Cours : Réseau Téléphonique Commuté (RTC)
Chapitre 1 – Introduction et généralités
Le Réseau Téléphonique Commuté (RTC) est le réseau historique de télécommunications conçu pour
assurer les communications vocales entre abonnés situés à distance. Il constitue la première
infrastructure mondiale ayant permis des échanges vocaux en temps réel à grande échelle.
À l’origine, le RTC a été développé pour la téléphonie fixe filaire, à une époque où la transmission de la
voix représentait le besoin principal en matière de communication. Son objectif fondamental est de
permettre à deux utilisateurs de converser comme s’ils étaient physiquement proches, malgré
l’éloignement géographique.
Le principe central sur lequel repose le RTC est la commutation de circuits. Lorsqu’un appel est établi
entre deux abonnés, un chemin de communication continu et dédié est créé entre l’appelant et
l’appelé. Ce chemin reste réservé exclusivement à cette communication pendant toute la durée de
l’appel, garantissant ainsi : - une qualité vocale constante, - une transmission en temps réel, - l’absence
de partage des ressources avec d’autres communications simultanées.
Historiquement, les premières versions du RTC utilisaient exclusivement des signaux analogiques
transmis sur des paires de fils en cuivre. Avec l’évolution technologique, le réseau a progressivement
intégré des techniques numériques, notamment pour les liaisons entre centraux téléphoniques, tout
en conservant le principe fondamental de la commutation de circuits.
Pendant plusieurs décennies, le RTC a constitué la colonne vertébrale des télécommunications
mondiales. Il a permis le développement massif des communications téléphoniques, aussi bien au
niveau local, national qu’international, et a servi de base à de nombreux services tels que le fax et
l’accès Internet bas débit par modem.
L’apparition des réseaux numériques à commutation de paquets, puis des réseaux IP et de la Voix
sur IP (VoIP), a progressivement remis en question le modèle du RTC. Ces nouvelles technologies
offrent une meilleure utilisation des ressources, des débits plus élevés et une plus grande flexibilité.
Malgré son déclin progressif, le RTC demeure un élément fondamental dans l’histoire et
l’apprentissage des télécommunications. Sa compréhension est essentielle pour appréhender les
notions clés de commutation, de signalisation et de transmission de la voix, qui restent au cœur des
réseaux modernes.
Chapitre 2 – Principe de fonctionnement du RTC
2.1 Commutation de circuits
Le principe fondamental du RTC repose sur la commutation de circuits, qui consiste à créer un
chemin de communication physique et temporaire entre deux abonnés. Lorsqu’un abonné initie un
appel, le réseau établit une connexion exclusive qui : - relie directement les deux correspondants, -
réserve les ressources nécessaires (fils, équipements des centraux) pour toute la durée de la
communication, - empêche toute autre communication d’utiliser ces ressources simultanément.
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Cette approche garantit que la voix est transmise en temps réel sans interruption ni perte, assurant
une qualité constante et prévisible. Cependant, elle entraîne également une utilisation inefficace des
ressources : même si un abonné ne parle pas, le circuit reste bloqué pour l’ensemble de l’appel.
La commutation de circuits nécessite donc une gestion précise des centraux téléphoniques et des
liaisons inter-centraux, afin d’acheminer l’appel via le chemin le plus approprié et disponible.
2.2 Déroulement d’un appel téléphonique
Le processus complet d’un appel dans le RTC comporte plusieurs étapes détaillées :
1. Décrochage du téléphone : l’abonné prend le combiné, ce qui envoie un signal électrique au
central indiquant qu’il souhaite initier un appel.
2. Numérotation du numéro :
3. La numérotation peut se faire par impulsions (anciens cadrans rotatifs) ou par DTMF (Dual-Tone
Multi-Frequency).
4. Chaque chiffre du numéro est analysé par le central pour déterminer la destination de l’appel.
5. Analyse et routage par le central :
6. Le central local identifie si l’appel est interne (même central) ou nécessite un routage vers un
autre central.
7. Pour les appels longue distance, le central choisit un chemin via les liaisons inter-centraux
disponibles.
8. Établissement du circuit :
9. Une fois le chemin défini, le réseau établit le circuit dédié entre les deux abonnés.
10. La signalisation entre centraux assure que toutes les connexions intermédiaires sont activées.
11. Conversation :
12. La communication vocale peut avoir lieu en temps réel, sans délai perceptible.
13. Le circuit reste occupé et exclusif pendant toute la durée de la conversation.
14. Raccrochage et libération des ressources :
15. Lorsque l’un des abonnés raccroche, le central détecte la fin de l’appel.
16. Toutes les ressources réservées sont libérées, permettant à d’autres appels d’utiliser le chemin.
Cette procédure garantit une qualité vocale optimale et une fiabilité élevée, mais implique que
chaque communication monopolise un chemin complet, même lors de périodes de silence, ce qui limite
le nombre maximal d’appels simultanés que le réseau peut supporter.
