Cours: Droit pénal des
affaires
Enseignante responsable: Mme Kamilia KARRAY
Niveau: 2ème année M.P: Cmp
Introduction
Notion du droit pénal des affaires
Qu’est ce que le droit pénal des affaires ?
On peut définir le droit pénal des affaires en le décomposant.
Le droit affaires
pénal
Le droit pénal est la branche de droit qui détermine les actes, les
comportements sanctionnés par les peines.
On distingue entre droit pénal général
et droit pénal spécial
Le droit pénal général: il a pour objet de fixer les règles générales qui sont
relatives à l’infraction et notamment aux classifications des infractions selon leur
gravité (crimes, délits, contraventions), à leurs éléments constitutifs.
*Les crimes sont les infractions que les lois punissent de mort ou de
l’emprisonnement pendant plus de 5 ans
*Les délits sont les infractions que les lois punissent de l’emprisonnement d’une
durée supérieure à 15 jours et ne dépassant pas cinq années ou d’une amende de
plus de 60 dinars
*Les contraventions sont les infractions que les lois punissent d’une peine ne
dépassant pas 15 jours d’emprisonnement ou 60 dinars d’amende
Le droit pénal général concerne également l’interprétation et l’application de
la loi pénale et à la fixation des peines.
Le droit pénal spécial: il met l’accent sur la spécificité de chaque infraction. Il
détermine les éléments constitutifs de chaque infraction isolément.
La notion d’affaires est vague et aucun critère ne permet de tracer avec
précision ses limites.
Dans le langage courant, le monde des affaires est celui des richesses.
Celui où les richesses se produisent ou s’échangent. Or si on cherche un
vocabulaire économique capable de rendre compte de cette acception,
on constate que le terme adéquat est celui de l’entreprise, celle-ci étant le
lieu et la technique de production, de circulation, de distribution des
richesses
Le droit pénal des affaires est un des éléments du droit pénal. C’est
essentiellement un droit spécial appliqué aux affaires.
Le DPA sera donc le droit qui incrimine et réprime certains comportements
lorsque leur auteur a agit dans le cadre d’une entreprise en se servant de
ses mécanismes de fonctionnement soit pour son propre compte, soit pour
le compte de l’entreprise.
Les infractions d’affaires sont dès lors des délits professionnels, de
spécialistes agissant dans le cadre d’une entreprise. Il en est ainsi du droit
pénal de la consommation (la loi n° 39-98 du 2juin 1998 relative aux ventes
avec facilité de paiement. L’art.1 de cette loi dispose que « cette loi vise à
assurer la protection de consommateurs et la transparence de transactions
commerciales ».
Pour assurer la protection du consommateur, le législateur a mis en place
deux techniques : la condition de l’écrit d’une part et les sanctions pénales
d’autre part. Ainsi, la loi a sanctionné (amendes) les professionnels qui
abusent des droits du consommateur à une information claire et
transparente.)
Il en est également: du droit pénal de redressement des entreprises en
difficultés économiques (exemple : art. « l’art.593 du code de commerce
puni quiconque qui empêche sciemment ou tente d’empêcher la
procédure du règlement judiciaire à quelle étape qu’elle soit)
et du droit pénal sociétaire.
Les caractéristiques de l’infraction
d’affaires :
les éléments constitutifs de l’infraction d’affaires
La sanction de l’infraction d’affaires
les éléments constitutifs de l’infraction
d’affaires
En droit pénal général, l’infraction suppose la réunion de 3 éléments
L’élément légal: L’élément moral:
L’élément matériel: la commission de
une position prévue
l’infraction suppose l’action ou de l’omission
par la loi qui seule
qu’une action ou une a été faite en toute
permet d’identifier
omission ait été connaissance de cause
l’infraction.
commise
L’élément légal:
Le principe de la légalité, principe fondamental du droit pénal:
Pas d’infractions, pas de peines sans lois
Ce principe doit être respecté par le législateur mais aussi par le juge
Ce principe constitue une garantie contre l’arbitraire, garant des libertés
individuelles.
En lisant les textes pénales, il faut que les citoyens puissent comprendre ce
qui leur est permis et ce qui ne leur est pas permis.
Une infraction doit être clairement définie par la loi.
A partir du texte de la loi, le justiciable doit pouvoir savoir quels actes et
omissions engagent sa responsabilité.
Il ressort de ce principe trois règles :
L’interprétation La non La territorialité de
stricte du texte rétroactivité du la loi pénale :
pénal : texte pénal :
L’interprétation stricte du texte pénal :
Le législateur ne peut pas tout prévoir, il ne le pourrait pas, d’où
l’interprétation nécessaire du juge. Cette interprétation doit rester stricte en
cherchant la volonté du législateur
Interdiction de l’interprétation par analogie qui consiste à étendre une
règle de droit d’une situation prévue par elle à une situation voisine.
