules
issues d’un injecteur placé au rayon = 8 mm ne pénètrent jamais dans la sonde, même
dans les cas super-isocinétiques extrêmes de notre étude. Nous plaçons donc 40 injec-
teurs espacés de 0,2 mm entre l’axe de symétrie du modèle et le rayon 8 mm.

168
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

8082 iso
u: 0 1 2 4 5 6 7 8 10 11 12 13 15 16 17 18 19 21 22 23
0.04

0.03

0.02
Y

0.01

0
-0.05 -0.04 -0.03 -0.02 -0.01 0 0.01
X
Figure 5-54 : Injection de particules de 54 µm (Stk = 13,3) et lignes de courant gazeux U0/U = 1 ; u en m/s

Remarquons sur cette figure que les particules qui rebondissent sur le bord d’attaque
très épais constituent un débit considérable vis-à-vis de celui aspiré par la sonde.

Par rapport à la sonde mince, le nombre de mailles a augmenté, mais surtout celui des
particules présentes dans le champ de calcul (notamment le flux majoritaire et « inutile »
qui rebondit et se diffuse hors de la sonde). C’est pourquoi le temps de calcul est considé-
rablement augmenté : il faut 5h au lieu de 20 min. pour obtenir la stabilisation du ré-
gime permanent entre deux réglages de la vitesse d’aspiration (par le biais de la pression
de sortie de la sonde). C’est pourquoi nous avons du limiter le nombre de configurations
de calcul en fonction de nos contraintes de temps.

Pour une première approche, nous n’étudions que deux tailles de particules, choisies
pour leur similitude en nombre de Stokes (relatif au diamètre intérieur de la
sonde = 7mm) avec les gouttes de 1µm (Stk = 0,0037) et 60µm (Stk = 13,3) susceptibles
d’être aspirées par le montage de granulométrie pour moteurs à propergols solide. Les
diamètres retenus sont donc 0,9 µm et 54µm, pour une vitesse incidente de 17,6 m/s et
une masse volumique de 600 kg/m3, comme dans l’étude en sonde mince.

Selon le rapport du KeRC de mars 2005, dans le montage KeRC, la variation de vitesse
incidente (liée à la combustion du propergol) décroît lentement au cours d’un tir. Simul-
tanément, le débit aspiré par la sonde croît lentement à cause des échanges thermiques
dans tout le système d’aspiration. Dans le pire des cas, le non isocinétisme de la sonde
peut atteindre ±20% au début ou à la fin du tir. C’est donc dans la gamme de rapport
d’isocinétisme 0,8<U0/U<1,2 que nous devrons être capables d’interpréter les mesures.
Néanmoins, pour notre étude numérique, nous élargirons cette gamme à 0,5 < U0/U < 2,8

169
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

pour avoir une amplitude importante sur les phénomènes observés. Pour cela nous va-
rions la pression d’aspiration comme le montre la figure suivante.

Pression de sortie sonde pour régler la vitesse d'aspiration avec des particules de 0,9µm ou 54µm

100500

100000

99500
Pression (Pa)

99000

98500
Pression sortie sonde (0,9K)
Pression sortie sonde (54K)
98000

97500
0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6 1,7 1,8 1,9 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7 2,8 2,9 3,0
U0/U

Figure 5-55 : Réglage de la vitesse d'aspiration par la pression de sortie sonde

Remarquons qu’en raison du couplage réciproque entre phases, le réglage de la pression


de sortie de sonde varie légèrement avec la taille des particules.

5.10.2 Efficacité d’aspiration des petites particules : Stk = 0,0037


Avec un nombre de Stokes de 3,7.10-3, les particules de diamètre 0,9µm suivent parfai-
tement l’écoulement gazeux, comme le montre la figure suivante, à forte vitesse
d’aspiration. Nous illustrons ici le cas fortement super-isocinétique car c’est celui qui ré-
vèle avec le plus d’amplitude les phénomènes essentiels.

170
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Concentration-Particules
3.0E+15
2.9E+15
2.8E+15
2.7E+15
0.01 2.6E+15
2.5E+15
2.4E+15
2.3E+15
2.2E+15
2.1E+15
1.9E+15
1.8E+15
1.7E+15
1.6E+15
1.5E+15
Y

1.4E+15
1.3E+15
1.2E+15
0.005 1.1E+15
1.0E+15

8135 0,9µm -0.01 -0.005 0 0.005


X
Figure 5-56: Concentration (m-3) et lignes d'émission des particules. U0/U = 0,44, Stk = 0,0037

A l’entrée de la sonde, on constate une surconcentration de particules bloquées par le


bord d’attaque, puis emportées vers l’intérieur par l’aspiration fortement super-
isocinétique.

Mais la faible inertie de ces petites particules rend leur rebond imperceptible, comme le
montre la figure suivante. On ne trouve pas de particules avec une vitesse axiale néga-
tive.

171
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

0.0075

0.007
8135
0,9µm 0.0065

0.006
Vitesse-x-Particule
25.0
23.6 0.0055
22.2
20.7 0.005
19.3
Y

17.9
16.5 0.0045
15.1
13.6
0.004
12.2
10.8
9.4 0.0035
7.9
6.5
5.1 0.003
3.7
2.3 0.0025
0.8
-0.6
-2.0 0.002
-0.004 -0.002 0 0.002
X
Figure 5-57 : Vitesse axiale (m/s) des particules à l'entrée de la sonde épaisse. U0/U = 0,44, Stk = 0,0037

Finalement, l’efficacité d’aspiration reste pratiquement égale à 1 pour toutes les vitesses
d’aspiration, comme le montre la figure suivante.

Efficacité d'aspiration des particules de diamètre 0,9 µm (Stk= 0,0037)


par la sonde épaisse KeRC

1,20

1,15

1,10

1,05
C/C0

1,00

0,95
Efficacité CEDRE (0,9µm)
0,90 Efficacité BeL (0,9µm)
y=x
0,85 y=1

0,80
0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6 1,7 1,8 1,9 2,0
U0/U

Figure 5-58 : Efficacité d'aspiration des particules de 0,9µm par la sonde épaisse

172
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Le couplage réciproque, la turbulence, et la possibilité de rebond ne semblent donc pas


affecter l’efficacité d’échantillonnage unitaire prévue par la corrélation de Belyaev et Le-
vin pour les sondes minces. Les écarts d’efficacité, inférieurs à 3%, ne sont dus qu’à
l’approximation numérique pour le calcul du débit de particules entrant dans la sonde.
Elles n’ont pas de signification physique.

Nous concluons que pour toute vitesse d’aspiration, cette sonde épaisse ne commet pas
d’erreur d’échantillonnage pour les petites particules de 0,9µm (Stk = 0,0037).

5.10.3 Efficacité d’aspiration des grosses particules : Stk = 13,3

[Link] Approche qualitative et remarques pratiques sur le cas réel KeRC


Situées à l’extrémité supérieure sur la gamme des nombres de Stokes sensibles pour le
prélèvement par sonde, ces particules de diamètre 54 µm subissent très peu l’influence
du fluide. En revanche, leur rebond sur le bord d’attaque est important, comme on le voit
sur la figure suivante en configuration isocinétique.

Concentration-Particules
7.6E+10
7.2E+10
6.9E+10
6.5E+10
6.1E+10
5.7E+10
5.3E+10
5.0E+10
4.6E+10
0.01 4.2E+10
3.8E+10
3.4E+10
3.0E+10
2.7E+10
2.3E+10
Y

1.9E+10
1.5E+10
1.1E+10
7.6E+09
3.8E+09

0.005

ldc gaz

0
8082 54µm iso -0.01 -0.005 0 0.005
X
Figure 5-59 : Champ de concentration (m-3) des particules (Stk=13) et lignes de courant en régime isocinétique

Les particules ayant rebondi remontent l’écoulement jusqu’à 1 cm en amont de l’entrée


de la sonde, où elles sont à nouveau emportées par l’écoulement. Notons que l’amplitude
de ce rebond est liée à l’énergie cinétique de chaque particule, mais aussi au coefficient
de rebond inélastique utilisé dans le modèle. Ce dernier réduit la composante normale à
la paroi de la vitesse après rebond. Nous l’avons fixé à la valeur 0,6. Mais une étude pa-
ramétrique serait sans doute intéressante sur ce point.

173
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Dans cette première approche, nous considérons que l’amplitude axiale du rebond n’a
pas une forte influence sur la destination finale de la particule, qui nous préoccupe : soit
dans la sonde, soit en dehors. Nous discuterons plus loin de la pertinence de cette hypo-
thèse.

Par ailleurs, le cas pratique que nous cherchons à modéliser (montage KeRC pour pro-
pergols solides) contient en réalité des gouttes liquides d’alumine fondue (3400K). Leur
comportement en cas d’impact sur la paroi est certainement très différent de celui d’une
sphère solide. Elles peuvent éclater en petites gouttelettes, former un film, et même se
solidifier si la paroi est assez froide. Le plus probable est que tous ces phénomènes aient
lieu en même temps, de manière couplée, avec une complication supplémentaire :
l’alumine connaît comme le verre une transition de phase avec augmentation de la visco-
sité, ce qui lui donne une consistance pâteuse avant solidification. L’équipe de recherche
russe, qui a mis au point le montage KeRC, nous a fait part de problèmes de bouchage de
la sonde par agglomération d’alumine à l’entrée. Cela les incite, pour les propergols for-
tement chargés en aluminium, à utiliser à l’entrée de la sonde un matériau légèrement
ablatif à la température (Téflon), qui se dérobe sous les agglomérats en cours de solidifi-
cation pour prévenir ce problème.
Par conséquent, le raffinement de notre paramètre de rebond solide serait difficilement
extrapolable au cas réel de gouttes chaudes. C’est pourquoi nous ne nous y sommes pas
consacrés en priorité.

Suivons les trajectoires des particules qui viennent de rebondir : Une partie d’entre elles
peut être évacuée vers l’extérieur, une autre peut rebondir à nouveau, et enfin une partie
est aspirée par la sonde (les particules aspirées après deux rebonds successifs apparais-
sent sur la figure précédente sous la forme d’un « ergot » de la zone de surconcentration,
juste à l’entrée de la sonde). Le débit total de particules aspiré est donc considérablement
enrichi. En régime isocinétique (sensé être le réglage optimal pour la sonde), nous voyons
sur la figure suivante que cet enrichissement constitue 29% d’excès par rapport à la
concentration de poudre incidente. Il paraît donc impossible d’envisager un prélèvement
sans appliquer un facteur de correction. C’est l’objet de notre étude.

Mais notre étude numérique se propose comme cas limite à cause du choix de particules
solides qui rebondissent sur les parois. L’amplitude des effets que nous allons trouver est
donc à considérer comme une estimation indicative du cas réel de gouttes liquides chau-
des. Lorsque le code CEDRE-SPARTE sera doté d’outils de modélisation des collisions
des gouttes sur les parois, nos résultats pourront être affinés considérablement.

Pour situer le cas limite minimum, nous avons effectué quelques calculs (carrés verts sur
la figure suivante) où le rebond sur le bord d’attaque est inhibé : les particules sont éli-
minées du calcul quand elles le touchent.

174
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

[Link] Synthèse des résultats pour la sonde épaisse


Voici l’ensemble des résultats de nos calculs, sur la gamme de rapports d’isocinétisme.

Efficacité de captation des particules de diamètre 54µm (Stk=13,3) par la sonde épaisse KeRC
2,4

2,2

2,0

1,8
Efficacité d'aspiration

1,6

1,4

1,2

Efficacité CEDRE AVEC rebond


1,0
Efficacité CEDRE sans rebond
0,8 Efficacité BeL (sans rebond)
Efficacité Vincent + Chung (sans rebond)
0,6
y=1
0,4
0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6 1,8 2,0 2,2 2,4 2,6 2,8
U0/U

Figure 5-60 : Résultats CEDRE pour la sonde épaisse, comparés à la littérature

Le premier constat est que la corrélation de Belyaev et Levin pour sonde mince
(D/d < 1,1) n’a pas de sens pour notre géométrie (D/d = 7). Nous cessons donc de la pren-
dre comme référence pour les interprétations.

En revanche, le modèle de Vincent (1985, 1987, 1989), assorti des coefficients empiriques
de Chung et Ogden (1986) a été spécialement élaboré pour décrire l’efficacité d’aspiration
d’une sonde épaisse orientée face à l’écoulement, dans le cas où toute particule qui tou-
che le bord d’attaque y reste collée (sans rebond). Les expériences correspondantes ont
d’ailleurs été menées avec des parois enduites de graisse pour capturer les particules qui
impactent sur le bord d’attaque. Ingham (1981) obtient des résultats similaires par le
calcul numérique, sauf pour les faibles valeurs de Stk.
Notre sonde a la forme d’un disque troué en son centre. Voici les équations que propose
Vincent (1987) pour estimer l’efficacité d’aspiration.

Le nombre de Stokes des particules relatif au diamètre intérieur de la sonde est :


ρd p2U 0
Stk =
18μd
Où ρ est la masse volumique d’une particule (kg/m3),
dp est le diamètre d’une particule (m),
U0 est la vitesse incidente des particules (m/s),
μ est la viscosité dynamique du gaz (Pa.s),
d est le diamètre intérieur de la sonde (m).

Le rapport d’aspiration en symétrie axiale s’écrit :

175
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

2
⎛d⎞ U
φ =⎜ ⎟
⎝ D ⎠ U0
Où U est la vitesse débitante d’aspiration (m/s), D est le diamètre extérieur de la sonde
(m).

Le diamètre de la zone d'arrêt (stagnation) est calculé théoriquement par Ingham (1981):
1
S = BDφ 3
Où B = 0,92 pour un disque pourvu d’un petit trou en son centre.

Nous pouvons éventuellement ajuster ce coefficient géométrique grâce à nos calculs nu-
mériques : il suffit de repérer sur nos résultats la position du point de stagnation du gaz
sur le bord d’attaque.

Paroi épaisse de la sonde

Axe de la sonde

Figure 5-61 : La distance S définit la zone d'arrêt (Stagnation)

7263 ldc air

0.0085

0.0084

0.0083
Y

0.0082

0.0081

-0.0006 -0.0005 -0.0004 -0.0003 -0.0002 -0.0001 0 0.0001


X

Figure 5-62: Lignes de courant gazeux calculées par CEDRE . Zoom sur le point d'arrêt sur le bord d'attaque.
U0/U = 0,46

En toute rigueur, une seule ligne de courant devrait s’arrêter sur la paroi, mais notre
maillage n’est pas assez fin pour le montrer. Nous repérons donc le point d’arrêt physi-

176
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

que par la ligne de courant la plus droite : Y = 8,33 mm donc S = 16,66 mm. Dans cette
configuration (U0/U = 0,46), la formule précédente donne S = 16 mm. Les deux résultats
sont assez proches pour utiliser systématiquement la formule de Ingham.

A partir de cette zone d'arrêt, Vincent (1987) définit deux efficacités d’aspiration Ad et Ac
qui correspondent aux deux courbures (divergente puis convergente) des lignes de cou-
rant gazeux en forme de « poireau » (voir Figure 5-53 et Figure 5-59). Leur calcul est ba-
124H35 125H36

sé sur la théorie de l’impact, déjà évoquée plus haut pour le rebond des particules.
A chacune correspond un nombre de Stokes particulier.
2
d ⎛ D⎞
Stk d = Stk Stk c = Stk .φ ⎜ ⎟
S ⎝S⎠
Les efficacités d’impact s’en déduisent :
1 1
Ed = 1 − Ec = 1 −
1 + k d Stk d 1 + k c Stk c
Où kd = 0,25 et kc = 6 selon l’ajustement empirique de Chung et Ogden (1986) adapté aux
prélèvements de gouttes liquides dans les cas d’efficacités d’aspiration supérieures à 1.
Pour les cas où A<1 et pour des particules solides, les coefficients expérimentaux de Vin-
cent sont conseillés : kd = 0,15 et kc = 5.

On peut alors calculer les deux efficacités d’aspiration :


⎛ 1 ⎛ S ⎞2 ⎞ ⎛ ⎛ d ⎞2 ⎞
Ad = 1 + Ed ⎜ ⎜ ⎟ − 1⎟ Ac = 1 + Ec ⎜ ⎜ ⎟ − 1⎟
⎜φ ⎝ D ⎠ ⎟ ⎜⎝ S ⎠ ⎟
⎝ ⎠ ⎝ ⎠
Et l’efficacité totale calculée par Vincent est le produit :

AV = [Link]

Le résultat est tracé en fonction du rapport des vitesses U0/U sur la Figure 5-60, pour la 126H37

valeur Stk = 13,3 (ronds bleus). Il témoigne de l’effet réducteur d’efficacité de l’épaisseur
de la paroi de la sonde, par rapport au modèle de BeL. Pour notre géométrie et pour
Stk = 13,3, cette réduction vaut à toutes les vitesses d’aspiration :
AV / ABeL -1 = -17,5%.
Ainsi, l’efficacité du prélèvement parfaitement isocinétique (U0/U = 1) ne vaut que 0,82.
Et il faut porter le rapport de vitesses à la valeur sub-isocinétique de U0/U = 1,21 pour
obtenir une efficacité de 1. L’épaisseur de la paroi a donc un effet réducteur considérable
sur le prélèvement des grosses particules. Cela vient du fait que ces particules à forte
inertie (Stk = 13) doivent suivre deux courbures successives des lignes de courant.

Pour la suite de cette étude de sonde épaisse, nous prendrons comme référence cette effi-
cacité de Vincent : AV.
Traçons les écarts relatifs de nos résultats avec cette corrélation.

177
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Efficacité d'aspiration des particules de diamètre 54µm (Stk=13,3) par la sonde épaisse du KeRC.
Calcul CEDRE avec et sans rebond des particules. Ecart relatif à la corrélation de Vincent.

1000%

CEDRE AVEC rebond / Vincent -1

CEDRE sans rebond / Vincent -1


Ecart d'efficacité d'aspiration

100%
relatif à Vincent

10%

1%
0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6 1,8 2,0 2,2 2,4 2,6 2,8
U0/U

Figure 5-63 : Comparaison des résultats CEDRE à la corrélation de Vincent

Dans les paragraphes suivants, nous interprétons en détail les courbes précédentes.

