Habitat collectif à Sétif : enjeux et défis
Habitat collectif à Sétif : enjeux et défis
3.1 INTRODUCTION
La cité numérique1 est un ensemble de logements collectifs que l'on a construits et qu'on
continue de construire en dehors du centre urbain. Les bâtiments collectifs qui se trouvent en dehors
du centre ville de Sétif représentent une organisation basée sur le quantitatif. Les espaces extérieurs
et intérieurs du logement ne sont pas confortables. Le logement, dans ces conditions, est considéré
comme une norme, une valeur marchande. Le résultat est une accumulation de surfaces empilées,
une suite de cités anonymes réparties en zones que l'on nomme communément les cités numériques
(exemples 12, 23, 30, 40, 50….100…400, 500, 600…1014 logements). La cité numérique de Sétif a
connu cinq grandes périodes : Les périodes 1958-1962, 1962-1970, 1970-1986, 1986-1997, 1997 au
discours actuel.
*Il faut remonter dans le temps pour comprendre la logique de ce modèle d’habitat collectif (lire Modèle
d’habitat collectif qualifié de cités numériques en annexe III, pages 353-354).
96
Ces cités se caractérisent par leurs logements "boîtes à allumettes" 4 mal finis et mal réalisés
et répondent bien à l'idéal de l'architecture du Plan de Constantine. J.J. Deluz est explicite à ce
sujet : « l'idéal de l'architecture du plan de Constantine, c'est le quadrillage des structures et
l'immeuble "boîtes à allumettes". L'industrialisation du bâtiment n'y est, sous prétexte de rendement
et de rapidité, que le moyen d'imposer les grandes entreprises et les bureaux d'études techniques. La
qualité constructive est complètement méprisée. La seule valeur considérée d'une architecture tient
dans la technique organisationnelle du chantier…Il faut aller vite au mépris de toute correction
constructive…»5.
La période 1962-1970, c'est la période des chiffres réduits 6. Après l'indépendance du pays,
les autorités algériennes poursuivaient l'achèvement des cités issues du Plan de Constantine. A
Sétif, la cité Bel-Air (130 logements) et la cité nouveau rempart (121 logements) construites
respectivement en 1962 et 1966 en sont les exemples. La construction des cités durant le premier
plan triennal (1967-1969) comme la cité Cenestal (230 logements) et la cité Bouaroua (150
logements) construites respectivement en 1968 et 1969 confirment bien la période des chiffres
réduits et la lenteur de la production. Cette période marque la rupture avec l'habitat du Plan de
Constantine.
97
3.2.3 La période 1970-1986 : période des grands chiffres et des programmes de construction
planifiés
Dès 1970, l'état va employer les grands moyens afin d'enrayer la crise de logement et la
demande pressante. L'état enregistre une prévision de 100.000 logements par an. La situation du
secteur traditionnel de la construction, à cette époque, est jugée inapte à répondre à la forte demande
en logements. L'industrialisation est alors un moyen pour répondre à cette demande.
L'achat de chaque brevet donne lieu à la mise en place d'une nouvelle entreprise de
réalisation pour la construction de logements. L'importation et l'achat de procédés industriels reste
le monopole de l'état.
A titre d'exemples, en 1969, la Sonatiba opte pour ses chantiers de l'est pour un procédé qui
est le système Pascal. En 1975, l'Ecotec achète un procédé tridimensionnel appelé Variel d'origine
Suisse qui par la suite devient Vareco. De 1973 à 1977, le problème de l'habitat ayant pris au fil de
ces années une importance de plus en pus grande, un lancement des procédés de mécanisation
(coffrage-outils) est introduit. Ce procédé représente les deux tiers du programme lancé par le
deuxième plan quadriennal.
Les procédés utilisés depuis 1969 correspondent pour la plupart d'entre eux à des systèmes
de préfabrication lourde. Les plus récents appartiennent à la catégorie des coffrages tunnels. Le
système Tunnel aboutit à une cellule de béton préfabriquée. La dalle et les panneaux sont coulés en
même temps. On imagine déjà le modèle de logement et de cité obtenus avec un tel procédé.
98
A partir de 1980, les procédés lourds (qui restent des systèmes fermés) sont jugés peu fiables
sur le plan économique ou sur celui de l'exécution des travaux ou encore sur celui de la conception
architecturale. Des décisions politiques sont prises pour arrêter l'acquisition de nouvelles usines de
préfabrication lourde totale 7.
L'état opte alors en 1983 pour le choix du coffrage métallique tables et banches 8. Or malgré
le choix du coffrage métallique tables et banches, le système de construction reste toujours fermé.
