Économie néolibérale et crise écologique
Économie néolibérale et crise écologique
À La famille Ndjao
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REMERCIEMENTS
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RÉSUMÉ
Proposer une solution à visage humain à l'effet d'endiguer le problème d'aggravation de la crise
écologique est la tâche à la qu'elle s'articule Arne Naess. La résolution d'une telle gager au moyen de
l'écologie profonde, se déploie sur une dialogie analytique consistant première, par le rejet de
l'économie néolibérale, car porteuse des gènes pathogènes d'aggravation de la crise écologique par ses
modes de production et de consommation antiécologique. Et consistant deuxièmement, en l'adoption
de l'économie des communautés dont l'idéal gravite autour de la simplicité de moyens et la richesse
des fins, manifestent propice pour l'usage des technologies vertes, de l'économie verte, de la
démographie verte et des communautés vertes. C'est donc en réaction contre une telle démarche, pour
le moins insuffisante dans la résolution de la crise écologique, que le présent travail envisage la
question plutôt sous l'angle d'une éthique de la compassion écologique, à visage africain, laquelle a
pour téléologie le vivre-ensemble harmonieux homme-nature, s'inscrivant en faveur de la croissance
économique verte. Le problème de cette analyse est celui de l'efficacité de l'économie des
communautés d’Arne Naess dans l'élan de résolution de la crise écologique, visiblement
hypertrophiée par l'économie néolibérale. Il résulte des investigations y relatives que la question
écologique aujourd'hui dans son cheminement avec l'économie néolibérale invite la conscience
humanitaire à adopter une attitude de compassion envers la nature à l'effet de promouvoir un vivre
ensemble harmonieux entre l'homme et la nature.
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
5
Dans l’optique d’attirer l’attention sur l’intérêt des questions écologiques, la
Convention-Cadre des Nations Unies fut signée en 1992. Sa mission principale serra alors de
« stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui
empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique »1. En effet, les
gaz à effets de serre sont responsables du réchauffement climatique au niveau du globe
terrestre, qui a son tour conduit à la fonte des glaciers et des calottes polaires avec pour effet
l’élévation du niveau de la mer. Bien plus, ces gaz toxiques et nocifs sont responsables des
changements des précipitations, des perturbations des écosystèmes, des pertes de la
biodiversité et ont un impact réel sur la santé humaine et sur l’économie. Plus encore, ils
influencent les mouvements migratoires et engendrent les conflits, sans oublier ces risques
sur la sécurité alimentaire et sanitaire. C’est justement pour éviter ces risques sus cités que les
Nations Unies ont décidé de militer pour la réduction des gaz à effet de serre. Par ces
émissions vertigineuses de ces gaz nocifs causé par la croissance économique à outrance,
« les écologistes et autres écologues soulignent que nous sommes déjà engagés sur une pente
catastrophique »2. La situation écologique est, de ce fait, plus alarmante que jamais.
La dynamique des Conférences des Parties (COP) vont s’inscrire dans cette mouvance.
Il est alors question pour les Nations Unies d’inscrire les questions écologiques dans une
logique habermassienne à savoir la discussion rationnelle. L’optique étant pour les États de
discuter rationnellement sur les problèmes écologiques a l’effet de trouver de façon unanime
les solutions pour endiguer la crise écologique. La purgation de l’inertie s’impose de ce fait à
l’échelle planétaire puisque « la bataille du climat se joue maintenant, si on la perd, on perd
toutes les autre »3. La situation écologique étant de mal en pis, les COP vont s’ensuivre à
l’effet d’éviter le cataclysme écologique imminent dont veut provoquer l’économie
néolibérale, laquelle économie à transformée la planète en machine économique
fonctionnant à plein temps sans répit. Plusieurs solutions vont être proposées suivant les
sensibilités écologiques de tout un chacun à l’effet de venir à bout de cette crise écologique
causée en grande partie par la monétarisation de la planète. C’est dans cette mouvance que
s’inscrit l’écologie profonde ou l’écosophie d’Arne Naess qui se définie comme « un
mouvement libre et engagé contre les valeurs dominantes de la société techno-industrielle et
1
Manuel pour les observateurs de la COP 29, 11-22 Novembre 2024, Baku, Azerbaïdjan, p.1.
2
Naess, A., Écologie, communauté et style de vie (1976), Paris, traduction de l’américain par Charles Ruelle et
révision de la traduction et postface pour Hicham-Stéphane Afeissa, éditions Dehors, 2013, p. 56.
3
Naess, A, Pour une écologie joyeuse, Paris, édition Actes Sud, 2017, p.111.
6
capitaliste »1. Cette nouvelle forme d’écologie qui brille d’ailleurs par son originalité et son
pragmatisme est en dissonance avec les valeurs de l’économie ambiante.
Par crise écologique, il convient de signaler dès l’entame que la crise tout cours est
tiré du mot grec « krisis » qui signifie décision, elle est une métaphore qui doit son sens au
langage médical. Dans ce contexte, elle se définie comme un « accident atteignant une
personne en bonne santé apparente ou aggravation brusque d’un état chronique »2. Dans cette
définition la crise apparait comme un disfonctionnement soudain, inattendu pouvant conduit à
la mort du sujet en l’absence d’une intervention urgente. Dans le contexte environnemental,
la crise écologique se définie comme « un changement ou modification de l’état d’un milieu
connaissant une période de stabilité relative, nuisible à une ou à plusieurs espèces et
favorable à d’autres »3. Ceci voudrait dire que la crise écologique est une perturbation grave
de l’équilibre d’un écosystème, menaçant la survie des êtres vivants qu’il regorge. Elle invite
à une prise de conscience de l’état actuel des choses, c’est en cela qu’elle est positive.
Puisque la crise écologique présente des accointances avec celle dite médicale, il convient
alors de noter qu’elle nécessite tout aussi des solutions urgentes pour en être surmontée. La
crise écologique sus définit est en parfaite symbiose avec celle de Naess pour qui elle est :
Simplement la destruction de ce qui nous entoure, c'est à dire de cette environnement immédiat dans
lequel nous nous trouvons plongé : non pas seulement la nature physique, mais tout ce milieu de quoi
1
Malthide,R , Ecologie profonde : Que sais-je ?, Paris, édition Humensis, 2023, p.48.
2
Quevauvilles, J, Somogui, A et Fingerhut, A, Dictionnaire médical, Italie, édition Elsevier Masson, 2008, p.
238.
3
Triplet, P, Dictionnaire encyclopédique de la diversité biologique et de la conservation de la nature, Paris,
édition Triplet, 2018, p. 290.
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nous vivons, en y incluant toutes les gestalts au sein desquelles nous évoluons et qui contribuent à la
constitution de notre propre identité.1
Ceci signifie que la crise écologique renvoie à l’altération du milieu qui nous entoure. Il
s’agit en termes claire de l’érosion de l’espace naturel qui nous entoure et qui participe à la
sédimentation de notre être. Selon Arne Naess, la crise à ceci de particulier qu’elle reflète le
disfonctionnement de notre civilisation techno-industrielle, laquelle civilisation secondarise
le bien-être de l’humanité à la rentabilité monétaire. Il le martèle en ce sens « la crise
écologique qui n’est que l’ombre portée d’un disfonctionnement civilisationnel global »2.
Par-là, il apparait clairement que la crise écologique actuelle n’est qu’une manifestation du
disfonctionnement de notre civilisation, laquelle est animée par la quête frénétique et
compulsive du gain par-delà le bien et le mal. Il s’agit de la civilisation ou règne sans partage
l’économie néolibérale.
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technique et spécialisée propre à l’armature de la dynamique économique, elle se définit
comme :
le courant de pensée et de politiques économiques qui s’est implanté à partir de la fin des années 1970 en
Grande-Bretagne et aux États-Unis, pour se généraliser à l’échelle mondiale au cours des deux décennies
suivantes et régner dès lors en maître absolu, prétendant soumettre toute l’activité économique et sociale
aux seules lois du marché. Ses mots d’ordre sont : libéralisation complète des échanges de marchandises
et des mouvements de capitaux, rationalisation, flexibilité du marché du travail, globalisation, rôle
minimal de l’État, hégémonie du secteur privé, réglementation minimale. 1
Le point nodal de cette réflexion s’articules sur les travers de l’économie néolibérale
sur la nature ou encore l’écologie. Il s’agit de dénoncer cette forme d’enrichissement qui se
fait sur le dos de la nature tout en « profanant les conditions de vie des générations futures »3.
Il nous incombe de trouver les voies et moyens pour sortir de cette impasse écologique.
Comme le dit le philosophe norvégien « c’est un combat qui vaut la peine, parce que vivre
sans agir et sans être joyeux ce n’est pas vraiment vivre »4. Ainsi, le problème que Naess veut
résoudre est celui de la crise écologique. Il s’en sert d’une approche écologique dont il est
auteur pour y arriver. Il s’agit de l’écologie profonde qu’il définit comme « un outil d'analyse
qui nous enseigne comment nous interroger plus avant sur les racines des problèmes
environnementaux »5. Cette approche originale et inédite, va le conduire à ressortir trois
causes profondes et majeures de la crise écologique actuelle.
1
Gill, L., Le néolibéralisme, Paris, édition Payot, 2008, p. 12.
2
O., cit., p. 64.
3
Op, cit., p. 51.
4
Naess, A., Pour une écologie joyeus, op., p. 111.
9
La première cause, selon lui, tient à la disjonction de l’homme de son milieu naturelle,
nourrie par une vision erronée et tronquée que l'homme a envers la nature, laquelle le conduit
à penser qu'il est un être artificiel et non naturel disposant d’un pourvoir de surexploitation et
surconsommation des ressources naturelles pour des fins purement économique. Il se
comporte alors comme le centre du monde, n’appartenant pas à « la totalité écosphérique »1.
Selon le sage norvégien, l'homme est un nœud dans le champ de vue globale qu’est la nature,
chaque élément a une fonction bien définie et donc le retrait d'un élément du système entraîne
des perturbations du système tout entier. Entre l'homme et la nature, il y a un lien ontologique
et fusionnel inséparable, « de sorte que toute atteinte portée contre la nature constitue dans le
même temps une atteinte portée contre l’humanité elle-même »2. Le père de l’écologie
profonde martèle l’appartenance écosphérique de l’homme en ce sens, « un être humain n’est
pas une chose dans l’environnement, mais un nœud dans un système relationnel sans
frontières spatio-temporelles biens délimitées »3. Ainsi, puisque l’homme est une partie
intégrante de la nature, sa disjonction envers son milieu naturel en faveur de la mise à prix
des écosystèmes justifie alors la crise écologique actuelle. Sous ce rapport, Naess soutient la
thèse selon laquelle la résolution de la crise écologique passe par la reconnaissance de la
place profonde de l’homme comme partie intégrante de la nature.
5
Naess, A., Vers l’écologie profonde, op., cit., p 42.
1
Ibid., op., cit., p. 60.
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op. cit, p. 20.
3
Ibid., p. 140.
4
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde , op., cit., p. 44.
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La troisième cause profonde de la crise, qui constitue d'ailleurs l'épine dorsale de cette
réflexion, est l'économie productiviste et consumériste anti-écologique connue sous le nom
d'économie néolibérale. Selon le père de l'écologie profonde, l'économie néolibérale à
modifiée notre rapport à la nature, elle a réduit chaque élément de la nature à une valeur
marchande, la dépossédant de toute valeur intrinsèque. Cette hiérarchisation des valeurs au
nom de la rentabilité monétaire est responsable de la crise selon le père de l’écologie
profonde. Il le dit d’ailleurs en ces termes « les racines de la crise écologiques remonteraient
à la manière, instituée par la modernité occidentale, de découper la réalité, de concevoir les
relations entre les organismes, et de les hiérarchiser »1. Cette hiérarchisation des valeurs
posant la nature au bas de l’échelle et l’homme au sommet, doublée de l’attribution d’une
valeur monétaire à la nature, manifestement dans le but de satisfaire les besoins insatiables du
marché, « justifie la mise à sac économique de la planète »2.
En clair, on retient, avec Arne Naess, qu'il y'a trois causes profondes de la crise
écologique à savoir le retrait de l'homme de son milieu naturel, originel qu’est la nature, la
surpopulation mondiale et l'économie néolibérale. Cette dernière cause constitue l’épine
dorsale de cette réflexion.
1
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p. 15.
2
Ibid., p. 210.
3
Op., cit., p. 54.
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En rapport à notre sujet de réflexion, Arne Naess soutient la thèse selon laquelle la résolution
des crises écologique actuelle passe par la rupture avec l’économie néolibérale dont les méthodes sont
le « productivisme et le consumérisme »1 en vue de l’adoption de l’économie des communautés ayant
pour « idéal économique de simplicité de moyens et de richesse de fins »2. Il s’agit clairement d’un
modèle économique ou règne sans partage « la technologie verte, l’économie verte, la
démographie verte, les communautés vertes, les mouvements pacifiques verts […] et la
diversité de la vie »3
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substitution de l’économie de néolibérale car elle est responsable de l’aggravation de crise
environnementale par l'économie des communautés, afin d’entrevoir les possibilités d'une
reformation de l'économie néolibérale en économie néolibérale verte adossée à l’éthique de la
compassion écologique dans une véritable réciprocité homme/nature.
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PREMIÈRE PARTIE : AUX SOURCES DE LA CRISE
ÉCOLOGIQUE ACTUELLE CATALYSÉE PAR L’ÉCONOMIE
NÉOLIBÉRALE CHEZ ARNE NAESS
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Dans cette première partie de notre réflexion, il sera question de nous pencher sur les
sources profondes de la crise écologique actuelle amplifié par l’économie néolibérale. Pour se
faire, nous débuterons par la déréliction des questions écologiques durant l’émancipation de
l’économie, ce qui a conduit à la prise en otage de la nature par l’économie moderne, ce qui
marque l’origine de la crise écologique. Cette partie fera office de notre premier chapitre.
Ensuite, dans notre deuxième chapitre, nous nous chargerons de présenter les influences
contextuelles qui ont favorisées l’avènement de l’économie néolibérale ainsi que les méfais
de ces influences sur la biodiversité. En fin, notre dernier chapitre sera centré sur les
influences philosophiques qui ont sédimentées le rejet naessien de l’économie anti-
écologique néolibérale et légitimer son approbation de l’économie des communautés comme
modèle archétypal pouvant venir about efficacement contre l’aggravation du marasme
écologique actuel.
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Chapitre I: de la déréliction de la nature durant l’essor de
l’économie comme précurrence de la crise écologique actuelle
Arne Naess souligne avec insistance la nécessité de substitution de l'économie des
communautés à l'économie consumériste et productiviste qui règne actuellement sans partage,
laquelle a plongée l'humanité par ses pratiques « mercantocratiques »1 dans une crise
écologique profonde. Il opte pour une économie qui se veut en phase symbiotique avec celle
des Anciens grecs, qui jadis fut une entreprise normative, soumise aux exigences
écologiques mais qui durant son essor s’est peu à peu éloignée des considérations axiologique
et environnementales jusqu’à devenir une entreprise écocidaire. Dans ce premier chapitre,
nous allons en connivence avec Arne Naess présenter de façon historiographique l’oublie
peu à peu des considérations normatives et environnementales dans la sphère économique
jusqu'à la monétarisation de la nature.
Selon Arne Naess, de l’Antiquité jusqu'au Moyen Age l’économie brillait par son
« eudémonisme écocentré »2. L’eudémonisme est tiré du mot grec « eudemonismo » qui
signifie heureux ou bonheur. Il s’agit d’une « doctrine morale ayant pour principe que le but
de l’action est le bonheur (individuel, soit collectif) »3. Ceci voudrait dire que l’eudémonisme
fonde l’atteinte du bonheur comme la finalité de la vie. S’agissant de l’eudémonisme
écocentré, il s’agit d’une philosophie qui vise l’atteinte du bonheur de l’homme en rapport à
son environnement naturel comme but de l’action humaine. En d’autres termes il est question
de promouvoir le bonheur de l’homme tout en préservant le bien-être des organismes non-
humains, et non de fonder un bonheur qui fait le malheur des êtres infrahumains.
Selon, le père de l’écologie profonde, l’économie dans l’Antiquité au Moyen Age était
une entreprise normative, soucieuse des questions écologique. Elle ne fondait pas le bonheur
de l’homme dans la monétarisation de la nature. Elle était simplement centrée sur la
satisfaction des besoins humains. Ainsi, l’économie se présente dans l’Antiquité tout comme
au Moyen Age comme la science nécessaire à la satisfaction des besoins de l’homme. Il le dit
d’ailleurs lorsqu’il affirme « l’économie est souvent définie comme la science nécessaire à la
1
Nguefack., G., « Mondialisation néolibérale et inégalités sociales : comment l’Afrique peut-elle résister au
moyen d’une tontine continentale », Nka’ Lumière, in Revue interdisciplinaire de la faculté des lettres et
science humaines, N0 18, 2nd Semestre 2017, pp.141-159, p. 143.
2
Naess, A., Écologie profonde, op., cit. p.60.
3
Lalande, A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, volume 1, édition Quadrige /PUF,
2006, p. 310.
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satisfaction des besoins humains »1.L’économie ne saurait se livrer à toute forme
d’excentricité puisqu’elle se limite exclusivement à la satisfaction des besoins humains et non
du marché. Cette économie normative soucieuse de préserver la nature se retrouve chez
Hésiode.
Ce dernier est un poète né à Béotie, ville de la Grèce au VIIIe siècle avant Jésus-Christ.
Dans Les travaux et les jours, il pose le travail de la terre comme le fondement de la vie en
société et comme le générateur des richesses. Ceci voudrait dire que selon ce poète, que
l'accroissement de la richesse ainsi que sa sauvegarde passe nécessairement par le travail de
la terre. Ainsi, la mise en valeur du sol conduit de facto à l'enrichissement financier. C'est
pour cette raison qu'il dira dans « Travaillons, prenons de la peine », poème tiré de son livre
Les travaux et les jours en ces termes :
Persès ! Ô rejeton des dieux ! Garde l'éternel souvenir de mes avis : travaille si tu ne veux pas que la
Famine te prenne en horreur et que l'auguste Cérès à la belle couronne, pleine d’Amour envers toi,
remplisse tes granges de moissons […]. Si tu travailles, les paresseux bientôt seront jaloux de toi en te
voyant t'enrichir ; la vertu et la gloire accompagnent la richesse : ainsi tu deviendras semblable à la
divinité.2
1
Naess, A., Écologie, communauté et style de vie, Op., cit. p.176.
2
Hésiode, Les travaux et les jours, Paris, Édition Théâtre classique, 1814, p.12.
3
Voltaire, Candide ou l’optimisme, Traduction de l'allemand de M. le docteur RALPH, 1759. p.126.
4
Jean-Marie, D., Histoire vivante de la pensée économique, crises et des hommes, Paris, édition Pearson, 2010,
p.10.
5
Naess, A., Écologie, communauté et style de vie, Op., cit. p.328.
6
Ibid., p.175.
7
Hans Jonas., Le principe responsabilité, édition Flammarion, Paris, 1995, P. 61.
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De plus l'économie reste toujours une entreprise normative, soucieuse de l'usage
rationnelle et parcimonie de la nature comme le dit le philosophe norvégien. Chez les anciens
grecs, dans la mesure où la mise en valeur du sol était accompagnée par une « conscience
écologique »1 entendu comme reconnaissance profonde de notre impact sur la nature et de
notre responsabilité à la préserver. C'est justement ce qu'on retrouve chez Xénophon, le
premier à avoir utilisé le concept d'économie.
Dans son ouvrage l'Économique, il définit l'économie comme l'art de « bien gouverner
sa maison soi-même »2. Il est question de la gouvernance, de l'administration de ses biens et
services. Il s'ensuit une définition domestique de l'économie chez le disciple de Socrate.
Selon Xénophon, l'accroissement de la productivité du sol passe par l'étude du type
d'agriculture propice dudit sol. Ceci voudrait dire que pour recevoir la générosité du sol,
l'étude des paramètres géomorphologique s'imposaient. Dans cette logique xenophorienne,
l'usage des fertilisants chimiques n'avaient pas droit d'être cité vue que pour avoir une récolte
abondante, nous devons cultiver ce qui est propice à ce type de sol. Pour Xénophon comme le
souligne Jean-Marie Daniel :
Ce n'est point en plantant selon nos besoins que nous obtiendrons de meilleures récoltes ; c'est en
examinant ce que la nature aime produire, nourrir en son sein... même en friche, elle indique encore sa
nature. Si sa végétation naturelle est belle, elle vous donnera, bien cultivée, des belles récoltes .3
1
Lefebvre, Jean-François., L'autre écologie: économie, transport et urbanisme: une perspective macro
écologique, Québec, éditions Multi Mondes Inc, 1955, P. 9.
2
Xénophon, Économique, Paris, Trad. M. Talbot, Librairie Hachette, 1979, P. 7.
3
Jean-Marie D., op., cit. P.12
4
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit. p.23.
5
Xénophon, op., cit. p.79.
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norvégien lorsqu'il déclare à propos de l'économie dans l'antiquité grecque « dans les sciences
économiques traditionnelles, il n'est pas rare d'admettre que les questions éthiques sont
pertinentes à tous les niveaux de l'interrogation » 1. Ainsi, la pierre angulaire de l'économie
chez les grecs qui est l'exigence axiologique, c'est-à-dire faire de l'économie une théorie des
valeurs humanisant avait pour téléologie la préservation de la nature. C'est fort de ce constat
que le sage norvégien dira que « Xénophon fut le premier d'une longue série de penseurs à
concevoir l'économie dans une perspective élargie » 2. On remarque également cette
perspective d’élargissement des questions a la fois économiques et écologiques chez Platon
avec qui la nature est désormais porteuse d'une âme et la monnaie étant le fruit d'une
convention sociale.
En effet, pour Platon, la nature est de ceux dont l’argent ne peut s’accaparer car elle
est porteuse d’une âme, et par ricochet est sacrée.. L'âme de la nature confère alors vie et
intelligence à tous les éléments de la nature. Le personnage de Timée déclare d'ailleurs à
propos de dieu qui est à l'origine de la création du monde, « il mit l’intelligence dans l’âme et
l’âme dans le corps et fit du monde un animal doué d’une âme et d’une intelligence, et il
forma cet animal sur un modèle qui embrasse en lui tous les animaux intelligibles » 3. Il
affirme de ce fait la sacralité de la nature L'économie étant qu'un nomisma, c'est-à-dire une le
fruit d'une convention sociale ne peut pas prendre en otage l'infini qui est la nature.
L’économie apparait clairement comme une entreprise, soumise aux normes sociales et
environnementales comme l’avait d’ailleurs remarqué Naess. Cette « eudémonisme
écocentré »4 de l’économie ne tarde pas à apparaitre chez Aristote.
1
, Op., cit., p. 177.
2
Ibid., p. cit. p. 175.
3
Platon, Timée, Traduction, notices et notes par Émile Chambry, P. 9.
4
Naess, A., Écologie profonde, op., cit. p.60.
5
Aristote, La Politique, Livre I, Chapitre III., Op., cit, §. 17.
19
naturelle qui est centrée sur la subsistance. C'est-à-dire la satisfaction des besoins naturels.
Ses modes de production sont entre autres la chasse, la pêche, l'élevage et l'agriculture. Ici les
moyens de production sont naturels sans altération de l’écologie en ceci que la nature est la
matrice nourricière des hommes. Aristote le précise d'ailleurs en ces termes, «c’est
exclusivement à la nature, je répète de donner le premier fonds. C'est à la nature d'assurer à
l'être qu'elle crée ; et en effet, tout être reçoit les premiers aliments de celui qui transmet la
vie »1. On retient que le travail naturel est le moyen d'acquisition des biens nécessaires pour
la satisfaction des besoins de la famille et de la société. Au regard de la prépondérance des
considérations écologiques chez les grecs, Naess dira que « les penseurs comme Xenofon,
Platon et Aristote ont élargie les problèmes économiques au-delà maisonnée pour englober »2
des considérations écologiques. Toutefois, la même tendance reste constante chez les
médiévaux.
Pour les médiévaux, notamment Saint Augustin et Saint Thomas, d’Aquin, la quête
frénétique de l’argent est vide de sens dans la mesure où elle conduit à des voluptés et à des
excentricités de toute nature, ce qui nous éloigne par conséquent de Dieu, pour qui la nature
reflète et clame sa bonté et sa puissance. Ceci revient à dire que toute perspective de mise à
prix de la nature, des écosystèmes entre en dissonance avec les médiévaux.
Pour Saint Augustin, la nature loue et rend grâce à Dieu de l’avoir créée, elle rend
témoignage de la grandeur, de la bonté et de la puissance de Dieu. La biodiversité tout
comme les humains louent Dieu de leur manière, elle a une manière propre à elle d’exprimer
sa gratitude à Dieu qui la créée. La nature est consciente qu’elle n’est pas ex nihilo mais
qu’elle a été créée et c’est justement pour cette raison qu’elle exprime sa grande
reconnaissance envers son créateur. Cette voie du ciel et de la terre nous parvient par le biais
d’Augustin qui dit d’ailleurs « Le ciel et la terre crient aussi qu’ils ne sont pas créés eux-
mêmes :" nous sommes parce que nous avons été créés. Nous n’étions donc pas avant d’être,
afin de pouvoir nous créer nous-mêmes"»3. Il s’agit clairement de la voix de la nature envers
son créateur. Il se cache en filigrane une écologie profonde chez Augustin qui se manifeste
par la personnification de la nature au moyen du langage. Ainsi, puisque la nature loue Dieu,
sa mise à prix devient de facto un péché par conséquent est un projet vide de sens. Les biens
dignes d’être recherchés sont ceux de l’au-delà, ceux qui sont en Dieu car ils sont
incorruptibles. L’auteur de la Cité de Dieu le martèle lorsqu’il affirme « mais c’est vous qui
1
Ibid, Livre I, Chapitre III. §. 20.
2
Naess, A,. Écologique, communauté et style de vie, Op., cit. p.175.
3
St Augustin, Les confessions, Paris, traduction de Joseph Trabucco, édition Flammarion, 1964, p. 256.
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êtes plénitude et trésor inépuisable d’incorruptibles »1. Ainsi, c’est Dieu qui est digne de tout
amour et non la recherche frénétique. Dans ce contexte, l’économie est soumise aux normes
théologiques et écologiques. Il apparait alors comme le souligne Naess qu’au Moyen Age,
« toute analyse de l’activité économique présuppose la nécessité de satisfaire certaines
normes »2. C’est exactement ce que nous retrouvons chez Thomas D’Aquin.
Pour ce dernier en effet, l’économie ne peut en aucun cas prendre en otage la nature,
puisque la biodiversité n’a pas été créée par l’homme. Ainsi, l’homme ne peut qu’utiliser la
nature pour satisfaire ses besoins nécessaire et non la vendre à vil prix. Selon Saint Thomas
d’Aquin, l’homme ne peut vendre que ce qui lui appartient et non ce qui appartient à autrui.
Ainsi, l’homme ne saurait vendre la nature car elle est l’œuvre de Dieu. Seul ce dernier
détient le droit de propriété sur la nature car c’est lui qui la façonner. Il le dit sans réserve,
« personne ne doit s’attribuer ce qui appartient à Dieu. Or la souveraineté sur toutes les
créatures est propre à Dieu, selon ce mot du Psaume (24, 1) : “ La terre est au Seigneur, etc. ”
Donc la possession de biens créés n’est pas naturelle à l’homme »[Link], avec le docteur
angélique, il en ressort que la nature ne peut faire l’objet d’une prise en otage de l’économie
ou encore du « mammon d’iniquité »4 puisqu’elle est la propriété de Dieu.
Par ailleurs, Dieu est à la fois transcendant et immanente à la nature dont il a créée. La
beauté, l’ordre et la multiplicité des existants que la nature regorge reflètent l’essence divine.