Calcul sans rebond


La première constatation concerne le calcul CEDRE sans rebond. Il est très proche de la
corrélation de Vincent : de 3 à 6,5% d’écart. Nous pouvons attribuer ces écarts aux ap-
proximations de notre méthode numérique, que nous avons détaillées plus haut. En rai-
son de contraintes temporelles, nous avons limité nos calculs à la gamme utile de rap-
ports de vitesses 0,8 < U0/U < 1,2. Mais cela suffit à montrer par comparaison le rôle joué
par le rebond. Voici par exemple le champ de concentration de particules issu d’un calcul
en aspiration sub-isocinétique.

178
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Concentration-Particules
1.4E+10
1.3E+10
1.2E+10
1.2E+10
1.1E+10
1.0E+10
9.7E+09
9.0E+09
8.3E+09
0.01 7.6E+09
6.9E+09
6.2E+09
5.5E+09
4.8E+09
4.2E+09
Y

3.5E+09
2.8E+09
2.1E+09
1.4E+09
6.9E+08

0.005

ldc gaz

0
8119 54µm sub sr -0.01 -0.005 0 0.005
X
Figure 5-64 : Trajectoires des grosses particules sans rebond. U0/U = 1,22 ; Stk = 13,3 ; C en m-3

Lorsque le rebond est inhibé, les lignes d’émission des particules (rouges) ne sont pas
perturbées et représentent fidèlement les trajectoires moyennes des particules. Nous
constatons ici qu’elles sont pratiquement droites, insensibles aux mouvements du fluide.
C’est tout à fait logique pour un nombre de Stokes aussi élevé que 13,3.

Puisque ce calcul sans rebond valide notre méthode numérique par rapport à la littéra-
ture, nous pouvons maintenant étudier l’effet du rebond, représenté par la courbe à lo-
sanges rouges sur la Figure 5-60 et la Figure 5-63.
127H38 128H39

Aspiration fortement sub-isocinétique


Voici la répartition des particules dans le cas fortement sub-isocinétique U0/U = 2,8 :

179
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Concentration-Particules
6.0E+10
5.7E+10
5.4E+10
5.1E+10
4.9E+10
4.6E+10
4.3E+10
4.0E+10
0.01 3.7E+10
3.4E+10
3.2E+10
2.9E+10
2.6E+10
Y

2.3E+10
2.0E+10
1.7E+10
1.5E+10
1.2E+10
0.005 8.8E+09
6.0E+09

ldc gaz

0
8080 54µm sup ar -0.01 -0.005 0 0.005
X
Figure 5-65 : Prélèvement fortement sub-isocinétique avec rebond. U0/U = 2,8 ; Stk = 13,3 ; C en m-3

L’écoulement gazeux est exclusivement divergent à l’entrée de la sonde. Il emporte vers


l’extérieur toutes les particules qui ont rebondi sur le bord d’attaque. C’est pourquoi le
débit de particules aspiré par la sonde (donc l’efficacité) est prévisible par la corrélation
de Vincent sans rebond, comme le montrent la Figure 5-60 et la Figure 5-63. Nous ver-
129H340 130H4

rons à la fin de ce chapitre une application intéressante de cette configuration sub-


isocinétique.

Remarquons que les lignes rouges dans la zone sans rebond ont bien le sens physique de
la trajectoire moyenne des particules. Mais dans la zone de rebond, la ligne rouge n’est
que l’intégration spatiale des vecteurs vitesses d’un mélange de particules incidentes et
de particules qui viennent de rebondir (vitesse négative). On ne peut donc pas lui prêter
de signification en terme de trajectoire réelle.

Effet progressif du rebond


Lorsqu’on augmente la vitesse d’aspiration, les particules issues du rebond entrent de
plus en plus nombreuses dans la sonde. Cela cause la séparation progressive de la courbe
des calculs CEDRE avec rebond (en losanges rouges sur la Figure 5-60) par rapport à la
13H42

prévision sans rebond par Vincent (en rond bleus). Sur la Figure 5-63 nous constatons
132H4

que sur la gamme 0,4 < U0/U < 1,4 cet écart à la corrélation de Vincent suit une progres-
sion parfaitement droite sur l’échelle logarithmique. On peut l’interpoler par :
U
ACEDRE − 2,5 0
− 1 = 6,9.e U
AVincent

180
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Cet écart atteint +213% dans le cas fortement super-isocinétique U0/U = 0,46 (Figure 34H

5-63). Observons la répartition des particules dans ce cas.

Concentration-Particules
4.0E+11
3.8E+11
3.6E+11
3.4E+11
3.2E+11
3.0E+11
2.8E+11
2.6E+11
0.01 2.4E+11
2.2E+11
2.0E+11
1.8E+11
1.6E+11
Y

1.4E+11
1.2E+11
1.0E+11
8.0E+10
6.0E+10
0.005 4.0E+10
2.0E+10

ldc gaz

0
8083 54µm -0.01 -0.005 0 0.005
X
Figure 5-66 : Prélèvement super-isocinétique par sonde épaisse. U0/U = 0,46 ;Stk = 13,3 ; C en m-3

Les particules ayant rebondi sont fortement attirées vers l’intérieur de la sonde par le
gaz qui converge. Pour comprendre d’où viennent ces deux zones de forte concentration,
examinons un calcul similaire où la dispersion turbulente des particules a été inhibée
pour mieux suivre les trajectoires individuelles.

181
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Concentration-Particules
0.015
4.0E+11
3.8E+11
3.6E+11
3.4E+11
3.2E+11
3.0E+11
2.8E+11
2.6E+11
2.4E+11
0.01 2.2E+11
2.0E+11
1.8E+11
1.6E+11
Y

1.4E+11
1.2E+11
1.0E+11
8.0E+10
6.0E+10
0.005 4.0E+10
2.0E+10

ldc gaz

0
9280 54µm -0.01 -0.005 0 0.005 0.01
X
Figure 5-67 : Rebonds multiples visibles sur calcul laminaire U0/U = 0,46 ; Stk = 13,3 ; C en m-3

Nous constatons deux types de rebonds doubles. Les 4 séries de particules les plus pro-
ches de l’entrée rebondissent jusqu’à la face opposée du bord d’attaque (sur cette vue axi-
symétrique, les particules semblent « rebondir » sur l’axe). La zone de croisement de tou-
tes ces particules constitue la zone de forte concentration en amont de la sonde.
Puis elles subissent un second rebond et entrent enfin dans la sonde. Elles convergent
dans la section d’entrée, où elles rencontrent trois autres séries de particules qui ont éga-
lement subi deux rebonds successifs, mais sur le même bord d’attaque. Le lieu de croi-
sement constitue la seconde zone de forte concentration, juste à l’entrée de la sonde. Ce
rebond secondaire constitue en amont de la sonde la vague de particules (en blanc) la
plus proche du bord d’attaque, alors que la vague la plus lointaine provient du premier
rebond (on constate ici l’effet du coefficient de rebond inélastique).

Une troisième zone de forte concentration apparaît à 1 cm en aval de l’entrée de la sonde.


Elle est constituée par des particules qui n’ont subi qu’un seul rebond. Cette zone consti-
tue le plus fort pic de débit de particules, comme on peut le voir sur la figure suivante,
dans le cas avec dispersion turbulente (l'observateur se trouve devant l'entrée de la
sonde, l'axe vertical représente le débit de particules).

182
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

u
8083 Z 32.0
5E+12 30.6
8123 ldc air
29.2
X
27.7
0.009 26.3
V34
Y 24.9
5.1E+12
4E+12 23.5
0.008 4.8E+12
22.1
4.6E+12
20.6
4.3E+12
0.007 19.2
4.0E+12
17.8
3.7E+12
3E+12 16.4
3.4E+12
0.006 14.9
3.2E+12
13.5
2.9E+12

V34
12.1
2.6E+12
0.005 10.7
2.3E+12
2E+12
Y

9.3
2.1E+12
7.8
1.8E+12
0.004 6.4
1.5E+12
5.0
1.2E+12
0.003 9.4E+11
1E+12 6.6E+11
3.8E+11
0.002 1.0E+11
-1.7E+11
0.001 0

0
Axe de la sonde
-0.05 -0.025 0 0.025
Paroi0.04
de la sonde X -0.002

Entrée du mélange dans la sonde

Figure 5-68 : Champ de débit de particules (V34 = N en m-2.s-1). U0/U = 0,46 Stk = 13,3 avec rebond

En raison des forts gradients de débit locaux, il est préférable de mesurer le débit moyen
dans une zone peu perturbée par les rebonds, comme par exemple le fond de la sonde.
Les approximations numériques produisent en effet 2% d’écart de débit entre la section
d’entrée (surestimée à cause du pic sur l’axe de symétrie) et celle de sortie.

Remarquons enfin que le code CEDRE ne permet pas encore de prendre en compte les
interactions entre particules. Celles-ci se croisent donc sans se « voir ». Les figures pré-
cédentes montrent que dans ces cas de rebonds, les collisions entre particules sont très
probables et pourraient modifier sensiblement les résultats du calcul d’efficacité. Cette
prochaine étape est un défi scientifique ambitieux, et notre calcul pourrait servir de cas
test pour l’implantation des modèles de collision dans le module de calcul SPARTE pour
les particules.

5.10.4 Estimation analytique de l’efficacité


Comparons nos résultats aux prédictions théoriques de la littérature.
Dans le modèle de Vincent (1989), on peut prendre en compte le rebond en faisant
l’hypothèse que toute particule qui impacte sur le bord d’attaque à l’intérieur de la zone
de stagnation (zone intérieure à la ligne de stagnation du gaz sur le bord d’attaque) sera

183
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

finalement aspirée dans la sonde. L’efficacité d’aspiration avec rebond égale alors
l’efficacité d’impact dans la zone de stagnation, définie plus haut par Ad.

Par ailleurs, Ingham (1981) propose une interpolation analytique de ses simulations
numériques en écoulement potentiel. Il suppose également que toute particule impactant
dans la zone de stagnation sera aspirée dans la sonde. Son expression de l'efficacité d'as-
piration AI s'écrit:

b −1
AI = 1 +
1
1+
Stk I
1

où b = 0,9226φ 3
pour notre géométrie axisymétrique correspondant à un disque percé,
2
⎛d⎞ U
et φ = ⎜ ⎟ est le rapport d’aspiration axisymétrique défini plus haut.
⎝ D ⎠ U0
Ingham utilise une forme spéciale du nombre de Stokes, qui se réfère au diamètre exté-
rieur de la sonde D :
d
Stk I = 2 Stk
D
où figure l’expression commune du nombre de Stokes pour le prélèvement par sonde :
ρd p2U 0
Stk =
18μd
Comparons graphiquement nos résultats aux deux corrélations ci-dessus.

Efficacité de captation des particules de diamètre 54µm par la sonde épaisse KeRC

4,0

3,5

3,0

2,5
A=C/C0

2,0

1,5

Efficacité Ingham AVEC rebond


1,0
Ad= Efficacité Vincent AVEC rebond
Efficacité CEDRE AVEC rebond
0,5 Efficacité Vincent + Chung (sans rebond)
y=1
0,0
0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6 1,8 2,0 2,2 2,4 2,6 2,8
U0/U

Figure 5-69: Comparaison des résultats CEDRE aux corrélations avec rebond de la littérature

Les corrélations de Vincent et de Ingham avec rebond présentent la même forme mais ne
se superposent pas sur le plan quantitatif : la prévision de Ingham dépasse celle de Vin-

184
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

cent d’un excès d’efficacité d’environ 0,5 sur toute la gamme de U0/U. Nous ne pouvons
déterminer laquelle est la plus pertinente car Ingham se base sur des calculs purement
théoriques et numériques, et Vincent extrapole des résultats expérimentaux obtenus
sans rebond (graisse sur le bord d’attaque pour capturer le particules) et ajuste des coef-
ficients empiriques.

De plus, nos résultats présentent des efficacités d’aspiration globalement très inférieures
à ces deux prévisions. Nous pouvons en trouver l’explication sur la Figure 5-67. Les gros-
13H45

ses particules solides de diamètre 54 µm ont une inertie telle que, malgré un coefficient
de rebond inélastique de 0,6, elles rebondissent assez loin en amont de la sonde (-1cm).
Alors, une partie de celles qui ont touché le bord d'attaque à l’intérieur de la zone de sta-
gnation traversent la zone convergente du courant gazeux et sont emportées à l’extérieur
par les lignes de courant divergentes, éventuellement après un second rebond. On peut
ainsi repérer sur la Figure 5-67 que les particules qui entrent finalement dans la sonde
134H6

ont touché le bord d'attaque dans une zone circulaire de rayon 6,3 mm, et non 8,33 mm
correspondant à la zone de stagnation gazeuse. Les plus excentrées d’entre elles subis-
sent deux rebonds successifs : un premier vers l’extérieur et un second vers l’intérieur, de
moindre amplitude axiale (amortissement inélastique).

Au contraire, les corrélations de Vincent et Ingham supposent que toutes les particules
ayant touché le bord d’attaque dans la zone de stagnation gazeuse seront aspirées par la
sonde. Cela explique la grande différence entre nos résultats et ces corrélations (entre
−30% et −50%). Nous pouvons donc considérer ces corrélations comme des estimations
maximales du phénomène de rebond sur le bord d’attaque d’une sonde épaisse.

La taille des particules contribue à l’amplitude du rebond et peut ainsi réduire l’efficacité
d’aspiration. Nous pouvons alors supposer que des particules de taille inférieure présen-
teraient une efficacité supérieure. Mais un second phénomène s’oppose à cette tendance :
les petites particules suivent mieux les lignes de courant gazeux incident, notamment
celles qui divergent à l’approche du bord d’attaque. Par conséquent, les petites particules
sont moins nombreuses à percuter le bord d’attaque à l’intérieur de la zone de stagnation
gazeuse, ce qui réduit l’efficacité d’aspiration. Pour quantifier cette compétition entre
deux tendances opposées, une étude paramétrique sur la taille des particules serait inté-
ressante, mais pour des raisons de temps notre étude se limite à une première approche
qualitative.

Voici un exemple de calcul avec des particules de diamètre 10 µm. La dispersion turbu-
lente a été inhibée pour visualiser les trajectoires des particules.

185
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Figure 5-70: Particules de 10µm à l'abord de la sonde épaisse, calcul laminaire, U0/U = 0,46 ; up en m/s

Nous constatons qu’en raison de la faible inertie des particules, l’amplitude des rebonds
est extrêmement faible (0,1mm), de sorte que les particules qui touchent le bord
d’attaque semblent glisser ensuite le long de la paroi.

C’est exactement l’hypothèse avancée par Ingham et Vincent pour prendre en compte le
rebond. C’est pourquoi notre résultat est très proche de celui de Vincent. En effet,
l’efficacité d’aspiration calculée par CEDRE dans ce cas vaut 1,04. Ce résultat n’est que
de 3% inférieur à l’estimation de Vincent avec rebond. Cet écart est proche de la préci-
sion de notre calcul (2%), et gardons à l’esprit que la discrétisation spatiale impliquée
par le choix d’un calcul sans dispersion (pour une bonne visualisation des trajectoires)
cause des incertitudes de l’ordre de 2% sur le calcul d’efficacité.

Il serait intéressant dans une étude ultérieure, d’activer la dispersion turbulente pour
plus de précision, et de déterminer pour quelle gamme de tailles de particules la corréla-
tion de Vincent avec rebond est utilisable. Le résultat dépendra bien sur du coefficient
d’inélasticité du rebond, voire d’un autre modèle physique que nous choisirons pour
l’impact des particules sur la paroi.

En effet, comme nous l’avons signalé plus haut, le modèle de sphère solide inélastique
est très approximatif pour représenter le cas réel que nous étudions : des gouttes
d’alumine liquide à 3000 K aspirées par une sonde froide. Au contact avec le bord
d’attaque de la sonde, il y a donc possibilité d’éclatement en petites gouttes, ou de coales-
cence en grosses gouttes, ou de formation d’un film liquide, mais aussi d’agglomérats pâ-
teux ou solides. Nous devons donc attendre l’implantation prochaine de ces modèles phy-
siques dans notre code de calcul pour affiner notre capacité à prévoir l’efficacité

186
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

d’aspiration de cette sonde épaisse pour résidus de combustion de propergols solides mé-
tallisés.

5.10.5 Application pratique au réglage du montage KeRC


Ces premiers calculs sur la sonde épaisse nous ont permis de cerner les principaux mé-
canismes physiques qui gouvernent l’efficacité d’aspiration, mais nous pouvons aussi en
tirer des conséquences pratiques immédiates. En effet, nous avons vu au chapitre sur la
combustion et la solidification des gouttes d’alumine dans le montage KeRC, que de nom-
breux agglomérats pâteux sont échantillonnés et perturbent la mesure granulométrique
car ils sont majoritaires par rapport aux sphères lisses (Figure 2-4). Les résultats de nos
347H

calculs induisent une hypothèse sur le lieu de formation de ces agglomérats : ils ont pu
se former sur le bord d’attaque de la sonde épaisse, puis être aspirés dans la sonde. Il est
en effet fort probable que la paroi de la sonde reste assez froide durant toute la durée du
tir pour que les gouttes incidentes y commencent leur solidification en raison d’un trans-
fert de chaleur par contact.

Pour tester cette hypothèse, nous proposons, lors de l’exploitation future du montage
KeRC à l’ONERA, de régler la vitesse d’aspiration de la sonde de manière à ne prélever
aucune particule issue du rebond sur le bord d’attaque. Nous avons vu une telle configu-
ration sur la Figure 5-65 avec un rapport de vitesse fortement sub-isocinétique :
135H48

U0/U = 2,8. Dans ce cas d’aspiration lente, l’écoulement est exclusivement divergent donc
toutes les particules qui touchent le bord d’attaque sont emportées vers l’extérieur sans
polluer l’échantillon aspiré. Nous espérons ainsi obtenir exclusivement à la sortie de la
sonde des sphères solides qui représentent correctement la taille des gouttes originelles
d’alumine liquide.

