Frédéric Legrand Licence Creative Commons 1
Équation de Poisson à deux dimensions
1. Introduction
Un exemple d'équation de Poisson est celle vériée par le potentiel électrostatique :
∂ 2V ∂ 2V ρ
2
+ 2
=−
∂x ∂y
où ρ(x, y) est la densité volumique de charge électrique.
Un autre exemple est l'équation de la chaleur en régime stationnaire vériée par la
température :
∂ 2T ∂ 2T σ
2
+ 2
=−
∂x ∂y λ
où σ(x, y) est la densité volumique de puissance générée localement.
La forme générale de l'équation de Poisson est :
∂ 2u ∂ 2u
+ = s(x, y)
∂x2 ∂y 2
où s(x, y) est une fonction connue, appelée la source.
Pour la discrétisation, on utilise aussi la forme intégrale de cette équation, pour un
volume V délimitée par une surface S :
−−→
ZZ ZZZ
grad(u) · ~n ds = s dv
S V
La première intégrale est le ux sortant. Cette équation correspond au théorème de Gauss
de l'électrostatique, à un bilan d'énergie pour un problème thermique.
On se limite ici à l'équation de Poisson bidimensionnelle en coordonnées cartésiennes.
Dans ce cas, le gradient est dans le plan (x, y) et l'intégrale de surface se ramène à une
intégrale sur une courbe fermée C ; l'intégrale de volume se ramène à une intégrale sur
la surface Σ délimitée par la courbe :
−−→
Z ZZ
grad(u) · ~n dl = s dΣ
C Σ
Voir aussi Discrétisation de l'équation de Poisson en coordonnées polaires et Discrétisa-
tion de l'équation de Poisson en géométrie axiale.
2. Maillage
Les n÷uds du maillage sont dénis par :
xi = i∆x
yj = j∆y
L'indice i varie de 0 à Nx − 1, l'indice j de 0 à Ny − 1. On pose :
Frédéric Legrand Licence Creative Commons 2
Ui,j = u(i∆x, j∆y)
Si,j = s(i∆x, j∆y)
t i,j s l i,j k
i+1,j i-1,j i+1,j
E C
u v m n
i,j-1 i,j-1
L K
i,j+1
p o
i,j D i+1,j I J
q r i,j+1 i,j+1
i,j-1 b a d c
b a
i-1,j A i,j i+1,j i-1,j
G
i,j i+1,j
H
c d e f
i,j-1 i,j-1
i,j+1 i,j+1
x w f e
F B
y i,j z i+1,j i-1,j g i,j h i+1,j
3. Discrétisation de l'équation
La méthode des diérences nies consiste à remplacer la dérivée seconde par une
expression approchée à l'aide des valeurs au n÷ud et aux n÷uds voisins. Pour la dérivée
seconde par rapport à x, la diérence nie la plus utilisée est :
Ui+1,j − 2Ui,j + Ui−1,j
∆x2
En procédant de même pour l'autre dérivée, on obtient l'équation suivante pour chaque
n÷ud du maillage :
∆y 2 (Ui+1,j + Ui−1,j ) + ∆x2 (Ui,j+1 + Ui,j−1 ) − 2(∆x2 + ∆y 2 )Ui,j = ∆x2 ∆y 2 Si,j
Si U désigne la matrice colonne formée des N points du maillage, la relation précédente
s'écrit sous forme matricielle :
AU = F
Frédéric Legrand Licence Creative Commons 3
Il s'agit donc de résoudre un système linéaire à N inconnues.
On utilisera également la notation suivante :
Di,j Ui+1,j + Gi,j Ui−1,j + Hi,j Ui,j+1 + Bi,j Ui,j−1 + Ci,j Ui,j = Fi,j
Les matrices D (droite), G (gauche), H (haut), B (bas), C (centre) et S (source) ont les
mêmes dimensions que le maillage.
