Cours de Géologie Master
PETROLOGIE ENDOGENE
CHAPITRE I : LES ROCHES MAGMATIQUES OU IGNÉES
Une roche est un agrégat naturel de minéraux.
Les roches magmatiques résultent de la solidification (cristallisation,
refroidissement) d’un magma.
Le magma est un bain silicaté fondu, constitué d’une phase liquide (la
plus importante), d’une phase solide (cristaux) et d’une phase gazeuse (0,1-
3%).
Selon le mode de refroidissement du magma, on distingue deux types
de roches magmatiques :
• Les roches plutoniques : formées par le refroidissement lent du magma
en profondeur. Le magma aura le temps de bien cristalliser, et la roche
possédera de gros minéraux visibles à l’œil nu.
• Les roches volcaniques, formées par le refroidissement rapide du
magma en surface. Les minéraux n’auront pas le temps de bien
cristalliser. Les roches volcaniques sont donc caractérisées par la
présence de minéraux invisibles à l’œil nu.
I. Texture des roches magmatiques
La texture d’une roche magmatique est le terme utilisé pour décrire les
dimensions, la forme et l’arrangement entre minéraux dans les roches
magmatiques. Les principales textures sont les suivantes :
- Texture grenue (ou phanéritique) : concerne les roches magmatiques dont
les minéraux sont visibles à l’œil nu (de grandes tailles). C’est le cas des
roches plutoniques ;
- Texture microlithiques (ou aphanitique) : concerne les roches magmatiques
qui ne montrent pas de cristaux visibles à l’œil nu. C’est le cas des roches
volcaniques ;
- Texture vitreuse : concerne les roches magmatiques qui sont entièrement ou
en grande partie constituées de verre. C’est le cas des roches magmatiques
qui ont refroidi très rapidement (en général sous l’eau) ;
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- Texture porphyrique : concerne les roches magmatiques qui possèdent de
gros minéraux (phénocristaux) au milieu d’une texture aphanitique ou
vitreuse. C’est le cas des roches magmatiques ayant subi deux temps de
refroidissement (lent puis rapide).
II. Modes de mise en place des roches magmatiques
Figure 1 : principaux modes de gisement des roches magmatiques
1 : dyke : la roche magmatique recoupe les roches encaissantes.
2 : sill : la roche magmatique est parallèle aux roches encaissantes
(concordantes).
3 : laccolite : structure de roche magmatique concordante à surface
inférieure plane et surface supérieure convexe vers le haut.
4 : lopolite : structure de roche magmatique concordante en forme de
cuvette plate.
5 : batholite : grand massif de roche magmatique qui recoupe l’encaissant.
6 : volcan : relief en forme généralement conique constitué par l’empilement
de laves et/ou de projections ayant atteint la surface.
7 : laves en coussins (Pillow-Lavas) : laves mises en place sous l’eau.
III. Différents types de magmas
Les types de magmas sont déterminés par leurs compositions
chimiques, températures, teneurs en gaz et viscosité (résistance à
l’écoulement). Ainsi, on distingue trois grands types de magmas :
1- Les magmas basiques ou basaltiques : 45-55 % SiO2, riche en Fe, Mg,
Ca, pauvre en K, Na. La température de ces magmas : 1000 – 1200°C.
Pauvres en gaz et peu visqueux.
2- Les magmas intermédiaires ou andésitiques : 55-65 % SiO2, intermédiaire
en Fe, Mg, Ca, K, Na. La température de ces magmas : 800 – 1000°C.
Teneurs en gaz et viscosité intermédiaire.
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3- Les magmas acides ou rhyolitiques : 65-75 % SiO2, pauvre en Fe, Mg,
Ca, riche en K, Na. La température de ces magmas : 600 – 800°C.
Riches en gaz et très visqueux.
Environ 80% des magmas émis par les volcans sont basaltiques, et les
magmas andésitiques et rhyolitiques représentent ~10% chacun du total.
Remarques :
- Durant les 2 premiers milliards d’années qui ont suivi la naissance de la Terre
existaient des magmas plus chauds qui ont donnée naissance à des roches
appelées Komatiites. La température de ces magmas est estimée entre 1400
et 1600°C. Ces magmas contenaient moins de 45% de SiO2 et sont appelés :
magmas ultrabasiques.
Les magmas ultrabasiques n’existent plus aujourd’hui à la surface de la Terre.
