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Conceptions et facteurs de production

Le document traite de la production économique, en définissant les secteurs d'activité (primaire, secondaire, tertiaire) et en explorant différentes conceptions de la production. Il identifie les facteurs de production traditionnels (terre, travail, capital) et discute des controverses entre économistes sur leur importance relative. Enfin, il aborde le rendement et la productivité, en expliquant les phases de rendement factoriel dans l'agriculture.

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Conceptions et facteurs de production

Le document traite de la production économique, en définissant les secteurs d'activité (primaire, secondaire, tertiaire) et en explorant différentes conceptions de la production. Il identifie les facteurs de production traditionnels (terre, travail, capital) et discute des controverses entre économistes sur leur importance relative. Enfin, il aborde le rendement et la productivité, en expliquant les phases de rendement factoriel dans l'agriculture.

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CHAPITRE 1

LA PRODUCTION

Section I - Les conceptions possibles de la production.

§ 1 -Les secteurs d'activité.

Dans le cadre d'un ensemble donné, les activité économiques se


déploient à l'intérieur de sous-ensembles déterminés appelés
secteurs.

- Le secteur primaire (agriculture - élevage - forêts - pêche -


mines) est caractérisé par le fait que les ressources y sont données
par la nature de manière directe ou indirecte.

- Le secteur secondaire est constitué par l'industrie qui est une


activité de transformation; les produits transformés sont des matiè-

33
LA PRODUCTION

res premières d'origine animale, végétale, minérale, ou bien des


produits semi-fabriques (1).

- Le secteur tertiaire est le fourre-tout des activités qui ne peu-


vent être classées ni dans le primaire ni dans le secondaire (com-
merce, transports, télécommunications, tourisme, services, spec-
tacles, professions libérales, etc.).

Ces secteurs constituent le cadre de toute activité de production.


C'est la raison pour laquelle ils constituent les critères de référence
pour les différentes conceptions possibles de la production.

§ 2 - Les critères de définition de la production.

La production constitue le moment premier du processus écono-


mique. Elle est généralement définie comme création de richesse,
comme le fait de faire apparaître un bien nouveau. A quel moment
apparaît la création de richesse ? La réponse est très variable selon
les économistes. On trouve au moins trois conceptions de la
production.

- Une conception étroite qui ne retient comme production que la


création de biens matériels, donc uniquement les activités du sec-
teur primaire et du secteur secondaire.
- Une conception large qui recense comme production toute acti-
vité créatrice d'utilité. Les secteurs considérés sont dans ce cas
le primaire et le secondaire, mais aussi le tertiaire. Selon cette con-
ception, produire, c'est créer des utilités.

(1) Cette conception du secteur secondaire est restrictive. Il existe aussi une
conception étendue du secteur secondaire qui inclut les activités d'extraction
minière.

34
f. ES CONCEPTIONS POSSIBLES DE LA PRODUCTION

- Une conception intermédiaire qui retient comme production la


fabrication de produits, mais aussi toute la gamme des opérations
qui prolongent la fabrication : transport des produits, emballage,
conditionnement. Ici les secteurs concernés seront bien entendu
le primaire et le secondaire, mais aussi une partie du tertiaire; la
production s'arrête là où commence la commercialisation.

Cette divergence des points de vue entre les économistes (1) sur
Ja seule définition de la production est déjà significative de la nature
Üe leur discipline. L'économie politique est une science sociale : en
tant que telle, elle est l'objet de nombre de controverses, autant de
points que nous aurons l'occasion de voir par la suite.

Section II - Les facteurs de production ou forces productives.

§ 1 - L'identification des facteurs de production.

Pour produire, on utilise des facteurs de production ou forces pro-


ductives. Traditionnellement, l'économie politique s'appuie sur la for-
mule dite trinaire, c'est-à-dire celle des trois facteurs de production :
terre, travail, capital.

Le facteur terre s'identifie aux zones d'agriculture au sens large,


y compris les zones de pêche et aux sites d'implantation des locaux
à usage professionnel.

Le capital est un facteur de production qui est produit au cours


de l'activité économique, à la différence des autres facteurs qui sont
données par la nature.
Le facteur capital comprend, selon la distinction faite par Adam
Smith :

(1) La première conception a été celle de Adam Smith, la seconde celle des éco-
nomistes néo-classiques, et la troisième celle de Kar1 Marx.

35
LA PRODUCTIOS

- le capital fixe : installations, machines, outils...


- le capital circulant : matières premières, agents de fabrication,
produits semi-finis...
Les matières premières se retrouvent à l'état transformé dans le
produit fini fabriqué (le bois dans le meuble), alors que les agents
de fabrication (énergie) disparaissent au cours du processus de
production.

Le travail s'applique aussi bien aux activités manuelles qu'aux acti-


vités intellectuelles.

La tendance actuelle est d'ajouter à la formule trinaire deux autres


facteurs de production : la fonction d'organisation (entrepreneurship)
et le progrès technique.

L'identification des facteurs de production a toujours été sujet à


des controverses de la part des économistes .

- Les néo-classiques accordent la même importance à chacun des


facteurs, en invoquant l'argument de la complémentarité : le pro-
blème des facteurs de production ne se pose pas en terme de hié-
rarchisation, mais de complémentarité.
- Les marxistes privilégient le facteur travail avec les arguments
suivants .

A l'exception de la terre qui est un don de la nature, tous les autres


facteurs se réduisent à du travail (c'est le cas de la fonction d'orga-
nisation), ou bien sont le résultat du travail (cas du capital, cas
du progrès technique). Même la terre doit être mise en valeur et
fertilisée par le travail. On ne doit donc pas placer au même niveau
d'importance le travail et les autres facteurs.

A partir de là, les marxistes font la différence (qui n'existe pas

36
LES FACTEURS DE PRODUCTION OU FORCES PRODUCTIVES

dans l'économie politique néo-classique) entre travail et force de tra-


vail. La force de travail est l'ensemble des facultés physiques et intel-
lectuelles du travailleur.

C'est la dépense d'énergie musculaire et cérébrale de la part du


travailleur, qui se matérialise par l'acte de travail; la force de travail
est par rapport au travail, ce qu'une machine est, par rapport aux opé-
rations qu'elle accomplit.

L'analyse marxiste fait la distinction entre les concepts de capital


constant et de capital variable.

Le capital variable est la part de son argent que l'entrepreneur uti-


lise pour recruter de la main-d'œuvre; le capital constant est la part
de son argent qu'il utilise pour acheter des équipements fixes et des
matières premières.

Le capital variable produit une valeur additionnelle (plus-value)


ce qui n'est pas le cas pour le capital constant qui ne fait que se recons-
tituer tel que dans la valeur de la marchandise fabriquée.

La valeur M d'une marchandise comprend :


- une part du capital constant : C
- une part de capital variable : V
- un surplus économique (plus-value) créé par le travail.