C'est la même procédure employée par les procédés lourds. Le système reste lié à un projet
déterminé de bâtiment y compris dans ses dispositions architecturales. Son développement est donc
limité à celui de ce bâtiment. L'entreprise définit la totalité ou la majeure partie de ses composants 9.
La politique des grands chiffres s'est préoccupée des systèmes et elle a quantifié les cités
sans tenir compte des conditions de vie des habitants, des facilités d'accès, de la desserte par les
réseaux publics ou de la proximité des installations d'intérêts collectifs : lycées, écoles,
commerces…
A Sétif, plusieurs cités ont vu le jour. Elles ont pour noms : cités des 300, 360, 400, 500,
600, 750, 1000 logements… Ces cités sont venues s'implanter sur les réserves foncières qui se
trouvent à la périphérie accentuant ainsi la rupture avec le centre aussi bien sur les plans urbain et
fonctionnel.
99
3.2.5 La période 1997 au discours actuel : période marquée par la politique de régulation, de
contrôle et du coût
Dans cette optique le logement n'est plus considéré uniquement comme un besoin social qui
appartient à l'état de construire mais aussi comme un produit économique. Les entreprises
(publiques et privées) sont donc encouragées à le promouvoir. C'est une bonne initiative mais, dans
la pratique, cette stratégie a sombré dans une autre politique : construire vite et à moindre coût. Ceci
renvoie à une vieille hypothèse des années 50 en Europe juste après la deuxième guerre mondiale où
il fallait construire vite et à moindre coût. Les résultats sont connus.
Certes, les mesures appliquées au niveau du processus de production ont permis à l'état de
passer en l'espace de deux ans d'un coût qui était en moyenne de 21000 DA le m2 à un prix de
10 11
revient moyen de 14000 DA mais le logement social et le logement promotionnel qui sont
produits sont monotones et les cités sont toujours dépourvues d'espaces et de lieux de sociabilité. A
Sétif, les cités 10, 50, 100, 206 logements… nouvellement construites sont des copies conformes à
celles produites durant les années 70.
En général, le logement collectif et la cité numérique ne sont pas issus uniquement d'un
mouvement d'industrialisation (industrialisation fermée) mais aussi d'une certaine conception de
l'urbanisme et de l'architecture issue de la Charte d'Athènes12 et des idées des architectes du
mouvement moderne favorisant les grands ensembles comme produit architectural, rejetant la ville
traditionnelle et prônant la standardisation au nom d'une vision fonctionnaliste.
100
vivre d'une manière anonyme. Sur le plan architectural, les espaces intérieurs du logement ne
répondent pas à leurs pratiques. Les espaces extérieurs sont mal définis, mal réalisés et mal
entretenus.
La notion du collectif est une notion ambiguë. Les habitants ne se retrouvent plus dans un
espace collectif. Ils ne savent plus où il commence et quand il se termine. Si jamais ils arrivent à le
délimiter celui-ci n'est pris en charge ni par les habitants ni par les pouvoirs publics. L'exemple de la
cage d'escaliers: son entretien et son nettoyage restent problématique. Les habitants n'arrivent
souvent pas à trouver des solutions pour sa gestion quotidienne. La concentration des populations
défavorisées dans certaines cités accentuent davantage les tensions sociales. La cité numérique reste
démunie sur le plan de la mixité sociale. Quant à la mixité de l'activité, les rares commerces et les
services qui existent restent les initiatives des habitants eux-mêmes.
Sur un autre plan, d'autres paramètres montrent que cette dégradation va crescendo. Elle ne
concerne pas uniquement le logement ou la cité de Sétif mais le logement et la cité à travers tout le
territoire national. Je cite comme paramètres :
Le taux d'occupation par logement (TOL) :
Il passe de 5,60 en 1962 13
à 6,10 en 1966
à 7,70 en 1977
à 7,94 en 1982
à 7,61 en 1987
à 7,76 en 1993
à 7,72 en 1994
101
«Le TOL moyen national rapproché au paramètre concernant sa pondération par rapport à la
population nous permet de constater que plus de 20 millions de personnes occupent environ 1.9
million de logement soit un TOL supérieur à 10, alors que 6 à 7 millions d’habitants occupent un
peu plus de 1,5 million de logements soit un TOL de 3,9 inférieur à la norme internationale
admise»14.
Il est prévu que le TOL passe sous la barre de 5 en 2009 pour atteindre le niveau moyen de
4,87 en prenant en considération l'achèvement du programme national du président de la république.
Le taux d'occupation par pièce (TOP), ce taux est passé :
de 2,00 en 1966 à
2,49 en 1977 à
2,69 en 1987 et
à 2,86 en 1992.
