Union Africaine et sécurité civile
Union Africaine et sécurité civile
Résumé
Cet
article
définit
l’implication
de
la
société
civile
au
système
de
gouvernance
de
la
sécurité
collective
conçu
et
déployé
par
l’Union
Afrique,
en
explorant
l’apport
de
cette
société
civile
à
la
prévention
des
conflits
aux
côtés
de
l’Architecture
africaine
de
paix
et
sécurité
(APSA)
et
du
Conseil
Économique,
Social
et
Culturel
(ECOSOCC).
Par
la
suite
l’article
explore
les
potentialités
de
la
société
civile
à
prévenir
les
conflits
causés
par
une
mauvaise
gouvernance
des
ressources
naturelles,
ceux
relatifs
aux
espaces
et
zones
frontaliers,
conformément
aux
différents.
En
définitive,
une
autre
question
abordée
est
la
possibilité
d’une
participation
de
la
société
civile
à
la
surveillance
de
la
circulation
des
armes
en
Afrique.
Mots-‐clés
:
Union
Africaine,
gouvernance,
sécurité,
participation,
société
civile,
conflits,
prévention.
Abstract
This
article
defines
the
involvement
of
civil
society
in
the
collective
security
governance
system
designed
and
deployed
by
the
African
Union,
by
exploring
the
contribution
of
this
civil
society
to
conflict
prevention
alongside
the
African
Peace
Architecture
and
Security
(APSA)
and
the
Economic,
Social
and
Cultural
Council
(ECOSOCC).
The
article
then
explores
the
potential
of
civil
society
to
prevent
conflicts
caused
by
poor
governance
of
natural
resources,
those
relating
to
border
areas
and
areas,
in
accordance
with
the
different.
Ultimately,
another
issue
addressed
is
the
possibility
of
civil
society
participation
in
monitoring
the
flow
of
arms
in
Africa.
Keywords:
African
Union,
governance,
security,
participation,
civil
society,
prevention,
conflicts.
2
L.
Nze
Bekale
I. Introduction
L’Union
Africaine
(UA)
a
progressivement
intégré
la
dimension
de
sécurité
dans
ses
activités
en
construisant
une
sécurité
collective
régionale
dans
le
prolongement
des
dispositions
du
chapitre
VIII
de
la
Charte
des
Nations
Unies
avec
son
organisation,
l’APSA
(Architecture
Africaine
de
paix
et
sécurité)1.
Son
action
s’inscrit
cependant
dans
une
démarche
originale
reposant
sur
la
notion
de
gouvernance
qui
fait
une
place
significative
au
rôle
de
la
société
civile.
La
problématique
de
la
gouvernance
est
liée
à
l’émergence
dans
la
vie
internationale
de
nouvelles
catégories
d’acteurs,
venant
relativiser
le
monopole
que
les
États
détenaient
sur
les
relations
internationales.
Les
dispositifs
traditionnels,
de
nature
interétatique,
sur
les-‐
quels
reposait
l’ordre
international
westphalien,
dès
lors,
ne
suffisent
plus
;
des
mécanismes
nouveaux,
destinés
à
assurer
une
confrontation
élargie
des
points
de
vue,
sont
devenus
indispensables2.
La
gouvernance
désigne
le
plus
souvent
les
formes
contemporaines
de
régulation
collective
qui
se
développent
sur
la
base
de
relations
entre
acteurs
publics
et
privés,
et
dans
des
cadres
institutionnels
et
territoriaux
multiples,
plus
ouverts3.
Dans
ces
conditions,
«
tous
les
intérêts
sont
conciliables.
Sans
doute
le
sont-‐ils
lorsque
toutes
les
parties
prenantes
sont
ou
se
croient
gagnantes
»4.
Cette
gouvernance
est
synonyme
d’une
démocratisation
de
l’espace
et
de
l’action
publique,
et
par
ricochet
des
organisations
internationales5.
Ainsi,
le
système
international
s’ouvre-‐t-‐il
aux
acteurs
non
étatiques
et
par
voie
de
conséquence
à
la
société
civile.
La
reconnaissance
de
ces
acteurs
offre
d’autres
perspectives
pour
l’Union
Africaine,
en
tant
qu’institution
intergouvernementale
dirigée
par
les
États
membres.
Les
institutions
et
les
«
structures
»
[internationales]
sont
fondamentalement
des
constructions
sociales,
comportant
à
la
fois
des
discours
et
des
organisations
formelles.
De
la
même
façon,
les
buts
et
les
comportements
des
agents
[de
ces
institutions]
sont
conditionnés
par
les
cadres
institutionnels
et
par
les
autres
acteurs.
Leur
«
signifi-‐
cation
»
générale
s’interprète
à
l’intérieur
d’un
cadre
normatif
partagé6.
L’UA
est
d’autant
plus
concernée,
qu’«
une
approche
se
plaçant
au
niveau
du
système
ne
repose
pas
[uniquement]
sur
la
seule
interaction
des
États
pour
expliquer
la
(re)formation
des
intérêts
»7.
Le
système
international
s’élargit
ainsi
aux
acteurs
non
gouvernementaux,
amplifiant
«
le
débat
sur
la
nature
des
différents
agents
à
l’œuvre
sur
la
scène
inter-‐
nationale
»8.
L’ouverture
de
la
scène
internationale
à
la
société
civile
signifie
implicitement
son
implication
dans
une
gouvernance
internationale
multisectorielle
notamment
à
l’UA.
La
clé
de
la
production
et
de
la
reproduction
de
la
sécurité
et
de
la
politique
de
sécurité
se
trouve
dans
le
processus
de
la
reproduction
de
l’identité
collective9.
1
Elle
est
constituée
du
Conseil
de
Paix
et
sécurité,
de
la
Force
africaine
en
attente,
du
Groupe
des
sages,
du
Système
d’alerte
rapide
et
du
Fonds
de
la
paix.
2
Chevallier
J.,
«
La
gouvernance,
un
nouveau
paradigme
étatique
?
»,
Revue
française
d’Administration
publique,
vol.
1,
n°
105-‐106,
p.
208.
3
Nay
O.
(dir.),
Lexique
de
science
politique
:
Vie
et
institutions
politiques,
Paris,
Dalloz,
p.
230.
4
Moreau
Defarges
Ph.,
La
gouvernance,
Que
sais-‐je
?,
Paris,
PUF,
2008,
p.
76.
5
Mbengue,
M.
Mo,
«
La
démocratie
comme
outil
de
réforme
des
organisations
internationales
?
»,
in
Marie-‐
Clotilde
Runavot
(dir.),
La
démocratie
appliquée
au
droit
international
:
de
quoi
parle-‐t-‐on
?,
Paris,
Pedone,
2018,
p.
154.
6
Klotz
A.,
Lynch
C.,
«
Le
constructivisme
dans
la
théorie
des
relations
internationales
»,
in
Critique
–
PSEI
18
–
L’Union
Africaine
et
la
gouvernance
de
la
sécurité…
3
Les
organisations
internationales
ont
la
responsabilité
et
le
pouvoir
de
mettre
en
œuvre
la
sécurité
collective,
[laquelle]
repose
sur
le
Conseil
de
sécurité10
de
l’ONU.
Pour
remédier
aux
limites
de
la
sécurité
collective,
l’ONU,
au
nom
du
principe
de
subsidiarité,
a
souhaité
que
«
les
organisations
régionales,
comme
l’UA,
prennent
plus
de
responsabilités
»11
pour
l’assurer
à
l’échelle
continentale,
en
contribuant
au
«
maintien
de
la
paix
par
l’interdiction
de
tout
recours
à
la
force
et
la
mise
en
place
de
la
négociation
collective
»12.
En
matière
de
gouvernance
de
la
sécurité
collective,
en
2020
l’Assemblée
générale
de
l’Organisation
des
Nations
Unies
s’est
résolue
à
«
rendre
les
Nations
unies
plus
inclusives
et
à
engager
avec
toutes
les
parties
prenantes
[un
dialogue
et
des
consultations],
y
compris
les
organisations
régionales
et
sous
régionales,
les
organisations
non
gouver-‐
nementales,
la
société
civile,
le
secteur
privé,
les
universités
et
les
parlementaires,
afin
de
garantir
une
réponse
efficace
à
nos
défis
communs
»13,
incluant
la
prévention
des
conflits.
La
formalisation
du
«
rôle
de
la
société
civile
dans
les
processus
internationaux
de
contrôle
et
de
responsabilisation
»14
ne
cesse
de
se
consolider
et
il
faut
donc
davantage
l’impliquer
«
dans
les
processus
de
surveillance
et
de
responsabilité
au
niveau
international
»15.
Toutefois,
outre
l’implication
d’organisations
de
la
société
civile
(OSC)
professionnalisées
et
formalisées,
il
est
urgent
de
reconnaître
et
de
valoriser
la
diversité
des
acteurs
et
actrices
de
la
société
civile
et
d’intégrer
des
groupes
moins
institutionnalisés,
comme
les
organisations
communautaires,
les
associations
informelles
et
les
mouvements
sociaux,
ainsi
que
les
leaders
religieux
et
traditionnels16.
La
dynamique,
[politique,
sécuritaire
et]
de
développement
insufflée
par
l’UA
s’inscrit
dans
le
cadre
de
la
gouvernance
compte
tenu
des
évolutions
des
modes
de
régulation
de
l’interaction
entre
les
différents
acteurs
engagés
sur
la
scène
internationale17.
Une
organisation
fondée
sur
la
gouvernance
donne
la
possibilité
aux
acteurs
non
institutionnels
de
prendre
part
à
ses
activités
et
à
l’élaboration
de
ses
politiques.
L’Acte
constitutif
de
l’Union
Africaine
pose
une
série
de
principes
lesquels,
s’ils
sont
mis
effectivement
en
œuvre,
en
les
associant
aux
efforts
entrepris
au
niveau
universel,
peuvent
hisser
l’organisation
panafricaine
au
premier
plan
dans
la
lutte
engagée
en
faveur
de
la
sécurité
humaine,
des
droits
de
l’homme
et
de
la
bonne
gouvernance18.
Comme
lorsqu’il
s’agit
de
construire
la
paix
et
la
sécurité
en
recourant
aux
moyens
de
la
puissance,
cette
action
conduite
en
utilisant
des
moyens
non
militaires
devra
aussi,
pour
une
mise
en
œuvre
10
Maurice
V.
(dir.),
Dictionnaire
des
Relations
internationales
de
1900
à
nos
jours,
3e
éd.,
Paris,
Armand
Colin,
2009,
p.
347.
11
Idem.
12
Nay
O.
(dir.),
Lexique
de
science
politique
:
Vie
et
institutions
politiques,
Paris,
Dalloz,
p.
495.
13
A/RES/75/1
Résolution
adoptée
par
l’Assemblée
générale
des
Nations
Unies,
New
York,
le
21
septembre
2020,
p.
5.