- Signalons aussi l’existence d’une lave très rare de faible température (lave
qui a la température la plus basse connue, 500°C) : la carbonatite (lave
alcaline très riche en calcium). Un seul volcan actif émet actuellement des
carbonatites : le Lengaï, en Tanzanie.
- Différence entre magma et lave : la lave est le liquide séparé du gaz
(magma dégazé).
IV. Classification des roches magmatiques
Une classification simplifiée des roches magmatiques est basée sur la
texture (roche volcanique ou plutonique), la composition chimique et la
minéralogie (tableau 1).
En ce qui concerne la composition chimique, les roches magmatiques
sont essentiellement composées d’oxygène et de silicium (ces deux éléments
forment plus de 70% de la composition chimique des roches magmatiques)
exprimées sous forme de pourcentage en silice (SiO2). On distingue ainsi :
• Les roches acides : SiO2 > 65 %. Exemple : granite.
• Les roches intermédiaires : 52 % <SiO2 <65 %. Exemple : andésite.
• Les roches basiques : 45 % <SiO2 < 52 %. Exemple : basalte.
• Les roches ultrabasiques : SiO2 <45 %. Exemple : péridotite.
En ce qui concerne la minéralogie, les roches magmatiques sont surtout
composées de quartz, feldspaths (alcalins et plagioclases), olivine, pyroxènes,
amphiboles et micas.
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Tableau 1 : classification simplifiée des roches magmatiques
Acide Intermédiaire Basique Ultrabasique
Plutonique Granite Diorite Gabbro Péridotite
Volcanique Rhyolite Andésite Basalte
Vitreuse Obsidienne
Minéraux présents
Quartz Plagioclase Na- Plagioclase Pyroxène
Feldspaths Ca Amphibole Ca Pyroxène Olivine
alcalin
Micas
Remarques
- Les granites et basaltes forment 90 % des roches magmatiques de la croûte
terrestre. Les granites sont les roches caractéristiques de la croûte
continentale. Les basaltes caractérisent la croûte océanique (soit 70 % de la
croûte terrestre) ;
- Les magmas acides sont très visqueux. Ils auront donc tendance à cristalliser
en profondeur, d’où la formation d’une roche plutonique (granite). Les
roches volcaniques acides (rhyolites) sont donc rares ;
- Au contraire, les magmas basiques sont peu visqueux, ils auront donc
tendance à remonter en surface et cristalliser donnant une roche volcanique
(le basalte). Les gabbros (roches plutoniques basiques) sont donc rares.
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CHAPITRE II : LES ROCHES METAMORPHIQUES
Le terme métamorphisme (du grec meta = changement et morph =
forme) désigne la transformation d’une roche à l’état solide avec formation
de nouveaux minéraux et/ou acquisition de nouvelles textures et structures
sous l’effet de conditions de température et de pression différentes de celles
où elle s’est formée.
Le métamorphisme peut affecter :
→ des roches sédimentaires, on parlera dans ce cas de roches
paramétamorphiques;
→ des roches magmatiques, on parlera de roches orthométamorphiques ;
→ des roches métamorphiques, on parlera dans ce cas de roches
polymétamorphiques.
I. Degrés du métamorphisme (grade)
La limite inférieure du métamorphisme correspond à une température
de 200°C et une pression de 300 MPa (3000 atmosphères ou 3 kb). Au-dessous
de cette limite, c’est le domaine de la diagenèse.
La limite supérieure du métamorphisme correspond à la fusion partielle
de la roche. Quand la roche entre en fusion, on entre dans le domaine du
magmatisme.
Le grade ou degré du métamorphisme est le terme utilisé pour décrire
les conditions de température et de pression sous lesquelles la roche s’est
formée (figure 1).
Figure 1 : degrés du métamorphisme
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- Le métamorphisme de faible degré se produit à des températures situées
entre 200 et 320°C, à relativement faible pression. Les roches du faible degré
de métamorphisme sont caractérisées par la présence de minéraux hydratés
(minéraux qui contiennent de l’eau dans leur structure cristalline) : minéraux
argileux (serpentine, chlorite).
- Le métamorphisme de degré élevé se produit à des températures
supérieures à 320°C à relativement forte pression. Avec l’augmentation du
degré du métamorphisme, les minéraux hydratés deviennent moins hydratés
en perdant H2O, avec apparition de minéraux non hydratés quand le degré
du métamorphisme devient très élevé.