A titre de comparaison il était en 1970 de 1,01 en France; 0,84 aux Pays-Bas et de 1,38 en
15
Pologne .
La taille des ménages (TM) :
La taille moyenne des ménages est en expansion continue :
5,91 en 1966 =100
6,65 en 1977 =116
7,10 en 1987 =157
7,12 en 1992 =188 16
L’état du parc national de logements (PNL)
17
A la fin de 1994 , le Parc National de Logements est évalué à 3 548 000 unités environ réparties
comme suit :
850 000 Logements construits avant 1945 ;
950 000 Logements construits entre 1945 et 1954 ;
148 000 Logements construits entre 1954 et 1962 ;
1 600 000 Logements construits après 1962.
102
«Plus de la moitié du parc de logements a été construite avant l’indépendance et se trouve dans un
état de délabrement avancé, d’où la nécessité d’une prise en charge urgente de la restauration, de
la rénovation et de l’entretien de ce parc, afin d’éviter une dégradation encore plus rapide
entraînant un accroissement de la demande sociale en logements» 18.
L'état a affirmé avec force une politique du logement à finalités sociales et il est l'unique
promoteur immobilier jusqu'à 1980.
Sur le plan financier il aura consacré 10 milliards de DA au logement entre 1962 - 1979 et plus de
71 milliards de DA de 1980 à 1989 20.
Au moment où ces lignes sont rédigées (soit au 24 juillet 2007) et d'après les statistiques
22
officielles seuls 393 341 logements sont réalisés à travers le territoire national. La wilaya de Sétif
se fixe un programme de 25 000 logements d'ici 2009. Les premières procédures ont été entamées
pour la production de 10 000 logements.
5650 logements sont déjà livrés (fin de l'année 2006).
4350 le seront au cours du premier semestre 2007.
Ont été lancés en parallèle :
3841 logements sociaux;
103
1 480 logements location- vente;
4 523 aides logements ruraux;
1 252 logements promotionnels.
En effet, nombreux sont les nouveaux logements qui sont prétendus achevés mais non
viabilisés et dépourvus de conditions vitales tels que le gaz, l'électricité et parfois l'eau et des
structures d'accompagnement.
24
Le programme du logement collectif tel qui est envisagé reste un programme loin de
satisfaire tous les ménages. Rappelons-le, le programme du logement collectif est basé sur le social,
le promotionnel, le participatif et la location-vente.
Le logement social est destiné à des personnes à revenus modestes qui ont des difficultés à se
loger sur le marché libre. Il est financé totalement par les fonds du trésor public ou sur le budget de
l'état. Il est destiné à la catégorie sociale la plus démunie.
104
III). Le logement participatif est destiné à la catégorie sociale moyenne qui ne permet pas de
mobiliser (à travers un crédit bancaire), la somme nécessaire pour acquérir un logement
promotionnel à caractère commercial.
La location vente est un segment d'offre de logement destiné à la catégorie sociale moyenne
(dont le revenu ne dépasse pas cinq fois le salaire national minimum garanti) qui ne peut postuler ni
au logement social ni au logement promotionnel très cher. La formule de la location vente a
l'avantage d'aider les ménages qui ne disposent pas de revenus suffisants. Le payement est alors
étalé sur 20 ans avec un apport personnel fractionné de 25 % dès le départ.
Malgré la diversité de segments d'offres qui touche les catégories sociales moyenne et
démunie, les ménages qui ne bénéficient pas des avantages de l'AADL (l'Agence pour
l'Amélioration et le Développement du Logement) et qui se trouvent exclus à la fois de la location
vente et du social locatif (pour une raison ou une autre) se tournent vers les crédits immobiliers
25
auprès des banques. Or parmi les 40 % qui constituent la clientèle potentielle des banques, des
ménages sont loin d'être satisfaits car les banques ne font pas toujours leur bonheur. Elles sont dans
l'incapacité de prétendre à des prêts hypothécaires importants pour acquérir un logement. Dans les
grandes villes, le prix du logement tourne autour de quatre à cinq millions de dinars.