Pour un point non situé sur une frontière, on a donc :
Di,j = ∆y 2
Gi,j = ∆y 2
Hi,j = ∆x2
Bi,j = ∆x2
Ci,j = −2(∆x2 + ∆y 2 )
Fi,j = Si,j ∆x2 ∆y 2
La discrétisation peut aussi être obtenue avec la méthode des volumes nis ([1]), qui
consiste à discrétiser la forme intégrale exprimée pour un volume de contrôle. Pour un
point situé dans le domaine (point A), le volume de contrôle est représenté sur la gure
par le contour (a, b, c, d). Il s'agit d'un parallélépipède de côtés ∆x, ∆y, ∆z . Le ux
sortant du gradient sur la surface (ab) est discrétisé de la manière suivante :
−−→ Ui,j+1 − Ui,j
ZZ
grad(u) · →
−
n ds ' ∆x∆z
(ab) ∆y
On procède de même pour les surfaces (bc), (cd) et (da). L'intégrale de volume de la
source est remplacé par :
Si,j ∆x∆y∆z
4. Conditions limites
4.a. Condition de Dirichlet
Dans ce cas, le potentiel électrique, ou la température, est imposée sur une frontière.
On écrira simplement pour tout point de la frontière :
Di,j = 0
Gi,j = 0
Hi,j = 0
Bi,j = 0
Ci,j = 1
Fi,j = U0
Frédéric Legrand Licence Creative Commons 4
4.b. Condition de Neumann
Dans certains cas, le champ électrique peut être imposé sur une frontière. Par exemple
sur une frontière perpendiculaire à l'axe Oy :
∂V
= −Ey
∂y
Dans un problème de thermique, le ux thermique peut être imposé sur une frontière :
∂T φy
=−
∂y λ
On écrira donc la condition limite sous la forme générale :
∂u
= wy
∂y
Pour le point B situé sur le bord j = 0, on écrit un développement de Taylor à l'ordre
2:
∂u ∆y 2 ∂ 2 u
u(xi , yj+1 ) ' u(xi , yj ) + ∆y (xi , yj ) + (xi , yj )
∂y 2 ∂y 2
La dérivée seconde par rapport à y est remplacée par une dérivée seconde par rapport à
x à l'aide de l'équation de Poisson :
∆y 2
2
∂u ∂ u
u(xi , yj+1 ) ' u(xi , yj ) + ∆y (xi , yj ) + − 2 (xi , yj ) + s(xi , yj )
∂y 2 ∂x
Après avoir discrétisé la dérivée seconde comme plus haut, on obtient nalement pour
le point de la frontière :
1
Di,j = Gi,j = ∆y 2
2
Hi,j = ∆x2
Bi,j = 0
Ci,j = −∆x2 − ∆y 2
1
Fi,j = wy,i ∆x2 ∆y + Si,j ∆x2 ∆y 2
2
La même équation est obtenue plus simplement par la méthode des volumes nis, en
appliquant la forme intégrale sur la surface (e, f, g, h) :
Ui+1,j − Ui,j ∆y Ui−1,j − Ui,j ∆y Ui,j+1 − Ui,j 1
−wy,i ∆x + + + ∆x = ∆x∆ySi,j
∆x 2 ∆x 2 ∆y 2
La condition limite de Neumann sur les points C et D s'obtient de manière analogue.