Exemple de minéraux faiblement hydratés et non hydratés qui caractérisent
le métamorphisme de degré élevé : la muscovite, minéral hydraté qui
disparaît aux degrés très élevés ; la biotite, minéral hydraté qui demeure
stable à des degrés très élevés du métamorphisme ; le pyroxène, minéral non
hydraté ; le grenat, minéral non hydraté.
- Lorsque les roches enregistrent une augmentation de la pression et de la
température, on parle de métamorphisme prograde. Ce métamorphisme
indique l'enfouissement de la roche.
- Lorsque les roches enregistrent une diminution de la pression et de la
température, on parle de métamorphique rétrograde ou
rétrométamorphisme. Ce métamorphisme indique l'exhumation de la roche.
II. Les facteurs du métamorphisme
Les principaux facteurs du métamorphisme sont :
- La température : elle augmente avec la profondeur (le gradient
géothermique est de 30°C/km) et/ou avec la mise en place de roches
plutoniques ou volcaniques.
- La pression : elle augmente également avec la profondeur. Elle est due au
poids de couches et les roches soumises à cette pression ne présentent pas
d’orientation préférentielle : c’est la pression lithostatique (1 kbar à une
profondeur de 4km, 5 kb à 15 km et 10 kb à 30 km pour une densité moyenne
de la croûte de 2,5). La pression peut également augmenter du fait de
contraintes (dans les régions à forte activité tectonique, les chaînes de
Montagnes par exemple). On parle alors de pressions ou contraintes
orientées. Lorsqu’une roche est soumise à des pressions orientées, les
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minéraux s’orientent selon des plans définis, et la roche présentera un aspect
feuilleté : schistosité ou foliation.
- Les fluides : les vides entre les grains dans une roche sont toujours remplis
d'un fluide, en général du H2O avec des minéraux dissous. Ce fluide est très
important pour les processus métamorphiques parce qu'il peut transporter
des composants dissous (en solution) et de la chaleur et il augmente
radicalement la vitesse des réactions entre minéraux. Le métamorphisme
d'une roche qui ne contient pas de fluide produit très peu de réactions.
- Le temps : la plupart des réactions métamorphiques exigent des millions
d'années afin d'être complètes. Les expériences de laboratoire ont montré
que les hautes températures et pressions et les temps de réaction importants
produisent de gros grains. Les roches métamorphiques à gros grains sont
donc les produits de conditions métamorphiques durant beaucoup plus
longtemps, probablement plusieurs millions d'années.
III. Types de métamorphisme
1- Métamorphisme de Contact (ou thermique) (figure 2)
Le métamorphisme de contact se déroule autour des intrusions
magmatiques et résulte de l’augmentation de la température au contact des
magmas. Ce type de métamorphisme entraîne la recristallisation chimique de
roches encaissantes (beaucoup de réactions entre minéraux) avec très peu
de déformation. On appelle auréole métamorphique, l'enveloppe de roches
métamorphisées qui entourent une intrusion. Elle est épaisse de quelques
mètres à quelques centaines de mètres (la largeur de l’auréole dépend de
l’importance de la masse intrusive). Le degré du métamorphisme augmente
dans toutes les directions quand on s’approche de l’intrusion. Les roches
métamorphiques dans ces auréoles sont typiquement à grain fin (le temps
n'est pas une variable importante pendant un métamorphisme de contact) :
on les appelle cornéennes. Ce type de métamorphisme est à haute
température, basse pression.
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Figure 2 : métamorphisme de contact
2- Métamorphisme régional (ou général) (figure 3)
Le métamorphisme régional affecte de grandes superficies (plusieurs
dizaines de milliers de kilomètres carrés) qui sont le siège de déformations
tectoniques et contraintes orientées. Il se produit au cœur des grandes
chaînes de Montagnes sous des conditions de haute température-haute
pression. Les roches métamorphiques formées sont toujours orientées et très
déformées (schistes, micaschistes, gneiss).
Figure 3 : le métamorphisme régional se produit au cœur des chaînes de
Montagnes
3- Métamorphisme cataclastique (ou dynamique)
Ce type de métamorphisme se produit dans les zones de failles ou des
grands accidents cassants. Il est lié aux contraintes et déformations qui se
développent dans ces zones de failles et à l’augmentation de la température
due aux frictions. Les roches situées dans ces zones sont broyées et
pulvérisées ce qui conduit à la formation de roches appelées : brèches
tectoniques et mylonites. Ce type de métamorphisme est très localisé, limité
dans l'espace.