Les crédits de banques restent, pour les uns, trop dérisoires, pour les autres, un rêve car
l'apport personnel nécessaire pour acquérir le logement tant souhaité dépasse l'entendement. A titre
d'exemple pour un cadre moyen dont le salaire oscille entre 20 et 30 000 dinars algériens, le CPA
(Crédit Populaire Algérien) octroie un prêt d'un peu plus de 120 millions de centimes sur 20 ans et
de plus de 135 millions sur 25 ans 26. A la CNEP (Caisse Nationale d'Epargne et de Prévoyance), il
peut bénéficier d'un prêt de 100 millions sur 20 ans avec une mensualité de 9 000 dinars
algériens et avec un taux "non -épargnant" de 7,25 %. S'il est titulaire d'un livret d'épargne
logement (LEL), il peut bénéficier d'un prêt de plus de 145 millions sur 30 ans en payant une
traite mensuelle de 9 000 dinars algériens. Dans les deux cas, ce cadre dont l'apport personnel doit
105
se situer entre 200 et 300 millions de dinars pour un logement qui coûte 300 à 400 millions de dinars
est dans l'impossibilité d'acquérir un logement. Le cadre moyen qui a déjà 200 ou 300 millions de
dinars, pourquoi se dirigerait-il vers la banque ?
106
3.3 EXEMPLES DE CITES NUMERIQUES CONSTRUITES AVANT L'INDEPENDANCE
b
Figure 3.1 : Exemples de cités numériques construites avant
l'indépendance
a et b : La pinède (ex- cité d'Orléans) construite en 1960
c : 94 logements (cité Djemili Khelifa "ex- cité des
fonctionnaires" construite en 1961)
d : Diar Nakhla (cité construite en 1958, date de démolition:
7 septembre 2009)
107
c
108
3.4 EXEMPLES DE CITES NUMERIQUES CONSTRUITES APRES L'INDEPENDANCE
a b
109
c d
110
f
111
h
L'enquête est circonscrite à la population suivante : les ménages logés dans les cités
numériques de l'extra-muros. Les cités numériques analysées sont au nombre de 40. Les 40 cités
numériques sont tirées au sort sur les 72 rassemblées (voir liste en annexe III). Ce nombre me paraît
suffisant pour assurer une meilleure étude de l'échantillon. Pour étudier la population ainsi délimitée,
un échantillon de ménages représentatif de toute la population observée à l'aide d'un questionnaire
élaboré à cet effet (voir tableau 1 et questionnaire dans les pages qui suivent) a été interrogé.
112
3.5.1 Plan de sondage
Dès lors que la décision est prise, et pour des raisons de commodité et d'efficacité, de
n'interroger qu'une fraction de la population des 72 cités numériques, il faut définir qui interroger.
Tel est le but du plan de sondage qui donne les règles appliquées pour constituer l'échantillon.
Un échantillon a été désigné par tirage probabiliste à deux degrés : tirage au sort de 40 cités
puis tirage au sort des ménages au sein des ensembles désignés. Il faut souligner que le nombre de
ménages interrogé s'élève à plus de 1287. Mais pour le besoin de l'étude, je me suis contenté
uniquement de 1200 ménages. Le choix du nombre de 1200 découle, pour une part du prestige du
nombre rond. Toutefois, si la détermination précise du nombre reste arbitraire, la décision de se
limiter à l'étude d'un grand nombre de ménages a été ma plus grande préoccupation.
L'unité de sondage reste la cité et le ménage. Il faut souligner que lors de l'enquête, il s'agit
d'aboutir à une description fidèle. Et comme le souligne Paul Clerc, une description fidèle implique
alors de n'omettre et de ne favoriser personne. « L'omission de certaines catégories d'habitants
accroîtrait indirectement le poids relatif des propos tenus par les personnes interrogées. C'est en
donnant à chaque ménage un poids égal que l'on respecte la diversité et la structure de la
population…Puisque l'on ne peut recueillir la voix de tous, la solution sera de donner, à tous, les
27
mêmes chances de s'exprimer et de laisser le hasard décider qui parlera » .
Pour respecter la règle du tirage probabiliste, les cités numériques observées sont tirées au
sort; ce qui constitue le premier degré de sondage. Chaque cité numérique tirée est ensuite
considérée comme une entité dans laquelle on tire un échantillon de ménages : c'est le second degré
de sondage. Huit ménages (8) au moins sont interrogés dans chaque cité numérique tirée au sort.
