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Économie néolibérale et crise écologique

Le document aborde la crise écologique exacerbée par l'économie néolibérale et propose une approche d'écologie profonde, inspirée par Arne Naess, qui prône une éthique de la compassion envers la nature. Il critique les modes de production et de consommation néolibéraux, soulignant leur impact néfaste sur l'environnement et la nécessité d'adopter une économie communautaire pour favoriser un vivre-ensemble harmonieux. La réflexion se concentre sur l'importance de rétablir le lien entre l'homme et la nature pour surmonter cette crise écologique.

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Économie néolibérale et crise écologique

Le document aborde la crise écologique exacerbée par l'économie néolibérale et propose une approche d'écologie profonde, inspirée par Arne Naess, qui prône une éthique de la compassion envers la nature. Il critique les modes de production et de consommation néolibéraux, soulignant leur impact néfaste sur l'environnement et la nécessité d'adopter une économie communautaire pour favoriser un vivre-ensemble harmonieux. La réflexion se concentre sur l'importance de rétablir le lien entre l'homme et la nature pour surmonter cette crise écologique.

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DÉDICACE

À La famille Ndjao

1
2
REMERCIEMENTS

3
RÉSUMÉ
Proposer une solution à visage humain à l'effet d'endiguer le problème d'aggravation de la crise
écologique est la tâche à la qu'elle s'articule Arne Naess. La résolution d'une telle gager au moyen de
l'écologie profonde, se déploie sur une dialogie analytique consistant première, par le rejet de
l'économie néolibérale, car porteuse des gènes pathogènes d'aggravation de la crise écologique par ses
modes de production et de consommation antiécologique. Et consistant deuxièmement, en l'adoption
de l'économie des communautés dont l'idéal gravite autour de la simplicité de moyens et la richesse
des fins, manifestent propice pour l'usage des technologies vertes, de l'économie verte, de la
démographie verte et des communautés vertes. C'est donc en réaction contre une telle démarche, pour
le moins insuffisante dans la résolution de la crise écologique, que le présent travail envisage la
question plutôt sous l'angle d'une éthique de la compassion écologique, à visage africain, laquelle a
pour téléologie le vivre-ensemble harmonieux homme-nature, s'inscrivant en faveur de la croissance
économique verte. Le problème de cette analyse est celui de l'efficacité de l'économie des
communautés d’Arne Naess dans l'élan de résolution de la crise écologique, visiblement
hypertrophiée par l'économie néolibérale. Il résulte des investigations y relatives que la question
écologique aujourd'hui dans son cheminement avec l'économie néolibérale invite la conscience
humanitaire à adopter une attitude de compassion envers la nature à l'effet de promouvoir un vivre
ensemble harmonieux entre l'homme et la nature.

4
INTRODUCTION GÉNÉRALE

5
Dans l’optique d’attirer l’attention sur l’intérêt des questions écologiques, la
Convention-Cadre des Nations Unies fut signée en 1992. Sa mission principale serra alors de
« stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui
empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique »1. En effet, les
gaz à effets de serre sont responsables du réchauffement climatique au niveau du globe
terrestre, qui a son tour conduit à la fonte des glaciers et des calottes polaires avec pour effet
l’élévation du niveau de la mer. Bien plus, ces gaz toxiques et nocifs sont responsables des
changements des précipitations, des perturbations des écosystèmes, des pertes de la
biodiversité et ont un impact réel sur la santé humaine et sur l’économie. Plus encore, ils
influencent les mouvements migratoires et engendrent les conflits, sans oublier ces risques
sur la sécurité alimentaire et sanitaire. C’est justement pour éviter ces risques sus cités que les
Nations Unies ont décidé de militer pour la réduction des gaz à effet de serre. Par ces
émissions vertigineuses de ces gaz nocifs causé par la croissance économique à outrance,
« les écologistes et autres écologues soulignent que nous sommes déjà engagés sur une pente
catastrophique »2. La situation écologique est, de ce fait, plus alarmante que jamais.

La dynamique des Conférences des Parties (COP) vont s’inscrire dans cette mouvance.
Il est alors question pour les Nations Unies d’inscrire les questions écologiques dans une
logique habermassienne à savoir la discussion rationnelle. L’optique étant pour les États de
discuter rationnellement sur les problèmes écologiques a l’effet de trouver de façon unanime
les solutions pour endiguer la crise écologique. La purgation de l’inertie s’impose de ce fait à
l’échelle planétaire puisque « la bataille du climat se joue maintenant, si on la perd, on perd
toutes les autre »3. La situation écologique étant de mal en pis, les COP vont s’ensuivre à
l’effet d’éviter le cataclysme écologique imminent dont veut provoquer l’économie
néolibérale, laquelle économie à transformée la planète en machine économique
fonctionnant à plein temps sans répit. Plusieurs solutions vont être proposées suivant les
sensibilités écologiques de tout un chacun à l’effet de venir à bout de cette crise écologique
causée en grande partie par la monétarisation de la planète. C’est dans cette mouvance que
s’inscrit l’écologie profonde ou l’écosophie d’Arne Naess qui se définie comme « un
mouvement libre et engagé contre les valeurs dominantes de la société techno-industrielle et

1
Manuel pour les observateurs de la COP 29, 11-22 Novembre 2024, Baku, Azerbaïdjan, p.1.
2
Naess, A., Écologie, communauté et style de vie (1976), Paris, traduction de l’américain par Charles Ruelle et
révision de la traduction et postface pour Hicham-Stéphane Afeissa, éditions Dehors, 2013, p. 56.
3
Naess, A, Pour une écologie joyeuse, Paris, édition Actes Sud, 2017, p.111.

6
capitaliste »1. Cette nouvelle forme d’écologie qui brille d’ailleurs par son originalité et son
pragmatisme est en dissonance avec les valeurs de l’économie ambiante.

Né le 27 janvier 1912 dans le quartier Slemdal dans la ville de Oslo, et mort le 12


janvier 2009, Arne Naess est un philosophe norvégien. Il est auteur de plusieurs ouvrages au
nombre des quels La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, Pour
une écologie joyeuse, Introduction à l’écologie profonde, Vers l’écologie profonde,
L’écologie profonde et l’Écologie, communauté et style de vie. C’est justement ce dernier
ouvrage qui fera l’objet de notre analyse. Notre sujet est formulé comme suit : « Crise
Écologique et Économie Néolibérale : Une analyse à partir de l'Écologie, communauté et
style de vie de Arne Naess ». Cette analyse a pour téléologie de mettre en exergue les travers
de l'économie néolibérale sur l'environnement. Il s'agit clairement de dénoncer les méfaits de
la prise en otage de la biodiversité par l'économie néolibérale qui se manifeste par l'essor des
crises écologiques dans le monde.

Par crise écologique, il convient de signaler dès l’entame que la crise tout cours est
tiré du mot grec « krisis » qui signifie décision, elle est une métaphore qui doit son sens au
langage médical. Dans ce contexte, elle se définie comme un « accident atteignant une
personne en bonne santé apparente ou aggravation brusque d’un état chronique »2. Dans cette
définition la crise apparait comme un disfonctionnement soudain, inattendu pouvant conduit à
la mort du sujet en l’absence d’une intervention urgente. Dans le contexte environnemental,
la crise écologique se définie comme « un changement ou modification de l’état d’un milieu
connaissant une période de stabilité relative, nuisible à une ou à plusieurs espèces et
favorable à d’autres »3. Ceci voudrait dire que la crise écologique est une perturbation grave
de l’équilibre d’un écosystème, menaçant la survie des êtres vivants qu’il regorge. Elle invite
à une prise de conscience de l’état actuel des choses, c’est en cela qu’elle est positive.
Puisque la crise écologique présente des accointances avec celle dite médicale, il convient
alors de noter qu’elle nécessite tout aussi des solutions urgentes pour en être surmontée. La
crise écologique sus définit est en parfaite symbiose avec celle de Naess pour qui elle est :

Simplement la destruction de ce qui nous entoure, c'est à dire de cette environnement immédiat dans
lequel nous nous trouvons plongé : non pas seulement la nature physique, mais tout ce milieu de quoi

1
Malthide,R , Ecologie profonde : Que sais-je ?, Paris, édition Humensis, 2023, p.48.
2
Quevauvilles, J, Somogui, A et Fingerhut, A, Dictionnaire médical, Italie, édition Elsevier Masson, 2008, p.
238.
3
Triplet, P, Dictionnaire encyclopédique de la diversité biologique et de la conservation de la nature, Paris,
édition Triplet, 2018, p. 290.

7
nous vivons, en y incluant toutes les gestalts au sein desquelles nous évoluons et qui contribuent à la
constitution de notre propre identité.1

Ceci signifie que la crise écologique renvoie à l’altération du milieu qui nous entoure. Il
s’agit en termes claire de l’érosion de l’espace naturel qui nous entoure et qui participe à la
sédimentation de notre être. Selon Arne Naess, la crise à ceci de particulier qu’elle reflète le
disfonctionnement de notre civilisation techno-industrielle, laquelle civilisation secondarise
le bien-être de l’humanité à la rentabilité monétaire. Il le martèle en ce sens « la crise
écologique qui n’est que l’ombre portée d’un disfonctionnement civilisationnel global »2.
Par-là, il apparait clairement que la crise écologique actuelle n’est qu’une manifestation du
disfonctionnement de notre civilisation, laquelle est animée par la quête frénétique et
compulsive du gain par-delà le bien et le mal. Il s’agit de la civilisation ou règne sans partage
l’économie néolibérale.

La définition de l’économie néolibérale passe par la saisie du concept d’économie. Ce


dernier vient de deux mots grecs « oikos » et « nomos » qui signifient respectivement maison
et administration. Étymologiquement, l'économie est l'art de l'administration, de la gestion de
la maison. André Comte-Sponville aborde dans le même sens lorsqu’il, définit l'économie
comme « la loi où l'administration (nomos) de la maison (oikos) »3. Cette définition est
similaire à celle de Naess, pour qui l'économie tire sa source du mot grec « oikonomos » qui
signifie l'« administration de la maison »4. L'économie est ainsi saisie dans son usage
domestique. Au sens moderne, l’économie se comprend comme réalité (ensemble des
activités économique, des échanges et des transactions qui ont lieu dans un contexte donné),
comme théorie (ensemble des approches propre de l’analyse économique qui mettent l’accent
sur certains aspects particuliers de l’activité économique), analyse (étude des phénomènes
économiques, des théories et des modèles qui cherchent à expliquer et à prédire les
comportements économiques), moyen d’épargne ( procédé de gestion rationnel et durable de
l’argent) et comme système5 ( idéologie fondée sur un ensemble d’institutions, des règles et
des pratiques qui régissent l’activité économique dans un contexte donné). C’est dans ce
dernier notamment le système qu’il faut comprendre l’économie néolibérale. Cette dernière,
rappelons-le, est tirée du mot latin « neo » et « liberalis » qui signifie respectivement
nouveau et libéral, ce qui signifie étymologiquement nouveau libéralisme. Selon la définition
1
Naess, A., Écologie, communauté et style de vie, op., cit., p.30.
2
Naess, A., Vers l’écologie profonde, op., cit., p.269.
3
Comte-Sponville, A., Dictionnaire philosophie, Paris, édition Quadrige, 2001, p. 300.
4
Naess A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 175.
5
cf. Beitone, A , Cazorla, A et Hemdane, E. Dictionnaire de science économique, Paris, édition Dunod , 2017,
p. 146.

8
technique et spécialisée propre à l’armature de la dynamique économique, elle se définit
comme :

le courant de pensée et de politiques économiques qui s’est implanté à partir de la fin des années 1970 en
Grande-Bretagne et aux États-Unis, pour se généraliser à l’échelle mondiale au cours des deux décennies
suivantes et régner dès lors en maître absolu, prétendant soumettre toute l’activité économique et sociale
aux seules lois du marché. Ses mots d’ordre sont : libéralisation complète des échanges de marchandises
et des mouvements de capitaux, rationalisation, flexibilité du marché du travail, globalisation, rôle
minimal de l’État, hégémonie du secteur privé, réglementation minimale. 1

Par-là, il apparait clairement que l’économie néolibérale est un système économique


récent qui a vu le jour dans les pays les plus industrialisés, qui polarise l’activité d’ailleurs
économique et sociale sur les lois du marché. Il s’agit, pour ainsi dire, de l’économie de la
dictature du marché, c’est-à-dire la subordination de l’économie, la société, l’homme et la
nature ainsi que tout ce qu’elle renferme aux seules lois du marché. Cette définition est en
consonance avec celle de Naess pour qui l’économie néolibérale est cette idéologie qui donne
une « valeur aux choses parce qu’elles ont une valeur d’échange sur le marché »2. Ceci
voudrait dire que seul le marché détient le pouvoir d’accréditer et de révoquer la valeur de
toute chose, hors de ce cadre, les choses sont desubstantialisées de toutes valeurs
intrinsèques. Par-là, il apparait de toute évidence que l’homme et la nature, sont purgés de
toute valeur intrinsèque au profit de la valeur marchande. Le sens de l’économie néolibérale
ainsi comprise, notre sujet de réflexion s'intitule « Crise Écologique et Économie
Néolibérale : Une lecture à partir d’Écologie, communauté et style de vie de Arne Naess ».

Le point nodal de cette réflexion s’articules sur les travers de l’économie néolibérale
sur la nature ou encore l’écologie. Il s’agit de dénoncer cette forme d’enrichissement qui se
fait sur le dos de la nature tout en « profanant les conditions de vie des générations futures »3.
Il nous incombe de trouver les voies et moyens pour sortir de cette impasse écologique.
Comme le dit le philosophe norvégien « c’est un combat qui vaut la peine, parce que vivre
sans agir et sans être joyeux ce n’est pas vraiment vivre »4. Ainsi, le problème que Naess veut
résoudre est celui de la crise écologique. Il s’en sert d’une approche écologique dont il est
auteur pour y arriver. Il s’agit de l’écologie profonde qu’il définit comme « un outil d'analyse
qui nous enseigne comment nous interroger plus avant sur les racines des problèmes
environnementaux »5. Cette approche originale et inédite, va le conduire à ressortir trois
causes profondes et majeures de la crise écologique actuelle.
1
Gill, L., Le néolibéralisme, Paris, édition Payot, 2008, p. 12.
2
O., cit., p. 64.
3
Op, cit., p. 51.
4
Naess, A., Pour une écologie joyeus, op., p. 111.

9
La première cause, selon lui, tient à la disjonction de l’homme de son milieu naturelle,
nourrie par une vision erronée et tronquée que l'homme a envers la nature, laquelle le conduit
à penser qu'il est un être artificiel et non naturel disposant d’un pourvoir de surexploitation et
surconsommation des ressources naturelles pour des fins purement économique. Il se
comporte alors comme le centre du monde, n’appartenant pas à « la totalité écosphérique »1.
Selon le sage norvégien, l'homme est un nœud dans le champ de vue globale qu’est la nature,
chaque élément a une fonction bien définie et donc le retrait d'un élément du système entraîne
des perturbations du système tout entier. Entre l'homme et la nature, il y a un lien ontologique
et fusionnel inséparable, « de sorte que toute atteinte portée contre la nature constitue dans le
même temps une atteinte portée contre l’humanité elle-même »2. Le père de l’écologie
profonde martèle l’appartenance écosphérique de l’homme en ce sens, « un être humain n’est
pas une chose dans l’environnement, mais un nœud dans un système relationnel sans
frontières spatio-temporelles biens délimitées »3. Ainsi, puisque l’homme est une partie
intégrante de la nature, sa disjonction envers son milieu naturel en faveur de la mise à prix
des écosystèmes justifie alors la crise écologique actuelle. Sous ce rapport, Naess soutient la
thèse selon laquelle la résolution de la crise écologique passe par la reconnaissance de la
place profonde de l’homme comme partie intégrante de la nature.

S'agissant de la deuxième cause profonde de la crise écologique, le philosophe


norvégien estime que la surpopulation mondiale est à l'origine de l'aggravation de la crise
environnementale dans la mesure où elle fait pression sur les ressources de la nature. Il s'agit
d'une thèse qui est en osmose avec celle de Thomas Malthus qui disait dans son Essai sur le
principe de la population que la démographie tend à croître exponentiellement, plus que les
ressources naturelles. Ce qui conduit inéluctablement à l'épuisement outré et la détérioration
des ressources naturelles qui justifie d’ailleurs la situation actuelle de la crise écologique. On
comprend, ici, que la crise écologique est causée par la surpopulation mondiale qui ne cesse
d'épuiser les ressources naturelles. Ainsi, pour Naess tout comme chez son devancier à savoir
Thomas Malthus, la restauration des équilibres naturels, l'épanouissement des humains et des
organismes non-humains et la résolution de la crise écologique passe par la limitation des
naissances et « une décroissance substantielle de la population humaine »4.

5
Naess, A., Vers l’écologie profonde, op., cit., p 42.
1
Ibid., op., cit., p. 60.
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op. cit, p. 20.
3
Ibid., p. 140.
4
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde , op., cit., p. 44.

10
La troisième cause profonde de la crise, qui constitue d'ailleurs l'épine dorsale de cette
réflexion, est l'économie productiviste et consumériste anti-écologique connue sous le nom
d'économie néolibérale. Selon le père de l'écologie profonde, l'économie néolibérale à
modifiée notre rapport à la nature, elle a réduit chaque élément de la nature à une valeur
marchande, la dépossédant de toute valeur intrinsèque. Cette hiérarchisation des valeurs au
nom de la rentabilité monétaire est responsable de la crise selon le père de l’écologie
profonde. Il le dit d’ailleurs en ces termes « les racines de la crise écologiques remonteraient
à la manière, instituée par la modernité occidentale, de découper la réalité, de concevoir les
relations entre les organismes, et de les hiérarchiser »1. Cette hiérarchisation des valeurs
posant la nature au bas de l’échelle et l’homme au sommet, doublée de l’attribution d’une
valeur monétaire à la nature, manifestement dans le but de satisfaire les besoins insatiables du
marché, « justifie la mise à sac économique de la planète »2.

Cette économie productiviste et consumériste se révèle à la fois très nuisibles à


l'environnement ; car elle transforme la terre en machine économique fonctionnant à plein
temps sans s’arrête et s’accompagne de émissions des gaz à effet de serre, laquelle induit une
pollution aggravée de la biodiversité et l’épuisement des ressources naturelles. Dans ce
contexte d’aggravation accélérée de la crise écologique causée par l’économie, Naess soutient
la thèse selon laquelle la résolution de la crise écologique passe par la réorientation
substantielle a notre civilisation toute entière, c’est-à-dire le changement de nos structures
économique, technologique et idéologique en vue de l’instauration de l’économie des
communautés. Il affirme a cette effet qu’« aucun changement au sein de l’idéologie de la
production et de la consommation n’est possible si l’on ne modifie pas aussi
considérablement le fonctionnement de la machine économique »3. Il s’ensuit une
substitution de l’économie néolibérale par l’économie des communautés dans la mesure où
cette deuxième tendance économique est à la fois anthropocentréé et écocentrée, par
conséquent peut restaurer l’homme dans son éthicité, condition de la respectabilité qu’il doit
à la nature.

En clair, on retient, avec Arne Naess, qu'il y'a trois causes profondes de la crise
écologique à savoir le retrait de l'homme de son milieu naturel, originel qu’est la nature, la
surpopulation mondiale et l'économie néolibérale. Cette dernière cause constitue l’épine
dorsale de cette réflexion.
1
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p. 15.
2
Ibid., p. 210.
3
Op., cit., p. 54.

11
En rapport à notre sujet de réflexion, Arne Naess soutient la thèse selon laquelle la résolution
des crises écologique actuelle passe par la rupture avec l’économie néolibérale dont les méthodes sont
le « productivisme et le consumérisme »1 en vue de l’adoption de l’économie des communautés ayant
pour « idéal économique de simplicité de moyens et de richesse de fins »2. Il s’agit clairement d’un
modèle économique ou règne sans partage « la technologie verte, l’économie verte, la
démographie verte, les communautés vertes, les mouvements pacifiques verts […] et la
diversité de la vie »3

Ceci nous amène à poser le problème de l’efficacité de l’économie des communautés


dans l’élan de substitution de « la bourrasque néolibérale »4 visiblement porteuse des gènes
pathogènes éminemment destructeurs de l’environnement.

Toutefois, désapprouver l’économie néolibérale en vue d’accréditer l’économie des


communautés dans une dynamique éco-éthique ne revient-il pas à sombrer dans un angélisme
utopiste dans un monde « éconocratique »5 forcement gouverné par l’éthique marchande qui
subordonne nécessairement l’humanité à la rentabilité ? Mieux, l’économie des communautés
sur fond néo-marxiste que prône Arne Naess dans le cadre de sa sensibilité éco-éthique n’est-
elle pas vouée au sort du socialisme depuis la chute du mur de Berlin en 1989 ? Mieux
l’éthique de la compassion écologique qui suppose une réciprocité affectuelle et affective
entre l’homme et la nature ne serait-elle pas plus à même d’encadrer le rapport homme/nature
en contexte de crise écologique ?

Au travers d’une démarche analytico-critique, qui nous permettra premièrement de


remonter aux sources fécondatrices de la crise écologique actuelle impulsée par l'économie
néolibérale ainsi les influences contextuelles qui ont favorisées l’avènement de l’économie
néolibérale ainsi que les auteurs qui ont sédimenté la pensé écologique d’Arne Naess.
Ensuite, cette démarche nous permettra de voir en quoi les modes de productions et de
consommations du système économique néolibéral sont anti-écologiques tout en démontrant
comment ils participent à l'aggravation de la crise écologique, d’où l’urgence de la mise à
mort de cette économie écocidaire au profit de l'économie des communautés par Arne Naess.
En troisième partie, qui constitue d'ailleurs le point d'achèvement de cette réflexion, cette
approche nous permettra d’examiner la pertinence de la thèse naessienne, qui s’articule sur la
1
Naess, A ., Ecologie, communauté et style de vie, op., cit. p. 328
2
Ibid., p. 68.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 68.
4
Tsala Mbani, A., « Biomédecine et néolibéralisme comme actants de nouveaux paradigmes d’inégalités »,
Revue d’etue africaine, No 2, Littérature, philosophie, sociologie, antropologie et art, 2015, pp. 235-249, p. 248.
5
Ayissi, L., « Le marché global et sa clôture inhumaine », Le Cahier de l’UCAC, N°6, 2006, pp. 233-248, p. 6.

12
substitution de l’économie de néolibérale car elle est responsable de l’aggravation de crise
environnementale par l'économie des communautés, afin d’entrevoir les possibilités d'une
reformation de l'économie néolibérale en économie néolibérale verte adossée à l’éthique de la
compassion écologique dans une véritable réciprocité homme/nature.

13
PREMIÈRE PARTIE : AUX SOURCES DE LA CRISE
ÉCOLOGIQUE ACTUELLE CATALYSÉE PAR L’ÉCONOMIE
NÉOLIBÉRALE CHEZ ARNE NAESS

14
Dans cette première partie de notre réflexion, il sera question de nous pencher sur les
sources profondes de la crise écologique actuelle amplifié par l’économie néolibérale. Pour se
faire, nous débuterons par la déréliction des questions écologiques durant l’émancipation de
l’économie, ce qui a conduit à la prise en otage de la nature par l’économie moderne, ce qui
marque l’origine de la crise écologique. Cette partie fera office de notre premier chapitre.
Ensuite, dans notre deuxième chapitre, nous nous chargerons de présenter les influences
contextuelles qui ont favorisées l’avènement de l’économie néolibérale ainsi que les méfais
de ces influences sur la biodiversité. En fin, notre dernier chapitre sera centré sur les
influences philosophiques qui ont sédimentées le rejet naessien de l’économie anti-
écologique néolibérale et légitimer son approbation de l’économie des communautés comme
modèle archétypal pouvant venir about efficacement contre l’aggravation du marasme
écologique actuel.

15
Chapitre I: de la déréliction de la nature durant l’essor de
l’économie comme précurrence de la crise écologique actuelle
Arne Naess souligne avec insistance la nécessité de substitution de l'économie des
communautés à l'économie consumériste et productiviste qui règne actuellement sans partage,
laquelle a plongée l'humanité par ses pratiques « mercantocratiques »1 dans une crise
écologique profonde. Il opte pour une économie qui se veut en phase symbiotique avec celle
des Anciens grecs, qui jadis fut une entreprise normative, soumise aux exigences
écologiques mais qui durant son essor s’est peu à peu éloignée des considérations axiologique
et environnementales jusqu’à devenir une entreprise écocidaire. Dans ce premier chapitre,
nous allons en connivence avec Arne Naess présenter de façon historiographique l’oublie
peu à peu des considérations normatives et environnementales dans la sphère économique
jusqu'à la monétarisation de la nature.

1 .1- l'économie antique et médiévale : un eudémonisme écocentré

Selon Arne Naess, de l’Antiquité jusqu'au Moyen Age l’économie brillait par son
« eudémonisme écocentré »2. L’eudémonisme est tiré du mot grec « eudemonismo » qui
signifie heureux ou bonheur. Il s’agit d’une « doctrine morale ayant pour principe que le but
de l’action est le bonheur (individuel, soit collectif) »3. Ceci voudrait dire que l’eudémonisme
fonde l’atteinte du bonheur comme la finalité de la vie. S’agissant de l’eudémonisme
écocentré, il s’agit d’une philosophie qui vise l’atteinte du bonheur de l’homme en rapport à
son environnement naturel comme but de l’action humaine. En d’autres termes il est question
de promouvoir le bonheur de l’homme tout en préservant le bien-être des organismes non-
humains, et non de fonder un bonheur qui fait le malheur des êtres infrahumains.

Selon, le père de l’écologie profonde, l’économie dans l’Antiquité au Moyen Age était
une entreprise normative, soucieuse des questions écologique. Elle ne fondait pas le bonheur
de l’homme dans la monétarisation de la nature. Elle était simplement centrée sur la
satisfaction des besoins humains. Ainsi, l’économie se présente dans l’Antiquité tout comme
au Moyen Age comme la science nécessaire à la satisfaction des besoins de l’homme. Il le dit
d’ailleurs lorsqu’il affirme « l’économie est souvent définie comme la science nécessaire à la

1
Nguefack., G., « Mondialisation néolibérale et inégalités sociales : comment l’Afrique peut-elle résister au
moyen d’une tontine continentale », Nka’ Lumière, in Revue interdisciplinaire de la faculté des lettres et
science humaines, N0 18, 2nd Semestre 2017, pp.141-159, p. 143.
2
Naess, A., Écologie profonde, op., cit. p.60.
3
Lalande, A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, volume 1, édition Quadrige /PUF,
2006, p. 310.

16
satisfaction des besoins humains »1.L’économie ne saurait se livrer à toute forme
d’excentricité puisqu’elle se limite exclusivement à la satisfaction des besoins humains et non
du marché. Cette économie normative soucieuse de préserver la nature se retrouve chez
Hésiode.

Ce dernier est un poète né à Béotie, ville de la Grèce au VIIIe siècle avant Jésus-Christ.
Dans Les travaux et les jours, il pose le travail de la terre comme le fondement de la vie en
société et comme le générateur des richesses. Ceci voudrait dire que selon ce poète, que
l'accroissement de la richesse ainsi que sa sauvegarde passe nécessairement par le travail de
la terre. Ainsi, la mise en valeur du sol conduit de facto à l'enrichissement financier. C'est
pour cette raison qu'il dira dans « Travaillons, prenons de la peine », poème tiré de son livre
Les travaux et les jours en ces termes :

Persès ! Ô rejeton des dieux ! Garde l'éternel souvenir de mes avis : travaille si tu ne veux pas que la
Famine te prenne en horreur et que l'auguste Cérès à la belle couronne, pleine d’Amour envers toi,
remplisse tes granges de moissons […]. Si tu travailles, les paresseux bientôt seront jaloux de toi en te
voyant t'enrichir ; la vertu et la gloire accompagnent la richesse : ainsi tu deviendras semblable à la
divinité.2

Subséquemment des propos d’Hésiode, il s'ensuit que l'accroissement de la richesse


matériel et le bonheur passent nécessairement par le travail du sol et cette activité assure la
subsistance de l'humanité. Ce fort de cette analyse que Voltaire dira : « le travail éloigne de
nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin » 3 et Jean-Marie Daniel renchéri alors
que le travail de la terre est un élément essentiel « pour nourrir l'humanité, mais encore un
facteur d'équilibre dans la conduite de sa vie » 4. Il est question dans ce contexte d'une
exploitation de la nature qui repose sur « la qualité de vie » 5 écologiquement responsable.
L’économie ici est alors en phase avec les normes écologiques puisse que la recherche de la
stabilité financière passe par la mise en valeur rationnelle du sol. Dans cette logique, « il
s'agit clairement d'une entreprise normative » 6 comme le souligne Arne Naess. C'est d'ailleurs
pour cette raison que Hans Jonas disais qu'« il faut dire de l'éthique qu'elle doit exister » 7.
Ainsi, la théorie éthique a pour vocation de rationaliser toute science.

1
Naess, A., Écologie, communauté et style de vie, Op., cit. p.176.
2
Hésiode, Les travaux et les jours, Paris, Édition Théâtre classique, 1814, p.12.
3
Voltaire, Candide ou l’optimisme, Traduction de l'allemand de M. le docteur RALPH, 1759. p.126.
4
Jean-Marie, D., Histoire vivante de la pensée économique, crises et des hommes, Paris, édition Pearson, 2010,
p.10.
5
Naess, A., Écologie, communauté et style de vie, Op., cit. p.328.
6
Ibid., p.175.
7
Hans Jonas., Le principe responsabilité, édition Flammarion, Paris, 1995, P. 61.

17
De plus l'économie reste toujours une entreprise normative, soucieuse de l'usage
rationnelle et parcimonie de la nature comme le dit le philosophe norvégien. Chez les anciens
grecs, dans la mesure où la mise en valeur du sol était accompagnée par une « conscience
écologique »1 entendu comme reconnaissance profonde de notre impact sur la nature et de
notre responsabilité à la préserver. C'est justement ce qu'on retrouve chez Xénophon, le
premier à avoir utilisé le concept d'économie.

Dans son ouvrage l'Économique, il définit l'économie comme l'art de « bien gouverner
sa maison soi-même »2. Il est question de la gouvernance, de l'administration de ses biens et
services. Il s'ensuit une définition domestique de l'économie chez le disciple de Socrate.
Selon Xénophon, l'accroissement de la productivité du sol passe par l'étude du type
d'agriculture propice dudit sol. Ceci voudrait dire que pour recevoir la générosité du sol,
l'étude des paramètres géomorphologique s'imposaient. Dans cette logique xenophorienne,
l'usage des fertilisants chimiques n'avaient pas droit d'être cité vue que pour avoir une récolte
abondante, nous devons cultiver ce qui est propice à ce type de sol. Pour Xénophon comme le
souligne Jean-Marie Daniel :

Ce n'est point en plantant selon nos besoins que nous obtiendrons de meilleures récoltes ; c'est en
examinant ce que la nature aime produire, nourrir en son sein... même en friche, elle indique encore sa
nature. Si sa végétation naturelle est belle, elle vous donnera, bien cultivée, des belles récoltes .3

Il s'ensuit avec Xénophon que l'accroissement de la productivité du sol est l'œuvre de


la générosité de la nature, ce qui passe préalablement par l'étude du type d'agriculture qui est
propice au sol en question. Ainsi le sol qui nous offre sa générosité est chez Arne Naess « le
modèle d'une nature admirable au sein de laquelle nous pouvons pleinement vivre et
évoluer»4.

En outre, l'économie chez Xénophon s'accompagne d'une divinisation de la nature,


au regard des valeurs qu'elle nous enseigne. Ceci suppose de ce fait que l'économie
domestique se drape d'une conscience de préservation de la nature. Il le déclare d'ailleurs « la
terre, étant une divinité enseigne aussi la justice, car elle rend le plus de bien à ceux qui
cultivent »5. On retient que la nature, a une fonction didactique en ce sens qu'elle enseigne
des valeurs de justice, mais aussi de labeur aux hommes. On comprend de ce fait le sage

1
Lefebvre, Jean-François., L'autre écologie: économie, transport et urbanisme: une perspective macro
écologique, Québec, éditions Multi Mondes Inc, 1955, P. 9.
2
Xénophon, Économique, Paris, Trad. M. Talbot, Librairie Hachette, 1979, P. 7.
3
Jean-Marie D., op., cit. P.12
4
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit. p.23.
5
Xénophon, op., cit. p.79.

18
norvégien lorsqu'il déclare à propos de l'économie dans l'antiquité grecque « dans les sciences
économiques traditionnelles, il n'est pas rare d'admettre que les questions éthiques sont
pertinentes à tous les niveaux de l'interrogation » 1. Ainsi, la pierre angulaire de l'économie
chez les grecs qui est l'exigence axiologique, c'est-à-dire faire de l'économie une théorie des
valeurs humanisant avait pour téléologie la préservation de la nature. C'est fort de ce constat
que le sage norvégien dira que « Xénophon fut le premier d'une longue série de penseurs à
concevoir l'économie dans une perspective élargie » 2. On remarque également cette
perspective d’élargissement des questions a la fois économiques et écologiques chez Platon
avec qui la nature est désormais porteuse d'une âme et la monnaie étant le fruit d'une
convention sociale.

En effet, pour Platon, la nature est de ceux dont l’argent ne peut s’accaparer car elle
est porteuse d’une âme, et par ricochet est sacrée.. L'âme de la nature confère alors vie et
intelligence à tous les éléments de la nature. Le personnage de Timée déclare d'ailleurs à
propos de dieu qui est à l'origine de la création du monde, « il mit l’intelligence dans l’âme et
l’âme dans le corps et fit du monde un animal doué d’une âme et d’une intelligence, et il
forma cet animal sur un modèle qui embrasse en lui tous les animaux intelligibles » 3. Il
affirme de ce fait la sacralité de la nature L'économie étant qu'un nomisma, c'est-à-dire une le
fruit d'une convention sociale ne peut pas prendre en otage l'infini qui est la nature.
L’économie apparait clairement comme une entreprise, soumise aux normes sociales et
environnementales comme l’avait d’ailleurs remarqué Naess. Cette « eudémonisme
écocentré »4 de l’économie ne tarde pas à apparaitre chez Aristote.

Le disciple de Platon campe pour l’usage domestique de l’économie à l’effet d’éviter


toute forme d’excentricité de la part de cette science. Il s’oppose à toute quête frénétique non
nécessaire de l’argent, car selon lui, le bonheur ne réside pas dans la possession de l’argent
mais dans la conduite vertueuse. L’économie domestique s’oppose pour ainsi dire chez
Aristote à ce qu’il qualifie de chrématistique (l’art de l'acquisition artificielle qui se fonde sur
le commerce et affirme l'illimité de la croissance économique) dans la mesure où «
l'acquisition commerciale n'a même pas pour fin le but qu'elle poursuit, puisque son but est
précisément une opulence et un enrichissement indéfini » 5. Il est en faveur de 'économie

1
, Op., cit., p. 177.
2
Ibid., p. cit. p. 175.
3
Platon, Timée, Traduction, notices et notes par Émile Chambry, P. 9.
4
Naess, A., Écologie profonde, op., cit. p.60.
5
Aristote, La Politique, Livre I, Chapitre III., Op., cit, §. 17.

19
naturelle qui est centrée sur la subsistance. C'est-à-dire la satisfaction des besoins naturels.
Ses modes de production sont entre autres la chasse, la pêche, l'élevage et l'agriculture. Ici les
moyens de production sont naturels sans altération de l’écologie en ceci que la nature est la
matrice nourricière des hommes. Aristote le précise d'ailleurs en ces termes, «c’est
exclusivement à la nature, je répète de donner le premier fonds. C'est à la nature d'assurer à
l'être qu'elle crée ; et en effet, tout être reçoit les premiers aliments de celui qui transmet la
vie »1. On retient que le travail naturel est le moyen d'acquisition des biens nécessaires pour
la satisfaction des besoins de la famille et de la société. Au regard de la prépondérance des
considérations écologiques chez les grecs, Naess dira que « les penseurs comme Xenofon,
Platon et Aristote ont élargie les problèmes économiques au-delà maisonnée pour englober »2
des considérations écologiques. Toutefois, la même tendance reste constante chez les
médiévaux.

Pour les médiévaux, notamment Saint Augustin et Saint Thomas, d’Aquin, la quête
frénétique de l’argent est vide de sens dans la mesure où elle conduit à des voluptés et à des
excentricités de toute nature, ce qui nous éloigne par conséquent de Dieu, pour qui la nature
reflète et clame sa bonté et sa puissance. Ceci revient à dire que toute perspective de mise à
prix de la nature, des écosystèmes entre en dissonance avec les médiévaux.

Pour Saint Augustin, la nature loue et rend grâce à Dieu de l’avoir créée, elle rend
témoignage de la grandeur, de la bonté et de la puissance de Dieu. La biodiversité tout
comme les humains louent Dieu de leur manière, elle a une manière propre à elle d’exprimer
sa gratitude à Dieu qui la créée. La nature est consciente qu’elle n’est pas ex nihilo mais
qu’elle a été créée et c’est justement pour cette raison qu’elle exprime sa grande
reconnaissance envers son créateur. Cette voie du ciel et de la terre nous parvient par le biais
d’Augustin qui dit d’ailleurs « Le ciel et la terre crient aussi qu’ils ne sont pas créés eux-
mêmes :" nous sommes parce que nous avons été créés. Nous n’étions donc pas avant d’être,
afin de pouvoir nous créer nous-mêmes"»3. Il s’agit clairement de la voix de la nature envers
son créateur. Il se cache en filigrane une écologie profonde chez Augustin qui se manifeste
par la personnification de la nature au moyen du langage. Ainsi, puisque la nature loue Dieu,
sa mise à prix devient de facto un péché par conséquent est un projet vide de sens. Les biens
dignes d’être recherchés sont ceux de l’au-delà, ceux qui sont en Dieu car ils sont
incorruptibles. L’auteur de la Cité de Dieu le martèle lorsqu’il affirme « mais c’est vous qui
1
Ibid, Livre I, Chapitre III. §. 20.
2
Naess, A,. Écologique, communauté et style de vie, Op., cit. p.175.
3
St Augustin, Les confessions, Paris, traduction de Joseph Trabucco, édition Flammarion, 1964, p. 256.

20
êtes plénitude et trésor inépuisable d’incorruptibles »1. Ainsi, c’est Dieu qui est digne de tout
amour et non la recherche frénétique. Dans ce contexte, l’économie est soumise aux normes
théologiques et écologiques. Il apparait alors comme le souligne Naess qu’au Moyen Age,
« toute analyse de l’activité économique présuppose la nécessité de satisfaire certaines
normes »2. C’est exactement ce que nous retrouvons chez Thomas D’Aquin.

Pour ce dernier en effet, l’économie ne peut en aucun cas prendre en otage la nature,
puisque la biodiversité n’a pas été créée par l’homme. Ainsi, l’homme ne peut qu’utiliser la
nature pour satisfaire ses besoins nécessaire et non la vendre à vil prix. Selon Saint Thomas
d’Aquin, l’homme ne peut vendre que ce qui lui appartient et non ce qui appartient à autrui.
Ainsi, l’homme ne saurait vendre la nature car elle est l’œuvre de Dieu. Seul ce dernier
détient le droit de propriété sur la nature car c’est lui qui la façonner. Il le dit sans réserve,
« personne ne doit s’attribuer ce qui appartient à Dieu. Or la souveraineté sur toutes les
créatures est propre à Dieu, selon ce mot du Psaume (24, 1) : “ La terre est au Seigneur, etc. ”
Donc la possession de biens créés n’est pas naturelle à l’homme »[Link], avec le docteur
angélique, il en ressort que la nature ne peut faire l’objet d’une prise en otage de l’économie
ou encore du « mammon d’iniquité »4 puisqu’elle est la propriété de Dieu.

Par ailleurs, Dieu est à la fois transcendant et immanente à la nature dont il a créée. La
beauté, l’ordre et la multiplicité des existants que la nature regorge reflètent l’essence divine.
Dans cette logique panthéiste, il apparait que « chaque existant présent participe à la
puissance de Dieu »5. Ainsi, il apparait clairement que la puissance de Dieu se manifeste en
ses créatures et qu’il habite en eux en tant que source créatrice de toute chose. Il s’ensuit avec
Thomas d’Aquin la non déréliction de la nature par Dieu. Bien que ce dernier n’établisse pas
sa demeure sur terre de peur de se confondre aux créatures qu’il a créé. Il est un Dieu à la fois
transcendant et immanent à la nature. C’est justement ce que déclare le docteur angélique
lorsqu’il affirme, « Dieu est au-dessus de toutes choses, par l’excellence de sa nature ; mais il
est en toutes choses comme source créatrice de leur être à toutes »6. Par-là, Dieu marque sa
présence dans ses créatures et tout en se démarquant d’eux. Cette présence de Dieu dans la
nature présente des implications dans le rapport de l’homme avec son milieu. Premièrement

1
Ibid. p. 45.
2
Op., cit. p.177.
3
St Thomas D’Aquin., Somme théologique, Paris, traduction de Reginald, édition numérique : bibliothèque de
l’édition du Cerf, 1984, p. 1737.
4
Ibid. p. 3426.
5
Naess, A., Réalisation de Soi, op., cit., p.119.
6
Op., cit., p. 111.