Cette opposition de points de vue (entre néo-classiques et marxis-


tes) qui se situe au niveau technico-économique de la production, a
des implications socio-économiques importantes, lorsqu'il s'agit d'inter-
préter le mécanisme de la répartition des revenus.

§ 2 - Caractéristiques des facteurs de production .


Les facteurs de production présentent les caractéristiques suivantes :

37
LA PRODUCTION

- ils ne sont pas homogènes;


- ils sont substituables;
- ils sont complémentaires.

1) - Un facteur de production donné n'est pas homogène .

La terre est plus ou moins fertile selon les pays et les régions; elle
est appropriée à telle ou telle culture : l'arachide et le café ne sont
pas cultivés sur le même type de sol.

Le capital-machine présente des degrés variés de perfectionnement.


Dans le travail, on trouve des niveaux différents de qualification pro-
fessionnelle. Ce n'est donc que par simplification qu'on parle d'un fac-
teur de production donné (terre, travail, capital) par rapport à la
production.

2) - Les facteurs de production sont substituables, mais dans certai-


nes limites.

L'utilisation simultanée des facteurs de production dans un pro-


cessus de production est appelée combinaison productive; envisageons
la combinaison travail-capital, et la combinaison terre-travail.

a) - combinaison travail-capital.
Il est possible de combiner :
• beaucoup de travail, peu de capital : ce qui donne une combi-
naison « labour - using » ou encore « labour intensive ».
• beaucoup de capital, peu de travail : ce qui donne une combi-
naison « capital using » ou encore « capital intensive ».

Dans ce cas, on dit que la combinaison productive devient plus


capitalistique.

38
/ f s hA(III RS DK PRODI ( TH)\ Ol FORC FS PRODUCTIVE

La combinaison capital - travail (K/L) dans les limites techniques


possibles est déterminée par les prix respectifs du capital et du travail.

Donc le taux de substitution K/L est déterminé par le rapport Pk/Pl,


Pk et PI étant les prix respectifs d'acquisition du capital et du travail '^
b) - combinaison terre - travail
Là aussi, il est possible de combiner :
• beaucoup de terre, peu de travail; ce qui donne une culture exten-
sive. C'est le cas dans un pays comme le Zaïre avec une densité
de 13 habitant? au kilomètre carré en 1984.
beaucoup de travail, peu de terre; ce qui donne une culture inten-
sive. C'est le cas au Rwanda avec une densité de 285 h au km2 en 1984.
On remarquera qu'aucune combinaison productive ne peut être envi-
sagée en l'absence du facteur travail.

3) - Les facteurs de production sont complémentaires.


La substituabilité observée entre les facteurs ne peut opérer qu'à
l'intérieur de certaines limites, car au fond les facteurs de production
sont complémentaires.

Cette complémentarité est mise en évidence par la fonction de pro-


duction qui est une relation quantitative entre le volume de la pro-
duction et la qualité de facteurs utilisés121.

Si A, B, C... sont les facteurs, on aura :


P = f (A, B, C . )

(1) Voir p. 119, le concept d'élasticité de substitution.


iJl La non-homo^encitc des lacieurs de productior (le capital surtout) est l'une
des difficultés qu'on rencontre dans la formulation de la fonction de
production.

39
LA PRODUCTION

La fonction de production peut être établie pour une entreprise


ou bien pour une branche d'activité; la branche représente l'ensem-
bles des entreprises fabriquant un seul et même produit : les quatre
entreprises qui au Sénégal fabriquant l'huile d'arachide, constituent
la branche « huilerie ». Les fonctions de production de toutes les bran-
ches réunies constituent le Tableau d'Echange Interbranches (TEI).
Le TEI est parfois appelé « Tableau d'Echanges Inter Industriels »,
ce qui est impropre, dans la mesure où il comprend des branches non
industrielles. Le TEI est aussi appelé Tableau in put-out put (termi-
nologie anglo-saxonne), l'input étant le facteur de production, et l'out-
put la production. On peut dire aussi avec l'économiste britannique
J. R. Hicks que l'input c'est ce qui est acheté par l'entreprise et que
l'output c'est ce qui est vendu par l'entreprise.

Branches Branches qui achètent Productions


qui vendent totales
A B C D E
A PA
B PB
C Pc
D PD
E PE

La production de chaque branche est un output qui sert de facteur


de production (input) à d'autres branches : l'électricité produite comme
output par une société d'électricité servira d'input à une raffinerie
de pétrole dont l'output (mazout par exemple) servira d'input à une
huilerie d'arachide dont le produit est destiné à la consommation finale
des ménages.
Ces utilisations sont appelées consommations intermédiaires (la
part de la production de la branche A utilisée par la branche A elle-
même est appelée intraconsommation).

40
LES FACTEURS DE PRODUCTION OU FORCES PRODUCTIVES

Si XB est le volume de la production de la branche B,


et XBA la part de production de A utilisée par la branche B comme

XAB=
XB

La lecture horizontale du tableau montre la répartition de l'output


'd'une branche en inputs utilisés par les autres branches.

La lecture verticale montre la somme des inputs nécessaires à une


branche pour fabriquer son output.

Le TEI révèle surtout le phénomène de complémentarité des fac-


teurs de production. Il se présente géné[Link] une forme car-
rée ou rectangulaire, ce qui permet de lui appliquer le calcul matriciel.
La production nette d'une branche est appelée valeur ajoutée. Celle-
ci représente la différence entre la valeur de la production obtenue
et la valeur des consommations intermédiaires. L'ensemble des valeurs
ajoutées des différentes branches d'une économie constitue la pro-
duction intérieure brute (PIB).

La valeur ajoutée représente l'apport net d'une activité à l'écono-


mie. Dans chaque pays, il existe des statistiques qui montrent les parts
relatives de l'agriculture et de l'industrie dans le PIB; ce qui permet
par exemple de montrer les différences dans les niveaux d'industriali-
sation : pour telle année, la part de l'industrie dans le PIB est de
49% au Gabon, 40% en Algérie, 49% en Zambie, 25% au Sénégal,
7% au Tchad, 4% en Guinée-Bissau.

Ces chiffres élevés pour les trois premiers sont dus essentiellement
aux activités extractives de ressources naturelles destinées à l'expor-
tation; le niveau réel d'industrialisation s'en trouve alors considéra-
blement surestimé. C'est la raison pour laquelle, on préfère de plus

41
LA PRODUCTION

en plus utiliser comme repère de l'industrialisation la part des seules


activités manufacturières. Tout le monde sait que la Côte d'Ivoire est
plus industrialisée que la Mauritanie. Or, pour telle année, la part
relative de l'industrie dans la PIB est de 26 % en Côte d'Ivoire, et.
de 36% en Mauritanie : le chiffre de la Côte d'Ivoire bien qu'infé-
rieur, incorpore pour l'essentiel des activités manufacturières, alors
que le chiffre de la Mauritanie incorpore pour l'essentiel des activités
extractives.