Dans cette logique panthéiste, il apparait que « chaque existant présent participe à la
puissance de Dieu »5. Ainsi, il apparait clairement que la puissance de Dieu se manifeste en
ses créatures et qu’il habite en eux en tant que source créatrice de toute chose. Il s’ensuit avec
Thomas d’Aquin la non déréliction de la nature par Dieu. Bien que ce dernier n’établisse pas
sa demeure sur terre de peur de se confondre aux créatures qu’il a créé. Il est un Dieu à la fois
transcendant et immanent à la nature. C’est justement ce que déclare le docteur angélique
lorsqu’il affirme, « Dieu est au-dessus de toutes choses, par l’excellence de sa nature ; mais il
est en toutes choses comme source créatrice de leur être à toutes »6. Par-là, Dieu marque sa
présence dans ses créatures et tout en se démarquant d’eux. Cette présence de Dieu dans la
nature présente des implications dans le rapport de l’homme avec son milieu. Premièrement
1
Ibid. p. 45.
2
Op., cit. p.177.
3
St Thomas D’Aquin., Somme théologique, Paris, traduction de Reginald, édition numérique : bibliothèque de
l’édition du Cerf, 1984, p. 1737.
4
Ibid. p. 3426.
5
Naess, A., Réalisation de Soi, op., cit., p.119.
6
Op., cit., p. 111.
21
elle implique que l’amour de Dieu inséparable de ces créatures. Et ensuite que l’homme ne
peut s’approprier la nature pour lui-même, ni maltraiter aucun organisme de ce milieu, dans
la mesure où il s’agit des propriétés de Dieu et en fin, cette présence de Dieu interdit l’achat
ou encore la commercialisation des ressource ligneuses et non ligneuses présent dans la
nature puisque ces ressources n’ont pas été créée par l’homme mais par Dieu. S’accaparer de
ces ressources jusqu'à la patrimoniser est directement perçu comme du comme du vol. Tel en
est le substrat qui en découle du rapport entre l’économie et la nature au Moyen Age.
1
Lalande, A.., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, éditions QUADRIGE/PUF, 1988, p.
422.
22
toute admiration »1. Ainsi, l'homme se pose comme la mesure et la référence de toute chose
au regard de sa splendeur. Il dispose de ce fait un droit illimité sur les autres êtres.
L'humanisme s'apparente à une nouvelle religion de l'homme car celui-ci à déchu Dieu
de son piédestal. Désormais l'homme occupe le centre de l'univers. Bien que cette forme
d'humanisme s'apparente aux yeux du sage norvégien à un ultra humanisme qui légitime la
mise à sac économique de la planète. Il s'agit de:« l'humanisme d'exclusion qui fonde notre
grandeur sur l'arrachement à une nature préalablement privée de toute vie » 2 et « qui ne
reconnaît de réalité et de signification qu'à l'histoire, à la société au langage (tacitement
entendus comme exclusivement humaine)»3. Cet humanisme est celui d'un regain, d'un
mépris condescendant de l'homme à l'égard de la nature.
Jean-Marie Peltier nous en dit d'avantage sur la conception de la nature par les
économistes moderne. Il se fonde sur la thèse des Phéniciens, illustre courage de pensée
économique de la période moderne qui accrédité d'ailleurs la recherche frénétique de l'argent
sur la surexploitation de la nature. Ce courant de pensée affirme sans réserve : « La pauvreté
1
Pic De La Mirandole., De la dignité de l'homme ( Oratorio De Hominis Dignitate), Siné loco, édition l'Eclat,
1993, p.5.
2
Naess, A.., Vers l'écologie profonde, op., cit., p.266.
3
Ibidem
4
Naess, A., Écologie joyeuse, op.,cit , p.91.
5
Benoist. A., « nature et sa valeur intrinsèque »
23
est une malédiction : le monde est à dominer, à améliorer, à bâtir [...] Pour la première fois,
l'avenir humain terrestre est pensée comme pouvant comme devant être meilleur que le passé.
Pour la première fois, l'enrichissement matériel est envisagé comme une façon de se
rapprocher du ou des dieux » 1 Il s'ensuit une diabolisation de la pauvreté et une divinisation
de la richesse matérielle, qui débouche à la manipulation et à l'exploitation à outrance des
ressources naturelles induite par la chrématistique. De cette divinisation de l'argent survient la
mise sur pied de l'éthique axiologique de l'intérêt. Désormais, une seule règle dicte et dirige le
marché moderne « celle de la concurrence sans limite au profit des meilleurs et tapis pour les
autres »2. Cette axiomatique du profil qui réduit la nature à une valeur monétaire s'illustre par
le gommage et l'annihilation des valeurs subjectives inhérentes à la nature. Cette thèse
effaçant la valeur intrinsèque de la biodiversité se situe aux antipodes de celle de Catherine
Larrère.
24
économique ou encore la croissance nécessite l'augmentation de la productivité, de la
consommation et la modernisation de la chaîne économique à l'effet de transformer la
machine économique plus huileuse que jamais.
1
Maffesoli, Écosophie : Une écologie pour notre temps, Paris, édition Cerf, 2017, p. 133.
2
Op., cit., p.267.
3
Georgescu-Roegen, N., La décroissance :Entropie – Écologie - Économie, op., cit., p. 85.
25
de son imbrication sociale. Ce filon analytique est partagé par le philosophe et économiste
Friedrich Hayek notamment dans sa conception de la structure économique.
26
l'humanité. On comprend alors le pourquoi le sage norvégien affirme qu' « une croissance
économique qui n'est pas reliée à des valeurs intrinsèques [...] est préjudiciable » 1. Il apparaît
clairement que la crise écologique tire sa source dans cette hypertrophie de la croissance
économique, laquelle croissance à fait pression sur les ressources naturelles tout en de
substantialisant la biodiversité de sa valeur intrinsèque.
1
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op. cit., p.186.
27
Dans ce deuxième chapitre de notre première partie, il sera question de présenter les
évènements qui ont catalysés la naissance de l'économie néolibérale tout en présentant leurs
impacts sur l'écologie. Pour se faire, nous nous attarderons en connivence avec Naess sur
l'impact de l'économie productiviste sur l'avènement du néolibéralisme, impulsée par les
progrès scientifiques et techniques du XIXème siècle et les conséquences d'une telle
économie sur la nature .En suite nous nous attarderons sur l'influence de la relance
économique de l'après-guerre des trente ans sur l'écologie et enfin nous insisterons sur
l'influence des nouvelles technologies sur l'avènement du néolibéralisme et leurs effets sur le
biotope.
La production du matériel industriel, des matières brutes et des combustibles ne devint vraiment
importante qu'après la révolution industrielle et put ainsi donner naissance à un nouveau prolétariat
industriel : les ouvriers des mines de charbon et des mines métallifères. En troisième lieu, l'industrie
exerça une influence sur l'agriculture.1
1
Engels, F, Situation de la classe laborieuse en Angleterre, Paris, édition Sociales, 1845, p. 31.
28
sans prendre en compte les conséquences écologiques et sociales » 1. Dans cette définition, il
apparaît que le productivisme est un courant économique qui vise la recherche de la
croissance économique par-delà des considérations écologiques et sociales. Il s'agit
effectivement d'une économie qui fait impasse à la survie de l'humanité. Elle se révèle alors
dommageable et catastrophique pour l'écologie dans la mesure où la productivité prime sur
toutes les considérations éthiques, sociales et environnementales.
Dans cette économie, le centralisme sur la satisfaction des besoins du marché n’est
qu’une façade. En filigrane de ce projet se cache l’éthique du profit. Nous sommes là en plein
temps dans le libéralisme ou règne sans concession l’éthique du profit. Ceci voudrait dire que
la satisfaction des besoins du marché est un moyen pour les bourgeois de faire plus des gains
puisqu’on produit plus que ce que le marché ne peut absorber au point d’exportation hors des
frontières étatiques. On le voit, la satisfaction des besoins du marché passe pour un alibi à
l’effet d’en tirer un plus grand profit dans le productivisme comme le souligne Engels en ces
termes :
Étant donnée l'anarchie de la production actuelle et de la répartition des biens de consommation, qui n'ont
pas pour fin la satisfaction immédiate des besoins mais au contraire le profit, étant donné le système où
chacun travaille et s'enrichit sans se soucier d'autrui, il est inévitable qu'à tout instant un engorgement se
produise2.
29
production basés sur la standardisation et la taylorisation. Cette première en tendu comme un
modèle de production en série et homogène et la deuxième renvoie à une chaine de
production. Dans un contexte au règne sans concession l'économie productiviste, en rapport à
la production agricole, on parlera alors « d'une agriculture productiviste qui a connu un
accroissement spectaculaire, des rendements mais au détriment des sols (utilisation excessive
d'engrais), de l'air (pesticides) de la qualité des produits » 1. Il va s'en dire que ce système de
production conduit inéluctablement l'humanité vers la perte dans la mesure où elle porte
atteinte à la sécurité alimentaire et écologique.
Le sage norvégien, avait pleinement raison de voir en cette économie du XIXème siècle
l'origine de la décadence de l'écologie. En effet, pour le sage norvégien, les progrès
scientifiques et techniques ont favorisé l'avènement des nouvelles machines plus dépendantes
des énergies fossiles, c'est à dire du pétrole, du charbon et de la houille. L'usage de ces
énergies non renouvelables a un impact néfaste sur l'atmosphère car elle s'accompagne d'une
grande émission des gaz carbonique dans l'atmosphère. Ces gaz se révèlent très dangereux
pour la survie de la planète dans la mesure où elles empêchent la chaleur du soleil de se
diffuser dans l'univers. En clair, ces gaz, « en se concentrant dans l'atmosphère, ils empêchent
la chaleur des rayons solaires réfléchis par la chaleur par la terre de se perdre dans
l'atmosphère »2. Elles engloutissent la chaleur des rayons lumineux sur terre et les empêchent
de se propager dans l'univers. Ceci s'accompagne alors de l'élevage de la température dans le
globe terrestre, conduisant la fonte des calottes polaire suivie des inondations et d'une série de
perturbation écologique. Au regard des dérives du productivisme sur la nature, Arne Næss
pointe sans réserve «le problème environnemental comme étant étroitement lié à notre ère
industrielle, qui a débuté au milieu du XIXème siècle et dont les implications concernent la
planète entière et tous ses habitants » [Link], il convient de signaler que cette
convergence de l'économie vers le productivisme avait pour but de préparer l'ascension
verticale de l'économie, ce qui nous rapproche déjà du néolibéralisme. Il apparaît de toute
évidence que, la révolution industrielle du XIXème à gravement laissée une empreinte
écologique cynique à l'humanité. Elle a désagrégée, émiettée les équilibres écologiques.
30
consommation, laquelle se caractérise par un consumérisme à outrance des ressources
naturelles. Il s'établit dans ce système productiviste une chaîne économique qui va des
facteurs de production à la transformation des matières premiers en produits finaux de
consommation. La pollution de l’environnement posant même des inquiétudes sur la sécurité
sanitaire des humains n’est pas à épargner dans cette société. La grande concentration des
populations accompagnée des fumées toxiques des industries se révèle catastrophique pour
l’homme y compris pour la planète. Engels n’a pas d’ailleurs tardé à remarquer les effets de
la pollution de la révolution industrielle sur la santé des populations en Angleterre. Il déclare
fort à propos que :
La concentration de la population dans les grandes villes exerce déjà en elle-même une influence très
défavorable dans l'atmosphère [...] Le gaz carbonique produit par la respiration et la combustion
demeure dans les rues, en raison de sa densité et le principal courant des vents passe au-dessus des toits
des maisons. Les poumons des habitants ne reçoivent pas leur pleine ration d'oxygène : la conséquence
en est un engourdissement physique et intellectuel et une diminution de l'énergie vitale. C'est pourquoi
les habitants des grandes villes sont, il est vrai, moins exposés aux maladies aiguës, en particulier du type
inflammatoire, que les ruraux qui vivent dans une atmosphère libre et normale ; en revanchent ils
souffrent d'autant plus de maux chroniques.1
1
Engels, F, Situation de la classe laborieuse en Angleterre, op., cit., p. 85.
2
Op., cit., p. 23.
31
productivisme. Le sage norvégien partage cette avis lorsqu'il affirme « le problème de la
surconsommation d'énergie est aussi bien celui du consumérisme et du productivisme » 1. Ce
dernier semble légitimer la surexploitation des ressources naturelles et la surconsommation
de l'énergie puisqu'il est question d'accroître l'économie mondiale au moyen de la
surproduction des biens et services.
1
Naess,A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.108.
2
Simmel, G, Philosophique de l'argent, op., cit., p.296.
3
David Korten « L’échec des institutions de Bretton Woods », dans GOLDSMITH, E, MANDER, J., Le procès
de la mondialisation. Paris, édition Fayard, 2001, p.87.
4
Naess, A, Écologie joyeuse, op., cit., p.18.
5
Larrère C et. Larrère , R., Penser et agir avec la nature, op., cit., p. 48.
6
Ibidem
32
se livre les bourgeois et même les prolétaires au moyen de la concurrence. Cette dernière
installe de facto un climat d’insécurité permanant dans cette société qui a pour credo la
concurrence. Engels n’a d’ailleurs pas manqué de remarqué la guerre latente qui prévalait
durant la révolution industrielle. Selon lui,
La concurrence est l'expression la plus parfaite de la guerre de tous contre tous qui fait rage dans la
société bourgeoise moderne. Cette guerre, guerre pour la vie, pour l'existence, pour tout, et qui peut donc
être, le cas échéant, une guerre à mort, met aux prises non seulement les différentes classes de la société,
mais encore les différents membres de ces classes; chacun barre la route à autrui ; et c'est pourquoi
chacun cherche à évincer tous ceux qui se dressent sur son chemin et à prendre leur place. Les
travailleurs se font concurrence tout comme les bourgeois se font concurrence 1
Par la, on constate que le productivisme par la concurrence inouïe sans vergogne qui se
cachait en filigrane à largement préparé la naissance de l’économie néolibérale, mais aussi
par son impact environnement a préparé la survenance sourdine de la crise écologique
actuelle comme le souligne le sage norvégien. Toutefois, il reste loisible que l’essor des
nouvelles technologies viendra donner le coup fatal à l’écologie et accroitre encore plus la
pression économique sur la nature au moyen de l’économie néolibérale.
1
Engels, F, Situation de la classe laborieuse en Angleterre, op., cit., p.71.
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op. cit., p.108. p159
33
terminus a quo menant vers quoi tout mène »3. L'argent fait sens et modèle l'existence, raison
pour laquelle l'homo œconomicus n'a de but ultime que l'éthique frénétique du gain.
Dans cette logique mercantocratique, les technologies n'ont d'autre finalité que
l'accroissement de la rentabilité, les impacts sont évalués en termes de rendement
économique. La technique est de ce fait instrumentalisée à des fins économiques. Dans cette
logique, il devient impossible de parler d'une neutralité de la technique puisse qu'elle est
soumise au dictat de l'économie néolibérale. La grande machine huileuse ne semble épargner
rien sur son chemin, il y a là, l’instrumentalisation de la technique par l'économie. Cette
première science comme le souligne Jacques Ellul « assume aujourd'hui la totalité des
activités de l'homme et pas seulement son activité productrice » 1. La technique se drape pour
ainsi dire des enjeux économiques. On parle alors de la technique économique qui est d'abord
le maillon fort de la pensée économique.
Le rendement en nature, la technique est alors ce qui permet d'économiser les matières premières pour
obtenir une production définie ; le rendement financier, la technique est alors ce qui permet d'accroître la
production par l'accroissement des investissements financiers ; le rendement du travail humain, la
technique est ce qui accroît la quantité de travail obtenue pour une unité fixe de travail. 2
Par cette illustration, nous comprenons les raisons qui ont poussé l'économie
néolibérale à émarger dans le dispositif de la technique. Le but était l'accroissement
compulsif de la productivité pour un rendement financier plus époustouflant. Ainsi, comme le
dit Arne Naess, « le poids du développement technique est d'abord jugé par les grands pays
industrialisés en fonction de la possible assimilation de ces techniques par l'économie » 3.
Cette fusion de l'économie à la technique pour des fins mercantilistes se relèvent très nocive
3
Simmel, G., Philosophie de l'argent, op. cit., p261.
1
Ellul, J., La technique ou l'enjeu du siècle, Paris, éditions Economica , 1990, p. 07.
2
Ibid., p19
3
Naess, A., Écologie, communauté et style de vie, op, cit , p.173.
34
pour l'environnement car elle s'accompagne de l'épuisement systématique des ressources du
sous-sol, du sol et de la pollution de l'atmosphère.
1
[Link]
niger#:~:text=Au%20Nigeria%2C%20de%20grandes%20%C3%A9tendues,cours%20des%2050%20derni
%C3%A8res%20ann%C3%A9es.
35
ligne. Ces deux commerces à des fins purement mercantocratique participent à la
désubstantialisation et au désenchantement de la nature dans la mesure où elle s'accompagne
par une banalisation des espèces de la biodiversité. Dans cette veine, il s'ensuit que :
Les innovations dans ce domaine [informatique] seraient le nouveau point fixe autour duquel se
réorganiserait l'économie, dont la société. De la même façon que l'automobile avait été le moyen
technique de " sortir de la crise " des années trente, les télécommunications et l'informatique et leur
intégration avec le secteur plus traditionnel des médias, seraient l'origine d'une nouvelle dynamique
économique 1
Nous comprenons par-là que l’avènement des télécommunications a impulsé une
nouvelle dynamique économique plus sophistiqués. L'informatique ou encore " le pétrole des
années quatre-vingt a contribué à la naissance du néolibéralisme en brisant les barrières
spatiotemporelles. Le bioéthicien camerounais André Liboire Tsalla Mbani n'a pas hésité à
faire cette remarque en ces termes : « la nouvelle économie qui est assortie de la mutation
informatique et informationnelle a charrié, cela va s'en dire d'immenses espoirs, parce que
abolissant la notion d'espace et rapprochant les Hommes» 2. Il y a là une redevance du
néolibéralisme vis-à-vis du progrès de l'informatique.
Toutefois, l'informatique n'a que rapproché les hommes dans l'espace cybernétique et
non dans le réel. L'essor de l'informatique s'est accompagné du délitement des valeurs
civilisationnelles voire axiologiques et l'émiettement du tissu social. La société se caractérise
de ce fait par un atomisme inouï des individus et l'individualisme sans pareil qui débouche
sur la phobie de l'altérité. Cette dernière a eu pour effet l'essor d'une violence outrée impropre
et manifestement en déphasage à un vivre ensemble écologiquement responsable envers la
nature. La perversion morale qu'engendre le progrès de l’informatique se révèle très
dommageable pour l'homme y compris l'environnement. Comme le souligne Nguefack
Eugène Gabin, « l'observation, que ce soit dans les structures publiques de l'État ou dans la
rue, l'indécence verbale, la perversion oratoire se sont érigées en sport favori. L'insulte
publique se fait sans coup ferry. Le cynisme et l'antipathie s'érigent ainsi au sein de la société
[...] en code normatif de conduite »3 . Ce qui voudrait dire que le progrès de l'informatique a
fait que l'homme considère son alter ego comme un corps-objet ennemi à détruire. Cette
antipathie s'observe également dans le rapport que l'homme entretien avec la nature.
L'homme se caractérise désormais par son insensibilité à l'égard de la nature, il n'hésite pas à
1
Tsala Mbani, A., « La cybernétique : un autre visage de l’antihumanisme contemporain ? » », Nka’ Lumière,
in Revue interdisciplinaire de la faculté des lettres et science humaines, N 0 18, 2nd Semestre 2017, pp. 39-63, pp.
57-58.
2
Tsalla Mbani. A., Les défis de la bioéthique à l'ère éconofasciste , op., cit., p40
3
Nguefack., G,(2020), « Violence verbale et moralité publique au Cameroun : à propos de l’incivisme
galopant », Monange, pp. 31-50 . p.38.
36
faire recours à toute forme d'instrument pour accroître et plus torturer la nature. Les
empoisonnements des rivières et fleuves des écocides, le recours aux expériences impropres
sur les animaux, ce qui est d'ailleurs tributaire de son altérophobie et son antipathie. Il
apparaît clairement que l'altérophobie voir l’antipathie orchestrée par les mutations de
l'informatique au soubassement monétaire fait impasse sur la sensibilité écologique. L'homme
se situe aux antipodes de la conscience écologique qui se caractérise par l'empathie envers les
organismes non-humains. On le voit, l'antipathie propre au dynamisme de l'informatique,
catalyseur de la prospérité du néolibéralisme « tend à supprimer en nous certains sentiments à
l'égard de la nature ».1 On retient de ce fait que le progrès de l'informatique a conduit à la
liquidation voire l'inhumation de la conscience écologique au profit de l'accroissement des
revenus, crédo de l'économie néolibérale.
1
Naess, A, Vers l'écologie profonde, op., cit., p224
37
»2. L'homo œconomicus brille alors par son ingratitude envers ce qui lui permet de vivre sur
terre.
Ce progrès des nouvelles technologies n'ont pas tardé à se faire remarquer sur la
modification de la structure de la nature. Dans les années 1960, certains croyaient encore à la
pureté de la nature, mais avec les recherches approfondies on a découvert qu'il s'agissait d'un
mythe car ça fait belle lurette qu'une telle nature a disparue. Comme le dit d'ailleurs Naess :
dans le courant des années 1960, et jusqu'au début des années 1970, bien des gens aimaient se référer à
l'idée d'une nature qui serait encore " intacte " . Mais le développement de nos connaissances dans le
domaine de l'histoire des paysages, et la mesure de plus en plus précise des effets globaux de la pollution
des sols, de l'air et des océans nous ont conduits à réaliser tristement qu'une telle nature n'existe plus
depuis longtemps.2
Telle est la situation écologique de la planète après cette longue série des mutations du
XIXème et XXème siècle, nous sommes alors en droite ligne de s'attendre à une série de
crises écologiques.
2
Barra, M, Hertin, L et Lecuir, G, Économie et biodiversité ; produire et consommer dans les limites de la
biosphère, Paris, éditions victoires, 2014, p14
1
Tsalla Mbani. A. Les défis de la bioéthique à l'ère éconofasciste . op. cit . p40
2
Naess , A , Ecologie, communauté et style de vie, op, cit , pp227-228
38
Chapitre III: des assises philosophiques du rejet naessien de
l’économie anti-écologiques
L'arsenal conceptuel de l'écologie profonde de Naess n'est pas ex nihilo, elle est
tributaire d'une série d'influence extérieur. Comme Edmund Husserl le disais que toute
conscience est conscience de quelque chose renchérit par Roger Verneaux en ces termes «
quelle que soit l’originalité d’un philosophe, on peut toujours l’expliquer par les sources qu’il
s’est choisies, par les influences qu’il a subies. Il est en quelque manière le point de rencontre
d’un certain nombre de ligne » 1, en revenant chez le sage norvégien, ceci signifie que son
édifice philosophique se fonde sur le roc philosophique de ses devanciers. Des penseurs à
l'instar de Baruch Spinoza, Emanuel Kant et Mahatma Gandhi ont été des créanciers
conceptuels et épistémologiques du philosophe norvégien. Chacun de ses auteurs aura
abondamment contribué à la sédimentation de la pensée écologique chez Naess et aura
ventilé sa sentence de la mise à mort de l'économie néolibérale qui sape au jour le jour les
conditions d'habitabilité de la planète toute entière. Pour y parvenir, nous nous attarderons
d'abord sur le legs immanentiste spinoziste chez Naess, ensuite l'influence de la morale
kantienne en rapport à l'écologie du sage norvégien et en fin la contribution de la force
morale de la non-violence de Gandhi dans la structuration de la pensée de Naess.
Par cette philosophie, le sage norvégien voit en Spinoza un rempart majeur de la pensée
écologique, car pour le père de l'Ethique, la Nature est une réalité vivante elle n'est pas
quelque chose de « bien ennuyeuse, muette, sans odeur et sans couleur » 3, elle est autre que
ce que l'on croit. La terre « à une âme, elle est libre, elle a de l'amour, elle a un langage » 4.
1
Verneaux, R, Histoire de la philosophie moderne, Paris, Beauchesne, 1997, p. 137.
2
Naess, A, Réalisation de Soi, op., cit., p.115.
3
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p. 96.
4
Ibidem
39
L'amour de la nature s'observe à travers sa bienveillance envers les habitants de la terre. Elle
nourrit l'humanité, elle nous fournit un habitacle, elle régénère de l'oxygène indispensable à la
vie. L'âme de la nature est ce qui rend la planète vivante toute en vivifiant tout ce qui est sur
terre. L'âme de la nature confère alors vie à la planète toute entière. Quant au langage de la
maison commune, il est saisissable à travers les variations climatiques, les changements des
saisons qui révèlent l'état de santé de la planète, l'affolement des oiseaux lors des catastrophes
imminentes. Le fameux « cœur de voh » 1 dont parle le militant écologiste français Yann
Arthus-Bertrand dans son ouvrage intitulé La terre vue du ciel illustre clairement le langage
de la terre.
Dans cet ouvrage, l'écologue français présente une photographie d'un cœur en pleine
mangrove dans la Nouvelle Calédonie, ce cœur formé par la tanne au cœur d’une mangrove
de 4 hectares reflète les variations climatiques et l'état de la terre. Yann Arthus-Bertrand n'a
d'ailleurs pas hésité d'hypothéqué sa maison afin de pouvoir réaliser son expédition au
lendemain de la COP6 tenue au Pays-Bas en 2000. Depuis cette photographie, « ce paysage
est devenue l’image symbolique de l’attachement des hommes à la nature » 2 car par ce cœur,
la nature communique ses états d'âmes à l'homme.
1
Yann. A, La terre vue du ciel : un portrait aérien de la planète, Paris, édition de la Martinière, 1999.
2
Jean-Michel Le bigre, «Le " Cœur de Voh ” (Nouvelle-Calédonie)», Les Cahiers d’Outre-Mer [Online], 225 |
Janvier-Mars 2004, Online since 13 February 2008, connection on 28 April 2025. URL:
[Link] DOI: [Link]
3
Le Grand Robert de langue française (2004
4
Op., cit., p. 73.
40
commune dans un principe commun le désir à la vie. Ce vitalisme naessien infléchi le
conatus de Spinoza.
Ce dernier se définit selon Schopenhauer comme « une force aveugle et irrésistible, une
et universelle, à la fois libre et nécessaire, absurde et indestructible » 5. Ceci voudrait dire que
le vouloir vivre est une force en soi nécessaire et indestructible propre à tout être. Il est
l'essence fondamentale des choses. Ce vouloir vivre chez Schopenhauer est la volonté. Il
définit cette faculté comme « la substance intime, le noyau de toute chose particulière,
comme de l'ensemble, c'est elle qui se manifeste dans la force naturelle aveugle, elle se
retrouve dans la conduite raisonnée de l'homme »6 et des organismes non humains. La
volonté apparaît ici comme le principe vivifiant et unifiant des existants. Le dénominateur
commun de tout être-monde est la volonté avec Schopenhauer. Il y a là on le voit la
continuité du spinozisme chez Arthur Schopenhauer. Entre l'homme et la nature il y a
seulement une différence des degrés d'objectivité de volonté.
1
Comte-Sponville, A, Dictionnaire philosophique, op., cit., p.184.
2
Spinoza, B, Éthique, op., cit., p. 133.
3
Op., cit., p.971.
4
[Link]., ibidem
5
Comte-Sponville, A, Dictionnaire philosophique, op., cit., p. 972.
6
Schopenhauer, A, Le monde comme volonté et comme représentation, Paris, traduit par Auguste Bordeau ,
édition Librairie Félix Alcan, 1912, p. 174.