113
Cités numériques étudiées Ménages interrogés
12 logements
18 logements 8
23 logements 10
24 logements 10
30 logements 10
32 logements 14
40 logements 15
42 logements 15
50 logements 15
56 logements 15
60 logements 15
65 logements 15
66 logements 15
70 logements 15
72 logements 15
80 logements (cité de l'avenir) 15
80 logements (cité Mezâache) 15
94 logements 20
100 logements 25
103 logements 25
104 logements 25
120 logements 30
126 logements 30
140 logements 30
150 logements 33
168 logements 35
206 logements 40
231 logements 40
238 logements 40
246 logements 43
292 logements 50
300 logements (les tours) 50
326 logements 55
360 logements 60
400 logements 66
500 logements 70
600 logements 70
750 logements 70
1000 logements 75
1014 logements 80
114
3.5.2 Questionnaire et enquêteurs
Les visites aux 40 cités numériques de la ville de Sétif ont été faites par les étudiants de la
deuxième année architecture des promotions 2007-2008, 2008-2009 et 2009-2010. Plus de 90
étudiants ont participé à l'enquête. Le questionnaire-interview (voir annexe II) qui a été établi dans
sa formulation définitive aborde successivement les points suivants :
- composition de la famille;
- travail du chef de ménage;
- travail de la femme mariée;
- conditions de logement, de la cité numérique;
- commodités souhaitées pour un meilleur confort et une meilleure cité;
- climat social dans la cité numérique;
- partage des espaces avec les voisins;
- composition du logement autrement (systèmes ouverts, systèmes constructifs innovants,
remplissage léger…);
- participation financière;
- signification du développement durable 28 ;
- consommation en électricité et gaz.
Les étudiants des promotions 2007-2008 et 2008-2009 m'ont beaucoup aidé sur le travail des
factures de consommation en électricité et gaz obtenues auprès de la Sonelgaz et de l'agence des 750
logements de Sétif.
Les renseignements recherchés concernent ou bien le ménage en entier ou bien l'un ou l'autre
de ses membres. Mais une seule personne répond pour tous. Par suite de sa présence plus fréquente
dans l'appartement, c'est la femme qui répond. Il faut souligner, tout de même, que sur 100 couples
mariés, les réponses ont été faites très souvent par la femme que par l'homme: 35% l'époux a
répondu; 65% l'épouse a répondu.
115
3.5.4 Déroulement de l'enquête
116
Commodités souhaitées
- eau 24/24…………99%
- aire de jeux……….55%
- parking……………82% sont favorables pour des parkings souterrains.
Satisfaits du climat social dans la cité numérique Oui…… 12% Non…… 88%
D'accord pour partager de espaces communs avec les voisins Oui……79% Non….21%
Si oui lesquels ?
- haouche………..75%
- cour…………....75%
117
79 % de ménages pensent que les factures de consommation en électricité et gaz sont élevées.
Seulement 21 % pensent qu'elles sont moyennes.
Selon les questions, les ménages répondent tantôt de façon réaliste tantôt expriment l'idéal
vers lequel ils se dirigent s'ils sont libres de choisir sans contraintes. Deux questions concernent le
réel immédiat : d'abord sur le logement et ensuite sur la cité numérique. Dans les deux cas, le bilan
des déclarations est négatif. Le constat initial est sans équivoque : les ménages se déclarent non
satisfaits de leur logement et de leur cité. L'idéal est exprimé par des réponses qui choisissent le
logement et la cité autrement. Mais pour la plupart des ménages, l'idéal du rêve est de revenir
"comme autrefois à la vie dans la harat". La préférence est exprimée presque par tous les ménages
qui connaissent la harat. Pour les autres, surtout les jeunes ménages, leurs commentaires peuvent
être résumés dans la phrase suivante : "c'est triste la vie dans une cité numérique".
118
"Pourquoi on ne construit pas comme à l'étranger ?"…sont les commentaires choisis et souvent les
plus passionnés. Le confort du logement revient sans cesse dans les réponses des ménages. Le
logement ne convient pas aux ménages ni sur le plan architectural ni sur le plan psychologique. Les
petites surfaces des appartements et les espaces non conformes à leurs pratiques rendent leurs vies
difficiles.
Plusieurs désirent habiter un autre logement situé dans une autre cité mais plus confortable que la
leur.
- Le voisinage désagréable
Les réponses des ménages mettent en cause la conception de la cité numérique et les désagréments
du voisinage.
" On vit deux par palier mais on a l'impression de ne pas se connaître".
" Il n'y a pas d'espace de rencontre".
"La vie est monotone…Chaque famille vit seule".
"On vit étouffé ici".
"Le jour de l'Aïd, c'est pénible. Il n'y a même pas un espace où sacrifier le mouton".
Les ménages réclament plus d'espaces de rencontre surtout les espaces communs tels que : haouche,
cour intérieure, stah... Plus forte est l'urgence des espaces de rencontre et de voisinage. Ils sont à la
fois très demandés et jugés de façon exceptionnelle.
119
- Inconvénients divers
"Le centre ville est très éloigné".
"La sécheresse de l'endroit, il faut des arbres".
"Il y a des personnes qui jettent n'importe quoi par les fenêtres".
"Les façades des appartements sont garnies de paraboles et de linges qui sèchent".
"On payerai cher pour trouver une cité plus propre".