Les activités qui ont la plus faible valeur ajoutée sont les activités
d'assemblage de pièces détachées importées, comme les usines de mon-
tage de véhicules qu'on trouve dans certains pays africains. En effet,
la valeur ajoutée contenue dans les pièces détachées importées est sou-
vent plus élevée que la valeur ajoutée par le travail local d'assemblage.
Ce qui peut donner dans certains cas une valeur ajoutée nette égale
à zéro ou bien négative.

Section III - Rendement et Productivité

§ 1 - Le rendement
Le rendement est le rapport entre la quantité produite (exprimée
en unités physiques) et l'un des facteurs de production : la terre, le
travail.
Le capital investi est plutôt ramené au bénéfice pour déterminer
la rentabilité.

C'est surtout dans l'agriculture que l'on calcule des rendements;


il s'agit alors de mesurer la performance du travail appliqué à la terre
(rendement à l'hectare de terre cultivée).

On peut chercher à déterminer le rendement en faisant varier un

42
RE\DEME\T ET PRODUCTIVITE

seul facteur, l'autre restant constant, (rendement factoriel) ou bien


en faisant varier les deux facteurs (rendement à l'échelle).

A) Le rendement factoriel .

Prenons le ttavail appliqué à la terre : la superficie de terre restant


la même, on peut augmenter progressivement le nombre de travail-
leurs en ajoutant chaque fois une unité. Dans un premier temps, le
produit marginal (dû à une unité supplémentaire de travailleur) va aug-
menter rapidement; dans un deuxième temps, l'augmentation sera
moins rapide; dans un troisième temps le produit marginal va com-
mencer à décroître.

On aura ainsi trois phases :


• une première phase dans laquelle le rendement est plus que pro-
portionnel, parce que la quantité de travail supplémentaire colla-
bore avec une superficie convenable de terre ;
• deuxième phase dans laquelle le rendement est strictement pro-
portionnel, parce que les travailleurs supplémentaires disposent de
surfaces de terres moins importantes ;
• une troisième phase dans laquelle le rendement est moins que
proportionnel parce qu'on dispose d'un surplus de travailleurs pour
une surface trop limitée de terre; le produit marginal diminue.

Cette situation observée dans l'agriculture a amené les premiers


économistes (au 18e siècle) à parler de l'existence d'une loi des rende-
ments décroissants; celle-ci exprime un phénomène technologique très
simple : les facteurs de production sont complémentaires; si le pro-
duit marginal décroît à un moment donné, c'est parce qu'un volume
additionnel de main-d'œuvre coopère avec une quantité de plus en
plus réduite de terre.

43
LA PRODUCTION

Production

Facteur variable : travail

II convient toutefois de faire deux remarques :


- l'échéance des rendements décroissants peut être reculée grâce
au progrès technique mais l'impact du progrès technique sur la pro-
duction est limitée à un certain point ;
- lorsque le produit marginal décroît, la production globale con-
tinue à augmenter, à un rythme ralenti certes, mais elle continue
à augmenter.

B) Le rendement dimensionnel ou rendement d'échelle .


Dans ce cas-ci, on augmente la quantité des deux facteurs terre
et travail en même temps. On passe alors à une dimension supérieure,
à une échelle supérieure de production, avec des rendements qui peu-
vent être constants ou croissants selon les situations. Les rendements
sont constants, lorsque le volume de la production augmente au même
rythme que la quantité de facteurs de production.

44
REISDEMENT ET PRODUCTIVITE

Les rendements sont croissants lorsque le volume de la production


augmente à un rythme supérieur à celui de la quantité des facteurs de
production. Ce qui est l'avantage de la grande unité de production,
qui permet la spécialisation et la division du travail.

Les rendements sont décroissant lorsque le volume de la produc-


tion augmente à un rythme inférieur à celui de la quantité de facteurs.

On peut illustrer ceci par le théorème d'Euler (mis au point par


le mathématicien Léonhard Euler au 18e siècle). Soit une fonction
de production à 2 facteurs K et L :

P = f (K, L)

Si on multiplie chacun des facteurs par un nombre h, la fonction


sera multipliée par hm :

K x h, L x h — - P x hm

Pour m = 1, les rendements sont constants,


m < 1, les rendements sont décroissants,
m > 1, les rendements sont croissants.

Le cas le plus fréquent dans la pratique est celui des rendements


croissants. On dit qu'ils sont dûs aux économies d'échelle qui
ne sont rien d'autre que les avantages qui découlent des grandes uni-
tés de production : spécialisation, division du travail...
Dans le cas de rendements décroissants, on trouve ce qu'on appelle
les diséconomies d'échelle : par exemple, la bureaucratie, la mauvaise
organisation...

45
LA PRODl'CTÌOS

§ 2 - La productivité.

D'une manière très générale, la productivité peut être définie comme


l'aptitude à produire. Mais de façon plus précise, la productivité est
un résultat : c'est le rapport de la production à l'ensemble des fac-
teurs (productivité globale) ou à l'un des facteurs (productivité
factorielle).
A) La productivité globale est le rapport entre la production et les
facteurs exprimés à leurs prix.'

B) La productivité factorielle est le rapport entre la production et


l'un des facteurs; généralement le calcul est effectué pour les facteurs
comme le capital et le travail.

Dans l'un et l'autre cas, on peut calculer la productivité moyenne et


la productivité marginale.

a) La productivité moyenne est le rapport entre le volume de la


production et le volume de l'un des facteurs :

productivité moyenne du capital = production/capital


= pMk = -E-
k

productivité moyenne du travail = production/travail


= pMl = JEL~

b) La productivité marginale est le rapport entre l'accroissement


de la production et l'accroissement de l'un des facteurs, l'autre
étant resté constant. La productivité marginale permet ainsi de
montrer l'influence de la variation unitaire d'un facteur sur le
volume de la production.

46
RESDEMEHT LT PRODUCTIVITE

On l'exprime en langage mathématique par la dérivée partielle :


• productivité marginale du capital K = pmk = ôp / <5k
productivité marginale du travail L = pml = Sp/ 61

Cependant dans la pratique, pour calculer une productivité facto-


rielle, il faut disposer d'un système de prix car le volume de la pro-
duction qui figure au numérateur et le facteur qui figure au dénomi-
nateur sont des grandeurs hétérogènes.
La pratique la plus répandue est celle qui consiste à calculer la pro-
ductivité par rapport au travail, ce qui se justifie doublement : le tra-
vail est à l'origine de la production du facteur capital, et on peut dis-
poser ici d'une unité de mesure commode : le temps de travail.
i • • , i i volume de la production
productivité du travail = -—*-—
temps de travail
C) Les facteurs de productivité
La productivité n'est pas une grandeur donnée une fois pour toute.
Elle a plutôt tendance à évoluer à la hausse. A l'origine de l'accrois-
sement de la productivité, on trouve des causes telles que le pro-
grès technique , la qualification professionnelle, l'organisation
scientifique du travail.
- Le progrès technique incorporé dans les machines accroît
leur efficacité. On dit que les machines sont efficaces et que le
travail est productif; parce que la machine est fabriquée par le tra-
vail de l'homme et ne peut pas fonctionner sans le travail de
l'homme, alors que le travail même sans machine peut produire.
Il se trouve qu'avec la machine (surtout perfectionnée), le travail
produit davantage. L'efficacité de la machine n'est rien d'autre
que son aptitude à améliorer la productivité du travail.
- La qualification professionnelle du travailleur s'acquiert par
la formation professionnelle, soit « sur le tas », soit dans des éco-
les spécialisées.