21
elle implique que l’amour de Dieu inséparable de ces créatures. Et ensuite que l’homme ne
peut s’approprier la nature pour lui-même, ni maltraiter aucun organisme de ce milieu, dans
la mesure où il s’agit des propriétés de Dieu et en fin, cette présence de Dieu interdit l’achat
ou encore la commercialisation des ressource ligneuses et non ligneuses présent dans la
nature puisque ces ressources n’ont pas été créée par l’homme mais par Dieu. S’accaparer de
ces ressources jusqu'à la patrimoniser est directement perçu comme du comme du vol. Tel en
est le substrat qui en découle du rapport entre l’économie et la nature au Moyen Age.

Il en ressort de ce qui précède que l’économie de l’Antiquité grecque jusqu'à la période


médiévale, était une entreprise soucieuse des questions écologiques, car la nature avait une
fonction didactique, était porteuse d’une âme, faite à l’image de Dieu et le divin était présent
en elle. Mais dès la période Moderne, l’économie en s’émancipant purgera de sa sphère toute
considération axiologique, ce qui débouchera sur l’oublie de la nature.

1.2. De la prise en otage de la nature par l'économie moderne et ses dérives


sur la biodiversité.

Dans cette sous partie, il sera question de présenter le déferlement de l'économie


moderne sur la nature, marqué la subordination de la biodiversité à la rentabilité monétaire
doublé d’une hypertrophie de la croissance économique, ce qui marque d’ailleurs le point de
départ l’entropie écologique actuelle.

La période moderne va se caractériser par la montée en puissance de l'humanisme.


Cette dernière désigne « une conception générale de la vie (politique, économique et éthique),
fondé sur la croyance au salut de l'homme par les seuls forces humaines » 1. Ceci revient à
dire que l'humanisme désigne cette philosophie qui pose l'homme comme un artisan de son
destin. Ce projet sera porté par des penseurs de la période moderne à l'instar de Pic de la
Mirandole, Montaigne, Descartes et Blaise Pascal.

Dans De la dignité de l'homme, il pose l'humain comme au centre du monde en tant


qu'il est l'être le plus splendide de la terre. Tous les autres êtres gravitent autour de lui. Il
possède une dignité inaliénable puisqu'il est fait à l'image de Dieu. L'homme a reçu tout
pouvoir sur la nature et elle est créée pour accroître son confort existentiel. Selon Pic de la
Mirandole, « l'homme est le mieux loti de tous les êtres animés, digne par conséquent de

1
Lalande, A.., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, éditions QUADRIGE/PUF, 1988, p.
422.

22
toute admiration »1. Ainsi, l'homme se pose comme la mesure et la référence de toute chose
au regard de sa splendeur. Il dispose de ce fait un droit illimité sur les autres êtres.

L'humanisme s'apparente à une nouvelle religion de l'homme car celui-ci à déchu Dieu
de son piédestal. Désormais l'homme occupe le centre de l'univers. Bien que cette forme
d'humanisme s'apparente aux yeux du sage norvégien à un ultra humanisme qui légitime la
mise à sac économique de la planète. Il s'agit de:« l'humanisme d'exclusion qui fonde notre
grandeur sur l'arrachement à une nature préalablement privée de toute vie » 2 et « qui ne
reconnaît de réalité et de signification qu'à l'histoire, à la société au langage (tacitement
entendus comme exclusivement humaine)»3. Cet humanisme est celui d'un regain, d'un
mépris condescendant de l'homme à l'égard de la nature.

De plus la prise en otage de la nature par l'économie moderne est tributaire du


positivisme ambiant de la période moderne qui est un courant philosophique qui a vu le jour
sous l'égide de d'Auguste Comte posant l'observation et l'expérience comme le fondement de
la connaissance véritable. Pour ce courant positif, toute connaissance qui émarge dans le
dispositif théologico-métaphysique relève de la préscience et donc est à reléguer en posture
marginale. Il va s'ensuivre une monétarisation de la nature, une subordination de la
biodiversité à la rentabilité monétaire, ce qui fait impasse à la viabilité des autres formes de
vie. Mais il convient de rappeler avec Naess que « chaque être à le droit de vivre et de
prospérer »4. Avec l'économie moderne, il va s’ensuivre une transformation de l’ordre des
facteurs instaurant la nature comme « un réservoir de ressources aménageables et utilisables,
qui n'ont d'autre valeur que celle que certains hommes lui donnent » 5. Ceci marque la
disjonction de l'homme à la nature, la rupture de contrat du premier à son milieu originel et la
négation absolue de toutes valeurs inhérentes à la nature. Cette dernière acquiert le statut
d'objet économique.

Jean-Marie Peltier nous en dit d'avantage sur la conception de la nature par les
économistes moderne. Il se fonde sur la thèse des Phéniciens, illustre courage de pensée
économique de la période moderne qui accrédité d'ailleurs la recherche frénétique de l'argent
sur la surexploitation de la nature. Ce courant de pensée affirme sans réserve : « La pauvreté

1
Pic De La Mirandole., De la dignité de l'homme ( Oratorio De Hominis Dignitate), Siné loco, édition l'Eclat,
1993, p.5.
2
Naess, A.., Vers l'écologie profonde, op., cit., p.266.
3
Ibidem
4
Naess, A., Écologie joyeuse, op.,cit , p.91.
5
Benoist. A., « nature et sa valeur intrinsèque »

23
est une malédiction : le monde est à dominer, à améliorer, à bâtir [...] Pour la première fois,
l'avenir humain terrestre est pensée comme pouvant comme devant être meilleur que le passé.
Pour la première fois, l'enrichissement matériel est envisagé comme une façon de se
rapprocher du ou des dieux » 1 Il s'ensuit une diabolisation de la pauvreté et une divinisation
de la richesse matérielle, qui débouche à la manipulation et à l'exploitation à outrance des
ressources naturelles induite par la chrématistique. De cette divinisation de l'argent survient la
mise sur pied de l'éthique axiologique de l'intérêt. Désormais, une seule règle dicte et dirige le
marché moderne « celle de la concurrence sans limite au profit des meilleurs et tapis pour les
autres »2. Cette axiomatique du profil qui réduit la nature à une valeur monétaire s'illustre par
le gommage et l'annihilation des valeurs subjectives inhérentes à la nature. Cette thèse
effaçant la valeur intrinsèque de la biodiversité se situe aux antipodes de celle de Catherine
Larrère.

En effet, pour Catherine Larrère, la nature est un patrimoine commun de l'humanité


qui n'a pas de valeur marchande, elle est utile à tous et non à certains qui veulent la
marchandiser au moyen de l'argent. La nature est de ce fait un héritage transgénérationnel en
ce sens que « la biodiversité fait partie de ces choses qui nous sont nécessaires à tous et ne
doivent appartenir à personne »3. Il est donc absurde de me mettre à prix la biocénose
(ensemble des êtres vivants un milieu donné) puisque nul ne détient ce droit.

En outre, il va s'ensuivre dans l'économie moderne une hypertrophie de la croissance


économique suivie d'une atrophie de la sensibilité écologique. La croissance économique est
l'augmentation sur un long terme de la productivité des biens et des services d’une économie.
Elle implique la surabondance de la productivité ce qui nécessite une plus grande
consommation des ressources naturelles appelés facteurs de primaire production. Pour le
bioéconomiste Roegen, « il y a croissance que lorsque qu’augmente la productivité par
habitant des types de biens courant, ce qui implique naturellement aussi un épuisement
croissant des ressources également accessibles » 4. Par cette définition, il apparait clairement
que la croissance économique est corolaire à l'exploitation des ressources naturelles. Et sa
téléologie est l'accroissement compulsif des biens et services. Naess quand à lui définit « la
croissance [comme] l'idée du progrès économique »5. Ceci voudrait dire que le progrès
1
Jean-Marie Pelt, Steffan. F, Nature et Spiritualité, Paris, édition Foyard, 2008, pp. 213-214.
2
Ibid., p.223.
3
Larrère C et. Larrère , R., Penser et agir avec la nature, Pars, édition La découverte, 2018, p.122.
4
Georgescu-Roegen, N., La décroissance : Entropie – Écologie - Économie, Paris, édition Sang de la terre,
1995. pp. 81-82.
5
Naess,A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.152.

24
économique ou encore la croissance nécessite l'augmentation de la productivité, de la
consommation et la modernisation de la chaîne économique à l'effet de transformer la
machine économique plus huileuse que jamais.

Des présomptions des économistes modernes envers la manie de la croissance


économique va s'ensuivre d'un délitement voir effritement de la sensibilité écologique ou
encore écosophique. Cette sensibilité se définit comme « une forme d'empathie, de passion
intense et commune avec l'espace dans lequel on se situe : individuellement où
communautairement »1. Cette inadvertance des économistes envers les questions écologique
est nourrit par leurs conceptions de la nature comme réservoir économique. Ces économistes
perçoivent la nature comme un corps objet mercantilisable, exploitable et manipulable à
volonté. Il s'ensuit une désubstantialisation de l'écologie au moyen de l'économie débouchant
sur sa désacralisation. Ce qui débouche inexorablement sur une perception positiviste selon
laquelle « la nature serait un objet sans âme manipulable à volonté » 2. Cette conception ouvre
de ce fait la voie à une hypertrophie de la croissance économique basée sur la surexploitation
des ressources génétiques.

Le templier de tout manuel économique est de facto l'éloge de l'infinité de la croissance


économique. Cette dernière devient le terminus a quo (point de départ explicite) et le
terminus ad quem (le point d'arrivé explicite) de tout économiste moderne. Roegen n'a
d'ailleurs pas tardé à remarquer cette convergence des économistes vers l'éloge de la
croissance infinie de l'économie lorsqu'il affirme « tous les plans économiques sans aucune
exception ont visé le taux de croissance économique le plus haut possible. Il n'est pas jusqu'à
la théorie même du développement économique qui soit solidement amarré aux modèles de
croissance exponentielle »3. Il en résulte de cette tendance que la croissance économique est
le modèle archétypal de toute téléologie économique. L'écologie en paye de ce fait un lourd
tribut dans cette hypertrophie de la croissance économique. Cette dernière à orchestrée une
érosion massive de la biodiversité, caractérisée par le retrait des ressources naturelles du sol
et le rejet massif des déchets dans l'écosphère, les mines à ciel ouverte, l'utilisation outrée des
pesticides, fertilisants. Cette mise en boisseau de la sensibilité écologique aura pour effet la
formation d'un trou stratosphérique. Nous sommes là dans la grande machine économique qui
dévore tout sur son passage. La chaîne économique devient de facto imperturbable au regard

1
Maffesoli, Écosophie : Une écologie pour notre temps, Paris, édition Cerf, 2017, p. 133.
2
Op., cit., p.267.
3
Georgescu-Roegen, N., La décroissance :Entropie – Écologie - Économie, op., cit., p. 85.

25
de son imbrication sociale. Ce filon analytique est partagé par le philosophe et économiste
Friedrich Hayek notamment dans sa conception de la structure économique.

En effet, le philosophe autrichien établi un lien d'effet à cause dans la structure


économique. Pour lui, toute perturbation sur la structure de production entraine des
conséquences sur l'élargissement ou le rétrécissement du capital. Les facteurs primaires de
production sont entre autres la terre, les ressources naturelles, les hommes et les biens de
toute nature indispensable au fonctionnement de la machine économique. Ces facteurs
primaires de production sont appelés à être transformes en biens de consommations finaux.
Ainsi, dans cette chaîne de production, « toute décision affectant la production entraîne des
effets qui se traduisent en terme de durée dans la structure de production » 1. La nature est
ainsi prise dans une spirale de pression sans précédente. Dans un système économique hors
de portée et dont rien ne peut perturber encore moins stopper. Avec l'auteur de la Route de la
servitude, « il s'ensuit une instabilité de la structure de production, génératrice de trouble
(chômage) dans la mesure où le processus de décision de production ne peut éviter les
conséquences irréversibles de certains choix »2. Dans cette logique où la machine
économique prend une tournure d'accélération sans possibilité d'arrêt, tout semble partir vers
la « fin de la nature » 3. La croissance économique hors de portée fait de facto table rase aux
limites écologiques de la planète, elle voit la terre comme un réservoir économique qui
regorge des ressources inépuisables et illimitées. Cette thèse erronée de l'illimité des
ressources naturelles est fortement rejetée par Beckerman.

En effet pour ce penseur, il est illogique de fonder une croissance illimitée de


l'économie sur les ressources naturelles limitées. Cette démarche relève de l'impensable et
débouche inéluctablement sur l'épuisement total des ressources naturelles. Il convient alors
d'assigner des bornes à cette croissance économique exponentielle comme le souligne
Beckerman en ces termes « une croissance exponentielle indéfinie dans un environnement
fini est impossible »4. L'hypertrophie de la croissance économique se heurte de ce fait à la
finitude des ressources naturelles. Ceci voudrait dire que la croissance qui se fonde sur
l'illimité des ressources naturelles que soutiennent les tenants de la mise à prix de la nature
s'accompagne de l'érosion de la biodiversité. Une telle croissance économique fondée sur le
brouillage de la valeur intrinsèque de la nature se révèle dommageable pour la survie de
1
Ayek, F., Prix et production, édition Calmann-Lévy, 1975, p.35.
2
Op., cit., p.35.
3
Naess, A, La réalisation de soi, op., cit, p. 266.
4
Georgescu-Roegen, N., La décroissance : Entropie – Écologie – Économie, op., cit., p. 87.

26
l'humanité. On comprend alors le pourquoi le sage norvégien affirme qu' « une croissance
économique qui n'est pas reliée à des valeurs intrinsèques [...] est préjudiciable » 1. Il apparaît
clairement que la crise écologique tire sa source dans cette hypertrophie de la croissance
économique, laquelle croissance à fait pression sur les ressources naturelles tout en de
substantialisant la biodiversité de sa valeur intrinsèque.

En somme, il était question dans ce premier chapitre de notre réflexion de d'analyser


historique le rapport entre l'économie et l'écologie de l'antiquité à la période moderne en
passant par le Moyen Âge à l'effet de trouver les origines profondes de la crise écologique
actuelle. Il en ressort que l'économie était une entreprise normative soucieuse des questions
écologiques dans l'antiquité jusqu'au Moyen Âge car l'économie qui prévalait dans cette
période était celle de subsistance et la nature était porteuse d'une âme et était l'œuvre de la
création divine. Or dans l'économie moderne, il va s’ensuivre un renversement de l’ordre des
facteurs qui se caractérise par la subordination de l'écologie à la rentabilité monétaire, suivi
d'une hypertrophie de la croissance économique et l'atrophie de la conscience écologique, ce
qui marque de ce fait l'origine de la crise écologique. Cette hypertrophie de la croissance
économique a pour but de préparer l'avènement de l'économie néolibérale qui bénéficiera
d'une série d'événements favorable à son éclosion et mais très défavorable pour la
biodiversité.

Chapitre II: des influences contextuelles à l'éclosion de


l'économie néolibérale et les dérives sur l'environnement.

1
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op. cit., p.186.

27
Dans ce deuxième chapitre de notre première partie, il sera question de présenter les
évènements qui ont catalysés la naissance de l'économie néolibérale tout en présentant leurs
impacts sur l'écologie. Pour se faire, nous nous attarderons en connivence avec Naess sur
l'impact de l'économie productiviste sur l'avènement du néolibéralisme, impulsée par les
progrès scientifiques et techniques du XIXème siècle et les conséquences d'une telle
économie sur la nature .En suite nous nous attarderons sur l'influence de la relance
économique de l'après-guerre des trente ans sur l'écologie et enfin nous insisterons sur
l'influence des nouvelles technologies sur l'avènement du néolibéralisme et leurs effets sur le
biotope.

2.1. Du productivisme impulsé par les mutations techniques et scientifiques


du XIXème siècle à la pollution aggravée de l'atmosphère.

Le philosophe norvégien pointe sans réserve les racines profondes de la crise


écologique actuelle dans les progrès scientifiques et techniques. Ces derniers ont bouleversé
le monde y compris le rapport de l'homme à la nature. Les mutations du XIXe siècle ont
réorientés l'économie vers une consommation plus vorace des ressources naturelles. Cette
révolution à débuter en Angleterre au XVIIIème siècle et c’est étendue dans le monde. Engels
fut le premier à utiliser le concept de « révolution industrielle » dans ouvrage intitulé Les
classes laborieuses en Angleterre, paru en 1845. Cette révolution était portée par un désir des
bourgeois d’accroitre leurs capitaux, c’est ainsi que va commencer la première
mondialisation avec l’impérialisme européen dans le monde à l’effet d’écouler les
marchandises issues de cette révolution au moyen du commerce. Ceci va entrainer une
surexploitation des matières premières et une pollution outrée de l’atmosphère. Engels décrit
d’ailleurs l’état de cette révolution en Angleterre en ces termes :

La production du matériel industriel, des matières brutes et des combustibles ne devint vraiment
importante qu'après la révolution industrielle et put ainsi donner naissance à un nouveau prolétariat
industriel : les ouvriers des mines de charbon et des mines métallifères. En troisième lieu, l'industrie
exerça une influence sur l'agriculture.1

Il apparait que la révolution industrielle se fonde sur la surexploitation des ressources


naturelles a l’effet d’accélérer une surproduction des biens de consommations pour répondre
aux besoins du marché au regard du boom démographique qu’a engendré cette révolution. La
transition économique s’observe dans ce contexte car elle quitte de l’économie de subsistance
vers l’économie productiviste. Elle se définit comme « une volonté d'accroître la production

1
Engels, F, Situation de la classe laborieuse en Angleterre, Paris, édition Sociales, 1845, p. 31.

28
sans prendre en compte les conséquences écologiques et sociales » 1. Dans cette définition, il
apparaît que le productivisme est un courant économique qui vise la recherche de la
croissance économique par-delà des considérations écologiques et sociales. Il s'agit
effectivement d'une économie qui fait impasse à la survie de l'humanité. Elle se révèle alors
dommageable et catastrophique pour l'écologie dans la mesure où la productivité prime sur
toutes les considérations éthiques, sociales et environnementales.

Dans cette économie, le centralisme sur la satisfaction des besoins du marché n’est
qu’une façade. En filigrane de ce projet se cache l’éthique du profit. Nous sommes là en plein
temps dans le libéralisme ou règne sans concession l’éthique du profit. Ceci voudrait dire que
la satisfaction des besoins du marché est un moyen pour les bourgeois de faire plus des gains
puisqu’on produit plus que ce que le marché ne peut absorber au point d’exportation hors des
frontières étatiques. On le voit, la satisfaction des besoins du marché passe pour un alibi à
l’effet d’en tirer un plus grand profit dans le productivisme comme le souligne Engels en ces
termes :

Étant donnée l'anarchie de la production actuelle et de la répartition des biens de consommation, qui n'ont
pas pour fin la satisfaction immédiate des besoins mais au contraire le profit, étant donné le système où
chacun travaille et s'enrichit sans se soucier d'autrui, il est inévitable qu'à tout instant un engorgement se
produise2.

De toute évidence, le productivisme se présente comme le néolibéralisme avant la lettre,


il s’agit d’ailleurs de la première variation du libéralisme à s’avoir le capitalisme. La
recherche du maximum de profit est la norme du marché. Dans cette course vers le profit, la
nature apparait comme l’âme des industries puisqu’elle fournit la matière première
indispensable au fonctionnement des industries. La nature est ainsi prise en otage par les
industries.

L’économie productiviste entendue comme « un système d’organisation de la vie


économique dans lequel la production est donné comme objectif premier » [Link] production est
alors la référence dans ce contexte. Elle se définie comme « la fabrication d’objets réels au
moyens d’autres objets réels »4 ayant pour finalité l’accroissement de l’économique et assurer
le fonctionnement des industries. Fonder sur le système de production à grande échelle, ce
qui est convenu de qualifier de production de masse, dans l’optique de satisfaire les besoins
du marché qui ne cessaient de s’hypertrophiés. On parlera alors des mécanismes de
1
Beitone, A, Cazorla, A et Hemdane, E, Dictionnaire de science économique, op., cit., p. 490.
2
Op., cit., p. 75
3
[Link]
4
Naess, A, Écologie joyeuse, op., cit., p.184.

29
production basés sur la standardisation et la taylorisation. Cette première en tendu comme un
modèle de production en série et homogène et la deuxième renvoie à une chaine de
production. Dans un contexte au règne sans concession l'économie productiviste, en rapport à
la production agricole, on parlera alors « d'une agriculture productiviste qui a connu un
accroissement spectaculaire, des rendements mais au détriment des sols (utilisation excessive
d'engrais), de l'air (pesticides) de la qualité des produits » 1. Il va s'en dire que ce système de
production conduit inéluctablement l'humanité vers la perte dans la mesure où elle porte
atteinte à la sécurité alimentaire et écologique.

Le sage norvégien, avait pleinement raison de voir en cette économie du XIXème siècle
l'origine de la décadence de l'écologie. En effet, pour le sage norvégien, les progrès
scientifiques et techniques ont favorisé l'avènement des nouvelles machines plus dépendantes
des énergies fossiles, c'est à dire du pétrole, du charbon et de la houille. L'usage de ces
énergies non renouvelables a un impact néfaste sur l'atmosphère car elle s'accompagne d'une
grande émission des gaz carbonique dans l'atmosphère. Ces gaz se révèlent très dangereux
pour la survie de la planète dans la mesure où elles empêchent la chaleur du soleil de se
diffuser dans l'univers. En clair, ces gaz, « en se concentrant dans l'atmosphère, ils empêchent
la chaleur des rayons solaires réfléchis par la chaleur par la terre de se perdre dans
l'atmosphère »2. Elles engloutissent la chaleur des rayons lumineux sur terre et les empêchent
de se propager dans l'univers. Ceci s'accompagne alors de l'élevage de la température dans le
globe terrestre, conduisant la fonte des calottes polaire suivie des inondations et d'une série de
perturbation écologique. Au regard des dérives du productivisme sur la nature, Arne Næss
pointe sans réserve «le problème environnemental comme étant étroitement lié à notre ère
industrielle, qui a débuté au milieu du XIXème siècle et dont les implications concernent la
planète entière et tous ses habitants » [Link], il convient de signaler que cette
convergence de l'économie vers le productivisme avait pour but de préparer l'ascension
verticale de l'économie, ce qui nous rapproche déjà du néolibéralisme. Il apparaît de toute
évidence que, la révolution industrielle du XIXème à gravement laissée une empreinte
écologique cynique à l'humanité. Elle a désagrégée, émiettée les équilibres écologiques.

De plus, le productivisme fait de la croissance de la production et de la consommation


la seule fin de l'activité humaine. Ceci conduit à la survenance de la société de
1
Op., cit,. Ibidem
2
Pape François, Loué sois-tu, lettre encyclique Lauda si sur la sauvegarde de la maison commune, Paris, édition
Artège, 2015, p. 25.
3
Naess, A, Écologie joyeuse, op., cit., p.82.

30
consommation, laquelle se caractérise par un consumérisme à outrance des ressources
naturelles. Il s'établit dans ce système productiviste une chaîne économique qui va des
facteurs de production à la transformation des matières premiers en produits finaux de
consommation. La pollution de l’environnement posant même des inquiétudes sur la sécurité
sanitaire des humains n’est pas à épargner dans cette société. La grande concentration des
populations accompagnée des fumées toxiques des industries se révèle catastrophique pour
l’homme y compris pour la planète. Engels n’a pas d’ailleurs tardé à remarquer les effets de
la pollution de la révolution industrielle sur la santé des populations en Angleterre. Il déclare
fort à propos que :

La concentration de la population dans les grandes villes exerce déjà en elle-même une influence très
défavorable dans l'atmosphère [...] Le gaz carbonique produit par la respiration et la combustion
demeure dans les rues, en raison de sa densité et le principal courant des vents passe au-dessus des toits
des maisons. Les poumons des habitants ne reçoivent pas leur pleine ration d'oxygène : la conséquence
en est un engourdissement physique et intellectuel et une diminution de l'énergie vitale. C'est pourquoi
les habitants des grandes villes sont, il est vrai, moins exposés aux maladies aiguës, en particulier du type
inflammatoire, que les ruraux qui vivent dans une atmosphère libre et normale ; en revanchent ils
souffrent d'autant plus de maux chroniques.1

Il va s'ensuivre une surconsommation irrationnelle des ressources naturelles à l'effet


d'alimenter les industries et ravitailler la société de consommation. L'utilisation des
ressources individuelles excède de ce fait le niveau minimum et nécessaire que devrait
utiliser un individu. Il y a une transmutation de la satisfaction des besoins en fin, laquelle fin
se transforme également en moyen. Ce qui débouche sur la société de consommation du tout
jetable ayant pour conséquence la surproduction des déchets ménagers et industriels.
L’anthropocène, c'est-à-dire l'ère géologique de l'empreinte de l'homo sapiens se transforme
de ce fait en poubellecène, où règne sans concession l'homo détritus de Grégory Salles. Le
Pape François n'a pas d'ailleurs remarqué cette transformation de la terre en immense
dépotoir. Il souligne cela lorsqu'il affirme « la terre notre maison commune, semble se
transformer toujours d'avantage en un immense dépotoir » 2. Il n'est pas alors anodin de
s'attendre à une imminente crise écologique au regard de la transformation de la planète en
dépotoir orchestrée par le productivisme issue des révolutions scientifiques et techniques, qui
prépare d'ailleurs l'éclosion du néolibéralisme.

De plus, les progrès scientifiques et techniques ont largement contribué à la survenance


de la crise écologique à cause de son utilisation outrés des énergies dans l'optique d'accroître
l'économie mondiale. La surconsommation de l'énergie apparaît alors comme le marqueur du

1
Engels, F, Situation de la classe laborieuse en Angleterre, op., cit., p. 85.
2
Op., cit., p. 23.

31
productivisme. Le sage norvégien partage cette avis lorsqu'il affirme « le problème de la
surconsommation d'énergie est aussi bien celui du consumérisme et du productivisme » 1. Ce
dernier semble légitimer la surexploitation des ressources naturelles et la surconsommation
de l'énergie puisqu'il est question d'accroître l'économie mondiale au moyen de la
surproduction des biens et services.

Par ailleurs, le productivisme se fonde sur « la conscience économique » 2 de


l'immédiateté posant de facto l'urgence de la production des matières premières pour le
fonctionnement des industries, au détriment de leurs impacts environnementales. Selon les
partisans invertébrés de ce modèle économique, « la croissance n'est pas soumise aux limites
écologique de la planète »3. On le voit, il y a la une liquidation des conditions d’habitabilités
de l’humanité par la rentabilité monétaire. Cette liquidation est d’autant plus dommageable
pour les écosystèmes car elle peut entrainer la disparition totale des réseaux et corridors
écologique qui disposent d’un fort potentiel économique. Ce constat invite à s’interroger si
l’« on doit se contenter de vivre l’instant présent »4 tout en détruisant les conditions
d’habitabilité de la planète ou doit-on prendre une « invitation à prendre soin de la nature »5
pour sauver la planète. Il apparait de toute évidence que la deuxième option est d’autant
mieux car elle camper pour la perpétuité de la vie sur terre. On le voit, le productivisme a
énormément enfoncé l’humanité dans le gouffre de la mort dans la mesure où il tourne le dos
à la sensibilité écologique. Or « l’intérêt porté à la diversité génétique invite même à se
préoccuper de conserver des races d’animaux domestique en voie d’extinction, des variétés
abandonnées d’arbres fruitiers, des fleurs, des légumes, ou des céréales »6 puisque la vie de
l’homme en dépend de la disponibilité de ces ressources.

En fin, le productivisme qui tire sa source des révolutions scientifiques et techniques du


XVIIIème et XIXème siècle laisse transparaitre en filigrane un conflit généralisé. Dans le
productivisme dont la finalité est l’accroissement du capital, il y règne une guerre à mort de
tous contre tous. Il s’agit qu’une guerre commerciale qui se caractérise par une concurrence
outrée dans le marché. Ceci voudrait dire que la fameuse lutte des classes dont parlait Karl
Marx règne en maitre dans le productivisme et est perceptible par la guerre à ciel ouvert que

1
Naess,A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.108.
2
Simmel, G, Philosophique de l'argent, op., cit., p.296.
3
David Korten « L’échec des institutions de Bretton Woods », dans GOLDSMITH, E, MANDER, J., Le procès
de la mondialisation. Paris, édition Fayard, 2001, p.87.
4
Naess, A, Écologie joyeuse, op., cit., p.18.
5
Larrère C et. Larrère , R., Penser et agir avec la nature, op., cit., p. 48.
6
Ibidem

32
se livre les bourgeois et même les prolétaires au moyen de la concurrence. Cette dernière
installe de facto un climat d’insécurité permanant dans cette société qui a pour credo la
concurrence. Engels n’a d’ailleurs pas manqué de remarqué la guerre latente qui prévalait
durant la révolution industrielle. Selon lui,

La concurrence est l'expression la plus parfaite de la guerre de tous contre tous qui fait rage dans la
société bourgeoise moderne. Cette guerre, guerre pour la vie, pour l'existence, pour tout, et qui peut donc
être, le cas échéant, une guerre à mort, met aux prises non seulement les différentes classes de la société,
mais encore les différents membres de ces classes; chacun barre la route à autrui ; et c'est pourquoi
chacun cherche à évincer tous ceux qui se dressent sur son chemin et à prendre leur place. Les
travailleurs se font concurrence tout comme les bourgeois se font concurrence 1

Par la, on constate que le productivisme par la concurrence inouïe sans vergogne qui se
cachait en filigrane à largement préparé la naissance de l’économie néolibérale, mais aussi
par son impact environnement a préparé la survenance sourdine de la crise écologique
actuelle comme le souligne le sage norvégien. Toutefois, il reste loisible que l’essor des
nouvelles technologies viendra donner le coup fatal à l’écologie et accroitre encore plus la
pression économique sur la nature au moyen de l’économie néolibérale.

2. 2. Des nouvelles technologies au néolibéralisme : une marchandisation de


la terre

L'accroissement du commerce mondial, but majeur du néolibéralisme va prendre un


essor exponentiel avec les technologies. Tandis que la productivité sera à son pic, la
paupérisation de la biodiversité va également s'en suivre. Grâce aux nouvelles technologies,
l'Homme ira désormais exploiter de vastes espaces et accroître encore plus ses revenus.
L'usage des fertilisants, des tracteurs, des machines de pointe dans l'agriculture va s'ensuivre
afin de pouvoir mieux apprivoiser le marché mondial. La pression est plus accentuée sur les
écosystèmes. Le déboisement, l'usage des pesticides participe à l'accroissement de la
productivité agricole tout en réduisant drastiquement certaines espèces animales et végétales
sans oublier l'appauvrissement systématique des sols. Pour Naess « les technologies
industrielles nous lient aux grandes surfaces de distribution et nous poussent à rechercher un
revenu toujours plus élevé»2. Ceci voudrait dire que la surexploitation de la nature grâce aux
nouvelles technologies s'inscrit dans une logique mercantocratique. La recherche de l'argent
devient pour ainsi dire le but ultime de l'existence. Et dans cette quête vers l’argent, l'homme
et la nature son des moyens. Dans la société contemporaine, « l'argent est à la fois l'absolu

1
Engels, F, Situation de la classe laborieuse en Angleterre, op., cit., p.71.
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op. cit., p.108. p159

33
terminus a quo menant vers quoi tout mène »3. L'argent fait sens et modèle l'existence, raison
pour laquelle l'homo œconomicus n'a de but ultime que l'éthique frénétique du gain.

Dans cette logique mercantocratique, les technologies n'ont d'autre finalité que
l'accroissement de la rentabilité, les impacts sont évalués en termes de rendement
économique. La technique est de ce fait instrumentalisée à des fins économiques. Dans cette
logique, il devient impossible de parler d'une neutralité de la technique puisse qu'elle est
soumise au dictat de l'économie néolibérale. La grande machine huileuse ne semble épargner
rien sur son chemin, il y a là, l’instrumentalisation de la technique par l'économie. Cette
première science comme le souligne Jacques Ellul « assume aujourd'hui la totalité des
activités de l'homme et pas seulement son activité productrice » 1. La technique se drape pour
ainsi dire des enjeux économiques. On parle alors de la technique économique qui est d'abord
le maillon fort de la pensée économique.

Le couplage de la technique à l'économie présente un triple avantage pour l'homo


œconomicus. Premièrement, il permet de réduire les dépenses et les coûts de production tout
en accroissant le rendement financier. Deuxièmement, la technique permet d'accroître le
volume de production tout en utilisant une quantité des matières premières très réduites et
enfin, elle réduit le travail physique de l'homme tout en garantissant un très grand rendement
en termes de productivité. Ceci voudrait dire que par la technique, l'homme exploite de très
grandes surfaces sans fournir trop d'efforts mais tout en ayant confiance d'un plus grand
rendement. Ellul est de cet avis lorsqu'il affirme qu'on ne peut analyser le progrès que nous
apporte la technique sur trois aspects :

Le rendement en nature, la technique est alors ce qui permet d'économiser les matières premières pour
obtenir une production définie ; le rendement financier, la technique est alors ce qui permet d'accroître la
production par l'accroissement des investissements financiers ; le rendement du travail humain, la
technique est ce qui accroît la quantité de travail obtenue pour une unité fixe de travail. 2
Par cette illustration, nous comprenons les raisons qui ont poussé l'économie
néolibérale à émarger dans le dispositif de la technique. Le but était l'accroissement
compulsif de la productivité pour un rendement financier plus époustouflant. Ainsi, comme le
dit Arne Naess, « le poids du développement technique est d'abord jugé par les grands pays
industrialisés en fonction de la possible assimilation de ces techniques par l'économie » 3.
Cette fusion de l'économie à la technique pour des fins mercantilistes se relèvent très nocive

3
Simmel, G., Philosophie de l'argent, op. cit., p261.
1
Ellul, J., La technique ou l'enjeu du siècle, Paris, éditions Economica , 1990, p. 07.
2
Ibid., p19
3
Naess, A., Écologie, communauté et style de vie, op, cit , p.173.

34
pour l'environnement car elle s'accompagne de l'épuisement systématique des ressources du
sous-sol, du sol et de la pollution de l'atmosphère.

S'agissant de l'appauvrissement des ressources du sous-sol, il convient de rappeler que


les machines utilisées pour accroître la productivité agricole utilisent abondamment de
l'énergie, laquelle émane directement des dérivés du pétrole brut. Ceci revient à dire que
l'usage des machines entraîne une surconsommation de l'or noir à savoir, le pétrole et par
ricochet le forage des fondements géologiques de la terre. Il va s'en dire que l'exploitation du
pétrole dans les pays sont toujours accompagnée par une série de génocides écologiques dans
la mesure où elle se fait par-delà des normes écologiques. À titre illustratif, d'après le rapport
du mouvement mondial pour les forêts tropicales du 30 juillet 2011, « au Nigeria, de grandes
étendues de mangroves du delta du Niger ont été endommagés par le déversement des pétrole
brutes qui se produisent régulièrement. À ce qu'on dit, 1,5 million de tonnes de pétrole y ont
été déversées au cours des 50 dernières années » 1. Ce qui revient à dire que l'usage des
machines pour l'accroissement de la productivité est très nocif pour l'environnement. Ainsi, le
progrès technologique a largement contribué à l'essor de l'économie néolibérale dans la
mesure où les progrès techniques ont accru le volume des rendements économiques et
facilité, accéléré les échanges commerciaux dans le monde et a également augmenté
l'économie mondiale.

En outre, la révolution des technologies a participée à l'essor du néolibéralisme car elle


a brisé les barrières spatiotemporelles. Désormais par l'avancée de l'informatique, l'homme
peut désormais acheter les actions dans une entreprise qui se trouve au bout du monde, ses
actions peuvent avoir un impact économique et même écologique dans une zone bien
éloignée de celui-ci. Cette brisure des barrières spatiotemporelles par la révolution de
l'informatique aura pour effet écologique la mercantilisation plus accru et la désacralisation
de la nature. Désormais en un clic, l'homme peut désormais au moyen des images satellitaires
accéder à des milieux naturels qui étaient autrefois inaccessibles. Ce qui était jadis
mystérieux devient accessible dans la nature au moyen de l'informatique, ceci a largement
catalysé la biopiraterie. La révolution informatique a conduit à l'installation des marchés en
ligne où se fait en toute impunité les trafics d'animaux en ligne et le commerce d'espèces
sauvages en ligne. Le premier désigne le commerce illégal ou légal des animaux sauvages sur
internet et le second renvoie à la vente d'espèces, de plantes et de ressources naturelles en

1
[Link]
niger#:~:text=Au%20Nigeria%2C%20de%20grandes%20%C3%A9tendues,cours%20des%2050%20derni
%C3%A8res%20ann%C3%A9es.

35
ligne. Ces deux commerces à des fins purement mercantocratique participent à la
désubstantialisation et au désenchantement de la nature dans la mesure où elle s'accompagne
par une banalisation des espèces de la biodiversité. Dans cette veine, il s'ensuit que :

Les innovations dans ce domaine [informatique] seraient le nouveau point fixe autour duquel se
réorganiserait l'économie, dont la société. De la même façon que l'automobile avait été le moyen
technique de " sortir de la crise " des années trente, les télécommunications et l'informatique et leur
intégration avec le secteur plus traditionnel des médias, seraient l'origine d'une nouvelle dynamique
économique 1
Nous comprenons par-là que l’avènement des télécommunications a impulsé une
nouvelle dynamique économique plus sophistiqués. L'informatique ou encore " le pétrole des
années quatre-vingt a contribué à la naissance du néolibéralisme en brisant les barrières
spatiotemporelles. Le bioéthicien camerounais André Liboire Tsalla Mbani n'a pas hésité à
faire cette remarque en ces termes : « la nouvelle économie qui est assortie de la mutation
informatique et informationnelle a charrié, cela va s'en dire d'immenses espoirs, parce que
abolissant la notion d'espace et rapprochant les Hommes» 2. Il y a là une redevance du
néolibéralisme vis-à-vis du progrès de l'informatique.

Toutefois, l'informatique n'a que rapproché les hommes dans l'espace cybernétique et
non dans le réel. L'essor de l'informatique s'est accompagné du délitement des valeurs
civilisationnelles voire axiologiques et l'émiettement du tissu social. La société se caractérise
de ce fait par un atomisme inouï des individus et l'individualisme sans pareil qui débouche
sur la phobie de l'altérité. Cette dernière a eu pour effet l'essor d'une violence outrée impropre
et manifestement en déphasage à un vivre ensemble écologiquement responsable envers la
nature. La perversion morale qu'engendre le progrès de l’informatique se révèle très
dommageable pour l'homme y compris l'environnement. Comme le souligne Nguefack
Eugène Gabin, « l'observation, que ce soit dans les structures publiques de l'État ou dans la
rue, l'indécence verbale, la perversion oratoire se sont érigées en sport favori. L'insulte
publique se fait sans coup ferry. Le cynisme et l'antipathie s'érigent ainsi au sein de la société
[...] en code normatif de conduite »3 . Ce qui voudrait dire que le progrès de l'informatique a
fait que l'homme considère son alter ego comme un corps-objet ennemi à détruire. Cette
antipathie s'observe également dans le rapport que l'homme entretien avec la nature.
L'homme se caractérise désormais par son insensibilité à l'égard de la nature, il n'hésite pas à

1
Tsala Mbani, A., « La cybernétique : un autre visage de l’antihumanisme contemporain ? » », Nka’ Lumière,
in Revue interdisciplinaire de la faculté des lettres et science humaines, N 0 18, 2nd Semestre 2017, pp. 39-63, pp.
57-58.
2
Tsalla Mbani. A., Les défis de la bioéthique à l'ère éconofasciste , op., cit., p40
3
Nguefack., G,(2020), « Violence verbale et moralité publique au Cameroun : à propos de l’incivisme
galopant », Monange, pp. 31-50 . p.38.

36
faire recours à toute forme d'instrument pour accroître et plus torturer la nature. Les
empoisonnements des rivières et fleuves des écocides, le recours aux expériences impropres
sur les animaux, ce qui est d'ailleurs tributaire de son altérophobie et son antipathie. Il
apparaît clairement que l'altérophobie voir l’antipathie orchestrée par les mutations de
l'informatique au soubassement monétaire fait impasse sur la sensibilité écologique. L'homme
se situe aux antipodes de la conscience écologique qui se caractérise par l'empathie envers les
organismes non-humains. On le voit, l'antipathie propre au dynamisme de l'informatique,
catalyseur de la prospérité du néolibéralisme « tend à supprimer en nous certains sentiments à
l'égard de la nature ».1 On retient de ce fait que le progrès de l'informatique a conduit à la
liquidation voire l'inhumation de la conscience écologique au profit de l'accroissement des
revenus, crédo de l'économie néolibérale.

Enfin, la dynamique des techniques ont contribué à la survenance de l'économie


néolibérale dans la mesure où elle a rendu l'homme plus artificiel en l'éloignant davantage du
milieu naturel tout en augmentant sa consommation de produits industriels, ce qui participe à
la prospérité de la société de consommation. Par ces révolutions, l'homme est devenu plus
dépendant des technologies, plus consommateur en énergie. Et il s’observe une fracture plus
profonde entre l'homme et la nature. Il est devenu un être de l'artifice et technique.
L'artificialisation de l'homme au moyen de l'informatique accroît la surconsommation des
ressources naturelles. L'homme artificiel se croit éloigner de la nature or l'artificialité est
étroitement dépendant de la nature. Les ressources naturelles constituent l'âme universelle de
l'artificialité. Les ressources énergétiques nécessaires pour la production de l'électricité
émanent du sol. Les meubles qui accroissent le confort existentiel sont les dérivés du bois, les
eaux de chauffage proviennent des rivières, des nappes d'eau phréatiques. Il s'établit de facto
un lien étroit entre l'artificialité et la dépendance à la nature. Il va s'en dire que l'homme brille
par son ingratitude, son manque de reconnaissance envers la nature qui lui donne
gratuitement les géofacts pour accroître son confort existentiel. L'oxygène qu'il respire dans
sa vie artificialisée émane de la végétation qu'il liquide sans ambages à vil prix. Comme le
soulignent Marc Barra et Laurent Hertin « nous pouvons ainsi remercier le phytoplancton, les
algues et les plantes terrestres pour l'oxygène qu'ils ont apporté à l'atmosphère et pour la
production biologique primaire qui est la base de toutes les autres formes de vies chimiques

1
Naess, A, Vers l'écologie profonde, op., cit., p224

37
»2. L'homo œconomicus brille alors par son ingratitude envers ce qui lui permet de vivre sur
terre.