Le régime d’aspiration sub-isocinétique induit une erreur d’échantillonnage qui dépend


de la taille des particules (les plus grosses sont favorisées). Pour la corriger à partir de la
mesure du rapport d’isocinétisme U0/U, nous pouvons utiliser notre modèle numérique,
mais il y a une manière plus simple. En effet, nous avons vu que dans ce cas fortement
sub-isocinétique (U0/U > 2,8), la corrélation de Vincent sans rebond, assortie des coeffi-
cients de Chung, prévoit très bien l’efficacité d’aspiration de la sonde. La figure suivante
présente un exemple de la variation de l’efficacité en fonction du nombre de Stokes, pour
la géométrie correspondant à la sonde du KeRC, et des prélèvements fortement sub-
isocinétiques.

187
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

Efficacité d'une sonde épaisse selon Vincent (sans rebond)

5,0

Efficacité Vincent (U0/U=5)


4,5
Efficacité Vincent (U0/U=4)

Efficacité Vincent (U0/U=3)


4,0
Efficacité d'aspiration

3,5

3,0

2,5

2,0

1,5

1,0
0,01 0,1 1 10 100 1000
Stokes

Figure 5-71: Corrélation de Vincent pour sonde épaisse. d = 7mm, D = 50mm

Nous pouvons donc envisager d’utiliser le montage KeRC exclusivement en régime sub-
isocinétique (U0/U = 3 par exemple) pour éviter la pollution de l’échantillon par des ag-
glomérats, puis de corriger les mesures de granulométrie par la corrélation analytique de
Vincent représentée ci-dessus. Pour une population polydisperse de particules, il est ain-
si possible de corriger la granulométrie de l'échantillon prélevé en prenant en compte
pour chaque taille de particules la valeur correspondante de l'efficacité d'aspiration pré-
vue par Vincent.

La difficulté technique sera alors de mesurer les vitesses U0 et U. Les ingénieurs du


KeRC utilisent pour U0 l’évolution de la pression dans la chambre, qui donne la vitesse
de combustion du propergol. La pression en amont de l’orifice de sortie (supposé sonique)
du système de prélèvement, peut servir à évaluer U à condition d’estimer précisément le
débit de gaz issu de la sublimation du plexiglas.

5.11 Conclusions et perspectives sur les modèles numériques


Deux grands objectifs de cette étude ont été ici atteints : mettre au point un modèle nu-
mérique basé sur un code de calcul performant, et proposer des outils d’interprétation
aux futurs résultats de mesure de granulométrie du montage KeRC pour propergols soli-
des.

1- Tout d’abord nous avons montré par confrontation à nos mesures expérimentales la
capacité du code diphasique CEDRE-SPARTE à modéliser le prélèvement par sonde iso-
cinétique à bord mince. En particulier, nous avons vu que la turbulence et le couplage
réciproque entre phases (2-way coupling) ont une influence négligeable sur l’efficacité
d’aspiration, dans nos conditions de calcul (k = 0,86 m².s-², l = 0,5m, Z = 0,47). Pour
mieux prendre en compte l’effet de la forte concentration en particules, l’implantation
prochaine dans le code CEDRE de modèles d’interactions entre particules (4-way cou-
pling) pourra être testée par notre configuration en calculant l’effet de la concentration

188
CHAPITRE 5 Modèle numérique du prélèvement isocinétique en écoulement diphasique dense

sur l’efficacité d’aspiration, puis en comparant ces résultats à nos données expérimenta-
les.

Par ailleurs nous avons mis en évidence puis quantifié numériquement et analytique-
ment le phénomène de rebond des particules sur le bord d’attaque, qui provoque un excès
d’efficacité en configurations isocinétique et super-isocinétique. Cela nous a permis
d’interpréter nos résultats expérimentaux et de démontrer l’extrême sensibilité de
l’efficacité d’aspiration à l’épaisseur du bord d’attaque.

Pour une meilleure prise en compte des effets de la forte concentration en particules, il
serait souhaitable d'intégrer au code CEDRE des modèles de collisions et de sillage entre
gouttes voisines. Alors, l'effet de la polydispersion du mélange diphasique réel pourra
également être étudié (les gouttes de tailles différentes ont de nombreuses collisions en
raison de leurs réactions distinctes à la turbulence du fluide).

2- Pour le cas de la sonde épaisse, similaire au montage KeRC, notre modèle a montré
l’importance considérable du rebond des particules solides sur le bord d’attaque épais
pour le calcul de l’efficacité d’aspiration. Il en résulte la nécessité d’implanter dans
CEDRE des modèles de collision à la paroi plus réalistes que le simple rebond solide iné-
lastique, dans la perspective de calculer précisément l’efficacité d’une sonde épaisse aspi-
rant des gouttes liquides. La solidification éventuelle des gouttes sur les parois froides
pourrait ainsi être modélisée, introduisant les phénomènes thermiques que nous avons
ici négligés. En effet, la forte vitesse de l'écoulement (17,6 m/s) rend négligeables les phé-
nomènes de convection naturelle dus aux gradients thermiques.

Enfin, certains de nos calculs nous permettent de suggérer pour l’exploitation prochaine
du montage KeRC une technique de prélèvement fortement sub-isocinétique, susceptible
d’éviter la pollution de l’échantillon prélevé par des agglomérats formés lors de l’impact
des gouttes d’alumine sur le bord d’attaque de la sonde.

189
190
CONCLUSION

A l'aide du dispositif expérimental PIC, qui génère des rafales brèves d’un mélange
concentré de poudre et d’air (0,1 < Z < 0,9), nous avons étudié l’influence de la concentra-
tion des particules sur l’efficacité de prélèvement d’une sonde isocinétique à bord mince.
Le résultat principal est que lorsque la concentration augmente, le couplage réciproque
entre phases, les collisions entre particules et l’effet de sillage entre particules contri-
buent ensemble à réduire l’effet du fluide porteur sur les particules. L'étude théorique
détaillée de ces trois effets a permis d'en proposer une comparaison quantitative dans les
différentes configurations expérimentales explorées. Ces trois couplages diminuent la
capacité des particules à suivre les changements de direction et de vitesse du fluide. Par
conséquent, en configuration super-isocinétique ils réduisent l’efficacité d’aspiration,
alors qu’en prélèvement sub-isocinétique ils augmentent l’efficacité. La réussite de cette
première campagne expérimentale permet d’envisager avec le même montage des mesu-
res plus exhaustives, dans la perspective d’établir une corrélation générale liant
l’efficacité d’aspiration à la concentration des particules. En particulier, une modification
des collecteurs de poudre pourrait permettre l'étude de particules à faible inertie.

L’excellente correspondance entre nos mesures expérimentales (pour particules à forte


inertie) et les calculs numériques que nous avons réalisés au moyen du code CEDRE a
permis non seulement de valider notre modèle numérique, mais aussi d’interpréter fi-
nement les mesures. En particulier, nous avons montré numériquement l’importance du
rebond des particules sur le bord d’attaque de la sonde. Dans le cas d’un prélèvement su-
per-isocinétique, les particules ayant rebondi sont aspirées dans la sonde et augmentent
la concentration mesurée. Notre modèle numérique a permis de quantifier ce phénomène
et nous a guidé pour en établir une expression analytique.

Le montage du Keldysh Research Center, pour la mesure de la granulométrie des pro-


duits de combustion des moteurs à propergol solide, utilise une sonde de prélèvement
épaisse. Dans ce cas, le rebond des particules sur le bord d’attaque devient prédominant.
Cette géométrie serait très coûteuse à étudier expérimentalement, mais notre modèle
numérique, validé en sonde mince a été facilement extrapolé au cas d’une sonde épaisse.
Nous avons alors quantifié l’excès de concentration dans l’échantillon prélevé, dans le cas
simplifié de particules solides à rebond inélastique. L’intégration prochaine de modèles
de collisions entre gouttes liquides et d’impact à la paroi dans notre code de calcul per-
mettra une approche encore plus réaliste des mécanismes de prélèvement, fournissant
un puissant outil d’analyse pour l’interprétation des résultats futurs du montage du
KeRC.

Nos résultats numériques suggèrent dores et déjà une application pratique : un réglage
fortement sub-isocinétique permet de n’aspirer que des particules qui n’ont pas rebondi
sur le bord d’attaque. Le biais d’échantillonnage dû à la faible vitesse d’aspiration est
quantifiable analytiquement. Par cette technique, nous espérons annuler l’aspiration
d’agglomérats par la sonde. Ces agglomérats, identifiés lors de l’analyse des essais pré-
liminaires du montage KeRC, pourraient en effet se former sur le bord d’attaque de la
sonde. S’ils ne sont pas aspirés, l’échantillon contiendra des particules parfaitement re-
présentatives des gouttes d’alumine liquide présentes dans la chambre de combustion.
Nous avons montré par ailleurs que leur combustion est complète. Il serait intéressant
de vérifier que tous ces résultats, obtenus sur des simulations monodisperses, restent va-
lables lors du prélèvement d'un mélange diphasique polydisperse. Pour prendre en
compte les interactions entre particules de tailles différentes (collision, rebond, coagula-

191
tion, film liquide, sillage), il est nécessaire d'introduire dans notre code de calcul des mo-
dèles spécifiques.
Alors, les futurs résultats du montage du KeRC seront susceptibles d'être interprétés
avec acuité, dans la perspective de résoudre enfin un problème majeur de l’optimisation
des moteurs à propergol solide du lanceur spatial Ariane 5 : la mesure de la taille des
gouttes d’alumine dans les produits de combustion.

192
ANNEXE 1 ETUDE DES PRODUITS DE COMBUSTION DE
PROPERGOLS SOLIDES ÉCHANTILLONNÉS PAR LE MONTAGE
DU KERC

L’ONERA est sur le point d’acquérir le montage du Keldysh Research Center (présenté
au CHAPITRE 1 ) pour la mesure de granulométrie des produits de combustion des pro-
349H

pulseurs à propergol solide.


Dans une phase préliminaire à l’achat, des échantillons de trois propergols de fabrication
française (SNPE et ONERA) ont été envoyés à Moscou pour tester la capacité du mon-
tage à mesurer les produits de combustion. Trois propergols à base de perchlorate
d’ammonium ont été testés.

La Butalane est une formulation très proche de celle effectivement utilisée dans les boos-
ters de la fusée Ariane 5. Elle contient 18% de poudre d’aluminium, ce qui lui confère
une très haute température de combustion. Ce propergol est l'objet de notre étude (cour-
bes notées "ane").

La Butalite aluminisée à 5% contient moins d’aluminium, sa température de combustion


est plus basse, et ses produits de combustion sont mieux connus en terme de granulomé-
trie. Elle peut donc servir de comparaison (courbes notées "ite").

La Butalamine ne contient pas d’aluminium à brûler, mais de la poudre d’alumine


broyée de deux tailles très différentes : 3 µm et 70 µm. La conservation de cette caracté-
ristique bimodale dans les produits de combustion prélevés est susceptible de confirmer
la représentativité de la méthode d’échantillonnage. Nous ne présentons pas ici les résul-
tats concernant ce propergol, mais il apparaît (courbes notées "ine") dans le paragraphe
sur l'analyse des méthodes de mesure.

Après avoir procédé à leurs propres mesures et communiqué un rapport de synthèse, les
ingénieurs du KeRC ont envoyé des échantillons de poudre d’alumine issus de ces tests.
Nous les avons analysés, d’une part pour mettre au point nos méthodes en vue de
l’exploitation prochaine du montage, d’autre part pour valider les performances du mon-
tage à l’issue de ce premier test.

Il est important de préciser que les conditions d’essai pour ces propergols n’étaient pas
optimales. En particulier, les Russes ne connaissaient pas suffisamment les vitesses,
températures, pressions de combustion et granulométrie de chacun des trois propergols.
Ils n’ont disposé que de trois échantillons de chaque pour mettre au point les réglages du
montage, qui sont essentiels pour la réussite de la mesure. Tout au long de notre analyse
critique de leurs résultats, il faut donc garder à l’esprit que les conditions d’essai peuvent
être améliorées considérablement.

A1.1 Remarques sur les méthodes d'analyse


Pour interpréter les photos au microscope et les courbes granulométriques fournies par
les Russes (KeRC, rapport de contrat n°FPIR0027264A de juillet 2002, par M. Mironov),
nous analysons leur méthode de mesure, et nous faisons nos propres observations sur les
échantillons qu'ils ont donnés. Trois instruments sont disponibles: granulométrie par dif-
fraction laser (appareil Coulter LS 230), loupe binoculaire pour photos en couleur, Mi-
croscope Electronique à Balayage (photos et analyse chimique).

193
Des échantillons des mêmes propergols que ceux testés par les Russes ont été parallèle-
ment testés à la SNPE par la méthode du piège rotatif. Il était initialement prévu de
comparer les deux résultats. Mais la combustion de l’aluminium et du liant s’étant avé-
rée incomplète dans le piège rotatif, cette comparaison ne serait pas probante.

A1.1.1 Faiblesses du traitement des échantillons par le KeRC


Ce que font les Russes et nos commentaires:
- Ils mélangent les résidus récupérés dans le cyclone et dans le réservoir.
- Par sédimentation, ils séparent ces résidus en trois lots, coupés à 4 µm et 50µm. On
peut détecter ici un biais de mesure: sur toutes les courbes granulométriques russes,
il y a des creux justement à 4 et 50 µm. Comme il s’agit de fractions relatives, cela ac-
centue les pics voisins.

0,07

Comparaison Butalane 8, Butalamine 6


et Butalite aluminisée 3
0,06

ite 3 par KeRC, coupé à 200µm


ine 6 par KeRC, coupé à 200µm Creux autour de
0,05
ane 8 par KeRC, moyenne coupé 200µm
4µm et 50 µm

0,04

0,03

0,02

0,01

0
0,01 0,1 1 10 100 1000
diamètre des particules (µm)

Figure 5-72: Fraction volumique de chaque taille de particule. Résultat des mesures effectuées par le KeRC pour
trois propergols différents.

194
1
Comparaison Butalane,
0,9 Butalamine et Butalite
aluminisée (cumulé)
0,8

ite 3 par KeRC, cumul coupé à 200µm


0,7
ine 6 par KeRC, cumul coupé à 200µm
ane 8 par KeRC, cumul coupé 200µm
0,6

0,5

0,4
Plateaux de 2 à 5µm
0,3
et de 30 à 80µm

0,2

0,1

0
0,1 1 10 100 1000
diamètre des particules (µm)

Figure 5-73: Fraction volumique Cumulée de chaque taille de particule. Résultat des mesures effectuées par le
KeRC pour trois propergols différents.

- Chaque lot est pesé puis observé indépendamment au microscope optique. Suppo-
sons, par exemple, qu’il n'y ait qu'un seul grossissement disponible pour le lot de par-
ticules entre 4 et 50µm (Certaines de leurs photos sont trop peu focalisées pour faire
une mesure précise au calibre (réglette trouée de plusieurs ronds de tailles progressi-
ves que l'on place sur une photo) Comment le même calibre peut-il mesurer des tail-
les aussi disparates que 4 et 50 µm? Cette question pourrait expliquer les creux des
courbes aux bornes de chaque lot.
- Ils comptent les particules de chaque classe de diamètre puis calculent la part volu-
mique de chaque classe. Mais pour le lot de 4 à 50µm, est-il prévu de comptabiliser
des particules de 2µm ou 60µm ? Il est fort probable que la séparation des tailles n’a
pas été parfaite. De plus, lorsque les particules ne sont pas sphériques, quel diamètre
prennent- ils? Celui du cercle dans lequel s'inscrit la particule? Sa plus grande lon-
gueur? Le diamètre du cercle qui présenterait sur photo une surface équivalente? Il y
a donc un doute sur le diamètre, donc encore plus sur le volume.
- En multipliant par la masse volumique, ils remontent à la répartition en masse. Mais
toutes les particules ont-elles la même masse volumique? C'est peu probable au vu de
la diversité d'aspect et de la porosité que l'on peut voir à la loupe binoculaire et au
MEB.
- Ils re- mélangent les mesures des trois échantillons en pondérant par la masse ini-
tiale de chacun. Dans les transferts de matière, Ils estiment perdre moins de 5% de la
masse. Mais les plus fines particules sont plus aptes à s’accrocher aux parois des ré-
cipients. Faut-il en tenir compte pour corriger la répartition granulométrique?

195
A1.1.2 Précautions d’utilisation du granulomètre Coulter

A1.1.2.1 Effet des ultrasons


La procédure de mesure granulométrique par diffraction laser Coulter comporte une
étape très importante : il faut s’assurer que les particules qui circulent devant la cellule
de mesure, en suspension dans un diluant, n’ont pas été agglomérées pendant leur
transport ou leur stockage.

Sur le graphe ci-dessous ("ane" indique qu'il s'agit de Butalane), la courbe rose dite
« sans ultrasons » présente un large pic centré sur 20 à 50µm. Il est décalé à droite par
rapport aux résultats du KeRC. Pour brasser la poudre dans son diluant acétone, après
son introduction dans l’appareil mais juste avant la mesure, nous avons utilisé
l’émetteur à ultrasons intégré à l’appareil Coulter. Mais son usage a du être limité car il
produit aussi des bulles dans l’acétone, et finit par ré- agglomérer les particules.

0,04

0,035 Butalane n°9 avec ou sans Ultrasons

0,03
ane 9 par Coulter, tamisé 200 µm

ane 9 par KeRC, moyenne coupé 200µm


0,025
ane 9 par Coulter, tamisé 200 µm, sans Ultrasons

0,02

0,015

0,01

0,005

0
0,01 0,1 1 10 100 1000

diamètre des particules (µm)

En revanche, la courbe bleue, finalement retenue, présente un pic centré sur 4 à 9 µm,
plus proche des résultats du KeRC. Dans ce cas la poudre a été préparée différemment
avant introduction dans le Coulter. Suspension dans l’acétone, ultrasons en cuve, puis
séchage en étuve. Il semble que cette méthode a permis de séparer certains agglomérats
qui s’étaient formés entre les particules lors du stockage et du transport en flacon.

Nous supposons donc que nous avons pu observer la poudre dans le même état que les
expérimentateurs du KeRC. Mais cela ne signifie pas que nous avons disloqué tous les
agglomérats. Les photos au MEB l’illustrent (voir paragraphe A1.2.3). De plus, sous la 136H50

loupe binoculaire, il est possible d’écraser des agglomérats à l’aide d’une aiguille, et de se
rendre compte de la cohésion plus ou moins forte qu’ils ont.
Pour exploiter efficacement les échantillons que fournira le montage du KeRC, il nous
faudra donc élaborer une méthode de préparation garantissant que le Coulter mesure
bien la taille de particules non agglomérées.

