Droit du contentieux administratif 2022
Droit du contentieux administratif 2022
8e éd.
RÉVISER ET L’essentiel du Droit du contentieux 2022
administratif est une synthèse rigoureuse, pratique
FAIRE UN POINT et à jour de l’ensemble des connaissances que le lecteur 8 édition
e
L’essentiel
CONTENTIEUX
Strasbourg.
au sein de la juridiction
administrative
Les quatre branches du
ADMINISTRATIF
contentieux administratif
PUBLIC Les conditions de recevabilité
des recours contentieux
– Étudiants en Licence et Master Droit Procédure de saisine de la
juridiction administrative
– Étudiants des Instituts d’Études politiques (IEP)
– Candidats aux concours de la Fonction publique L’instruction
– Praticiens des professions juridiques et judiciaires Le jugement
Les voies de recours
Les procédures d’urgence
L’effet des décisions de justice
M.-L. Messe
F. Colin
Prix : 15,50 e
ISBN 978-2-297-17261-5
[Link]
Cette collection de livres présente de manière synthétique,
rigoureuse et pratique l’ensemble des connaissances que
l’étudiant doit posséder sur le sujet traité. Elle couvre :
le Droit et la Science Politique,
les Sciences économiques,
les Sciences de gestion,
les concours de la Fonction publique.
Frédéric Colin est Maître de conférences HDR de droit public à Aix-Marseille Université,
Centre de Recherches Administratives.
Marie-Laure Messe est Vice-présidente de Tribunal administratif et ancien professeur
associé à l’IEP de Strasbourg.
Le droit du contentieux administratif présente les règles juridiques relatives aux litiges qui
ressortissent de la compétence des juridictions administratives statuant en matière
juridictionnelle.
Le volume du contentieux administratif ne cesse de se développer, même si statistiquement, il
ne représente qu’une petite part du contentieux traité par l’ensemble des juridictions fran-
çaises. On compte en 2020 : 9 671 affaires jugées par le Conseil d’État, 200 394 par les
tribunaux administratifs (ci-après TA), 30 706 par les Cours administratives d’appel (ci-après
CAA), pour n’évoquer que les juridictions administratives de « droit commun ».
Les règles d’organisation et de fonctionnement relatives aux TA, aux CAA et au Conseil d’État
ont fait l’objet d’une codification dans le Code de justice administrative (CJA), entré en
vigueur le 1er janvier 2001.
Après avoir examiné la notion de juridiction administrative, l’ouvrage envisagera l’organisa-
tion des juridictions administratives de droit commun (Conseil d’État, Cours administra-
tives d’appel, Tribunaux administratifs), la répartition des compétences au sein de la juri-
diction administrative, les différentes branches du contentieux administratif, les
conditions de recevabilité des recours contentieux, la procédure de saisine du juge
administratif, les règles relatives à l’instruction, le jugement, les voies de recours, les
procédures d’urgence, et enfin l’effet des décisions de justice.
Cet ouvrage synthétique s’adresse aux étudiants de la filière juridique, mais aussi aux
étudiants de science politique (droit public), et aux candidats des concours administratifs
(futurs fonctionnaires) ou contractuels (catégories A et B) désireux de comprendre les
éléments fondamentaux d’une matière technique en constante évolution.
4 L’ESSENTIEL DU DROIT DU CONTENTIEUX ADMINISTRATIF
Les articles mentionnés dans l’ouvrage sans précision de code sont issus du Code de justice
administrative (CJA).