En somme, les progrès technologiques qui ont eu pour conséquence, l'accroissement de


l'économie mondiale et l'appauvrissement accru de la nature ont contribué largement à
l'avènement du néolibéralisme. Ces progrès ont accélérés l'ouverture des frontières, donné à
l'homme le droit d'ubiquité, l'ont rendu artificiel et plus consommateur que jamais. En la
lumière de l'impact des progrès technologiques, « l'émergence de l'idéologie néolibérale a
bénéficié d'une conjoncture favorable à sa naissance et à son éclosion : l'époustouflante
révolution technologique, qui a littéralement bouleversé les conditions économiques sur la
planète »1. Il en ressort que le néolibéralisme reste redevable au progrès des technologies
dans la mesure où elles ont catalysées le progrès de l'économie mondiale et même assujetti la
nature.

Ce progrès des nouvelles technologies n'ont pas tardé à se faire remarquer sur la
modification de la structure de la nature. Dans les années 1960, certains croyaient encore à la
pureté de la nature, mais avec les recherches approfondies on a découvert qu'il s'agissait d'un
mythe car ça fait belle lurette qu'une telle nature a disparue. Comme le dit d'ailleurs Naess :

dans le courant des années 1960, et jusqu'au début des années 1970, bien des gens aimaient se référer à
l'idée d'une nature qui serait encore " intacte " . Mais le développement de nos connaissances dans le
domaine de l'histoire des paysages, et la mesure de plus en plus précise des effets globaux de la pollution
des sols, de l'air et des océans nous ont conduits à réaliser tristement qu'une telle nature n'existe plus
depuis longtemps.2
Telle est la situation écologique de la planète après cette longue série des mutations du
XIXème et XXème siècle, nous sommes alors en droite ligne de s'attendre à une série de
crises écologiques.

2
Barra, M, Hertin, L et Lecuir, G, Économie et biodiversité ; produire et consommer dans les limites de la
biosphère, Paris, éditions victoires, 2014, p14
1
Tsalla Mbani. A. Les défis de la bioéthique à l'ère éconofasciste . op. cit . p40
2
Naess , A , Ecologie, communauté et style de vie, op, cit , pp227-228

38
Chapitre III: des assises philosophiques du rejet naessien de
l’économie anti-écologiques
L'arsenal conceptuel de l'écologie profonde de Naess n'est pas ex nihilo, elle est
tributaire d'une série d'influence extérieur. Comme Edmund Husserl le disais que toute
conscience est conscience de quelque chose renchérit par Roger Verneaux en ces termes «
quelle que soit l’originalité d’un philosophe, on peut toujours l’expliquer par les sources qu’il
s’est choisies, par les influences qu’il a subies. Il est en quelque manière le point de rencontre
d’un certain nombre de ligne » 1, en revenant chez le sage norvégien, ceci signifie que son
édifice philosophique se fonde sur le roc philosophique de ses devanciers. Des penseurs à
l'instar de Baruch Spinoza, Emanuel Kant et Mahatma Gandhi ont été des créanciers
conceptuels et épistémologiques du philosophe norvégien. Chacun de ses auteurs aura
abondamment contribué à la sédimentation de la pensée écologique chez Naess et aura
ventilé sa sentence de la mise à mort de l'économie néolibérale qui sape au jour le jour les
conditions d'habitabilité de la planète toute entière. Pour y parvenir, nous nous attarderons
d'abord sur le legs immanentiste spinoziste chez Naess, ensuite l'influence de la morale
kantienne en rapport à l'écologie du sage norvégien et en fin la contribution de la force
morale de la non-violence de Gandhi dans la structuration de la pensée de Naess.

3.1. Du panthéisme spinoziste à l'holisme et au refus naessien de la mise à


prix de la nature

Le philosophe de Tvergastein ne manque pas de marteler son appartenance à la


philosophie de Spinoza. Il pose se dernier comme son maître à penser et comme le précurseur
incontestable de l'écologie profonde. Cette dernière qui se veut une philosophie réactionnaire
de l'écologie superficielle et de l'économie anti-écologique ambiante. En effet l'écologie
profonde de Naess est à la fois une sagesse pratique et un mysticisme de la nature qui accorde
une sacralité invertébré à la nature. L’Ethique de Spinoza a été comme un baromètre pour
Naess depuis son jeune âge. Il le déclare d'ailleurs en ces termes « personnellement, je suis
particulièrement attaché à l'Ethique de Spinoza depuis que j'ai 17ans »2. En effet, dans
l’ouvrage sus cité, au titre fort évocateur, Spinoza a développé une philosophie de
l'immanence divine.

Par cette philosophie, le sage norvégien voit en Spinoza un rempart majeur de la pensée
écologique, car pour le père de l'Ethique, la Nature est une réalité vivante elle n'est pas
quelque chose de « bien ennuyeuse, muette, sans odeur et sans couleur » 3, elle est autre que
ce que l'on croit. La terre « à une âme, elle est libre, elle a de l'amour, elle a un langage » 4.

1
Verneaux, R, Histoire de la philosophie moderne, Paris, Beauchesne, 1997, p. 137.
2
Naess, A, Réalisation de Soi, op., cit., p.115.
3
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p. 96.
4
Ibidem

39
L'amour de la nature s'observe à travers sa bienveillance envers les habitants de la terre. Elle
nourrit l'humanité, elle nous fournit un habitacle, elle régénère de l'oxygène indispensable à la
vie. L'âme de la nature est ce qui rend la planète vivante toute en vivifiant tout ce qui est sur
terre. L'âme de la nature confère alors vie à la planète toute entière. Quant au langage de la
maison commune, il est saisissable à travers les variations climatiques, les changements des
saisons qui révèlent l'état de santé de la planète, l'affolement des oiseaux lors des catastrophes
imminentes. Le fameux « cœur de voh » 1 dont parle le militant écologiste français Yann
Arthus-Bertrand dans son ouvrage intitulé La terre vue du ciel illustre clairement le langage
de la terre.

Dans cet ouvrage, l'écologue français présente une photographie d'un cœur en pleine
mangrove dans la Nouvelle Calédonie, ce cœur formé par la tanne au cœur d’une mangrove
de 4 hectares reflète les variations climatiques et l'état de la terre. Yann Arthus-Bertrand n'a
d'ailleurs pas hésité d'hypothéqué sa maison afin de pouvoir réaliser son expédition au
lendemain de la COP6 tenue au Pays-Bas en 2000. Depuis cette photographie, « ce paysage
est devenue l’image symbolique de l’attachement des hommes à la nature » 2 car par ce cœur,
la nature communique ses états d'âmes à l'homme.

Tel est le panpsychisme spinoziste qui affirme le vitalisme de la nature. La Natura


Naturans est alors ce qui existe par soi et possède une infinité d'attribut qui confère vie aux
existants. L'économie néolibérale en se situant aux antipodes d'une telle conception de la
nature enchantée, habité et animé par la vie se heurte de ce fait au vitalisme et à l’holisme de
Naess. L'holisme se définit comme une doctrine ou point de vue qui consiste à considérer les
phénomènes individuels ou particuliers comme faisant partie de la totalité dans laquelle ils
s’inscrivent. Quant au vitalisme, il s'agit d'une doctrine « d'après laquelle il existe en tout
individu un principe vital »3. Il s'ensuit que l'holisme est une philosophie de l'unité et le
vitalisme est cette philosophie qui pose la primauté de la vie sur toute autre chose. Le
vitalisme de Naess brille par l'affirmation de l'existence de la vie dans les organismes non-
humains, les quels organismes manifestent un vouloir vivre tout comme les humains. Puisque
tous les êtres qui peuplent la terre sont mus par un seul désir de vivre, il s'ensuit que « toutes
les choses tiennent ensemble »4. Il s'ensuit une fusion unitaire de tous les êtres de la maison

1
Yann. A, La terre vue du ciel : un portrait aérien de la planète, Paris, édition de la Martinière, 1999.
2
Jean-Michel Le bigre, «Le " Cœur de Voh ” (Nouvelle-Calédonie)», Les Cahiers d’Outre-Mer [Online], 225 |
Janvier-Mars 2004, Online since 13 February 2008, connection on 28 April 2025. URL:
[Link] DOI: [Link]
3
Le Grand Robert de langue française (2004
4
Op., cit., p. 73.

40
commune dans un principe commun le désir à la vie. Ce vitalisme naessien infléchi le
conatus de Spinoza.

Le conatus se définit comme « la puissance d'exister et d'agir » 1. Il s'agit de la force


d'agir et de vivre qui est propre à tout être, c'est l'essence fondamentale de l'esprit. Selon
Spinoza, le conatus d'un être est son effort de persévérer dans son être par-delà les
vicissitudes du parcours existentiels. En d'autres termes, la puissance d'exister, de résister et
d'agir que dispose chaque être est son conatus. C'est l'essence fondamentale de l'être. Selon
Spinoza, « chaque chose, autant qu'il est en elle s'efforce de persévérer dans son être » 2. Cet
effort de persévérer dans l'être profond est la volonté. Cette dernière se définit comme « la
faculté de vouloir »3. La volonté est cette faculté qui pousse à l'action. C'est par la volonté
que l'homme résiste autant que possible aux vicissitudes de la vie et se maintient en vie.
Quand cet effort s'applique au corps, il s'agit de l'appétit d'après Spinoza. Ce dernier définit
l'appétit comme « l'effort de persévérer dans son être » 4 que dispose chaque être. Cet effort se
manifeste dans la nature par la capacité d'adaptation psychologique, comportementale et
évolutive que manifestent les organismes infrahumains. Il s'agit de ce que Arthur
Schopenhauer appelle le vouloir vivre.

Ce dernier se définit selon Schopenhauer comme « une force aveugle et irrésistible, une
et universelle, à la fois libre et nécessaire, absurde et indestructible » 5. Ceci voudrait dire que
le vouloir vivre est une force en soi nécessaire et indestructible propre à tout être. Il est
l'essence fondamentale des choses. Ce vouloir vivre chez Schopenhauer est la volonté. Il
définit cette faculté comme « la substance intime, le noyau de toute chose particulière,
comme de l'ensemble, c'est elle qui se manifeste dans la force naturelle aveugle, elle se
retrouve dans la conduite raisonnée de l'homme »6 et des organismes non humains. La
volonté apparaît ici comme le principe vivifiant et unifiant des existants. Le dénominateur
commun de tout être-monde est la volonté avec Schopenhauer. Il y a là on le voit la
continuité du spinozisme chez Arthur Schopenhauer. Entre l'homme et la nature il y a
seulement une différence des degrés d'objectivité de volonté.

1
Comte-Sponville, A, Dictionnaire philosophique, op., cit., p.184.
2
Spinoza, B, Éthique, op., cit., p. 133.
3
Op., cit., p.971.
4
[Link]., ibidem
5
Comte-Sponville, A, Dictionnaire philosophique, op., cit., p. 972.
6
Schopenhauer, A, Le monde comme volonté et comme représentation, Paris, traduit par Auguste Bordeau ,
édition Librairie Félix Alcan, 1912, p. 174.

41
Cette dernière est le lien unificateur des existants et qui assure le continuum
ontologique entre l'homme et la nature. Les éléments de la nature sans exception manifestent
le vouloir vivre. Chez les roches, la force d'attraction qui pousse les roches à toujours
retomber sur la terre manifeste le désir de cette roche à la vie dans la mesure où l'être profond
de la roche reconnaît qu'il ne peut pas vivre dans l'air mais sur la terre. La plante est toujours
en compétition pour recevoir l'éclairage du soleil quel que soit l'environnement, car chaque
plante reconnaît que sa vie en dépend du soleil. S’agissant des oiseaux, ils ont dès leur jeune
âge l'instinct des airs car ils savent dans leur être profond que leur épanouissement est assuré
dans l’air. Pour les poissons ils ont une force d'attraction pour l'eau. Un poisson hors de l'eau
cherchera autant que possible à retourner dans l'espace aquatique car c’est gravé dans son être
que c'est l'eau qui ne peut que vivre et pareil chez les hommes. Tout homme autant que
possible est en perpétuel lutte pour la survie. Cette volonté de vivre étant présente chez tous
les êtres, il apparaît clairement et sans réticence que « la volonté est l'essence des
phénomènes de la matière brute comme de la matière vivante » 1. La volonté est alors un
attribut ontologique de la matière organique et vivante. Elle est ce qui unifie la diversité des
existants. Le conatus de Spinoza qui est le principe fondamental de l'essence de l'esprit
correspond chez Schopenhauer ou vouloir vivre. Nous sommes là dans ce que Naess appelle
la philosophie de l'unité dans la diversité, de la complexité dans l'unité et de l'un et le multiple
de Plotin. C'est justement pour démontrer l'unité des existants en dépit de leurs disparités que
Schopenhauer affirme :

Déjà, en considérant la nature brute, nous avons reconnu pour son essence intime l’effort, un effort
continu, sans but, sans repos ; mais chez la bête et chez l’homme, la même vérité éclate bien plus
évidemment. Vouloir s’efforcer, voilà tout leur être ; c’est comme une soif inextinguible. Or tout vouloir
a pour principe un besoin, un manque, donc une douleur ; c’est par nature, nécessairement, qu’ils doivent
devenir la proie de la douleur. Mais que la volonté vienne à manquer d’objet, qu’une prompte satisfaction
vienne à lui enlever tout motif de désirer, et les voilà tombés dans un vide épouvantable, dans l’ennui ;
leur nature, leur existence leur pèsent d’un poids intolérable. La vie donc oscille, comme un pendule, de
droite à gauche, de la souffrance à l’ennui.2
Il apparaît clairement que tout être sans distinction manifeste un attachement invertébré
à la vie. Nul ne veut la mort, mais tous veulent persévérer dans leur être en s'adaptant à
diverse conditions de vie. C'est justement dans cette veine que Naess va construire son édifice
philosophique, laquelle perçoit le monde comme une gestalt, c'est-à-dire une totalité. Cette
conception fait impasse à l’ontologie de la duplication que sous-tend l'économie néolibérale.
L'ontologie de la duplication est cette vision bipolaire du monde qui pose l'homme dans un
conflit à mort avec son milieu naturel. Selon cette ontologie, il existe une fission entre
1
Ibid., p. 179.
2
Comte-Sponville, A, Dictionnaire philosophique, op., cit., p. 973.

42
l'homme et la nature et affirme que le salut de l'homme n'est possible qu'au moyen d'un
détachement avec son milieu naturel. Le monde artificiel est de facto le paradis de l'homo
œconomicus. Aux antipodes de cette bipolarité cosmique, on retrouve l'ontologie du non
duplication que Naess qualifie d'ontologie réaliste. Cette dernière vibre par sa vision
holistique et gestaltiste de la nature. Cette vision constitue d'ailleurs le socle à la fois
granitique et monolithique du refutationnisme naessien de l'économie anti-écologique
ambiante qui sape sans remords les conditions d'habitabilité de la vie sur terre. Naess le dit
d'ailleurs « la pensée de champ gestaltiste va à l'encontre du statut de la distinction homme-
environnement » qu'on rencontre dans l'économie néolibérale.

En outre, chez Spinoza la présence de Dieu dans la nature infuse en l'écologie une
diversité d'attribut qui s’unifie en Dieu. Tout existant est de ce fait le reflet de la bonté
divine. La puissance de Dieu ou la nature est manifeste et perceptible dans les créatures qui
peuplent la maison commune. Il va s'en dire que l'unicité des existants est en Dieu où la
Nature, en tant que Dieu est la source créatrice de tout existant. Spinoza est en consonance
avec cette idée lorsqu'il affirme « tout ce qui existe exprime la nature de Dieu, autrement dit
son essence, d'une façon certaine et déterminé, c'est-à-dire que tout ce qui existe exprime
d'une certaine et déterminée»1. Par-là, il apparaît clairement qu'un existant n'a d'existence
contingente. Puisqu'il n'existe rien dans la nature qui ne soit pas nécessaire et pré-ordonné de
toute éternité par la Nature ou Dieu. C'est justement dans cette logique que Naess va
structurer sa thèse d'interdépendance et interconnexion inouïe de tous les êtres de sorte que le
retrait où la disparition de l'un entraine des perturbations écologiques. Ceci en raison de la
nécessité de tous les organismes qui peuplent la nature. Il s'établit clairement que l'analyse
des causes profondes de la crise écologique actuelle par Naess est en connivence avec
l'immanentisme de Spinoza. Car pour le premier auteur, tous les êtres de la nature ont un lien
de nécessité, et la rupture de ce lien entraînera inéluctablement une crise puisque la Nature ou
Dieu ne fait rien en vain, mais par nécessité. C'est justement pour cette raison que « dans
l'écosophie T, la complexité [...] est une qualité des organismes et leurs réalisations. Elle se
caractérise par des connexions intimes et une interdépendance profonde entre des facteurs ou
des éléments multiples »2. Il résulte du principe de complexité que sous-tend l'écosophie de
Naess une imbrication profonde de tous les éléments de la nature. Cette conception s'érige en
levé de bouclier du néolibéralisme qui a instauré une bipolarité cosmique homme nature. Le
rejet de Naess est bien adossé sur des principes philosophiques solides.
1
Spinoza, Éthique, op., cit., p.50.
2
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p. 318.

43
De plus, la présence de Dieu dans l’écosystème engendre des effets, sacralise la
nature. L'écologie devient de ce fait sacrée puisque Dieu y est présent dans la nature. Il n'est
plus acceptable de jouer au vas tout avec la biodiversité au regard de sa sacralité. Il s'ensuit
que l'immanence de Dieu s'accompagne de « la sacralisation inconditionnelle de la vie et par
conséquent de la nature en général » 1. De plus, l'amour de Dieu est indétachable de l'amour
de ses créatures et le regain de Dieu s'accompagne également de la haine envers ses créatures.
Ainsi, l'amour voir la connaissance de la Nature ou Dieu qui est chez Spinoza la connaissance
intuitive, la connaissance du troisième genre confère joie et bonheur. Ce filon analytique se
retrouve également chez Naess.

En effet le sage norvégien défini la joie comme « une émotion à travers laquelle l'esprit
est censé atteindre une perfection plus grande » 2. Ainsi la connaissance du lien que l'homme
entretien avec son environnement est source de joie et de sobriété envers l'utilisation des
ressources de la nature. Au moyen du processus d'identification qui « désigne l’évolution,
résolument positive, par laquelle nous assimilons tout notre environnement pour nous fondre
en lui »3. L'identification dans l'écosophie de Naess est la condition sine qua non de
l'unification de l'homme au grand Soi écologique.

Par l’identification nous pouvons communiquer, sentir, festoyer et s’unir avec la terre,
nous pouvons comprendre la voie du vent, le crie de la terre, percevoir la joie qu’il y a dans
l’arbre au lever du soleil et sa tristesse au coucher du soleil. C’est justement pour cette raison
que « la perspective écosophique se développe par le biais d’une identification si profonde,
que l’ego personnel ne peut plus se contenir, le moi (self) dans leurs limites. Chacun
s’éprouve alors soi-même comme partie intégrante de toute vie » [Link] réalisation de Soi est
alors comprise comme l’élargissement du moi vers la nature, gage d’une altérité monde de
l’Être-ensemble. Ce processus est source de joie, d'empathie envers les organismes de la
nature. Comme le dit Naess, quand nous nous identifions à la nature «le bien-être des autres
nous inspire alors de la joie et leur malheur de la tristesse » 5. Il apparait clairement que
l'économie néolibérale qui détruit les réseaux écologiques et les corridors écologiques accroît
cette tristesse des écologues et les prives de la joie que procure la nature. La destruction des
communautés biotiques est alors source de tristesse.

1
Ibid., p. 313.
2
Ibid, p. 117.
3
Naess, A, Écologie joyeuse, op., cit., p. 118.
4
Op., cit ., p.278
5
Ibid., p. 279.

44
De plus chez Spinoza, le « divin interpénètre les choses de la nature » 1, il s'agit d'une
thèse panthéiste qui brille par l'imbrication de Dieu dans la nature. Le philosophe norvégien
fera de cette imbrication divine dans la nature un pilier majeur de sa philosophie de l'unité.
Dieu substance infinie, le macrocosme, imbriqué dans la nature signifie que chaque micro
organise reflète le tout qui est Dieu. Cette idée laisse transparaître le postulat de la mode de la
période moderne. Il s'agit du postulat selon lequel « le microcosme reflète le macrocosme » 2.
C'était justement ce qu'avait voulu démontrer Spinoza lorsqu'il présentait les manifestations
des attributs de Dieu dans chaque existant. Ceci voudrait dire qu'un être de la nature est le
reflet du divin, le grand tout. Cette idée apparaît également chez Arne Naess dans sa
philosophie gestaltiste.

Ainsi, d'après la philosophie gestaltiste, chaque élément de la nature est le reflet du


cosmos. L'homme, la fleur, un animal, chaque créature sans exception est le reflet de la
nature. Chaque existant est la nature en miniature. Par-là, il s'ensuit que « chaque fleur,
chaque entité naturelle ayant le caractère d'un tout, d'un gestalt ou exprime en quelque sorte
la globalité suprême »3. On le voit, il apparaît clairement que Naess est un spinoziste
invertébré dans la mesure où sa philosophie écologique est une relecture de Spinoza. Et c'est
justement pour cette raison que Naess voit en Spinoza le précurseur de l'écosophie ou encore
l'écologie profonde. Cette dernière étant en dissonance avec les principes de l'économie
néolibérale, il s'ensuit clairement que le projet de la mise à mort de cette économie reste et
demeure fondé chez Naess.

Toutefois, il reste loisible de noter que le sage norvégien interpelle les hommes à poser
des belles actions envers la nature et à user de la non-violence dans l’action écologique. Cette
interpellation laisse en filigrane une redevance kantienne et gandhienne dans l'armature
conceptuelle et philosophique de Naess. L'infusion de la morale kantienne et celle de la non-
violence de Gandhi dans l'écologie profonde constituera d'ailleurs l'épine dorsale du rejet
naessien de l'économie néolibérale qui charançonne de jour en jour les conditions
d'habitabilité de la terre.

3.2. De l'impératif catégorique de Kant à la non-violence de Gandhi : stimulus


de l'égalitarisme biosphérique de Naess

L’impératif catégorique selon Emmanuel Kant est ce qui représente « une action
comme nécessaire pour elle-même, et sans rapport à un autre but, comme nécessaire
1
Naess, A, Écologie joyeuse, op., cit., p. 89.
2
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p. 316.
3
Ibidem.

45
objectivement »1. Ceci voudrait dire que l'impératif catégorique pose l'action comme étant
purgée de tout intérêt. L'action est alors objective puisque désubstantialisé de toute forme de
penchant, d'intérêt et de motivation. Il apparaît clairement que l'intérêt érode la moralité de
l'acte. Cette philosophie propre à Emmanuel Kant, en conformité avec la morale de La
Rochefoucauld va constituer le socle granitique de la critique naessienne de l'économie
néolibérale qui donne plutôt la priorité aux intérêts individuels au détriment des intérêts
collectifs et écologiques.

En effet, dans Les fondements de la métaphysique des mœurs, Kant élabore les
maximes morales de l'agir humain. Ainsi selon lui, l'acte moral doit être universel et
désintéressé. Universel dans la mesure où elle doit être moralement bon partout sans
exception. Un acte moralement bon s'impose sans réticence, il crée l'accord des esprits. Ceci
voudrait dire que l'acte moral doit être en conformité avec les lois de la raison. Parmi ces lois
de la raison, nous avons le principe d'identité, le principe de non-contradiction, le principe du
tiers exclu et de la raison suffisante. La loi de l'identité stipule qu'une chose est égale à elle-
même et non à autre chose. Quant au principe de non-contradiction, il affirme qu'une
proposition ne peut pas être à la fois vraie et fausse en même temps. D'après le principe du
tiers exclu, une proposition doit avoir une seule valeur de vérité, soit la valeur vraie soit la
valeur fausse c'est-à-dire sans valeur intermédiaire. Quant au principe de la raison suffisante,
il affirme que tout ce qui existe à une raison ou une cause suffisante pour son existence, par
conséquent rien ne peut exister sans avoir une explication où encore une justification
rationnelle. Par ces quatre principes, il apparaît de toute évidence que la loi morale est
objective et universelle. Ainsi, Kant afin de purger l'acte morale de toute intérêts, il va
préconiser de fonder cet acte sur les principes de la loi morale qui se veut universelle et
objective. C'est justement pour cette raison qu'il affirme «Agis uniquement d'après la maxime
qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle».2 Ceci
voudrait dire que l'acte moral doit être universellement bon.

Selon Emmanuel Kant, la raison pratique se présente comme au fondement de l'acte


moral. Cette raison est ce qui permet aux hommes de distinguer le bien du mal et prendre des
décisions en accord aux principes moraux. Elle est commune à tous les hommes, c'est ainsi
que l'acte morale trouve son universalité. Ainsi, l'acte moral se révèle alors à la fois
nécessaire et universel.
1
Kant, E., Fondements de la métaphysique des mœurs, Paris, traduction Delbos, édition Les échos du Maquis,
2013, p. 44.
2
Ibid., p. 54.

46
Universel car elle repose sur les principes moraux communes à tous les hommes. Et
puisque les principes moraux exigent que nos actes puissent être érigés en règles universel, il
s'ensuit l'effectivité de l'universalité de nos actes moraux. Dans cette logique, la maxime qui
en découle est la suivante : « agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir
en même temps qu’elle devienne une loi universelle » 1. Ainsi, il apparaît aussi que l'impératif
catégorique n'est pas limité puise qu'elle se fonde sur les principes objectifs de la raison
pratique.

L'acte moral est donc nécessaire dans la mesure où il prend appui sur l’impérative
catégorie. Il s'agit de ce qui représente «l'action comme nécessaire pour elle-même et sans
rapport à un autre but, comme nécessaire objectivement». 2 Ainsi, il en découle que l'acte
morale tire sa nécessite de l'impératif catégorique qui est d'ailleurs une commande morale à la
fois absolue et inconditionnel. Cette morale, qui se limite dans le cadre de l'altérité
influencera Naess dans la mesure où l'acte moral est purgé de toute intérêt individuel, il
estime que cet acte peut « préserver la diversité de la vie sur la planète »3car il gomme tout
intérêt égoïste et individuel. Le sage norvégien va s'en servir pour critiquer les politiques de
l'économisme néolibéral qui accordent sans une priorité absolue aux intérêts individuels ou
détriment des intérêts collectifs et environnementaux. Kant, reconnaissant que l'intérêt érode
la moralité de l'acte moral, il va fonder la valeur morale aux antipodes des penchants égoïste.
Tout ceci en bon ton avec La Rochefoucauld qui déclarait d'ailleurs que « les vertus se
perdent dans l’intérêt comme les fleuves se perdent dans les mers » 4. Il en ressort ainsi que
l'intérêt inhibe la moralité de l'acte.

Naess dans le cadre écologique élargi la morale kantienne afin qu'elle puisse prendre en
charge les générations futures. Ainsi il prend dans le lexique de Kant la notion de belle action
qui se définit d'ailleurs d'après les Considérations sur l'optimisme ( 1759) de Kant comme «
un agissement qui, en plus d'être moral, serait totalement bienveillant et souhaite» 5. Ainsi,
toute démarche écologique se coiffe de bonne volonté et Naess ne tarde pas à confirmer cela
lorsqu'il affirme :« on dira d'une personne qu'elle a commis une belle action lorsqu'elle agit
avec bienveillance en vertu d'une inclination personnelle » 6. Ainsi, l'acte bienveillant envers
la nature, contraste avec la conception hostile de la nature. Également il rame à contrecourant

1
Ibidem .p. 54.
2
Ibid. p. 44.
3
Naess, A, Vers l’écologie profonde, op., cit., p. 190.
4
La Rochefoucauld, les maximes(1665), Paris, édition Flammarion, 1994, p.110
5
Mathilde.R, Écologie profonde, que sais -je ,op,citations,p.12
6
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p.149.

47
de la conception de la nature comme ressources économiques et s'oppose de ce fait à tout
dualisme homme-nature. Au contraire, l'acte bienveillant n'est possible dans le cadre
écologique que lorsque la nature est perçue comme quelque chose de grande valeur, et donc
nous sommes appelés à aimer et préserver avec joie, sans contraintes ni intérêt économique
en arrière-plan. L’hypocrisie écologique n'a donc pas droit d'être citée dans le registre de
belle action dans le cadre de l'écologie chez le sage de Tvergastein. Il n'utilise pas milles mots
pour le déclarer cela. Il affirme d'ailleurs qu'une belle action, bienveillante envers la nature
est :

Ce qui se passe lorsque l'environnement n'est pas considéré comme quelque chose d'étranges et d’hostile,
auquel on doit péniblement s'adapter, mais comme ça une chose de grande valeur que nous sommes
enclins à traiter avec joie et respect et dont nous sommes enclins à tirer parti pour satisfaire nos besoins
vitaux1.

Dans cette logique, il s'établit alors une nouvelle forme d’impératif catégorique, lequel
n'est plus seulement antropocentré comme pour Kant, mais plutôt écocentré, c'est à dire
fonder sur la préservation des conditions d'habitabilité de la vie sur terre. Ce nouvel impératif
catégorique a d'ailleurs été formulé par le bio-conservateur Hans Jonas.

Pour le philosophe allemand, la vulnérabilité de la nature invite l'homme à inclure dans


ses choix la possibilité de viabilité des générations futures. Ceci revient à dire que nos choix
doivent converger vers la préservation de l'existence de la vie sur terre. Il apparaît que
l'homme n'a pas « le droit de choisir le non-être des générations futures à cause de l'être de la
génération actuelle et que nous n'avons pas le droit de le risquer » 2. Dans cette perspective
trans-générationnelle, le nouvel impératif s'illustre comme suite « agis de façon que les effets
de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur
terre »3. Par-là, il en ressort en filigrane qu'il y a élargissement de la responsabilité. Elle cesse
d'être d'un cadre restreint pour s'étendre au non être. L'homme acquiert de ce fait une
responsabilité lignager, trans-générationnelle et écocentrique. Dans cette logique, la
responsabilité inclus dans l'action humaine le bien-être des générations futures.

De plus, Naess puise dans la philosophie Kantienne un élément primordial qu'il va


étendre à l'échelle des organismes non-humain à savoir la dignité. En effet, pour Kant,
l'homme est une fin en soi, c'est à dire un être qui possède une valeur non instrumentale.
Ainsi, avec Kant, l'homme apparaît comme un être de dignité en ceci du fait qu'il est un être
1
Ibidem
2
Hans J., Le principe responsabilité, Paris, édition Flammarion, 1995, p.40
3
Ibidem

48
raisonnable. La sacralité et la dignité de la personne humaine est un fait avéré et objectif. La
maxime kantienne brille alors par son positionnement, lequel fonde l'homme comme un être
de dignité, une fin en soi. Kant affirme d'ailleurs « agis de telle sorte que tu traites l'humanité
aussi bien dans ta personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et jamais
simplement comme un moyen »1. Il apparaît alors que l'homme a une valeur intrinsèque
inaliénable et hors des prix. Naess va transposer cette maxime dans le contexte écologique
pour en conférer une dignité aux animaux, au regard de l'égalitarisme biosphérique qui existe
entre les hommes et la nature. Cet élargissement de la maxime kantienne dans le contexte
écologique chez Naess va se ressentir sur sa critique de l'exploitation des ressources
naturelles et des êtres vivants pour des fins purement économiques. C'est là où Naess
rencontre la tradition l'ayant précédée tout en marquant sa différence. Il ne limite pas la
morale dans le cadre anthropologique, il l'étend dans l'écosphère pour y former une nouvelle
maxime. Cette maxime s'illustre comme suit : « toute vie a une valeur intrinsèque, et cette
réalité devrait sous-tendre toute nos actions et toutes nos réalisations » 2, renchéri par son
disciple comme suit : « aucun être vivant, aucun fleuve, aucun bois de notre monde ne peut
être traité simplement comme une ressource » 3. Il apparaît clairement que l'écologie profonde
puise dans la philosophie Kantienne des principes moraux pour en élargir au cadre
écosphérique. Désormais, le nouvel impératif catégorique écosphérique, se révèle humanisant
car il plaide pour la préservation de l'équilibre écologique et s’oppose aux principes de
l'économie productiviste et consumériste qui domine actuellement le monde. Toutefois, Arne
Naess préconise le recours à la non-violence dans l'action écologique. Le recours à la non-
violence laisse transparaître une redevance de la philosophie de Gandhi dans l'armature
écologique du sage norvégien.

La force morale de la non-violence de Mahatma Gandhi va bouleverser les rapports


intersubjectifs. Désormais l'usage des armes et la violence dans la résolution des litiges vont
devenir caducs avec le politicien Gandhi. Le pacifisme s'installe avec ce dernier comme
moyen de résolution des litiges. Le dialogue devient de ce fait l'arme stratégique,
géostratégique et diplomatique. Comme le martel le philosophe de Tvergastein, « Gandhi fut
le génie de la non-violence »4. Le recours de l'homme politique indien à la non-violence va
influencer le philosophe norvégien à mieux assoir sa philosophie de l'égalitarisme
biosphérique, qui est d'ailleurs aux antipodes du néolibéralisme.
1
Kant, Fondements de la métaphysique, op., cit., p. 66.
2
Naess, A, Vers l’écologie profonde, op., cit., p. 191.
3
Mathilde, Écologie profonde , Que sais-je, op., cit., p13
4
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p. 309.

49
En effet, la non-violence de Gandhi était à la fois une philosophie de l'ouverture de soi
au monde. L'armature axiologique du père du mouvement de la non-violence était sur un roc
spirituel à savoir le bouddhisme. Cette religion se définit comme « le chemin juste, parfait,
éclairé qui conduit même à l'essence des choses, il est la raison absolue se réparant de toutes
fausses conceptions différenciés, révélées par les éveillés eux-mêmes » 1. Par-là, on comprend
que le bouddhisme est une religion qui conduit à la connaissance intime et profonde des
choses. Selon cette religion, « le chemin de l'action (Karmamarga) conduit le ( Kamayogi) à
entre en contact avec toutes les créatures[...] tel est le chemin que suivit Gandhi » 2. Ceci
voudrait dire que le chemin de la délivrance, et de l'altérité passe par la connaissance de soi
pour s'élargir aux autres. Cette connaissance de soi est corolaire de la connaissance de l'autre
puisqu'il est son alter ego. En clair, la connexion avec le monde passe par une paix intérieure.
Cette harmonie intérieure se reflète de l'extérieur par la paix, le dialogue, le pacifisme et la
non-violence. Or avec l'économie néolibérale, cette paix envers ses semblables à foutu le
camp et désormais les relations interindividuelles sont régies par les intérêts «
éconocratiques». Dans ce contexte, la violence, la barbarie, et le recours aux armes sont
devenues très commodes. Ce recours à la violence est tributaire de la guerre concurrentielle
qu'engendre l'économisme. Il s'agit d'une guerre de tous contre tous. Il semblerait que
l'économie néolibérale à fait rebours à l'état de nature belliqueux de Thomas Hobbes où
régnait d'ailleurs un état outré d'insécurité permanent. Cette lutte acharnée que sous-tend
l'économisme ambiant se révèle à la fois nocive pour la cohésion sociale et écosystémique.

Sur le plan social et écologique, le recours à la violence engendre l'entropie sociale,


l'effritement du lien social et fait impasse au vivre-ensemble harmonieux. Ce brouillard du
vivre-ensemble par l'usage instinctif des armes catalyse une course frénétique vers les
armements. Puisque l'usage de l’armement est curatif de la guerre. Il apparaît alors que « la
guerre est père de tout, roi de tout » 3 dans l'économisme néolibéral. Cette course frénétique
engendre une désubstantialisation des droits des animaux. Ces derniers passent pour ainsi dire
en objet expérimental des armes bactériologiques et chimiques. Ceci voudrait dire que la
course aux armements se drape des oripeaux écocidaires. Comme le remarque d'ailleurs le
philosophe de Tvergastein, « aujourd'hui, la course aux armements soutient [...] l'utilisation
abusive des millions des mammifères à des fins expérimentales dans les domaines de
l'armement, de la radioactivité, de la guerre chimique » 4. Or la non-violence de Gandhi ne
1
Les bases fondamentales du Bouddhisme Mahayana, tome 1&2. pp.14-15.
2
Op., cit., p.307.
3
Heraclite, Fragments, Genève, Traduction de Paul Tannery, édition Arbre d’Or, 2006, p. 28.
4
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p. 330.

50
saurait alimenter ni cautionner un tel phénomène d'extermination des mammifères, au
contraire, elle rapprocherait d'avantage les hommes avec les animaux de sorte que les deux
puisse former une communauté biotique. C'est justement pour cette raison que Naess voit en
Gandhi le défenseur de la réalisation de soi de tous les êtres vivants.

Le sage Indien croyais fortement à l'advata c'est à dire à la non-dualité. Il était un


partisan du monisme. Ce dernier se définit comme :

Tout système philosophique qui considère l'ensemble des choses comme réductible à l'unité, soit au point
de vue de leur subsistance, soit au point de leur subsistance, soit au point de vue des lois (logiques ou
physiques) par lesquelles elles sont régies soit en fin au point de vue morale1.
En d’autres termes, le monisme affirme l'unité symbiotique des existants. Ceci
voudrait dire que Gandhi croyait en l'unité fondamentale de tous les êtres en dépit de leurs
disparités.

Selon lui, l'égalité des tous les hommes est un fait avéré indiscutable. Cette égalité
anthropologique part du fait que tous les hommes ont pour attribut ontologique la raison, la
respiration de l'air pour vivre, et partage la terre comme seul maison commune. Et Gandhi
étant cette égalité plus large. Il affirme l'égalité homme-nature, en partant du principe que
tous les existants ont en commun la planète terre pour seul maison commune, partant de cette
logique, toute vie à droite à une dignité inaliénable. Puisque tous les existants forment une
seule communauté biotique. Gandhi se présente alors comme un écocentriste invertébré de
par l'égalitarisme biosphérique que sous-tend sa vision du monde. Comme le dit d'ailleurs
Naess, « Gandhi a mis en lumière la relation qui existe entre la relation de soi, la non-
violence et ce qui a parfois été appelé l'égalitarisme biosphérique » 2. C'est justement pour
cette raison que le père de la non-violence reconnaissait à tous les êtres un droit absolu à la
dignité et au respect. C'est dans ce sillage que Naess forgera son prince d'égalitarisme
biosphérique, en consonance à celle de son maître Gandhi.

Pour le disciple de Gandhi, l'égalité homme-nature que sous-tend le principe


d'égalitarisme biosphérique confère respect et dignité à tous les organismes non-humains.
Ceux-ci en étant des êtres-monde comme les bourgeoises de la société néolibérale, ils
méritent d'être traités à leur juste valeur. La communauté biotique que forment tous les
existants brille alors avec Naess par un monisme invertébré. Ce monisme contraste avec la
bipolarité cosmique néolibérale qui affirme par contre l'inégalité biosphérique. Cette thèse
présente un potentiel danger pour la survie des équilibres écologiques car elle prête le flanc
1
Lalande, A, Vocabulaire technique et critique de philosophie, op., cit., p.648.
2
Naess, A, Réalisation de Soi, op., cit., p.90.

51
au génocide écologique en ceci que « l'affirmation selon laquelle une forme de vie comporte
une plus grande valeur intrinsèque qu'une autre conduit parfois à penser que cette forme de
vie à le droit d'agresser et de tuer les êtres qui sont à sa merci » 1. Il apparaît clairement que
l'inégalitarisme biosphérique engendre les excentricités écologiques.

Dans l'optique de faire impasse à ce carnage interspéciste, le sage norvégien campe


pour l'égalitarisme biosphérique dans l'optique de préserver le vivre-ensemble harmonieux
homme-nature. Ce couplage symbiotique des humains avec leurs environnements se révèle
comme l'antidote de l'économie consumériste qui altère et en désubstantialisant le vitalisme
de la nature. C'est justement pour promouvoir la cohésion biotique que « Gandhi admettait
donc que n'importe qu'elle être auquel on puisse reconnaître des intérêts, des droits et besoins,
à un droit élémentaire à la vie, à l'auto-accomplissement et à la réalisation de soi au sens large
»2. Par-là, il apparaît clairement que Gandhi est le créancier conceptuel du vocable réalisation
de soi de Naess. Et ce dernier à une redevance conceptuel envers son maître. La philosophie
de ce dernier n'étant que le reflet du mysticisme bouddhiste au regard des similitudes inouïes
qu'elle présente avec cette religion.