14
A/RES/75/1
Résolution
adoptée
par
l’Assemblée
générale
des
Nations
Unies,
New
York,
le
Africaine
»,
Colloque
internationale
sur
l’extrémisme,
la
guerre,
la
paix
et
le
développement
en
Afrique,
Université
Protestante
d’Afrique
centrale,
Yaoundé,
Cameroun
du
28
au
30
octobre
2020,
p.
1.
18
Ping
J.,
«
Préface
»,
in
Abdulwaqwi
A.Y.,
Fatsah
O.
(dir.),
L’Union
Africaine
:
Cadre
juridique
et
institutionnel,
Manuel
sur
l’Organisation
panafricaine,
Paris,
Pedone,
p.
10.
–
PSEI
18
–
4
L.
Nze
Bekale
19
Chouala
Y.
A.,
«
Puissance,
résolution
des
conflits
et
sécurité
collective
à
l'ère
de
l'Union
africaine.
Théorie
et
pratique
»,
Annuaire
Français
des
Relations
Internationales,
vol.
6,
2005,
p.
301.
20
Idem.
21
Martin-‐Chenut
K.,
«
Droit
international
et
démocratie
»,
Diogène,
vol.
4,
n°
220,
2007,
p.
4.
22
Chevallier
J.,
«
La
gouvernance,
un
nouveau
paradigme
étatique
?
»,
Revue
française
d’Administration
publique,
vol.
1,
n°
105-‐106,
p.
209.
23
Groupe
de
la
Banque
Mondiale-‐Nations
Unies,
Chemins
pour
la
paix.
Approches
inclusives
pour
la
prévention
des
conflits
violents,
Washington,
2018,
p.
12.
–
PSEI
18
–
L’Union
Africaine
et
la
gouvernance
de
la
sécurité…
5
24
Mkrtchyan
A.,
Oustinoff
M.,
«
Le
rôle
des
ONG
dans
la
prévention
et
la
résolution
des
conflits
du
Caucase
»,
Hermès,
n°
51,
vol.
2,
2008,
p.
86.
25
Allocution
de
M.
François
Louncény
Fall,
Représentant
spécial
du
Secrétaire
Général
des
Nations
Unies
pour
l’Afrique
centrale,
Atelier
sous
régional
sur
le
partenariat
entre
la
CEEAC
et
la
société
civile
en
matière
d’alerte
rapide
et
de
prévention
des
conflits
en
Afrique
centrale,
31
juillet
2017,
p.
2.
26
Union
Africaine,
Déclaration
solennelle
sur
la
conférence
sur
la
sécurité
et
la
stabilité,
le
développement
et
la
coopération
en
Afrique
(CSSDCA),
Abuja,
9
mai
2000,
p.
6.
27
Barnes
C.
«
Les
acteurs
du
changement
:
Les
rôles
de
la
société
civile
dans
la
prévention
de
la
guerre
et
la
consolidation
de
la
paix
»,
in
Kayser
Christiane
et
Djateng
Flaubert
(dir.),
Les
acteurs
civils
et
la
prévention
des
conflits,
Berlin,
Service
Civil
Pour
la
Paix,
2018,
p.
26.
28
Union
Africaine,
Agenda
2063
:
L’Afrique
que
nous
voulons,
Document
cadre,
Addis
Abeba,
CUA,
2015,
p.
170.
–
PSEI
18
–
6
L.
Nze
Bekale
Groupe
des
Sages
(II.1.2)
et
le
Système
continental
d’alerte
rapide
(SCAR)
(II.1.3).
Ce
dispositif
interagit
avec
la
société
civile
pour
une
prévention
inclusive
des
conflits.
29
Nze
Bekale
L.,
«
La
réforme
de
l’Union
africaine
:
Vers
une
sophistication
de
la
transformation
de
l’organisation
panafricaine
?
»,
Note
de
recherche
n°
61,
Institut
de
Recherches
et
d’Études
sur
la
Paix,
février
2021,
p.
14.
30
Nze
Bekale
L.,
«
Les
principes
et
les
instruments
de
la
politique
de
défense
et
de
sécurité
de
l’Union
Africaine
»,
Annuaire
Français
des
Relations
internationales
(AFRI),
vol.
XX,
2019,
p.
583.
31
L’anticipation,
la
prévention
et
le
règlement
des
conflits
;
l’intervention
dans
le
cadre
d’une
opération
de
maintien
de
la
paix
;
les
sanctions
contre
toute
menace
ou
atteinte
à
la
paix
;
la
mise
en
œuvre
de
la
politique
de
défense
et
de
sécurité
commune
;
la
lutte
contre
le
terrorisme
;
la
coopération
avec
les
mécanismes
régionaux.
32
Union
Africaine,
Manuel
sur
les
méthodes
de
travail
du
Conseil
de
paix
et
sécurité
de
l’Union
Africaine,
Addis
Abeba,
CUA,
2020,
p.
28.
33
Mkrtchyan
A.,
Oustinoff
M.,
Mkrtchyan
A.,
Oustinoff
M.,
«
Le
rôle
des
ONG
dans
la
prévention
et
la
résolution
des
conflits
du
Caucase
»,
Hermès,
n°
51,
vol.
2,
2008,
p.
86.
34
Idem.
35
Communiqué
PSC/PR/BR
(DLXXV),
Conseil
de
paix
et
sécurité,
575e
réunion,
Addis
Abeba,
11
février
2016,
p.
1.
–
PSEI
18
–
L’Union
Africaine
et
la
gouvernance
de
la
sécurité…
7
préoccupation
devant
le
fait
que,
dans
la
plupart
des
conflits
de
longue
durée
en
Afrique,
l’accès,
le
contrôle
et
la
répartition
des
ressources
naturelles
constituent
des
causes
sous-‐
jacentes
majeures
qu’il
convient
de
neutraliser36.
À
la
suite
des
présentations
de
la
société
civile,
«
le
Conseil
a
condamné
l’exploitation
illégale
des
ressources
naturelles
du
Sahara
occidental
qu’il
considère
comme
un
acte
hostile
de
nature
à
perpétuer
le
conflit
et
asseoir
le
fait
colonial
sur
le
territoire
»37.
De
la
même
manière,
le
Président
de
la
Commission
Paix
et
Sécurité
d’ECOSOCC,
M.
Roll
Stéphane
Ngomat,
a
été
invité
à
informer
le
CPS
sur
la
«
caravane
de
la
paix
»
pour
la
collecte
des
armes
illicites,
à
l’occasion
du
mois
de
l’Amnistie
Africaine
de
septembre
2019
et
sur
la
mise
en
œuvre
du
thème
de
l’UA
de
l’année
2020
«
Faire
taire
les
armes
:
créer
des
conditions
propices
au
développement
de
l’Afrique38
».
L’UA
prône
une
«
institutionnalisation
de
la
formule
de
Livingstone39
et
des
réunions
annuelles
du
CPS
–ECOSOCC-‐OSC
en
marge
des
retraites
du
CPS
»40.
Les
conditions
de
collaboration
et
d’implication
de
la
société
civile
«
exigent
de
respecter
son
indépendance
par
rapport
au
gouvernement
pour
préserver
la
qualité
de
ses
contributions
tout
en
respectant
le
principe
de
la
souveraineté
des
États
et
de
la
non-‐ingérence
dans
leurs
affaires
intérieures
»41.
La
liberté
d’action
de
cette
société
civile
est
essentielle
pour
parer
à
toute
éventualité
de
manipulation.
La
multiplication
des
possibilités
d’intervention
des
OSC
étant
d’actualité
à
l’UA,
l’institution
souhaite
le
renforcement
des
«
contributions
des
OSC
à
l’élaboration
du
programme
de
travail
annuel
du
CPS.
Les
OSC
ont
ainsi
la
possibilité
d’inscrire
à
l’ordre
du
jour
des
réunions
du
CPS,
des
questions
relatives
aux
problèmes
sécuritaires.
Elles
influencent
donc
son
agenda,
et
contribuent
à
la
construction
d’un
système
sécuritaire
inclusif
susceptible
de
présenter
à
l’UA
le
vécu
des
problèmes
sécuritaires
des
populations
par
le
biais
de
la
société
civile.
Les
instances
de
l’UA
proposent
que
cette
interaction
entre
le
CPS
et
les
OSC
soit
plus
dynamique
;
en
ce
sens,
elles
demandent
aux
OSC
«
travaillant
dans
le
domaine
de
la
paix,
de
la
sécurité
et
de
la
stabilité,
conformément
à
la
législation
nationale
des
États
membres
concernés,
et
dans
le
cadre
des
activités
du
système
continental
d’alerte
précoce,
d’organiser
et
mener
des
actions
dans
les
secteurs
spécifiques
»42.
Le
fonctionnement
du
CPS
demande
que
s’établissent
«
des
canaux
de
communication
clairs
pour
les
rapports
d’alerte
rapide
»43.
À
cet
effet,
sont
prévues
des
«
séances
d’information
sur
les
alertes
rapides
réservées
exclusivement
aux
membres
du
CPS
»44.
Le
système
d’alerte
précoce
et
les
OSC
sont
36
Idem.
37
Idem.
38
Union
Africaine,
Rapport
de
la
Commission
sectorielle
Paix
et
sécurité
du
Conseil
Economique,
Social
et
Culturel
de
l’UA,
de
juin
2019
à
décembre
2020,
p.
22.
39
Elle
définit
les
conditions
de
travail
entre
les
OSC
et
le
CPS
de
l’UA
dans
les
domaines
de
la
paix
et
la
sécurité.
40
Union
Africaine,
Feuille
de
route
principale
sur
les
étapes
pratiques
pour
faire
taire
les
armes
d’ici
2020,
–
PSEI
18
–
8
L.
Nze
Bekale
essentiels
pour
fournir
une
information
émanant
de
sources
indépendantes
et
plus
proche
des
populations.
De
ce
fait
«
le
Président
du
CPS,
en
consultation
avec
l’ensemble
des
membres
du
CPS
et
le
Président
de
la
Commission,
peut
au
cas
par
cas,
inviter
les
OSC
aux
réunions
du
CPS
autant
que
de
besoin,
ou
lorsque
la
demande
en
est
faite
par
une
OSC
auprès
du
Président
du
CPS
»45.
Pour
«
renforcer
les
liens
entre
l’information
sur
l’alerte
rapide
et
la
réponse
rapide
des
décideurs
»46
l’UA
a
institué
«
l’organisation
de
réunions
périodiques
du
CPS
sur
l’alerte
rapide
et
l’analyse
prospective
»47.
L’efficacité,
l’impartialité
et
la
transparence,
de
ces
méthodes
de
travail,
supposent
que
les
OSC
y
soient
pleinement
impliquées.
Pour
ces
raisons
elles
sont
appelées
«
à
prendre
la
parole
à
une
réunion
du
CPS
sur
une
question
à
l’ordre
du
jour,
sous
réserve
[d’être]concernées
par
la
situation
soumise
à
l’examen
»48.
Le
souhait
de
l’UA
est
que
«
la
société
civile
devienne
un
partenaire
encore
plus
actif
dans
la
consolidation
de
la
paix
et
de
reconnaître
la
nécessité
d’améliorer
la
communication,
en
particulier
au
travers
d’un
renforcement
du
dialogue
entre
le
Conseil
et
la
société
civile,
en
vue
d’instaurer
un
échange
d’informations
dans
les
deux
sens
»49.