47
LA PRODl'CTIOS

- L'organisation scientifique du travail (OST) a fait son appa-


rition aux Etats-Unis au début du siècle, sous l'impulsion de F.W.
Taylor, ancien ouvrier devenu ingénieur. L'objet de l'OST est
de supprimer dans l'acte de travail les gestes inutiles et les temps
morts; ce qui intensifie les cadences de travail et permet de tirer
le maximum possible du travailleur. La productivité peut alors
s'accroître, dans des proportions importantes, mais le travail
devient intense donc fatigant, monotone, robotisé.

L'amélioration de la productivité signifie :

• soit que pour un même temps de travail qu'auparavant, le tra-


vailleur produit davantage ;

• soit que pour un même volume de production qu'auparavant,


le travailleur dépense moins de temps de travail.

La productivité du travail peut être saisie dans l'espace et dans le


temps.

Dans l'espace, on peut procéder à des comparaisons internationa-


les de niveaux de productivité, entre différents pays. Ce qui peut ame-
ner à constater que la productivité est plus élevée aux Etats-Unis que
dans n'importe quel pays africain, pour des raisons bien compréhen-
sibles : progrès technique, formation professionnelle...

La productivité est plus élevée aux Etats-Unis que dans n'importe


quel pays socialiste, ce qui se traduit par deux conséquences nette-
ment opposées : le niveau plus élevé de productivité aux Etats-Unis
se traduit par une plus grande abondance de biens matériels dans ce
pays. C'est ce constat qui a amené certains auteurs à poser que c'est
l'amélioration de la productivité qui est à l'origine de l'amélioration
du niveau de vie. Mais n'est-ce pas là, réduire le niveau de vie à sa

48
KtSntMt:\T t.T PRODI £771 ITt

seule dimension quantitative (biens matériels) sans égard à la « qua-


lité de la vie » ?

Le niveau moins élevé de productivité dans les pays socialistes


a coexisté dans ces pays avec une absence totale de chômage, alors qu'aux
Etats-Unis, selon la situation économique et selon les années, on enre-
gistre 5 à lu millions de chômeurs, ce qui représente plus de 5% de
la population active. On peut certes interpréter la situation de l'emploi
dans les pays socialistes comme étant du « chômage déguisé » : des
travailleurs qui sont payés, mais qui ne sont que très partiellement
utilisés. Nous touchons là à un problème de choix de société : faut-il
mettre l'accent sur les performances économiques (productivité éle-
vée + chômage) ou bien sur les performances sociales (productivité
plus faible + plein emploi + davantage de temps libre). Faut-il que
l'homme soit au service de l'économie, ou bien que l'économie soit
au service de l'homme ?

Dans le temps, au sein d'un même pays, on assiste à une élévation


de la productivité du travail au fur et à mesure de l'évolution écono-
mique. C'est à partir de là que des économistes (l'australien Colin
Clark, le français Jean Fcurastié) ont cherché à expliquer les migra
tions intersectorielles de main-d'œuvre, autrement dit, les transferts
d'effectifs de travailleurs d'un secteur de l'économie à un autre. Dans
l'agriculture à un moment donné, la productivité est tellement élevée
qu'il n'est plus nécessaire de maintenir le même effectif de travail-
leurs; la main-d'œuvre ainsi libérée dans le secteur primaire, est trans-
férée dans le secteur secondaire (industrie); à partir de là, toujours
compte tenu des gains de productivité, s'effectuera un second flux de
transfert de main-d'œuvre vers le secteur tertiaire (services).
Si Lien que dans la répartition de la population active, c'est le secteur
tertiaire qui occupe la première position, le secteur secondaire, la
seconde et le secteur primaire la troisième.

49
LA PRODUCTION

Ainsi aux Etats-Unis, on trouve moins de 4% de la population active


dans l'agriculture ; ils nourrissent la population et exportent. Dans
les pays sous-développés c'est le secteur primaire qui continue d'occuper
le gros de la population active avec une faible productivité : 70% à
80% de la population active de l'agriculture, n'arrivent pas à l'auto-
suffisance. alimentaire et cette main-d'œuvre va directement vers le
secteur tertiaire sans transiter par le secondaire. Et ce ne sont pas les
gains de productivité qui sont à l'origine de tels transferts mais plutôt
l'attrait de la ville et les difficultés de la vie en monde rural (exode
rural).
En récapitulant, disons que la productivité et le rendement expri-
ment le même contenu : un rapport entre un volume de production
et des facteurs de production. Mais il est d'usage d'employer le con-
cept de productivité pour le facteur travail (surtout appliqué dans
l'industrie), le concept de rendement étant utilisé pour le facteur terre
associé au travail agricole, ou bien au facteur travail appliqué à la tèrre.

La productivité et le rendement sont pour le producteur un avan-


tage dont l'obtention suppose de supporter des coûts.
Section IV - Les coûts

D'une manière générale, le coût exprime ce à quoi on renonce pour


obtenir quelque chose. On peut ainsi distinguer deux types de coût :
le coût d'opportunité ou coût alternatif, et le coût comptable.
$ 1 - Le coût comptable
Le coût comptable est une charge financière qui est supportée pour
la réalisation d'une opération. Dans la production on rencontre deux
éléments de coût : le coût variable et le coût fixe. Le coût variable
est celui qui varie directement avec le volume de la production. Il est
constitué par les dépenses de main-d'œuvre de production (au niveau
des ateliers par exemple) et par des dépenses de matières premières
et d'agents de fabrication.

50
LES COUTS

Coûts

coût variable total

Volume production

Courbe du coût variable

Le coût variable est représenté en graphique par une courbe pas-


sant par l'ordonnée. A un volume zéro de production, correspond un
coût variable de zéro.

le coût fixe est celui qui, à l'intérieur d'une certaine échelle de" pro-
duction, ne varie pas avec le volume de la production. Ainsi l'achat
de machines pour la production est une charge définitive. Le prix
d'achat est fractionné suivant le nombre d'années d'utilisation des
machines; c'est une somme d'argent mise de côté pour pouvoir par
la suite procéder au remplacement de la machine devenue usée .
cette opération de remplacement de la machine est appelée amor-

51
LA PRODVCTIOS

tissement, et la somme prévue à cet effet est une charge


d'amortissement.