En effet, la religion bouddhiste est perçue comme l'écologie avant la lettre. Cette
religion brille par une conception du monde qui vibre en phase avec l'écologie moderne. Le
bouddhisme affirme l'interdépendance et l'imbrication de tous les êtres vivants tout en
reconnaissant a l'homme une responsabilité écologique et trans-générationnelle. Dans cette
logique, cette religion contraste inexorablement avec la maltraitance animalière, à la chasse et
à la vivisection car pour le bouddhisme, un animal possède une âme. Le simple fait pour un
organisme non-humain d'en posséder une âme le confère une sacralité et une dignité avérée.
Comme le remarque d'ailleurs Jean-Marie Pelt, « le bouddhisme campe donc sur une position
forte : un respect absolu de la vie, de toute vie et la condamnation de toute violence envers
quiconque »3. Cette religion, en reconnaissant une dignité et un respect absolu à la vie se
coiffe des valeurs écologiques. Elle se situe de ce fait aux antipodes de l'écologie
superficielle, laquelle brille par son hiérarchisation des degrés de sacralités de vie

Dans cette forme d'écologie, la vie qui est digne de tout respect est celui de l'homme en
tant qu'il est au sommet de l'échelle des valeurs, est porteur d'une âme et est façonné à l'image
de Dieu. Au bas de l'échelle se trouve alors des organismes non humains qui vont jusqu’aux
espèces inorganiques. Ceux-ci n'ayant qu'une dignité relative. Cette thèse est en déphasage
1
Naess, A, Écologie communauté et style de vie, op., cit., p. 268.
2
Op., cit., p.99.
3
Jean-Marie Pelt, Steffan. F, Nature et Spiritualité, op., cit., p.79.

52
avec Naess, qui puise en Gandhi une conception tout à fait écologique de l'homo sapiens. Il
entretient avec les autres êtres un lien d'interdépendance et porte en lui la charge de veiller au
bien-être des autres formes de vie. L'homme avec Naess acquiert une responsabilité
planétaire. Ceci voudrait dire que dans l'écologie de Naess, laquelle est en bon ton avec la
non-violence de Gandhi, il y a dilatation de l'égo au profit de l'ouverture aux autres êtres.

Il était question de présenter les sources de la crise écologique actuelle, impulsée par
l’économie néolibérale. Il en ressort premièrement avec Arne Naess que cette crise
écologique ne tire pas ses racines dans l’économie antique et moyenâgeuse car durant ces
moments de l’histoire, l’économie était une entreprise normative soucieuse des questions
écologiques. Mais au cours de son émancipation à la période moderne, elle s’est détournée
des questions écologiques, ce qui a conduit à la mise à prix de la nature. C’est de là que
s’origine les racines de la crise écologique actuelle. Deuxièmement, il en ressort que le
productivisme impulsé par les mutations scientifique et techniques du XIXème siècle et
l’essor des nouvelles technologies du XXème siècle ont largement contribué à l’avènement
de l’économie néolibérale mais aussi ont amplifié la monétarisation de la nature tout
détériorant encore plus les écosystèmes. En fin, on retient que le rejet d’Arne Naess de
l’économie néolibérale vers l’adoption de l’économie des communautés repose sur les bases
philosophiques de ses devanciers à savoir Baruch Spinoza, Emmanuel Kant et Mahatma
Gandhi. Les philosophies de ces auteurs constituent le roc philosophique de l’écosophie
d’Arne Naess qui brille par le rejet de l’économie néolibérale en faveur de l’économie des
communautés qu’il estime le mieux outillé à lutter efficacement contre la crise écologique
actuelle amplifié par l’économie néolibérale.

53
DEUXIÈME PARTIE : DU REJET NAESSIEN DE L’ÉCONOMIE
CONSUMÉRISTE/PRODUCTIVISTE AUX CONSÉQUENCES
FÂCHEUSES SUR L’ÉCOLOGIE À L’APPROBATION DE
L’ÉCONOMIE DES COMMUNAUTÉS

Dans cette deuxième partie de notre réflexion, il sera question de présenter les mobiles
qui poussent Naess à pointer du doigt l'économie néolibérale d'être responsable de
l'aggravation de la crise écologique ainsi que les solutions pratiques que Naess proposent
pour lutter efficacement contre cette crise écologique aggravée en partie par l'économie
néolibérale. Ainsi, dans notre premier chapitre, il sera question de présenter les modes de
production de l'économie néolibérale d'être responsable de l'accélération de la crise
écologique actuelle au regard de sa surproduction qui appauvrissent systématiquement le
capital naturel et son système de production qui gomme la valeur intrinsèque de la nature
pour n'accorder qu'une valeur monétaire, extrinsèque.

54
Dans notre deuxième chapitre, il sera question de présenter en quoi le consumérisme de
l'économie néolibérale à participer à l'aggravation de la crise écologique. Le consumérisme
de l'économie néolibérale qui fait de la surconsommation des ressources naturelles et la
promotion du haut niveau de vie écocidaire son credo, participe à l'accélération de la crise
écologique actuelle.

Dans notre troisième chapitre, il sera question de présenter l'économie des


communautés que nous propose Arne Naess basée sur un idéal économique de simplicité des
moyens et la richesse des fins, une économie écocentrée et anthropocentrée comme le modèle
économique plus apte à lutter efficacement contre la crise écologique et à réconcilier l'homme
avec la nature, gage de l'équilibre des écosystèmes.

Chapitre IV : Du productivisme écocidaire de l’économie néolibérale


comme accélérateur de la crise écologique

Arne Naess déplore le caractère anti-écologique et insensible des modes de productions


de l’économie néolibérale. Il estime que ces modes de productions se fondent par-delà les
considérations écologiques. Elles participent à l’aggravation de la crise écologique toute en
précipitant l’humanité dans le chaos écologique. Ce système au moyen de son productivisme
écocidaire a fini par transformer la planète en four géant économique fonctionnant à plein
temps.

55
4.1- De l’aggravation de la crise écologique actuelle au moyen d’un sur productivisme
ostentatoire de l’économie néolibérale

Selon Arne Naess, l’économie néolibérale n’est pas à même de garantir le bien-être à
long terme des humains ni encore moins ceux des organismes non-humains dans la mesure où
elle secondarise le bien-être de l’humanité à la rentabilité monétaire. Le système économique
ambiant brille par sa course frénétique vers la satisfaction des besoins hypertrophiques du
marché. Par cette quête, elle pressurise les ressources naturelles. Elle est responsable de
l’aggravation de la crise écologique actuelle. Ce système qui repose sur la mondialisation a
pour analyseur du bien-être le Produit Intérieur Brute (PNB). Or pour le sage norvégien, le
Produit National Brut qui renvoie d’ailleurs à la quantité des matières premières qu’un État
exporte au marché mondial n’est pas l’indicateur adéquat du niveau de bien-être d’un État.
Elle catalyse plutôt l’érosion massive de la biodiversité car elle fonde la richesse d’un pays
dans la quantité des ressources naturelles exporté au marché mondial. Dans cette logique, il
s’ensuit une légitimation de la surexploitation et la surproduction dans la mesure où le pays
économiquement le plus riche est celui qui détient un fort PNB. Ce dernier se présente alors
comme un paramètre neutre pour le père de l’écologie profonde, qui ne traduit par réellement
la qualité de vie d’un pays. Selon lui, « le PNB est, en un certain sens un paramètre
axiologiquement neutre, une mesure d’activités ne fournissant pas d’indication sur la valeur
des activités concernées, ni sur la valeur de ce qui est créé » 1. L’économie néolibérale en
fondant la croissance économique sur le PNB se drape pour ambition la quête vertigineuse de
la croissance économique par-delà les limites écologique de la planète mais encore par-delà le
niveau d’épuisement des ressources naturelles.

Le système économique actuel par « sa recherche acharnée et déshumanisante du profil


»2 a fini par transformer la planète en four géant économique fonctionnant à plein temps. La
planète est ainsi prise en otage par l’économie néolibérale, qui brille par une dictature du
marché. Par cette marchandisation irrationnelle des ressources naturelles, le constat s’établit
de toute évidence que « les sociétés humaines se transforme aujourd’hui à un rythme
alarmante »3 dans la mesure où on pressure les ressources du sol pour alimenter la machine
économique. Le leitmotiv de l’économie ambiante est la satisfaction des besoins du marché,

1
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., pp. 185-186.
2
Naess, A., Pour l’écologie joyeuse, op., cit., p.3.
3
Naess, A., Vers l’écologie profonde, op., cit., p. 191.

56
laquelle satisfaction débouche sur l’accélération des exportations des matières premières à
l’étranger.

Le PNB, étant l’analyseur de la richesse économique des États selon le paradigme


néolibérale accélère inéluctablement une course frénétique des Pays vers la concurrence
économique. Cette dernière infléchie alors une surexploitation et une surproduction des
ressources naturelles par les pays à l’effet de ne pas perdre son prestige économique. Pour le
père l’écologie profonde, cette accentuation de la productivité par les États pour accroître
leurs exportations fait recours aux moyens de productions hors normes écologiques qui se
révèlent à la fois catastrophique pour la sécurité alimentaire mais également écologique. Dans
le domaine agricole, il s’agit de l’agriculture intensive dont on dénote l’usage gabegie des
pesticides, fertilisants chimiques. Raymond Matand Makashing a d’ailleurs fait ce constat
lorsqu’il affirme sans réserve que :

L’agriculture moderne s’accompagne aussi de l’usage des substances chimiques qualifiées d’herbicides,
pour la lutte contre les végétaux indésirables, c’est-à-dire contre les plantes parasites ou compétitrices des
plantes cultivées. Cet emploi des substances chimiques herbicides est responsable de la destruction des
communautés végétales et de la raréfaction des espèces particulières. Les effets de cet usage sont encore
plus graves dans les milieux aquatiques, étant donné que les eaux courantes transportent les substances
toxiques loin de leur lieu de déversement.1

Par-là, il apparaît clairement que l’accroissement de la production au moyen du recours


des substances chimiques s’accompagne d’un massacre écologique. Tout ceci atteste avec
véracité les travers de la surproduction sur la biodiversité, nourrit par le désir de
ravitaillement du marché mondial qui est d’ailleurs insaisissables. L’homme de par le
productivisme à outrance, levier puissant de l’économie néolibérale accroître en insensibilité
écologique. De manière apodictique, « le PIB est indifférent aux inégalités sociales, aux
dommages subis par l’environnement, à la détérioration de la santé des populations » 2. C’est
justement en raison de cette négligence des effets de l’accroissement du Produit Intérieur
Brute sur l’environnement dans le système économique néolibérale que Naess articule
frontalement sa critique.

Le système économique néolibéral fait de la croissance du PNB l’indicateur du bien-être


des individus, et pourtant le Produit National Brute renvoie seulement à la quantité des
matières premières produites et exportés vers le marché mondial, et ne tient pas compte du
niveau du bien-être ou du bonheur qu’éprouvent les individus d’un milieu donné. Comme le
1
Matand Makashing, R., Michel serres, Hans Jonas, Edgar Morin et l’écologie profonde, Paris, édition
L’Harmattan, 2020, p. 35.
2
Barra, M, Hutinet, L et Le cuir, G., Économie et biodiversité : produire et consommer sans les limites de la
biosphère, op., citp. p. 66.

57
souligne Naess, « le PNB tend à être traité comme s’il signifiait qualité de vie nationale brute,
plaisir national brut, bonheur national brut ou perfection nationale brute» 1. Or la qualité«
s’entend en référence à une vie riche en émotions positives, à une vie faite de joie » 2, elle
implique les conditions de travail, de santé, l’éducation, si les personnes sont heureux ou pas.
Contrairement au niveau de vie qui renvoie aux conditions de vie matérielle, c’est-à-dire dire
la quantité des biens et services que consomme un individu où une population dans un milieu
donné. Par-là, il apparaît de toute évidence une confusion du bien-être et le niveau de vie
dans l’économie néolibérale. Cette confusion engendre une productivité demeurée nourrit par
le projet d’« accumulation où capitalisation des biens » 3. Le système économique actuel en
faisant du PNB l’indicateur du bien-être des individus se drape alors des gènes écocidaires
dans la mesure où elle encourage une « exploitation sans limite des ressources naturelles ».
De toute évidence, l’idéologie néolibérale participe à l’aggravation et à l’accentuation de la
crise écologique actuelle dans la mesure où elle fonde le bonheur dans l’opulence et la
possession des biens matériels.

De plus, l’économie néolibérale dans son élan de productivité hors norme écologique
infléchi en l’homme une agressivité barbare envers la nature. Il s’agit de l’antipathie propre à
l’homo œconomicus du système néolibérale qui brille d’ ailleurs par le recours des
technologies lourdes dans la chaîne de production. Ces technologies multiplient la
maltraitance, l’aspérité de la nature. Ceci laisse transparaître que « nôtre rapport
fondamentale avec les objets se résume dans la guerre et la propriété » 4. Cette aspérité des
hommes envers la nature est tributaire de l’imbrication de l’économie néolibérale dans la
mentalité de l’homme contemporain. Ce qui revient à dire que l’économie néolibérale a eu
pour effet l’émasculation de la sensibilité et de l’empathie voir la compassion de l’homme
envers la nature. Cette remarque est d’ailleurs perceptible chez le sage norvégien lorsqu’il
affirme que « les interventions brutales des êtres humains dans la nature sont le reflet de leur
activité économique »5. Ceci signifie que l’activité économique actuelle qui brille par la
course acharné vers la productivité campe pour l’autodestruction des équilibres écologiques.
Ce filon analytique transparaître de façon invertébré chez le bioéthicien camerounais André
Liboire Tsala Mbani.

1
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 186.
2
Ibid. p. 144.
3
Obadia, L., La marchandisation de Dieu : l’économie religieuse,Paris, édition CNRS, 2013, p. 109.
4
Serres, M., Le contra naturel, Paris, édition François Bourdin, 1990, p. 58.
5
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 209.

58
En effet, pour le bioéthicien camerounais, la course frénétique à la productivité auquel
se livrent les pays industrialisés se fait en marche de toute les normes écologiques. Cette
course détruit drastiquement les équilibres écologiques de par l’émission gabegie des gaz à
effet de serre qu’elle engendre. La course frénétique de la productivité se révèle alors
catastrophique pour la survie indéfinie de l’humanité. Comme le dit d’ailleurs André Liboire
Tsala Mbani :

La course à la productivité à laquelle se livrent les pays les plus industrialisés du monde, en tête desquels
les États-Unis d’Amérique, qui se révèlent être le plus gros pollueur de la planète, se fait aux dépens de
l’environnement du fait des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui dégradent l’atmosphère un peu
chaque jour.1

Il résulte de ce constat fait par le bioéthicien camerounais que la course frénétique à la


productivité qui est le credo de l’économie néolibérale accroître la vulnérabilité de la nature
et accélère la crise écologique actuelle. Cette course frénétique de la productivité impulse un
système de production qui nécessite le recours aux technologies lourdes. Il s’agit la
production de masse.

Cette dernière « désigne un système de production qui repose sur le machinisme, la


standardisation et la production en grande série »2. En effet, la production de masse au
moyen des technologies lourdes présente plusieurs effets qui sont catastrophiques pour
l’environnement. Premièrement, elle nécessite l’usage des énergies fossiles, qui sont connues
pour leurs effets nocifs sur la pollution. Deuxième, elle détruit les fonctions écologiques de
par la transformation morphologique qu’elle apporte au sol. Par cette analyse, il apparaît que
la production de masse sous-tendue par l’usage des technologies lourdes catalyse l’érosion
accéléré de la biodiversité. Naess condamne ce modèle de production au regard des effets
nocifs qu’elle apporte à l’écologie. Il déclare dans ce sens que « la technologie de
production de masse est-elle-même violente, nuisible du point de vue écologique,
abrutissante pour l’esprit humain et enfin de compte autodestructrice en raison de sa
consommation des ressources non renouvelables »3. On comprend avec le sage norvégien que
la production de masse par le biais des technologies lourdes est à la fois dommageable pour
l’environnement mais pour l’homme également. Ceci signifie alors que l’économie
néolibérale, auquel règne sans partage le système de production de masse, faisant recours aux
grandes machines accélère de ce fait l’aggravation de la crise écologique actuelle.

1
Tsala Mbani, A, Les défis de la bioéthique à l’ère éconofasciste : décryptage d’une prise en otage par des
intérêts économico-idéologiques, op., cit., p.61.
2
Beitone, A, Cazorla, A et Hemdane, E., Dictionnaire de science économique, op., cit., p. 489.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 166.

59
En outre, ces machines détruisent le sol. Les machines agricoles remodèlent le sol et
détruisent plusieurs fonctions écologiques. L'usage des pesticides participe à la destruction
des insectes qui ont plusieurs fonctions biologiques et écologiques et veille à l'équilibre
écologique. Cette disparition des espèces animales voire végétales trouble la chaîne
alimentaire et détériorer davantage les sols. Comme le dit Arne Naess, « toutes les choses
sont liées entre elles »1, ainsi, disjoindre un élément du système conduit inéluctablement à la
crise écologique. Il s'ensuit de cette analyse que la surexploitation de la nature par l'usage des
produits chimiques participe à l’aggravation de la crise écologique. Et l'usage des techniques
pour l'accroissement de l'économie qui marque la tournure, l'envol du néolibéralisme
s'accompagne d'une grande pollution de l'atmosphère, ce qui voudrait dire que le couplage de
la technique et l'économie pour accroitre le progrès du néolibéralisme est dommageable pour
l'atmosphère car cette union entraîne une grande émission de gaz à effet de serre dans
l'atmosphère ce qui débouche à une série de perturbations écologiques majeures. Ainsi, les
progrès technologiques catalyseurs et leviers puissants de la mondialisation néolibérale en
accroissant le commerce mondial accroît également la détérioration et la pollution de
l'environnement. Ce constat n'a pas échappé à Sunon Retallack et Ladan Sobhami qui
affirment :

La multiplication par quinze du commerce mondial, induite par l'ouverture des marchés au libre-échange
et à l'investissement, a de toute évidence entraîné une forte croissance de la demande globale en
combustibles fossiles. La consommation de plus d'un huitième du pétrole produit dans le monde est
imputable au transport des marchandises. Notre climat se trouve dangereusement déstabilisé par
l'émission de gaz à effet de serre provenant de ce carburant.2

Subséquemment, on retient que l’accroissement du commerce mondial accéléré par la


mondialisation néolibérale a entraîné un rejet massif des émissions de gaz à effet de serre
dans l'atmosphère, ce qui pousse davantage la planète au bord du gouffre écologique

Par ailleurs, l’économie néolibérale est responsable de l’aggravation de la crise


écologique actuelle de par son brouillage des valeurs intrinsèques. En effet, cette économie ne
reconnaît aux choses qu’une valeur marchande. Elle « fait du pillage de la nature la règle de
vie de la société »3. Ce pillage est d’autant plus porté par le projet du productivisme à faire
passer les intérêts individuels au déçu de ceux de la collectivité. Il va s’en dire que
l’économie néolibérale s’inscrit dans le registre propre de l’individualisme qui débouche sur
la secondarisassions du bien-être de la planète aux intérêts économiques. La nature est ainsi
1
Naess , A , Ramadier , M , Pour une écologie joyeuse , Paris , édition acte sud , 2017 , p88
2
Retallack et Ladan Sobhami, « Mondialisation et changement climatique », Le procès de la mondialisation
op., cit., p.379.
3
Grégory, S., Qu’est- ce que le crime environnementale ? op., cit., pp. 22-23.

60
prise en otage dans la spirale de la bourrasque néolibérale. Gregory Salles illustre d’ailleurs
cette spirale écocidaire propre au système néolibéral.

Ce dernier dresse le parcours d’une économie circulaire aux élans écocidaire, qui va du
système de production en passant par la mise en vente du produit, jusqu’à sa transformation
et son utilisation pour parachever avec sa mise hors cours. Il s’agit du parcours des appareils
électroniques de la société économique du tout jetable propre au système néolibéral. Ce cycle
écocidaire propre à l’économie marchande néolibérale s’illustre comme suit : « J’achète un
téléphone portable en France et ce faisant, j’ai exploité des mineurs du Congo, détruit des
forêts primaires de la Papouasie, enrichi des oligarques russes, pollué des nappes phréatiques
chinoises, puis, douze à dix mois plus tard, j’irais déverser mes déchets électroniques au
Ghana ou ailleurs »1. Cette chaîne atteste clairement que le système économique actuel est
dénué de toute sensibilité écosphérique. Il s’agit d’un système économique propre au climato-
septique, c’est-à-dire à ceux qui pensent que la crise écologique est un mythe. Ce boucle
écocidaire propre à l’économie ambiante est hostile à toute idée de changement d’idéologie
où même de modération car les tenants de cette idéologie productiviste et consumériste,
estiment qu’il n’est pas nécessaire de « s’opposer à la poursuite de la croissance économique
dans les pays industrialisés »2, par conséquent, aucune perspective de changement n’est
envisageable.

Le système néolibéral est de ce fait un système clos, réfractaire à toute idéologie de la


décroissance. Il s’agit d’une croissance économique qui rythme en opposition de phase avec
l’épanouissement des organismes non-humains. Elle fait du bonheur des uns le malheur des
autres. Face aux inégalités qu’engendrent la croissance économique actuelle, le père de
l’écologie profonde conclut sans réserve que « la croissance économique, telle que la
conçoivent et la pratiquent aujourd’hui les pays industrialisés est incompatible avec » 3
l’épanouissement des formes de vie non-humaines sur terre. Puisque l’idéologie néolibérale
rame à contre-courant de l’épanouissement des organismes non-humains, il est alors tout à
fait légitime pour Arne Naess de s’insurger contre un tel système économique qui secondarise
le bien-être des générations actuelles et future aux intérêts mercantocratiques actuels. On ne
peut que constater que l’humanité court tout droit vers la ruine certaine si rien n’est fait.
Michel Serres n’a d’ailleurs pas manqué de faire ce constat effarant du glissement de

1
Ibid. p. 22.
2
Op., citp., p. 164.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.64.

61
l’humanité vers l’Armageddon écologique causé par nos modes de productions anti-
écologiques.

En effet, le père du contrat naturel constat macabrement l’instauration d’un rapport de


propriété entre l’homme et la nature par le système de production néolibérale. Ce rapport de
propriété est tributaire de la guerre homme-nature qui s’observe dans la société actuelle. La
nature se comporte déjà comme un sujet au regard des coups saillants que l’infligent
l’homme. Ce dernier est désormais le bourreau de son propre habitacle. Au moyen d’une
productivité à la fois inhumaine et écocidaire, il a fini par éroder, effriter et dégrader son
environnement. Il va s’en dire que la survie de l’humanité ne tient qu’à un fil. Michel Serres
déclare fort à propos que « la croissance de nos moyens rationnels nous entraine, à une
vitesse difficile à estimer, dans la direction de la destruction du monde qui, par un effet en
retour assez récent, peut nous condamner tous ensemble, et non plus par localité à l’extinction
automatique »1 . On comprend par-là que le productivisme précipite rapidement l’humanité
dans le chaos. Pour éviter l’irréparable, le sage norvégien nous recommande un mode de
production écologiquement responsable, loin du système de surproduction qui conduit au
gaspillage des ressources naturelles. Il s’agit de la « production de ce qui est utile »2, de ce
qui répond véritablement à nos besoins nécessaire. Cette perspective vise à extirper la manie
du gaspillage propre au système économique actuel qui s’origine dans le productivisme
abusif.

La chaine économique actuelle dans son élan perpétuel d’accroissement du capital


laisse transparaitre une forme d’hostilité à l’égard de tout changement. La seul priorité est la
poursuite acharné et inhumain de la croissance économique. Il ressort de cette course
économique qu’il n y a aucune perspective de changement positifs, mais au contraire,
l’accroissement de la monétarisation de la planète. Le père de l’écologie profonde a d’ailleurs
raison lorsqu’il affirme que « la croissance économique, telle qu’elle est aujourd’hui conçue
et mise en application pas les États industriels est incompatible avec »3 des politiques
économiques vertes. Par cette affirmation, nous pouvons conclure en connivence avec Naess
que « tant que des changements profonds n’auront pas été réalisés, nous courons le risque
d’assister à une diminution substantielle de la richesse et de la diversité de vie : le rythme
d’extinction des espèces serait dix à cent fois supérieur qu’à n’importe qu’elle autre période

1
Serres, M., Le contra naturel, op., cit., p. 32.
2
Op., cit., p. 251.
3
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p. 46.

62
de l’histoire humaine »1. On retient alors que la mise à mort de l’économie néolibérale est la
solution sine quan non pour venir à bout de cette crise écologique comme le souligne
d’ailleurs le philosophe de Tvergastein au regard du productivisme abusive propre à
l’économie néolibérale qui accélère encore plus la crise écologique actuelle. Toutefois, il
convient de signaler que le productivisme anti-écologique du système néolibéral n’est pas
l’unique cause du déclin écologique actuel. Il y a également son gommage des valeurs
intrinsèques qui accroit encore plus la monétarisation de la nature.

4.2- Du gommage de la valeur intrinsèque de la nature dans l’économie néolibérale à l'a


destruction des totale des fonctions écologiques des écosystèmes

par valeur intrinsèque, renvoie à « la valeur propre, [la ] valeur en soi » 2 d’une chose.
Selon Arne Naesss, l’idéologie productiviste qui tend à soustraire les besoins individuels aux
besoins du marché n’est pas à même de garantir le bien être des humains des organismes non-
humains ni encore moins de générations futures dans la mesure où cette idéologie ne tient
pas compte des valeurs Intrinsèque propre aux choses. Elle n’attribue que des valeurs
marchandes qu’aux choses. Ceci revient à dire que le néolibéralisme a investi le marché ou
encore l’argent d’un pouvoir absolu, lequel accrédite la valeur aux choses par apport à leur
rentabilité monétaire. Ce système économique brille alors son unijambisme et se révèle
catastrophique dans la mesure où un système économique qui ne reconnaît pas de valeur
intrinsèque peut se retrouver contre l’homme et la nature et les transforment en objet
économique puisqu’ils sont désubstantialisés de toute valeur intrinsèque. Naess le déclare
d’ailleurs lorsqu’il affirme : « Une croissance économique qui n’est pas reliée à des valeurs
intrinsèques est, si ce n’est préjudiciable du moins axiologiquement neutre » 3. Ceci revient à
dire qu’une économie normative doit briller par la reconnaissance des valeurs intrinsèques
propres aux choses et non les attribuer des prix fantômes

Toutefois, l’économie néolibérale se situe aux antipodes d’un tel projet et brille plutôt
par son désintérêt pour les valeurs intrinsèques. Elle encourage les États à démultiplier la
Productions Nationale Brute. Car c’est justement cette production qui est l’indicateur de
richesses dans un État. Pour le sage norvégien, la croissance du PNB nous éloigne de
d’accéder aux valeurs intrinsèques des choses dans la mesure où elle nous lie aux choses que
par leur utilité sur le marché et non pour les apprécier à leurs justes valeur. Elle gomme et
1
Ibidem
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.36.
3
Ibid., p. 188.

63
efface les valeurs non marchandes des objets pour ne laisser que ceux qui ont une valeur
monétaire. De toute évidence il apparaît que l’argent est « l’instrument de mesure et
d’échange et représentation investie de la valeur symbolique » 1. Or dans une perspective
écologique ce pouvoir absolu de l’argent ou même du marché nous précipite vers la
déchéance dans la mesure où elle désubstantialise toute chose de sa valeur intrinsèque en les
objectivant. Or l’homme, la nature et les sentiments font partie des choses que l’argent ne
peut acheter. Les organismes non-humains ont une valeur propre à eux qui ne les ait pas été
assignés par les hommes. Nous sommes tous cohabitant de cette terre patrie comme le
souligne Edgar Morin. Pour ce dernier, la terre est ce :

Grain de poussière cosmique on a émergé la vie, où la végétation a produit l’oxygène de son


atmosphère, ou l’ensemble des êtres vivants se répandant sur toute la surface, a constitué une
biosphère éco-organisée et auto- régulée, où issue d’un rameau du monde animal, l’aventure de
l’humanisation s’est engagée et déployée.2

Ceci voudrait dire que la terre est le socle vital où la vie a émergé dans l’univers. Sur
terre, chaque élément participe à une fonction écologique propre. Nul être selon Naess ne doit
sa valeur d’existence à un autre. En contexte où prédomine l’économie néolibérale, on
conçoit la valeur des formes de vie humaines en rapport à leur valeur monétaire, or il faut les
concevoir comme faisant partie du riche patrimoine naturel de l’humanité comme on le
retrouve dans l’économie des communautés que Naess nous propose. Comme le souligne le
père de l’écologie profonde « la valeur des formes de vie non-humaines est indépendantes de
l’utilité qu’elles peuvent avoir pour des fins humaines limités » 3. Naess récuse alors
l’économie néolibérale dans la mesure où elle brille par son gommage des valeurs
intrinsèques des choses. Elle reconnait la valeur des choses en fonction de leurs prix sur le
marché. Par cette économie, on assiste « l’appropriation de ressources planétaires communes
»4 et à un gommage des valeurs intrinsèques des organismes non-humains qui sont d’ailleurs
des sujets de droit comme le souligne Michel Serres. Par-là, il apparaît que la croissance
propre à la dynamique néolibérale s’intéresse exclusivement à l’accroissement de la valeur
économique et mésestime voir annihile la valeur écologique.

Ce constat n’a pas échappé à Arne Naess lorsqu’il constate macabrement que « la
croissance économique s’indexe principalement sur la croissance des valeurs commerciales et

1
Obadia, L., La marchandisation de Dieu : l’économie religieuse, Paris, édition CNRS, 20013, p. 166.
2
Morin, E et Brigitte, A., Terre- partie, Paris, édition seuil, 1993, pp. 48-49.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.60.
4
Larrère C et. Larrère , R., Penser et agir avec la nature, op., cit., p. 126.

64
non sur les valeurs en général, y compris les valeurs écologiques » 1. On le voit la croissance
économique est réfractaire à l’idée de la reconnaissance des valeurs intrinsèques pour
n’accorder que des prix fantômes aux choses par-delà de leurs véritable valeurs. Les
investissements économiques n’ont pour seul téléologies dans l’économie néolibérale
l’accroissement des capitaux, les valeurs subjectives sont alors à relégué en posture
marginale. Il est de toute évidence que l’économie ambiante, si les structures idéologiques ne
sont pas changées, la crise écologique va toujours de mal en pire.

La solution pour venir à bout de cette crise sans cesse grandissante est alors à
rechercher dans l’économie de la décroissance et non dans l’économie de la croissance. Cette
dernière brille de toute évidence par son insensibilité à l’égard de la valeur intrinsèque
inhérente aux choses et mésestime les fonctions écologiques des organismes non-humains.
Comme le déclare le philosophe de Tvergastein, « dans l’économie de croissance en général,
on néglige d’ordinaire les fins et les valeurs intrinsèques au profit […] des investissement des
capitaux rentables »2. Le changement d’idéologie semble être l’unique voie pour restaurer
l’équilibre écologique. Ce filon analytique est fortement encouragé par l’écosophe Félix
Guattari.

En effet, pour l’écosophe français, disciple dissident du père de l’écologie profonde , l’


impérium d’un marché mondial qui lamine d’ailleurs les systèmes de valeurs, les plaçant sur
un même plan équivalent à savoir, les biens matériels, les biens culturels et les ressources
naturelles, nous précipite vers la déchéance écologique car, les ressources écologiques ont des
fonctions écologiques qui vont au-delà d’un simple désir de possession de biens matériel.
Elles participent à la restauration et à la préservation de la vie sur terre Guattari au regard du
mépris voir du dédain de l’économie néolibérale à reconnaître les valeurs intrinsèques de la
nature conclut qu’« il n’y n’aura de réponse véritable à la crise écologique qu’à l’échelle
planétaire à la condition que s’opère une authentique révolution politique, sociale et culturelle
réorientant les objectifs et la production des biens immatériels »3. Il apparaît avec l’écosophe
français que la résolution de la crise écologique n’est possible qu’à condition que s’opère un
changement d’idéologie du néolibéralisme. On le voit, Félix Guattari reste de ce fait fidèle à
son maître Arne Naess qui appelle à « ses vœux un bouleversement des aptitudes paradigmes
fondamentales majoritairement adoptées au sein des grandes sociétés industrielles »4 sans ce
1
Op., cit., p. 164.
2
Ibid. p. 285.
3
Guattari, F., Les trois écologiques, Paris, Édition Galilée, 1989, pp.13-14.
4
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 123.

65
changement le respect de toutes les formes de vie dans la totalité écosphérique ne sera
possible ni encore moins la reconnaissance des valeurs intrinsèques des organismes
présentent dans la nature.

De toute évidence, au regard du dédain de la valeur intrinsèque des choses par


l’économie néolibérale, il apparaît clairement que cette économie productiviste nous éloigne
au jour le jour de la nature en nous rapprochant plus de l’artificialité. Ce constat est tout à fait
présent chez Catherine Larrère lorsqu’elle affirme « le productivisme ne fait qu’inverser les
signes d’une vision qui mesure le degré de civilisation à l’éloignement par apport à un état de
nature originale »1. L’économie néolibérale ou moyen d’un productivisme à outrance confère
aux hommes un droit erroné de fonder leur épanouissement dans le malheur des autres formes
de vie or avec Naess le principe d’égalitarisme biosphérique campe pour un droit pour tous
de vivre et non pour certains espèces. Ceci voudrait dire que nous partageons une
communauté biotique avec toutes les espèces qui peuplent la terre. Sous ce rapport aucun
n’espèce ne saurait posséder plus qu’un autre le droit de vivre et de s’épanouir. Naess est
d’ailleurs ferme à propos du droit égal de tous les organismes à la vie il déclare à cette effet :
« le droit que possède toutes les formes de vie est un droit universel qui ne peut pas être
qualifié. Nul espèce n’a en tant que t’elle puisque autre le droit particulier de vivre et de
s’épanouir »2. Ainsi, il en ressort que tous les espèces ont les mêmes droits à
l’épanouissement.

Pour Catherine Larrère, la mise à prix de la nature assigne « des prix fantômes (shadow
prices»3 à la biodiversité. Seules les ressources génétiques ayant une valeur marchande
détiennent une valeur dans l'économie néolibérale. Ceci correspond à un réductionnisme de la
valeur intrinsèque de la nature. Cette dernière est le siège des ressources. Elle regorge des
ressources génétiques qui renvoient à l'ensemble des produits ligneux et non ligneux, c'est-à-
dire les plantes et les animaux. À cela s'ajoute les ressources scientifiques. Ceux-ci
concernent les propriétés thérapeutiques, scientifiques et moléculaires que regorge la nature.
De plus, on retrouve les ressources esthétiques, qui renvoient à la beauté des espèces de la
nature, les milieux pittoresque et les paysages. En fin, dans la nature, nous retrouvons les
ressources symboliques ou religieuses qui s’apparentent aux forces cosmiques qui assurent
l’équilibre et l’harmonie naturelle. Par ces dernières ressources, toutes les cultures humaines
accordent une valeur symbolique et spirituelle à la nature. Ainsi, « l'appropriation privée et la
1
Larrère C et. Larrère , R., Penser et agir avec la nature, op., cit., p. 123.
2
Op., cit., p. 266.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.202.

66
marchandisation des ressources que représentent les espèces et leur patrimoine génétique » 1
par l'économie néolibérale vient restreindre la richesse et la valeur de la biodiversité. Par
ailleurs, cette privatisation de la nature vient réduire les potentialités de survie des
générations futures.

Hans Jonas affirmait sans réserve : « ne compromets pas les conditions pour la survie
indéfinie de l'humanité sur terre »2. Propos fort interpellateurs envers la nécessité préservation
des écosystèmes et l’équilibre écologique pour la viabilité des générations actuelles mais
aussi à venir. Catherine Larrère dans cette veine affirme avec insistance qu’« il faut encore,
dans la logique du développement durable, se préoccuper de transmettre aux générations
futures un patrimoine naturel capable de satisfaire leurs aspirations et leurs besoins » 3. Cette
thèse qui plaide pour la promotion, la gestion responsable et équitable des ressources
naturelles pour une futurologie trans-generationelle est d’ailleurs frontalement en dissonance
avec l'économie néoliberale. Cette dernière brille par une secondarisassions inouïe de la
nature à la rentabilité monétaire. Cette conception de la nature est d'ailleurs en discrépance
avec la conception spiritualiste de la nature de Jean-Marie Pelt.

Pour lui, la nature à une valeur intrinsèque non monétaire dans la mesure où « la terre
est une douce mère »4. L'exploiter reviendrait alors à décapiter voir éventrer sa propre mère,
par ricochet son propre corps, la vendre signifie vendre sa génitrice, et par extension son lieu
de repos éternel. Creuser la terre pour rechercher frénétique des métaux précieux revient à
désosser sa propre mère. Déboiser pour des fins économiques signifierait couper les cheveux
de sa propre mère. La terre chez Jean-Marie Pelt s'identifie alors à un corps vivant imbriquée
à l'homme. On assiste à une personnification voir ontologisation de la nature avec Marie Pelt.
Il affirme sans réserve que « Le territoire est perçu comme un corps vivant, les rivières
symbolisent le sang, le vent le souffle et le système vésicatoire, les arbres les systèmes pileux,
les roches les os. Chacune ces composantes est nécessaire à l'équilibre du tout »5. On le voit,
il y a chez Marie-Pelt un organicisme biosphérique doublé d’une ontologisation et une
personnification de la nature, laquelle conception brille par le rejet systématique de tout
projet de mise à prix de la nature. Naess affirme son allégeance envers se protectionnisme de
la nature contre toute tentative d'asservissement des milieux naturels par la grande machine

1
Op., cit., p.44.
2
Hans, J., Le principe responsabilité, op., cit., p.40.
3
Op., cit., p.45.
4
Jean-Marie Pelt, Steffan. F., Nature et Spiritualité, op., cit., p.35.
5
Ibid., p.32.

67
économique huileuse. Il le dit sans embarras, « personne n'est autorisé à casser le bras de ses
semblables; qu'elle que soit l'utilité qu'on en tire et personne n'a le droit de détruire même
partiellement, les écosystèmes des rivières protégées » 1. Il apparaît clairement avec le
philosophe norvégien une interdiction formelle de subordonner des espaces protégés à la
rentabilité monétaire.

L'économie néolibérale dans ses élans mercantiles n'hésite pas à faire table rase de la
valeur intrinsèque de la nature pour ne laisser que la valeur objective monétarisable. Dans
cette logique de marchandisation de la nature laquelle reviendrait à « exclure du monde, donc
à abolir tout ce qui n'est pas à vendre » 2. La prise en otage de la biodiversité passe de ce fait
par l'attribution d'une valeur d'échange monétaire à l'écologie. Cette attribution des valeurs
marchandes aux objets par l'économie néolibérale sera de plus en plus grandissante jusqu'à la
patrimonisation du génome humain au moyen de la brevetabilité. Le brevet est un droit de
propriété exclusif d'exploitation accordé à un chercheur à la suite d'une invention. Cette
manie d'accord une valeur marchande aux choses par l'économie marchande ne passera pas
inaperçu aux yeux du sage norvégien, il remarque d'ailleurs que « l'économie qui domine
actuellement tend à donner une valeur aux choses parce qu'elles sont rares et parce qu'elles
ont une valeur d'échange sur le marché » 3. Ceci signifie que l'économie accorde sens et
signification aux choses qui sont échangeables dans le marché et relègue en posture
marginale ceux n'ayant aucune valeur marchande

La critique de Naess est alors tout autant justifiée en vers l’économie néolibérale dans
la mesure où elle laisse transparaître un droit d’assujettissements des hommes à la nature. Ce
droit a pour finalité l’exploitation et la maltraitance des organismes non-humains et
l’appropriation des ressources naturelles pour accroître le confort existentielle des hommes
au mépris du bien être des organismes de la nature. Dans cette logique, il apparaît que
l’homme s’éloigne de jour en jours de la totalité écosphérique. En clair, on retient qu’ Arne
Naess s’oppose à l’économie néolibérale car elle gomme les valeurs intrinsèques des
existants pour ne laisser que celles qui ont une valeur d’échange sur le marché. Ainsi sans le
marché, les êtres de la nature sont des néant-êtres le père de l’ écologie profonde plaide alors
pour la mise à mort de l’économie néolibérale au profit de l’économie des communautés car
cette dernière forme d’économie est fondée sur la production de ce qui est utile à nos réelles
besoins, tout en préservant la dignité des formes de vie. Il s’agit d’une économie qui vibre en
1
Naess,A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.208
2
Comte-Sponville, A., Dictionnaire philosophique, op., cit., p.599.
3
Op., cit., p.64.

68
phase symbiotique de la maxime du sage norvégien qui s’énonce comme suite « la simplicité
des moyens, la richesse des fins » 1. Ce qui revient à dire que l’économie des communautés
est en dissonance du gaspillage qui règne dans la société hyper industrielle actuelle

Naess n’est d’ailleurs pas le seul à effectuer un lever de boucliers contre l’économie
néolibérale en rapport à ses effets néfastes sur la biodiversité. À côté du père de l’écologie
profonde se range Marlène Sokeng-Fomena qui oppose l’animisme épistémologie dos à dos à
l’idéologie néolibérale. En effet l’animisme se défini comme une doctrine philosophique qui
fait de l’âme le principe vital de tous les phénomènes et de tous les existants. Ceci revient à
dire que l’animisme reconnaît la présence d’une âme dans les éléments de la nature, laquelle
âme les rendent vivante et les accordent une sacralité. Au regard de cette définition il en
ressort que les animismes présente de la accointance avec l’écologie profonde qui reconnaît
une sacralité de la vie à tous les composants de la totalité écosphérique. L’animisme
épistémologie récuse le droit de propriété que l’économie néolibérale a sur la nature, lequel
droit désontologise, désubstantialise et banalise la sacralité de la nature. Marlène Sokeng-
Fomena affirme d’ailleurs dans ce sens :

l’animisme a pour effet de remettre en cause la théorie néolibérale qui attribue le droit de
propriété à l’individu humain, qui à force de s’approprier le monde à titre individuel, se trouve
dans l’obligation pour faire face à la concurrence , de s’associer à d’autres propriétaires, dans le
sens de la constitution de monopôles économiques dont la puissance de nuisance sur la nature
et autrui est présentée comme amorale.2

L’animisme épistémologie se comprend alors comme cette méthode scientifique qui


vient s’opposer frontalement à l’économie néolibérale au regard des travers de cette
économie sur la biodiversité. On comprend alors le père de l’écologie profonde n’est pas la
seule personne à vouloir déconstruire l’idéologie néolibérale au regard des conséquences de
cette économie sur la nature.