Le
Président
de
la
Commission
Paix
et
Sécurité
a
participé
à
la
2e
réunion
statutaire
annuelle
du
Comité
directeur
sur
la
Réforme
du
Secteur
de
la
Sécurité
(RSS).
Ce
Comité
est
établi
pour
fournir
une
plate-‐forme
institutionnelle
à
l’UA,
aux
Communautés
économiques
régionales
(CER)
et
aux
partenaires
internationaux
afin
de
partager
des
informations
et
des
expériences
et
pour
réfléchir
sur
les
défis,
les
opportunités
et
coordonner
les
efforts
et
les
approches
pour
faire
progresser
la
RSS
à
travers
le
continent50.
Les
OSC
[ont
également
la
latitude]
de
présenter
des
rapports
à
la
Commission
de
l’UA
pour
examen
lors
du
processus
de
préparation
des
rapports
destinés
aux
réunions
du
CPS51.
Par
ailleurs,
l’ECOSSOC
est
invité
à
fournir
un
Avis
Consultatif
sur
le
rôle
de
la
Société
Civile
dans
la
RSS,
aux
États
Membres,
aux
CER,
au
CPS,
à
la
Commission
de
l’UA,
y
compris
au
Comité
Directeur
et
aux
Organes
délibérants
de
l’UA52.
La
présence
des
OSC
est
ainsi
effective
au
sein
des
instruments
de
l’UA
où
elles
ont
la
possibilité
de
défendre
leurs
positions
dans
un
système
d’anticipation
des
conflits
principalement
maitrisés
par
les
États.
II.1.2. Le Conseil des sages de l’UA : une instance d’anticipation des conflits
au nom de la société civile
L’article
11
du
protocole
relatif
au
CPS
crée
«
le
Groupe
de
sages,
dont
les
responsabilités
sont
d’apporter
une
contribution
stratégique
et
consultative
au
CPS.
Il
est
composé
de
cinq
personnalités
africaines
hautement
respectées
et
indépendantes,
qui
ont
toutes
apporté
une
contribution
exceptionnelle
à
la
cause
de
la
paix,
de
la
sécurité
et
du
développement
sur
le
continent.
Elles
sont
sélectionnées
par
le
président
de
la
Commission,
après
consultation
avec
les
États
membres
concernés,
sur
la
base
de
la
représentation
régionale
».
Si
les
OSC
45
Union
Africaine,
Conclusions
sur
le
mécanisme
d’interaction
entre
le
CPS
de
l’UA
et
les
organisations
de
la
société
civile
dans
le
domaine
de
la
promotion
de
la
paix,
de
la
sécurité
et
de
la
stabilité
en
Afrique,
Livingstone
4-‐5
décembre
2008,
p.
4.
46
Union
Africaine,
Manuel
sur
les
méthodes
de
travail
du
Conseil
de
paix
et
sécurité
de
l’Union
Africaine,
Addis
Abeba,
CUA,
2020,
p.
6.
47
Idem.
48
Idem,
p.
4.
49
Rôle
de
la
société
civile,
op.
cit.
50
Union
Africaine,
Rapport
de
la
Commission
sectorielle
Paix
et
sécurité
du
Conseil
Economique,
Social
et
Culturel
de
l’UA,
de
juin
2019
à
décembre
2020,
p.
32.
51
Idem.
52
Idem,
p.
33.
–
PSEI
18
–
L’Union
Africaine
et
la
gouvernance
de
la
sécurité…
9
comprennent
notamment
les
groupes
sociaux
représentant
les
femmes,
les
enfants,
les
jeunes,
les
personnes
âgées53,
cette
définition
inclusive
s’applique
indubitablement
au
Conseil
des
sages
de
l’UA.
Celui-‐ci
est
en
effet
«
une
émanation
de
la
collaboration
société
politique/société
civile
[car]composé
de
personnalités
éminentes
provenant
de
diverses
couches
sociales
y
compris
les
femmes,
les
responsables
politiques,
les
chefs
traditionnels
et
religieux
»54.
La
multi
dimensionnalité
de
la
prévention
des
conflits
suggère
l’intervention
d’une
diversité
de
personnalités
pour
cerner
la
complexité
des
oppositions
à
traiter.
Subséquemment
«
la
prévention
appelle
à
des
changements
profonds
dans
la
manière
dont
les
acteurs,
régionaux
et
internationaux,
opèrent
et
coopèrent,
afin
que
les
risques
de
conflits
violents
soient
identifiés
et
résolus,
avant
qu’ils
ne
dégénèrent
en
crise
»55.
Le
Conseil
des
sages
s’est
imposé
comme
un
mécanisme
de
prévention
opérationnelle
et
structurelle
des
conflits.
À
cette
fin,
il
«
fournit
des
services
consultatifs
au
CPS
et
au
président
de
la
CUA
sur
toutes
les
questions
relatives
au
maintien
et
à
la
promotion
de
la
paix,
de
la
sécurité
et
de
la
stabilité
en
Afrique.
Il
entreprend
des
actions
jugées
appropriées
pour
venir
en
appui
aux
efforts
du
CPS
et
du
président
de
la
CUA
dans
la
mise
en
œuvre
de
l’architecture
de
l’UA
pour
la
paix
et
la
sécurité
;
il
se
prononce
également
sur
toute
question
liée
à
la
promotion
et
au
maintien
de
la
paix,
de
la
sécurité
et
de
la
stabilité
sur
le
continent
»56.
Sa
contribution
résulte
d’un
travail
d’investigation
permettant
d’en
identifier
les
causes
profondes.
«
Pour
relever
les
principaux
défis
relatifs
à
la
paix
et
à
la
sécurité,
le
Groupe
des
Sages
a
choisi
de
se
concentrer
chaque
année
sur
un
domaine
de
réflexion
thématique
important
par
rapport
à
la
prévention
des
conflits
;
ce
domaine
inspire
la
plupart
des
interventions
du
Groupe
»57.
En
2010,
le
Groupe
des
Sages
était
déjà
chargé
d’attirer
l’attention,
sur
des
questions
largement
ignorées
du
public
et,
a
publié
un
document
intitulé
«
Atténuer
les
vulnérabilités
des
femmes
et
des
enfants
dans
les
conflits
armés
»
centré
sur
les
moyens
de
renforcer
la
participation
des
femmes
et
des
jeunes
aux
négociations
de
paix
et
de
sensibiliser
aux
effets
de
la
guerre58.
Le
rapport
préconise
quatre
actions
essentielles
devant
être
menées
par
la
Commission
de
l’UA
:
la
création
du
Bureau
de
l’envoyé
spécial
pour
les
femmes,
la
paix
et
la
sécurité
;
le
lancement
du
Programme
quinquennal
Genre,
paix
et
sécurité
2015-‐2020
;
la
mise
en
œuvre
d’une
Session
ouverte
du
Conseil
sur
les
femmes,
la
paix
et
la
sécurité
;
le
lancement
du
Réseau
africain
des
femmes
dans
la
prévention
des
conflits
et
la
médiation
de
la
paix
(FemWise)59.
Toutes
ces
propositions
ont
effectivement
été
considérées
et
mises
en
œuvre
par
la
CUA
et
le
CPS.
Par
ailleurs,
dans
son
rapport
2012
consacré
à
la
violence
électorale,
le
Conseil
des
sages
a
fait
des
«
recommandations
réparties
en
six
groupes
thématiques
principaux
:
les
mécanismes
de
prévention
et
d’alerte
rapide
;
la
gestion
et
la
gouvernance
électorales
;
la
coordination
par
l’UA
de
l’assistance
électorale
;
les
mécanismes
de
transformation
des
conflits
post-‐électoraux
;
la
coopération
et
les
partenariats
53
Article
2.a.
Statuts
du
Conseil
économique,
social
et
culturel
de
l’Union
Africaine.
54
Ayissi
A.,
«
Société
civile
et
résolution
des
conflits
en
Afrique
de
l’ouest
»,
Annuaire
Français
des
Relations
internationales
(AFRI),
vol.
III,
2002,
p.
693.
55
Groupe
de
la
Banque
Mondiale-‐Nations
Unies,
Chemins
pour
la
paix.
Approches
inclusives
pour
la
prévention
des
conflits
violents,
Washington,
2018,
p.
10.
56
Groupe
des
Sages
de
l’Union
africaine,
Les
conflits
et
la
violence
politique
résultant
des
élections.
Consolider
le
rôle
de
l’Union
africaine
dans
la
prévention,
la
gestion
et
le
règlement
des
conflits,
La
série
de
l’Union
africaine,
New
York,
International
Peace
Institute,
décembre
2012,
p.
54.
57
Idem,
p.
55.
58
Kapinda
Y.,
«
Le
Groupe
des
Sages
:
Son
rôle
pour
prévenir
les
conflits
violents
en
Afrique
»,
in
Chronique
ONU,
p.
1.
[Link]
violents-en-afrique.
Consulté
le
26
septembre
2021.
59
Idem,
p.
2.
–
PSEI
18
–
10
L.
Nze
Bekale
internationaux
;
et
les
interventions
stratégiques
du
Groupe
des
Sages
»60.
Dans
son
5e
rapport
le
Conseil
des
Sages
s’efforce
de
promouvoir
la
paix
et
la
sécurité
en
Afrique
en
mettant
en
exergue
la
façon
dont
les
institutions
locales,
étatiques,
régionales
et
multilatérales
peuvent
améliorer
la
médiation
et
la
résolution
des
conflits
liés
aux
ressources
naturelles.
Il
propose
des
recommandations
à
l’UA,
aux
CER,
aux
États
membres
et
aux
acteurs
locaux61.
Le
caractère
inclusif
de
l’action
de
prévention
des
conflits
du
Conseil
des
sages,
est
bien
illustré
par
les
recommandations
destinées
aux
pouvoirs
locaux
et
à
la
société
civile.
Il
recommande
«
aux
gouvernements
locaux
de
mettre
en
place
des
processus
transparents,
responsables,
ouverts
et
inclusifs
afin
de
promouvoir
la
gestion
des
ressources
naturelles,
similaires
à
ceux
recommandés
au
niveau
de
l’État.
Les
gouvernements
locaux
devraient
notamment
créer
des
espaces
de
travail
ouverts
et
sûrs
pour
les
acteurs
de
la
société
civile
et
les
ONG
»62.
Sur
le
plan
opérationnel,
le
Conseil
des
sages
s’est
illustré
dans
plusieurs
conflits
en
Afrique.
En
2011,
après
des
élections
controversées
en
République
Démocratique
du
Congo,
il
a
négocié
une
trêve
entre
le
président
Joseph
Kabila
et
Étienne
Tshisekedi,
chef
de
l’opposition
et
il
a
aussi
prêté
son
assistance
aux
parties
prenantes
aux
fins
de
rédiger
la
feuille
de
route
pour
achever
la
transition
en
Somalie63.