41
Cette dernière est le lien unificateur des existants et qui assure le continuum
ontologique entre l'homme et la nature. Les éléments de la nature sans exception manifestent
le vouloir vivre. Chez les roches, la force d'attraction qui pousse les roches à toujours
retomber sur la terre manifeste le désir de cette roche à la vie dans la mesure où l'être profond
de la roche reconnaît qu'il ne peut pas vivre dans l'air mais sur la terre. La plante est toujours
en compétition pour recevoir l'éclairage du soleil quel que soit l'environnement, car chaque
plante reconnaît que sa vie en dépend du soleil. S’agissant des oiseaux, ils ont dès leur jeune
âge l'instinct des airs car ils savent dans leur être profond que leur épanouissement est assuré
dans l’air. Pour les poissons ils ont une force d'attraction pour l'eau. Un poisson hors de l'eau
cherchera autant que possible à retourner dans l'espace aquatique car c’est gravé dans son être
que c'est l'eau qui ne peut que vivre et pareil chez les hommes. Tout homme autant que
possible est en perpétuel lutte pour la survie. Cette volonté de vivre étant présente chez tous
les êtres, il apparaît clairement et sans réticence que « la volonté est l'essence des
phénomènes de la matière brute comme de la matière vivante » 1. La volonté est alors un
attribut ontologique de la matière organique et vivante. Elle est ce qui unifie la diversité des
existants. Le conatus de Spinoza qui est le principe fondamental de l'essence de l'esprit
correspond chez Schopenhauer ou vouloir vivre. Nous sommes là dans ce que Naess appelle
la philosophie de l'unité dans la diversité, de la complexité dans l'unité et de l'un et le multiple
de Plotin. C'est justement pour démontrer l'unité des existants en dépit de leurs disparités que
Schopenhauer affirme :
Déjà, en considérant la nature brute, nous avons reconnu pour son essence intime l’effort, un effort
continu, sans but, sans repos ; mais chez la bête et chez l’homme, la même vérité éclate bien plus
évidemment. Vouloir s’efforcer, voilà tout leur être ; c’est comme une soif inextinguible. Or tout vouloir
a pour principe un besoin, un manque, donc une douleur ; c’est par nature, nécessairement, qu’ils doivent
devenir la proie de la douleur. Mais que la volonté vienne à manquer d’objet, qu’une prompte satisfaction
vienne à lui enlever tout motif de désirer, et les voilà tombés dans un vide épouvantable, dans l’ennui ;
leur nature, leur existence leur pèsent d’un poids intolérable. La vie donc oscille, comme un pendule, de
droite à gauche, de la souffrance à l’ennui.2
Il apparaît clairement que tout être sans distinction manifeste un attachement invertébré
à la vie. Nul ne veut la mort, mais tous veulent persévérer dans leur être en s'adaptant à
diverse conditions de vie. C'est justement dans cette veine que Naess va construire son édifice
philosophique, laquelle perçoit le monde comme une gestalt, c'est-à-dire une totalité. Cette
conception fait impasse à l’ontologie de la duplication que sous-tend l'économie néolibérale.
L'ontologie de la duplication est cette vision bipolaire du monde qui pose l'homme dans un
conflit à mort avec son milieu naturel. Selon cette ontologie, il existe une fission entre
1
Ibid., p. 179.
2
Comte-Sponville, A, Dictionnaire philosophique, op., cit., p. 973.
42
l'homme et la nature et affirme que le salut de l'homme n'est possible qu'au moyen d'un
détachement avec son milieu naturel. Le monde artificiel est de facto le paradis de l'homo
œconomicus. Aux antipodes de cette bipolarité cosmique, on retrouve l'ontologie du non
duplication que Naess qualifie d'ontologie réaliste. Cette dernière vibre par sa vision
holistique et gestaltiste de la nature. Cette vision constitue d'ailleurs le socle à la fois
granitique et monolithique du refutationnisme naessien de l'économie anti-écologique
ambiante qui sape sans remords les conditions d'habitabilité de la vie sur terre. Naess le dit
d'ailleurs « la pensée de champ gestaltiste va à l'encontre du statut de la distinction homme-
environnement » qu'on rencontre dans l'économie néolibérale.
En outre, chez Spinoza la présence de Dieu dans la nature infuse en l'écologie une
diversité d'attribut qui s’unifie en Dieu. Tout existant est de ce fait le reflet de la bonté
divine. La puissance de Dieu ou la nature est manifeste et perceptible dans les créatures qui
peuplent la maison commune. Il va s'en dire que l'unicité des existants est en Dieu où la
Nature, en tant que Dieu est la source créatrice de tout existant. Spinoza est en consonance
avec cette idée lorsqu'il affirme « tout ce qui existe exprime la nature de Dieu, autrement dit
son essence, d'une façon certaine et déterminé, c'est-à-dire que tout ce qui existe exprime
d'une certaine et déterminée»1. Par-là, il apparaît clairement qu'un existant n'a d'existence
contingente. Puisqu'il n'existe rien dans la nature qui ne soit pas nécessaire et pré-ordonné de
toute éternité par la Nature ou Dieu. C'est justement dans cette logique que Naess va
structurer sa thèse d'interdépendance et interconnexion inouïe de tous les êtres de sorte que le
retrait où la disparition de l'un entraine des perturbations écologiques. Ceci en raison de la
nécessité de tous les organismes qui peuplent la nature. Il s'établit clairement que l'analyse
des causes profondes de la crise écologique actuelle par Naess est en connivence avec
l'immanentisme de Spinoza. Car pour le premier auteur, tous les êtres de la nature ont un lien
de nécessité, et la rupture de ce lien entraînera inéluctablement une crise puisque la Nature ou
Dieu ne fait rien en vain, mais par nécessité. C'est justement pour cette raison que « dans
l'écosophie T, la complexité [...] est une qualité des organismes et leurs réalisations. Elle se
caractérise par des connexions intimes et une interdépendance profonde entre des facteurs ou
des éléments multiples »2. Il résulte du principe de complexité que sous-tend l'écosophie de
Naess une imbrication profonde de tous les éléments de la nature. Cette conception s'érige en
levé de bouclier du néolibéralisme qui a instauré une bipolarité cosmique homme nature. Le
rejet de Naess est bien adossé sur des principes philosophiques solides.
1
Spinoza, Éthique, op., cit., p.50.
2
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p. 318.
43
De plus, la présence de Dieu dans l’écosystème engendre des effets, sacralise la
nature. L'écologie devient de ce fait sacrée puisque Dieu y est présent dans la nature. Il n'est
plus acceptable de jouer au vas tout avec la biodiversité au regard de sa sacralité. Il s'ensuit
que l'immanence de Dieu s'accompagne de « la sacralisation inconditionnelle de la vie et par
conséquent de la nature en général » 1. De plus, l'amour de Dieu est indétachable de l'amour
de ses créatures et le regain de Dieu s'accompagne également de la haine envers ses créatures.
Ainsi, l'amour voir la connaissance de la Nature ou Dieu qui est chez Spinoza la connaissance
intuitive, la connaissance du troisième genre confère joie et bonheur. Ce filon analytique se
retrouve également chez Naess.
En effet le sage norvégien défini la joie comme « une émotion à travers laquelle l'esprit
est censé atteindre une perfection plus grande » 2. Ainsi la connaissance du lien que l'homme
entretien avec son environnement est source de joie et de sobriété envers l'utilisation des
ressources de la nature. Au moyen du processus d'identification qui « désigne l’évolution,
résolument positive, par laquelle nous assimilons tout notre environnement pour nous fondre
en lui »3. L'identification dans l'écosophie de Naess est la condition sine qua non de
l'unification de l'homme au grand Soi écologique.
Par l’identification nous pouvons communiquer, sentir, festoyer et s’unir avec la terre,
nous pouvons comprendre la voie du vent, le crie de la terre, percevoir la joie qu’il y a dans
l’arbre au lever du soleil et sa tristesse au coucher du soleil. C’est justement pour cette raison
que « la perspective écosophique se développe par le biais d’une identification si profonde,
que l’ego personnel ne peut plus se contenir, le moi (self) dans leurs limites. Chacun
s’éprouve alors soi-même comme partie intégrante de toute vie » [Link] réalisation de Soi est
alors comprise comme l’élargissement du moi vers la nature, gage d’une altérité monde de
l’Être-ensemble. Ce processus est source de joie, d'empathie envers les organismes de la
nature. Comme le dit Naess, quand nous nous identifions à la nature «le bien-être des autres
nous inspire alors de la joie et leur malheur de la tristesse » 5. Il apparait clairement que
l'économie néolibérale qui détruit les réseaux écologiques et les corridors écologiques accroît
cette tristesse des écologues et les prives de la joie que procure la nature. La destruction des
communautés biotiques est alors source de tristesse.
1
Ibid., p. 313.
2
Ibid, p. 117.
3
Naess, A, Écologie joyeuse, op., cit., p. 118.
4
Op., cit ., p.278
5
Ibid., p. 279.
44
De plus chez Spinoza, le « divin interpénètre les choses de la nature » 1, il s'agit d'une
thèse panthéiste qui brille par l'imbrication de Dieu dans la nature. Le philosophe norvégien
fera de cette imbrication divine dans la nature un pilier majeur de sa philosophie de l'unité.
Dieu substance infinie, le macrocosme, imbriqué dans la nature signifie que chaque micro
organise reflète le tout qui est Dieu. Cette idée laisse transparaître le postulat de la mode de la
période moderne. Il s'agit du postulat selon lequel « le microcosme reflète le macrocosme » 2.
C'était justement ce qu'avait voulu démontrer Spinoza lorsqu'il présentait les manifestations
des attributs de Dieu dans chaque existant. Ceci voudrait dire qu'un être de la nature est le
reflet du divin, le grand tout. Cette idée apparaît également chez Arne Naess dans sa
philosophie gestaltiste.
Toutefois, il reste loisible de noter que le sage norvégien interpelle les hommes à poser
des belles actions envers la nature et à user de la non-violence dans l’action écologique. Cette
interpellation laisse en filigrane une redevance kantienne et gandhienne dans l'armature
conceptuelle et philosophique de Naess. L'infusion de la morale kantienne et celle de la non-
violence de Gandhi dans l'écologie profonde constituera d'ailleurs l'épine dorsale du rejet
naessien de l'économie néolibérale qui charançonne de jour en jour les conditions
d'habitabilité de la terre.
L’impératif catégorique selon Emmanuel Kant est ce qui représente « une action
comme nécessaire pour elle-même, et sans rapport à un autre but, comme nécessaire
1
Naess, A, Écologie joyeuse, op., cit., p. 89.
2
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p. 316.
3
Ibidem.
45
objectivement »1. Ceci voudrait dire que l'impératif catégorique pose l'action comme étant
purgée de tout intérêt. L'action est alors objective puisque désubstantialisé de toute forme de
penchant, d'intérêt et de motivation. Il apparaît clairement que l'intérêt érode la moralité de
l'acte. Cette philosophie propre à Emmanuel Kant, en conformité avec la morale de La
Rochefoucauld va constituer le socle granitique de la critique naessienne de l'économie
néolibérale qui donne plutôt la priorité aux intérêts individuels au détriment des intérêts
collectifs et écologiques.
En effet, dans Les fondements de la métaphysique des mœurs, Kant élabore les
maximes morales de l'agir humain. Ainsi selon lui, l'acte moral doit être universel et
désintéressé. Universel dans la mesure où elle doit être moralement bon partout sans
exception. Un acte moralement bon s'impose sans réticence, il crée l'accord des esprits. Ceci
voudrait dire que l'acte moral doit être en conformité avec les lois de la raison. Parmi ces lois
de la raison, nous avons le principe d'identité, le principe de non-contradiction, le principe du
tiers exclu et de la raison suffisante. La loi de l'identité stipule qu'une chose est égale à elle-
même et non à autre chose. Quant au principe de non-contradiction, il affirme qu'une
proposition ne peut pas être à la fois vraie et fausse en même temps. D'après le principe du
tiers exclu, une proposition doit avoir une seule valeur de vérité, soit la valeur vraie soit la
valeur fausse c'est-à-dire sans valeur intermédiaire. Quant au principe de la raison suffisante,
il affirme que tout ce qui existe à une raison ou une cause suffisante pour son existence, par
conséquent rien ne peut exister sans avoir une explication où encore une justification
rationnelle. Par ces quatre principes, il apparaît de toute évidence que la loi morale est
objective et universelle. Ainsi, Kant afin de purger l'acte morale de toute intérêts, il va
préconiser de fonder cet acte sur les principes de la loi morale qui se veut universelle et
objective. C'est justement pour cette raison qu'il affirme «Agis uniquement d'après la maxime
qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle».2 Ceci
voudrait dire que l'acte moral doit être universellement bon.
46
Universel car elle repose sur les principes moraux communes à tous les hommes. Et
puisque les principes moraux exigent que nos actes puissent être érigés en règles universel, il
s'ensuit l'effectivité de l'universalité de nos actes moraux. Dans cette logique, la maxime qui
en découle est la suivante : « agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir
en même temps qu’elle devienne une loi universelle » 1. Ainsi, il apparaît aussi que l'impératif
catégorique n'est pas limité puise qu'elle se fonde sur les principes objectifs de la raison
pratique.
L'acte moral est donc nécessaire dans la mesure où il prend appui sur l’impérative
catégorie. Il s'agit de ce qui représente «l'action comme nécessaire pour elle-même et sans
rapport à un autre but, comme nécessaire objectivement». 2 Ainsi, il en découle que l'acte
morale tire sa nécessite de l'impératif catégorique qui est d'ailleurs une commande morale à la
fois absolue et inconditionnel. Cette morale, qui se limite dans le cadre de l'altérité
influencera Naess dans la mesure où l'acte moral est purgé de toute intérêt individuel, il
estime que cet acte peut « préserver la diversité de la vie sur la planète »3car il gomme tout
intérêt égoïste et individuel. Le sage norvégien va s'en servir pour critiquer les politiques de
l'économisme néolibéral qui accordent sans une priorité absolue aux intérêts individuels ou
détriment des intérêts collectifs et environnementaux. Kant, reconnaissant que l'intérêt érode
la moralité de l'acte moral, il va fonder la valeur morale aux antipodes des penchants égoïste.
Tout ceci en bon ton avec La Rochefoucauld qui déclarait d'ailleurs que « les vertus se
perdent dans l’intérêt comme les fleuves se perdent dans les mers » 4. Il en ressort ainsi que
l'intérêt inhibe la moralité de l'acte.
Naess dans le cadre écologique élargi la morale kantienne afin qu'elle puisse prendre en
charge les générations futures. Ainsi il prend dans le lexique de Kant la notion de belle action
qui se définit d'ailleurs d'après les Considérations sur l'optimisme ( 1759) de Kant comme «
un agissement qui, en plus d'être moral, serait totalement bienveillant et souhaite» 5. Ainsi,
toute démarche écologique se coiffe de bonne volonté et Naess ne tarde pas à confirmer cela
lorsqu'il affirme :« on dira d'une personne qu'elle a commis une belle action lorsqu'elle agit
avec bienveillance en vertu d'une inclination personnelle » 6. Ainsi, l'acte bienveillant envers
la nature, contraste avec la conception hostile de la nature. Également il rame à contrecourant
1
Ibidem .p. 54.
2
Ibid. p. 44.
3
Naess, A, Vers l’écologie profonde, op., cit., p. 190.
4
La Rochefoucauld, les maximes(1665), Paris, édition Flammarion, 1994, p.110
5
Mathilde.R, Écologie profonde, que sais -je ,op,citations,p.12
6
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p.149.
47
de la conception de la nature comme ressources économiques et s'oppose de ce fait à tout
dualisme homme-nature. Au contraire, l'acte bienveillant n'est possible dans le cadre
écologique que lorsque la nature est perçue comme quelque chose de grande valeur, et donc
nous sommes appelés à aimer et préserver avec joie, sans contraintes ni intérêt économique
en arrière-plan. L’hypocrisie écologique n'a donc pas droit d'être citée dans le registre de
belle action dans le cadre de l'écologie chez le sage de Tvergastein. Il n'utilise pas milles mots
pour le déclarer cela. Il affirme d'ailleurs qu'une belle action, bienveillante envers la nature
est :
Ce qui se passe lorsque l'environnement n'est pas considéré comme quelque chose d'étranges et d’hostile,
auquel on doit péniblement s'adapter, mais comme ça une chose de grande valeur que nous sommes
enclins à traiter avec joie et respect et dont nous sommes enclins à tirer parti pour satisfaire nos besoins
vitaux1.
Dans cette logique, il s'établit alors une nouvelle forme d’impératif catégorique, lequel
n'est plus seulement antropocentré comme pour Kant, mais plutôt écocentré, c'est à dire
fonder sur la préservation des conditions d'habitabilité de la vie sur terre. Ce nouvel impératif
catégorique a d'ailleurs été formulé par le bio-conservateur Hans Jonas.
48
raisonnable. La sacralité et la dignité de la personne humaine est un fait avéré et objectif. La
maxime kantienne brille alors par son positionnement, lequel fonde l'homme comme un être
de dignité, une fin en soi. Kant affirme d'ailleurs « agis de telle sorte que tu traites l'humanité
aussi bien dans ta personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et jamais
simplement comme un moyen »1. Il apparaît alors que l'homme a une valeur intrinsèque
inaliénable et hors des prix. Naess va transposer cette maxime dans le contexte écologique
pour en conférer une dignité aux animaux, au regard de l'égalitarisme biosphérique qui existe
entre les hommes et la nature. Cet élargissement de la maxime kantienne dans le contexte
écologique chez Naess va se ressentir sur sa critique de l'exploitation des ressources
naturelles et des êtres vivants pour des fins purement économiques. C'est là où Naess
rencontre la tradition l'ayant précédée tout en marquant sa différence. Il ne limite pas la
morale dans le cadre anthropologique, il l'étend dans l'écosphère pour y former une nouvelle
maxime. Cette maxime s'illustre comme suit : « toute vie a une valeur intrinsèque, et cette
réalité devrait sous-tendre toute nos actions et toutes nos réalisations » 2, renchéri par son
disciple comme suit : « aucun être vivant, aucun fleuve, aucun bois de notre monde ne peut
être traité simplement comme une ressource » 3. Il apparaît clairement que l'écologie profonde
puise dans la philosophie Kantienne des principes moraux pour en élargir au cadre
écosphérique. Désormais, le nouvel impératif catégorique écosphérique, se révèle humanisant
car il plaide pour la préservation de l'équilibre écologique et s’oppose aux principes de
l'économie productiviste et consumériste qui domine actuellement le monde. Toutefois, Arne
Naess préconise le recours à la non-violence dans l'action écologique. Le recours à la non-
violence laisse transparaître une redevance de la philosophie de Gandhi dans l'armature
écologique du sage norvégien.
49
En effet, la non-violence de Gandhi était à la fois une philosophie de l'ouverture de soi
au monde. L'armature axiologique du père du mouvement de la non-violence était sur un roc
spirituel à savoir le bouddhisme. Cette religion se définit comme « le chemin juste, parfait,
éclairé qui conduit même à l'essence des choses, il est la raison absolue se réparant de toutes
fausses conceptions différenciés, révélées par les éveillés eux-mêmes » 1. Par-là, on comprend
que le bouddhisme est une religion qui conduit à la connaissance intime et profonde des
choses. Selon cette religion, « le chemin de l'action (Karmamarga) conduit le ( Kamayogi) à
entre en contact avec toutes les créatures[...] tel est le chemin que suivit Gandhi » 2. Ceci
voudrait dire que le chemin de la délivrance, et de l'altérité passe par la connaissance de soi
pour s'élargir aux autres. Cette connaissance de soi est corolaire de la connaissance de l'autre
puisqu'il est son alter ego. En clair, la connexion avec le monde passe par une paix intérieure.
Cette harmonie intérieure se reflète de l'extérieur par la paix, le dialogue, le pacifisme et la
non-violence. Or avec l'économie néolibérale, cette paix envers ses semblables à foutu le
camp et désormais les relations interindividuelles sont régies par les intérêts «
éconocratiques». Dans ce contexte, la violence, la barbarie, et le recours aux armes sont
devenues très commodes. Ce recours à la violence est tributaire de la guerre concurrentielle
qu'engendre l'économisme. Il s'agit d'une guerre de tous contre tous. Il semblerait que
l'économie néolibérale à fait rebours à l'état de nature belliqueux de Thomas Hobbes où
régnait d'ailleurs un état outré d'insécurité permanent. Cette lutte acharnée que sous-tend
l'économisme ambiant se révèle à la fois nocive pour la cohésion sociale et écosystémique.
50
saurait alimenter ni cautionner un tel phénomène d'extermination des mammifères, au
contraire, elle rapprocherait d'avantage les hommes avec les animaux de sorte que les deux
puisse former une communauté biotique. C'est justement pour cette raison que Naess voit en
Gandhi le défenseur de la réalisation de soi de tous les êtres vivants.
Tout système philosophique qui considère l'ensemble des choses comme réductible à l'unité, soit au point
de vue de leur subsistance, soit au point de leur subsistance, soit au point de vue des lois (logiques ou
physiques) par lesquelles elles sont régies soit en fin au point de vue morale1.
En d’autres termes, le monisme affirme l'unité symbiotique des existants. Ceci
voudrait dire que Gandhi croyait en l'unité fondamentale de tous les êtres en dépit de leurs
disparités.
Selon lui, l'égalité des tous les hommes est un fait avéré indiscutable. Cette égalité
anthropologique part du fait que tous les hommes ont pour attribut ontologique la raison, la
respiration de l'air pour vivre, et partage la terre comme seul maison commune. Et Gandhi
étant cette égalité plus large. Il affirme l'égalité homme-nature, en partant du principe que
tous les existants ont en commun la planète terre pour seul maison commune, partant de cette
logique, toute vie à droite à une dignité inaliénable. Puisque tous les existants forment une
seule communauté biotique. Gandhi se présente alors comme un écocentriste invertébré de
par l'égalitarisme biosphérique que sous-tend sa vision du monde. Comme le dit d'ailleurs
Naess, « Gandhi a mis en lumière la relation qui existe entre la relation de soi, la non-
violence et ce qui a parfois été appelé l'égalitarisme biosphérique » 2. C'est justement pour
cette raison que le père de la non-violence reconnaissait à tous les êtres un droit absolu à la
dignité et au respect. C'est dans ce sillage que Naess forgera son prince d'égalitarisme
biosphérique, en consonance à celle de son maître Gandhi.
51
au génocide écologique en ceci que « l'affirmation selon laquelle une forme de vie comporte
une plus grande valeur intrinsèque qu'une autre conduit parfois à penser que cette forme de
vie à le droit d'agresser et de tuer les êtres qui sont à sa merci » 1. Il apparaît clairement que
l'inégalitarisme biosphérique engendre les excentricités écologiques.
En effet, la religion bouddhiste est perçue comme l'écologie avant la lettre. Cette
religion brille par une conception du monde qui vibre en phase avec l'écologie moderne. Le
bouddhisme affirme l'interdépendance et l'imbrication de tous les êtres vivants tout en
reconnaissant a l'homme une responsabilité écologique et trans-générationnelle. Dans cette
logique, cette religion contraste inexorablement avec la maltraitance animalière, à la chasse et
à la vivisection car pour le bouddhisme, un animal possède une âme. Le simple fait pour un
organisme non-humain d'en posséder une âme le confère une sacralité et une dignité avérée.
Comme le remarque d'ailleurs Jean-Marie Pelt, « le bouddhisme campe donc sur une position
forte : un respect absolu de la vie, de toute vie et la condamnation de toute violence envers
quiconque »3. Cette religion, en reconnaissant une dignité et un respect absolu à la vie se
coiffe des valeurs écologiques. Elle se situe de ce fait aux antipodes de l'écologie
superficielle, laquelle brille par son hiérarchisation des degrés de sacralités de vie
Dans cette forme d'écologie, la vie qui est digne de tout respect est celui de l'homme en
tant qu'il est au sommet de l'échelle des valeurs, est porteur d'une âme et est façonné à l'image
de Dieu. Au bas de l'échelle se trouve alors des organismes non humains qui vont jusqu’aux
espèces inorganiques. Ceux-ci n'ayant qu'une dignité relative. Cette thèse est en déphasage
1
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p. 268.
2
Op., cit., p.99.
3
Jean-Marie Pelt, Steffan. F, Nature et Spiritualité, op., cit., p.79.
52
avec Naess, qui puise en Gandhi une conception tout à fait écologique de l'homo sapiens. Il
entretient avec les autres êtres un lien d'interdépendance et porte en lui la charge de veiller au
bien-être des autres formes de vie. L'homme avec Naess acquiert une responsabilité
planétaire. Ceci voudrait dire que dans l'écologie de Naess, laquelle est en bon ton avec la
non-violence de Gandhi, il y a dilatation de l'égo au profit de l'ouverture aux autres êtres.
Il était question de présenter les sources de la crise écologique actuelle, impulsée par
l’économie néolibérale. Il en ressort premièrement avec Arne Naess que cette crise
écologique ne tire pas ses racines dans l’économie antique et moyenâgeuse car durant ces
moments de l’histoire, l’économie était une entreprise normative soucieuse des questions
écologiques. Mais au cours de son émancipation à la période moderne, elle s’est détournée
des questions écologiques, ce qui a conduit à la mise à prix de la nature. C’est de là que
s’origine les racines de la crise écologique actuelle. Deuxièmement, il en ressort que le
productivisme impulsé par les mutations scientifique et techniques du XIXème siècle et
l’essor des nouvelles technologies du XXème siècle ont largement contribué à l’avènement
de l’économie néolibérale mais aussi ont amplifié la monétarisation de la nature tout
détériorant encore plus les écosystèmes. En fin, on retient que le rejet d’Arne Naess de
l’économie néolibérale vers l’adoption de l’économie des communautés repose sur les bases
philosophiques de ses devanciers à savoir Baruch Spinoza, Emmanuel Kant et Mahatma
Gandhi. Les philosophies de ces auteurs constituent le roc philosophique de l’écosophie
d’Arne Naess qui brille par le rejet de l’économie néolibérale en faveur de l’économie des
communautés qu’il estime le mieux outillé à lutter efficacement contre la crise écologique
actuelle amplifié par l’économie néolibérale.
53
DEUXIÈME PARTIE : DU REJET NAESSIEN DE L’ÉCONOMIE
CONSUMÉRISTE/PRODUCTIVISTE AUX CONSÉQUENCES
FÂCHEUSES SUR L’ÉCOLOGIE À L’APPROBATION DE
L’ÉCONOMIE DES COMMUNAUTÉS
Dans cette deuxième partie de notre réflexion, il sera question de présenter les mobiles
qui poussent Naess à pointer du doigt l'économie néolibérale d'être responsable de
l'aggravation de la crise écologique ainsi que les solutions pratiques que Naess proposent
pour lutter efficacement contre cette crise écologique aggravée en partie par l'économie
néolibérale. Ainsi, dans notre premier chapitre, il sera question de présenter les modes de
production de l'économie néolibérale d'être responsable de l'accélération de la crise
écologique actuelle au regard de sa surproduction qui appauvrissent systématiquement le
capital naturel et son système de production qui gomme la valeur intrinsèque de la nature
pour n'accorder qu'une valeur monétaire, extrinsèque.
54
Dans notre deuxième chapitre, il sera question de présenter en quoi le consumérisme de
l'économie néolibérale à participer à l'aggravation de la crise écologique. Le consumérisme
de l'économie néolibérale qui fait de la surconsommation des ressources naturelles et la
promotion du haut niveau de vie écocidaire son credo, participe à l'accélération de la crise
écologique actuelle.
55
4.1- De l’aggravation de la crise écologique actuelle au moyen d’un sur productivisme
ostentatoire de l’économie néolibérale
Selon Arne Naess, l’économie néolibérale n’est pas à même de garantir le bien-être à
long terme des humains ni encore moins ceux des organismes non-humains dans la mesure où
elle secondarise le bien-être de l’humanité à la rentabilité monétaire. Le système économique
ambiant brille par sa course frénétique vers la satisfaction des besoins hypertrophiques du
marché. Par cette quête, elle pressurise les ressources naturelles. Elle est responsable de
l’aggravation de la crise écologique actuelle. Ce système qui repose sur la mondialisation a
pour analyseur du bien-être le Produit Intérieur Brute (PNB). Or pour le sage norvégien, le
Produit National Brut qui renvoie d’ailleurs à la quantité des matières premières qu’un État
exporte au marché mondial n’est pas l’indicateur adéquat du niveau de bien-être d’un État.