De ce qui précède, il en ressort de ce premier chapitre de la deuxième partie de notre


réflexion que l'économie néolibérale au moyen d'un productivisme écocidaire participe à
l'aggravation de la crise écologique actuelle pour deux raisons. Premièrement ses modes de
productions font recours à toute forme des méthodes qui augmentent la détérioration des
écosystèmes. Il s'agit de la production de masse, les technologies lourdes, la surexploitation
des ressources naturelles par les États pour accroître leurs PNB et des entreprises à l'effet
d'approvisionner l’insaisissable marché mondial. Deuxièmement, les modes de productions

1
Ibid., p. 152.
2
Sokeng-Fomena, M, Épistémologie et hypothèse néo-animiste, Yaoundé, édition Monange, 2023, p. 145.

69
de l'économie néolibérale accélèrent l'aggravation de la crise écologique car elle
désubstantialise la nature de sa valeur intrinsèque pour n'accorder qu'une valeur extrinsèque,
instrumentale et monétaire. C'est pour ces deux raisons qu'Arne Naess pointe sans réserve
cette économie d'être pleinement responsable de l'amplification de la crise écologique
actuelle et propose comme solution, la mise à mort de l'économie néolibérale au profit de
l'économie des communautés à l'effet de restaurer les équilibres écologiques et venir à bout
de la crise écologique. Toutefois, il convient de rappeler que l'économie néolibérale en
produisant plus infléchi également un consumérisme vorace des ressources naturelles ce qui
se révèle également catastrophique pour la nature.

Chapitre V : De l’aggravation de la crise écologique impulsée par l’économie


néolibérale au moyen de l’hyperconsommation des ressources naturelles.

Dans ce deuxième chapitre de notre deuxième partie, il sera question de de presenter


en quoi le consumérisme de l’économie néolibérale accroit drastiquement la crise écologique
de par son syndrome du consumérisme qui épuise rapidement les ressources naturelles et
aussi son apologie du haut niveau qui pressurise les ressources de la terre.

5.1-Du syndrome consumériste de l’économie néolibérale à l’épuisement accéléré des


ressources écologique

Arne Naess, au travers de sa méthode philosophique accuse sans réserve le


consumérisme propre de l’économie néolibérale d’être responsable de l’épuisement des
ressources du sol, lequel épuisement sans cesse grandissant aggrave inexorablement la crise
écologique actuelle. En effet, le système néolibéral fait du le productivisme un pilier puissant
de la croissance économique ce qui débouche également une surconsommation des
ressources. Ceci revient à dire que dans le système économique actuel, il y a un lien d’effet à
cause entre l’hyper-productivisme et l’hyper-consumérisme. Dans cette logique, il apparait

70
clairement que « notre système économique est la cause de nos modes de consommations »1.
La survenance de la société de consommation du tout jetable est le propre est le modèle
archétypal de la société ou règne sans partage l’économie néolibérale. Dans cette société de
consommation ostentatoire, pour poursuivre la croissance, il faut produire toujours plus, plus
vite et moins cher. Et pour soutenir ce délire productiviste, il faut consommer, gaspiller et
jeter »2. Le consumérisme vorace apparait alors comme la conséquence de la surproduction.

Dans cette surconsommation, il s’ensuit une diminution accélérée des ressources


génétiques, ce qui conduit à l’aggravation de la crise écologique. La consommation des
ressources de la nature par l’homme de la « société hyperindustrialisée et consumériste »3 est
ostentatoire dans la mesure où elle excède la consommation moyen d’un individu normal.
Rien ne semble d’ailleurs justifier cette pathologie du consumérisme. Arne Naess est
d’ailleurs de cet avis lors qu’il affirme que « rien ne justifie une consommation
quantitativement bien supérieure à celle que chacun pourra atteindre dans un future
prévisible »4. Il est clair que le système néolibéral souffre de ce que le sociologue Allemand
Zygmund Bauman qualifie de « syndrome consumériste ».

En effet pour ce dernier, le syndrome consumériste désigne « ce système où


l’hyperconsommation colonise les cerveaux, formate les rêves, informe les valeurs, façonne
les mœurs et devient additives par des mécanismes »5. Par cette définition, il apparait que le
syndrome du consumérisme fait de la surconsommation le mobil de l’agir humain. L’homme
devient alors agi par un seul mobile : la consommation de tout. Il apparait clairement que
l’économie néolibérale est porteuse des gènes pathogènes du syndrome consumériste qui
rend la Terre et l’humanité malade de jour en jour.

La surconsommation des ressources de la planète est dommageable pour les


écosystèmes dans la mesure où elle accéléré l’épuisement des ressources de la nature. Une
consommation accélérée s’accompagne de l’épuisement accéléré des ressources de la nature.
Ces dernières, étant limitées et mettant du temps à se régénérer, est tout à fait évident qu’elles
puissent s’épuiser systématiquement. On court droit vers la fin des ressources naturelles.
D’après les données de la plateforme Encyclo Écolo, au rythme de consommation actuel, la
majorité des minéraux stratégique de la planète sera épuisée d’ici la fin de ce siècle. En effet :
1
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.155.
2
Egger M, Se liberer du consumérisme : un enjeu majeur pour l’humanité et la Terre, Genève, édition
Jouvence, 2020, p.6.
3
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p.84.
4
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.154.
5
Egger M, Se liberer du consumérisme : un enjeu majeur pour l’humanité et la Terre. op., cit. p. 6.

71
Des matières liées aux produits écologiques (panneaux solaires) ou aux énergies renouvelables sont en
voie d'épuisement, plutôt rapide : comme pour l'uranium (fin en 2040), le pétrole (fin en 2050), le gaz
(fin en 2072), les métaux rares et même non précieux tels que le fer dont la fin est annoncée pour 2087.
Qu’il s’agisse d’électronique d’environnement ou d’énergie (pile à combustible), le progrès
technologique passe quoi qu’il en soit par la maîtrise de matières premières rares venant souvent du bout
du monde.1

Par ces données, il apparait apodictiquement que d’ici peu les ressources naturelles
auront déjà été totalement consommées. Il en ressort alors qu’une détérioration plus aggravé
de la nature ne manquera pas à se faire ressentir au fur et à mesure que nous surconsommons
voracement les ressources de la nature. Les propos prédictifs du père de l’écologie profonde
convergent d’ailleurs dans ce sens. Il affirme qu’ « une détérioration aussi importante des
conditions écologiques pourrait bien marquer les prochaines années en dépit de
l’approfondissement de la conscience écologique »2. L’aggravation de la crise écologique à
l’ère de l’économie néolibérale est à saisir en raison de la surconsommation et le gaspillage
des ressources qui sont perçues comme un prestige dans ce système économique. Ceci
voudrait dire que la surconsommation et le gaspillage des ressources sont les analyseurs de la
d’une abondance des biens matériels et économiques dans notre temps. Le philosophe de
Tvergastein remarque d’ailleurs que dans la société hyper-industrielle néolibérale, « il y a une
forme de prestige liée à la grande consommation et au gaspillage »3. Par cette
surconsommation, nourrit par l’économie marchande, l’homme pressure la Terre, il accroit sa
dette écologique envers les générations futures en phagocytant le « capital naturel de la
planète »4. L’anthropocène semble alors devenir à l’ère de l’économie néolibérale la
phagocène ou encore l’anglocène. Tout semble être dévoré dans cette méga-société de
consommation du tout jetable. Cette surconsommation semble faire des ressources de la
nature l’apanage des seuls humains Or que « les ressources du monde ne sont pas seulement
des ressources pour les êtres humains »5 présent, elles sont également pour les générations
future et pour toute la communauté biotique.

En outre, la surconsommation désubstantialisant la planète de son substrat vital, comme


l’affirme d’ailleurs Michel Maxime Egger en ce sens « le consumérisme saisit la biosphère et
l’être humain, il les épuise en excédant leurs limites et leurs capacités de régénération »6,
s’accompagne d’une surproduction gabegie des déchets pollueurs. Ce qui revient à dire qu’au
1
[Link]
2
Op., cit., p. 329.
3
Ibid., p. 64.
4
Larrère C et. Larrère , R., Penser et agir avec la nature, op., citI., p. 129.
5
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.280.
6
Egger M, Se liberer du consumérisme : un enjeu majeur pour l’humanité et la Terre. op., cit. p. 6.

72
moyen d’un consumérisme ostentatoire, ventilé par les enjeux de la bourrasque néolibérale,
la planète est à la fois pressuriser et transformé et dépotoir géant. Ceci pose d’ailleurs un réel
problème sur la sécurité et l’équilibre écologique. Les détritus des plastiques se révèlent
catastrophique pour la planète car ces déchets sont non biodégradable. Ces déchets provenant
de l’hyperconsommation de la société néolibérale finissent leurs courses dans les océans et
dans les mers. Il va s’en dire que certaines mers vont se transformer en mer plastique à cause
des détritus des matières plastiques.

L’ONG Good Planet par la voix de son fondateur, le célèbre écologue français Yann
Arthus-Bertrand dénonce d’ailleurs la transformation de la mer d’Hawaï en mer plastique à
cause de la concentration des détritus des plastiques dans l’eau, transformant l’eau de la mer
en une vaste soupe plastique. Les données ressent attestent qu’il :

Y a moins d’un an, la communauté scientifique pensait que la mer de plastique faisait la taille de la
France, rappelant le site d’informations Quartz. La nouvelle étude qui s’appuie sur des images aériennes
et des échantillons récupérés par bateau au cours d’une méga mission de la fondation The Ocean
Cleanup, révèle que son étendue représente en fait trois fois celle de notre pays. En d’autres termes, c’est
deux fois la taille du Texas.1

Il s’agit là de l’impact réel de la société de consommation du tout jetable de la société


néolibéral. L’humanité détruit de façon accélérée son habitacle. Il déverse dans les eaux les
produit toxiques, non biodégradable. Les pays les plus industrialisés par leur syndrome
consumériste ont transformé la terre en immense dépotoir. D’apres les donnée fournit par le
WWF (World Wide Fund for Nature), ou encore le Fonds Mondial pour la Nature,

Après la Chine, l’Europe est le deuxième producteur de plastique au monde, déversant entre 150 000 et
500 000 tonnes de macro-déchets en plastique et entre 70 000 et 130 000 tonnes de micro-plastiques dans
la mer chaque année. La majorité de ces matières plastiques envahissent la mer Méditerranée et
constituent une menace majeure pour la vie marine. Il arrive souvent que de gros morceaux de plastique
blessent, étouffent et tuent des animaux marins, y compris des espèces protégées et en voie de
disparition, telles que les tortues marines. Mais ce sont les micros plastiques, des fragments plus petits. 2

Par ces données, il apparait que les matières plastiques sont produits et déversées par
les pays les plus industrialisés mais également que ce rejet des déchets dans l’espace
aquatique est catastrophique, car elle s’accompagne d’un génocide des espèces aquatiques.
Pour venir à bout de cette pollution engendre par les matières plastique, le sage norvégien
nous invite à « lutter contre la consommation des boissons en canettes »3 et à opérer « une
rupture avec un mode de vie consumériste »4. En opérant de tel changement, l’humanité

1
[Link]
toute-allure
2
WWF, Rapport Int 2018 : Pollution plastique en méditerranée sortons du piège !, p. 3.
3
Op., cit., p. 135.
4
Ibid., p.328.

73
pourra réduire autant que possible son empreinte écologique et limiter l’aggravation de la
crise écologique actuelle.

Par ailleurs, le consumérisme propre au système de l’économie néolibéral fait de la


surconsommation l’indicateur de la bonne qualité de vie. Cette conception encourage alors
une consommation ostentatoire et vorace des ressources naturelles. L’argent acquiert de ce
fait la mission d’assurer à l’homme une vie de la démesure et de luxure. Pour ce modèle
économique, la bonne qualité de vie se mesure par la surconsommation des ressources
excédant ce qui est nécessaire à la satisfaction des besoins fondamentaux. Par-là, cette
économie s’inscrit en opposition de phase d’une économie positive. Cette dernière brille par
son intérêt pour la survie des générations future. Elle est cette économie qui utilise avec
parcimonie les ressources naturelles. Comme l’affirme François-Xavier Albouy, « ce qui
définit l’économie positive, c’est prendre en compte l’intérêt des générations futures »1. Au
regard de l’enfermement de l’économie actuelle dans le présent, il en ressort qu’elle se situe
aux antipodes d’une économie positive. Elle fait de la surconsommation l’indicateur d’une
bonne qualité de vie scène or d’après le philosophe alpiniste Arne Naess, « la qualité de vie
est ici considérée comme étant une chose incompatible avec un niveau de vie matériel et
artificiel excédant ce qui est nécessaire à la satisfaction des besoins fondamentaux »2. Ceci
signifie que la surconsommation ostentatoire des ressources sous prétexte de mener une
qualité de vie est en porte à faux avec ce que sait qu’une qualité de vie.

Le système économique actuel en impulsant un consumérisme ostentatoire accroit


également les inégalités sociales et écologiques. En cela, l’utilisation des ressources
génétiques devient de ce fait profitable à une seule couche sociale à savoir la classe
bourgeoise. Or, le protocole de Rion se drape dans son préambule pour objet le « partage
juste et équitable des avantages sui en découlent de l’exploitation des ressources
génétiques »3. Il va s’en dire que le système néolibérale est générateur des inégalités sociales
et environnementales dans la mesure où il rend profitable l’utilisation des ressources
naturelles aux seul Bourgois et non à toute la communauté écosphérique. Dans cette logique,
il est de toute évidence que l’économie néolibérale se situe aux antipodes de
l’épanouissement de la vie sur terre. Or dans le premier principe de la plateforme
écosophique, il en ressort que « l’épanouissement de la vie humaine et non humaine sur terre

1
Albouy, F-X., Le prix d’un homme : plaidoyer pour un prix minimum de la vie humaine, Paris, édition
Grasset et Fasquelle, 2016, p. 13.
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.153.
3
Larrère C et. Larrère , R., Penser et agir avec la nature, op., citI., p. 36.

74
est une valeur intrinsèque »1. Vu que l’idéologie marchande néolibérale contraste
inexorablement avec toute perspective d’épanouissement de la vie dans la totalité
écosphérique, le projet de la mise à mort de cette économie est alors rationnement fondé et
justifié.

De plus, cette surconsommation des ressources naturelles qui fragilise de jour en jour
les équilibres écologiques infléchit une surproduction des ressources naturelles destinées
aux exportations. En effet, les modes de productions d’auparavant n’avaient pas d’impacts
écologique si néfaste comme aujourd’hui. Ce qui suppose que la croissance du Produit
National Brut se traduit actuellement par une destruction plus accentué de la nature au regard
des technologies lourdes, l’usage des pesticides, qui interviennent dans le processus de
production. Comme le remarque d’ailleurs le père de l’écologie profonde, « aujourd’hui, 1%
de la croissance du PNB provoque de dégradation beaucoup plus grande qu’il y a dix ou vingt
ans car il s’agit d’un produit plus important qu’avant »2. Dans cette veine, le PNB ne saurait
plus représenter la production nationale brute, mais plutôt traduit la « Pollution Nationale
Brute »3. Le système néolibéral se présente alors comme ce système dont la mise à mort est la
seule solution pour endiguer le processus de dégradation, de lessivage accéléré des
écosystèmes. Embarqué dans ce système, l’humanité cours tout droit vers le cataclysme
écologique, vers l’Armageddon environnementale.

Les scientifiques attestent d’ailleurs l’imminence d’un cataclysme écologique que veut
causer le syndrome du productivisme et consumérisme néolibéral. Il ce cataclysme imminent
n’est rien d’autre que la délation du permafrost. Ce dernier n’est rien qu’un sol contenant des
bactéries très dangereuses et des gaz carboniques toujours gelés en permanence. En claire, les
permafrosts sont des boites de pandores écologiques et sanitaires. Mais avec la monté des
températures causées par l’activité industrielles, cela pourraient rapidement dégeler les
permafrosts qui sont d’ailleurs les boites de pandores écologiques et sanitaires. D’après les
données publiés par l’Agence Française de Presse, les permafrosts « renferment quelques
17000 milliards de tonnes de carbone, soit environ le double du dioxyde de carbone (CO2)
déjà présente dans l’atmosphère »4. Au regard de la grande concentration des gaz carboniques

1
Op., cit., p. 60.
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 329.
3
Ibidem
4
[Link]
200605#:~:text=Ils%20renferment%20quelque%201%20700,d%C3%A9j%C3%A0%20pr%C3%A9sent
%20dans%20l'atmosph%C3%A8re.&text=Avec%20la%20hausse%20des%20temp%C3%A9ratures,'il
%20neutralisait%20jusque%2Dl%C3%A0.

75
dans les permafrosts, il apparait de toute évidence que la situation écologique de la planete
sera irréparable au cas où ces terres gelées venaient à dégeler. Les experts du GIEC (Groupe
d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) estiment qu'au rythme du
réchauffement climatique actuel qui ne cesse d'être en hausse, « une importante du permafrost
pourrait se produire d'ici 2100 si les émissions de CO2 ne sont pas réduites, ce qui
provoquerait le relâchement de dizaines voire des centaines de milliards de tonnes de gaz à
effet de serre »1. Par ces interpellations cynismes et cataclysmique, il apparaît de toute
évidence qu'il y a, on le voit, « des prophéties écologiques de type apocalyptiques » 2 qui
pèsent sur l'humanité comme l'épée de Damoclès si rien n'est fait. Il va s'en dire que ce
cataclysme écologique qui veut accélérer la fonte de la boîte de Pandore écologique qui est le
permafrost causé par l'activité économique de l'homme nous converge vers ce qui nous
qualifie de «fin de la nature »3. Les données ressent de l'institut européen du climat
Copernicus sont très interpellateurs à ce sujet. Son rapport déclare que le mois de :

février 2025 s’inscrit dans la lignée des températures record ou quasi record observées au cours des deux
dernières années. L’une des conséquences d’un monde plus chaud est la fonte de la glace de mer, et la
faiblesse record ou quasi record de la couverture de glace de mer aux deux pôles a poussé la couverture
mondiale de glace de mer à un minimum historique 4

Subséquemment, le rapport de l’observatoire européen laisse transparaitre que


l’humanité est au bord du gouffre, la survie de toute la planète ainsi que ce qu’elle referme est
menacée. De façon apodictique, « dans l’histoire de l’humanité, nous sommes confrontés à un
choix qui s’impose à nous parce que la négligence avec laquelle nous avons laissé croître la
production des choses et la reproduction des humains a fini par nous rattraper » 5. Par-là il
apparait clairement que l’homme est générateur de l’entropie écologique actuelle part son
productivisme économique, lequel a soumis l’humanité y compris la planète à la rentabilité
monétaire. .

Le Chef de l’État du Cameroun, son Excellence Paul Biya s’inscrivant dans cette
veine n’a pas manqué d’interpeler ses homologues Chefs d’États à plus de solidarité en
matière de lutte contre la crise écologique lors de la cérémonie de présentation des vœux de
nouvel an 2025 tenue le 11 janvier. Il affirmait sans resserves « les catastrophes survenues
ces derniers mois attestent de l’ampleur des conséquences des changements climatiques »6.

1
Ibid. p.57.
2
Ibidem.
3
Naess, A, La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit. p. 266.
4
[Link]
5
[Link]. p.51
6
Discours de son Excellence Paul Biya aux vœux de nouvel an du 11 janvier 2025

76
Ces propos témoignent à suffisance l’état de la gravité de la situation écologique. Il finira en
disant « face à un dilemme pressant, agir ensemble maintenant ou périr tous à coup sûr »1. Il
est alors question pour tout un chacun de se sentir impliquer dans la résolution des crises
écologiques afin d’éviter le pire.

Puisque l'apocalypse écologique est imminent à cause de du consumérisme outrancier


de l’homme de l’économie néolibérale, on ne peut que conclure avec le sage norvégien que«
le pain d'un homme est la mort d'un autre »2. Au regard de ce refus de toute perspective de
changement de mode de production, il y'a lieu de s'inquiéter comme s'il failait que le pire
arrive à l'humanité avant d'espérer voir un changement. Comme le remarque Naess, « tout se
passe comme s'il fallait que la situation se dégrade considérablement avant et afin qu'elle
puisse s'améliorer »3. Tel est l'empreinte écologique du syndrome du productivisme infecté
par l'économie néolibérale sur l'environnement. D'où la justification d'une réorientation
substantielle de cette économie pour celle des communautés. Car porteuse d'un modèle
économique écologiquement plus responsable. Toutefois, il convient de noter que le
syndrome du productivisme n'est pas l'unique mobile qui pousse Naess à formuler la sentence
de la mise à mort de l'économie néolibérale, il y'a également l'apologie systématique du haut
niveau de vie qui rame en dissonance d'une qualité de vie écologique responsable, que
l'économie néolibérale fait d'ailleurs la vitrine.

5-2. De l’apologie du haut niveau de vie dans l’économie néolibérale à la


surconsommation des ressources génétique : un pressoir de la planète

Le père de l'écologie profonde martèle son désapprobation envers l'économie


néolibérale qui fait du haut niveau de vie écocidaire la vitrine de son idéologie. En effet dans
l'économie néolibérale, il y a un prestige à mener une vie de démesure, des excès sous
prétexte que le haut niveau de vie est le marqueur de de la richesse matériel et que cette vie
est la clé du bonheur. En effet, l'économie néolibérale fait du haut niveau de vie le credo de
son idéologie. Or la quête frénétique vers la recherche du haut niveau de vie qui implique un
productivisme à outrance et un consumérisme ostentatoire se révèle à la fois catastrophique
pour les hommes et les autres formes de vie non-humaines. Pour Arne Naess, « le bonheur
où le bien-être peuvent être définis comme des états ou des situations globales chargé

1
Ibidem
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p.254.
3
Ibid., p.329

77
positivement »1. Ce qui signifie que le bonheur où le bien-être se veut indissociable des
moments chargés des émotions positives de joie, de quiétude et de sérénité, sans des
situations astreignantes.

Cependant, l'économie néolibérale, fait des possessions matériels la clé du bonheur de


l'homme, ce qui est d'autant erronée au regard des conditions de travail contraignantes et
oppressantes qui éloignent plutôt l'homme du bonheur. Comme le remarque le père de
l'écologie profonde dans la mesure où « il semble que de plus en plus de personnes dans la
société dites d'abondance n'estiment pas que la vie qu'elle mènent, dans de telles conditions
soit la bonne »2. Ce qui revient à dire que le l'accumulation frénétique des richesses
maternelles ne garantit pas le bonheur. Par-là, il apparaît clairement que l'idéologie
néolibérale fait impasse véritablement au bonheur de l'homme et le conduit à une existence
indigne. Par cette écartement de l'économie néolibérale de la recherche du bonheur, de la
réalisation de soi, il est de toute à fait loisible que le philosophe norvégien désapprouve cette
forme d'économie qui éloigne l'homme de l'idéal véritable de la vie qui est le bonheur pour
proposer un modèle plus apte à la réalisation de soi. Il s'agit d'un nouveau modèle
économique qui offre à l'homme la possibilité d'un bonheur écocentré. Dans cette veine, « le
bien-être de l'homme doit-être cohérent avec celui des non-humains » 3 comme le souligne
Roger Ribotto.

Le système économique néolibérale se situe de ce fait aux antipodes d'un tel projet, à
savoir de promouvoir la réalisation de soi, le bonheur des hommes mais également le bien-
être des organismes non-humains. Le réductionnisme du bonheur dans les possessions
matérielles et la surconsommation des ressources de la nature dans l'économie néolibérale au
lieu de conduire au bonheur conduit plutôt au malheur. Ce constat est d'ailleurs plus évident
dans la mesure où « plus de 80% des personnes interrogées ont exprimé l'opinion que la
poursuite de la croissance de la production, des revenus et de la consommation renforcerait
plus de stress sur le lieu de travail, plus de risque sanitaire, plus de pollution et déboucherait
sur la formation de la ville de plus en plus invivables » 4. Ceci signifie que le productivisme
pose des problèmes majeurs lesquels éloignent l'homme du bonheur en le maintenant dans
une course économique inhumain où il perd finalement son authenticité en se transformant en
objet économique unidirectionnelle.
1
Arne Naess, Écologique, communautés et style de vie, op., cit., p. 145.
2
Ibid., p. 54.
3
Ribotto, R, L'écologie profonde, Paris, édition du Cygne, 2007, p. 11.
4
Op., cit., p.154

78
De plus, une société où la richesse matérielle est le socle définitionnel de la richesse
débouche toujours par l'essor des maladies liées à la surconsommation. Il s'agit des maladies
telles que le diabète, l'hypertension et le surpoids. Les données du FAO (Organisation des
Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), « la surconsommation alimentaire
constitue un problème économique »1. Par-là, il apparaît que la surconsommation présente un
réel danger pour la sécurité alimentaire mais aussi écologique. Les problèmes liés à la
surconsommation est la prolifération des déchets et le gaspillage des ressources naturelles. Ce
gaspillage prive certains habitants de nourriture. Inger Andersen, directrice exécutive du
PNUE (Programme des Nation Unies pour l’Environnement) déclare d'ailleurs que « le
gaspillage alimentaire est une tragédie mondiale, Des millions de personnes souffriront de
faim aujourd'hui, car de la nourriture est gaspillée dans le monde entier »2.

Par cette analyse des impacts de la surconsommation sur la sécurité alimentaire, et ses
méfaits sur l'écologie, il apparaît que l'économie néolibérale tire de ce fait la charrue du
bonheur par la queue. Elle accorde la priorité au superflue et éloigne l'homme de l'essence
même de la vie. Comme le remarque Naess dans l'économie néolibérale, « la priorité a ainsi
été donnée à ce qui semble améliorer les conditions matérielles de la vie bonne, sans même
demander si cette vie est effectivement vécue comme -t-elle » 3. Le sage norvégien au regard
de cette économie abyssale qui éloigne l'homme de la réalisation de soi, dans la mesure où
elle fait du haut niveau de vie son crédo, il s'insurge et propose un système économique qui
brille plutôt par la recherche de la qualité de vie plus sereine, plus apte à la réalisation d'un
grand soi écologique. Il s'agit d'une économie qui tient compte du bonheur de tous les êtres
vivants. Dans un contexte où l'éthique du consumérisme néolibérale règne sans partage, «
personne n'atteint jamais la réalisation de soi, pour cette raison qu'une réalisation de soi
complète nécessiterait la réalisation de tous » 4. En d'autres termes, les hommes de la société
contemporaine sont privés du bonheur dans la mesure où chacun se lance à la quête du
bonheur individuel. Ce qui implique alors qu'il n y a pas de bonheur à être heureux tout seul.
L'essence du bonheur réside dans l'être-ensemble. Dans et être-ensemble , il apparaît
clairement que « les êtres vivants en relation les uns les autres, la réalisation de soi ne peut
que s'inscrire dans l'ensemble des relations qui forment notre être » 5. Puisque l'économie

1
[Link]
2
Rapport de l'ONU sur l'indice de gaspillage alimentaire : le monde gaspille plus d'un milliard de repas par jour,
27 Mars 2024
3
Arne Naess, Écologique, communautés et style de vie, op., cit., p.53.
4
Ibid.p.33
5
Ribotto, R., Écologie profonde, op., cit. p. 11.

79
néolibérale, bien qu'en fossoyer l'essence du bonheur en la fondant sur le haut niveau de vie
et non sur la qualité de vie, il ressort qu'elle restreint même également ce bonheur. Dans cette
théorie du bien-être où encore du bonheur, il y a exclusion des paramètres psychologiques,
environnementale et même sanitaire. Ceci signifie alors qu'il y'a un réductionnisme du
bonheur dans l'économie néolibérale. Naess déclare fort à propos que « le bien-être humain et
individuelle est donc une application unique et plutôt restreint de la théorie du bien-être » 1.
Cette restriction du bonheur est dû en partie à la destruction des écosystèmes nourrit par la
quête frénétique de la recherche du gain par l'homme.

La destruction de la nature est alors envisagée comme une perte de la valeur, une perte
d'une grande source de joie, de bien-être et de quiétude comme le déclare d'ailleurs le sage
norvégien, « les termes de détérioration et dévastation visent ici à désigner un changement
pour le pire, une perte de valeur » 2. Par-là, il est de toute évidence que la monétisation des
écosystèmes est une perte inestimable. La destruction de la nature est ce qui n'a dont pas de
valeur monétaire. Alain Grandjean et Nicolas Dufrène partagent ce filon analytique lorsqu'ils
affirment : « l'environnement n'a pas de prie entant que tel et sa destruction n'a donc pas de
coût non plus »3. Nous n'avons pas alors le droit de détruire une richesse inestimable qui est
la nature sur un quelconque intérêt mercantocratique que ce soit. Le contact avec la nature est
source de joie, de quiétude, la nature à « un usage thérapeutique » 4, elle enseigne des valeurs
de modestie, d'humanité, la patience et la justice. De plus, elle a une fonction symbolique et
spirituelle entant qu'elle est animée d'un grand esprit dont parle les indiens. La nature est
également une partie de soi entant que l'homme fait partie de la totalité écosphérique. C'est
justement pour cette raison « qu'en détruisant les lieux, nous voyons bien ce que nous
perdons, des styles de vie spécifiques, des sources de joie, des façons de nous transformer
nous-même. Cela parce que les lieux sont porteurs de valeurs, des porteurs dynamiques
puisque leurs valeurs peuvent changer »5. Comme l'économie néolibérale, annihile la valeur
de la nature, il en ressort alors qu'elle réduit les paramètres qui concours à l'accroissement du
bonheur de l'homme pour ne laisser que les paramètres mouvants, instables pour l'atteinte du
bonheur à savoir la possession maternelle. Arne Naess souhaite alors la réorientation des
paradigmes du modèle économique à ce que l'indicateur de la richesse doit être la qualité de
vie et non le haut niveau de la vie, il opte pour ainsi dire pour un style de vie écologiquement
1
Op., cit., p.194.
2
Ibid. , p.52.
3
Greondjean , A, et Dufrêne,N., Une monnaie écologique, Paris, édition Odile Jacob, 2020, p.134.
4
Naess, A, La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit. p. 300.
5
Ibid., p.301

80
responsable fondé sur la « simplicité de moyens et de richesse des fins » 1. Pour y arriver, «
gardons-nous des styles de vie nuisibles, apprenons à habiter les lieux de façon qui leurs
convient et qui nous convient »2. En fin des comptes, l'économie néolibérale est en partie
responsable de la crise écologique actuelle dans la mesure où elle engendre un consumérisme
vorace des ressources naturelles et fait l'éloge du haut niveau de vie, lequel niveau de vie
s'inscrit en déchéance du bien-être des générations futures et de la communauté biotique voir
abiotique. Naess ne regarde pas son souffle à propos de l'économie néolibérale comme
générateur de la crise écologique. Il affirme sous réserve : « la situation actuelle est rendue
particulièrement critique du fait [...] de la dévastation environnementale rendue possible par
les moyens de production et les modes de consommations bien établis » 3 pour venir alors
about de la crise écologique, Naess recommande une rupture avec le productivisme et
consumérisme de l'économie néolibérale pour l'adoption d'une économie écocentré ayant
pour idéal la simplicité de moyens et richesse des fins. Il s’agit de l'économie des
communautés.

Au regard de ce qui précède, il en ressort de ce chapitre que l’économie néolibérale est


responsable de l’aggravation de la crise écologique car elle instaure un consumérisme vorace
des ressources naturelles, lequel consumérisme appauvrit systématiquement le capital naturel.
En cela, cette économie aggrave encore plus la crise écologique. L’économie néolibérale
est également responsable de l’amplification de la crise écologique dans la mesure où elle fait
l’apologie d’un style de vie écocidaire qui est le haut niveau de vie au lieu de promouvoir une
qualité de vie écologiquement responsable. Ce haut niveau de vie entraine une
surconsommation des ressources de la nature accompagné de la pollution des écosystèmes.
En cela, l’économie néolibérale participe à l’accélération de la crise écologique. Comme le
souligne bien évidement Arne Naess. Ainsi, le père de l’écologie profonde pour lutter
efficacement contre la monétarisation des écosystèmes qu’engendre l’économie néolibérale,
laquelle monétarisation aggrave de jour en jour la situation écologique, recommande la mise
à mort de cette économie éconocentrée, écocidaire voir avilissante de l’homme qui est
l’économie néolibérale au profit de l’économie des communautés en raison de son fondement
écocentré et anthropocenté.

1
Arne Naess, Écologique, communautés et style de vie, op., cit.,p.68.
2
Op., cit,. p.300.
3
Ibid., p. 52-53.

81
Chapitre VI : De l’économie des communautés naessienne comme thérapie
de la crise écologique actuelle

Le socle granitique de la pensée d’Arne Naess se pose en s’opposant à l’idéologie


productiviste et consumériste anti-écologique néolibérale, car cette idéologie est porteuse des
gênes pathogènes de la crise écologique. Il affirme son approbation en faveur de l’économie
des communautés qu’il estime plus favorable à restaurer le marasme écologique actuelle au
regard du penchant de cette économie en faveur d’un idéal de simplicité des moyens et la
richesse des fins. Cette économie présente un sous bassement néosocialiste. Cette exigence de
réorientation substantielle des paradigmes économiques, idéologiques voir politiques
ambiantes est tributaire de l’arsenal méthodique de l’écologie profonde qui stipule que, «
l’exploitation des racines sociales profonde des problèmes écologiques implique aussi de
proposer des solutions à la fois profonde et réaliste » 1. Il s’agit pour le père de l’écologie
profonde de proposer un modèle économique plus apte à réconcilier l’homme et la nature,
basé sur la un modèle économique dont l’idéal économique repose sur la simplicité des
moyens et la richesse des fins. Ce modèle économique qu’il qualifie d’économie des
communautés se présente comme un compilateur des solutions théorico-pratiques pouvant
permettre à tout un chacun suivant sa sensibilité écosophique de s’adapter à la résilience
climatique et de trouver des voies et moyens pour endiguer la crise écologique actuelle.

6.1. De l’économie des communautés à la simplicité des moyens : gage d’un style de
vie écologiquement responsable

L’économie des communautés est un modèle économique dont « les initiatives et les
stratégies sont guidées par les priorités sociales, environnementales et économiques des

1
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p.190.

82
communautés »1. Par cette définition, il en ressort que la priorité d’une économie des
communautés est le bien-être social, environnemental, et économique. Ce qui est prioritaire
dans cette économie est l’homme et son environnement et non la satisfaction des besoins du
marché comme dans l’économie néolibérale. Selon le sage norvégien, l’économie des
communautés est le plus apte à garantir le bien-être de la totalité écosphérique au regard de
son soubassement humanisant et écologique. Ainsi, le socle monolithique de l’économie des
communautés repose sur les principes des communautés locales à savoir le nombre réduit des
habitants. Pour Naess, le nombre limité des habitants dans une communauté est un facteur de
bien-être de la dite communauté dans la mesure où il permet à tous les membres de se
connaître. Dans une communauté locale, on se situe aux antipodes de la société anonyme
néolibérale où les personnes ne se connaissent que par des liens d’intérêts économiques. Or
dans la communauté par le nombre très limité des membres, la cohésion sociale est d’autant
plus soudés car tous les membres se connaissent et entretiennent des liens de fraternité et de
solidarité. C’est dans cette veine que Naess affirme à propos des communautés locales que «
les membres sont peu nombreux et peuvent ainsi se connaître intimement les uns les autres
»2. La limitation des membres dans une communauté apparaît ainsi comme un facteur de
cohésion sociale et une modalité de la connaissance d’autrui.

De plus, cette limitation des membres dans une communauté locale se drape des
oripeaux écologiques dans la mesure où elle fait impasse à toute forme de surexploitation et
de surconsommation des ressources de la nature. L’homme ne prend alors dans la nature que
ce qui lui est utile et nécessaire. On ne produit que ce qui est utile à la communauté. Dans
cette logique, il apparaît de toute évidence que dans une économie des communautés,
l’utilisation parcimonie des ressources naturelles est la norme supérieure et le gaspillage est
répugné. Dans une économie des communautés selon Arne Naess, « les voies et les moyens
de production relèvent le plus strictement possible d’une production élémentaire » 3. Cette
forme d’économie qui se fonde sur la production de ce qui est nécessaire aux besoins
fondamentaux de l’homme, se drape des oripeaux purement écologiques dans la mesure où
son impact environnemental est minime. Il s’agit d’une économie de subsistance, au sens
substantiel du terme. Il s’agit d’une forme d’économie qui vibre en phase symbiotique avec
l’idéal économique de Karl Polanyi.

1
[Link]
economique-communautaire/#:~:text=Le%20d%C3%A9veloppement%20%C3%A9conomique
%20communautaire%20(DEC,et%20%C3%A9conomiques%20de%20la%20communaut%C3%A9.)
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 209.
3
Ibidem.

83
En effet pour ce dernier, l’économie au sens substantiel est cette économie dont « le
processus institutionnalisé d’interaction entre l’homme et son environnement, [son] destiné à
fournir à la société des moyens d’existence, sa subsistance » 1. Cette économie brille par son
humanisme et son amour pour la nature. Dans l’économie des communautés, ayant pour
paradigme de production la subsistance, ce qui fait sens est la « la production de ce qui est
utile »2 afin d’éviter le gaspillage des ressources naturelles. On comprend alors la raison qui
pousse Arne Naess à être en phase symbiotique de façon invertébrée avec ce modèle
économique qui est l’économie des communautés.

De plus, le sage norvégien marque son approbation en faveur de cette économie en


raison de son fondement socialiste qui se caractérise par un dédain des écarts salariaux entre
les membres de la communauté. Ce qui pose tout le monde au même pied d’égalité. Il y
règne une forme d’égalitarisme biosphérique entre les membres d’une même communauté
locale au regard de l’infime différence salariale entre les travailleurs de la communauté. Ceci
sédimente encore plus le tissu social et participe à la cohésion sociale harmonieuse. Comme
le remarque d’ailleurs le sage norvégien, « les différences des revenus et des richesses sont
infimes. Les habitants quels que soient leurs revenus ont un mode de vie suffisamment
proches pour pouvoir s’entendre et travailler ensemble » 3. Dans cette économie, il apparaît de
toute évidence que les inégalités sociales n’ont pas droit de citer. Il s’ensuit alors que le projet
de Naess à faire de l’économie des communautés le nouveau système économique de la
société contemporaine est un projet noble et humanisant en ce sens que ce projet n’est rien
d’autre que celui de « l’homo socialis »4. Il s’agit de cet homme dont son bonheur n’a de sens
qu’en rapport aux autres, à toute la communauté biotique et abiotiques. Son bonheur est celui
de l’être-ensemble. C’est justement pour cette raison que « la tâche qui nous incombe est
dorénavant est de réaliser une forme d’être-ensemble (togetherness) avec la nature qui nous
est au plus haut point avantageuse »5. Le cadre de cet être-ensemble n’est rien d’autre qu’au
sein d’une société régie par l’économie des communautés. Ceci en raison de la proximité, des
liens de sympathie et de solidarité qui existent entre les hommes et leur écosystème dans cette
économie. Il y a là une forme d’«éco-organisation»6.

1
Polanyi, K., La subsistance de l’homme : la place de l’économie dans l’histoire et la société, Paris, édition
Flammarion, 2008, p.12.
2
Op., cit., p.251.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 233.
4
Tirole J., Économie du bien commun, Paris, édition PUF, 2016, p.215.
5
Op., cit. p. 269.
6
Morin, E., Méthode de la méthode, Paris, édition ACTES SUD, 2024, p.84.

84
En effet, l’éco-organisation renvoie à un réseau de communication entre les individus
appartenant à une communauté biotique dans un milieu donné. Dans cette communauté, il y
règne une interdépendance entre les individus, un système computationnel, informationnel et
communicationnel. Dans cette logique, l’éco-organisation apparaît comme « une machine
vivante, computationnelle/ informationnelle/ communicationnelle » 1. Ceci signifie que dans
l’éco-organisation, les êtres vivants qui y vivent entretiennent des liens complexes
d’interdépendance et d’autonomie puisqu’il s’agit d’une communauté. Cette forme d’éco-
organisation basé à la fois sur l’autonomie et l’interdépendance de ces membres correspond à
ce que Raymond Matand Makashing qualifie d’auto-éco-organisation pour qui « l’auto-éco-
organisation signifie que l’organisation du monde extérieur est inscrite à l’intérieur de
l’organisation vivante »2. Au regard de l’ancrage des principes de solidarité et de cohésion
sociale que regorgent les communautés locales, il est tout à fait légitime pour Naess de fonder
son modèle économique sur un tel édifice social.

De plus Arne Naess campe également pour l’économie des communautés au regard de la
capacité des communautés locales à s’adapter aux technologies renouvelables. En effet, le
nombre très réduit des personnes dans une communauté locale se révèle comme un atout
majeur pour la transition énergétique et technologique. Dans ces communautés, le nombre
très réduite des personnes, lesquelles sont en dissonance d’une surconsommation énergétique
et manifestent un dédain pour le luxe, mais vibre en phase d’un style de vie modeste et ont
un penchant pour l’utilisation des énergies renouvelables et des technologies Soft. Dans les
communautés, les habitants au regard du faible besoin énergétique n’ont pas besoin des
énergies fossiles qui ont d’ailleurs des impacts nocives sur la biodiversité. Dans les localités,
domaine de prédilection de l’économie des communautés, « les technologies sont
essentiellement des technologies soft»3. Ce recours aux technologies renouvelables est aussi
dû en partie au mode d’agriculture propre aux communautés et au moyen des transports qui
prévalent dans les communautés locales.