Les
efforts
de
prévention
des
conflits
de
l’UA
font
ainsi
appel
à
des
mécanismes
complémentaires,
recourant
à
des
personnes
influentes,
à
la
diplomatie
des
sommets,
à
la
médiation
informelle
et
ad
hoc
et
à
la
médiation
professionnelle
des
secrétariats.
Tous
ces
outils
sont
souvent
mis
en
œuvre
de
manière
simultanée
et
improvisée,
ce
qui
en
augmente
la
complexité.
Cela
estompe
aussi
la
différence
entre
la
théorie
et
la
pratique
de
la
prévention
et
de
la
gestion
des
conflits,
comme
l’illustre
la
gestion
par
l’UA
de
la
crise
postélectorale
au
Kenya
en
2008
et
la
médiation
survenue
lors
de
la
guerre
civile
au
Soudan
du
Sud
en
201364.
Le
processus
kényan
a
confirmé
l’importance
de
l’intégrité
morale
des
médiateurs.
Lors
d’une
session,
quand
un
des
négociateurs
de
l’opposition
s’est
écrié
«
Vous
avez
volé
l’élection
»
et
que
le
gouvernement
a
riposté
«
Nous
avons
gagné
honnêtement
»,
Graça
Machel
[membre
du
Conseil
des
sages]
est
intervenue.
«
Alors
pourquoi
la
violence
?
Pourquoi
une
cérémonie
d’investiture
à
la
présidence
en
pleine
nuit
?
»65.
En
fin
de
compte,
les
deux
parties
ont
formé
un
gouvernement
de
coalition
et
la
prolongation
de
la
violence
a
été
évitée,
un
résultat
peu
probable
sans
l’engagement
de
l’UA66.
Ces
exemples
mettent
en
évidence
l’engagement
et
le
leadership
du
Conseil
des
sages
dans
la
prévention
structurelle
et
opérationnelle
des
conflits
tout
en
démontrant
un
savoir-‐
faire
doublé
d’un
jugement
ajusté
aux
situations
à
gérer.
60
Groupe
des
Sages
de
l’Union
africaine,
Les
conflits
et
la
violence
politique
résultant
des
élections.
Consolider
le
rôle
de
l’Union
africaine
dans
la
prévention,
la
gestion
et
le
règlement
des
conflits,
La
série
de
l’Union
africaine,
New
York,
International
Peace
Institute,
décembre
2012,
p.
69.
61
Union
Africaine,
Rapport
du
Conseil
des
Sages
de
L’Union
Africaine
sur
L’Amélioration
de
la
Médiation
et
la
Résolution
des
Conflits
liés
aux
Ressources
Naturelles
en
Afrique,
Le
5e
Rapport
Thématique
du
Conseil
des
Sages
de
l’Union
Africaine,
Addis
Abeba,
octobre,
2019,
p.
4.
62
Idem,
p.
6.
63
Nantulya
P.,
«
Le
Groupe
des
Sages
de
l’Union
africaine
et
la
prévention
des
conflits
»,
in
Africa
Center,
2016,
p.
1.
[Link]
conflits.
Consulté
le
26
septembre
2021.
64
Idem,
p.
2.
65
Idem,
p.
3.
66
Idem,
p.
4.
–
PSEI
18
–
L’Union
Africaine
et
la
gouvernance
de
la
sécurité…
11
67
Nze
Bekale
L.,
«
Les
principes
et
les
instruments
de
la
politique
de
défense
et
de
sécurité
de
l’Union
Africaine
»,
Annuaire
Français
des
Relations
internationales
(AFRI),
vol.
XX,
2019,
p.
590.
68
Ekiyor
Th.,
«
Le
rôle
de
la
société
civile
dans
la
prévention
des
conflits
:
les
expériences
ouest-‐
africaines
»,
La
dynamique
complexe
des
armes
légères
en
Afrique
de
l’ouest,
4e
Forum
du
Désarmement.
Accra,
2008,
p.
31.
69
Idem.
70
Union
Africaine,
Manuel
du
Système
continental
d’alerte
rapide
(SCAR),
Addis
Abeba,
CPS,
2008,
p.
20.
71
Segoun
J.M.,
«
Sociétés
civiles
et
prévention
des
conflits
armés
en
Afrique
de
l’Ouest
:
Bilans
et
perspectives
du
Système
d’Alerte
Précoce
(SAP)
»,
Regards
géopolitiques,
vol.
3,
n°
2,
2017,
p.
2.
72
Idem,
p.
96.
–
PSEI
18
–
12
L.
Nze
Bekale
prenantes
concernées73.
Ces
éléments
sont
révélateurs
de
la
synergie
qui
existe
entre
société
civile
et
UA
pour
l’opérationnalité
du
SCAR
et
la
prévention
opérationnelle
des
conflits.
Les
expériences
togolaises
portées
par
l’opérationnalisation
d’un
Système
d’Alerte
Précoce
lors
des
élections
législatives
de
2013,
puis
du
Réseau
ouest
africain
de
consolidation
de
la
paix
au
Burkina-‐Faso
lors
des
élections
couplées
(présidentielles
et
législatives)
de
2015,
sont
l’expression
de
l’appropriation
par
la
société
civile
d’outils
comme
le
système
d’alerte
précoce74.
Les
organisations
de
la
société
civile
constituent
ainsi
une
ressource
importante
de
compétences
et
de
connaissances
locales
et
sont
dans
une
position
unique
pour
encourager
les
gens
à
participer
aux
activités
de
consolidation
de
la
paix.
Ce
sont,
bien
souvent,
ces
organisations
qui
favorisent
l’harmonie
d’une
communauté
et
qui
aident
à
instaurer
de
nouvelles
relations
après
un
conflit75.
En
outre,
l’implantation
du
SCAR
au
niveau
des
CER
favorise
un
maillage
continental
et
régional
qui
permet
à
l’UA
de
suivre,
collecter
et
analyser
les
informations
relatives
aux
situations
pré-‐conflictuelles
ainsi
qu’aux
situations
de
crise
et
de
recherche
et
de
consolidation
de
la
paix.
Le
cas
«
du
WANEP-‐Burkina-‐Faso
inspiré
du
Ecowas
Warning
and
Response
Network
(ECOWARN),
illustre
bien
que
l’évaluation
du
succès
ou
de
l’échec
d’un
mécanisme
tel
que
le
Système
d’Alerte
Précoce
reste
contextuelle
et
est
influencée
par
le
climat
socio-‐politique,
des
tensions
et
des
enjeux
géopolitiques
sous
régionaux
»76.
Cela
confirme
la
nécessité
de
la
contribution
des
OSC
à
la
gouvernance
sécuritaire
prônée
par
l’UA,
même
si
son
efficacité
dépend
des
CER
et
de
la
volonté
des
États
membres.
73
Idem,
p.
22.
74
Segoun
J.M.,
«
Sociétés
civiles
et
prévention
des
conflits
armés
en
Afrique
de
l’Ouest
:
Bilans
et
perspectives
du
Système
d’Alerte
Précoce
(SAP)
»,
Regards
géopolitiques,
vol.
3,
n°
2,
2017.
75
Ekiyor
Th.,
«
Le
rôle
de
la
société
civile
dans
la
prévention
des
conflits
:
les
expériences
ouest-‐
africaines
»,
La
dynamique
complexe
des
armes
légères
en
Afrique
de
l’ouest,
4e
Forum
du
Désarmement,
Accra,
2008,
76
Segoun
J.M.,
«
Sociétés
civiles
et
prévention
des
conflits
armés
en
Afrique
de
l’Ouest
:
Bilans
et
perspectives
du
Système
d’Alerte
Précoce
(SAP)
»,
Regards
géopolitiques,
vol.
3,
n°
2,
2017.
77
Rôle
de
la
société
civile,
op.
cit.
78
Thiriot
C.,
«
Rôle
de
la
société
civile
dans
la
transition
et
la
consolidation
démocratique
en
Afrique
:
éléments
de
réflexion
à
partir
du
cas
du
Mali
»,
Revue
internationale
de
politique
comparée,
2002/2
(vol.
9),
p.
287.
–
PSEI
18
–
L’Union
Africaine
et
la
gouvernance
de
la
sécurité…
13
consultatif
dans
l’interaction
entre
le
CPS
et
les
OSC
»79.
Il
est
aussi
chargé,
de
promouvoir
la
participation
de
la
société
civile
africaine
à
la
mise
en
œuvre
des
politiques
et
programmes
de
l’Union
et
de
soutenir
les
politiques
et
programmes
permettant
de
promouvoir
la
paix,
la
sécurité
et
la
stabilité
en
Afrique,
et
d’encourager
l’intégration
du
continent80.
L’organe
est
assisté
par
des
groupes
sectoriels,
mécanismes
opérationnels
clés
de
l’ECOSOCC
qui
fournissent
des
conseils
et
apportent
des
contributions
aux
politiques
et
programmes
de
l’Union.
C’est
le
cas
du
groupe
sectoriel
«
paix
et
sécurité
»
dont
les
missions
sont
entre
autres
«
l’anticipation,
prévention,
gestion
et
règlement
des
conflits,
reconstruction
post-‐
conflit
et
renforcement
de
la
paix,
prévention
et
lutte
contre
le
terrorisme,
utilisation
des
enfants
soldats,
trafic
de
drogue,
prolifération
illicite
des
armes
légères
et
de
petit
calibre
et
réformes
en
matière
de
sécurité,
etc.
»81.
Il
est
également
le
garant
de
l’adaptation
de
la
vision
de
l’UA
en
matière
de
paix
et
sécurité
aux
stratégies
et
plans
d’action
d’ECOSOCC.
Ainsi,
«
la
Commission
Sectorielle
Paix
et
Sécurité
a
organisé
le
forum
de
la
Société
Civile
du
11
au
13
septembre
2019
au
Kenya
pour
suivre
les
progrès
de
la
mise
en
œuvre
de
la
feuille
de
route
principale
de
l’Union
Africaine
sur
les
étapes
pratiques
pour
faire
taire
les
armes
Afrique
»82.
La
réunion
s’est
essentiellement
focalisée
sur
l’efficacité
du
rôle
d’ECOSOCC,
dans
la
promotion
de
la
paix,
la
sécurité
et
la
stabilité
et
sur
l’adoption
d’approches
de
sécurité
humaine
et
d’implication
communautaire
pour
prévenir
et
lutter
contre
le
terrorisme
et
l’extrémisme
violent
ainsi
que
sur
le
renforcement
des
capacités
nationales
de
prévention
et
de
lutte
contre
le
terrorisme,
l’extrémisme
et
sur
la
promotion
de
l’appropriation
des
programmes
nationaux
de
DDR
et
de
RSS
dans
les
États
Membres83.
Dans
le
même
ordre
d’idées,
la
Commission
sectorielle
Paix
et
Sécurité
mène
une
intense
activité
de
plaidoyer
à
tous
les
niveaux
de
la
gouvernance,
en
particulier
sur
la
nécessité
de
prévenir
et
d’éliminer
le
commerce
illicite
des
armes
conventionnelles
en
empêchant
leur
détournement
vers
le
marché
illicite
ou
à
des
fins
d’utilisation
non
autorisée
et
en
mettant
en
place
un
mécanisme
sur
la
régulation
de
la
vente
et
l’utilisation
des
armes.