Elle catalyse plutôt l’érosion massive de la biodiversité car elle fonde la richesse d’un pays
dans la quantité des ressources naturelles exporté au marché mondial. Dans cette logique, il
s’ensuit une légitimation de la surexploitation et la surproduction dans la mesure où le pays
économiquement le plus riche est celui qui détient un fort PNB. Ce dernier se présente alors
comme un paramètre neutre pour le père de l’écologie profonde, qui ne traduit par réellement
la qualité de vie d’un pays. Selon lui, « le PNB est, en un certain sens un paramètre
axiologiquement neutre, une mesure d’activités ne fournissant pas d’indication sur la valeur
des activités concernées, ni sur la valeur de ce qui est créé » 1. L’économie néolibérale en
fondant la croissance économique sur le PNB se drape pour ambition la quête vertigineuse de
la croissance économique par-delà les limites écologique de la planète mais encore par-delà le
niveau d’épuisement des ressources naturelles.
1
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., pp. 185-186.
2
Naess, A., Pour l’écologie joyeuse, op., cit., p.3.
3
Naess, A., Vers l’écologie profonde, op., cit., p. 191.
56
laquelle satisfaction débouche sur l’accélération des exportations des matières premières à
l’étranger.
L’agriculture moderne s’accompagne aussi de l’usage des substances chimiques qualifiées d’herbicides,
pour la lutte contre les végétaux indésirables, c’est-à-dire contre les plantes parasites ou compétitrices des
plantes cultivées. Cet emploi des substances chimiques herbicides est responsable de la destruction des
communautés végétales et de la raréfaction des espèces particulières. Les effets de cet usage sont encore
plus graves dans les milieux aquatiques, étant donné que les eaux courantes transportent les substances
toxiques loin de leur lieu de déversement.1
57
souligne Naess, « le PNB tend à être traité comme s’il signifiait qualité de vie nationale brute,
plaisir national brut, bonheur national brut ou perfection nationale brute» 1. Or la qualité«
s’entend en référence à une vie riche en émotions positives, à une vie faite de joie » 2, elle
implique les conditions de travail, de santé, l’éducation, si les personnes sont heureux ou pas.
Contrairement au niveau de vie qui renvoie aux conditions de vie matérielle, c’est-à-dire dire
la quantité des biens et services que consomme un individu où une population dans un milieu
donné. Par-là, il apparaît de toute évidence une confusion du bien-être et le niveau de vie
dans l’économie néolibérale. Cette confusion engendre une productivité demeurée nourrit par
le projet d’« accumulation où capitalisation des biens » 3. Le système économique actuel en
faisant du PNB l’indicateur du bien-être des individus se drape alors des gènes écocidaires
dans la mesure où elle encourage une « exploitation sans limite des ressources naturelles ».
De toute évidence, l’idéologie néolibérale participe à l’aggravation et à l’accentuation de la
crise écologique actuelle dans la mesure où elle fonde le bonheur dans l’opulence et la
possession des biens matériels.
De plus, l’économie néolibérale dans son élan de productivité hors norme écologique
infléchi en l’homme une agressivité barbare envers la nature. Il s’agit de l’antipathie propre à
l’homo œconomicus du système néolibérale qui brille d’ ailleurs par le recours des
technologies lourdes dans la chaîne de production. Ces technologies multiplient la
maltraitance, l’aspérité de la nature. Ceci laisse transparaître que « nôtre rapport
fondamentale avec les objets se résume dans la guerre et la propriété » 4. Cette aspérité des
hommes envers la nature est tributaire de l’imbrication de l’économie néolibérale dans la
mentalité de l’homme contemporain. Ce qui revient à dire que l’économie néolibérale a eu
pour effet l’émasculation de la sensibilité et de l’empathie voir la compassion de l’homme
envers la nature. Cette remarque est d’ailleurs perceptible chez le sage norvégien lorsqu’il
affirme que « les interventions brutales des êtres humains dans la nature sont le reflet de leur
activité économique »5. Ceci signifie que l’activité économique actuelle qui brille par la
course acharné vers la productivité campe pour l’autodestruction des équilibres écologiques.
Ce filon analytique transparaître de façon invertébré chez le bioéthicien camerounais André
Liboire Tsala Mbani.
1
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 186.
2
Ibid. p. 144.
3
Obadia, L., La marchandisation de Dieu : l’économie religieuse,Paris, édition CNRS, 2013, p. 109.
4
Serres, M., Le contra naturel, Paris, édition François Bourdin, 1990, p. 58.
5
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 209.
58
En effet, pour le bioéthicien camerounais, la course frénétique à la productivité auquel
se livrent les pays industrialisés se fait en marche de toute les normes écologiques. Cette
course détruit drastiquement les équilibres écologiques de par l’émission gabegie des gaz à
effet de serre qu’elle engendre. La course frénétique de la productivité se révèle alors
catastrophique pour la survie indéfinie de l’humanité. Comme le dit d’ailleurs André Liboire
Tsala Mbani :
La course à la productivité à laquelle se livrent les pays les plus industrialisés du monde, en tête desquels
les États-Unis d’Amérique, qui se révèlent être le plus gros pollueur de la planète, se fait aux dépens de
l’environnement du fait des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui dégradent l’atmosphère un peu
chaque jour.1
1
Tsala Mbani, A, Les défis de la bioéthique à l’ère éconofasciste : décryptage d’une prise en otage par des
intérêts économico-idéologiques, op., cit., p.61.
2
Beitone, A, Cazorla, A et Hemdane, E., Dictionnaire de science économique, op., cit., p. 489.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 166.
59
En outre, ces machines détruisent le sol. Les machines agricoles remodèlent le sol et
détruisent plusieurs fonctions écologiques. L'usage des pesticides participe à la destruction
des insectes qui ont plusieurs fonctions biologiques et écologiques et veille à l'équilibre
écologique. Cette disparition des espèces animales voire végétales trouble la chaîne
alimentaire et détériorer davantage les sols. Comme le dit Arne Naess, « toutes les choses
sont liées entre elles »1, ainsi, disjoindre un élément du système conduit inéluctablement à la
crise écologique. Il s'ensuit de cette analyse que la surexploitation de la nature par l'usage des
produits chimiques participe à l’aggravation de la crise écologique. Et l'usage des techniques
pour l'accroissement de l'économie qui marque la tournure, l'envol du néolibéralisme
s'accompagne d'une grande pollution de l'atmosphère, ce qui voudrait dire que le couplage de
la technique et l'économie pour accroitre le progrès du néolibéralisme est dommageable pour
l'atmosphère car cette union entraîne une grande émission de gaz à effet de serre dans
l'atmosphère ce qui débouche à une série de perturbations écologiques majeures. Ainsi, les
progrès technologiques catalyseurs et leviers puissants de la mondialisation néolibérale en
accroissant le commerce mondial accroît également la détérioration et la pollution de
l'environnement. Ce constat n'a pas échappé à Sunon Retallack et Ladan Sobhami qui
affirment :
La multiplication par quinze du commerce mondial, induite par l'ouverture des marchés au libre-échange
et à l'investissement, a de toute évidence entraîné une forte croissance de la demande globale en
combustibles fossiles. La consommation de plus d'un huitième du pétrole produit dans le monde est
imputable au transport des marchandises. Notre climat se trouve dangereusement déstabilisé par
l'émission de gaz à effet de serre provenant de ce carburant.2
60
prise en otage dans la spirale de la bourrasque néolibérale. Gregory Salles illustre d’ailleurs
cette spirale écocidaire propre au système néolibéral.
Ce dernier dresse le parcours d’une économie circulaire aux élans écocidaire, qui va du
système de production en passant par la mise en vente du produit, jusqu’à sa transformation
et son utilisation pour parachever avec sa mise hors cours. Il s’agit du parcours des appareils
électroniques de la société économique du tout jetable propre au système néolibéral. Ce cycle
écocidaire propre à l’économie marchande néolibérale s’illustre comme suit : « J’achète un
téléphone portable en France et ce faisant, j’ai exploité des mineurs du Congo, détruit des
forêts primaires de la Papouasie, enrichi des oligarques russes, pollué des nappes phréatiques
chinoises, puis, douze à dix mois plus tard, j’irais déverser mes déchets électroniques au
Ghana ou ailleurs »1. Cette chaîne atteste clairement que le système économique actuel est
dénué de toute sensibilité écosphérique. Il s’agit d’un système économique propre au climato-
septique, c’est-à-dire à ceux qui pensent que la crise écologique est un mythe. Ce boucle
écocidaire propre à l’économie ambiante est hostile à toute idée de changement d’idéologie
où même de modération car les tenants de cette idéologie productiviste et consumériste,
estiment qu’il n’est pas nécessaire de « s’opposer à la poursuite de la croissance économique
dans les pays industrialisés »2, par conséquent, aucune perspective de changement n’est
envisageable.
1
Ibid. p. 22.
2
Op., citp., p. 164.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.64.
61
l’humanité vers l’Armageddon écologique causé par nos modes de productions anti-
écologiques.
1
Serres, M., Le contra naturel, op., cit., p. 32.
2
Op., cit., p. 251.
3
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p. 46.
62
de l’histoire humaine »1. On retient alors que la mise à mort de l’économie néolibérale est la
solution sine quan non pour venir à bout de cette crise écologique comme le souligne
d’ailleurs le philosophe de Tvergastein au regard du productivisme abusive propre à
l’économie néolibérale qui accélère encore plus la crise écologique actuelle. Toutefois, il
convient de signaler que le productivisme anti-écologique du système néolibéral n’est pas
l’unique cause du déclin écologique actuel. Il y a également son gommage des valeurs
intrinsèques qui accroit encore plus la monétarisation de la nature.
par valeur intrinsèque, renvoie à « la valeur propre, [la ] valeur en soi » 2 d’une chose.
Selon Arne Naesss, l’idéologie productiviste qui tend à soustraire les besoins individuels aux
besoins du marché n’est pas à même de garantir le bien être des humains des organismes non-
humains ni encore moins de générations futures dans la mesure où cette idéologie ne tient
pas compte des valeurs Intrinsèque propre aux choses. Elle n’attribue que des valeurs
marchandes qu’aux choses. Ceci revient à dire que le néolibéralisme a investi le marché ou
encore l’argent d’un pouvoir absolu, lequel accrédite la valeur aux choses par apport à leur
rentabilité monétaire. Ce système économique brille alors son unijambisme et se révèle
catastrophique dans la mesure où un système économique qui ne reconnaît pas de valeur
intrinsèque peut se retrouver contre l’homme et la nature et les transforment en objet
économique puisqu’ils sont désubstantialisés de toute valeur intrinsèque. Naess le déclare
d’ailleurs lorsqu’il affirme : « Une croissance économique qui n’est pas reliée à des valeurs
intrinsèques est, si ce n’est préjudiciable du moins axiologiquement neutre » 3. Ceci revient à
dire qu’une économie normative doit briller par la reconnaissance des valeurs intrinsèques
propres aux choses et non les attribuer des prix fantômes
Toutefois, l’économie néolibérale se situe aux antipodes d’un tel projet et brille plutôt
par son désintérêt pour les valeurs intrinsèques. Elle encourage les États à démultiplier la
Productions Nationale Brute. Car c’est justement cette production qui est l’indicateur de
richesses dans un État. Pour le sage norvégien, la croissance du PNB nous éloigne de
d’accéder aux valeurs intrinsèques des choses dans la mesure où elle nous lie aux choses que
par leur utilité sur le marché et non pour les apprécier à leurs justes valeur. Elle gomme et
1
Ibidem
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.36.
3
Ibid., p. 188.
63
efface les valeurs non marchandes des objets pour ne laisser que ceux qui ont une valeur
monétaire. De toute évidence il apparaît que l’argent est « l’instrument de mesure et
d’échange et représentation investie de la valeur symbolique » 1. Or dans une perspective
écologique ce pouvoir absolu de l’argent ou même du marché nous précipite vers la
déchéance dans la mesure où elle désubstantialise toute chose de sa valeur intrinsèque en les
objectivant. Or l’homme, la nature et les sentiments font partie des choses que l’argent ne
peut acheter. Les organismes non-humains ont une valeur propre à eux qui ne les ait pas été
assignés par les hommes. Nous sommes tous cohabitant de cette terre patrie comme le
souligne Edgar Morin. Pour ce dernier, la terre est ce :
Ceci voudrait dire que la terre est le socle vital où la vie a émergé dans l’univers. Sur
terre, chaque élément participe à une fonction écologique propre. Nul être selon Naess ne doit
sa valeur d’existence à un autre. En contexte où prédomine l’économie néolibérale, on
conçoit la valeur des formes de vie humaines en rapport à leur valeur monétaire, or il faut les
concevoir comme faisant partie du riche patrimoine naturel de l’humanité comme on le
retrouve dans l’économie des communautés que Naess nous propose. Comme le souligne le
père de l’écologie profonde « la valeur des formes de vie non-humaines est indépendantes de
l’utilité qu’elles peuvent avoir pour des fins humaines limités » 3. Naess récuse alors
l’économie néolibérale dans la mesure où elle brille par son gommage des valeurs
intrinsèques des choses. Elle reconnait la valeur des choses en fonction de leurs prix sur le
marché. Par cette économie, on assiste « l’appropriation de ressources planétaires communes
»4 et à un gommage des valeurs intrinsèques des organismes non-humains qui sont d’ailleurs
des sujets de droit comme le souligne Michel Serres. Par-là, il apparaît que la croissance
propre à la dynamique néolibérale s’intéresse exclusivement à l’accroissement de la valeur
économique et mésestime voir annihile la valeur écologique.
Ce constat n’a pas échappé à Arne Naess lorsqu’il constate macabrement que « la
croissance économique s’indexe principalement sur la croissance des valeurs commerciales et
1
Obadia, L., La marchandisation de Dieu : l’économie religieuse, Paris, édition CNRS, 20013, p. 166.
2
Morin, E et Brigitte, A., Terre- partie, Paris, édition seuil, 1993, pp. 48-49.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.60.
4
Larrère C et. Larrère , R., Penser et agir avec la nature, op., cit., p. 126.
64
non sur les valeurs en général, y compris les valeurs écologiques » 1. On le voit la croissance
économique est réfractaire à l’idée de la reconnaissance des valeurs intrinsèques pour
n’accorder que des prix fantômes aux choses par-delà de leurs véritable valeurs. Les
investissements économiques n’ont pour seul téléologies dans l’économie néolibérale
l’accroissement des capitaux, les valeurs subjectives sont alors à relégué en posture
marginale. Il est de toute évidence que l’économie ambiante, si les structures idéologiques ne
sont pas changées, la crise écologique va toujours de mal en pire.
La solution pour venir à bout de cette crise sans cesse grandissante est alors à
rechercher dans l’économie de la décroissance et non dans l’économie de la croissance. Cette
dernière brille de toute évidence par son insensibilité à l’égard de la valeur intrinsèque
inhérente aux choses et mésestime les fonctions écologiques des organismes non-humains.
Comme le déclare le philosophe de Tvergastein, « dans l’économie de croissance en général,
on néglige d’ordinaire les fins et les valeurs intrinsèques au profit […] des investissement des
capitaux rentables »2. Le changement d’idéologie semble être l’unique voie pour restaurer
l’équilibre écologique. Ce filon analytique est fortement encouragé par l’écosophe Félix
Guattari.
65
changement le respect de toutes les formes de vie dans la totalité écosphérique ne sera
possible ni encore moins la reconnaissance des valeurs intrinsèques des organismes
présentent dans la nature.
Pour Catherine Larrère, la mise à prix de la nature assigne « des prix fantômes (shadow
prices»3 à la biodiversité. Seules les ressources génétiques ayant une valeur marchande
détiennent une valeur dans l'économie néolibérale. Ceci correspond à un réductionnisme de la
valeur intrinsèque de la nature. Cette dernière est le siège des ressources. Elle regorge des
ressources génétiques qui renvoient à l'ensemble des produits ligneux et non ligneux, c'est-à-
dire les plantes et les animaux. À cela s'ajoute les ressources scientifiques. Ceux-ci
concernent les propriétés thérapeutiques, scientifiques et moléculaires que regorge la nature.
De plus, on retrouve les ressources esthétiques, qui renvoient à la beauté des espèces de la
nature, les milieux pittoresque et les paysages. En fin, dans la nature, nous retrouvons les
ressources symboliques ou religieuses qui s’apparentent aux forces cosmiques qui assurent
l’équilibre et l’harmonie naturelle. Par ces dernières ressources, toutes les cultures humaines
accordent une valeur symbolique et spirituelle à la nature. Ainsi, « l'appropriation privée et la
1
Larrère C et. Larrère , R., Penser et agir avec la nature, op., cit., p. 123.
2
Op., cit., p. 266.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.202.
66
marchandisation des ressources que représentent les espèces et leur patrimoine génétique » 1
par l'économie néolibérale vient restreindre la richesse et la valeur de la biodiversité. Par
ailleurs, cette privatisation de la nature vient réduire les potentialités de survie des
générations futures.
Hans Jonas affirmait sans réserve : « ne compromets pas les conditions pour la survie
indéfinie de l'humanité sur terre »2. Propos fort interpellateurs envers la nécessité préservation
des écosystèmes et l’équilibre écologique pour la viabilité des générations actuelles mais
aussi à venir. Catherine Larrère dans cette veine affirme avec insistance qu’« il faut encore,
dans la logique du développement durable, se préoccuper de transmettre aux générations
futures un patrimoine naturel capable de satisfaire leurs aspirations et leurs besoins » 3. Cette
thèse qui plaide pour la promotion, la gestion responsable et équitable des ressources
naturelles pour une futurologie trans-generationelle est d’ailleurs frontalement en dissonance
avec l'économie néoliberale. Cette dernière brille par une secondarisassions inouïe de la
nature à la rentabilité monétaire. Cette conception de la nature est d'ailleurs en discrépance
avec la conception spiritualiste de la nature de Jean-Marie Pelt.
Pour lui, la nature à une valeur intrinsèque non monétaire dans la mesure où « la terre
est une douce mère »4. L'exploiter reviendrait alors à décapiter voir éventrer sa propre mère,
par ricochet son propre corps, la vendre signifie vendre sa génitrice, et par extension son lieu
de repos éternel. Creuser la terre pour rechercher frénétique des métaux précieux revient à
désosser sa propre mère. Déboiser pour des fins économiques signifierait couper les cheveux
de sa propre mère. La terre chez Jean-Marie Pelt s'identifie alors à un corps vivant imbriquée
à l'homme. On assiste à une personnification voir ontologisation de la nature avec Marie Pelt.
Il affirme sans réserve que « Le territoire est perçu comme un corps vivant, les rivières
symbolisent le sang, le vent le souffle et le système vésicatoire, les arbres les systèmes pileux,
les roches les os. Chacune ces composantes est nécessaire à l'équilibre du tout »5. On le voit,
il y a chez Marie-Pelt un organicisme biosphérique doublé d’une ontologisation et une
personnification de la nature, laquelle conception brille par le rejet systématique de tout
projet de mise à prix de la nature. Naess affirme son allégeance envers se protectionnisme de
la nature contre toute tentative d'asservissement des milieux naturels par la grande machine
1
Op., cit., p.44.
2
Hans, J., Le principe responsabilité, op., cit., p.40.
3
Op., cit., p.45.
4
Jean-Marie Pelt, Steffan. F., Nature et Spiritualité, op., cit., p.35.
5
Ibid., p.32.
67
économique huileuse. Il le dit sans embarras, « personne n'est autorisé à casser le bras de ses
semblables; qu'elle que soit l'utilité qu'on en tire et personne n'a le droit de détruire même
partiellement, les écosystèmes des rivières protégées » 1. Il apparaît clairement avec le
philosophe norvégien une interdiction formelle de subordonner des espaces protégés à la
rentabilité monétaire.
L'économie néolibérale dans ses élans mercantiles n'hésite pas à faire table rase de la
valeur intrinsèque de la nature pour ne laisser que la valeur objective monétarisable. Dans
cette logique de marchandisation de la nature laquelle reviendrait à « exclure du monde, donc
à abolir tout ce qui n'est pas à vendre » 2. La prise en otage de la biodiversité passe de ce fait
par l'attribution d'une valeur d'échange monétaire à l'écologie. Cette attribution des valeurs
marchandes aux objets par l'économie néolibérale sera de plus en plus grandissante jusqu'à la
patrimonisation du génome humain au moyen de la brevetabilité. Le brevet est un droit de
propriété exclusif d'exploitation accordé à un chercheur à la suite d'une invention. Cette
manie d'accord une valeur marchande aux choses par l'économie marchande ne passera pas
inaperçu aux yeux du sage norvégien, il remarque d'ailleurs que « l'économie qui domine
actuellement tend à donner une valeur aux choses parce qu'elles sont rares et parce qu'elles
ont une valeur d'échange sur le marché » 3. Ceci signifie que l'économie accorde sens et
signification aux choses qui sont échangeables dans le marché et relègue en posture
marginale ceux n'ayant aucune valeur marchande
La critique de Naess est alors tout autant justifiée en vers l’économie néolibérale dans
la mesure où elle laisse transparaître un droit d’assujettissements des hommes à la nature. Ce
droit a pour finalité l’exploitation et la maltraitance des organismes non-humains et
l’appropriation des ressources naturelles pour accroître le confort existentielle des hommes
au mépris du bien être des organismes de la nature. Dans cette logique, il apparaît que
l’homme s’éloigne de jour en jours de la totalité écosphérique. En clair, on retient qu’ Arne
Naess s’oppose à l’économie néolibérale car elle gomme les valeurs intrinsèques des
existants pour ne laisser que celles qui ont une valeur d’échange sur le marché. Ainsi sans le
marché, les êtres de la nature sont des néant-êtres le père de l’ écologie profonde plaide alors
pour la mise à mort de l’économie néolibérale au profit de l’économie des communautés car
cette dernière forme d’économie est fondée sur la production de ce qui est utile à nos réelles
besoins, tout en préservant la dignité des formes de vie. Il s’agit d’une économie qui vibre en
1
Naess,A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.208
2
Comte-Sponville, A., Dictionnaire philosophique, op., cit., p.599.
3
Op., cit., p.64.
68
phase symbiotique de la maxime du sage norvégien qui s’énonce comme suite « la simplicité
des moyens, la richesse des fins » 1. Ce qui revient à dire que l’économie des communautés
est en dissonance du gaspillage qui règne dans la société hyper industrielle actuelle
Naess n’est d’ailleurs pas le seul à effectuer un lever de boucliers contre l’économie
néolibérale en rapport à ses effets néfastes sur la biodiversité. À côté du père de l’écologie
profonde se range Marlène Sokeng-Fomena qui oppose l’animisme épistémologie dos à dos à
l’idéologie néolibérale. En effet l’animisme se défini comme une doctrine philosophique qui
fait de l’âme le principe vital de tous les phénomènes et de tous les existants. Ceci revient à
dire que l’animisme reconnaît la présence d’une âme dans les éléments de la nature, laquelle
âme les rendent vivante et les accordent une sacralité. Au regard de cette définition il en
ressort que les animismes présente de la accointance avec l’écologie profonde qui reconnaît
une sacralité de la vie à tous les composants de la totalité écosphérique. L’animisme
épistémologie récuse le droit de propriété que l’économie néolibérale a sur la nature, lequel
droit désontologise, désubstantialise et banalise la sacralité de la nature. Marlène Sokeng-
Fomena affirme d’ailleurs dans ce sens :
l’animisme a pour effet de remettre en cause la théorie néolibérale qui attribue le droit de
propriété à l’individu humain, qui à force de s’approprier le monde à titre individuel, se trouve
dans l’obligation pour faire face à la concurrence , de s’associer à d’autres propriétaires, dans le
sens de la constitution de monopôles économiques dont la puissance de nuisance sur la nature
et autrui est présentée comme amorale.2
1
Ibid., p. 152.
2
Sokeng-Fomena, M, Épistémologie et hypothèse néo-animiste, Yaoundé, édition Monange, 2023, p. 145.
69
de l'économie néolibérale accélèrent l'aggravation de la crise écologique car elle
désubstantialise la nature de sa valeur intrinsèque pour n'accorder qu'une valeur extrinsèque,
instrumentale et monétaire. C'est pour ces deux raisons qu'Arne Naess pointe sans réserve
cette économie d'être pleinement responsable de l'amplification de la crise écologique
actuelle et propose comme solution, la mise à mort de l'économie néolibérale au profit de
l'économie des communautés à l'effet de restaurer les équilibres écologiques et venir à bout
de la crise écologique. Toutefois, il convient de rappeler que l'économie néolibérale en
produisant plus infléchi également un consumérisme vorace des ressources naturelles ce qui
se révèle également catastrophique pour la nature.
70
clairement que « notre système économique est la cause de nos modes de consommations »1.
La survenance de la société de consommation du tout jetable est le propre est le modèle
archétypal de la société ou règne sans partage l’économie néolibérale. Dans cette société de
consommation ostentatoire, pour poursuivre la croissance, il faut produire toujours plus, plus
vite et moins cher. Et pour soutenir ce délire productiviste, il faut consommer, gaspiller et
jeter »2. Le consumérisme vorace apparait alors comme la conséquence de la surproduction.
71
Des matières liées aux produits écologiques (panneaux solaires) ou aux énergies renouvelables sont en
voie d'épuisement, plutôt rapide : comme pour l'uranium (fin en 2040), le pétrole (fin en 2050), le gaz
(fin en 2072), les métaux rares et même non précieux tels que le fer dont la fin est annoncée pour 2087.
Qu’il s’agisse d’électronique d’environnement ou d’énergie (pile à combustible), le progrès
technologique passe quoi qu’il en soit par la maîtrise de matières premières rares venant souvent du bout
du monde.1
Par ces données, il apparait apodictiquement que d’ici peu les ressources naturelles
auront déjà été totalement consommées. Il en ressort alors qu’une détérioration plus aggravé
de la nature ne manquera pas à se faire ressentir au fur et à mesure que nous surconsommons
voracement les ressources de la nature. Les propos prédictifs du père de l’écologie profonde
convergent d’ailleurs dans ce sens. Il affirme qu’ « une détérioration aussi importante des
conditions écologiques pourrait bien marquer les prochaines années en dépit de
l’approfondissement de la conscience écologique »2. L’aggravation de la crise écologique à
l’ère de l’économie néolibérale est à saisir en raison de la surconsommation et le gaspillage
des ressources qui sont perçues comme un prestige dans ce système économique. Ceci
voudrait dire que la surconsommation et le gaspillage des ressources sont les analyseurs de la
d’une abondance des biens matériels et économiques dans notre temps. Le philosophe de
Tvergastein remarque d’ailleurs que dans la société hyper-industrielle néolibérale, « il y a une
forme de prestige liée à la grande consommation et au gaspillage »3. Par cette
surconsommation, nourrit par l’économie marchande, l’homme pressure la Terre, il accroit sa
dette écologique envers les générations futures en phagocytant le « capital naturel de la
planète »4. L’anthropocène semble alors devenir à l’ère de l’économie néolibérale la
phagocène ou encore l’anglocène. Tout semble être dévoré dans cette méga-société de
consommation du tout jetable. Cette surconsommation semble faire des ressources de la
nature l’apanage des seuls humains Or que « les ressources du monde ne sont pas seulement
des ressources pour les êtres humains »5 présent, elles sont également pour les générations
future et pour toute la communauté biotique.
72
moyen d’un consumérisme ostentatoire, ventilé par les enjeux de la bourrasque néolibérale,
la planète est à la fois pressuriser et transformé et dépotoir géant. Ceci pose d’ailleurs un réel
problème sur la sécurité et l’équilibre écologique. Les détritus des plastiques se révèlent
catastrophique pour la planète car ces déchets sont non biodégradable. Ces déchets provenant
de l’hyperconsommation de la société néolibérale finissent leurs courses dans les océans et
dans les mers. Il va s’en dire que certaines mers vont se transformer en mer plastique à cause
des détritus des matières plastiques.