Dans les zones rurales, l’agriculture est purement orientée vers la satisfaction des
besoins de l’homme et non vers la satisfaction des besoins hypertrophiques du marché
comme c’est le cas dans l’économie néolibérale. Ce qui revient à dire que l’économie des
communautés relègue en posture marginale les besoins du marché au profit de la satisfaction
des besoins de l’homme. Naess est de cet avis lorsqu’il affirme que « dans une économie des
1
Morin E., Méthode 2, la vie de la vie, Paris, Seuil, 1980, pp. 37-38.
2
Makashing, R., Michel serres, Hans Jonas, Edgar Morin et l’écologie profonde, op., cit., p. 182.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 232.

85
besoins, ce qui est prioritaire, c’est l’économie des communautés » 1. Dans cette économie
dont le père de l’écologie profonde appelle à ses vœux, il apparaît de toute évidence que « les
sols écologiquement productifs pour chaque personne sur terre » 2 ne subissent pas l’usage des
produits chimiques pour accroître de façon démesuré la productivité agricole. L’empreinte
écologique des communautés locales est de ce fait minime. Par-là, il en ressort que
l’économie des communautés puisque calqué sur le modèle communautaire et socialiste est
en phase avec le projet de préservation des équilibres écologiques en ceci que les
communautés locales utilisent des technologies soft. C’est pour cette raison que dans
l’économie des communautés, « la décentralisation et l’importance donné aux ressources
locales, au climat et aux autres caractéristiques conduisent à faire varier les techniques au
sein du même espace technologique écosophiquement sain » 3. Par cette illustration, il en
ressort que l’économie des communautés s’inscrit dans la dynamique des technologies
renouvelables.

Ce faible impact écologique n’est pas à dissocier des moyens de transports. Dans les
communautés locales, les moyens de transports de la méga-société industrielle n’ont pas droit
de citer. Les membres des communautés locales au regard de leur style de vie modeste
préfèrent les déplacements en mode de transport en commun, en bicyclette où à pieds. La
marche à pieds les offre la possibilité de se connaître eux-mêmes et de connaître leurs
environnements naturels. Par cette connaissance, l’homme s’identifie à son milieu de sorte à
former un seul corps avec la nature. Il s’agit de ce que le père de l’écologie profonde qualifie
du Soi-Écologique, qui participe d’autant plus à la réalisation de soi des individus. La
réalisation de soi se définit selon Arne Naess comme « le processus joyeux de compréhension
par le soi, de l’interdépendance de tout ce qui se trouve sur terre, voir dans l’univers » 4. Ainsi,
la marche à pieds apparaît alors comme le moyen par lequel l’homme entre en contact de son
milieu naturel afin de connaître sa place et son interdépendance avec les autres êtres dans la
totalité écosphérique. La reconnaissance de ce lien est tout autant avantageux pour l’homme
dans la mesure où elle permet à celui-ci de lutter efficacement contre la crise écologique
actuelle dont l’une des causes provienne des coups fatals que l’homme inflige à la nature.
C’est au moyen de ce processus qui est l’identification de soi que l’amour des milieux
naturels nait et s’accroit. Ainsi, les membres des communautés locales « en s’identifiant à la
nature et en témoignant d’un authentique amour-propre d’un soi plus large et plus profond, il
1
Ibid., p. 189.
2
Wackernagel , M et Rees ,W., Notre empreinte écologique, Montréal, édition Écosociété, 1999, p. 35.
3
Op,. cit., p. 168.
4
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p.296.

86
pourrait au contraire prendre conscience que la protection de la nature est également au
service de leurs propres intérêts »1.

S’agissant du transport en bicyclette et en commun, ils permettent aux membres de la


communauté de se solidariser et de se connaître plus amplement. Par ailleurs, ces deux modes
de transport sont les milieux adéquates au regard de l’espace géographique des communautés
locales qui sont généralement réduit. C’est justement ce que le philosophe norvégien cherche
à démontrer lorsqu’il affirme « l’extension géographique est telle que les moyens de
transports personnels, comme la bicyclette, suffisent amplement pour circuler d’un bout à
l’autre de la communauté »2. Ce qui revient à dire les moyens de transports très polluants
écocidaire doublé des sonorités horribles, n’ont pas droit de citer dans les communautés
locales. Par cette analyse, il apparaît de toute évidence que l’économie sous fond social et
écocentré que Naess qualifie d’économie des communautés n’aurait pas d’impact néfaste
dans l’écosphère si elle venait à être adoptée dans la société contemporaine actuelle, au
contraire elle va reconnecter l’homme à la nature et mettre fin à la crise écologique actuelle.

L’ambition de garantir le bien-être écocentré de l’homme est inhérent au modèle de


l’économie des communautés au regard de l’idéal mode de production qu’elle fait recours, il
s’agit de la production par les masses. En effet, la production des masses qui est d’ailleurs
une production solidaire, humanisant et écocentré avait été mise sur pied par Gandhi à l’effet
d’introduire toute les couches sociales dans la libération du peuple indien du joug des
Britanniques. Il va opter pour un système économique décentralisé qui implique toute les
couches de la société dans le processus de production, en faisant déployer le génie créatif des
paysans tout en libérant également l’homme de la servitude des machines dans la chaîne de
production. La production par les masses offres a un plus grand nombre de personnes de
pouvoir travailler sans nécessité d’être un spécialiste. C’est dans cette logique qu’ Ernest
Schumacher, grand lecteur de Gandhi déclare :

Selon Gandhi, tous les pauvres du monde ne peuvent trouver de secours dans la production de masse,
mais seulement dans la production par les masses. Le système de production de masse — qui repose sur
une technologie sophistiquée, très gourmande en capital, tributaire d’une forte consommation d’énergie,
et qui fait l’économie du travail de l’homme — présuppose que l’on soit déjà riche, car on a besoin d’un
fort investissement en capital rien que pour établir un seul poste de travail. Le système de production par
les masses mobilise, lui, les ressources inappréciables propres à tous les êtres humains : leur esprit éclairé
et leurs mains expertes, et leur donne en renfort des outils de première classe. La technologie de la
production de masse porte en elle la violence. Elle fait des ravages sur le plan écologique. Elle va à
l’encontre du but recherché quant aux ressources non renouvelables et annihile la personne humaine. La
technologie de la production par les masses, qui fait appel au meilleur de la connaissance et de

1
Ibid., p.92.
2
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 233.

87
l’expérience modernes, favorise la décentralisation, est compatible avec les lois de l’écologie, et fait un
emploi modéré des ressources rares. Enfin, elle se propose de servir la personne humaine au lieu d’en
faire l’esclave des machin.1

Subséquemment, il en ressort que la production par les masses est solidaire, humanisant
et écocentré. Cette production se pose en s’opposant à la production de masse. En effet, cette
première forme de production offre la possibilité aux non-spécialistes, aux payants de pouvoir
travailler tandis que dans la production de masse, seul les spécialistes peuvent travailler dans
la chaîne de production au regard de la standardisation des produits. De plus dans la
production de masse, l’homme reste sous la servitude des machines, or dans la production des
masses le travail est fait manuellement, l’homme n’est pas sous le dictat des machines. En
fin, la production des masses au regard de la grande partie du travail qui est fait
manuellement n’a pas d’impact négatif dans la nature, contrairement à la production de masse
qui fait recours aux technologies lourdes, qui brille par sa détérioration et sa pollution de la
biodiversité. Par cette analyse, il en ressort que la production par les masses est plus
humanisant, solidaire et écocentré que la production de masse. C’est justement pour cette
raison que « l’expression production locale vaut aussi comme équivalent du premier type de
production, car les masses désignent souvent un grand nombre de personnes dans un milieu
homogène »2. Ce modèle de production propre aux communautés est d’une forte teneur social
et communautaire car il place l’homme au centre des préoccupations économique et offre la
possibilité à l’homme de déployer ses potentialités. Ainsi, l’économie des communautés en
plaçant l’homme au centre des perspectives se présente alors comme une économie solidaire
au moyen de la production par les masses. Dans cette dernière, « les règles régissant
l’échange rejoigne ici celles gouvernant la production avec le recours à des formes plurielles
de travail au premier rang desquelles figure le bénévolat » 3. Compte tenu du caractère social
de l’économie solidaire, au quel figure l’économie des communautés, Jean-Louis La ville
estime que seul cette économie à l’habilité de sortir l’humanité de la domination de
l’économie néolibérale.

En effet, pour cet auteur, l’économie néolibérale est une économie unidimensionnelle
qui fait de la monnaie le seul instrument de mesure des valeurs et secondarise le bien-être de
l’humanité au profit de la satisfaction des besoins hypertrophique du marché. L’économie
néolibérale fait impasse aux autres formes d’économie telles que l’économie du don,

1
Schumacher E.F., Small is beautiful, Londre, édition Seuil 1978, p.160.
2
Op., cit., p.166.
3
Laville, J-L., l’économie solidaire : une perspective internationale, Paris, édition Descelée de Brouwer, 2008,
p.87.

88
l’économie verte et solidaire. Tout est soumis à la rentabilité monétaire dans l’économie
néolibérale. Elle désubstantialise les choses de leurs valeurs intrinsèques pour les accorder les
prix fantômes sur le marché. Ainsi pour sortir de cette économie écocidaire et humanicide,
Jean-Louis La ville recommande l’économie solidaire, laquelle ouvre la voie à des pratiques
écologiquement responsable et humanisant. Cette économie prouve d’ailleurs que « la société
civile ne saurait être circonscrite à l’autorégulation marchande des échanges économiques » 1.
L’économie solidaire se présente alors comme la solution pour sortir l’homme du tutorat de
l’économie marchande ambiante. C’est pour cette raison que l’auteur de l’économie solidaire
affirme :

Hier l’économie solidaire a constitué une ouverture en direction d’une économie plurielle quand
S’implantait une société industrielle basée sur le travail salarié ; aujourd’hui elle peut renouer avec cet
élan originel dans le passage à une société de services, en particulier en s’appuyant sur des formes
plurielles de travail.2

On retient que l’économie solidaire, en connivence avec celle des communautés ouvre
la voie à la possibilité à toutes les couches sociales de pouvoir participer à la chaîne de
production. Elle ouvre alors des perspectives plus enrichissantes, plus complexes et plus
épanouissantes pour l’homme et par ricochet à toute la totalité écosphérique. Il apparaît sans
ambiguïté avec Arne Naess qu’au moyen de l’économie des communautés, « la vie peut avoir
un bel avenir et nous pouvons y prendre part » 3. Toutefois, la crise écologique actuelle
impulsée par l’économie néolibérale au moyen d’un productivisme et consumérisme anti-
écologique, cette belle perspective veut se faire réduire à néant. C’est pour éviter
l’anéantissement des ouvertures plus enrichissantes et plus joyeuses de l’humanité par
l’économie néolibérale que le père de l’écologie profonde affirme :

L’un des plus grands défis de notre époque est de sauver la planète d’un désastre écologique encore plus
grand qui ne l’est déjà qui porterait seulement atteinte aux intérêts personnels des humains mais aussi aux
intérêts personnels des non-humains et réduirait pour tous les possibilités d’une existence joyeuse. 4

Ainsi, pour arriver, à cette vie joyeuse au soubassement écocentré, voir antropocentrée ,
Naess propos une série des réformes propres à son modèle économique qui est l’économe des
communautés.

6.2. L’économie des communautés : une économie en faveur de la richesse des fins,
gage de la résolution de la crise écologique actuelle

1
Ibid. p. 76.
2
Ibidem.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 304.
4
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p.88.

89
L’économie des communautés que propose Arne Naess est une économie
anthropocentréé et écocentrée. Elle est à la fois une solution pratique pour sortir l’homme du
joug de l’économie néolibérale et pour endiguer efficacement la crise écologique actuelle. Il
s’agit d’une économie qui vibre en osmose avec la préservation de la richesse des fins,
l’autonomie, la décentralisation et la qualité de vie écologiquement responsable. L’économie
des communautés est alors l’économie qui a pour téléologie d’assurer la transition vers une
vie plus épanouissante, et ouvre à l’homo sapiens de participer au processus d’une vie plus
riche, faite de joie et de bonheur avec tous les êtres de la nature dont il a d’ailleurs la charge
de pouvoir veiller à leurs épanouissement. Il s’agit d’une économie de la prise de conscience
de l’appartenance écosphérique de l’homme. Le philosophe de Tvergastein déclare à cet
effet :

La prise de conscience dont il est question ici consiste à effectuer une transition vers une conduite plus
égalitaire à l’égard de la vie et le développement de la vie sur terre. Cette transition ouvre à l’homo
sapiens les portes d’une vie plus riche et plus satisfaisante mais ne se focalise pas seulement sur cette
espèce.1

Cette transition humanisante et écocentrée n’est possible qu’au moyen d’une nouvelle
économie de la simplicité des moyens et de la richesse des fins qui n’est rien d’autre que
l’économie des communautés.

Cette dernière pose le changement d’idéologie comme un impératif pour l’adoption


d’un style de vie écologique plus responsable, l’optique étant la résolution de la crise
écologique actuelle. Il s’agit d’une réorientation de l’économie en faveur de l’appréciation de
la qualité de vie au lieu du haut niveau de vie qu’on retrouve d’ailleurs dans l’économie
néolibérale. Arne Naess affirme en ce sens « les changements idéologiques passent par
l’appréciation d’une bonne qualité de vie plutôt que l’adhésion à des standards de vie toujours
plus élevés »2. Par-là, l’économie des communautés s’oppose dos à dos à l’économie qui
fonde la richesse sur l’accumulation des biens, mais au contraire l’économie de Naess reste
en bon ton avec l’appréciation d’une qualité de vie écosophique, laquelle vie a d’ailleurs
moins d’interférence avec la nature. Dans ce nouveau style de vie, le slogan éminemment
écosophique n’est rien d’autre de que « marchons sur terre d’un pas léger » 3. Cette marche
sans laisser des traces dans la nature est due en partie à cause de la présidence des fins dans la
nature.

1
Op., cit., pp. 156-157.
2
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p. 44.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 167.

90
Le finalisme est la « doctrine qui accorde aux causes finales un rôle effectif » 1. Cette
doctrine signifie qu’une chose existe par qu’elle a un bute nécessaire, une finalité intrinsèque
qui émane de son propre existence. Les organismes de la nature regorgent des fins
intrinsèque, ils aspirent à la vie, leurs valeurs intrinsèques dépend d’eux-mêmes et non des
hommes. Leurs présences dans la nature invitent à une respectabilité et responsable de la part
des humains et non à une instrumentation et une brutalisassion de ces organismes qui ne
demande qu’à vivre. L’économie des communautés que nous propose Arne Naess pour venir
à bout de la crise écologique actuelle se range dans cette logique de pérennisation de la vie
dans la totalité écosphérique. Son slogan de « vivre et laisser vivre » 2 est d’ailleurs fort
évocateur à ce sujet. Il n’est pas question de vivre en détruisant les autres formes de vie
autour de nous, mais plutôt chercher un épanouissement écocentré.

Par cet attachement à la vie de l’économie des communautés du philosophe norvégien,


il se pourrait que l’économie que nous propose Arne Naess soit plus résonante que la
nouvelle éthique de la responsabilité de Hans Jonas. En effet, l’éthique du futur du
philosophe Allemand qui est l’heuristique de la peur, autorise à tout un chacun de risquer sa
vie, tant que cet acte ne porte pas atteinte aux générations futures. Hans Jonas affirme à cet
effet « le nouvel impératif affirme précisément que nous avons bien le droit de risquer notre
propre vie, mais non celle de l’humanité » 3. Or dans l’écosophie d’Arne Naess, laquelle se
déploie dans les communautés locales ayant pour système économique l’économie des
communautés, l’homme apparaît comme un être relationnel entretenant des liens profonds et
complexe avec ses semblables et son environnement. Arne Naess déclare dans ce sens « le
système relationnel met les êtres humains compris comme système organiques, en liaison
avec les animaux, les plantes et les écosystèmes dont on dit par convention qu’ils sont à
l’intérieur où à l’extérieur de l’organisme » 4. Dans cette logique le retrait où la mort de
l’homme s’accompagne d’une série de perturbation et déséquilibre sociale et écologique. Sur
ce rapport, il apparaît que l’économie des communautés du sage norvégien est un
dépassement de l’éthique du futur de Hans Jonas, au regard de son protectionnisme de la vie
qui exclut toute mise en péril de la vie d’une personne. Cet économie a un soubassement
solidaire, social, écologique, écosophique voir vitaliste.

1
Comte-Sponville, A., Dictionnaire philosophique, op., cit., p.386.
2
Op., cit., p. 277.
3
Hans, J., Le principe responsabilité, op., cit., p. 40.
4
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 140.

91
Ce vitalisme propre à l’économie des communautés présente des accointances avec celle
des africains qui se manifeste par leurs attachements à la vie. La vie est la valeur suprême des
en Afrique. Comme le souligne Eugène Gabin Nguefack :

L’éthique africaine de la vie, en référence à l’eschatologie et la thanatologie traditionnelles africaines,


émarge grandement dans un registre vitaliste, qui suppose que la vie est soumise à un principe
transcendant : car dit-il, les valeurs traditionnelles africaines liées à la vie obéissent à des normes
transcendantales, c’est-à-dire des normes implémentées par l’au- delà. 1

Par-là, la vie acquière une dimension sacrée en contexte africain. La vision du monde
des africains est à comprendre sur leurs perceptions de la vie et la mort. En Afrique, il y a la
supériorité absolue de la vie sur la mort. Et même cette dernière est une transition pour la vie.
Basile Juleat Fouda affirme à cet effet « le nègre aime la vie et s’émerveille devant elle. La
vie s’impose à lui comme le tout de l’existence humaine. De là viennent l’optimisme des
négro-africains devant la vie »2. Ceci illustre clairement que l’Afrique est un pôle de
convergence de la valorisation de la vie. Les similitudes se pointe de ce fait à l’horizon entre
l’écologie profonde d’Arne Naess et le vitalisme africain au regard de l’attachement de ces
deux philosophie à la vie. C’est fort de cette remarque que le père de l’écologie profonde
déclare qu’« il est important de noter que les croyances et les pratiques des cultures
traditionnelles de la plupart des régions du monde sont favorables aux normes du mouvement
d’écologie profonde »3. On comprend alors que l’écologie profonde est une philosophie
propre aux cultures modestes du monde qui valorise d’ ailleurs la vie et brille par leur
proximité avec la nature.

L’économie des communautés du philosophe des montagnes est cette économie dont la
teneur éco-philosophique rime en faveur d’une série des changements d’idéologies en vue
d’endiguer la crise écologique actuelle. Elle est la solution efficace pour sortir l’humanité du
joug de l’idéologie néolibérale. L’économie qu’Arne Naess appelle à ses vœux est en faveur
de « l’adoption d’un style de vie écologiquement responsable : rupture avec un mode de vie
consumériste et avec l’utilisation des énergies fossiles » 4. Au moyen de ce changement,
l’homme pourra renverser l’idéologie néolibérale qui détruit au jour le jour les conditions
d’habitabilité de la terre. Ce souci de trouver les solutions efficaces et pratiques pour venir à
bout de la crise écologique par le père de l’écologie profonde au moyen de l’économie des
communautés n’est pas loin du projet de Mathias Wackernagel et de William Rees.
1
Nguefack, G., Ontologisation du pouvoir politique et « métaphysique sociale » en Afrique subsaharienne :
Essaie d’ontologie politique africaine, Dschang, édition Dschang University Pression, 2024, p. 17.
2
Basile Juleat , F., La philosophie négro-africaine de l’existence, Paris, édition l’Harmattan, 2013, p. 30.
3
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 331.
4
Ibid., p. 328.

92
En effet, ces deux auteurs, soucieux de résoudre la crise écologique actuelle n’hésite
pas à faire recours à un outil. Il s’agit de l’empreinte écologique. Cette dernière se définit
comme « la mesure de la charge qu’impose à la nature une population donnée. Elle représente
la surface du sol nécessaire pour soutenir les niveaux actuels de consommation des ressources
et production de déchets de cette population » 1. L’empreinte écologique se présente alors
comme l’outil de la mesure des interférences de l’homme avec son milieu naturel. Également,
par l’empreinte écologique, l’homme arrime sa consommation des ressources naturelles aux
normes écologique de sorte à ne pas les épuiser. Comme le soulignent Mathias Wackernagel
et de William Rees, l’empreinte écologique est, « un outil comptable qui nous permet
d’évaluer la consommation des ressources et les besoins d’absorption des déchets d’une
population humaine ou d’une économie données, en termes de la superficie correspondante
de sol productif »2. Cet outil n’a alors pour seul mission de nous sortir du marasme
écologique actuel. L’empreinte écologique tous comme l’écologie profonde qui est également
« un outil d’analyse qui nous enseigne comment nous interroger plus avant sur les racines des
problèmes environnementaux »3. L’écologie profonde nous permet d’effectuer un
renversement de la situation écologique actuelle afin qu’advienne la stabilité et l’équilibre
éco-systémiques, gage de résolution de la crise écologique. C’est fort de ce souci de
préservation de la nature par les auteurs de Notre empreinte écologique affirment sans réserve
que

Nous pouvons renverser le cours la détérioration écologique et de l’injustice sociales. Il existe déjà des
milliers d’outils conceptuels et l’idée riche pour nous permettre de planifier un monde plus sûr.
L’empreinte écologique est l’un de ces outils. Elle nous aide à comprendre à la fois notre situation
actuelle et les implications de nos choix politiques 4

On le voit, la lutte contre la crise écologique est l’objectif majeur de toute personne
ayant une sensibilité écologique. Arne Naess n’est pas le seul à vouloir renverser l’économie
néolibérale par l’économie des communautés à l’effet d’ouvrir une nouvelle perspective plus
riche, plus joyeuse à l’humanité. Dans cette logique, l’écologie devient ce que pensait Pierre
Rabhi qu’Arne Naess évoque avec nostalgie, pour lui, « l’écologie devrait être transversale,
source de joie, de sobriété heureuse » 5 dans la mesure où elle vient alors offrir à l’humanité la
possibilité de perduration de la vie bien épanouie sur terre.

1
Wackernagel , M et Rees ,W., Notre empreinte écologique, op., cit., p. 26.
2
Ibid., p. 29.
3
Arne Naess, Vers l’écologie profonde, op., cit., p. 42.
4
Op., cit., p. 48.
5
Arne Naess, pour une écologie joyeuse, op., cip., p.111.

93
L’économie des communautés du sage norvégien pour être à la hauteur du projet
humanisant et écocentré qui est celui de lutter efficacement contre la crise écologique opte en
faveur de la décentralisation qui se caractérise par l’autonomie des collectivités locales, de
l’appréciation de ce qui est fait par soi-même. À cela s’ajoute le déplacement en bicyclette et
en transport en commun. Bien plus, l’économie des communautés que propose Arne Naess
invite l’homme à être en contact avec la nature à travers des friluftsliv, c’est-à-dire des
campings dans les milieux naturels afin de pouvoir se reconnecter avec l’environnement
naturel immédiat ou pourrait se développer le Soi-Écologique. Pour éviter le boom
démographie hors de tout contrôle, l’économie des communautés de Naess nous recommande
le recours à des plannings familials et l’espacement des naissances. Et pour une sécurité
alimentaire optimale, l’économie des communautés vibre pour l’agriculture biodynamique.
Naess ne garde pas son souffle par rapport aux solutions de l’économie des communautés
pour restaurer la crise écologique actuelle. Il s’agit de la défense du slogan, « ce qui est fait
par soi-même est bien fait, le déplacement en bicyclette où en transport collectif, friluftsliv,
mise en place d’un planning familial, développement de l’agriculture biodynamique ». Par-là,
les solutions que proposent l’économie des communautés que nous propose Arne Naess se
situe aux antipodes de l’économie néolibérale.

En outre, l’économie des communautés que le père de l’écologie profonde appelle à ses
vœux s’articule clairement autour d’un idéal social ou prévaut « la technologie verte,
l’économie verte, la démographie verte, les communautés vertes, les mouvements pacifiques
verts […] et la diversité de la vie »1. Dans cet idéal social, l’homme brille par son amour pour
la nature, par une proximité inouïe avec la nature, il pense avec la nature. Il s’agit de ce que
Marlène Sokeng-Fomena qualifie en bon ton avec Michel serres de Cosmo-Cogito. Ce
dernier renvoie à une manière de penser avec le cosmos, avec la nature, une pensée proche du
Soi-Écologique. Le cosmos-cogito est le mode de pensée de l’animisme épistémologique,
propre à Marlène Sokeng-Fomena.

Pour cette dernière, l’animisme épistémologique est la solution ultime, le dernier rempart
pour endiguer la crise écologique actuelle. Le disciple continuateur de Michel serres à savoir
Marlène Sokeng-Fomena ne garde pas son souffle, elle affirme de façon audible, «
l’animisme épistémologique se présente comme l’unique solution par laquelle l’humanité
mettra fin à la souillure du monde » 2. Elle est alors la réponse théorico-pratique propre à la

1
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 68.
2
Sokeng-Fomena, M., Épistémologique et hypothèse néo-animiste, op., cit., p. 137.

94
science pour sortir l’humanité du marasme écologique actuel. L’animisme épistémologique
se baigne de ce fait dans l’arsenal épistémique des sciences à l’effet de se positionner comme
pôle archétypal de résolution de la crise écologique actuelle. Comme l’affirme d’ailleurs la
mère de cette nouvelle approche épistémologique, « l’animisme épistémologique se propose
la réponse de la science aux problèmes écologiques » 1. On le voit, cette nouvelle approche
épistémologique se drape des ambitions écologiques.

L’économie des communautés du philosophe de Tvergastein présent les accointances


avec l’épistémologique néo-animiste sous le prisme du Cosmo-Cogito,il en ressort alors que
cette épistémologie brille également pour le respect des écosystèmes, des paysages et pour
l’amour de la nature. Arne Naess déclare en effet que l’économie des communautés est en
faveur du :

Respect de toute vie. Respect des paysages. Élimination du plaisir de la chasse, à l’exception de la chasse
à la photographie. La chasse doit être limitée à une gestion écologiquement justifiée de la vie sauvage.
Traverser la nature sauvage d’un pas léger : ne laisser aucun indice de notre passage dans le paysage.
Stopper l’étalement urbain, stopper l’urbanisation (autoroute, hôtels, etc ) dans les espaces naturels. 2

Subséquemment, il en ressort que l’écologie profonde apparaît comme un


protectionnisme des espaces verts, des réseaux et corridors écologiques. Elle est en faveur de
la reconnaissance de la valeur intrinsèque de la nature, d’un respect invertébré à l’égard des
milieux naturels.

En outre, l’écologie profonde de Naess au moyen de l’économie de la simplicité des


moyens et de la richesse des fins invites à l’éducation verte. Cette dernière consiste à
s’identifier, chérir la nature. Cette dernière s’identifie pour ainsi dire au souverain bien au
quel tout le monde doit rechercher à l’effet de s’identifier à elle. Le philosophe norvégien
déclare à cet effet que, « c’est l’amour envers la nature qui est le souverain bien que nous
pouvons désirer selon le commencement de la raison ; il est commun à tous les hommes et
nous désirons que tous en jouissent »3. Nous sommes en face d’un patriotisme planétaire, ce
qui passe préalablement par l’éducation à la nature, à l’identification à la nature. Il faut
comme le martèle le père de l’écologie profonde « éduquer à s’identifier à la nature » 4, ce qui
implique une « contrainte minimum à l’encontre de la nature et l’autonomie maximum » 5 de
l’homme, lequel homme vie dans une communauté locale ayant pour système économique
l’économie des communautés.
1
Ibidem.
2
Op., cit., p. 284.
3
Naess, A., La réalisation de soi : Spinoza, le Bouddhisme et l’écologie profonde, op., cit., p. 127.
4
Naess, A., Écologique, communauté et style de vie, op., cit., p. 284.
5
Ibid., p. 285.

95
De ce qui précède, on peut en retenir que l’économie des communautés que nous
propose Arne Naess en guise de solution pour lutter contre la crise écologique accélérée par
l’économie néolibérale opte en faveur de l’adoption d’un style de vie écologiquement
responsable qui est en faveur de l’idéal de la simplicité des moyens et la richesse des fins.
Elle est alors apte à endiguer efficacement la crise écologique et à sortir l’humanité du joug
de l’économie néolibérale car elle repose sur les technologies renouvelables, la production
locale, le respect et la sacralité de la vie, la reconnaissance de la valeur intrinsèque de la
nature, un style de vie modeste, la solidarité et l’égalitarisme biosphérique, c’est-à-dire le
droit pour tous de vivre. Il s’agit d’un droit de vivre et de laisser vivre tous les êtres de la
totalité écosphérique. Ces solutions sont des changements que l’économie des communautés
du père de l’écologie profonde propose pour lutter efficacement contre la crise écologique
causée en partie par l’économie néolibérale, de façon individuelle et collective et pour sortir
l’humanité du joug de cette économie écocidaire.

96
En sommes, il était question dans cette deuxième partie de présenter en quoi l'économie
néolibérale est responsable de l'aggravation de la crise écologique comme le pense Arne
Naess. Ainsi, il en ressort dans notre première chapitre que l'économie néolibérale est
responsable de l'accélération de la crise écologique de par son sur productivisme qui épuise
systématiquement les ressources de la nature, mais également gomme la valeur intrinsèque de
la nature. Dans notre deuxième chapitre, il en ressort que l'économie néolibérale est
également responsable de l'aggravation de la crise écologique car elle engendre un syndrome
consumériste qui pollue gravement et consomme abondamment les ressources naturelles.
Mais aussi, elle est responsable de l'accélération de la crise écologique dans la mesure où
l'économie néolibérale fait du haut niveau de vie écocidaire l'idéal de son style de vie. Au
regard des effets néfastes de l'économie néolibérale sur la nature. Arne Naess opte pour la
mise à mort de cette économie en faveur de l'économie des communautés qui est écocentrée
et anthropocentrée, basée sur la qualité de vie écologiquement responsable et sur un idéal de
simplicité de moyens et de richesse des fins. Cette économie se fonde sur les principes des
communautés locales c'est à dire la solidarité, le respect mutuelle, la réciprocité, la recherche
du bien-être collectif.

Toutefois, il en ressort que l'économie des communautés dont propose Arne Naess
présente quelques zones d'ombres qui risqueraient la rendre inapplicable dans notre contexte
éconolatrique marqué par le règne sans partage de l'axiomatique du gain.

97
TROISIÈME PARTIE : L’ÉCONOMIE DES COMMUNAUTÉS D’ARNE
NAESS EN PROIE ENTRE INEFFICACITÉ ET SORT DE
L’IDÉOLOGIE SOCIALISTE DEPUIS LA CHUTE DU MUR DE
BERLIN EN 1989

98
Dans cette troisième partie de notre réflexion, qui marque le point d’achèvement de
cette analyse, il sera question de ressortir en dépit de la pertinence, philosophie, écologique et
bioéconomique, les insuffisances de la thèse d’Arne Naess à l’effet de proposer des solutions
plus efficaces pour endiguer la crise écologique actuelle.

Pour y arriver, nous présenterons premièrement dans notre septième chapitre, les failles
internes à l’instar des principes contradictoires qui pose la condition de l’épanouissement de
l’humanité, et celle des organismes non humains dans la baisse substantielle des populations
humaines, ainsi que le principe d’égalitarisme biosphérique qui affirme le droit pour tous de
vivre, mais recommande la mise à mort des humains au profit des organismes infrahumains.

Deuxièmement, il sera question pour nous dans notre huitième chapitre, de ressort
l’ancrage utopiste des solutions que proposent Arne Naess, ainsi que la coloration néo-
socialiste de l’économie des communautés, comme des obstacles de l’action écologique, car
pouvant déboucher à l’écocommunautarisme.

En fin, dans notre neuvième chapitre, il sera question de ressortir les méritent de
l’approche écologique d’Arne Naess, lesquels attestent véritablement que l’écosophie du père
de l’écologie profonde demeure une mine d’or écologique et invite à une relecture à l’effet de
puiser des outils de résiliences climatiques. L’éthique de la compassion écologique que nous
proposons vise à écologiser la conscience humaine à l’effet de promouvoir un vivre ensemble
harmonieux homme-nature dans un contexte marqué par la préséance des enjeux économico-
écologiques.

99
Chapitre VII : L’économie des communautés naessienne : un angélisme utopiste
inopérant dans la période contemporaine

L’économie des communautés que propose Arne Naess dans un élan de substitution de
la bourrasque néolibérale se révèle inopérante dans notre contexte manifestement dominé par
des enjeux économétrie (méthode « utilisée pour estimer les paramètres des équations qui
constituent les modèles de prévision macroéconomiques» 1), en raison de son fondement
économique traditionnel, archaïque qui ne se limite qu’à la fonction de subsistance. Mais
aussi cette économie se révèle inopérante au regard des oripeaux génocidaires et
contradictoire qui se dégagent de ce système. Ces facteurs combinés peuvent restreindre
l’action écologique.

2- Économie des communautés naessienne : une économie au relent génocidaire

L'économie des communautés, proposées par Anne Naess, qui s'inscrit dans un élan de
substitution et l'économie néolibérale, car responsable de l’aggravation et la crise écologique
actuelle, présente des zones d'ombres qui invitent nécessairement à soulever. Parmi ces zones
d'ombre, on peut évoquer le fort potentiel de la baisse substantielle de la population, laquelle
laisse entrevoir un fond génocidaire. Ceci est d'autant plus contradictoire dans la mesure où
Arne Naess cherche justement à garantir l'épanouissement de l'humanité. Il affirme à cet
effet, « la préservation de la planète répond à un besoin profondément humain » 2. Par-là, il en
ressort que Naess milite pour la préservation de la nature en vue de garantir la perpétuité de
l'humanité sur terre.

Toutefois, il recommande une diminution des humains pour qui, il faut préserver la
nature pour garantir son bien-être à longue terme. Il affirme à cet effet, « l'épanouissement de
la vie humaine et des cultures est compatible avec une baisse substantielle de la population
humaine. L'épanouissement de la vie non humaine nécessite une telle baisse» 3. Ici, Arne
Naess et purement et simplement en contradiction avec lui-même dans la mesure où son
système philosophique vise réellement l'amélioration des conditions de vie de l'humanité,
mais cherche autant que possible à tuer cette même humanité. Il semblerait qu'on cherche à
préserver la nature pour elle-même et non pour l'humanité puisqu'on cherche la diminution
substantiellement de cette humanité au profit de la nature. Ainsi, il apparaît de toute évidence
1
Beitone, A, Cazorla, A et Hemdane, E., Dictionnaire de science économique, op., cit., p.202.
2
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 228.
3
Ibid.p.60.

100
qu'il y a une instrumentalisation, voir une liquidation de l'humanité au profit du bien-être des
organismes non humains. Et les partisans de l'écologie profonde sont prêts à tout pour
atteindre ce but.

Nous sommes en droit de ligne de nous demander si les conflits fratricides, des
pandémies et les maladies incurables qui touchent l'humanité n’entretiennent pas des
accointances avec le mouvement de l'écologie profonde. Vincent Gerber est de cet avis lors
qu'il affirme « si l'épidémie du SIDA n'existait pas, les environnementaliste radicaux
devraient en inventer une »1. On le voit, avec Vincent Gerber, la quête frénétique de la baisse
substantielle de la population est la préoccupation majeure des partisans de l'écologie
profonde. Il est de toute évidence que cette préservation de l'environnement est
exclusivement pour le bien-être des organismes non humains et non pour les humains. Il on
comprend que le père de l'écologie profonde est obnubilé par cette exigence de diminuer la
population humaine. Il affirme sans réserve « la stabilisation et la réduction de la population
humaine prendront du temps. Aussi est-il nécessaire de développer des stratégies
intermédiaires »2. Ici, on retient que l'écologie profonde cherche à poursuivre un projet anti
humaniste et génocidaire puisqu'elle cherche des stratégies pour mieux réduire drastiquement
la population humaine. Le système philosophique du père de l'écologie profonde et de ce fait
jonché des contradictions internes, lesquels peuvent obstruer la saisie profonde de son
écosophie et la rendre inapplicable voir inefficace. On comprend le pourquoi Luc Ferry
affirme que l'écologie profonde est victime d'une « contradiction performative » 3. Ceci est du
simple fait que le projet d'une écologie centrée exclusivement sur la préservation du bien-être
des organismes infrahumains est une contradiction en soi.

Une nature sans les hommes pour y apprécier et vivre pleinement à l'intérieur est
dépourvue de sens. Seul l'homme peut apprécier les bienfaits et la beauté de la nature. Dans
l'écologie profonde, on retrouve cette contradiction performative, interne qui de la
préservation des organismes non humains l'unique téléologie de l'action écologique. Le père
de l'anthropocentrisme écologique, à savoir Luc Ferry est de cet avis lorsqu'il affirme :

Cette discordance se retrouve dans le discours juridique des écologistes profonds : s'imaginant que le
bien est inscrit dans l'être des choses, ils en viennent à oublier que toute valorisation, y compris celle de
la nature, est le fait des hommes et que, par conséquent, toute éthique normative est en quelque façon
humaniste et anthropocentriste.4

1
Vincent Gerber « Changer le monde par l’éthique : regard sur la deep ecology », p.93
2
Op., cit,. p. 63.
3
Ferry, L., Le nouvel ordre écologique, Paris, édition Grasset, 1992, p. 196.
4
Ibidem

101
Il en ressort que l'écologie profonde cherche de toute évidence à préserver la nature
pour elle-même et non pour l'homme. De ce fait, elle entre en double contradiction interne
avec elle-même dans la mesure où ça visée première était de permettre la réalisation de
l'humanité mais elle se détourner de cela pour plutôt chercher le bonheur des organismes non
humains.

Nous nous interrogeons véritablement si « la recherche de la réalisation de soi de


l'humanité»1 qu’Arne Naess clame est-elle véritablement pour l'humanité au regard du
cinquième principe de la plateforme de l'écologie profonde qui réclame plutôt la diminution
substantielle de la population pour l'amélioration significative des conditions de vie des
organismes non humains. Il y a là une forme de contradiction interne qui rend inefficace
l'arsenal l'écologie d’Arne Naess, laquelle recommande la mise à mort de l'économie
néolibérale au profit de l'économie des communautés.

En outre, le projet humanicide qui consiste à trouver des stratégies pour limiter la
croissance démographique se situe aux antipodes de réelles motivations reproductives des
humains. Les hommes peuvent décider de se reproduire dans le but de faire croître leurs
populations, car victimes d'une pandémie, ou d'un conflit qui aurait fragilisé voir diminuer la
population humaine. Murray Bookchin est de cet avis lorsqu’il affirme par le biais de
Hicham-Stéphane Afeissa dans la postface de l’édition américain d’Écologie, communauté et
style de vie que « les êtres humains ne sont pas des mouches à fruits […]. Leur comportement
reproductif est profondément conditionné par les valeurs culturelles, les niveaux de vie, les
traditions sociales, les relations de genre, les croyances religieuses, les conflits sociopolitique
et autres attentes sociopolitique »2. On le voit, la politique antinataliste que Naess cherche à
mettre en application dans son modèle économique qui est l’économie des communautés se
situe aux antipodes de réelles motivations de la croissance démographique.

Enfin, les contradictions internes du système du père de l’écologie profonde ne se


limitent pas seulement sur la recherche de la réalisation de soi de l’humanité, en passant par
la baisse de la population humaine, il y a également la pluralité des écosophiques qui laissent
le lecteur dans l’impasse. Le lecteur de Naess se situe dans l’ambivalence, tantôt, l’écologie
profonde est « un mouvement libre et engagé contre les valeurs dominantes de la société
techno-industriel et capitaliste »3. Ceci revient à dire qu’elle est ce mouvement qui s’oppose

1
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 271.
2
Ibid., p.366.
3
Mathilde, R., Écologie profonde : que sais-je, op., cit. p. 48.

102
frontalement à l’économie marchande pour proposer un modèle économique de la
décroissance avec moins d’interférence sur la nature. Plus loin, l’écologie profonde se définit
comme « une philosophie de l’harmonie ou de l’équilibre écologique» 1. Ce qui revient à dire
que l’écologie profonde de Naess en dépit d’être un mouvement est également une
philosophie. Il y a là un pluralisme écosophique, pouvant conduire le lecteur à la perdition.
Ceci atteste d’autant plus le pluralisme méthodologique dont est victime le système
philosophique d’Arne Naess.

En dépit de ce pluralisme, il rajoute une autre définition de l’écosophie où l’écologie


profonde, qu’il définit comme « un outil d’analyse qui nous enseigne comment nous
interroger plus avant sur les racines des problèmes environnementaux » 2. On saisit ici que
l’écologie profonde se comprends comme un outil d’analyse, un procédé méthodologique.
Ceci atteste davantage le pluralisme méthodologique qui hante le système éco-éthique
d’Arne Naess. Cette autre définition de l’écologie profonde vient alors faire déborder la
goutte d’eau de la vase. Il redéfini l’écologie profond comme « une manière idéologique de
regarder le monde qui met l’accent sur l’importance de la nature libre et sauvage» 3. Sous ce
rapport, l’écologie profonde devient un mot valise, un four tout, qui manque de clarté.