Elle
a
reconnu
également
les
conséquences
sécuritaires,
sociales,
économiques
et
humanitaires
du
commerce
illicite
des
armes
classiques,
les
civils
représentant
la
grande
majorité
des
personnes
touchées
par
les
conflits
armés
et
la
violence84.
La
Commission
Sectorielle
Paix
et
Sécurité
durant
l’année
2020
a
formulé
des
recommandations
à
l’endroit
de
l’UA,
des
CER,
des
États
membres
et
des
OSC.
Pour
construire
une
Afrique
prospère
et
en
paix,
ECOSOCC
pense
que
l’éducation
est
l’un
des
vecteurs
qui
permettront
d’atteindre
cet
objectif.
Pour
cela
l’organe
encourage
l’UA,
les
CER
et
«
les
États
Membres
à
refonder
progressivement
leurs
programmes
d’enseignement
préscolaire
et
primaire
pour
inclure
l’éducation
à
la
paix
et
inculquer
aux
enfants
dès
le
plus
jeune
âge
les
valeurs
de
la
paix
et
vulgariser
son
importance
dans
les
communautés
afin
de
contrer
les
récits
culturels
et
les
liens
entre
les
armes
à
feu
et
la
violence
»85.
La
nécessité
d’une
collaboration
efficace
entre
le
CPS
et
ECOSOCC
exige
que
ce
dernier
ait
une
rencontre
annuelle
avec
le
CPS
«
dans
son
rôle
consultatif
sur
un
thème
donné
dans
le
79
Union
Africaine,
Feuille
de
route
principale
sur
les
étapes
pratiques
pour
faire
taire
les
armes
d’ici
2020,
Addis
Abeba,
CUA,
2016,
p.
2.
80
Article
2
Statuts
du
Conseil
économique,
social
et
culturel
de
l’Union
Africaine.
81
Article
11a
Statuts
du
Conseil
économique,
social
et
culturel
de
l’Union
Africaine.
82
Union
Africaine,
Rapport
de
la
Commission
sectorielle
Paix
et
sécurité
du
Conseil
Économique,
Social
et
Culturel
de
l’UA,
de
juin
2019
à
décembre
2020,
p.
9.
83
Idem.
84
Idem,
p.
7.
85
Union
Africaine,
Rapport
de
la
Commission
sectorielle
Paix
et
sécurité
du
Conseil
Économique,
Social
et
Culturel
de
l’UA,
de
juin
2019
à
décembre
2020,
p.
34.
–
PSEI
18
–
14
L.
Nze
Bekale
domaine
de
la
paix,
la
sécurité
et
de
la
stabilité
ou
sur
une
question
connexe
»86.
Cette
rencontre
est
programmée
de
manière
à
ce
que
les
contributions
des
OSC
puissent
être
examinées
avant
la
finalisation
du
rapport
sur
les
activités
du
CPS
et
l’état
de
la
paix
et
la
sécurité
en
Afrique87.
ECOSOCC
et
son
assemblée
ont
chargé
«
la
Commission
Sectorielle
Paix
et
Sécurité
de
préparer
une
réunion
d’information
au
CPS
sur
le
cadrage
normatif
de
la
paix,
en
tant
que
paix,
justice
et
sécurité
afin
de
mieux
saisir
les
aspects
de
la
responsabilité
et
de
retirer
l’impunité
concept
inhérent
au
cadre
normatif
actuel
Paix
et
sécurité
de
l’Union
africaine
»88.
En
outre
l’assemblée
générale
de
l’organe
a
prescrit
une
étude
que
la
Commission
sectorielle
devra
réaliser,
destinée
à
«
souligner
le
rôle,
la
contribution
des
OSC
à
la
paix
et
à
la
sécurité
tout
en
exigeant
[qu’elle
s’engage]
davantage
avec
les
OSC
externes
qui
peuvent
compléter
et
accélérer
leurs
résultats
grâce
aux
consultations
régionales
»89.
Avec
ECOSOCC
l’ancrage
de
la
société
civile
dans
le
système
de
gouvernance
de
l’UA,
est
évident.
L’étendue
de
ses
pouvoirs
en
matière
de
paix
et
sécurité
et
son
rôle
auprès
du
CPS
en
font
un
acteur
non
négligeable.
Le
programme
Faire
taire
les
armes
exhorte
«
le
Conseil
économique,
social
et
culturel
(ECOSOCC)
à
tenir
des
consultations
régulières
avec
le
CPS
conformément
à
la
Formule
de
Livingstone
et
déployer
des
efforts
visant
à
vulgariser
la
Feuille
de
route
principale
»90.
Cet
organe
et
les
organisations
de
la
société
civile
concernées
doivent
aussi
interagir
avec
les
acteurs
sociaux
concernés
dans
la
lutte
contre
le
terrorisme,
l’extrémisme
violent
et
la
radicalisation
en
Afrique91.
Les
attentes
relatives,
à
la
participation
de
la
société
civile
à
la
construction
d’une
Afrique
en
paix,
à
travers
son
rôle
au
sein
d’ECOSOCC,
sont
immenses
il
faut
espérer
qu’elle
soit
suffisamment
accompagnée
dans
la
réalisation
de
son
mandat.
86
Union
Africaine,
Conclusions
sur
le
mécanisme
d’interaction
entre
le
CPS
de
l’UA
et
les
organisations
de
la
société
civile
dans
le
domaine
de
la
promotion
de
la
paix,
de
la
sécurité
et
de
la
stabilité
en
Afrique,
Livingstone
4-‐5
décembre
2008,
p.
3.
87
Idem.
88
Union
Africaine,
Rapport
de
la
Commission
sectorielle
Paix
et
sécurité
du
Conseil
Economique,
Social
et
Culturel
de
l’UA,
de
juin
2019
à
décembre
2020,
p.
9.
89
Idem.
90
Union
Africaine,
Feuille
de
route
principale
sur
les
étapes
pratiques
pour
faire
taire
les
armes
d’ici
2020,
Addis
Abeba,
CUA,
2016,
p.
37.
91
Idem.
92
OCDE,
Évaluer
les
activités
de
construction
de
la
paix
dans
les
situations
de
conflit
et
de
fragilité
:
Mieux
comprendre
pour
de
meilleurs
résultats,
Paris,
2013,
p.
17.
93
Kayser
Ch.,
«
Les
citoyens
africains,
acteurs
essentiels
de
la
prévention
des
conflits
»,
in
Kayser
Christiane
et
Djateng
Flaubert
(dir.),
Les
acteurs
civils
et
la
prévention
des
conflits,
Berlin,
Service
Civil
Pour
la
Paix,
2018,
p.
10.
–
PSEI
18
–
L’Union
Africaine
et
la
gouvernance
de
la
sécurité…
15
éviter
une
escalade
vers
la
violence.
Pour
l’UA
la
prévention
est
constitutive
«
des
actions
diplomatiques,
militaires
et
de
développement,
destinées
à
empêcher
le
déclenchement
des
différends
entre
parties,
à
empêcher
les
disputes
existantes
de
se
transformer
en
conflits
»94.
Pour
y
parvenir,
il
est
primordial
que
ces
processus
soient
pris
en
charge
et
pilotés
au
plan
local.
Dès
lors,
il
ne
peut
y
avoir
de
paix
durable
sans
une
implication
significative
de
la
société
civile95,
«
l’engagement
de
la
société
civile
[faisant]
partie
d’une
culture
participative
qui
renforce
la
nature
démocratique
du
processus
décisionnel
en
matière
de
sécurité
»96.
Elle
s’est
impliquée
tout
particulièrement,
en
tant
qu’actrice
du
système
de
gouvernance
sécuritaire
de
l’UA,
dans
la
prévention
des
conflits
sur
les
ressources
naturelles
(III.1.),
les
problématiques
conflictuelles
frontalières
(III.2.)
et
la
lutte
contre
la
prolifération
des
armes
(III.3.).
94
Union
Africaine,
cadre
politique
de
reconstruction
post
conflit,
NEPAD,
2005,
p.
3.
95
SIDA-‐ASDI,
«
Prévention
des
conflits
:
Possibilités
et
défis
liés
à
la
mise
en
œuvre
des
principaux
engagements
et
priorités
stratégiques
»,
in
Kayser
Christiane
et
Djateng
Flaubert
(dir.),
Les
acteurs
civils
et
la
prévention
des
conflits,
Berlin,
Service
Civil
Pour
la
Paix,
2018,
p.
19.
96
DCAF,
La
société
civile
:
Rôles
et
responsabilités
dans
le
cadre
d’une
bonne
gouvernance
du
secteur
de
la
sécurité,
RSS
Document
d’information,
Genève,
2019,
p.
1.
97
OCDE,
Évaluer
les
activités
de
construction
de
la
paix
dans
les
situations
de
conflit
et
de
fragilité
:
Mieux
comprendre
pour
de
meilleurs
résultats,
Paris,
2013,
p.
27.
98
Idem.
99
Union
Africaine,
Rapport
du
Conseil
des
Sages
de
l’Union
Africaine
sur
la
médiation
et
la
résolution
des
conflits
liés
aux
ressources
naturelles
en
Afrique,
5e
rapport
thématique
du
Conseil
des
Sages,
Addis
Abeba,
octobre
2019,
p.
4.
100
Idem,
p.
7.
101
Idem,
p.
10.
–
PSEI
18
–
16
L.
Nze
Bekale
manifestement
l’explication
d’une
volonté
d’éloigner
la
société
civile
des
conflits
de
cette
nature,
afin
qu’elle
s’intéresse
plutôt
aux
conflits
politiques.
Pourtant,
«
le
travail
de
sensibilisation
aux
valeurs
de
paix
n’est
efficace
que
s’il
est
perpétré
à
tous
les
échelons
d’une
société.
Pour
une
meilleure
diffusion
des
valeurs
de
paix,
les
publics
doivent
être
les
plus
variés
possibles,
et
toujours
considérés
selon
le
contexte
d’un
territoire
et
les
initiatives
déjà
engagées.
Jeunesse,
groupes
sociaux
ou
professionnels,
gouvernements
ou
monde
de
la
recherche,
tous
peuvent
être
sujets
à
des
campagnes
de
prévention
des
conflits
»102.
Pour
ces
raisons,
la
société
civile
s’avère
indispensable
dans
la
prévention
des
conflits
liés
aux
ressources
naturelles
et,
«
le
CSP
a
également
exhorté
la
société
civile
et
autres
parties
prenantes,
à
appuyer
la
promotion
de
la
transparence,
de
l’équité
et
de
la
gouvernance
axée
sur
le
développement
des
ressources
naturelles
en
Afrique,
afin
de
contribuer
à
la
prévention
ou
au
règlement
des
conflits
sur
le
continent
»103.