Si par exemple une machine est achetée à 10 000 000 F CFA et


que sa durée d'utilisation est prévue pour 10 ans, il sera mis de côté
chaque année une charge d'amortissement de 1 000 000 F CFA. (Dans
la réalité, si cette somme n'est pas utilisée, elle est placée en dépôt
bancaire donc rémunérée avec des intérêts. Ce qui pourra permettre
de payer la machine de remplacement qui coûtera naturellement plus
cher).

La charge d'amortissement est un coût fixe dans la fabrication. Si


pour une raison quelconque (grève, panne, etc.) l'usine ne fonctionne
pas, le coût fixe d'amortissement sera intégralement supporté. Que
le volume de la production augmente ou diminue dans certaines limi-
tes (celles de l'échelle de production adoptée) le coût fixe reste constant.

Le coût fixe est représenté en graphique par une droite horizon-


tale parallèle à l'axe des abcisses : que l'on produise 0, 1, 2 ou 4 uni-
tés, le coût fixe reste constant.

52
LES COÛTS

Coûts

Courbe (droite) du coût fixe total

coût fixe total


1 1
1 1
1 1
1 1
11 1
1 1
1 Í
11 1
0 volume production

• Le coût moyen total est la somme du coût fixe moyen et du coût


variable moyen.

• Le coût fixe moyen est tout simplement le coût fixe total divisé par
le nombre d'unités fabriquées. Le coût fixe moyen diminue donc
avec le volume de la production (puisqu'on divise un nombre cons-
tant par un nombre qui varie en augmentant).

Dans les pays africains, depuis l'indépendance, on cherche à fabri-


quer sur place des produits jusque-là importés (piles électriques, boî-
tes de lait, etc.). Les consommateurs se plaignent souvent du prix
de vente élevé de ces produits d'autant plus qu'ils ont été produits
dans le pays. C'est parce que les marchés de commercialisation des
pays africains sont trop restreints et ne permettent pas de développer

53
LA PRODUCTION

le volume de la production à un niveau qui permettrait justement


d'avoir des coûts fixes moyens bas. Autrement dit, un volume limité
de production supporte des coûts fixes élevés. Ce qui se traduit par
des prix de revient élevés, donc des prix de ventes élevés d'où l'impé-
rieuse nécessité des regroupements économiques (intégration) entre
pays africains.
Côuts

Courbe du coût fixe moyen (ou unitaire)

coût fixe moyen ou unitaire

volume production

Ct = Cf + Cv
Cm = Cu = Ct/q

Le coût variable moyen n'est rien d'autre que le coût variable total
divisé par le nombre d'unités produites ; pour les premières unités fabri-
quées, le coût variable moyen est très élevé, parce que le volume de •
la production est limité ; avec l'augmentation progressive du nombre
d'unités fabriquées, dans un premier temps, il est certain que le coût

54
LES COUTS

variable moyen (c'est-à-dire le coût variable par unité fabriquée) va


baisser jusqu'à un certain point. Mais à un moment donné, lorsqu'on
cherche à augmenter le volume de la production en augmentant les fac-
teurs variables (main-d'œuvre, matières premières) avec les mêmes
machines, la production entre dans la phase des rendements décrois-
sants. Or le rendeme'nt est l'inverse du coût. Donc dans cette phase
le coût moyen variable va augmenter progressivement.

Le coût moyen total aura la même physionomie (en représenta-


tion graphique) que le coût moyen variable. En effet dans un premier
temps, il y a décroissance simultanée du coût moyen variable et du
coût moyen fixe, ce qui se traduit par une décroissance du coût moyen
total. Dans un second temps, c'est l'augmentation du coût moyen varia-
ble qui l'emporte sur la diminution du coût moyen fixe, ce qui entraine
une élévation du coût moyen total.

Coûts

coût moyen

Courbe du coût moyen volume production

55
LES COÛTS

On peut envisager le cas où une seule unité du produit est fabriquée.

Soit qu'à partir d'un volume zéro de production, on fabrique une


1ère unité, soit qu'à partir de la nième unité fabriquée on passe à^
,n + 1 unité. A cette unité supplémentaire fabriquée, correspond le
coût marginal.

Il est certain que, une fois tous les facteurs de production en place,
le coût de fabrication d'une seule unité sera très élevé ; le coût margi-
;nal sera donc élevé à ce niveau de fabrication M.C'est ce niveau élevé
qui va constituer le point de départ de la courbe du coût marginal qui,
bien entendu décroît au fur et à mesure qu'on fabrique des unités sup-
plémentaires. A un moment donné, du fait de la loi des rendements
décroissants, le coût marginal commence à augmenter. Si bien que la
courbe du coût marginal a la même physionomie (sur le graphique)
que la courbe du coût moyen. Lorsqu'il est dans sa phase descendante,
à un moment donné, le coût marginal est plus bas que le coût moyen;
lorsqu'il est dans sa phase ascendante, le coût marginal est supérieur
au coût moyen à un moment donné.

Lorsqu'on fait figurer sur un même graphique la courbe du coût


marginal et la courbe dù'coût moyen, on constate que la première coupe
la seconde en son point minimum. Cela signifie que c'est seulement en
son point minimum que la courbe du coût moyen est égale à la courbe
du coût marginal.

(1) Si par exemple dans un train, tous les wagons sont complètement remplis
et qu'on doit affréter un wagon supplémentaire pour transporter le seul
passager restant, ce coût marginal sera élevé; mais le c coût marginal
va baisser au fur et à mesure que le wagon supplémentaire prend de
nouveaux passagers.

56
LA PRODUCTION

Coûts

coût moyen

volume production

Toute l'analyse qui précède se situe dans le court terme. Dans le


long terme, compte tenu de l'effet des économies d'échelle, le coût
moyen a tendance à décroître (échelle supérieure de production).

A partir des courbes du coût moyen correspondant à trois périodes


t,, t2 et t5 qui correspondent chacune à une échelle de production
(la suivante étant plus élevée que la précédente), on peut tracer une
courbe enveloppe LL qui est la courbe du coût moyen à long terme.
Elle se présente en forme de L, à la différence de la courbe du coût
moyen à court terme qui avait plutôt une forme en U.

57
LA PRODUCTIOS

Coûts

vol. production
Coûts

Coût fixe (Ci)

PM Production = ventes

58
LES COÛTS

Ceci étant, les différents éléments de coût que nous avons rencon-
trés, coût variable, coût fixe, peuvent être utilisés pour'déterminer
le seuil de rentabilité ou point mort d'une production ; cela à partir
d'une représentation graphique très simple .

Sur un axe de coordonnées, l'axe des abcisses représentera le volume


des ventes supposé égal au volume de la production (absence de stock),
et l'axe des ordonnées représentera les coûts.

Le point mort est le point où la droite du chiffre d'affaires coupe


la droite du coût total. Avant le point mort, l'entreprise est encore
en situation de déficit, tous les coûts de production n'ayant pas été
couverts ; au point mort, elle est en équilibre : le chiffre d'affaires
(quantités vendues x prix de vente unitaire) est égal au coût total ;
au-delà du point mort, toute recette additionnelle est un profit net.

