Influence du nerf vague sur l’activité
électromyographique de la région antropylorique chez le
Lapin
Sylvie Deloof, J. P. Rousseau
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Sylvie Deloof, J. P. Rousseau. Influence du nerf vague sur l’activité électromyographique de la région
antropylorique chez le Lapin. Reproduction Nutrition Développement, 1980, 20 (4B), pp.1149-1154.
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Submitted on 1 Jan 1980
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Influence du nerf vague sur l’activité électromyographique
de la région antropylorique chez le Lapin
Sylvie DELOOF J. P. ROUSSEAU
Laboratoire de Neurophysiologie végétative, CNRS LA n° 308,
Université des Sciences et Techniques de Lille,
59655 Villeneuve d’Ascq Cedex, France
Summary. Influence of the vagus nerve on EMG activity of the antropyloric part of the rabbit
stomach.
The electromyographic activity of the stomach antrum and pylorus was recorded in
rabbits in acute experimental conditions. Stimulation of the distally cut end of a cervical
vagus induced an increase of EMG activity. These results confirm the existence of motor
efferent fibers in the vagus. Stimulation of the central end of the vagus inhibited the sponta-
neous or evoked EMG activity. It is likely that the efferent fibers stimulated by the afferent
volley were preganglionic, synapsing with inhibitory myenteric neurons.
Introduction.
Peu d’études concernent le rôle du nerf vague dans la régulation de la motricité
gastrique chez le Lapin (Langley, 1898 ; Burns et Reincke, 1971) ; elles font appel à
l’enregistrement global de la pression endoluminale. Nous nous proposons de véri-
fier l’influence vagale sur un autre paramètre, l’activité électromyographique (EMG)
de l’antre et du pylore. Déjà décrite chez le Lapin éveillé par Roche et Santini (1970),
Ruckebusch, Grivel et Fargeas (1971), puis récemment par l’un d’entre nous (Deloof,
1979), l’activité EMG recueillie par électrodes implantées dans la musculeuse est cons-
tituée de salves de potentiels. Dans une série d’expériences préliminaires, nous avons
travaillé dans des conditions expérimentales aiguës. Les électrodes à succion d’abord
employées recueillent un rythme électrique de base d’ondes lentes, de 4 à 5 par
minute, sur lesquelles se greffent des salves de potentiels. Elles ne permettent cepen-
dant pas de conserver une telle activité lors des contractions évoquées par la stimu-
lation, qui les déplacent. Aussi, avens-nous étudié l’influence du nerf vague sur l’acti-
vité EMG de la région antropylorique, recueillie par des électrodes implantées dans la
musculeuse.
Matériel et méthodes.
Les expériences sont réalisées chez 8 lapins. Nous pratiquons l’ablation du cortex
cérébral par aspiration, sous anesthésie induite par le pentobarbital sodique (Nem-
butal), à raison de 35 mg/kg. Le temps mis pour terminer la décortication permet la
dissipation des effets de l’anesthésie. On effectue une injection de curarisant (Flaxe-
dil), à la dose de 1 mg/kg, par la voie intraveineuse. L’animal est ventilé artificielle-
ment pendant toute la suite de l’expérience.
Les extrémités périphérique et centrale d’un nerf vague sectionné en région
cervicale sont placées sur des électrodes de stimulation, en crochets de platine. Le tout
est recouvert d’huile de paraffine maintenue à 37 !C. Les électrodes sont reliées par
l’intermédiaire d’une unité d’isolement Grass à un neurostimulateur Racia à tension de
sortie réglable.
Une laparotomie médiane permet de découvrir l’estomac. Les électrodes de récep-
tion sont formées de 3 fils de nickel-chromeisolés, dont l’extrémité dénudée est fixée
dans la musculeuse de la région antropylorique (Ruckebusch, Grivel et Santini, 1970).
Les activités électromyographiques recueillies en enregistrement bipolaire sont
visualisées grâce à un enregistreur à plumes, après amplification par un amplifica-
teur dont la bande passante est comprise entre 0 et 300 Hz.