Les
populations
du
Burkina
Faso
l’ont
probablement
compris
car
les
mécanismes
traditionnels,
peu
ou
pas
institutionnalisés,
semblent
être
privilégiés
en
premier
recours
pour
gérer
les
conflits
dans
ce
pays.
Pour
régler
des
disputes
entre
individus,
de
relativement
faible
intensité,
c’est
généralement
la
famille,
des
voisins
ou
des
amis
qui
sont
spontanément
sollicités
pour
faire
office
de
médiateurs.
Dans
les
cas
de
conflits
entre
éleveurs
et
agriculteurs,
quand
les
torts
sont
reconnus,
une
solution
est
trouvée
directement
entre
les
protagonistes,
impliquant
généralement
une
compensation
versée
à
la
personne
lésée.
Souvent,
des
voisins
peuvent
intervenir
dans
ce
processus104.
Sans
l’implication
des
mécanismes
institutionnels
les
populations
de
ce
pays
préfèrent
une
résolution
endogène
des
différends
relatifs
à
la
gouvernance
des
ressources
naturelles.
La
concertation
sur
les
problèmes
environnementaux,
pour
lesquels
la
société
civile
est
constamment
engagée,
«
entre
des
groupes
divisés
se
déroule
souvent
en
une
série
d’étapes
qui
renforcent
la
confiance
et
approfondissent
les
relations
au
fil
du
temps
»105.
Les
ONG
permettent
de
faciliter
ces
discussions
en
raison
de
leur
engagement
dans
la
protection
de
l’environnement
et
l’exploitation
équitable
et
durable
des
ressources
naturelles.
«
Le
parcours
commence
souvent
par
un
dialogue
[organisé
par
la
société
civile,
les
acteurs
politiques
et
institutionnels
pouvant
éveiller
des
soupçons
dans
certains
contextes]
puis
on
passe
au
partage
d’informations,
à
des
activités
conjointes
et
enfin
à
une
gestion
coordonnée
ou
conjointe.
Chaque
étape
offre
des
possibilités
de
collaboration
entre
de
multiples
parties
prenantes
:
hommes
politiques
et
autorités
gouvernementales,
entrepreneurs
privés,
scientifiques,
agriculteurs
et
membres
de
la
communauté
locale
»106.
Les
organisations
de
la
société
civile
font
campagne
pour
une
meilleure
gouvernance,
surveillent
les
budgets
gouvernementaux,
dénoncent
la
corruption
et
promeuvent
la
résolution
de
conflits.
Par
ailleurs,
des
associations
religieuses
organisent
des
caravanes
de
paix
et
créent
des
espaces
de
dialogue
interreligieux107.
La
société
civile
en
tant
que
garante
de
l’inclusivité
et
de
la
102
De
Beaumont
M.,
«
L’éducation
à
la
paix
ou
la
prévention
des
conflits
»,
in
De
nouvelles
dynamiques
pour
pratiquer
la
paix
:
Étude
transversale
des
fiches
d’expérience,
Irénées,
Paris,
février
2009,
p.
3.
103
Communiqué
PSC/PR/BR
(DLXXV),
Conseil
de
paix
et
sécurité,
575e
réunion,
Addis
Abeba,
11
février
2016,
p.
2.
104
Bertrand
E.,
Sindayigaya
A.,
Deceukelier
B.,
Quelles
opportunités
d’action
pour
la
société
civile
dans
la
gestion
des
conflits
au
Burkina
Faso
?,
Rapport
final,
Search
for
Common
Ground,
2013,
p.
28.
105
Union
Africaine,
Rapport
du
Conseil
des
Sages
de
l’Union
Africaine
sur
la
médiation
et
la
résolution
des
conflits
liés
aux
ressources
naturelles
en
Afrique,
5e
rapport
thématique
du
Conseil
des
Sages,
Addis
Abeba,
octobre
2019,
p.
13.
106
Idem.
107
Bertrand
E.,
Sindayigaya
A.,
Deceukelier
B.,
Quelles
opportunités
d’action
pour
la
société
civile
dans
la
gestion
des
conflits
au
Burkina
Faso
?,
Rapport
final,
Search
for
Common
Ground,
2013,
p.
30-‐31.
–
PSEI
18
–
L’Union
Africaine
et
la
gouvernance
de
la
sécurité…
17
108
Union
Africaine,
Rapport
du
Conseil
des
Sages
de
l’Union
Africaine
sur
la
médiation
et
la
résolution
des
conflits
liés
aux
ressources
naturelles
en
Afrique,
5e
rapport
thématique
du
Conseil
des
Sages,
Addis
Abeba,
octobre
2019,
p.
14.
109
Idem,
p.
17.
110
SIDA-‐ASDI,
«
Prévention
des
conflits
:
Possibilités
et
défis
liés
à
la
mise
en
œuvre
des
principaux
engagements
et
priorités
stratégiques
»,
in
Kayser
Christiane
et
Djateng
Flaubert
(dir.),
Les
acteurs
civils
et
la
prévention
des
conflits,
Berlin,
Service
Civil
Pour
la
Paix,
2018,
p.
23.
111
Union
Africaine,
stratégie
de
l’Union
Africaine
pour
la
gouvernance
des
frontières,
Addis
Abeba,
CUA,
2017,
p.
3.
112
Idem.
113
Union
Africaine,
stratégie
de
l’Union
Africaine
pour
la
gouvernance
des
frontières,
Addis
Abeba,
CUA,
2017.
–
PSEI
18
–
18
L.
Nze
Bekale
conflits
frontaliers
incluant
nécessairement
la
société
civile.
En
effet,
«
les
organisations
de
la
société
civile
peuvent
entrer
en
contact
sur
le
terrain
avec
des
parties
hors
de
la
portée
des
gouvernements
et
enrichir
les
travaux
de
l’ONU
grâce
à
de
précieuses
analyses
de
la
situation
sur
le
terrain
»114.
L’appel
aux
«
organisations
régionales
et
[à]
la
société
civile
à
travailler
main
dans
la
main,
comme
des
partenaires,
pour
améliorer
l’efficacité
des
stratégies
de
prévention
des
conflits
et
de
consolidation
de
la
paix
»115
incite
l’organisation
panafricaine
à
une
responsabilisation
des
acteurs
de
la
société
civile
à
la
prévention
des
conflits
frontaliers.
L’Acte
constitutif
de
l’UA
(articles
3-‐4)
met
en
exergue
les
principes
de
la
gouvernance
démocratique,
la
culture
démocratique,
la
participation
populaire
avec
une
société
civile
en
tant
qu’agent
multidisciplinaire.
L’Union
africaine
a
ainsi
fait
de
la
prévention
des
conflits
un
de
ses
principaux
moyens
de
recherche
et
de
consolidation
de
la
paix.
Le
protocole
sur
le
CPS
dispose
à
l’article
3
que
les
objectifs
du
CPS
sont
d’anticiper
et
de
prévenir
les
conflits116.
La
complexité
de
la
prévention
des
conflits
a
certainement
conduit
l’UA
à
concevoir
«
un
cadre
continental
structurel
de
prévention
des
conflits,
pour
la
mise
en
place
d’un
mécanisme
fonctionnel
à
la
prévention
des
conflits
en
Afrique
et
la
promotion
de
synergies,
la
coordination
et
la
coopération
entre
l’UA,
les
CER/MR
»117.
Ce
cadre
a
été
conçu
pour
offrir
des
espaces
de
participation
à
la
société
civile,
la
faisant
ainsi
partie
prenante
de
la
prévention
des
conflits
frontaliers.
Pour
l’UA
«
la
participation,
l’engagement
commu-‐
nautaire
[et
de
la
société
civile]
pourraient
être
ainsi
considérés
comme
une
extension
de
l’application
du
principe
de
subsidiarité.
À
travers
la
décentralisation,
les
autorités
locales
et
les
représentants
des
communautés
locales
doivent
être
en
mesure
de
participer
pleinement
à
la
gouvernance
des
frontières
»118.
Dans
la
perspective
d’une
implication
active,
l’UA
préconise
que
«
les
acteurs
[comme
ceux
de
la
société
civile]
doivent
être
instruits
sur
les
différentes
dimensions
de
la
gouver-‐
nance
des
frontières
et
sur
l’exécution
des
projets
et
des
programmes
transfrontaliers
»119,
y
compris
les
ONG,
les
organisations
féminines
et
les
associations
communautaires
de
base120.
La
création
de
ces
espaces
a
abouti
à
la
mise
en
place
d’outils
de
prise
de
décisions
comme
le
centre
pour
la
paix
et
la
sécurité
civile,
qui
est
chargé
d’élaborer
et
de
surveiller
les
indicateurs
de
paix
dans
la
région
du
bassin
du
lac
Tchad
[Cameroun
Niger,
Tchad,
Nigéria],
l’Institut
international
pour
la
paix,
le
dialogue
et
le
développement
logé
à
l’Université
de
Diff
et
le
réseau
interuniversitaire
chargé,
avec
la
société
civile,
de
la
prévention
de
l’extrémisme
violent
et
de
la
radicalisation
des
jeunes121.
Du
fait
de
sa
proximité,
la
société
civile
est
alors
chargée
de
la
sensibilisation
des
«
populations
[et
des
communautés]
des
zones
frontalières
sur
les
lois
en
vigueur
et
le
rôle
qu’elles
peuvent
jouer
dans
les
efforts
d’atténuation
des
conflits
et
dans
la
mise
en
œuvre
des
activités
de
gouvernance
des
frontières,
y
compris
l’utilisation
des
mécanismes
communautaires
de
résolution
des
114
Rôle
de
la
société
civile,
op.
cit.,
p.
875.
115
Idem.
116
Nze
Bekale
L.,
«
Les
principes
et
les
instruments
de
la
politique
de
défense
et
de
sécurité
de
l’Union
Africaine
»,
Annuaire
Français
des
Relations
internationales
(AFRI),
vol.
XX,
2019,
p.
586.
117
Idem,
p.
587.
118
Union
Africaine,
Union
Africaine,
stratégie
de
l’Union
Africaine
pour
la
gouvernance
des
frontières,
Addis
Abeba,
CUA,
2017,
p.
9.
119
Idem,
p.
12.
120
Union
Africaine,
stratégie
de
l’Union
Africaine
pour
la
gouvernance
des
frontières,
Addis
Abeba,
CUA,
2017.
121
Saibou
I.,
Machikou
N.,
«
Réintégration
des
ex-‐associés
de
Boko
Haram
Perspectives
de
la
région
de
l’Extrême
Nord
du
Cameroun
»,
Note
Politique,
Global
Center,
février
2019,
11
p.
–
PSEI
18
–
L’Union
Africaine
et
la
gouvernance
de
la
sécurité…
19
conflits
»122.
Les
responsabilités
de
la
société
civile
peuvent
paraitre
indispensables
lorsque
«
les
institutions
entre
les
pays
ne
coopèrent
pas,
[afin
d’éviter
que]
les
criminels
n’exploitent
l’imprécision
de
la
ligne
de
démarcation
et
s’assurer
un
refuge
de
l’autre
côté
de
la
frontière
»123.