L'analyse du point mort permet de suivre dans le temps le moment


où une production devient rentable.

$ 2 - Le coût d'opportunié ou coût alternatif

Le coût d'opportunité est l'avantage ou l'inconvénient qui résulte


d'un choix alternatif : en présence d'une alternative à deux solutions
A et B, si on choisit la solution A, le coût de l'opération est l'avan-
tage auquel on a renoncé (ou l'inconvénient qu'on a évité) en n'ayant
pas choisi la solution B.

Par exemple, pour un bachelier qui entreprend des études supé-


rieures sur une période de quatre années, le coût comptable de l'opé-
ration peut être assez facilement déterminé s'il est boursier de l'Etat
par exemple . Il suffira d'additionner les différentes sommes qui lui
ont été versées. Mais le coût d'opportunité sera tout à fait différent :
ce sera la somme cumulée des salaires que ce bachelier aurait touchés

59
LA PRODUCTION

pendant quatre ans s'il avait occupé un emploi rémunéré immé-


diatement après la fin de ses études secondaires.

La notion de coût d'opportunité est très importante en économie


surtout dans le domaine de la politique économique : en effet, comme
nous l'avons vu dans l'introduction, à des besoins humains illimités,
correspondent des ressources rares qui ont des usages alternatifs. Il
convient donc toujours, de trouver l'usage le meilleur (le plus ration-
nel, le plus optimal) du point de vue de l'impératif de satisfaction des
besoins. Ce qui fait qu'on devrait toujours tenir compte du coût
d'opportunité.

Section V - L'organisation de la production.

L'entreprise ou firme est l'unité économique de production de biens


et de services; elle peut exercer son activité dans le secteur agricole
minier, commercial ou industriel ; les entreprises qui se livrent exclu-
sivement à des activités financières seront étudiées comme institu-
tions financières.

§ 1 - Les types ou formes juridiques d'entreprise.

Les entreprises quel que soit leur secteur d'activité peuvent être dis-
tinguées sur la base du critère du mode de propriété qui trouve son
expression consacrée dans la législation juridique. Le mode de pro-
priété peut être privé ou public ou (mixte).

A) L'entreprise privée.

L'entreprise privée appartient à une ou à des personnes physi-


ques à titre individuel ou à titre collectif. Elle se présente sous
des formes juridiques différentes : société de personnes et société
de capitaux.

60
[Link] DE LA PRODUCTION

a) La société de personnes.

Le propriétaire pourra être une seule personne ou un certain


nombre de personnes réunies (société en nom collectif); mais pour
la loi, l'entreprise en tant que telle n'existe pas; ce qui existe ce
sont des personnes physiques qui se livrent à certains types d'acti-
vité professionnelle.

Dans la société de personnes classique c'est le propriétaire qui


gère directement son affaire même s'il s'entoure de quelques col-
laborateurs. Il cumule les fonctions de propriétaire et de mana-,
ger. Il paie des impôts en tant que personne physique au titre de
la cédule « bénéfices industriels et commerciaux » (à un taux
progressif).

L'entreprise individuelle a souvent un caractère artisanal.

Il peut arriver aussi que plusieurs personnes mettent en com-


mun leurs efforts et leurs ressources (donc leur travail et leur capi-
taux) pour gérer directement une affaire, ce qui donne lieu à
l'entreprise coopérative. La coopérative n'oriente pas son
activité vers l'objectif-profit, mais plutôt vers l'objectif-service pour
chacun de ses membres ; c'est une forme d'entreprise surtout déve-
loppée dans l'agriculture, pour l'approvisionnement en matériel
agricole, l'écoulement des récoltes...

b) La société de capitaux.

Ici les propriétaires sont toujours des personnes physiques mais


qui s'effacent pour donner lieu sur le plan juridique à une entité
abstraite, invisible, incorporelle, personne morale, laquelle n'a
d'existence que pour la loi : société anonyme, société à responsa-
bilité limitée...

61
l.A PRODVCTIO\

Dans le cas le plus fréquent, celui de la société anonyme, les


propriétaires détiennent des actions qui sont des titres de quote-
part de propriété. Les actionnaires perçoivent un revenu, le divi-
dende (1) prélevé sur le bénéfice réalisé (l'autre partie pouvant
être utilisée pour l'autofinancement). Généralement la société de
capitaux est une entreprise d'une certaine dimension dans laquelle
la fonction de propriété peut se dissocier de la fonction de direc-
tion. La masse des actionnaires élit un conseil d'administration
(souvent constitué par les plus gros actionnaires) qui nomme le
Président Directeur Général.

Celui-ci s'entoure de collaborateurs spécialistes de différents


domaines : technique - commerce - finances... C'est cet ensemble
que l'Américain Galbraith appelle la techno-structure (2). Sur le
plan fiscal, la société de capitaux est imposée en tant que personne
morale (à un taux fixe) (3) mais les actionnaires sont imposés sur
leurs dividendes en tant que personnes physiques.

L'action est un titre de valeur mobilière. Dans les pays capita-


listes développés, il existe un marché au jour le jour pour les tran-
sactions des valeurs mobilières. C'est la Bourse des Valeurs. Pour
être cotée à la Bourse, une entreprise doit avoir le statut juridi-
que de société de capitaux, et disposer d'une certaine surface
financière.

En Afrique de l'Ouest francophone, la Côte d'Ivoire est le seul


pays où fonctionne une Bourse des Valeurs, ceci depuis 1975.

(1) Le titre d'action est un titre de propriété; en cela il se distingue de l'obliga-


tion qui est un titre de créance dont le revenu est un intérêt - actions
et obligations sont des titres de valeurs mobilières.

(2) J.K. GALBRAITH - Le nouvel Etat industriel (Flammation - Paris).


(3) Au Sénégal le taux est de 33,33 % c'est-à-dire 1/3 du bénéfice.

62
I <>HGAMSATIO\ Of. ¡A PRODI ( HO\

B) L'entreprise publique.

Dans l'entreprise publique, les capitaux appartiennent à 100 %


à l'Etat.

On peut avancer au moins avec certitude que l'entreprise est


gérée par l'Etat. Mais au profit de qui se fait la gestion par l'Etat ?
Une telle question est loin d'être superflue ; en principe, l'entre-
prise publique appartient à l'ensemble de la collectivitédont l'Etat
est censé être l'émanation ; il peut arriver que l'Etat gère l'entre-
prise publique effectivement au profit de la collectivité ; il peut
arriver aussi que l'Etat gère l'entreprise publique au profit d'inté-
rêts privés particuliers. Dans ce cas, le propriétaire de droit et
le bénéficiaire de fait ne coincident pas ; mais cette rupture de
correspondance entre le droit et le fait ne se manifeste pas tou-
jours ouvertement, même lorsqu'elle existe; ce qui ne peut que
rendre plus difficile le travail d'analyse de l'économiste. Il est
clair qu'on ne rencontre pas une telle difficulté dans le cas de
l'entreprise privée où le propriétaire et le bénéficiaire sont une
seule et même personne, dans le droit comme dans le fait.

