MÉTHODES ET TECHNIQUES DE RECHERCHE QUALITATIVE
Séquence 1 : Objet de la sociologie et rupture épistémologique
MÉTHODES ET TECHNIQUES DE RECHERCHE QUALITATIVE
Docteur El hadji Malick SY CAMARA
Séquence 1 : Objet de la sociologie et rupture épistémologique
Introduction :
L'objet de la sociologie renvoie à l'homme social ou à l'homme socialisé. Depuis sa création, les sociologues
entendent affirmer la spécificité de la sociologie par rapport aux autres sciences sociales. Elle se veut une science
particulière et synthétique, selon Raymond Boudon.
Il convient de souligner que la pratique sociologique est en constante évolution parce qu'une science qui se
contente de ses acquis sans s'ouvrir à une réflexion critique est appelée à régresser ou à disparaître. Ce
dynamisme méthodologique est donc une vitalité créatrice, féconde.
Qu'est-ce que s'engager dans une recherche ?
L'apprenti sociologue se pose plusieurs questions. Mais comment formuler une question sociologique ?
La construction d'un objet d'étude passe par une déconstruction de prénotions ou des préjugés du chercheur.
En effet, le travail du sociologue passe par la mise énigme de ce qui semble aller de soi. Être sociologue c'est
poser des questions dont les réponses semblent souvent évidentes. En effet, l'entreprise sociologie consiste à
dévoiler la réalité cachée des faits sociaux. C'est à ce propos que Pierre Bourdieu la définit comme la "science
du dévoilement ".
Sous ce rapport, le sociologue doit prendre ses distances par rapport aux prénotions, déconstruire les notions
du sens commun, rendre apparent le cacher, élaborer des concepts et les mettre à l'épreuve de l'évaluation
empirique. Il doit s'engager dans le processus d'objectivation des faits sociaux.
Les hommes n’ont pas attendu la science pour commencer à réfléchir. Ainsi que le souligne Émile
Durkheim : « La réflexion est antérieure à la science qui ne fait que s’en servir avec plus de méthode ».
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D’ailleurs, les progrès de la science sont étroitement liés à ceux de la méthode. Une recherche effectuée
sans méthodologie préalable serait condamnée à de l’extrapolation abusive. Mais qu’est-ce que la méthode ? La
méthode désigne l’ensemble des démarches que suit l’esprit humain pour découvrir et démontrer un fait
scientifique. C’est « la marche rationnelle de l’esprit pour arriver à la connaissance ou à la démonstration de
la vérité ». En se référant à cette définition, on considérera la méthode d’une recherche comme l’ensemble des
opérations intellectuelles permettant d’analyser, de comprendre et d’expliquer la réalité étudiée.
Quant à la technique, elle renvoie aux procédés de recherche qui servent à mettre en œuvre concrètement
et à réaliser des opérations correspondant aux différentes étapes de la méthode.
Selon Claude Bernard, « Le savant complet est celui qui embrasse à la fois la théorie et la pratique
expérimentale » (Introduction à l’étude la médecine expérimentale) (marcher sur deux jambes).
Ce cours se veut une initiation à la recherche en sociologie. Elle vise donc à engager la « socialisation » des
étudiants en première année de sociologie à la démarche scientifique et aux méthodes de recherche qualitatives.
1. Particularité de l’objet des sciences sociales
L'objet de nos sciences reste la connaissance empirique du social, sans illusion sur la transparence des sujets,
ni sur notre capacité à établir des relations radicalement nouvelles (Jean-Pierre Olivier de Sardan, 2000 : 442).
En réalité, aucun chercheur ne sort indemne de sa rencontre avec le terrain. Chacun subi « l’alchimie
corrosive du terrain ». Selon Charlier et Campenhoudt, « le terrain a la faculté de faire vaciller les évidences et
de susciter de nouvelles questions » p. 22. C'est un réservoir infini de démenti des idées préconçues. Chaque
terrain impose au chercheur une mise à l'épreuve de ses connaissances et de ses appuis théoriques et
méthodologiques. Il peut vivre cette épreuve de diverses manières. Tout terrain induit potentiellement une
expérience personnelle propre. Il fait une démarche objectivante.
Les sciences sociales constituent une branche des sciences humaines qui ont pour objet l’homme et ses
activités. L’homme ne s’étudie pas exactement de la même manière qu’un objet physique, une plante ou un
animal. Parmi les sciences humaines, les sciences sociales se distinguent des disciplines qui étudient les aspects
physiques de l’homme, comme la médecine, ou qui envisagent les hommes en tant qu’individus, comme la
psychologie. Les sciences sociales étudient une catégorie particulière de phénomènes humains : les phénomènes
sociaux, les faits sociaux. Dans une première approche, on peut définir les faits sociaux comme ceux qui
résultent de la vie en société et qui ne se produiraient pas dans une existence humaine totalement solitaire. Donc
les faits sociaux sont les faits relatifs à l’homme en société. En effet, la particularité des sciences sociales est
que leur objet est dynamique est mouvant. Dans les sciences sociales, le chercheur est en même temps sujet et
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objet de recherche ; d’où la nécessité de rupture avec le sens commun, l’opinion s’il veut mener une étude
scientifique.
2. La rupture épistémologique
Pour que les sciences sociales soient considérées comme des sciences, elles doivent rompre avec les
présupposés de la connaissance spontanée :
Au fait que le chercheur en sciences sociales appartient au monde social qu’il veut analyser et
comprendre : il saisit le monde social sur un mode préréflexif donc il doit établir une distance.
Au rapport qui s’établit entre l’expérience savante et l’expérience donnée du monde social : par
conséquent, le chercheur (l’historien) doit procéder à une rupture entre les représentations sociales du sens
commun et le discours savant.