La
société
civile
peut
dans
ce
contexte
maintenir
«
l’engagement
et
la
coopération
des
communautés
frontalières,
la
confiance
et
une
relation
mutuellement
bénéfique
avec
les
pouvoirs
publics
»124
ainsi
que
leur
contribution
à
«
la
prévention
des
menaces
et
des
crimes
et
assurer
que
le
régime
des
frontières
n’a
pas
d’incidences
négatives
sur
leurs
conditions
d’existence,
au-‐delà
des
moyens
raisonnables
»125.
En
considérant
que
la
sécurité
n’est
plus
de
l’exclusivité
de
l’État
et
des
institutions
centrales
et
au
regard
de
l’apparition
de
multiples
initiatives
citoyennes
de
participation
à
la
sécurité,
la
société
civile
peut
se
saisir
de
la
possibilité
de
«
faciliter
la
part
des
populations
frontalières
dans
les
activités
de
sécurité
communautaire
(comme
la
veille
communautaire)
et
assurer
leur
pleine
participation
à
la
gouvernance
des
frontières
»126.
La
stratégie
de
gouvernance
des
frontières
offre
donc
plusieurs
possibilités
à
la
société
civile.
Elle
appelle
à
la
consolidation
du
«
rôle
des
autorités
locales
et
de
la
société
civile
dans
la
gestion
commune
des
ressources
transfrontalières
telles
que
l’utilisation
des
zones
forestières,
de
la
faune,
des
points
d’eau
et
de
pâturages,
en
tenant
compte
particulièrement
de
la
transhumance
transfrontalière
et
en
veillant
à
ce
que
les
populations
dans
les
zones
de
réception
reçoivent
des
informations
sur
l’arrivée
des
animaux
et
s’y
préparent
en
conséquence
»127.
Le
Centre
pour
le
Dialogue
humanitaire
mène
pour
sa
part
des
activités
de
médiation
«
dans
les
zones
frontalières
du
Mali,
du
Niger
et
du
Burkina
Faso.
Pour
ce
faire,
l’organisation
a
mis
en
place
des
réseaux
inclusifs
de
chefs
pastoraux
locaux,
nationaux
et
régionaux
dont
l’objectif
est
de
nouer
des
liens
étroits
aussi
bien
au
niveau
national
que
transfrontalier,
ainsi
qu’avec
les
autorités
de
chaque
État
concerné.
De
plus,
ces
activités
de
prévention
des
conflits
locaux
dans
la
région
peuvent
participer
et
aider
à
prévenir
les
conflits
et
l’insécurité
au
niveau
national
et
international.
En
effet,
il
est
admis
que
si
les
communautés
pastorales
bénéficiaient
d’un
meilleur
soutien,
elles
pourraient
former
une
défense
contre
les
groupes
djihadistes
et
le
terrorisme
en
contrôlant
et
supervisant
des
territoires
où
les
forces
de
sécurité
nationale
peinent
à
maintenir
l’ordre
»128.
La
gouvernance
frontalière
vient
attester
du
caractère
multidisciplinaire
des
possibilités
de
contribution
de
la
société
civile
à
la
gouvernance
sécuritaire
de
l’UA
et
de
consolidation
de
la
sécurité
communautaire.
Les
initiatives
transfrontalières,
sont
le
fait
d’ONG
ou
de
communautés
appartenant
à
des
pays
différents
et
œuvrant
pour
une
cause
partagée.
Compte
tenu
de
la
nature
transfrontalière
de
la
violence
armée
dans
la
sous-‐région,
ces
organisations
ont
établi
des
réseaux
sous
régionaux
à
travers
lesquels
elles
peuvent
travailler
en
même
temps,
à
travers
plusieurs
pays,
pour
un
objectif
commun
»129.
122
Union
Africaine,
stratégie
de
l’Union
Africaine
pour
la
gouvernance
des
frontières,
Addis
Abeba,
CUA,
2017,
p.
17.
123
Idem,
p.
18.
124
Idem,
p.
19.
125
Idem.
126
Idem.
127
Idem,
p.
36.
128
URD,
De
la
prévention
des
crises
aux
racines
de
la
fragilité.
Analyse
documentaire,
Plaisians,
décembre
2018,
p.
14.
129
Ayissi
A.,
«
Société
civile
et
résolution
des
conflits
en
Afrique
de
l’ouest
»,
Annuaire
Français
des
Relations
internationales
(AFRI),
vol.
III,
2002,
p.
696.
–
PSEI
18
–
20
L.
Nze
Bekale
130
Union
Africaine,
Rapport
du
Conseil
des
Sages
de
l’Union
Africaine
sur
la
médiation
et
la
résolution
des
conflits
liés
aux
ressources
naturelles
en
Afrique,
5e
rapport
thématique
du
Conseil
des
Sages,
Addis
Abeba,
octobre
2019,
p.
12.
131
Union
Africaine/OUA,
Déclaration
de
Bamako
sur
la
position
commune
sur
la
prolifération,
la
circulation
et
le
trafic
des
armes
légères
et
de
petit
calibre,
Bamako
du
30
novembre
au
1er
décembre
2000,
p.
2.
132
Idem,
p.
3.
133
Union
Africaine/OUA,
Déclaration
de
Bamako
sur
la
position
commune
sur
la
prolifération,
la
circulation
et
le
trafic
des
armes
légères
et
de
petit
calibre,
Bamako
du
30
novembre
au
1er
décembre
2000,
p.
4.
134
Idem,
p.
5.
135
Giarmana
V.,
«
Travailler
à
la
reconstruction
de
la
paix
dans
des
situations
de
fragilité
ou
de
post
conflit
:
l’exemple
de
Saferworld
en
Somalie,
au
Soudan
et
en
Ouganda
»,
Humanitaire,
n°
22,
Juillet
2009,
p.
3.
–
PSEI
18
–
L’Union
Africaine
et
la
gouvernance
de
la
sécurité…
21
décidé
de
se
concentrer
sur
la
lutte
contre
la
prolifération
des
armes
et
les
efforts
collectifs
de
mobilisation
comme
ceux
du
Réseau
d’action
sur
les
armes
légères
en
Afrique
de
l’Ouest
ont
eu
des
effets
constructifs
dans
la
région.
Les
OSC
étaient
ainsi
en
première
ligne
pour
réclamer
une
convention
de
la
CEDEAO
sur
les
armes
légères
et
de
petit
calibre136.
Dans
le
cadre
du
contrôle
de
la
circulation
des
armes,
l’UA,
ECOSOCC
et
les
OSC
partenaires
notamment
«
Oxfam,
principalement
au
Soudan
du
Sud,
au
Niger,
en
République
Centrafricaine,
en
Somalie
et
au
Burundi
»137
ont
échangé
leurs
différentes
expériences
en
matière
de
construction
d’une
sécurité
inclusive
et
de
renforcement
du
contrôle
de
la
circulation
des
armes
dans
des
contextes
de
fragilité.
La
société
civile
est
de
fait
un
acteur
essentiel
de
la
recherche
de
solutions
à
ce
problème
car
ses
capacités
de
plaidoyer
et
de
sensibilisation
des
couches
populaires
constituent
des
atouts
sur
lesquels
les
États
et
l’UA
peuvent
s’appuyer.
Par
des
activités
de
lobbying,
la
société
civile
a
réussi
à
imposer
son
inclusion
structurelle
dans
les
processus
de
paix
et
à
se
faire
une
place
à
la
table
des
négociations.
Ces
efforts
ont
permis
à
des
acteurs
et
actrices
de
la
société
civile
de
participer
aux
négociations
du
processus
de
paix
en
tant
que
délégué-‐e-‐s
formel-‐le-‐s
et
expert-‐e-‐s
techniques
en
matière
de
gouvernance
de
la
sécurité,
au
sein
de
groupes
de
travail
thématique138.
La
société
civile
a
ainsi
joué
un
rôle
fondamental
dans
l’inclusion
d’une
clause
de
désarmement
des
civil-‐e-‐s
dans
l’accord139,
de
paix
au
Sud
Soudan.
En
réponse
au
conflit,
la
société
civile
s’est
mobilisée
et
a
formé
des
réseaux,
des
alliances
et
des
coalitions
aux
niveaux
local
et
national,
comme
le
South
Sudan
Civil
Society
Forum
(SSCSF),
créé
en
2017
et
composé
de
plus
de
200
acteurs
et
actrices
de
la
société
civile
(OSC,
réseaux
de
femmes,
associations
de
jeunes,
organisations
communautaires,
universitaires,
journalistes
et
autres)140.
Ils
ont
notamment
influencé
l’élaboration
du
chapitre
II
de
l’accord
de
paix
qui
décrit
les
conditions
du
cessez-‐le-‐feu
permanent
et
les
dispositions
transitoires
en
matière
de
sécurité141.
Dans
le
cadre
de
la
mise
en
œuvre
du
plan
d’action
de
l’UA
il
est
également
demandé
à
la
société
civile
de
tenir
des
consultations
«
annuelles
régionales
et
nationales
avec
des
représentants
des
États
membres
de
l’UA
afin
de
promouvoir
la
coopération
»142
dans
la
lutte
contre
ces
différents
phénomènes.
La
société
civile
[est
aussi
sollicitée]
lors
de
la
formulation
et
la
mise
en
œuvre
de
programmes
d’action
nationaux
sur
les
questions
liées
aux
armes
légères
et
de
petit
calibre
tout
comme
elle
doit
intensifier
la
sensibilisation,
l’éducation
et
la
formation
dans
les
écoles143,
ainsi
que
le
renforcement
des
capacités
en
136
Ekiyor
Th.,
«
Le
rôle
de
la
société
civile
dans
la
prévention
des
conflits
:
les
expériences
ouest-‐
africaines
»,
La
dynamique
complexe
des
armes
légères
en
Afrique
de
l’ouest,
4e
Forum
du
Désarmement.
Accra,
2008,
p.
32.
137
Union
Africaine,
Rapport
de
la
Commission
sectorielle
Paix
et
sécurité
du
Conseil
Économique,
Social
et
Culturel
de
l’UA,
de
juin
2019
à
décembre
2020,
p.
14.
138
OXFAM
International-‐Réseau
Africain
sur
la
réforme
du
secteur
de
la
sécurité,
Plaidoyer
pour
une
approche
inclusive
de
la
sécurité
dans
les
espaces
civiques
restreints
en
Afrique,
Oxford,
Oxfam-‐House,
2018,
p.
13.
139
Idem.
140
OXFAM
International-‐Réseau
Africain
sur
la
réforme
du
secteur
de
la
sécurité,
Plaidoyer
pour
une
approche
inclusive
de
la
sécurité
dans
les
espaces
civiques
restreints
en
Afrique,
Oxford,
Oxfam-‐House,
2018,
p.
13.
141
Idem.
142
Union
Africaine,
Plan
d’action
de
mise
en
œuvre
de
la
stratégie
de
l'Union
africaine
sur
le
contrôle
de
la
prolifération,
de
la
circulation
et
du
trafic
illicites
des
armes
légères
et
de
petit
calibre,
p.