C) L'entreprise société d'économie mixte.

Dans certaines sociétés de capitaux, les partenaires associés


sont constitués à la fois par des personnes privées et par l'Etat.
Ce sont là des sociétés d'économie mixte qui sont d'ailleurs très
différentes les unes des autres selon le degré de participation de
l'Etat au capital. L'Etat peut être minoritaire (moins de 50 °b
du capital), majoritaire (plus de 50 %) ou bien avoir une partici-
pation égale de 50 %.

§ 2 - Les formes techniques d'organisation industrielle et le phé-


nomène de concentration.

63
LA PRODUCTION

Du point de vue de l'analyse économique, ce sont les structu-


res techniques des entreprises qui sont certainement les plus inté-
ressantes à é[Link] présenterons successivement les situa-
tions de concurrence et le phénomène de concentration des
entreprises.

A) Les situations de concurrence.

Commençons d'abord par préciser la notion de branche. La


branche d'activité est constituée par l'ensemble des entreprises
qui fabriquent le même produit. Une branche fabrique un seul
et même produit ; un produit est fabriqué par une seule et même
branche.

Selon le nombre d'entreprises qui opèrent dans une branche,


on aura différentes situations d'organisation de la production.

a) La concurrence pure et parfaite.

La situation de concurrence pure et parfaite est caractérisée


avant tout par le fait que dans une branche d'activité donnée, opè-
rent plusieurs firmes. La conséquence de ce grand nombre est que
aucune entreprise ne peut à elle seule influencer les données du
marché. L'importance d'une entreprise isolée se réduit à celle d'une
goutte d'eau dans un fleuve. Le prix du marché est déterminé par
l'offre et la demande ; c'est-à-dire la rencontre de tous les pro-
ducteurs et de tous les consommateurs ; une fois formé, ce prix
s'impose à chaque producteur pris isolément ; celui-ci est un
« price-taker » (preneur de prix); en aucun cas, il ne peut isolé-
ment influencer le prix du marché. C'est là la première condition
(condition d'atomicité) de la concurrence pure et parfaite.

Les autres conditions sont :

64
L'ORGANISATION DE LA PRODUCTION

• l'homogénéité des produits : dans chaque branche, le produit


offert par les différentes unités de production est exactement
le même ; il ne présente aucune différenciation ;

• la parfaite mobilité des produits, des facteurs de production et


des agents économiques (producteurs et consommateurs) ; ce
qui suppose une. information parfaite sur toutes les tendances
du marché ;

• le prix de concurrence pure et parfaite est égal au coût margi-


nal de production qui est le meilleur possible (optimal), compte
tenu des besoins des consommateurs.

Dans la pratique des affaires, la situation de concurrence pure


et parfaite est extrêmement rare, sinon inexistance ; c'est plutôt
un état idéal de l'économie vers lequel les économistes voudraient
faire tendre les économies réelles qui sont confrontées à la con-
currence imparfaite^1).

b) La concurrence imparfaite.

La concurrence imparfaite comprend en fait un certain nom-


bre de situations qui diffèrent de la concurrence pure et parfaite :

- La concurrence monopolistique . Dans cette situation, on


retrouve la première condition de la concurrence pure et parfaite :
une multitude de producteurs ; seulement ici, à l'intérieur d'une
même branche d'activité, les produits sont différenciés : chaque

(1) Exactement comme dans l'analyse statistique, on imagine une courbe de


distribution dite normale (courbe Laplace-Gauss) avec espérance mathé-
matique égale à 0 et écart type égal à 1. Les courbes de distribution de
caractères rencontrées dans la réalité sont très différentes de la courbe nor-
male qui est un idéal de distribution statistique.

65
LA PRODUCTION

entreprise produit et vend sous sa propre marque commerciale;


c'est le cas de produits comme le savon et les produits cosmétiques.

- L'oligopole : Ici, le nombre de producteurs est plutôt restreint :


quelques entreprises seulement (quatre ou cinq par exemple) opè-
rent dans là branche. L'oligopole est dit pur, lorsque le produit
est homogène : cas des quatre entreprises fabriquant l'huile d'ara-
chide au Sénégal.

L'oligopole est dit différencié, lorsque le produit présente des


différences selon les producteurs : cas de l'industrie automobile.

Un cas particulier d'oligopole est le duopole, une situation dans


laquelle on ne trouve que deux entreprises pour la fabrication d'un
même produit.

Dans ces deux situations de concurrence monopolistique et


d'oligopole, là concurrence entre firmes est très vive et se mani-
feste surtout dans le domaine du marketing (politique du produit
- politique de prix - techniques d'emballages - techniques de
distribution commerciale - publicité).

- Le monopole . Lorsque le produit d'une branche est fabriqué


par une seule entreprise, on est dans une situation de monopole.
Dans ce cas l'entreprise se confond avec la branche.

La situation de monopole peut être due à un certain nombre


de causes .
- Une entreprise peut exclusivement exploiter un brevet de fabri-
cation pour un temps déterminé.

- Une entreprise peut à elle seule contrôler une source d'appro-


visionnement de matières premières.

66
L'ORGANISATION DE LA PRODUCTION

- Une entreprise peut jouir de la protection de l'Etat, surtout


lorsque le marché est trop restreint. Ce cas est fréquent dans les
pays sous-développés où l'Etat cherche à protéger les « industries
naissantes ».

Il existe aussi ce qu'on appelle des monopoles naturels ; on


les trouve dans les branches d'activité à fortes économies d'échelle,
donc à coûts moyens décroissants comme la production d'énergie
électrique : la concurrence ici aboutirait à exploiter des unités de
petite dimension donc à des coûts trop élevés. Généralement,
ce type d'activité est exploité par l'Etat sous forme d'entreprise
publique ou mixte.

Il peut arriver aussi que sur un marché il n'existe qu'un seul


acheteur. On parlera alors de monopsone : C'est le cas dans les
pays africains pour les produits agricoles pour lesquels l'Etat a
le monopole de l'achat aux producteurs avec le système des co-
opératives et des offices de commercialisation.

Il peut arriver aussi qu'un monopole du côté de l'offre soit


opposé à un monopsone du côté de la demande ; ce qui donne
le monopole bilatéral '. cas de syndicat d'employeurs (demande de
travail) et de syndicat de travailleurs (offre de travail).

L'inconvénient dans une situation de monopole (ou de monop-


sone) est que le consommateur (ou le producteur) peut être lésé
par une politique arbitraire de prix trop élevés (ou trop bas) contre
laquelle il est souvent sans défense.

Dans les situations de concurrence imparfaite, le prix de vente


est supérieur au coût marginal. Le volume correspondant de pro-
duction est volontairement restreint par les producteurs. Cet état
de pénurie artificielle permet de pratiquer des prix élevés.