196
A1.1.2.2 Facteurs d’incertitude du Coulter
L’indice optique des particules doit être connu pour transformer les signaux optiques en
répartition granulométrique. L’alumine est mal connue sur ce point, et on sait que les
polluants ont une grande influence sur la couleur donc sur l’indice d’absorption. L’effet
d’une erreur de paramétrage de cet indice est négligeable sur des courbes en pourcentage
du volume, mais il est très net sur le nombre des petites particules (<1µm). C’est une
source d’erreur à surveiller.

De plus nous verrons dans les échantillons que peu de particules sont des sphères lisses
et homogènes. La plupart sont des agglomérats de formes irrégulières et de texture po-
reuse. Comment la rugosité ou la non sphéricité d’une particule influe-t-elle sur la me-
sure du diamètre par Coulter ? C’est une question difficile qui nous incite à beaucoup de
prudence quant aux résultats que nous obtenons. Nous y reviendrons à propos de la Bu-
talamine.

Enfin, notons un problème de sensibilité des courbes volumiques aux plus grosses parti-
cules. Une particule sphérique de diamètre 200µm a un volume de 4,19.10-12 m3. Pour
l’alumine solide (ρ = 1800kg/m3) cela représente une masse de 7,54.10-9kg = 0,00754 mg.
Pour analyser une poudre au Coulter, on en introduit couramment 1mg dans le circuit.
Cette unique particule de 200µm représente donc 0,75% du volume total de poudre. Elle
engendre un pic bien visible sur la courbe de répartition volumique.
Si dans des analyses ultérieures de la même poudre, l’échantillon arbitraire de 1mg ne
contient par hasard aucune grosse particule de 200µm, ou en contient au contraire deux
ou trois (pic à 2,2% très visible), alors les courbes volumiques seront assez différentes
dans la zone des grosses particules.
En conclusion, il ne faut pas s’alarmer des variations d’une mesure à l’autre, concernant
les pics de grosses particules sur les courbes volumiques. Elles sont inévitables. De plus,
sur de si petits échantillons de poudre (1mg), la part volumique des grosses particules
(autour de 100µm) n’est pas une donnée fiable. Comme le Coulter ne peut tolérer de plus
gros échantillons, il faudra moyenner une grande série de mesures pour réduire cette er-
reur.

Pour éviter tous ces écueils, il faudra toujours associer des observations au microscope
aux mesures granulométriques par diffraction laser. Nous pouvons à présent compren-
dre le choix du KeRC pour le comptage manuel des particules sous microscope. De notre
côté, une analyse automatique d’images MEB pourrait fournir simultanément l’analyse
quantitative et qualitative des échantillons de poudre.

A1.1.3 Questions soulevées par la diversité d’aspect des particules


Logiquement, une goutte d'alumine se solidifie en une sphère transparente comme du
verre. Or les particules que nous avons observées à la loupe binoculaire présentent une
grande diversité de couleurs et de formes, résumées sur ce schéma heuristique:

197
fer
aluminium
plomb
diamètre de sphère potassium
polluants
diamètre sphère de volume équivalent chrome
diamètre hydrodynamique organique
TAILLE vapeur d'eau
petite longueur
grande longueur

transparent
fraction numérique jaune vif transparent
fraction volumique blanc
NOMBRE
fraction massique gris clair
gris foncé
crème
ocre
sphère pleine couleur
rose
fritté rouge
grosse cavité centrale DENSITE Particules
brun
porosité volumique noir
tacheté
indices optiques

lisse brillant
vernis brillant sur forme bosselée
bosselé
sphère
crevasses
bogue
fritté
aspect de surface amas de boules
feuilleté
bloc feuilleté
ardoises
écailles cristallines bloc fritté
frittes
forme facettes et angles
blocs
cube
palquette hexagone
paillette
filament

Figure 1 : description des particules d’alumine issues de la combustion d’un propergol solide.

Nos observations rejoignent celles du KeRC sur les principaux points (voir rapport du
KeRC de juillet 2002, p13 à 18). Les Russes distinguent en effet les particules selon les
critères suivants:
- transparente ou opaque,
- sphérique ou non (cube, hexagone, monolithe)
L’avantage de leur méthode de comptage manuel est qu’il permet de quantifier précisé-
ment la part de chaque catégorie. En revanche nos photos au microscope permettent de
distinguer plus finement la structure des agglomérats.

Ces observations communes engendrent des questions fondamentales vis à vis de


l’objectif final de ce prélèvement de particules : mesurer la granulométrie des gouttes
d’alumine à l’intérieur de la chambre de combustion.
- Quelles sont les causes de cette diversité?
- Les particules solides que nous observons sont-elles semblables aux gouttes liquides
dont elles sont issues?
- Puisqu'elles sont diverses en forme et en couleur, les particules ont-elles toutes la
même densité? Laquelle?

Les observations qui suivent, à la loupe binoculaire et au MEB, tenteront d'éclaircir ces
points, et d'interpréter les courbes granulométriques du KeRC et du granulomètre Coul-
ter par diffraction laser.

198
A1.2 Analyse visuelle des particules issues de la combustion de
Butalane
Décrivons les particules en partant des plus grosses vers les plus petites. Ainsi les obser-
vations les plus aisées à grande échelle nous aideront à interpréter les observations diffi-
ciles à petite échelle. De 1mm à 10 µm, la loupe binoculaire est l’instrument de prédilec-
tion. On y voit des couleurs, les reliefs, on peut varier l’éclairage, manipuler les particu-
les à l’aide d’une aiguille. Nous détaillerons la description des couleurs dans le paragra-
phe consacré à l’analyse chimique.
137H

En dessous de 100 µm, et jusqu’à 0,1µm, le Microscope Electronique à Balayage fournit


des photos en noir et blanc. En configuration « analyse des électrons secondaires », les
zones claires correspondent à une forte courbure de la surface. En configuration « ana-
lyse des électrons primaires », le niveau de gris est en plus influencé par la composition
chimique de l’objet.

A1.2.1 Résidus tamisés au-dessus de 200µm


La majorité des particules sont des blocs en forme de cailloux irréguliers. Ils semblent
être formés de petites particules agglomérées de façon très compacte, dont on ne voit pas
la forme élémentaire à cause de leur petite taille (<8µm). A la loupe binoculaire, on ne
peut pas dire si ce sont des petites sphères.

Photo. Butalane 9, particules supérieures à 200µm séparées au tamis. Largeur de la pho-


to = 6,8 mm. [ane9-loupe+200-loin]

Leur couleur est blanche ou ocre, avec souvent des inclusions gris foncé. Le blanc est ca-
ractéristique de l’alumine en poudre : les multiples facettes élémentaires diffusent la
lumière, donnant cet aspect blanc, alors que le matériau est transparent lorsqu’il est en
un seul bloc. La teinte ocre est habituelle sur l’alumine. Il suffit de très peu d’oxyde de

199
fer pour donner cette couleur. Lors des analyses chimiques au MEB, le fer est effective-
ment apparu en plus grande quantité sur les particules colorées de rouge (voir le para-
graphe sur la composition chimique). Les petites tâches gris foncé correspondent à de
l’aluminium métallique.

Certaines particules sont gris très foncé, avec des petites billes blanches de quelques mi-
crons, collées en surface. L’analyse chimique montre que ces agglomérats sont de
l’aluminium, que l’on imagine stoppé en cours de combustion.

On trouve quelques plaques couleur gris foncé ou rouille. La forme plane de ces gros ag-
glomérats suggère une agglomération sur une paroi. Mais on ne sait pas à quel stade du
processus de prélèvement.

Enfin, il est très rare d’observer une bille sphérique de diamètre > 200 µm. Ce n’est pas
surprenant, puisque les mécanismes connus de formation des grosses gouttes
d’aluminium pendant la combustion prévoient des tailles maximales de 125 µm.

En conclusion, cette première observation des plus grosses particules nous montre des
agglomérats de formes et couleurs diverses. Nous sommes donc obligés d’interpréter les
répartitions granulométriques avec précaution. La taille de ces particules solides ne cor-
respond pas à la taille des gouttes dans l’écoulement des gaz de combustion.
Pour cette raison, les particules supérieures à 200 µm seront tamisées et exclues de nos
mesures par granulomètre Coulter.
De plus nous devons appliquer la même vigilance pour les particules plus petites.

A1.2.2 Particules tamisées entre 100 et 200 µm

Photo à la loupe binoculaire. Butalane 9 tamisée entre 100 et 200µm. Vue d’ensemble. Largeur de
la photo = 6,7mm. [[Link]

200
Photo à la loupe binoculaire. Butalane 9, tamisée entre 100 et 200µm. Gros plan. Largeur de
l’image = 1,1mm. [ane9-loupe-100-200-prè[Link]]

Photo à la loupe binoculaire. Butalane 8, tamisée entre 100 et 200µm. Gros plan. Largeur de
l’image = 1,1mm. [ane8-loupe-100-200-prè[Link]]

La majorité de particules ont la forme de blocs irréguliers de couleur blanche. Mais on


trouve aussi les couleurs ocre, saumon et bordeaux.

201
Certains sont visiblement composés de petites sphères blanches (<10µm), au moins en
surface. Il apparaît parfois en surface une ou plusieurs petites sphères rouges, qui ren-
dent encore plus visible cette structure d’agglomération.
Mais sur d’autres particules agglomérées, on ne voit pas à la loupe la forme des particu-
les élémentaires (elles sont trop petites). Le MEB montre qu’elles ne sont pas toujours
sphériques.

Butalane 8. Gros agglomérats dont les particules élémentaires ne sont pas des sphères. Photo
MEB 10-25/12:03.

Cela suggère que la température des gouttes était en dessous de celle de la fusion de
l’alumine, au moment de l’agglomération, sinon les gouttes auraient été sphériques. Ces
agglomérats ont donc pu se former soit par contact avec la paroi externe (froide) de la
sonde de prélèvement, comme le suggèrent nos simulations numériques (voir fin du cha-
pitre numérique), soit hors de la chambre de combustion, durant le transport des parti-
cules entre la sonde et le réservoir.

D’autres agglomérats, malgré leur forme irrégulière, ont une surface vernie, brillante,
comme si l’alumine avait fondu en surface pour se solidifier de nouveau.

Une partie des particules (estimées à l’œil <30% en nombre) sont des sphères.
Quelques rares sphères sont transparentes et lisses.

202
Beaucoup sont blanches ou ocres, à surface rugueuse et opaque. Certaines présentent
une petite calotte rouge. Le MEB montre que cette surface est rendue rugueuse par des
éclats cristallins sous forme d’écailles, épaisses d’un ou deux microns.

Photos MEB. Vue d’ensemble + détail. Butalane 8. Grosse sphère à surface écaillée. (10-01/17:31)
(17:32)

On peut supposer que l’intérieur de ces sphères est plein et homogène, contrairement
aux agglomérats précédents. On pourrait sans doute les distinguer par leur densité.

On trouve aussi des particules de couleur gris foncé, partiellement enrobées d’une sorte
de neige blanche d’alumine. Certaines sont sphériques, d’autres non. Nous supposons
qu’il s’agit d’agglomérats d’aluminium stoppés en cours de combustion de surface. Par-
fois cette neige blanche est remplacée par des cristaux ocre hérissés comme des écailles.
La photo ci-dessous représente une particule de 800µm, au lieu de 200µm, mais
l’apparence est la même, aux deux échelles.

Photo à la loupe binoculaire. Butalane9, très grosse particule d’aluminium (gris foncé) enrobé
d’alumine (blanc). Largeur de l’image = 1,1mm. [ane9-loupe+200-prè[Link]]

Des particules d’alumine blanche on la forme de bogues. Elles présentent en effet une
cavité en forme de demie sphère. Parfois cette cavité est encore occupée par la bille gris-
foncé d’aluminium qui en est à l’origine. La solidification a donc stoppé la combustion de
cette goutte d’aluminium, et figé l’ensemble aluminium + alumine. C’est le cas précé-
dent, à un stade plus avancé.

203
Photo à la loupe binoculaire. Butalane 8, tamisée entre 100 et 200µm. Gros plan. Largeur de
l’image = 1,1mm. [ane8-loupe-100-200-prè[Link]]

On trouve quelques rares éclats cristallins, avec des formes coupantes et anguleuses,
mais aussi des petites cavités arrondies. La matière est transparente mais teintée d’un
jaune vif. L’analyse chimique montre que la couleur jaune est liée à l’élément Plomb, pol-
luant qui se mêlerait à l’alumine. Nous n’avons pas d’hypothèse complète pour le méca-
nisme de formation de ces particules. Mais les surfaces planes et la transparence témoi-
gnent d’un arrangement cristallin régulier, donc probablement d’une solidification lente.

Photo MEB et Photo à la loupe binoculaire de largeur totale 0,28mm .Butalane 8. Eclats cristal-
lins aux formes anguleuses, transparents et teintés de jaune vif (pollué au Pb). [10-08/16:03]
[ane8-loupe+200-prè[Link]]

Certaines particules ont des aspects composites. Par exemple un bloc de couleur ocre,
avec une zone brune, et des quartiers sphériques, gris foncé. Ou encore un bâtonnet ocre
avec un flanc gris foncé, bordé de blanc.
Hypothèse n°1 : une même goutte d’aluminium a brûlé de deux manières différentes en
fonction de son environnement. Elle a produit de l’alumine blanche d’une part, et ocre
d’autre part (polluée par du fer).
Hypothèse n°2 : une goutte d’aluminium a donné de l’alumine blanche, puis s’est agglo-
mérée avec des poussières ocre d’alumine produites ailleurs.

204
Pour conclure, nous avons attentivement observé ces grosses particules, entre 100 et
200 µm, car elles sont faciles à voir à la loupe binoculaire. En dessous de 100µm, nous
nous appuierons sur ces observations pour interpréter les images plus floues de la loupe,
ou sans couleurs du MEB. Nous pouvons en effet supposer que les mêmes structures
existent aussi à plus petite échelle.

Dès à présent nous pouvons poser deux questions importantes :


- Où se sont formés ces agglomérats ?
- Est-il possible de les dissocier pour retrouver les particules élémentaires qui en sont à
l’origine, et remonter ainsi à la granulométrie des gouttes liquides présentes dans
l’écoulement incident ?

A1.2.3 Particules entre 10 et 100 µm


Lorsqu’on observe une poudre constituée d’un mélange de tailles trop différentes, les pe-
tites particules masquent les grosses sous un manteau de poussière. Sur la photo sui-
vante, la poudre de Butalane 9 a été tamisée en dessous de 100µm, mais seules les peti-
tes particules apparaissent à la surface, cachant les plus grosses.

Photo à la loupe binoculaire. Butalane 9, tamisée sous 100µm. Largeur de l’image = 0,87mm. Les
petites particules cachent les grosses. [ane9-loupe-100-prè[Link]]

La méthode la plus intéressante que nous avons trouvée consiste à diluer de la poudre
(tamisée < 200µm) dans de l’acétone. Après agitation ultrasonore, nous prélevons par pi-
pette la suspension. Les sédiments restent au fond. Il s’agit des plus grosses particules.
Nous observons séparément les deux échantillons qui en résultent.

205
Pour les plus grosses, centrées sur 30 µm, nous laissons évaporer l’acétone puis étalons
de la poudre sèche sur le porte-échantillon du MEB. Nous obtenons ainsi des particules
bien propres, dont nous pouvons observer distinctement la surface, sur la photo ci-
dessous.

Grosses particules de Butalane débarrassées des petites par sédimentation. Photos 10-25 /11:58.

Nous allons décrire ici les différentes formes rencontrées. Attention : les pourcentages ci-
dessous ont été estimés sur des photos où l’échantillon est débarrassé des petites particu-
les. On ne peut donc en déduire aucune répartition granulométrique. Pour cet aspect
nous consulterons de préférence les pourcentages mesurés par le KeRC (voir leur rapport
de juillet 2002, p18).

Blocs frittés de particules de plusieurs tailles.


Estimés à 70% (en nombre) de l’ensemble des particules. Voir la photo en plan large, ci-
dessus. Ils ressemblent aux précédents, mais on y distingue clairement l’agglomération
de particules pâteuses de différentes tailles. Par exemple sur un bloc de 100µm, on dis-
tingue des particules de 20µm et 3µm. Leur aspect non sphérique, écrasé comme des
morceaux de pâte à modeler suggère qu’elles aient roulé le long d’une paroi dans un état
pâteux, tout en étant déjà liées entre elles.
La cohésion d’un agglomérat est variable. Certains semblent soudés, d’autres peuvent
être disloqués à l’aide d’une aiguille. Par ailleurs on peut observer des écailles comme
décrites plus loin, sur certaines zones de ces agglomérats.

206
Il est fort probable que ces blocs agglomérés ne représentent pas la granulométrie ini-
tiale des gouttes d’alumine. C’est le principal défaut de ces échantillons : la plupart des
particules solides semblent être des agglomérats des gouttes originelles. Lorsque nous
mettrons en service le montage de prélèvement, il nous faudra déterminer les mécanis-
mes de cette agglomération qui fausse la mesure granulométrique, pour les corriger.

Sphères lisses.
Estimées à 25% en nombre. Toutes les tailles, de 2 à 100µm (30 µm majoritaires). On
peut supposer que ces sphères solides sont issues directement de gouttes liquides de
même masse. Leur transparence à la loupe suggère une parfaite homogénéité interne,
donc la masse volumique classique de l’alumine solide. Elles sont donc bien représentati-
ves de l’écoulement incident. L’idéal serait de recueillir 100% de particules de ce type,
pour être sûr que la poudre est représentative de l’écoulement de gouttes dans la cham-
bre de combustion.

Butalane sphère lisse Photo 10-25/12 :01

Sphères à surface écaillée.


Nous n’en avons observé que des grandes (50 à 150 µm).

Butalane 8. Particules blanches d’alumine écaillées. Photos 10-01/17:12 et 10-11/10:49.

207
Les écailles sont épaisses de 1 à 2 µm, et larges de 2 à 5 µm. Elles sont le plus souvent
plates comme des ardoises et hérissées.
Nous supposons que les écailles sont dues aux conditions de cristallisation de la surface.
A l’intérieur, ces particules pourraient donc ressembler aux sphères lisses et avoir la
même densité. En ce sens il faut les distinguer des agglomérats.