Les ménages réclament des espaces plus propres. Ils réclament aussi des équipements culturels,
sportifs et de loisirs.
75% des ménages se regroupent à ce sujet alors que 59% des voix vont à tous les autres domaines :
commercial, service, transport.
Les urgences à caractère éducatif et sanitaire (crèche, école, dispensaire, dentiste, docteur)
rassemblent 48% des voix et sont surtout celles des jeunes femmes mariées.
La cité numérique analysée a ses espaces extérieurs inachevés, mal travaillés et mal
entretenus. Comme si l'espace extérieur ne lui appartient pas ! Elle n'a ni espace convenable ni rue.
L'espace extérieur reste une piste caillouteuse. Questionnés à ce sujet, tous les ménages sont
catégoriques : c'est un scandale d'avoir des espaces extérieurs de la sorte !
La cité numérique est dépourvue de trottoir et l'on distingue mal le parking de l'espace vert ou du
dépotoir d'ordures. De façon générale et reprenant la remarque piquante de certains ménages :
"l'univers de la cité numérique est un univers fait de blocs, une cité dortoir ".
La cité numérique reste une cité qui ne valorise ni l'environnement ni les ressources locales. En plus,
les habitants n'ont jamais été associés à sa création. La cité numérique est une création qui découle
des principes de la Charte d'Athènes. Une cité sans passé dont l'élaboration s'effectue en fonction du
présent pour loger le plus grand nombre de ménages. Elle est implantée en dehors du centre ville. Sa
fonction reste strictement résidentielle. Elle reste une cité qui génère des problèmes au quotidien :
des ordures ménagères qui traînent partout, le rejet d'eaux usées dans certains endroits, la difficulté
de raccorder certains réseaux d'assainissement…
120
Tous ces problèmes exposent l'environnement à de multiples impacts et portent atteinte à la
santé des habitants. Ce qui m'amène à dire que la cité numérique n'a pas été conçue durablement.
Une cité durable constitue une cité qui vise une conception et une gestion responsable d'un
environnement bâti de haute qualité et qui intègre les principes du développement durable. Le terme
durable signifie alors « que le processus de développement ne doit pas produire les causes de sa
propre fin et donc qu'il est important, notamment en matière d'environnement biophysique, de ne
pas créer d'irréversibilité dommageable à la vie sur terre et donc de préserver des marges de
manœuvre permettant de revenir sur des actions engagées » 29.
Parmi les autres problèmes dont souffre également les habitants de la cité numérique est sans
conteste la facture de consommation de gaz et de l'électricité qui reste très élevée.
Cet argument m'a poussé à faire une étude pour déterminer la consommation d'énergie par unité de
surface chauffée par m2 habitable par an, pour un logement collectif à Sétif.
La consommation d'énergie par unité de surface chauffée est exprimée en kWh / m2 / an ou en
Mj / m2 / an.
« Elle définit les exigences réglementaires et celles des labels Minergie et Habitat passif. L'unité est
généralement le kilowatt-heure par mètre carré de surface et par an. Les Suisses le donnent parfois
en mégajoules par mètre carré et par an (Mj / m2 / an). Une consommation de 200 Mj / m2 / an
équivaut à environ 5,5 l d'équivalent pétrole par mètre carré de surface habitable chauffée (1kWh =
3,6 Mj) » 30.
L'étude est menée sur un échantillon représentatif de 150 logements de plusieurs cités
numériques (social, participatif, location vente et promotionnel).
Je me suis également rapproché des services de la Sonelgaz ainsi que de l'agence des 750 logements
de Sétif qui m'ont ouvert les archives des factures de consommation de gaz et d'électricité de
l'échantillon de ménages durant la période de 1999-2002.
121
Périodes Electricité Gaz
1999-2000-2001-2002 (en kWh) (en m3)
122
Electricité 1803 kWh : 68 m2 = 26,51 27 kWh / m2
8252 m3 : 4 = 2063 m3
Gaz 2063 m3 : 68 m2 = 30,33 Nm
123
Dans ce cas précis, la consommation annuelle de chauffage pour un logement à Sétif est
donc de 194 kWh / m2 / an (qui correspond à 19,20 litres d'équivalent pétrole par m2 de surface
habitable chauffée). Ce chiffre, quoique ponctuel, est très élevé par rapport à la consommation
annuelle de chauffage pour un logement collectif, par exemple, en Allemagne qui est de 65 kWh /
m2 /an 31 (réglementation thermique de 1995), correspondant à 6,43 litres d'équivalent pétrole par m2
de surface habitable chauffée. Un ménage, à Sétif, habitant un logement collectif de 68 m2
consomme donc 2,98 fois plus d'énergie qu'un Berlinois habitant la même surface de logement.