Ce manque de clarification s’hypertrophie encore d’avantage lorsque le sage norvégien


affirme que l’écologie profonde est un « système personnel, une philosophie personnelle » 4.
On se situe de ce fait à la lisière de toute clarification conceptuelle au regard du pluralisme
définitionnel du vocable écologie profonde. Ainsi, l’incompréhension de cette dernière
débouche inéluctablement sur une mécompréhension de l’économie des communautés,
puisque cette forme d’économie n’est qu’un sous bassement de l’écosophie d’Arne Naess. Le
statut réel de l’écologie profonde dans cette mesure demeure énigmatique dans la
communauté scientifique et ceci relève d’une évidence patente. François Yerly-Brault est de
cet avis lors qu’il affirme qu’« en réalité, la confusion règne sur le statut philosophique de
l’écologie profonde, en particulier dans l’espace intellectuel francophone » 5. Ainsi, au regard
du manque de clarification définitionnel qu’on retrouve dans l’écologie profonde, lequel se
fait ressentir avec acuité dans l’espace intellectuelle, il est de toute évidence que la saisie de
son modèle économique aura des difficultés y compris sa mise en application.

1
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p. 38.
2
Naess, A., Vers l’écologie profonde, op., cit., p. 42.
3
Ibid., p. 210.
4
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 26.
5
Naess, A., Ecologie profonde, op., cit., p. 55.

103
Arne Naess fini par définir une énième fois l’écologie profonde comme « une
philosophie environnementale qui nous pousse à nous interroger sur la place de notre espèce
dans la nature, dans l’espoir qu’un questionnement plus approfondi suscitera des solutions
plus amples à la crise environnementale que nous affrontons actuellement » 1. La multiplicité
définitionnel rend obscur la quintessence définitionnelle de l’écologie profonde de Naess.
Dans cette logique, l’applicabilité de l’économie des communautés que propose le père de
l’écologie profonde, adossée aux principes de l’écosophie devient insaisissable, d’où son
inefficacité. On ne peut qu’aboutir à la conclusion selon laquelle « Arne Naess est de ce fait
volontairement ambigu lorsqu’il s’agit de délimiter les idées fondamentales de l’écologie
profonde »2. Le pluralisme méthodologique et définitionnel de l’écologie profonde s’impose
alors comme une évidence patente qui rend insaisissable son économie des communautés, d’
où son inapplicabilité.

2: Économie des communautés de Naess : une économie de l'égalitarisme chimérique


homme/nature

L'économie des communautés du sage norvégien qui s'inscrit dans la logique de la


résolution de la crise écologique, laquelle économie se pose en s'opposant à l'économie
productiviste et consumériste, est porteuse des contradictions internes qui diluent la
philosophicité de cette économie sous fond écosophique. En effet, le père de l'écologie
profonde campe en faveur d'un idéal économique qui laisse entrevoir un principe
d'égalitarisme biosphérique entre tous les organismes de la nature. Il s'agit d'un droit pour
tous de vivre au nom d'un droit également à la vie que dispose tout être. Ce principe est un
axiome majeur de l'écologie profonde. Arne Naess affirme à cet effet « le droit de vivre que
possèdent toutes les formes de vie est un droit universel qui ne peut être quantifié. Nul espèce
n'a en tant que telle qu'une autre de droit particulier de vivre et de s'épanouir » 3. Le principe
d'égalitarisme biosphérique se présente dans cette logique comme un droit inaliénable que
possède chaque être. Ce principe vise le rejet de l'antropocentrisme en faveur de l'instauration
de la vie comme valeur supérieure dans le cosmos.

Toutefois, ce principe n'est pas en faveur d'un égalitarisme biosphérique comme il


voulait le faire croire, il est faveur du bien-être des organismes non humains, et en défaveur
des humains. Ce principe apparaît alors faire l'éloge d'un égalitarisme chimérique sous fond

1
Naess, A., Vers l’écologie profonde, op., cit., p. 178.
2
Op., cit,. p. 54.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 266.

104
génocidaire. Il est de toute évidence que ce principe est contradictoire puisqu'il ne vise pas
réellement à promouvoir l'égalité homme-nature. Ce principe de la plateforme d'écologie
profonde atteste une liquidation des humains au profit du bien-être des organismes non-
humains. Arne Naess déclare que « l'épanouissement de la vie humaine et des cultures est
compatible avec une baisse substantielle de la population humaine. L'épanouissement de la
vie humaine nécessite une telle baisse »1. On le voit, Arne Naess perd de vue que son principe
d'égalitarisme biosphérique s'inscrit dans la logique de la préservation de toute vie et non
pour les seuls organismes infrahumains.

Dès l'entame, ce principe était en phase symbiotique de l'exigence de préservation de la


vie dans l'écosphère sans parti pris. la visé première était la préservation de la sacralisation de
la vie. Mais ce principe qui pose la diminution de la population comme la condition de
préservation du bien-être des organismes de la nature rend contradictoire le système
écologique d'Arne Naess. Sous ce rapport, il apparaît clairement que le père de l'écologie
profonde soutien un égalitarisme chimérique, illusoire entre l'homme et la nature, et au final,
l'action écologique à pour visé la nature. L'affirmation d'Arne Naess qui stipule que « le bien-
être et l'épanouissement des formes de vie humaines et des non-humains sur terre est une
valeur en elle-même »2. Ici, le principe d'égalitarisme biosphérique reste attaché à ses
principes initiaux, la valorisation de la vie. Mais, il se détourne de ce principe quand il
recommande la diminution de l'espèce humaine pour le bien d’une autre espèce. Par cette
mise à mort des humains, au profit des organismes non humains, on comprend que le principe
d'égalitarisme biosphérique cesse d'être une valeur intrinsèque de tout être, et par ricochet il
est refusé à l'homme ce droit à la vie. On entrevoir de ce fait l'inscription de l'écologie
profonde dans un champ de contradictions internes.

Arne Naess, en soutenant que le sacrifice des humains au profit de la réalisation des
autres êtres, oublie la caractéristique fondamentale de l'humanité qui est le désir,
l'attachement à la vie. L’humanité attache un prix à la vie, à la joie et l'harmonie. Luc Ferry
est de cet avis lors qu'il affirme que « l'amour de la vie, de sa propre vie comme de celle des
êtres qui sont chers, est d'évidence une des passions les plus communes à l'humanité » 3.
Ainsi, prétendre vouloir sacrifier l'humanité au profit de la nature est un crime contre
l'humanité. C'est refuser le droit à la vie aux hommes, lesquels attachement un prix à la vie.
Puisque l'écosophie de Naess campe en faveur du retrait du droit à la vie des humains au
1
Ibid., p. 60.
2
Naess, A, La réalisation de soi : Spinoza, le bouddhisme et l'écologie profonde, op., cit., p. 44.
3
Ferry, L., Le nouvel ordre écologique, op., cit., p. 131.

105
profit des non-humains, il en demeure que le modèle économique qu'elle postule sera répugné
au regard son fort dosage génocidaire.

De plus, on retrouve des contradictions dans l'écosophie de Naess qui postule un


égalitarisme biosphérique chimérique dans les communautés vertes. Ceci est perceptible par
le manque de clarté de la finalité de l'écologie profonde de Naess. Premièrement, le sage
norvégien affirme que « l'écologie de terrain tient que le droit égal pour tous de vivre et de
s'épanouir est un axiome de valeur intrinsèquement clair » 1. Elle s'inscrit dans une logique
bio-conservatrice. Il s'agit d'un projet noble bien qu'on retrouve toujours des zones d'ombres
dans ce principe.

Le cas illustre, les parasites porteur des jeunes pathogènes des maladies dangereuses
telles que la COVID-19, le virus du VIH SIDA, le vibrions cholérique et bien d'autres virus,
peuvent-ils véritablement être au même pied d'égalité que l'homme ? Nous estimons que cela
n'est pas le cas. Il apparaît de toute évidence que le principe d'égalitarisme biosphérique de
Naess manque de clarification, et par la suite pourrait ouvrir la voie au génocide de
l'humanité. Ce principe est d'autant plus ambigu dans la mesure où le père de l'écologie
profonde affirme qu'au nom du principe d'égalitarisme biosphérique, « il est aussi naturel de
désirer le bien-être d'un animal ou celui d'une plante que celui d'une personne » 2. Cette
affirmation laisse entrevoir une liquidation de l'humanité au profit du bien-être des
organismes non humains. La question qui subsiste dans ce contexte n'est rien d'autre que la
préservation de la nature est-elle pour elle-même ou pour l'homme. Il est de toute évidence
que pour Arne Naess la nature est préservée pour elle-même. La présence de l'homme dans
l'écosystème se traduit en termes de crime écosphérique.

En effet, Arne Naess pointe sans réserve le boom démographique d'être pleinement
responsable de l'aggravation de la crise écologique. Le surnombre de la population à conduit
une surconsommation accélérée des ressources de la nature. Ainsi la croissance
démographique se comprend comme un crime environnemental car il cause du tort, selon les
environnementalistes radicaux, à la nature. Arne Naess atteste cela lorsqu'il affirme « la
situation actuelle est rendue particulièrement critique du fait [de] l'absence de toute politique
adéquate touchant l'augmentation de la population humaine » 3. L'homme se présente de ce
fait dans l'écosystème comme un être appendicite qu'il faut émasculer de toute urgence afin

1
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p.27.
2
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 269.
3
Ibid., p. 52.

106
de restaurer l'équilibre écologique. On le voit, l'égalitarisme biosphérique d'Arne Naess laisse
en filigrane un levé de bouclier contre l'antropocentrisme, au regard de la conception
appendicite de l'homme dans l'écosystème. Luc Ferry, à constater cette tendance malicieuse à
faire de l'homme un être appendicite dans la sphère écologique. Il affirme à cet effet « le
crime contre l'écosphère, parmi lesquelles on comptera au premier chef la fécondité et la
croissance économique exploiteuse, toutes deux encouragées par une philosophie
homocentrique »1. On le voit, l'approbation de l'économie des communautés de Naess cache
en arrière fond un désir de réduction de la population humaine.

L'axiome fondamental de l'écologie profonde à savoir vivre et laisser vivre est


chimérique, dans la mesure où elle secondarise le bien de l'homme en dessous de celui des
organismes non humains. Dans cette logique, cet axiome pourrait se transformer dans l'action
écologique comme un principe qui stipule que soit toi, soit moi. Arne Naess affirme par
complaisance des humains que « vivre et laisser vivre est un principe écologique bien plus
puissant que c'est soit toi, soit moi » 2. Nous pouvons constater qu'en dépit de vouloir
préserver le bien-être des humains, il y a toutefois une supériorité de la nature sur le bien-être
de l'humanité.

Cette supériorité des intérêts de la nature, qui est perceptible dans l'exigence de la
diminution des humains au profit des autres formes de vie dans la nature, porte atteinte à l'un
des principes majeurs de l'écologie profonde. Il s'agit du principe de la diversité et la
symbiose. En effet, l'écologie profonde, « la diversité augmente les potentialités de survie, les
chances de développement des nouveaux modes de vie, la richesse des formes de vie » 3.
Toutefois, il convient de rappeler que la diversité ne peut coexister là où certains êtres sont en
train d'être diminués. De plus, ce principe porte atteinte à l'humanisme par son
réductionnisme ontologique, ce principe fait « une dévaluation de l'homme au profit de
l'animal, puis une réinscription de l'action humaine dans un cosmos fixe, celui de la biosphère
»4. On le voit, l'homme passe pour ainsi dire à un simple être réductible à sa fonction vitale.
Il y a là un réductionnisme ontologique de l'homme au profit de la croissance des meilleures
conditions de vie des organismes non humains.

1
Ferry, L., Le nouvel ordre écologique, op., cit., p. 131.
2
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p.29.
3
Ibidem.
4
Flipo F., « la deep ecology, un intégrisme menaçant ou un libéralisme non-moderne? », Revue électronique
international, p. 3.

107
Avec l'écologie profonde de Naess en résonance avec l'économie des communautés,
tout porte à croire que le nombre limité des personnes sur terre peut conduire à un usage
parcimonie des ressources de la nature. Toutefois rien ne justifie cela, au contraire, le fait de
penser que les hommes sont peu sur terre peut conduire à une surconsommation des
ressources naturelles sous prétexte quels sont les seuls habitants et donc ils peuvent profiter à
volonté de ses ressources. Ainsi, Arne Naess oublie que le nombre de la population humaine
sur terre n'est pas à l'origine de la crise écologique mais plutôt le mode de vie écologiquement
irresponsable. Ceci revient à dire que la diminution de la population, l'enfermement dans une
communauté locale ou encore la mise à mort de l'économie néolibérale ne saurait résoudre
l'aggravation de la crise écologique actuelle.

C'est qu'il y a lieu de faire et de changer le monde de vie anti-écologique et nom de


diminuer substantiellement la population humaine comme le pense Arne Naess. Vincent
Gerber est de cet avis lorsqu'il affirme « c'est bien plus leur mode de vie qui détermine leur
empreinte écologique et non le nombre. Si le système qui détermine nos manières de vivre est
anti-écologique, réduire le nombre de personnes qui comportent ne changera pas sa logique ».
On le voit, la foule ne revient pas au nombre le plus tôt au monde de vie. Par-là, attribuer la
aggravation de la crise écologique sur le nombre de la population est une manière pour
l'homme de fuir ses responsabilités, c'est de la mauvaise foi au sens sartrien. Au vue de ses
zones d'ombres que regorgent l'écosophie d'Arne Naess, le constat n'est rien d'autre que son
système de pensée sous ses divers versants reste et demeure contradiction, génocidaire et
inapplicable dans notre contexte

108
Chapitre VIII. De l’inadaptabilité de l’économie des communautés dans un monde
éconocratique

Dans ce chapitre, il sera question de ressortir l’ancrage utopiste des solutions que
proposent Arne Naess, ainsi que le fond néo-socialiste de son économie des communautés
comme des obstacles à l’action écologique. Ce qui atteste d’avantage les insuffisances, voir
les limites de l’économie des communautés à venir à éradiquer efficacement la crise
écologique actuelle.

7.1. De la caducité de l’économie des communautés de Naess dans la résolution de la


crise écologique catalysée par l’économie néolibérale.

Nonobstant la pertinence, la rigueur et l’encrage philosophique de l’écologie profonde


du père de l’écologie de profonde, laquelle écologie campe en faveur de l’économie des
communautés, afin de limiter l’aggravation de la crise écologique actuelle, il convient de
rappeler que cette thèse recèle des zones d’ombres qu’il convient de mettre à nu. Ceci signifie
que le versant économique de l’écologie profonde présente des aspérités qui peuvent
fragiliser l’action écologique dans notre temps. En d’autres termes, la caducité de l’économie
des communautés peut devenir un obstacle écologique majeur dans la lutte contre la crise
environnementale. Ainsi, parmi ces zones d’ombre, l’économie des communautés s’adosse
sur les principes de l’économie antique qui ne sont plus efficaces en notre temps qui est
marqué par la porosité des frontières. Il s’agit de l’économie de subsistance.

En effet, le système économique d’Arne Naess se limite exclusivement au moyen de


subsistance dans une communauté où il y a un nombre très réduites des hommes. Dans son
modèle, l’économie est centrée exclusivement sur une production élémentaire puisqu’il s’agit
d’une communauté. Il vivre en faveur de l’économie des communautés car selon lui, « les
voies et les moyens de production relèvent le plus strictement possible d’une production
élémentaire. Il en résulte un haut niveau d’autonomie économique » 1. En revanche fonder un
modèle économique élémentaire qui ne se limite qu’à la satisfaction des besoins de sa propre
communauté locale au détriment des autres sociétés, États qui n’ont pas des atouts naturels
qui les permettent de s’autoalimenter sous prétexte de lutter contre la crise écologique se
révèle dommageable pour l’humanité.

De plus l’économie d’Arne Naess, est en déphasage des enjeux réels de la société
actuelle dans la mesure où elle se limite à une production archaïque, élémentaire, laquelle
1
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 232.

109
production se situe aux antipodes des modes de productions les plus adaptés aux besoins de
notre société. Le père de l’écologie de profonde campe pour une économie domestique. On
parle de cette dernière pour « désigner les activités de production et de consommation qui se
déroulent dans le cadre de l’unité de résidence et donc, le plus souvent dans le cadre familial
(pouvant être plus ou moins large selon le société » 1. On retient que l’économie domestique
se limite à la satisfaction des besoins de l’homme dans un cadre micro sociétal. On le voit,
l’économie des communautés que Naess propose comme modèle archétypal de l’économie
pour restaurer la crise écologique est déconnecté de la réalité. Ceci atteste avec acuité
l’angélisme utopiste dont est victime Arne Naess qui est même dénoncé par Murray
Bookchin.

En effet, pour ce dernier, le monde que l’écologie profonde décrit est un monde
utopique, un monde qui ne se situe nul autre part, elle est coupée des aspirations et des enjeux
réels de notre temps. L’écologie dépeint un modèle sociétal où on ne retrouve pas d’inégalité
sociale, où les hommes entretien un rapport fusionnel avec la nature, avec les technologies
vertes, les économies vertes, les démographiques vertes et les mouvements pacifiques verts.
Cette société écocentriquement angélique ne peut être un idéal mais le bâtir reste quelque
chose de presque impossible. C’est pour démontrer l’écartement de l’écologie profonde de
réelles motivations de la société actuelle que Murray Bookchin déclare que « la deep ecology,
en dépit de toute sa théorie sociale n’a pas vraiment pris conscience de l’enracinement de nos
problèmes économiques dans la société et dans les problèmes » 2. Dans notre contexte,
l’économie la plus outillée est une économie durable qui rime en phase avec le
développement durable.

En contexte africain, le modèle économique d’Arne Naess se révèle inefficace dans la


mesure les enjeux actuels de l’Afrique sont centrés sur le développement endogène dans tous
les plans et non sur le repli identitaire comme c’est le cas dans l’économie des communautés
que propose Arne Naess. L’Afrique a besoin de l’écologie stratégique, laquelle est compatible
au développement durable et non à un modèle économique archaïque. Ce filon analytique est
partagé par Marlène Sokeng-Fomena. Pour elle « la thèse de l’endogénéité de l’écologie en
appelle à une prise en compte des spécificités de ce continent, lesquelles ouvriraient la voie à
l’élaboration d’un plan écologique stratégique dont l’intérêt prioritaire serait la
transformation de la nature »3. On retient l’écologie d’Arne est de ce fait inapplicable en
1
Beitone, A, Cazorla, A et Hemdane, E., Dictionnaire de science économique, op., cit., p. 211.
2
Op., cit., p. 365.
3
Sokeng-Fomen, M., Épistémologie et hypothèse néo-animiste, op., cit., p. 149.

110
contexte africain puisque qu’elle s’inscrit dans la logique des économies traditionnelles,
lesquelles font impasse au développement de grandes ampleurs. Sous ce rapport, nous
pourrions dire que l’économie des communautés que nous propose Arne Naess est caduque
par ricochet inefficace à promouvoir un développement durable dans un contexte marqué par
la préséance des intérêts économico-idéologiques.

De plus Arne Naess est victime d’un angélisme utopiste, qui obstruer l’applicabilité de
sa pensée écologique son versant économique dans la mesure où le système économique
d’Arne Naess vise la survenance d’une société idyllique et paradisiaque où vivent les
hommes se donnent le sacrifice suprême qui est la mort au profit des organismes non-
humains. Où les populations partagent une seule identité avec la nature appelée le Soi
Écologique. Dans l'idéal communautaire, la démographie est très réduite, les hommes s'y
déplacent à pied et les écarts salariaux sont infimes. Il s'agit des sociétés calqué sous le
modèle socialiste et communiste. Dans cette communauté, on retrouve « la technologie verte,
l'économie verte, la démographie verte, les communautés de vie vertes et les mouvements
pacifiques verts »1. On ne peut que constater qu'un tel monde n'est que pure rêverie, il n'est
pas possible d'avoir ce genre de société où toutes les paramètres écologique sont
scrupuleusement respectés. On le voit, l'écosophie d'Arne Naess n'est que pure fantasme
détaché de la réalité.

De plus, l'écologie profonde de Naess se révèle inefficace dans la mesure où elle


postule un égalitarisme biosphérique obscur entre l'homme et la nature, lequel égalitarisme
peut céder le flanc à la déréliction de l'action écologique. En effet, l'écologie profonde de
Naess qui campe en faveur de l'économie des communautés afin de mettre hors d'état de nuire
l'économie néolibérale se drape des oripeaux antihumanistes. Elle réduit l'homme à sa seule
fonction biologique au même rang qu'un simple moustique, virus. Ceci correspond à un
réductionnisme ontologique de l'homme dans la mesure où celui-ci n'est pas un être
définissable par sa seule fonction biologique. L'homme est un être psycho-somatique, c'est-à-
dire esprit et corps ayant une fonction sociale, culturelle, anthropologique, linguistique et
transgenerationelle très importante. Le père de l'écologie sociale américain Murray Boocking
s'insurge contre un tel réductionnisme ontologique des hommes de la part des partisans du
mouvement de la deep ecology . Pour lui, « les êtres humains ne sont pas des mouches à fruits
»2. Bien que les humains sont une partie intégrante de la nature, il convient quand même de

1
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 68.
2
Ibid. p. 366.

111
rappeler qu'ils disposent d'un minimum de dignité qui ne permet pas d'établir un égalitarisme
biosphérique avéré juste sur le seul principe que les humains appartiennent à la communauté
biotique comme des bêtes, des insectes et virus nuisibles à la santé humaine.

Ainsi, ce postulat philosophique réductionnisme que sous-tend le principe


d'égalitarisme biosphérique pourrait se révéler catastrophique pour la cause écologique car au
lieu de susciter l'empathie, il va plutôt alimenter le rejet et une guerre homme/nature. Il s'agit
là d'un égalitarisme biosphérique aux relents réductionnistes. Warwick n'a pas tardé à
remarquer ce réductionnisme ontologique de l'homme qui se cache en filigrane dans les
méandres de l'écologie profonde. Pour lui'

La deep ecology a le souci d'encourager une attitude égalitaire de la part des humains, non seulement
envers tous les membres de l'écosphère, mais à l'encontre de toutes les entités, où formes, identifiables dans
l'écosphère. Par conséquent, cette attitude à pour vocation de s'étendre par exemple, à des entités ( où
formes ) tels les rivières, les paysages et même les espèces et les systèmes sociaux considérés eux-mêmes. 1

Subséquemment, le principe d'égalitarisme biosphérique, axiome supérieur de la


plateforme de l'écologie profonde fait impasse à l'humanisme dans la mesure où elle fait une
« zoologisation des êtres humains et de la société » 2. Ainsi, compte tenu du potentiel danger
que l'écologie profonde présente pour l'humanisme, il est de toute évidence que cette
philosophie aura du mal à s'appliquer dans l'action écologique.

Par ailleurs, Arne Naess angélise le système communautaire comme si ce système était
dépourvu de toute aspérité, il diabolise le système du gouvernement central car selon lui, ce
système n'est pas à même d'épanouir l'humanité au regard de la préséance de la bureaucratie
qui alourdie la prise des décisions et les écarts salariaux qui accroît la fracture sociale. Il
estime que l'égalité des revenus dans une communauté est garant de cohésion sociale
harmonieuse. Il affirme à cet effet « les différences de revenus et de richesse sont infirmes.
Les habitants, quels que soient leurs revenus, ont des modes de vie suffisamment proches
pour pouvoir s'entendre et travailler ensemble »3. Cette thèse qui fait de l'égalité des revenus
le pilier de maintien de la cohésion sociale est de ce fait contradictoire, dans la mesure où
dans une société tous les habitants n'ont pas les mêmes besoins financiers. Ceci est d'autant
plus avéré dans la mesure où une famille qui a dispose de plus d'enfants n'aura forcément pas
les mêmes besoins financiers qu'une famille qui a peu d'enfants.

1
Warwick « the deep ecology ecofeminisme débat and its parallèles », Environnement Ethics, vol. 11, N°1,
1989, p. 6.
2
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 365.
3
Ibid. p. 233.

112
Ainsi, l'équité des revenus dans une communauté au lieu de garantir la stabilité sociale
peut plutôt alimenter une source de révolution sanguinaire afin chacun soit rémunéré selon le
travail fourni et selon ses besoins. En outre, l'égalité des revenus est susceptible d'altérer les
motivations individuelles et fragiliser la production économique. Cette thèse ouvre
inéluctablement la voie au plus grand fléau de l'économie qui est l'inflation et la stagflation.
Cette dernière renvoie à l'état d'une économie dont la croissance est très faible accompagné
d'une inflation. Pour Philippe Robert, la stagflation dont l'une des sources est l'égalité des
revenus se présente comme le plus grand fléau qui puisse toucher l'économie car elle
engendre une flambée vertigineuse des prix, qui à son tour rend la vie des ménages
insupportable. Par ailleurs, la stagnation de l'économie est génératrice des conflits sociaux et
catalyse le chômage. Il déclare sans réserve:

la stagflation est le plus grand fléau économique qui soit, le mal économique absolu, bien plus que la
crise de surproduction ou le chômage parce que de nature a engendrer une spirale diabolique conduisant
d'inflation en dévaluation monétaire à la paupérisation d'un pays 1.

Ce fléau économique tire sa source de l'égalité des revenus au sein d'une société où d'un
état, car ce nivellement des salaires érode les motivations individuelles lesquelles motivations
boostent la productivité. Il s'établit un lien d'effet à cause entre l'égalité des revenus et la
baisse de la production économique dans la mesure où le nivellement des revenus conduit les
plus compétitifs, les plus innovants à ne plus fournir d'effort car ceux-ci n'étant pas
récompensé à leur juste valeur. Sous ce rapport, on peut établir que le modèle économique
que propose Arne Naess qui émarge grandement dans un dispositif ou prévaut l'égalité des
revenus précipitera les États à un haut degré de stagflation. Ainsi, il n'est donc pas judicieux
pour les États de mettre en application un modèle économique disposant d'un fort potentiel de
stagnation économique. Ceci atteste avec acuité l'inefficacité de l'économie des communautés
de Naess à subsumer les inégalités sociales. Le contexte actuel qui se caractérise par les crises
écologiques, les États ont besoins économiques de la croissance verte et non de la
décroissance pour un enfermement économique pouvant conduire à la stagnation de
l'économie. Les États se souviennent des affres de la crise économique de 1929, et de l'état
alarmant de l’Allemand du bloc communiste qui était sous le régime économique
communiste que nous propose Arne Naess. L'issue était la chute du mur de Berlin en 1989,
qui marquait la fin de l’idéologie communiste.

1
Philippe, R., « Égalité des revenus, inflation et stagflation », Revue Économique, 1978, N° 29-2, pp. 332-372.,
p. 340.

113
L'économie des communautés que nous propose Arne Naess est de ce fait voué au
même sort que la chute du communisme de 1989, par ricochet son modèle économique est
archaïque, inopérante, inefficace et inadapté dans notre contexte qui est marqué par le
triomphe de l'idéologie capitaliste. En plus, le système décentralisé que le père de l'écologie
profonde valorise comme étant le modèle politique et économique archétypal, n'est pas à
l'abri des vices du système centralisé. Les dirigeants des collectivités peuvent également se
livrer aux pratiques vicieuses-t-elle que la corruption, la xénophobie, les détournements et
même le chauvinisme. Les propos de Pierre Jacques nous présentent les dérives du
gouvernement décentralisé au cas où une collectivité n'est pas préparée à l'autonomie locale.
Pour lui, « dans certaines circonstances de faible préparation, la décentralisation conduirait à
l'extension des pratiques délétères (corruption, népotisme, abus de pouvoir)» 1. Ainsi, Arne
Naess qui angélise l'économie des communautés perde de fil que ce modèle économique
présente des faibles, tout comme le système de gouvernance centralisé.

Au regard des zones d'ombre que recèlent l'écologie profonde sous son versant
économique, écologique et humanisme, il est de toute évidence que ce modèle reste et
demeure inadapté dans le contexte actuel. Toutefois, il convient de rappeler que le modèle
économique que propose Arne Naess afin de lutter contre l'aggravation de la crise écologique
à des relents génocidaire.

2- De l'économie des communautés à l'écocommunautarisme : un obstacle écologique

Arne Naess au moyen de l'écologie profonde soutien que l'économie des communautés
adossé sous les principes des communautés écologiques où encore des écocommunautés est
la solution pour réduire l'aggravation de la crise écologique actuelle, amplifiée par l'économie
néolibérale. Toutefois, il est loisible de souligner que cet approche présente des risques
majeurs qui peuvent au contraire limiter, alourdir l'action écologique. Parmi ces risques, nous
pouvons citer l'auto enfermement d'une communauté.

Le repli sur soi ou encore l'enfermement sur soi d'une écocommunauté est une forme
d'égoïsme écologique qui consiste à se concentrer sur le bien-être écologique de sa
communauté sans se soucier des autres zones du monde. Dans cette forme d'enfermement,
l'action écologique est centrée sur les seules priorités de la communauté, le bien-être des
autres importe peu. Le slogan de l'écologie profonde d’Arne Naess « l'autonomie,
décentralisation, bio-regionalisme »2, oublie que ce système dispose des faiblesses et
1
Jaquemot, P, Le dictionnaire encyclopédique durable, Paris, édition science humaine, 2017, p.329.
2
Naess, A, La réalisation de soi : Spinoza, le bouddhisme et l'écologie profonde, op., cit., p. 46.

114
nécessite une préparation en amont pour éviter toute forme d'excentricité écologique, sociale
et économique. L'enfermement sur soi d'une économique verte, au lieu de préserver
l'environnement peut effriter le tissu social et déboucher aux conflits communautaires. Cette
voie, est susceptible de déboucher à la déréliction de la cause écologique. Ceci voudrait dire
qu'un modèle économique qui s'inscrit en faveur de l'enfermement sur soi peut être un danger
pour la cohésion sociale.

Ainsi, « la philosophie de l'unicité »1, que cherche à promouvoir Arne Naess en vue de
la restauration de l'équilibre écologique, adossé aux principes des communautés peut
déboucher à une philosophie de la division, de la différence et du repli identitaire. En ceci que
chaque communauté serait centrée sur la préservation de son identité écologique au détriment
de l'identité planétaire que tous les hommes dans l'unisson cherchent à promouvoir. Dans la
même mouvance marquée par des relents communautaire, la non-violence qu'Arne Naess
recommande pour encadrer l'action écologique à des forts potentiels de céder la place à la
violence, au mouvement des éco-guerriers. Ces derniers sont « une bande de gens qui militent
par l'action direct contre la destruction de l'environnement » 2. Ces éco-guerriers n'hésitent pas
à faire à la violence pour faire entendre la voix de la nature.

Or, pour le père de l'écologie profonde, campe pour l'usage de la non-violence dans
l'action écologique. Il affirme à cet effet « il me semble pourtant raisonnable d'exiger de tout
un chacun une forme de non-violence car l'expérience de ces derniers années à clairement
montré que la cause écologique bénéficiait grandement d'une communication non-violente » 3.
On le voit, Arne Naess cherche à être fidèle à son maître Mahatma Gandhi. C'est ainsi que
dans un contexte marqué par les replis identitaire, en cas de rareté des ressources naturelles,
l'usage de la force ne tardera pas à se faire ressentir. Marine Le Star est de cet avis. Pour lui, «
la concurrence pour les ressources naturelles peut être justifié par les perceptions des
inégalités existantes, entraînant un renforcement identitaire au sein d'un groupe [marqué par]
par l'hostilité des autres groupes »4. Par-là, il en ressort que le repli identitaire effrite le tissu
social. Puisque l'économie des communautés, est adossée au principe communautaire, il en
ressort que ce modèle regorge des gènes d'effritement du tissu social.

1
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 308.
2
Roger, R., L'écologie profonde, op., cit., p.97.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 305.
4
Le Star, M., « les liens entre conflits et environnement », Cahier d'Outre-Mer, N° 255, 2011, pp. 429-430, p.
430.

115
En outre, le système économique sous fond communautaire que propose Arne Naess à
l'effet de venir à bout de la crise écologique actuelle se présente comme un réel potentiel
danger pour l'action écologique dans la mesure où il peut légitimer une subordination de
l'intérêt général de l'humanité sous les intérêts de la communauté. Elle pourrait conduire les
communautés locales à être autocentrées, sans pour autant se soucier des effets de la crise
écologique à l'échelle planétaire. De plus, en Arne Naess en proposant un modèle
économique, communautaire, partiel semble oublier que la crise écologique est un problème
global qui nécessite une solution globale. Marlène Sokeng-Fomen est de cet avis lorsqu'elle
affirme à propos de la résolution de la crise écologique. Pour elle, « a menace globale,
solution globale »1. Or l'économie des communautés se situe dans la logique qui s'exprime
comme suit, à menace globale, solution partielle. Dans cette logique, cette méthode qui
consiste à résoudre la crise écologique actuelle par une solution partielle se révèle inopérante
et inefficace au regard du caractère et global de la crise environnementale.

Arne Naess campe en faveur de l'économie des communautés, il estime que cette forme
d'économie est la mieux outillé à limiter l'aggravation de la crise écologique. Toutefois, cette
économie est susceptible de conduire au communautarisme. Cette dernière se définit comme
« une doctrine [...] qui voudrait, dans une population donnée, distinguer plusieurs
communautés spécifiquement différentes les unes des autres (par leur langue, leur région, leur
ethnie ...), dont la reconnaissance s'imposerait légitiment aux individus comme aux États » 2.
Ceci revient à dire que le communautarisme cherche à reconfigurer la société sous le modèle
des communautés de personnes qui partagent une même identité culturelle, éthique, ou
religieuse. Dans cette logique manifestement marqué par l'écocommunautarisme, « le
mouvement d'écologie profonde regroupant des scientifiques, des activistes, des
universitaires, des artistes et tous ceux qui œuvrent résolument à transformer les structures
sociales et à lutter contre les politiques anti-écologique » 3, pourront ne plus se sentir
interpelé, car n'appartenant pas à la même communauté. Au regard des accointances de
l'économie des communautés avec le communautarisme, il est clair que cette économie est
inapplicable dans notre contexte, qui est marqué par la convergence des cultures du monde,
des économies vers un système global qui est la mondialisation.

En outre, l'enfermement sur soi dans les communautés, au lieu de protéger les
écosystèmes comme le souhaite Arne Naess, peut se révéler inefficace dans la lutte contre la
1
Sokeng-Fomen, M., Épistémologique et hypothèse néo-animiste, op., cit., p.145.
2
Comte-Sponville, A., Dictionnaire philosophique, op., cit., p. 179.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie, op., cit., p. 305.

116
crise écologique. En effet, les solutions locales peuvent se révéler insuffisantes pour résoudre
efficacement les problèmes écologiques, au regard de la méconnaissance de la situation de la
crise écologique. C'est au moyen d'une solidarité à l'unisson de toutes les parties prenantes
que les solutions les plus efficaces pour endiguer la crise écologique actuelle. Le rapport du
congrès annuel de l’AIMF (Association Internationale des Maires Francophones) , tenu le 28
avril 2025 en France convergence dans ce sens. Selon ce rapport, « la lutte contre le
changement climatique ne peut réussir que si elle est territorialisée, ancrée dans les réalités
locales, portée par des acteurs de terrain, et soutenue par une solidarité internationale réelle
»1. Par ces propos, on comprend que l'action climatique est un défi planétaire qui invite à
l'unisson de toutes les parties prenantes et dans l'enfermement dans une communauté comme
le soutien Arne Naess.

On le voit la solution écologique du sage norvégien se situe aux antipodes de l'approche


globale, qui est d'autant plus réaliste dans notre temps. De ce fait, la solution que le père de
l'écologie profonde se révèle caduque et inopérante pour résoudre la crise écologique
actuelle. Quand les États et les partisans de la cause écologique vivre en faveur d'une
approche holistique dans l'action écologique, Arne Naess affirme par contre que « les
principes que nous voulons maintenant incorporer dans notre écosophie sont les suivants :
autosuffisance, décentralisation et autonomie »2. Ce principe rame à contrecourant des
solutions que recommande les Nations Unies pour qui, « nous demandons aux citoyens du
monde entier d'agir ensemble pour relever les défis climatique et honorer les engagements de
l'accord de Paris »3. Il apparaît clairement que la solution que propose Arne Naess pour
résoudre la crise écologique est une solution qui est en déphasage des solutions écologiques
actuelle.

En outre, le repli communautaire que propose Arne Naess à l'effet de limiter


l'aggravation de la crise écologique peut au contraire accroître le déni de la crise écologique
dans les zones les moins impactées par les effets de la crise environnementale. En effet,
certaines communautés les moins touchés par les affres du climat peuvent ignorer la gravité
de la situation écologique et adopter une attitude de climato-septique. Dans cette logique, il
est de toute évidence qu'aucune communautés ne saurait rechercher des solutions plus
efficace car n'ayant point mesuré la gravité de la crise. Cette attitude est d'autant plus

1
Congrès annuel, AIMF, 2025, répondre à l'urgence climatique, lundi 28 avril 2025, de 14h30 à 16h, Hôtel
Silex Path, hué compte rendu.
2
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 320.
3
htpps://www. [Link]//fr//climatechange.

117
perceptible dans les zones qui ressentent encore moins les effets de la crise écologique,
certaines personnes y sont toujours à l'idée que la crise écologique est une légende, un mythe.
Dans certaines zones où les populations sont moins informées des questions écologiques, on
assiste à l’expansion des grandes plantations agricole par-delà des pratiques écologique. Or
l'expansion agricole est « la principale cause de déboisement dans le monde : pâturages,
plantations de palmiers à huile pour l'huile de palme, cultures de soja pour nourrir les
animaux d'élevage, en sont les principaux moteurs » 1. À cause de l'atténuation des effets de la
crise écologique, qui conduit nécessaire à un déni écologique, on assiste à des expansions
agricoles. Ceci est en partie dû à l'auto enfermement dans une communauté locale, qui par
manque ouverture pense que la situation écologique de son espace géographique est
conforme au reste du monde. Ainsi, il apparaît de toute évidence que le modèle économique
que propose Arne Naess n'est pas à l'abri des griefs, sa thèse malgré sa pertinence regorge des
zones d'ombres qui se présentent comme des obstacles de l'action écologique. Mais toute fois,
il convient de rappeler que ces griefs n’annulent en aucun cas la richesse et l'actualité de la
pensée écologique du sage norvégien.

Chapitre 9: Enjeux de la pensée écologique d’Arne Naess et sa réécriture en contexte


africain

Malgré quelques aspérités , quelques incohérences voire zones d'ombres dans le


système de pensée de Naess par rapport avec la crise écologique actuelle, aggravée par

1
[Link]

118
l'économie marchande, il reste loisible que ces aspérités ne dénaturent pas totalement la
pensée Naessienne de sa teneur écologique au contraire elle reste plutôt d'une brûlante
actualité et invite à l'urgence d'une réappropriation à l'effet de pouvoir faire face
individuellement et collectivement à la crise écologique comme l'affirme Arne Naess. Pour
lui, « l'objectif principal, [est] de donner les moyens à tout un chacun de faire face aux
problèmes environnementaux contemporains sur la base de sa propre vision globale » 1.
L'objectif d'Écologie, communauté et style de vie est alors salvateur puisqu'il fournit l'armada
écologique selon une sensibilité écologique de tout un chacun sans recours aux experts et
spécialiste dans le processus de lutte contre la détérioration des écosystèmes. Sur ce rapport,
nous pouvons dire que cette philosophie se drape des oripeaux humanisant puisqu'elle
cherche autant que possible à ouvrir une voix optimiste, plus joyeuse à l'humanité à l'effet de
ne pas sombrer dans un pessimisme écologique. Au regard des enjeux actuels, nous adossons
a l’écologie profonde de Naess une éthique de la compassion écologique.

9.1. Enjeux de la pensée écologique d’Arne Naess

La pensée éco éthique de Naess nous offre la possibilité de rêver d'être joyeuse,
d'espérer au chargement d'un lendemain meilleur où l'homme sera ami avec la nature, malgré
la situation écologique qui est de mal en pis. Il apparaît de toute évidence que ce texte reste
d'une importance capitale et nécessite une relecture dans notre temps qui est d'ailleurs marqué
par l'assombrissement dans un pessimisme écologique au regard des rapports alarmants des
ONG , agences nationales et internationales spécialisée dans le climat. Naess nous permet de
repenser à des jours meilleurs dans un contexte où tout espoir semble quitter le monde.
D'ailleurs, il « affirme avoir commencé à écrire Écologie, communauté et style de vie, parce
qu'il était pessimiste quant à l'avenir du monde, et dans le but de montrer que " la joie
permanent e était possible, même dans un monde confronté au désastre » 2. Ainsi,
l'écologie de Naess reste et demeure d'actualité pour notre temps puisqu'elle vient offrir à
l'humanité un message d'espoir.

De plus, la pensée éco éthique de Naess reste et demeure d'une constante actualité dans
la mesure où elle ne se limite pas seulement d'être une philosophie de l'espoir, mais vie à
l'atteinte du bonheur de l'homme et la réalisation de soi de tous les organismes de la totalité
écosphérique. Il s'agit d'un bonheur qui ne s'obtient pas dans le malheur des autres formes de
vie, mais un bonheur écocentré. En clair, l'écologie profonde de Naess est un « eudémonisme
1
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 262.
2
Ibid.p. 20

119
écocentré de la réalisation de soi, qui agit comme une boussole axiologique permettant
d'évaluer les actes qui impactent le vivre ensemble commun à toute la communauté
écosphérique »1. Il s'agit là d'une véritable philosophie du bonheur, d'un bonheur plus
épanouissant, plus ouvert et plus épanouissant.