Les écailles sont aussi présentes sur des particules non sphériques.

Dépôts de petites particules sur grandes particules.


Nous supposons que l’aspect de surface des sphères écaillées n’est pas du au dépôt
d’autres particules, contrairement au cas des photos ci-dessous.

Dépôt de petites particules à la surface d’une grosse. Vue d'ensemble et détail Photos 10-11/10:54
(vue d’ensemble) et 10:52 (détail).

Dans certains cas (photos ci-dessous) il semble qu’une grosse particule sphérique a inté-
gré à sa surface des centaines de petites, avec une fusion partielle, qui aplatit les gouttes
incidentes lors de l’impact. Cet aspect feuilleté pourrait être confondu avec les écailles
décrites plus haut.

Butalane 8. Petites gouttes agglomérées sur une grosse sphère d’alumine. Vue d'ensemble et dé-
tail Photos 10-01/17:35 (vue d’ensemble) et 17:36 (détail).

208
Agglomérats ronds de boules écrasées.
On peut observer des agglomérats bosselés sur lesquels on distingue clairement de plus
petites boules déformées par leur écrasement (nous supposons donc qu’elles étaient dans
un état pâteux). La taille des éléments constitutifs est variable de 1 à 10µm. Le tout
semble avoir roulé sur une surface pour acquérir un aspect général rond.

Butalane 8. Particule agglomérée à partir de boules écrasées. Vue d'ensemble et détail Photos 10-
08/15:45 (vue d’ensemble) et 15:46 (détail).

Butalane 8. Agglomérat de boules Photo 10-01/17:23.

Hypothèse sur le mécanisme de formation de ces agglomérats : dans un état pâteux des
particules d’alumine seraient entrées en collision puis auraient roulé avant de se solidi-
fier. On doit donc supposer une température proche de la fusion, et des parois pour rou-
ler dessus.
Cela peut-il se passer sur le bord d’attaque de la sonde épaisse, dans la canne tapissée de
Plexiglas, ou plus loin, dans la vanne ou le cyclone ? Si c’est dans le cyclone, cela signifie
que le refroidissement des particules par sublimation du Plexiglas est insuffisant. La
canne est peut-être trop courte pour un propergol aussi chaud que la Butalane à 18%
d’aluminium. Comme les résidus de Butalite aluminisée à 5% (température de combus-
tion plus basse) donnent des formes de particules équivalentes, on ne peut pas valider ici
cette hypothèse. En revanche, il est possible que cette agglomération se soit produite sur
le bord d'attaque de la sonde épaisse.

209
Mais remarquons que le nombre de ces particules n’est pas significatif. Ces observations
rares servent à interpréter plus justement les formes dominantes déjà évoquées : blocs
frittés.

Blocs feuilletés.

Butalane 8, Bloc feuilleté. Photo 10-25/11:13.

On voit dans certaines zones des strates parallèles, séparées par des fentes, qui laissent
deviner une organisation plane de la cristallisation. Nous n’avons pas d’hypothèse quant
au nombre et à la taille des gouttes d’alumine qui en sont à l’origine.

Particules lisses anguleuses.

Particule lisse, anguleuse. Alvéoles sur particule lisse. Photo 10-25/10:59. Gros plan sur 10-
25/12:03.

Comme dans l’échantillon des grosses particules entre 100 et 200 µm, on trouve quelques
éclats cristallins, avec des formes anguleuses, lisses et sans fissure, avec parfois de peti-
tes cavités arrondies. Nous supposons que la matière est transparente et jaune (pollution
au Plomb), comme pour les grosses (150µm) particules de ce genre, que nous avons vues
à la loupe binoculaire.

210
Certaines de ces particules ont la forme d’une plaque en hexagone parfait (épaisseur
1µm, largeur 10µm), qui rappelle l’une des structures cristallines de l’alumine.

Plaque hexagonale. Photo 10-25/11:02.

Nous n’avons pas d’hypothèse pour le mécanisme de formation de ces particules. Néan-
moins, il semble admis qu’une solidification lente favorise la structure cristalline régu-
lière, par rapport à la forme amorphe.

A1.2.4 Particules inférieures à 10 µm


Nous avons vu au paragraphe précédent que nous les séparons des grosses particules en
prélevant par une pipette le dessus du mélange acétone - poudre agité aux ultrasons.
Pour les disperser sur le porte-échantillon du MEB, nous y posons une goutte de suspen-
sion, dont l’acétone s’évapore très vite.

Butalane 8. Agglomérat de petites particu- Butalane 8, petites particules isolées. Photo


les. Photo 10-17/14:57. 10-25/09:10.

A cette échelle aussi, les agglomérats sont majoritaires, mais nous distinguons claire-
ment la forme des particules constitutives sur la photo ci-dessus à gauche. Il est difficile
de savoir si elles sont agglomérées ou seulement juxtaposées lors du séchage du diluant
qui les portait. On les trouve aussi isolées, sur la photo ci-dessus à droite.

211
Sphères.

Petites sphères. Photo 10-11/10:06.

Les plus nombreuses mesurent 0,5µm. Elles semblent être le principal constituant des
agglomérats de toutes tailles. Toutes les tailles au-dessus de 0,1µm sont représentées,
avec une majorité de 2µm. Mais les sphères isolées sont minoritaires devant les agglomé-
rats. Ceci nous empêche de remonter à la taille des gouttes originelles.

Paillettes.

Butalane 8. Paillettes agglomérées. Photos 10-11/09:44 et 09:53.

A mi-chemin entre la sphère et le disque plat, ces paillettes semblent provenir de


l’écrasement de gouttes pâteuses d’alumine sur une paroi. Elles sont presque toujours
agglomérées en nombre très variable : de deux à plusieurs dizaines. Ceci donne lieu à des
agglomérats feuilletés, composés des couches successives de gouttes qui se sont écrasées.
Ces formes nous laissent supposer que les gouttes n’étaient pas totalement solidifiées au
moment de leur premier contact avec une paroi.

212
Cubes.

Butalane 8. Cubes de 2µm. Photo 10-25/ 09:13.

De 1 à 4 µm de côté. Ils sont aussi nombreux que les sphères de la même taille. Ils té-
moignent de l’une des structures cristallines de l’alumine. Nous ne savons pas si une
goutte isolée d’alumine peut se cristalliser spontanément en un cube.

Filaments.

Butalane 8. Filaments. Photo 10-01/16:41.

Dimensions : 0,1µm d’épaisseur sur quelques µm de long. Nous ne pouvons vérifier au


MEB si c’est bien de l’alumine à cause de leur finesse. Ils ne représentent pas un volume
important.

Sur la surface de travail du MEB, ils semblent contribuer à former des agglomérats à
faible cohésion car en leur absence, il est plus facile de trouver des particules isolées.

213
Butalane 8. Petites particules isolées. Photo 10-11/09:50.

A1.2.5 Remarques sur les agglomérats


Pour étudier la granulométrie des gouttes d’alumine dans le réacteur, il est important de
savoir si chaque particule solide que nous observons provient d’une unique goutte liquide
de la même taille. Un critère de bon sens est l’aspect : si la bille solide est parfaitement
sphérique et lisse à la fois (transparente à la loupe binoculaire), alors elle ressemble à
une goutte liquide, que l’on peut supposer être à son origine.

Or nous venons de constater dans les échantillons recueillis que la part des sphères lis-
ses est faible pour l’ensemble des tailles. Par exemple 25% (en nombre) d’un échantillon
débarrassé des petites particules.

La plupart des particules sont des agglomérats qui semblent frittés à partir de plus peti-
tes particules. Il n’est donc pas étonnant de trouver une répartition granulométrique très
différente des travaux antérieurs (voir paragraphe A1.3.2). La taille des agglomérats dé-
140H35

pend en effet des organes de prélèvement où ils se sont formés, pas de la combustion du
propergol.

Il est peu probable que l’agglomération ait eu lieu lors du passage au four de l'échantil-
lon (pour éliminer les résidus carbonés) car la température de 600°C est très insuffisante
pour fondre l’alumine (vers 3000°C). Néanmoins, à 600°C pourrait se former un liant li-
quide d’aluminium entre les particules d’alumine. L’analyse chimique du MEB n’étant
pas assez focalisée, pour savoir s’il y a de l’aluminium entre les grains d’alumine, nous
avons tenté de le dissoudre par l’acide chlorhydrique. Mais les images au MEB après
l’attaque à l’acide montrent encore des agglomérats similaires.

214
Butalane 8, agglomérat à petite échelle, malgré le passage dans l’acide. Photo 10-25/09:21.

Il n’y a donc sans doute pas de liant d’aluminium, qui aurait pu former les agglomérats
pendant la calcination au four.

Lors du passage dans la canne de prélèvement, on peut imaginer des collisions entre
gouttes en cours de solidification. Mais comme le Plexiglas, en se sublimant, débite du
gaz, voire du liquide, il ne forme pas une paroi nette pour modeler les agglomérats
comme nous l’avons décrit plus haut.

Nous pouvons donc supposer que ces agglomérats se sont formés au contact de la bague
de jonction métallique située 8 cm en aval de l'entrée de la sonde, ou plus loin sur la
vanne, ou encore au niveau du cyclone. Cela implique que les gouttes n’étaient pas en-
core assez refroidies à la sortie de la canne. Cette hypothèse ne fait pas l’unanimité par-
mi les personnes intéressées à cette question. Elle est à tester par des calculs et par des
échanges avec les concepteurs russes du montage. La comparaison de propergols plus ou
moins chauds peut apporter des éléments de réponse.

Une hypothèse plus probable provient de nos simulations numériques (présentées dans
le chapitre numérique) : les gouttes d’alumine ont pu impacter sur le bord d’attaque de la
sonde épaisse, s’y solidifier sous forme d’agglomérats à cause de la température basse de
la paroi, puis être aspirées dans la sonde. Dans ce cas, nous pourrons éviter d’aspirer ces
agglomérats par un réglage lent de la vitesses d’aspiration de la sonde.

Comme la cohésion de ces agglomérats est très inégale (certains sont fragiles d’autres in-
cassables avec une pointe d’aiguille), nous pourrons chercher des moyens de les disloquer
le plus possible avant la mesure par Coulter: ultrasons, agitation mécanique, diluant,
écrasement, etc.

A1.3 Interprétation des courbes granulométriques dela Butalane


Observons le graphe de répartition volumique des particules issues de la combustion de
Butalane : les échantillons n°8 et 9.

Chaque échantillon est mesuré par deux techniques : KeRC et Coulter. Les deux échan-
tillons se ressemblent (courbes presque superposées sur le graphe Butalane), lorsqu’ils
sont analysés par une même technique. Nous n’allons donc pas faire de comparaisons en-
tre les échantillons n°8 et 9.

215
En revanche, un même échantillon donne des résultats sensiblement différents lorsqu’on
change de technique. C’est ce que nous allons tenter d’expliquer.
0,06

Butalane
0,05

ane 8 par Coulter, tamisé 200 µm


ane 9 par Coulter, tamisé 200 µm
0,04 ane 8 par KeRC, moyenne coupé 200µm
ane 9 par KeRC, moyenne coupé 200µm

0,03

0,02

0,01

0
0,01 0,1 1 10 100 1000
diamètre des particules (µm)

0,9 ane 8 par KeRC, cumul coupé 200µm


ane 9 par KeRC, cumul coupé 200µm

0,8 ane 8 par Coulter, cumul tamisé 200 µm


ane 9 par Coulter, cumul tamisé 200 µm

0,7

Butalane - cumulé
0,6

0,5

0,4

0,3

0,2

0,1

0
0,01 0,1 1 10 100 1000
diamètre des particules (µm)

Figure 5-74 : Granulométrie de la Butalane par KeRC et Coulter

A1.3.1 Creux à 4 et 50µm sur courbes KeRC


Nous avons déjà vu que les tailles 4 et 50 µm sont certainement sous représentées dans
toutes les mesures par le KeRC, en raison de leur méthode de dépouillement des photos.

216
Cela explique les creux à 4 et 50 µm. Ces creux contribuent automatiquement à faire
monter les pics voisins, car il s’agit de fractions relatives. Ce premier point explique la
principale différence entre les courbes Coulter et KeRC. Nos photos au MEB montrent
que les particules de 4 et 50 µm sont effectivement présentes dans la poudre. Elles ont
donc été sous estimées par la technique de mesure du KeRC.

Par conséquent, nous utiliserons de préférence les courbes du Coulter pour décrire la ré-
partition granulométrique des particules.

A1.3.2 Répartition monomodale large


En fonction des résultats expérimentaux antérieurs, et des mécanismes physiques qui
les expliquent, nous attendions une répartition granulométrique bimodale, en 1µm et
60µm. Mais ces nouvelles mesures montrent un large pic centré sur 7µm, étalé entre 1 et
100µm.

La courbe de fraction volumique cumulée (selon Coulter) nous permet de lire le pourcen-
tage de volume occupé par trois gammes de tailles :

Découpage comme le KeRC : Découpage autour du pic principal :


32% entre 0,1 et 4µm, 15% entre 0,1 et 2µm
62% entre 4 et 50µm, 72% entre 2 et 30µm
6% entre 50 et 200µm. 13% entre 30 et 200µm

Il nous faut donc interpréter cette nouvelle population majoritaire inattendue, entre 2 et
30µm. Les observations des paragraphes précédents au microscope et à la loupe sem-
blent converger vers cette hypothèse :

En majorité, les particules de taille supérieure à deux microns résultent de


l’agglomération de gouttes initialement présentes dans l’écoulement des produits de com-
bustion.

Cette agglomération a sans doute eu lieu soit par impact sur le bord d’attaque de la
sonde épaisse, soit au cours du refroidissement des gouttes, dans un état pâteux qui leur
permet de se coller entre elles et de former des blocs poreux relativement arrondis, mais
pas de fusionner en une nouvelle grosse goutte. Dans le second cas, puisque les calculs et
mesures menés par les Russes et au sein de notre laboratoire (Bovo, 2003) montrent que
les gouttes ont le temps de se refroidir convenablement, nous pourrions supposer qu’il
existe une surfusion de l’alumine : malgré la basse température, la cristallisation
n’aboutirait pas et laisserait les particules dans un état pâteux (comme du verre en fu-
sion).

Ainsi, seulement une minorité de billes solides est issue d’une goutte unique d’alumine.
Il est donc difficile d’estimer la granulométrie des gouttes liquides dans l’écoulement, à
partir de la poudre solide recueillie. Notre résultat granulométrique n’est hélas sans
doute pas représentatif de l’écoulement diphasique étudié.

A1.3.3 Grosses particules de 100 µm


Selon chacune des 4 courbes de fraction volumique, le pic des particules de 100 µm a une
hauteur assez variable, entre 0,5 et 3%. Pour comprendre ces écarts, rappelons qu'une

217
seule particule de 200 µm suffit à former un pic de 0,75 %, dans la minuscule pincée de
poudre que l’on verse dans le Coulter (environ 1mg).

L’observation à la loupe binoculaire et au MEB confirme la présence de grosses particu-


les de 100 µm, mais parmi elles, peu sont sphériques et lisses (voir plus haut).

A1.4 Comparaison à la Butalite aluminisée


La comparaison qualitative avec ce propergol mieux connu, testé à titre de témoin, peut
nous apporter des indications pour interpréter les résultats sur la Butalane.

A1.4.1 Petites sphères


A la différence de la Butalane : toutes les petites particules (<5µm) de Butalite alumini-
sée sont sphériques, ou du moins arrondies. Pas de cubes, hexagones, filaments ou pail-
lettes. L’absence des paillettes (sphères écrasées) nous laisse supposer que ces petites
particules ont eu le temps de se solidifier avant de rencontrer des parois.

D’après le KeRC, ces petites sphères sont aussi transparentes (le MEB utilisé ne peut le
voir).

Butalite 1. Petites particules, toutes sphériques. Photos 10-17/14:18 et 14:30.

On peut donc identifier chaque petite sphère à une goutte d’alumine qui s’est solidifiée.
Dans cette gamme de taille, et pour ce propergol précis, la poudre produite par ce mon-
tage de prélèvement est donc bien représentative des gouttes d’alumine qui circulent
dans la chambre de combustion.
Cette information est importante car elle esquisse un espoir de produire aussi des parti-
cules exclusivement sphériques à partir de Butalane. On sait que la Butalane brûle à
500°C de plus et qu’elle contient 18% d’aluminium au lieu de 5%. Ces conditions plus ex-
trêmes sont sans doute à l’origine d’une cristallisation géométrique, et de l’écrasement de
certaines gouttes encore pâteuses sur des parois du montage. En adaptant les conditions
de prélèvement à la Butalane, nous avons l’espoir d’obtenir exclusivement des sphères.

A1.4.2 Gros agglomérats


En revanche, pour les particules supérieures à 5µm, nous retrouvons des agglomérats
aux formes semblables à ceux de Butalane : blocs frittés, agglomérats de boules écrasées,

218
blocs feuilletés. Seules les particules lisses anguleuses et les sphères écaillées ne sont
pas apparus sur nos photos (nous trouvons des écailles mais pas sur des sphères).

Butalite 1. Bloc fritté. Photo 10-09/09:41.

Butalite 1. Gros plans sur le bloc fritté. Photo 10-09/09:43 Photo 10-09/09:45

La très forte ressemblance des courbes granulométriques (non présentées ici) des deux
propergols nous amène à penser que le système de prélèvement favorise certaines tailles
d’agglomérats indépendamment du propergol utilisé.

Ce point est défavorable à l’exploitation de ce montage pour étudier la granulométrie des


gouttes à l’intérieur de la chambre de combustion. Il nous faut donc élaborer une mé-
thode d’exploitation de ce montage qui évite l’agglomération des particules.

A1.5 Composition chimique de la poudre


A la loupe binoculaire, les couleurs nous aident à différencier certaines particules en
fonction de leur couleur, leur aspect de surface ou leur transparence. De son côté, le Mi-
croscope Electronique à Balayage fournit des images en Noir et Blanc, mais il possède un
module d’analyse spectrale qui reconnaît les matériaux observés. En effet, chaque élé-

219
ment chimique présente des fréquences caractéristiques de réfraction des électrons. On
voit les pics correspondants sur l’analyse spectrale si l’élément en question est présent
dans la zone de mesure. On peut ainsi repérer sur une zone très localisée les éléments
chimiques présents à la surface des particules : Aluminium, Oxygène, et polluants
comme le Fer, le Potassium, le Chrome, le Plomb. Si nous arrivons à corréler les couleurs
vues à la loupe avec les éléments chimiques détectés au MEB, alors nous saurons très
rapidement analyser à la loupe la composition de la poudre, sans passer par le MEB.