16.
143
Idem,
p.
24.
–
PSEI
18
–
22
L.
Nze
Bekale
général.
La
société
civile
nigérienne
par
exemple
a
produit
un
travail
très
efficace
de
diffusion
des
informations
entre
ses
divers
acteurs
et
actrices,
qu’elle
a
aidés
à
échanger
des
connaissances
et
à
renforcer
les
capacités
du
secteur
de
la
société
civile
dans
l’ensemble
du
pays.
Les
institutions
gouvernementales
ont
davantage
collaboré
avec
les
OSC
travaillant
sur
la
sécurité,
ce
qui
a
créé
des
opportunités
d’influence
en
faveur
d’une
approche
inclusive
de
la
sécurité.
Malgré
les
difficultés,
la
société
civile
nigérienne
a
déployé
diverses
stratégies
pour
que
les
dispositions
prises
en
matière
de
sécurité
soient
davantage
axées
sur
l’être
humain
et,
en
raison
d’une
grande
diversité
et
de
la
forte
solidarité
entre
les
OSC,
elle
s’est
montrée
forte
et
résiliente
tout
au
long
de
sa
mobilisation
de
longue
haleine
pour
la
démocratie
et
les
droits
humains144.
De
même,
la
société
civile
au
Soudan
du
Sud
a
créé
des
alliances
aux
niveaux
local
et
national
pour
travailler
sur
la
RSS,
ce
qui
a
facilité
le
renforcement
des
capacités
et
elle
a
veillé
aussi
à
ce
que
les
problèmes
de
sécurité
au
niveau
communautaire
alimentent
les
discussions
nationales
sur
la
sécurité145,
particulièrement
la
circulation
des
armes
dans
les
communautés.
L’UA
fait
ainsi
de
la
société
civile
un
acteur
indispensable
à
la
lutte
contre
la
prolifération
des
armes
en
Afrique
mais
son
implication
reste
tributaire
de
la
volonté
des
États,
des
institutions
sous
régionales,
régionales
et
continentales.
Lorsque
la
société
civile
élabore
un
programme
de
changement
sur
une
question
particulière,
elle
doit
faire
pression,
plaider
et
persuader
le
gouvernement,
le
secteur
économique
ou
le
grand
public
d’apporter
les
changements
qu’elle
souhaite146.
Ceci
sous-‐entend
une
démarche
holistique,
coordonnée
et
établie
par
des
instruments
juridiques
pertinents,
définissant
les
responsabilités
de
chacun
des
acteurs
impliqués
dans
ces
différentes
politiques.
IV. Conclusion
Déterminée
à
mettre
en
œuvre
la
sécurité
humaine,
dont
la
dimension
politique
inclut
implicitement
la
bonne
gouvernance,
l’UA
s’inscrit
dans
la
perspective
d’une
ouverture
de
son
champ
d’action
aux
acteurs
non
gouvernementaux.
La
réalisation
de
la
sécurité
humaine
est
indissociable
d’un
contexte,
sociopolitique,
économique,
social
et
sécuritaire,
favorable.
Les
perspectives
d’implications
de
la
société
civile
à
la
gouvernance
stratégique,
politique
et
opérationnelle,
sont
essentielles
du
fait
des
contributions
qu’elle
peut
apporter
dans
le
débat
politique,
la
prise
de
décision
et
au
niveau
opérationnel,
particulièrement
pour
prévenir
les
conflits.
En
effet,
les
OSC
se
posent
à
la
fois
en
médiateur
et
en
facilitateur
institutionnel
ainsi
qu’en
intervenant
sur
le
terrain
dans
les
contextes
pré-‐conflictuels,
conflictuels
et
sécuritaires.
L’expérience
de
la
société
civile
en
fait,
non
seulement
une
contributrice
de
l’activité
du
CPS,
mais
aussi
de
l’action
conduite
dans
le
cadre
de
d’ECOSOCC,
particulièrement
à
travers
les
groupes
paix
et
sécurité.
De
même
son
expérience
et
son
expertise
dans
les
domaines
de
la
sensibilisation,
de
l’éducation
et
du
plaidoyer,
des
différents
acteurs
engagés
dans
la
prévention
des
conflits
sont
une
valeur
ajoutée
à
mettre
144
OXFAM
International-‐Réseau
Africain
sur
la
réforme
du
secteur
de
la
sécurité,
Plaidoyer
pour
une
approche
inclusive
de
la
sécurité
dans
les
espaces
civiques
restreints
en
Afrique,
Oxford,
Oxfam-‐House,
2018,
p.
15.
145
Idem,
p.
24.
146
DCAF,
La
société
civile
:
Rôles
et
responsabilités
dans
le
cadre
d’une
bonne
gouvernance
du
secteur
de
la
sécurité,
RSS
Document
d’information,
Genève,
p.
3.
–
PSEI
18
–
L’Union
Africaine
et
la
gouvernance
de
la
sécurité…
23
au
compte
d’une
société
civile
engagée
dans
la
sécurité
collective.
D’ailleurs
l’UA
proclame
son
attachement
à
la
réalisation
de
la
sécurité
humaine
et
la
société
civile
est
partie
prenante
incontestable
de
sa
construction.
Engagée
auprès
des
autorités
et
des
institutions,
elle
concourt
de
ce
fait
à
l’élaboration,
la
discussion,
l’adoption
et
à
la
mise
en
œuvre
des
lois
et
des
politiques
publiques
sécuritaires
tout
comme
à
l’évaluation
de
leur
impact
sur
les
plans
politique
et
social.
Les
capacités
d’adaptation
de
la
société
civile
en
font
pour
l’UA,
un
acteur
tout
terrain
capable
d’intervenir
en
toutes
circonstances,
en
contexte
conflictuel
et
en
situation
de
paix.
De
manière
générale,
le
rôle
et
l’implication
de
la
société
civile
au
processus
d’édification
de
la
sécurité
collective,
dirigée
par
la
bonne
gouvernance
sécuritaire,
ont
été
conceptualisés
par
l’UA.
On
peut
néanmoins
s’interroger
sur
la
réelle
efficacité
de
ce
système
pour
plusieurs
raisons.
D’abord,
le
modèle
de
gouvernance
du
«
tout
État
membre
»,
étant
fermé,
il
exclut
les
autres
acteurs
de
la
décision
:
l’état
de
la
paix
en
Afrique
est
le
reflet
de
la
volonté
des
États
membres
de
l’UA
et
de
celui
d’un
système
de
prévention
des
conflits
non
résilient.
Par
ailleurs,
malgré
la
multitude
d’initiatives
de
l’UA
pour
se
rendre
efficace
dans
la
résolution
des
crises
internes
de
ses
États
membres,
les
résultats
obtenus
sont
loin
d’être
entièrement
satisfaisants.
La
persistance
des
tensions
dans
la
plupart
des
pays
sortis
de
crise
et
le
risque
élevé
du
retour
à
la
violence
sont
les
signes
de
la
relativité
des
solutions
trouvées
à
travers
la
médiation
entreprise
par
l’Union
africaine147.
Enfin,
le
nombre
de
conflits
à
travers
le
continent
africain
est
resté
élevé,
représentant
un
quart
de
l’ensemble
des
conflits
politiques
à
l’échelle
mondiale
(27,6
%)
en
2016148.
Lorsqu’on
examine
en
particulier
les
conflits
particulièrement
violents,
plus
d’un
tiers
se
sont
déroulés
en
Afrique
subsaharienne
(36,8
%)149
et
le
déterminant
le
plus
fréquent
en
Afrique
est
le
combat
contre
le
régime
politique
en
place
(22,2
%
de
tous
les
cas)
devant
les
conflits
liés
aux
systèmes
idéologiques
(19,1
%)
et
les
conflits
consécutifs
aux
dominations
nationales
(17,3
%)150.
V. Éléments bibliographiques
APSA,
Impact
report
2016,
Assessment
of
the
impacts
of
intervention
by
the
African
Union
and
Regional
Economic
Communities
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2016
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the
frame
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148
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Impact
report
2016,
Assessment
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Regional
Economic
Communities
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2016
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frame
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African
Peace
and
Security
Architecture,
Institute
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Peace
and
Security,
Addis
Abeba,
2017,
p.
13.
149
Idem.
150
Idem.
–
PSEI
18
–
24
L.
Nze
Bekale
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SINDAYIGAYA
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et
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violence
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Consolider
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l’Union
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la
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Culturel
de
l’UA,
de
juin
2019
à
décembre
2020.
–
PSEI
18
–
26
L.
Nze
Bekale
Union
Africaine,
Manuel
sur
les
méthodes
de
travail
du
Conseil
de
paix
et
sécurité
de
l’Union
Africaine,
Addis
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CUA,
2020.
Union
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Rapport
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Conseil
des
Sages
de
l’Union
Africaine
sur
la
médiation
et
la
résolution
des
conflits
liés
aux
ressources
naturelles
en
Afrique,
5e
rapport
thématique
du
Conseil
des
Sages,
Addis
Abeba,
octobre
2019
Union
Africaine,
stratégie
de
l’Union
Africaine
pour
la
gouvernance
des
frontières,
Addis
Abeba,
CUA,
2017.
Union
Africaine,
Feuille
de
route
principale
sur
les
étapes
pratiques
pour
faire
taire
les
armes
d’ici
2020,
Addis
Abeba,
CUA,
2016.
Union
Africaine,
Agenda
2063
:
L’Afrique
que
nous
voulons,
Document
cadre,
Addis
Abeba,
CUA,
2015.
Union
Africaine,
Plan
d’action
de
mise
en
œuvre
de
la
stratégie
de
l’Union
africaine
sur
le
contrôle
de
la
prolifération,
de
la
circulation
et
du
trafic
illicites
des
armes
légères
et
de
petit
calibre,
Addis
Abeba,
2011.
Union
Africaine,
Conclusions
sur
le
mécanisme
d’interaction
entre
le
CPS
de
l’UA
et
les
organisations
de
la
société
civile
dans
le
domaine
de
la
promotion
de
la
paix,
de
la
sécurité
et
de
la
stabilité
en
Afrique,
Livingstone
4-‐5
décembre
2008.
Union
Africaine,
Manuel
du
Système
continental
d’alerte
rapide
(SCAR),
Addis
Abeba,
CPS,
2008.
Union
Africaine,
cadre
politique
de
reconstruction
post
conflit,
NEPAD,
2005.
Union
Africaine/OUA,
Déclaration
de
Bamako
sur
la
position
commune
sur
la
prolifération,
la
circulation
et
le
trafic
des
armes
légères
et
de
petit
calibre,
Bamako
du
30
novembre
au
1er
décembre
2000.
Union
Africaine,
Déclaration
solennelle
sur
la
conférence
sur
la
sécurité
et
la
stabilité,
le
développement
et
la
coopération
en
Afrique
(CSSDCA),
Abuja,
9
mai
2000.
URD,
De
la
prévention
des
crises
aux
racines
de
la
fragilité.
Analyse
documentaire,
Plaisians,
décembre
2018.
– PSEI 18 –