L’ONG Good Planet par la voix de son fondateur, le célèbre écologue français Yann
Arthus-Bertrand dénonce d’ailleurs la transformation de la mer d’Hawaï en mer plastique à
cause de la concentration des détritus des plastiques dans l’eau, transformant l’eau de la mer
en une vaste soupe plastique. Les données ressent attestent qu’il :
Y a moins d’un an, la communauté scientifique pensait que la mer de plastique faisait la taille de la
France, rappelant le site d’informations Quartz. La nouvelle étude qui s’appuie sur des images aériennes
et des échantillons récupérés par bateau au cours d’une méga mission de la fondation The Ocean
Cleanup, révèle que son étendue représente en fait trois fois celle de notre pays. En d’autres termes, c’est
deux fois la taille du Texas.1
Après la Chine, l’Europe est le deuxième producteur de plastique au monde, déversant entre 150 000 et
500 000 tonnes de macro-déchets en plastique et entre 70 000 et 130 000 tonnes de micro-plastiques dans
la mer chaque année. La majorité de ces matières plastiques envahissent la mer Méditerranée et
constituent une menace majeure pour la vie marine. Il arrive souvent que de gros morceaux de plastique
blessent, étouffent et tuent des animaux marins, y compris des espèces protégées et en voie de
disparition, telles que les tortues marines. Mais ce sont les micros plastiques, des fragments plus petits. 2
Par ces données, il apparait que les matières plastiques sont produits et déversées par
les pays les plus industrialisés mais également que ce rejet des déchets dans l’espace
aquatique est catastrophique, car elle s’accompagne d’un génocide des espèces aquatiques.
Pour venir à bout de cette pollution engendre par les matières plastique, le sage norvégien
nous invite à « lutter contre la consommation des boissons en canettes »3 et à opérer « une
rupture avec un mode de vie consumériste »4. En opérant de tel changement, l’humanité
1
[Link]
toute-allure
2
WWF, Rapport Int 2018 : Pollution plastique en méditerranée sortons du piège !, p. 3.
3
Op., cit., p. 135.
4
Ibid., p.328.
73
pourra réduire autant que possible son empreinte écologique et limiter l’aggravation de la
crise écologique actuelle.
1
Albouy, F-X., Le prix d’un homme : plaidoyer pour un prix minimum de la vie humaine, Paris, édition
Grasset et Fasquelle, 2016, p. 13.
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.153.
3
Larrère C et. Larrère , R., Penser et agir avec la nature, op., citI., p. 36.
74
est une valeur intrinsèque »1. Vu que l’idéologie marchande néolibérale contraste
inexorablement avec toute perspective d’épanouissement de la vie dans la totalité
écosphérique, le projet de la mise à mort de cette économie est alors rationnement fondé et
justifié.
De plus, cette surconsommation des ressources naturelles qui fragilise de jour en jour
les équilibres écologiques infléchit une surproduction des ressources naturelles destinées
aux exportations. En effet, les modes de productions d’auparavant n’avaient pas d’impacts
écologique si néfaste comme aujourd’hui. Ce qui suppose que la croissance du Produit
National Brut se traduit actuellement par une destruction plus accentué de la nature au regard
des technologies lourdes, l’usage des pesticides, qui interviennent dans le processus de
production. Comme le remarque d’ailleurs le père de l’écologie profonde, « aujourd’hui, 1%
de la croissance du PNB provoque de dégradation beaucoup plus grande qu’il y a dix ou vingt
ans car il s’agit d’un produit plus important qu’avant »2. Dans cette veine, le PNB ne saurait
plus représenter la production nationale brute, mais plutôt traduit la « Pollution Nationale
Brute »3. Le système néolibéral se présente alors comme ce système dont la mise à mort est la
seule solution pour endiguer le processus de dégradation, de lessivage accéléré des
écosystèmes. Embarqué dans ce système, l’humanité cours tout droit vers le cataclysme
écologique, vers l’Armageddon environnementale.
Les scientifiques attestent d’ailleurs l’imminence d’un cataclysme écologique que veut
causer le syndrome du productivisme et consumérisme néolibéral. Il ce cataclysme imminent
n’est rien d’autre que la délation du permafrost. Ce dernier n’est rien qu’un sol contenant des
bactéries très dangereuses et des gaz carboniques toujours gelés en permanence. En claire, les
permafrosts sont des boites de pandores écologiques et sanitaires. Mais avec la monté des
températures causées par l’activité industrielles, cela pourraient rapidement dégeler les
permafrosts qui sont d’ailleurs les boites de pandores écologiques et sanitaires. D’après les
données publiés par l’Agence Française de Presse, les permafrosts « renferment quelques
17000 milliards de tonnes de carbone, soit environ le double du dioxyde de carbone (CO2)
déjà présente dans l’atmosphère »4. Au regard de la grande concentration des gaz carboniques
1
Op., cit., p. 60.
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 329.
3
Ibidem
4
[Link]
200605#:~:text=Ils%20renferment%20quelque%201%20700,d%C3%A9j%C3%A0%20pr%C3%A9sent
%20dans%20l'atmosph%C3%A8re.&text=Avec%20la%20hausse%20des%20temp%C3%A9ratures,'il
%20neutralisait%20jusque%2Dl%C3%A0.
75
dans les permafrosts, il apparait de toute évidence que la situation écologique de la planete
sera irréparable au cas où ces terres gelées venaient à dégeler. Les experts du GIEC (Groupe
d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) estiment qu'au rythme du
réchauffement climatique actuel qui ne cesse d'être en hausse, « une importante du permafrost
pourrait se produire d'ici 2100 si les émissions de CO2 ne sont pas réduites, ce qui
provoquerait le relâchement de dizaines voire des centaines de milliards de tonnes de gaz à
effet de serre »1. Par ces interpellations cynismes et cataclysmique, il apparaît de toute
évidence qu'il y a, on le voit, « des prophéties écologiques de type apocalyptiques » 2 qui
pèsent sur l'humanité comme l'épée de Damoclès si rien n'est fait. Il va s'en dire que ce
cataclysme écologique qui veut accélérer la fonte de la boîte de Pandore écologique qui est le
permafrost causé par l'activité économique de l'homme nous converge vers ce qui nous
qualifie de «fin de la nature »3. Les données ressent de l'institut européen du climat
Copernicus sont très interpellateurs à ce sujet. Son rapport déclare que le mois de :
février 2025 s’inscrit dans la lignée des températures record ou quasi record observées au cours des deux
dernières années. L’une des conséquences d’un monde plus chaud est la fonte de la glace de mer, et la
faiblesse record ou quasi record de la couverture de glace de mer aux deux pôles a poussé la couverture
mondiale de glace de mer à un minimum historique 4
Le Chef de l’État du Cameroun, son Excellence Paul Biya s’inscrivant dans cette
veine n’a pas manqué d’interpeler ses homologues Chefs d’États à plus de solidarité en
matière de lutte contre la crise écologique lors de la cérémonie de présentation des vœux de
nouvel an 2025 tenue le 11 janvier. Il affirmait sans resserves « les catastrophes survenues
ces derniers mois attestent de l’ampleur des conséquences des changements climatiques »6.
1
Ibid. p.57.
2
Ibidem.
3
Naess, A, La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit. p. 266.
4
[Link]
5
[Link]. p.51
6
Discours de son Excellence Paul Biya aux vœux de nouvel an du 11 janvier 2025
76
Ces propos témoignent à suffisance l’état de la gravité de la situation écologique. Il finira en
disant « face à un dilemme pressant, agir ensemble maintenant ou périr tous à coup sûr »1. Il
est alors question pour tout un chacun de se sentir impliquer dans la résolution des crises
écologiques afin d’éviter le pire.
1
Ibidem
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.254.
3
Ibid., p.329
77
positivement »1. Ce qui signifie que le bonheur où le bien-être se veut indissociable des
moments chargés des émotions positives de joie, de quiétude et de sérénité, sans des
situations astreignantes.
Le système économique néolibérale se situe de ce fait aux antipodes d'un tel projet, à
savoir de promouvoir la réalisation de soi, le bonheur des hommes mais également le bien-
être des organismes non-humains. Le réductionnisme du bonheur dans les possessions
matérielles et la surconsommation des ressources de la nature dans l'économie néolibérale au
lieu de conduire au bonheur conduit plutôt au malheur. Ce constat est d'ailleurs plus évident
dans la mesure où « plus de 80% des personnes interrogées ont exprimé l'opinion que la
poursuite de la croissance de la production, des revenus et de la consommation renforcerait
plus de stress sur le lieu de travail, plus de risque sanitaire, plus de pollution et déboucherait
sur la formation de la ville de plus en plus invivables » 4. Ceci signifie que le productivisme
pose des problèmes majeurs lesquels éloignent l'homme du bonheur en le maintenant dans
une course économique inhumain où il perd finalement son authenticité en se transformant en
objet économique unidirectionnelle.
1
Arne Naess, Écologique, communautés et style de vie, op., cit., p. 145.
2
Ibid., p. 54.
3
Ribotto, R, L'écologie profonde, Paris, édition du Cygne, 2007, p. 11.
4
Op., cit., p.154
78
De plus, une société où la richesse matérielle est le socle définitionnel de la richesse
débouche toujours par l'essor des maladies liées à la surconsommation. Il s'agit des maladies
telles que le diabète, l'hypertension et le surpoids. Les données du FAO (Organisation des
Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), « la surconsommation alimentaire
constitue un problème économique »1. Par-là, il apparaît que la surconsommation présente un
réel danger pour la sécurité alimentaire mais aussi écologique. Les problèmes liés à la
surconsommation est la prolifération des déchets et le gaspillage des ressources naturelles. Ce
gaspillage prive certains habitants de nourriture. Inger Andersen, directrice exécutive du
PNUE (Programme des Nation Unies pour l’Environnement) déclare d'ailleurs que « le
gaspillage alimentaire est une tragédie mondiale, Des millions de personnes souffriront de
faim aujourd'hui, car de la nourriture est gaspillée dans le monde entier »2.
Par cette analyse des impacts de la surconsommation sur la sécurité alimentaire, et ses
méfaits sur l'écologie, il apparaît que l'économie néolibérale tire de ce fait la charrue du
bonheur par la queue. Elle accorde la priorité au superflue et éloigne l'homme de l'essence
même de la vie. Comme le remarque Naess dans l'économie néolibérale, « la priorité a ainsi
été donnée à ce qui semble améliorer les conditions matérielles de la vie bonne, sans même
demander si cette vie est effectivement vécue comme -t-elle » 3. Le sage norvégien au regard
de cette économie abyssale qui éloigne l'homme de la réalisation de soi, dans la mesure où
elle fait du haut niveau de vie son crédo, il s'insurge et propose un système économique qui
brille plutôt par la recherche de la qualité de vie plus sereine, plus apte à la réalisation d'un
grand soi écologique. Il s'agit d'une économie qui tient compte du bonheur de tous les êtres
vivants. Dans un contexte où l'éthique du consumérisme néolibérale règne sans partage, «
personne n'atteint jamais la réalisation de soi, pour cette raison qu'une réalisation de soi
complète nécessiterait la réalisation de tous » 4. En d'autres termes, les hommes de la société
contemporaine sont privés du bonheur dans la mesure où chacun se lance à la quête du
bonheur individuel. Ce qui implique alors qu'il n y a pas de bonheur à être heureux tout seul.
L'essence du bonheur réside dans l'être-ensemble. Dans et être-ensemble , il apparaît
clairement que « les êtres vivants en relation les uns les autres, la réalisation de soi ne peut
que s'inscrire dans l'ensemble des relations qui forment notre être » 5. Puisque l'économie
1
[Link]
2
Rapport de l'ONU sur l'indice de gaspillage alimentaire : le monde gaspille plus d'un milliard de repas par jour,
27 Mars 2024
3
Arne Naess, Écologique, communautés et style de vie, op., cit., p.53.
4
Ibid.p.33
5
Ribotto, R., Écologie profonde, op., cit. p. 11.
79
néolibérale, bien qu'en fossoyer l'essence du bonheur en la fondant sur le haut niveau de vie
et non sur la qualité de vie, il ressort qu'elle restreint même également ce bonheur. Dans cette
théorie du bien-être où encore du bonheur, il y a exclusion des paramètres psychologiques,
environnementale et même sanitaire. Ceci signifie alors qu'il y'a un réductionnisme du
bonheur dans l'économie néolibérale. Naess déclare fort à propos que « le bien-être humain et
individuelle est donc une application unique et plutôt restreint de la théorie du bien-être » 1.
Cette restriction du bonheur est dû en partie à la destruction des écosystèmes nourrit par la
quête frénétique de la recherche du gain par l'homme.
La destruction de la nature est alors envisagée comme une perte de la valeur, une perte
d'une grande source de joie, de bien-être et de quiétude comme le déclare d'ailleurs le sage
norvégien, « les termes de détérioration et dévastation visent ici à désigner un changement
pour le pire, une perte de valeur » 2. Par-là, il est de toute évidence que la monétisation des
écosystèmes est une perte inestimable. La destruction de la nature est ce qui n'a dont pas de
valeur monétaire. Alain Grandjean et Nicolas Dufrène partagent ce filon analytique lorsqu'ils
affirment : « l'environnement n'a pas de prie entant que tel et sa destruction n'a donc pas de
coût non plus »3. Nous n'avons pas alors le droit de détruire une richesse inestimable qui est
la nature sur un quelconque intérêt mercantocratique que ce soit. Le contact avec la nature est
source de joie, de quiétude, la nature à « un usage thérapeutique » 4, elle enseigne des valeurs
de modestie, d'humanité, la patience et la justice. De plus, elle a une fonction symbolique et
spirituelle entant qu'elle est animée d'un grand esprit dont parle les indiens. La nature est
également une partie de soi entant que l'homme fait partie de la totalité écosphérique. C'est
justement pour cette raison « qu'en détruisant les lieux, nous voyons bien ce que nous
perdons, des styles de vie spécifiques, des sources de joie, des façons de nous transformer
nous-même. Cela parce que les lieux sont porteurs de valeurs, des porteurs dynamiques
puisque leurs valeurs peuvent changer »5. Comme l'économie néolibérale, annihile la valeur
de la nature, il en ressort alors qu'elle réduit les paramètres qui concours à l'accroissement du
bonheur de l'homme pour ne laisser que les paramètres mouvants, instables pour l'atteinte du
bonheur à savoir la possession maternelle. Arne Naess souhaite alors la réorientation des
paradigmes du modèle économique à ce que l'indicateur de la richesse doit être la qualité de
vie et non le haut niveau de la vie, il opte pour ainsi dire pour un style de vie écologiquement
1
Op., cit., p.194.
2
Ibid. , p.52.
3
Greondjean , A, et Dufrêne,N., Une monnaie écologique, Paris, édition Odile Jacob, 2020, p.134.
4
Naess, A, La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit. p. 300.
5
Ibid., p.301
80
responsable fondé sur la « simplicité de moyens et de richesse des fins » 1. Pour y arriver, «
gardons-nous des styles de vie nuisibles, apprenons à habiter les lieux de façon qui leurs
convient et qui nous convient »2. En fin des comptes, l'économie néolibérale est en partie
responsable de la crise écologique actuelle dans la mesure où elle engendre un consumérisme
vorace des ressources naturelles et fait l'éloge du haut niveau de vie, lequel niveau de vie
s'inscrit en déchéance du bien-être des générations futures et de la communauté biotique voir
abiotique. Naess ne regarde pas son souffle à propos de l'économie néolibérale comme
générateur de la crise écologique. Il affirme sous réserve : « la situation actuelle est rendue
particulièrement critique du fait [...] de la dévastation environnementale rendue possible par
les moyens de production et les modes de consommations bien établis » 3 pour venir alors
about de la crise écologique, Naess recommande une rupture avec le productivisme et
consumérisme de l'économie néolibérale pour l'adoption d'une économie écocentré ayant
pour idéal la simplicité de moyens et richesse des fins. Il s’agit de l'économie des
communautés.
1
Arne Naess, Écologique, communautés et style de vie, op., cit.,p.68.
2
Op., cit,. p.300.
3
Ibid., p. 52-53.
81
Chapitre VI : De l’économie des communautés naessienne comme thérapie
de la crise écologique actuelle
6.1. De l’économie des communautés à la simplicité des moyens : gage d’un style de
vie écologiquement responsable
L’économie des communautés est un modèle économique dont « les initiatives et les
stratégies sont guidées par les priorités sociales, environnementales et économiques des
1
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p.190.
82
communautés »1. Par cette définition, il en ressort que la priorité d’une économie des
communautés est le bien-être social, environnemental, et économique. Ce qui est prioritaire
dans cette économie est l’homme et son environnement et non la satisfaction des besoins du
marché comme dans l’économie néolibérale. Selon le sage norvégien, l’économie des
communautés est le plus apte à garantir le bien-être de la totalité écosphérique au regard de
son soubassement humanisant et écologique. Ainsi, le socle monolithique de l’économie des
communautés repose sur les principes des communautés locales à savoir le nombre réduit des
habitants. Pour Naess, le nombre limité des habitants dans une communauté est un facteur de
bien-être de la dite communauté dans la mesure où il permet à tous les membres de se
connaître. Dans une communauté locale, on se situe aux antipodes de la société anonyme
néolibérale où les personnes ne se connaissent que par des liens d’intérêts économiques. Or
dans la communauté par le nombre très limité des membres, la cohésion sociale est d’autant
plus soudés car tous les membres se connaissent et entretiennent des liens de fraternité et de
solidarité. C’est dans cette veine que Naess affirme à propos des communautés locales que «
les membres sont peu nombreux et peuvent ainsi se connaître intimement les uns les autres
»2. La limitation des membres dans une communauté apparaît ainsi comme un facteur de
cohésion sociale et une modalité de la connaissance d’autrui.
De plus, cette limitation des membres dans une communauté locale se drape des
oripeaux écologiques dans la mesure où elle fait impasse à toute forme de surexploitation et
de surconsommation des ressources de la nature. L’homme ne prend alors dans la nature que
ce qui lui est utile et nécessaire. On ne produit que ce qui est utile à la communauté. Dans
cette logique, il apparaît de toute évidence que dans une économie des communautés,
l’utilisation parcimonie des ressources naturelles est la norme supérieure et le gaspillage est
répugné. Dans une économie des communautés selon Arne Naess, « les voies et les moyens
de production relèvent le plus strictement possible d’une production élémentaire » 3. Cette
forme d’économie qui se fonde sur la production de ce qui est nécessaire aux besoins
fondamentaux de l’homme, se drape des oripeaux purement écologiques dans la mesure où
son impact environnemental est minime. Il s’agit d’une économie de subsistance, au sens
substantiel du terme. Il s’agit d’une forme d’économie qui vibre en phase symbiotique avec
l’idéal économique de Karl Polanyi.
1
[Link]
economique-communautaire/#:~:text=Le%20d%C3%A9veloppement%20%C3%A9conomique
%20communautaire%20(DEC,et%20%C3%A9conomiques%20de%20la%20communaut%C3%A9.)
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 209.
3
Ibidem.
83
En effet pour ce dernier, l’économie au sens substantiel est cette économie dont « le
processus institutionnalisé d’interaction entre l’homme et son environnement, [son] destiné à
fournir à la société des moyens d’existence, sa subsistance » 1. Cette économie brille par son
humanisme et son amour pour la nature. Dans l’économie des communautés, ayant pour
paradigme de production la subsistance, ce qui fait sens est la « la production de ce qui est
utile »2 afin d’éviter le gaspillage des ressources naturelles. On comprend alors la raison qui
pousse Arne Naess à être en phase symbiotique de façon invertébrée avec ce modèle
économique qui est l’économie des communautés.
1
Polanyi, K., La subsistance de l’homme : la place de l’économie dans l’histoire et la société, Paris, édition
Flammarion, 2008, p.12.
2
Op., cit., p.251.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 233.
4
Tirole J., Économie du bien commun, Paris, édition PUF, 2016, p.215.
5
Op., cit. p. 269.
6
Morin, E., Méthode de la méthode, Paris, édition ACTES SUD, 2024, p.84.
84
En effet, l’éco-organisation renvoie à un réseau de communication entre les individus
appartenant à une communauté biotique dans un milieu donné. Dans cette communauté, il y
règne une interdépendance entre les individus, un système computationnel, informationnel et
communicationnel. Dans cette logique, l’éco-organisation apparaît comme « une machine
vivante, computationnelle/ informationnelle/ communicationnelle » 1. Ceci signifie que dans
l’éco-organisation, les êtres vivants qui y vivent entretiennent des liens complexes
d’interdépendance et d’autonomie puisqu’il s’agit d’une communauté. Cette forme d’éco-
organisation basé à la fois sur l’autonomie et l’interdépendance de ces membres correspond à
ce que Raymond Matand Makashing qualifie d’auto-éco-organisation pour qui « l’auto-éco-
organisation signifie que l’organisation du monde extérieur est inscrite à l’intérieur de
l’organisation vivante »2. Au regard de l’ancrage des principes de solidarité et de cohésion
sociale que regorgent les communautés locales, il est tout à fait légitime pour Naess de fonder
son modèle économique sur un tel édifice social.
De plus Arne Naess campe également pour l’économie des communautés au regard de la
capacité des communautés locales à s’adapter aux technologies renouvelables. En effet, le
nombre très réduit des personnes dans une communauté locale se révèle comme un atout
majeur pour la transition énergétique et technologique. Dans ces communautés, le nombre
très réduite des personnes, lesquelles sont en dissonance d’une surconsommation énergétique
et manifestent un dédain pour le luxe, mais vibre en phase d’un style de vie modeste et ont
un penchant pour l’utilisation des énergies renouvelables et des technologies Soft. Dans les
communautés, les habitants au regard du faible besoin énergétique n’ont pas besoin des
énergies fossiles qui ont d’ailleurs des impacts nocives sur la biodiversité. Dans les localités,
domaine de prédilection de l’économie des communautés, « les technologies sont
essentiellement des technologies soft»3. Ce recours aux technologies renouvelables est aussi
dû en partie au mode d’agriculture propre aux communautés et au moyen des transports qui
prévalent dans les communautés locales.
Dans les zones rurales, l’agriculture est purement orientée vers la satisfaction des
besoins de l’homme et non vers la satisfaction des besoins hypertrophiques du marché
comme c’est le cas dans l’économie néolibérale. Ce qui revient à dire que l’économie des
communautés relègue en posture marginale les besoins du marché au profit de la satisfaction
des besoins de l’homme. Naess est de cet avis lorsqu’il affirme que « dans une économie des
1
Morin E., Méthode 2, la vie de la vie, Paris, Seuil, 1980, pp. 37-38.
2
Makashing, R., Michel serres, Hans Jonas, Edgar Morin et l’écologie profonde, op., cit., p. 182.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 232.
85
besoins, ce qui est prioritaire, c’est l’économie des communautés » 1. Dans cette économie
dont le père de l’écologie profonde appelle à ses vœux, il apparaît de toute évidence que « les
sols écologiquement productifs pour chaque personne sur terre » 2 ne subissent pas l’usage des
produits chimiques pour accroître de façon démesuré la productivité agricole. L’empreinte
écologique des communautés locales est de ce fait minime. Par-là, il en ressort que
l’économie des communautés puisque calqué sur le modèle communautaire et socialiste est
en phase avec le projet de préservation des équilibres écologiques en ceci que les
communautés locales utilisent des technologies soft. C’est pour cette raison que dans
l’économie des communautés, « la décentralisation et l’importance donné aux ressources
locales, au climat et aux autres caractéristiques conduisent à faire varier les techniques au
sein du même espace technologique écosophiquement sain » 3. Par cette illustration, il en
ressort que l’économie des communautés s’inscrit dans la dynamique des technologies
renouvelables.
Ce faible impact écologique n’est pas à dissocier des moyens de transports. Dans les
communautés locales, les moyens de transports de la méga-société industrielle n’ont pas droit
de citer. Les membres des communautés locales au regard de leur style de vie modeste
préfèrent les déplacements en mode de transport en commun, en bicyclette où à pieds. La
marche à pieds les offre la possibilité de se connaître eux-mêmes et de connaître leurs
environnements naturels. Par cette connaissance, l’homme s’identifie à son milieu de sorte à
former un seul corps avec la nature. Il s’agit de ce que le père de l’écologie profonde qualifie
du Soi-Écologique, qui participe d’autant plus à la réalisation de soi des individus. La
réalisation de soi se définit selon Arne Naess comme « le processus joyeux de compréhension
par le soi, de l’interdépendance de tout ce qui se trouve sur terre, voir dans l’univers » 4. Ainsi,
la marche à pieds apparaît alors comme le moyen par lequel l’homme entre en contact de son
milieu naturel afin de connaître sa place et son interdépendance avec les autres êtres dans la
totalité écosphérique. La reconnaissance de ce lien est tout autant avantageux pour l’homme
dans la mesure où elle permet à celui-ci de lutter efficacement contre la crise écologique
actuelle dont l’une des causes provienne des coups fatals que l’homme inflige à la nature.
C’est au moyen de ce processus qui est l’identification de soi que l’amour des milieux
naturels nait et s’accroit. Ainsi, les membres des communautés locales « en s’identifiant à la
nature et en témoignant d’un authentique amour-propre d’un soi plus large et plus profond, il
1
Ibid., p. 189.
2
Wackernagel , M et Rees ,W., Notre empreinte écologique, Montréal, édition Écosociété, 1999, p. 35.
3
Op,. cit., p. 168.
4
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p.296.
86
pourrait au contraire prendre conscience que la protection de la nature est également au
service de leurs propres intérêts »1.
Selon Gandhi, tous les pauvres du monde ne peuvent trouver de secours dans la production de masse,
mais seulement dans la production par les masses. Le système de production de masse — qui repose sur
une technologie sophistiquée, très gourmande en capital, tributaire d’une forte consommation d’énergie,
et qui fait l’économie du travail de l’homme — présuppose que l’on soit déjà riche, car on a besoin d’un
fort investissement en capital rien que pour établir un seul poste de travail. Le système de production par
les masses mobilise, lui, les ressources inappréciables propres à tous les êtres humains : leur esprit éclairé
et leurs mains expertes, et leur donne en renfort des outils de première classe. La technologie de la
production de masse porte en elle la violence. Elle fait des ravages sur le plan écologique. Elle va à
l’encontre du but recherché quant aux ressources non renouvelables et annihile la personne humaine. La
technologie de la production par les masses, qui fait appel au meilleur de la connaissance et de
1
Ibid., p.92.
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 233.
87
l’expérience modernes, favorise la décentralisation, est compatible avec les lois de l’écologie, et fait un
emploi modéré des ressources rares. Enfin, elle se propose de servir la personne humaine au lieu d’en
faire l’esclave des machin.1
Subséquemment, il en ressort que la production par les masses est solidaire, humanisant
et écocentré. Cette production se pose en s’opposant à la production de masse. En effet, cette
première forme de production offre la possibilité aux non-spécialistes, aux payants de pouvoir
travailler tandis que dans la production de masse, seul les spécialistes peuvent travailler dans
la chaîne de production au regard de la standardisation des produits. De plus dans la
production de masse, l’homme reste sous la servitude des machines, or dans la production des
masses le travail est fait manuellement, l’homme n’est pas sous le dictat des machines. En
fin, la production des masses au regard de la grande partie du travail qui est fait
manuellement n’a pas d’impact négatif dans la nature, contrairement à la production de masse
qui fait recours aux technologies lourdes, qui brille par sa détérioration et sa pollution de la
biodiversité. Par cette analyse, il en ressort que la production par les masses est plus
humanisant, solidaire et écocentré que la production de masse. C’est justement pour cette
raison que « l’expression production locale vaut aussi comme équivalent du premier type de
production, car les masses désignent souvent un grand nombre de personnes dans un milieu
homogène »2. Ce modèle de production propre aux communautés est d’une forte teneur social
et communautaire car il place l’homme au centre des préoccupations économique et offre la
possibilité à l’homme de déployer ses potentialités. Ainsi, l’économie des communautés en
plaçant l’homme au centre des perspectives se présente alors comme une économie solidaire
au moyen de la production par les masses. Dans cette dernière, « les règles régissant
l’échange rejoigne ici celles gouvernant la production avec le recours à des formes plurielles
de travail au premier rang desquelles figure le bénévolat » 3. Compte tenu du caractère social
de l’économie solidaire, au quel figure l’économie des communautés, Jean-Louis La ville
estime que seul cette économie à l’habilité de sortir l’humanité de la domination de
l’économie néolibérale.