Nous avons pour cela isolé quelques grosses particules issues de la Butalane n°8, à l’aide
d’une aiguille, sous la loupe binoculaire.
Sur une photo d’ensemble à la loupe, chacune a été repérée par sa couleur et sa position.

Photo à la loupe binoculaire. Butalane 8. Disposition de 11 grosses particules de différentes cou-


leurs pour analyse chimique. [ane8-chimique]

Nous avons photographié et analysé chimiquement au MEB ces mêmes particules. Le


dépouillement des spectres fournit le tableau suivant. Il représente pour chaque parti-
cule la hauteur du pic principal d’intensité réfractée, en fonction de l’élément chimique
détecté.

220
Couleur Particule n° Al O Al/0 Fe Pb Cr K
rouge 1 ?>10,8 3,8 ? 0,2 x 0,5 0,3
orange 2 7,9 0,9 8,8 0,1 x peu 0,4
rouge 3 3,2 1,3 2,5 0,5 x peu 0,4
rouge 4 9,5 1,1 8,6 0,1 x peu 0,1
gris foncé 5 9 0,4 22,5 0,1 x x peu
jaune opaque 6 7,2 0,8 9 0,1 0,2 0,1 0,4
jaune opaque 7 ?>10,7 4,5 ? 1,5 1,6 1,5 6
blanc 8 9 1,1 8,2 peu x x peu
gris foncé 9 10,7 0,1 107 0,1 peu peu peu
gris foncé 10 9,8 0,8 12,3 peu x peu peu
Jaune trans- 11 7,9 1,1 7,2 0,1 0,25 x 0,8
parent
Tableau d’analyse chimique : hauteur du pic d’intensité réfractée, en fonction de l’élément chimi-
que détecté.

Attention, on ne peut pas comparer quantitativement deux éléments chimiques dans une
même particule car la sensibilité du capteur peut varier d’un élément à l’autre. En re-
vanche, si l’on fait des mesures successives sur des particules différentes, dans des
conditions et réglages strictement identiques, il est intéressant de comparer par exemple
les taux de pollution au fer de deux particules différentes.

A1.5.1 Gris et taux d’aluminium imbrûlé


Tout d’abord nous pouvons clairement différencier l’aluminium Al de l’alumine AL2O3.
Pour les particules d’aluminium (n° 5, 9 et 10, gris foncé) le pic de l’oxygène ne dépasse
pas l’intensité 0,8 (unité arbitraire). Et le rapport entre la hauteur des pics Al et O est
supérieur à 10. Il est logique de détecter moins d’oxygène dans le métal que dans son
oxyde. On a donc une correspondance nette : la couleur gris foncé signale l’aluminium
métallique.

Remarquons sur les photos suivantes que ces grosses particules d’aluminium (gris foncé)
peuvent présenter des écailles.

Butalane 8. Particule (n°10) d’aluminium (gris foncé) à surface écaillée. Vue d'ensemble et détail
Photos 10-08/15:59 (vue d’ensemble) et 16:01(détail).

221
De cette identification facile du gris à l’aluminium, il ressort une observation très posi-
tive pour la performance de ce montage : il y a très peu d’aluminium imbrûlé.

Pour la Butalane, nous pouvons estimer sur nos photos couleur à la loupe binoculaire
(voir plus haut), la proportion de particules d’aluminium imbrûlées, grâce à leur couleur
gris foncé, parmi l’alumine blanche :
- presque aucune particule de moins de 100µm,
- moins de 10% entre 100 et 200µm,
- moins de 30% au dessus de 200µm.

Il est logique de trouver plus d’aluminium imbrûlé parmi les grosses particules, car elles
ont besoin de plus de temps pour brûler. Mais nous avons vu que les agglomérats supé-
rieurs à 200 µm sont peu nombreux, et ne sont certainement pas représentatifs des gout-
tes circulant dans la chambre de combustion. Ils se sont probablement formés dans le
montage selon des mécanismes parasites.

A1.5.2 Blanc
La particule n°8 est blanche, sphérique et opaque. L’analyse chimique confirme que c’est
de l’alumine pure. Il n’y a pratiquement pas de polluant (traces de fer). C’est la particule
typique que l’on s’attend à trouver à la sortie d’un moteur à propergol solide. Remar-
quons sur sa photo au MEB que des écailles apparaissent sur ses flancs. Elles sont sans
doute responsables de cet aspect blanc opaque. En effet, l’alumine cristalline est norma-
lement transparente si sa surface est lisse.

Butalane 8. Particule n°1, alumine, blanche, partiellement écaillée. Vue d'ensemble et détail Pho-
tos 10-08/15:51 (vue d’ensemble) et 15:53 (détail).

A1.5.3 Rouge
Les particules n°1, 2, 3 et 4 présentent diverses nuances de rouge. Elles ont en commun
une pollution au Fer et au Potassium, et quelques traces de Chrome.
Leurs formes et leurs aspects de surface sont très divers. Cela témoigne de mécanismes
de formation différents.

Par exemple, les particules n°1 et 4 sont presque sphériques. Elles proviennent proba-
blement de grosses gouttes d’alumine. En surface, n°1 a des écailles, peut-être imputa-
bles à une cristallisation lente, alors que n°4 présente plutôt des impacts de petites gout-
tes.

222
Particule n°1, vue d'ensemble et détail

Particule n°4, vue d'ensemble et détail

La particule n°3 semble être un agglomérat de petites particules sphériques de 1µm,


formé au contact d’une paroi, comme en témoignent ses zones planes.

Particule n°3, vue d'ensemble et détail

La particule n°2, agglomérat dont les éléments constitutifs d’environ 10µm ont des for-
mes aplaties, a sans doute roulé dans un état pâteux pour acquérir cette forme de boule
chiffonnée.

223
Butalane 8. Particule n°2, orange. Vue d'ensemble et détail Photos 10-08/15:16 (vue d’ensemble)
et 15:18 (détail).

A1.5.4 Jaune
Les particules n°6, 7 et 11 sont jaunes. Elles ont la spécificité de présenter une pollution
au Plomb, en plus des autres éléments polluants déjà vus sur les particules rouges : Fer,
Potassium, Chrome (sauf n°11).

Les n°6 et 7 sont très semblables : presque sphériques, criblées d’impacts de petites gout-
tes.

Particules n°6, 7 et 11.

La particule n°11 est tout à fait spéciale. Sa surface lisse et son volume transparent
transmettent une couleur jaune vif. Elle a des arêtes vives mais courbées, et des alvéo-
les. Comme nous l’avons vu dans un paragraphe antérieur, cette forme n’est pas rare
dans la Butalane. Nous ignorons le mécanisme de formation, mais nous retiendrons que
la couleur jaune est liée au Plomb. Notons que nous n’y avons pas trouvé de Chrome,
contrairement aux autres particules jaunes ou rouges.

A1.5.5 Conclusion sur les relations entre couleurs et composants chimiques

Les particules transparentes ou blanches sont d’alumine pure, à surface lisse ou écaillée.
Le gris foncé correspond à l’aluminium métallique non brûlé. Son faible taux confirme
une combustion complète des gouttes avant prélèvement.
Le rouge indique une pollution au Fer, Potassium et Chrome.

224
Le Jaune est spécifique au Plomb.

Ces polluants trouvent probablement leur origine dans les additifs du propergol et de
l’allumeur de propergol. Des doses infimes suffisent à produire une coloration surfacique
des particules d’alumine.

Notons que les onze particules que nous avons analysées ne sont pas parfaitement repré-
sentatives de la poudre issue de la combustion de la Butalane. Nous les avons choisies
arbitrairement pour leur grande taille, qui facilite la manipulation. Nous extrapolerons
ces résultats aux autres particules, différentes en taille et forme, ainsi qu’aux autres
propergols.

A1.6 Conclusions

A1.6.1 Combustion complète


La principale qualité que nous pouvons apprécier sur ce montage de prélèvement des ré-
sidus de combustion de propergol solide, est que la plupart des particules d’aluminium
ont le temps de brûler avant d’être aspirées par la sonde. Cela confirme que son dimen-
sionnement est adapté aux propergols que nous voulons tester.

A1.6.2 Représentativité des échantillons de poudre


Pour la Butalane et la Butalite aluminisée, en majorité, les gouttes issues de la chambre
de combustion semblent s’être agglomérées soit par impact sur le bord d’attaque de la
sonde, soit pendant leur transit dans le système de prélèvement. Leurs formes suggèrent
qu’elles sont passées par un état pâteux, propre à la solidification de l’alumine. Les ag-
glomérats qui en découlent ne sont donc pas représentatifs de la granulométrie initiale
des gouttes.

Néanmoins, lors de ces essais, la Butalite aluminisée a produit principalement des sphè-
res dans les tailles inférieures à 5µm. Cela témoigne d’une solidification efficace, qui
conserve la forme originelle des gouttes liquides. Nous avons donc l’espoir de mettre au
point une méthode d’exploitation de ce montage qui réduise l’agglomération, et qui solidi-
fie les gouttes d’alumine dans leur état initial. Alors, la granulométrie des particules pré-
levées et solidifiées sera représentative des gouttes dans la chambre de combustion.

Dans cette démarche d’optimisation, nous suggérons deux voies complémentaires.


Tout d’abord, pour savoir si les agglomérats se forment par impact et solidification des
gouttelettes d’alumine sur la paroi froide du bord d’attaque de la sonde épaisse, nos si-
mulations numériques montrent qu’il est possible d’empêcher l’aspiration de ces agglo-
mérats dans la sonde en imposant une aspiration lente, dite sub-isocinétique (voir fin du
chapitre sur l’étude numérique).

Si cette hypothèse est rejetée, suggérant ainsi que les agglomérats se forment en aval de
la sonde de prélèvement, nous proposons d’étudier le phénomène hypothétique de surfu-
sion, qui pourrait retarder la solidification des gouttes malgré une baisse satisfaisante de
leur température. Comme pour le givrage de l’eau, il existe peut-être des agents cataly-
seurs de la cristallisation de l’alumine liquide, que l’on pourrait mélanger au matériau
sublimant à l’intérieur de la canne de prélèvement.

225
A1.6.3 Comparaison des techniques de granulométrie
Nous avons décelé une faiblesse importante de la méthode de mesure du KeRC : ses pho-
tos au microscope, effectuées sur trois gammes de tailles séparément, sous-estiment les
particules proches de 4µm et 50µm. Ce biais déforme les courbes granulométriques dans
des proportions inacceptables.

Heureusement, nous disposons d’un granulomètre par diffraction laser de marque Coul-
ter, qui ne nécessite pas de séparer la poudre en trois lots.
Mais cette technique ne peut pas rendre compte de la forme et de la couleur des particu-
les, qui sont des informations importantes pour valider qualitativement la mesure des
tailles.

En complément de cette technique par diffraction, il serait fort utile d’appliquer une
analyse automatique d’images sur des photos au MEB. On pourrait ainsi classifier les
particules selon leur forme, donc par exemple quantifier la part des agglomérats et des
sphères.
Cela reviendrait à automatiser la technique du KeRC. Mais le biais évoqué plus haut
pourrait perturber cette mesure. En effet, pour voir clairement au MEB de grosses parti-
cules, il faut les séparer des petites. Pour ne pas ignorer les tailles intermédiaires, il fau-
drait mettre au point une méthode minutieuse de recouvrement des différentes échelles
photographiques.

A1.6.4 Intérêt du montage KeRC


Malgré nos réserves sur la solidification des gouttes d’alumine lors de ces essais prélimi-
naires, ce montage de granulométrie reste très compétitif par rapport aux autres moyens
de mesure disponibles à ce jour. Il est en effet le seul à proposer à la fois:

- la combustion complète de l’aluminium dans des conditions proches de celles du moteur


réel,
- le prélèvement représentatif par sonde isocinétique d’un échantillon diphasique de pro-
duits de combustion (pas de ségrégation des tailles par gradient de vitesses),
- la solidification des gouttes sous haute pression, qui réduit le risque de ‘rochage’ (poro-
sité due à la production de vapeur d’eau lors du refroidissement),
- la collecte d’un échantillon de masse suffisante (plusieurs grammes) pour une analyse
granulométrique et morphologique ultérieure.

Pour ces raisons, l’acquisition prochaine de ce montage par l’ONERA constitue une pers-
pective prometteuse dans le domaine de la granulométrie des produits de combustion des
moteurs spatiaux à propergol solide métallisé.

226
ANNEXE 2 DÉTAILS SUR LE BANC EXPÉRIMENTAL PIC

A2.1 Détails sur le circuit d’air

A2.1.1 Réservoir
Le laboratoire dispose d’un réseau d’air comprimé à 76 bar. Nous pourrions y prélever
directement le débit d’air nécessaire. Mais la vitesse de l’écoulement est un paramètre
essentiel pour nos essais. Il est donc intéressant d’en avoir une mesure fiable. Or l'écou-
lement en rafales se prête difficilement aux instruments classiques de mesure de vitesse
ou de débit. Le débitmètre à tuyère sonique que nous allons décrire plus loin est adapté à
ces conditions, mais un bilan de matière est souhaitable pour étalonner ces résultats.
Nous allons dimensionner le réservoir dans cette perspective, c’est à dire pour utiliser sa
baisse de pression comme seconde mesure du débit.

Fixons la pression de service. Des essais préliminaires du générateur de particules et du


débitmètre à tuyère sonique ont montré qu’une pression de 20 bar est nécessaire en ré-
gime nominal. Un réservoir à 40 bar permettra de maintenir cette pression durant la ra-
fale, au travers d’un détendeur adapté. Nous remplissons périodiquement le réservoir à
40 bar à partir du réseau d’air à 76 bar.

Calculons le volume V du réservoir. La loi des gaz parfaits lie la quantité de matière n à
la pression p:
pV
pV = nRT ⇔ n =
RT
T est la température absolue du gaz et R = 8,314 [Link]-1 est la constante des gaz par-
faits.
Indiçons par 1 les grandeurs caractéristiques de l’air dans le réservoir à l’état initial.
Utilisons l’indice 2 pour l’état final, après la rafale. L’air débité pendant la rafale à pres-
sion ambiante sera indicé 0. Calculons la pression finale après la rafale :

p0V0 p1V1 p2V2 p p V p V


n0 = n1 − n2 ⇔ = − ⇔ 2 = 1 1− 0 0
RT0 RT1 RT2 T2 T1 V2 T0 V2

or V1 = V2 est le volume du réservoir.


Par ailleurs, laissons le temps au système pour se mettre à la température ambiante
avant et après la rafale. Alors T0 = T1 = T2. L’équation précédente se simplifie donc cette
expression de la pression finale :
V0
p2 = p1 − p0
V2
Nous utiliserons cette équation pour mesurer le volume d’air débité pendant la rafale :
p1 − p2
V0 = V2
p0
où p0 est la pression dans la veine d’essai (proche de la pression atmosphérique) et V2 est
le volume du réservoir.

Il nous faut choisir ce volume pour dimensionner le réservoir. Il doit être assez grand
pour assurer un débit constant pendant toute la rafale, par l’intermédiaire du détendeur.
De plus, il faut éviter que la température (donc la pression) ne baisse trop pendant la ra-

227
fale, pour fournir un gaz aux caractéristiques physiques constantes dans le temps. Mais
à l’inverse, si la baisse de pression au cours de la rafale est trop faible, sa mesure sera
entachée d’erreur. Voici le compromis qui nous semble acceptable : choisissons un vo-
lume de réservoir tel que la pression baisse de moins de 10% pendant la rafale. Cela se
traduit par P2/P1>0,9. Introduisons cela dans l’équation précédente pour trouver le vo-
lume du réservoir:
p0V0
V2 ≥
0,1. p1
D’après le tableau précédent, dans les conditions nominales, une rafale de 5 secondes à
17,5 m/s dans ce montage représente un transfert d’air de V0 =185 l à pression ambiante
(1 bar). Un réservoir à 40 bar devra donc présenter un volume minimum de 46,25 litres.
Mais dans les conditions extrêmes d’utilisation, il faut débiter 666 litres en une rafale.
Le réservoir devra donc contenir 166, 5 l à 40 bar.
Inconvénient d’un si grand réservoir : il réduit la précision de mesure en régime nominal,
car sa pression va très peu chuter au cours d’une rafale.
En pratique, après prospection commerciale, nous avons choisi 40 bar et 150 litres.

De nombreuses mesures préliminaires ont abouti à un bon étalonnage du débitmètre à


tuyère sonique par la mesure de la masse délivrée par le réservoir (voir plus loin le para-
graphe sur les mesures). La mesure par tuyère sonique s’est avérée suffisamment fiable.
Nous avons abandonné la mesure par bilan sur le réservoir car elle exige d’attendre plus
de trois heures l’équilibrage des températures après une rafale.

A2.1.2 Détendeur et électrovanne


Nous désirons produire une rafale à vitesse constante, durant quelques secondes, le
temps de réaliser un prélèvement par les sondes. L’idéal serait un « créneau » de vitesse,
pour pouvoir estimer la concentration de poudre par bilan de masse, après chaque rafale.
En pratique, il faut accepter un certain temps de stabilisation de la vitesse.
L’électrovanne s’ouvre brutalement pendant quelques secondes puis se referme brutale-
ment à la fin du prélèvement. Ce temps est réglé empiriquement pour permette
l’établissement d’une vitesse constante devant les sondes, puis un prélèvement de deux à
cinq secondes environ.
Au cours de la rafale, le réservoir se vide partiellement (jusqu’à 10%) donc sa pression
chute d’autant. Le détendeur, placé entre le réservoir et l’électrovanne, permet de main-
tenir à l’entrée de la veine d’essai une pression constante donc une vitesse constante,
malgré la baisse progressive de la pression du réservoir. Par exemple, le réservoir passe
de 40 à 36 bar, mais le détendeur maintient en aval une pression de 20 bar.