La non rétroactivité du texte pénal :
L’art.1 du code pénal dispose que : « nul ne peut être puni qu’en vertu
d’une disposition d’une loi antérieure. Si après le fait, mais avant le
jugement définitif, il intervient une loi plus favorable à l’inculpé, cette loi est
seule à appliquer »
Cet article admet à titre exceptionnel la rétroactivité de la loi pénale
lorsqu’elle est plus douce.
La territorialité de la loi pénale :
Toute infraction commise sur le territoire tunisien doit être soumise à une
juridiction tunisienne. Cette règle peut être justifiée notamment par la
souveraineté de l’Etat et par le principe de la légalité car chacun est
présumée connaître la loi de l’Etat qui l’accueille.
ce principe a des limites (exemple : les juridictions tunisiennes ne peuvent
pas poursuivre un diplomate pour des infractions commises en Tunisie
pendant la durée de sa mission car il a une immunité diplomatique)
L’élément matériel:
L’infraction ne peut être retenue que par la
manifestation d’un fait matériel
Acte
Acte positif:
négatif: une
une action
omission
L’élément moral:
la commission de l’action ou de l’omission a été
faite en toute connaissance de cause. C’est
cette conscience qui constitue l’élément
intentionnel de l’infraction ou bien son élément
moral.
En droit pénal des affaires, certaines infractions ne
dépendent que de la réunion de deux éléments :
l’élément légal et l’élément matériel. Il en est
particulièrement dans le code des sociétés
commerciales où les infractions sont dans la plupart du
temps des infractions matérielles.
En droit pénal des affaires, on remarque aussi le développement
des délits d’abstention. C’est ainsi que :
L’art.593 du code de commerce punit le chef d’entreprise ou le
dirigeant qui s’abstient à la notification conformément à l’art.419 du
code de commerce ou à la présentation des documents ou
renseignements visés par l’art.417 du code de commerce sans juste
motif (peine d’emprisonnement de 6 mois jusqu’à 3 ans et d’une
amende de mille à 10 mille dinars ou de l’une de ces deux peines)
L’art.594 du code de commerce punit le commissaire aux comptes
qui s’abstient de la notification bien qu’il ait eu connaissance des
difficultés de l’entreprise (sanction pécuniaire)
l’élément légal est souvent non respecté. En effet, si le
principe de la légalité criminelle exige que les textes de
lois précisent clairement les comportements incriminés
pour permettre une application stricte et juste, les
infractions d’affaires se caractérisent essentiellement par
la généralité des textes d’incrimination ce qui donne au
juge un pouvoir d’interprétation assez étendu
La sanction de l’infraction d’affaires:
Diversité des sanctions:
*La publication des décisions de
condamnation
*Des sanctions personnelles: Le recours à des sanctions
des peines d’emprisonnement + administratives:
l’interdiction d’exercer la profession
à titre temporaire Le DPA a donné à
*Des sanctions réelles: l’administration le pouvoir de
la sanction est dite réelle lorsqu’elle prononcer elle-même des
atteint une chose en relation plus ou sanctions comme la fermeture
moins directe avec l’infraction : la d’établissement, les amandes
confiscation spéciale (l’acquisition
par l’Etat) + la fermeture
d’établissement
II- L’auteur de l’infraction
Personnes
Personnes morales
physiques
Le chef d’entreprise
est responsable
pénalement aussi
La société engage-t-elle sa
bien pour son propre
responsabilité pénale ?
fait que pour les faits
commis par ses
préposés ou ses
salariés.
Le principe traditionnellement appliqué en la matière est celui de
l’irresponsabilité pénale de la personne morale. Ceci a été justifié par deux
raisons :
* l’impossibilité d’imputer une infraction à un groupement : la personne morale
ne serait pas capable de commettre une infraction et cela pour 2 raisons :
- La capacité de la société serait limitée par le principe de la spécialité.
Constituée en vue de réaliser un objet social déterminé, la personne morale
serait dépourvue de toute existence en dehors de cette activité (critique : une
société peut commettre une infraction dans le but même de réaliser son objet
social)
- Etant dépourvu de corps et d’esprit, la personne morale ne peut ni vouloir, ni
exécuter une infraction
*la difficulté d’infliger une sanction à un groupement dans des conditions
satisfaisantes : certaines peines notamment les peines privatives de liberté sont
inapplicables à des personnes morales. En ce qui concerne les sanctions
pécuniaires, elles s’appliquent sans difficultés aux personnes morales
Le droit positif consacre des exceptions de plus en plus nombreuses au
principe de l’irresponsabilité pénale de la personne morale et ce
essentiellement dans 3 domaines à savoir le droit économique, le droit de
l’environnement, le droit du travail
Les infractions relatives aux affaires:
Du fait qu'il n'existe pas un code pénal de droit des affaires, on doit
rechercher les infractions dans divers codes ou diverses lois non
codifiées. La détermination du droit pénal des affaires est l'œuvre
de la doctrine. Mais on peut faire la distinction entre:
les infractions pénales de droit commun appliquées aux
affaires
et les infractions pénales des affaires.