En effet, pour cet auteur, l’économie néolibérale est une économie unidimensionnelle
qui fait de la monnaie le seul instrument de mesure des valeurs et secondarise le bien-être de
l’humanité au profit de la satisfaction des besoins hypertrophique du marché. L’économie
néolibérale fait impasse aux autres formes d’économie telles que l’économie du don,
1
Schumacher E.F., Small is beautiful, Londre, édition Seuil 1978, p.160.
2
Op., cit., p.166.
3
Laville, J-L., l’économie solidaire : une perspective internationale, Paris, édition Descelée de Brouwer, 2008,
p.87.
88
l’économie verte et solidaire. Tout est soumis à la rentabilité monétaire dans l’économie
néolibérale. Elle désubstantialise les choses de leurs valeurs intrinsèques pour les accorder les
prix fantômes sur le marché. Ainsi pour sortir de cette économie écocidaire et humanicide,
Jean-Louis La ville recommande l’économie solidaire, laquelle ouvre la voie à des pratiques
écologiquement responsable et humanisant. Cette économie prouve d’ailleurs que « la société
civile ne saurait être circonscrite à l’autorégulation marchande des échanges économiques » 1.
L’économie solidaire se présente alors comme la solution pour sortir l’homme du tutorat de
l’économie marchande ambiante. C’est pour cette raison que l’auteur de l’économie solidaire
affirme :
Hier l’économie solidaire a constitué une ouverture en direction d’une économie plurielle quand
S’implantait une société industrielle basée sur le travail salarié ; aujourd’hui elle peut renouer avec cet
élan originel dans le passage à une société de services, en particulier en s’appuyant sur des formes
plurielles de travail.2
On retient que l’économie solidaire, en connivence avec celle des communautés ouvre
la voie à la possibilité à toutes les couches sociales de pouvoir participer à la chaîne de
production. Elle ouvre alors des perspectives plus enrichissantes, plus complexes et plus
épanouissantes pour l’homme et par ricochet à toute la totalité écosphérique. Il apparaît sans
ambiguïté avec Arne Naess qu’au moyen de l’économie des communautés, « la vie peut avoir
un bel avenir et nous pouvons y prendre part » 3. Toutefois, la crise écologique actuelle
impulsée par l’économie néolibérale au moyen d’un productivisme et consumérisme anti-
écologique, cette belle perspective veut se faire réduire à néant. C’est pour éviter
l’anéantissement des ouvertures plus enrichissantes et plus joyeuses de l’humanité par
l’économie néolibérale que le père de l’écologie profonde affirme :
L’un des plus grands défis de notre époque est de sauver la planète d’un désastre écologique encore plus
grand qui ne l’est déjà qui porterait seulement atteinte aux intérêts personnels des humains mais aussi aux
intérêts personnels des non-humains et réduirait pour tous les possibilités d’une existence joyeuse. 4
Ainsi, pour arriver, à cette vie joyeuse au soubassement écocentré, voir antropocentrée ,
Naess propos une série des réformes propres à son modèle économique qui est l’économe des
communautés.
6.2. L’économie des communautés : une économie en faveur de la richesse des fins,
gage de la résolution de la crise écologique actuelle
1
Ibid. p. 76.
2
Ibidem.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 304.
4
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p.88.
89
L’économie des communautés que propose Arne Naess est une économie
anthropocentréé et écocentrée. Elle est à la fois une solution pratique pour sortir l’homme du
joug de l’économie néolibérale et pour endiguer efficacement la crise écologique actuelle. Il
s’agit d’une économie qui vibre en osmose avec la préservation de la richesse des fins,
l’autonomie, la décentralisation et la qualité de vie écologiquement responsable. L’économie
des communautés est alors l’économie qui a pour téléologie d’assurer la transition vers une
vie plus épanouissante, et ouvre à l’homo sapiens de participer au processus d’une vie plus
riche, faite de joie et de bonheur avec tous les êtres de la nature dont il a d’ailleurs la charge
de pouvoir veiller à leurs épanouissement. Il s’agit d’une économie de la prise de conscience
de l’appartenance écosphérique de l’homme. Le philosophe de Tvergastein déclare à cet
effet :
La prise de conscience dont il est question ici consiste à effectuer une transition vers une conduite plus
égalitaire à l’égard de la vie et le développement de la vie sur terre. Cette transition ouvre à l’homo
sapiens les portes d’une vie plus riche et plus satisfaisante mais ne se focalise pas seulement sur cette
espèce.1
Cette transition humanisante et écocentrée n’est possible qu’au moyen d’une nouvelle
économie de la simplicité des moyens et de la richesse des fins qui n’est rien d’autre que
l’économie des communautés.
1
Op., cit., pp. 156-157.
2
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p. 44.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 167.
90
Le finalisme est la « doctrine qui accorde aux causes finales un rôle effectif » 1. Cette
doctrine signifie qu’une chose existe par qu’elle a un bute nécessaire, une finalité intrinsèque
qui émane de son propre existence. Les organismes de la nature regorgent des fins
intrinsèque, ils aspirent à la vie, leurs valeurs intrinsèques dépend d’eux-mêmes et non des
hommes. Leurs présences dans la nature invitent à une respectabilité et responsable de la part
des humains et non à une instrumentation et une brutalisassion de ces organismes qui ne
demande qu’à vivre. L’économie des communautés que nous propose Arne Naess pour venir
à bout de la crise écologique actuelle se range dans cette logique de pérennisation de la vie
dans la totalité écosphérique. Son slogan de « vivre et laisser vivre » 2 est d’ailleurs fort
évocateur à ce sujet. Il n’est pas question de vivre en détruisant les autres formes de vie
autour de nous, mais plutôt chercher un épanouissement écocentré.
1
Comte-Sponville, A., Dictionnaire philosophique, op., cit., p.386.
2
Op., cit., p. 277.
3
Hans, J., Le principe responsabilité, op., cit., p. 40.
4
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 140.
91
Ce vitalisme propre à l’économie des communautés présente des accointances avec celle
des africains qui se manifeste par leurs attachements à la vie. La vie est la valeur suprême des
en Afrique. Comme le souligne Eugène Gabin Nguefack :
Par-là, la vie acquière une dimension sacrée en contexte africain. La vision du monde
des africains est à comprendre sur leurs perceptions de la vie et la mort. En Afrique, il y a la
supériorité absolue de la vie sur la mort. Et même cette dernière est une transition pour la vie.
Basile Juleat Fouda affirme à cet effet « le nègre aime la vie et s’émerveille devant elle. La
vie s’impose à lui comme le tout de l’existence humaine. De là viennent l’optimisme des
négro-africains devant la vie »2. Ceci illustre clairement que l’Afrique est un pôle de
convergence de la valorisation de la vie. Les similitudes se pointe de ce fait à l’horizon entre
l’écologie profonde d’Arne Naess et le vitalisme africain au regard de l’attachement de ces
deux philosophie à la vie. C’est fort de cette remarque que le père de l’écologie profonde
déclare qu’« il est important de noter que les croyances et les pratiques des cultures
traditionnelles de la plupart des régions du monde sont favorables aux normes du mouvement
d’écologie profonde »3. On comprend alors que l’écologie profonde est une philosophie
propre aux cultures modestes du monde qui valorise d’ ailleurs la vie et brille par leur
proximité avec la nature.
L’économie des communautés du philosophe des montagnes est cette économie dont la
teneur éco-philosophique rime en faveur d’une série des changements d’idéologies en vue
d’endiguer la crise écologique actuelle. Elle est la solution efficace pour sortir l’humanité du
joug de l’idéologie néolibérale. L’économie qu’Arne Naess appelle à ses vœux est en faveur
de « l’adoption d’un style de vie écologiquement responsable : rupture avec un mode de vie
consumériste et avec l’utilisation des énergies fossiles » 4. Au moyen de ce changement,
l’homme pourra renverser l’idéologie néolibérale qui détruit au jour le jour les conditions
d’habitabilité de la terre. Ce souci de trouver les solutions efficaces et pratiques pour venir à
bout de la crise écologique par le père de l’écologie profonde au moyen de l’économie des
communautés n’est pas loin du projet de Mathias Wackernagel et de William Rees.
1
Nguefack, G., Ontologisation du pouvoir politique et « métaphysique sociale » en Afrique subsaharienne :
Essaie d’ontologie politique africaine, Dschang, édition Dschang University Pression, 2024, p. 17.
2
Basile Juleat , F., La philosophie négro-africaine de l’existence, Paris, édition l’Harmattan, 2013, p. 30.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 331.
4
Ibid., p. 328.
92
En effet, ces deux auteurs, soucieux de résoudre la crise écologique actuelle n’hésite
pas à faire recours à un outil. Il s’agit de l’empreinte écologique. Cette dernière se définit
comme « la mesure de la charge qu’impose à la nature une population donnée. Elle représente
la surface du sol nécessaire pour soutenir les niveaux actuels de consommation des ressources
et production de déchets de cette population » 1. L’empreinte écologique se présente alors
comme l’outil de la mesure des interférences de l’homme avec son milieu naturel. Également,
par l’empreinte écologique, l’homme arrime sa consommation des ressources naturelles aux
normes écologique de sorte à ne pas les épuiser. Comme le soulignent Mathias Wackernagel
et de William Rees, l’empreinte écologique est, « un outil comptable qui nous permet
d’évaluer la consommation des ressources et les besoins d’absorption des déchets d’une
population humaine ou d’une économie données, en termes de la superficie correspondante
de sol productif »2. Cet outil n’a alors pour seul mission de nous sortir du marasme
écologique actuel. L’empreinte écologique tous comme l’écologie profonde qui est également
« un outil d’analyse qui nous enseigne comment nous interroger plus avant sur les racines des
problèmes environnementaux »3. L’écologie profonde nous permet d’effectuer un
renversement de la situation écologique actuelle afin qu’advienne la stabilité et l’équilibre
éco-systémiques, gage de résolution de la crise écologique. C’est fort de ce souci de
préservation de la nature par les auteurs de Notre empreinte écologique affirment sans réserve
que
Nous pouvons renverser le cours la détérioration écologique et de l’injustice sociales. Il existe déjà des
milliers d’outils conceptuels et l’idée riche pour nous permettre de planifier un monde plus sûr.
L’empreinte écologique est l’un de ces outils. Elle nous aide à comprendre à la fois notre situation
actuelle et les implications de nos choix politiques 4
On le voit, la lutte contre la crise écologique est l’objectif majeur de toute personne
ayant une sensibilité écologique. Arne Naess n’est pas le seul à vouloir renverser l’économie
néolibérale par l’économie des communautés à l’effet d’ouvrir une nouvelle perspective plus
riche, plus joyeuse à l’humanité. Dans cette logique, l’écologie devient ce que pensait Pierre
Rabhi qu’Arne Naess évoque avec nostalgie, pour lui, « l’écologie devrait être transversale,
source de joie, de sobriété heureuse » 5 dans la mesure où elle vient alors offrir à l’humanité la
possibilité de perduration de la vie bien épanouie sur terre.
1
Wackernagel , M et Rees ,W., Notre empreinte écologique, op., cit., p. 26.
2
Ibid., p. 29.
3
Arne Naess, Vers l’écologie profonde, op., cit., p. 42.
4
Op., cit., p. 48.
5
Arne Naess, pour une écologie joyeuse, op., cip., p.111.
93
L’économie des communautés du sage norvégien pour être à la hauteur du projet
humanisant et écocentré qui est celui de lutter efficacement contre la crise écologique opte en
faveur de la décentralisation qui se caractérise par l’autonomie des collectivités locales, de
l’appréciation de ce qui est fait par soi-même. À cela s’ajoute le déplacement en bicyclette et
en transport en commun. Bien plus, l’économie des communautés que propose Arne Naess
invite l’homme à être en contact avec la nature à travers des friluftsliv, c’est-à-dire des
campings dans les milieux naturels afin de pouvoir se reconnecter avec l’environnement
naturel immédiat ou pourrait se développer le Soi-Écologique. Pour éviter le boom
démographie hors de tout contrôle, l’économie des communautés de Naess nous recommande
le recours à des plannings familials et l’espacement des naissances. Et pour une sécurité
alimentaire optimale, l’économie des communautés vibre pour l’agriculture biodynamique.
Naess ne garde pas son souffle par rapport aux solutions de l’économie des communautés
pour restaurer la crise écologique actuelle. Il s’agit de la défense du slogan, « ce qui est fait
par soi-même est bien fait, le déplacement en bicyclette où en transport collectif, friluftsliv,
mise en place d’un planning familial, développement de l’agriculture biodynamique ». Par-là,
les solutions que proposent l’économie des communautés que nous propose Arne Naess se
situe aux antipodes de l’économie néolibérale.
En outre, l’économie des communautés que le père de l’écologie profonde appelle à ses
vœux s’articule clairement autour d’un idéal social ou prévaut « la technologie verte,
l’économie verte, la démographie verte, les communautés vertes, les mouvements pacifiques
verts […] et la diversité de la vie »1. Dans cet idéal social, l’homme brille par son amour pour
la nature, par une proximité inouïe avec la nature, il pense avec la nature. Il s’agit de ce que
Marlène Sokeng-Fomena qualifie en bon ton avec Michel serres de Cosmo-Cogito. Ce
dernier renvoie à une manière de penser avec le cosmos, avec la nature, une pensée proche du
Soi-Écologique. Le cosmos-cogito est le mode de pensée de l’animisme épistémologique,
propre à Marlène Sokeng-Fomena.
Pour cette dernière, l’animisme épistémologique est la solution ultime, le dernier rempart
pour endiguer la crise écologique actuelle. Le disciple continuateur de Michel serres à savoir
Marlène Sokeng-Fomena ne garde pas son souffle, elle affirme de façon audible, «
l’animisme épistémologique se présente comme l’unique solution par laquelle l’humanité
mettra fin à la souillure du monde » 2. Elle est alors la réponse théorico-pratique propre à la
1
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 68.
2
Sokeng-Fomena, M., Épistémologique et hypothèse néo-animiste, op., cit., p. 137.
94
science pour sortir l’humanité du marasme écologique actuel. L’animisme épistémologique
se baigne de ce fait dans l’arsenal épistémique des sciences à l’effet de se positionner comme
pôle archétypal de résolution de la crise écologique actuelle. Comme l’affirme d’ailleurs la
mère de cette nouvelle approche épistémologique, « l’animisme épistémologique se propose
la réponse de la science aux problèmes écologiques » 1. On le voit, cette nouvelle approche
épistémologique se drape des ambitions écologiques.
Respect de toute vie. Respect des paysages. Élimination du plaisir de la chasse, à l’exception de la chasse
à la photographie. La chasse doit être limitée à une gestion écologiquement justifiée de la vie sauvage.
Traverser la nature sauvage d’un pas léger : ne laisser aucun indice de notre passage dans le paysage.
Stopper l’étalement urbain, stopper l’urbanisation (autoroute, hôtels, etc ) dans les espaces naturels. 2
95
De ce qui précède, on peut en retenir que l’économie des communautés que nous
propose Arne Naess en guise de solution pour lutter contre la crise écologique accélérée par
l’économie néolibérale opte en faveur de l’adoption d’un style de vie écologiquement
responsable qui est en faveur de l’idéal de la simplicité des moyens et la richesse des fins.
Elle est alors apte à endiguer efficacement la crise écologique et à sortir l’humanité du joug
de l’économie néolibérale car elle repose sur les technologies renouvelables, la production
locale, le respect et la sacralité de la vie, la reconnaissance de la valeur intrinsèque de la
nature, un style de vie modeste, la solidarité et l’égalitarisme biosphérique, c’est-à-dire le
droit pour tous de vivre. Il s’agit d’un droit de vivre et de laisser vivre tous les êtres de la
totalité écosphérique. Ces solutions sont des changements que l’économie des communautés
du père de l’écologie profonde propose pour lutter efficacement contre la crise écologique
causée en partie par l’économie néolibérale, de façon individuelle et collective et pour sortir
l’humanité du joug de cette économie écocidaire.
96
En sommes, il était question dans cette deuxième partie de présenter en quoi l'économie
néolibérale est responsable de l'aggravation de la crise écologique comme le pense Arne
Naess. Ainsi, il en ressort dans notre première chapitre que l'économie néolibérale est
responsable de l'accélération de la crise écologique de par son sur productivisme qui épuise
systématiquement les ressources de la nature, mais également gomme la valeur intrinsèque de
la nature. Dans notre deuxième chapitre, il en ressort que l'économie néolibérale est
également responsable de l'aggravation de la crise écologique car elle engendre un syndrome
consumériste qui pollue gravement et consomme abondamment les ressources naturelles.
Mais aussi, elle est responsable de l'accélération de la crise écologique dans la mesure où
l'économie néolibérale fait du haut niveau de vie écocidaire l'idéal de son style de vie. Au
regard des effets néfastes de l'économie néolibérale sur la nature. Arne Naess opte pour la
mise à mort de cette économie en faveur de l'économie des communautés qui est écocentrée
et anthropocentrée, basée sur la qualité de vie écologiquement responsable et sur un idéal de
simplicité de moyens et de richesse des fins. Cette économie se fonde sur les principes des
communautés locales c'est à dire la solidarité, le respect mutuelle, la réciprocité, la recherche
du bien-être collectif.
Toutefois, il en ressort que l'économie des communautés dont propose Arne Naess
présente quelques zones d'ombres qui risqueraient la rendre inapplicable dans notre contexte
éconolatrique marqué par le règne sans partage de l'axiomatique du gain.
97
TROISIÈME PARTIE : L’ÉCONOMIE DES COMMUNAUTÉS D’ARNE
NAESS EN PROIE ENTRE INEFFICACITÉ ET SORT DE
L’IDÉOLOGIE SOCIALISTE DEPUIS LA CHUTE DU MUR DE
BERLIN EN 1989
98
Dans cette troisième partie de notre réflexion, qui marque le point d’achèvement de
cette analyse, il sera question de ressortir en dépit de la pertinence, philosophie, écologique et
bioéconomique, les insuffisances de la thèse d’Arne Naess à l’effet de proposer des solutions
plus efficaces pour endiguer la crise écologique actuelle.
Pour y arriver, nous présenterons premièrement dans notre septième chapitre, les failles
internes à l’instar des principes contradictoires qui pose la condition de l’épanouissement de
l’humanité, et celle des organismes non humains dans la baisse substantielle des populations
humaines, ainsi que le principe d’égalitarisme biosphérique qui affirme le droit pour tous de
vivre, mais recommande la mise à mort des humains au profit des organismes infrahumains.
Deuxièmement, il sera question pour nous dans notre huitième chapitre, de ressort
l’ancrage utopiste des solutions que proposent Arne Naess, ainsi que la coloration néo-
socialiste de l’économie des communautés, comme des obstacles de l’action écologique, car
pouvant déboucher à l’écocommunautarisme.
En fin, dans notre neuvième chapitre, il sera question de ressortir les méritent de
l’approche écologique d’Arne Naess, lesquels attestent véritablement que l’écosophie du père
de l’écologie profonde demeure une mine d’or écologique et invite à une relecture à l’effet de
puiser des outils de résiliences climatiques. L’éthique de la compassion écologique que nous
proposons vise à écologiser la conscience humaine à l’effet de promouvoir un vivre ensemble
harmonieux homme-nature dans un contexte marqué par la préséance des enjeux économico-
écologiques.
99
Chapitre VII : L’économie des communautés naessienne : un angélisme utopiste
inopérant dans la période contemporaine
L’économie des communautés que propose Arne Naess dans un élan de substitution de
la bourrasque néolibérale se révèle inopérante dans notre contexte manifestement dominé par
des enjeux économétrie (méthode « utilisée pour estimer les paramètres des équations qui
constituent les modèles de prévision macroéconomiques» 1), en raison de son fondement
économique traditionnel, archaïque qui ne se limite qu’à la fonction de subsistance. Mais
aussi cette économie se révèle inopérante au regard des oripeaux génocidaires et
contradictoire qui se dégagent de ce système. Ces facteurs combinés peuvent restreindre
l’action écologique.
L'économie des communautés, proposées par Anne Naess, qui s'inscrit dans un élan de
substitution et l'économie néolibérale, car responsable de l’aggravation et la crise écologique
actuelle, présente des zones d'ombres qui invitent nécessairement à soulever. Parmi ces zones
d'ombre, on peut évoquer le fort potentiel de la baisse substantielle de la population, laquelle
laisse entrevoir un fond génocidaire. Ceci est d'autant plus contradictoire dans la mesure où
Arne Naess cherche justement à garantir l'épanouissement de l'humanité. Il affirme à cet
effet, « la préservation de la planète répond à un besoin profondément humain » 2. Par-là, il en
ressort que Naess milite pour la préservation de la nature en vue de garantir la perpétuité de
l'humanité sur terre.
Toutefois, il recommande une diminution des humains pour qui, il faut préserver la
nature pour garantir son bien-être à longue terme. Il affirme à cet effet, « l'épanouissement de
la vie humaine et des cultures est compatible avec une baisse substantielle de la population
humaine. L'épanouissement de la vie non humaine nécessite une telle baisse» 3. Ici, Arne
Naess et purement et simplement en contradiction avec lui-même dans la mesure où son
système philosophique vise réellement l'amélioration des conditions de vie de l'humanité,
mais cherche autant que possible à tuer cette même humanité. Il semblerait qu'on cherche à
préserver la nature pour elle-même et non pour l'humanité puisqu'on cherche la diminution
substantiellement de cette humanité au profit de la nature. Ainsi, il apparaît de toute évidence
1
Beitone, A, Cazorla, A et Hemdane, E., Dictionnaire de science économique, op., cit., p.202.
2
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 228.
3
Ibid.p.60.
100
qu'il y a une instrumentalisation, voir une liquidation de l'humanité au profit du bien-être des
organismes non humains. Et les partisans de l'écologie profonde sont prêts à tout pour
atteindre ce but.
Nous sommes en droit de ligne de nous demander si les conflits fratricides, des
pandémies et les maladies incurables qui touchent l'humanité n’entretiennent pas des
accointances avec le mouvement de l'écologie profonde. Vincent Gerber est de cet avis lors
qu'il affirme « si l'épidémie du SIDA n'existait pas, les environnementaliste radicaux
devraient en inventer une »1. On le voit, avec Vincent Gerber, la quête frénétique de la baisse
substantielle de la population est la préoccupation majeure des partisans de l'écologie
profonde. Il est de toute évidence que cette préservation de l'environnement est
exclusivement pour le bien-être des organismes non humains et non pour les humains. Il on
comprend que le père de l'écologie profonde est obnubilé par cette exigence de diminuer la
population humaine. Il affirme sans réserve « la stabilisation et la réduction de la population
humaine prendront du temps. Aussi est-il nécessaire de développer des stratégies
intermédiaires »2. Ici, on retient que l'écologie profonde cherche à poursuivre un projet anti
humaniste et génocidaire puisqu'elle cherche des stratégies pour mieux réduire drastiquement
la population humaine. Le système philosophique du père de l'écologie profonde et de ce fait
jonché des contradictions internes, lesquels peuvent obstruer la saisie profonde de son
écosophie et la rendre inapplicable voir inefficace. On comprend le pourquoi Luc Ferry
affirme que l'écologie profonde est victime d'une « contradiction performative » 3. Ceci est du
simple fait que le projet d'une écologie centrée exclusivement sur la préservation du bien-être
des organismes infrahumains est une contradiction en soi.
Une nature sans les hommes pour y apprécier et vivre pleinement à l'intérieur est
dépourvue de sens. Seul l'homme peut apprécier les bienfaits et la beauté de la nature. Dans
l'écologie profonde, on retrouve cette contradiction performative, interne qui de la
préservation des organismes non humains l'unique téléologie de l'action écologique. Le père
de l'anthropocentrisme écologique, à savoir Luc Ferry est de cet avis lorsqu'il affirme :
Cette discordance se retrouve dans le discours juridique des écologistes profonds : s'imaginant que le
bien est inscrit dans l'être des choses, ils en viennent à oublier que toute valorisation, y compris celle de
la nature, est le fait des hommes et que, par conséquent, toute éthique normative est en quelque façon
humaniste et anthropocentriste.4
1
Vincent Gerber « Changer le monde par l’éthique : regard sur la deep ecology », p.93
2
Op., cit,. p. 63.
3
Ferry, L., Le nouvel ordre écologique, Paris, édition Grasset, 1992, p. 196.
4
Ibidem
101
Il en ressort que l'écologie profonde cherche de toute évidence à préserver la nature
pour elle-même et non pour l'homme. De ce fait, elle entre en double contradiction interne
avec elle-même dans la mesure où ça visée première était de permettre la réalisation de
l'humanité mais elle se détourner de cela pour plutôt chercher le bonheur des organismes non
humains.
En outre, le projet humanicide qui consiste à trouver des stratégies pour limiter la
croissance démographique se situe aux antipodes de réelles motivations reproductives des
humains. Les hommes peuvent décider de se reproduire dans le but de faire croître leurs
populations, car victimes d'une pandémie, ou d'un conflit qui aurait fragilisé voir diminuer la
population humaine. Murray Bookchin est de cet avis lorsqu’il affirme par le biais de
Hicham-Stéphane Afeissa dans la postface de l’édition américain d’Écologie, communauté et
style de vie que « les êtres humains ne sont pas des mouches à fruits […]. Leur comportement
reproductif est profondément conditionné par les valeurs culturelles, les niveaux de vie, les
traditions sociales, les relations de genre, les croyances religieuses, les conflits sociopolitique
et autres attentes sociopolitique »2. On le voit, la politique antinataliste que Naess cherche à
mettre en application dans son modèle économique qui est l’économie des communautés se
situe aux antipodes de réelles motivations de la croissance démographique.
1
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 271.
2
Ibid., p.366.
3
Mathilde, R., Écologie profonde : que sais-je, op., cit. p. 48.
102
frontalement à l’économie marchande pour proposer un modèle économique de la
décroissance avec moins d’interférence sur la nature. Plus loin, l’écologie profonde se définit
comme « une philosophie de l’harmonie ou de l’équilibre écologique» 1. Ce qui revient à dire
que l’écologie profonde de Naess en dépit d’être un mouvement est également une
philosophie. Il y a là un pluralisme écosophique, pouvant conduire le lecteur à la perdition.
Ceci atteste d’autant plus le pluralisme méthodologique dont est victime le système
philosophique d’Arne Naess.
1
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p. 38.
2
Naess, A., Vers l’écologie profonde, op., cit., p. 42.
3
Ibid., p. 210.
4
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 26.
5
Naess, A., Ecologie profonde, op., cit., p. 55.
103
Arne Naess fini par définir une énième fois l’écologie profonde comme « une
philosophie environnementale qui nous pousse à nous interroger sur la place de notre espèce
dans la nature, dans l’espoir qu’un questionnement plus approfondi suscitera des solutions
plus amples à la crise environnementale que nous affrontons actuellement » 1. La multiplicité
définitionnel rend obscur la quintessence définitionnelle de l’écologie profonde de Naess.
Dans cette logique, l’applicabilité de l’économie des communautés que propose le père de
l’écologie profonde, adossée aux principes de l’écosophie devient insaisissable, d’où son
inefficacité. On ne peut qu’aboutir à la conclusion selon laquelle « Arne Naess est de ce fait
volontairement ambigu lorsqu’il s’agit de délimiter les idées fondamentales de l’écologie
profonde »2. Le pluralisme méthodologique et définitionnel de l’écologie profonde s’impose
alors comme une évidence patente qui rend insaisissable son économie des communautés, d’
où son inapplicabilité.
1
Naess, A., Vers l’écologie profonde, op., cit., p. 178.
2
Op., cit,. p. 54.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 266.
104
génocidaire. Il est de toute évidence que ce principe est contradictoire puisqu'il ne vise pas
réellement à promouvoir l'égalité homme-nature. Ce principe de la plateforme d'écologie
profonde atteste une liquidation des humains au profit du bien-être des organismes non-
humains. Arne Naess déclare que « l'épanouissement de la vie humaine et des cultures est
compatible avec une baisse substantielle de la population humaine. L'épanouissement de la
vie humaine nécessite une telle baisse »1. On le voit, Arne Naess perd de vue que son principe
d'égalitarisme biosphérique s'inscrit dans la logique de la préservation de toute vie et non
pour les seuls organismes infrahumains.