Pourtant Berlin est plus froide que Sétif (voir annexe II: climats des villes de Sétif et de Berlin).
3.9 CONCLUSION
La cité numérique de la ville de Sétif est marquée par cinq périodes : 1958-1962, 1962-1970,
1970-1986, 1986-1997, 1997 au discours actuel. Chaque période est caractérisée par une politique.
La période 1958-1962 est basée sur les directives du Plan de Constantine. C'est une période
coloniale où le pouvoir de l'époque était préoccupé par la proposition d'un habitat "rétréci"
spécifique aux musulmans. La période 1962-1970 est celle des chiffres réduits. Les autorités
algériennes voulaient achever les cités issues du Plan de Constantine pour développer une autre
stratégie basée sur la quantité, le nombre et les programmes de construction planifiés : c'est la
période 1970-1986. La période 1986-1997 connut l'apparition de la promotion immobilière et la
libération du foncier accentuant ainsi la spéculation foncière, développant des cités numériques
dépourvues de qualité avec un prix de logement non conforme à toutes les bourses.
Ce qui a poussé l'Etat, à partir de 1997, a recentré ses interventions autour des missions de
régulation, du contrôle et du coût. Cette nouvelle politique d'habitat est envisagée afin de cibler
toutes les catégories en fonction des niveaux de revenu. Un programme de logement est développé.
Les catégories défavorisées bénéficient de logements sociaux locatifs. Les catégories un peu plus
aisées ont la possibilité de bénéficier d'aides dans le cadre du logement social d'aide participatif. Les
catégories moyennes à revenus modestes, qui ne sont pas éligibles au logement social locatif mais
qui n'ont pas les moyens d'acquérir de logements auprès de promoteurs immobiliers bénéficient de la
location – vente. Or malgré toute cette diversité de segments d'offres, il existe quand même des
ménages qui ne bénéficient pas des avantages de l'AADL (l'Agence pour l'Amélioration et le
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Développement du Logement). Ce sont les ménages qui sont exclus à la fois de la location vente et
du social locatif. Ils restent dans l'impossibilité d'acquérir un logement.
A propos de l'enquête menée au niveau des 40 cités numériques (tirées au sort sur les 72
rassemblées), celle-ci a relevé que 88% des personnes interrogées ne sont satisfaites ni des blocs où
ils habitent ni de leurs espaces extérieurs (difficulté de s’adapter aux espaces intérieurs du logement,
absence de confort, manque d'espaces de rencontre et de voisinage…).
Le mercredi 4 février 2009 à 8 heures, les autorités de la wilaya de Sétif ont décidé d'évacuer les
habitants de la cité numérique Diar Nakhla vers de nouvelles cités de la ville. La démolition de Diar
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Nakhla est entamée le 7 février 2009 . Une action qui confirme mes propos. La cité numérique
n'est pas durable. Elle est produite sans tenir compte des paramètres environnementaux et de la
qualité du bâti. Les enveloppes sont dépourvues d'isolation, les matériaux restent classiques et la
recherche de l'économie de l'énergie n'a jamais été envisagée. Pour preuves, un ménage d'une cité
numérique, à Sétif, consomme 2,98 fois plus d'énergie qu'un Berlinois habitant la même surface de
logement. En Allemagne, par exemple, le bâtiment est bien isolé, répond au label habitat passif et
actif, met en œuvre une architecture écologique pour économiser de l'énergie et pour assurer une
meilleure qualité du cadre bâti et de l'environnement.
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Notes sur le chapitre 3
1. Tahar Djaout définit la cité numérique comme un gros ensemble d'habitation posé en toute hâte et
qui n'a pas eu le temps de se voir attribuer un nom qui l'humanise.
(Tahar Djaout, Architecte : l'homme invisible, in habitation, Tradition et Modernité, H.T.M,
Algérie 90 ou l'architecture en attente, N°1, octobre 1993, p.81).
2. Le Plan de Constantine déclaré par le Général De Gaulle le 3 octobre 1958 lors d'un discours sur
la place de la Brèche à Constantine. Le Plan avait comme objectif de mettre en place un
programme de développement afin de transformer les conditions de vie sociale et économique
des algériens. A propos de ce Plan, lire l'ouvrage de J.J. Deluz, l'Urbanisme et l'Architecture
d'Alger, Aperçu critique, éditions Pierre Mardaga, 1988, pages 101-108.