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2.3 Conséquences et limites de la commutation de circuits
• Avantages : qualité constante, faible latence, communication en temps réel.
• Inconvénients : gaspillage de ressources, capacité limitée du réseau, difficulté à intégrer de
nouveaux services numériques.
Le chapitre suivant (Chapitre 3) détaille comment l’architecture du réseau et ses composants
permettent de mettre en œuvre ce fonctionnement de manière fiable et efficace.
Chapitre 3 – Architecture du réseau RTC
L’architecture du RTC est conçue pour permettre une communication fiable entre abonnés sur
différentes distances, en combinant des éléments locaux et des équipements centraux.
3.1 Les abonnés
Chaque abonné possède un poste téléphonique, qui peut être un téléphone fixe classique ou un
terminal spécialisé. - Le poste permet de convertir la voix en signaux électriques analogiques. - L’abonné
est connecté au réseau via la boucle locale, qui constitue la liaison physique vers le central
téléphonique. - Les abonnés sont la porte d’entrée du réseau et représentent l’origine et la destination
des communications.
3.2 La boucle locale
La boucle locale est la liaison filaire entre l’abonné et le central téléphonique local : - Généralement
constituée d’une paire torsadée en cuivre. - Transporte des signaux analogiques pour les anciens
réseaux ou numériques dans les évolutions récentes (xDSL). - Sa longueur et sa qualité influencent
directement la qualité de la communication et le débit pour les services de données. - Elle permet la
transmission des signaux de signalisation d’abonné (décrochage, numérotation) ainsi que de la voix.
3.3 Les centraux téléphoniques
Les centraux téléphoniques, ou commutateurs, sont les nœuds du réseau qui gèrent l’acheminement
des appels :
• Centraux locaux :
• Connectent les abonnés d’une zone géographique donnée.
• Établissent la connexion directe entre deux abonnés du même central ou vers un central de
transit.
• Centraux de transit :
• Relient plusieurs centraux locaux pour permettre des communications longue distance.
• Gèrent le routage des appels interurbains.
• Centraux internationaux :
• Connectent les réseaux téléphoniques nationaux entre eux.
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• Gèrent les appels internationaux, la conversion des formats et les protocoles de signalisation.
Chaque central contient des commutateurs électroniques ou numériques capables d’ouvrir et fermer
les circuits pour établir les connexions, ainsi que des systèmes de signalisation pour gérer la
communication.
3.4 Les liaisons inter-centraux
Les liaisons inter-centraux permettent de relier différents centraux pour la transmission des appels
longue distance : - Initialement analogiques, elles sont aujourd’hui majoritairement numériques grâce
à la technologie PCM (Pulse Code Modulation). - Elles transportent plusieurs circuits simultanément en
multiplexant les signaux. - Ces liaisons assurent la fiabilité et la qualité des communications longues
distances, nationales et internationales. - La planification et la maintenance de ces liaisons sont
essentielles pour éviter les congestions et garantir la disponibilité du réseau.
Cette architecture hiérarchisée et redondante assure que le RTC puisse gérer un grand nombre
d’abonnés et d’appels tout en maintenant une qualité vocale constante et un temps de latence faible.
Chapitre 4 – Transmission et numérisation de la voix
4.1 Signal vocal
La voix humaine est un signal analogique complexe, résultant de la vibration des cordes vocales et
modulé par la bouche, la langue et le nez. Ce signal possède plusieurs caractéristiques : - Bande
passante : généralement comprise entre 300 Hz et 3400 Hz, ce qui couvre la majorité des fréquences
nécessaires à la compréhension vocale. - Amplitude variable : le signal peut varier en intensité en
fonction de la voix de l’orateur. - Nature continue : contrairement aux signaux numériques, la voix
analogique est continue dans le temps et prend une infinité de valeurs possibles.
Pour transmettre la voix sur de longues distances, il est nécessaire de la convertir en un format qui peut
être acheminé efficacement par le réseau téléphonique moderne, notamment les liaisons numériques
entre centraux.
4.2 Numérisation PCM (Pulse Code Modulation)
Le RTC moderne utilise la numérisation PCM pour convertir la voix analogique en signal numérique :
1. Échantillonnage :
2. La voix est mesurée à intervalles réguliers.
3. La fréquence d’échantillonnage standard est 8 kHz (8000 échantillons par seconde), ce qui est
conforme au théorème de Nyquist garantissant une reproduction fidèle des fréquences jusqu’à
4 kHz.