Le chercheur en sciences sociales doit combattre les évidences qui lui procurent l’illusion d’un savoir
immédiat. Ceci est d’autant plus nécessaire que Didier Fassin (1990) souligne que dans le cas de l'anthropologie
ou de la sociologie, la difficulté vient de ce que le sujet peut devenir objet- ou l'inverse - puisqu'il s'agit d'hommes
et de femmes étudiant des hommes et des femmes. Le sociologue ou l’anthropologue doit lutter contre les
prénotions qui sont des idées préconçues ou des idolas comme Durkheim le suggère pour amorcer une rupture
fondamentale. Dès lors, comment rendre l’objectivation possible lorsque le chercheur étudie des univers sociaux
auxquels il appartient.
La nécessité de cette « vigilance épistémologique » en sciences sociales est telle que G. Bachelard affirmait
que le fait scientifique doit être constaté, conquis et construit : il fait l’objet d’une appropriation et il est
construit contre l’illusion du savoir immédiat. Ce qui suppose une rupture et une contestation des « vérités » du
sens commun.
Selon Bachelard, « Face au réel, ce qu’on croit savoir clairement offusque ce qu’on devrait savoir »
(Bachelard, La formation de l’esprit scientifique, p. 14). La rupture en sciences sociales caractérise ce que
Bachelard appelle le « véritable esprit scientifique ». Par ailleurs, il définit les prénotions comme des
« représentations schématiques et sommaires ». « Les prénotions sont, au contraire, comme un voile qui
s’interpose entre les choses et nous et qui nous les masque d’autant mieux qu’on le croit plus transparent (…) »
(p. 109). Par conséquent, il faut substituer au langage commun un langage entièrement construit et
formalisé.
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À ce propos, Durkheim propose trois postures fondamentales.
1ère règle à base de toute méthode scientifique est d’écarter les prénotions.
2ème règle : l’objectivation « Il nous faut donc considérer les phénomènes sociaux en eux-mêmes, détachés
des sujets conscients qui se les représentent » (p. 121).
1-Définir les choses dont on traite
2- pour que la définition soit objective, il faut « qu’elle exprime les phénomènes, non d’une idée de l’esprit,
mais de propriétés qui leur sont inhérentes » (p. 128).
3. Les choix méthodologiques préalables
Quand il élabore un projet de recherche, le sociologue délimite son objet en l’inscrivant dans une
perspective sociologique. Une recherche comporte aussi des précisions sur la nature de l’enquête envisagée. Il
convient de rappeler que le sociologue répondre à l’avance à toutes les questions que l’enquête va susciter sur
le terrain. Cependant, il doit procéder à des choix méthodologiques préalables.
Les choix méthodologiques relatifs au type d’enquête (quantitative ou qualitative) dépendent largement de
l’objet d’étude. Généralement, le sociologue se pose trois questions préalables : auprès de qui effectuer l’enquête
(cibles) ? À quel endroit(où) ? selon quelle approche (méthodes) ?
Dans la recherche en sciences sociales, on distingue les méthodes de recherches quantitatives des méthodes
de recherches qualitatives. Les premières (méthodes quantitatives recourent à des outils de collecte des données
qui cherchent à quantifier, à évaluer en valeur absolue et/ou en valeur relative un fait ou un phénomène social.
L’approche quantitative recours généralement au questionnaire. L’objectif du questionnaire consiste à mesurer
et à quantifier un fait, un phénomène. Les objectifs du questionnaire peuvent se ramener aux éléments suivants :
1- Estimer certaines grandeurs absolues : les dépenses au cours d’une période donnée
2- Estimer les grandeurs relatives : par exemple lorsqu’on élabore une typologie. On peut estimer la
population de chaque type dans la population mère (instruits et non instruits). Par ailleurs, le questionnaire
permet à vérifier les hypothèses sous forme de relations entre deux ou plusieurs variables. On peut par exemple
mesurer les comportements des étudiants qui varient selon le niveau d’étude ou selon le sexe) : comment
l’université est perçue par les étudiants ?
Ainsi, s’interroger sur la méthode, c’et s’interroger sur la voie suivie pour mener à bien une recherche.
L’étude des méthodes de la recherche et de la connaissance scientifique est l’objet de l’épistémologie mais la
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méthodologie est une partie importante dans toute discipline qui se veut scientifique.
3.1. La pratique de l'entretien qualitatif semi directif : objectifs et avantages
L'entretien est une méthode fréquemment utilisée dans les sciences sociales et humaines. En anthropologie,
il a fallu attendre l'arrivée de Malinowski pour que le recueil de données de seconde main cède la place
progressivement la place à l'enquête de terrain articulée autour de l'observation participante. À la suite de
Malinowski, l'entretien sous forme de récit de vie a été utilisée par l'école de Chicago qui institue l'enquête de
terrain. Le terrain devient ainsi le laboratoire du terrain.
En réalité, opter pour une méthode de recherche, c'est adopter un regard paradigmatique qui crée un rapport
particulier à l'objet d’étude.
L'entretien semi-directif ou non directif s'inscrit dans une démarche compréhensive soucieuse de
comprendre le monde social du point de vue de l'acteur. C'est donc la compétence des acteurs sociaux qu'il
convient de prendre en charge. C'est à partir des savoirs locaux que le chercheur construit/fonde ses analyses.
En sociologie, on distingue l'entretien directif, l'entretien semi directif et l'entretien non directif (entretien
libre). Ces deux types d’interview sont dénommés entretien qualitatif ou compréhensif (Kaufmann,1996). Mais
quant à l'entretien directif, il s'apparente à l'administration du questionnaire.
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