Le modèle de détendeur D 301 du constructeur FCX IMF délivre un débit nominal de


133 Nm3/h à 20 bar. Avec une pression réservoir entre 41 et 36 bar, il peut fournir, selon
le réglage, de 6 à 24 bar. Hélas, de nombreux essais ont montré que ce modèle ne peut
pas assurer une pression bien stable pendant de si courtes rafales : il produit toujours
une augmentation de 0,5 bar sur quelques secondes. Ceci est du à sa fabrication par res-
sort et piston. Nous avons pu le remplacer par un modèle à dôme, plus précis. Mais ne
disposant pas de détendeur pilote pour ce dôme, nous avons utilisé le gros détendeur
d’origine comme pilote. Nous supposons que ce surdimensionnement est la cause de la
faible répétabilité de la pression entre deux rafales consécutives. Les créneaux de pres-
sion obtenus sont bien « carrés» mais de hauteur légèrement variable (2%). Nous devons
ajuster fréquemment le réglage, et surtout limiter le délai entre deux rafales pour ré-
duire la dérive du détendeur. Ce défaut constitue un point faible sur le plan pratique, qui
devrait être corrigé pour de futurs essais (achat d’un détendeur pilote adapté).

228
A l’ouverture de l’électrovanne, nous avons constaté un pic de pression. Il est du à la
transition entre la position statique du détendeur (l’électrovanne fermée en aval fait
monter la pression et le clapet du détendeur se ferme à 23 bar) et sa position dynamique
(l’électrovanne ouverte laisse passer un fort débit et le clapet du détendeur s’équilibre à
20 bar). Pour éviter cela, nous produisons avant chaque rafale une petite fuite entre le
détendeur et l’électrovanne, à l’aide d’une petite vanne manuelle intercalée entre les
deux.

A2.1.3 Mesure de pression et température dans la veine d’essai


Ces deux données sont nécessaires au calcul de la masse volumique de l’air prélevé
(ρ = p / rT). Celle-ci intervient dans le calcul de la vitesse dans la veine à partir du débit
massique mesuré. p et T interviennent aussi dans le calcul des nombres adimensionnels
de Stokes et de Reynolds, par le biais de la viscosité.
Dans la zone de prélèvement, la pression de l’air est mesurée par un capteur de marque
Druck à base de cristal de silicone (échelle 2 bar absolus, précision relative à
l’échelle = 0,04%, sortie 0-10V, temps de réponse < 0,1s).

La température de l’air est mesurée par un thermocouple de type K à 4 mm de la paroi


(diamètre 0,5 mm pour un temps de réponse inférieur à 2s). Son convertisseur numéri-
que (sortie 0-10V) alimenté en 240 VAC s’est avéré être une source importante de bruit
électrique à cause de la fréquence 50Hz de l’alimentation, qui rayonne sur toutes les par-
ties métalliques et pollue toutes les voies de mesure électriques. De plus, ce convertis-
seur numérique a un temps de réponse supérieur à celui du capteur, ce qui discrétise ar-
tificiellement le signal temporel de sortie. En guise d’amélioration nous proposerions un
simple amplificateur alimenté en 24V continu, pour convertir les quelques mV du ther-
mocouple en signal 0-10V pour la carte d’acquisition. Dans notre gamme de température,
le thermocouple a un comportement très linéaire, donc tout convertisseur sophistiqué est
inutile.

Ces capteurs de température et pression sont montés sur la cale intermédiaire entre le
tronçon de verre et le module de prélèvement, c'est-à-dire à quelques centimètres en aval
de l’entrée des sondes. On peut déplacer cette cale équipée des capteurs sur d’autres sec-
tions de la maquette.

A2.2 Détails sur le circuit de poudre

A2.2.1 Mesure de la vitesse d’aspiration dans chaque sonde


L’aspiration de la sonde est produite par un vérin pneumatique fonctionnant comme une
seringue : le vérin aspirant. Il est entraîné par un second vérin (dit moteur) réglable en
vitesse par des vannes sur son alimentation en air comprimé. Pendant ce mouvement,
un capteur de position repère l’avancement des vérins.

229
Mini-cyclone

Sonde Filtre

Vérin aspirant
Vérin moteur
Tige Fond
Capteur de Vanne de réglage
position air comprimé
Figure 5-75 – Schéma du système d’aspiration d’une sonde

Sur le graphe temporel de position du vérin aspirant, la pente de la courbe donne la vi-
tesse du piston dans le cylindre Uc.

Position du vérin (m)

Soufflage Aspiration temps (s)

Figure 5-76 – Evolution temporelle de la position d’un vérin aspirant

Le débit massique d’air entrant dans le vérin s’écrit :


Qc = ρ[Link]
où Sc est la section interne du cylindre : Sc = 0,1²./4 = 0,007854 m².
ρc est la masse volumique de l’air dans le cylindre, déterminée par la loi des gaz parfaits,
ρc = pc / [Link]
avec r = 286.69 [Link]-1.K-1 pour l’air
pc est la pression de l’air dans le cylindre, et Tc sa température, que l’on assimilera à la
température de l’air à l’entrée de la sonde, c’est à dire dans la veine d’essai où réside un
capteur : Tc = Tv.

Selon le principe de la conservation du débit massique : Qf = Qc = ([Link]) / ([Link])


Qf : débit massique d’air entrant dans la sonde,
Qc : débit massique d’air entrant dans le cylindre.

Nous pouvons alors en déduire la vitesse débitante de l’air dans la sonde :


U = Qf / (ρ[Link])

230
où Ss est la section de la sonde : Ss = 0,008²./4 = 5.10-5 m², et ρs est la masse volumique
de l’air dans la sonde, c’est à dire à la température et pression de l’air dans la veine
d’essai : ρs = pv / ([Link]).
On obtient finalement une relation entre la vitesse débitante d’aspiration par la sonde U
et celle de déplacement du vérin Uc :
pc S c
U = Uc. .
ps S s
Le rapport des sections entre le cylindre et la sonde est fixé par le rapport des diamè-
tres : Sc/Ss = (100/8)² = 156,25
Nous avons alors une relation simple pour mesurer la vitesse débitante d’aspiration de la
sonde:
pc
U = 156,25. .U c
ps
Le rapport des pressions dépend de la perte de charge occasionnée par le passage de l’air
au long du circuit entre l’entrée de la sonde et la cavité du cylindre : 250 mm de tube de
diamètre 8 mm, un mini-cyclone, 400 mm de flexible de diamètre interne14 mm, et un
filtre en papier plissé. Le piston doit produire une dépression d’autant plus importante
que la vitesse d’aspiration souhaitée est grande.
Pour mesurer cette différence de pression, nous utilisons exceptionnellement le capteur
normalement dédié à la pression dans la veine. Voici quelques résultats liant la dépres-
sion (ps-pc) nécessaire dans le cylindre pour produire la vitesse débitante U à l’entrée de
la sonde:

U (m/s) 35,20 17,6 8,8


ps-pc (mbar) 48 22 8

Alors pour chaque valeur de U et pour chaque sonde nous calculons pc/ps = 1- (ps-pc)/ps
Nous garderons cette grille de correction en supposant que le bouchage progressif du fil-
tre est négligeable au long des différents essais.
Lors de chaque essai, ps est donnée par le capteur de pression normalement placé dans la
veine d’essai.

Nous possédons maintenant toutes les données pour mesurer la vitesse débitante
moyenne dans la sonde pendant la phase d’aspiration.

A2.2.1.1 Contrôle transitoire de la vitesse d’aspiration par fil chaud


Pour vérifier la correspondance de cette mesure indirecte avec la vitesse réelle, nous
avons essayé de mesurer la vitesse de l’air à l’entrée des sondes par P.I.V. Hélas, les re-
flets du laser sur les parois des sondes, et les problèmes d’interpolation du programme de
recomposition des vitesses au niveau des limites de l’image, ne nous ont pas permis
d’obtenir des mesures satisfaisantes dans la période de disponibilité du matériel. Nous
avons donc utilisé un fil chaud pour étalonner la vitesse d’aspiration

La sonde à fil chaud est une tige métallique de diamètre 2 mm, introduite en travers de
l’écoulement pour mesurer localement la vitesse de l’air. A son extrémité est fixé entre
deux broches un très fin filament, perpendiculaire à l’écoulement, de longueur 1,5 mm
environ. Le filament est chauffé par un courant électrique. En augmentant, la vitesse de
l’air le refroidit davantage, ce qui change sa résistance électrique. On mesure cette résis-
tance pour évaluer la vitesse de l’air. Le dispositif entier a été étalonné. Nous plaçons le
fil chaud au centre de l’écoulement prélevé en intercalant un té entre la sortie de la
sonde et l’entrée du mini-cyclone collecteur.

231
Les essais sont menés avec de l’air pur, sans particules, car celles-ci détruiraient le fil.
Nous comparons la mesure de vitesse de l’air dans la sonde par fil chaud à celle du vérin
par le capteur de position. Un capteur de pression est placé dans le cylindre du vérin as-
pirant pour mesurer la perte de charge entre le cylindre et l’entrée de la sonde (à la pres-
sion atmosphérique lorsqu’il n’y a pas d’écoulement principale dans la veine).

Pression dans le vérin aspirant et vitesse dans la sonde

-0,900 50

-0,910 -Pvérin (bar) 45

-0,920 position*40 (m)


Vfil étalonné (m/s) 40
-0,930
35
-0,940

30
-0,950

-0,960 25

-0,970
20

-0,980
15
-0,990
10
-1,000

5
-1,010

-1,020 0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
temps (s)

Figure 5-77 – Pression dans le vérin aspirant et vitesse d’aspiration de la sonde mesurée par fil chaud

Sur ce graphe nous avons inversé le signe du signal de pression (en bleu clair, avec un
bruit faible) pour mettre en évidence sa similitude avec celui de la vitesse d’aspiration
mesurée par le fil chaud (en mauve, avec un fort bruit). Observons seulement la partie
droite du graphe, à partir de t = 7 s, correspondant à l’aspiration. Lorsqu’on arrive à ob-
tenir un créneau de vitesse, (également remarquable par une rampe bien droite de la po-
sition du vérin), la dépression dans le vérin suit la même évolution. Ceci est logique car
les pertes de charges se décrivent couramment sous la forme : ΔP = K.V², où K est une
constante liée à la géométrie du circuit traversé. Lorsque nous ne pouvons pas utiliser le
fil chaud à cause des particules qui l’endommageraient, la variation temporelle de la
pression dans le cylindre aspirant est un critère pratique de vérification de la régularité
de la vitesse, complémentaire de la courbe de position du piston.

Sur le plan quantitatif, si nous comparons la vitesse débitante d’air dans la sonde (mesu-
rée par la vitesse du vérin et la pression de son cylindre), à celle indiquée par le fil
chaud, la correspondance n’est pas parfaitement exacte. Cela provient du fait que le fil
chaud mesure la vitesse au centre d’une conduite qui présente une couche limite parié-
tale. Mais conformément à la théorie des écoulements en conduite, le rapport de ces vi-
tesses ne dépasse pas 1,3 pour les faibles débits, et tend vers 1 pour les forts débits.

A2.2.1.2 Méthode de réglage de la vitesse d’aspiration


Rappelons que les deux sondes ont initialement une phase de soufflage de quelques se-
condes pendant laquelle l’écoulement de particules peut s’établir dans la veine sans pol-
luer les sondes. La vitesse de soufflage et sa régularité ne sont pas des paramètres im-

232
portants, pourvu que la poudre n’entre pas dans les sondes durant cette phase. En re-
vanche, durant toute la phase d’aspiration, la vitesse doit avoir une valeur précise et
stable.
La pente de la courbe de déplacement du vérin nous donne une bonne mesure de la vi-
tesse d’aspiration, et aussi un contrôle sur sa linéarité. Or nous observons deux cas sin-
guliers :

Position du vérin (m) Position du vérin (m)

Aspiration
Aspiration RAPIDE
LENTE
Soufflage Soufflage

temps (s) temps (s)

Figure 5-78 – Aspiration lente : départ trop rapide. Aspiration rapide : départ trop lent

Pour comprendre la cause de ces non linéarités de la vitesse d’aspiration, nous avons
placé des capteurs de pression de part et d’autre du piston moteur (qui entraîne le piston
d’aspiration). Ces deux côtés sont appelés côté Tige et côté Fond. Après de nombreux es-
sais, il s’est avéré que la pression côté Tige est le facteur principal de ces problèmes :
pour obtenir une vitesse d’aspiration constante, il faut une que Ptige reste constante entre
la phase de soufflage et celle d’aspiration. Pour garantir cela dans toutes les conditions
nous avons ajouté une vanne de réglage sur l’entrée d’air de chaque côté du vérin mo-
teur. Ainsi, la vitesse d’aspiration est réglée par deux vannes : une à l’entrée d’air côté
fond, une à la sortie d’air côté tige. C’est l’inverse pour le soufflage. Avec ces quatre van-
nes ajustées judicieusement, il est toujours possible d’obtenir une aspiration à vitesse
constante, comme le montre la figure suivante. Le critère de réglage est la valeur cons-
tante de la pression côté tige du vérin moteur.

Position du vérin (m) Position du vérin (m)

Aspiration
RAPIDE
Aspiration
LENTE
Soufflage Soufflage

temps (s) temps (s)

Figure 5-79 : Aspiration lente ou rapide: régulière

A2.2.1.3 Visualisation du prélèvement


Nous venons de valider nos moyens de mesure d’une part de la vitesse incidente de l’air,
et d’autre part de la vitesse d’aspiration par chaque sonde. En les réglant à la même va-

233
leur, nous sommes donc en mesure de produire un prélèvement parfaitement isocinéti-
que, qui servira de référence pour la mesure de la concentration en poudre du mélange
diphasique. Cependant, il est probable que la présence de poudre dans le mélange modi-
fie le comportement du gaz porteur. Nous proposons alors de vérifier l’isocinétisme d’une
sonde en photographiant les trajectoires des particules qui y pénètrent.

En effet, lorsqu’une sonde est parfaitement isocinétique, les lignes de courant qui la pé-
nètrent sont rectilignes. La forme des lignes de courant peut donc servir de critère pour
déterminer si la vitesse d’aspiration est bien ajustée à la vitesse incidente du mélange
diphasique. De plus, la forme des trajectoires lors des prélèvement non isocinétiques
nous aidera à interpréter les résultats de mesures.

Figure 5-80 – Eclairage de la zone de prélèvement par nappe laser

Eclairons le plan horizontal médian de la veine d’essai transparente par une nappe laser.
La source de lumière est un laser à Argon de puissance 0,5 W acheminée par une fibre.
optique. La nappe laser diffuse à 60°.

Plaçons une caméra numérique au-dessus de la veine, braquée sur l’entrée des deux son-
des parallèles. Elle peut enregistrer des séquences de 28 images jusqu’à la fréquence de
15 images par secondes, et son temps de pose est réglable de 1/15 s à 1/80000 s. Nous ré-
glons ce temps de pose de manière à voir au choix des particules figées dans leur mou-
vement ou les segments de leur trajectoire. Nous constatons qu’une forte concentration
en particules (Z > 5%) nuit à la visualisation nette des trajectoires pour deux raisons :
l’espace entre la vitre supérieure et le plan éclairé (23 mm) est opacifié par les particules,
et la lumière est diffusée par les particules près de la source .

234
Voici quelques exemples de photographies.

Figure 5-81 – Exemple de prélèvement isocinétique (à droite) et sub-isocinétique (à gauche).

A haute vitesse (27m/s) on voit que la turbulence donne des ondulations aux trajectoires.
A cette concentration (Z=0,2), beaucoup de lumière est diffusée par la poudre près de la
source (zone claire en bas à droite).

235
Figure 5-82 – Le soufflage des sondes écarte les particules incidentes pendant la phase initiale

Figure 5-83 : A très faible concentration, deux prélèvements super-isocinétiques

236
A2.2.2 Les cyclones en cascade pour poudre multimodale
Voici, pour information, des remarques sur une technique de granulométrie séduisante,
qu’il serait intéressant de tester dans le cas de l’étude d’une poudre multimodale, c'est-à-
dire avec plusieurs tailles de particules mélangées.

Les cyclones miniatures (diamètre du corps < 5 cm) peuvent être utilisés comme instru-
ments de granulométrie. On place en série plusieurs cyclones de diamètres décroissants.
Les plus grosses particules sont piégées par le premier. Le reste s’échappe vers le second,
qui retient des particules de taille moyenne, mais laisse échapper les plus petites. Cinq
modules de diamètres étagés entre 1,52 cm et 4,47 cm ont ainsi permis à Smith (1979) de
séparer cinq classes de particules entre 0,8 et 7 µm. Cette technique s’apparente aux im-
pacteurs en cascade, couramment utilisés en granulométrie submicronique, mais elle
permet de manipuler de plus gros échantillons, donc des écoulements plus concentrés ou
des prélèvements plus longs.

Cette technique pourrait être très pratique pour nous, car nous ne cherchons à séparer
que deux tailles de particules au maximum. Donc deux cyclones suffiraient. On pèserait
la poudre retenu par chacun pour savoir si une taille a été privilégiée par la vitesse
d’aspiration. Hélas la vitesse incidente du mélange dans le cyclone a une grande in-
fluence sur son diamètre de coupure (diamètre des particules retenues à 50%). Plus le
fluide entre vite, mieux les petites particules sont retenues. Or, pour nos essais, nous
devons faire varier la vitesse d’aspiration de l’une des deux sondes dans de grande pro-
portions. De plus nous allons faire varier aussi la vitesse de l’écoulement principal. Alors
comment choisir la taille des cyclones pour séparer clairement nos deux tailles de parti-
cules ?

Overcamp (1993) et Kenny (1997) ont montré expérimentalement qu’à haute vitesse
d’entrée dans le cyclone, l’influence de cette vitesse s’estompe de façon asymptotique.
C’est dans cette configuration que nous pourrions utiliser deux cyclones différents en sé-
rie. Mais la littérature manque de données confirmant ces observations, et nous utilisons
des particules plus grosses et plus légères que la plupart des autres expérimentateurs
dans ce domaine. Nous ne sommes pas certains que la similitude par le nombre de Sto-
kes suffise à extrapoler leurs résultats. Enfin, toutes les expériences de la littérature se
font à des concentrations beaucoup plus faibles que les nôtres.
Tester cette méthode en vue d’expériences avec une poudre multimodale constituerait
en soi un sujet de recherche intéressant. Pour la comparaison, nous disposons au labora-
toire de l’instrument de granulométrie en ligne par diffraction laser cité plus haut.