Arne Naess, en soutenant que le sacrifice des humains au profit de la réalisation des
autres êtres, oublie la caractéristique fondamentale de l'humanité qui est le désir,
l'attachement à la vie. L’humanité attache un prix à la vie, à la joie et l'harmonie. Luc Ferry
est de cet avis lors qu'il affirme que « l'amour de la vie, de sa propre vie comme de celle des
êtres qui sont chers, est d'évidence une des passions les plus communes à l'humanité » 3.
Ainsi, prétendre vouloir sacrifier l'humanité au profit de la nature est un crime contre
l'humanité. C'est refuser le droit à la vie aux hommes, lesquels attachement un prix à la vie.
Puisque l'écosophie de Naess campe en faveur du retrait du droit à la vie des humains au
1
Ibid., p. 60.
2
Naess, A, La réalisation de soi : Spinoza, le bouddhisme et l'écologie profonde, op., cit., p. 44.
3
Ferry, L., Le nouvel ordre écologique, op., cit., p. 131.
105
profit des non-humains, il en demeure que le modèle économique qu'elle postule sera répugné
au regard son fort dosage génocidaire.
Le cas illustre, les parasites porteur des jeunes pathogènes des maladies dangereuses
telles que la COVID-19, le virus du VIH SIDA, le vibrions cholérique et bien d'autres virus,
peuvent-ils véritablement être au même pied d'égalité que l'homme ? Nous estimons que cela
n'est pas le cas. Il apparaît de toute évidence que le principe d'égalitarisme biosphérique de
Naess manque de clarification, et par la suite pourrait ouvrir la voie au génocide de
l'humanité. Ce principe est d'autant plus ambigu dans la mesure où le père de l'écologie
profonde affirme qu'au nom du principe d'égalitarisme biosphérique, « il est aussi naturel de
désirer le bien-être d'un animal ou celui d'une plante que celui d'une personne » 2. Cette
affirmation laisse entrevoir une liquidation de l'humanité au profit du bien-être des
organismes non humains. La question qui subsiste dans ce contexte n'est rien d'autre que la
préservation de la nature est-elle pour elle-même ou pour l'homme. Il est de toute évidence
que pour Arne Naess la nature est préservée pour elle-même. La présence de l'homme dans
l'écosystème se traduit en termes de crime écosphérique.
En effet, Arne Naess pointe sans réserve le boom démographique d'être pleinement
responsable de l'aggravation de la crise écologique. Le surnombre de la population à conduit
une surconsommation accélérée des ressources de la nature. Ainsi la croissance
démographique se comprend comme un crime environnemental car il cause du tort, selon les
environnementalistes radicaux, à la nature. Arne Naess atteste cela lorsqu'il affirme « la
situation actuelle est rendue particulièrement critique du fait [de] l'absence de toute politique
adéquate touchant l'augmentation de la population humaine » 3. L'homme se présente de ce
fait dans l'écosystème comme un être appendicite qu'il faut émasculer de toute urgence afin
1
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p.27.
2
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 269.
3
Ibid., p. 52.
106
de restaurer l'équilibre écologique. On le voit, l'égalitarisme biosphérique d'Arne Naess laisse
en filigrane un levé de bouclier contre l'antropocentrisme, au regard de la conception
appendicite de l'homme dans l'écosystème. Luc Ferry, à constater cette tendance malicieuse à
faire de l'homme un être appendicite dans la sphère écologique. Il affirme à cet effet « le
crime contre l'écosphère, parmi lesquelles on comptera au premier chef la fécondité et la
croissance économique exploiteuse, toutes deux encouragées par une philosophie
homocentrique »1. On le voit, l'approbation de l'économie des communautés de Naess cache
en arrière fond un désir de réduction de la population humaine.
Cette supériorité des intérêts de la nature, qui est perceptible dans l'exigence de la
diminution des humains au profit des autres formes de vie dans la nature, porte atteinte à l'un
des principes majeurs de l'écologie profonde. Il s'agit du principe de la diversité et la
symbiose. En effet, l'écologie profonde, « la diversité augmente les potentialités de survie, les
chances de développement des nouveaux modes de vie, la richesse des formes de vie » 3.
Toutefois, il convient de rappeler que la diversité ne peut coexister là où certains êtres sont en
train d'être diminués. De plus, ce principe porte atteinte à l'humanisme par son
réductionnisme ontologique, ce principe fait « une dévaluation de l'homme au profit de
l'animal, puis une réinscription de l'action humaine dans un cosmos fixe, celui de la biosphère
»4. On le voit, l'homme passe pour ainsi dire à un simple être réductible à sa fonction vitale.
Il y a là un réductionnisme ontologique de l'homme au profit de la croissance des meilleures
conditions de vie des organismes non humains.
1
Ferry, L., Le nouvel ordre écologique, op., cit., p. 131.
2
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p.29.
3
Ibidem.
4
Flipo F., « la deep ecology, un intégrisme menaçant ou un libéralisme non-moderne? », Revue électronique
international, p. 3.
107
Avec l'écologie profonde de Naess en résonance avec l'économie des communautés,
tout porte à croire que le nombre limité des personnes sur terre peut conduire à un usage
parcimonie des ressources de la nature. Toutefois rien ne justifie cela, au contraire, le fait de
penser que les hommes sont peu sur terre peut conduire à une surconsommation des
ressources naturelles sous prétexte quels sont les seuls habitants et donc ils peuvent profiter à
volonté de ses ressources. Ainsi, Arne Naess oublie que le nombre de la population humaine
sur terre n'est pas à l'origine de la crise écologique mais plutôt le mode de vie écologiquement
irresponsable. Ceci revient à dire que la diminution de la population, l'enfermement dans une
communauté locale ou encore la mise à mort de l'économie néolibérale ne saurait résoudre
l'aggravation de la crise écologique actuelle.
108
Chapitre VIII. De l’inadaptabilité de l’économie des communautés dans un monde
éconocratique
Dans ce chapitre, il sera question de ressortir l’ancrage utopiste des solutions que
proposent Arne Naess, ainsi que le fond néo-socialiste de son économie des communautés
comme des obstacles à l’action écologique. Ce qui atteste d’avantage les insuffisances, voir
les limites de l’économie des communautés à venir à éradiquer efficacement la crise
écologique actuelle.
De plus l’économie d’Arne Naess, est en déphasage des enjeux réels de la société
actuelle dans la mesure où elle se limite à une production archaïque, élémentaire, laquelle
1
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 232.
109
production se situe aux antipodes des modes de productions les plus adaptés aux besoins de
notre société. Le père de l’écologie de profonde campe pour une économie domestique. On
parle de cette dernière pour « désigner les activités de production et de consommation qui se
déroulent dans le cadre de l’unité de résidence et donc, le plus souvent dans le cadre familial
(pouvant être plus ou moins large selon le société » 1. On retient que l’économie domestique
se limite à la satisfaction des besoins de l’homme dans un cadre micro sociétal. On le voit,
l’économie des communautés que Naess propose comme modèle archétypal de l’économie
pour restaurer la crise écologique est déconnecté de la réalité. Ceci atteste avec acuité
l’angélisme utopiste dont est victime Arne Naess qui est même dénoncé par Murray
Bookchin.
En effet, pour ce dernier, le monde que l’écologie profonde décrit est un monde
utopique, un monde qui ne se situe nul autre part, elle est coupée des aspirations et des enjeux
réels de notre temps. L’écologie dépeint un modèle sociétal où on ne retrouve pas d’inégalité
sociale, où les hommes entretien un rapport fusionnel avec la nature, avec les technologies
vertes, les économies vertes, les démographiques vertes et les mouvements pacifiques verts.
Cette société écocentriquement angélique ne peut être un idéal mais le bâtir reste quelque
chose de presque impossible. C’est pour démontrer l’écartement de l’écologie profonde de
réelles motivations de la société actuelle que Murray Bookchin déclare que « la deep ecology,
en dépit de toute sa théorie sociale n’a pas vraiment pris conscience de l’enracinement de nos
problèmes économiques dans la société et dans les problèmes » 2. Dans notre contexte,
l’économie la plus outillée est une économie durable qui rime en phase avec le
développement durable.
110
contexte africain puisque qu’elle s’inscrit dans la logique des économies traditionnelles,
lesquelles font impasse au développement de grandes ampleurs. Sous ce rapport, nous
pourrions dire que l’économie des communautés que nous propose Arne Naess est caduque
par ricochet inefficace à promouvoir un développement durable dans un contexte marqué par
la préséance des intérêts économico-idéologiques.
De plus Arne Naess est victime d’un angélisme utopiste, qui obstruer l’applicabilité de
sa pensée écologique son versant économique dans la mesure où le système économique
d’Arne Naess vise la survenance d’une société idyllique et paradisiaque où vivent les
hommes se donnent le sacrifice suprême qui est la mort au profit des organismes non-
humains. Où les populations partagent une seule identité avec la nature appelée le Soi
Écologique. Dans l'idéal communautaire, la démographie est très réduite, les hommes s'y
déplacent à pied et les écarts salariaux sont infimes. Il s'agit des sociétés calqué sous le
modèle socialiste et communiste. Dans cette communauté, on retrouve « la technologie verte,
l'économie verte, la démographie verte, les communautés de vie vertes et les mouvements
pacifiques verts »1. On ne peut que constater qu'un tel monde n'est que pure rêverie, il n'est
pas possible d'avoir ce genre de société où toutes les paramètres écologique sont
scrupuleusement respectés. On le voit, l'écosophie d'Arne Naess n'est que pure fantasme
détaché de la réalité.
1
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 68.
2
Ibid. p. 366.
111
rappeler qu'ils disposent d'un minimum de dignité qui ne permet pas d'établir un égalitarisme
biosphérique avéré juste sur le seul principe que les humains appartiennent à la communauté
biotique comme des bêtes, des insectes et virus nuisibles à la santé humaine.
La deep ecology a le souci d'encourager une attitude égalitaire de la part des humains, non seulement
envers tous les membres de l'écosphère, mais à l'encontre de toutes les entités, où formes, identifiables dans
l'écosphère. Par conséquent, cette attitude à pour vocation de s'étendre par exemple, à des entités ( où
formes ) tels les rivières, les paysages et même les espèces et les systèmes sociaux considérés eux-mêmes. 1
Par ailleurs, Arne Naess angélise le système communautaire comme si ce système était
dépourvu de toute aspérité, il diabolise le système du gouvernement central car selon lui, ce
système n'est pas à même d'épanouir l'humanité au regard de la préséance de la bureaucratie
qui alourdie la prise des décisions et les écarts salariaux qui accroît la fracture sociale. Il
estime que l'égalité des revenus dans une communauté est garant de cohésion sociale
harmonieuse. Il affirme à cet effet « les différences de revenus et de richesse sont infirmes.
Les habitants, quels que soient leurs revenus, ont des modes de vie suffisamment proches
pour pouvoir s'entendre et travailler ensemble »3. Cette thèse qui fait de l'égalité des revenus
le pilier de maintien de la cohésion sociale est de ce fait contradictoire, dans la mesure où
dans une société tous les habitants n'ont pas les mêmes besoins financiers. Ceci est d'autant
plus avéré dans la mesure où une famille qui a dispose de plus d'enfants n'aura forcément pas
les mêmes besoins financiers qu'une famille qui a peu d'enfants.
1
Warwick « the deep ecology ecofeminisme débat and its parallèles », Environnement Ethics, vol. 11, N°1,
1989, p. 6.
2
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 365.
3
Ibid. p. 233.
112
Ainsi, l'équité des revenus dans une communauté au lieu de garantir la stabilité sociale
peut plutôt alimenter une source de révolution sanguinaire afin chacun soit rémunéré selon le
travail fourni et selon ses besoins. En outre, l'égalité des revenus est susceptible d'altérer les
motivations individuelles et fragiliser la production économique. Cette thèse ouvre
inéluctablement la voie au plus grand fléau de l'économie qui est l'inflation et la stagflation.
Cette dernière renvoie à l'état d'une économie dont la croissance est très faible accompagné
d'une inflation. Pour Philippe Robert, la stagflation dont l'une des sources est l'égalité des
revenus se présente comme le plus grand fléau qui puisse toucher l'économie car elle
engendre une flambée vertigineuse des prix, qui à son tour rend la vie des ménages
insupportable. Par ailleurs, la stagnation de l'économie est génératrice des conflits sociaux et
catalyse le chômage. Il déclare sans réserve:
la stagflation est le plus grand fléau économique qui soit, le mal économique absolu, bien plus que la
crise de surproduction ou le chômage parce que de nature a engendrer une spirale diabolique conduisant
d'inflation en dévaluation monétaire à la paupérisation d'un pays 1.
Ce fléau économique tire sa source de l'égalité des revenus au sein d'une société où d'un
état, car ce nivellement des salaires érode les motivations individuelles lesquelles motivations
boostent la productivité. Il s'établit un lien d'effet à cause entre l'égalité des revenus et la
baisse de la production économique dans la mesure où le nivellement des revenus conduit les
plus compétitifs, les plus innovants à ne plus fournir d'effort car ceux-ci n'étant pas
récompensé à leur juste valeur. Sous ce rapport, on peut établir que le modèle économique
que propose Arne Naess qui émarge grandement dans un dispositif ou prévaut l'égalité des
revenus précipitera les États à un haut degré de stagflation. Ainsi, il n'est donc pas judicieux
pour les États de mettre en application un modèle économique disposant d'un fort potentiel de
stagnation économique. Ceci atteste avec acuité l'inefficacité de l'économie des communautés
de Naess à subsumer les inégalités sociales. Le contexte actuel qui se caractérise par les crises
écologiques, les États ont besoins économiques de la croissance verte et non de la
décroissance pour un enfermement économique pouvant conduire à la stagnation de
l'économie. Les États se souviennent des affres de la crise économique de 1929, et de l'état
alarmant de l’Allemand du bloc communiste qui était sous le régime économique
communiste que nous propose Arne Naess. L'issue était la chute du mur de Berlin en 1989,
qui marquait la fin de l’idéologie communiste.
1
Philippe, R., « Égalité des revenus, inflation et stagflation », Revue Économique, 1978, N° 29-2, pp. 332-372.,
p. 340.
113
L'économie des communautés que nous propose Arne Naess est de ce fait voué au
même sort que la chute du communisme de 1989, par ricochet son modèle économique est
archaïque, inopérante, inefficace et inadapté dans notre contexte qui est marqué par le
triomphe de l'idéologie capitaliste. En plus, le système décentralisé que le père de l'écologie
profonde valorise comme étant le modèle politique et économique archétypal, n'est pas à
l'abri des vices du système centralisé. Les dirigeants des collectivités peuvent également se
livrer aux pratiques vicieuses-t-elle que la corruption, la xénophobie, les détournements et
même le chauvinisme. Les propos de Pierre Jacques nous présentent les dérives du
gouvernement décentralisé au cas où une collectivité n'est pas préparée à l'autonomie locale.
Pour lui, « dans certaines circonstances de faible préparation, la décentralisation conduirait à
l'extension des pratiques délétères (corruption, népotisme, abus de pouvoir)» 1. Ainsi, Arne
Naess qui angélise l'économie des communautés perde de fil que ce modèle économique
présente des faibles, tout comme le système de gouvernance centralisé.
Au regard des zones d'ombre que recèlent l'écologie profonde sous son versant
économique, écologique et humanisme, il est de toute évidence que ce modèle reste et
demeure inadapté dans le contexte actuel. Toutefois, il convient de rappeler que le modèle
économique que propose Arne Naess afin de lutter contre l'aggravation de la crise écologique
à des relents génocidaire.
Arne Naess au moyen de l'écologie profonde soutien que l'économie des communautés
adossé sous les principes des communautés écologiques où encore des écocommunautés est
la solution pour réduire l'aggravation de la crise écologique actuelle, amplifiée par l'économie
néolibérale. Toutefois, il est loisible de souligner que cet approche présente des risques
majeurs qui peuvent au contraire limiter, alourdir l'action écologique. Parmi ces risques, nous
pouvons citer l'auto enfermement d'une communauté.
Le repli sur soi ou encore l'enfermement sur soi d'une écocommunauté est une forme
d'égoïsme écologique qui consiste à se concentrer sur le bien-être écologique de sa
communauté sans se soucier des autres zones du monde. Dans cette forme d'enfermement,
l'action écologique est centrée sur les seules priorités de la communauté, le bien-être des
autres importe peu. Le slogan de l'écologie profonde d’Arne Naess « l'autonomie,
décentralisation, bio-regionalisme »2, oublie que ce système dispose des faiblesses et
1
Jaquemot, P, Le dictionnaire encyclopédique durable, Paris, édition science humaine, 2017, p.329.
2
Naess, A, La réalisation de soi : Spinoza, le bouddhisme et l'écologie profonde, op., cit., p. 46.
114
nécessite une préparation en amont pour éviter toute forme d'excentricité écologique, sociale
et économique. L'enfermement sur soi d'une économique verte, au lieu de préserver
l'environnement peut effriter le tissu social et déboucher aux conflits communautaires. Cette
voie, est susceptible de déboucher à la déréliction de la cause écologique. Ceci voudrait dire
qu'un modèle économique qui s'inscrit en faveur de l'enfermement sur soi peut être un danger
pour la cohésion sociale.
Ainsi, « la philosophie de l'unicité »1, que cherche à promouvoir Arne Naess en vue de
la restauration de l'équilibre écologique, adossé aux principes des communautés peut
déboucher à une philosophie de la division, de la différence et du repli identitaire. En ceci que
chaque communauté serait centrée sur la préservation de son identité écologique au détriment
de l'identité planétaire que tous les hommes dans l'unisson cherchent à promouvoir. Dans la
même mouvance marquée par des relents communautaire, la non-violence qu'Arne Naess
recommande pour encadrer l'action écologique à des forts potentiels de céder la place à la
violence, au mouvement des éco-guerriers. Ces derniers sont « une bande de gens qui militent
par l'action direct contre la destruction de l'environnement » 2. Ces éco-guerriers n'hésitent pas
à faire à la violence pour faire entendre la voix de la nature.
Or, pour le père de l'écologie profonde, campe pour l'usage de la non-violence dans
l'action écologique. Il affirme à cet effet « il me semble pourtant raisonnable d'exiger de tout
un chacun une forme de non-violence car l'expérience de ces derniers années à clairement
montré que la cause écologique bénéficiait grandement d'une communication non-violente » 3.
On le voit, Arne Naess cherche à être fidèle à son maître Mahatma Gandhi. C'est ainsi que
dans un contexte marqué par les replis identitaire, en cas de rareté des ressources naturelles,
l'usage de la force ne tardera pas à se faire ressentir. Marine Le Star est de cet avis. Pour lui, «
la concurrence pour les ressources naturelles peut être justifié par les perceptions des
inégalités existantes, entraînant un renforcement identitaire au sein d'un groupe [marqué par]
par l'hostilité des autres groupes »4. Par-là, il en ressort que le repli identitaire effrite le tissu
social. Puisque l'économie des communautés, est adossée au principe communautaire, il en
ressort que ce modèle regorge des gènes d'effritement du tissu social.
1
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 308.
2
Roger, R., L'écologie profonde, op., cit., p.97.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 305.
4
Le Star, M., « les liens entre conflits et environnement », Cahier d'Outre-Mer, N° 255, 2011, pp. 429-430, p.
430.
115
En outre, le système économique sous fond communautaire que propose Arne Naess à
l'effet de venir à bout de la crise écologique actuelle se présente comme un réel potentiel
danger pour l'action écologique dans la mesure où il peut légitimer une subordination de
l'intérêt général de l'humanité sous les intérêts de la communauté. Elle pourrait conduire les
communautés locales à être autocentrées, sans pour autant se soucier des effets de la crise
écologique à l'échelle planétaire. De plus, en Arne Naess en proposant un modèle
économique, communautaire, partiel semble oublier que la crise écologique est un problème
global qui nécessite une solution globale. Marlène Sokeng-Fomen est de cet avis lorsqu'elle
affirme à propos de la résolution de la crise écologique. Pour elle, « a menace globale,
solution globale »1. Or l'économie des communautés se situe dans la logique qui s'exprime
comme suit, à menace globale, solution partielle. Dans cette logique, cette méthode qui
consiste à résoudre la crise écologique actuelle par une solution partielle se révèle inopérante
et inefficace au regard du caractère et global de la crise environnementale.
Arne Naess campe en faveur de l'économie des communautés, il estime que cette forme
d'économie est la mieux outillé à limiter l'aggravation de la crise écologique. Toutefois, cette
économie est susceptible de conduire au communautarisme. Cette dernière se définit comme
« une doctrine [...] qui voudrait, dans une population donnée, distinguer plusieurs
communautés spécifiquement différentes les unes des autres (par leur langue, leur région, leur
ethnie ...), dont la reconnaissance s'imposerait légitiment aux individus comme aux États » 2.
Ceci revient à dire que le communautarisme cherche à reconfigurer la société sous le modèle
des communautés de personnes qui partagent une même identité culturelle, éthique, ou
religieuse. Dans cette logique manifestement marqué par l'écocommunautarisme, « le
mouvement d'écologie profonde regroupant des scientifiques, des activistes, des
universitaires, des artistes et tous ceux qui œuvrent résolument à transformer les structures
sociales et à lutter contre les politiques anti-écologique » 3, pourront ne plus se sentir
interpelé, car n'appartenant pas à la même communauté. Au regard des accointances de
l'économie des communautés avec le communautarisme, il est clair que cette économie est
inapplicable dans notre contexte, qui est marqué par la convergence des cultures du monde,
des économies vers un système global qui est la mondialisation.
En outre, l'enfermement sur soi dans les communautés, au lieu de protéger les
écosystèmes comme le souhaite Arne Naess, peut se révéler inefficace dans la lutte contre la
1
Sokeng-Fomen, M., Épistémologique et hypothèse néo-animiste, op., cit., p.145.
2
Comte-Sponville, A., Dictionnaire philosophique, op., cit., p. 179.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie, op., cit., p. 305.
116
crise écologique. En effet, les solutions locales peuvent se révéler insuffisantes pour résoudre
efficacement les problèmes écologiques, au regard de la méconnaissance de la situation de la
crise écologique. C'est au moyen d'une solidarité à l'unisson de toutes les parties prenantes
que les solutions les plus efficaces pour endiguer la crise écologique actuelle. Le rapport du
congrès annuel de l’AIMF (Association Internationale des Maires Francophones) , tenu le 28
avril 2025 en France convergence dans ce sens. Selon ce rapport, « la lutte contre le
changement climatique ne peut réussir que si elle est territorialisée, ancrée dans les réalités
locales, portée par des acteurs de terrain, et soutenue par une solidarité internationale réelle
»1. Par ces propos, on comprend que l'action climatique est un défi planétaire qui invite à
l'unisson de toutes les parties prenantes et dans l'enfermement dans une communauté comme
le soutien Arne Naess.
1
Congrès annuel, AIMF, 2025, répondre à l'urgence climatique, lundi 28 avril 2025, de 14h30 à 16h, Hôtel
Silex Path, hué compte rendu.
2
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 320.
3
htpps://www. [Link]//fr//climatechange.
117
perceptible dans les zones qui ressentent encore moins les effets de la crise écologique,
certaines personnes y sont toujours à l'idée que la crise écologique est une légende, un mythe.
Dans certaines zones où les populations sont moins informées des questions écologiques, on
assiste à l’expansion des grandes plantations agricole par-delà des pratiques écologique. Or
l'expansion agricole est « la principale cause de déboisement dans le monde : pâturages,
plantations de palmiers à huile pour l'huile de palme, cultures de soja pour nourrir les
animaux d'élevage, en sont les principaux moteurs » 1. À cause de l'atténuation des effets de la
crise écologique, qui conduit nécessaire à un déni écologique, on assiste à des expansions
agricoles. Ceci est en partie dû à l'auto enfermement dans une communauté locale, qui par
manque ouverture pense que la situation écologique de son espace géographique est
conforme au reste du monde. Ainsi, il apparaît de toute évidence que le modèle économique
que propose Arne Naess n'est pas à l'abri des griefs, sa thèse malgré sa pertinence regorge des
zones d'ombres qui se présentent comme des obstacles de l'action écologique. Mais toute fois,
il convient de rappeler que ces griefs n’annulent en aucun cas la richesse et l'actualité de la
pensée écologique du sage norvégien.
1
[Link]
118
l'économie marchande, il reste loisible que ces aspérités ne dénaturent pas totalement la
pensée Naessienne de sa teneur écologique au contraire elle reste plutôt d'une brûlante
actualité et invite à l'urgence d'une réappropriation à l'effet de pouvoir faire face
individuellement et collectivement à la crise écologique comme l'affirme Arne Naess. Pour
lui, « l'objectif principal, [est] de donner les moyens à tout un chacun de faire face aux
problèmes environnementaux contemporains sur la base de sa propre vision globale » 1.
L'objectif d'Écologie, communauté et style de vie est alors salvateur puisqu'il fournit l'armada
écologique selon une sensibilité écologique de tout un chacun sans recours aux experts et
spécialiste dans le processus de lutte contre la détérioration des écosystèmes. Sur ce rapport,
nous pouvons dire que cette philosophie se drape des oripeaux humanisant puisqu'elle
cherche autant que possible à ouvrir une voix optimiste, plus joyeuse à l'humanité à l'effet de
ne pas sombrer dans un pessimisme écologique. Au regard des enjeux actuels, nous adossons
a l’écologie profonde de Naess une éthique de la compassion écologique.
La pensée éco éthique de Naess nous offre la possibilité de rêver d'être joyeuse,
d'espérer au chargement d'un lendemain meilleur où l'homme sera ami avec la nature, malgré
la situation écologique qui est de mal en pis. Il apparaît de toute évidence que ce texte reste
d'une importance capitale et nécessite une relecture dans notre temps qui est d'ailleurs marqué
par l'assombrissement dans un pessimisme écologique au regard des rapports alarmants des
ONG , agences nationales et internationales spécialisée dans le climat. Naess nous permet de
repenser à des jours meilleurs dans un contexte où tout espoir semble quitter le monde.
D'ailleurs, il « affirme avoir commencé à écrire Écologie, communauté et style de vie, parce
qu'il était pessimiste quant à l'avenir du monde, et dans le but de montrer que " la joie
permanent e était possible, même dans un monde confronté au désastre » 2. Ainsi,
l'écologie de Naess reste et demeure d'actualité pour notre temps puisqu'elle vient offrir à
l'humanité un message d'espoir.
De plus, la pensée éco éthique de Naess reste et demeure d'une constante actualité dans
la mesure où elle ne se limite pas seulement d'être une philosophie de l'espoir, mais vie à
l'atteinte du bonheur de l'homme et la réalisation de soi de tous les organismes de la totalité
écosphérique. Il s'agit d'un bonheur qui ne s'obtient pas dans le malheur des autres formes de
vie, mais un bonheur écocentré. En clair, l'écologie profonde de Naess est un « eudémonisme
1
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 262.
2
Ibid.p. 20
119
écocentré de la réalisation de soi, qui agit comme une boussole axiologique permettant
d'évaluer les actes qui impactent le vivre ensemble commun à toute la communauté
écosphérique »1. Il s'agit là d'une véritable philosophie du bonheur, d'un bonheur plus
épanouissant, plus ouvert et plus épanouissant.