4. Quantification :
5. Chaque échantillon est approximé à la valeur numérique la plus proche.
6. Une quantification sur 8 bits est utilisée, ce qui donne 256 niveaux possibles pour représenter
l’amplitude de chaque échantillon.
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7. Cette étape introduit une erreur appelée erreur de quantification, mais elle reste acceptable
pour la voix.
8. Codage :
9. Les échantillons quantifiés sont transformés en bits binaires, prêts à être transmis sur les
liaisons numériques.
10. Chaque échantillon est représenté par 8 bits, ce qui permet un débit de 64 kbit/s par canal (8
bits × 8000 échantillons/seconde).
4.3 Avantages de la numérisation PCM
• Qualité stable : la voix numérisée est moins sensible aux bruits et aux interférences comparée à
la transmission analogique.
• Compatibilité avec les réseaux numériques : facilite la transmission sur des liaisons
numériques et la commutation électronique.
• Multiplexage : plusieurs canaux vocaux peuvent être combinés sur une même liaison à l’aide de
techniques comme le TDM (Time Division Multiplexing).
• Facilité de traitement : la voix numérique peut être compressée, cryptée et routée plus
efficacement.
4.4 Limites et contraintes
• Perte de certaines nuances de la voix à cause de la quantification.
• Débit fixe : chaque canal nécessite 64 kbit/s, ce qui peut limiter le nombre d’appels simultanés
sur une même liaison.
• Latence : bien que faible, la numérisation et le traitement introduisent un léger retard.
Cette étape de numérisation est essentielle pour comprendre comment le RTC a évolué vers les réseaux
numériques et comment il a préparé le terrain pour la VoIP et les communications tout IP.
Chapitre 5 – Signalisation et services du RTC
5.1 Signalisation
La signalisation est un ensemble de signaux et de protocoles qui permet de gérer le fonctionnement
du RTC sans transmettre directement la voix. Elle est essentielle pour : - établir un appel, - superviser la
communication, - libérer le circuit à la fin de l’appel.
a) Signalisation d’abonné
Cette signalisation concerne l’interaction entre le téléphone de l’abonné et le central local : -
Décrochage : en prenant le combiné, un courant de boucle est détecté par le central, indiquant qu’un
appel va être initié. - Numérotation : - par impulsions (anciennes méthodes) ou - par DTMF (Dual Tone
Multi-Frequency), générant des tonalités spécifiques pour chaque chiffre. - Signaux de raccrochage :
indiquent la fin de la communication au central.
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b) Signalisation inter-centraux
Elle concerne la communication entre les différents commutateurs du réseau : - Protocoles de
signalisation comme SS7 (Signaling System No. 7). - Permet de gérer l’établissement des circuits
longue distance et internationaux. - Assure la supervision, la libération et le reroutage des appels en cas
de défaillance. - Transporte également des informations de facturation et de service.
La signalisation peut être hors bande (séparée de la voix) pour améliorer la fiabilité et éviter les
interférences.
5.2 Services offerts par le RTC
Le RTC ne se limite pas aux appels vocaux. Il propose également :
• Appels vocaux : principal service historique avec qualité constante et faible latence.
• Fax : transmission de documents en utilisant le protocole analogique ou numérique.
• Modems et accès Internet bas débit : transformation du signal vocal pour permettre la
transmission de données.
• Services complémentaires :
• renvoi d’appel
• double appel
• identification de l’appelant
• messagerie vocale
Ces services sont intégrés grâce aux fonctionnalités des centraux et des systèmes de signalisation,
permettant ainsi au RTC de répondre aux besoins variés des utilisateurs avant l’avènement des réseaux
numériques et IP.
5.3 Importance de la signalisation et des services
• La signalisation assure la fiabilité et l’efficacité du réseau, permettant à des millions d’abonnés
de communiquer simultanément.
• Les services complémentaires enrichissent l’expérience utilisateur et maximisent l’utilisation des
infrastructures existantes.
• La compréhension de ces mécanismes est fondamentale pour la transition vers les réseaux
modernes tout IP, où la signalisation et les services sont désormais intégrés dans les protocoles
IP.
Chapitre 6 – Avantages, limites et évolution du RTC
6.1 Avantages
• grande fiabilité
• faible latence
• qualité vocale stable
6.2 Limites
• faible débit pour les données
• infrastructure coûteuse
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• faible flexibilité
6.3 Évolution
Le RTC est progressivement remplacé par : - les réseaux tout IP - la VoIP - les réseaux mobiles (4G, 5G)
Bien que technologiquement dépassé, le RTC reste fondamental pour comprendre les bases des
télécommunications modernes.