PLAN DE COURS
Présentation 3
Chapitre 1 – La notion de juridiction
administrative 13
1 – La notion de juridiction 13
2 – Le caractère administratif de la juridiction 15
■ La reconnaissance constitutionnelle de la juridiction administrative 15
■ Le critère d’administrativité 17
PLAN DE COURS
Le contrôle du juge de l’excès de pouvoir 50
a) Les moyens de légalité externe 51
b) Les moyens de légalité interne 53
3 – Le contentieux de l’interprétation et de l’appréciation
de légalité 56
4 – Le contentieux de la répression 57
5 – Le contentieux de l’homologation de la transaction 58
Chapitre 5 – Les conditions de recevabilité
des recours contentieux 59
1 – L’exigence de décision préalable 59
■ L’obligation de décision préalable 60
a) Décision explicite 60
b) Décision implicite 60
■ La liaison du contentieux 61
■ La sanction de l’absence de décision préalable 62
2 – Le délai de recours contentieux 62
■ L’existence d’un délai pour saisir le juge administratif 62
a) La durée du délai 62
b) Les recours soustraits à condition de délai 65
■ Le calcul du délai de recours 65
a) Le déclenchement du délai de recours 65
b) Les cas de prorogation/prolongation du délai de recours 68
c) La computation du délai 72
■ Les conséquences liées au non-respect du délai de recours 73
a) La requête prématurée 73
b) La requête tardive 73
3 – L’intérêt à agir 74
■ Intérêt direct et personnel 75
■ Intérêt légitime 76
■ Intérêt certain 76
■ Intérêt matériel ou moral 76
■ Personnes morales 76
PLAN DE COURS 4 – La capacité à agir 77
■ Personnes physiques 77
■ Personnes morales 77
PLAN DE COURS
Les « questions » 91
a) La question préjudicielle 91
b) La Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC) 92
2 – Les dispositifs d’instruction 94
■ La régularisation 94
■ Les demandes de pièces ou de documents 95
■ La visite des lieux 95
■ Le visionnage de film 95
■ L’enquête 96
■ L’amicus curiae 96
■ L’expertise 96
3 – La clôture d’instruction 98
4 – La fin anticipée du procès 100
■ Le désistement 101
■ Le non-lieu à statuer 101
■ La médiation 102
PLAN DE COURS
Le référé-liberté 133
a) Conditions 133
b) Pouvoirs du juge 136
■ Le référé mesures utiles 137
a) Conditions 137
b) Pouvoirs du juge 138
■ Les référés spécifiques 138
a) Le « déféré-suspension » 138
b) Le constat 138
c) L’instruction 139
d) La provision 139
e) Le secret des affaires 139
■ Le référé en matière contractuelle 139
a) Le référé précontractuel 140
b) Le référé contractuel 141
1 La notion de juridiction
La France connaît une organisation juridictionnelle originale en ce sens que les juridictions se divi-
sent en deux ordres :
– les juridictions judiciaires tranchent les litiges entre personnes privées ou en matière pénale ;
– les juridictions administratives jugent les affaires opposant les « administrations » (au sens
large : personnes publiques, personnes privées chargées de mission de service public) entre elles
ou entre l’administration et le public.
L’existence de la juridiction administrative remonte à l’Ancien Régime, lorsque le roi concentrait le
pouvoir, mais faisait déjà face au pouvoir judiciaire des parlements de province. Ainsi, l’édit
de Saint-Germain du 21 février 1641, pris par Louis XIII à l’instigation de Richelieu, a interdit aux
juges judiciaires de connaître des affaires de l’État, de l’administration ou du gouvernement, réser-
vées au roi. Or, les parlements s’étaient reconnu le droit de contrôler les actes de l’exécutif.
Les révolutionnaires, hostiles aux juges judiciaires pour plusieurs raisons (officiers dont la charge,
vénale et héréditaire, les rattachait au roi), mais défenseurs de la souveraineté nationale, et souhai-
tant généraliser le système électif, se méfient du « pouvoir » judiciaire, hostile à leurs projets de
réforme. Ils interprètent dès lors la séparation des pouvoirs comme une séparation des autorités
administratives et judiciaires, dans le sens d’une interdiction faite au pouvoir judiciaire de connaître
du contentieux de l’action de l’administration active (à la différence des pays anglo-saxons, qui
soumettent l’administration au « droit commun »). Cette conception reste moderne car, même
dans les pays dotés d’un seul ordre de juridiction, on a vu se développer soit des juridictions
spécialisées dans les affaires administratives (« administrative tribunals » en première instance,
14 L’ESSENTIEL DU DROIT DU CONTENTIEUX ADMINISTRATIF
même en Grande-Bretagne ou aux États-Unis ; une des branches de l’organisation judiciaire est
administrative en Allemagne), soit des règles particulières de « contentieux administratif ».
La loi des 16-24 août 1790 , dont l’article 13 est toujours applicable, dispose que : « Les fonctions
judiciaires sont distinctes et demeureront toujours séparées des fonctions administratives. Les juges
ne pourront, à peine de forfaiture, troubler, de quelque manière que ce soit, les opérations des
corps administratifs, ni citer devant eux les administrateurs pour raison de leurs fonctions ». Il
faudra rappeler ce principe dans le décret du 16 fructidor an III (2 septembre 1795) : « Défenses
itératives sont faites aux tribunaux de connaître des actes d’administration, de quelque espèce
qu’ils soient, aux peines de droit ».