Sous ce rapport, l'éthique écologique de Naess qui se déploie dans son modèle
économique à savoir l'économie des communautés vise véritablement l'atteinte du bonheur de
tous les êtres de la nature, par ricochet la pensée écologique du père de l'écologie profonde
reste et demeure d'une brûlante actualité et surtout dans notre société contemporaine marquée
par« l'éconolatrie»2 c'est à dire l'idolâtrie de l'argent qui subordonne nécessairement
l'humanité à la rentabilité où peu sont ceux qui atteignent encore le bonheur véritable. La
pensée de Naess nous invite à rechercher le bonheur dans un style de vie écologiquement
responsable modeste, dont l'idéal se résume dans la « simplicité de moyens et de richesse des
fins »3. Ainsi, Naess nous apprend que le véritable bonheur ne réside pas dans l'accumulation
frénétique des biens matériels mais dans une vie modeste, saine et un style de vie de
simplicité. Notre société qui brille par sa quête frénétique de l'argent subordonnant l'humanité
à l'éthique marchande, pensant trouver le bonheur dans cette voie périlleuse apprend
désormais avec Naess que cette voie est un chemin mortifère qui nous rapproche du
cataclysme et de la mort. La relecture d’Écologie, communauté et style de vie se pose alors
comme une nécessité dans notre temps à l'effet pour l'homme de s'approprier des véritables
outils qui peuvent le conduire au bonheur véritable.
En outre, la pensée éco éthique Naessienne reste et demeure d'une brûlante actualité
dans notre société qui est marqué par des conflits incessants. En effet, la pensée de Naess
s'enracine dans la philosophie de la non-violence de Mathama Gandhi et se positionne
comme un appel à la paix, au pacifisme dans la résolution des litiges. Elle privilégie de ce fait
le dialogue, la discussion et l'entente lors de la résolution des frictions qui concernent la
société, l'environnement, voir l'Homme dans son rapport avec la nature. Naess opte ainsi en
faveur de la paix, le dialogue et la non-violence et s'érige en missionnaire de paix. Naess nous
invite d'ailleurs à être des missionnaires de paix, à réduire autant que possible la barbarie, la
violence et le recours aux armes. Il affirme à cet effet : « agissez et luttez au sein d'un groupe,
mais agissez toujours en tant que personne autonome et de manière à réduire au maximum,
1
Naess, A. L'écologie profonde, op., cit., p.80.
2
Ayissi,. L., « Le marché global et sa clôture inhumaine », Le Cahier de l’UCAC, N°6, 2006, pp. 233-248, p.
239.
3
Op, cit., p. 68.
120
universellement et à long terme la violence » 1. Par-là, le sage norvégien reste et demeure
d'une importance capitale dans la mesure où il invite les hommes à user autant que possible
de la non-violence, du dialogue et du pacifisme lors de la résolution des litiges.
Naess reste alors le disciple Gandhi qui est le père de la non-violence mais également
d'Emmanuel Kant qui avait un dédain pour la révolution mais optait pour la réforme qu'il
estimait plus rationnel et raisonnable. Ce constat est ce qui transparaît de la lecture
d'Emmanuel Kant, faite par Marlène Sokeng-Fomena. Elle affirme à propos du philosophe
allemand « il s'insurge contre le droit de résistance populaire, les roulements étant considérés
comme antirépublicains. La réforme relève de l'autorité du souverain ; elle est souhaitable
contrairement à la révolution de la nature populaire » 2. Ainsi, Naess tout comme son maître
Kant désapprouve le recours à la violence et opte en faveur de la paix et la non-violence.
Sous ce rapport, la pensée écologique reste et demeure d'une actualité brûlante.
Cette philosophie de la rupture se drape des oripeaux mortifère dans la mesure où elle
rapproche l'homme de la mort, ce qui accroît de jour le dysfonctionnement axiologique,
1
Ibid., p. 238.
2
Sokeng Fomena, M « Droit de l'homme, État de droit et idéal de démocratie participative : une trajectoire
kantienne en contexte négro-africain» , université de Dschang Cameroun., p.06.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 20.
4
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p. 73.
121
civilisationnels de la société contemporaine. Il y règne d'abord une crise des valeurs
axiologique causé par cette philosophie de la rupture qui est le poste modernisme. Le
bioéthicien camerounais André Liboire Tsala Mbani défini ce dernier comme « un courant
d'idée qui établit une rupture avec la modernité. Sur le plan éthique, cette rupture se traduit
par la disqualification de tout principe référentiel et de toute catégorie morale fondamentale
pouvant servir de base à une réflexion éthique » 1. Par cette définition il apparaît que le post
modernisme est investi d'une philosophie de la rupture, laquelle philosophie effrite, érode le
socle axiologique de la civilisation contemporaine. La relecture de Naess est d'une
importance capitale car elle nous invite à l'unité, à la reconnexion avec la nature, avec les
valeurs civilisationnelles à l'effet d'adopter une conduite éthiquement correcte, la nature se
présente pour ainsi dire comme le berceau des valeurs.
1
Tsala Mbani, A., Les défis de la bioéthique à l’ère éconofasciste, op., cit.,p. 150.
2
Naess, A., Vers l'économie profonde, op., cit. p.300.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 23.
4
Op., cit., p. 42.
5
Ibid., p. 187.
122
Par-là, l'écologie profonde de Naess reste d'une importance capitale dans la mesure où elle
fournit à l'humanité des outils méthodologiques pour lutter contre la crise écologique qui ne
cesse de s'aggraver de jour en jour par l'activité économique
Ainsi, l'écologie de Naess se présente alors en notre temps comme une boussole pour
nous aider à mieux être en harmonie avec la nature dont dépend notre survie. Elle nous
permet également de mieux nous interroger sur notre véritable place dans la nature à l'effet de
trouver des solutions pour lutter contre la crise écologique. Comme l'affirme Naess, «
l'écologie profonde ; une philosophie environnementaliste qui nous pousse à nous interroger
sur la place de notre espèce dans la nature, dans l'espoir qu'un questionnement plus
approfondi suscitera des solutions plus amples à la crise de l'environnement que nous
souffrons actuellement »2. La société contemporaine ne peut donc pas se passer de l'écologie
profonde au regard de l'imminence du cataclysme écologique de notre temps d'où l'actualité
de l'écologie profonde.
L'écologie profonde se présente par ailleurs comme une idéologie, il s'agit d'une
idéologie qui met l'accent sur la présentation de la nature sauvage. Elle vise à réduire autant
que possible les interférences des hommes dans la nature. Arne Naess affirme à cet effet : «
l'écologie profonde est une manière idéologique de regarder le monde qui met l'action sur
l'importance de la nature libre et sauvage » 3. Sous ce rapport, l'écologie profonde ou encore
l'écosophie reste d'une importance capitale pour les civilisations du monde, mais plus
précisément des Africains au regard de la forte activité de déboisement causée par les sociétés
forestière qui détruisent de jour en jour les espaces naturels sauvages. Au moyen de l'écologie
1
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p38.
2
Naess, A ., Vers l'écologie profonde, op., cit., p187.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 210.
123
profonde , les africains peuvent sauver efficacement les forêts sauvages de l'invasion de
l'exploitation forestière à outrance.
La pensée écologique de Naess reste d'une importance capitale pour notre temps car
elle permet de nous libérer de la servitude de l'économie néolibérale qui a pris en otage le
vivant humain ainsi que la nature. L’écologie profonde offre à chacun la possibilité d’adopter
sa propre philosophie de la nature, sur la basse de son expérience à l’effet de lutter contre la
crise écologique. On retient que « la conception qu’en fait Naess confère à chaque individu
la capacité de forger sa propre écosophie en fonction de ses expériences personnelles »2.
L'écologie profonde de Naess reste et demeure d'actualité et invite à une relecture une
meilleure réappropriation de sa pensée en contexte où prévaut la crise écologique. Également
la réappropriation de sa pensée s'impose à notre temps, dans le contexte africain qui est celui
dont on retrouve véritablement les peuples de la forêt, qui sont d'ailleurs très touchés par les
effets de la crise écologique actuelle. En se situant en bon ton avec Naess, nous nous situons
dans l'urgence d'une éthique écologique pouvant garantir les équilibres écologiques dans
notre monde « iconocratique » et « éconofasciste ».
Le vocable éthique émane de trois mots grec a savoir « Ethè » qui signifié style de vie
personnel, « Ethos » qui renvoie aux valeurs, aux croyances et aux principes moraux qui
1
Mathilde, R., Écologie profonde : que sais-je, op., cit. p. 48.
2
Satcha Feuba et Sa’ah De Yemeli « Les défis d’une écosophie à l’ère de la mondialisation et de la
technologisation », Cahier de l’URPHISSA, Varia-NO 5, 2024, pp. 37-52. p. 40.
124
guident les actions et les décisions une personne , ou d'un groupe de personnes voir d'une
société « Ethikos » qui renvoie à le questionnement moral et éthique sur la validité
normative d’une règle ethnique à adopter par certains. Par ses trois étymologies, l’éthique
apparait comme la science de la morale qui a pour téléologie la bonne conduite individuelle
ou collective en vus du Bien individuel ou collectif. Une conduite éthique ou un acte
éthiquement correct se veut d'être adossé aux principes moraux et par ricochet, est
universellement bien. Comme le souligne Gabin Nguefack, « un comportement éthiquement
correct sera, des lors, celui qui se destine à une téléologie protectrice des valeurs, entant
qu’elle se veut ipso facto supra-tendancielle et par ricochet universellement acceptables pour
tous, pour peu qu'on partage l’humaine condition » 1. Ainsi on le voit une conduite éthique a
pour vocation l’arrimage de la conduite humaine sur les principes moraux universellement
partagés en vue du bien individuel et collectif. Ceci justifie alors notre vœu de fonder les
principes pouvant humaniser l’économie néolibérale sur les valeurs éthiques. On comprend
que, la finalité d’un tel projet est humainement humanisant.
Cette dernière, exige que l’homme puisse adopter un sentiment de sympathie, d’amour
et de compassion envers la nature, l’optique étant la promotion d’un vivre ensemble
harmonieux entre l’homme et la nature. Au moyen de cette éthique, l’homme pourra mieux
exprimer sa reconnaissance envers les bien faits que la nature lui apporte comme l’affirme
1
Nguefack , G., Ontologisation du pouvoir politique et « métaphysique sociale » en Afrique subsaharienne :
Essaie d’ontologie politique africaine, op., cit., p. 112.
2
Comte-Sponville, A., Dictionnaire philosophique, op., cit., p. 180.
3
Spinoza , B,. Éthique, op., cit. , p. 193.
125
Mathis Wackernaget et William Rées, en ces termes « la nature nous fournit une provision
régulière des nécessités de la vie […] Enfin, l’exubérance et la beauté de la nature sont une
source de joie et d’inspiration spirituelle » 1. Ainsi, au regard de la bienveillance de la nature
envers les humains, il est éthiquement Correct de proposer une éthique qui pourra nous aider
à être plus attentionné, plus responsable et a éprouvé la peine de la nature.
De plus, nous pourrions efficacement modérer son syndrome consumériste qui a déjà
phagocyté 30% des ressources de la planète en un demi-siècle et nous pourrions protéger le
reste de 70% qui nous reste pour que les générations futures en bénéficient. Le désir qui nous
anime est de construire un éco-monde où les individus, en dépit de leurs attachements
sociaux, manifestent un souci d'appartenance écosphérique L'optique étant de susciter une
forme de patriotisme qu’Edgar Morin qualifie de patriotisme planétaire. Nous espérons que «
« ces possibilités nous laissent entrevoir un bel avenir.» 3. L'écologie profonde n'a pas pour
finalité d’émasculer la concurrence du domaine de l'économie, mais plutôt de promouvoir
une éco-concurrence sous le prime de la différenciation telle qu'on le retrouve dans
l'économie d'énergie de Georges Simmel.
1
Wackernagel , Mathis et Rees William., Notre empreinte écologique, op., cit., pp. 27-28.
2
Morin, E, La méthode, tome 1, la nature de la nature, Paris, édition, seuil, 1977, p. 203.
3
Ibid., p. 231.
126
propre à l’arène économique, Georges Simmel propose l'économie d'énergie sous fond de
différenciation. Il affirme à cet effet, « seule une différenciation croissante peut éliminer la
friction qui découle de la poursuite d'un même but et du fait que les énergies sont dérivées de
ce but et dépensées pour éliminer personnellement le concurrent. » 1. La différenciation vient
alors subsumer la friction des intérêts sur un but. Nous estimons que l'éthique de la
compassion adossée sur le principe de l'économie d'énergie pourra diversifier les buts. Le
philosophe allemand affirme à cet effet, « il existe selon moi trois sortes d'obstacles à
l'accomplissement d'une activité téléologique, et le principe d'économie d'énergie vise
précisément à surmonter la friction de détour et la coordination du superflu des moyens.» 2.
Par cette différenciation, le croisement des intérêts n'aura plus droit de citer, ce qui reste
favorable à la survenance d'une concurrence écologiquement responsable. Il s'agit de l'éco-
concurrence. Cette dernière est une forme de compétitivité des personnes ou des entreprises
dans des investissements écologiques.
La croissance verte comme une conception de l’activité économique qui continue de prendre comme
objectif la croissance, l’amélioration du niveau de vie, de l’espérance de vie et de l’équité sociale, bref ce
qu’on appelle généralement le progrès, tout en visant une réduction significative des dommages causés à
l’environnement.4
1
George, S , L'agent dans la culture moderne. , Paris, .Laval, éédition PUL, 2018, p. 55.
2
Ibid., p.44
3
Jaquemot, P, Le dictionnaire encyclopédique durable, Paris, édition science humaine, 2017, p.453.
4
FERRY, L., Les sept écologies, Paris, édition Humensis, 2021, p. 122.
127
stratégiques pour l'Afrique. En effet, « l'Afrique reste victime d'exclusions épistémologiques,
de confinements et d'insularités épistémiques, et de facto, il lui est refusé le droit à la science
»1.
Elle se définit comme cette philosophie qui fait référence à la sagesse africaine, ayant
pour sous-bassement l'éthique de la compassion écologique, avec pour téléologie le vivre
ensemble harmonieux entre l'homme et la nature. « L'afrocosophie » reste redevable à
l'écologie profonde de Naess car elle privilégie une approche profonde de l'environnement,
elle recommande le recours à la non-violence dans la lutte et dans la préservation des
écosystèmes. Elle est en faveur de « l'image relationnelle des champs de vue total » 3.
L'éthique de la compassion écologique valorise « le principe de diversité et de symbiose » 4.
Dans la mesure où elle augmente les potentialités et est perçue comme un facteur
d'enrichissement. L'objectif de Naess était d'abord de « nous apprendre à développer nos
propres systèmes par nos propres moyens »5, entre. On le voit, l'éthique de la compassion
écologique reste en bon ton de l'écologie profonde d'Arne Naess, mais se démarque toutefois
de celle-ci.
1
Jacques Chatue, « Éléments d’éthiques de la recherche », ), URPHISSA,
[Link]
2
Sokeng-Fomena, M Épistémologie et hypothèse néo-animiste, op., cit., p. 149.
3
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p. 27.
4
Ibid., p. 29.
5
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 25.
128
L'éthique de la compassion écologique se démarque de l'écosophie de Naess dans la
mesure où notre éthique de la compassion Campe, en faveur de la croissance économique
verte , qui est une économie adoptée aux exigences de la période contemporaine. Or,
l'écologie profonde de Naess en faveur d'une économie des communautés, pour des zones
rurales, cette économie est inopérante dans notre contexte. Pour l'éthique de la compassion
écologique, l'économie des communautés de Naess est une économie archaïque,
traditionnelle, inefficace, en notre temps, point.
129
mais se démarque tout au moins de Naess. Elle reconnaît l’incomplétude de l'homme et voit
en la nature, un supplément d'âme, et vice-versa.
130
notre temps car elle nous offre une nouvelle approche philosophique, économique et
écologique plus efficace pour endiguer la crise écologique actuelle. L’éthique de la
compassion écologique que nous proposons en guise de palliative, des insuffisances de la
thèse d’Arne Naess vise à interpeller l’humanité à adopter une aptitude de compassion à
l’égard de la nature dans notre contexte éconocratique à l’effet de promouvoir un vivre
ensemble homme-nature.
Il était question dans cette dernière et troisième partie de notre réflexion, de ressortir
les insuffisances de la thèse d’Arne Naess, en rapport à la crise écologique manifestement
aggravée par l’économie néolibérale.
Il en ressort en première analyse, dans notre septième chapitre, que l’écologie profonde
d’Arne Naess qui s’inscrit en faveur de l’adoption de l’économie des communautés,
regorgent des contradictions internes à l’instar de la thèse qui vise à promouvoir le bien-être
des humains et des non humains dans la réduction substantielle de ces même humains et celle
qui affirme un droit égal pour tous à la vie au nom du principe d’égalitarisme biosphérique
tout en posant comme condition la mise à mort de certains humains au profit du bien-être des
organismes non humains.
131
Troisièmement, il en ressort, dans notre neuvième chapitre qu'en débit des insuffisances
que présente la thèse d'Arne Naess, elle reste toutefois d'actualité et invite à une relecture plus
approfondie, à l'effet d'une réappropriation de cette pensée, dans la mesure où l'approche
philosophique d'Arne Naess aborde la question écologique sous l'angle holistique, plus
approfondie et fournie à l'humanité les voies et moyens de reconnexion avec la nature. À
cela, elle offre à chacun la possibilité d'adopter sa propre écosophie dans notre contexte
marqué par l'aggravation des crises écologiques en se fondant sur ses propres expériences et
sa propre sagesse philosophique. Au regard des insuffisances de la thèse d’Arne Naess à
venir à bout de cette gager qui est la crise écologique, nous avons proposé une éthique de la
compassion écologique laquelle invite l'humanité à adopter une attitude de compassion
envers la nature à l'effet de promouvoir un vivre ensemble harmonieux homme-nature dans
un contexte marqué par la préséance des intérêts économico-écologique.
Conclusion générale
132
Il était question dans cette réflexion du problème de l'efficacité de l'économie des communautés
d’Arne Naess dans la résolution de la crise écologique actuelle. Pour mener à bien cette analyse, nous
avons opté pour une demande analytico-chritique. Celle-ci nous a permis de remonter au contexte de
naissance de la problématique autour de laquelle s'articule le fil d'Ariane de notre étude qui gravite
autour de trois grandes parties, chacune ayant en son sein trois chapitres, ceux-ci à leur tour
étaient subdivisés en deux sous-parties chacun. Ceci a été pour nous l’occasion d’analyser en
profondeur la thèse d’Arne Naess qui recommande la substitution de l’économie néolibérale
par l’économie des communautés, gage de la lutte contre l’aggravation de la crise écologique
actuelle, afin de finalement en déceler ses aspérités et proposer une conception plus outillée
en lien avec les critiques adressées à Arne Naess pour proposer une éthique écologique
adaptée aux exigences endogènes de l’Afrique et exogènes en lien avec l’économie, le sociale
et l’écologique de la période contemporaine.
133
Dans notre première partie, qui s’intitule « Aux sources de la crise écologique actuelle
catalysée par l’économie néolibérale chez Arne Naess », il était question pour nous de déceler
et étudier les facteurs économiques ayant contribués à l’aggravation de la crise écologique
tout en catalysant l’avènement de l’économie néolibérale. Cette première partie à également
permis de déceler les auteurs qui ont influencés la structuration de la pensée écosophique
chez Arne Naess, laquelle pensée constitue la base de son rejet de l’économie productiviste
consumériste.
Dans notre deuxième chapitre qui est intitulé « Des influences contextuelles à l'éclosion
de l'économie néolibérale et leurs dérives sur l'environnement », il en ressort que le
productivisme du impulsé par les progrès scientifiques et techniques du XIXème siècle et
l’essor des nouvelles technologies du XXème siècle ont largement contribué à l’avènement
de l’économie néolibérale, mais aussi, ces influences contextuelles ont énormément dégradé
la nature.
134
Il en ressort alors avec Arne Naess, dans notre quatrième chapitre intitulé « Du
productivisme écocidaire de l’économie néolibérale comme accélérateur de la crise
écologique », que l’économie néolibérale est responsable de l’aggravation de la crise
écologique actuelle par son productivisme ostentatoire qui se fait par de-là des normes
écologiques, lequel débouche au gommage de la valeur intrinsèque de la nature au profit de
l’attribution d’une valeur extrinsèquement marchande à la nature.
Il en ressort dans notre cinquième chapitre avec le père de l’écologie profonde qui
s’intitule, « De l’aggravation de la crise écologique impulsée par l’économie néolibérale au
moyen de l’hyperconsommation des ressources naturelles », que l’économie néolibérale
participe à l’aggravation de la crise écologique de par son syndrome du consumérisme qui
engendre une surconsommations des ressources naturelle accompagné, de l’éloge d’un haut
niveau de vie qui encourage une surconsommation et une surproduction des déchets polluant
la nature.
En fin, dans notre dernier chapitre de cette deuxième partie de notre réflexion, à savoir,
« De l’économie des communautés naessienne comme thérapie de la crise écologique
actuelle », il en ressort que l’économie des communautés que propose Arne Naess est une
économie de la décroissance, avec pour mode d’organisation sociale les communauté vertes,
lesquelles on retrouve, la démographie verte, les mouvements pacifiques verts, la diversité de
la vie, technologie verte et l’économie verte ayant pour idéal économique la simplicité de
moyens et de richesse des fins.
Dans la dernière partie de cette réflexion, qui s’intitule, « l’économie des communautés
en proie entre inefficacité et sort de l’idéologie socialiste depuis la chute du mur de Berlin en
1989 ». Il était question de présenter les insuffisances y relatives à la thèse d’Arne Naess de
pouvoir y apporter des solutions pour une lutte plus efficace de la crise écologique dans notre
contexte actuel.
135
pour tous de vivre sous fond d’un principe d’égalitarisme biosphérique chimérique, lequel
principe recommande la mort des humains pour le bien être des organismes non-humains
Dans notre neuvième chapitre qui s’intitule « Enjeux de la pensée écologique d’Arne
Naess et sa réécriture en contexte africain », il en ressort que l’approche écologique d’Arne
Naess en dépit de certains aspérités reste et demeure d’actualité, et invite à une relecture au
regard de, son axiologie environnementale laquelle est adossée sur la non-violence,
l’ontologie du continuum homme nature, sa méthode innovante de l’écologie profonde qui
fournit à l'humanité les outils nécessaires suivant la sensibilité écologique de tout un chacun
pour trouver des solutions sur la base de son expérience pour lutter contre la crise écologique
actuelle.
Au terme de cet examen, il en ressort que l’économie des communautés proposée par
Arne Naess à l’effet de substituer l’économie néolibérale présente des insuffisances,
lesquelles dévoilent finalement l’inefficacité de l’économie des communautés à résoudre
efficacement la crise écologique actuelle. Ainsi, pour un vivre ensemble harmonieux homme-
nature en contexte marqué par la rémanence des intérêts économico-idéologiques, nous
proposons une éthique de la compassion écologique à visage africain.
Toutefois, il reste loisible de souligner que la pensée écologique d’Arne Naess demeure
une mine d’or écologique qui invite d’ailleurs à s’y attarder d’avance pour une meilleure
appréhension du système philosophique du père de l’écologie profonde. Le principe
d’égalitarisme biosphérique, qui est l’un des principes archétypal de son écosophie invite
d’ailleurs à une réflexion philosophique plus approfondi.
137
TRAVAUX DE L’AUTEUR
Livres de l’auteur
-NÆSS, Arne (2021), Écologie profonde, Paris, édition PUF
-NÆSS Arne (2017), Pour une écologie joyeuse, Paris, édition Actes Sud.
-NÆSS, Arne (2017), La Réalisation de Soi. Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde,
traduction de l’anglais par Pierre Madelin, Marseille, édition Wild Project.
-NÆSS, Arne, Vers l’écologie profonde (2017), trad. Dominique Bellec, édition Wild Project.
-NÆSS, Arne , Écologie, communauté et style de vie, réédition, traduction de l’américain par Charles
Ruelle et révision de la traduction et postface pour Hicham-Stéphane Afeissa, 2013, édition
Dehors.
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-FLIPO, Fabrice (2010), « La "deep ecology", un intégrisme menaçant ou unlibéralisme non-moderne
? / Lecture de "Écologie, communauté et style de vie" d’Arne Naess (trad. fr., MF Éditions,
2009) ». Sens public. [Link]
-SATCHA FEUBA et SA’AH DE YEMELI (2024), « Les défis d’une écosophie à l’ère de la
mondialisation et de la technologisation », Cahier de l’URPHISSA, Varia-NO 5, pp. 37-52.
-VINCENT, Gerber (2013), « Changer le monde par l’éthique : regard sur la deep ecology », Paris,
édition écosocieté.
-WARWICK (1989), « the deep ecology ecofeminisme débat and its parallèles », Environnement
Ethics, vol. 11, N°1.
Autres livres
-ALBOUY, François-Xavier (2016), Le prix d’un homme : plaidoyer pour un prix minimum de la vie
humaine, Paris, édition Grasset et Fasquelle.
-AUGUSTIN, Les confessions, Paris, traduction de Joseph Trabucco ,1964, édition Flammarion.
-AUGUSTIN, Les confessions, Paris, traduction de Joseph Traduction, 1964, édition Flammarion.
-BARRA Marc, HERTIN Laurent et, LECUIR Gilles (2014), Économie et biodiversité ; produire et
consommer dans les limites de la biosphère, Paris, éditions victoires.
-BASILE JULEAT, Fouda (2013), La philosophie négro-africaine de l’existence, Paris, édition
l’Harmattan.
-D’AQUIN Thomas, Somme théologique, Paris, traduction de Reginald (1984), édition numérique :
bibliothèque de l’édition du Cerf.
-D’AQUIN Thomas., Somme théologique, Paris, traduction de Reginald, 1984, édition numérique :
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-HÉSIODE, Les travaux et les jours, (réédition) Paris, Traduction de Thomas Gaiford, 1818, Théâtre
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-JEAN-MARIE DANIEL (2010), Histoire vivante de la pensée économique, crises et des hommes,
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-SPINOZA Baruch (1632), Éthique, traduction de Armand Guérinot, Paris, éditions Ivrea.
-VALIER, Jacqhues (2005), Brève histoire de la pensée économique, d’Aristote à nos jours, Paris,
édition Flammarion.
-YANN, Arthus-Bertrand (1999), La terre vue du ciel : un portrait aérien de la planète, Paris, édition
de la Martinière.
Autres article
AYISSI, Lucien (2006), « Le marché global et sa clôture inhumaine », Le Cahier de l’UCAC, N°6,
pp. 233-248.
-BENOIST. Alain (1993), « nature et sa valeur intrinsèque », Krisis, Paris, N°15, pp. 113-126.
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-LE STAR, Marine(2011), « Les liens entre conflits et environnement », Cahier d'Outre-Mer, N° 255,
pp. 429-430.
MÉMOIRES ET THÈSES
-SA'AH DE YEMELI Christelle (juillet 2024), « Ecologie profonde et écosophie : Une étude critique
d'écologie, communauté et style de vie(2013) d’Arne Næss », Mémoire de Master, Université de
Dschang.
OUTILS
Dictionnaires
Philosophiques
Écologies
143
-BOURG, Dominique et PAPAUX, Alain (2015), Dictionnaire de la pensée écologique, Paris, édition
PUF.
Economiques
Médicals
DOCUMENTS
Congrès annuel, AIMF, 2025, répondre à l'urgence climatique, lundi 28 avril 2025, de 14h30 à 16h,
Hôtel Silex Path, hué compte rendu.
Rapport de l'ONU sur l'indice de gaspillage alimentaire : le monde gaspille plus d'un milliard de repas
par jour, 27 Mars 2024
MÉDIAGRAPHIE
Webographie
htpps:[Link]//fr//climatechange.
[Link]
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[Link]
[Link]
sanitaire-200605#:~:text=Ils%20renferment%20quelque%201%20700,d%C3%A9j%C3%A0%20pr
%C3%A9sent%20dans%20l'atmosph%C3%A8re.&text=Avec%20la%20hausse%20des%20temp
%C3%A9ratures,'il%20neutralisait%20jusque%2Dl%C3%A0
144
[Link]
grandit-toute-allure
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niger.
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deltaduniger#:~:text=Au%20Nigeria%2C%20de%20grandes%20%C3%A9tendues,cours%20des
%2050%20derni%C3%A8res%20ann%C3%A9es.
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-Discours de son Excellence Paul Biya aux vœux de nouvel an du 11 janvier 2025
LOGICIEL
145