67
LA PRODUCTION

Dans les pays africains, compte tenu de l'étroitesse des mar-


chés, les entreprises ont tendance à adopter une structure de
monopole ou d'oligopole dès le départ de leur fonctionnement.
Dans les pays capitalistes développés, ces structures sont généra-
lement le résultat d'un processus de rétrécissement graduel par
le phénomène de concentration.

B) Le phénomène de concentration ou intégration des entreprises,

a) Les facteurs d'intégration des entreprises.

Plusieurs facteurs d'ordre économique notamment peuvent être


à l'origine du phénomène d'intégration des entreprises .

1) La recherche d'économies d'échelle ; il s'agit là de l'appli-


cation économique de l'adage bien connu selon lequel la somme
1 + 1 est égale à un nombre supérieure à 2.

Concrètement les économies d'échelle se traduisent sur-


tout par une réduction appréciable des coûts.

2) La recherche de complément : par exemple une entreprise


qui dispose d'une capacité de production excédentaire avec un
marché exigu et une autre entreprise disposant d'un vaste mar-
ché et d'un potentiel de production réduit, trouveront une base
rationnelle d'intégration.

3) Le désir pour une entreprise de contrôler en amont son appro-


visionnement (ce qui l'amène à s'unir avec son fournisseur) ou de
contrôler en aval sa distribution (ce qui l'amène à s'unir avec son
distributeur).

4) Le souci d'assurer une exploitation régulière en supprimant


les fluctuations saisonnières. Ce sera le cas de deux entreprises

68
L'ORGANISATION DE LA PRODUCTION

dont les activités se déployaient sur des saisons différentes : par


exemple une fabrique de maillots de bain et une fabrique de vête-
ments de laine.

5) Enfin, le simple souci de réduire la concurrence, de dominer


le marché et de s'assurer une certaine puissance tant économique
que politique, peut pousser des entreprises privées vers un pro-
cessus continu d'intégration, ce qui est d'ailleurs souvent íe cas.

b) Les techniques d'intégration.

Plusieurs variétés de combinaisons techniques peuvent être mises


en œuvre par les entreprises.

1) La combinaison horizontale : la combinaison horizontale


est réalisée lors de l'union de deux entreprises opérant
à un même niveau d'activité : lorsque par exemple l'intégration
se produit entre deux entreprises d'édition.

2) La combinaison verticale : elle apparaît avec l'intégration


de deux entreprises opérant à des niveaux différents d'acti-
vité mais situées sur une même chaine de distribution ; par exem-
ple un client et un fournisseur, comme dans le cas de l'entreprise
d'édition qui s'unit avec une entreprise de fabrication de papier.

3) La combinaison circulaire : on parle de combinaison


circulaire dans le cas où l'intégration a lieu entre deux entre-
prises fabriquant des produits différents mais dans un même
domaine d'activité ; ce sera l'exemple de l'union entre une entre-
prise de transport routier et une entreprise de transport maxime
(transport), entre une raffinerie d'huile et une raffinerie de su
ere... (alimentation).

69
LA PRODUCTION

4) Le conglomérat : le conglomérat résulte de la réunion


de deux entreprises opérant dans des domaines différents ; par
exemple une fabrique de réfrigérateurs et une fabrique de trac-
teurs agricoles.

5) Le consortium : le consortium est un groupement de


deux ou plusieurs entreprises unissant leurs efforts pour réaliser
une opération particulière et momentanée, dans la mesure où cha-
que partenaire conserve son autonomie par ailleurs. Ce sera le cas
de deux sociétés pétrolières désireuses d'exploiter en commun un
gisement ; le cas de consortium est plus fréquent dans le domaine
de l'importation et de l'exportation surtout pour certaines matiè-
res premières.
6) Le holding : le holding est une société qui détient des
participations dans d'autres sociétés. La société holding détient
des actions de sociétés qu'elle contrôle et touche de ce fait des divi-
dendes. Le holding est généralement une banque d'affaires et les
sociétés contrôlées sont des entreprises industrielles ou
commerciales.

7) La succursale : la succursale est une filiale créée par une


société pour un marché particulier. Par exemple des sociétés fran-
çaises de commerce ont des succursales dans tous les pays d'Afri-
que francophone.

8) Le cartel : le cartel est tout simplement un accord passé


entre des entreprises pour contrôler un marché en s'entendant pour
fixer les prix ; par exemple lorsque dans un secteur d'activité il
n'existe que quelques entreprises (oligopole). Le cartel conduit à
une situation de monopole de fait.

Le cartel le plus connu sur le plan mondial est certainement le


cartel du pétrole constitué par les « 7 sœurs » :

70
L'ORGANISATION DE LA PRODUCTION

- cinq sociétés américaines : Standard Oil of New Jersey,


Mobil Oil, Gulf Oil, Texaco, Standard Oil of California.

- une société anglo hollandaise : Royal Dutch Shell ;

- une société anglaise : British Petroleum.

Les pays producteurs ont répondu en créant en 1960 l'OPEP


(Organisation des Pays Producteurs de Pétrole).

9) L'entreprise transnationale : l'entreprise multinationale


ou transnationale opère dans plusieurs pays à la fois. Elle
conserve son siège social dans le pays d'origine où sont pri-
ses les décisions fondamentales (dites décisions stratégiques pour
les distinguer des décisions tactiques prises au jour le jour). L'entre-
prise multinationale tend ainsi ses ramifications hors du territoire
national, ce qui la fait ressembler à une pieuvre géante dont les
tentacules sont constituées par les différents pays d'implantation.
Cette implantation extérieure est généralement motivée par le souci
d'opérer près de la source de matières premières, ou bien près du
marché d'écoulement de la production. La firme américaine Coca-
Cola exploite ainsi des usines un peu partout dans le monde.
D'ailleurs la plupart des firmes multinationales sont d'origine
américaine.

Sur le plan juridique, l'intégration des entreprises s'opère géné-


ralement selon les deux modalités : fusion et absorption.

- Fusion : lorsque 2 entreprises A et B fusionnent, elles


disparaissent et donnent lieu à une nouvelle entreprise C.

- Absorption : lorsque l'entreprise A absorbe l'entreprise


B, elle s'agrandit et devient A' alors que B disparaît.

71
LA PRODUCTION

— Scission : Deux entreprises A et B se partagent les actifs


d'une entreprise C qui disparaît.

LECTURES———
- Maurice BAUDOUX : Les économies d'échelle et leur degré d'exploitation.
Cujas - Paris.

- J. DE BANDT : Mesures de la dimension des unités de production.


Cujas - Paris.

- Jean FOURASTIE : La productivité. Que sais-je ? PUF, Paris.

- RAGNAR FRISCH : Lois techniques et économiques de la production. Tra-


duit du Norvégien, Dunod, Paris.
- Erich GUTENBERG : Economie de l'entreprise : la production. Traduit de
l'Allemand, Sirey, Paris.

- W. KRELLE Production, demande, prix. Traduit de l'Allemand


- Gauthiers - Villars, Paris.

72

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