Cette législation conduit à un système qui interdit aux juges « judiciaires » de connaître des litiges
administratifs, sans pour autant dégager alors une juridiction administrative. C’était l’époque dite
du « ministre-juge » : le ministre, administrateur, était aussi juge des litiges engageant son admi-
nistration, ce qui posait évidemment problème en termes d’impartialité, puisqu’il était juge et
partie.
Impartialité
L’impartialité s’impose aux « tribunaux », notamment en vertu de l’article 6 § 1 de la Conv.
EDH qui consacre le droit à un procès équitable. Cela concerne évidemment la juridiction
administrative (CE, ass., 3 déc. 1999, Didier). La question est plus délicate en ce qui concerne
les « autorités administratives » françaises, dont certaines ont un pouvoir de sanction ; il faut
alors se référer à la nature et à la composition de l’organe compétent pour émettre la sanc-
tion, et aux voies de recours possibles (CE, 21 déc. 2018, Agence nationale de l’habitat).
Cette carence a conduit à la création du Conseil d’État dans la Constitution du 22 frimaire an VIII
(13 décembre 1799), dont l’article 52, afin d’éviter tout déni de justice, le charge d’une mission
administrative de préparation des textes du gouvernement, mais surtout de régler les litiges
« s’élevant en matière administrative » (mais alors seulement en proposant une solution au chef
de l’État ; même si ce dernier a toujours validé la proposition). C’est un système de « justice
retenue » (aux mains du chef de l’État). La loi du 28 pluviôse an VIII crée néanmoins un embryon
de juridiction administrative avec les conseils de préfecture (ancêtres des tribunaux administratifs).
C’est seulement la loi du 24 mai 1872 qui consacre le passage au système de « justice déléguée »,
dans lequel le Conseil d’État acquiert la qualité de juridiction : il juge désormais souverainement
« au nom du peuple français ».
CHAPITRE 1 – La notion de juridiction administrative 15
Quelques années plus tard, l’arrêt Cadot du Conseil d’État du 13 décembre 1889 consacre en
jurisprudence la disparition du système du « ministre-juge » qui avait continué d’exister. D’ailleurs,
la jurisprudence joue un rôle particulier aujourd’hui encore dans le droit du contentieux adminis-
tratif, malgré l’existence du CJA. Elle sert à interpréter des dispositions normatives régissant le
procès administratif, pas toujours très explicites ; elle définit aussi des règles en cas de carence
des textes, notamment concernant l’existence même de recours (il n’est que de se référer au
recours pour excès de pouvoir), la recevabilité des recours, ou certaines garanties de procédure :
bref, il dégage des « règles générales de procédure ».
Il peut encore aujourd’hui s’avérer difficile de distinguer l’activité juridictionnelle de l’administra-
tion active. En effet, un même organe peut remplir à la fois des missions de nature juridictionnelle
et de nature administrative, comme c’est le cas des conseils des ordres professionnels : il s’agira
alors au juge de qualifier puis contrôler l’acte contesté (CE, ass., 12 déc. 1953, De Bayo).
La qualification de juridiction peut résulter de deux critères :
– le critère légal : le texte qui crée un organisme le qualifie expressément de juridictionnel (p. ex.
cours administratives d’appel, tribunaux administratifs, Cour des comptes...) ;
– à défaut, les juridictions appliquent un critère jurisprudentiel, de type matériel, en vertu
duquel un organe exerce une fonction juridictionnelle lorsqu’il peut régler de façon définitive
avec la force de chose jugée les litiges qui lui sont soumis. Lorsque ce critère est peu clair, le
juge se référera à un faisceau d’indices concordants, mettant en jeu la procédure suivie, la
composition de l’organe (nombre, origine, qualité des membres), la méthode d’examen des
dossiers (respect du contradictoire, motivation des décisions...), le type de décisions rendues. En
application de cette méthode jurisprudentielle, le Conseil supérieur de la magistrature a été
considéré comme une juridiction lorsqu’il statue comme conseil de discipline des magistrats du
siège (CE, ass., 12 juill. 1969, Sieur L’Étang).
juridiction à part entière, dédié au règlement des « conflits » entre les juridictions judiciaires et
administratives.