10. M. Abdelkader Bounekraf, ancien ministre de l'habitat, journal El Watan du 10 avril 2000.
11. « Le logement social désigne le logement modeste destiné uniquement à ceux qui ne peuvent pas
se loger sans l'intervention financière de l'état. Ce sont tous les logements locatifs promus pour
le compte de l'état par les OPGI (Office public pour la gestion immobilière).
Le logement promotionnel désigne la catégorie de logements destinés aux citoyens qui disposent
des moyens financiers requis pour acquérir ou qui peuvent le faire moyennement un crédit ou
une aide financière directe de l'état » (M. Abdelkader Bounekraf, ancien ministre de l'habitat,
journal El Watan du 10 avril 2000). Pour plus d'informations concernant les caractéristiques
des logements collectif et promotionnel se référer à l'annexe III.
12. En 1933, Le Corbusier participe, dans le cadre des Congrès Internationaux d’Architecture
Moderne (CIAM), à la rédaction de la Charte d’Athènes. Plusieurs propositions sont faites et sont
regroupées sous quatre fonctions élémentaires : habiter, travailler, se recréer, circuler. Le
Corbusier propose l'idée d'un nouveau modèle de villes en privilégiant la dimension fonctionnelle
par le biais d’une gestion rigoureuse et rationnelle de l’habitat et de l’espace.
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13…21. Rapport de la Commission Population et Besoins Sociaux du CNES, rapport relatif au
projet de stratégie nationale de l'habitat du mois de mars 1995.
22. Statistiques rapportées par le quotidien El Watan N° 5077 du dimanche 22 juillet 2007.
23. Le quotidien El Watan N° 5077, op. cit.
24. Source : site du ministère de l'habitat, pour plus d'informations se référer à l'annexe III.
25. «…Une étude de l'Entreprise de Promotion du Logement Familial (EPLF) a montré que 27 %
des algériens peuvent se permettre un logement cash, 30 à 40 % ne pourront jamais acquérir un
logement en toute propriété. Restent 40 % qui constituent la clientèle potentielle des banques ».
In : Le quotidien El Wartan, N° 5228 du dimanche 20 janvier 2008, p. 3, article signé M B et
intitulé : Et l'Etat dans tout cela ?
26. Pour plus d'information à ce sujet, lire l'article de M B, in Le quotidien El Wartan, N° 5228, op.
cit., p. 2.
27. Paul Clerc, Grands Ensembles- Banlieues Nouvelles- Enquête démographique et psycho-
sociologique, éditions Presses Universitaires de France, 1967, p. 38.
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- emploi des meilleures techniques disponibles…
Le concept de développement durable repose sur trois principes :
- la prise en considération de l'ensemble du cycle de vie des matériaux;
- le développement de l'utilisation des matières premières et des énergies renouvelables;
- la réduction des quantités de matières et d'énergie lors de l'extraction des ressources naturelles,
de l'exploitation des produits et de la destruction ou du recyclage des déchets ».
In : Dominique Gauzin-Müller, L'Architecture Ecologique, éditions du Moniteur, Paris, 2001,
p. 13.
Il faut tout de même signalé qu'Ignacy Sachs (professeur français d'économie, né en Pologne en
1927) est un des premiers socio-économistes à avoir travaillé sur le concept de l'éco
développement.
Déjà en 1972, il avait prédit, dans son rapport d'étude alors qu'il était conseiller spécial du
secrétaire Général de l'ONU, que le développement économique sans mesure conduirait à de réels
problèmes écologiques.
Réglementation
thermique de 1982 150 110 90
(valeur maximale)
Réglementation
thermique de 1995 100 75 65
(valeur maximale)
Habitat à basse
énergie 70 60 55
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31. Dominique Gauzin-Müller, op. cit., p. 98.
32. A ce propos, le président de l'APC de Sétif, Mohamed Dib, dira en substance : « Sur instruction
du wali, qui tenait à régler définitivement le problème de Diar Nakhla, l'autre plaie du centre
ville, nous nous sommes attelés avec les précieux concours du chef de daïra et du secrétaire
général de la wilaya à mettre un terme au calvaire de plus de 200 familles et les reloger dans des
appartements spacieux; ces citoyens auront en outre droit à des indemnisations. Même si le
traitement d'un dossier aussi complexe n'a pas été facile, la commission a à mon sens réalisé un
travail titanesque. Le quartier qui sera rasé par une entreprise spécialisée au plus tard samedi 7
février 2009, abritera un projet d'utilité publique ». Propos rapporté dans le quotidien
indépendant El Watan, du mercredi 4 février 2009, N° 5549, p.11.
Il faut tout de même signaler que la démolition complète des 6 barres et le ramassage des gravas
ne sont terminés que le jeudi 19 février 2009.
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