Résultats.
L’activité spontanée est constituée de salves de potentiels, dont la fréquence varie
de 1 à 3 par minute. Toutefois, sur 8 expériences réalisées, elle n’est enregistrée que
dans 2 cas.
1. -
Effet de la stimulation des fibres vagales efférentes.
En l’absence d’activité spontanée, nous stimulons l’extrémité périphérique d’un
nerf vague cervical sectionné, par des chocs de 1 ms de durée, à la fréquence de 4
par seconde. Pour une tension de 9 V, des salves de potentiels de 3 à 10 s de durée
apparaissent sur l’antre et le pylore avec une latence de 5 à 10 s, à la fréquence de
3 par minute (fig. 1A). Elles comprennent 3 à 15 potentiels dont l’amplitude varie
entre 0,1 mV et 1 mV. L’arrêt de la stimulation entraîne celui des activités provoquées.
Les électrodes situées à plus de 4 cm en amont du pylcre ou sur le corpus ne recueil-
lent pas d’activité lors de la stimulation vagale efférente. Les effets de la stimulation
centrifuge sont indépendants du vague stimulé et de la durée des chocs imposés. Par
contre, pour une durée et une tension constantes des chocs, la réponse varie selon la
fréquence de stimulation. Elle apparaît pour des fréquences supérieures à 1 ou 2
chocs par seconde. Elle est maximale pour des fréquences de 4 à 12 chocs par seconde
et diminue lorsqu’on augmente la fréquence de stimulation au-delà de 12 chocs par
seconde.
Lorsqu’on enregistre une activité spontanée, la stimulation des fibres efférentes
entraîne son augmentation : la durée des salves est doublée, de 5 à 10 s, alors que leur
fréquence n’augmente que de 3 à 3,5 par minute. Le nombre, l’amplitude et la fré-
quence des potentiels sont nettement accrus. L’activation cesse dès la fin de la sti-
mulation et les salves ne réapparaissent qu’une minute après (fig. 1B). Tout se passe
comme si les effets facilitateurs de la stimulation étaient suivis d’une inhibition du
rythme, de courte durée.
2. -
Effets de la stimulation des fibres vagales afférentes.
A. -
Effets sur l’activité EMG spontanée. L’extrémité centrale d’un vague sec-
-
tionné est stimulée par des chocs de 12 à 25 V, de 1 ms de durée, délivrés à la fréquence
de 5 par seconde. On observe pendant toute la durée de la stimulation, l’inhibition
de l’activité spontanée de l’antre et du pylore (fig. 2A). Moins de 10 s après l’arrêt de
la stimulation, les salves antrales et pyloriques réapparaissent à la fréquence de 3 par
minute, supérieure à la fréquence initiale. Les potentiels sont plus nombreux que
ceux des salves précédant la stimulation. Cet effet de rebond se poursuit pendant
plusieurs minutes. L’inhibition réflexe manque lorsque le vague contractera) est
préalablement sectionné.
B. -
Effets sur l’activité EMG évoquée par la stimulation des efférences vagales.
-
L’arrêt de l’activité antropylorique observé dans l’expérience précédente pourrait
être interprété comme une interruption normale et aléatoire de l’activité en salves
et ne résulterait pas de la stimulation des afférences vagales. Pour vérifier ce point,
nous évoquons un rythme de salves en stimulant l’extrémité périphérique du vague
sectionné, sur les préparations dont l’estomac ne présente pas d’activité spontanée.
La stimulation de l’extrémité centrale entraîne dans 65 p. 100 des cas l’inhibition des
activitésévoquées, quelles que soient la durée et la fréquence des chocs délivrés.
Lorsqu’elle dure une minute, son arrêt est immédiatement suivi de la réapparition
des activités évoquées qui ne présentent pas de phénomène de rebond (fig. 2B). Si
la stimulation centrale persiste plusieurs minutes, l’inhibition est d’abord totale, puis
on observe un effet d’échappement : a reprise des activités évoquées s’effectue avant
l’arrêt de la stimulation centrale.