L’autorité judiciaire, protectrice de la liberté individuelle en vertu de l’article 66 de la Constitution,
bénéficie d’une protection constitutionnelle explicite, développée dans le Titre VIII (art. 64 à 66-1
portant notamment sur le Conseil supérieur de la Magistrature). Il n’en est pas de même de la juri-
diction administrative. En effet, l’histoire « administrative » du Conseil d’État a conduit à l’origine à
n’en faire mention dans la Constitution de 1958, de façon explicite, qu’au titre de ses seules
compétences administratives (p. ex. avis sur les projets de lois ou d’ordonnances).
On peut toutefois concevoir que lorsque l’article 34 dispose que le législateur est compétent pour
fixer les règles concernant « la création de nouveaux ordres de juridiction et le statut des magis-
trats », cette disposition va faire l’objet de textes affermissant la juridiction administrative. La loi
doit intervenir pour créer des juridictions qui ont une compétence spécifique ou nouvelle, ou
encore pour en déterminer les « règles constitutives » essentielles ; à défaut, c’est le pouvoir régle-
mentaire qui est compétent (CE, ass., 13 juill. 1962, Conseil national de l’ordre des médecins).
Par ailleurs, l’article 74 de la Constitution précise que la loi organique nécessaire au statut de
chaque collectivité d’outre-mer, « peut également déterminer, pour celles de ces collectivités qui
sont dotées de l’autonomie, les conditions dans lesquelles le Conseil d’État exerce un contrôle juri-
dictionnel spécifique sur certaines catégories d’actes de l’assemblée délibérante intervenant au
titre des compétences qu’elle exerce dans le domaine de la loi ». C’est donc bien au titre de juri-
diction que le Conseil d’État y est évoqué.
Surtout, l’article 61-1 de la Constitution a instauré, en vertu de la révision constitutionnelle du
23 juillet 2008, la question prioritaire de constitutionnalité (QPC), en vertu de laquelle « lorsque, à
l’occasion d’une instance en cours devant une juridiction, il est soutenu qu’une disposition législa-
tive porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit, le Conseil constitutionnel peut
être saisi de cette question sur renvoi du Conseil d’État ou de la Cour de cassation qui se
prononce dans un délai déterminé ». Or, la loi organique du 10 décembre 2009, relative à l’appli-
cation de l’article 61-1, qui met en œuvre la procédure, évoque bien l’hypothèse dans laquelle la
question est posée « devant les juridictions relevant du Conseil d’État », ce qui implique la qualité
de juridiction suprême de ce dernier, qui prend bien une « décision » (juridictionnelle) de transmis-
sion ou non au Conseil constitutionnel. Lorsque ce dernier est saisi, il est encore précisé, selon la
terminologie utilisée pour les juridictions, que le Conseil d’État doit « surseoir à statuer » dans
l’attente de la solution du Conseil constitutionnel.
Enfin, la décision prise alors par le Conseil constitutionnel s’impose aux autres « juridictions », dont
fait partie le Conseil d’État : « lorsque le Conseil constitutionnel, après avoir abrogé une disposi-
tion déclarée inconstitutionnelle, use du pouvoir que lui confèrent les dispositions précitées, soit
CHAPITRE 1 – La notion de juridiction administrative 17
de déterminer lui-même les conditions et limites dans lesquelles les effets que la disposition a
produits sont susceptibles d’être remis en cause, soit de décider que le législateur aura à prévoir
une application aux instances en cours des dispositions qu’il aura prises pour remédier à l’inconsti-
tutionnalité constatée, il appartient au juge, saisi d’un litige relatif aux effets produits par la dispo-
sition déclarée inconstitutionnelle, de les remettre en cause en écartant, pour la solution de ce
litige, le cas échéant d’office, cette disposition, dans les conditions et limites fixées par le Conseil
constitutionnel ou le législateur » (CE, ass., QPC, 13 mai 2011, Mme Hadda M’Rida).
Mais la constitutionnalisation de la juridiction administrative a résulté sous la Constitution de
1958, initialement, de la jurisprudence du Conseil constitutionnel. Ce dernier a tout d’abord
indiqué « qu’il résulte des dispositions de l’article 64 de la Constitution en ce qui concerne l’auto-
rité judiciaire et des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République en ce qui
concerne, depuis la loi du 24 mai 1872, la juridiction administrative, que l’indépendance des juri-
dictions est garantie ainsi que le caractère spécifique de leurs fonctions sur lesquelles ne peuvent
empiéter ni le législateur ni le Gouvernement » (Cons. const., 22 juill. 1980, Validation d’actes
administratifs). Il a ensuite précisé que « conformément à la conception française de la séparation
des pouvoirs, figure au nombre des « principes fondamentaux reconnus par les lois de la
République » (PFRLR) celui selon lequel, à l’exception des matières réservées par nature à
l’autorité judiciaire, relève en dernier ressort de la compétence de la juridiction administrative
l’annulation ou la réformation des décisions prises, dans l’exercice des prérogatives de puissance
publique, par les autorités exerçant le pouvoir exécutif, leurs agents, les collectivités territoriales
de la République ou les organismes publics placés sous leur autorité ou sous leur contrôle »
(Cons. const., 23 janv. 1987, Conseil de la concurrence).