A2.3 Centralisation des commandes et mesures

A2.3.1 Automate
Les vérins, l’électrovanne de débit principal et le système d’acquisition des mesures sont
commandés par un petit automate programmable (Crouzet, Millenium II). Pour chaque
organe on définit, à partir du début de l’essai, un délai de mise en marche et un délai
d’arrêt.
Voici un exemple de séquence type à réaliser :
t=0 : éjecter de l’air par les sondes pour faire bouchon, initier les mesures
t=0,5s : établir débit principal

237
t=2,5s : commencer le prélèvement par les sondes
t=4,5s : arrêter le prélèvement et le débit principal

Les procédures d’initialisation et de sécurité sont aussi prises en charge par cet auto-
mate. Il déclenche également l’acquisition des mesures. Mais son horloge interne étant
insuffisamment précise pour de si courtes périodes, nous avons du lui adjoindre une hor-
loge externe.

A2.3.2 Carte d’acquisition


A part les masses de poudre collectées, pour toutes les mesures que nous avons décrites,
nous avons besoin de l’évolution temporelle des grandeurs au long le la rafale. Nous uti-
lisons donc des capteurs dont le signal électrique est enregistré au moyen d’une carte
d’acquisition Iotec. Pendant quelques secondes, 10 entrées parallèles sont enregistrées à
une fréquence de 100 Hz. Les données sont ensuite traitées dans le tableur Excel pour
extraire les valeurs utiles et calculer entre autres les vitesses d’aspiration et de la veine
principale.

Capteurs
Logiciels de commande Carte d’acquisition
et de calcul
X vérin 'test'
X vérin ‘référence’

P rés ou P tige

T rés

T col

P col

P veine

T veine

Electrovanne de débit d’air


Vérin moteur ‘référence’
Automate Vérin moteur ‘test’

Figure 5-84 : PC d'acquisition des mesures et automate de commande

Nous retiendrons une amélioration possible : toutes les voies de mesure sont connectées
à une masse commune (mode unipolaire), ce qui cause parfois des interférences entre les
voies (inférieures aux incertitudes de mesure mais non contrôlées). Pour des signaux
électriques réellement indépendants, il serait favorable de séparer les masses (configura-
tion différentielle). Dans ce cas la carte d’acquisition ne supporte que 9 voies au lieu de
18. Nous pouvons supprimer la mesure de température du réservoir pour nous y confor-
mer.

A2.4 Déroulement des essais


Le principal facteur dont nous voulons mesurer l’influence sur l’efficacité d’aspiration est
le rapport massique des particules dans l’écoulement incident (mesuré par la sonde iso-

238
cinétique de référence) : Z= masse de particules / masse d’air. Nous fixons donc les deux
autres paramètres (rapport d’isocinétisme et nombre de Stokes) et nous faisons varier ce
rapport massique.
Deux facteurs le pilotent : l’ouverture de la vanne de brassage de l’injecteur de particules
et le taux de remplissage en poudre de cet injecteur. Par conséquent, pour reproduire
plusieurs fois le même rapport massique, il faut remplir à chaque essai l’injecteur de
particules en reversant la poudre collectée dans les gros cyclones. Au lieu de cela, nous
profitons d’un même remplissage pour étudier dans la foulée une série de concentrations
décroissantes. Ainsi, lorsque la vanne de brassage est à son ouverture minimale (0,2
tour), nous pouvons exécuter jusqu’à six essais consécutifs sans remplir l’injecteur car à
chaque rafale, la concentration est faible et le niveau de poudre baisse peu dans
l’injecteur. Pour l’ouverture maximale de la vanne de brassage (1 tour), un seul essai suf-
fit à vider l’injecteur. Il faut vérifier visuellement que la concentration est bien restée
constante jusqu’à la fin de la phase d’aspiration.
Voici un exemple des résultats obtenus sur tableur Excel. Ce sont les mesures temporel-
les issues de la carte d’acquisition, ainsi que la masse de poudre collectée par chaque
sonde. Nous en tirons des graphes de contrôle qui permettent d’interpréter d’éventuels
défauts de fonctionnement et de vérifier la qualité des réglages, comme par exemple les
vitesses d’aspiration et la vitesse incidente.
début fin début vitesse veine P veine
début rampe rampe rampe vitesse Vitesse vitesse Pcol moyenne Pression débitante moyenne moyenne
rafale fin rafale vérin P vérin P vérin M fin rampe sonde M incidente sonde P pendant atmosphériqu pendant prélèvement Vincidente prélèveme
d col (m) (s) (s) (s) (s) (s) vérin M (s) (m/s) U0 (m/s) (m/s) prélèvement (bar) e (bar) (m/s) /Vdébitante nt (bar)
0,00355 0,30 5,20 3,11 5,56 3,19 5,56 18,16 18,00 35,77 17,29 1,000 16,42 1,096 1,032
Q air par col rho air veine vitesse veine coefficient
Asquisition de 700 points vitesse coeff vitesse moyen pendant moyen moyenne débitante pdc sonde correcteur
pas de vérin M par décharge vérin P prélèvement prélèvement pendant RAFALE P à 35,2 de vitesse
temps (s) cellule cellule cellule cellule cellule cellule pente col par pente (kg/s) (kg/m3) (m/s) m/s P
0,01 36 516 347 532 355 532 0,1188 0,980 0,2401 0,0422 1,21 16,41 0,048 0,953
coefficient
P veine rho air pdc sonde correcteur
Synchr P tige P col T col (bar X vérin T veine X vérin Q air par col veine V veine débitante V incidente M à 17,6 de vitesse
temps (s) o (V) (bar) (bar) (°C) abs) M (m) (°C) P (m) (kg/s) (kg/m3) (m/s) (m/s) m/s P
0,00 4,76 3,31 0,03 23,80 0,9985 0,707 23,26 0,707 0,0024 1,17 0,95 1,339 0,022 0,979
0,01 5,98 3,33 0,02 23,82 0,9978 0,708 23,25 0,707 0,0024 1,17 0,95 1,331
0,02 5,98 3,31 0,01 23,81 0,9984 0,708 23,24 0,707 0,0023 1,18 0,94 1,318
0,03 5,98 3,32 0,04 23,80 0,9987 0,707 23,24 0,707 0,0024 1,18 0,97 1,352
0,04 5,98 3,31 0,04 23,80 0,9996 0,708 23,24 0,707 0,0024 1,18 0,96 1,348
0,05 5,98 3,34 0,00 23,79 0,9974 0,708 23,23 0,707 0,0023 1,17 0,93 1,310
0,06 5,98 3,36 0,06 23,83 0,9977 0,707 23,24 0,706 0,0024 1,17 0,98 1,371

Figure 5-85 : Feuille xl d'acquisition des mesures

A partir de 7 mesures en entrée, échantillonnées à 100 Hz pendant 7s, ce tableau calcule


les trois vitesses moyennes : incidente, aspiration sonde de référence aspiration sonde
testée. Nous les visualisons sur le graphe suivant.

239
Vitesse veine et positions vérins X vérin Test (m) X vérin Réf. (m) V incidente (m/s)

0,8 19,0

0,7
18,5

0,6

18,0
Position vérins (m)

0,5

Vitesse air veine (m/s)


0,4 17,5

0,3
17,0

0,2

16,5
0,1

SOUFFLAGE ASPIRATION
0,0 16,0
0 1 2 3 4 5 6 7
temps (s)

Figure 5-86 : Evolution temporelle de la vitesse incidente et de la position des vérins

Par ailleurs, nous pouvons surveiller l’évolution temporelle de la pression dans la veine
et de la pression côté tige du vérin moteur de la sonde non isocinétique. Lorsque cette
dernière est stable pendant l’aspiration, la vitesse du vérin est constante.

Pression veine et Pression tige


P tige (bar) P veine (bar abs) Moy. mobile sur 40 pér. (P veine (bar abs))

5,0 1,050

4,8 1,045

1,040
4,6

1,035
4,4
1,030
4,2
P veine (bar abs)
P Tige (bar)

1,025
4,0
1,020
3,8
1,015
3,6
1,010

3,4
1,005

3,2 1,000
SOUFFLAGE ASPIRATION
3,0 0,995
0 1 2 3 4 5 6 7
temps (s)

Figure 5-87 : Evolution temporelle des pressions dans la veine d'essai et dans le vérin moteur

Après chaque essai nous collectons la poudre des mini-cyclones, pour calculer les concen-
trations correspondantes.

240
Vanne BRASSAGE injecteur (nb tours) 0,4

SONDE de.. TEST Référence Test/Ref T/R-1


masse cyclone plein (g) 5,21 5
masse cyclone vide (g) 4,08 4,09
masse poudre (g) 1,13 0,91 1,242 24,2%
isocinétisme U0/U 0,503 0,991 0,508 -49,2%
rho air atmosphérique (kg/m3) 1,194 index P index M
Position max (m) 0,708 0,361 632 632
Position min (m) 0,107 0,082 247 255
distance vérin (m) 0,601 0,279
masse air = volume x rho (g) 5,63 2,62
rapport massique poudre /air 0,201 0,348 0,577 -42,3%
fraction massique % 16,7% 25,8%

incertitude position 0,002 0,3%


incertitude de mesure de la masse 0,02 2,2%
incertitude totale du rapport P/M 5,0%
Figure 5-88 : Tableau de calcul des concentrations

Nous cumulons dans une synthèse les données extraites de plusieurs essais avec diffé-
rentes ouvertures de vanne de brassage, de manière à couvrir la gamme de rapport mas-
sique désirée : 0,1 < Z < 0,9. Alors nous pouvons observer graphiquement la variation de
l’efficacité d’aspiration en fonction du rapport massique.

C1=concentration de la sonde iso

absolue sur Ct/Cr


demie incertitude
M, vitesse sonde
relative sur Ct/Cr
vitesse Incidente

P, vitesse sonde

isocinétisme P =

isocinétisme r =
masse poudre

masse poudre

Ct/Cr = Zr/Zr
massique Zr
massique Zt

rapport des
M, Rapport
P, Rapport

masses t/r
incertitude

Ur (m/s)
Ut (m/s)
Test (g)

Ref. (g)

U0/Ur
U0/Ut
Ur/Ut
(m/s)

Nom du tir
816 1310 2b,55v18p36 17,86 6,5% 0,82 0,158 35,81 0,68 0,268 17,97 1,206 0,502 0,590 0,499 0,994 0,019
816 1506 1b,55v18p36 18,12 2,9% 2,06 0,369 35,73 1,72 0,667 18,11 1,198 0,507 0,554 0,507 1,001 0,008
816 1514 2b,55v18p36 18,08 8,0% 0,7 0,124 35,60 0,54 0,208 18,03 1,296 0,506 0,598 0,508 1,003 0,024
816 1546 1b,55v18p36 18,09 8,0% 0,66 0,118 35,65 0,54 0,206 18,22 1,222 0,511 0,571 0,507 0,993 0,023
816 1629 2b,4v18p36 18,08 6,1% 0,86 0,153 35,74 0,72 0,276 18,13 1,194 0,507 0,555 0,506 0,997 0,017
816 1638 1b,4v18p36 18,00 5,0% 1,13 0,201 35,77 0,91 0,348 18,16 1,242 0,508 0,577 0,503 0,991 0,014
Moyenne 18,04 6,1% 1,038 0,187 35,72 0,852 0,329 18,10 1,226 0,507 0,574 0,505 0,996 0,017
Ecart type absolu 0,096 0,019 0,527 0,094 0,077 0,447 0,174 0,091 0,038 0,003 0,018 0,003 0,005 0,006
Ecart type relatif 0,5% 32,0% 50,8% 50,2% 0,2% 52,5% 52,9% 0,5% 3,1% 0,6% 3,1% 0,7% 0,5% 33,5%
Stokes 2,96 1,04 coeff d'étalonnage
(Stk=2,96, R=0,5)
demie incertitude
Cr/C1 estimé par
Belyaev (U0/Ur)

Ct/C1 = Ct/Cr x

Ct/Cr étalonné

PIC / BeL -1

absolue sur
C / C1 BeL
C / C1 PIC

PIC/BeL
Cr/C1

Ut/Ur

0,994 0,586 1,992 0,610 0,613 0,546 11,7% 0,0360


1,001 0,554 1,974 0,576 0,576 0,554 4,0% 0,0150
1,002 0,599 1,974 0,623 0,621 0,555 12,3% 0,0447
0,993 0,568 1,956 0,590 0,594 0,554 6,5% 0,0426
0,997 0,554 1,971 0,576 0,577 0,553 4,2% 0,0319
0,992 0,572 1,970 0,595 0,600 0,550 8,1% 0,0268
0,997 0,572 1,973 0,595 0,597 0,552 0,078 0,033
0,004 0,018 0,012 0,019 0,019 0,003 0,036 0,011
0,4% 3,1% 0,6% 3,1% 3,1% 0,6% 46,0% 33,4%

Figure 5-89 : Synthèse d'une série d'essais à diverses concentrations

241
Nous traçons ainsi les graphes A = f(Z) commentés au chapitre expérimental.

La même série d’opérations est répétée pour diverses vitesses incidentes (pour varier le
nombre de Stokes) et diverses vitesses d’aspiration de la sonde non isocinétique. L'ana-
lyse des résultats est présentée au chapitre expérimental.

242
ANNEXE 3 DÉTAILS DE LA MÉTHODE NUMÉRIQUE

A3.1 Mesure de l’isocinétisme par le débit de sous-limite


Le module CEDRE / CHARME de calcul du champ gazeux fournit à chaque cycle de cal-
cul une mesure du débit massique traversant chaque sous limite du maillage (Débit de
Sous Limite n°j = DSLj). Dans notre cas 2D axisymétrique, les DSL sont en [Link]-1.
D’une part, l’évolution temporelle des DSL est un excellent moyen de contrôle de la
convergence du calcul en régime stationnaire (graphique d’évolution temporelle lisible
par le module Explore). D’autre part le rapport des débits entrée / sortie indique le degré
d’isocinétisme du prélèvement de façon précise. Ainsi DSL1 correspond au débit entrant
dans le modèle (à gauche) par la section de rayon 25 mm. DSL3 est le débit sortant par la
sonde. DSL2 est celui sortant autour de la sonde.
En régime stationnaire, on peut vérifier DSL1 = DSL2 +DSL3.

A partir de la lecture de DSL3, on cherche à mesurer le rapport d’isocinétisme U0 / U

Par définition, la vitesse débitante dans la sonde U est liée à DSL3 par :
2π.DSL3 = ρ.Ss.U
donc U = 2π.DSL3 / (ρ.Ss)
où Ss = π x 0,004² est la section de la sonde (m²)
et ρ est la masse volumique de l’air à la sortie de la sonde.

Par la loi des gaz parfaits on peut calculer ρ = ps / r’Ts.


r’ est la constante massique des gaz parfaits pour l’air : r’ = 8.314 / 0.029 = 286,67 m.K-1.
ps est imposé par la condition aux limites de sortie de la sonde (en pratique nous la fai-
sons varier de 98000 à 100250 Pa pour régler la vitesse d’aspiration).
Ts = 300 K est conforme aux conditions initiales dans ce modèle sans production de cha-
leur.

En calculant les constantes on aboutit à: U = 1,075.1010. DSL3 / ps


Par exemple, si DSL3 = 0,0002938 [Link]-1 et Ps = 99050 Pa, alors U = 31,89 m/s.

La vitesse que nous avons choisi d’imposer à l’entrée est U0 = 17.6 m/s. On en déduit le
rapport d’isocinétisme : U0 / U = 17,6 / 31,89 = 0,552

Retenons la formule pratique : U0 / U = 1,637.10-9. ps / DSL3

Son avantage est que sa précision est indépendante de la finesse du maillage, contraire-
ment à l’estimation par la ligne de courant limite. Cette mesure de l’isocinétisme nous
servira de référence.

A3.2 Détermination du débit de particules dans la sonde à partir des


résultats du calcul numérique
La fonction « Integrate » se trouve dans le module d’analyse de données CFD-Analyser de
Tecplot (disponible à partir de la version 9). Dans un maillage structuré (au moins loca-

243
lement), elle permet de moyenner des grandeurs sur un groupe de cellules *. Nous recher-
6F6F

chons en particulier la moyenne du débit de particules sur une section de la sonde. Nous
constatons que le choix de cette section peut influer sur les résultats (voir [Link]).
352H

Définissons la variable à extraire : le débit de particules. Le fichier de sortie pseudo Eu-


lerien de SPARTE fournit pour chaque cellule du maillage la vitesse moyenne des parti-
cules up [m.s-1] et leur concentration en nombre c [m-3].
Nous avons vérifié dans des cas extrêmes (forte inflexion des lignes de courant) que né-
gliger la composante radiale vp de la vitesse des particules ne produit pas d’erreur supé-
rieure à 0,5%.
Rappelons que la concentration c est le nombre de particules physiques par unité de vo-
lume (de l’ordre de 1010 à 1015 dans nos calculs), et non le nombre de particules numéri-
ques qui les représentent (typiquement 2 à 20 par cellule). Chaque particule numérique
représente une population de particules physiques semblables du point de vue du com-
portement statistique.

Chacun de nos calculs se fait avec une population monodisperse de rayon r, donc la
masse de chaque particule sphérique est calculée par :
m = ρp. 4/3 π r3
Dans tous les cas nous utilisons la même masse volumique ρp = 600kg/m3, semblable à
nos expérimentations.

Le débit massique de particules dans la sonde de section S s’écrit: Q = [Link].S


Dans le logiciel Tecplot, au menu Data/Alter/Equations, il est possible de calculer en tout
point du maillage une nouvelle variable N (notée V34 sur les graphes) composée de deux
variables c et up, que nous appellerons « débit numérique de particules par unité de sur-
face »:
N = [Link] [m-2.s-1]

*Remarque pour les utilisateurs de CFDA en géométrie axisymétrique: dans la fenêtre ‘Geometry
and Boundaries’ il faut définir l’axe de symétrie. Attention : l’axe X se définit par Y=0.

244
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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Etude expérimentale des phénomènes d'interaction dans les jets diphasiques denses au moyen
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Ecole Nationale Supérieure de l'Aeronautique et de l'Espace, These de Doctorat

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