Discussion.
1. -
Effets moteurs. La stimulation de l’extrémité périphérique du vague
-
sectionné permet de retrouver les effets excitateurs classiques des efférences vagales
sur la motricité gastrique. Depuis les expériences de Langley (1898), les travaux sont
nombreux qui montrent l’existence, dans le nerf vague, de fibres motrices à destina-
tion de l’estomac des monogastriques comme des polygastriques. Chez l’animal
éveillé (Mouton, Chien), la technique des sutures nerveuses hétérogènes croisées
vago-phréniques permet de recueillir des activités qui traduisent la mise en jeu de
neurones préganglionnaires vagaux, moteurs de l’estomac (Dussardier, 1960 ;
Miolan et Roman, 1978). A la différence du Mouton où le rythme gastrique est élaboré
par des décharges rythmiques des centres moteurs bulbaires (Dussardier, 1960),
nous pensons que le vague moteur ne joue, chez le Lapin, qu’un rôle modulateur
d’une motricité intrinsèque. Effectivement, la bivagotomie ne supprime pas le rythme
antropylorique, qui reste déprimé seulement les trois premiers jours après la section
(Deloof, 1979).
2. Effets inhibiteurs.
-
Dans les deux cas où nous enregistrons une activité
-
spontanée, nous n’observons pas d’inhibition de la motricité antropylorique par la
stimulation des efférences vagales quels qu’en soient les paramètres. On pourrait
penser que dans nos expériences de stimulation réflexe, l’arrêt de la motricité est la
conséquence de l’inhibition centrale par les afférences d’une voie efférente facilita-
trice. Mais cette interprétation n’explique pas les résultats obtenus sur les estomacs
dont l’activité est évoquée par la stimulation du vague périphérique. L’inhibition ne
peut résulter dans ce cas que d’une action périphérique du vague : la volée afférente
stimulerait des neurones préganglionnaires vagaux faisant synapse au sein des plexus
de la région antropylorique, avec des neurones inhibiteurs. Il est remarquable d’obser-
ver dans nos expériences l’effet d’échappement lorsque cette stimulation est de plus
longue durée. Or un fait caractéristique des réponses inhibitrices de l’intestin à la
stimulation transpariétale des neurones non cholinergiques non adrénergiques est
effectivement l’excitation de rebond qui suit le plus souvent l’arrêt de la stimulation,
ou la reprise de l’activité au cours d’une période de stimulation itérative (Burnstock,
1979).
On sait que des fibres vagales, à seuil d’excitation élevé, constituent la voie effé-
rente d
d’ réflexe vago-vagal responsable du relâchement de la musculature gas-
n
trique (Martinson, 1964 ; Burns et Reincke, 1971). Ce sont vraisemblablement celles
dont Miolan et Roman (1974) enregistrent l’activité spontanée chez le Chien éveillé,
pendant la relaxation réceptive de l’estomac.
Les fibres vagales inhibant la motricité antropylorique ont certainement un rôle
physiologique différent. Le rythme antropylorique est d’ailleurs augmenté pendant le
repas (Deloof, 1979). Elles constituent vraisemblablement la voie effectrice des réflexes
duodéno-gastriques inhibiteurs de la motricité, qui interviennent dans la régulation
de la vidange de l’estomac.
En résumé, nous enregistrons l’activité électromyographique de l’antre et du
pylore, chez le Lapin, dans des conditions expérimentales aiguës. Nous montrons
l’existence dans le vague, à côté d’un contingent de fibres motrices, de fibres mises en
jeu par voie réflexe et responsables de l’inhibition de la motricité antropylorique.
Ces fibres vagales attaquent vraisemblablement les neurones post-ganglionnaires
inhibiteurs des plexus de la région antro-pylorique.
journées Ingestion-Digestion-Absorption
de l’Association française de Nutrition,
Paris, 15-16 novembre 1979.
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