■ Le critère d’administrativité
Une fois la qualité de juridiction reconnue, encore faut-il pouvoir la classer au sein de l’un des
deux ordres de juridictions, et pour ce qui nous intéresse ici, au sein de la juridiction
administrative.
Là encore, deux critères sont applicables :
– dans le meilleur des cas, et heureusement le plus souvent, les textes règlent la question par
la mise en place explicite des voies de recours. Ainsi, une juridiction subordonnée au Conseil
d’État par la voie de l’appel ou de la cassation constitue par nature une juridiction administrative
(p. ex. TA, CAA). Lorsque les textes ne règlent pas la question, le Conseil d’État va encore une
fois utiliser la méthode du faisceau d’indices pour qualifier un organe de juridiction administra-
tive (CE, ass., 7 févr. 1947, d’Aillières). Il examinera la composition de l’organisme (p. ex. collé-
gialité), l’indépendance de ses membres (p. ex. inamovibilité), les caractères de la procédure
(nécessité du contradictoire, pouvoirs d’instruction...) ;
18 L’ESSENTIEL DU DROIT DU CONTENTIEUX ADMINISTRATIF
– mais c’est essentiellement la nature des litiges qui va déterminer la solution retenue en juris-
prudence : le litige a vocation à être tranché par une juridiction administrative s’il a pour but de
régler des questions de nature administrative. Ainsi, le CSM a bien le caractère d’une juridiction
de type administratif, bien qu’étant composé de magistrats de l’ordre judiciaire, lorsqu’il est
chargé de statuer sur les questions disciplinaires des magistrats, fonctionnaires de l’État (CE,
ass., 12 juill. 1969, Sieur L’Étang).
Le critère tiré du service public est fondamental dans l’identification de la compétence juridiction-
nelle de la juridiction administrative. Dans plusieurs grandes affaires du contentieux administratif,
c’est ce critère qui a permis de conduire à la compétence de la juridiction administrative. Ainsi, la
compétence de la juridiction administrative a été retenue en ce qui concerne l’organisation du
service public de la justice judiciaire (CE, 9 nov. 2018, no 417240), pour les litiges relatifs aux élec-
tions au Conseil supérieur de la magistrature (CE, 17 avr. 1953, Falco et Vidaillac). On peut citer
quelques affaires emblématiques concernant la compétence de la juridiction administrative,
fondée sur un critère jurisprudentiel : compétence du juge administratif pour les contrats adminis-
tratifs des collectivités territoriales (CE, 6 févr. 1903, Terrier), pour un contrat de délégation de
service public (CE, 4 mars 1910, Thérond), pour les actes administratifs pris par un organisme
privé chargé d’un service public (CE, 31 juill. 1942, Monpeurt), pour statuer sur les décisions
d’intérêt général des ordres professionnels (CE, 2 avr. 1943, Bouguen), pour la faute, même
personnelle, d’un agent public, du moment qu’elle est non dépourvue de tout lien avec le service
(CE, ass., 18 nov. 1949, Dlle Mimeur ; T. confl., 19 mai 2014, Mme B c/Commune de Ventabren).
Mais la théorie dite de la « gestion privée » peut conduire à restituer pour partie compétence à
la juridiction judiciaire, par exemple en ce qui concerne une grande partie du droit du service
public industriel et commercial (T. confl., 22 janv. 1921, Société commerciale de l’Ouest africain :
affaire dite du « bac d’Eloka » ; T. confl., 8 oct. 2018, commune de Malroy), ou lorsqu’un contrat
par lequel une société concessionnaire d’autoroute confie à une autre société privée la mission
de dépannage sur le domaine public concédé (T. confl., 9 mars 2015, Sté des autoroutes du sud
de la France).
CHAPITRE 1 – La notion de juridiction administrative 19