Sous ce rapport, l'éthique écologique de Naess qui se déploie dans son modèle
économique à savoir l'économie des communautés vise véritablement l'atteinte du bonheur de
tous les êtres de la nature, par ricochet la pensée écologique du père de l'écologie profonde
reste et demeure d'une brûlante actualité et surtout dans notre société contemporaine marquée
par« l'éconolatrie»2 c'est à dire l'idolâtrie de l'argent qui subordonne nécessairement
l'humanité à la rentabilité où peu sont ceux qui atteignent encore le bonheur véritable. La
pensée de Naess nous invite à rechercher le bonheur dans un style de vie écologiquement
responsable modeste, dont l'idéal se résume dans la « simplicité de moyens et de richesse des
fins »3. Ainsi, Naess nous apprend que le véritable bonheur ne réside pas dans l'accumulation
frénétique des biens matériels mais dans une vie modeste, saine et un style de vie de
simplicité. Notre société qui brille par sa quête frénétique de l'argent subordonnant l'humanité
à l'éthique marchande, pensant trouver le bonheur dans cette voie périlleuse apprend
désormais avec Naess que cette voie est un chemin mortifère qui nous rapproche du
cataclysme et de la mort. La relecture d’Écologie, communauté et style de vie se pose alors
comme une nécessité dans notre temps à l'effet pour l'homme de s'approprier des véritables
outils qui peuvent le conduire au bonheur véritable.

En outre, la pensée éco éthique Naessienne reste et demeure d'une brûlante actualité
dans notre société qui est marqué par des conflits incessants. En effet, la pensée de Naess
s'enracine dans la philosophie de la non-violence de Mathama Gandhi et se positionne
comme un appel à la paix, au pacifisme dans la résolution des litiges. Elle privilégie de ce fait
le dialogue, la discussion et l'entente lors de la résolution des frictions qui concernent la
société, l'environnement, voir l'Homme dans son rapport avec la nature. Naess opte ainsi en
faveur de la paix, le dialogue et la non-violence et s'érige en missionnaire de paix. Naess nous
invite d'ailleurs à être des missionnaires de paix, à réduire autant que possible la barbarie, la
violence et le recours aux armes. Il affirme à cet effet : « agissez et luttez au sein d'un groupe,
mais agissez toujours en tant que personne autonome et de manière à réduire au maximum,
1
Naess, A. L'écologie profonde, op., cit., p.80.
2
Ayissi,. L., « Le marché global et sa clôture inhumaine », Le Cahier de l’UCAC, N°6, 2006, pp. 233-248, p.
239.
3
Op, cit., p. 68.

120
universellement et à long terme la violence » 1. Par-là, le sage norvégien reste et demeure
d'une importance capitale dans la mesure où il invite les hommes à user autant que possible
de la non-violence, du dialogue et du pacifisme lors de la résolution des litiges.

Naess reste alors le disciple Gandhi qui est le père de la non-violence mais également
d'Emmanuel Kant qui avait un dédain pour la révolution mais optait pour la réforme qu'il
estimait plus rationnel et raisonnable. Ce constat est ce qui transparaît de la lecture
d'Emmanuel Kant, faite par Marlène Sokeng-Fomena. Elle affirme à propos du philosophe
allemand « il s'insurge contre le droit de résistance populaire, les roulements étant considérés
comme antirépublicains. La réforme relève de l'autorité du souverain ; elle est souhaitable
contrairement à la révolution de la nature populaire » 2. Ainsi, Naess tout comme son maître
Kant désapprouve le recours à la violence et opte en faveur de la paix et la non-violence.
Sous ce rapport, la pensée écologique reste et demeure d'une actualité brûlante.

De plus, la philosophie écologique du sage norvégien reste d'actualité au regard de son


soubassement épistémologique et ontologique. En effet, Naess s'inscrit dans la même lancée
que Hans Jonas à l'effet de déployer une nouvelle approche ontologique. Il s'agit de
l'ontologie de l'être ensemble. Dans cette ontologie, l'homme a un rapport fusionnel avec la
nature de sorte que toute atteinte envers la nature impacte la santé de l'homme et vis-versa.
Comme l'affirme David Rothenberg à propos du père de l'écologie. Il déclare que « Naess
expose les fondements d'une nouvelle ontologie au terme de laquelle l'humanité apparaît
comme inséparable de la nature de sorte que toute atteinte portée contre la nature constitue
dans le même temps une atteinte portée contre l'humanité elle-même » 3. Il s'agit là d'une
philosophie de l'unicité homme/nature. En termes clairs, la pensée écologique de Naess est
une ontologie du continum homme/nature, c'est « une philosophie totalisante, une vue totale
»4. La relecture de Naess dans notre contexte s'impose comme un impératif dans la mesure où
la période contemporaine est une période où prévaut un poste modernisme sans pareil marqué
par la survenance d'une philosophie de la rupture, rupture avec les traditions, rupture avec la
théologie, avec la morale et rupture avec la nature.

Cette philosophie de la rupture se drape des oripeaux mortifère dans la mesure où elle
rapproche l'homme de la mort, ce qui accroît de jour le dysfonctionnement axiologique,
1
Ibid., p. 238.
2
Sokeng Fomena, M « Droit de l'homme, État de droit et idéal de démocratie participative : une trajectoire
kantienne en contexte négro-africain» , université de Dschang Cameroun., p.06.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 20.
4
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p. 73.

121
civilisationnels de la société contemporaine. Il y règne d'abord une crise des valeurs
axiologique causé par cette philosophie de la rupture qui est le poste modernisme. Le
bioéthicien camerounais André Liboire Tsala Mbani défini ce dernier comme « un courant
d'idée qui établit une rupture avec la modernité. Sur le plan éthique, cette rupture se traduit
par la disqualification de tout principe référentiel et de toute catégorie morale fondamentale
pouvant servir de base à une réflexion éthique » 1. Par cette définition il apparaît que le post
modernisme est investi d'une philosophie de la rupture, laquelle philosophie effrite, érode le
socle axiologique de la civilisation contemporaine. La relecture de Naess est d'une
importance capitale car elle nous invite à l'unité, à la reconnexion avec la nature, avec les
valeurs civilisationnelles à l'effet d'adopter une conduite éthiquement correcte, la nature se
présente pour ainsi dire comme le berceau des valeurs.

On comprend que « Naess propose ainsi un usage thérapeutique du lieu » 2. Ceci en


raison que la nature est le socle des valeurs et seul la reconnaissance de l'humanité avec ses
racines qui est la nature peut sortir l'humanité de la crise écologique qui est manifestement
civilisationnelle. Le contact avec la nature apprend alors à l'homme les valeurs de justice, de
tempérance, de patience et de modestie. C'est ainsi que Naess a développé ce sentiment de
modestie dans son contact avec la nature sauvage, les montagnes. Il affirme à cet effet : « Ces
réflexions m'ont inculqué une certaine modestie, la modestie qui convient à celui qui se
rapporte à la montagne et, plus généralement, à la nature. Mais pas elle-même, la modestie
est une vertu de peu de prix si elle s'en racine pas dans des sentiments plus profonds et si elle
n'est pas la conséquence d'une compréhension de nous-mêmes comme une simple partie de la
nature »3. Ainsi, l'arrogance, l'orgueil qui sont des valeurs dominantes de la société
contemporaine peuvent être éradiquées au moins du contact avec la nature. On comprend
alors la valeur et l'actualité de l'axiologie environnementale de Naess.

Enfin, l'écologie profonde de Naess reste atemporelle de par sa méthode originale et


pratique qui permet de lutter efficacement contre la crise écologique. Elle est « un outil
d'analyse qui nous enseigne comment nous interroger plus avant sur les racines des
problèmes écologiques »4; c'est dire que l'écologie profonde « explore les racines des
problèmes écologiques dans les structures des sociétés et des cultures du monde entier » 5.

1
Tsala Mbani, A., Les défis de la bioéthique à l’ère éconofasciste, op., cit.,p. 150.
2
Naess, A., Vers l'économie profonde, op., cit. p.300.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 23.
4
Op., cit., p. 42.
5
Ibid., p. 187.

122
Par-là, l'écologie profonde de Naess reste d'une importance capitale dans la mesure où elle
fournit à l'humanité des outils méthodologiques pour lutter contre la crise écologique qui ne
cesse de s'aggraver de jour en jour par l'activité économique

L'écologie profonde de Naess ne se limite pas seulement à sa dimension


méthodologique, elle est également une philosophie de l'environnement. Elle est une
philosophie qui vise le rétablissement de l'harmonie homme/nature. Comme le dit Naess , «
par écosophie, j'entends une philosophie de l'harmonie ou de l'équilibre écologique » 1. Cette
philosophie vise la restauration de l'équilibre homme/nature sous des liens harmonieux. Dans
cette logique, il apparaît de toute évidence que la pensée écologique de Naess reste d'une
importance capitale dans la mesure où elle permet de veiller au maintien de l'équilibre des
écosystèmes qui est déstabilisé en notre temps par l'activité « éconolatrie » des hommes.

Ainsi, l'écologie de Naess se présente alors en notre temps comme une boussole pour
nous aider à mieux être en harmonie avec la nature dont dépend notre survie. Elle nous
permet également de mieux nous interroger sur notre véritable place dans la nature à l'effet de
trouver des solutions pour lutter contre la crise écologique. Comme l'affirme Naess, «
l'écologie profonde ; une philosophie environnementaliste qui nous pousse à nous interroger
sur la place de notre espèce dans la nature, dans l'espoir qu'un questionnement plus
approfondi suscitera des solutions plus amples à la crise de l'environnement que nous
souffrons actuellement »2. La société contemporaine ne peut donc pas se passer de l'écologie
profonde au regard de l'imminence du cataclysme écologique de notre temps d'où l'actualité
de l'écologie profonde.

L'écologie profonde se présente par ailleurs comme une idéologie, il s'agit d'une
idéologie qui met l'accent sur la présentation de la nature sauvage. Elle vise à réduire autant
que possible les interférences des hommes dans la nature. Arne Naess affirme à cet effet : «
l'écologie profonde est une manière idéologique de regarder le monde qui met l'action sur
l'importance de la nature libre et sauvage » 3. Sous ce rapport, l'écologie profonde ou encore
l'écosophie reste d'une importance capitale pour les civilisations du monde, mais plus
précisément des Africains au regard de la forte activité de déboisement causée par les sociétés
forestière qui détruisent de jour en jour les espaces naturels sauvages. Au moyen de l'écologie

1
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p38.
2
Naess, A ., Vers l'écologie profonde, op., cit., p187.
3
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 210.

123
profonde , les africains peuvent sauver efficacement les forêts sauvages de l'invasion de
l'exploitation forestière à outrance.

L'écologie profonde en fin de compte se présente comme un mouvement. Il s'agit d'un


mouvement réactionnaire de l'économie néolibérale. Elle nous fournit des outils théoriques et
pratiques pour lutter contre l'idéologie marchande qui hypothétique le bien-être de l'humanité
à l'actionnariat du marché mondial. L'écologie profonde se situe aux antipodes de l'économie
marchande et campe en faveur d'une économie de la simplicité de moyens et de la richesse
des fins que Naess nomme l'économie des communautés. Cette économie vise à promouvoir
le bien-être de l'humanité ainsi que des organismes de la nature. Comme l'affirme Naess, «
l'écologie profonde est un mouvement libre et engagé contre les valeurs dominantes de la
société techno-industrielle et capitaliste »1. Elle s'oppose au haut niveau de vie de la société
contemporaine de consommation du tout jetable et campe en faveur de la qualité de vie
écologiquement responsable qui nous rapproche autant que possible de la réalisation de soi.

La pensée écologique de Naess reste d'une importance capitale pour notre temps car
elle permet de nous libérer de la servitude de l'économie néolibérale qui a pris en otage le
vivant humain ainsi que la nature. L’écologie profonde offre à chacun la possibilité d’adopter
sa propre philosophie de la nature, sur la basse de son expérience à l’effet de lutter contre la
crise écologique. On retient que « la conception qu’en fait Naess confère à chaque individu
la capacité de forger sa propre écosophie en fonction de ses expériences personnelles »2.
L'écologie profonde de Naess reste et demeure d'actualité et invite à une relecture une
meilleure réappropriation de sa pensée en contexte où prévaut la crise écologique. Également
la réappropriation de sa pensée s'impose à notre temps, dans le contexte africain qui est celui
dont on retrouve véritablement les peuples de la forêt, qui sont d'ailleurs très touchés par les
effets de la crise écologique actuelle. En se situant en bon ton avec Naess, nous nous situons
dans l'urgence d'une éthique écologique pouvant garantir les équilibres écologiques dans
notre monde « iconocratique » et « éconofasciste ».

9.2. Pour une cohabitation homme / nature : empreinte éthique d’éthique de la


compassion écologique à visage africain

Le vocable éthique émane de trois mots grec a savoir « Ethè » qui signifié style de vie
personnel, « Ethos » qui renvoie aux valeurs, aux croyances et aux principes moraux qui
1
Mathilde, R., Écologie profonde : que sais-je, op., cit. p. 48.
2
Satcha Feuba et Sa’ah De Yemeli « Les défis d’une écosophie à l’ère de la mondialisation et de la
technologisation », Cahier de l’URPHISSA, Varia-NO 5, 2024, pp. 37-52. p. 40.

124
guident les actions et les décisions une personne , ou d'un groupe de personnes voir d'une
société « Ethikos » qui renvoie à le questionnement moral et éthique sur la validité
normative d’une règle ethnique à adopter par certains. Par ses trois étymologies, l’éthique
apparait comme la science de la morale qui a pour téléologie la bonne conduite individuelle
ou collective en vus du Bien individuel ou collectif. Une conduite éthique ou un acte
éthiquement correct se veut d'être adossé aux principes moraux et par ricochet, est
universellement bien. Comme le souligne Gabin Nguefack, « un comportement éthiquement
correct sera, des lors, celui qui se destine à une téléologie protectrice des valeurs, entant
qu’elle se veut ipso facto supra-tendancielle et par ricochet universellement acceptables pour
tous, pour peu qu'on partage l’humaine condition » 1. Ainsi on le voit une conduite éthique a
pour vocation l’arrimage de la conduite humaine sur les principes moraux universellement
partagés en vue du bien individuel et collectif. Ceci justifie alors notre vœu de fonder les
principes pouvant humaniser l’économie néolibérale sur les valeurs éthiques. On comprend
que, la finalité d’un tel projet est humainement humanisant.

La compassion « c’est partir avec, donc souffrir de la souffrance de l’autre » 2. Ceci


signifie que la compassion est un sentiment qui permet d’éprouver la souffrance, le malheur
de l’autre, de partager ces joies et peines. La compassion présente de ce fait des ramifications
avec la sympathie qui est un sentiment qui nous pousse à éprouver les peines et plaisirs des
autres. La compassion est un sentiment qui présente des accointances avec la pitié que
Baruch Spinoza définit comme « la tristesse accompagnée de l’idée d’un mal qui est arrivé à
un autre que nous imaginons être semblable à nous » 3. Au regard des accointances que le
sentiment de compensation présente avec le sentiment de tristesse et d’empathie, nous
estimons que l’éthique de la compassion adossée aux principes d’écologique, l’homme
pourra pâtir, souffrir , partager et éprouver les peines qu’ éprouvent la nature et changer sa
conduite brutale, irréversible envers les organismes non humains qui sont ses proches avec
qui il est partage de l’écosphère. d’où l’éthique de la compassion écologique.

Cette dernière, exige que l’homme puisse adopter un sentiment de sympathie, d’amour
et de compassion envers la nature, l’optique étant la promotion d’un vivre ensemble
harmonieux entre l’homme et la nature. Au moyen de cette éthique, l’homme pourra mieux
exprimer sa reconnaissance envers les bien faits que la nature lui apporte comme l’affirme
1
Nguefack , G., Ontologisation du pouvoir politique et « métaphysique sociale » en Afrique subsaharienne :
Essaie d’ontologie politique africaine, op., cit., p. 112.
2
Comte-Sponville, A., Dictionnaire philosophique, op., cit., p. 180.
3
Spinoza , B,. Éthique, op., cit. , p. 193.

125
Mathis Wackernaget et William Rées, en ces termes « la nature nous fournit une provision
régulière des nécessités de la vie […] Enfin, l’exubérance et la beauté de la nature sont une
source de joie et d’inspiration spirituelle » 1. Ainsi, au regard de la bienveillance de la nature
envers les humains, il est éthiquement Correct de proposer une éthique qui pourra nous aider
à être plus attentionné, plus responsable et a éprouvé la peine de la nature.

Il s’agit de l’éthique de la compassion écologique. L'éthique de la compassion


écologique brille par l'identification de soi avec la nature et la société, ce qui suppose
l’existence d’une double identité. Ceci revient à dire qu'au moyen de l'éthique de la
compassion écologique, les hommes pourront développer des éco-relations qui se manifestent
par une forme d'éco-dépendance des êtres dans leur société et dans leur milieu naturel. Sous
ce rapport, l'éthique de la compassion écologique que nous proposons en vue d'encadrer
l'agir humain dans un monde mercantocratique et éconocratique présente des accointances
avec la pensée morienne au regard de son sous-bassement éco-relationnel. En effet, Edgar
Morin déclare que « les êtres éco-dépendants ont une double identité : une identité
d'appartenance écologique qui les rattaches à leur environnement » 2. Au moyen de cette
approche, nous pourrions tempérer, humaniser et écologiser le Léviathan planétaire, qui est
l'économie néolibérale pour qui, au moyen de l'attribution des causes, se présente comme le
responsable de l'aggravation de la crise écologique.

De plus, nous pourrions efficacement modérer son syndrome consumériste qui a déjà
phagocyté 30% des ressources de la planète en un demi-siècle et nous pourrions protéger le
reste de 70% qui nous reste pour que les générations futures en bénéficient. Le désir qui nous
anime est de construire un éco-monde où les individus, en dépit de leurs attachements
sociaux, manifestent un souci d'appartenance écosphérique L'optique étant de susciter une
forme de patriotisme qu’Edgar Morin qualifie de patriotisme planétaire. Nous espérons que «
« ces possibilités nous laissent entrevoir un bel avenir.» 3. L'écologie profonde n'a pas pour
finalité d’émasculer la concurrence du domaine de l'économie, mais plutôt de promouvoir
une éco-concurrence sous le prime de la différenciation telle qu'on le retrouve dans
l'économie d'énergie de Georges Simmel.

En effet, l'économie néolibérale se caractérise par une concurrence inhumaine. Cette


concurrence est due en partie à cause de la friction des intérêts. Pour subsumer cette friction

1
Wackernagel , Mathis et Rees William., Notre empreinte écologique, op., cit., pp. 27-28.
2
Morin, E, La méthode, tome 1, la nature de la nature, Paris, édition, seuil, 1977, p. 203.
3
Ibid., p. 231.

126
propre à l’arène économique, Georges Simmel propose l'économie d'énergie sous fond de
différenciation. Il affirme à cet effet, « seule une différenciation croissante peut éliminer la
friction qui découle de la poursuite d'un même but et du fait que les énergies sont dérivées de
ce but et dépensées pour éliminer personnellement le concurrent. » 1. La différenciation vient
alors subsumer la friction des intérêts sur un but. Nous estimons que l'éthique de la
compassion adossée sur le principe de l'économie d'énergie pourra diversifier les buts. Le
philosophe allemand affirme à cet effet, « il existe selon moi trois sortes d'obstacles à
l'accomplissement d'une activité téléologique, et le principe d'économie d'énergie vise
précisément à surmonter la friction de détour et la coordination du superflu des moyens.» 2.
Par cette différenciation, le croisement des intérêts n'aura plus droit de citer, ce qui reste
favorable à la survenance d'une concurrence écologiquement responsable. Il s'agit de l'éco-
concurrence. Cette dernière est une forme de compétitivité des personnes ou des entreprises
dans des investissements écologiques.

Au moyen de l'éco-concurrence, la préservation de l'environnement deviendrait source


de revenus. Ceci passe préalablement par les éco-investissements. Il s'agit des
investissements écologiquement responsables. Parmi ces investissements, nous avons
l'agriculture biodynamique L'aménagement des espaces naturels et la création de réserves
forestières et de parcs privés et publics, des villes vertes à l'effet de susciter l’éco-tourisme.
Cette démarche, nous le voyons, s'étrape pour finalité la poursuite la croissance verte.
L'éthique de la compassion écologique s'inscrit dans la logique de la croissance économique
verte et s'oppose de ce fait à la décroissance économique. La croissance économique verte «
implique, des faits de l'investissement environnemental, une nouvelle source de croissance
économique »3. Avec l'éthique de la compassion écologique, on peut poursuivre la croissance
économique plus durable. Luc Ferry partage cette définition du développement durable.
Pour lui :

La croissance verte comme une conception de l’activité économique qui continue de prendre comme
objectif la croissance, l’amélioration du niveau de vie, de l’espérance de vie et de l’équité sociale, bref ce
qu’on appelle généralement le progrès, tout en visant une réduction significative des dommages causés à
l’environnement.4

L'éthique de la compassion écologique que nous proposons à l'effet de résoudre la crise


écologique actuelle s'inscrit en faveur de la croissance verte, ainsi qu'elle présente des enjeux

1
George, S , L'agent dans la culture moderne. , Paris, .Laval, éédition PUL, 2018, p. 55.
2
Ibid., p.44
3
Jaquemot, P, Le dictionnaire encyclopédique durable, Paris, édition science humaine, 2017, p.453.
4
FERRY, L., Les sept écologies, Paris, édition Humensis, 2021, p. 122.

127
stratégiques pour l'Afrique. En effet, « l'Afrique reste victime d'exclusions épistémologiques,
de confinements et d'insularités épistémiques, et de facto, il lui est refusé le droit à la science
»1.

L'éthique de la compassion écologique vise alors la désinsularisation épistémologique,


écologique et économique de l'Afrique. C'est pour cette raison qu'elle rime en faveur de la
croissance économique verte, laquelle pourrait permettre au continent noir de se développer
économiquement, tout en préservant son identité écologique. L'Afrique pourra signer, nouer
des partenariats écologiques, vendre son carbone à l'extérieur. Marlène Sokeng-Fomena est
de cet avis lorsqu’elle affirme que, « la thèse de l’endogénéité africaine de l’écologie en
appelle à une prise en compte des spécificités de ce continent, lesquelles ouvriraient la voie à
l’élaboration d’un plan écologique stratégique dont l’intérêt prioritaire serait la
transformation de la nature »2, P149, Hypothèse néo-animiste Puisque l'éthique de la
compassion écologique a pour philosophème la désinsularisation économique, écologique et
épistémologique de l'Afrique, et s'enracine dans les profondeurs de la philosophie africaine,
telles que la préservation de la vie à l'échelle planétaire, la promotion d'une économie sociale,
solidaire et verte, le patriotisme planétaire, elle ne peut que se nommer « l'afrocosophie ».

Elle se définit comme cette philosophie qui fait référence à la sagesse africaine, ayant
pour sous-bassement l'éthique de la compassion écologique, avec pour téléologie le vivre
ensemble harmonieux entre l'homme et la nature. « L'afrocosophie » reste redevable à
l'écologie profonde de Naess car elle privilégie une approche profonde de l'environnement,
elle recommande le recours à la non-violence dans la lutte et dans la préservation des
écosystèmes. Elle est en faveur de « l'image relationnelle des champs de vue total » 3.
L'éthique de la compassion écologique valorise « le principe de diversité et de symbiose » 4.
Dans la mesure où elle augmente les potentialités et est perçue comme un facteur
d'enrichissement. L'objectif de Naess était d'abord de « nous apprendre à développer nos
propres systèmes par nos propres moyens »5, entre. On le voit, l'éthique de la compassion
écologique reste en bon ton de l'écologie profonde d'Arne Naess, mais se démarque toutefois
de celle-ci.

1
Jacques Chatue, « Éléments d’éthiques de la recherche », ), URPHISSA,
[Link]
2
Sokeng-Fomena, M Épistémologie et hypothèse néo-animiste, op., cit., p. 149.
3
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p. 27.
4
Ibid., p. 29.
5
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 25.

128
L'éthique de la compassion écologique se démarque de l'écosophie de Naess dans la
mesure où notre éthique de la compassion Campe, en faveur de la croissance économique
verte , qui est une économie adoptée aux exigences de la période contemporaine. Or,
l'écologie profonde de Naess en faveur d'une économie des communautés, pour des zones
rurales, cette économie est inopérante dans notre contexte. Pour l'éthique de la compassion
écologique, l'économie des communautés de Naess est une économie archaïque,
traditionnelle, inefficace, en notre temps, point.

De plus, l'éthique de la compassion écologique est en dissonance avec l'égalitarisme


biosphérique de Naess qui est « le droit égal pour tous de vivre, de s'épanouir » 1. En effet, ce
principe dispose des implications antispécistes et pose sur le même pied d'égalité la vie d'un
humain à celle d'un être, d'un organisme de la nature. De façon claire, ce principe pose
l'égalité entre la vie d'un chef d'état, d'un pape, d'un père de famille à celle d'un moustique ou
d'un virus. Au virus à COVID-19, ce principe alimente des peines d'emprisonnement, des
amendes inhumaines de certaines personnes qui tuent des animaux pour satisfaire leurs
besoins vitaux. On le voit, le principe d'égalitarisme de Naess fait poser « les individus du
rang d'êtres sociaux à celui de simples représentants de leur espèce, espèces biologiques, et
ravale l'humanité au niveau d'une entité. Parmi les autres dons, les membres sont à un endroit
interchangeable avec les ours, les bisons, les moutons ou encore les mouches, à fruit et les
microbes »2. Le principe d'égalitarisme biosphérique au lieu de susciter un respect, l'amour
pour la nature peut plutôt engendrer une haine des humains envers des organismes non
humains, un conflit d'hommes / nature.

Pour éviter ce carnage écologique que pourrait engendrer l'égalitarisme biosphérique de


Naess, l'éthique de la compassion écologique campe pour un égalitarisme biosphérique de
complémentarité. Sur ce rapport, l'éthique de la compassion écologique sous fond d’un
égalitarisme biosphérique de complémentarité, vibre en faveur de la compassion à l’égard de
la nature, d’un co-pilotage, homme-nature, qu'on retrouve déjà chez Edgar Morin, qui est
cité par le bioéthicien camerounais André Liboire Tsala Mbani. Avec l'éthique de la
compassion écologique drapée du principe d'égalitarisme biosphérique de complémentarité, il
apparaît clairement que « le développement mutuel de la nature et de l'humanité passe
nécessairement par un co-pilotage, une interaction et une synergie entre l’homme et la nature.
»3. Ainsi, l'éthique de la compassion écologique reste une écosophie d'inspiration Naessienne,
1
Op., cit., p. 27.
2
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 365.
3
Tsala Mbani, A., Les défis de la bioéthique à l’ère éconofasciste, op., cit., p. 66.

129
mais se démarque tout au moins de Naess. Elle reconnaît l’incomplétude de l'homme et voit
en la nature, un supplément d'âme, et vice-versa.

Enfin, l'éthique de la compassion écologique que nous proposons se démarque de


l'écologie profonde de Naess sur la question de la démographie. En effet, l'écologie profonde
de Naess campe pour la réduction substantielle de la population en vue de garantir
l'épanouissement des humains et des organismes non- humains. Arne Naess déclare, à cet
effet: « l'épanouissement de la vie humaine et des cultures est compatible avec une baisse
substantielle de la population humaine. L’épanouissement de la vie non humaine nécessite
une telle baisse »1. L'écologie profonde en postulant la baisse substantielle de la population en
vue de garantir le bien-être des humains, mais surtout des organismes non-humains, devient
dans cette logique, toute a fait, « naturelle de désirer le bien-être d'un animal ou celui d'une
planète que celui d'une personne »2. Ainsi, cette écologie profonde, ou encore écosophie,
présente des accointances génocidaires aux yeux de l'éthique de la compassion écologique.
L'écologie profonde de Naess est une écosophie de la mort et son modèle économique, qui est
l'économie des communautés, est une économie de la mort.

L'éthique de la compassion écologique, en reconnaissance qu'il n'y a de richesse que


l'homme et que l'Afrique est un continent moins peuplé, ne peut que se soucier en faveur de
la croissance démographique, qui est d'ailleurs le meilleur moyen de garantir la transmission
et la pérennisation de l'espèce humaine, tout en préservant également le bien-être de la nature.
On le voit avec l'éthique de la compassion écologique que nous proposons à l'effet d'encadrer
l'agir humain dans un contexte éconocratique, fera que, « la qualité de vie dépend en partie de
la satisfaction et du plaisir profond que nous éprouvons à vivre en association étroite avec les
autres, toutes formes de vie»3. Elle reste une « philosophie de l'harmonie ou de l'équilibre
écologique »4 et une écosophie dans la mesure où elle est un « système personnel, une
philosophie »5. Nous estimons Que cette éthique pourra lutter efficacement contre la création
de la crise écologique dans la mesure où elle vient écologiser l'économie ambiante et
l’humaniser.

Il en ressort de ce dernier chapitre de notre réflexion que la pensée écologique d’Arne


Naess en dépit de qu’elles qu’aspérités, reste d’actualité et d’une importance capitale pour
1
Naess, A., Écologie, communautés et style de vie , op., cit., p. 60.
2
Ibid., p . 269.
3
Ibid., p. 38.
4
Naess, A., Écologie profonde, op., cit., p. 27.
5
Op., cit., p. 32.

130
notre temps car elle nous offre une nouvelle approche philosophique, économique et
écologique plus efficace pour endiguer la crise écologique actuelle. L’éthique de la
compassion écologique que nous proposons en guise de palliative, des insuffisances de la
thèse d’Arne Naess vise à interpeller l’humanité à adopter une aptitude de compassion à
l’égard de la nature dans notre contexte éconocratique à l’effet de promouvoir un vivre
ensemble homme-nature.

Il était question dans cette dernière et troisième partie de notre réflexion, de ressortir
les insuffisances de la thèse d’Arne Naess, en rapport à la crise écologique manifestement
aggravée par l’économie néolibérale.

Il en ressort en première analyse, dans notre septième chapitre, que l’écologie profonde
d’Arne Naess qui s’inscrit en faveur de l’adoption de l’économie des communautés,
regorgent des contradictions internes à l’instar de la thèse qui vise à promouvoir le bien-être
des humains et des non humains dans la réduction substantielle de ces même humains et celle
qui affirme un droit égal pour tous à la vie au nom du principe d’égalitarisme biosphérique
tout en posant comme condition la mise à mort de certains humains au profit du bien-être des
organismes non humains.

Deuxièmement, il en ressort dans le huitième chapitre que le modèle économique que


propose Arne Naess est calqué sur un idéal utopique à savoir l’éco-communauté qui se
caractérise par la préséance des intérêts des organismes infrahumains sur ceux de l’humanité,
avec un nombre de personnes très réduite, lesquelles disposent de la marche à pied et du
déplacement en bicyclette comme mode de transport, avec les technologies vertes, sans
interférence sur la nature, laquelle partage un seul Soi avec les membres de la communauté.
Un tel modèle économique n’est que pure rêverie et inadaptable dans notre contexte. À cela
s’ajoute l’ancrage néo-socialiste de l’économie des communautés de Naess, laquelle est
susceptible de déboucher sur l’éco-communautarisme. Au regard de ces aspérités, il en
ressort que la thèse d’Arne Naess présente les insuffisances, les rendent inefficace l’économie
des communautés à lutter efficacement contre la crise écologique actuelle.

131
Troisièmement, il en ressort, dans notre neuvième chapitre qu'en débit des insuffisances
que présente la thèse d'Arne Naess, elle reste toutefois d'actualité et invite à une relecture plus
approfondie, à l'effet d'une réappropriation de cette pensée, dans la mesure où l'approche
philosophique d'Arne Naess aborde la question écologique sous l'angle holistique, plus
approfondie et fournie à l'humanité les voies et moyens de reconnexion avec la nature. À
cela, elle offre à chacun la possibilité d'adopter sa propre écosophie dans notre contexte
marqué par l'aggravation des crises écologiques en se fondant sur ses propres expériences et
sa propre sagesse philosophique. Au regard des insuffisances de la thèse d’Arne Naess à
venir à bout de cette gager qui est la crise écologique, nous avons proposé une éthique de la
compassion écologique laquelle invite l'humanité à adopter une attitude de compassion
envers la nature à l'effet de promouvoir un vivre ensemble harmonieux homme-nature dans
un contexte marqué par la préséance des intérêts économico-écologique.

Conclusion générale

132
Il était question dans cette réflexion du problème de l'efficacité de l'économie des communautés
d’Arne Naess dans la résolution de la crise écologique actuelle. Pour mener à bien cette analyse, nous
avons opté pour une demande analytico-chritique. Celle-ci nous a permis de remonter au contexte de
naissance de la problématique autour de laquelle s'articule le fil d'Ariane de notre étude qui gravite
autour de trois grandes parties, chacune ayant en son sein trois chapitres, ceux-ci à leur tour
étaient subdivisés en deux sous-parties chacun. Ceci a été pour nous l’occasion d’analyser en
profondeur la thèse d’Arne Naess qui recommande la substitution de l’économie néolibérale
par l’économie des communautés, gage de la lutte contre l’aggravation de la crise écologique
actuelle, afin de finalement en déceler ses aspérités et proposer une conception plus outillée
en lien avec les critiques adressées à Arne Naess pour proposer une éthique écologique
adaptée aux exigences endogènes de l’Afrique et exogènes en lien avec l’économie, le sociale
et l’écologique de la période contemporaine.

133
Dans notre première partie, qui s’intitule « Aux sources de la crise écologique actuelle
catalysée par l’économie néolibérale chez Arne Naess », il était question pour nous de déceler
et étudier les facteurs économiques ayant contribués à l’aggravation de la crise écologique
tout en catalysant l’avènement de l’économie néolibérale. Cette première partie à également
permis de déceler les auteurs qui ont influencés la structuration de la pensée écosophique
chez Arne Naess, laquelle pensée constitue la base de son rejet de l’économie productiviste
consumériste.

Ainsi, le premier chapitre s’intitule « De la déréliction de la nature durant l’essor de


l’économie comme précurrence de la crise écologique actuelle », visait à démontrer comme le
soutient le père de l’écologie profonde, que la crise écologique actuelle tire sa source de
l’oublie des considérations écologique durant l’essor de l’économie. Ainsi, il en ressort que
l’économie de l’Antiquité jusqu’au Moyen-Âge était une entreprise normative, soucieuse des
considérations écologiques et recherchait un eudémonisme écocentré. Contrairement à
l’économie moderne qui s’est détournée des considérations écologiques pour aboutir à la
prise en otage de la nature par l’économie moderne.

Dans notre deuxième chapitre qui est intitulé « Des influences contextuelles à l'éclosion
de l'économie néolibérale et leurs dérives sur l'environnement », il en ressort que le
productivisme du impulsé par les progrès scientifiques et techniques du XIXème siècle et
l’essor des nouvelles technologies du XXème siècle ont largement contribué à l’avènement
de l’économie néolibérale, mais aussi, ces influences contextuelles ont énormément dégradé
la nature.

Notre troisième chapitre titré « Des assises philosophiques du rejet naessien de


l’économie anti-écologique », qui constitue le point d’achèvement de notre première partie, il
en ressort que le positionnement philosophique d’Arne Naess en rapport à la crise écologique
repose sur le socle philosophique immanentiste de Baruch Spinoza, de la morale d’Emmanuel
Kant et de la non-violence Mahatma Gandhi.

Dans la deuxième partie de notre réflexion qui s’intitule, « Du rejet naessien de


l’économie consumériste/productiviste aux conséquences fâcheuses sur l’écologie à
l’approbation de l’économie des communautés », il était question de présenter en profondeur
la thèse d’Arne Naess en rapport à la crise écologique actuelle. Cette partie était également
subdiviser en trois chapitres, chacun subdivisé en deux sous partie.

134
Il en ressort alors avec Arne Naess, dans notre quatrième chapitre intitulé « Du
productivisme écocidaire de l’économie néolibérale comme accélérateur de la crise
écologique », que l’économie néolibérale est responsable de l’aggravation de la crise
écologique actuelle par son productivisme ostentatoire qui se fait par de-là des normes
écologiques, lequel débouche au gommage de la valeur intrinsèque de la nature au profit de
l’attribution d’une valeur extrinsèquement marchande à la nature.

Il en ressort dans notre cinquième chapitre avec le père de l’écologie profonde qui
s’intitule, « De l’aggravation de la crise écologique impulsée par l’économie néolibérale au
moyen de l’hyperconsommation des ressources naturelles », que l’économie néolibérale
participe à l’aggravation de la crise écologique de par son syndrome du consumérisme qui
engendre une surconsommations des ressources naturelle accompagné, de l’éloge d’un haut
niveau de vie qui encourage une surconsommation et une surproduction des déchets polluant
la nature.

En fin, dans notre dernier chapitre de cette deuxième partie de notre réflexion, à savoir,
« De l’économie des communautés naessienne comme thérapie de la crise écologique
actuelle », il en ressort que l’économie des communautés que propose Arne Naess est une
économie de la décroissance, avec pour mode d’organisation sociale les communauté vertes,
lesquelles on retrouve, la démographie verte, les mouvements pacifiques verts, la diversité de
la vie, technologie verte et l’économie verte ayant pour idéal économique la simplicité de
moyens et de richesse des fins.

Dans la dernière partie de cette réflexion, qui s’intitule, « l’économie des communautés
en proie entre inefficacité et sort de l’idéologie socialiste depuis la chute du mur de Berlin en
1989 ». Il était question de présenter les insuffisances y relatives à la thèse d’Arne Naess de
pouvoir y apporter des solutions pour une lutte plus efficace de la crise écologique dans notre
contexte actuel.

Ainsi, dans le septième chapitre qui se nomme, « L’économie des communautés


naessienne : un angélisme utopiste inopérant dans la période contemporaine », il était
question de présenter contradictions internes de la thèse d’Arne Naess lesquelles fragilise
l’économie des communautés dans la résolution de la crise écologique. Ainsi, il en ressort
que l’économie des communautés d’Arne Naess regorgent des contradictions internes qui se
caractérise par la promotion de l’épanouissement de l’humanité et des organismes un droit

135
pour tous de vivre sous fond d’un principe d’égalitarisme biosphérique chimérique, lequel
principe recommande la mort des humains pour le bien être des organismes non-humains

Au huitième chapitre de notre qui s’intitule « De l’inadaptabilité de l’économie des


communautés dans un monde éconocratique », il en ressort que l’économie des communautés
en postulant un modèle économique limité exclusivement à la production de subsistance et en
entretenant des liens de proximité avec l’idéologie socialiste et communiste lesquelles
peuvent déboucher sur l’éco-communautarisme se révèle caduque, inopérante et inadapté à
notre contexte et par ricochet inefficace à résoudre la crise écologique dans notre contexte
marqué par la restructuration des économies du monde vers des modèles de croissance verte.

Dans notre neuvième chapitre qui s’intitule « Enjeux de la pensée écologique d’Arne
Naess et sa réécriture en contexte africain », il en ressort que l’approche écologique d’Arne
Naess en dépit de certains aspérités reste et demeure d’actualité, et invite à une relecture au
regard de, son axiologie environnementale laquelle est adossée sur la non-violence,
l’ontologie du continuum homme nature, sa méthode innovante de l’écologie profonde qui
fournit à l'humanité les outils nécessaires suivant la sensibilité écologique de tout un chacun
pour trouver des solutions sur la base de son expérience pour lutter contre la crise écologique
actuelle.

Au terme de cet examen, il en ressort que l’économie des communautés proposée par
Arne Naess à l’effet de substituer l’économie néolibérale présente des insuffisances,
lesquelles dévoilent finalement l’inefficacité de l’économie des communautés à résoudre
efficacement la crise écologique actuelle. Ainsi, pour un vivre ensemble harmonieux homme-
nature en contexte marqué par la rémanence des intérêts économico-idéologiques, nous
proposons une éthique de la compassion écologique à visage africain.

Toutefois, il reste loisible de souligner que la pensée écologique d’Arne Naess demeure
une mine d’or écologique qui invite d’ailleurs à s’y attarder d’avance pour une meilleure
appréhension du système philosophique du père de l’écologie profonde. Le principe
d’égalitarisme biosphérique, qui est l’un des principes archétypal de son écosophie invite
d’ailleurs à une réflexion philosophique plus approfondi.

Au demeurant, la question écologique aujourd’hui dans son cheminement avec


l’économie invite l’humanité à adopter une aptitude de compassion envers la nature afin de
restaurer la crise écologique et promouvoir un vivre ensemble harmonieux homme-nature sur
terre.
136
Bibliographie

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TRAVAUX DE L’AUTEUR
Livres de l’auteur
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-NÆSS, Arne , Écologie, communauté et style de vie, réédition, traduction de l’américain par Charles
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AUTRES OUVRAGES ET ARTICLES


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Rapport de l'ONU sur l'indice de gaspillage alimentaire : le monde gaspille plus d'un milliard de repas
par jour, 27 Mars 2024

WWF, Rapport Int 2018 : Ppollution plastique en méditerranée sortons du piège

MÉDIAGRAPHIE

Webographie

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%C3%A9sent%20dans%20l'atmosph%C3%A8re.&text=Avec%20la%20hausse%20des%20temp
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grandit-toute-allure

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niger.

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deltaduniger#:~:text=Au%20Nigeria%2C%20de%20grandes%20%C3%A9tendues,cours%20des
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Audio

-Discours de son Excellence Paul Biya aux vœux de nouvel an du 11 janvier 2025

LOGICIEL

-Grand Robert de langue française, version électronique, (2005)

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