4- Métamorphisme hydrothermal
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Il est lié à des circulations de fluides (eau) à température élevée. Ces
fluides réchauffent les roches traversées et leur apportent des éléments
chimiques (phénomène appelé métasomatose). Ce type de métamorphisme
se rencontre dans les régions volcaniques.
5- Métamorphisme d’enfouissement
Ce type de métamorphisme se produit dans des bassins sédimentaires
profonds à la base des séries sédimentaires épaisses de plusieurs kilomètres
lorsque la température dépasse 300°C en l’absence de contraintes orientées.
Ce métamorphisme est peu marqué et se manifeste par la formation de
nouveaux minéraux (essentiellement les zéolithes). Le métamorphisme
d'enfouissement suit la diagenèse et précède le métamorphisme régional.
6- Métamorphisme d’impact (ou de choc)
Il est dû à la chute de grosses météorites et se produit dans des
conditions de très hautes pressions. Les roches formées au point d’impact
sont des impactites et renferment des minéraux caractéristiques de très
hautes pressions comme la coésite, la stishovite et le diamant. L’impact
provoque aussi l’apparition de plans de déformations dans des minéraux
comme le quartz (quartz choqués). Les roches peuvent acquérir des
structures particulières appelées shatter-cones. Ce type de métamorphisme
est très rare.
IV. Classification des roches métamorphiques
Les roches métamorphiques sont soumises à des températures et/ou
pressions différentes de celles où elles se sont formées. Les roches se
transforment à l’état solide. Ces transformations sont d’ordre :
• minéralogiques avec apparition de nouveaux minéraux qui sont plus
stable dans les nouvelles conditions de température et/ou pression.
• structurale avec recristallisation de minéraux et/ou alignement des
minéraux selon des plans bien définis due à l’application de contraintes
orientées.
Une classification simplifiée des roches métamorphiques est basée sur
la structure de la roche : roche orientée (ou foliée) ou non orientée.
IV.1. Les roches orientées
Elles sont classées selon le grade (degré) du métamorphisme (tableau
1) : la granulométrie des grains minéraux augmente avec le degré du
métamorphisme.
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On distingue les structures orientées suivantes :
• La schistosité : feuilletage plus ou moins serré de certaines roches
acquis sous l’influence de contraintes tectoniques orientées, en
particulier celles qui prédominent au sein des chaînes de montagne en
formation. La texture est alors caractérisée par une orientation
préférentielle des minéraux, dont l'aplatissement ou l'allongement se
développent dans une même direction.
• La foliation : structures de roches métamorphiques, où à la schistosité
s’ajoute une différenciation pétrographique entre les feuillets. On aura
une alternance de bandes claires et sombres, chaque bande étant
caractérisée par des minéraux particuliers (exemple gneiss avec
alternance de bandes quartzo-feldspathiques et bandes micacées).
Tableau 1 : Classification des roches foliées (orientées) (figure 4)
Conditions du 200-300°C 300-450°C > 450°C
Métamorphisme
Degré du Faible Moyen Elevé
métamorphisme
Nom de la roche Ardoise Schiste Gneiss
Description de la Les minéraux sont Les minéraux sont de Roches à grains
roche invisibles à l’œil nu. tailles moyennes. Les grossiers, foliées avec
La couleur de la micas sont souvent alternance de bandes
roche est foncée et visibles. Résultent de claires et sombres.
montre un clivage la transformation de Les bandes peuvent être
caractéristique. roches argileuses, plissées. Résultent de la
Transformation des ardoises, granites et transformation de
pélites et argiles. basaltes. roches argileuses,
schistes et granites.
IV.2. Les roches non orientées
Elles sont classées selon leur composition chimique (tableau 2). Cette
composition dépend de la nature de la roche mère ou originelle appelée :
protolithe.
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Tableau 2 : Classification des roches non orientées
Nom de la Roche Marbre Quartzite Anthracite
Minéral Calcite (CaCO3) Quartz Carbone cristallin
Description de la Roche dure à gros Roche dure à gros Roche dure, noire.
roche grains. Résulte de la grains. Résulte de Résulte de la
transformation du la transformation transformation du
calcaire et de la du grès. charbon.
dolomie
Ardoise
Schiste Gneiss
Marbre Quartzite
Figure 4 : Principales roches métamorphiques
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