Pour le point F situé sur un coin, il y a une dérivée wy imposée sur le côté parallèle
à x, une dérivée wy imposée sur le côté parallèle à y. La forme intégrale sur le volume de
contrôle (x, y, z, w) conduit à :
1 1 Ui+1,j − Ui,j ∆y Ui,j+1 − Ui,j ∆x 1
−wx,j ∆y − wy,i ∆x + + = Si,j ∆x∆y
2 2 ∆x 2 ∆y 2 4
Frédéric Legrand Licence Creative Commons 5
On obtient donc pour le point F :
1
Di,j = ∆y 2
2
Gi,j = 0
1
Hi,j = ∆x2
2
Bi,j = 0
1 1
Ci,j = − ∆x2 − ∆y 2
2 2
1 1 1
Fi,j = wx,j ∆x∆y 2 + wy,j ∆x2 ∆y + Si,j ∆x2 ∆y 2
2 2 4
La condition limite de Neumann sur le coin E s'obtient de la même manière. Les coins
E et F sont similaires car le domaine de calcul se trouve à l'intérieur du coin. Il n'en est
plus de même pour le coin G, sommet d'un objet situé dans le domaine. Le volume de
contrôle pour ce point est (a, b, c, d, e, f ). On obtient :
1
Di,j = ∆y 2
2
Gi,j = ∆y 2
1
Hi,j = ∆x2
2
Bi,j = ∆x2
3 3
Ci,j = − ∆x2 − ∆y 2
2 2
1 1 3
Fi,j = −wx,j ∆x∆y 2 − wy,i ∆x2 ∆y + Si,j ∆x2 ∆y 2
2 2 4
4.c. Relation de passage entre deux milieux diérents
Sur une frontière entre deux milieux diérents, il faut tenir compte des diérences
de conductivité dans un problème de thermique, ou des diérences de constantes diélec-
triques ou magnétiques dans un problème d'électromagnétisme. Cela revient à écrire la
forme intégrale de la manière suivante :
−−→
Z ZZ
agrad u · ~n dl = sdΣ
C Σ
où le coecient a représente la propriété relative du milieu (conductivité, permittivité,
etc), égale à a1 ou a2 . On introduit ici deux constantes pour obtenir un traitement
symétrique des deux milieux, mais une des deux constantes sera égale à 1.
En un point sur une frontière parallèle à y, la discrétisation de la forme intégrale
s'écrit alors :
Ui−1,j − Ui,j Ui+1,j − Ui,j a1 + a2 Ui,j−1 − Ui,j a1 + a2 Ui,j+1 − Ui,j
a1 ∆y+a2 ∆y+ ∆yx+ ∆x = ∆x∆ySi,j
∆x ∆x 2 ∆y 2 ∆y
On obtient nalement :
Frédéric Legrand Licence Creative Commons 6
Di,j = a2 ∆y 2
Gi,j = a1 ∆y 2
a1 + a2
Hi,j = ∆x2
2
a1 + a2
Bi,j = ∆x2
2
Ci,j = −(a1 + a2 )(∆x2 + ∆y 2 )
Fi,j = Si,j ∆x2 ∆y 2
Dans le cas a1 = a2 = 1, on retrouve la discrétisation de l'équation de Poisson.
5. Méthode itérative de Gauss-Seidel
Dans une méthode itérative (ou méthode de relaxation), le système AU = F est
résolu par itérations successives, jusqu'à convergence vers la solution. Au départ, les
valeurs données aux Ui,j sont quelconques (généralement nulles). À chaque itération, les
N points du maillage sont parcourus dans un ordre déterminé, par exemple par rangées
successives. Dans la méthode de Gauss-Seidel, les valeurs Ui,j sont stockées dans un seul
tableau. Le noeud courant est modié par la relation :
∗ 1
Ui,j = (Fi,j − Di,j Ui+1,j − Gi,j Ui−1,j − Hi,j Ui,j+1 − Bi,j Ui,j−1 )
Ci,j
Les noeuds du membre de droite sont soit des noeuds modiés dans la précédente itéra-
tion, soit des noeuds modiés dans la même itération. Par exemple, dans le cas d'un
balayage par lignes successives de gauche à droite et de bas en haut, les termes G et B
ont été actualisés dans la même itération.
L'inconvénient de cette méthode est sa lenteur de convergence. Elle peut être accélérée
par la méthode de sur-relaxation, qui consiste à adopter une moyenne pondérée de la
valeur calculée par le schéma des diérences nies et de l'ancienne :
new ∗ old
Ui,j = ωUi,j + (1 − ω)Ui,j
Le paramètre de sur-relaxation doit vérier :
1<ω<2
Pour un problème donné, il faut chercher le paramètre optimal.
Pour plus de détails voir Méthode de Gauss Seidel .
Pour les très grands maillages, la convergence de la méthode de Gauss-Seidel peut
être accélérée de manière spectaculaire par les méthodes multigrilles, qui consistent à
utiliser successivement des maillages de diérentes tailles lors du processus d'itération.
Pour plus de détails, voir Méthode multigrilles.
Références
[1] R.H. Pletcher, J.C. Tannehill, D.A. Anderson, Computational Fluid Mechanics and
Heat Transfer, (CRC Press, 2013)